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 Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]

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MessageSujet: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Sam 04 Déc 2010, 16:18

    Lorsque Illias lui asséna une bourrade amicale dans le dos, Ciel tituba un peu, rattrapé de justesse par Nami qui l'empêcha de se vautrer dans le bassin d'eau claire. Illias partit dans un grand rire tonitruant, tandis que Nami s'assurait que Ciel tenait debout, et que Ti' se tenait la tête, désorienté, gromelant dans sa barbe.

    "A la revoyure, mon pote! Matte bien ces sales gosses, et si t'as un soucis, tu m'appelles!"

    Illias, un pur concentré de force et d'énergie. Etourdissant. Ciel n'avait pas eu le temps de répondre qu'il avait déjà quitté la place, pour aller rejoindre sa femme à qui il avait promis une soirée en amoureux. Nami roula des yeux.

    "Bon, je vais raccompagner Ti'... Enfin, chez moi... Je crois pas que Lillu soit tellement contente de le voir dans cet état..."

    Lillu, c'était la petite amie de Ti'. Enfin, plus pour longtemps, de l'avis de Ciel. Tous ceux qui les connaissait savaient pertinemment que Ti' et Nami se tournaient autour depuis plusieurs années déjà, et si chacun faisait semblant de faire son bonhomme de chemin de son côté, tout le monde était à peu près certain qu'ils finiraient ensemble. D'ailleurs, Ciel était prêt à parier que Nami allait profiter de l'état d'ébriété de Ti' pour en tirer quelque chose. Il s'autorisa un sourire en coin, lui souhaita bonne chance, lui dit à la prochaine, alla saluer Ti' assez rapidemment -de toute manière, il n'était pas en état de se souvenir de quoique ce soit- puis partit de son côté.
    Non, il n'avait pas bu. Enfin, un peu quand même, mais pas au point d'en perdre ses facultés. Sa mère n'aimait pas qu'il boive; et puis là, il allait rentrer au Dôme, et un professeur fin saoûl ne serait surement pas le bienvenue, surtout qu'il n'avait même pas encore commencé les cours. Non franchement, il fallait qu'il s'applique, qu'il fasse son boulot sérieusement, parce qu'il la voulait son indépendance, il y tenait, alors maintenant, fini la rigolade, on se tient bien, on se comporte en adulte.

    Il était adulte, alors pas de problèmes. Tout ce passerait bien, il en avait décidé ainsi.

    Le petit homme pénétra dans une boutique, colorée, chaleureuse, une boutique de sucreries. Il était un habitué. Grand sourire à la vendeuse, deux cannes à sucre s'il-vous-plaît, très bien, quelles couleurs cette fois-ci? une bleue et une violette, d'accord monsieur, tenez je vous rajoute un supplément comme d'habitude monsieur, ce sera tout? oui merci madame, ça ira. Bon, ok, les sucreries, ça ne faisait pas très adulte, mais mince quoi, celles-ci étaient absolument excellentes, délicieuses, et puis très jolies aussi, tellement jolies qu'on en avait presque du mal à les manger. Mais pas de problèmes de ce côté-là, il était à peine sortit que Ciel suçotait déjà la canne-à-sucre bleue. En la tenant avec le papier, sinon ça déteignait sur les mains. Et il fallait faire attention de ne pas s'en mettre plein partout sur les lèvres, aussi, ça faisait un peu macchabé, sinon. Ou clown, au choix.

    Il y avait pas mal de monde à Al-Jeit. Il faisait froid, deux ou trois flocons perdus venaient fondre au sol, il y avait une petite bise mordante, le ciel était gris, mais il y avait du monde quand même. Début de soirée, c'était l'heure de l'apéro, ou celle du repas, c'était aussi l'heure des enfants qui rentraient à la maison et des gens qui quittaient le travail. L'heure des gardes aux aguets, et celle de la promenade de fin d'après-midi. L'heure des derniers achats, l'heure de l'homme qui est content de narguer les gamins avec ses deux belles cannes à sucre, et la friandise supplémentaires que lui a offerte la tenancière de la boutique.
    C'est l'heure du Ciel qui se promène le nez en l'air, à guetter les flocons et à observer les façades ouvragées des maisons, c'est l'heure du Ciel qui se cogne dans les gens et qu'on regarde en grommelant. C'est l'heure du Ciel un peu dans la lune, qui suçote sa canne-à-sucre sans trop faire attention où il va. Ce n'est pas grave, il connaît Al-Chen, depuis le temps qu'il y vit, et il ne s'y perd plus. Il salue une connaissance, il trébuche sur un pavé mal-ajusté, il s'enfonce dans une petite ruelle tranquille. C'est là que vit Zéphyr, la deuxième fille Kern. Ciel aspire à rendre visite à sa grande soeur, en ce moment. A 40 ans, le ventre de Zéphyr s'est à nouveau tendrement courbé, annonciateur d'un énième membre de la famille déjà nombreuse. Ciel a toujours été sensible à l'arrondi du ventre des femmes enceintes.
    Il aimait toucher, caresser, sentir l'enfant à naître qui s'agitait, il aimait y coller son oreille et raconter aux petits miracles de la vie comment c'était, au dehors. Il leur faisait l'éloge de la maman, du papa, il les mettait gentillement en garde, il leur promettait plein de choses, et tenait ses promesses. Il adorait ces ventres tendus et en prenait toujours grand soin. Et une fois que l'enfant avait quitté son doux cocon... Et bien il continuait de le chérir, de s'en occuper, de jouer les baby-sitters, de l'amuser.
    Oh oui, Cielou était un tonton tendre et apprécié, un tonton attentif qui aimait les enfants, et les ventres ronds.
    Celui de sa mère, qu'il avait vu se tendre par quatre fois. Celui de Nuée, trois fois. Celui d'Aurore, deux fois. Celui de la copine d'Orage, deux fois. Celui de Zéphyr... C'était la deuxième fois aussi. La première, le ventre n'avait pas eu le temps de devenir trop imposant. Quatre mois, et le bébé à venir s'en allait déjà. Cette fois-ci, la douce cambrure du septième mois semblait de bonne augure. Zéphyr rayonnait, calme, attentive à sa santé. Son compagnon n'était actuellement pas là. Il était rarement présent, à vrai dire, mais Zéphyr leur avait assuré à tous que ce n'était pas de la négligence, que c'était son statut, sa façon de vivre. "Marchombre".

    Ces gens mystérieux dont personne ne savait grand-chose... Cet homme se montrait rarement à toute la famille. Il accompagnait Zéphyr de temps à autres, il apparaissait, disparaissait, était présent le temps d'une conversation étrange et hors du temps, offrait un sourire qui semblait précieux, décrochait des regards profonds, observait avec justesse... Cet homme était un mystère, il intimidait tout le monde. Même Nuage et Nuée semblaient changés en sa compagnie. Ciel avait déjà remarqué qu'Azur, son plus jeune frère, et Lou, l'aînée d'Aurore, semblaient particluièrement fascinés par cet homme, et que celui-ci avait l'air de porter un intérêt particulier aux deux jeunes gens.
    En attendant, il était absent, et Zéphyr était seule chez elle, il avait donc pris l'habitude de lui rendre visite. Il allait lui offrir la canne à sucre violette, elle les aimait bien, elle aussi, et puis ils discuteraient, de sa vie sentimentale à lui (désespérément vide...) de sa grossesse à elle, des progrès des derniers d'Orage et de Nuée, des études laborieuses de Toma, le plus grand des enfants de Nuée, des problèmes que Zénith rencontrait avec son ex compagne, tout ça. Il lui raconterait comment était la vie au Dôme, aussi. Il...
    Il fronça les sourcils, frappa encore, collant son oreille contre la porte. Aucun bruit, aucun signe de vie. Elle elle devait être sortie. Il repasserait le lendemain, pas de problèmes.

    Ciel s'écarta de la porte, puis se figea. Ca avait bougé. Il leva promptement la tête, discerna fugitivement une silouette sur le bord du toit, qui se découpait sur les nuages grisâtres. Le temps d'un clignement des yeux, il n'y avait plus rien. Eberlué, il se frotta le visage, regarda encore, fixement, cherchant aux alentours... Rien. Avait-il rêvé? Non, non ce n'était pas possible, ç'avait été réel, il n'avait pas bu à ce point-là, mais... Oui, il y avait des gamins sur les toits de temps en temps, mais ils ne disparaissaient pas comme ça...
    Tout-à-coup, une idée lui traversa l'esprit. Une horrible idée. Sa soeur qui n'était pas chez elle, cette présence sur le toit...


    "Eh! Eh, reviens! T'as fais quoi de Zéphyr?!"

    Il esquissa quelques pas avant de se rendre compte qu'il n'y avait pas d'accès au toit, pas d'échelle ni rien. Ni une ni deux, il se glissa dans les Spires, slalomant entre tous ces possibles qui n'avaient aucune utilité, laissant son esprit filer, une seconde à peine pour trouver ce qu'il cherchait, et déjà il empoignait les barreaux de la longue échelle qui venait de se matérialiser contre le mur, bien fixée à celui-ci pour ne pas que l'autre criminel là-haut ne le fasse basculer en arrière (non sans s'assurer que ses douceurs étaient bien dans sa poche). Et puis au pire, il était prêt à faire un pas sur le côté.
    Il était un bien piètre combattant, certes, mais très bon Dessinateur.
    Et s'il s'avérait que cet individu avait osé faire le moindre mal à sa grande soeur, il allait pouvoir le constater assez rapidemment.


[Voilà! Je précise que si Syndrell veut le chopper et lui placer un couteau sous la gorge ou autre, pas de problèmes, il sera tellement surpris et désorienté qu'il aura besoin de quelques secondes pour Dessiner; il ne fera pas de pas sur le côté parce qu'il sait bien qu'il va l'emmener avec lui s'il fait ça ^^' En plus il s'attend pas vraiment à se faire agresser, c'est surtout qu'il se fait des films là ^^' Et pour Zéphyr, Syndrell ne l'a pas forcément prise en otage hein, ça me paraît plus probable qu'elle soit sortie faire un tour... x)) ]
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Dim 05 Déc 2010, 00:57

Plaquée contre la pierre d’une cheminée qui jaillissait du toit sur lequel elle se trouvait, une jeune fille aux cheveux bleus se mordait la lèvre tout en se demandant comment celui qui venait de se hisser à son niveau avait bien pu faire pour arriver là. Elle-même avait du faire appel à de solides ressources pour atteindre les hauteurs de la cité, s’élevant malgré les murs sans prise aucune, bondissant allègrement en se défiant de l’inclinaison des charpentes, se glissant sur les toitures sans jamais se laisser surprendre par le givre dont elles étaient recouvertes. Un exploit qui ne prenait tout son sens qu’à la valeur d’un seul mot.
Marchombre.

Pourtant il y avait bien quelqu’un sur ce toit, à quelques pas d’elle. Un homme qui, à en juger par le cri qu’il avait lancé quelques secondes plus tôt, en avait après elle.
La jeune fille apaisa son souffle et détendit les muscles de ses épaules et de ses bras. Elle ne connaissait pas de meilleure défense que l’attaque et dans la situation où elle se trouvait, s’enfuir paraissait une option peu réaliste.
Un éclat traversa l’or pur de ses yeux.
En aurait-elle eu la possibilité qu’elle n’aurait pas fuit.
Pas devant quelqu’un qui lui cherchait noise sans raison.
Syndrell bondit.


*
* *

Il y avait tant de monde dans les rues pourtant larges que Syndrell souffla doucement, un nuage de buée se formant devant ses lèvres, puis consentit à se laisser glisser de sa selle.

- J’ai parfois l’impression d’évoluer dans une fourmilière… Regarde-moi tous ces gens !

Nuance renâcla, sa façon à elle de souligner à sa cavalière qu’une jument avait bien plus d’allure qu’une vulgaire fourmi, mais déjà Syndrell l’entraînait avec elle en la tenant par la bride. Elles atteignirent tant bien que mal le port mais, constatant la foule qui se massait sur l’embarcadère, la jeune fille comprit que sa petite jument, pour vaillante qu’elle fut, ne lui facilitait pas les choses. Or il fallait bien qu’elle leur trouve des vivres, ou de quoi tenir jusqu’au Désert des Murmures.
Jusqu’au Rentaï.

Elle trouva donc une auberge dont l’écurie sembla satisfaire Nuance – à moins que ce ne soit plutôt les flatteries du jeune palefrenier à son égard qui plurent à l’oreille attentive de la belle jument. Rassurée sur son sort, Syndrell paya le prix d’une chambre, dans laquelle elle laissa son arc, son carquois et le reste de ses affaires pour ne se munir que du stricte nécessaire et s’immerger à nouveau dans la rue grouillante de passants. Elle ne connaissait guère la cité, pour ne l’avoir traversée que deux fois et très rapidement, aussi avait-elle décidé de profiter de son voyage pour pallier à ce manque. Al-Chen étant l’une des quatre principales cités de l’Empire, elle ne pouvait décemment pas la traverser une troisième fois sans prendre le temps de la découvrir…

Et ce qu’elle découvrait l’enchantait. Oh bien sûr, les constructions d’Al-Chen, si imposantes et jolies qu’elles soient, n’avait rien à voir avec les architectures si particulières d’Al-Jeit mais, sans aller jusqu’à comparer ce qui n’était pas comparable, la ville offrait de véritables perles pour qui savait voir, sentir, goûter, toucher et écouter. Louvoyant souplement parmi la foule, Syndrell voyait se dérouler le long des rues quantité d’échoppes bigarrées, d’étals garnis de tissus colorés ou d’étoffes chamarrées ; elle avançait le nez en l’air, humant avec délice les improbables fragrances qu’une brise glacial propageait dans tous les sens ; hélée par des artisans qui savaient appâter le client, elle savoura une bouchée par-ci et par-là de la cuisine traditionnelle. Il y avait longtemps que la jeune fille n’avait pas mis les pieds dans une ville et chaque pas qu’elle faisait lui donnait l’impression qu’un monde la séparait du calme et de la froide beauté des Dentelles Vives.

Elle déjeuna dans une taverne pleine de monde, réussissant toutefois à se dégoter une table vide dans un coin sombre de la pièce et, le ventre plein, repartit à l’assaut de la ville. Par habitude, elle avait rabattu sa large mante sur sa tête, dissimulant une chevelure dont elle n’avait plus honte mais qui lui aurait assurément attiré des regards soupçonneux, voire des questions malvenues. Ce périple qui l’entraîna à nouveau vers des horizons inconnus était bien trop important à ses yeux pour qu’elle laisse de vilaines langues lui en gâcher le plaisir ! Fort heureusement, l’hiver précoce rendait le froid si mordant que nul ne s’attarda sur sa silhouette encapuchonnée.

Syndrell sourit. Tous ces gens… Autant d’âmes, autant d’yeux qui la voyaient sans la voir, ignorant qu’elle pouvait tuer l’un d’entre eux avec deux doigts s’il s’avérait nécessaire qu’elle en vienne jusque là. Ils se croyaient grands, ils se croyaient importants, ils se croyaient libres mais la seule vraie liberté leur glissait entre les doigts quand elle se faisait voie sous les pas de la jeune marchombre. Ombre furtive, elle se glissait sans mal entre tous, simple frôlement de cape sur leur passage. Il apparut pourtant qu’elle n’était pas assez « invisible » ; au détour d’une ruelle, elle sentit une petite main effleurer sa hanche et filer droit vers la bourse fixée à sa ceinture. Si habile qu’un fin sourire étira ses lèvres tandis qu’elle arrêtait la petite menotte à quelques millimètres de son but.


- Je regrette, bonhomme, mais j’en ai besoin…

Le voleur en question était un jeune garçon de onze ou douze ans au petit visage mangé par deux grands yeux noisette. Il y avait dans ces yeux une franche lueur de surprise mêlée d’admiration qui eût raison de la marchombre ; dénouant la petite bourse de cuir, elle tira une pièce qu’elle lança à l’enfant, lequel la rattrapa vivement.

- Pour récompenser ton adresse !

Stupéfait, il suivit des yeux cette étrange femme avant d’oser ouvrir son poing serré. Une pièce d’or, soit l’équivalent d’un mois de salaire, brillait au creux de sa paume.
A nouveau, son regard noisette se perdit dans la foule.
Mais l’inconnue sans visage avait déjà disparut.

Syndrell souriait toujours lorsque, quelques rues plus loin, elle découvrit les créations d’un souffleur de verre. Simple mais disposé avec goût, son étal offrait aux regards de véritables petites merveilles que l’œil expert de la jeune fille ne manqua pas d’apprécier. Une figurine attira cependant son attention ; elle représentait un chat assis et occupé à se nettoyer l’oreille de sa patte avant. Créé tout en finesse, il évoquait trop la félinité de Miss à ses yeux pour qu’elle ne se décide pas à en faire l’acquisition pour l’offrir à son mentor. Elle venait de payer la jolie petite création de verre lorsqu’un passant la bouscula sans ménagement sur son passage. Syndrell l’ignora d’un haussement d’épaules et reprit sa balade dans les rues animées.

Elle finit toutefois par renoncer à lutter contre la vague humaine et, avisant une impasse, bondit sur le muret de pierre qui ne formait même pas le mot « obstacle » dans son esprit. Très vite, elle se hissa sur les hauteurs de la ville, délaissant bruits et remous pour retrouver silence et solitude. Le soleil n’était plus qu’une ligne de feu à l’horizon et au-dessus de sa tête le ciel se nimbait des plus belles couleurs du couchant. Un spectacle à ne pas manquer, et quelle meilleure façon de l’admirer que d’être aux premières loges ?

Bondissant de toits en parapets et de parapets en murs, elle découvrit ainsi Al-Chen d’une tout autre manière, de la même façon qu’elle avait découvert Al-Jeit en suivant Miss. Syndrell était heureuse, son visage était fendu d’un large sourire et elle avait laissé son capuchon retomber dans son dos sous l’effet de ses mouvements, libérant ses folles mèches bleues dont les lueurs du nuancées du couchant trouvait des reflets changeants. Sa course sur les toits de la ville ne l’empêchait pas de discerner ses habitants et elle se figea soudain en reconnaissant l’homme qui l’avait heurtée un peu plus tôt dans la soirée. Il s’était arrêté devant la porte d’une maison et semblait renoncer à y entrer. Intriguée, sans vraiment savoir pourquoi, Syndrell s’approcha du bord ; elle ne s’attendait évidemment pas à ce qu’il sente le poids de son regard sur lui et se tourne vers elle.
Syndrell avait déjà bondit.


"Eh! Eh, reviens! T'as fais quoi de Zéphyr?!"

Un cri, puissant et lourd de menace.
Il était déjà sur le toit, escaladant un mur qui pourtant n’offrait aucune aspérité propice à la grimpe. Trop rapide pour qu’elle n’ait d’autre moyen que de se cacher derrière le montant d’une cheminée.
Trop intriguant pour qu’elle songe à s’éclipser.
Elle choisit donc d’anticiper.


*
* *

Son action n’avait duré qu’une poignée de secondes.
Trois secondes.
Un battement de cils.
Une lame, jaillit d’on ne sait où, était apparue dans sa main à l’instant où son corps s’enroulait autour de celui de l’homme.
Une lame dont le tranchant exerçait à présent une pression équivoque sur la carotide offerte.


- J’ai l’impression que tu te trompes de personne.

Un murmure à peine audible, pourtant elle savait qu’il l’avant entendue.
Tout comme elle savait que, si d’aventure il tentait de bouger, sa lame le laisserait partir.
Syndrell n’était pas une tueuse.


[ Ton idée de "choper Ciel et de lui mettre un couteau sous la gorge" a fait mouche ^^ Je suppose néanmoins que Zephyr est bel et bien partie faire un tour, mais j'ai bien envie de voir comment Ciel va se tirer d'affaire. Il me plait, ce Dessinateur, j'ai hâte de le voir dans le feu de l'action ! ]

__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


[Absente du 18/07 au 24/07]
Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Dim 05 Déc 2010, 18:08

    Un corps chaud et puissant contre le sien, des mèches de cheveux qui lui chatouillaient le cou, une pression glacée menaçante prète à pénétrer sa chair... Ciel déglutit. Rien, il n'avait rien vu venir. Il était arrivé en haut, c'était le vide total, personne. Et maintenant... Une flagrancehumaine, une pression palpitante, et une menace de mort. Un murmure... A la fois doux, et tranchant. Tranchant comme le couteau sur sa gorge. Ciel déglutit. Un murmure de femme. Une femme? Une femme capable de l'immobiliser comme ça? S'il bougeait, elle l'égorgerait. Il était à sa merci; à la merci d'une tueuse effroyablement efficace. Elle semblait déterminée à lui trancher la gorge. Pas le moindre mouvement, Ciel...
    Il se plongea dans l'Imagination.
    Il n'y trouva rien.
    La déstabiliser, la blesser, la déranger risquait de faire ripper sa main, ou de la décider à le tuer. Et créer un Dessin mortel, laisser basculer ces pieux d'acier ou ces flèches acérées dans la réalité... Il ne le pouvait pas. Il ne pouvait pas tuer; trop grand, trop fort, trop violent, trop irréaliste, c'était impensable. Ciel ne tuerait pas cette fille. Et il ne mourrai pas. Enfin, il espérait...

    Voyons, il fallait... Qu'il se calme; respiration profonde, voilà, on répime les frissons, la sueur qui perle au front. Il ne fallait pas qu'il bouge, qu'il fasse mine de l'agresser, ou de vouloir s'évader. Il ne fallait pas qu'il la provoque. Il la sentait partout autour de lui, efficace, maîtresse de la situation. Il envoya ses sens en reconnaissance, et constata sans surprise qu'il ne pouvait pas remuer le moindre petit doigt sans qu'elle ne s'en rende compte. Elle. C'était qui, elle? Jeune, ça s'entendait à sa voix, ça se sentait à la fermeté de son corps, de ses seins plaqués contre le dos de l'homme. Il ne voyait pas son visage, mais l'imaginait fine et musclée - non, elle était fine et musclée, c'était une évidence. Des cheveux... Bleus. Couleur atypique. Couleur atypique pour une femme atypique, sans doute... Certainement. Quel était le pourcentage d'Alavirienne qui se baladaient sur les toits à l'approche de l'hiver, aussi discrètes et silencieuses que le plus fin des chats, poignard en poche et prête à égorger le premier qui oserait aller à leur rencontre? Il l'ignorait, mais il était sans doute faible. La probabilité pour en rencontrer une était donc, en conséquent, très peu élevée elle aussi. Et la probabilité pour que ce soit lui, jeune -oui, encore assez jeune- homme bien rangé à la situation stable, pas querelleur pour un sou, doux et toujours là en bas, dans la rue, avec un tas de gens normaux, était ultra faible. Oui mais voilà, il y avait toujours eu un risque, et c'était maintenant qu'il s'en rendait compte.

    Bon, maintenant, on réfléchit calmement, et rapidemment. Elle était visiblement la seule personne présente ici. A moins qu'ils ne soient plusieurs... Non Ciel, pas frissonner. On se calme, tout va bien, tout va s'arranger. Bien. Cette fille aurait été tout-à-fait capable d'enlever une femme enceinte, mais pourquoi l'aurait-elle fait? Et si... Et si c'était une connaissance du compagnon de Zéphyr? Lui aussi était musclé, souple, silencieux, un peu comme elle, assez intimidant, déstabilisant, hors du commun, remarquable, discret... Oui, ce devait être une copine à lui, et ils voulaient le bébé. Le Marchombre avait donc donné l'ordre d'enlever Zéphyr pour la séquestrer, lui laisser le temps d'accoucher, et ensuite, couic! Plus de Zéphyr, plus de témoin...
    Son coeur battait la chamade, sa respiration s'accéléra, il déglutit -difficilement.
    Mais non voyons, pourquoi enlever le bébé? A moins qu'il soit totalement dérangé, mais il avait l'air tout-à-fait sain d'esprit... Lui était peut-être net, mais Ciel en tout cas était toujours dans une situation un peu... Problématique. Pour calmer la furie, l'implacable furie -et c'était ce calme froid qui la rendait, à vrai dire, assez effrayante- il allait devoir lui céder. S'excuser, admettre son erreur, et s'en tirer vivant. Oui mais s'il s'en tirait et qu'elle était coupable?

    Bon, il allait d'abord se défaire de son étreinte. Ensuite, il verrait. Une fois un peu éloigné d'elle, il pourrait Dessiner sans risques. Et au pire du pire, il était concentré, un pas sur le côté serait envisageable... A condition qu'il soit certain que sa soeur ne soit pas aux griffes de ces démoniaques Marchombres.

    Réfléchir, réfléchir, trouver un moyen de s'en sortir... Cette fille semblait dure. Elle devait donc cacher un coeur tendre. Un coeur tendre... Comment attendrir une femme? Ce n'était pas tellement son rayon, à vrai dire, mais à l'école, il avait déjà vu ses amis faire. A l'école et à l'extérieur, avec ses amis. Il était bon Dessinateur; sensible et spécialisé tout particulièrement dans le domaine de la Créativité. Oh et puis, il avait oublié toutes les fois où il avait dû attendrir soeurs et mère, se faire pardonner, toutes les fois où il avait voulu les remercier, leur faire plaisir... Finalement, il savait. Suffisait de réfléchir un peu. Lui, l'homme créatif, il allait séduire cette "charmante" demoiselle.
    Créatif. Le bouquet de roses rouges apparut dans l'espace, flottant au niveau de leurs visages, à une distance parfaite pour qu'elle puisse en savourer les détails sans qu'il lui occulte pour autant son champ de vision.


    "Euh... Je m'excuse..."

    Mademoiselle, madame?

    "Je m'excuse madame, et je vous offre ce bouquet pour me faire pardonner, euh..."

    Les roses se mirent à scintiller. A scintiller, et à changer de couleurs, rouge, noires, roses, jaunes, blanches, en une symphonie légère et absolument ravissante. Aucune pétale fannée, aucune cornée, une perfection, pas de dissonnance, un ravissement pour les yeux.
    Parler bien, se montrer distingué, poli, bien élevé, montré qu'il n'était pas un vulgaire bandit, qu'il était un homme accompli et qui ne cherchait pas les ennuis.

    "Si vous voulez, j'en ai d'autres, voyez vous-même..."

    Lys, fleurs des prés, bouquets d'hiver, jaune rouge bleu violet rose fushia, combinaisons infinies qui défilaient, défilaient, sorties d'en haut de cette branche de l'Imagination, de ces possibles qu'il avait arpenté pour ravir maman, Aurore, Nuée, Zéphyr, des amies, les copines de ses frères, puis ce fut de nouveau le bouquet des roses chamarrées. Son coeur battait à tout rompre. Pourvu que ça marche, pourvu que ça marche... Il avait aussi... Il pouvait...

    "Et je... J'ai une canne à sucre, si vous voulez, violette, les meilleures de tout Al-Chen et peut-être même de l'empire..."

    Si une canne à sucre pouvait lui permettre de s'en tirer vivant, il acceptait ce sacrifice... Tant pis pour Zéphyr, il irait lui en acheter une autre; des cannes à sucre, il pouvait en avoir à la pelle -enfin, dans la limite de son budget- budget!

    "Prenez ma bourse aussi si vous voulez, ou peut-être vous préférez autre chose que ces fleurs mais... Je reconnais mon erreur et vous adresse mes plus plates excuses, alors... Vous pourriez me lâcher s'il-vous-plaît?"

    Malgré sa position assez désagréable, il s'efforça d'étirer un sourire sur son visage tendu, cherchant des yeux sans pour autant bouger la tête le visage de son aggresseuse. Restait plus qu'à espérer qu'elle serait sensible à ces délicates intentions...
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Lun 06 Déc 2010, 22:41

Syndrell n’était pas une tueuse, non.
Mais, si elle arpentait depuis un an une voie de guerriers, la jeune fille avait connu les affres de la mort bien avant de franchir les portes de l’Académie. Bandits de grands chemins, rustres de tavernes, violeurs envinés, elle connaissait déjà. Les grandes villes attirent ce genre d’individus et Al-Jeit ne faisait pas exception à la règle. Lorsqu’elle espionnait pour le compte de Leif, elle avait côtoyé le danger jour et nuit. Les choses n’avaient donc pas tellement changé depuis qu’elle suivait Miss – les soudards étaient devenus des mercenaires sanguinaires et capables de tenir tête à un marchombre, mais la mort était toujours la même. Aura menaçante, facile à éviter mais incroyablement traîtresse…

Cet homme, pourtant, ne respirait pas la mort. Ni le danger.
Elle l’avait senti se raidir contre elle alors qu’elle apposait sa lame sur sa gorge, mais il n’avait tenté aucun dégagement, n’avait pas esquissé un geste pour se tirer d’affaire. Un mercenaire aurait essayé de lui briser le bras, un homme d’arme se serait contenter de se servir de son poids pour la faire basculer en avant… Il n’en fut rien. Cet homme, qui était parvenu sur le toit avec une aisance déconcertante et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, semblait incapable de se libérer de son étreinte. Et sa réaction, surprenante du fait de la situation, alluma un éclat de surprise dans les yeux d’or de Syndrell.


"Euh... Je m'excuse…Je m’excuse madame, et je vous offre ce bouquet pour me faire pardonner, heu… »

Madame ?
Bouquet ?

Syndrell n’eut pas le temps de connecter les bons neurones afin de comprendre les balbutiements de cet étrange personnage. Les fleurs qui apparurent dans les airs, juste devant elle, noyèrent sa question et le choc manqua de lui faire lâcher ses prise. Elle raffermit in extremis ses doigts sur le manche de son poignard et contempla, incrédule, les roses qui, en plus de défier la pesanteur, s’amusaient à changer de couleur, toutes les deux secondes environ.

Rouges.
Noires.
Blanches.
Jaunes.
Oranges.
Roses.
Rouges.


* Bave de trodd ! Un Dessinateur…*

Il fallait qu’elle soit tombée sur un dessinateur.
Au moins, sa présence incongrue sur le toit s’expliquait, à présent. Syndrell plissa les yeux. La dernière fois qu’elle avait croisé un homme capable de dessiner, c’était au pied des Dentelles, alors qu’elle cherchait désespérément le moyen de sauver Blood Light des griffes de la mort. Un homme qui avait accepté, sans attendre la moindre explication en retour, de faire pour elle ce qu’ils appelaient un « pas sur le côté ». Il les avait conduits jusqu’à Fériane, où les Rêveurs avaient ensuite fait des miracles… Elle n’avait jamais revu le Dessinateur, mais en gage de sa gratitude, immense et toujours quelque part au fond de son cœur, elle lui avait offert son petit loup de verre.

Syndrell continuait de fixer les roses sans bouger, indécise.
Devinant sans doute sa méfiance, l’homme reprit la parole, d’une voix plus assurée :


"Si vous voulez, j'en ai d'autres, voyez vous-même..."

La jeune marchombre haussa un sourcil tandis que les roses devenaient lys, puis coquelicots, puis œillets, puis tournesols. On aurait dit que le bouquet clignotait, changeant éternellement de forme et de couleurs, improbable illusion qui défiait les limites du réalisme. Syndrell n’avait jamais tenté de vérifier si elle possédait ou non un soupçon de Don en elle. Sans doute parce qu’elle savait que tel n’était pas le cas. L’harmonie se suffisant à elle-même, la plupart des marchombres ignoraient les Dessinateurs, sans doute parce qu’ils étaient trop accaparés par le Chaos et ses serviteurs. La jeune fille se gardait bien de tout jugement infondé sur de tels poètes de l’imagination, tant qu’ils ne devenaient pas une menace pour son propre équilibre.

En l’occurrence, un simple bouquet de fleur, si original soit-il, n’était pas tellement en mesure de rivaliser avec le tranchant effilé de sa lame. C’était d’ailleurs un démonstration bien surprenante : capable de faire basculer dans la réalité une arme blanche qui aurait certainement pu la blesser, voire même la tuer, le Dessinateur s’était contenté de lui présenter un bouquet de fleurs.
Cet homme n’était pas plus tueur qu’elle.

Elle en eut la confirmation lorsqu’il lui proposa carrément une canne à sucre. L’offre réussit à tirer un franc sourire à Syndrell, davantage que le bouquet qui pourtant ne manquait pas d’originalité. En réalité elle sentait, à la voix de l’homme, qu’il tenait à sa sucrerie. Sans doute plus qu’à sa vie, puisqu’il ne cherchait pas à dessiner plus… redoutable. Soit elle était tombée sur le plus pacifiste des hommes de ce monde, soit il savait, alors que sa vie paraissait ne tenir qu’à un fil – celui d’une lame excessivement bien affûtée – qu’il n’avait pas l’ombre d’une chance face à elle. Parce qu’elle était trop rapide, trop précise.
Trop marchombre.

« …Vous pourriez me lâcher, s’il vous plaît ? »

La jeune fille cligna des yeux. Plongée dans ses pensées, elle n’avait pas entendu le début de sa diatribe, mais il était évident que maintenir cet homme en respect plus longtemps la ferait tomber dans le ridicule. Eloignant la lame de sa gorge, Syndrell bondit en arrière, de manière à se placer hors de portée, conservant une distance de sécurité nécessaire et vitale qui lui permettait tout de même d’assouvir sa curiosité.

A présent adossée au mur de la cheminée derrière elle s’était cachée quelques instants plus tôt, elle commença par détailler du regard cet énergumène qui semblait ignorer la futilité d’une fleur en face d’une lame.
Futilité, ou incroyable puissance ?
La bonne trentaine, il semblait plutôt chétif mais Syndrell ne s’y trompait pas ; il émanait de cet homme une force pure, invisible pour beaucoup, très nette pour elle. Dans ses yeux clairs brillait une flamme qui illuminait un visage fin et aux traits délicats. Il n’était pas « beau » mais avait un certain charme qui, allié à une allure tout aussi originale que son bouquet « multifleurs multicolores », alluma une étincelle de curiosité dans l’or des yeux de Syndrell.

- Laisse tomber « madame », ou « mademoiselle ». Syndrell, c’est amplement suffisant…

Elle cilla, surprise d’avoir offert son identité à un parfait inconnu avec autant de facilité. D’ordinaire, elle se présentait sous l’un des noms d’emprunt qui lui avait servi lors de son passé d’espionne ; mais sous le regard de cet homme, et bien qu’elle ignore pourquoi, elle se sentait incapable de déguiser la vérité. Agacée, elle croisa les bras sur la poitrine.

- Bon, écoute. Je te laisse ta canne à sucre si tu m’expliques ce que tu fais sur ce toi. Et pourquoi tu en as après moi. D’accord ?



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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Mar 07 Déc 2010, 19:43

    Ciel vacilla en arrière lorsqu'elle le lâcha d'un coup, libérant toute la pression. En une seconde, elle était quelques mètres plus loin, adossée le plus normalement du monde à une cheminée tandis que lui battait des bras pour se remettre debout. Cette fille était vraiment impressionante. Impressionante, et elle avait d'étonnants cheveux bleus, ainsi qu'il avait pu l'apercevoir juste avant, et était fine et musclée comme il l'avait deviné. Des vêtements adaptés semblant faits pour lui permettre de se mouver à son aise, une aura féline qui se dégageait d'elle... Oui, elle semblait sauvage, et était très attirante. Ca se sentait, et Ciel était à peu près persuadé que n'importe qui pouvait remarquer que cette fille était hors du commun. Ce qui l'étonnait un peu, c'était sa jeunesse; une vingtaine d'années à vue de nez, et déjà une tueuse expérimentée qui se baladait sur les toits d'Al-Jeit, s'en prenant aux hommes qui faisaient quasiment le double de son âge. Ca, il n'y avait pas à dire, elle était impressionante. Et belle. Ce n'était pas parce qu'il était homosexuel que le professeur ne savait pas reconnaître la beauté d'une femme; et celle-là devait se faire reluquer assez fréquemment.
    Cependant, il avait l'intime conviction qu'elle n'était pas du genre à se laisser faire; et qu'elle pouvait aussi se masquer à la vue des gens. Se fondre dans la masse. Ca se sentait, c'était comme pour... C'était comme pour Owel! Un sourire satisfait s'étala sur son visage alors qu'il voyait son hypothèse confirmée: cette fille devait être une Marchombre. C'était le même genre de personne, que l'on remarque mais qui sait se faire discret, surprenant, habile, félin. Déstabilisant, pour lui. Cependant, la jeune fille semblait moins réservée que le compagnon de sa soeur. Après tout, eux aussi avaient leur caractère propre. Peut-être donc qu'elle n'avait pas absolument rien à faire ici, cette Syndrell, si elle connaissait Owel... Une amoureuse éperdue qui cherche à tuer l'âme soeur de l'homme désiré?!

    Non, Ciel, ne t'emballe pas. Observe d'abord un peu la situation avant de tirer des hypotèses et des conclusions hâtives.

    Elle s'appelait donc Syndrell, ne s'embarassait pas de politesses, et était intelligente, parce qu'elle avait deviné qu'il y tenait, à sa canne à sucre. Et qu'il n'était pas vraiment le genre d'homme à être un habitué des toits. Pas de problèmes, il allait lui donner ses réponses.


    "D'accord Syndrell, moi c'est Ciel Kern, depuis peu professeur au Dôme, l'Académie de Dessinateurs d'Al-Jeit."

    Il avait préféré précisé; peut-être qu'une Marchombre n'était pas très au courant des noms des diverses académies des grandes villes du royaume, surtout si elle ne venait pas d'ici. Ciel se serait bien approché pour lui serrer la main, mais il n'osait pas trop. Des fois qu'elle n'apprécie pas et qu'elle la lui broie avant de l'écrabouiller par terre...

    "Bon alors en fait, je venais rendre visite à ma soeur, Zéphyr, qui est enceinte et qui habite juste en dessous, et d'ailleurs c'est pour ça que j'ai deux cannes à sucre; une pour elle, une pour moi, plus une autre douceur, parce que la vendeuse me fait des cadeaux. Parce que je suis un client fidèle hein, ne te fais pas d'idées!"

    Sourire embarassé. Ca l'aurait gêné qu'elle s'imagine des choses, surtout qu'elle aurait été totalement dans le faux. Au début, la vendeuse avait tenté de lui faire du charme, mais Ciel lui avait gentiment fait comprendre qu'il n'était pas de ce bord. Elle n'avait pas insisté -heureusement- et leur relation n'avait jamais dépassé celle de vendeur à client. Bref.

    "Donc ma soeur Zéphyr n'était pas là -oh oui, on a des prénoms un peu bizarres d'ailleurs- et comme je suis d'un naturel à m'imaginer beaucoup de choses... Lorsque j'ai vu ta silouette, j'ai cru que tu l'avais kidnappée, ou fais du mal. Donc j'ai voulu voler à son secours; j'ai Dessiné une échelle, et voilà. Mais en fait, je crois que je me suis trompé."

    Sourire confus, cette fois.

    "Oh mais tu sais, je ne suis pas toujours aussi irréfléchi hein. C'est bien parce que ça concerne ma soeur, tu vois. Mes soeurs, mes frères, leurs rejetons, mes parents... C'est sacré, y a bien que pour eux que je peux m'emporter comme ça! Voilà. Mais dit, au fait..."

    Il se balançait d'un pied à l'autre. Il hésitait, le Cielou. Il avait peur de la vexer, peur de se faire ratatiner, peur d'aborder un sujet tabou -Owel ne parlait jamais de ce qu'il faisait, d'où il allait, de sa condition de Marchombre, de ses compagnons. Osera, osera pas?

    "Si je peux me permettre..."

    Inspire un grand coup.

    "Tu ne serais pas ce qu'on appelle un "Marchombre", par hasard? Parce qu'en fait, le compagnon de Zéphyr, il est Marchombre, et je sais pas bien ce que ça signifie, mais y a quelques... Enfin, beaucoup de similitudes entre toi et lui. Mais je me trompe peut-être hein! Et si tu veux, j'oublie ça, pas de problèmes!Tu le connais peut-être? Je sais pas combien vous êtes... Il s'appelle Owel, taille moyenne, mince, grisonnant, rien de particulier, plutôt discret, du genre à passer inaperçu, mais il a aussi... Un truc, comme toi..."

    Ciel fronça les sourcils, prêt à investir l'Imagination pour un Pas sur le Côté si Syndrell prenait mal son intervention. Son regard retomba sur le bouquet de fleurs qui flottait toujours, étincelant, féérique. Elle n'avait pas dit si elle l'acceptait ou non.
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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Jeu 09 Déc 2010, 16:03

« D’accord, Syndrell, moi c’est Ciel Kern… »

Ciel.
Un nom étrange cependant il lui allait comme un gant. Syndrell ne le connaissait pas depuis plus de cinq minutes mais il y avait quelque chose, dans le débit rapide de ses paroles, né d’un caractère particulier, qui lui faisait penser à un ciel tourmenté - un peu comme celui qui se jouait au-dessus de leurs têtes, nuancé de couleurs plus ou moins vives, hésitant encore entre nuit et jour, et clairsemé de petits cotons de nuages à l’ouest.

Ciel.
Il était professeur « au Dôme, l’Académie de Dessinateurs d’Al-Jeit ». Une précision qu’il avait apporté d’un ton dénué d’orgueil ; de toute évidence, il se demandait si ses beaux yeux d’or brillaient d’intelligence ou de primitive barbarie. Un doute qu’elle s’évertua à laisser planer, le laissant poursuivre son discours bousculé. Il avait l’air soulagé d’être encore en vie, ce dont elle ne pouvait évidemment pas l’en blâmer. Il commença à digresser sur les sucreries dont elle avait perçu l’importance, s’empêtrant dans ses explications comme un enfant pris en faute, et pour la seconde fois de la soirée elle haussa un sourcil surpris. Nom d’un Ts’Liche, mais qui était-il donc ?

Ciel.
Un amalgame de complexité, de force et de douceur mêlée. Embarrassé, il sourit et Syndrell se demanda s’il avait conscience de son charme fou. C’était étrange, mais plus il parlait, plus elle sentait un courant de sympathie l’envahir. Si elle restait sur ses gardes, conservant intacte la distance qui les séparait, c’était uniquement par méfiance envers les aptitudes de cet homme. Qu’il lui inspire de la sympathie ou non, il restait un danger potentiel ; après tout, il avait…tenté…de la poursuivre et déployait à présent ses efforts pour sauver sa peau. Il lui parla de sa sœur, enceinte et absente de chez elle quand il avait voulu lui rendre visite. Zephyr. Leurs parents avaient un goût prononcé pour l’originalité… Zephyr, donc, n’était pas là et son parano de frère, ayant aperçu sa silhouette depuis la rue, avait « dessiné » une échelle pour la rattraper. Malgré elle, Syndrell sentit une pincée de jalousie l’envahir, elle, l’orpheline qui s’était inventé plus d’un compagnon de jeu, à défaut d’en avoir un pour de vrai…

« Si je peux me permettre… »

Il hésitait. Syndrell allait l’encourager à poursuivre lorsqu’il enchaîna d’un seul coup et, si elle avait trouvé son précédent discours rapide, il parlait à présent comme si le temps lui manquait.

"Tu ne serais pas ce qu'on appelle un "Marchombre", par hasard? Parce qu'en fait, le compagnon de Zéphyr, il est Marchombre, et je sais pas bien ce que ça signifie, mais y a quelques... Enfin, beaucoup de similitudes entre toi et lui. Mais je me trompe peut-être hein! Et si tu veux, j'oublie ça, pas de problèmes!Tu le connais peut-être? Je sais pas combien vous êtes... Il s'appelle Owel, taille moyenne, mince, grisonnant, rien de particulier, plutôt discret, du genre à passer inaperçu, mais il a aussi... Un truc, comme toi..."

Ah. C’était donc ça.
Il avait bel et bien deviné… Et curieusement, qu’il ait perçu ce qu’elle était alors qu’elle-même n’avait compris sa particularité qu’une fois un dessin flottant sous ses yeux la vexa légèrement. Syndrell cilla. Ce qui la troublait chez cet homme, davantage que sa perspicacité, c’était sa façon d’être. De parler. De se tenir. De réagir. Il devait avoir aux environs de l’âge d’Owen et pourtant, il lui semblait bien plus jeune. Un contraste étonnant qui ne l’aidait pas à trancher quant à sa propre manière de se tenir en sa compagnie. Il ne lui viendrait jamais à l’esprit de tutoyer Miss, cependant ne pas vouvoyer un professeur tel que Ciel ne lui paraissait pas être une marque d’irrespect.

Sa question posait toutefois problème. Syndrell ne parlait pas de l’Académie, ni de ses membres par soucis de respect et de discrétion envers les siens, honorant un code ancien comme le monde, mais il y avait plus ; elle détestait parler de sa vie. Paradoxalement, elle pouvait passer des heures à écouter un inconnu raconter sa jeunesse ou sa vieillesse, ce qui en avait étonné plus d’un dans son entourage. Les mystères dont était fait l’univers marchombre étaient, en ce sens, fait pour elle, et en tant normal, elle aurait changé de sujet avec l’aisance de l’habitude.
Pas cette fois.

Cette fois, elle choisit de s’en tenir à une demi-vérité. Mentir par omission n’est pas vraiment mentir, et selon elle, Ciel n’était pas de ceux qui puissent mettre les marchombres. En particulier si le compagnon de sa sœur ne cachait pas son appartenance à l’Académie. La jeune fille s’accroupit donc, un geste habituelle chez elle et « typiquement félin », selon son maître. Ce n’était pas faux. Devenue chat curieux, Syndrell plissa ses yeux dorés et verrouilla son regard sur le Dessinateur.


- Je suis juste Syndrell. Mais sans être sûre, je crois avoir déjà croisé ton Owel. Je suppose que lui et moi aimons bien…les toits.

C’était suffisant pour assouvir un peu sa curiosité… et aussi pour l’attiser de plus belle. Un fin sourire étira les lèvres de Syndrell et son regard flamboya à la lueur de la lune.

- Dis, prof… Ta sœur aurait-elle des soucis pour que tu t’inquiètes autant à son sujet ? Je comprends ton besoin de protéger les tiens, mais est-ce vraiment normal de prendre la mouche alors qu’elle est peut-être seulement partie acheter trois pommes de terre ?

Attendant sa réponse, elle le vit jeter un coup d’œil au bouquet flottant toujours entre eux et hésita encore une poignée de secondes avant de se redresser.

- C’est la première fois que quelqu’un m’offre des fleurs. Je préfère les admirer dans la nature mais…

Elle tendit une main.

- Celle-ci…

Saisit une rose blanche.

- …me plait. Merci !

Et, dans un clin d’œil complice, elle la piqua dans ses cheveux, surprise de se laisser aller ainsi à un tel élan de féminité. D’autant que la fleur devait être ridicule placée ainsi. Elle haussa les épaules et, à quelques pas du Dessinateur, s’accroupit à nouveau. Son regard ne le quittait pas. Curieux, le chat attendait que Ciel Kern s’emmêle à nouveau dans ses explications.

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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Ven 10 Déc 2010, 23:50

    Il l'avait trouvée féline au premier abord, au contact de son corps contre le sien, de ses bras autour de lui; il avait eu raison, car Ciel trouvait qu'accroupie ainsi, avec ses yeux... Jaunes ou quelque chose s'en approchant, elle ressemblait presque davantage à un chat qu'à une humaine. Oh, évidemment, elle n'avait pas de queue, ni d'oreilles ni de fourrure, mais sa posture, sa manière de se tenir, d'être... Chat. Oui, un chat malicieux, aux muscles souples, prêt à bondir, roi du silence, roi de l'attente... Et ce chat, s'il ne semblait pas agressif, mettait Ciel un peu mal-à-l'aise, lui donnait l'impression d'être vraiment vulnérable, exposé à ses griffes d'acier, à ses crocs acérés. Oh oui, elle pourrait bondir et l'égorger sur le temps, là tout de suite, et la question qu'il se posait actuellement, plus encore que celle de savoir si oui ou non elle allait prendre ce bouquet, c'était celle de savoir s'il aurait le temps de se jeter dans les Spires pour faire un pas sur le côté avant qu'elle ne soit sur lui. Non mais là, pas de raison, elle semblait d'humeur plus joueuse qu'autre chose et ses réponses semblaient assez amicales.

    Amicales et mystérieuses.
    Alors, elle n'était pas Marchombre, ou alors elle refusait de le dire et détournait subtilement sa réponse? Et c'était quoi ça, le fait qu'ils aiment les toits? Un message sybillin bourré de sous-entendus, ou rien de plus qu'une phrase pour le faire gamberger? Bourré de sous-entendus... Oh non, non, elle n'avait quand même pas... Le Chat et Owel... Il ne pouvait pas faire ça à Zéphyr!
    Cielou commençait à paniquer à nouveau quand Syndrell repris la parole. Il sursauta légèrement. "Prof"? C'était bien la première fois qu'on l'appelait comme ça. "Prof"... Très familier, et à la fois assez respectueux... Ou moqueur, il n'arrivait pas bien à cerner ça... Mais elle reconnaissait son métier par là, non? Enfin, cette fille était surprenante, vraiment. Et... Et il s'empourpra. Bah oui. Bah oui hein, pourquoi donc il l'avait aggressée alors que rien n'était plus normal qu'une absence de sa soeur à son domicile? Il ouvrit la bouche pour lui répondre, avant de se souvenir qu'en fin de compte, il lui avait déjà expliqué ça, mais se vit ravir la parole par le Chat qui se redressait et cueillait délicatement une rose au bouquet flottant dans l'espace.

    Surprenante, vraiment. Il s'était évidemment attendu à ce qu'elle prenne tout le bouquet... Mais non. Juste une rose, une blanche, une parmis toutes les autres, qui désormais se détachait singulièrement du lot, placée dans les cheveux de Syndrell, évoquant une coquetterie de petite fille. Le blanc sur le bleu, contrastant avec l'or de ses yeux... Bariolé, tout ça, bariolé et décidément athypique. Quelle étrange rencontre... Etrange et très intéressante, puisqu'il n'avait jamais quitté jusqu'alors le sol d'Al-Chen, et qu'au sol, il ne parlait pas à des individus tels que cette fille. Instructive aussi; il existait des gens qui pouvaient tuer en l'espace d'une seconde, et peut-être moins. Elle avait l'air très jeune, les plus vieux voyaient donc leurs capacités encore accrues à force d'entraînement, sans doute un peu comme pour le Dessin... Owel, par exemple, devait être drôlement doué s'il était capable de faire les même choses que cette fille. Alors cela signifiait qu'Owel pouvait tuer toute la famille, petits-enfants et grands-parents compris en l'espace de cinq secondes et ce sans que personne ne se rende compte de rien?
    Un long frisson parcouru le dos de Ciel. Il faudrait absolument qu'il prévienne Zéphyr de ne pas le contrarier.


    Pour le moment, il n'était pas avec sa soeur, mais avec Syndrell le chat, et avec un bouquet de roses moins harmonieux qu'auparavant du fait de l'amputation d'un de ses membres. Non; du fait de l'honneur accordé à l'une des fleurs qui le composait. En une brève incursion dans l'Imagination, il fit disparaître le reste du bouquet aussi vite qu'il était apparu, puis se concentra pour rallonger la durée de vie de la rose perchée dans les cheveux de la jolie Syndrell.

    "Voilà, elle est pas éternelle, mais elle devrait tenir un petit bout de temps quand même! Ravi que ça te plaise!"

    Il lui envoya un sourire franc, bien large et pétillant. Il commençait à se sentir plus en confiance, sans oublier de laisser son esprit flotter à la frontière ses Spires en cas de besoin. Il restait lucide.

    "Alors pour te répondre, et bien je te l'ai déjà dit: quand il s'agit de ma famille, je suis à cran, et il se trouve qu'elle n'était pas là et qu'il y avait au même moment une présence suspecte sur le toit alors... Ca m'a alerté, tu vois. En tout cas je suis désolé de t'avoir pris pour une criminelle."

    Un petit sourire confus, encore. N'empêche que dans tout ça, c'était lui qui avait failli mourir, et au final il ne savait même pas si elle n'était pas une criminelle. En tout cas, si elle avait eu une quelconque aventure avec Owel, il la considérait comme telle. Oui mais bon, il n'allait pas non plus lui demander de but-en-blanc si elle avait entretenu -ou, pensa-t-il avec horreur, si elle entretenait encore!- une liaison avec ce Marchombre. D'accord elle avait l'air décidée à ne pas lui faire de mal, mais tout de même, il préférait rester prudent, avec une fille comme ça, on ne pouvait pas savoir ce qu'il allait se passer. Trouver une formulation sympa, peut-être, quelque chose de délicat et subtil, comme...

    "Euh... Je ne sais pas si c'est trop indiscret mais... Tu entends quoi par "aimons bien les toits"? Tu veux dire que vous avez déjà été... Ensemble sur les toits? Enfin..."

    Oh, stupide gêne, stupide rougeur, stupide regard fuyant qui devait effroyablement le trahir! Déjà qu'elle semblait douée pour le percer à jour -elle avait discerné son regard vers le bouquet de roses, apparemment, ainsi que son attachement pour les cannes à sucre- si en plus il s'offrait en pature à cette tigresse -tiens, il notait une évolution siugnificative de l'inoffensif chat au tigre cruel- il ne donnait pas cher de sa peau.
    Suspens.
    Allait-elle rire? Se moquer de lui? S'attendait-elle à cette interprétation? Allait-elle se fâcher? Si son hypotèse était vrai, peut-être allait-elle le tuer pour rayer les témoins de la carte, ou le séquestrer? Allait-elle s'enfuir sans rien dire, ou pire, se rapprocher de lui doucement d'un air menaçant?
    L'air autour de lui était trouble, et il ne percevait plus qu'à moitié les choses; tout terrorisé qu'il était, le pauvre Ciel se préparait un pas sur le côté pour échapper à la fureure meurtrière qui n'allait pas tarder à s'emparer de la féline Syndrell. A l'avenir, il s'efforcerait vraiment de ne pas se trahir en parlant de choses délicates -même si ça faisait quinze ans qu'il s'y entraînait- si du moins il y avait un avenir.


[Punaise, Syndrell le terrorise vraiment! xD]
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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Dim 12 Déc 2010, 00:06

Syndrell effleura la rose du bout des doigts.
Pas éternelle, vraiment ? Dommage… Ciel Kern était le premier homme qui lui ait offert une fleur – il avait peut-être un peu exagéré la chose avec son bouquet hors du commun, mais il avait une excuse, sa vie s’en tenait au fil de sa lame lorsqu’il l’avait dessiné pour sauver sa peau. Et puis, c’était un geste qui la touchait quand même. Qu’il ait pris la peine de modifier son dessin était bien la preuve qu’il était sincère.

A bien y réfléchir d’ailleurs, elle n’avait pas mieux agis que lui. D’accord, sa vie était jalonnée de dangers tous plus périlleux les uns que les autre, mais était-ce une raison suffisante pour menacer d’égorger le premier venu ? Cet homme, pour étonnant qu’il soit, n’était pas grimpé sur ce toit avec de mauvaises intentions, et malgré une paranoïa un peu trop prononcée à son goût, Syndrell ne pouvait pas le blâmer de vouloir protéger sa sœur. Elle était fille unique, elle ne connaissait pas l’amour d’un frère ni même celui d’un ami mais elle supposait que dans le cas où l’on s’en prendrait à Miss ou à Owen, les deux êtres qui lui étaient le plus chers en ce monde, elle sortirait les griffes sans réfléchir aux conséquences de son geste.

Méfiante, elle l’était depuis toujours. Trop méfiante ? Fallait-il que son passé l’ait rendue plus parano encore que Ciel ? A n’en pas douter, Miss aurait prit le temps de la réflexion, elle aurait pesé le pour et le contre et aurait compris que son poursuivant n’était ni un mercenaire du Chaos, ni un quelconque malfrat des rues. Tout ça en une poignée de secondes. Syndrell avait laissé son instinct la guider, à raison car il la trompait rarement, mais cette petite erreur de parcours, si elle avait eut le mérite de se transformer en une improbable rencontre, était une leçon qu’elle n’oublierait pas…

Aussi, lorsque Ciel s’excusa de l’avoir confondue avec une criminelle, la jeune fille eut un soupçon de sourire. Criminelle. Pour avoir tué trois hommes, et chaque fois en faisant acte de légitime défense, cela semblait bien peu. Pourtant Syndrell respectait bien trop la valeur d’une vie pour ne pas sentir sa détermination se fissurer. Voler en éclats. Alors que quelques minutes auparavant elle était certaine de ne pas être une tueuse, il lui semblait tout à coup que la moindre certitude devenait doute. La voie qu’elle avait choisi était pacifique et prônait la défense avant l’attaque ; elle était tout à fait capable de tuer un homme avec son petit doigt et en une seule technique, mais tout son apprentissage était bâti sur les fondements du respect et de la non-violence. Se pouvait-il que Ciel ait vu en elle le reflet d’un danger ?

Il avait peur. Cela se voyait à sa façon de se tenir. Il était sur le qui-vive, probablement prêt à disparaître au moindre écart de sa part. Il semblait toutefois fasciné par elle, bien qu’elle ne sache vraiment pourquoi, et la question qu’il lui posa soudain alluma une lueur de franche surprise dans son regard. Owel ? Croyait-il vraiment qu’elle ait pu avoir une liaison avec un homme qu’elle avait simplement aperçu entre deux étages de l’Académie ?

Surprise, Syndrell plissa les yeux et étudia davantage le dessinateur. Outre le fait qu’il soit tendu comme un arc, il paraissait soudain regretter de l’avoir questionnée et ses joues s’empourprèrent comiquement. Ce seul détail plut à la jeune fille ; elle décida qu’elle l’appréciait et, dans le même temps, réalisa que Ciel paraissait beaucoup s’intéresser à cet Owel. Il l’avait mentionné comme étant le compagnon de sa sœur, cependant elle croyait discerner autre chose derrière cette inquiétude typiquement familiale. Quelque chose de plus implicite, de plus subtile, de plus… intriguant.

Elle sourit franchement. Il n’avait pas compris que son allusion aux toits était simplement un indice, celui qui lui permettait de la ranger dans la même « catégorie » qu’Owel.
Marchombre.
Autrement dit, soit Ciel n’était pas aussi futé qu’elle le pensait, soit il avait lui aussi décidé de la surprendre, de placer une certaine part de mystère dans cette étonnante rencontre, auquel cas elle était prête à rentrer dans le jeu. Mais avant cela, il fallait qu’elle établisse une forme de confiance entre eux. Qui ne discute pas en ami n’a rien à dire.

Lentement, elle se leva, sans geste brusque et paumes offertes pour lui signifier qu’elle ne tentait pas de le tuer. Puis elle prit sur elle de baisser sa garde et de jeter sa méfiance aux orties pour faire le premier pas, brisant la distance qui les gardaient tous deux hors de portée. Elle glissa sur les tuiles d’ardoise du toit pour s’arrêter à deux pas de lui seulement. Il la dépassait d’une tête sans pour autant l’écraser de sa prestance, et elle ne chercha pas à l’intimider davantage qu’il ne l’était déjà ; en se présentant à lui de toute sa hauteur – autrement dit, pas grand-chose – et parfaitement détendue, elle voulait lui prouver qu’il pouvait cesser de s’inquiéter.

Elle tendit alors la main vers lui.
Scintillement silencieux sous l’éclat de la lune.
Dans sa paume brillait doucement le petit chat de verre.


- Il ne change pas de couleur, et ce n’est pas moi qui l’ai créé mais à mes yeux, sa valeur égale celle de ta rose. Pour être quitte…

Cherchant son regard, elle poursuivit, d’un ton naturellement enjoué :

- J’avais pensé l’offrir à une personne de ma connaissance, mais il risque de s’abimer pendant le voyage. Les marchombres ne sont pas aussi délicat qu’on pourrait le penser !

C’était clair comme de l’eau de roche, à présent. Mais Syndrell savait ce qu’elle faisait. Que Ciel sache qu’elle soit une marchombre ne changeait en rien les choses ; au contraire, cette marque de confiance pourrait bien suffire à calmer sa méfiance. En outre, il connaissait déjà l’existence des marchombres.

- Et pour te répondre franchement, non, je ne me suis jamais retrouvée sur un toit avec ton Owel. Je ne lui ai même jamais adressé la parole, mais maintenant que je peux mettre un nom sur son visage, peut-être pourrai-je y remédier… à moins qu’il soit préférable que je ne l’approche pas ?

Sourire complice.
Elle ne voulait pas mettre Ciel mal à l’aise en supposant qu’il tenait à cet homme, ni même se moquer ; simplement saisir un fil, tisser un lien avec ce gentil prof qui avait su attiser sa curiosité. Sans attendre sa réponse, elle jeta un coup d’œil à la ruelle vide et sombre.


- Si on descendait de là ? On trouvera peut-être un meilleur endroit pour discuter, du style chaise, table, viande de siffleur grillée et musique endiablée !


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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Dim 12 Déc 2010, 22:00

    Ce fut comme un étau qui se déserre lorsqu'elle se leva souplement, toujours aussi silencieuse, toujours aussi féline pour s'avancer vers lui. L'idée qu'elle pouvait être entrain de l'attaquer ne l'effleura même pas tant son maintient, son pas, sa façon de s'avancer étaient en phase avec l'instant présent. Une aura ne mentait pas. Cette fille était sincère, et le geste des mains ouvertes signifiait clairement qu'elle n'avait aucune intention belliqueuse, et qu'elle avait encore une fois percée à jour son inquiétude. Il n'avait jamais eu l'impression d'être aussi transparent qu'en sa présence; il se pensait normal, un homme qui sait mal cacher ses émotions, mais de là à penser qu'une toute jeune femme pouvait lire en lui avec autant d'aisance... Mais ça venait peut-être d'elle, parce qu'à bien y réfléchir, le regard d'Owel était tout aussi perçant, et lui aussi donnait constamment l'impression de savoir ce que chacun pensait et ressentait. Ce devait faire partie des particularités de ces gens; il était quasiment certain que Syndrell était ce qu'on appelait une Marchombre.

    Lorqu'elle tendit sa main au creux de laquelle se tenait un joli petit chat de verre tout scintillant de lumière, Ciel ne put malgré tout s'empêcher d'écarquiller les yeux. Il n'avait même pas remarqué qu'elle avait plongé sa main dans une poche. Il tendit les doigts, hésitant un instant, puis saisit le cadeau en effleurant la main de la jeune fille. Sa main à lui, propre et douce, et la sienne, au boût des doigts abîmés, calleuse, et toute pleine de microbes. Les mains, un reflet souvent bien fidèle des activités d'un être humain. Ici en l'occurence, elles illustraient à merveille le gouffre qui séparaient les deux Alaviriens, pourtant en train de discuter et de s'échanger des présents.
    Il tourna la sculpture entre ses doigts, en admirant la finesse et la précision de ce travail fait main -il sentait bien que ce n'était pas un Dessin- et en s'émouvant de la valeur de ce cadeau, qui à la base, était destiné à quelqu'un d'autre. D'ailleurs, elle venait de lui confirmer qu'elle était bien Marchombre elle aussi. Si jeune, et déjà elle avait trouvé sa voie... Du moins, c'était l'impression qu'elle donnait. Lui aussi à son âge arpentait déjà les Spires avec passion, et il savait que ce bonheur de trouver presque immédiatement un chemin qui convenait n'était pas donné à tous.

    Il releva la tête, un peu soulagé d'apprendre qu'elle ne connaissait même pas vraiment Owel. Calmé par le cadeau, il était devenu très sérieux, et c'est sur un ton beaucoup plus calme qu'il lui répondit, ses yeux clairs plantés dans ceux dorés -maintenant, il le voyait; doré comme les pupilles d'un chat- de la jeune fille.


    "Non, ça ne me dérange pas. Tu es libre de te lier avec qui tu veux. Ca m'embêterait bien que tu séduises Owel, mais de toute façon je ne serais pas au courant si tu le faisais, et je ne pourrais pas grand chose contre les forces de l'amour, alors je n'ai rien à dire."

    Il lui adressa un petit sourire, gentil sourire, ni confus, ni gêné, ni suppliant, juste un sourire comme ça, un sourire sans adjectif derrière.
    Il se retourna, rematérialisa une échelle le long du mur, estimant que ce serait impoli et inutile de descendre ou même de se déplacer jusqu'à une taverne grâce à un pas sur le côté. Déjà, il pressentait que Syndrell aimait mieux marcher, même si elle aurait peut-être eu envie de tester ça une fois dans sa vie... Mais dans ce cas, il lui proposerait plus tard car il estimait que ce n'était pas le bon moment. Tout d'abord, il désirait la voir se déplacer. Il l'imaginait très bien: souple, qui semblait glisser sur les pavés, esquivant avec adresse les passants, se jouant des obstacles que l'on pouvait rencontrer en se déplaçant à pied à cette heure de début de soirée, invisible pour la plupart, épatante pour les gamins qui la remarquerait... Et lui à côté, si banal, si pataud. Quel couple insolite ils formeraient...
    Non et puis surtout, il se refusait toujours à pénétrer dans un établissement, public ou privé, à l'aide d'un pas sur le côté, sauf cas de très extrème urgence, car il estimait cela affreusement malpoli. C'était comme une violation pour autrui, d'apparaître comme ça sans prévenir, surgissant de nul part, et ça pouvait même être dégradant pour les Dessinateurs qui ne maîtrisaient pas le pas sur le côté. Et effectuer ces pas sur le côté en ville, il se le refusait également, surtout aux heures d'affluence. C'était dangereux, il risquait de se faire foncer dedans, ou de bousculer quelqu'un, voir de créer une petite émeute ou une petite perturbation. Ciel était également un homme qui affectionnait la discrétion, et il trouvait que surgir de nul part au beau milieu d'un boulevard très fréquenté et faire ainsi étalage de ses capacités n'était pas un super moyen de ne pas se faire remarquer.
    C'était donc la troisième raison: il était modeste, et ne tenait pas à éveiller les jalousies ou à devenir un objet de foire, de se voir assailli pendant quelques minutes par une grand-mère désireuse qu'il l'emmène à Al-Jeit voir une quelconque vieille amie, ou par un amoureux éploré séparé de sa belle par des kilomètres de distance.
    Il y en avait une quatrième, moins compréhensible peut-être, c'était celle du dérangement que provoquait le Dessin sur l'ordre naturel. On ne Dessinait pas pour jouer, car il fallait savoir, et on l'apprenait vite, qu'un Dessin était un bouleversement de la réalité, et qu'il ne fallait pas en abuser. Plus les Dessins étaient puissants, plus il y avait de risques qu'il y ait de conséquences. Or, un pas sur le côté n'était pas une Création de base, elle recquiérait beaucoup de pouvoir, de concentration, de l'expérience. C'était loin d'être un Dessin anodin; et c'était un moyen de déplacement auquel Ciel recourrait peu souvent; pour ces raisons morales certes, mais aussi parce qu'il en sortait généralement assez épuisé et un peu troublé. Quitte à être en retard; le pas sur le côté était réservé aux urgences, comme lorsqu'il avait fallu amener Zéphyr dans une confrérie de Rêveurs quand elle avait fait sa première fausse-couche.

    Bref. Il était à nouveau au sol, entre les murs épais des maisons qui occupaient cette rue.


    "Je connais une taverne comme tu veux pas très loin d'ici."

    Sans se départir de son sourire, Ciel se mit en route, s'arrêtant au passage brièvement devant la porte de Zéphyr. C'était la cinquième raison. Il se glissa dans les spires, imagina rapidemment quelques mots qui se matérialisèrent sur la petite feuille de papier apparue devant lui. Il disait juste à sa soeur qu'il passerait le lendemain en fin de matinée. Zéphyr aussi était douée en Dessin et avait fait des études dans le domaine; elle s'arrangerait pour le prévenir si jamais elle ne pouvait pas être disponible. Pas mentalement. C'était aussi un de leur principes: le mental, c'était épuisant, difficile, et c'était une intrusion qui pouvait se révéler désagréable, et dérangeante si on était occupé à autre chose, alors c'était seulement en cas d'extrème urgence. Ciel ne l'avait jamais fait; il n'était d'ailleurs même pas sur d'en être capable. Oh bien sur, sa mère, ses soeurs lui avaient déjà proposé d'essayer, mais il n'avait jamais souhaité le faire, l'idée de pénétrer ainsi dans leur chère tête le répugnait. Maman lui soutenait qu'il en était certainement capable; il s'en fichait, c'était là le cadet de ses soucis.

    Il se remit en marche, déboucha dans la rue un peu plus large. C'était juste une centaine de mètres plus loin.


    "Dis-moi Syndrell, quel âge tu as?"

    Question de curiosité. Il aurait dit une vingtaine d'année, mais était à peu près certain de ne pas être surpris si elle lui répondait 14 ou 35. Avec le Chat, on pouvait s'attendre à tout.
    Le petit chat de verre glissé dans la poche de son pantalon.


[Considère que Ciel lui indique où est la taverne quand ils arrivent devant hein ^^]
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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Lun 13 Déc 2010, 17:09

La taverne était bondée.
La moitié de Gwendalavir semblait s’être réunie ici pour fêter joyeusement elle ne savait trop quoi, mais Syndrell était satisfaite ; Ciel leur avait dégotté un endroit qui correspondait parfaitement à son attente. Tout, depuis les acrobates à l’allure comique qui animaient la salle, à la viande siffleur grillée qui fumait dans son assiette donnaient une ambiance particulière à cet endroit et un nouveau relief à leur étonnant tandem.

Etonnant en apparence : Ciel avait l’âge d’être son père et ils se comportaient presque comme un couple, elle parfaitement détendue, un air amusé sur le visage, lui un peu gauche, mais toujours aussi plein de charme. Et plus encore, ils détonnaient au beau milieu de cet amas d’envinés qui, pour l’instant, ne causaient aucun trouble. En les servant, la tenancière avait haussé un sourcil surpris mais s’était abstenue de tout commentaire, habituée qu’elle était à recevoir une clientèle qui avait cessé de l’impressionner depuis longtemps.

Par discrétion, Syndrell avait néanmoins rabattu sa large mante sur sa tête, dissimulant l’éclat bleu de ses cheveux aux regards un peu vitreux qui s’étaient contentés de s’égarer un moment sur les courbes que sa combinaison laissait deviner. Assise en face de Ciel, la jeune fille mangeait tout en observant son compagnon à la dérobée et souriait intérieurement.

Partager un repas entre amis après avoir fait connaissance d’une façon aussi peu commune avait de quoi rendre l’instant extrêmement particulier.
Il fallait bien qu’un dessinateur et une marchombre soit mis à contribution pour réaliser un tel exploit !


*
* *

"Non, ça ne me dérange pas. Tu es libre de te lier avec qui tu veux. Ca m'embêterait bien que tu séduises Owel, mais de toute façon je ne serais pas au courant si tu le faisais, et je ne pourrais pas grand chose contre les forces de l'amour, alors je n'ai rien à dire."

]i]Il avait répondu à sa question d’un ton calme et posé qui contrastait tant avec sa fébrilité précédente que Syndrell faillit éclater de rire. Vraiment, cet homme était exceptionnel ! Aussi changeant que le bouquet qu’il avait fait apparaître quelques minutes plus tôt. Et, plus encore que sa réponse qui pourtant avait de quoi l’intriguer, c’était ce brusque revirement de situation qui lui plaisait. Comme si soudain, Ciel était redevenu le plus « sage » des deux, inversant les rôles de façon troublante et inattendue.
Il l’avait surprise, et rares étaient les personnes qui avaient ce pouvoir.

C’est donc troublée qu’elle le suivit au bord du toit, et songeant que Ciel devait être un professeur tout à fait hors du commun. L’aisance avec laquelle il fit apparaître une échelle contre le mur souligna une fois de plus l’étendue de son don et nourrit davantage le respect que Syndrell éprouvait pour lui, et c’est pour cette raison qu’elle utilisa son dessin pour descendre du toit. Il ne faisait aucun doute, à sa manière de se glisser souplement et en quelques gestes d’une extrême fluidité, qu’elle aurait pu se contenter de bondir pour se retrouver dans la ruelle à leurs pieds, mais il avait eut la galanterie de la laisser passer en premier et elle lui offrit cette marque de respect et de confiance tout à fait naturellement.

Ciel s’arrêta devant la porte de sa sœur et Syndrell le regarda dessiner rapidement un petit mot qu’il laissa bien en évidence sur sa porte. Pour étonnant que soit le pouvoir du Dessin, elle ne regretter pas de ne pas savoir l’utiliser. Elle se doutait qu’il était soumis à un certain nombre de règles que Ciel devait respecter à la lettre, mais au caractère s’accordait le talent et son amour pour la liberté lui aurait probablement vite fait défaut. Trop de conventions, trop de paramètres, trop de possibles pour une seule personne ; ce qu’elle aimait, dans sa vie de marchombre, c’était justement le fait de se contenter de suivre un souffle de vent, une direction pour se laisser porter par l’aventure, et la vivre. Ce qui ne l’empêcha pas de lâcher un sifflement admiratif lorsque Ciel réalisa son dessin avant qu’ils ne se mettent en route, progressant côte à côte dans l’étroite ruelle, Syndrell laissant le dessinateur la guider.
[/i]

"Dis-moi Syndrell, quel âge tu as ?"

Surprise, à nouveau.
Syndrell ne répondit pas immédiatement, lui jetant un rapide coup d’œil et croisant brièvement son regard. Le ton qu’il avait employé était encore différent de celui qui avait modulé sa réponse avant qu’ils ne descendent du toit. Cette fois-ci, la jeune fille avait clairement entendu le professeur parler, et le contraste la frappa une nouvelle fois. Il ne s’agissait toutefois que d’une simple question, posée sans arrière pensée ni curiosité soupçonneuse, et elle se reprit instantanément.


- Dix-huit ans tout rond, prof… L’âge de boire de l’alcool, même si tout à fait entre nous, je dois t’avouer que j’en ai bu une gorgée quand j’avais treize ans !

Un rire, cascade vive qui s’envola vers l’éclat amusé de la lune au-dessus d’eux. C’étaient bien les rires qui avaient l’étonnant pouvoir de rapprocher les gens et, lorsque Ciel s’effaça pour la laisser rentrer dans l’établissement qu’il leur avait trouvé, Syndrell songea que ce lien qu’ils étaient en train de tisser était de ceux qui ne se défont jamais.

*
* *

Sans le quitter des yeux, Syndrell avala une bouchée de pain et se rencogna dans sa chaise, bras croisés sur la poitrine, un soupçon de sourire sur les lèvres. Il avait réussi à se détendre et semblait même apprécier autant qu’elle le simple fait de se retrouver autour d’une table pour faire plus ample connaissance.

- Et toi ? Tu comptes me laisser deviner ton âge ? Je peux affirmer sans risque que tu as le droit de boire de l'alcool depuis plus longtemps que moi...

Elle ponctua sa question d'un clin d'oeil amusé et attendit la réponse qui devait confirmé ce qu'elle avait justement deviné...

[Aaah, c'est horriblement court et horriblement creux, désolée... J'ai griffonné ça entre deux partiels ce matin >.<'' ]





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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Lun 13 Déc 2010, 21:52

[Bah moi j'aime, comme d'hab Wink]

    Ciel aimait bien cet établissement. Ce n'était pas celui qu'il fréquentait le plus, mais il lui arrivait d'y faire un tour avec des copains, ou avec ses frères et soeurs éventuellement. L'ambiance était animée et permettait au professeur de se lâcher un peu, de boire un coup sans risquer de se faire remarquer. Et puis, la clientèle n'était pas trop âgée, et il lui était déjà arrivé de faire deux ou trois... Sympatiques connaissances, dirons-nous. Des étudiants, des travailleurs actifs, des voyageurs, quelques personnes plus âgées, un esprit assez ouvert, oui, c'était une clientèle agréable que l'on trouvait ici. On y était servi rapidemment; ce n'était pas de la grande qualité culinaire, mais c'était respectable et pas trop cher. Le service était sympa, à l'image du reste de l'établissement, et Syndrell avait l'air de s'y plaire.

    18 ans.

    18 ans et déjà si mure, attentive, douée. Elle se déplaçait comme il l'avait imaginé: d'une démarche souple, glissante, équilibre parfait, féline jusqu'au bout des doigts. Syndrell, qui attirait les regards -évidemment, toute mince et vêtue d'un attirail assez moulant, elle dégageait cette chose, en plus, cette chose indescriptible et si séduisante...- avait rabattu un capuchon sur sa chevelure bleuté, mais les étincelles dorées de son regard restaient nettement visibles, et Ciel ne put s'empêcher de remarquer comment elle balayait la salle des yeux, semblant tout percevoir et tout enregistrer. Il avait l'impression d'être en sécurité avec cette fille.
    18 ans. Si jeune, et pourtant, elle pourrait bien avoir son âge, de ce qu'il avait put constater. Mais non, il se trouvait qu'elle avait exactement deux fois moins son âge, et que s'il s'y était pris assez tôt, elle aurait de surcroît put être sa fille. Enfin, il doutait que sa fille aurait put ressembler au Chat; mais on ne savait jamais, après tout. Il ne savait pas vraiment comment se passaient ces choses-là, d'ailleurs. Marchombre, était-ce un don? Un apprentissage? Un peu des deux? Etait-ce inné, était-ce un choix, était-ce le résultat d'une alchimie humaine complexe? Comment devenait-on Marchombre? Etait-ce tout le monde au même âge, à peu près comme les Dessinateurs? Il y avait tant de questions, et tant de mystères...
    Mais Ciel n'était pas idiot, il avait bien sentit que la jeune femme ne semblait pas enclinte à lui révéler tout un tas de choses sur cette guilde énigmatique. Déjà qu'elle n'avait dit qu'à demi-mots qu'elle était l'une d'eux...

    Alors Ciel dégusta en silence, aux côtés de la jeune fille -18 ans- encore plus jeune qu'il ne l'avait pensé, l'observant à la dérobée de temps à autre, laissant traîner son regard sur leurs voisins les plus proches et les plus lointain, évaluant les courbes rondelettes de la serveuse là-bas dans le but de les retranscrire plus tard sur papier, avec un crayon. L'autre art du dessin. Celui auquel il ne mettait pas de majuscule, mais auquel il accordait tout autant d'importance -différence près que ce dessin-là ne lui permettait pas de gagner sa vie.

    Et puis assez rapidemment, Syndrell repris la parole, tirant un petit sourire à Cielou. C'était qu'elle était bavarde, la Marchombre!


    "J'ai 36 ans, donc oui, je bois de l'alcool depuis plus longtemps que toi, et j'en buvais déjà avant ta naissance..."

    Pour illustrer ses propos, le professeur porta son verre à sa bouche -délicat alcool fruité, un peu fort, mais qu'est-ce qu'il l'aimait, celui-là, mais fallait pas qu'il abuse il avait déjà pris un apéro juste avant-, toujours un sourire malin accroché au visage. Non il n'avait pas l'intention de se saoûler ce soir, et encore moins d'entraîner une jeune Marchombre -18 ans- à sa suite dans la débauche, même si à son âge, elle avait peut-être déjà connu quelques mémorables cuites -surtout si elle avait commencé à 13 ans. En même temps, il imaginait mal le Chat complètement saoûl, titubant, ayant perdu toute sa grâce et sa prestance. En fait, il ne parvenait pas du tout à imaginer cette élégante jeune femme soumise aux affres de l'alcool. Ce n'était tout simplement pas possible; elle qui semblait si intègre, si pure, si complète, si... Si elle-même! Si elle perdait ne serait-ce qu'une infime part de ce qu'elle offrait à présent à la vue de tout individu qui l'effleurait à peine du regard, cela serait désastreux. L'harmonie, l'équilibre qui semblaient régir son être seraient brisés, ce serait vraiment... Vraiment terrible.

    Léger frisson de la part de Ciel, qui préféra détourner le regard. N'aurait pas dû.

    Le jeune homme qui s'était installé trois ou quatre tables plus loin n'était autre qu'un de ceux avec qui il avait passé une nuit sans lendemain, et qui d'ailleurs, au vu du regard appuyé et du sourire en coin, avait semblé le reconnaître. Le professeur rougit, préféra reporter son intention sur son assiette, un peu trop perturbé. Une ou deux bouchées plus tard cependant, il choisit de se redonner constance autrement qu'en mangeant, et ce fut d'une voix un peu moins sérieuse qu'il reprit la parole.


    "Tu... Je te paye un coup? A moins que ce ne soit pas dans les coutumes Marchombres, de boire?"

    Ciel avait prononcé cette dernière phrase un peu plus bas, bien que personne ne risquait de l'entendre dans l'agitation qui rêgnait, mais par précaution. Il doutait effectivement que la jeune femme ne soit ravie que tout l'entourage n'apprenne quelle était sa nature profonde, et à vrai dire, il n'avait pas envie de se faire égorger sur place. Non mais quand même, elle ferait pas ça, hein? Pas avec un homme deux fois plus âgé qui mangeait agréablement en sa compagnie... Même s'il avait le pressentiment que l'âge ne jouait en rien dans cette histoire...
    Ce fut la statuette de verre du petit chat qu'il sentait contre sa cuisse qui l'appaisa un peu. A moins qu'il ne fasse une grosse, grosse bêtise, elle ne l'égorgerait pas. Mais se connaissant, il était encore capable de commettre une boulette de ce genre.
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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Mar 14 Déc 2010, 13:29

- Il semble que tu avais raison à propos de Zephyr. Je crois que ta sœur est en danger, Ciel.

Regard dur, déterminé.
Doré.

Son arme menaçant toujours la gorge de la femme renversée sur la table, Syndrell essuya le sang de sa main sur sa cuisse.


*
* *

Ciel ne sembla pas surpris.
Admiratif, certes.
Mais pas surpris.
Et Syndrell se demanda alors s’il était réellement moins doué qu’elle pour percer les gens à jour. Elle avait clairement compris qu’avec lui, il ne fallait surtout pas se fier aux apparences, qu’il était changeant comme un ciel d’été – le ciel de Ciel était en ce moment calme dans ses yeux clairs – mais en dépit du bon sens, elle s’était attendue à ce qu’il ne la croit pas sur parole.

Oui, elle avait dix-huit ans.
Seulement.
Mais il y avait plus jeune qu’elle au sein de l’Académie, et l’âge ne faisait pas la valeur d’un homme, encore moins celle d’un marchombre. Trop jeune pour boire ? Elle avait treize ans lorsqu’elle avait goûté à l’alcool. Trop jeune pour travailler ? Ce jour-là, l’alcool lui avait payé un repas mais ce n’était pas suffisant pour vivre. Six mois plus tard, elle travaillait comme palefrenière dans une écurie d’Al-Poll. Trop jeune pour enterrer un ami ? A quinze ans, elle creusait la première tombe de sa vie.
Trop jeune pour tuer ?

Syndrell déglutit. En ce qui la concernait aussi, il fallait se méfier des apparences. Elle avait peut-être l’air d’une jeune femme aux courbes gracieuses et au regard de feu, elle n’était encore qu’une enfant qui aurait pu mal tourner, plus d’une fois, parce qu’elle était trop jeune. Alors, trop jeune pour être marchombre ? Un sourire, peut-être plus triste que tous les autres, flotta sur ses lèvres.

Il n’y a pas d’âge pour être libre.

Bien sûr, elle ne fut pas surprise non plus de l’âge de Ciel. Il avait deux ans de plus qu’Owen, paraissait en avoir dix de moins, mais lorsqu’il parlait, et bien que son étonnant caractère puisse parfois semer le doute – en particulier lorsqu’il parlait de cane à sucre… - il y avait quelque chose de plus humble, de plus sage.
De plus vieux. Mais dire que Ciel était vieux n’avait aucun sens. En fait, il aurait pu davantage passer pour son grand frère que pour son père ! Et, à en juger par sa réaction lorsqu’il avait cru sa sœur en danger, il serait un grand frère hors normes.
Tel qu’elle avait rêvé le sien.

Accueillant sa réponse d’un léger hochement de tête, elle fronça les sourcils lorsqu’elle vit son regard changer. Un scintillement imperceptible, un infime tressaillement au coin des lèvres… Suivant son regard, Syndrell croisa celui d’un jeune homme, attablé non loin de là. Elle l’observa un instant avant de reporter son attention sur Ciel, lequel choisit de masquer sa gêne en orientant la conversation dans une toute autre direction.


"Tu... Je te paye un coup? A moins que ce ne soit pas dans les coutumes Marchombres, de boire?"

Il avait baissé le ton pour ne pas attirer l’attention sur ses paroles, elle lui en fut reconnaissante. Et accepta de lui tendre la perche secourable dont il avait besoin pour se tirer de son embarras.

- Volontiers ! Comme ça, nous allons vérifier si les coutumes Marchombres sont différentes de celles des Dessinateurs…

Une boutade qui avait pour but de dérider à nouveau son compagnon de table. Lorsqu’il avait découvert la couleur de ses cheveux, Ciel n’avait rien dit ni laisser entrevoir ne serait-ce qu’une grimace de surprise ou de dégoût. Qu’il accepte sa différence comme elle acceptait sa nature changeante et son penchant pour les hommes les plaçaient sur un même pied d’égalité et elle songea que la vie serait décidément plus jolie si tous avaient le même état d’esprit…

Elle trinqua donc avec lui, tout sourire. Il ne lui avait pas demandé ce qu’elle faisait entre les murs d’Al-Chen, et si jamais la question lui était posée, Syndrell se demandait comment elle pourrait expliquer la teneur de son voyage. Ce qu’elle était partie chercher, ce qui l’attendait au terme de ce périple qu’elle venait tout juste d’entreprendre, elle n’en avait pas encore découvert les mots et ceux de Miss étaient bien trop sibyllins pour que Ciel puisse les comprendre. Mais la jeune fille commençait à voir où son mentor voulait en venir lorsqu’elle lui avait parlé de voyage unique, d’aventure qu’il appartenait à elle d’écrire et de vivre. C’était tout à fait par hasard qu’elle avait fait un crochet par la ville, à cause d’un sabot de Nuance qu’il fallait changer, et aussi parce qu’il leur fallait acheter des vivres pour avoir de quoi tenir jusqu’aux montagnes.

Qui aurait pu imaginer qu’une balade sur les toits suffirait à faire convoyer deux chemins si différents, et pourtant semblables par bien des côtés ? Qui aurait pu prévoir qu’au cours de la soirée, Syndrell, la solitaire, se verrait offrir un verre dans une taverne par un maître Dessinateur ?


Tu vois, gamine, le hasard c’est un peu comme le vent. Joueur, imprévisible, toujours prêt à surprendre. D’une petite brise peut naître un ouragan. C’est ça, la magie du hasard…

Magique, cette soirée l’était forcément un peu.
Elle était assise à la table d’un homme qui s’appelait Ciel, en train de déguster un repas qu’elle n’aurait jamais pu s’offrir, à moins d’avoir fait les poches à Miss, et piquée dans ses cheveux était un Dessin, une rose qui n’aurait d’éternel que le souvenir.

Un éclat mystérieux traversa le regard de Syndrell.
Sans prévenir, elle se leva, non sans avoir tiré la langue à Ciel dans une habitude qu’elle avait prise avec Miss, et louvoya souplement entre les tables pour se rapprocher des trois musiciens qu’elle avait aperçus en entrant. Un sourire énigmatique sur le visage, elle souffla quelques mots à l’oreille de l’accordéoniste, lequel hocha la tête et concerta ses deux compagnons du regard avant de jouer quelques notes. Un petit air enjoué, différent des autres, s’éleva dans la taverne et quelques regards se tournèrent vers eux tandis que le violoniste et le flûtiste se mêlèrent à la mélodie.

Et Syndrell se mit à danser.
C’était probablement insensé, d’autant que ses mouvements firent glisser la mante dans son dos, révélant sa folle chevelure bleue qui reflétait étrangement la lueur des flammes de la cheminée, mais ce soir, elle s’en moquait bien. C’était son voyage, c’était sa soirée et c’était sa musique ; aussi légère qu’une plume, elle virevoltait entre les tables et captivait le moindre des regards. L’attention générale était focalisée sur elle : cet endroit n’était pas habitué à ce genre de folie et la tenancière elle-même n’en croyait pas ses yeux.

Syndrell dansait.
Elle dansait, mais elle s’approchait aussi de la personne qui avait attiré son attention lorsqu’elle avait trinqué avec Ciel. Assise au coin de la cheminée, ombre parmi les ombres, elle se croyait invisible, mais la jeune marchombre l’avait repérée bien avant d’entrer dans la taverne, avant même que Ciel ne se lance à sa poursuite sur le toit. Un danger qu’elle avait laissé évoluer, patiente, pour ne pas effrayer son ami et pour s’assurer qu’elle ne faisait pas erreur.
Elle n’avait pas fait erreur.

Syndrell dansait.
Quelques pas sautillés, une pirouette ; la longue cape s’enroula autour de sa silhouette élancée, se déroula…
… et dévoila l’éclat d’une lame.

L’acier chuinta. Avant même que les gens n’intègrent ce qu’il venait de se passer, la machombre avait bondit, son poignard décrivant un arc de cercle précis qui fila tout droit vers la gorge de la femme pour seulement l’effleurer ; elle s’était déjà effacée pour se plaquer contre Syndrell, vive et puissante, sa propre lame traçant une ligne de feu dans la paume libre de la jeune fille.

Pas assez vive pour un marchombre.

Se servant de sa dangereuse proximité, Syndrell pivota, balança ses hanches et fit passer l’inconnue par-dessus son épaule ; elle s’écrasa lourdement sur une table, se débattit pour se relever et se figea.
Le tranchant de l’acier durement plaqué sur sa gorge.


*
* *

- Il semble que tu avais raison à propos de Zephyr. Je crois que ta sœur est en danger, Ciel.

Syndrell leva la tête vers le Dessinateur. Il n’avait pas dû comprendre sa réaction, mais si elle avait sorti les armes trop vite, elle n’aurait pas pu y voir clair dans le jeu de l’ombre qui les avait suivi jusqu’ici. L’ombre d’un tueur.
Mercenaire.

Mais un mercenaire qui ne servait pas le Chaos ; pour en avoir croisé plus que nécessaire ces derniers temps, Syndrell était certaine que cette femme, pour douée qu’elle soit avec un coutelas en main, travaillait simplement pour le compte de quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui en voulait à Ciel, ou du moins à la famille de celui-ci.


- Ses indications devraient nous conduire là où ils retiennent Zephyr.

Elle avait insisté sur le « nous ».
Il n’était pas question que Ciel se jette seul dans la gueule du loup.
Scrutant son visage avec attention, elle attendait sa réaction.

Sa lame tenait toujours le chasseur de prime en respect.


[ Je me suis embarquée loin, me permettant de pimenter cette jolie petite recette, donc si ça te plaît, tu me rejoins dans mon délire, si non tu n'hésites pas à me le faire savoir, d'accord ? ]

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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Mar 14 Déc 2010, 22:12

    Ciel finissait son verre lorsque contre toute attente, Syndrell se leva. Encore une fois, il admira sa démarche souple et rapide, sa manière de louvoyer entre tables, clients et serveurs. Que faisait-elle? Elle allait chercher à boire? Voir quelqu'un? Et pourquoi était-elle partie sans rien dire? Ces hommes qui la reluquaient de haut en bas, qui échangeaient des coups d'oeil appréciateurs... Le jeune homme se sentait en colère. Syndrell ne méritait pas ces regards cupides, et Syndrell aurait put être sa petite soeur. Elle était à peine plus jeune qu'Azur, ç'aurait été possible, et avait également l'âge d'être sa nièce. Cette fille si précieuse ne méritait pas de subir ces regards infâmes.
    Il était cependant à peu près sur qu'elle pouvait leur rêgler leur compte seule. Un sourire s'étira sur les lèvres de Ciel.
    Etonnante.
    Très étonnante. Il arqua les sourcils, surpris. Voilà que la musique avait changé, les accords étaient guillerets, pour une mélodie rythmée, le tout visiblement à la demande de la toute jeune Marchombre... Qui dansait. Dansait, oui, avec autant de grâce qu'elle marchait; ondulant des hanches, frémissant des épaules, glissant sur le sol, créant le vide autour d'elle, ses bras virevoltants, ses jambes agitées; rien, pas même un petit doigt, ne brisait l'harmonie qui l'habitait toute entière. Elle dansait merveilleusement bien, et c'était apparemment aussi l'avis des badaux rassemblés en ce lieu qui la contemplaient, encore béas d'admiration pour le moment.
    Le jeune professeur la dévorait du regard. Il était difficile de comprendre ses mouvements, de cerner ses pas, de capter ses ondulations; mais si facile de les admirer, de se laisser emporter, musique et danse, d'oublier, de s'évader, partir avec elle, loin, s'envoler tout là-haut et danser, danser sur ses pas, danser comme elle, tenter de l'égaler, tomber et la regarder encore et encore... Ciel la fixait, il n'existait plus rien d'autre, rien d'autre que le Chat qui se mouvait, hypnotisante, et cette musique ensorcelante, qui remplissaient son esprit légèrement embrumé par l'alcool de la soirée. Rien d'autre qu'elle, si belle, si délicieuse...
    Il ne voyait pas les regards gourmands des hommes sur ce corps féminin et gracieux, il ne voyait pas les gens qui battaient la mesure en l'observant, ni ceux qui commençaient à se trémousser sur leur chaise. Juste le Chat.

    Le Chat sauvage, qui bondit et frappe. Tourbillonne, esquive, l'éclat d'une lame -celle-là même dont il avait eu le loisir de sentir la lame glacée plus tôt?-, puis l'immobilité. Tout avait été si vite, tellement vite que Ciel n'eut le temps de laisser tomber sa machoire inférieure et d'arrondir ses yeux qu'une fois l'action terminée. Ca bourdonnait, ça tournait autour de lui; c'était l'alcool, c'était la surprise, c'était le dur retour à la réalité.
    Il était en train d'assister à une attaque sérieuse de sa compagne envers une autre femme, qu'il n'avait pas remarquée jusqu'alors, et qui semblait aussi plutôt redoutable. Une attaque. Au milieu d'une taverne animée. L'information s'achemina lentement jusqu'à son cerveau embrumé, qui réalisa qu'il était logiquement dans le coup, puisque Syndrell venait de s'adresser très clairement à lui. Une attaque au beau milieu d'une taverne peuplée. Irréel. Et pourtant.

    Comme en transe, il se leva, peina à trouver un équilibre, et s'avança dans un état second vers Syndrell, fendant l'assistance pétrifiée de stupeur. La femme qu'elle tenait en respect semblait assez hargneuse; sans doute n'était-elle pas très contente de s'être faite avoir comme ça, sans doute était-elle surprise aussi. C'était étrange; il se dégageait d'elle une sorte d'aura, comme le Chat et Owel, mais c'était pourtant singulièrement différent; il n'aurait su dire en quoi. Il se sentait un peu mal-à-l'aise, mais là encore, il en ignorait la raison. Irréel. C'était comme dans un rêve. Ce genre d'aventures rocambolesques ne pouvait pas lui arriver à lui, Ciel Kern, diplômé dans l'art du Dessin, professeur depuis peu au Dôme d'Al-Chen, heureux frère, fils et oncle d'une famille plutôt nombreuse.

    Il ouvrit la bouche un peu plus grand.


    "Euh..."

    Ses mots résonnèrent effroyablement fort dans le silence qui rêgnait, s'imposant à ses propres oreilles avec une violence déconcertante.
    Il ne rêvait pas.
    Il ne rêvait pas, et il avait des ennuis. Et... Zéphyr... Zéphyr... Zéphyr? Zéphyr aussi? Zéphyr avait des ennuis? Zéphyr était en danger, alerte, sa soeur, fragile soeur enceinte, le joli ventre rond, pas encore une fois les larmes, le sang, le désespoir... Zéphyr! Le coeur qui s'accélère, la respiration qui s'intensifie, le cerveau qui se réveille, le regard de Ciel se fit plus alerte, plus présent. Zéphyr!

    Aussitôt, des cordes épaisses et solide entravèrent la chasseuse de prime. La quasi indestructibilité du Dessin de Ciel, qui comptait bien le maintenir aussi longtemps que nécessaire. La femme ne put masquer sa surprise, ainsi qu'une partie de l'assemblée. Lucide. Il fallait faire vite. Tous ces spectateurs allaient se réveiller d'un instant à l'autre, et le scandale serait lancé. La masse fondrait sur eux trois. Personne ne saurait que faire; tout le monde hurlerait, se piétinerait, frapperait au hasard. Les gardes arriveraient. Au pire, il pouvait emmener Syndrell avec un pas sur le côté; mais il craignait d'être reconnu plus tard, poursuivi. Et s'ils se faisaient attrapper, ils auraient des ennuis... Alors il fallait faire vite, pour pouvoir s'éclipser avant que les choses ne prennent trop d'ampleur. Il leur fallait les infos de cette femme qui, selon la jeune Marchombre - 18 ans - en savait pas mal sur l'absence mystérieuse de Zéph'.


    "Dis-nous où est ma soeur, Zéphyr, la femme enceinte. Dis-le nous, ou je t'assure qu'on peut te faire des choses pas agréables."

    Ciel doutait que ses menaces marchent; lui-même répugnait à les mettre à exécution. Mais il avait parlé vite, bien que pas très fort, pour gagner du temps en noyant ses paroles sous les murmures qui commençaient à s'élever, et s'était surpris lui-même en constatant que son ton était dur et déterminé. Il allait retrouver Zéphyr. Ils allaient retrouver Zéphyr et la sauver. Le Chat avait dit nous; le Chat l'aiderait. C'était rassurant; c'était appaisant. Un peu.
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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Jeu 16 Déc 2010, 21:52

Syndrell soupira et, d’un geste vif, glissa son poignard dans sa gaine.
Les cordes qui venaient d’apparaître suffisaient amplement à immobiliser la tueuse et elle ne doutait pas un seul instant de leur solidité. Cette dernière se contenta de fusiller Ciel du regard, mais un éclat d’incertitude avait traversé son regard sombre lorsque le Dessin l’avait entravée sans prévenir. La faire parler ne devrait pas être très compliqué. Mais déjà une foule de curieux se massait autour d’eux, et la chasseuse de prime n’était pas la cible de leurs regards surpris. Il fallait agir rapidement.


- Tout va bien, compagnons. Il s’agit simplement d’une…vieille connaissance. Nous allons allez bavarder un peu avec elle, alors reprenez vos occupations, s’il vous plait !

Elle s’était exprimée d’une voix forte pour être entendue de tous et la tenancière, qui ne souhaitait pas qu’un incident ne vide la salle, prit le relais pour renvoyer tout le monde à table. Sur un signe de tête de la marchombre, les trois musiciens se remirent à jouer. Restait encore à filer d’ici.

Syndrell sortit de sous sa cape un foulard qui servait parfois à dissimuler ses cheveux et s’en servit pour bander sa main blessée, terminant le nœud avec ses dents. Elle n’avait pas quitté des yeux la mercenaire une seule seconde, cherchant des indices sur sa personne, réfléchissant aux possibilités qui étaient les leurs. Cette femme ne servait pas le Chaos, elle était formelle. Malgré tous les progrès qu’elle avait réalisés en quelques mois, Syndrell n’aurait pas mis au tapis l’un d’eux aussi facilement. La quarantaine, la tueuse en question savait bien manier le couteau ; elle devait faire partie d’un réseau de malfrats. Ce genre de bandes sévissait surtout dans les grandes villes, elle en avait croisé pas mal dans les murs d’Al-Poll, quand elle travaillait pour Leif. Des individus redoutables pour se fondre dans la masse et passer inaperçus, et dont la plupart s’était converti à l’espionnage.

La jeune fille jeta un coup d’œil à Ciel. Il paraissait choqué mais sa réaction prouvait qu’il avait des ressources, et des bonnes.


Oh mais tu sais, je ne suis pas toujours aussi irréfléchi hein. C'est bien parce que ça concerne ma soeur, tu vois. Mes soeurs, mes frères, leurs rejetons, mes parents... C'est sacré, y a bien que pour eux que je peux m'emporter comme ça!

Pensive, Syndrell fit jouer ses doigts pour vérifier que son pansement de fortune ne gênait pas ses mouvements. Elle avait dans l’idée que celui ou celle qui s’en prenait à la famille de Ciel n’était pas si dangereux que ça mais l’on pouvait très bien avoir envoyé plus d’un tueur à gages sur les trousses du Dessinateur. Mieux valait donc rester prudent et ça, c’était dans ses cordes. Vrillant son regard dans celui de la femme, Syndrell se pencha vers elle, appuyant sa main gauche sur le bois de la table renversée.

- Bon écoute. On va sortir d’ici, parce que maintenant que tu as tout mis sans dessus-dessous, ce n’est même pas la peine d’espérer avoir un dessert. On va discuter un peu, tous les trois ; m’est avis qu’on a pas mal de choses à se dire…

- Vous perdez sérieusement votre temps.

- C’est ce qu’on va voir…

Syndrell empoigna la tueuse par le col de sa tunique et d’un geste, la remit sur pied. Puis elle tourna la tête vers Ciel.

- Filons, et en vitesse avant que quelqu’un de pas trop éméché nous retombe dessus !

Tenant toujours fermement leur prisonnière par le col, Syndrell l’entraîna vers la sortie. S’assurant que Ciel les suivaient – et qu’il était le seul dans ce cas – la jeune fille emprunta le chemin qu’ils avaient pris pour venir et retrouva bien vite la bâtisse au sommet de laquelle ils s’étaient rencontrés.

- Tu nous fais monter, prof ?

Parce qu’il valait mieux éviter de se faire davantage remarquer, il était préférable de discuter sur le toit. D’abord parce que Syndrell se sentait toujours très à son aise dans les hauteurs et ensuite parce que de là-haut, ils auraient ensuite une grande marge de manœuvre pour retrouver Zephyr. La jeune fille attendit donc le Dessin de Ciel pour de nouveau surplomber Al-Chen, force vive et lumineuse dans la nuit. Il était étonnant de songer qu’une heure plus tôt elle se trouvait déjà là, en compagnie de Dessinateur, en train de choisir une fleur parmi un bouquet très coloré… La magie du hasard, encore. Quoi qu’enlever une femme enceinte n’ait absolument rien de magique. Fronçant les sourcils, Syndrell se demanda si les ravisseurs de la future mère avaient conscience de la stupidité de leur méfait. Et des conséquences qui allaient en résulter. Sans doute ignoraient-ils qu’un Dessinateur un brin paranoïaque, qui voit rouge dès lors qu’on touche à un cheveux d’un membre de sa famille, et accompagné d’une marchombre, se préparait à leur tomber dessus…

Ils étaient donc de retour sur le toit. La lune, au-dessus d’eux, diffusait une chiche lueur qui trouvait un étonnant reflet dans les yeux de la chasseuse de prime. Elle ne bougeait pas mais restait tendue comme un arc. D’un hochement de tête, Syndrell signifia à Ciel que ses cordes étaient désormais inutiles ; en leur seule présence et à cette hauteur, elle ne pouvait pas aller bien loin…

Syndrell s’adossa à la cheminée et tira un de ses poignards pour jongler machinalement avec. La lame dansait entre ses doigts avec une telle précision que ce seul geste suffit à convaincre la tueuse de ne rien tenter. Mais la jeune marchombre ne s’intéressait pas à elle ; c’était Ciel qu’elle regardait. Il s’agissait de sa sœur. Légèrement en retrait, mais tous ses sens en alerte, Syndrell lui laissait la parole et tout le contrôle de la situation, lui offrant seulement sa présence. Soutien morale inébranlable, et rempart solide si nécessaire. C’était à lui de faire parler cette femme, de retrouver la trace de sa sœur et de la sauver. Elle n’était là que pour donner un coup de main. En revanche, si quiconque essayait de s’en prendre à lui, elle n’hésiterait pas.

Entre ses doigts, la lame de son poignard scintillait sous l’éclat étouffé de la lune.



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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Ven 17 Déc 2010, 12:45

L'intervention de Syndrell pour calmer les choses à la taverne avait impressionné Ciel, tout autant que sa détermination, sa capacité à nouer un foulard autour de sa main blessée, la facilité avec laquelle elle avait traîné la femme hargneuse et récalcitrante jusque devant chez Zéphyr. L'efficacité implacable de la jeune Marchombre semblait déjà avoir fait son effet sur leur prisonnière; du moins, le jeune professeur l'imaginait. Elle devait se sentir un tantinet en danger, et devait penser avoir affaire à deux professionnels qui n'en démordraient pas avant d'avoir retrouvé la femme enceinte qu'on lui avait demandé de séquestrer.
Le seul problème maintenant, c'était que Syndrell semblait bien décidée à le laisser faire. Elle était là, en retrait, jouant avec son couteau, le faisant virevolter avec une précision effroyable, mais tout-à-fait calme et passive -même s'il savait qu'elle pouvait redevenir active d'un moment à l'autre si la situation s'y prêtait. C'était donc à lui maintenant de faire parler cette femme qui le dévisageait avec hargne et colère. Humiliée, forcément, de s'être faite attrappée si facilement par une toute jeune femme et un homme à l'air un peu maladroit. Humiliée, et donc bien décidée à ne pas s'enfoncer encore plus, à garder la tête haute.
Et lui, Ciel, allait devoir la faire ployer. Il était de nouveau sur ce toit, pour la deuxième fois de la journée dans une situation tout-à-fait improbable et inédite pour l'humble Alavirien qu'il était.

Pourquoi Syndrell tenait-elle tant à le laisser se dépatouiller tout seul?
Etait-ce un test? Et d'ailleurs, comment savait-elle que cette femme était la ravisseuse de sa grande soeur? Le Chat était un être omniscient, le Chat avait deviné pas mal de choses à propos de lui, alors le Chat n'avait pas dû avoir trop de mal à détecter une conscience malsaine et cruelle. Ciel déglutit. La sueur perlait à son front, sous ses mèches désordonnées par l'agitation du dernier quart d'heure. Etait-ce un test? Ce ne serait pas très malin de la part de la jeune Marchombre. Sa soeur était en danger; il n'y avait pas de temps à perdre pour de stupides évaluations de compétences. Ce n'était pas un test. Sa soeur. C'était sa soeur. Pas celle du Chat; la sienne. Et d'ailleurs, la Marchombre n'aurait même pas été obligée de s'en mêler.
Dans un élan de gratitude, Ciel lui adressa un bref sourire lumineux. Il avait compris. Il avait aussi compris qu'elle l'aiderait; et qu'elle l'aidait en ce moment même. De par sa présence, de par son soutient inébranlable, de par son poignard étincelant sous les étoiles qui maintenant la femme ligotée en respect.
Cette femme qui avait ravit sa soeur.

L'homme lui empoigna les cheveux, bascula violemment sa tête vers l'arrière, devinant à l'inspiration étouffée de la femme qu'il l'avait surprise. Il se pencha sur elle, sur celle qui avait osé s'en prendre à Zéph', à sa Zéph', la tendre Zéph', toujours calme, toujours réfléchie, enceinte de l'homme qu'elle aimait, Zéph' qui craignait tant pour la minuscule vie qui pulsait en elle.


"Qu'est-ce que t'as fait de ma soeur?!"

Un chuchotement hurlé. Le coeur de Ciel battait à tout rompre. La femme ne parlait pas. La femme ne parlerait pas. Elle restait muette, bien décidée à ne rien révéler, et Zéphyr était peut-être à l'autre bout de la ville en train de se vider de son sang, en train de se vider de sa vie, ignorée de tous, quelques minutes seulement et...
Un poignard se matérialisa dans la seconde main du professeur. Un long poignard, aiguisé, sur le modèle de celui de Syndrell. Son coeur menaçait de défoncer sa poitrine; les vagues de l'incertitude risquaient de le submerger d'un instant à l'autre. Zéphyr. Zéphyr qui le maintenait droit; Zéphyr qui lui permit d'appliquer son couteau contre la gorge de la femme. Elle n'avait pas à savoir qu'il n'avait jamais fait un tel geste, qu'il n'avait jamais tenu un tel engin entre ses mains, qu'il n'avait jamais désiré en tenir un. Il fallait juste qu'elle se sente suffisamment en danger pour lâcher prise. Logiquement, personne n'avait de raisons particulières d'en vouloir aux Kern; l'affaire ne devait donc pas être de première importance, et cette femme tenait certainement plus à sa vie qu'au secret de l'enlèvement.

Ciel appuya encore.


"Ma soeur est aussi Dessinatrice. Très bonne Dessinatrice. Elle se libérera facilement, si ce n'est pas déjà fait. J'ignore où elle est, et avec qui, mais ils vont goûter de son pouvoir; et toi aussi."

Pour l'avoir capturée, ils avaient sans doute dû l'assomer d'abord, la mettre suffisamment hors d'état de nuire pour qu'elle ne puisse pas Dessiner. Cette idée ne fit qu'augmenter l'angoisse de Ciel. Il savait très bien que la placide Zéphyr ne ferait pas de mal à une mouche; pas plus que lui. Elle se libérerait, irait avertir sa famille, et installerait des systèmes de protection dans sa maison. Elle ferait plus attention; mais elle ne les blesserait pas. Cependant, il fallait que cette femme le croit. Que cette femme croit que ses compagnons -si du moins compagnons il y avait- étaient en danger, et qu'elle serait poursuivie à jamais par cette proie qui chercherait à se venger. Que cette femme comprenne que Zéphyr se libérerait seule de toute façon; qu'elle comprenne également combien ce frère était inquiet et bien déterminé à retrouver sa soeur.

Elle l'avait compris. Cet homme se rendait presque fou d'inquiétude. Elle avait l'habitude d'observer les êtres humains. L'habitude de les cerner, pour comprendre à qui elle avait affaire; qui accepterait de payer une rançon, qui ne se laisserait pas capturer, qui ne lâcherait pas le moindre sous et essayerait de s'en sortir seul, qui ferait appel à des gardes. Elle connaissait bien ceux qui agissaient sur des coups de tête, et ceux qui réfléchissaient. Or, cet homme était quelqu'un qui n'avait pas l'habitude de l'action dangereuse, quelqu'un d'un peu maladroit. Cet homme n'était pas un tueur. Cet homme lui faisait mal et semblait sur le point de l'égorger; mais il ne ferait pas, non non non, car il n'avait aucune idée de là où se trouvait celle qu'il cherchait. Et à supposer qu'elle le lui dise, il ne l'égorgerait pas après non plus, simplement parce qu'il serait incapable de le faire. Cet homme n'était pas un tueur.
Elle avait plus de doutes concernant l'autre femme, celle qui jouait tranquillement avec son couteau. Mortellement efficace, elle l'avait déjà prouvé. Et il y avait également les otages; la femme devait donc s'appeler Zéphyr. Elle les avait observés, tous les deux, et ils avaient semblé très doux. Elle était prête à parier qu'ils ne tueraient pas ses deux compagnons chargés de les garder; mais n'était pas sure qu'à leur réveil, poussés par la panique de se retrouver ligotés dans ce lieux sombre et clos, ils ne se montrent inconsciemment violents.
La situation était donc délicate. Il fallait qu'elle réfléchisse assez v...

Elle s'écrasa au sol, libérée de la prise de l'homme, le poignard évaporé. Elle entendit des éclats de voix, le sentit s'éloigner à toute allure. Tourna la tête. Ecarquilla les yeux, surprise pour une énième fois.

Les deux otages se tenaient debouts au bord du toit, tranquillement souriant, et le Dessinateur qui la tenait en respect quelques secondes plutôt éclatait en sanglots de soulagement, tout en les touchant fébrilement et précautionneusement à la fois, les étreignant l'un après l'autre. Alors, ils s'étaient libérés tout seuls... Qu'en était-il de ses deux compagnons? Ce fut une angoisse professionnelle qui lui étreint le ventre. A eux trois, ils fonctionnaient bien. Si elle se retrouvait seule...

***

Riant entre ses sanglots, Ciel avait l'impression d'exploser. Il allait s'envoler. Tout ce poids, toute cette peur, tout s'envolait. Zéphyr était saine et sauve. Il ne savait pas comment, il ne savait pas pourquoi, il ne savait pas ce que Zénith fabriquait là; elle était saine et sauve, un peu secouée, mais elle était là, son joli ventre rond à portée de main, son sourire qui se voulait appaisant à la portée du regard brouillé du professeur. Son petit frère lui tappotait le dos en riant doucement, Zéphyr lui assurait que tout allait bien, et lui séchait ses larmes. Il n'avait pas honte de pleurer pour eux. Pas honte de pleurer devant Syndrell.


"Syndrell!"

Il se retourna, et courut se jeter dans les bras de la jeune Marchombre, fondant à nouveau en larmes, chamboulé par la soulagement, murmurant des merci à n'en plus finir, l'étreignant de toutes ses forces. Zéphyr était vivante.
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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Sam 18 Déc 2010, 18:55

Syndrell sentit le regard indécis de Ciel sur elle et hocha imperceptiblement la tête dans sa direction. Elle ne pouvait pas faire grand-chose de plus, à l’heure actuelle. Oh bien sûr, elle saurait faire parler cette femme, mais l’idée de torturer une âme, pour autant coupable qu’elle soit, ne lui disait rien, et elle savait qu’il en était de même pour le Dessinateur. Qu’il n’hésiterait pas à réaliser l’impossible pour retrouver sa sœur, sans toutefois briser des principes qu’ils considéraient l’un et l’autre comme fondamentaux. Elle avait confiance en lui, voilà pourquoi elle restait à l’écart. Dans cette histoire, elle n’était qu’une simple précaution…

Aussi, lorsqu’une lame identique aux siennes se matérialisa dans la main de Ciel, la jeune fille se contenta d’observa la scène, attentive. Elle était prête à parier qu’il se maudissait en ce moment-même, incapable de croire que son geste n’était qu’un morceau de courage brut, une vraie force dont il ignorait l’existence. Tuer un homme demande toujours beaucoup, ce n’est pas un échange, mais un vol. Celui qui abat sa lame s’empare d’un souffle, d’un battement de cœur et d’un avenir. Celui qui meurt, lui, s’en va avec la sérénité de son tueur… Ciel savait tout cela, elle en était certaine. S’il décidait de frapper, ce serait sous l’effet d’un choix réfléchi, pesé à sa juste valeur. Elle ne tenterait pas de l’en empêcher.

Mais ce coquin de hasard, lui, eut encore l’audace de s’en mêler.
Deux personnes apparurent aussi soudainement que l’échelle de Ciel, prenant Syndrell par surprise. Instinctivement, elle tira ses lames et s’accroupit dans le même temps, adoptant une garde parfaite. Son souffle s’intensifia, les battements de son cœur s’accélérèrent, ses muscles se tendirent… ses yeux s’écarquillèrent.


« Mais qu’est-ce que… »

Des cheveux clairs et fins, agités par une légère brise hivernale. Un visage mince, dévoré par de grands yeux sombres. Une silhouette un peu dégingandée, un sourire éblouissant… L’espace d’une demi-seconde, elle crut se retrouver face à Ciel. Un Ciel à la fois plus grand et plus petit, plus jeune et plus rond, plus masculin et plus féminin ; puis elle comprit. Et fronça les sourcils en regardant les deux Kern accueillir le troisième dans leurs bras. Ciel étreignait sa sœur avec force, ému aux larmes ; elle avait reconnu Zephyr à la courbe de son ventre et hocha la tête tout en se redressant lentement. Leur apparition l’avait prise de court, mais elle n’était pas surprise de constater que la demoiselle en détresse s’en était très bien sortie toute seule. Apparemment chez les Kern, on était tous Dessinateur de talent, et capable de se tirer d’affaire en trois petits tours de passe-passe !

Mais Syndrell se trompait en songeant que ce soir-là, rien ne pouvait plus l’étonner. Elle rangeait silencieusement ses lames lorsque Ciel la prit au dépourvu, se jetant dans ses bras avant qu’elle n’ait eu le temps de réagir. Peu habituée à ce genre de marque d’affection, la jeune marchombre se raidit instinctivement et referma maladroitement les bras sur le Dessinateur pour lui tapoter le dos. Troublée, elle se dégagea la première et lui sourit en le tenant toujours par les épaules.


- Hé, prof ! Sèche-moi donc ces larmes, ils vont croire que tu n’es pas content de les revoir… !

Elle ponctua sa joyeuse boutade d’un éclat de rire qui fut repris par les deux autres Kern, et Syndrell se tourna vers eux.

Et fut frappée, une fois de plus, par leur incroyable ressemblance. Elle ne connaissait pas l’homme, mais il eût fallu être aveugle ou complètement stupide pour ne pas deviner qu’il s’agissait du frère de Ciel. Plus grand que ce dernier, plus jeune aussi, il avait les mêmes yeux clairs et les mêmes cheveux qui se déployaient en mèches fines autour d’un visage mince et aux traits bien dessinés. A côté de lui, Zephyr paraissait toute petite, ses cheveux étaient plus longs mais alors même que son ventre de femme enceinte modifiait sa silhouette, elle avait la même attitude que ses frères…


- Dites, je ne sais pas d’où vous venez comme ça, mais vous êtes drôlement efficaces, tous les deux !

- Je crois que nous n’étions pas très loin, et si nous nous en sommes sortis indemnes, c’est justement parce que nous ravisseurs ont commis l’erreur de sous-estimer notre efficacité ! Mais… qui êtes-vous ?

La répartie de Zephyr avait tiré un sourire à Syndrell, qui répondit franchement.

- Je suis Syndrell, une connaissance de votre frère. Nous nous sommes rencontrés ici, alors qu’il me prenait justement pour votre agresseur… Si vous aviez été plus dignement jugés par ceux qui vous retenaient, il n’y aurait pas eu à s’en faire, Ciel serait venu vous chercher en moins de temps qu’il ne le faut pour le dire !

- C’est vrai ? Wahou, frangin, tu m’épates ! Attendez, vous vous êtes rencontrés sur ce toit ?

- Et bien…

- Zenith, c’est pas le moment de parler de ça, si ?

Syndrell jeta un coup d’œil à Ciel.

- Je crois que vous pourriez plutôt commencer par raconter ce qu’il vous est arrivé, tous les deux. Votre frère s’est fait du mourrons, vous savez. Il a besoin de réponse. Je crois que je vais vous laisser en f…

- Non, reste ! Si tu aidais Cielou, tu vas devoir attendre qu’on t’ai remerciée, Syndrell !

Elle leva la main pour refuser, hésitante, croisa le regard brillant de Ciel, et abaissa son bras.

- Bah, de toute façon personne ne m’attend nulle part…

Et Zephyr se lança dans le récit de leur mésaventure. Parler lui faisait du bien, il ne faisait aucun doute qu’elle était aussi forte qu’elle paraissait l’être mais à présent que tout allait bien, qu’elle était en sécurité, la tension accumulée ces dernières heures retombait d’un seul coup. De temps à autre, Zenith intervenait pour affirmer ou rectifier quelques faits. Il était venu chez sa sœur en début de matinée, prétextant un souci de paperasse à régler pour voir Zephyr et son futur neveu ou sa future nièce. La porte étant ouverte, il était entré en appelant sa sœur, et n’obtenant aucune réponse, avait compris que quelque chose clochait. Mais il était déjà trop tard ; un coup porté à la base de la nuque l’avait assommé et il s’était éveillé dans une pièce fermée, ligoté à Zephyr qui, elle, n’avait pas encore repris connaissance. Se débarrasser de leurs gardiens fut un jeu d’enfant, se libérer ne demanda que quelques secondes et une fois débarrassés de leurs liens, ils n’avaient eu qu’à faire un « pas sur le côté » pour se retrouver devant chez la future maman. Redoutant d’être poursuivis, ils avaient ensuite grimpé sur le toit, utilisant sans le savoir l’échelle de leur frère et découvrant ce dernier en train de menacer d’égorger une femme.

Tandis que Zephyr relatait les événements passés, Syndrell observait justement Ciel. La ressemblance avec son frère et sa sœur était étonnamment troublante et ils semblaient tous posséder la même verve et la même loyauté, néanmoins elle percevait leurs différences – Zenith était plus railleur, Zephyr plus sage – et Ciel lui paraissait toujours comme étant le plus original. Il ne pleurait plus mais l’émotion se lisait encore dans ses yeux et elle se demanda ce qu’il avait bien pu déjà vivre au cours de sa vie. Ses larmes l’avaient troublée. Il existait réellement quelque chose de fort entre ces trois-là, un lien indéfectible dont elle ne percevait que les traits, incapable de le ressentir vraiment. Toutes les familles ressemblaient-elles à celle-ci ?


- Bref, tout ceci n’était pas prévu mais ça à le mérite de meubler une journée… Et vous ? Comment avez-vous su que j’avais des soucis ?

Plus que la question, c’est le regard de la Dessinatrice qui sortit Syndrell de ses pensées. La jeune fille sentit soudain son âme mise à nu par les grands yeux clairs de Zephyr, mais au lieu d’en être gênée elle se contenta de sourire intérieurement. Cette femme connaissait les marchombres, et le vif scintillement de ses prunelles signifiait qu’elle avait deviné la nature de l’étrange fille aux cheveux bleus. Celle-ci pencha la tête sur le côté dans un geste habituel.

- Ciel était inquiet. Je ne le connais que depuis quelques heures, mais cette anxiété ne collait pas avec son caractère… Et puis, il y avait cette fille qui nous suivait et qui…

Syndrell s’interrompit net.
Une fille qui les suivait.
Une fille que Ciel tenait en respect quelques minutes plus tôt.
Une fille qui n’était plus là.


- Ciel…

Un sifflement.
Plus vive encore que la lame qui filait tout droit vers le professeur, Syndrell bondit et le percuta de plein fouet. Ils s’écrasèrent au sol, indemnes, mais déjà la jeune marchombre se redressait, poignards en main.

La tueuse était sur le toit d’en face ; elle avait dû se libérer alors que toute leur attention était focalisée sur le récit de Zephyr. Son regard n’exprimait que de la haine ; elle ne cherchait plus à enlever, ni à assommer mais à tuer. Par dépit ? Vengeance ? Colère ? Syndrell n’avait que faire de sa motivation. On s’en prenait à ses amis, chose qu’elle ne permettrait pas plus longtemps.

Prête à bondir pour la rejoindre, elle se ramassa sur elle-même…


[Bon... Je ne suis pas tellement satisfaite de ce morceau, je ne sais pas trop pourquoi. Dis-moi si quelque chose ne va pas. Ah, et comme j'ignore ce que tu as en tête quant à la suite, j'ai terminé sur une idée, pour te laisser enchaîner un peu comme tu veux.]

__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Mar 21 Déc 2010, 00:10

[Juste, Zénith et Zéphyr ne maîtrisent pas le pas sur le côté, ça c'est juste Ciel et la maman x) mais sinon c'est tout bon Wink ]

    Ciel écouta avec attention le récit de sa grande soeur. C'était bien sa Zéphyr, ça. Elle était toute chamboulée, et elle parlait encore calmement, posément, de sa voix douce qui l'avait si souvent bercé, enfant. Lui n'en revenait toujours pas; il était un peu comme dans un rêve, tout était cotonneux, incertain, et il n'arrivait pas vraiment à se dire qu'il leur était arrivé un truc palpitant et hors du commun, à eux, les Kern. Il s'avança pour toucher du plat de la main le ventre de sa soeur -pauvre bébé, toute cette agitation, c'était mauvais-, toujours un peu à l'ouest. Il s'écarta à nouveau, se disant qu'ils avaient eu bien de la chance que tout cela arrive aux deux autres Dessinateurs de la famille. Si ç'avait té un des jumeaux, ou Azur, ou pire encore, Aurore qui n'avait quasiment aucun don... Ciel poussa encore un gros soupir, et laissa un grand sourire ravi s'installer sur son visage. Il ne prenait toujours pas conscience de ce qu'il c'était passé, mais au moins il savait que tout allait bien et que...

    Boum, le choc, le sol, encore une fois le corps chaud contre le sien, non, si? Il avait rêvé ou quoi? Syndrell était déjà à côté, tous muscles tendus, et lui il était étalé sur le toit, il ne savait trop comment, pourquoi elle avait... Regardant dans sa direction, il trouva bien vite une réponse; là-haut, la femme, la chasseuse de prime, sans liens ni rien... Oh malheur, il avait relâché le Dessin, il avait quitté les spires! Horrifié, Ciel n'eut pas le temps de réagir plus que déjà, deux larges filets tombaient sur la femme perchée, et presque simultanément, une épaisse corde s'enroulait solidement autour de Syndrell... Qui se volatilisa aussitôt, sous l'oeuvre de Ciel et de sa soeur. Les spires étaient très agitées; et pas que les spires, d'ailleurs.
    Le jeune professeur avait sentit une multitude d'incursions dans les spires, et avec du recul, s'efforça de les identifier. Il connaissait ces esprits doux mais rapides mieux que tout autre. Il y avait eu à la fois celui de Zénith, et celui plus acéré de... Sa mère. deux filets. Aussitôt, la maman avait fait apparaître la fameuse corde, suivie de près par Zéphyr et Ciel qui s'étaient occupés de la désintégrer. Les quatre Dessinateurs se regardaient, interloqués, ne sachant s'ils devaient rire ou non.


    "Euh... J'ai rien compris, là..."

    Les quatre Kern se tournèrent vers Azur, qui venait de rompre le silen... Azur?! Mais qu'est-ce qu'il fabriquait là, lui?! Le jeune homme de 20 ans, tout aussi maigre que Ciel mais facilement une tête de plus, se tenait effectivement aux côtés de sa mère, tous deux visiblement fraîchement débarqués de l'échelle, renforcée auparavant par Zénith. Ciel se passa la main sur le visage, dépassé. Il n'y comprenait plus rien non plus.

    "Qu'est-ce que..."

    "Zénith, Zéphyr, mes amours! Tout va bien?"

    Effusions de tendresses, Azur toujours éberlué qui regardait tantôt son grand frère assis par terre, tantôt sa mère qui pleurait presque sur l'épaule des rescapés, tantôt la fille aux étranges cheveux bleus, ou encore celle là-bas qui tentait vainement de trancher les cordes Dessinées. Ce fut cette fille qui capta le plus son attention. Il s'approcha d'elle, un peu prudemment -elle dégageait un truc fascinant- tendant au passage une main à Ciel pour l'aider à se relever, sans pour autant quitter la demoiselle des yeux. Son âge à peu près, surement. Féline, sauvage et... Superbe. Vraiment superbe. Même si elle avait les cheveux bleus. Il lui tendit la main, un grand sourire accroché aux lèvres, un sourire qui se voulait charmeur et dont il était assez fier -il en avait déjà fait tomber plus d'une.

    "Enchanté, je m'appelle Azur, je suis le petit frère de Ciel ici présent."

    Signe de tête vers son grand frère. Oh mais, et si cette charmante demoiselle était plus qu'une amie de Ciel? Ils n'avaient pas l'air super intimes, mais il fallait dire qu'il était là depuis deux minutes à peine alors... Non, Ciel ne s'insurgeait pas, donc c'était bon. Ciel fixait la prisonnière.

    "Et elle, on en fait quoi?"

    La réponse se fit savoir sous forme d'une sorte de planche de bois bien nette reliant les deux toits -maman- sur lequel s'avançait déjà la petite femme furieuse, suivie de près par un Orage tout essoufflé -Orage?!- qui aida la vieille femme -c'est qu'à 70 ans, elle avait encore la pèche quand même!- à tirer la chasseuse de prime empetrée dans son filet. Ciel, éberlué, se passait une nouvelle fois la main sur le visage, quand il sentit qu'on lui tapotait l'épaule. Il se retourna vivement et...

    "Eh Cielou, tu m'explique un peu ce qu'il se passe? C'est ta copine cette jolie fille que je vois là?"

    Nuage, copie conforme d'Orage, qui lançait une oeillade pleine de charme à Syndrell.

    "Ecoute je... Va demander à Zéphyr et Zénith, ok? Et toi aussi en même temps, ils vont tout vous expliquer, d'accord?"

    Ciel poussa tant bien que mal ses frères vers les deux ex-otages, qui observaient curieusement leur ravisseuse. Déjà, Orage et maman étaient devant la jeune Marchombre. Tandis qu'Orage lui adressait un petit sourire en guise de bonjour, la maman la priait de s'excuser pour sa méprise.

    "Voilà, je ne sais pas qui vous êtes, mais vous avez l'air plutôt pas mal débrouillarde, et comme vous semblez connaître la nature de cette femme mieux que moi, je crois qu'il serait mieux que vous vous en occupiez."

    Un temps.

    "Eh d'ailleurs, merci d'avoir sauvé mon Ciel."

    La vieille femme étreignit brièvement mais avec vigueur la Marchombre, tapota la joue de son fils, puis entraîna Orage avec elle vers le petit groupe de Kern afin d'entendre un récit de ce qu'il s'était passé. Sauvé? Oui, certainement, même s'il n'avait pas tout compris ce qu'il s'était passé. La femme devait avoir lancé un truc sur lui, c'était pour ça que Syndrell l'avait plaqué au sol... Il se sentait las. Ciel soupira. Gros, gros soupir. Il adressa un regard piteux au Chat.

    "Merci, et... Je suis désolé pour mes frères, mais comme t'es plutôt jolie... Et puis désolé tout court, je sais pas pourquoi ils sont tous là, Zéphyr a du prévenir ma mère ou quelque chose comme ça, enfin... Les jumeaux s'appellent Orage et Nuage (c'est Nuage qui te drague), ma mère c'est Lydie... Et il reste Nuée et Aurore, mes deux autres grandes soeurs qui ne sont pas encore là."

    Nouveau soupir.

    "Et les prénoms, c'est une fabuleuse idée de ma mère... Bon, Azur Orage Nuage Nuée et Aurore ne sont pas des Dessinateurs hein... Enfin, je suis désolé, mais ils sont pas méchants, tu vas v..."

    "Ciel, mon chou! Viens avec Syndrell nous raconter un peu comment ça s'est passé!"

    Enième soupir, plus discret cette fois, du pauvre Ciel qui se sentait un peu dépassé par les évènements. Alors qu'est-ce que ce devait être pour Syndrell... Toutefois, c'était elle qui avait dépisté la chasseuse de prime, et elle qui avait commencé à raconter l'histoire à Zénith et Zéphyr. L'homme lui adressa un regard pétillant.

    "A toi l'honneur, ma chère..."
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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Mer 22 Déc 2010, 15:07

- Je dois m’en aller.

La nuit s’éclaircissait déjà à l’horizon, promesse d’une victoire assurée. Le jour allait l’emporter, qu’ils le veuillent ou non.
Il était temps de poursuivre sa route.


*
* *

Un brasier ravageait le regard sombre de la tueuse qui la fixait intensément depuis le toit d’en face. Syndrell décela l’affront. Prête à bondir, elle se ramassa sur elle-même…
…et manqua s’étaler de tout son long, incapable de terminer son geste. Incapable de bouger.
Piégée.


*Non !!!*

L’angoisse ne dura qu’une fraction de seconde, le temps pour la solide corde subtilement dessinée de se désintégrer, la libérant dans l’instant, mais cette fraction de seconde-là, jamais Syndrell ne pourrait l’oublier. Cette sensation d’indestructible entrave, de bâillon à sa liberté, d’offense à sa volonté, le terrible possible de l’impuissance… Choquée, déboussolée, elle regarda sans vraiment la voir la tueuse s’écrouler, empêtrée dans ce qui semblait être un filet. Encore un Dessin ! Elle cligna des yeux, reprenant instantanément ses esprits, se replaça devant Ciel…

C’était inutile. Le danger avait été annihilé en une poignée de secondes par une femme d’un certain âge qui se tenait sur le toit voisin. Mais ce n’était tout. Percevant une présence dans son dos, Syndrell se retourna et se retrouva face à un Ciel rajeunit de quelques années. Apparemment tout aussi surpris qu’elle, le jeune homme se contenta de la regarder, indécis. Ses paroles furent noyées par l’arrivée de la Dessinatrice qui avait eut raison de la mercenaire. En moins de temps qu’il ne le faut pour le dire, elle avait fait apparaître une planche de bois reliant les deux toits puis les avait rejoint en traînant derrière elle sa prisonnière, avec autant de douceur que si elle avait traîné son sac de provisions.

Madame Kern, dans toute sa splendeur. Elle abandonna son paquet sitôt arrivée sur leur toit et se précipita vers Zenith et Zephyr pour les étouffer dans une puissante étreinte maternelle, et Syndrell haussa un sourcil en voyant deux hommes la suivre. Presque parfaitement identiques, ils rappelaient tous les deux Ciel et elle ne pouvait qu’en conclure leur évident lien de parenté avec lui.

Elle se trouvait sur un toit d’Al-Chen avec Ciel.
Avec lui, et avec six autre Kern.


- Enchanté, je m’appelle Azur, je suis le petit frère de Ciel ici présent.

Le regard de Syndrell revint sur le jeune homme qui lui offrait une poignée de main. Elle la lui serra sans le quitter des yeux, soudain intriguée. Un détail la dérangeait chez cet…Azur…mais elle ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Pas un défaut, non ; autant de charme, sinon plus, que son frère, un sourire à décrocher la lune, un air foncièrement sympathique – Azur Kern lui plut d’emblée. Mais un souffle de souvenir, plume légère et insaisissable, voletait dans l’esprit de la jeune fille…

A côté d’elle, Ciel semblait avoir reçu un coup sur la tête. Assommée par l’arrivée de la cavalerie. Syndrell ne pouvait l’en blâmer ; tout autour deux, les Kern poussaient comme des pâquerettes alors que quelques heures plus tôt, ils n’étaient que tous les deux sur ce toit. Il y avait de quoi se poser quelques questions quant à ce hasard…


- Hé Cielou, tu m’expliques un peu ce qu’il se passe ? C’est ta copine cette jolie fille que je vois là ?

La jolie fille en question haussa un sourcil tandis que Ciel repoussait maladroitement son frère. C’était un des jumeaux mais Syndrell l’identifia immédiatement comme étant le plus joueur des deux. Plus grand qu’Azur mais peut-être moins beau, il avait un certain charme qu’il utilisait sans vergogne et avec aisance. De quoi faire craquer toutes les petites minettes de l’Empire. Syndrell se contenta d’un léger hochement de tête à son égard pour reporter son attention sur la mère de tout ce petit monde, laquelle s’était approchée en silence.

Son visage était marqué par les rides du temps, cependant elle se tenait avec droiture, impeccable et impérieuse, ses longs cheveux parsemés de mèches d’argent soulevés en chignon et ses yeux clairs flamboyants dans la nuit. En la voyant, Syndrell songea à une tigresse prête à tout pour défendre sa portée et sa puissance la frappa de plein fouet. Elle aurait été sur la défensive si les paroles de la vieille femme, empreintes de douceur et de reconnaissance, ne l’avaient rapidement mise en confiance. Et lorsque Madame Kern écarta les bras pour la serrer contre sa poitrine avec autant d’affection qu’avec ses propres enfants, Syndrell sentit une petite digue céder, quelque part au fond d’elle-même ; elle ferma les yeux.

Et cachée derrière ses paupières, elle revoit une petite fille aux cheveux bleus, sans nom et sans famille, cramponnée aux jupes d’une vieille femme coiffée en chignon.
Ceridwen Ellasian posant une main parcheminée sur sa tête pour la rassurer.
Ceridwen Ellasian lui racontant des légendes oubliées pour l’endormir le soir.
Ceridwen Ellasian brossant ses cheveux avec amour.
Ceridwen Ellasian baignant dans son sang, égorgée et incapable d’appeler à l’aide.

Syndrell rouvrit les yeux.
Elle se dégagea doucement de l’étreinte de la Dessinatrice, la laissant rejoindre ses enfants pour apprendre de la bouche de Zéphyr ce qui leur était arrivé, à Zénith et à elle. Ciel en profita pour se rapprocher d’elle et lui apprendre dans un soupir épuisé les noms de son armée de frères et sœurs. Il y avait donc les jumeaux, Orage et Nuage, Azur, le plus jeune de la famille, et Lydie, leur mère. Ne manquait plus qu’Aurore et Nuée, deux autres sœurs de Ciel, pour que les Kern soient au complet.

Elle observa Ciel s’empêtrer dans ses excuses. Des excuses injustifiées, cela dit. L’arrivée incongrue de sa famille avait néanmoins été providentielle ; la ronde de ses frères et sœurs donnait certes un peu le tournis, ils n’en restaient pas moins des êtres exceptionnels et pour le moins surprenants qu’elle se prenait à apprécier. A l’instar du professeur, ils brillaient par leur gentillesse et leur indéfectible loyauté, tous liés les uns avec les autres par un amour sans bornes. Sans le savoir, Ciel lui offrait la définition du mot « famille »…

Lydie Kern les héla depuis l’autre extrémité du toit et elle retint le Dessinateur par le bras.


- Attends. Tu n’as pas à me remercier, pas plus qu’à te justifier pour eux. Depuis le début, cette nuit prends des allures surprenantes, et pour une fois je ne suis pas pressée de voir le soleil se lever. Tu as une bien drôle de famille, Ciel, mais si j’avais eu la chance d’en avoir une, je l’aurai voulue pareille, à peu de choses près…

Et, sans lui laisser le temps de répondre, elle rejoignit les Kern. Ils la détaillaient tous avec une attention plus ou moins différente : Lydie avec la tendresse d’une mère, Nuage avec délice et Azur avec audace. Tous voulaient comprendre les événements qui s’étaient enchaînés un peu trop vite, et Ciel lui céda la parole ; ce fut à elle, donc, de raconter comment elle avait rencontré ce dernier, pourquoi il y avait une rose piquée dans ses cheveux, comment elle avait deviné le danger. Syndrell s’employait à relater aussi simplement que possible ce qui avait agrémenté leur soirée ; sa nature guerrière était évidente pour tous, mais elle hésitait encore à se dévoiler, ne jugeant pas nécessaire de mettre sa vie en avant alors que Zéphyr et Zénith étaient au centre de l’attention. Après tout, c’étaient eux, les héros de la soirée, eux et leur famille ; sans doute avait-elle sauvé Ciel, mais même si la lame de la tueuse l’avait frappée, Maman Kern n’aurait eu qu’à faire un « pas sur le côté » pour l’emmener là où il aurait pu être soigné…

Il était évident que les Kern étaient largement capables de se débrouiller seuls. Leur capacité à veiller les uns sur les autres était bien plus efficace que tout ce qu’elle pourrait réaliser et c’est un soupçon d’inutilité qui étreignait son cœur alors que frères et sœurs écoutaient son récit, bras-dessus bras-dessous. Ils étaient ensemble et elle était seule ; mais un seul d’entre eux était capable de la mettre au tapis s’il le souhaitait. Pour la première fois depuis bien longtemps Syndrell entrevoyait ses limites, et cette découverte, si elle était importante et très formatrice, avait un petit goût amer.


- … et vous êtes arrivés à point nommé. Madame Kern, je ne sais pas si vous avez des ennemis dans cette ville, mais ceux qui s’en sont pris à Zéphyr et Zénith en ont après vous. J’imagine qu’il s’agit d’une affaire de rançon, c’est le plus courant et le plus probable, mais… Je vous conseille d’être prudents, tous. Restez sur vos gardes un petit moment, ne sortez jamais seuls. Je ne pense pas que ces gens tenteront à nouveau de vous approcher, après la démonstration de force que vous venez de leur faire…[/b]

[b]- Cielou, espèce de tête de nœud, on n’attaque pas une demoiselle aussi charmante sans raison !


- Sans raison ! Merwyn m’en soit témoin, Nuage, si tu penses que l’enlèvement de ta sœur n’es pas une raison valable pour remuer Ciel et terre, tu vas tâter de mon Don !

- Je ne suis pas vraiment d’accord avec toi, Nuage… Si ton frère ne m’avait pas pris pour cible, nous ne nous serions probablement jamais rencontrés !

- Bien parlé ! Ciel, mon petit, heureusement que tu as eu l’idée d’aller voir ta sœur, parce que…

Syndrell laissa les Kern commenter son récit, s’éloignant d’eux pour s’accroupir près de la mercenaire toujours immobilisée par les filets.

- Je te connais ! Je sais qui tu es, j’ai reconnu tes cheveux… T’es la chienne de Leif, pas vrai ?

La jeune marchombre sursauta. Oubliant jusqu’à la présence de la famille de Ciel, elle saisit la femme par le col et approcha son visage du sien.

- Qu’est-ce que tu essaies de me dire, face de Raï ?

- Tu as servis parmi les Ombres du Poll, pas vrai ? A cause toi j’ai perdu un frère. Une vie pour une vie ; ton Leif n’a pas passé la nuit…

Un flash, éclair aveuglant de précision.
Souvenir confus.
Un jeune homme sur le point de l’embrasser, elle, petite espionne à la solde des grands de ce monde. Premier baiser, timide caresse de papillon…
Sursaut.
Monde qui s’écroule.
Le papillon meurt dans ses bras, tué d’une lame invisible, frappé dans le dos par l’impensable.
La petite espionne pleure.
Seule, à nouveau…

Une lame apparut dans la main de Syndrell. Un éclat meurtrier traversa l’or de son regard. Elle n’avait qu’un geste à faire, un souffle à prendre pour venger la mort du jeune espion. Un coup, net et précis, rapide et efficace…


- Tu es marchombre, pas vrai ?

La lame disparut dans un replis de la tunique sombre. Dans le même temps, Syndrell frappa la mercenaire d’un atémis derrière la nuque, plongeant cette dernière dans l’inconscience. Puis elle leva son regard vers Azur.

Il avait deviné ce qu’elle était mais elle aussi voyait soudain clair en lui. Ce qui lui avait échappé, quelques minutes plus tôt, cette saisissante impression de déjà vu… Il lui avait rappelé Naël, le jeune bouvier de la caravane de Naagrarh. Il brillait la même flamme dans les yeux d’Azur, cette même promesse d’un avenir encore incertain mais cerné par les possibles, et parmi eux, une certaine voie…


- Oui.

- Vous ressemblez à Owel… Enfin, en plus canon. Vous l’avez tuée ?

- Pas la peine. Livrée aux autorités de la ville, elle n’aura plus l’occasion de vous faire du mal.

- C’est toi qui a l’air d’avoir mal.

Syndrell plissa les yeux. Mal ? C’était peu de le dire… Il y avait cette blessure en elle, tout juste refermée par un vieil ermite et une maître marchombre, une blessure que venait de rouvrir cette femme.

Elle se redressa, chercha le regard de Ciel, l’accrocha pour ne plus le lâcher.
Elle n’avait pas envie de le laisser – pas maintenant, alors qu’ils commençaient tout juste à se connaître, à s’apprécier. Elle n’avait pas envie de le laisser alors que des gens en avaient après sa vie, même si il était trop bien entouré pour courir le moindre danger.
Elle ne voulait pas partir.


- Je dois m’en aller.

Cinq mots, simples et clairs.
Inéluctables.


- Je dois m’assurer que cette femme ne pourra plus nuire à personne.

Un voile de regret assombrit son regard d’or.

- L’aube se lève déjà… Ce fut une nuit extraordinaire. Tout comme ta famille, tout comme cette rose. J’ai été ravie de faire ta connaissance, prof.

Elle effleura la fleur du bout des doigts. Ephémère, elle allait bientôt disparaître.
Syndrell sourit. Tendit sa main gauche, celle qui était entouré de son foulard.


- Amis ?

[Syndrell doit partir, c’est vrai, mais rien n’empêche Ciel de l’accompagner un peu, du moins jusqu’aux portes de la ville. Ce Rp n’est pas à l’abri d’autres rebondissements intéressants, je pense ^^ J’espère que pour les Kern, ça passe ; comme d’habitude, tu me fais signe si jamais quelque chose ne va pas !]


__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Mar 28 Déc 2010, 00:30

[Encore désolée pour ce retard! u_u]

    Ciel était un peu dépassé par tout ce brouhaha. Ils se chamaillaient, ils se parlaient, personne ne perdait le fil, tout le monde se comprenait, attrappait une conversation au passage, plaçait un mot. Chez les Kern, on avait appris à grandir comme ça, à laisser traîner une oreille partout, à se focaliser sur plusieurs discussions. Et même si les voix se ressemblaient, on reconnaissait les tombres, les nuances, on savait qui était qui. On se connaissait. On s'aimait... Et c'était là la preuve concrète. Ciel répétait un ou deux détails, répondait à une question, en posait lui-même; les observait, les détaillait, presque tous là... Sauf Aurore et Nuée. Elles étaient occupées, mais allaient bientôt arriver. Et papa? Zéphyr et Zénith iraient le voir très rapidemment. Papa ne pouvait pas se permettre de venir. Il n'aimait pas le trop-plein d'agitation, et puis surtout, il n'aimait pas être confronté au regard de son ex-femme.
    Ciel poussa un soupir, s'écarta un pas du cercle, et vit Azur penché sur Syndrell et la chasseuse de prime, visiblement inconsciente. Il les observa deux secondes à peine. Il connaissait bien son petit frère -il connaissait bien chaque membre de sa nombreuse fratrie à vrai dire- et savait qu'il trouvait Syndrell plus que jolie. Attirante, captivante, il la dévorait des yeux. Preuve supplémentaire: il s'était éloigné du cercle familial pour aller rejoindre la jeune Marchombre. Personne n'était dupe chez les Kern, tous étaient au courant qu'il y avait un truc bizarre entre Owel et Azur. Or, Owel était Marchombre; Syndrell aussi. Ciel était prêt à parier qu'il y avait un rapport.
    Différence près qu'Azur ne posait pas sur Owel un regard aussi brillant de désir.

    Puis, il y eu la main tendue. Je dois m'en aller, qu'elle avait dit. Ca sonnait juste, une parole limpide et surtout, droite, pleine de confiance. Une parole certaine, sur laquelle elle ne reviendrait surement pas, l'homme le sentait. Elle devait s'en aller... Il ne comprenait pas vraiment pourquoi, tout-à-coup. Elle avait sans doute des choses à faire. Peut-être autant de remue-ménage la gênait-elle. Peut-être que c'était l'attention que lui portait Azur, qui la gênait. Azur qui, déjà, ouvrait la bouche. Tout comme les autres membres de la famille, à peine plus loin, qui s'étaient figés à l'annonce de Syndrell. Ciel savait ce qui allait suivre. Concert de protestations, invitations à boire un coup, à prendre un déjeuner, à séjourner chez maman, avances d'Azur et de Nuage...

    Alors il avait tout préparé. Fermé les yeux, pour se concentrer. Fait abstraction du reste. Il avait peint son tableau intérieur; s'appliquant sur les touches de couleur, sur les sensations, sachant qu'il n'avait pas droit à l'erreur. Il était monté en flèche dans les spires, avait réquisitionné tout son Pouvoir, et, au moment ou il avait saisit la main bandée que lui tendait Syndrell, ils disparaissaient.


    "Maman! Pourquoi tu l'as pas empêché?!"

    "Mon bonhomme, si ton frère avait choisi d'engager une bataille entre nos Volontés, il est fort probable qu'il aurait quand même réussi son pas sur le côté... Mais peut-être pas très bien! Et un pas sur le côté râté, c'est pas du joli!"

    "Oh et puis Azur, ça se fait pas de retenir une si charmante demoiselle contre son grès, hein! Si ils veulent aller faire leur ptites cochonneries ensemble, laisse-les!"

    "Eh Orage, j't'ai rien demandé!"

    "Non mais vous êtes fous ou quoi?! Cette fille, elle a même pas l'âge d'Azur, elle va pas aller fricoter avec Cielou! Avec moi je dis pas, et même que je..."

    "Mais c'est qu'il rougit le petit Zuzur! Aaah, mais c'est donc pour ça qu'il voulait la retenir, la jolie Syndrell..."

    "Mais Zénith! Mais... Maman, dis quelque chose!"

    Outré, le petit dernier. Outré, et gêné. Il était donc si translucide que ça?! C'est dans un concert d'éclats de rires et de plaisanteries diverses que la petite famille se dirigea vers l'échelle d'un accord tacite pour aller boire un coup chez la soeur au ventre rebondi. Ils étaient contents. C'était une occasion inattendue de se retrouver au complet.

    ***

    Ciel se laissa tomber à genoux sur le parquet, les yeux fermés, les sourcils froncés, se sentant tout faible. Il resta affalé par terre une poignée de secondes, le temps de reprendre contact avec la réalité, puis se releva prudemment. C'était quand même drôlement plus difficile avec quelqu'un, le pas sur le côté. Ca demandait vachement plus d'efforts... Et encore, il avait choisi un lieu parfaitement connu de lui, ce qui avait quand même facilité les choses. D'ailleurs, c'était bien parce qu'il y avait eu selon lui situation d'urgence -pour Syndrell- et parce qu'il connaissait sa destination qu'il s'était permis un pas sur le côté. Il savait la maison vide; et sa chambre, qui était en son absence utilisée comme une chambre d'amis -ou une chambre pour la famille, plutôt...-, l'était sans doute encore plus. Ici, pas le moindre risque de déranger qui que ce soit, de se faire remarquer ou n'importe quoi d'autre.
    Il s'assura qu'il pouvait tenir debout, tenta une excursion dans les spires, constata qu'il était encore un peu mou et faible, mais avait confiance. Il savait qu'il ne retrouverait pas l'entiereté de ses capacités avant un certain temps; mais il pouvait encore Dessiner suffisamment pour assurer sa sécurité et celle de Syndrell. Et il était encore en capacité de détecter la formation d'un Dessin, ou une intrusion dans les spires. Certes, mais là, pas de dangers.


    "On est dans ma chambre, chez ma mère, toujours à Al-Chen. Désolé, je t'ai pas demandé ton avis mais... Ils nous auraient pas laissé partir autrement, donc... J'espère que ça ne te gêne pas trop! En tout cas comme ça, t'as fait l'expérience, je comptais te proposer de toute façon... Bon alors euh... Tu veux boire quelque chose, emmener à manger, te laver, te reposer? Y a tout ce qu'il faut ici, sinon si tu veux partir tout de suite, bah libre à toi..."

    C'est le retour de l'homme gêné. L'hésitant, qui ne sait pas s'il a bien fait ou pas. Qui ne sait pas s'il fait bien. Celui qui arbore un petit sourire un peu timide, et qui continue de parler sur le même ton.

    "Si tu veux que je t'accompagne... Bon, un nouveau pas sur le côté ça va être compliqué, parce qu'à deux ça demande pas mal d'énergie et je n'ai pas l'habitude d'en faire, mais je peux marcher avec toi si tu veux! Enfin après tout ça évidemment je comprendrais que tu aies besoin de solitude, enfin voilà..."

    Légère pause.

    "Euh... Tu veux faire quoi alors?"


[Si Syndrell sort et lui dit qu'il peut la suivre, considère qu'il la suit... Et qu'il lui déverouille la porte, aussi x) ]
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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Mar 28 Déc 2010, 19:32

- Amis ?

Une question, une simple question qui, au fond, n’avait pas grande importance.
Syndrell savait déjà.
Ciel était un homme sur le visage duquel on lisait facilement les émotions, et l’étoile nouvelle qui scintillait dans ses yeux clairs était plus que significative. Mais il fallait croire qu’il avait encore le pouvoir de la surprendre plus qu’il ne l’avait fait jusqu’à présent.

Au moment où ses doigts frôlaient les siens, Syndrell sentit que quelque chose clochait. Elle battit des paupières…
…et ses yeux s’agrandirent de stupeur.

Il n’y avait plus de toit.
Plus de Kern.
Simplement une pièce chichement meublée et impeccable de propreté dont la fenêtre entrouverte donnait sur la rue. Un lit soigneusement fait dans un coin, un bureau rangé dans un autre, un fauteuil au dossier couvert d’un petit napperon blanc fait main, un plafond incliné qui suivait la forme pentue du toit…
Syndrell vacilla de surprise.

Au moment où ils étaient apparus dans la pièce, Ciel s’était effondré à genou mais elle avait raffermit la prise de ses doigts sur les siens et lui tenait toujours la main. A voir sa mine défaite, il avait dépensé un monumental effort et semblait épuisé. Elle-même avait le tournis et une étrange sensation de fourmillement au creux de l’estomac. Les effets du « pas sur le côté » s’estompèrent cependant rapidement et elle aida le Dessinateur à se relever.

Il avait déjà repris des couleurs, mais sa soudaine faiblesse intriguait la jeune fille. Elle n’était absolument pas familière de tout ce qui concernait les aptitudes du Dessin, ses connaissances lui suffisaient simplement à comprendre ce qu’il venait de se passer, et la chose lui était déjà arrivée, quelques mois plus tôt. Ciel et elle avaient voyagé en une fraction de seconde d’un endroit à un autre en dessinant. Enfin, lui avait dessiné ; Syndrell s’était contentée de suivre…

Encore troublée par ce brusque changement de décor, elle s’accroupit, observant la pièce avec une habitude purement guerrière, notant avec soin la porte à demi fermée, l’entrebâillement de la fenêtre, l’emplacement des meubles et des rares objets. Son regard trouva alors celui de Ciel, et ce dernier balbutia quelques explications. Elle avait deviné qu’ils se trouvaient dans sa chambre en percevant son odeur dans la pièce et un éclat amusé illumina l’or pur de ses yeux lorsqu’elle le vit s’empêtrer dans ses paroles. Encore une fois, Ciel lui avait montré deux facettes dominantes de son caractère, lui prouvant d’abord une vivacité et une force étonnantes, puis en l’attendrissant avec un peu de rouge aux joues et une pointe de touchante timidité.


- Tu es vraiment un drôle de personnage, Ciel Kern…


Ce n’était pas un reproche, et la jeune fille esquissa un demi-sourire pour appuyer sa remarque. Plus qu’une boisson, un bain ou encore un au revoir, il lui proposait un choix.
La voie du Marchombre est pavée de choix. Ils sont le ciment et la pierre de sa liberté la plus belle ; Ciel l’ignorait probablement, mais cette simple question, formulée si gentiment, était la plus belle preuve d’amitié qu’il puisse lui faire. Lui aussi avait fait un choix en l’emmenant ici, dans cette maison, au nez et à la barbe de sa famille. S’il avait cru qu’elle fuyait le toit, il n’avait pas tout à fait tort ; louve solitaire, Syndrell l’était et le resterait sans doute à tout jamais. Et les Kern avaient beau être des gens remarquables, ils n’en restaient pas moins un brin effrayants pour l’orpheline qu’elle était. Peut-être que si la chasseuse de prime n’avait pas été là, elle aurait…


*Cette femme !*

Syndrell s’était redressée d’un bond, réalisant soudain que la tueuse était restée sur le toit. Livrée aux autorités de la ville, elle serait à l’abri, hors d’atteinte de toute vengeance. Elle serait jugée et condamnée pour tentative d’intimidation et chantage envers les Kern, mais elle avait assez d’audace pour garder secret le meurtre d’un jeune espion d’Al-Poll…

A cause toi j’ai perdu un frère. Une vie pour une vie ; ton Leif n’a pas passé la nuit…

Malgré elle, la jeune fille serra les poings tandis que la colère, sourde et lancinante, crépitait dangereusement au fin fond de son âme. Dans son regard, l’envie de tuer avait allumé un véritable brasier, flammes de haine et de douleur trop longtemps ignorées.
Syndrell ferma les yeux.
Mais derrière le voile de ses paupières brûlait toujours un feu dévastateur.


« Attrapez-la !!! »

Un cri lointain, écho d’un souvenir enfoui dans les recoins secrets de sa mémoire.
Soudain éveillé par les paroles pleines de venin d’une inconnue.

Derrière l’ombre de ses paupières, Syndrell frémit.


*
* *

- Attrapez-là !

Les trois hommes s’élancent sous l’injonction de celle, autoritaire, qui a jaillit des ténèbres.
Mais la jeune fille a déjà tourné les talons.

Vive comme l’éclair, elle traverse la place d’Al-Poll, ses talons claquant sur les pavés inégaux et dans les flaques d’eau qui jalonnent la route, puis s’engage dans une première rue vide et silencieuse. Au-dessus d’elle, le sourire orangé de la lune se moque de ses malheurs, de l’inconscience qui lui a fait faire un faux pas, de la minuscule erreur qui l’a trahie.

L’adolescente court à en perdre haleine, les trois hommes dans son sillage. Son cœur bat la chamade dans sa poitrine ; dans sa course, le capuchon qui recouvrait son visage est retombé en arrière, libérant les courtes mèches bleues qui auréolent son visage. Elle a peur, elle est terrifiée, comme chaque fois que le danger la frôle d’aussi près, mais elle a appris son itinéraire par cœur, le répétant chaque soir depuis trois semaines. Sans ralentir l’allure, elle bifurque à droite, puis à gauche, se glisse sous un escalier, débouche dans un passage sombre et étroit qui donne sur une autre grande avenue endormie.

Un bruit de pas dans son dos.
Elle tourne au coin de la rue, dérape sur le sol humide, se rattrape de justesse et échappe à l’étreinte de son poursuivant d’un cheveu ; la course reprend, rapide, angoissante.
Encore une intersection, elle hésite, s’engage dans la ruelle de gauche à toute vitesse…

…s’arrête devant le mur qui lui barre la route.
Incapable de croire à l’inexorable barrière qui se dresse devant elle, elle tend les mains, appuie ses paumes sur la pierre froide, douloureusement réelle.
Une impasse.
Elle va donc mourir dans une impasse.


- T’es faite comme un rat, hein ?

Lentement, Syndrell se retourne vers l’homme qui s’est arrêté à quelques pas d’elle. Les deux autres se tiennent derrière lui, arme au clair, prêt à lui sauter dessus pour la mettre en pièce. Mais leur acolyte, sûr de sa puissance, fait durer le plaisir de la victoire…

- Viens-là, petit rat… Tu sais c’qu’on leur fait, aux vermines comme toi qui écoutent aux portes ? On les égorge. On les saigne. On les ficelle avec leurs propres tripes et après ça, on les laisse pourrir…

Il fait un pas en avant, elle fait un pas en arrière.
Les yeux étincelants de frayeur.


- T’es encore qu’une gamine, on va peut-être s’amuser un peu avant de t’abîmer, qu’est-ce que t’en dis ? Tu veux jouer avec nous, petit rat ?

Un pas en avant.
Un pas en arrière.
Un mur.

Le dos plaquée contre la pierre, Syndrell jure de se défendre jusqu’au bout ; elle a des dents, elle a des griffes, si elle doit mourir, ce sera en défigurant le premier qui osera poser ses sales pattes sur elle.

Un pas en avant.
Le dernier.

Une silhouette se laisse soudain tomber du toit, entre les hommes et elles. Le chant de l’acier s’élève dans la nuit, mélodie de mort qui résonne étrangement aux oreilles de la jeune fille. Immobile, elle ne peut que regarder son sauveur ouvrir la gorge du premier homme, poignarder le second et abattre le troisième d’un puissant revers de lame.
Du sang brille sur son sabre lorsqu’il se tourne enfin vers elle, la lune révélant un regard franc et une barbe naissante.


- Leif…

Il ouvre les bras, elle s’y jette en sanglotant de soulagement.
Du bout de son doigt, il cueille une larme qui roule sur sa joue. Son murmure l’apaise et la réconforte. Protégée par sa présence, elle n’a plus peur et ferme les yeux, remerciant le ciel de…

Une secousse.
Un hoquet de surprise.
Leif glisse doucement à terre, l’entraînant dans sa chute.
A genoux dans une flaque d’eau sale, Syndrell le tient maladroitement contre elle ; sans comprendre, elle fixe le manche du poignard qui dépasse de son dos à hauteur du poumon gauche.
Le visage dans son cou, Leif rend son dernier souffle.
Celui de Syndrell s’accélère.
L’angoisse revient, plus terrible que jamais.


- S’il vous plait… S’il vous plait ! A l’aide, quelqu’un ! Je vous en prie, venez l’aider, il est blessé, il est…

A cause de toi j’ai perdu un frère. Une vie pour une vie ; ton Leif n’a pas passé la nuit…

*
* *


« Heu… tu veux faire quoi alors ? »

Un choix.
Une voie.
Une liberté.

Syndrell inspira profondément et détendit les muscles de ses bras ; ses poings serrés s’ouvrirent, son souffle s’apaisa.
Elle ouvrit les yeux.
Sourit.


- Je veux bien boire quelque chose, oui. A la santé des Kern !

Son regard flamboyait, pur, immaculé.
Innocent.
Les Kern restés sur le toit allaient sans doute laisser la meurtrière de Leif entre les mains des autorités d’Al-Chen ; elle ne s’interposerait pas. N’essaierait pas de tuer cette femme, pas même par vengeance. Si Leif était mort aujourd’hui, il n’en restait pas moins libre, oiseau de feu parcourant de nouveaux horizons, tandis qu’elle croupirait un bon moment derrière des barreaux.
Et, aux yeux d’un marchombre, il n’existait pas de pire châtiment que l’emprisonnement.


- Et si m’indiques le chemin, je suis également partante pour faire un brin de toilette…

Son sourire s'élargit.
Elle percevait cet étrange appel qui l’amenait toujours de l’avant depuis son départ de l’Académie. Le Rentaï l’attendait.
Mais c’était une montagne, elle pouvait bien attendre encore un peu…



[ Imagine un peu la tête d'Azur quand il apprendra que Syndrell a fait trempette dans SA baignoire ^^ - Je suis un peu partie dans le passé de Syn', j'espère que ça ne t'ennuie pas, au besoin, je change, d'acc ? A ton tour, et pas d'impératif de temps, le nouvel an approche, y'a pas le feu... Je t'autorise à me répondre l'année prochaine Razz ]

__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


[Absente du 18/07 au 24/07]
Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Jeu 30 Déc 2010, 23:20

    Elle devait être partie dans une quelconque rêverie intérieure, à en juger par son regard lointain et son attitude un peu étrange. Et une rêverie pas forcément très agréable d'ailleurs, parce qu'elle avait l'air un peu tendue. Intense rêverie, par contre. Ca se voyait, ça se sentait. Et puis il fallait dire qu'à trente-six ans, monsieur Kern avait quand même une certaine connaissance des attitudes humaines... Il ne chercha pas à l'en sortir. Que chacun rêve comme il le souhaitait. Lui-même n'appréciait guère d'être rappelé à la réalité quand rien ne pressait; et en ce moment, rien ne pressait. Enfin, il n'en avait pas l'impression. Peut-être pour elle, mais... Mais non. Elle sortie de son état de transe, toujours aussi lumineuse, si ce n'était pas plus, et ne semblait effectivement pas pressée. Boire un verre. Il lui adressa un large sourire et se précipita vers la porte, dérapant un peu sur le parquet.
    Déjà, elle le retenait par quelques mots, et il s'immobilisait. Un bain, elle voulait bien un bain... Avant ou après? En même temps. Oh oui, ce serait le top ça: lui servir un verre pendant qu'elle se prélasserait dans son bain. Si toutefois elle aimait bien se prélasser... Un Chat appréciait toujours ça, non? Il effleura la précieuse statuette à travers l'étoffe de son pantalon. Il la garderait soigneusement avec lui. Et en ce moment, avec lui signifiait au Dôme, d'où l'impecabilité de sa chambre. Il allait lui faire couler un bain, donc. Et lui ramener un verre.


    ***

    Le bain, qui se remplissait rapidemment d'une eau pure et limpide. Tout un tas de savons différents, d'huiles parfumées, de produits moussants posés sur le bord. On appréciait le confort, chez les Kern; et puis, il y avait pas mal de filles, entre les soeurs, les belles-soeurs, les nièces et tout ça. Et surtout, maman aimait faire plaisir à tout ce petit monde. La baignoire était grande. Il y avait aisément de la place pour deux, voir pour trois. De la place pour plusieurs enfants, aussi. De la place quoi. Une grande baignoire presque ronde, au milieu de la pièce, et des tas de serviettes moelleuses dans les placards. Des tapis épais sur le sol, un grand miroir dans le fond. Tout un tas de produits autour des deux lavabos, autant féminins que masculins, pour tout-âges. Plusieurs crochets, pour suspendre les vêtements. Une douche, dans un coin, pour quand on voulait faire rapide. C'était une belle salle de bain, une salle de bain à laquelle chacun apportait un petit quelque chose. Tout le monde participait au renouvellement des produits et au nettoyage. Parce que tout le monde l'utilisait, cette salle de bain. Dès son plus jeune âge.

    On était pas pudique, chez les Kern, oh non, et on aimait les bains. On aimait sa famille. Alors prendre des bains avec un frère ou une soeur, avec une maman, avec un cousin ou une cousine, avec son oncle, c'était fréquent. Bien sur, il y avait toujours un moment, à la puberté, ou les bains en famille, on les évitait; et ce moment, chacun le respectait. Mais un jour où l'autre, tout le monde finissait par revenir dans la grande baignoire. Il y avait même quelques conjoints ou conjointes de ses frères et soeurs qui s'y adonnaient. Le mari d'Aurore notamment, depuis longtemps dans la famille; et puis la conjointe d'Orage aussi, qui n'était pas vraiment pudique non plus. Mais chez les Kern, on étalait pas ça, parce qu'on apprenait vite que pas mal d'Alaviriens trouvaient ça malsain. Pourtant, Ciel n'y voyait pas de mal. Il y avait quand même une nette différence entre l'inceste et prendre un bain avec un membre de sa famille...

    L'idée l'effleura, qu'il repoussa bien vite. Syndrell était encore jeune, bien que certainement très mature; Syndrell était du sexe opposé, Syndrell ne voudrait surement pas partager un bain avec un homme du double de son âge qu'elle venait tout juste de rencontrer. Et puis il n'avait pas envie de passer pour un pervers. Il posa sur un des trois petits guéridons qui entouraient la baignoire un verre pour Syndrell, accompagné d'un petit ramequin avec quelques gâteaux. Lui-même tenait un verre -encore de l'alcool, mais pas fort l'alcool, parce que sinon il allait commencer à avoir la tête qui tournerait- mais restait debout, indécis, aux côtés de la baignoire.
    Il hésitait. Syndrell était ouverte d'esprit et surprenante, elle n'allait quand même pas être dégoûtée de ça... Elle pourrait comprendre... Refuser poliment... Et puis si ça se trouve, ça ne la gênait même pas tiens, cette fille était hors du commun! D'ailleurs, Owel en prenait des bains, lui. Oh, rarement, puisqu'il n'était pas souvent là; mais il en avait déjà pris avec Zéphyr (évidemment, tous les couples de chez Kern étaient un jour ou l'autre passés par la baignoire, et quelques-uns des enfants étaient même certainement issus de cette fameuse baignoire), ainsi qu'avec Lou et Azur, évidemment. De longs bains, mais personne ne s'était jamais inquiété de savoir ce qu'il s'y passait. Ici, c'était naturel. Le Marchombre n'avait pas hésité une seconde, comme si pour lui aussi c'était tout naturel de prendre un bain avec son beau-frère de vingt ans son cadet, et une nièce de sa conjointe de quinze ans à peine. Donc, il y avait une chance que les Marchombres ne soient pas pudiques; même si Ciel se doutait bien qu'ils étaient tous différents.

    Il hésitait, donc. Il n'osait pas trop. Il entrouvrait la bouche; la refermait, fronçant les sourcils, happait son regard doré, détournait à nouveau la tête... Rougit... Idiot! Décide-toi. De toute façon, c''est trop tard non? Elle a du deviner que t'avais quelque chose à lui demander. Allez, lance-toi maintenant. Syndrell n'est pas comme les autres, et puis au pire, elle risque pas de t'envoyer bouler méchamment. Au pire une petite boutade, et elle te mettra gentillement dehors.


    "Tu... J'peux venir avec toi?"

    Grand sourire innocent. Bordel. Vite.

    "Enfin, c'est pas... Tu comprends c'est que... Dans ma famille on est habitués... Les bains tous ensemble... C'est pour ça... Je veux rien te faire hein, je suis pas comme ça, enfin, tu es très jolie mais t'inquiète pas, je vais pas te toucher ni rien! Si ça peut te rassurer je suis gay, alors pas de risques, t'inquiète mais euh... C'est juste une proposition hein et ce serait tout-à-fait normal que tu refuses, je me vexerai pas..."

    Bah voilà, bravo, tout gagné. Tout rouge et tout bafouillant, minable petit sourire gêné pour tenter de se rattrapper un peu, il s'enfonçait encore une fois. Il espérait juste qu'elle n'allait pas croire à de fausses excuses d'un pervers en puissance qui cherche à se rattrapper pour la violer dans un bain, dans une maison vide et inconnue. Il n'était pas ça. Il n'était pas ça, et elle était le Chat; le Chat était clairvoyant.
    Le Chat devait donc savoir.

    En fait, il aimerait bien qu'elle accepte. Ca devait être drôlement intéressant de se baigner avec un Chat.


[Non ça ne me dérange pas du tout! =D Si tu veux, considère que Ciel a demandé à Syndrell ce qu'elle voulait boire et qu'il avait ça en stock ;D Et si Syndrell accepte, tu peux dire qu'il rentre rapidemment dans la baignoire hein x) mais qu'il fait gaffe à pas casser la statuette =) ]
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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Dim 02 Jan 2011, 18:24

[Ayééé, répondu ! Pas très satisfaite du résultat par contre... J'espère que ça t'ira quand même ! Bonne lecture, et bonne année !]

Les restes de son petit voyage dans le passé s’accrochaient encore à sa mémoire, minces lambeaux de souvenirs aussi tranchants que des lames, tandis que Ciel quittait la pièce. Prête à le suivre, Syndrell s’arrêta que le seuil, incapable d’aller plus loin, traversée par la soudaine idée qu’elle pourrait en profiter pour s’en aller.

Elle n’aimait pas les adieux. N’avait jamais été douée pour, d’autant qu’il n’existait pas meilleure façon pour dévoiler ses sentiments. Par ailleurs, Ciel ne semblait pas pressé de la laisser filer, et si elle avait fait le choix de rester encore un peu avec lui, elle n’allait pas résister bien longtemps à l’Appel qui rugissait en son for intérieur. Mais alors que la possibilité de s’éclipser en silence s’imposait à son esprit, la jeune fille la rejeta d’un hochement de tête assuré. Non, elle n’allait pas s’en aller, pas comme ça. Elle respectait bien trop le Dessinateur pour ça.

Et puis, elle avait vraiment envie d’un bain.
Se fiant aux bruits de l’eau qu’elle percevait depuis déjà quelques minutes, Syndrell traversa le couloir. Au passage, elle osa entrouvrir quelques portes pour jeter un coup d’œil à l’intérieur de pièces ; une famille comme celle-là attisait forcément sa curiosité. Il fallait tout de même que dix personnes logent à peu près l’aise dans cette maison, et elle voulait savoir comment la chose était-elle seulement possible. La réponse se résumait en un seul mot : espace. En soi, la demeure des Kern n’était pas si grande, simplement chacun d’eux avait pris une habitude fondamentale, l’optimisation de l’espace dont ils disposaient. Toute la fratrie des Kern avaient quitté le nid familial et pourtant, leurs chambre étaient restées telles qu’elles ; amusée Syndrell reconnut, à son ambiance électrique celle d’Orage et de Nuage, les joyeux jumeaux. Les pastels de la suivante lui rappelèrent le caractère doux de Zephyr, et celle d’en face, la jeunesse d’Azur.

Elle retrouva Ciel dans la salle de bain, au second étage. Il était penché sur une énorme baignoire en fonte qui s’emplissait lentement d’une eau limpide et parfumée. Avant de signaler sa présence, la jeune marchombre détailla cette salle de bain qui avait accueillit, et accueillait encore une famille nombreuse. Elle haussa un sourcil en découvrant posé sur le rebord d’un lavabo quelques petites figurines de bain et réalisa que Zephyr n’était pas le premier parent de la famille.

Il y avait un verre posé sur le rebord de la baignoire. Syndrell renifla prudemment le liquide bigarré avant de tremper le bout de ses lèvres… et de fermer les yeux pour savourer le goût sucré du nectar que lui avait servi Ciel. C’était frais, c’était original et en plus, c’était bon. Comment regretter de ne pas être parti plus tôt dans de telles conditions ?

Elle reposa cependant son verre en se rendant compte que Ciel s’apprêtait à lui parler. A voir le rouge qui colorait ses pommettes émaciées, ce qu’il comptait lui dire lui demandait un certain effort de confiance qu’il avait tendance à sous-estimer.


*Vas-y, prof, n’ai pas peur, je ne vais pas te manger…*

Elle allait l’encourager à voix haute lorsqu’il la prit de vitesse, la coupant dans son élan.

« Tu…j’peux venir avec toi ? »

Avant même que la jeune fille ne saisisse le sens de ses paroles, Ciel enchaîna à la vitesse de l’éclair :

"Enfin, c'est pas... Tu comprends c'est que... Dans ma famille on est habitués... Les bains tous ensemble... C'est pour ça... Je veux rien te faire hein, je suis pas comme ça, enfin, tu es très jolie mais t'inquiète pas, je vais pas te toucher ni rien! Si ça peut te rassurer je suis gay, alors pas de risques, t'inquiète mais euh... C'est juste une proposition hein et ce serait tout-à-fait normal que tu refuses, je me vexerai pas..."

Syndrell ne répondit pas immédiatement. Trop d’informations d’un seul coup pour sa pauvre caboche dont les souvenirs, pas très joyeux, n’avaient aucune cohérence avec la situation actuelle. Elle commença donc par s’asseoir au bord de la baignoire et plongea ses doigts dans l’eau tiède, les agitant pensivement. Avec un autre homme, les choses auraient été différentes, pour la simple et bonne raison qu’elle n’aurait pas eu confiance. Mais en l’occurrence…

- Je ne sais pas si je peux vraiment refuser que tu prennes un bain dans ta propre maison, mais en ce qui me concerne, je n’ai rien contre. Un peu de compagnie n’a jamais fait de mal à personne et, si je ne m’abuse, tu n’es pas pressé de me dire au revoir…

Un sourire énigmatique flotta sur ses lèvres et elle but encore une gorgée de nectar avant de saisir la fermeture éclair de sa combinaison de cuir. Elle se déshabilla devant Ciel sans aucun plaisir particulier – elle était pudique, mais ne ressentait aucun gêne à se montrer nue. Les miroirs de la pièce renvoyèrent l’image d’une femme aux cheveux d’azur et aux yeux de feu, mais aussi et surtout un corps qui aurait probablement rendu fous les frères de Ciel. Ces longs mois passés aux côtés de Miss avait pétri ses formes et taillé ses muscles, développant ceux de ses bras, de ses jambes et de son ventre. Baissant les yeux, elle suivit du doigt la longue cicatrice qui courrait le long de sa hanche, témoin de la visite insensée qu’elle avait rendue aux mercenaires dans leur propre repère. D’autres marques barraient ses avant-bras et son dos, les plus récentes datant de son récent passage de l’Oulan-Kil.

Syndrell se glissa lentement dans l’eau de la baignoire et disparut dans un univers de mousse. Elle rit. Depuis combien de temps n’avait-elle pas goûté à un tel luxe ? Ces deux dernières semaines, elle s’était lavée à l’eau glaciale des fleuves et des ruisseaux qui jalonnaient sa route…


Son visage réapparut à travers les bulles colorées.

- Allez viens, prof. Ce n’est pas une baignoire, c’est un lagon ! Il y a bien assez de place pour deux…

Elle leva les yeux vers lui.
Emprisonna son regard.
Sourit.


- Et tu sais… même si tu n’étais pas gay, j’aurai accepté ta proposition.

*
* *

Deux enfants.
Ils étaient redevenus deux enfants.
Syndrell n’était pas si loin de l’âge de l’innocence, et Ciel avait un caractère tellement changeant qu’il était naturellement prompt à se laisser griser par les choses les plus simples de la vie. A eux deux, ils avaient réussi à inonder la salle de bain des Kern, la remplissant surtout de mousse à force de s’éclabousser comme deux imbéciles heureux.

A présent, la marchombre et le Dessinateur étaient assis sur le lit de ce dernier, enveloppés dans de moelleux peignoirs. Tout à leur conversation, ils n’avaient pas vu le jour se lever.
Jusqu’à ce qu’un rayon de soleil ne vienne caresser la courbe de la joue de Syndrell. Un regard de connivence, un sourire de compréhension ; un nouvel au revoir était proche.


- Il y a quelque chose que je dois accomplir. C’est une sorte de quête personnelle, si l’on peut dire.

Elle baissa les yeux sur sa main blessée, agita doucement les doigts. Elle avait trouvé dans l’armoire à pharmacie des Kern de quoi remplacer le foulard de fortune qui avait stoppé le saignement de sa plaie.

- Je ne pensais pas qu’il puisse se passer autant de choses en une seule nuit.

Un constat extrêmement enrichissant. Syndrell comprenait mieux, à présent, pourquoi Miss affirmait que la voie était un chemin formé par l’inattendu.

- Je suis orpheline, mais pour la première fois depuis bien longtemps, j’ai eu l’impression de faire partie d’une fratrie. Une fratrie bien étrange, certes, mais fichtrement attachante. Je te dois beaucoup, Ciel Kern…

Syndrell s’habilla rapidement. Elle n’aimait pas les adieux.
Si peu qu’au moment de partir, elle décida de pousser cette formidable rencontre jusqu’au bout de son histoire.


- J’ai laissé ma jument aux abords de la ville. Tu m’accompagnes jusque-là ?

Un choix, encore.
Celui-ci appartenait à Ciel.
Mais Syndrell connaissait déjà la réponse de l’ami auquel elle tendait une fois encore la main.


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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Lun 03 Jan 2011, 21:55

[Bonne année toi aussi <3]

    Il avait agréablement pu constater qu'il ne s'était pas trompé. Il avait également pu profiter de la vue d'un magnifique corps nu, étudier rapidemment quelques courbes, et la délicatesse d'une musculature féminine. Si Aurore lui offrait pour modèle les douces rondeurs féminines, qu'il avait appris en regardant sa mère comment vieillissait le corps d'une femme, et que Zéphyr et Nuée au contraire lui avaient permis de découvrir de jolis corps bien proportionnés, plutôt fins et pourtant pourvus de quelques douces molesses, s'il avait déjà pu observer les formes voluptueuses des copines de Nuage et leurs corps de déesses, s'il avait également déjà fait l'expérience du corps extrèmement sec et anguleux d'une des ex-compagnes d'Orage, jamais il ne lui avait été donné d'observer pareil corps. A son contact, et d'après ce que la combinaison moulante lui avait révélé, il en avait déduit qu'elle avait un très beau corps, sans doute musclé, souple et tonique, mais qui savait garder ses charmes -et les nombreux regards des hommes sur ses courbes n'avaient fait qu'appuyer son jugement. Il n'avait donc pas été déçu lorsqu'elle s'était dénudée.
    Des pieds agiles, des mollets fins, des cuisses musclées dépourvues de toute graisse disgracieuse; un ventre plat qui dévoilait des abdominaux du tonnerre, une poitrine en harmonie avec le reste, des bras fins mais que l'on devinait plutôt finement musclés, ces cheveux bleus sauvages, ces airs félins, ce charme indescriptible... Ciel avait rapidemment tout englobé du regard, s'étant interdit de la dévorer des yeux. Ca pourrait la mettre mal-à-l'aise. Il s'était contenté de s'abreuver de ces formes pures et sauvages dès qu'il en avait l'occasion; et savait, de toute façon, qu'il n'était pas près de les oublier.

    Tout comme il n'était pas près d'oublier cette soirée. Cette rencontre, cette frayeur, ce soulagement, ce bonheur, ce bain, cette fille, Syndrell, le Chat, le Chat à la rose, le Chat aux yeux d'or. Syndrell la Marchombre qu'il reverrait un jour. C'était sur de toute façon. Il faudrait qu'il lui demande où elle habitait; si du moins elle habitait quelque part. Cette fille devait mener une drôle d'existence. Tout son corps le clamait; à commencer par ces nombreuses cicatrices, plus ou moins récentes, qui intimidaient un peu Cielou. Lui n'en avait qu'une ou deux, celles de quand il dérapait en cuisinant. Il avait l'impression que celles de Syndrell devaient avoir chacune une histoire autrement plus intéressante... Mais il avait également l'impression d'avoir déjà pénétré bien loin dans l'intimité de la jeune fille. Il décida de ne pas lui demander de lui ouvrir plus de portes pour ce soir. Et puis de toute façon, il venait de se prendre une gerbe d'eau dans la face; il n'était plus l'heure des questions.
    C'était l'heure de la vengeance.

    ***

    Il sentait le moment fatidique arriver à grands pas. Ce ton tout sérieux, ces confidences, l'empressement du Chat... Tandis qu'elle se rhabillait en vitesse, le professeur souligna encore les courbes de son corps de son oeil de dessinateur, avec un petit "d". Ses doigts lui brûlait, cette fille l'inspirait. Oh, il ne pouvait pas savoir s'il en tirerait réellement quelque chose de bon; mais quand il avait une inspiration, une envie brûlante, quand il savait quoi dessiner, il y avait des chances pour que ça réussisse. Evidemment, cela amenait parfois la déception, lorsqu'on se rendait compte que l'idylle que l'on voyait clairement en esprit était en réalité hors de portée... Mais Ciel connaissait bien le dessin du corps humain, et surtout le dessin du corps féminin -à ses yeux le plus agréable à dessiner, lorsque la mine glissait, arrondissant les courbes sur la feuille blanche, sous l'effet d'une légère flexion du poignet...-, il ne se faisait donc pas trop de soucis. Il espérait juste que son dessin aurait une âme, une aura, semblable -pas identique: il savait que ce n'était pas possible- à celle du Chat. Sans quoi, il serait raté.
    C'était comme ça, un dessin: ça pouvait être une véritable prouesse académique, zéro erreur, rien, mais ça pouvait être affreusement vide et morne. Au contraire, un dessin pouvait être plein de charme et de vie sans être pour autant bien réalisé...

    Lorsqu'elle eu fini de s'habiller, Ciel enfila lui-même des habits, plus lentement.


    "Moi non plus je savais pas qu'il pouvait se passer tellement de choses... Et je suis heureux que ça t'ai plu, en tout cas."

    Il se redressa après avoir enfilé un pull, et adressa à la Marchombre un sourire rayonnant.

    "T'es la bienvenue, maintenant!"

    C'était dommage qu'elle parte si vite, mais bon, si elle avait à faire... Elle reviendrait bien de toute façon. Certainement pas toutes les semaines; ce serait sans doute aléatoire, comme pour Owel. Mais Ciel n'était pas triste. C'était juste un aurevoir et à bientôt. Il s'apprêtait à la prendre une nouvelle fois dans ses bras lorsqu'elle lui fit la proposition. Il écarquilla les yeux, tout content, et se saisit de sa main.

    "Avec plaisir!"

    ***

    Ciel adressa un signe de la main à une amie, une fille qu'il avait rencontrée en travaillant comme aide sur le marché. Il était tout content, le Dessinateur. Tout content de marcher dans les rues qui s'éveillaient, au milieu des claquements de volets qui s'ouvraient et en esquivant quelques passants déjà pressés, un pain sous le bras ou une mine endormie...
    Pas pire que lui, en tout cas.
    Il n'avait pas dormi de la nuit, il avait des poches monstrueuses sous les yeux, certainement une mine à faire peur, mais qu'est-ce qu'il était heureux. Il marchait en compagnie d'une ravissante jeune fille, toute pétillante, très surprenante, très agréable, super géniale en fait, il avait passé une nuit d'enfer, enfin bref, c'était tout bien quoi. Le professeur remarqua qu'ils allaient bientôt arriver à l'écurie. Il jeta une pièce accompagnée d'un grand sourire à un gamin qui lui adressait un signe de la main .Une fois, le gosse là avait essayé de le voler, mais Azur l'avait attrappé; et en fait, il s'avérait que c'était un jeune sympa, qui vivait comme il pouvait; Ciel et Azur lui avaient bien proposé de l'abriter à la maison, de lui offrir quelque chose, mais le gosse avait poliment refusé, c'était qu'il aimait la rue. Une pièce, en revanche, il n'était pas contre, si ça lui permettait de se remplir un peu l'estomac... Alors bref, Ciel lui en donnait une quand ils se croisaient. Un jour, peut-être qu'il voudrait bien venir prendre le bain chez les Kern. Mais ce n'était pas gagné d'avance, ça.
    Azur.


    "Syndrell... T'as vu comme Azur... Enfin... Comme il te regardait? Azur, le plus jeune hein... Pas Nuage, Nuage lui il regarde toutes les jolies filles pareil, mais Azur, c'était encore différent de quand il y a une fille qui lui plaît... En fait, y avait de ça, c'est clair qu'il te trouvait tout-à-fait à son goût, mais y avait quelque chose en plus... Quelque chose de plus fort... Tu sais, je crois bien que tu le laisses pas indifférent, et je préfère te prévenir qu'à mon avis, il va pas laisser tomber l'affaire, enfin... Quand il a un truc, en tête, lui..."
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Mer 05 Jan 2011, 12:47

Il était étonnant de constater à quel point chacune des cités de Gwendalavir, si elles se ressemblaient par leur puissance et leur importance, était différentes. Alors qu’Al-Jeit devait être animée depuis plusieurs heures déjà, Al-Chen donnait l’impression de s’éveiller seulement, comme s’étirant et bâillant à son rythme. Sur les quais de l’embarcadère, marins et pêcheurs commençaient à s’affairer, chargeant de lourdes caisses sur les petits esquifs amarrés ou préparant les filets. Les rues s’encombraient tranquillement, traversées par de jeunes écoliers qui bavassaient sans se presser et qui finissaient toujours par courir pour combler leur retard. Commerçants et artisans déployaient leurs marchandises, les uns partageant les souvenirs d’une bonne soirée passée à jouer dans la taverne du coin, d’autres pestant contre une nuit trop courte et une journée à venir trop longue…

Syndrell et Ciel déambulaient tranquillement au milieu de toute cette soudaine agitation. La marchombre avait le regard pétillant et ne perdait pas une seule miette du spectacle routinier, mais malgré tout unique, qui se déroulait sous ses yeux ; fille de la nature, sœur de la nuit, elle appréciait toutefois cet instant de la journée qui donnait à la ville un aspect si particulier. Déjà les douces fragrances des épices venaient chatouiller ses narines tandis qu’un joyeux brouhaha s’élevait autour d’elle. Inspirant un grand coup, elle sourit en voyant la mine épuisée – mais indiscutablement ravie – de son compagnon.


- Dis-donc, avec des yeux de panda pareils, tu vas faire sensation auprès de tes élèves !

La boutade était empreinte de gentillesse, mais il était vrai que Ciel n’avait pas l’air très frais. Son visage déjà très mince semblait plus marqué, creusé par des yeux soulignés de cernes mauves, témoin d’une nuit sans sommeil. Pour sa part, Syndrell ne ressentait qu’une très vague fatigue, habituée qu’elle était à passer des nuits blanches pour suivre son maître dans ses éternelles pitreries. Elle n’avait en outre besoin que de quelques heures de sommeil pour être en pleine forme.

- Oh, regarde !

Elle avait saisit le bras de Ciel pour l’entraîner vers l’atelier qui avait attiré son attention. C’était la devanture d’une forge, sur laquelle étaient présentées des armures dont le soleil fraîchement levé faisait briller le sombre métal. Hautes et larges, elles étaient toutefois de fine manufacture et chaque partie, chaque plaque, chaque boucle était soigneusement agencée, de façon à dessiner une protection tant efficace que pratique. Syndrell apprécia la souplesse et la solidité d’une armure en frappant d’un petit coup de poing le plastron en vargelite.

On lui apprit que ces armures étaient réservées aux soldats de la Légion Noire, que leur fabrication était une spécialité à Al-Chen, et que si elle était intéressée ne serait-ce que par le prestige de l’uniforme, elle pouvait toujours assister à une parade des légionnaires. Syndrell déclina gentiment chacune des suggestions. Elle était une guerrière avancée, mais le chemin qu’elle suivait était tout autre que celui des légionnaires et, si elle admirait sincèrement les armures noires des fidèles troupes de l’Empereur, elle n’avait pas envie d’en essayer une. Sa combinaison de cuir lui suffisait amplement.


- En plus, j’aurais l’air d’être un scarabée plutôt qu’un légionnaire avec tout cet attirail sur le dos, moi…

Elle s’effaça souplement pour éviter un homme chargé de paquets et un peu rustre qui aurait dû la percuter de plein fouet et ajusta le capuchon de sa mante sur sa tête. Lorsque Ciel avait accepté de l’accompagner, elle avait préféré dissimuler l’étonnante couleur de ses cheveux afin de lui éviter des questions dérangeantes. Il suffisait de le voir agiter la main tous les trois pas à l’attention d’un artisan ou d’une passante pour comprendre qu’il connaissait tout le monde, ou presque, dans cette ville ; assombrir sa réputation en semant un doute quand à ses fréquentations n’était pas la meilleure façon de remercier un homme aussi sympathique.

Comme en écho à ses pensées, Ciel ralentit l’allure et lança une pièce à une silhouette maigrichonne, tout juste visible dans l’encoignure d’une porte condamnée. Un pli de sourire creusa la joue de la jeune fille lorsqu’elle vit le garçon saisir la pécune au vol dans un geste rôdé par l’habitude, les yeux brillant de reconnaissance. Syndrell lui adressa un clin d’œil complice qui le fit rougir jusqu’à la racine des cheveux, un peu comme Ciel lorsqu’il tentait de lui dire quelque chose. Ce dernier effleurait justement son bras pour attirer son attention et elle tourna un regard interrogateur vers lui.


"Syndrell... T'as vu comme Azur... Enfin... Comme il te regardait? Azur, le plus jeune hein... Pas Nuage, Nuage lui il regarde toutes les jolies filles pareil, mais Azur, c'était encore différent de quand il y a une fille qui lui plaît..."


La marchombre acquiesça. Certains noms se mélangeaient un peu dans sa mémoire, mais elle avait bien en tête chacun des frères et sœurs de Ciel, les identifiant davantage par leur caractère que par leur identité. Elle se souvenait néanmoins très bien du jeune homme au sourire plein de charme et aux manières bien moins exagérées, et donc plus naturelles, que celles des jumeaux.

"En fait, y avait de ça, c'est clair qu'il te trouvait tout-à-fait à son goût, mais y avait quelque chose en plus... Quelque chose de plus fort... Tu sais, je crois bien que tu le laisses pas indifférent, et je préfère te prévenir qu'à mon avis, il va pas laisser tomber l'affaire, enfin... Quand il a un truc, en tête, lui..."


S’entendre dire qu’un homme la trouvait « tout à fait à son goût » avait de quoi troubler, et Syndrell sentit son cœur s’emballer quelques secondes avant qu’elle ne reprenne un contrôle parfait de ses émotions. Azur avait beau être extrêmement craquant, là n’était pas la question ; elle avait compris où Ciel voulait en venir. Elle avait compris bien avant qu’il ne lui en parle…

Tu es marchombre, pas vrai ?
Oui.
Tu ressembles à Owel, enfin…en plus canon.


Zephyr n’avait pas mis longtemps à deviner sa nature, mais Azur, lui, l’avait sans doute toujours su, dès l’instant où il était apparu sur le toit avec sa ribambelle de frères er sœurs. Comme il avait su lire en elle moins d’une minute après l’avoir rencontrée, quand il avait fallu une nuit entière à Ciel pour parvenir à la décrypter avec plus ou moins de fiabilité.

C’est toi qui a l’air d’avoir mal…

Syndrell s’accorda le temps de la réflexion et passa doucement sa langue sur ses lèvres, pensive. Elle n’avait absolument aucune idée de la manière dont elle devait parler à Ciel de son frère. Lorsqu’elle avait découvert l’origine de cette insupportable voix en elle, un marchombre lui avait tout simplement indiqué le chemin de l’Académie. Un maître marchombre. Elle-même n’arrivait pas à la cheville de Miss, comment pouvait-elle seulement envisager guider un possible futur marchombre ?

- Ciel, ton frère est…

La jeune fille s’interrompit. Elle pensait tout naturellement à Azur, puisqu’il était au centre de la discussion, cependant les traits minces et délicats du frère de Ciel se brouillèrent dans son esprit pour devenir plus marqués. Une mine joyeuse, un regard tendre et espiègle…
Naël.

Le jeune bouvier qu’elle avait rencontré lors de son voyage dans la caravane de Naagrarh était très différent de Kern junior, pourtant ils se ressemblaient bien plus que nul ne pourrait le soupçonner… à part elle. Parce qu’elle avait senti en Naël cette même flamme qui brûlait en Azur. Cette même promesse, murmure timide soufflé au vent, rêve inconscient d’un avenir bouleversant. Naël… Il lui avait dit qu’elle était fabuleuse. Qu’elle était l’aigle quand il n’était que simple bétail. Qu’il avait l’impression, en la voyant, de s’imaginer autrement. Il n’avait pas su prononcer le mot « marchombre », puisqu’il ne le connaissait pas réellement, mais elle l’avait vu briller dans son regard aussi fort qu’il brillait dans le regard clair d’Azur.

Mais Naël était mort.
Quelques heures à peine après lui avoir ouvert son cœur, il était tombé en défendant la caravane ; elle savait qu’il était encore très loin de fouler la voie, que ses maigres capacités, trop souvent ignorées par un cruel manque de confiance en soi, n’étaient pas suffisante face à l’efficacité létale des pillards qui les avaient attaqués. Elle n’avait pas su le protéger… Comment, dans ce cas, expliquer à Ciel que son plus jeune frère pouvait devenir aussi fort qu’elle ne l’était ? Qu’il existait un avenir incroyable, mais indubitablement dangereux pour lui ? Que si d’aventure il acceptait cet avenir, sa relation avec sa famille ne serait plus aussi fusionnelle qu’elle ne l’était à présent ?


- Ton frère…

N’oublie pas, jeune apprentie. La puissance d’une étoile ne se mesure pas lorsqu’elle nait, mais lorsqu’elle meurt…


Une étoile… Celle qui scintilla soudain dans l’or des yeux de Syndrell n’avait rien à voir, mais elle brillait de reconnaissance. Impossible de savoir avec certitude s’il s’agissait d’un souvenir, ou si le vent lui avait tout simplement apporté les paroles de Miss ; elle s’en moquait. Seul importait le fait que désormais, elle savait quoi répondre à Ciel.

- Azur se trouve à un carrefour de sa vie. Disons qu’il y a devant lui un certains nombre de chemins, et qu’aucun de ces chemin ne se ressemble. Il y en a un pourtant qui lui apparaît parfois comme étant soudain plus… lumineux, plus fort.

Tu es marchombre, pas vrai ?

Syndrell sourit.

- Pour l’instant, il doit se débrouiller seul pour trouver la bonne direction à suivre – et elles le sont toutes, quoi qu’il choisisse. Mais s’il décide d’emprunter celui auquel je pense, et bien… Il y a de fortes chances pour que ce soit moi qui ne lâche pas l’affaire !

Un clin d’œil.
Complicité absolue.
Syndrell rit intérieurement en prenant conscience que si sa réponse était suffisamment claire pour qui savait écouter, elle commençait à parler comme Miss.


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MessageSujet: Re: Quand Ciel joue les justiciers... [Syndrell]   Sam 08 Jan 2011, 22:38

    Ciel avait le coeur qui battait à cent à l'heure, et s'était arrêté, figé au milieu du chemin, bousculé de temps à autres par les passants de plus en plus nombreux. Son frère... Quoi son frère? Qu'est-ce qu'il avait Azur? Un truc que lui, Ciel, qui vivait sous le même toit quasiment sans interruption depuis la naissance du petit, n'aurait pas remarqué?! Un truc qui aurait échappé à lui, Ciel Kern, grand frère attentionné qui avait vu grandir l'enfant du début jusqu'à aujourd'hui? C'était grave? Syndrell, qui ne semblait pas avoir de tabou particulier et parlait aisément et sans complexe depuis la veille, semblait hésiter. Elle n'osait pas, elle butait, ça ne voulait pas venir, et bon sang, qu'est-ce que ça le faisait stresser! Syndrell avait effectivement dû détecter un truc... Important. Grave ou pas, il n'en savait rien, mais il le craignait. Une maladie? Oh non, Zuzur...

    Et si c'était une blague?! Si ça se trouve, elle lui faisait juste une petite farce! Non, elle ne ferait pas ça. Elle ne mentait pas. Ses yeux ne mentaient pas. Il y avait vraiment un truc avec Azur. Tout jeune, vingt ans à peine, et déjà des ennuis... Enfin pas forcément... Si ça se trouvait, c'était bien? Azur avait un truc de spécial auprès d'Owel, ça c'était sur, et comme le Chat était Marchombre elle aussi, elle parlait de ça à tous les coups? Mais c'était peut-être quand même grave! Peut-être que c'était une sorte d'élu malgré lui que les Marchombres cherchaient par la ruse à exterminer! Alors Owel ne se serait uni à Zéphyr uniquement par intérêt pour Azur? Ciel s'affollait dangereusement.
    Calme-toi. Arrête d'imaginer plein de trucs complètement dingues comme ça.
    Peut-être qu'il a une chose particulière et que les Marchombres veulent l'aider... Un don secret? Quelque chose comme le Dessin, mais moins courant, moins populaire, moins connu des Alaviriens? Et si c'était... Si c'était le "truc" Marchombre? Si les Marchombres avaient une sorte comme ça de pouvoir auquel ils étaient réceptifs, une dimension particulière dans laquelle ils voguaient et qui créait cette aura, cet état d'esprit si particulier? Cela expliquerait l'attirance d'Azur pour Syndrell et Owel, cela expliquerait la proximité du Marchombre et du jeune homme, ainsi que le trouble de Syndrell... Oui, peut-être que finalement, son frère était quelqu'un d'exceptionnel!

    Paroles sybillines, et beaucoup moins hésitantes, pour le coup. Les yeux d'or du Chat brillaient, et ses paroles vibraient de conviction. Elles avaient une importance particulière, Ciel le sentait; elles raisonnèrent longtemps encore dans son esprit, prononcées avec calme et pourtant avec une force incroyable, c'étaient... De belles paroles, celles que les gens vous offrent. De ces phrases desquelles aucun mot n'est là au hasard. De ces phrases qui vous invitent à aller plus loin, à en trouver toutes les significations.
    Ce n'était pas bien dur à comprendre. Ciel avait connu cet âge. Lui avait toujours su qu'il voulait Dessiner; il s'était cependant interrogé à de nombreuses repises, se demandant si telle était sa Voie. Et il savait que son frère, à 20 ans, était encore en face d'un avenir très incertain. C'était donc ça. Il devait avoir un truc, ce truc Marchombre, et les autres Marchombres le sentaient.
    Ciel se prit à imaginer Azur avec des airs mystérieux, un corps d'Apollon, un charisme indescriptible, et cette fameuse aura... Et n'y éprouva aucun mal. C'était comme si son petit frère était fait pour ça. Il sourit au clin d'oeil de son amie, et se remit en route. Elle qui ne le lâcherait pas... Cela signifiait qu'elle voulait... L'aider? Et peut-être même qu'elle était sensible à son charme? Ils avaient quasiment le même âge, et Azur n'était pas moche, et ce serait vraiment génial si Syndrell et Zuzur... Si en plus il devenait Marchombre lui aussi...

    S'il devenait Marchombre... Boum, prise de conscience. Les Marchombres étaient constamment en mouvement. Il en avait deux preuves vivantes. Azur les quitterait, Azur irait il ne savait où, servant des buts mystérieux, et... Peut-être dangereux, très dangereux... Mais Syndrell avait l'air heureuse, tout comme Owel. Ils avaient l'air... Intègres, purs, satisfaits, comblés. Cela vallait bien la peine, non? Et puis Azur viendrait toujours les voir, il les aimait... Aurore, Zéphyr et Nuée n'avaient pas toujours été là non plus, personne n'en était mort!
    Non vraiment, si son petit frère pouvait ressembler à ces Marchombres, Ciel serait heureux pour lui. Et pareil pour la petite Lou. Elle était toute jeune, elle! Partir à 15 ans, ce serait terrible... Mais Syndrell, du haut de ses 18 ans, semblait pourtant avoir déjà une sacrée expérience, elle était donc certainement elle aussi partie toute jeune. Ce serait un peu triste peut-être, mais merveilleux. Ciel se prit à sourire encore une fois.


    "Tu parles comme Owel! C'est un truc de Marchombres, les belles phrases mystérieuses? Alors peut-être qu'Azur nous en adressera aussi, un jour..."

    Clin d'oeil.

    "Même si sur ce point, je crois bien qu'il a déjà commencé!"

    ***

    Ils étaient arrivés devant l'écurie. Ciel connaissait un peu l'endroit, pour y avoir accompagné Nuée de temps à autre -la seule de la fratrie Kern qui montait à cheval- mais pas assez pour être reconnu du personnel. Ca faisait du bruit, ça ne sentait pas très bon, il y avait plein de grosses bêtes qui s'agitaient et des gens qui s'activaient pour les soigner. La jument de Syndrell devait être parmis eux.

    Syndrell, 18 ans. Ca le frappait à nouveau. Toute jeune et déjà lâchée seule sur les routes, voyage en solitaire et débrouille-toi pour t'en sortir, déjà si pleine de force, d'énergie, de Vie, déjà si mature... Et 18 ans seulement. Syndrell n'avait pas de famille, d'après ce que Ciel avait compris; et ça lui faisait mal au coeur. Orpheline, donc pas de parents. Orpheline depuis quand? Avait-elle au moins connu l'amour d'une mère pour son enfant, les bourrades affectives d'un père? Et les chamailleries entre frères et soeurs, la franche camaraderie? Se serrer les coudes pour tenir bon, les liens du sang... Avait-elle connu tout ça? Des cousins au moins, de la famille éloignée... Ciel ne pouvait concevoir une vie sans famille. Ils étaient pour lui les plus important. Il donnerait sa vie pour eux. Et il espérait du fond du coeur que Syndrell avait une famille, ou en avait eu une, ne serait-ce qu'un embryon, une seule personne, ou même une famille affective...

    En tout cas, lui était prêt à lui prêter la sienne, de famille. Elle le savait certainement maintenant: les portes de la maison maternelle, et toutes les portes des frères et soeurs lui étaient grandes ouvertes, et leur coeur aussi, car Syndrell, si elle était la sauveuse de Zéphyr et Zénith à leurs yeux, était avant tout une jeune fille intéressante et pleine de charme qui leur avait beaucoup plut. Et si l'un d'eux la recroisait, il la reconnaîtrait aisément -les cheveux, le souvenir marquant, l'aura particulière, et la très bonne mémoire visuelle typique des Kern- et l'inviterait à boire un verre ou à venir se reposer spontannément.

    Et puis si Syndrell et Azur développaient une certaine intimité, alors là ce serait le top du top de l'acceptation familiale.


[Pars pas tout de suite, Ciel aura encore une bricole à lui demander je crois ;D]
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