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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Kitakaze

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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Kitakaze   Mer 17 Fév 2010, 18:39

KITAKAZE
Vent du Nord

Dans le clair de lune glacé
de petites pierres
crissent sous les pas


Sous le soleil d'après-midi, sur les plaines qui forment les contreforts de la chaîne du Poll chevauchaient deux silhouettes, deux cavaliers lancés au trot dont les chevaux inclinaient la tête sous l'effet de la lassitude du voyage, leurs pas rythmés résonnant sur le sol gelé. Sur leur dos, un cavalier et une cavalière, cheveux au vent, goûtaient la fraîcheur de l'hiver et l'odeur du vent, dans cette contrée sauvage, terre de légendes et de combats.
Le paysage n'était ni coloré, ni blanc, mais d'une teinte intermédiaire. La neige était peu tombée cette nuit, mais suffisamment néanmoins pour saupoudrer les alentours de flocons blancs, comme du sucre glace se déposant sur un gâteau. L'herbe brûlée d'hiver craquait sous les pas des chevaux, tandis que les arbres isolés étendaient leurs branches dénudées comme autant de doigts griffus vers un ciel qu'ils n'atteindraient jamais.

Sauvage était le pays et sauvages étaient les hommes, mais la rudesse des conditions climatiques, au-delà de la méfiance inhérente à tout être humain, rendait obligatoire l'entraide et l'hospitalité. On ne peut refuser d'accueillir un voyageur lorsqu'on sait que la nuit, en cette saison et en plein air, était mortelle. Les prédateurs affamés rôdaient, et la neige, ce doux linceul, n'était jamais très loin. Pays sauvage mais célèbre, pour ses Frontaliers, ces hommes et ces femmes au sens de l'honneur, au code de conduite strict, aux lois immuables et sévères, à la justice implacable, ces combattants dont nul ne dédaignait l'efficacité. Ces héros, d'une certaine façon.
Eux deux n'étaient ni des héros ni des habitants sauvages de cette contrée sauvage. Ces deux jeunes gens chevauchant côte à côte étaient en réalité deux apprentis marchombres de l'Académie, deux élèves suivant cette Voie qui faisait tant rêver ceux qui ne la comprenaient pas, et représentait un chemin de plénitude pour ceux qui la vivaient.

L'un d'eux était une jeune femme, dont les longs cheveux noirs, noués en une ondoyante queue de cheval, flottaient dans le vent léger de leur course. Vêtue d'un pantalon de cuir, d'une tunique grise et d'une épaisse cape de voyage, une écharpe autour du cou, couvrant bouche et menton pour les protéger des rigueurs du climat, des gants montant jusqu'à la moitié de ses avant-bras, elle n'en possédait pas moins une étrange prestance, non pas charisme mais une aura singulière. De celles que l'on pressent lorsqu'on se trouve face à un prédateur. Sa peau d'albâtre était rougie par le froid mordant sans qu'elle en souffrît et ses yeux d'un gris bleuté, un gris d'orage, scrutaient le paysage aux couleurs pastel, emplis d'une lumière qui révélait son intérêt.
Originaire du Sud, Rilend n'avait jamais mis les pieds dans le Nord, et la majesté glacée de ces paysages la fascinait littéralement, à lui couper le souffle. Tournant la tête de tous côtés, elle sondait les alentours, l'horizon pâle, le ciel bleuté, comme si elle avait voulu s'y noyer, s'y fondre et y disparaître. Elle était née bien loin d'ici mais son cœur battait plus fort devant la neige craquante, l'herbe gelée, les arbres aux formes torturées, devant la vie qu'on devinait bien qu'elle se cachât: cri de buse ou d'aigle, éclair de fourrure créé par un lapin, traces dans la faible couche de neige, hurlements de loups derrière la barrière des arbres qu'ils longeaient.

Elle tourna la tête pour regarder, près d'elle, l'apprenti qui chevauchait. Eindel montait Brume avec une relative aisance, toute aussi relative que la sienne tandis qu'elle menait Roméo, ce petit alezan. Tous deux étaient partis de l'Académie voilà quelques semaines, et Rilend se souvenait bien des difficultés rencontrées au cours des premiers jours.
Brume, jument placide, docile, ne voulait pas d'Eindel pour cavalier. Peu habituée elle-même aux chevaux, qui se méfiaient d'elle à cause de sa part de panthère, Rilend avait tenté de convaincre la femelle d'accepter le jeune homme sur son dos, mais rien n'y avait fait. Se refusant à appeler un maître ou quiconque d'autre au secours, tous deux s'étaient entêtés, tentant néanmoins de rester calmes et doux, et avaient fini à force de cajoleries et de gâteries par installer Eindel sur le dos de la fière cavale. Rilend se remémora avoir souri en songeant qu'il n'avait pas intérêt à en descendre.
Les deux animaux, même Roméo qui pourtant s'était habitué à Al-Chen à la panthère, semblaient nerveux et leurs cavaliers eurent du mal à les maîtriser au cours de la première journée, jusqu'à ce que, de guerre lasse, humains et équidés se résolvent à signer un traité de paix. Le lendemain matin il leur avait encore fallu deux heures pour que Brume cesse de les fuir en crabe, puis ils étaient repartis. Eindel avait rencontré des difficultés avec sa jument durant environ une dizaine de jours et, enfin, Brume sans être rassurée s'était néanmoins assagie.

Ils avaient chevauché des jours durant, dormant sur le sol pour économiser leurs économies somme toute assez maigres et chassant ou pêchant pour se nourrir. Puis ils avaient passé Al-Chen, et la donne avait dès lors changé. Du Sud ils passaient dans la partie centrale de Gwendalavir, plus sauvage, moins civilisée, mais néanmoins dotée de routes praticables et d'une sécurité tout à fait satisfaisante. Le froid de l'hiver se faisant plus fort, ils avaient alors commencé à fréquenter les auberges et autres établissements où l'on croisait, ma foi, des individus tout à fait pittoresques et colorés.

Il ne s'était pas passé un soir sans que Rilend esquive des mains baladeuses et rembarre d'une phrase tranchante ou d'un regard menaçant des prétendants avinés, ou simplement fatigués et en manque de femmes. Les deux apprentis ne s'étaient mêlés à aucun groupe, ni à ces soudards qui chantaient faux avant de rouler sous les tables, ni à ces voyageurs plus discrets et plus sages qui se contentaient d'une seule chope de bière, voire moins. Ils mangeaient souvent seuls, au fond d'une salle, tranquillement et sans un mot, ni l'un ni l'autre n'étant particulièrement bavards ni n'ayant de sujet de conversation intéressant. Cependant, un soir, ils avaient fini par discuter.

C'était une jolie nuit de pleine lune au bord d'un charmant lac, où Rilend, élevée près de la mer, se serait volontiers baigéne si l'eau avait été plus chaude. Ce projet se révélant irréalisables, ils s'étaient réfugiés dans une salle commune coquette et tiède, exempte pour l'heure de tous les clients avinés venus chercher les derniers ragots. Si sa mémoire était bonne, l'aubergiste, étonné de croiser deux si jeunes gens dans son établissement plus coutumiers d'aventuriers et de routards de toute sorte, avait décidé de leur offrir le repas, un ragoût de siffleur à l'odeur alléchante et chaud, revigorant après une journée de chevauchée. Cependant l'homme, respectueux de leur silence, avait omis de les questionner.
Les deux avaient mangé en silence, comme toujours, presque sans lever les yeux de leur assiette. Puis Rilend avait brisé le silence, pour poser une question qui la tarabustait depuis deux jours.

"Tu ne m'as pas dit où nous allions..."

C'était en effet Eindel qui menait la course, choisissant la route et le chemin adéquats. Rilend réalisa à ce moment là qu'elle avait suivi le jeune homme sans même se renseigner sur leur destination. Elle, méfiante, solitaire renfermée, avait accepté d'accompagner un parfait inconnu dans un voyage dangereux!
Un inconnu? Non...Eindel n'était pas réellement un inconnu bien qu'elle ne l'ait rencontré qu'une fois, et elle avait le sentiment que cette course à travers les arbres -et le sauvetage qui s'ensuivit- avait scellé un certain lien entre eux, indescriptible. Elle ne savait pas ce qui la poussait à lui faire confiance mais, le fait était, là elle lui accordait sa confiance, et sentait sans pouvoir la définir une certaine ressemblance entre eux. Laquelle?
L'apprenti lui appris alors qu'ils se rendaient vers le Nord, sans se justifier, et Rilend se contenta de cette réponse. Mais elle ne retourna pas pour autant à son assiette et la discussion se poursuivit, agréable, sur des sujets parfois futiles entrecoupés de confidences sous forme d'allusions, de mots, d'indices jetés ici et là. Ils parlèrent de leurs formations respectives, leurs maîtres, commentèrent un peu ce sujet puis passèrent à un échange de point de vue sur les marchombres, sur le combat, sur les chevaux...ils sautaient d'un sujet à l'autre, presque avec éclectisme, mais Rilend se rendit compte après coup, les yeux grands ouverts dans son lit, qu'elle lui avait raconté un peu beaucoup de choses. Et qu'elle ne savait plus exactement quoi. Elle avait parlé de son père, évoqué le sort de sa mère et sa vie à Al-Far, certainement fait allusion au Chat de Maraude qu'elle avait été, et probablement mentionné également sa petite sœur morte, Astyr, peut-être même les circonstances de sa mort, et certainement de son ami, le loup Kefira, mort pour la sauver, mort pour son amitié.
La seule chose dont elle était sûre, c'est qu'elle n'avait pas parlé de cette panthère qui vivait en elle et de ses transformations. Elle trouvait parfois un moment tranquille pour laisser l'animal vivre au grand jour et, si Eindel avait pu trouver étranges ses escapades solitaire,s il n'y avait jamais fait allusion. Elle avait parlé de bien des choses, mais pas de la panthère. Elle ne le pouvait pas, elle craignait sa réaction à ce sujet, comme elle craignait celle de tout un chacun.

Rilend revint au moment présent juste à l'instant où les sabots de sa jument foulèrent la première vraie neige, épaisse d'une vingtaine de centimètres et couvrant les contreforts rocheux d'un manteau blanc. Elle s'arrêta.
Devant elle la piste montait, dans ces montagnes, vers leur objectif et leur but, vers les sommets et les cols, les vallées et les barres, tous ces lieux qu'elle rêvait de découvrir. Et desquels ils s'approchaient.
Se retournant sur sa selle en direction d'Eindel, Rilend lui lança:

"Je crois qu'on n'est plus très loin!"


Et, serrant les jambes, elle lança Roméo, au pas, sur la piste enneigée.

__________________________________________

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Parce que le plus grand des trésors est la liberté.*

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Eindel Redohil
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MessageSujet: Re: Kitakaze   Mer 24 Fév 2010, 12:08

[ désolé, pour une première réponse c'est pas grand chose ^^ ]

"Je crois qu'on n'est plus très loin!"

Eindel se retourna vers Rilend et lui rendit son sourire, un peu gêné. Il se souvenait bien de cette soirée dans une auberge, quand elle lui avait demandé où ils se rendaient. Le garçon avait formulé une demi-réponse, lui révélant seulement qu'ils allaient vers le nord. La raison en était bien simple : il ne savait lui-même pas où il voulait se rendre. Tout ce qu'il pouvait en dire, c'était que quelque chose le poussait dans cette direction. C'était comme une intime conviction, une certitude qui lui soufflait discrètement qu'il devait aller par là. Cette certitude, il l'avait depuis qu'il était tombé inconscient dans la forêt, où il avait eu un drôle de songe avec une louve blanche au plein milieu d'un désert de neige. Il s'était ensuite réveillé et avait remarqué que la jeune femme avait pansé as blessure à l'épaule avec un pan de sa tunique. Il l'en avait remercié et demandé, subitement et étrangement, si elle voulait bien l'accompagner pour un voyage; et elle avait accepté, sans même qu'il ne lui révèle quoi que ce soit.

L'apprenti se souvenait qu'il l'avait encore remercié lorsqu'il l'avait retrouvée il y a de cela quelques semaines aux écuries. Il se souvenait aussi du début du voyage, très... difficile. Brume avait eu la même réaction que Roméo quelques jours plus tôt pendant son examen avec Bella. La jument avait refusé énergiquement de l'approcher, comme si elle avait une peur bleue de lui. Néanmoins il avait réussi à la monter après une matinée de consternation. Ensuite, plusieurs matinée de suite ils durent garder leur calme pour convaincre à nouveau le cheval de le laisser monter sur son dos. Pendant tout le voyage Eindel avait eu beaucoup de difficultés à la contrôler, même si les choses s'arrangeaient maintenant.

Le garçon regarda devant de lui. S'il avaient eu de la neige ces derniers jour, ce n'étaient que de petits tas de part et autres, alors que devant eux, sur la première vraie montagne qu'ils croisaient, le blanc était omniprésent. L'excitation qui grandissait dans son esprit depuis quelques temps redoubla. Il était heureux. Simplement de voir de la neige le rendait heureux. Le froid pour lui était une caresse de chaque instants offerte par le vent. Mais il y avait aussi cet étrange sentiment, quelque chose sur laquelle il n'arrivait pas à mettre la main... Eindel regarda Rilend qui chevauchait à côté de lui et ressentit sa joie de découverte. Il paraissait évident que ce paysage ne lui était pas familier. Peut-être était-ce pour ça qu'elle avait accepté sa proposition ? Pour découvrir le Nord de Gwendalavir ? En tout cas, elle regardait de partout, curieuse; et le garçon, amusé, ne put s'empêcher de lui demander :

"T'as l'air d'aimer la neige ! C'est la première fois qu-t'en vois ?"

Les deux jeunes apprentis Marchombres avaient commencé à se rapprocher depuis que Rilend avait engagé la conversation un soir dans une auberge. Ils avaient alors longtemps parlé, de tout et de rien, comme si tout ce qu'il ne s'étaient pas dit jusque là s'échappait d'un coup par leurs lèvres. Inconsciemment ils avaient aussi tous les deux révélé des éléments de leurs passés respectifs, même si celui de Eindel était bien court. Le garçon avait alors sentit sa timidité et sa réserve s'envoler progressivement et depuis il s'épanouissait. Il se sentait bien lorsqu'il était aux côtés de la jeune femme. Là-dessous il y avait toujours cette impression qu'ils étaient pareils mais il n'arrivait jamais à trouver en quoi.

La montée s'accentuait et la neige de plus en plus épaisse épuisaient des chevaux déjà fatigué par une longue route. De plus, l'après-midi avait déjà commencé et ils n'avaient encore rien mangé. Il indiqua donc à Rilend qu'ils devraient s'arrêter pour remplir quelque peu leur estomac et ménager leur monture. Joignant le geste à la parole, il descendit de selle sur un zone où le chemin était assez plat, déroula une épaisse couverture et l'étendit sur la faible couche de neige recouvrant le gravier de la piste. Ainsi ils ne se mouilleraient pas trop les vêtements, ce qui était toujours mieux lorsque le froid pointait le bout de son nez. Il sortit ensuite d'un sac attaché à la selle de Brume quelques bouts de pains de céréales, en laissant sur la couverture à côté de lui lorsqu'il s'assit pour son compagnon de voyage. C'était bien maigre pour un déjeuner mais ils devaient économiser leur nourriture, car s'ils ne croisaient pas d'auberges pendant plusieurs jours ils en auraient bien besoin. Eindel bailla et s'étira. Ses fesses pâtissaient du voyage à cheval mais avec l'habitude cela devenait supportable, néanmoins il n'aimait pas rester immobile trop longtemps, cela tétanisait ses muscles.

Alors qu'ils mangeaient silencieusement, le garçon fut pris de culpabilité. Il emmenaient une femme qu'il connaissait à peine avec lui dans un voyage sans même qu'il ne lui en explique la raison ! C'était... irrespectueux. Il prit donc la parole :

"Tu sais, dans la forêt... Quand j'étais inconscient, ben... J'ai fait un rêve et..."

Il lui raconta. Le décor, la louve blanche, tout. Enfin, presque tout, car il ne lui raconta pas les paroles de l'animal concernant un soi-disant loup en lui; il pensait simplement que ce n'était que des délires dûs à son imagination.

"Et depuis, j'ai comme un pressentiment que... Que je dois aller là-bas tu vois, dans le Nord. Pour y trouver... J'sais pas.

Voilà, c'est tout. En tout cas, je te remercie. Pour, bah... pour voyager avec moi, mais... Tu... tu crois que c'était qu'un rêve ?"
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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Kitakaze   Dim 21 Mar 2010, 21:42

"T'as l'air d'aimer la neige ! C'est la première fois qu-t'en vois ?"

Rilend eut un sourire, sans pour autant répondre tout de suite à la question. Elle prit le temps d'observer alentours, la neige d'une éclatante blancheur, blancheur qui devenait bleue à l'ombre des montagnes, pour rayonner de toute sa lumière au soleil d'après-midi. Observer la fragile matière, humide, irisée, glaciale, et pourtant douce comme un duvet, légère comme un papillon et assez lourde pour étouffer un homme ou un animal, si lisse d'apparence, et si trompeuse lorsqu'on s'y enfonçait...la neige, ce manteau d'hermine qui recouvrait les montagnes altières, ce duvet de cygne sur les ailes étendues des plaines et les vallons évoquant l'échine d'un animal gigantesque, cette blancheur, enfin, cette quintessence de couleur devenue matière, éparpillée par un souffle de vent, bleutée par l'ombre d'un nuage, rougie par un simple soleil...la neige.
L'apprentie finit par dire:

"J'en avais vu, à Al-Far, mais là-bas, elle n'était pas...pas aussi belle. Salie par les pieds des marcheurs, mais pas seulement."


Elle marqua une pause. Comment lui expliquer la différence essentielle entre la neige de là-bas, et celle d'ici, différence qui n'était ni visuelle, ni chimique, ni en terme de quantité? Comment lui faire comprendre ce contraste entre la neige à Al Far, et la neige dans mes montagnes? Le Chat de Maraude tenta, comme elle le faisait bien rarement, de raconter la ville à quelqu'un qui n'y avait jamais vécu, ou du moins, qui ne s'en souvenait pas s'il l'avait connue, et qui n'y avait probablement pas grandi comme un voleur dans l'ombre des bâtisses insalubres:

"Lorsqu'il neige à Al-Far, il fait froid et les gens rentrent chez eux, ferment leurs portes et allument leur feu, les marchands abaissent les volets de leurs échoppes ou rangent leurs étals, les rares promeneurs pressent le pas et les flâneurs se font rares, tout comme les gardes qui restent en faction, stoïque. La neige rend aussi les toits glissants et l'atmosphère humide.
Les gens normaux sont chez eux, au chaud, mais nous autres, les voleurs, les gamins des rues, qui n'avons pas du tout de foyer, nous restons dehors. Les autres voleurs rentrent chez eux, mais nous...où pourrions nous aller? Nous n'avons pas de chez nous. Alors il faut déambuler dans les rues froides, espérant vaguement trouver un dernier promeneur à délester de sa bourse, et lorsque le soleil disparaît et que la nuit s'installe, il faut trouver un endroit où s'abriter vaguement, pour se reposer, sans s'endormir, et se relever et marcher encore, en essayant de ne pas sentir le froid qui mord chaque parcelle de peau, les doigts, le nez, l'air glacé qui endolorit les poumons, et la faim qui nous tenaille...Et puis parfois, on voit, un matin, un corps immobile, gelé, alors tout le monde passe sans s'arrêter, sans même regarder, et nous pas plus que les autres, parce que si l'on prend le temps de s'appesantir sur la mort des autres on risque la nôtre aussi..."


Rilend soupira et conclut en observant les flocons, légers, qui virevoltaient dans le paysage blanc:

"En fait, je crois que si je trouve la neige belle ici, c'est qu'elle ne risque pas de me coûter la vie...à Al-Far, elle était synonyme de faim, de froid, et de mort..."

La jeune femme n'ajouta rien d'autre, et laissa son regard dériver au gré du paysage. Elle n'aimait pas se rappeler Al-Far et les années difficiles, de lutte et de souffrances, qui y restaient attachées. Ainsi que le visage de sa mère...et une scène d'une incroyable violence, un carnage, perpétré par les griffes d'un fauve dissimulé en elle, et la terreur qui s'était ensuivie, la souffrance, la solitude aussi...Oh non, elle n'aimait pas y repenser. La plaie n'était pas refermée.
Et puis Eindel lui parla de ce rêve et Rilend l'écouta. Jusqu'au bout. Sans un mot. Et Rilend lui répondit alors:

"Je ne sais pas, ça avait l'air vrai, à t'entendre...si ce n'était qu'un rêve, nous suivons un songe! Non, je pense qu'il y avait une part de...de réalité là-dedans...un rapport avec ce voyage..."


Un loup hurla au loin, concluant bien la discussion, et Astyr, immédiatement, y reconnut un cri d'appel. "Etes vous là?"...d'autres loups répondirent et la jeune femme laissa un sourire éclairer, légèrement, discrètement, son visage pâle. Elle tourna la tête dans la direction d'où provenait le bruit et se laissa ainsi porter, par son cheval, par le cri des loups, vers des temps plus heureux où elle courait aux côtés de son compagnon animal, son meilleur ami, son complice et son confident. Son Kefira.
Elle éprouva soudain l'envie de parler du loup à Eindel, sans savoir pourquoi elle le faisait, sans penser qu'il la prendrait peut-être pour une folle d'avoir tant aimé un loup, sans songer à sa réserve naturelle ni au fait que cela ne l'intéresserait peut-être pas. Elle commença, en désignant d'un signe de tête l'endroit d'où provenaient les cris:

"J'avais un loup, avant. Quand je vivais dans le Sud. Enfin, j'avais...c'était mon ami, mon complice, presque mon frère. Lui et moi avons grandi ensembles. Un louvard gris argenté que j'avais guéri et qui était resté avec moi. Il s'appelait Kefira."

Elle sourit. Kefira. Comment avait-elle choisi ce nom? Elle ne s'en souvenait plus, mais il lui semblait que c'était le prénom du héros d'un conte que lui avait raconté sa mère...Kefira, le valeureux guerrier...Oh oui, elle se souvenait maintenant.

Sa mère avait inventé ce personnage de toute pièce, pour sa fille, et chaque soir la petite Rilend réclamait à grand cris un nouveau volet des aventures de Kefira. Elle se souvenait...Ce soir-là, elle était allongée sur son lit et le loup, sa patte blessée bandée par l'enfant, qui avait été guidée de loin par Luthiak, le loup ne laissant personne d'autre que la gamine s'approcher de lui, somnolait à son côté. Les yeux au plafond, Rilend rêvait éveillée tout en caressant son ami gris, sa main droite fourrageant dans le poil rude du loup et la sous-couche, si duveteuse, son pelage si chaud. Elle se souvenait que le louvard avait posé sa tête près de son cou et que son souffle brûlant caressait sa peau d'enfant, que ses yeux, lorsque d'aventure ils s'abaissaient, rencontraient le regard mi-clos d'un animal heureux et paisible.
Sa mère était entrée et avait un peu tiqué en voyant l'animal. Avec un grand sourire, Rilend avait lancé:

- C'est papa qui m'a dit oui...
- Très bien ma chérie, je...il peut rester avec toi si tu veux. Il va me laisser m'asseoir, tu crois?
- Si je lui demande!


Elle avait apaisé le loup, le louvard protégeant son amie, déjà, et sa mère s'était assise à côté d'elle pour lui raconter une nouvelle histoire de ce chevalier vagabond au sang royla. La petite, captivée par ces combats épiques, ces belles princesses et ces monstres fabuleux, l'écouta jusqu'au bout, des étoiles dans les yeux, puis laissa tomber sa tête en commença à dormir. Sa mère l'embrassa, se leva, se dirigea vers la porte et...

- Je l'ai appelé Kefira.
- Quoi? Qui ça?
- Le loup. Je l'ai appelé Kefira. Parce qu'il est fort, il est beau, il est courageux et c'est un prince vagabond, lui aussi. Le prince de la forêt.


Levant les yeux, Kefira avait souleva sa tête pour la poser plus près de son amie et émis un grondement de bien-être. Rilend, le caressant, avait souri à sa mère qui, à son tour, avait souri. Conquise. Puis elle était sortie et les deux jeunes amis avaient dormi. Côte à côte.
L'enfant et son preux chevalier.


Rilend ferma un instant les yeux pour chasser ce souvenir, trop poignant, puis continua d'une voix sourde:

"Je l'avais appelé comme ça à cause d'un chevalier qui était le héros des histoires que me racontait ma mère. Un prince déchu et errant, courageux, loyal, enfin, tu imagines bien. Comme le loup. On a passé des années ensembles, quand j'ai été en âge de me promener seule je l'ai accompagné dans la forêt et, comme je lui avais montré mon univers, il m'a fait découvrir le sien. La forêt de nuit, les ramures, les bruits, les animaux et la meute, les courses dans les sous-bois, et même la chasse...j'ai chassé avec les loups, mais j'étais juste rabatteuse. Et c'étaient eux qui mangeaient!
Mes parents me laissaient faire sans crainte. Ils savaient que j'étais avec lui..."


Un silence.

"Mais il est mort. Un soir, il est mort en voulant défendre mon père contre les hommes du village, ce soir-là, mon père est mort aussi. Mais lui, c'était un loup. pas un brave chien qui défendait son maître, aux yeux des hommes. Ils se sont jetés sur lui avec rage... Il n'a pas eu le temps de comprendre, il a été roué de coups et il a roulé aux pieds de mon père. Il...il m'a regardé et j'ai vu une telle incompréhension dans ses yeux...il ne comprenait pas pourquoi il se faisait frapper ainsi. Il avait eu confiance en moi, il m'avait souvent aidée, il avait voulu sauver un membre de ma famille, de sa famille, et il mourait...à cause de ça. A cause de son amitié pour moi. Il n'a pas saisi, les animaux ne connaissent pas la mort. Mais il n'a pas compris pourquoi.
Et...à vrai dire, moi non plus."


Rilend se tut et détourna les yeux. Non pas parce qu'elle pleurait -elle ne pleurait plus, ne savait plus le faire depuis des années- mais parce qu'elle n'aimait pas ouvrir son armure et révéler sa souffrance ou ses blessures. L'enseignement marchombre lui avait permis de se recentrer un peu, mais elle restait fragile, à fleur de peau, et un rien révélait l'écorchée vive sous l'apprentie.

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Eindel Redohil
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MessageSujet: Re: Kitakaze   Jeu 08 Avr 2010, 18:34

[ Bon sang, faut pas que j'oublie qu'à cette époque Eindel sait pas encore qu'il est métamorphe ! Quel merdier, la chronologie, quand même ^^
Désolé, c'est pas très élaboré, je suis très pressé...]

"Je ne sais pas, ça avait l'air vrai, à t'entendre...si ce n'était qu'un rêve, nous suivons un songe! Non, je pense qu'il y avait une part de...de réalité là-dedans...un rapport avec ce voyage..."

Rilend avait l'air de penser ce qu'elle disait. Eindel lui, ne priait que pour que ce fût la réalité, qu'il ne l'avait pas emmené à la poursuite d'une rêve bizarroïde... Bah, même si cela se révélait être le cas, au moins il aurait fait connaissance avec l'apprentie Marchombre. Et puis voyager étais toujours un plaisir, et c'était bien la première fois qu'il était accompagné. Mais il ne devait pas non plus oublier la raison qui, avant tout, le poussait là-bas, vers ces pics sombres et décharnés qu'ils pouvaient déjà distinguer à travers les nuages gris. Une longue plainte gracieuse s'éleva dans les airs, comme pour confirmer cette pensée. Des loups... Irrémédiablement, la vision de ce désert blanc si désolé refit surface, et avec elle cette inébranlable certitude qu'il devait trouver ce lieu si singulier. Mais Rilend à ses côtés brisa soudain le silence, le regard porté vers les forêts enneigées d'où le hurlement s'était fait entendre.

"J'avais un loup, avant. Quand je vivais dans le Sud. Enfin, j'avais...c'était mon ami, mon complice, presque mon frère. Lui et moi avons grandi ensembles. Un louvard gris argenté que j'avais guéri et qui était resté avec moi. Il s'appelait Kefira."

La déclaration resta en suspens, mais Eindel ne dit mot. Il savait qu'elle n'avait pas finit.

"Je l'avais appelé comme ça à cause d'un chevalier qui était le héros des histoires que me racontait ma mère. Un prince déchu et errant, courageux, loyal, enfin, tu imagines bien. Comme le loup. On a passé des années ensembles, quand j'ai été en âge de me promener seule je l'ai accompagné dans la forêt et, comme je lui avais montré mon univers, il m'a fait découvrir le sien. La forêt de nuit, les ramures, les bruits, les animaux et la meute, les courses dans les sous-bois, et même la chasse...j'ai chassé avec les loups, mais j'étais juste rabatteuse. Et c'étaient eux qui mangeaient! Mes parents me laissaient faire sans crainte. Ils savaient que j'étais avec lui..."

Une courte pause annonça les véritables déclarations et le garçon, toute ouïe, resta coït.

"Mais il est mort. Un soir, il est mort en voulant défendre mon père contre les hommes du village, ce soir-là, mon père est mort aussi. Mais lui, c'était un loup. pas un brave chien qui défendait son maître, aux yeux des hommes. Ils se sont jetés sur lui avec rage... Il n'a pas eu le temps de comprendre, il a été roué de coups et il a roulé aux pieds de mon père. Il...il m'a regardé et j'ai vu une telle incompréhension dans ses yeux...il ne comprenait pas pourquoi il se faisait frapper ainsi. Il avait eu confiance en moi, il m'avait souvent aidée, il avait voulu sauver un membre de ma famille, de sa famille, et il mourait...à cause de ça. A cause de son amitié pour moi. Il n'a pas saisi, les animaux ne connaissent pas la mort. Mais il n'a pas compris pourquoi. Et...à vrai dire, moi non plus."

Cette histoire n'était pas banale... Mais surtout, ce devait être un douloureux souvenir pour la jeune femme. Eindel demeura silencieux. Beaucoup plus respectueux pour lui que de dire «je suis désolé». Au fur et à mesure qu'il en apprenait sur elle, il devinait un passé encore plus sombre encore qu'il ne l'avait cru, et cela rappelait à lui sa propre histoire. Histoire qu'il ne connaissait pas et qu'il avait décidé d'abandonner. Il était entièrement d'accord avec Rilend du moins, lui-même avait beaucoup de mal à comprendre le comportement des hommes certaines fois. Était-ce donc sa nature de tuer, non pas pour se nourrir, mais pour s'affirmer ? Dans le fond, certains étaient plus sauvages que des tigres des prairies. Et encore, ce-dernier respectait la nature et ne tuait pas ses congénères pour le plaisir. Parfois même il se sentait honteux d'appartenir à cette race de barbares prétendument «civilisés». Ah, qu'aurait-il donné pour être un simple insecte, un animal des sous-bois !

«J'ai pas de passé. J'en ai plus, en fait. Y a des mois de ça, j'ai repris conscience, plein de sang sur le front, au milieu d'un carnage; une caravane de voyageurs encore en feu, des cadavres d'hommes, femmes, enfants, chevaux partout. Et puis y avait des corps de Raïs, aussi. Y avait personne qui bougeait, rien,c'était tout immobile... Restait que quelques braises sur les restes des chariots. Et puis ça puait la chair pourrie. Alors j'savais pas trop c'que je faisais, mais je suis partit, à pied, et j'me suis retrouvé devant les portes d'un petit village... Et j'ai dû reperdre connaissance parce que j'me suis réveillé encore une fois dans un lit, avec un vieillard qui s'occupait de moi.
Ils étaient sympas les gens, là-bas, z'ont pris soin de moi alors qu'ils m'connaissaient même pas. D'ailleurs, moi non plus j'me connaissais pas. Pas de nom, pas de visage, pas de souvenir... Rien, j'me souvenait plus de rien. Pi y avait ce gars, je sais maintenant qu'c'était un Marchombre. Je le voyais de loin, des fois, et il continuait de me regarder bizarrement... Le genre de regard qui glace le sang, comme s'il me connaissait, lui.
Ensuite j'ai décidé de partir. Je savais pas du tout quoi faire, j'avais nul part ou aller. J'aurais pu rester à ce village et y vivre le restant de ma vie, mais j'ai préféré partir à cheval. Et le soir avant que je parte, un grand barman bien costaud, très sympathique avec moi – il m'aimait bien, j'venais discuter avec lui tous les soirs – a finit par accepter de me donner un prénom et un nom. C'est depuis ce jour que je m'appelle Eindel Redohil. Je lui ai bien demandé, mais il a catégoriquement refusé de me dire d'où ça venait, alors j'ai pas insisté. Et le lendemain j'suis partis.
Après, ça s'est passé très vite... Un soir, quatre bandits ont tenté de m'attaquer, mais y a ce gars qui m'regardait étrangement qu'a apparu et les a mis hors de combat en quelques secondes. Il m'a expliqué qui étaient les Marchombres et m'a conseillé d'aller à l'Académie. Je sais toujours pas pourquoi, il m'a rien dit d'autre. Alors j'y suis arrivé, on m'a assigné un groupe et j'ai découvert la Voie.»


Pourquoi avait-il dit tout ça ? C'était comme si cela s'était échappé de ses lèvres contre son gré... Il avait omit les semaines passées à errer désespérément dans les rues d'Al-Chen à la recherche d'un indice sur ses origines. Décidément, Rilend et lui se confiaient beaucoup de choses. Et cela venait naturellement, sans gêne. le garçon trouvait cela très étrange.

Les deux cavaliers étaient désormais entièrement entrés dans le domaine de la neige; déjà ils étaient entourés de rochers entièrement blancs annonçant les prochaines montagnes à franchir. Tout allait encore très bien pour le moment, mais les difficultés ne tarderaient pas. Il espérait seulement qu'ils avaient assez de nourriture. Il se mit soudain à neiger densément et bientôt la vision des deux apprentis fut considérablement réduite; c'était un mur de neige qui les empêchaient de distinguer le soleil ainsi que le chemin à plus d'une vingtaine de mètres devant eux. Eindel n'en était que plus ravi, profitant avec délice des frissons du froid et des caresses des flocons sur son visage. Pourquoi appréciait-il autant la neige ? Il n'en savait rien.

Les heures passèrent lentement, sous le doux pas des deux chevaux, feutré par le neige. Il neigeait toujours aussi abondamment et s'il ne pouvait pas apercevoir le soleil, Eindel déduisait par la lumière que l'après-midi touchait à sa fin. Dans une heures ou deux, ils devraient s'arrêter. Toutefois, le garçon était un peu tracassé par une question : était-ce des loups ou des loups du nord qu'ils avaient entendus tout-à-l'heure ? Il n'y connaissait pas grand chose – son amnésie n'avait pas épargné ses connaissances générales de Gwendalavir -, mais à ce qu'on disait, les loups du Nord étaient énormes, féroces et n'hésitaient pas à chasser l'homme.

«Tu crois qu'il y a des loups du nord, ici ?»
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MessageSujet: Re: Kitakaze   Mer 21 Avr 2010, 22:26

[Ce que tu rends mon perso bavard dis donc^^]

Les hommes, espèce sauvage et brutale, espèce tueuse, se croyant supérieure aux animaux sur la seule base de sa capacité à se projeter dans l'avenir. Espèce arrogante, qui se croyait invincible...et à laquelle appartenait Rilend. Elle en aurait presque eu honte, si elle n'avait cessé de se voir comme humaine le jour où La Panthère avait perpétré ce massacre. Mais sa révulsion envers l'espèce remontait à plus loin, accumulation de souvenirs tranchants, aux arêtes nullement émoussées par le temps, souvenirs de coups, de pirates esclavagistes, d'Astyr morte si jeune, le dernier regard de Kefira, son loup, son ami qui n'avait commis d'autre crime que d'avoir aimée son amie comme sa meute. Pauvre loup, tué par la folie des hommes...au moins, se consolait-elle, il n'avait pas compris. Il n'avait pas pensé qu'il mourait pour rien, il n'avait pas saisi le concept affreux de cruauté. Frapper, tuer, pour le plaisir de se sentir plus fort...L'Homme était bien le seul être à faire ainsi. Oui, le jour où Luthiak était tombé sous les coups des autres hommes du village, pour une raison futile, ce jour-là, Rilend avait cessé de croire en sa propre espèce. De lui faire confiance. Et elle s'en souvenait, comme si c'était hier. A Eindel elle n'avait pas décrit la mort de son père, mais si l'apprenti était dégourdi, ou capable d'envisager tant de haine, il comprendrait que Luthak avait péri comme Kefira.
Frissonnant sous la morsure des souvenirs, le Chat de Maraude ferma les yeux, puis les rouvrit lorsque son compagnon de route prit à son tour la parole, après un long silence qu'elle avait apprécié.

«J'ai pas de passé. J'en ai plus, en fait. Y a des mois de ça, j'ai repris conscience, plein de sang sur le front, au milieu d'un carnage; une caravane de voyageurs encore en feu, des cadavres d'hommes, femmes, enfants, chevaux partout. Et puis y avait des corps de Raïs, aussi. Y avait personne qui bougeait, rien,c'était tout immobile... Restait que quelques braises sur les restes des chariots. Et puis ça puait la chair pourrie. Alors j'savais pas trop c'que je faisais, mais je suis partit, à pied, et j'me suis retrouvé devant les portes d'un petit village... Et j'ai dû reperdre connaissance parce que j'me suis réveillé encore une fois dans un lit, avec un vieillard qui s'occupait de moi.
Ils étaient sympas les gens, là-bas, z'ont pris soin de moi alors qu'ils m'connaissaient même pas. D'ailleurs, moi non plus j'me connaissais pas. Pas de nom, pas de visage, pas de souvenir... Rien, j'me souvenait plus de rien. Pi y avait ce gars, je sais maintenant qu'c'était un Marchombre. Je le voyais de loin, des fois, et il continuait de me regarder bizarrement... Le genre de regard qui glace le sang, comme s'il me connaissait, lui.
Ensuite j'ai décidé de partir. Je savais pas du tout quoi faire, j'avais nul part ou aller. J'aurais pu rester à ce village et y vivre le restant de ma vie, mais j'ai préféré partir à cheval. Et le soir avant que je parte, un grand barman bien costaud, très sympathique avec moi – il m'aimait bien, j'venais discuter avec lui tous les soirs – a finit par accepter de me donner un prénom et un nom. C'est depuis ce jour que je m'appelle Eindel Redohil. Je lui ai bien demandé, mais il a catégoriquement refusé de me dire d'où ça venait, alors j'ai pas insisté. Et le lendemain j'suis partis.
Après, ça s'est passé très vite... Un soir, quatre bandits ont tenté de m'attaquer, mais y a ce gars qui m'regardait étrangement qu'a apparu et les a mis hors de combat en quelques secondes. Il m'a expliqué qui étaient les Marchombres et m'a conseillé d'aller à l'Académie. Je sais toujours pas pourquoi, il m'a rien dit d'autre. Alors j'y suis arrivé, on m'a assigné un groupe et j'ai découvert la Voie.»


Rilend ne dit rien. Que dire, autre que des banalités? Ne pas posséder de passé, c'était peut-être préférable, qui sait, à ces souvenirs de sang, de feu et de mort qui dansaient dans le sien. Au moins...elle se reprit. Non, Eindel et elle était tout aussi mal lotis de ce point de vue là. Ces deux états étaient incomparables, trop différents...et, à vrai dire, entre avoir les souvenirs qui étaient siens, et n'avoir ni souvenir ni passé, elle peinait à faire le choix.
L'apprentie finit par parler, à nouveau, à son tour:

"Moi, je...enfin, après la mort de mon père, Maman et moi, nous sommes parties de ce village. J'ai eu du mal à laisser les deux tombes derrière nous, et toute enfant que j'étais, j'aurais voulu tuer ces hommes comme eux avaient tué le loup et mon père: à coups de bâtons et de pierres. Mais j'étais trop jeune et nous sommes parties, à la ville. A Al-Far, en fait...cette ville que nous avons traversée il y a quelques jours déjà. Là-bas, je...j'ai appris à me débrouiller toute seule, et ma mère a commencé à boire...pour oublier, sûrement, je n'en sais rien, mais de quelques verres elle est passé à quelques bouteilles et...enfin, tu me suis? Pendant ce temps, moi, je devenais une gamine des villes, qui volait de quoi nous nourrir et détalait sous les torgnoles des marchands. Et elle...elle oubliait, oui. Un soir elle m'a même demandé qui j'étais et ce que je faisais chez elle. Et puis, un an plus tard, un hiver, un passant attendri m'avait offert une volaille, et je suis rentrée en bondissant de joie. Et j'ai vu...ma mère, morte. Les poignets et les chevilles tailladés par sa propre dague. Ce coureur, je ne l'ai jamais mangé. Je l'ai lâché, et j'ai couru...dehors. Un jour? Deux? J'en sais plus rien. Et puis ensuite, puisqu'il fallait bien vivre bien que je n'en ai guère envie, j'ai volé pour vivre, mendié, couru...de gamine des villes je suis devenue bête sauvage. Un jour, j'ai croisé deux hommes...assassins de mon père. Ceux qui avaient monté la population contre lui. Je les ai suivis, et dans une ruelle discrète, je les ai tués. Je les ai poignardés, avec ma dague, celle que mon père avait forgé pour moi, celle-là
-elle désigna Talisman qui, pendue à sa hanche, jetait mille éclairs. Le loup et la panthère enlacés sur sa garde, son pommeau orné d'une améthyste, sa poignée de bois noir, sa lame grise luisaient avec ardeur. Rilend reprit: Je les ai tués, et j'ai mis du temps à réaliser que je n'avais plus à frapper, car ils étaient morts. Ce soir-là, je crois que j'ai...que j'ai eu peur de moi-même.
Comme un autre soir, où...euh...
-Rilend broncha, se tut un instant, et reprit d'une voix ferme, sans mentionner cette gaffe: elle ne souhaitait pas parler de La Panthère: Et puis ensuite, j'ai continué tant bien que mal dans les rues, jusqu'au jour ou une femme m'a trouvé, recroquevillée sous un porche, tremblante de froid, pliée en deux par la toux et la faim. Elle s'est éloignée, j'ai cru qu'elle allait me dénoncer aux gardes. Elle est revenue avec de la nourriture, et lorsque j'ai eu fini de manger, elle m'a guidée jusqu'à la sortie, et là, elle m'a montré la direction de l'Académie. Je l'ai remercié sans un mot. Elle était muette, et moi, je l'étais autant de stupéfaction que de reconnaissance."

L'apprentie se tut enfin. Elle n'avait pas mentionné le fauve qui vivait en elle, elle avait trop peur de la réaction de son homologue, peur de voir du dégoût dans ses yeux, la répulsion sur son visage, comme l'avait fait sa dernière amie le jour où elle lui avait avoué ce qu'elle était. Mi-femme mi-fauve. Non, elle ne voulait pas voir cela dans l'expression d'Eindel Redohil.
Le silence retomba sur eux comme la neige sur le sol, puis Eindel parla encore:

«Tu crois qu'il y a des loups du nord, ici ?»


Rilend lui sut gré de son absence de commentaires, et allait répondre, lorsqu'un aboiement étrange retentit près d'eux. Un son rauque, court, presque essoufflé, par le "Ouah" du chien,mais un "wouf" sourd. Rilend avait grandi près de Kefira, elle se raidit sur son cheval qui s'agita. Et parut le loup. Un loup immense, à vrai dire. Kefira était grand, mais lui l'était encore plus, le torse puissant, le col couvert d'une fourrure épaisse, les yeux perçants, il filait vers eux à toute allure, suivi de cinq autres canidés. Sa langue au bout rose reposait entre ses crocs, dans sa gueule entrouverte, et ses oreilles étaient pointées vers l'avant, mais Rilend qui avait chassé avec les loups savait bien qu'il s'agissait de l'attitude d'un prédateur sûr de lui face à une proie.
Roméo secoua la tête, paniqué, pour échapper à l'étreinte de la cavalière, qui le maintint tant bien que mal. Si elle tombait, s'il fuyait, il était fichu. La jeune femme se tourna vers Eindel:

"Bon, eh bien, visiblement il y en a."

Puis, tandis que les loups approchaient:

"Tu crois pas qu'on devrait galoper jusqu'à cet arbre, et y accrocher les chevaux? On tiendra pas longtemps dessus s'ils paniquent, et si eux fuient, si on tombe, nous sommes condamnés. Eux et nous."


Elle tourna bride et laissa Roméo filer comme une fusée vers l'arbre, rabougri, mais capable de résister à la panique de deux chevaux. Le Chat de Maraude y accrocha le cheval alezan, sachant qu'à ses côtés Eindel faisait de même, puis se retourna et tira Talisman de sa ceinture, prête à défendre chèrement sa peau, bien que sans illusions.
En elle, la Panthère s'éveilla. Présence diffuse, mais instinct de chasse. Rilend se prépara mentalement à un de ces dialogues étranges, pensées et émotions contre mots d'humaine, dont elle avait coutume.
¤ Chiens! Mépris.
~Chiens dangereux. Forts.
¤ Supériorité.
~Danger.
¤ Désir de vaincre. Combat.

La Panthère se fit plus forte. Elle voulait se battre. Le premier loup arriva et l'apprentie para le coup, mais ce simple effort brisa la concentration dont elle avait besoin pour résister au fauve, et Talisman chuta dans la neige. La jeune femme se sentit presque physiquement lâcher prise. Elle lutta, elle devait aider Eindel assailli, mais elle céda.
Elle n'était plus l'humaine.

Le fauve, d'un noir intense, son épaisse fourrure luisante hérissée sur son col, se ramassa et feula avant de bondir. Le loup, face à elle, quoique déconcerté, fit face, et s'engagea un combat rude entre deux espèces de super-prédateurs. Les griffes de la Panthère faisaient des ravages, ses crocs emprisonnaient des chairs, brisaient des os, ses yeux flamboyaient de hargne et de rage de vaincre, et des grondements rauques montaient de sa gorge. Son pelage souillé de sang, autant le sien que celui des loups, elle se battait et voltait devant cet humain dont elle avait oublié la présence.
Étais-ce un humain d'ailleurs?


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MessageSujet: Re: Kitakaze   Sam 29 Mai 2010, 11:22

Comme un écho à ses propres paroles, un grondement retentit non loin. Un grognement inquiétant, sauvage, menaçant. Les montures des deux voyageurs s'agitèrent soudainement et ils apparurent. Six loups, six énormes loups courraient puissamment vers eux. Eindel jaugea avec horreur leur musculature impressionnante, leur taille au garrot largement supérieure à ce à quoi il s'attendait, leur gueule ouverte dévoilant de longs crocs dégoulinant de salive. Six loups du Nord. Six prédateurs. Six tueurs.

"Bon, eh bien, visiblement il y en a. Tu crois pas qu'on devrait galoper jusqu'à cet arbre, et y accrocher les chevaux? On tiendra pas longtemps dessus s'ils paniquent, et si eux fuient, si on tombe, nous sommes condamnés. Eux et nous."

La brutalité avec laquelle la situation passait de calme à dangereuse surprit le jeune homme. Il avait du mal à réaliser ce qui se passait. Sans réfléchir, il encouragea Brume à suivre Roméo et l'attacha avec le hongre après avoir mis pied à terre. Enfin l'apprenti se campa à la droite de Rilend, déjà placée dans un espace dégagé entre les loups et les chevaux. Il lui jeta un coup d'œil inquiet puis son poignard sortit de sa ceinture dans un lent chuintement métallique. Les bêtes galopaient, courraient à leur rencontre, griffes et crocs dehors. Leurs aboiements graves et leurs grondements, mêlés au vacarme de leur course, sonnaient étrangement aux oreilles de l'apprenti; ils lui donnaient de violents frissons et une impression qu'il ne pouvait identifier. Ils s'approchaient et Eindel put bientôt s'horrifier de leurs yeux sombres emplit de rage et de leur gueule béante luisante de salive.

Cent mètres.

Rage, ennemis !

Eindel faillit tomber d'étonnement, lâcha son arme.
Cinquante mètres.

Rage, combat !

Eindel s'agrippa l'estomac, le serra fort.
Vingt mètres.

Rage, sang !

Eindel hurla un cri de douleur sourd, tomba à terre.
Cinq mètres.

Rage, ennemis, combat, sang ! Mort, tuer, tuer, tuer !

Le premier loup arriva à la hauteur du jeune homme face contre terre. Il hésita un instant devant cette proie prise de convulsion, se demanda si cette chair n'était point malade ou dangereuse à avaler, puis chassa toute réflexion pour passer à l'offensive qu'il attendait tant.

TUER ! Le Loup émergea.

Au moment même ou un coup de griffe devait lui entailler le dos, la silhouette humaine se fit floue, incertaine, puis se métamorphosa. Un loup apparut alors, la patte de son agresseur ensanglanté entre ses propres crocs. Le loup du Nord eut un instant de contemplation étonnée, ne comprenant pas pourquoi à la place de l'homme qu'il allait tuer se tenait maintenant un loup gris, bien moins imposant que lui ou ses cinq comparses. Ces-derniers arrivèrent dans la mêlée tandis que le Loup arrachait sa patte de son corps au loup du Nord. Deux bêtes de sa meute vinrent se joindre à lui et attaquèrent furieusement ce loup de race inférieure qui osait blesser un des leurs. Le Loup lâcha enfin ce qui restait de la patte, esquiva avec rapidité les coups de griffe et sauta sur l'un de ses adversaires, le plaquant à terre. Avant même qu'il ne put réagir, la bête eut la gorge déchiquetée avec une sauvagerie terrorisante et le Loup se retourna, la gueule pleine de sang et la fourrure tâchée d'écarlate, vers les deux autres.
Le reste ne fut qu'un combat confus plein de barbarie et de bestialité, qui laissa les deux loups du Nord morts, tués avec une violence inouïe. Même de tels prédateurs, beaucoup plus puissant qu'un simple loup gris, n'avaient pu faire face à autant d'atrocité de la part d'une de leur proie. Ils moururent en conservant une expression horrifiée dans leurs yeux ouverts.
Le Loup, enragé, chercha des yeux le reste de ses adversaires et se jeta dans la bataille, sans se soucier qu'une panthère se battait avec trois autres loups du Nord. Il infligea de terribles blessures et en reçut d'autres. Il ne fit que griffer et mordre partout où se trouvait de la chair. Bientôt il ne restait plus que lui et la panthère noire, tout deux ensanglantés. Le Loup ne vit en elle qu'un autre ennemi et se rua au milieu des cadavres et du sang pour l'attaquer, sans se soucier qu'il était épuisé et très mal en point ou que la panthère avait l'air bien plus agile et dangereuse que lui.
A toute allure, il fonça sur le félin et bondit pour tenter de la plaquer à terre.
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MessageSujet: Re: Kitakaze   Mer 09 Juin 2010, 20:58

Nul ne subsistait de vivant, d'autre qu'elle et un loup qui n'était pas la race des assaillants, lorsque la Panthère laissa enfin ses babines retroussées se détendre, ses oreilles plaquées se redresser, ses yeux perdre leur éclat meurtrier. Devant eux, carnage. Un carnage d'une stupéfiante violence, où gisaient des loups, grands Loups du Nord, aux corps disloqués tordus dans des positions témoignant de la soudaineté et de la brutalité de leur mort. Le sang poissait les pattes de la Panthère qui grogna et leva une patte dans le but de lécher ses griffes, avant de s'interrompre d'un coup. Et de reposer la patte.
Ses yeux gris, anthracite, si étranges sur un animal de son type, vestige de l'humaine, se rivèrent sur le loup gris. L'animal ayant achevé son dernier adversaire dans un couinement étranglé de ce dernier venait de darder sur elle des yeux fixes. Des yeux menaçants. Des crocs dénudés et un corps tendu. La Panthère se ramassa et découvrit de nouveau son impressionnante mâchoire dans un feulement d'avertissement. Son regard, ses gestes, ses oreilles disaient: attaque, je te tue. Elle se ramassa lentement sur elle-même, s'aplatit au sol non en signe de soumission mais en préparation au combat, et sa queue battit nerveusement le sol, mêlant neige et sang en un étrange liquide. La Panthère cracha de nouveau.
Le loup lui fonça dessus dans un but clairement belliqueux.
Mais le fauve avait pour le sang-froid là où le canidé était plein de la rage du combat. Ne jamais, jamais se laisser emporter par le goût du sang et de la tuerie...La Panthère se révélait également plus grande et massive que le loup, plus musclée et expérimentée, en un mot, plus dangereuse. Lorsque l'animal lui fila dessus, le fauve rugit, un grand cri de colère, puis esquiva d'un seul bloc la charge de la puissante bête.
A peine ses pattes avaient-elle retrouvé le sol qu'elles le quittèrent de nouveau. N'entendant pas perdre son avantage, la Panthère bondit, ses muscles puissants se détendant comme des ressorts pour vaincre la gravité, et écarta les pattes avant, griffes en avant, queue droite pour équilibrer son saut, gueule ouverte sur un feulement et une promesse de morsure.
Son saut était calculé de manière à ce qu'elle atterrisse sur le loup ou dans le loup. Soit son poids combiné à l'énergie de la chute aplatirait l'animal au sol, soit elle le heurterait au flanc et le projetterait plus loin en une double roulade. La Panthère n'eut pas le temps de se demander quelle solution allait être la bonne. Elle savait qu'elle allait gagner, car elle se battait pour se défendre et non pour tuer, et aux abois, un animal est toujours le plus dangereux.
Que fut le combat entre eux deux? Long? Court?
Acharné sans aucun doutes, car lorsque la Panthère se retrouva campée sur ses quatre pattes, des plaies laissaient échapper son sang chaud sur sa robe moirée. Les pupilles dilatées dans la demi-pénombre d'un crépuscule qui tardait, son pelage brillant sur ses épaules puissantes, le fauve approcha, lentement, sa puissante gueule aux crocs dénudés du loup sinon vaincu, du moins au-dessus. Un feulement sourd montait de sa gorge, signe que l'attaque ne tarderait plus.
~Ne pas tuer.
Indécis, l'animal suspendit son avancée lente et sûre. C'était l'humaine qui lui parlait, l'humaine qui chassait comme elle. Queue battant les flancs, elle se redressa et exprima sa propre opinion:
¤ Ennemi. Attaque. Combat.
~ Ne pas tuer! Ami!
¤ Loup.
~ Ami! Loup...comme nous.
¤ Surprise. Scepticisme. Interrogation: un humain dans un loup?
~Oui, c'est ça.
¤ Ennemi...
~Ami contre les loups, avec nous!
La Panthère cracha de dépit, puis céda aux volontés de cette étrange humaine qui savait argumenter avec elle, la reine des félins. Elle s'écarta du loup, et cligna des yeux en signe d'apaisement. En l'occurrence cela aurait pu signifier: voilà, j'ai gagné, maintenant faisons la paix et évitons la mort de l'un ou de l'autre, mais les Panthères ne savent pas dire cela.
Le fauve se tapit à côté du loup, méfiante, puis se redressa et s'assit avant d'entreprendre sa toilette. La langue passant et repassant, râpeuse, sur un pelage de plus en plus souple finit par débarrasser la fourrure ondoyante des dernières traces de sang. Satisfaite comme peut l'être un félin, la Panthère se lécha les babines d'un coup de langue, puis revint face au loup-garçon.
Étais-ce encore un loup, ou bien était-il humain? Cette dualité la perturbait, elle, lorsqu'elle pouvait diriger, elle était seule dans le corps de la Panthère, et l'humaine parlait peu. Lui...on aurait dit qu'il était enfermé mais qu'il se battait. Comme elle, la Panthère, avait fait durant toutes ces années ou l'humaine effrayée par son pouvoir l'avait contenue prisonnière.
Humain, garçon?
Curieuse de le savoir, la Panthère approcha son museau du visage de l'homme-animal.

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MessageSujet: Re: Kitakaze   Ven 09 Juil 2010, 18:29

***

L’esprit d’Eindel s’éveille peu à peu. Il peut bientôt penser, douloureusement. Il ne comprend pas ce qui se passe. Il ne voit rien, n’entend rien, ne sent rien… Mais surtout, il devine que son corps, d’une certaine manière, a disparu. Il ne le perçoit pas. Quelle étrange sensation ! Comme s’il n’est qu’un… Fantôme. Un simple esprit, sans aucun pouvoir sur l’extérieur, plongé dans l’abîme de l’après-vie. Alors c’est fini, il est mort ? Est-ce maintenant, le moment de reddition ? Au revoir, monde…

Non.

Ah… Mince, quelqu’un lui parle. Comment est-ce possible ? Aucune idée, mais il a lu dans ses pensées et il n’aime pas ça. Et puis c’est faux. Il est bien mort, sinon il ressentirait le lien qui normalement le lie à son corps. Ben voyons… Il est mort et d’autres esprits s’obstinent à lui dire le contraire. Super ! Qu’ils le laissent mourir en paix, enfin…

Ca y est, c’est fini. Sa vie n’a pas été si longue, du moins de ce qu’il s’en souvient. Il aurait quand même aimé vivre plus longtemps, afin de découvrir entièrement la Voie de l’Harmonie. Elle commençait à lui plaire cette Voie. Il aurait bien pu se forger une nouvelle vie avec.

Vivant.

Ah bon ?

Là… Aucune réponse, si ce n’est cette respiration sifflante. Ce n’est bien qu’un autre esprit qui ne vaut pas abandonner la vie. C’est quoi, ici ? Une voie à sens unique direction la déchèterie des âmes ?

Mais la voix, elle résonne… Elle résonne dans la volute blanche et trouée qu’est son esprit, le fait vibrer… Non, ce n’est pas une voix. Un esprit. Un esprit se mêle au sien. Les volutes blanches se touchent, doucement. Fusionnent. Magnifique union de deux êtres voués à vivre ensemble malgré eux.

Deux esprits partagent maintenant le même cerveau. Un cerveau canin, qui ne jure que par les odeurs. Les loups pensent en odeur. L’humain n’y est pas habitué, il a du mal à comprendre ce que l’autre veut lui dire. Alors il puise dans son savoir pour apprendre un peu le langage des loups. Beaucoup d’odeurs. Des millions d’odeurs. Toutes signifient quelque chose. Mêle-les et tu auras une infinité de possibilités. Le loup lui parle en mélange d’odeurs. L’humain fouille parmi les arômes, les parfums. Il fouille et entre les effluves agréables de la forêt et les miasmes affreux de la chair pourrie, il trouve la signification approximative de ce qu’il sent.

Qui est la panthère noire ? Que dois-je faire ? Aide-moi et je partagerais mon corps.

Pardon ?

C’est quoi ce charabia, de quoi il parle ce fou ?

Je ne suis pas fou. Je suis loup. Tu es homme. Nous partageons ce corps. Enfin tu m’as laissé m’exprimer et je ne tiens pas à ce que ça finisse. Souviens-toi ! Qui est la panthère noire, une ennemie ? Attends, je vais reprendre conscience. J’ouvrirai les yeux et je te laisserai voir de qui je parle.

***


Le loup gris, étalé dans la neige, couvert de sang, se réveilla enfin. Il ouvrit les yeux, se mit difficilement sur ses pattes. L’ampleur de ses blessures s’imposa à ses yeux et il eut un grognement de dépit ; étouffé par la satisfaction que lui apportaient les cadavres des loups du Nord. Mais surtout, la panthère noire est juste là, le regard menaçant.

***

Alors, tu te souviens, maintenant ?

Oui.

Le voyage, les montagnes, loups du Nord qui foncent sur eux, Rilend… Il se souvient de tout. Jusqu’à l’arrivé des loups. Ensuite, grand noir.

Le combat a été rude, mais je t’ai sauvé la vie… Eindel.

Tu connais mon nom ?

Tout me revient aussi, maintenant. Toute ta vie, toute notre vie après l’attaque des Raïs. Mais aide-moi, maintenant. Qui est-elle ?


Ce ne pouvait être qu’une personne. Ou alors… Il devait lui demander directement.

Il va falloir que tu écrives quelque chose dans ma langue. Je vais essayer de te montrer une suite de symboles, et tu les
dessineras dans la neige.


***

Eindel tenta de partager au loup les images qu’il devait dessiner à la suite par terre. L’opération fut simple et l’animal comprit sans mal ; leurs esprits communiquaient à la perfection. L’humain pensa très fort à chaque lettre dans l’ordre et le loup les dessina du bout de la patte. Enfin une inscription, floue et difficile à lire, se découvrit :

« Rilend ? »
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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Kitakaze   Lun 30 Aoû 2010, 19:13

Loup. Garçon. Loup.
Mais qui était-il? Tous les sens du fauve se confondaient, et les perceptions d'ordinaire claires devenaient floues face à cet être d'une espèce indéfinissable, canin ou humain. La Panthère feula, hésitant à sauter à la gorge de celui qui, après tout, était un loup, comme ceux qui l'avaient attaquée. Un ennemi semblable à eux, malgré sa robe blanche. Et les ennemis on les tue. La Panthère ramassa sa formidable musculature, mécanique parfaite d'une chasseresse en pleine possession de ses moyens, et retroussa ses babines, découvrant d'impressionnants crocs et carnassières. Sa queue, battant le sol car elle hésitait encore, souleva un petit paquet de neige qui se fit fumée blanche dans le ciel assombri. Venait la nuit, l'heure des loups et des chasseurs, l'heure où l'humain, espèce civilisée, dormait en craignant ceux qui vivaient en osmose avec leur monde. Le fauve voûssa son dos, contracta ses pattes arrières, sortit ses griffes et se prépara à bondir. A sauter, étendant son corps et sa colonne vertébrale extensibles, prenant soudain près d'un pied de longueur pour prolonger son vol, griffes sortie,s pattes tendues et rendues mobiles par l'absence de clavicule.
~ Attends. Il est comme nous.
¤ Ennemi. Désir de vaincre, de tuer. Méfiance. Loup.
~Ami, il a tué les loups gris.
¤ Couleur différente mais ennemi. Même espèce, même corps, même odeur.
~Non! Il n'a pas l'odeur de la meute qui est morte.
¤ ...Incompréhension. Concept inexprimable. Double niveau d'existence?
~Oui! C'est ça. Il est comme moi et comme toi.
La Panthère finit par se rendre aux arguments de la femme. Se redressant, elle s'approcha et flaira le canidé. Effectivement, il ne portait pas sur sa fourrure l'odeur de la meute de ceux qu'elle venait de tuer. Et le sang des loups gris était sur son museau, autour de sa gueule, preuve qu'il s'était battu, lui aussi, contre les loups.
Soudain, la conscience que la Panthère avait du Loup se troubla. Le fauve frémit et cracha, toutes griffes dehors, révulsé par ce phénomène étrange qui lui semblait, sans qu'il puisse l'exprimer, contre-nature. Un esprit d'humain dans un corps de loup. Elle se prépara à attaquer, mais se figea, vigilante et hésitant à tuer. Le loup faisait quelque chose d'étrange pour son espèce: du bout de sa patte, il traçait d'étranges signes dans la neige. La Panthère s'avança et observa les étranges traces, de quel animal venaient-elles?
~Pas d'animal. Paroles des humains.
¤ Étonnement. Humains parlent avec les traces?
~ Humains parlent avec les traces. Les traces deviennent des cris. On peut les transformer en sons.
La Panthère ne pouvait évidemment pas saisir le concept d'écriture, si abstrait pour sa personnalité d'animal. Alors elle coucha encore les oreilles et feula, sans s'adresser au loup en particulier. C'était plutôt de la frustration. La Panthère cracha une seconde fois puis s'arrêta. La Fille lui parlait, lui demandait de la laisser redevenir elle. L'animal se figea, une patte en l'air, indécis et circonspect, puis se résigna. Se soumit. Les deux esprits, pendant un bref instant, cohabitèrent au même niveau, et la silhouette noire se troubla, disparut. A sa place, dans la neige, accroupie dans la position sauvage d'un fauve...


Rilend. La jeune marchombre se secoua un peu, reprit possession de son corps. C'était si déstabilisant, de changer de physique...les muscles de la Panthère, ses perceptions étaient si puissants face à la pauvre carcasse humaine, inadaptée à son environnement et dont la seule force était son intelligence. La seule arme, en réalité. S'apercevant qu'elle était toujours dans sa posture farouche, un côté de la lèvre encore contracté, comme un fauve montrant les dents, Rilend se redressa. Croisa le regard du loup, le soutint doucement, et le détourna ensuite. Des années de vie avec Kefira lui avaient appris que les loups n'aimaient pas le regard droit, expression selon eux de la dominance. Si ce loup était un alpha, et qu'elle se comportait face à lui comme une dominante, il pouvait estimer nécessaire d'attaquer. Une morsure de menace, sans serrer les crocs, mais brutale pour un humain. Rilend s'agenouilla devant le Loup Blanc, et pivota doucement, sans geste brusque pour ne pas affoler l'animal qu'elle sentait indécis, pour lire les mots. Un mot en réalité. Rilend.
Elle redressa la tête et fixa, cette fois, le loup dans les yeux, sans ostentation ni peur. Juste sondant les prunelles du canidé à la fourrure blanche. Un loup ne pouvait connaître son prénom ni savoir écrire, une seule explication se tenait donc: que ce loup soit...Eindel. Quel autre humain avait été dans les parages? Et cela résolvait aussi le problème d'un loup la défendant: il se battait, lui aussi, pour sa vie. Redressant la tête, s'agenouillant pour être au niveau du loup, Rilend soutint le regard intense du prédateur. Cherchant, dans ces yeux hypnotiques, une étincelle de pensée, d'émotion humaine. Elle crut trouver, elle s'y accrocha, et doucement, presque hésitante et pourtant étrangement déterminée, elle murmura le seul mot utile dans cette situation. Un mot que normalement on entendait dès le berceau, un son qui finissait, à force d'association, par être gravé dans chaque fibre d'un esprit, d'un corps, d'une conscience. Un mot qui devenait parfois définition. Un prénom.

"...Eindel?"


[oups, un peu court, désolée]

__________________________________________

*Parce que la panthère en toi peut être apprivoisée
Parce que le plus grand des trésors est la liberté.*

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