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Le Pacte VS L'Ordre
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 Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]

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MessageSujet: Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]   Sam 26 Juin 2010, 10:53

"La sagesse consiste souvent à suivre sa folie plutôt que sa raison"

"On ne savoure le goût du fruit qu'après l'avoir mangé; et vous êtes de ces hommes qui n'ont de paradis que perdu"

[E-E Shmitt]


Etais-je fou ? Parfois, je me posais la question. Car ce matin, mes pas m'avaient mené non dans un endroit calme et accueillant mais bien aux pieds d'aiguilles rocheuses qui, s'élevant comme un doigt qui pointe le ciel, invitait à l'escalade. Je n'avais rien prévu avec moi. Simplement un peu d'eau et de quoi grignoter. Et peut-être, au fond de moi, l'espérance de trouver... quoi ? Que cherchais-je réellement ? Un assassin recherche le sang des autres. Mais au plus j'avançais, au plus j'avais l'impression que cette période de ma vie était révolue. Je recherchais l'excellence, la domination, la richesse, le pouvoir... mais à certains moments, comme aujourd'hui, je n'aspirais qu'à la paix. Cet endroit, défi de la nature en sa taille vertigineuse, semblait adéquat. Un soleil de plomb chauffait mon corps, m'obligeant à retirer mon haut pour dévoiler ma peau à la caresse du vent. Celle-ci était pigmentée d'éclats dorés, comme à chaque fois qu'elle était exposée aux rayons de l'astre. Dans mon dos, le tatouage représentant l'épée enflammée devait elle aussi se refléter à la lumière du soleil. Je ne portais heureusement qu'un short plutôt court, et j'avais pris soin de me baigner dans le lac Chen avant de tenter l'escalade. J'ignorais quelle folie m'avait mené ici. Bien entendu, j'étais assez doué en grimpe, car dans mes voyages, je m'étais souvent confronté aux montagnes. Pourtant, jamais je n'avais affronté de défi aussi dangereux que celui des Dentelles Vives. Sans doute était-ce cette effrayante indifférence envers la mort qui m'avait décidé à suivre mon instinct d'aventurier. A ma ceinture, le poids de mon épée me manquait. Je n'avais emporté comme arme qu'un simple poignard destiné à m'aider durant l'ascension en cas d'extrême nécessité... et si j'avais le temps de le dégainer. Je jetai un coup d'œil vers le sommet, plaçant ma main au-dessus de mes yeux pour me protéger des éclats aveuglants du soleil, et finis par dénicher un plateau aux semblants stables à une soixantaine de mètres de hauteur. Ce n'était pas exagéré. Et je n'avais plus qu'à espérer que mes muscles tiennent jusque là. Ensuite, pour la redescente, j'avais prévu une corde et un anneau à accrocher en haut. Ainsi, je n'aurais qu'à faire passer la corde et descendre dessus. Hors Gwendalavir, j'avais suivi quelques cours d'escalade et je connaissais quelques notions de sécurité. Mais n'ayant aucun matériel, j'avais décidé de faire un minimum.

Comme l'aube s'était déjà enfuie depuis un moment, je me décidai à commencer mon ascension. Je passai les premières minutes à observer la falaise pour décider du chemin le plus simple. Après quoi je vérifiai que la corde était bien accrochée sur moi - il n'était pas question que je la perde au milieu de la voie - et je me mis en route. Le début fut ridicule de simplicité. Mes mouvements étaient souples, précis, calmes, et je ne fis aucune erreur. Mais bientôt, je soleil tapant dans mon dos assécha mon corps qui désira de l'eau. Je n'avais prévu qu'une gourde de deux litres et demi et je l'avais attachée tant bien que mal avec la corde, mais il m'était impossible de la manipuler pour l'instant. Je me forçai à continuer, dans l'espoir de trouver un plus petit plateau avant mon objectif, mais il fut bientôt évident que c'était peine perdue. J'haletais sous ce soleil de plomb, la gorge sèche, le corps transpirant, et les muscles tendus. Pourtant, contre toute attente, cette souffrance que je m'endurais me faisais le plus grand bien. Mes pensées, focalisées sur la voie et la survie, n'avaient plus un instant pour voguer vers des horizons plus mélancoliques, et le désespoir qui m'habitais depuis des années fuyais devant la falaise. C'était ce que j'aimais dans l'escalade. Cette capacité à me focaliser uniquement sur l'ascension et à oublier tout le reste. Fort d'une volonté de réussite que je me connaissais bien, je poursuivis avec peine mais sans penser à abandonner. Une chute là où j'étais serait mortelle, mais je ne m'en inquiétais pas. Mes doigts crochetaient des prises de moins en moins bonnes, je cessai de perdre mon temps à chercher de meilleures cavités, et mes pieds nus s'étaient habitués à la chaleur dégagée par la montagne. Cependant, je commençai à privilégier la vitesse à la précision, et cela dû me coûter une dose d'énergie pourtant indispensable à ma réussite. J'étais encore à dix mètres du sommet lorsque je fis ma première erreur. Ma main accrochée dans un trou minuscule glissa au moment même où j'élevais mon autre main. Je me rattrapai in extremis sur une prise encore plus petite, mais mes pieds n'avaient pas suivis. Pendu sur une main dans le vide, je compris pour la première fois que cette ascension était vraiment suicidaire. Je jetai un coup d'œil vers le bas, admirant avec intérêt la chute qui serait ma fin. Je ne ressentais aucun regret, si ce n'est celui de n'être pas parvenu à mon objectif. Cette idée me fit redresser la tête. Mes yeux croisèrent le plateau qui devait être mon salut, et tandis que ma seule accroche commençait à lâcher, je sus que j'étais capable d'y arriver. D'un balancement complet du corps, j'agrippai ma main libre dans une cavité confortable de la roche. Il était temps. Au moment même où mes deux pieds retrouvaient une position stable, mon autre main lâchait, révélant une douleur dans les avant-bras que je devrais maitriser pour la suite. Je ne sais pas comment, mais j'y parvins.

Ralentissant mes mouvements pour privilégier une meilleure précision, je découvris que dix mètres, ce pouvait être très long. J'ignore où je puisai la force qui me permis d'arriver au plateau, mais je finis, haletant, couché à plat ventre à la merci de la montagne. Je restai un long moment immobile ainsi étendu, les yeux fermés, me rappelant l'existence de mes muscles en les sentant tendus et épuisés. Jamais je ne m'étais senti aussi vidé. Ce fut ma gorge sèche qui me convainquit de bouger. Je lui offris de l'eau, à elle et à mon corps en humidifiant ma nuque et mon torse brûlant. Je devais avoir gagné bien des coups de soleil car mon dos me faisait mal à chaque fois que je le touchais. Je m'assis contre la roche, me fichant de sa brûlure, et je restai ainsi, les yeux toujours fermés, à goûter la tranquillité que j'avais tant espérée. Je m'étais bien battu pour l'avoir. Cette ascension raffermissait ma volonté car, quoique la douleur me dicte, j'avais refusé d'abandonner. Et j'avais atteint mon objectif. Je finis tout de même par ouvrir les yeux pour vérifier l'étendue du plateau sur lequel je me tenais. Large d'environ cinq mètres et long de dix, c'était une pose confortable. Je me retournai pour vérifier la roche, et je fus rassuré de remarquer de nombreuses fissures qui permettraient d'accrocher l'anneau. L'anneau... un doute s'empara soudain de moi. Je posai la gourde et la corde à côté de moi, et ce fus seulement à cet instant que je me rendis que je l'avais laissé en bas. Je lâchai un juron. Je serais obligé d'accrocher la corde directement à la roche. Mais si je voulais faire un nœud assez solide pour qu'il supporte mon poids, je ne pourrais jamais récupérer ma corde. Je me penchai vers le vide, évaluant mes chances de descente. Non, décidément, vu mon état de fatigue, je n'en avais quasi aucune. C'est en me redressant que je remarquai le panorama qui s'étendait sous mes yeux.

Ici, au sommet, le ciel dominait océans et merveilles de la nature. Pourtant, son éclat n'avait aucune valeur comparé à la beauté des éléments réunis sous un regard. Le lac Chen, immensité en bas, perdait sa renommée d'océan. Je pouvais distinguer sa forme entière. Il scintillait sous les rayons du soleil, sa surface parfois déchirée par l'ombre d'un arbre lui aussi ridicule de petitesse vu d'en haut. Les Dentelles Vives gardaient leur valeur puisque j'étais encore bien loin du sommet. Je distinguais Ombreuse et les ténèbres qui l'abritaient. J'avais l'impression de dominer les éléments et le monde. Poussé par un instinct soufflé par le vent, je me levai et écartai les bras pour embrasser l'univers de mon étreinte. Jamais je ne m'étais senti aussi vivant. Jamais je n'avais eu plus conscience de ma grandeur et de mon ignorance. De ma futilité. Le vent sembla me murmure une question. Simple. "Qui es-tu?" Je ne lui répondis pas. Ici, exposé à la magie et à la grandeur de la nature, je n'étais rien. Mes yeux se fermèrent. Ouverture de mes autres sens. Sensations plus intenses. Puis, éclair devant mon regard voilé. Tâche rouge. Sang. Douleur. Incompréhension. Une épée se présenta face à moi, s'abaissa dans un geste de meurtre. J'ouvris les yeux en hurlant et je m'écroulai sur le plateau rocheux. Je ne compris pas ce qui c'était passé. C'était comme si le vent me reprochais mon identité d'assassin. Comme s'il avait voulu me punir en m'interdisant la paix que j'étais venu chercher. Le vent... ou la montagne ? J'ignorais quelle force s'attaquait à moi, quelle force m'avait jeté à terre et m'obligeait à penser à mes actes. Une larme roula sur ma joue, emportée rapidement par une rafale qui caressa mon visage, comme pour s'excuser. Je levai mon regard vers le ciel, comme pour le défier, et je dégainai mon poignard. Je serrai sa lame dans ma main, me fichant de la coupure qui s'ensuivit, et je pensai très fort "Je suis mercenaire du Chaos. Et je suis là pour défier la vie et la douleur." A nouveau, un éclair rouge dans ma tête. Le regard voilé d'une victime. Et le souvenir d'un sourire satisfait penché au-dessus du sang coulé. Je baissai les yeux. Lâchai mon arme. Le poignard chuta dans le vide, avant de s'immobiliser dans un choc qui me fut à peine audible. Les éléments me défiaient. Moi et mon identité. Pour la première fois de ma vie, je me sentis faible.
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]   Sam 26 Juin 2010, 16:26

Les Dentelles Vives.
Colonne vertébrale de l’Empire, l’immense et improbable chaîne se dressait devant elle. Ecrasante de beauté naturelle, alliage parfait de la roche et de l’eau qui, dans les sommets, devenait neige.
Syndrell tira doucement sur les rênes de Nuance, intimant à la petite jument de s’arrêter à flanc de colline pour pouvoir profiter davantage de cet époustouflant spectacle. Les pics montagneux, que l’on disait lisses comme du verre, se découpaient dans un magnifique d’un bleu que rien ne troublait, hormis les tourbillons de neige que les rafales de vent soulevaient parfois. Le simple fait d’envisager les franchir était pure folie.


Oui, gamine. Tu es folle. Mais tu sais, la plupart des gens bien le sont…

Pour toujours dans son esprit et dans son cœur, les paroles du vieux souffleur de verre qui l’avait sauvée de la nuit éveillèrent un écho flamboyant en elle. Le souffle court, Syndrell se redressa sur sa selle. Les montagnes… Elle les avait laissées derrière elle seulement quelques mois plutôt, pourtant la vive émotion dont elle se sentait envahie ne trompait pas ; ses montagnes lui manquaient. Bien plus qu’elle ne l’aurait imaginé, une profonde nostalgie imprégnait ses souvenirs et enserrait son cœur d’un étau de fer chaque fois qu’ils assaillaient son esprit.
Comme à cet instant.
Impatiente de poursuivre sa route, Nuance piaffa, agitant la tête. Bien qu’elle revienne tout juste d’un long voyage jusqu’à l’inquiétante Jungle d’Hulm, elle n’en avait toujours pas son compte des périlleuses traversées de l’Empire, guidée par sa folle de cavalière. Du moment qu’une carotte l’attendait à l’arrivée…


- Du calme, ma belle... murmura Syndrell en lui flattant l’encolure, sans détacher son regard des montagnes.

Un brusque désir de solitude l’avait fait quitter l’Académie la veille, alors que l’aube pointait tout juste à l’horizon. Son prochain cours ne devant pas avoir lieu avant un petit moment, elle avait décidé de profiter de ce temps qui lui était imparti pour explorer ces endroits magiques que le vieux souffleur de verre avait mentionné dans ses récits. Elle ne se souvenait que trop bien de la flamme qui avait allumé son regard lorsqu’il lui avait parlé des Dentelles Vives, un soir d’été, tandis qu’il achevait l’une de ses créations – le loup, celui qui ne quittait jamais ses affaires.

C’est le monde qui se reflète dans la glace de leurs sommets. Ils brillent, ils miroitent comme des phares, appelant à eux toutes les âmes qui ne tendent qu’à découvrir l’impossible…

Découvrir l’impossible. Voilà ce qui avait amené Syndrell à contourner Al-Chen et son lac, sans autre haltes que celles dont la nécessité n’était pas négligeable. Car, si son passé dans les montagnes, et son présent d’apprentie marchombre à l’Académie faisaient d’elle une âme toute indiquée pour franchir les Dentelles Vives, la jeune fille n’ignorait rien du chemin qui lui restait à parcourir sur la Voie.
Infiniment rude.
Infiniment beau.
Infini.


Elle laissa Nuance dans une petite auberge de voyageurs, aux bons soins d’un jeune palefrenier qui ne manquait pas d’audace, allant même jusqu’à glisser un compliment sur sa beauté. Gentil, mais pas assez fou… Syndrell lui laissa quelques pièces en échange de sa retenue, avant de s’engager dans la forêt de hauts pins. Elle marcha à bonne allure durant presque deux heures avec l’étrange sensation de s’enfoncer au cœur de l’hiver : plus elle avançait, plus il faisait froid, et plus le paysage se modifiait. Des plaques de neiges remplaçaient les tapis de mousse, l’air se faisait plus piquant, le vent plus mordant

Ce n’est que lorsqu’elle quitta la forêt qu’elle se rendit compte de toute l’ampleur de son projet. Devant elle se dressaient d’immenses falaises de glace, aussi lisses que le verre qu’elle avait appris à travailler.
Vertigineuses.
Sans quitter des yeux les couloirs de glace qui allaient lui donner du fil à retordre, Syndrell noua en une haute queue de cheval ses cheveux bleus, puis enfila ses gants. Et si l’appréhension marquait ses traits lorsqu’elle se remit en marche, il était clair qu’elle ne faisait pas le poids contre l’excitation qui galvanisait son corps et le poussait à avancer, toujours plus loin.

Le début de son ascension s’avéra plus difficile que prévu. Alors qu’elle se savait bonne grimpeuse, que l’escalade n’avait plus aucun secret pour elle, l’inquiétude parasitait ses mouvements et modifiait sa perception : la moindre paroi devenait dangereuse, la glace impossible à escalader, la neige incapable de l’aider. Lorsqu’enfin, elle atteignit un premier palier où elle pouvait se tenir assises sans le moindre risque, Syndrell laissa échapper son regard vers le vide et sentit son estomac se serrer. Elle se rejeta en arrière, dos contre le mur de verre, son souffle court dégageant un nuage blanc sur ses lèvres. Elle n’avait pas le vertige. Elle ne l’avait jamais eu, et elle ne l’aurait jamais. Pourtant, ses membres gourds et sa respiration saccadée témoignaient de ce qu’elle se refusait à envisager : elle avait peur.
Peur de rater une prise.

Peur de tomber.
Peur de mourir.


Rageuse, la jeune fille ferma les yeux, tentant de se calmer. Jamais encore elle n’avait à ce point perdu le contrôle. Que penserait son maître si elle la voyait ainsi, prostrée contre la paroi, tremblante de peur et de colère ? Comment réagirait-elle ? Elle éclaterait de rire. Et, sans plus attendre, elle se remettrait en mouvement. Elle avait ce pouvoir, celui de faire plier la nature à ses besoins. A ses envies. Non. Elle savait se l’approprier, se lier avec elle, intimement. Syndrell laissa échapper un faible gémissement. Se lier à une montagne ? La belle affaire ! Qui était-elle, pour pouvoir prétendre se mesurer à une telle force de la nature ? Guère plus qu’un insignifiant grain de poussière. Non, moins que ça. Elle n’était rien. Et qu’y pouvait-elle ?

La réponse naquit dans un souffle de vent.
Rien. Les choses étaient ce qu’elles étaient ; une humaine ne pouvait rien faire contre une montagne.
Mais un marchombre…
Syndrell rouvrit les yeux. De nouveau, fit face à la paroi. Et de nouveau, l’escalada.
…un marchombre peut comprendre. Il peut ressentir, il peut deviner.
Il peut se lier. Et pourquoi ne pas se lier d’amitié avec une montagne ?
Comme en réponse à cette question muette, le vent changea. Il ne se fit pas plus doux, non. Au contraire, il la plaqua avec violence contre la roche. Il la maintenait contre la falaise, l’empêchant de lâcher prise, de basculer dans le vide.
De mourir.
Et Syndrell se sentit soudain pousser des ailes. Envolée, la peur qui l’avait terrassée quelques minutes auparavant. Envolée, la honte d’avoir échoué. Envolés, les doutes qui la faisaient hésiter. Ne restait plus qu’une certitude, une simple certitude, nichée au fond de son être.
Elle n’aurait plus jamais peur. Pas tant qu’elle saura accorder son propre souffle à celui de la montagne.
Pas tant qu’elle y croira, dur comme fer, et qu’elle en sourira.

Et plus elle se rapprochait du sommet, plus son cœur cognait contre sa poitrine. Une autre certitude s’était fichée en elle, comme une flèche décochée par l’ennemi du hasard. Là-haut, elle allait découvrir l’impossible…
… elle était loin d’imaginer que cet impossible prendrait les traits d’un homme. Pourtant, celui qui se tenait debout au bord du vide, bras écartés comme dans l’espoir d’accueillir en lui l’univers tout entier, cet homme était bien là.
Plongé dans ses pensées, incapable de deviner sa présence silencieus. Nul n’aurait pu l’entendre se hisser une dernière fois et se redresser lentement, le souffle court. Seul un marchombre aurait pu se retourner.
Un marchombre, ou alors…


__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


[Absente du 18/07 au 24/07]
Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
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MessageSujet: Re: Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]   Mar 29 Juin 2010, 16:10

Like I've never seen the sky before


Vivre. Le chemin de la douleur est proche de celui du bonheur. Il n'existe aucun mur qui les sépare. Ils sont au contrairement intimement liés. Il suffit d'un pas pour se retrouver de l'autre côté. Pour passer du côté de la douleur, ce n'est pas difficile. Il suffit d'un faux pas, où d'un coup du destin, pour qu'on s'y retrouve à plat ventre, incapable de se relever. Mais pour passer du côté du bonheur... Il faut une volonté de fer. Une volonté rare. Introuvable. Ou bien une main pour nous tirer. C'est souvent cette main qui fait toute la différence. Il y en a qui l'appellent "amitié. D'autres la nomment "amour". Pour moi, elle n'existait tout simplement pas. Et je ne la cherchais pas. Au fur et à mesure, j'avais appris à ne plus tomber. A continuer à avancer, même si le chemin que j'arpentais ne contenait qu'embûches, ténèbres et souffrances.


Ici, accroupi sur un plateau de glace, ma vie offerte à la nature, je me sentais pourtant tomber. Ce n’était pas une chute physique, non, j’avais l’impression de tomber… à l’intérieur de moi. Brisant certitudes et points d’accroche au fur et à mesure. Qui étais-je pour me donner le droit de donner la mort et défier la vie ? Qui étais-je si ce un simple humain ? Qui étais-je, tout simplement ? Je n’avais jamais appris à parler au vent. Je n’avais jamais appris à parler à la montagne. Ce n’était que l’attribut de ceux que j’étais censé haïr. Mais haït-on quelqu’un sans le connaître ? Haït-on quelqu’un par principe ? Je ne connaissais rien des marchombres. Pire, la seule que j’avais rencontrée m’avait sauvé la vie. Et si leur chemin était le mien ? Et si le chemin de la haine, du pouvoir, et du chaos ne m’était pas destiné ? Mais la destinée existe-t-elle ? Autant de questions, sibyllines, auxquelles je n’avais aucune réponse. Je me surpris ainsi à trahir les miens. De par mes doutes, je n’étais plus mercenaire. Je n’étais plus rien. Qu’est-on lorsqu’on n’a plus rien, juste une simple identité, un simple nom qui ne nous appartient même pas de droit ? Un humain ? Quelle gloire y a-t-il à n’être qu’un homme ?


Voilà qu’une silhouette apparaissait sur mon plateau, me tirant de mes sombres pensées. Ce fut d’abord un bruissement que je perçus. Inaudible. Sauf pour celui qui sait écouter. Je me tournai pour me retrouver face à une jeune femme. Tout son être clamait certitudes, sérénité, et magnificence. Je ne parle pas là d’une beauté physique, non ce que je voyais là était bien au-delà de cela. Elle brillait. Oui, c’était le mot. Une aura lumineuse se dégageait d’elle, comme en appel au soleil et à sa grandeur. Je restai immobile à la regarder, écrasé par tant de splendeurs. Tandis que moi je doutais à propos de mon identité, elle paraissait Savoir. Elle était déjà bien avancée sur sa Voie, bien que j’ignorasse laquelle c’était. Il fallait être bien entraînée pour gravir cette montagne, à moins que comme moi, elle ait grandi en laissant l’escalade épouser les formes de son corps. Sa peau pâle prenait des airs de cristal fragile, bien que son corps et même son être exprime une profonde force. Ses cheveux d’un bleu peu commun cachaient les courbes de sa nuque, tout en défiant le vent dans sa course. Ses traits jeunes prouvaient son âge peu avancé, sans doute moins que moi. Mais c’est son regard qui m’interpella le plus. Doré, comme si un soleil s’était réfugié au fond de ses pupilles. Peut-être était-ce pour cela que mon monde me semblait si sombre. Peut-être était-ce elle qui m’avait volé le soleil. Cette idée me plut étrangement. Elle était le soleil, j’étais les ténèbres. Et le Soleil finit toujours par chasser l’Ombre.


Rares étaient les personnes dont la présence m’enchantait. Pourtant, mon inconnue dégageait un tel parfum de certitudes que je n’eus qu’une envie, m’en emparer. Au lieu de cela, je me contentai de l’observer, une soif intense au fond des yeux. Soif de son Savoir. Soif de son Identité. Soif de sa Lumière. Pourquoi brillait-elle quand moi je tombais dans un gouffre sans fin ? Ma première pensée fut de la tuer pour faire cesser cette lumière. Ma seconde fut qu’alors, j’éteindrais le Soleil qu’elle m’avait volé. Ma troisième fut la découverte d’un nouveau sentiment au fond de moi. Il prit le sens du mot « respect ». Je fus soudain heureux qu’elle soit là. Heureux d’avoir quelqu’un enfin pour ne plus me perdre. Je lui renvoyai un regard significatif qui demandait qu’elle me rejoigne. J’avais décidé de ne pas parler, pas pour l’instant. Le silence qui nous étreignait m’était précieux, comme un présent qu’on a peur d’ouvrir avant le moment venu. Je m’assis au bord du gouffre, attendant qu’elle m’y rejoigne. Je voulais partager avec elle la beauté du panorama. Parce que sans vraiment savoir comment, je savais que c’est ce qu’elle était venu chercher, tout comme moi : la sérénité. Sa présence ouvrit mes sens. Et je compris ce que le vent essayait de me dire depuis un moment.

« Light. »


En réalité, j’ignorais pourquoi j’avais décidé de le dire tout haut. Mon identité. Le vent avait omis d’ajouter Blood à mon nom. Mais sans doute avait-il fait exprès. Je pense que je voulais le partager à mon inconnue. Lui dire, sans vraiment m’adresser à elle. Exprimer ma compréhension et mes doutes. En un unique mot. Light. Lumière. Ce nom ne m’allait pas. Je n’étais ni lumière, ni sang. Je continuais à penser que je n’étais rien qu’un humain. Qu’est-ce que le vent s’acharnait-il à me dire ? Incapable de trouver de réponse, je fixai mon regard sur la beauté du panorama, espérant que l’inconnue, loin de se méfier de moi, m’autoriserait ce petit moment de partage. Ce qu’elle avait de plus que toutes mes autres rencontres ? La Lumière. Toujours. Je ne lui en voulais pas de m’avoir volé mon Soleil. D’ailleurs, cette pensée était ridicule, je ne la connaissais pas, elle ne pouvait pas m’avoir volé quelque chose. Mais j’aimais à penser que son regard possédait quelque chose qui m’appartenait. Quelque chose que je lui aurais offert si elle ne me l’avait pris avant.
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]   Mer 30 Juin 2010, 18:42

…Mercenaire.
Dans sa force, sauvage, brute.
Dans sa volonté de contenir cette force, bâillon incroyablement solide et invisible.
Dans ses yeux parsemés de poussière d’or, dans les ténèbres de ses pupilles.
Dans les ténèbres de son cœur.
Cet homme était un mercenaire.

D’instinct, Syndrell se ramassa sur elle-même, prête à bondir – à dégainer ses lames pour parer un coup, à analyser l’endroit pour mieux préparer sa fuite, à…
…Elle se redressa lentement tandis qu’un souffle de vent venait répandre son murmure en jouant dans ses cheveux. Echo lointain, frémissement d’un souvenir qui s’était gravé dans sa mémoire pour une éternité – la sienne.

Elle avait déjà croisé la route d’un mercenaire du Chaos. Et elle avait tiré une leçon de cette improbable rencontre. D’abord, elle était toujours en vie. Non pas qu’il n’ait pu en être autrement : si elle ne doutait pas en ses capacités, sans cesses mises à rude épreuve et développées depuis longtemps, elle ne doutait pas non plus de celles, assurément redoutables, des ennemis de l’Académie. Cet homme dont elle avait croisé la route aurait pu la tuer sans aucune difficulté. Elle n’eut qu’à effleurer du bout des doigts le léger trait qu’il avait dessiné du bout de sa lame sur sa pommette gauche.

Il ne l’avait pas tué. Elle ne l’avait pas tué. Et au lieu d’un bain de sang, c’était un bain de lumière qui inondait ce souvenir. Elle avait compris, depuis cette incroyable rencontre, à quel point il était facile de s’approprier un instant, une seconde, de la dominer pour honorer une cause inaccessible. Elle avait compris que ses ennemis n’étaient pas ceux de l’Académie, uniquement parce qu’elle y traçait sa voie. Cette voie, c’était la sienne, et personne, pas même une montagne, ne pouvait la contraindre au moindre détour. Celui qu’elle s’apprêtait à prendre, elle ne le devait qu’à elle, et à elle seule.
A elle seule ?

Immobile, Syndrell vrilla son regard dans celui, impassible, de l’homme qui se tenait en face d’elle. Il ne bougeait pas, il semblait attendre. Ecouter. Entendre une mélodie qu’elle ne percevait pas, mais qu’elle devinait.
Le vent. Il écoutait le vent. Ce même vent qui venait mordre doucement sa peau, là où aucun vêtement ne venait faire barrage. Ce même vent qui soulevait des nuages de neige en tourbillonnant tout autour d’eux. Ce même vent qu’elle considérait depuis longtemps comme le plus intime de ses amis. Etait-il possible qu’au sommet du monde, les éléments ne discernent plus les rangs, ni les noms, mais seulement les âmes ? Se pouvait-il que lorsque la multitude est une, même la nature s’incline ?

Alors, son regard glissa. Quitta les yeux incroyablement limpides pour caresser le relief d’une pommette, haute et ciselé. Celui d’un nez droit. La courbe de lèvres entrouvertes pour laisser échapper un léger souffle. La ligne régulière d’une gorge offerte. Le dessin des muscles sous l’éclat doré de la peau. La forme souple d’un torse mince et nu malgré le froid mordant.

Conscient de son regard, il ne bougeait pas, et elle sentit malgré elle son souffle se tarir, sa bouche s’assécher comme si, brusquement, elle avait soif. Elle ne comprenait pas. Le premier mercenaire qu’elle avait rencontré avait beau lui avoir laissé un souvenir inexpugnable, de lui elle ne se rappelait que d’une ironie cinglante et d’un regard aussi froid que l’acier. Là, c’était différent… Totalement différent. Complètement, entièrement, indéniablement différent. Ils se trouvaient au cœur du froid, pourtant il émanait de cet homme comme une source de chaleur vive et pure ; ils ne se connaissaient pas, mais elle avait l’impression d’avoir toujours été là. Debout, devant lui, et lui, devant elle.
Comme s’il n’y avait non pas un mercenaire et une marchombre, mais simplement deux êtres humains se faisant face. Ils ne se jaugeaient pas, ils ne se défiaient pas. Ils s’observaient, tout simplement. Ils découvraient.

Syndrell cligna doucement des paupières. Une fois. En grimpant jusqu’ici, en opérant ce voyage à l’intérieur de sa conscience pour gravir un nouvel échelon sur la voie qu’elle s’était choisie, elle s’était attendue à découvrir l’impossible. Devait-elle croire que cet impossible prenait les traits d’une rencontre ?


*Vent, mon ami, j’ai l’impression que tu cherches à m’égarer…*

Excuse illusoire. Le vent n’avait fait que l’accompagner, et sa réaction dépendait uniquement de ses intentions. De son appréhension des choses, bien différente de celles des autres. Jamais elle ne s’était sentie plus marchombre qu’en cet instant, alors qu’elle contemplait sans animosité aucune, mais plutôt avec une curiosité presque enfantine, un mercenaire du Chaos. Jamais elle ne s’était sentie plus libre.

« Light. »

Un murmure, qu’elle devina plus qu’elle n’entendit, sur les lèvres du jeune homme. Le chant du vent confirma cette parole, qui se ficha comme une flèche en elle. Syndrell hocha imperceptiblement la tête.
Lumière. Oui, c’était un mot qui convenait bien à cet improbable instant. Eclat de lumière figé dans la glace des Dentelles Vives, seconde-éternité qui avait le pouvoir de bouleverser un monde tout entier. Qui l’avait touché, elle. La seconde suivante pouvait bien être celle du combat, elle n’en avait cure. Seul l’instant présent comptait.

Hier est derrière, demain est mystère. Mais aujourd’hui est un cadeau unique. C’est pour cela, gamine, qu’il porte le nom de présent…

Les paroles du vieux souffleur de verre donnèrent naissance à une larme, perle de glace qui roula doucement sur sa joue ; elle ne l’essuya pas.

* J’y suis arrivée, vieil homme. Je suis entrée dans ce monde que tu m’as si souvent vanté dans tes histoires. Et tu ne devineras jamais ce que j’y ai trouvé…*

Peu à peu, la vive émotion de l’instant la quitta – pas complètement ; de cet instant magique, il restait une étoile, scintillant doucement dans l’or limpide de ses yeux. Syndrell expira lentement. Elle aimerait bien poursuivre son aventure dans les hauteurs montagneuses, mais avant cela, elle voulait savoir. Elle voulait comprendre.
Le comprendre, lui.

Alors elle s’accroupit lentement dans la neige, adoptant une posture originale qui était sienne. Le premier mercenaire qu’elle avait croisé s’en était amusé, son maître s’y était habituée ; de cette façon, elle avait un autre angle d’observation, et s’offrait une meilleure détente en cas de soucis qu’elle n’écartait jamais. A court terme, la position soulageait ses muscles fatigués par sa récente escalade.

Elle décida d’attendre.
Une réaction, un geste, un autre mot-murmure…peu importe.
Elle était marchombre, elle était libre.
Elle avait tout son temps.


__________________________________________

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MessageSujet: Re: Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]   Mer 30 Juin 2010, 20:27

Aux années perdues à tenter de ressembler
A tous les murs que je n'aurais pas su briser
A tout c'que j'ai pas vu tout près, juste à coté
Tout c'que j'aurais mieux fait d'ignorer
A nos actes manqués

[Goldman]



Liberté. Ce mot entrait dans la catégorie de ceux que je ne pouvais comprendre. Qu'est-ce que ça veut dire "être libre" ? Est-ce un mot qui dit qu'on peut aller où on veut et faire ce que l'on veut ? Est-ce un mot qui qualifie "le choix" d'une manière simplement différente ? Est-ce un de ces mots qui est autorisé à certains et interdit à d'autres, tout dépend de sa naissance ? J'ignorais tout de son sens. Est-ce qu'être Envoleur signifiait être libre ? Ou le contraire, être prisonnier, les gestes enclavés, les choix définis ? Quel intérêt à être considéré comme Libre ? Cette compréhension était l'attribut des marchombres, pas le mien. Mais pourquoi leur attribuais-je tout ce qui m'était inconnu ? Il était vraiment temps que j'apprenne à les comprendre.

Isolé du monde et de ses principes, je dois avouer que toute une période de ma vie, je me sentis perdu. Des questions tournaient des ma tête sans que je puisse les saisir ou leur trouver une réponse. Chaque jour, des doutes m'étreignaient sur ma vie, mon avenir, mon chemin,... J'ignorais tout de ce que j'étais et de ce que j'avais à devenir. Mais ce jour-là, sur un des sommets des Dentelles Vives, face à un panorama des plus merveilleux, ces questions perdirent leur sens. Tout me devint futilité. Je n'avais plus à savoir qui j'étais. J'étais, tout simplement. C'était déjà bien suffisant. Suffisant pour apprécier ce que la vie avait à m'offrir. Le vent qui soufflait accompagnait cette certitude d'une douce mélodie aux accents de futilité. Mais je savais que ce n'était ni le vent, ni le panorama, ni la montagne qui m'offrait cet instant unique de compréhension. Non, c'était la Présence à mes côtés. J'ignorais tout d'elle. Son nom, le son de sa voix, sa Voie, sa famille, sa vie, son passé,... Tout. Je ne savais que ce que mes yeux voyaient. Pourtant, déjà, j'avais l'impression de connaître son regard par coeur. Si je fermais les yeux, je le voyais encore caresser les méandres de mon esprit et apaiser mes doutes. Son être entier clamait douceur et sérénité. Ce que j'étais venu chercher au sommet de la montagne, je le trouvais dans les yeux d'une femme. L'instant présent m'apparaissait non plus comme une énigme mais comme un bien précieux et éphémère qui m'appartenait. A moi et à Présence.

Beauté. Ses cheveux bleus caressant le vent, ou peut-être bien le contraire. Ses courbes gracieuses qu'épousaient les formes de la montagne, ou peut-être bien le contraire. Ses yeux dorés qui reflétaient le soleil, ou peut-être bien le contraire. Sa peau pâle qui égalait le cristal. Les muscles discrets visibles sur son corps exprimaient une grande force qui contrastait avec la douceur de ses mouvements. Jusqu'à son âme dont je ne percevais qu'un faible écho et qui pourtant déjà m'était une douce musique apaisant mes pensées. Rien ne comptait plus que l'Instant, si ce n'est Présence, tout simplement. Et si chaque Instant est éphémère, je priai pour que celui-ci soit l'exception à la règle et dure l'Eternité. Une larme apparut soudain sur la joue de Présence pour glisser, inconsciente, et se faire happer par un souffle de vent moqueur. Elle ne l'essuya pas, ne la perçut peut-être même pas. Elle figea en moi une flèche de douleur qui m'était jusque-là étrangère. Triste ? Ce pouvait-il que Présence soit triste ? Mais ce n'était pas de la tristesse que j'apercevais dans son regard. Non, le soleil qui y brillait exprimait un sentiment que je ne déchiffrai pas. J'en fus tout simplement incapable. La lueur de ses yeux s'égara l'espace d'un instant, comme si elle se rappelait la beauté d'un souvenir effacé, puis revint vers moi pour ne plus me quitter. Elle s'effaça de mon regard pour parcourir mon corps, puis y revint, légèrement différente, comme si elle me comprenait déjà un peu mieux.

Etre. Elle était Présence pour moi, bien plus qu'une simple rencontre, mais bien caresse de mon être pour y ajouter quelque chose. Je ne savais pas encore très bien quoi. Mais j'avais l'impression qu'elle était, à son insu, entrée en moi pour y déposer quelque chose. En échange, elle m'avait dérobé un sentiment. J'ignorais lequel c'était et il ne manquait guerre. Non, je sentais qu'elle l'obtenait de droit. Qu'elle lui appartenait bien avant que je la rencontre. Je perçus pour la première fois le battement régulier de mon coeur. Le murmure du vent dans mes oreilles et sa morsure sur mon corps. La contraction de mes muscles lorsque je bougeais même imperceptiblement. La contraction de mon corps pour résister au froid. La présence de mes doigts au bout de mes mains. Le poids des vêtements sur mon corps. La force de la montagne. La chaleur du soleil. La grandeur des éléments. La futilité du matériel. Le mystère de l'être. La vérité de l'âme. Tout m'apparaissait comme une réponse à toutes les questions que je pus me poser. L'avant n'avait désormais pas plus d'importance que l'avenir. Seul l'Instant comptait. Je compris que j'avais passé bien trop de mon temps à tenter de discerner un avenir, de comprendre un passé, et d'oublier un présent. Combien de Réponses m'avaient échappé parce que j'avais été trop idiot pour les chercher ? Un poids énorme quitta mes épaules. Un poids que jusqu'à maintenant, je n'avais pas eu conscience de porter. Et je goûtai pour la première fois le plaisir de Savoir. Que savais-je ? L'essentiel. Je savais simplement que je ne savais rien et que j'avais tout à apprendre. Et on ne peut voir la Lumière que si on a connu l'Ombre. C'est une réalité qui est vraie pour chaque élément, pour chaque chose.

Rayonnement incessant qui émanait de Présence. Et si je ne pouvais encore comprendre cette Lumière qui la faisait briller ainsi, encore moins me l'approprier, je lui devais tout ce que je venais de découvrir. Mon inconnue -pouvais-je encore l'appeler ainsi alors que j'avais l'impression de la connaître mieux que quiconque ?- changea de position, pour s'accroupir dans la neige. Je remarquai alors un détail que j'aurais voir plus tôt, au moment où elle l'avait caressé du bout des doigts. Une fine trace déchirait sa joue en une ligne rouge. Celle-ci paraissait vivre de souvenirs, d'importance, et quelque chose me souffla qu'il faudrait plus que le Temps pour l'effacer. Non, qu'il ne fallait pas l'effacer. Qu'elle serait la preuve d'un certitude trouvée. Je ne lui demandai ni où elle l'avait eu, ni ce qu'elle représentait, cela n'avait aucune importance. Je savais juste par son geste qu'il représentait quelque chose. Quelque chose qui pouvait bien être lié à moi. Quelque chose. Ou quelqu'un. La position choisie par Présence ne m'étonna guère, pas plus que la couleur de ses cheveux ou celle de ses yeux ne m'avait étonné. Elle était elle, et ce qu'elle était ne se reflétait ni dans son physique, ni dans son attitude. Car nous sommes tous différents. Et c'est ce qui fait que nous sommes tous pareils.

Telle l'étoile qui suit la lune dans son réveil et dans son coucher, je m'assis à mon tour dans la neige, préférant une position où mes jambes seraient croisées. Et une nouvelle fois, je me contentai de l'observer pendant un moment. L'idée qu'elle pût être marchombre ne m'effleura même pas. Mais l'Idée même m'avait quitté, sans que je ne la regrette. Cet Instant n'avait plus de place pour les réflexions. Il était, et j'avais décidé de le vivre plus pleinement que je n'avais vécu aucun instant de ma vie. Je laissai donc mon regard parcourir ce que la position accroupie de Présence laissait dévoilé. Son visage, sa peau lisse, ses lèvres entrouvertes... Je perçus la morsure du vent sur mon torse nu et j'en éprouvai pour la première fois le froid. Ne grimpant plus, l'effort physique n'était plus là pour me réchauffer. Je frissonnai. Pas un instant, pourtant, je ne pensai partir, rentrer pour me réchauffer. Présence suffisait, avec sa Lumière, le soleil qu'elle m'avait dérobé, à me réchauffer. Seul mon corps avait froid. Mon âme, elle, brûlait. J'ignorais ce que je devais faire. Bien que "devoir" n'est pas le verbe adéquat, puisque pour la première fois, sans l'exprimer avec des mots ou une pensée, je discernai le sens du mot "liberté". J'aurais désiré passer ma vie ainsi, face à face, à l'observer, tout simplement. La prison de son regard me rappelait la douceur d'un chez-moi que je ne me rappelais pas avoir connu. Je m'y enfermai avec bonheur. Mais je savais quelle attendait quelque chose. Un geste. Un souffle. Une parole... N'importe quoi. J'écoutai mon coeur battre et je lui demandai ce que j'avais à faire. Il resta muet.

Ephémère. Eternité. J'ignore lequel de ces deux mots convient le mieux pour qualifier l'Instant que nous venions de vivre. Car en réalité, je ne connaissais la véritable définition d'aucun des deux. Ils faisaient partie de ces mots dont je n'avais pas encore appris le sens profond. Peu importait. J'avais une vie devant moi. C'est le vent qui, en écho au silence de mon coeur, vint me donner une réponse en caressant mon bras et en le soulevant délicatement. Je sus ce que je devais faire. Le regard suffit pour beaucoup de choses. Mais on ne peut affirmer connaître quelqu'un complètement sans l'avoir jamais touché. Je levai le bras, presque timidement, et le tendis lentement vers Présence. Après quoi je dépliai ma main pour la tendre vers elle. Invitation au Savoir, à la découverte de l'autre. Je désirais simplement qu'elle me prenne la main, mais je savais que ce geste signifierait beaucoup, sans vraiment saisir où il me mènerait. J'ignorais si elle déciderait de répondre à mon geste. D'ordinaire, c'est un simple geste de bienvenue pour saluer un ami. Pourtant, ici, il prenait un sens différent. Bien que, une nouvelle fois, je ne saisissait pas encore ce que c'était.
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MessageSujet: Re: Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]   Jeu 01 Juil 2010, 09:57

Elle attendait.
Elle aurait pu attendre des heures ainsi, repliée sur elle-même, ouverte sur le monde, sur un geste. Il suffisait d’un seul pour qu’elle sache. Cet homme éprouvait-il les mêmes émotions qu’elles ? Ressentait-il, lui aussi, les vibrations de la montagne qui ronronnant doucement sous leurs pas ? Rien, dans son incroyable regard, ni dans son attitude, ne laissait entrevoir le moindre sentiment. Comme si le froid l’avait changé en statue de glace. Syndrell aurait presque pu y croire si elle n’avait perçu son souffle, léger, mais bien réel, qui dégageait un infime nuage de condensation devant son visage. Mais soudain, la statue s’anima.

Lentement, très lentement, comme pour ne pas l’effrayer, elle se baissa à son tour, mouvant son corps avec une grâce presque féline. Le vent sembla l’accompagner tandis qu’elle s’asseyait à même la neige, jambes croisées en tailleur, dos bien droit. Syndrell accueillit ce geste d’un nouveau battement de cils. Lumière – il avait prononcé lui-même ce mot, peut-être pour lui offrir un indice… - se tenait désormais immobile, emprunt d’une solennité qui lui coupa le souffle.

Elle avait toujours imaginé les mercenaires comme des êtres incapables de ressentir. Incapables de voir, d’entendre, de comprendre la nature, car pour elle, seule la nature pouvait se vanter d’être la jumelle de l’harmonie. Elle avait toujours cru que les mercenaires, qui ne vivaient que pour le Chaos, n’étaient capables que de cynisme, de cruauté rôdée par une soif de sang et un goût pour la facilité.
Qu’ils incarnaient l’exact contraire des marchombres.

La voie du marchombre et celle du mercenaire sont identiques, jeune apprentie, à la seule différence que l’un se hisse vers la lumière tandis que l’autre s’enfonce dans les ténèbres. Si tu bondis, il s’accroupit. Si tu cours, il marche. Si tu offres, il décline. Deux chemins, qui se ressemblent, mais qui ne se croiseront jamais. Parallèles, ils doivent le rester…

Le premier mercenaire qu’elle avait rencontré lui avait montré à quel point ces deux voies étaient semblables. Elle avait ouvert les yeux sur les dissonances d’une querelle pourtant fondée, comprenant que la seule opinion qui comptait, c’était la sienne. Mais cette nuit-là, elle n’avait fait que s’arrêter un instant pour observer, comprendre, apprendre. Avant de repartir, sans que ses pas ne se mêlent d’aucune façon à ceux du mercenaire. Elle avait appris à ne pas mettre le mot « ennemi » sur le visage de celui qu’elle ne connait pas personnellement.

Mais cette fois, c’était différent. Il y avait quelque chose de nouveau dans cette relation qu’elle vivait pour la seconde fois. D’étrange, d’improbable, de… lumineux. Syndrell retint son souffle. Elle venait de comprendre, enfin, ce que la montagne essayait de lui signifier depuis le début. Rien ! Elle n’était rien ! Elle était marchombre jusqu’au bout des ongles, et il était mercenaire plus que quiconque, mais au sommet de cette aiguille de verre, perdus dans cet univers de glace, là où les éléments se déchaînent, ils n’étaient rien. Rien de plus que deux âmes qui, mortelles, prenaient conscience de leur insignifiance. Ils se trouvaient sur le toit du monde ; ici, l’identité importait peu, et les convictions n’avaient pas lieu d’être.

Chemins qui se confondent.
Vent qui hurle.
Cœurs qui chantent.

Une main qui se lève.
Doucement.
Doigts qui se déplient dans un rêve de lumière pour se tendre vers elle.
Demande.
Syndrell entrouvre les lèvres. Son cœur bat la chamade dans sa poitrine.
Tou-doum. Tou-doum. Tou-doum.
Elle est détendue. Parfaitement détendue. Consciente que, si une tierce personne, marchombre, mercenaire, ou simple spectateur, était témoin de cette scène, il n’en saisirait pas la teneur. Mais il n’y a personne. Ils sont seuls. Et, avec eux, le vent, la neige, la glace, le feu – celui qui brûle intensément au fond de leurs yeux. Au fond de leurs cœurs.
Tou-doum.
Syndrell se penche en avant. Légèrement. Attirée par cette main offerte comme un papillon par une boule de lumière. Elle était papillon. Il était Lumière.
Tou-doum.
Elle lève un bras. Tend une main. Ouvre les doigts.
Tou-doum.
Tou-doum.

Est-ce qu’elle vient de percevoir les battements d’un autre cœur ? Le sien ?
Tou-doum.
Tou-doum.

Elle hausse les épaules. La statue de glace a un cœur, oui. Et alors ?
Tou-doum.
Tou-doum.

Alors, elle ose enfin.
Elle effleure sa main. Du bout des doigts, elle lui offre une caresse de papillon.
Du bout des lèvres, elle murmure un nom. Que le vent emporte aussitôt.


« Syndrell… »

Elle ne sait pas pourquoi, elle voulait qu’il sache. Simplement, qu’il ait un indice, lui aussi. Qu’il puisse mettre un nom sur cet incroyable instant de lumière et d’émotion.
Qu’il ne l’oublie pas.
Jamais.



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MessageSujet: Re: Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]   Ven 02 Juil 2010, 11:20

L'espoir d'un rêve égoïste de vivre seulement


Espoir. Réincarnation de l'illusion, second sens du mot "croire", il représentait les rêves de chacun et le besoin de les penser possibles. On peut espérer la vie, espérer la mort. Espérer l'amour, espérer la haine. Espérer le jamais, espérer le toujours. L'espoir est comme une lumière qui brille en chacun de nous et réchauffe nos peines jusqu'à ce que la Réalité et ses "impossibles" reprennent le dessus. Lorsque la lumière s'éteint, qu'on n'a plus d'illusion pour croire, on tombe dans un gouffre que certains nomment "désespoir". Moi, je l'ai appelé "vie".

Sourire. Dessiné sur mes lèvres, comme la promesse d'un jour nouveau, peint comme sur le tableau d'un maître qui a décidé de changer, il apportait un drôle de goût dans ma bouche. Le sentiment qu'il ne devrait pas être là. Le sentiment que sourire n'était pas pour moi. J'avais l'habitude de sourire en portant ce masque d'impassibilité qui m'était habituel. Il n'était jamais vraiment réel, simplement poli, ou sarcastique. Pourtant, ce jour-ci, j'avais la sensation de ne porter aucun masque. Peut-être était-ce le vent qui me l'avait arraché. Ou peut-être bien Présence, par la force de son regard. Quoiqu'il en soit, je me sentais mis à nu, offert à tout, réduit à rien. Ou plutôt, réduit à ma plus simple expression. Moi, dans ma plus futile réalité. Sans mensonge. Sans masque. Le sourire qui flottait sur mes lèvres n'était que le reflet de mes sentiments. Et il n'était Vérité que parce qu'il était offert à Présence.

Paix. Comme celle qui étreignait mon être tout entier. La main tendue vers Présence, les doigts dépliés en une supplication muette, je me sentais paisible. J'avais la sensation que je vivais l'instant le plus fort, le plus important de toute ma vie. Mais je n'en éprouvais aucune crainte. Au contraire. J'avais une confiance absolue envers ce qui m'entourait. Envers l'Instant. Je ressentais la sérénité qui étreignait aussi Présence. Elle était calme, détendue, ouverte. J'entendais l'écho d'un battement de coeur, sans parvenir à discerner si c'était le mien ou le sien. Peut-être les deux, qui battaient à l'unisson. Puis, elle leva le bras à son tour. Tendit la main. Ouvrit les doigts. Cette fois, mon coeur rata un battement. J'attendais, bien que tout mon être me hurle de lui prendre la main. Non, je devais attendre. C'était ainsi et je le savais. Nos deux mains restèrent immobiles un instant, séparées d'à peine quelques centimètres. Si loin, encore. Enfin, elle s'approcha et répondit à ma demande. Ses doigts effleurèrent ma main en une caresse volée, pas plus qu'un simple effleurement. Le contact de sa peau sur la mienne me fit tressaillir. Je ne bougeai pas, paralysé par l'Instant et par sa douceur. Mon regard était toujours prisonnier dans celui de Présence bien que désormais, le sien soit épris d'une vive émotion. Sans doute la même qui m'étreignait moi. Je vis ses lèvres s'entrouvrir et échapper un Mot. Un nom. Une identité. Je le reçus comme si elle m'avait offert le plus beau des trésors. Il se ficha dans mon âme et brisa ce qui me restait encore d'attache à ma vie d'avant. Avant l'Instant. Je fus alors tout entier ouvert à elle, offert à ses yeux. Mes lèvres s'ouvrirent à leur tour.

- Syndrell

Ouverture. Murmuré en écho pour le graver à jamais au fond de moi, ce simple Mot grandissait en émotion. Il s'écrivit en lettres de feu sur mon âme, premier mot de la nouvelle page de ma vie. Je remontai ma main vers le ciel, caressant la sienne pour qu'elles se retrouvent paume contre paume. Je quittai son regard pour découvrir nos mains unies. J'avais la sensation qu'elles ne faisaient qu'un. Bien que mes doigts soient plus longs, plus grands que les siens. Son contact était si doux qu'il en paraissait faible. Sa peau pâle contrastait avec la dureté de la mienne. Ma paume me brûlait à son contact, d'une chaleur bienfaisante, apaisante. Je n'avais aucun souvenir de m'être un jour senti aussi... heureux ? Oui, tel était le mot, bien que loin de Syndrell, il perdît son sens. En écho à mes sentiments, une larme perla au coin de mon oeil, glissa le long de ma joue et vint s'échouer sur la glace pour se mêler avec ses semblables. Un mercenaire du Chaos pleure-t-il ? Cette question, posée au sommet de la montagne, perdait son sens. La faiblesse qui m'étreignait, je l'avais désirée, provoquée. Ouvert à Syndrell, offert à elle, je ne pouvais qu'être faible... ou bien étais-je l'homme le plus puissant de l'univers, puisque c'est l'impression que j'avais. Lequel des deux était la vérité, je l'ignorais, mais je croyais en ce sentiment de puissance que ce simple contact m'apportait.

Inexorablement, le Temps passait autour de nous, sans paraître nous atteindre, sans que j'en éprouve un quelconque intérêt. Après un moment, ce put être une seconde ou plusieurs heures, peu importe, je glissai mes doigts entre les siens, pour quitter la position offerte en prière vers le ciel. Je liai sa main à la mienne d'une simple pression caresse et je remontai mon regard dans ses yeux. Après quoi je laissai à nouveau le Temps étreindre l'Instant, resserrer l'étreinte de nos mains, puis me glisser à l'oreille que c'était le moment de continuer.

Rêve. D'une vie. D'une nuit. D'un mot. Mes pensées focalisées sur elle prenaient des accents de rêve, tant ce bonheur m'avait semblé inaccessible. Lorsque le Vent me l'eut proposé, je me décidai enfin. Je quittai mon étreindre et lâchai sa main pour me relever. Son contact évanoui, sa chaleur quittant soudain la mienne, je ressentis avec force la morsure du froid et de la réalité. Etait-ce possible que tout ceci ne fût qu'un rêve ? Si c'était le cas, alors je désirai ne jamais me réveiller. Je m'approchai de la montagne et posai la paume de ma main qui autrefois effleurait celle de Syndrell et je levai mon regard vers le ciel. Il restait un morceau de montagne à gravir. Une belle ascension. Un bout de route. Je jetai un regard interrogateur à Syndrell. De tous les doutes qui m'avaient autrefois étouffé, je ne savais qu'une certitude : je ne continuerais pas sans elle.
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MessageSujet: Re: Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]   Sam 03 Juil 2010, 10:28

Le Temps s’est arrêté.
Le Monde s’est arrêté.
Mais, dans sa poitrine, le cœur de Syndrell bat à tout rompre tandis qu’elle contemple avec un étonnement proche de l’émerveillement ses doigts qui s’entremêlent à ceux de Light.
Lumière. Qui éclabousse son âme. Qui inonde son esprit et aveugle sa réalité.
Puis elle vrille son regard dans le sien et bascule dans l’univers sombre de ses yeux. Marrons pailletés d’or, ils sont une nuit parsemée d’étoiles, une voûte éthérée dans laquelle elle se sent évoluer. Comme dans un rêve.
Un très joli rêve.

Elle ignore si son regard à elle l’entraîne, lui aussi, dans un gouffre vertigineux et infini ; ce dont elle est sûre, en revanche, c’est de son émotion. Il ne la dissimule pas, ne cherche pas à la réfréner : imperceptible, elle est dans la tension légère de ses muscles ; puissante, elle réside dans l’éclat de ses prunelles. Dans la chaleur de ses doigts.
Sa chaleur… Elle avait l’impression qu’il cherchait à la lui offrir. Comme s’il s’agissait d’un présent. Et, aussi étrange que cette idée puisse paraître, la jeune fille accepta ce cadeau. Elle laissa cette vague de bien-être l’envahir, l’envelopper comme d’une tendre étreinte. Sentit son cœur chavirer.

Jamais encore elle n’avait connu pareille douceur. Ses parents adoptifs avaient fait en sorte de lui apporter autant d’amour que possible, mais ils avaient vite compris que Syndrell n’était pas très effusive. Un frôlement, une imperceptible caresse revenait à une étreinte qu’elle tolérait, mais pas d’avantage. Jamais. Par peur de trop s’attacher ? De laisser place à une dangereuse dépendance ? De prendre le risque de perdre cet amour trop mis en avant ? Toute petite, après qu’elle ait vu le jeune couple éleveur de siffleurs se faire assassiner sous ses yeux, elle s’était fait une promesse. Une promesse qu’elle avait toujours eu à cœur de tenir.
Ne jamais dépendre de personne, ne jamais laisser personne dépendre d’elle. L’attachement entraînait de trop lourdes conséquences pour ses maigres épaules, telles qu’elle n’était pas certaine de les supporter si d’aventure elle devait les payer.

Mais en cet instant d’illusion, alors que le Temps même n’a plus aucune emprise sur son être, alors que les éléments se déchaînent autour d’elle sans l’affecter, alors que ses doigts se retrouvent prisonniers de ceux d’un homme, cet homme, Syndrell sent toutes ces résolutions se fissurer. Une faille s’est ouverte dans son cœur.
Son nom ? Espoir…

L’espoir d’un rêve qui ne s’arrête jamais.
L’espoir d’une aventure qui ne se termine jamais.
L’espoir d’une seconde qui devient éternité.
L’espoir comme jamais elle ne l’a ressenti en elle, vibrant, lancinant. Murmure devenu cri, il se transforme en une étrange impression. Celle de se sentir véritablement libre, comme si durant tout ce temps, elle avait seulement cru l’être. Dans son dos, la sensation frappante d’avoir des ailes. Dans son cœur, celle de s’envoler.
Plus haut et plus loin qu’aucun oiseau de cette terre.

Caresse infinie.
Leurs deux paumes se retrouvaient soudées, soulignant la différence de taille de leurs mains. La sienne, fine et blanche, se découpait sur celle, grande et hâlée, du jeune homme. Contraste bouleversant. Qui ne les laissa pas intacts.
Son regard avait glissé sur leurs mains jointes, et elle vit son expression se modifier. Sur ses lèvres, un sourire. Dans ses yeux, un sourire. Sur sa joue, une larme. Une larme de bonheur… Syndrell aurait aimé la cueillir sur son doigt. Mais, comme s’il pressentait qu’un rien seul geste pouvait briser l’harmonie qui s’était créée entre eux, il glissa ses doigts entre les siens, verrouillant sa prise. Il la retenait.
Elle le laissa faire.

A nouveau, il accrocha son regard au sien. A nouveau, Syndrell sentit l’impuissance la réduire à néant. Impuissante. Quelques minutes auparavant – à moins qu’il ne s’agisse d’années ? De siècles ? Comment savoir, à présent que le Temps n’était plus ? – ce simple concept ne l’aurait même pas effleurée. Où l’aurait soumise à une rage sans limite. Il n’en était rien, désormais. Elle se sentait plus impuissante que jamais, et elle était consciente que si le moindre danger venait rompre la magie de cet instant, elle ne pourrait rien faire. Mais, pour la première fois de sa vie, elle aimait cette faiblesse. Une âme ne saurait mentir, et ne dit-on pas que les yeux sont les fenêtres de l’âme ? Ceux de Light exprimaient ce que jamais il ne lui dirait avec des mots. Ils étaient murmures de tendresse.
Promesse et protection.

Elle ne risquait rien. Cette certitude était ancrée dans son cœur. Elle ne risquait rien parce qu’il était là, avec elle. Elle ne risquait rien parce que sur cette montagne, rien ne pouvait les atteindre. Elle ne risquait rien parce qu’il était un mercenaire, et elle une marchombre. Un accroc, et l’un comme l’autre redeviendraient les guerriers aguerris qu’ils étaient. Non, elle ne risquait rien. Et si elle était impuissante, c’était seulement face à ses sentiments. A ses émotions.
Face à lui.

Elle comprit que l’incroyable connexion se rompait une seconde avant qu’il ne retire sa main. Le froid tomba alors sur Syndrell, qui se redressa souplement, en même temps que le jeune homme. Elle se rendit compte qu’elle tremblait. De froid ? Dans un haussement d’épaule, elle balaya la question. Le froid, elle s’en moquait comme de sa première estafilade. Celle qui marquait sa peau, à la hanche, était néanmoins récente et rappela la jeune fille à l’ordre par un vif élancement. Elle l’ignora.

Elle l’ignora car le mercenaire venait de poser sa paume – celle-là même qu’il avait maintenu contre la sienne – sur la paroi de verre de la montagne. Pour atteindre le sommet du monde, il fallait encore gravir ce palier. Une ultime escalade, un dernier échelon vers…
…Il tourna la tête vers elle. Chercha son regard. Le trouva.

Pas sans toi.

Syndrell ne sut jamais si elle avait lu ces paroles dans son regard, si elle les avait entendues ou si elle les avait tout simplement rêvées. Mais la manière importe peu ; ce qui compte réellement, c’est qu’elle les accepta. Légère et silencieuse, elle se plaça à côté de lui et posa sa propre main à côté de la sienne.
Un regard.
Une réponse.

Je viens.

L’impossible était là.
Deux opposés : un mercenaire, une marchombre.
Un terrain neutre : la montagne.
Et une ascension, une magnifique ascension de deux âmes qui se sont longtemps cherchées.
Et finalement, qui se sont trouvées.


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MessageSujet: Re: Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]   Sam 03 Juil 2010, 15:46

"J'aime le ciel parce qu'il est dans tes yeux. J'aime l'oiseau car il sait ton nom."

A quoi pense-t-on quand on rêve ? Au rêve lui-même ? Ou bien l'inconscient nous mène-t-il autre part, dans ces endroits que l'on oublie, ces abîmes dont on doute de la réalité ? Notre vie elle-mène peut-elle n'être qu'un rêve ? Mais dans ce cas, se réveille-t-on un jour de la vie ? En ce moment, je doutais de ma réalité. Ou plutôt, je doutais de celle de Syndrell. Trop belle. Trop espérée. Bien que je ne rappelasse pas d'avoir un jour espéré une telle rencontre, je sentais au plus profond de mon âme que je la retrouvais. Oui, c'était cela. Je la retrouvais. Or, je le savais, c'était la première fois que je la voyais. Et à chaque instant, chaque fois que mon regard se posait sur elle, j'avais la sensation de la découvrir pour la première fois. C'aurait pu être la centième fois que je croisais son regard, j'avais l'impression de le croiser pour la première fois tant l'émotion que j'en éprouvais gardais sa puissance. Le contact de sa main sur la mienne, bien que maintenant simple souvenir, brûlait toujours ma peau, aspirant à une étreinte. Plus que tout au monde, je désirais la tenir dans mes bras, pourtant c'est un geste que je me refusais. J'avais l'impression d'être trop heureux. Que sa simple vue m'apportait un bonheur si intense que je m'en voulais de désirer plus. Je me contentais donc de l'observer, de caresser son corps du regard à défaut de ne pouvoir le faire de la main.

Mais le souvenir de l'émotion qui l'avait étreint lorsque ma mains avait tenu la sienne était comme un appel, une supplication. J'avais senti son corps vibrer du même émoi et je l'avais perçue s'abandonner à moi, accepter mes gestes. Chacun de ses mouvements entrainait un trouble au fond de moi, une attente, une question. Elle s'était relevée dans le même temps que moi, mais je m'apercevait seulement qu'elle tremblait. Je cherchai vainement quelque chose qui pourrait la réchauffer mais me rappelai que j'étais moi-même torse nu et que je n'avais rien emporté avec moi. A nouveau, l'envie me pris de la prendre dans mes bras pour lui offrir la chaleur de mon corps. A nouveau, je me l'interdis et restai immobile, me contentant de la caresser des yeux. Elle s'approcha de moi, chacun de ses gestes accordé au battement régulier de mon coeur, et posa sa main à côté de la mienne. Après quoi elle m'offrit un regard. Et deux mots. Un présent. Pour que l'Instant devienne éternité. Je voulus que nous ne soyons séparé. Mais la réalité, bien qu'en cet instant elle se soit éloignée, n'était jamais loin et je savais qu'elle finirait par nous rattraper. Que se passerait-il alors ? Je bloquai mes pensées. Ne pas penser à cela. Ne garder à l'esprit que l'Instant. Et Syndrell. Oublier le reste. Ce ne fut pas difficile.

On commença l'ascension, moi de part des gestes encore maladroits, elle plus assurée. Je ne la quittais jamais vraiment des yeux, craignant je ne sais quel danger, certain que sa vie, désormais, je devais la protéger. Cette idée me fit sourire, puisque je m'aperçus bien vite qu'elle était plus avancée dans son enseignement que moi, quel qu'il fut. Mes mains crochetaient des prises, mes bras tiraient, mes pieds accompagnaient. J'aurais dû être encore éreinté par la précédente escalade, mais de ses mains, j'avais reçu une nouvelle force. Et sa simple vue me donnait l'impression de pouvoir voler. D'ailleurs, je ne doutais pas une seule seconde que si je lâchais toutes prises, je déploierais des ailes et m'envolerais. A aucun moment je ne glissai ni ne doutai sur ma capacité à arriver en haut. Je ne regardais jamais ni le vide, ni le chemin qu'il me restait à parcourir. Je n'avais d'yeux que pour Elle, et peut-être parfois pour les prises auxquelles m'accrocher. Je ne remarquai même pas que j'avais oublié ma corde sur le plateau, ni ne me posai la question de comment je pourrais descendre. Rien n'avait plus d'importance en dehors de l'Instant que je vivais. Que nous vivions.

Une éternité, ou bien l'éphémère, se déroula. Je ne saurais dire combien de temps dura l'ascension. Elle ne me parut ni courte, ni longue. La notion de Temps m'avait quitté. Quoiqu'il en soit, je finis par palper un plateau du bout des doigts. Une dernière traction et je me retrouvai à plat ventre sur la neige du sommet. C'était un plateau d'une longueur confortable, où une vingtaine d'hommes auraient pu se tenir couchés. Le vent soufflait avec violence, griffant mon corps de sa morsure glacée. Je n'en n'avais cure. Le ciel s'offrait à moi. J'étais au sommet du monde. J'en arrivais à croire que si je tendais la main, je palperais le bleu de l'univers. Mais je ne tentai pas l'expérience, par peur de briser cet espérance. Je me redressai et jetai un regard à Syndrell. Mon coeur rata un battement. Elle était belle. Ses cheveux bleus accordés au ciel. Son corps qui venait de montrer sa puissance et qui pourtant me semblait si frêle. Et l'émotion qui l'étreignait, écho de celle qui m'envahissait en l'instant. J'eus la soudaine envie de m'exprimer, de dire par des mots ce que mes yeux avaient déjà murmuré.

- Je...

Rien. Ma phrase s'arrêta là. J'étais incapable de parler. De toute façon, le vent l'aurait emporté. Le langage est source de malentendu. Parler me semblait futile, inadapté à l'instant. Il aurait fallu des gestes pour m'exprimer. Mais cela aussi, j'en étais incapable. Debout face à elle, le désir de la toucher n'avait jamais été si intense. J'aurais tant aimé la prendre dans mes bras, mais je restai immobile, impuissant. Faible. Moins d'un mètre nous séparait. Je fis un pas... me stoppai là. Mon regard parcourut son visage, comme si je la découvrais pour la première fois. S'arrêta sur ses lèvres. Mon coeur s'agita. Je les fixai un instant, imaginai les caresser, les embrasser. Je revins vers son regard. Mes bras restèrent étendus le long de mon corps. Je me sentais lâche. Et pourtant, j'étais incapable de faire ce que mon coeur me hurlait depuis longtemps.
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MessageSujet: Re: Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]   Dim 04 Juil 2010, 16:39

Ensemble.
Ils entamèrent l’ascension ensemble, lié par un parfait accord. Accord des gestes, accord des pensées. Des émotions. Accords de musique ? Surprise, Syndrell marqua un léger temps d’arrêt alors qu’ils n’étaient pas à la moitié de la distance qu’ils avaient à franchir. Elle n’en était pas sûre, c’était bien trop diffus pour être réel, bien trop lointain et en même temps si proche… Un chant ? Une complainte ? La montagne avait-elle ce pouvoir ? Du coin de l’œil, elle vit son compagnon se ramasser, prêt à bondir. A intercepter sa chute. A la protéger du vide qui pouvait la happer sans prévenir. Prêt à la sauver, elle. Alors elle sourit. La montagne avait eu le pouvoir d’unir deux êtres opposés. Pourquoi ne pourrait-elle pas chanter ?

La jeune fille se remit en mouvement. Les siens étaient fluides, précis, coulés comme ceux d’un faël. Après tout, elle avait côtoyé ces excellents grimpeurs un moment, court mais extrêmement profitable, qui lui avait ouvert toutes les portes de l’escalade. A côté d’elle, Light grimpait sans difficulté aucune, d’une manière différente de la sienne, mais qu’elle apprécia. Talent et puissance se disputaient dans chaque contraction de ses muscles tandis que dans son regard brillaient émerveillement et stupéfaction. Il y avait autre chose, quelque chose qu’elle ne saisissait pas réellement. Non. Qu’elle avait peur de saisir. Alors elle grimpait, visage tourné vers leur objectif. Et plus ils gagnaient de l’altitude, plus le vent se faisait puissant. Tant et si bien qu’une bourrasque joueuse parvint à dénouer le ruban qui maintenait sommairement ses mèches d’azur en une queue de cheval. Libre, sa chevelure se répandit tout autour d’elle, halo bleu presque irréel.

Ils s’élevaient.
Ensemble.
Ils franchirent la barrière de nuages, univers de coton qui offrait un chemin vers le ciel. Petite, Syndrell pensait que les plus chanceux de ce monde avait le loisir et le luxe de pouvoir s’allonger sur ces lits merveilleux. Mais il suffisait d’avoir des ailes pour réaliser ce rêve improbable. Et des ailes, elle en avait. Invisibles, elles l’entraînaient vers des sommets inconnus des poètes. Sous ses doigts, la montagne chantait toujours.
Pour eux, comprit-elle. Parce qu’ils étaient ensemble.

Il la regardait. Ne la quittait pas des yeux. Bouleversée, Syndrell sentit son cœur s’emballer dangereusement. Le sommet n’était plus très loin, désormais. Il lui était tout à fait possible de l’atteindre pour s’évanouir aux yeux du monde – à ces yeux, à lui. De disparaître. D’échapper à la force de son regard, à cet autre chose qu’elle redoutait de comprendre.
Et puis.

Souvenir.
Chaleur.
Murmure.

Souffle. De l’homme qui progressait à ces côtés. Qui emplissait son âme et apaisait son cœur. La peur d’une entrave sans nom l’avait étreinte, l’espace d’un instant, avant que le contact de leur peau ne lui revienne en mémoire. Lorsqu’il avait verrouillé leurs mains, ç’avait été sous la forme d’une demande. Courtoise, respectueuse. Parce qu’elle était libre, libre de partir à tout moment, simplement de s’en aller si tel était son désir. Parce qu’il la respectait bien trop pour essayer de l’en empêcher.

Incroyable prise de conscience. Qui changea tout.
Modifiant ses appuis, elle tourna pour la première fois la tête vers lui, aussitôt happée par son regard. Et Syndrell eut le souffle coupé. Elle connaissait bien la sensation qu’apportait un coup de poing dans le plexus – une soudaine contraction du corps, puis les poumons qui sont privés d’air, et la tête qui tourne -, mais elle était loin de penser qu’un homme puisse un jour lui procurer pareille sensation. A croire que celui qui la dévorait du regard avait le pouvoir de la capturer toute entière, sans lui ôter une once de liberté.
Regards qui se croisent.
Echange silencieux.
Qui redessine un éclatant sourire sur les lèvres de la jeune fille.

Ensemble, ils atteignirent le plateau de vent qui marquait la fin de leur périlleuse ascension. A plat ventre dans la neige, ils reprirent leur souffle, conscient de vivre des instants uniques qui n’appartenaient qu’à eux. Des instants devenus éternité. Car là où ils se trouvaient, au sommet du monde, de tous les mondes, le Temps n’avait aucune emprise. Syndrell ne sut jamais combien de temps elle resta allongée dans le froid sans en ressentir la morsure sur son corps. Ni combien de temps il lui fallu pour se redresser sur ses jambes, imitée par Light. Elle vivait un rêve étrange, harmonieux et sans accroc, époustouflant de beauté et de simplicité.
Unique et précieux.

Ce n’est que lorsqu’elle croisa pour la millième fois son magnifique regard que Syndrell comprit le changement. Dans ses yeux. Dans son corps. Dans son âme.
Un changement nommé désir. Aussi brulant que son souffle, qu’elle devinait sur sa joue alors qu’ils se tenaient trop loin l’un de l’autre pour que ce soit le cas. Captant sur son visage une furtive grimace de douleur, elle frémit. Ebahie par autant de volonté. Autant de retenue. Autant de respect qu’il témoignait, alors qu’elle n’était qu’une inconnue. Une ombre de passage dans sa vie. Il était un éclat de lumière dans la sienne.

- Je…

Un mot. Balbutiement.
Un pas. Chancelant.
Figée de surprise, Syndrell voyait le prodigieux guerrier réduit à l’impuissance par l’incapacité – celle de terminer son geste. De la saisir enfin dans ses bras, de la serrer contre lui. De franchir cette ultime limite.
Jusqu’à elle.

C’est elle qui alla jusqu’à lui.
C’est elle qui brisa les distances, la distance, elle qui se fit mouvement tandis que la statue redevenait glace, elle encore qui osa l’impossible. Impossible qu’elle effleurait enfin. Impossible dont elle comprenait le sens véritable. Impossible qu’elle n’avait pas peur d’accepter.
Impossible nommé amour.

Elle ne fit qu’un pas. Un seul.
Et ses lèvres furent sur les siennes. D’abord imperceptible frôlement, irrésistible appel, réponse muette à tout ce que le jeune homme n’avait pas la force d’exprimer autrement que par son regard. Elan de tendresse qui bouleversait le monde tout entier. Eux l’étaient déjà depuis longtemps. Probablement depuis toujours. Syndrell se sentit fondre. Perdre pied. Alors elle glissa une main derrière la nuque du mercenaire pour approfondir son baiser tandis que la seconde venait glisser autour de sa hanche. Etreinte à la fois douce et sauvage qui fit naitre une pluie d’étoiles filantes dans son cœur.
Et, dans son esprit, une danse. Celle de tous les mots qu’elle avait appris au cours de cette formidable ascension dans les Dentelles.

Impossible. Lumière. Espoir. Liberté.
Ensemble. Envol.
Amour.


Sept maître-mots qui étaient désormais siens. Gravés pour toujours au plus profond d’elle-même, là où personne n’avait aucun accès, hormis un certain mercenaire du Chaos…

Lorsque leurs lèvres se séparèrent enfin, après une éternité de plénitude, Syndrell comprit qu’elle avait changé. Une fois redescendue de cette montagne, elle ne serait plus la même. Plus jamais. Les dernières bribes de l’enfance s’effilochaient avec ce baiser volé sur le toit du monde, lui offrant un avenir incroyablement beau. Mais pour l’heure, il lui restait quelques instants, quelques précieuses secondes avant de partir de l’avant.
Elle choisit de les passer dans les bras de Light. Non. Dans ses yeux, car ils ne contenaient plus qu’elle. Et dans son cœur.

Elle finit par se dégager en douceur, consciente qu’il aurait pu la tenir ainsi des siècles durant. Et elle serait restée contre lui si sa nature ne la poussait pas à saisir un nouveau souffle de vent. Une nouvelle direction. Celle de l’Harmonie.
Elle aurait voulu lui parler. Lui dire que…
…un éclat traversa soudain son regard. Sans un mot, elle s’accroupit et tira d’un geste vif l’un de ses poignards fixé à sa cuisse. Les mots qu’elle traça de la pointe de sa lame se gravèrent dans la neige autant que dans son âme.

Impossible qui devient possible.
Nuit qui devient jour.
Lumineuse rencontre.


Et aussitôt, elle effaça ces paroles d’un grand geste de la main. La poésie marchombre appartenait à tous, mais seuls les plus aguerris avaient le droit d’en faire usage. Mais elle avait offert ces Mots au seul être qui méritait cette entorse à la règle. Et lorsqu’elle se redressa, intense déploiement de sa silhouette féline, aucun regret ne brillait dans ses yeux.
Non, aucun regret.


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MessageSujet: Re: Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]   Dim 04 Juil 2010, 19:22

"I'll try to make the sun shine brighter for you
I will even play the fool if it makes you smile
I'll try to make you laugh if there's a tear in your eye
After all is said
After all is done
I'd do anything for you"

[Phil Collins]


Doutes. Ceux qui doutent sont ceux qui désirent avancer. Ceux qui savent l'essentiel, ceux qui apprennent, ceux qui ignorent tous. Certitudes. La certitude vaut-elle la vérité ? Si c'est le cas, alors elle n'existe pas. Ceux qui croient savoir n'avancent plus, ils sont immobiles, stoppés face à leurs certitudes. Ceux qui trouvent la vie inintéressante, toujours pareille, dénuée d'aventure, ce sont ceux qui croient savoir et qui ne veulent plus apprendre. Car n'est-ce pas cela, tout l'intérêt de vivre ? Apprendre. Apprendre le passé, apprendre la nature, apprendre le fonctionnement de l'univers, apprendre l'esprit... apprendre à aimer. Durant mon enfance, on a tenté de m'apprendre bien des choses. Les mathématiques, l'histoire, le français,... toutes ces matières qu'on trouve à l'école, loin de Gwendalavir. Plus tard, on m'a enseigné les armes, et j'ai appris seul le meurtre. Les parents ont un rôle bien difficile. Nous éduquer, nous protéger, nous apprendre à grandir. Mais ils ont dû louper une étape dans leur apprentissage de parents. Ils ont oublié de m'aimer. N'est-ce pas une mère qui a ce devoir ? Apprendre à son enfant la tendresse de l'amour ? Pouvait-on me blâmer d'être devenu un assassin lorsque j'avais manqué cette partie essentielle, cet ingrédient sans quoi tout est insipide ? Je ne me cherchais pas d'excuse, je savais que mes actes ne pouvaient être pardonnés, et bien que tuer ne m'enchantait guère, je savais qu'il n'y aurait pas de dernière fois. Je tentais simplement de me comprendre. Les sentiments qui m'étreignaient ce jour-là m'étaient étrangers. Doux, tendres, mais étrangers. Et comme tout être humain, j'avais peur de l'inconnu. Donc peur de mes sentiments. C'est une des raisons pour laquelle je restai immobile, tout prêt d'Elle, incapable de faire le moindre geste. Tout commençait par un respect envers elle et sa liberté, par la crainte d'un refus, et parce que malgré moi, j'étais paralysé par sa beauté. Avais-je seulement le droit de l'aimer ? Elle si libre, si douce, si respectueuse de tout ce qui l'entourait. Elle si respectueuse de la vie. Avais-je seulement le droit de l'aimer ? Moi si indifférent, si blasé, moi qui avais juré de me venger de la vie pour m'avoir accepté en son sein. Moi qui portais sur les mains le sang de nombreux innocents. Moi qui n'en avais aucun regret.

Ombre. Tel était le mot qui me qualifiait le mieux. Pourtant, je me nommais Blood Light, et un moment, la question me vint à l'esprit : pourquoi avais-je choisi ce nom ? J'avais désiré quelque chose qui me représenterait non dans mon être, mais dans mes gestes. Le sang que je faisais couler. La lumière que j'éteignais. Lumière et sang rassemblés. Assassin. Mes pensées s'évanouirent d'un coup. Syndrell avait bougé. D'abord imperceptiblement, si bien que je crus avoir rêvé, puis plus sûrement. Son regard avant changé -comment n'avais-je pu le remarquer ? Encore empreint de doutes la seconde précédente, il exprimait désormais cette lumière que je me targuais de posséder. Mon coeur se remit à battre. Follement. Incontrôlable. Mes pensées s'oublièrent. Mes doutes s'envolèrent. Ma réalité se résuma à Elle et Elle seule. Paralysé, je ne pus que la regarder s'avancer d'un pas. M'effleurer. Son contact brisa mes chaînes. Je me sentis libéré. Comme si mes choix et ma vie avaient repris une direction. Un sens. Elle. Tout simplement. Et tandis que je fermais les yeux pour goûter plus pleinement à l'Instant, ses lèvres se posèrent sur les miennes. Je refermai mes bras autour d'elle, savourant le contact qui ne s'arrêtait plus simplement à nos mains. Désormais, c'étaient nos deux corps entiers qui vibraient d'émotion l'un contre l'autre. Elle m'offrit d'abord une simple caresse, comme une promesse d'un meilleur futur, puis, comme répondant à un désir peut-être égalant le mien, une de ses mains se saisit farouchement de ma nuque pour m'attirer plus fort à elle tandis que l'autre descendait sur ma hanche. Son contact me grisait, réveillant quelque chose en moi. Quelque chose qui n'aspirait qu'à l'éternité de cet Instant. Une de mes mains s'égara dans sa chevelure avec une douceur émerveillée, tandis que l'autre descendait dans son dos en une caresse avide. Je ne parvenais pas à saisir cette incroyable réalité : je la serrais dans mes bras ! Cette pensée me fit l'effet d'un choc, comme un courant de bonheur qui traversa mon corps avec la vitesse et la force de l'électricité. Je goûtai à ses lèvres comme on découvre pour la première fois le soleil, et je la serrai avec force et velouté mêlés, comme on tiendrait le plus beau des trésors qu'on a cherché pendant tant d'années. Enfin trouvé. Mais le plus beau des trésors ne vaut pas le baiser d'une femme.

Un Instant. Ephémère. Tout en l'embrassant, je pensai que tout pouvait arriver après. Que je pouvais mourir, ça n'avait aucune importance. J'avais découvert le bonheur ultime, j'étais sans aucun doute arrivé au plus beau moment de ma vie. Après, plus rien n'aurait d'importance. Son coeur contre le mien battait avec force, aussi puissamment que le mien. A l'unisson. Nos deux êtres vibraient d'une même émotion. Ce sentiment de bonheur, de vie intense, cette impression de naître, était-ce cela, l'Amour ? Etait-ce cela dont mes parents m'avaient privé durant mon enfance ? Cette sensation de n'être pas si futile que ça, d'exister enfin puisqu'il y a quelqu'un qui tenait à moi ? Etais-je de cela dont j'avais tant manqué ? Ses lèvres se détachèrent des miennes. Elle resta encore un moment dans mes bras. Je glissai mes doigts dans ses cheveux, le regard rivé sur son visage si doux. Mon autre main dessina les courbes de son corps avec délicatesse. Je la découvris avec extase, retraçant son corps mieux qu'un peintre ne l'aurait fait. Je me sentais incroyablement bien. Mais bientôt, elle se dégagea de moi sans je que la retienne. Je l'aurais désiré, la tenir serrée contre moi pour l'éternité, mais je la sentais libre, et ses gestes lui appartenaient. C'est quelque chose que je ne lui arracherais jamais. Je la laissai donc s'éloigner avec regret, la brûlure de ses mains sur mon corps cicatrisant mes blessures intérieures. Je ne remarquai pas tout de suite le changement dans son regard, trop bouleversé au plus profond de moi pour m'apercevoir de quoique ce soit. Elle se baissa, et je fus étonné de la voir tirer l'un de ses poignards. Après quoi elle traça trois lignes sur le sol. Trois lignes résumant l'Instant, le gravant en nous de part des Mots et leur magie. Ce geste me rappela quelque chose sans que je ne saisisse quoi. Elle les effaça du plat de la main, n'acceptant que de nos mémoires qu’elles les gardent précieusement.

Tout me semblait désormais simple. Elle m'avait libéré de chaînes. Nous avait liés. M'avait autorisé à l'aimer. Tandis qu'elle se relevait avait grâce, dévoilant sa silhouette à mon regard passionné, je m'approchai et ,cette fois, je n'eus aucune hésitation. Mes bras se refermèrent avec douceur autour de son corps et mes lèvres parcoururent les siennes en un nouveau baiser-caresse. Je ne fis qu'effleurer ses lèvres en une simple promesse, après quoi je vins nicher ma tête au creux de son cou. Là je pus respirer intimement son odeur fruitée, mélange de cette liberté qui m'était interdite et de ce soleil qu'elle m'avait volé. Ou que je lui avais offert, cela revenait au même. Ses cheveux volant dans le vent filtraient son parfum avec plus de volupté, m'offrant un instant de plénitude infini. Quand soudain, un éclair de lucidité traversa mon instant de bonheur, le brisant en une vérité qui m'apparut sous la forme d'une certitude que j'aurais dû comprendre avant. Ces mots tracés sur le sol. Trois lignes. Une poésie s'enlisant aux mots tracés, jamais à ceux prononcés. Une poésie qu'un maître avait qualifiée de naïve. Marchombre. Cette réalité me frappa avec la force et la douleur d'un coup de poignard. Je m'emprisonnai dans la lumière de son regard pour m'en assurer. Cette liberté que je lisais. Cette gestuelle... Harmonieuse. Comment n'avais-je pu le voir plus tôt ? Mon coeur cessa de battre un instant tandis que le doute s'éprenait de moi. Je n'aurais jamais dû l'aimer. Je ne le pouvais tout simplement pas. Je me dégageai de son étreinte avec douceur mais fermeté, et je mis quelques pas de distance entre elle et moi. Il fallait que je réfléchisse. Je lui tournai le dos avec regret, incapable de soutenir la vue de son corps sans désirer la serrer contre moi, et je m'assis dans la neige, heureux que le froid réveille un minimum mes sens encore étourdis de désir.

Et voilà que mes pensées revenaient à la charge. Mes doutes. Ma vie. Le sang. Et la certitude que je ne la valais pas. Ce n’était pas la première marchombre que je rencontrais. Et ce n’était pas la première fois que je trahissais les miens. Cette idée me fit frissonner. Aucun mercenaire n’était au courant de cela, mais l’idée d’une nouvelle fois trahir leur confiance me répugnait. Pourtant… La brûlure de ses doigts sur mon corps. Mes mains dessinant ses courbes. Ses lèvres effleurant les miennes. Et la certitude que rien d’autre n’importait. Ma vie au sein du Domaine semblait compromise. J’étais totalement déloyal. Mais ma vie, désormais, se résumait à Elle. Mes doutes n’avaient pas leur place dans ses bras. Peu importait les conséquences, je savais simplement que je l’aimais. Je l’aimais. Cette certitude brisa tous mes doutes. Au fond, je serais mort pour elle. J’aurais fait n’importe quoi pour un baiser. Si ce n’importe quoi devait être la trahison envers ma guilde, soit, ça le serait. Les conséquences de ce choix seraient, je le savais, effroyables. Bien que ce ne fût pas mon intention de l’avouer à mon maître, je savais que si quelqu’un le découvrait… ma vie redeviendrait celle d’un gamin des rues qui doit tuer pour survivre. Soit. Si ce devait être le prix de mon amour, je le payerais. Mais elle avait le droit de savoir, elle, dans quoi elle s’embarquait. Je n’osais pas lui dire la vérité sur mon identité. J’étais effrayé à l’idée qu’elle me repousse. Cependant, je savais que je devais le faire. L’Amour ne peut être basé sur des mensonges. Je me tournai vers elle, cherchai son regard, le trouvai… Je sus dans la lueur de celui-ci qu’elle savait déjà. Depuis longtemps. Une vague de soulagement me submergea. Elle le savait déjà ! Depuis le début peut-être. Et pourtant, à aucun moment elle n’avait douté. C’était elle qui avait fait le premier pas, elle qui, la première, avait accepté mes bras. Je sentis un élan d’amour s’élever en moi et j’eus une intense envie de la serrer dans mes bras. Je me levai, lui souris. Mais je ne me sentis pourtant pas encore la force de la prendre contre moi. Je m’approchai d’elle, me stoppai à nouveau. Je me sentais coupable d’avoir douté. Coupable d’avoir cru que nos différences puissent nous séparer. Je venais de comprendre que les différences n’ont aucune importance. Ce qui compte seulement, ce sont les sentiments. Je ne savais pas quoi faire. Coupable, je me sentais. Coupable j’étais. J’avais besoin de savoir qu’elle ne m’en voulait pas. J’avais besoin qu’elle sache que je ne doutais pas. Que je ne douterais plus. Que…

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MessageSujet: Re: Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]   Lun 05 Juil 2010, 00:20

Le froid, à nouveau.
Un frisson la parcourut toute entière, et Syndrell comprit que désormais, elle n’aurait chaud que dans ses bras. Tout en reculant pour mieux apprécier l’endroit, théâtre de son premier baiser d’amour, elle resserra sa tunique. Les yeux toujours posé sur la neige qui avait vu naître puis mourir les Mots de son cœur.

Mais elle devinait sa présence. Il était debout, en face d’elle, il ne bougeait pas. Une étincelle s’était embrasée dans son regard lorsqu’il avait accueillit les Mots. Son silence avait témoigné du trouble profond qu’ils avaient causé en lui. En elle. Fermant les yeux, elle fit un bond dans le passé. Un bond de quelques secondes seulement. Un bond qui lui permit de retrouver toutes les sensations. Celle, douce et légère, de lèvres sur les siennes. Timide caresse d’oisillon. Celle, tendre et profonde, d’un regard sur elle. Reflet d’un monde amour. Celle, enfin, longue et brûlante de ses mains sur son corps, dans son dos, derrière sa nuque, dans ses cheveux. Caresse infiniment passionnée. Elle ne savait pas laquelle était la plus jolie.
Cessa de chercher. Car il n’y avait aucun choix à faire.

Elle garda les yeux clos.
Même lorsque deux bras puissants se refermèrent sur elle. Plus assurés, plus pressant, plus chauds. Les lèvres du jeune homme vinrent simplement murmurer une caresse sur les siennes avant de se perdre dans son cou. La tête posée contre son épaule nue, Syndrell se sentit naître à nouveau. Alors que la première étreinte avait semblé n’être qu’une esquisse, un rêve, un espoir, celle-ci prenait tout son sens dans une réalité qui était la sienne – la leur. Non, elle n’allait pas se réveiller. Elle était réveillée. Sans doute pour la première fois de sa vie. Les yeux fermés, elle découvrait un nouveau monde, une nouvelle vie.

Elle commençait par des battements de cœurs. Lents, réguliers, ils chantaient pour elle. Rien que pour elle. Il y avait aussi la chaleur, cette chaleur intime qui éveillait des sensations nouvelles, là, au creux de son ventre, et là, au creux de son âme. Cette douce fragrance, mélange sauvage de transpiration, de musc, d’épices et d’amour. La douceur des mèches souples entre ses doigts et celle, plus douce encore, du grain de sa peau.
Syndrell avait toujours les yeux clos.

Et doucement, un souvenir refait surface dans sa mémoire. Un souvenir oublié, caché, rangé en lieu sûr en prévision de cet instant. un souvenir qui s’impose à elle, comme un écran derrière ses paupières closes…


* * * * * * * * * *


- Dis, Liam… Comment tu l’aimes ?

Le jeune homme interrompt son travail – la réalisation d’une clôture destinée à ceindre un nouveau troupeau de siffleurs – pour se redresser. Il essuie son front d’un revers de main et pose les yeux sur la fillette qui vient de poser sa question, tranquillement assise sur la barrière dont il est en train d’assurer la solidité.

- Qui donc, ma belle ?

- Ben, Sineïdinn ! Comment tu l’aimes ?

Innocente, la question tira un sourire à Liam. Puisqu’elle lui offre un instant de répit, pourquoi ne pas en profiter ? Alors il pose ses outils à terre et se hisse sur la barrière pour s’installer à côté de l’enfant.

- Comment je l’aime… répète-t-il, pensif.

Voilà maintenant un an que Sineïdinn et lui ont adopté leur fille, à défaut de ne pouvoir en avoir de façon naturelle. Un an de questions et de réponses, chacune raffermissant davantage le lien qui unit trois âmes et qui porte le nom de famille. Un an d’amour dans sa plus simple et belle expression. Mais peut-on définir l’amour tel qu’on le perçoit ?

- Et toi, peux-tu me dire comment tu aimes le soleil ?

Une question pour une question. La fillette ne s’en formalise pas et fronce déjà les sourcils, cherchant sa réponse. Elle jaillit, source vive et pure, cristalline.

- Comme le soleil aime la lune.

Liam hoche la tête. Incroyablement fier de son enfant.

- Mais ils sont si différents… Comment font-ils pour s’aimer vraiment ?

- Ils ne se posent pas de questions, petite souris. Ils s’aiment, et c’est tout ce qui compte. C’est pour cette raison que leur lumière est si belle, si vive. Parce qu’elle reflète tout leur amour.

- Alors Sineïdinn et toi, vous faites aussi de la lumière quand vous vous aimez ?

Un rire. Celui de Liam. Qu’importe si sa fille ne l’appelle pas « papa ». Des instants comme ceux-là, il les vit pleinement, incroyablement ému par la complicité qui n’existe qu’entre eux.

- Tu la vois tous les jours. Elle brille dans les yeux de Sineïdinn lorsqu’elle sourit. Scintille quand elle pleure. Regarde mes yeux…

Elle regarde ses yeux. Capte cette lumière-amour. Sourit à son tour.

- Tu m’aimes drôlement fort, dis-donc ! s’écrie-telle.

D’un geste empli de tendresse, Liam ébouriffe ses cheveux bleus. Et l’émotion transforme son cri en murmure.

- Oui, Syndrell. Je t’aime drôlement fort.

* * * * * * * * * *

C’est un vide qui lui fit rouvrit les yeux. L’image du souvenir se brouilla pour laisser place aux tourbillons de neige. Syndrell battit plusieurs fois des paupières, comme s’éveillant d’un long sommeil. Elle se trouvait au sommet des Dentelles Vives. Mais elle n’était plus dans les bras de Light. Il l’avait lâchée. Pour une raison qu’elle ignorait. Il s’était éloigné, comme sous la brûlure d’un feu dont elle n’avait aucune conscience. Il la regardait.
Comme s’il la découvrait soudain pour la première fois.
Il se détourna.

Et Syndrell eut peur. Durant une seconde, une immense seconde, elle sentit une folle angoisse lui étreindre le cœur, pareille à celle qui l’avait envahie lorsqu’elle s’était lancée à l’assaut de la montagne. Que se passait-il ? Pourquoi ce recul ? Pourquoi cette distance ?
Pourquoi ?

Son dos. Alors que Syndrell luttait pour ne pas se laisser étouffer par l’inquiétude qui lui rongeait le cœur et broyait sa gorge, son regard tomba sur le tatouage. L’épée était magnifique. Dessin incroyablement ciselé, il épousait à la perfection les muscles qui roulaient sous sa peau. Plongée dans les flammes, la lame se grava dans l’esprit de Syndrell. Feu. Il était Feu. Elle était Vent. Pareil à celui qui dansait dans ses cheveux et chantait à ses oreilles.
Feu et Vent.
Vent et Feu.
Deux éléments foudroyants. Trop pour rester ensemble ?

Syndrell déglutit lentement. Finalement, tout ceci n’était qu’un rêve. Un très, très joli rêve. Mais il s’était achevé voilà quelques minutes ; elle n’avait plus rien à faire ici, sinon combattre. Combattre pour les siens. Ou se retirer, pour elle. Déjà, elle se tendait, prête à bondir, à s’envoler. A disparaître…

…Elle ne bougea pas.
Prisonnière du regard que Light posa sur elle. Il s’était retourné à l’instant où elle avait pensé s’éloigner, comme s’il avait pu lire dans son esprit, comme si cette idée lui était intolérable. Il s’était retourné et il la regardait, vrillant ses yeux dans les siens. Ses yeux ! Syndrell ouvrit les lèvres. Etoiles de feu, ils éclaboussèrent son cœur de lumière er d’amour, balayant le moindre doute, la moindre inquiétude, jusqu’à trouver son cœur pour le consumer.

Un pas.
Il mourrait d’envie de la prendre dans ses bras. De l’aimer. De la rendre heureuse. Les étoiles de ses yeux ne brillaient que de vérité. Mais il hésitait ; il savait qu’elle avait douté, l’espace d’un instant, d’une seconde, et aussi infime soit-elle, cette seconde avait manqué de faire basculer tout un monde. Leur monde. Le jeune homme mesurait l’incroyable présent que lui offrait la vie, jugeant son inestimable valeur et mesurant sa terrible fragilité. Le choc de leurs deux Voies l’avait effrayé.
Pas elle.

C’est ce qu’elle lui expliqua par la seule force de son regard. Qu’elle, elle l’avait reconnu dès le premier instant. Que cela n’avait pas compté une seule fois depuis. Que cela ne compterait jamais. Il y avait une nouvelle voie à parcourir, une voie neutre, une voie magnifique. Celle que Liam et Sineïdinn avaient parcourut bien avant elle. Celle que d’autres parcourraient bien après eux. Il n’y avait qu’à se lancer, sans réfléchir, sans poser de questions. Tout comme le soleil et la lune.


*Je n’attends plus que toi, Light. Tout ce que j’attends, c’est un…*

- Je t’aime.

Trois mots.
Trois simples mots. Comment trois minuscules petits mots avaient le pouvoir d’ébranler un univers ? Celui de Syndrell explosa en une myriade d’étoiles qui dansèrent dans son esprit, devant ses yeux. Dans son cœur. Alors elle brisa la distance de doute qui les séparait. Se planta devant lui. Jamais elle n’avait été aussi lucide qu’en cet instant. Elle s’apprêtait à offrir sa vie à un mercenaire du Chaos. A lui offrir son cœur.


La voie du marchombre et celle du mercenaire sont identiques, jeune apprentie, à la seule différence que l’un se hisse vers la lumière tandis que l’autre s’enfonce dans les ténèbres. Si tu bondis, il s’accroupit. Si tu cours, il marche. Si tu offres, il décline. Deux chemins, qui se ressemblent, mais qui ne se croiseront jamais. Parallèles, ils doivent le rester…

Si tu lui offres, il décline.
Light ne déclina pas.
Voilà pourquoi Syndrell ne laissa plus parler que la lumière de son regard. Il était là, son nouveau monde. Dans les bras de cet homme qui, elle le savait, ne la lâcherait plus jamais. Doucement, elle tendit la main pour effleurer sa joue du bout des doigts. Caresse de vent, caresse de l’âme.


- Retrouve-moi en bas, près du Lac Chen, là où les montagnes plongent dans l’eau… souffla-t-elle simplement.

Cette fois, la chaleur ne disparut pas lorsqu’elle s’éloigna de lui.
Le feu qui venait de s’allumer dans son cœur n’était pas prêt de s’éteindre.





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Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


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MessageSujet: Re: Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]   Mar 06 Juil 2010, 12:51

"In your darkest hour, hold out your hand for me
Something will guide you, I'll be beside you
And when it's rough out there, I'm with you everywhere
I will be right behind you if you should fall"

[Phil Collins]



Envol. "Je t'aime." Le regard avoue. Un geste demande. Un silence dit tout. Mais les Mots sont essentiels. Ils confirment. Quelle était cette force qui m'avait poussé à lui dire ? Quelle était cette émotion qui, désormais, m'étreignait le ventre, me serrait la gorge et caressait mon âme ? "Je t'aime". Trois simples mots. J'avais soudain envie de les hurler à l'univers, de les murmurer à son coeur, de les écrire sur le ciel, sur la Terre, partout. "Je t'aime." Je voulais qu'elle sache, au-delà des mots prononcés, que c'était encore plus fort que ça. "Je t'aime tellement" aurait été plus approprié. Pas encore suffisant. "Tu es ma vie", trop banal. Vérité, mais vérité banale. "Je t'aime" était simple. Mais j'avais l'impression que ces mots manquaient de force. Les Mots me manquaient pour exprimer clairement ce que je ressentais. "Je t'aime". Les Mots remontèrent dans mon regard, y allumant une flamme. Ou un feu ardent. Ils s'y encrèrent en promesse d'éternité. Il faudrait plus qu'un déluge pour les effacer. Plus qu'un océan pour les éteindre. Plus qu'un chute pour les tuer. Plus qu'un doute pour les ébranler. Son regard à elle avait changé. Etreint de tristesse quelques secondes plus tôt, il exprimait maintenant bonheur. Peut-être avais-je tord. Peut-être que "je t'aime" suffisait.

Naufrage. Où m'étais-je échoué ? Sur sa rive. Dans ses yeux. J'eus le soudain désir de ne pas être un Homme. L'Homme est fait de limites. J'aurais aimé être un souffle de vent pour pouvoir caresser indéfiniment son visage et son corps. J'aurais aimé être un rayon de soleil pour la guider dans l'ombre. J'aurais aimé être une flamme pour la réchauffer dans les endroits les plus froids. J'aurais aimé être une goutte d'eau pour pouvoir parcourir son corps. En cet instant, j'aurais voulu être tout, sauf un Homme. Limité dans cet espace de chair, je ne pouvais que mesurer la distance qui me séparait d'elle et l'incapacité de mes membres à l'approcher. Je haïssais mes pensées d'avoir douté. Je haïssais ma faiblesse de refuser de la rejoindre. Ce fut elle qui s'avança. Elle qui s'abandonna à mes bras. Elle qui, une ultime fois, brisa la poussière de doutes qui ne s'était pas encore consumée dans le feu de mon amour. Je refermai mes bras autour d'elle et j'eus la sensation que mon coeur se remettait à battre. Sans parvenir à y croire, je laissai mes mains parcourir son corps, remonter en une douce caresse son dos, effleurer sa nuque, s'accompagner d'un baiser du bout des lèvres, se perdre dans ses cheveux, redescendre sur ses hanches et enfin saisir une main pour l'enlacer en un geste déjà connu. Un geste que je joignis d'un baiser passionné sur ses lèvres. Son parfum enivra mes sens, se glissa sur mes paupières pour les fermer, épousa l'impalpable de mon âme. Je serrai fort son corps contre le mien, et j'eus la sensation qu'ils s'épousaient, que leurs formes liées devenaient une entité. Ce devait être cela qu'on appelait "ma moitié". Il n'y qu'avec elle que je me sentais entier. Sa main vint caresser ma joue en une caresse plus douce que celle d'un rayon de soleil sur la peau. Après quoi elle me murmura une phrase, une simple demande, à laquelle je voulus répondre d'un nouveau baiser. Elle s'était déjà éloignée. Tout mon être me hurla de la retenir, de ne plus jamais la lâcher. Je me contentai de sourire et je la laissai partir. Je savais qu'elle serait la première en bas, son corps était plus fait que le mien pour l'escalade. Un instant, l'idée me vint à l'esprit que, sans la corde, la descente serait dangereuse. Je la balayai d'un haussement d'épaule. Le souvenir de son corps contre le mien m'apportait la certitude que je pouvais m'envoler si je le voulais. Avant de partir, je me baissai et inscrivis un mot dans la neige. Un seul.

"Merci"


Venu du fond de mon âme, soufflé par cette force que je ne comprenais pas, j'ignorais à qui je le destinais. Peut-être au hasard pour cette rencontre. Peut-être à la vie pour ce bonheur. Peut-être à mon coeur pour battre. Peut-être au vent pour m'avoir guidé. Ou peut-être à cette montagne pour nous avoir liés. Sans doute à tout ça en même temps. Je m'approchai du vide et jetai un coup d'oeil vers le bas. Syndrell n'était déjà plus qu'un point indistinct dans l'horizon. Je n'avais pas peur. Je savais qu'elle arriverait saine et sauve en bas. Je me baissai, crochetai la première prise, plaçai mes pieds avec attention, et commençai ma descente. Celui qui n'a jamais pratiqué d'escalade ignore la torture qu'est la descente sans être encordé. Bien plus dure, bien plus physique et mystérieuse que la montée, elle se joue de tâtonnements et de hasard. Je descendais mes pieds sans être persuadé que je trouverais une prise. Je faisais confiance à la roche pour les prises de main, mais je savais que si une pierre se détachait, je tomberais. Aussi pris-je beaucoup de temps à choisir mes accroches. Ma corde me manquait. Le rappel était quand même plus simple. Le début se passa plutôt bien. Je manquai deux trois fois de tomber, mais je réussis toujours à me rattraper. La voie offrait des prises solides et des points d'accroches confortables. A mi-chemin, ça se compliqua. J'avais beau le nier, ça ne m'empêchait pas de me ralentir. Mes muscles faiblissaient. Mes bras portaient trop souvent le poids de mon corps car je n'avais confiance en mes prises de pieds. Je glissai ma main vers le bas, crochetai une prise qui me semblait correcte, descendit mon pieds... ma prise de main lâcha. Avec horreur, je me sentis tomber. Plaquai contre la montage, je fis une chute de plusieurs mètres et je fus persuadé que je m'écraserais en bas quand soudain, mes mains crochetèrent un gros bloc en même temps que mes pieds se posaient sur un minuscule plateaux. Je me remis à respirer. Mon coeur battait à tout rompre. Je n'avais pas souvenir d'avoir un jour eu aussi peur de ma vie. Je pris le temps de reprendre mes esprits, j'attendis que mon coeur et mon souffle se soit calmé, puis je regardai en bas pour évaluer la distance qui me restait à parcourir. La chute avait été longue. Mais pas si inutile. J'étais plus qu'à une dizaine de mètres du sol. Ce fut rapide. Avec soulagement, je sentis mes pieds toucher la terre ferme.

Oubliant le stress de la désescalade, je jetai un coup d'oeil au paysage qui m'entourait. A peine quelques mètres plus loin, les falaises se jetaient dans le lac, miroir du monde ou simple étendue d'eau. La glace brillait de plusieurs points lumineux apportés par les rayons du soleil et ceux-ci se reflétaient sur la surface du lac, le faisait flamboyer d'une lumière tamisée. Le soleil, déjà, se couchait, laissant ses rayons orangés colorer les eaux bleues. le ciel avait explosé en une danse de couleurs éblouissante de merveilles. Bientôt, je le savais, les étoiles viendraient parer le ciel de pigments argentés et accompagneraient la lune dans son règne mystérieux. La Nuit. Royaume des rêves et de l'espérance. L'envie de partager cet Instant avec ma bien-aimée me saisit. Bien entendu, elle était déjà là, à l'endroit prévu. Je lui saisis la main, liant nos doigts avec affection, et je plantai mon regard dans le sien.

- Le monde est beau, tu ne trouves pas ? Mais la beauté du soleil couchant ne vaut rien face à celle de tes yeux.

Liant nos corps en une tendre étreinte, je cueillis un baiser sur ses lèvres. Je lâchai sa main pour saisir sa nuque avec passion tandis que mon autre main s'égarait dans le bas de son dos. Je l'embrassai avec plus d'ardeur que jamais avant de descendre dans son cou et le couvrir de baisers passionnés. Après quoi je m'abandonnai à elle, la laissant décider de la suite. La Nuit, après tout, nous appartenait.

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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]   Mar 06 Juil 2010, 14:18

Syndrell craignit un instant de peiner sans corde. La descente de cette montagne était autant périlleuse, sinon plus, que ne l’était son ascension. Pourtant, lorsqu’elle effectua les premiers mouvements qui devaient la ramener sur la terre ferme, ce fut pour se rendre compte qu’elle ne risquait rien. Cette montagne, elle la connaissait. Elle savait désormais comment lui parler, comment l’écouter. Comment se lier. Cette certitude solidement ancrée en elle, la jeune marchombre entama la descente, gracieuse, infiniment gracieuse.

Elle avait changé. Elle pouvait encore tomber, déraper sur une prise, happée par le vide, et s’écraser en contrebas. Loin, très loin au-dessous d’elle. Mais elle ne tomberait pas. Elle ne tomberait pas parce que quelqu’un l’attendait, et que ce quelqu’un pouvait l’attendre tout une vie. Elle ne tomberait pas, parce qu’elle avait un quelqu’un à retrouver, en bas…

Chant.
Merveilleux et infini, il vibre sous ses doigts. Syndrell s’arrêta une demi-seconde, s’accordant le temps de la réflexion. La montagne chantait. Chanterait-elle lorsqu’elle gravirait les pentes ardues du Rentaï pour demander la Greffe ? Un fin sourire se dessina sur ses lèvres lorsqu’elle songea à l’étonnante Greffe que venait de lui accorder les Dentelles Vives. Un cœur nouveau, intact et pur, un cœur qui ne battait, ne vivait plus que pour et par elle. Une Greffe merveilleuse, un cadeau inestimable.

Qui n’éveilla non pas le doute, éteint pour toujours, mais une once de crainte, alors qu’elle se remettait en mouvement. Si elle se fichait bien des regards que pourraient poser sur elle les membres de l’Académie lorsqu’ils sauraient – car ils sauraient, tôt ou tard –, en revanche elle n’ignorait pas quels risques le mercenaire encourait en s’éprenant d’une marchombre. Et elle comprit, non sans un certain étonnement, qu’elle avait peur non pas pour elle, mais pour lui. Qu’elle aurait toujours peur, désormais. Si sa volonté n’avait été de fer, elle serait remontée aussi sec, juste pour s’assurer qu’il n’était pas en danger, qu’il ne tomberait pas. Et puis elle éclata de rire, un rire franc, cristallin, qui résonna dans la montagne et se perdit dans le vent. Son éclat de Lumière était un mercenaire, pas un innocent palefrenier qu’elle avait éconduit pour la simple et bonne raison qu’il n’était pas assez fou.

Pas assez fou.
Light l’était-il ? Etait-il fou pour oser s’enticher de l’impossible ? Etait-il fou au point d’ignorer les terribles conséquences de ses actes ? Syndrell frémit lorsqu’un morceau de glace céda sous son pied droit. Fragile, il se détacha d’un coup sec de la paroi, attiré par le vide.
Elle avait déjà bondit.
Envol improbable, courbe fluide.
Equilibre retrouvé.
Eprouvant la solidité de ses nouveaux appuis, Syndrell poursuivit la descente. Comme si de rien n’était. Parce qu’elle était folle.

Oui, gamine. Tu es folle. Mais tu sais, la plupart des gens bien le sont…

Il ne restait plus que quelques mètres à parcourir lorsque la jeune fille s’élança dans le vide, déployant ses ailes invisibles. Bras écartés, elle se retourna dans les airs, effectuant un saut périlleux parfait, et c’est tout en souplesse qu’elle se réceptionna sur le sa terre ferme, une jambe fléchie, l’autre tendue sur le côté pour amortir le choc. Elle était heureuse.
Heureuse de sentir son cœur cogner contre sa poitrine, galvanisé par l’effort et le danger.
Heureuse de ressentir avec l’autre les premiers élancements de la séparation.
Heureuse de se sentir incroyablement vivante.
Heureuse, elle se retourna…

Eblouissante, l’arête de glace venait mourir dans les eaux miroitantes du Lac-Chen, comme si un lien, indicible et transcendant, l’unissait aux Dentelles Vives. Syndrell sentit son souffle se tarir. Jamais encore elle n’avait vu pareil spectacle. Le soleil avait plongé à l’horizon et n’était plus qu’une gigantesque paume de lumière qui dessinait des arabesques de feu dans le ciel. Les quelques nuages qui s’accrochaient à la voûte limpide et claire se parait de couleurs nuancées, allant de l’orange le plus pâle à l’indigo le plus pur, et passant par tous les tons de rouge et d’ocre qu’il était possible d’imaginer. Incroyable palette qui, reflétée dans les eaux du lac, offrait un monde irisé, un monde magique.

Emerveillée, Syndrell détourna les yeux de cette vue pourtant imprenable, cherchant du regard le seul monde qui méritait d’être admiré, d’être vécu, d’être aimé. Il était là, accroché à la paroi vertigineuse, formidable alliage de puissance et de douceur tandis que le moindre de ses gestes le rapprochaient d’elle. Il n’avait pas choisi le chemin le plus simple. Elle sourit en remarquant qu’il avait choisi celui qu’elle avait emprunté avant lui. Sourit davantage en découvrant la folie qui animait cet homme. Lorsqu’il commit sa première erreur, que son corps flotta un instant dans le vide, le cri qui jaillit de son cœur mourut sur ses lèvres.
Il s’était rattrapé de justesse à la roche glacée.
Il était sain et sauf.
Il était fou.

A nouveau, le Temps perdit son pouvoir. A croire qu’il n’avait plus la même emprise sur elle. Haussant les épaules, Syndrell laissa le jeune homme poser le pied sur le sol dur et ferme, puis diriger ses pas vers elle et aussitôt, entremêler ses doigts aux siens dans un geste d’extrême douceur qui la fit à nouveau chavirer. Déjà, son regard emprisonnait son âme dans les puits sans fond de ses prunelles sombres.

- Le monde est beau, tu ne trouves pas ? Mais la beauté du soleil couchant ne vaut rien face à celle de tes yeux.

Syndrell frémit lorsqu’il la serra contre lui. C’était la première fois qu’il lui offrait plus de trois mots. La première fois qu’elle percevait les intonations, chaudes et douces, de sa voix. Murmure imperceptible, il trouvait en elle un écho bouleversant qui s’enflamma lorsque les mains de Light glissèrent sur son corps. Son baiser, impérieux et sauvage, anéanti toute crainte et balaya toute pensée. Elle n’était plus rien, et elle était tout dans ses bras. C’était merveilleux, non, enivrant. Follement enivrant. Incapable de retenir un gémissement, Syndrell noua ses bras derrière la nuque du jeune homme pour lui rendre son baiser avec la même force, la même passion, le même désir. Les étoiles s’allumèrent dans son cœur bien avant de naître dans le ciel qui s’assombrissait de seconde en seconde sans qu’ils n’en aient réellement conscience.

- C’est la folie qui est belle, souffla-t-elle contre ses lèvres. Fou que tu es, tu ne vois même pas que le soleil est couché depuis longtemps…

Dans un sourire, parfait reflet du sien, elle attira son visage pour l’embrasser.
Encore.
Et encore.
Ce n’était plus un vent violent qui les entourait à présent, mais une légère brise, fraîche et mordante, qui agitait la surface du lac et jouait gaiement dans leurs cheveux. Ils n’en avaient cure. Leurs gestes, eux, était à la fois douceur et passion, et la violence s’incarnait dans la flamme de désir qui brillait, sauvage et puissante, dans leurs yeux. Captant cette lumière-amour, Syndrell se sentit prête à s’abandonner à lui. Déjà le souffle lui manquait, souffle qu’elle cueillait inlassablement sur ses lèvres pour ne pas suffoquer, et s’il ne la tenait pas aussi serrée contre lui, il y a bien longtemps qu’elle se serait écroulée, les jambes coupées. Oui, elle était prête. Prête à s’offrir à lui, à cette nuit qui étendait son voile protecteur au-dessus d’eux.

Dans le ciel piqué d’étoiles brille un croissant de lune.
Sourire de lumière.
Sourire d’amour pour le soleil.
Sourire.

- Je t’aime…

Sourire d’une marchombre pour un mercenaire.
Sourire d’une femme pour un homme.
Sourire de lumière.
Sourire.

* * * *

Frôlement.
Imperceptible, à peine plus que celui des doigts de Light sur sa peau.
Perceptible pour le marchombre qui sait écouter.
Qui écoute.
Sifflement.
Perceptible dans le silence de la nuit.
Perceptible pour celle qui écoute.
Qui comprend.

Trop tard.
Déjà, la flèche fend l’air sombre de la nuit. Trait inexorable et létal.
Rate un cœur. Trouve un bras.

Un cri de douleur. Syndrell contemple avec horreur la flèche plantée dans son bras, juste au-dessous du coude. Il s’en est fallu d’un cheveu pour qu’elle ne se plante dans le dos de Light. Il s’en est fallu d’un cheveu pour que toute lumière disparaisse à jamais dans ses yeux… Mais déjà, ses réflexes reprennent le dessus. Ignorant la douleur et le sang, elle bondit, tire ses lames, colle son dos à celui du mercenaire pour pouvoir couvrir tous les angles de combat.

Et lorsque les six hommes, de simples bandits de grands chemins, surgirent de derrière les rochers où ils se tenaient embusqués, déchirant la nuit d’un seul et même cri, elle était prête. Prête à défendre sa vie.
Et à défendre la sienne, aussi. Surtout la sienne.
Surtout la sienne.


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Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


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MessageSujet: Re: Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]   Mar 06 Juil 2010, 21:35

{La plus grande vérité qu'on puisse apprendre un jour, est qu'il suffit d'aimer et de l'être en retour}


Son corps contre le mien. Ses lèvres goûtant les miennes. Ses mains caressant mon corps. Je ne demandais rien de plus pour être heureux. Je la sentis s'abandonner à moi et peut-être accepter que la Nuit découvre nos corps mêlés. Notre baiser se fit plus ardent. Plus passionné. De ces baisers qui demandent une suite.

- C’est la folie qui est belle. Fou que tu es, tu ne vois même pas que le soleil est couché depuis longtemps…

Son souffle se perdit au creux de mes lèvres tandis que je laissais échapper un sourire amusé. Je pris le temps de descendre mes mains et adoucir le baiser avant de rejeter la tête en arrière pour observer le ciel. Elle avait raison. Le temps, une nouvelle fois, m'avait joué un tour. La lune avait pris possession de l'univers, reine attentive qui, ce soir, nous regardait sous la forme d'un sourire protecteur. Je lui faisais confiance pour veiller sur nous. Un regard vers mon bras me confirma ce que je pensais : ma peau dorée avait viré à l'argenté, éclat incontrôlable ou reflet de la nuit. Des lueurs s'allumaient parfois, et ma peau ressemblait étrangement à la surface du lac. Je ne m'attardai pas sur cette vue que je n'avais que trop l'habitude de voir, et laissai mes yeux se fermer, inutile dans la danse que je menais guidé par le parfum fruité de Syndrell. Je voulus cueillir un nouveau baiser sur ses lèvres...

- Je t'aime.

Je tressaillis. Ces mots se fichèrent dans mon coeur, mon âme, et s'y encrèrent en lettres de feu. Je rouvris les yeux. Un sourire éclairait le visage de ma bien-aimée d'une lumière que je commençais à connaître. Une lumière qui, je le savais, aurait pu m'éclairer dans les endroits les plus sombres. Une lumière si puissante qu'elle en faisait passer le soleil pour une simple luciole. Un lumière invisible. J'eus envie soudain de déballer mes sentiments. De parler, de dire, de murmurer, de hurler... Que le ciel n'avait jamais été plus bleu qu'avec elle. Que je n'avais plus besoin de la nuit puisque les étoiles s'étaient déplacées dans ses yeux. Que je n'avais plus besoin de jour puisque sa chaleur me réchauffait mieux que le soleil. Que jamais je ne m'étais senti aussi vivant qu'en la serrant contre moi. Que le bonheur avait le goût des baisers que je lui volais. Que je l'aimais plus que je n'avais jamais aimé personne, plus que je n'aimerais jamais personne. J'ouvris la bouche pour parler quand soudain, un sifflement percuta mes sens. Un sifflement que j'avais perçu trop tard. Qui prédisait la mort. Elle ne vint pourtant pas. Syndrell avait bougé. Imperceptiblement. L'impact percuta son bras et non mon dos. Ce fut la première fois que j'assistai à la prodigieuse conscience des Marchombres. Je compris avec un temps de retard que nous étions attaqués. Pourquoi alors que nous n'avions rien ? Pourquoi alors que nous n'étions que de simples amants s'embrassant sous la lune ? Je l'ignorais. Tout comme je j'ignorais comment Elle avait fait pour me sauver la vie. Elle fut plus rapide que moi. Déjà, elle avait tiré ses armes et s'était adossée à moi pour avoir une meilleure vue. Pour qu'ensemble, nous soyons plus forts. Une vérité me frappa alors. Une vérité qui me fit me haïr de mon imprudence. Je n'avais pas d'arme sur moi. J'étais parti pour faire cette escalade sans penser que je serais attaquer. Il faut dire qu'à peine quelques heures plus tôt, la vie n'avait pas beaucoup d'importance. Vivre ou mourir, ça revenait au même, à peu de choses près. Désormais, tout était différent. Désormais, j'avais quelqu'un à aimer. Mieux. Quelqu'un m'aimait. Je n'avais plus le droit de mourir.

Je bandai donc mes muscles et me mis en garde. Ce n'était pas la première fois que je me retrouvais dans ce genre de situation. Je m'étais déjà battu contre des bandits sans être armé. Mais jamais contre autant. Et contre des adversaires armés, j'avais toujours eu mon épée. A mains nues contre des guerriers armés, fatigué de ma récente escalade, mort de peur à l'idée que Syndrell soit blessée... quelles étaient mes chances ? Je n'avais aucun entraînement. Je n'avais appris à me battre qu'au fil des expériences, pour survivre. Tant pi. Je devrais faire avec. Les premiers bandits arrivèrent sur nous. Ils préférèrent d'abord se mesurer à la femme, pensant surement que ce serait plus facile... un sourire peu adapté à la situation se dessina sur mes lèvres. Mauvais choix. Le premier bandit qui remarqua que je n'étais pas armé se rua sur moi. Il était incroyablement laid, pourvu d'une barbe vieille de plusieurs mois, le visage sale, le corps puant, et magnant son épée comme un enfant manierait un bâton. Je faillis me baisser pour éviter le coup. Me retins. Il y avait Synrell derrière. Je compris à cet instant que la position choisie n'était pas adéquate. Elle l'aurait été si j'avais été armé. Mais dans ces conditions. En moins d'une seconde, je dus faire ce choix terrible de m'éloigner d'elle. C'était cela où je mourais éventré sans avoir fait un seul geste de défense. Et je savais qu'elle s'en sortirait. Mieux que moi du moins. Mon premier adversaire fut ridicule de simplicité à mettre à terre. Rapidement, j'arrachai son épée de ses mains, et en quelques gestes rapides, je le blessai assez profondément pour qu'il prenne peur et s'enfuie en courant. Le second était plus robuste. Mais au moins avais-je une épée. Lui aussi. Et il la maniait mieux que mon premier adversaire. Je dus me baisser, sauter, rouler au sol, et jouer de mes pieds pour parvenir à le mettre au sol. Je n'eus même pas à le blesser profondément. Il s'enfuit. Je me tournai vers Syndrell et fus aussitôt rassuré. Elle s'en sortait bien. Je jetai un coup d'oeil circulaire pour m'assurer de l'issue du combat quand j'aperçus le combattant qui venait de fuir bander un arc quelques mètres plus loin. En un dixième de seconde, je compris que ce n'était pas moi qu'il visait. En un dixième de seconde, je jugeai de la fragilité du lien qui m'unissait à elle. En un dixième de seconde, je fis mon choix. Un choix qui devait la sauver et me condamner. Mais après tout, elle m'avait déjà sauvé. De toutes les manière qu'on puisse être sauvé.

Je bondis. La flèche se figea dans mon torse au lieu de son coeur. Je voulus crier. Me rendis compte que c'était stupide. Restai muet. Et m'écroulai au sol dans une vague de douleur. Ma première pensée fut de vérifier si ma bien-aimée allait bien. C'était inutile. Le combat était déjà fini. La douleur m'élança terriblement. Je commençai à haleter. Le sang coulait paisiblement en un flot continu sur mon corps. Hémorragie. Et malgré tout, je souris. C'était une belle mort. J'avais connu le plus grand des bonheur, celui d'aimer et de l'être en retour. Je l'avais serrée contre moi, j'avais caressé son corps, l'avais sentis frémir, s'abandonner à moi... Je regrettai cependant qu'on n'ait pas pu aller plus loin. J'aurais aimé découvrir son corps en son entièreté. L'offrir à la nuit. Et, pourquoi pas, terminer la soirée dans l'eau fraîche du lac, elle et moi pour toujours. Avant de m'abandonner à l'acceptation, je tins à croiser son regard une dernière fois. Ses yeux dorés, sa lumière, le soleil qu'elle m'avait dérobé... et l'amour que j'y lisais. C'était tout ce qu'il me fallait. C'est sur cette vision que je fermai les yeux.

[Un peu court, désolée, mais j'ai pas le temps...]
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Asencsion, découvertes et rencontre [pv Syndrell]   Mer 07 Juil 2010, 14:58

Du sang.
Partout, du sang.
Ses mains en étaient recouvertes. Mais elles ne tremblaient pas lorsqu’elles se posèrent doucement sur la flèche. Pas plus que son regard ne vacilla.


- Reste avec moi…


* * * * *

Six rustres qui ne cherchaient qu’à se faire un peu d’argent. Syndrell avait craint, l’espace d’une terrible seconde, qu’il s’agisse de mercenaires, auquel cas l’issue du combat aurait pu s’avérer catastrophique. D’abord parce qu’apprentie marchombre, elle n’avait pas les capacités requises pour combattre plusieurs mercenaires – pas encore… Et ensuite, parce qu’il y avait Light. Et parce qu’elle ne doutait pas qu’il se serait battu à ses côté contre les siens, ne serait-ce que pour lui donner une chance de s’échapper.

En l’occurrence, les brigands qui leur étaient tombés dessus n’avaient rien de guerriers rompus par l’art du combat. La situation aurait même pu tirer un sourire à la jeune fille si elle n’avait eut le bras percé d’une flèche. Le souffle court, elle balaya rapidement les environs du regard, sans parvenir à identifier le tireur. Doutant qu’il n’ose décocher une autre flèche, au risque de toucher ses comparses, elle leva ses poignards, prête à entamer une belle bataille. Ce n’est qu’à cet instant précis qu’un détail lui revint en mémoire. Un détail fichtrement important, que les lèvres de Light avaient réussi à lui faire oublier. Il n’était pas armé !

Un premier homme attaqua. Syndrell plongea pour éviter un coup de lame tandis que le mercenaire s’éloignait pour éviter d’être éventré. Dans le mouvement, elle se coula sous la garde adverse, ouvrit la main et frappa d’un puissant atémi entre les côtes flottantes. Sans attendre que son ennemi s’écroule au sol dans un râle de douleur non contenue, la jeune marchombre pivota et son talon cueillit un menton, juste avant que son genoux ne vienne percuter un nez.

Elle se replaça en garde, remarquant du coin de l’œil Light blesser un homme et le laisser filer, approuvant d’un hochement de tête son efficacité et sa rapidité. Ses réflexes étaient prodigieux, tant et si bien qu’il avait déjà récupéré une épée et maniait la lourde lame avec dextérité. Epuisé, encore sonné par l’enchaînement des événements et la soudaineté de l’attaque, il se battait comme un lion. Il était beau dans sa fatigue, et Syndrell se sentit fondre, une fois de plus. Elle se reconstitua juste à temps pour éviter un coup de lame, gémit lorsque son bras blessé lui envoya une décharge de douleur, bondit pour se replacer, vacilla tandis que sa vue se troublait…

Un souffle, jeune apprentie. Un combat n’est pas plus long qu’un souffle. Ne le perd jamais, ou tu risques bien plus que ta vie…

La jeune fille fléchit les jambes. Son poignard dansa entre ses doigts.
Elle reprit son souffle.


* * * * *

Elle porte deux doigts plein de sang à ses lèvres et siffle.
Aussi fort et aussi longtemps qu’il lui est possible de siffler.

Dans son box, Nuance devient folle. Le jeune palefrenier a tout juste le temps de plonger à terre lorsqu’elle défonce la porte d’un puissant coup de sabots avant de partir au grand galop.
Droit vers le Lac-Chen.


* * * * *

La lumière.
Elle s’y accrochait, autant qu’elle s’accrochait au souffle du combat pour ne pas céder la place à la redoutable fatigue qui pesait sur ses épaules. Ralentie par sa blessure, elle bondissait, esquivait, bougeait si vite que les trois bandits encore debout devant elle ne parvenaient plus à suivre ses mouvements. Le premier s’effondra, une vilaine plaie barrant sa cuisse. Le second fit un vol plané et ne bougea plus, assommé. Le troisième eut plus de chance. Il parvint à ouvrir une nouvelle estafilade sur la hanche de Syndrell avant qu’elle ne lui brise le coude et l’épaule d’un seul geste.

Un souffle. C’est le temps qu’avait duré ce combat.
C’est aussi le temps que mit la flèche à trouver sa cible.
Encore une fois, ce n’était pas l’initiale ; encore une fois, une force indescriptible, une puissance phénoménale avait trouvé le moyen de détourner la course du trait, de dévier celle du destin.

La flèche ne s’enfonça pas dans le coeur de Syndrell. Au lieu de ça, elle se ficha entre les côtes de Light, qui l’avait intercepté d’un bond prodigieux. Instantanément vidé de ses forces, le jeune homme s’écroula, et le cri qui jaillit de l’âme de la jeune fille mourut sur ses lèvres. Déjà, son poignard avait quitté sa main. Lancer précis, implacable, létal. Il cueillit le fuyard entre les omoplates, s’enfonçant dans son dos jusqu’à la garde malgré la distance. Il était déjà mort avant de toucher le sol. Mais Syndrell ne le vit pas tomber.
Pas plus qu’elle ne vit les autres détrousseurs de bourse vider les lieux en boitant, certains soutenant les plus amochés d’entre eux.

Elle n’avait plus d’yeux que pour lui. Allongé sur le côté, il avait plaqué une main sur sa blessure dans une maigre tentative de contenir le sang qui se répandait pourtant sous lui, flaque vermeille qui grandissait de seconde en seconde.


- Non…

Son murmure fut happé par le vent, qui s’était levé sur le lac. Et par lui, car son regard déjà vitreux s’anima soudain. Syndrell s’agenouilla près de lui, la gorge serrée de voir la petite flamme lutter pour scintiller dans ses grands yeux. Elle se força à respirer normalement tandis que lui s’étouffait déjà dans son sang. La flèche avait fichée juste au-dessus de la hanche, sur le côté droit. Pour pouvoir comprimer la plaie, il fallait d’abord l’ôter…

Frôlement.
Du bout de ses doigts ensanglantés, elle dessina une arabesque rouge sur sa tempe et sa joue, cherchant son regard pour ne plus le lâcher.


- Je suis là. Je suis avec toi.

Paroles abandonnées au vent.

- Je vais te sortir de là. Fais-moi confiance.

Sincérité profonde.
Elle posa les mains sur la flèche, serra les dents en captant son sursaut de douleur, retint un gémissement en sentant la sienne remonter le long de son bras, redouta de n’avoir pas la force…


- Reste avec moi…

Prière.
D’un coup sec, la flèche se brisa.
Et il ferma les yeux.


* * * * *

Gareth Eloen n’était pas un grand dessinateur.
Des années durant, il avait espéré l’être, pensant devenir un jour professeur à l’Académie mais, apparemment, le destin en avait voulu autrement… Une attaque de raïs, tout prêt de la frontière nord, lui avait valu une blessure qui, n’ayant pu être soignée à temps, l’avait privé de sa jambe gauche. Un professeur enseignant l’Art du Dessin avec une jambe de bois, ça ne court pas les rues mais c’est possible ; cependant, Gareth avait compris, ce terrible jour, à quel point le lien qui l’unissait à sa famille était fragile. A quel point il avait failli briser ce lien, simplement sur un coup de tête, simplement parce qu’il avait pris des risques en s’éloignant seul des sentiers sûrs, simplement parce que…

Il était devenu souffleur de verre. Contraint à l’immobilité totale après son accident, il s’était découvert une passion, celle de faire naître sous ses doigts des merveilles de fragilité et de lumière. Et compris que dessiner avec ses mains, c’était aussi bien que dessiner avec son imagination…

Le vent hurlait, comme les loups, et courrait autour de la maison et de l’atelier, légèrement en retrait du reste du village. De violentes bourrasques jetaient à l’assaut de la porte de chêne un mélange de pluie et de neige. Le souffleur de verre était heureux d’avoir passé cette journée exécrable auprès des fours. Il venait de couvrir le plus petit, chauffé au charbon, dans lequel on mettait à fondre le sable pour obtenir la pâte de verre nécessaire à ses créations. L’autre, plus grand, servait à faire refroidir progressivement les objets ; alimentés par un feu de bois, on le laissait s’éteindre petit à petit, permettant au verre d’atteindre doucement la température ambiante sans se fendiller.

L’artisan s’essuya le front d’un revers de bras et détacha habilement de sa pipe métallique la coupe qu’il était en train de confectionner. Il était trop fatigué pour faire cela correctement ; il lui fallait un peu de sommeil. De toute manière, la journée avait été fructueuse, ses commandes refroidissaient dans le second four, avec quelques extras plus fantaisistes. Le petit vase délicat plairait à son épouse ; pour sûr, elle y mettrait les cueillettes sauvages de leur dernière née. Il remit le verre à peine entamé dans le plus petit four et s’assit sur le large établi marqué par l’usage. Tout comme son propriétaire.

La porte qui s’ouvrait à la volée le fit sursauter, et c’est un prodigieux réflexe qui sauva le petit vase de la chute. Les yeux écarquillés, une main sur son cœur qui battait encore la chamade, Gareth vit surgir dans son atelier une fille couverte de sang, qui tituba jusqu’à lui pour s’accrocher à sa chemise de ses doigts poisseux.

- Aidez-moi…s’il vous plait, aidez-le !

Elle l’entraîna au dehors, où se tenait un cheval immobile, et sur son dos, un corps ensanglanté.

- Sauvez-le… Emmenez-nous à Fériane, je vous en prie !

Comment savait-elle qu’il pouvait exécuter un pas sur le côté ? Au lieu de lui poser la question, Gareth la fixa dans les yeux, effaré.

- Vous avez une flèche dans le bras…

Trente secondes plus tard, il se retrouvait à Fériane, laissant les deux jeunes gens entre les mains de rêveurs qui ne s’occupèrent absolument pas de lui. Alors, il dessina à nouveau et retrouva son palier. Ses yeux s’agrandirent de surprise lorsqu’il découvrit le petit loup de verre, assis sur son arrière-train, qui l’attendait sur le pas de la porte enneigé. Le vieil homme le prit délicatement dans ses mains, émerveillé par sa qualité, soufflé qu’il ait l’air si vrai.

Emu de la reconnaissance qui avait poussé une talentueuse souffleuse de verre à le laisser là, alors que son ami mourrait.

* * * * *

- Il va vivre.

Syndrell ferma les yeux, laissant une larme, une seule, naître dans ses cils et rouler sur sa joue maculée de sang. De soulagement, elle vacilla, serait tombée si le rêveur ne l’avait pas retenue par un bras vigilant.

- Et maintenant, on va s’occuper de ce bras, jeune fille.

Il la fit s’allonger doucement, mais fermement sur un lit.
Syndrell n’était déjà plus consciente lorsqu’il commença à dérouler son rêve.


* * * * *

Il dormait.
Paisible, les traits tirés mais apaisés, il se reposait ; Syndrell se mordit les lèvres de le voir si fragile, allongé sur une rive du Lac Chen où elle l'avait ramené. Elle tendit une main, repoussa une mèche d’un geste tendre, suivit du bout des doigts la courbe d’une joue…

- Réveille-toi ! Fou que tu es, tu ignores que l’aube est déjà loin derrière toi…

Elle frémit lorsqu’il frémit.
Sourit lorsqu’il ouvre enfin les yeux.
Sourit d’y retrouver la lumière-amour.
Sa lumière-amour…



__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


[Absente du 18/07 au 24/07]
Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
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