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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Cataclop, cataclop... [Syndrell]

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MessageSujet: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Sam 02 Avr 2011, 01:10

    Là, le dos bien droit, puis la courbe délicate de la croupe... On descend, on descend, on se rattrape pour la patte arrière et on descend comme ça, l'attache fine, très important ça, détail essentiel; le sabot, la deuxième patte arrière, un peu pliée, une pointe de sabot qui effleure la terre cette fois-ci; le ventre, un brin bombé, et encore des pattes, pattes avants cette fois, toujours les attaches, toujours la délicatesses des sabots... Remonter vers le poitrail, pas trop musclé cette fois-ci, juste ce qu'il faut de lignes pour évoquer la fermeté, la pureté, l'harmonie, la beauté; le geste assuré, la joue, on descend tout droit vers les naseaux, la bouche, on remonte délicatement, on s'attarde sur l'oeil, on fait les cils: très important! Le genre de détail que personne ne remarquera, mais dont l'absence enlèvera beaucoup au rendu final... La courbe des oreilles, un peu penchées vers l'avant, attentives; l'attache des oreilles -fines, toujours fines-, les crins qui tombent, sauvages, il trouve ça tellement plus beau, qui tombent tombent sur l'encolure, qui caressent le garrot... En un geste, on bondit jusqu'à la croupe, on y ajoute une queue fière, longue, une queue qui respire l'énergie, la noblesse et l'élégance...

    "Vous avez fait de sacrés progrès, prof!"

    Ciel lève la tête et adresse un sourire lumineux au jeune palefrenier qui regarde son dessin par dessus son épaule, les yeux écarquillés.

    "Le garrot, le dos, la croupe, c'est tout parfait! Peut-être encore un petit manque de proportions dans les pattes, mais c'est minime, je pense que qu'ça soit voyant pour quelqu'un qu'est pas un spécialiste des chevaux... Chapeau, en tout cas!"

    Le jeune homme adresse un grand sourire à Ciel, le pouce levé, et repart aussitôt à ses occupations. C'est le printemps. Il fait beau, les oiseaux gazouillent, et les gens voyagent. Les chevaux se bousculent à l'écurie; ça va des plus petits aux plus grands, des vieux tout abîmés qui en sont à leur dernier périple aux jeunes agités qui henissent à tout va, ça va des pensionnaires habitués aux habitants d'une nuit, des bêtes les plus délicates aux véritables colosses tout en muscles, du blanc immaculé de quelques rares jeunes chevaux au noir de jai de fougueux étalons. Ca grouille, ça tappe, ça fait du bruit, ça sent pas très bon, ça retrousse les lèvres, ça tent la tête, ça réclame des caresses ou ça hennit d'un air menaçant, ça a besoin de manger, d'être brossé, soigné. Ca fait presque le quotidien de Ciel depuis qu'il a rencontré Syndrell.
    Il avait alors décidé d'étudier sérieusement les chevaux, en dessin. Dessin avec du papier, un crayon et une gomme. Il s'applique à ajouter les ombres. La toute petite zonne sombre en haut du jarret, cette sous l'oeil, autour du naseau, le contour de la mâchoire, faire ressortir les crins, les courbes, donner un aspect bien lisse aux sabots...

    Eli repasse, lâche un "joli!" avant d'aller placer les granulés dans les mangeoires, remplir les abreuvoirs, soigner une coupure, calmer un excité, chouchouter un déprimé, nettoyer les box, accueillir un nouvel-arrivant.

    Ciel aide Eli, parfois, mais le plus souvent, il dessine ou observe. Enfin, il n'est pas d'une grande aide, à vrai dire. Il distribue les grains trop lentement et ne sait pas résister aux coups de tête, il n'a pas le tour de main pour brosser efficacement, ne comprend pas grand-chose au rangement anarchique du matériel des cavaliers qu'Eli garde aussi en pension; tout ce qu'il sait faire sans problème, c'est gratouiller les chanfreins et tappoter l'encolure.
    Cet endroit est bruyant, agité, et peu stable, mais Ciel l'aime plutôt bien. D'abord parce que niveau dessin, c'est fantastique. Et puis parce qu'ici, il y a de l'âme, il y a de la vie, il y a de la tendresse et des sentiments. Il y a l'amour d'Eli pour les bêtes. Il y a les chatons qui viennent se frotter à ses jambes. Et ça, il aime beaucoup.

    En plus, ici au moins, il est certain de ne pas louper Syndrell quand elle reviendra. Parce qu'elle va revenir, après son voyage. Le Chat. Il a envie de la revoir, cette jeune femme -18 ans!- aux cheveux bleus, qui sait se battre, qui a le sens de la répartie, qui sait parler et qui connaît la vie. Cette jeune femme enveloppée de mystère et de sourires énigmatiques. En plus, elle lui a promis une balade à cheval. Et puis, Syndrell a pris un bain avec lui, elle n'a pas trouvé ça répugnant ou tendancieux. Syndrell a aidé toute sa famille, Syndrell a peut-être bien sauvé sa soeur et son frère.

    Ils lui parlent souvent d'elle. Elle revient quand, Syndrell? Tu vas l'apprécier Owel, tu verras! Cielou, des nouvelles de la petite Syndrell? Ah, vous vous souvenez, avec ses cheveux bleus, là... Heureusement qu'elle était là! Sacrément douée, cette petite... Etonnante! Vous aviez vu ses yeux, au fait?
    Tous sauf Azur. Azur, il écoute, il enregistre, il guette, il épie Ciel. Il lui demande en privé, plus discrètement, ou tourne ses phrases dans un style moins direct. Ciel lui a dit que, de toute façon, Syndrell ne viendrait le voir que si elle en avait envie. Non, il ne l'amènerait pas ici contre son grès.

    Un coup de gomme, du coin immaculé, qui vient placer un éclat dans l'oeil du cheval. Ciel ferme les yeux, quelques minutes. C'est pour s'éloigner de son dessin. Pour s'en vider l'esprit. Pour pouvoir le regarder d'un oeil nouveau, et d'un point de vue plus objectif; pour avoir un meilleur sens critique, repérer des défauts pas forcément visibles quand il est plongé dans son travail.
    Il le tend devant lui, rouvre les paupières. Joli. Il y a une âme, il y a l'oeil qui vous regarde, il y a la patte en suspension, chair et os de crayon noir, figée dans la temporalité du dessin. Incroyablement mobile par l'imagination de quiconque pose les yeux sur ce bout de papier. Ciel est plutôt satisfait, il ne voit pas de défaut majeur pour le moment. Il va lui falloir le laisser reposer toute la nuit, et y rejeter un coup d'oeil demain après-midi. Comme ça, il sera encore plus objectif. Ensuite, il demandera son avis à Eli, puis aux membres de sa famille à qui il aura l'occasion de demander. Aux plus jeunes aussi. L'avis de tous est important.

    C'est pas parce qu'on est nul en dessin, ou nul en équitation qu'on ne peut pas donner un avis. Tout le monde peut donner un avis sur tout. Peut dire ce qu'il ressent, ce qui le gène. Il y a des fois des choses que certaines personnes trouvent plutôt laides et auxquelles il n'a pas fait attention. Il y a des dessins qui sont interprêtés très différemment selon la personne qui les regarde. Ca l'épatera toujours.

    Satisfait, Ciel glisse précautionneusement le papier dans sa pochette à dessin. Il commence à bien maîtriser l'anatomie du cheval. Il s'étire, baille, se frotte les yeux, et sort sur le pas de la porte. Au vu du soleil et des mouvements dans la rue, il doit être neuf heure du matin, environ.
    Le Dessinateur est un peu déphasé. Il est arrivé à l'écurie à cinq heure du matin, et il a commencé le dessin à la lueur d'un Dessin.
    Ca fait deux ou trois semaines qu'il a une relation avec un type qui travaille dans une boulangerie. Et quand Ciel se réveille le matin, impossible de se rendormir, tout seul dans le lit d'un homme qu'il connaît à peine et qu'il n'est même pas sur d'apprécier réellement.

    Alors, ça fait deux ou trois semaines que, quelques matins par semaine, il déambule dans les rues d'Al-Chen, va dessiner dans sa chambre, va Dessiner dans la salle de bain, va dessiner à l'écurie, va penser tout seul avec lui-même. Et il pense pas mal à Syndrell.

    Il a envie de la revoir.
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Sam 02 Avr 2011, 14:34

Quatre-vingt douze…
Quatre-vingt treize…
Quatre-vingt quatorze…

Le sous-bois sentait bon. Il y avait dans l’air comme un savant mélange de sucre et de menthe, de doux et de piquant ; le sucre pour les fleurs, évidemment. Blanches, jaunes et roses, elles étaient un gigantesque tapis de pétales et de pistils qui bordait le sentier et serpentait entre les troncs verdissant. Le piquant venait de la sève de ces troncs, qui engluait l’écorce encore fragile sous les nouvelles pousses de mousse et entre les branches bourgeonnantes.

Quatre-vingt quinze…
Quatre-vingt seize…
Quatre-vingt dix-sept…

Le feuillage, encore trop léger, laissait filtrer une multitude de rais de lumières, appuyant un contraste saisissant entre la fraîche pénombre du sous-bois et la chaleur des minces rayons de soleil. Invisibles dans les branches d’arbres, quelques oiseaux gazouillaient joyeusement, ajoutant au cadre une touche d’innocence et de renouveau.

Quatre-vingt dix-huit…
Quatre-vingt dix-neuf…
Cent.

Expirant lentement, Syndrell se laissa pendre dans le vide, bras tendus vers le sol, parfaitement détendue. Seules ses jambes, accrochée à la branche, assuraient son maintien pour le moins incongru. Ce n’était pourtant pas la première fois qu’elle travaillait ses abdominaux en haut d’un arbre – il s’agissait, encore, d’une innovation sadique de Miss – mais le rude hiver que le Gwendalavir avait essuyé n’était pas propice à ce genre d’exercice. Syndrell avait essayé de se suspendre à la branche d’un arbre couvert de gel. La chute qui en avait résulté restait mémorable, et elle se félicitait encore d’être tombée dans de la poudreuse – s’il n’y avait pas eu le moelleux tapis de neige pour l’amortir, elle aurait eu des bleus pendant de très, très longs mois !

Une fine pellicule de sueur recouvrait le front et les tempes de la jeune femme. Au terme d’une troisième série de cent abdominaux, c’était bien normal ; un creux de sourire dans la joue, elle en ajouta même un au décompte, afin de crocheter son perchoir avec ses doigts. Laissant basculer ses jambes en arrière, elle lâcha prise lorsque ses bras se retrouvèrent tendus à leur maximum et retomba quelques mètres plus bas, sur ses deux pieds. Son geste déclencha le vol de trois ou quatre oiseaux, qui piaillèrent leur indignation avant de percer le feuillage dans une gerbe de plumes. Syndrell en saisit une au vol, la glissa dans ses cheveux, et se mit à trottiner sur le sentier.

Le soleil n’était pas levé depuis une heure, mais lorsqu’elle s’engagea sur la route de l’Académie, qui louvoyait entre deux vallons de la plaine, elle croisa un petit convoi de gens du voyage, formé de deux chariots – l’un transportait vivres et marchandises, l’autre tous les membres d’une grande famille. Calquant sa foulée à leur rythme, Syndrell échangea quelques mots avec celui qui semblait être le chef de groupe, un homme d’une quarantaine d’années environ, très jovial et surtout très bavard. Elle lui parla de son envie de voyager, il l’invita à les rejoindre ; dans un sourire, Syndrell ralentit l’allure et les laissa filer, cahin-caha, vers l’est.

Elle bifurqua pour remonter vers l’autre extrémité du bois, retrouva la piste qu’elle suivait initialement et atteignit les hauts murs de l’école une poignée de minutes plus tard. Une rapide toilette, un passage express au réfectoire, et Syndrell ferma sa chambre à clé, glissant le trousseau sous la porte voisine. Kunst devait être en cours, mais si son fils était dans les environs, nul doute qu’il trouverait ses clés. Elle avait laissé à son intention un petit mot, lui donnant l’autorisation d’emprunter la courte épée en bois qui lui servait parfois d’entraînement.

Nuance était au pré, avec d’autres chevaux. Avant de retrouver sa jument, Syndrell câlina Joya, la fidèle monture d’Erwan.


- Ton cavalier vient d’être papa, ma jolie. Il va falloir le surveiller de près, il risque d’être un peu… distrait, les prochains jours !



Moins calme que Joya, Nuance sauta comme un cabri à l’approche de la marchombre, et il lui fallu toute la patience du monde (avec un supplément de quelques gâteries) pour amadouer la petite jument. Après le rituel des caresses et des flatteries, Syndrell entreprit de la préparer.

- On repart, fillette. Il y a quelque chose qu’il faut que j’essaye. Tu as déjà pensé à voguer sur une planche, toi ?

Comme de coutume, Nuance fit la sourde oreille. Voguer ? Très peu pour elle ; l’eau ne lui plaisait qu’à petite dose, lorsqu’il faisait vraiment très chaud. Mais une petite flamme de malice brillait dans son regard, preuve de son furieux désir de reprendre la route. Syndrell sourit tout en accrochant deux sacs à la selle – l’un était chargé de vêtements de rechange, l’autre, encore vide, servirait à transporter quelques provisions.

- On va aller s’approvisionner à Al-Chen, puis nous pousseront jusqu’aux limites du Désert des Murmures. Non, ne fait pas cette tête-là, je sais bien que tu n’aimes pas aller là-bas. J’aimerai juste vérifier quelque chose… Ensuite, on redescendra vers le sud, c’est promis.

Le quelque chose en question tourmentait Syndrell depuis plusieurs mois. Elle avait tenté de se faire une raison quant au silence d’Owen, mais un murmure intérieur lui soufflait de refaire tout leur chemin à l’envers – peut-être pour mieux s’en défaire ? Il n’y avait qu’un moyen de le savoir… Sautant en selle, Syndrell rassembla les rênes et lança Nuance au galop. Ravie de se dégourdir les jambes, la petite jument bondit en avant, partant à une vitesse folle qui tira un joyeux éclat de rire à sa cavalière.

Moins de cinq minutes plus tard, elles rejoignaient la petite caravane ambulante, accueillies par les rires des enfants et les cris des adultes.

Aux portes d’Al-Chen, Hruin, le joyeux drille qui menait sa famille sur les routes de l’Empire, insista pour que Syndrell les accompagne jusqu’au grand nord. Mais la jeune femme déclina l’offre qui, bien que touchante, ne pouvait lui convenir ; déjà cinq mois que Miss l’avait conduite là-bas pour l’affranchir de son apprentissage, mais ces cinq mois restaient aussi vifs que cinq jours dans sa mémoire ; elle n’était pas encore prête. Et puis, elle avait d’autres choses en tête…

Prenant congé de la sympathique famille, la marchombre s’immergea dans la foule de passants qui fourmillaient dans les larges rues d’Al-Chen. Il était midi passé, et son estomac commençait à la rappeler à l’ordre, jusqu’à ce qu’affamée, elle décide de remettre ses achats pour plus tard. Une petite auberge attira son attention – à moins que ce ne soit plutôt le doux fumet que dégageaient ses cuisines – et elle mit pied à terre en se léchant les babines. Conduisant Nuance dans l’écurie, elle détacha le sac de vivres encore vide et le jeta sur son épaule.


- Tu vas rester là le temps que je me remplisse l’estomac, et que je nous trouve de quoi nous le remplir à nouveau les prochains jours…

Syndrell gratifia le doux chanfrein de la jument d’un baiser, avant de plonger un instant dans ses pensées.

- Je me demande si Ciel est dans les parages, en ce moment…


- Ciel ? Tu veux parler de Ciel Kern ?

Syndrell se tourna vers le palefrenier à l’air sympathique qui s’est arrêté, une selle sur chaque bras et couvert de foin de la tête aux pieds.

- Désolée, j’ai surpris le nom au vol et ça a fait tilt… Je le connais, le bougre, mais tu viens de le louper de peu !

- Tu sais où il est allé ?

- Il est parti par-là…


L’homme lui désigna la direction à suivre d’un geste du bras et Syndrell sourit avant de saluer Nuance. Transportée de joie à l’idée de retrouver un vieil ami, elle se précipita dans la rue et entreprit de la remonter en jouant des pieds et des coudes, se frayant un chemin parmi la masse humaine, cherchant des yeux la tignasse impeccable et familière…

[Voilà voilààà, a toi de jouer, Cielouuuu ! ]

__________________________________________

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Vous. Moi…


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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Dim 03 Avr 2011, 20:41

    "Syndreeell!"

    Des bras maigrichons enveloppés d'un pull en laine trop large se resserrent autour des épaules de la jeune femme, un visage souriant se niche dans ses cheveux, et ils percutent un badau qui les regarde l'air courroucés, emportés par l'élan de Ciel, qui, presque aussitôt, s'écarte de la jeune femme en lui tenant les épaules parce qu'il se rappelle que la dernière fois, elle était un peu gênée par son étreinte, et surtout, pour pouvoir mieux la contempler et bien se rendre compte. Elle est là. Devant lui. Il la touche.
    Le professeur éclata de rire, sans se soucier des regards appuyés des passants. Syndrell n'a pas... Si, en fait. Il stoppe son rire, penche un peu la tête, puis, prenant conscience qu'il est en train de la dévisager, il détourne le regard en rougissant.


    "Hm... Tu... Tu vas bien?"

    Un peu bafouillant, il reporta un petit regard sur elle. Pas trop insistant. Histoire de se confirmer ce qu'il avait ressenti, et d'essayer d'en capter un petit peu plus. Parce que c'était flou, incertain, pas bien délimité, ni physiquement ni par des mots, impalpable... C'était quelque chose de Marchombre, quoi, en tout cas, il avait cette impression là.
    Elle semblait plus... Lumineuse? Non, non pas vraiment. Plus... Plus sage, peut-être? Non, surtout qu'il n'avait pas vraiment eu le loisir de constater ça... Plus mûre? Mais non! Elle était juste... Un peu changée. Il y avait eu une modification quelque part en elle. Il fronça légèrement les sourcils, troublé, un peu frustré de ne pas parvenir à y mettre le doigt, mais déjà, décida de passer à autre chose. Il continuerait d'y réfléchir en lui parlant, et peut-être que ça viendrait.
    Rassuré par cette prise de décision, il se détendit et laissa un grand sourire s'étaler sur sa bouille toute épanouie.

    Depuis ce matin, il errait, un peu morose dans Al-Chen. Il avait fait un tour, deux ou trois croquis de petits oiseaux qui s'ébattaient dans une fontaine, était retourné à l'écurie, avait un peu aidé Eli à s'occuper de ses pensionnaires, puis avait partagé son repas avec lui. Il avait remarqué, Eli. Il avait dit, tu sais Ciel, faut pas te rendre malheureux avec un type chiant que t'aimes même pas... Et Ciel avait souri, et secoué la tête. Alors, faut pas que t'attende en vain la fille aux cheveux bleus... Elle reviendra un jour si elle veut, mais en attendant, n'y pense pas trop... Ciel avait soupiré, sourit légèrement, et lancé un "C'est pas si simple Eli, c'est pas pas si simple..." Et alors Eli lui avait montré les progrès qu'il avait fait en Dessin. Ce jeune homme était vraiment d'une compagnie agréable. Un type formidable.

    Mais dès que Ciel était ressorti... La masse grouillante avait semblé le narguer en ricanant "Elle est pas là, elle est pas là..." et l'humeur morose était revenue s'abattre sur sa pauvre petite tête.
    Déjà qu'il avait l'habitude de vite s'attacher aux gens, quand en plus ils étaient aussi... Aussi... Aussi "ça" que s'en était pas exprimable que Syndrell, bah c'était pire. Cette petite était vraiment épatante, et il avait vraiment envie de la revoir. De rigoler avec elle. De lui raconter...


    "Zéphyr a accouché! C'est un petit garçon, et elle l'a appelé... Bah elle l'a appelé Syn, en hommage à toi. Bon là, Aurore est chez elle avec toute sa famille, mais si tu veux ce soir ou... Demain, ça dépend, tu restes combien de temps? Oh et puis et puis juste après ton départ, Orage, tu sais un des jumeaux, pas celui qui te draguait, et ben sa copine, Sana, elle est enceinte à son tour! Et au vu de son tour de taille qui prend une sacrée ampleur... Ce serait des jumeaux! Maman est aux anges, et en plus, on pense que Nuée pourrait bien avoir un nouvel homme, mais elle a encore rien dit..."

    Ciel s'arrêta un peu, histoire de reprendre sa respiration. Rose de plaisir d'être tombé sur Syndrell, doublement rayonnant rien qu'à l'évocation de tous ces heureux évènements. Il a raté l'accouchement de Zéphyr -il donnait un cours- mais espérait bien assister à celui de Sana. Déjà, il se délectait d'observer son ventre qui s'arrondissait à vue d'oeil, et toute la famille Kern admirait avec tendresse la jeune femme toute illuminée par la joie d'être maman pour la première fois, cette lumière si particulière, propres aux femmes enceintes, et qui...
    Oh mon dieu...

    Ciel, la bouche en o, les yeux comme des soucoupes, dans un souffle, pas trop fort pour ne pas que les passants l'entendent.


    "Syndrell... T'es enceinte?!"
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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Jeu 07 Avr 2011, 08:57


[ Excuse moi pour le retard !!! J'ai eu quelques imprévus, enfin bref, voilà voilà, je suis d'retour ! ]


"Syndreeell !"

Elle n’eut que le t emps de se retourner pour recevoir dans ses bras un Ciel lancé à pleine vitesse ; l’instant d’après ses côtes menaçaient de crasuer sous la pression de son étreinte, qu’il rompit toutefois pour la tenir à bout de bras, l’air incroyablement radieux. Et Syndrell sourit. Il n’avait pas changé, son Dessinateur ; toujours cette même expression ravie peinte sur le visage, ce même bonheur dessiné en forme de sourire sur ses lèvres, cette même légèreté dans la voix… Il était parti dans son discours si vite qu’elle avait du mal à le suivre – mais qu’importe. Elle était heureuse de le retrouver.

Combien de temps, pourtant, s’était écoulé depuis la dernière fois ? Combien de distance, combien de voyages, d’aventure aux quatre coins de l’Empire avaient séparé deux amis que le hasard avait eu le bon goût de placer sur le même toit ? Une saison. Une saison, cinq mois, le temps de recevoir ses lames du Rentaï et de Miss, un avenir, une vie faite de liberté et d’harmonie… Le temps de rencontrer Dolce et Ombe, Papillon et Filéaps, Kunst et Lyke ; le temps d’assister à la naissance de Yllena, la fille de Miss et d’Erwan…

Trop de temps. Mais depuis cette nuit d’hiver, jamais Ciel n’avait vraiment quitté ses pensées. Il était toujours là, souvenir mouvementé et extra-familial, mais ô combien cher à ses yeux. Instants inoubliables d’une rencontre unique, début d’une grande et belle amitié qui prouvait aujourd’hui qu’elle était faite pour durer. Elle lui avait manqué. Autant qu’il lui avait manqué. Elle le voyait dans la fièvre de son regard et parce qu’il ne la lâchait toujours pas, comme par peur de la perdre à noiveau. Il semblait plus serein que dans son souvenir, mais les circonstances de leur rencontre étaient alors marquées par l’enlèvement de Zéphyr et de Zénith. Cette fois, le Dessinateur et la marchombre ne s’étaient pas trouvés sur un quiproquo et à entendre Ciel, il semblait que rien ni personne ne soit venu menacer sa famille au cours de ces derniers mois.

Au contraire, la famille Kern s’agrandissait. Zéphyr avait donné naissance à un petit Syn – l’hommage fit sourire Syndrell, qui sentit une drôle de boule d’émotion se former dans sa gorge – et Sana attendait un enfant pour bientôt. Maman Kern avait de quoi être fière, en effet ! Et Ciel l’était aussi, elle le sentait, le voyait, le comprenait. Comme toujours il s’impliquait corps et âme pour les siens, suscitant toujours autant l’admiration de la jeune femme.


"Syndrell… tu es enceinte ?!"

Quoi ??

Tirée brusquement de ses pensées par la surprenante question, Syndrell sentit sa mâchoire inférieur se décrocher bêtement et ne put que fixer Ciel sans répondre, abasourdie. Ses mains avaient glissé machinalement jusqu’à son ventre plat tandis que l’accouchement de Miss lui revenait en mémoire, doublé du souvenir des nuits pour le moins torrides partagées avec Owen. Puis elle croisa le regard du Dessinateur et éclata de rire.

- Dis donc, Prof, la naissance de Syn et l’accouchement prochain de Sana ne te monterait-ils pas un peu à la tête, des fois ?

De peur qu’il ne se vexe, car elle savait Ciel très sensible, elle saisit sa main et la posa sur son ventre.

- Là, tu vois ? Je ne cache personne là-dedans, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas encore de candidat pour être papa… Et puis aussi parce que je ne suis pas du tout pressée, figure-toi !

Elle rit à nouveau, amusée autant par la question de Ciel que par sa propre inquiétude. L’espace d’un instant, elle avait cru… Mais c’était impossible, avec Owen elle avait toujours pris soin de se protéger via des herbes dont son vieil ami des montagnes lui avait donné le secret. Il en était de même avec Tanank. D’ailleurs, depuis, elle aurait commencé à avoir des rondeurs, des vertiges, des nausées – elle se souvenait de l’état de Miss alors que toutes deux voyageaient vers le nord, avant que les Petits ne diagnostiquent le plus beau de tous les maux…

Passant un bras sous celui de Ciel pour l’entraîner au gré de la foule, Syndrell se demanda ce qui avait pu pousser son ami à une telle conclusion. Mais ce dernier avait parfois de ces questions… Radieuse, elle se mit à sautiller à son bras, comme une enfant sur le point d’être récompensée d’un spectacle ou d’une sucrerie quelconque.


- C’est le palefrenier dans l’écurie duquel j’ai laissé Nuance qui m’a lancé sur tes traces. Je suis de passage à Al-Chen, j’aurai peut-être dû t’écrire pour te prévenir de ma visite mais…

Mais elle n’avait pas l’habitude, encore, de correspondre avec un ami. Elle découvrait tout juste l’effusion des retrouvailles, tour comme avec Miss, elle découvrait le bonheur d’avoir une sœur – une famille…

- J’espère bien que tu vas me donner des nouvelles de chacun des membres de la famille Kern, mon ami, mais avant cela, parle-moi de toi. Comment vas-tu ? Comment se passent tes cours ? Qu’as-tu fais depuis tout ce temps, dis-moi ?

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Vous. Moi…


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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Ven 08 Avr 2011, 00:29

    ELLE ETAIT ENCEINTE. Le regard pensif suite à sa question, la main qui va se poser sur le ventre -encore bien plat, remarque-t-il- sans même qu'elle y réfléchisse, ça, c'étaient des signes qui ne trompaient pas. Des annonces de je-suis-en-enceinte sous toutes leurs formes, et des grossesses, il en avait vues exactement douze, treize avec la récente nouvelles de Sana et d'Orage. Et encore, ça, ce n'était qu'au sein de sa famille. Alors c'était dire s'il connaissait!
    Toutefois, la réplique piquante de Syndrell sema le doute en lui. Alors, non? Et puis finalement, oui. Ce "Là tu vois" tout doux, prendre la main de l'autre pour qu'il sente la vie nouvelle qui palpitait dans son corps...

    Et au final, et bien non. Rien du tout. Pas enceinte, Syndrell. Même pas envie. Décidemment, toujours aussi surprenante, cette petite. Il voulut en placer une pour se justifier, il voulut expliquer qu'il la trouvait changeait, qu'elle avait agit exactement comme une vraie femme enceinte, mais qu'il comprenait tout-à-fait qu'elle n'en ai pas envie, à son âge c'est normal, on veut profiter de la vie, on veut courir partout, se dépenser, surtout quand on est Marchombre comme elle, et qu'il n'y avait bien que cette folle de Nuée pour se mettre à procréer à dix-huit ans à peine, mais que quand même, il serait tout-à-fait ravi pour elle si elle lui annonçait un heureux évènement, et que même elle aurait tous les Kern aux petits oignons pour elle si jamais ça arrivait, et que de toute manière, elle était toujours la bienvenue, chez chacun d'eux, et que d'ailleurs il allait lui donner toutes les adresses au cas où, même celle de son père, il suffirait qu'elle lui dise qu'elle venait de la part de Ciel et de toute la fratrie, il était bougon et il râlerait un peu, mais au final il était pas bien méchant et il l'accueillerait comme il se doit.

    Mais il n'eut le temps de rien dire de tout ça -il aurait aussi voulu dire qu'Azur, lui, aurait surement été candidat au poste de papa, enfin façon de parler mais il se comprenait- parce que déjà, elle l'emmenait, fendant la foule. Il tituba un peu, puis rapidemment calqua son pas sur le sien, un peu étonné qu'elle se révèle si proche physiquement de lui, elle qui, la fois dernière, avait été gênée par une étreinte. Mais peut-être cette dernière l'avait-elle surprise, peut-être n'avait-elle pas l'habitude, sans doute était-ce bien plus facile de préméditer le geste et d'en prendre l'initiative.
    Ciel était peut-être immature, mais il était cependant très compréhensif et à l'écoute des autres, et ne voulait pas presser Syndrell. Qu'elle agisse comme bon lui entendait; elle était toute jeune encore, et il savait, pour voir des jeunes tous les jours, qu'à cette période, on appréciait pas forcément de se faire câliner en tous sens, même si des fois on se montrait très affectifs. Comme il n'avait pas envie de la perturber ou de mettre le bazar dans sa tête, il la laissait agir à son rythme. Lui, il était adulte et construit -du moins le pensait-il-, il n'avait pas à lui imposer de caprices. Surtout qu'il n'avait pas de caprices.

    Ciel la laissa parler, se délectant d'entendre de nouveau son ton assuré, sa voix chaude et entraînante, prenant bien soin de tout enregistrer, pour pouvoir, dès qu'elle le laisserait en placer une, répondre à tout.
    Mais? Quel était ce petit mais qui se terminait au fin donc de ses pensées, trop intime pour être prononcé? Pourquoi n'avait-elle pas pu lui écrire? Trop occupée à des choses dont le souvenir était douloureux? Analphabète, Syndrell? C'était assez mystérieux, mais encore une fois il respecta son silence, d'autant plus qu'elle reprenait déjà. Il tâcherait d'éclaircir ce point plus tard, pour l'instant, il était inutile de se lancer dans des discussions gênantes ou froissantes.


    "Le palefrenier, il s'appelle Eli. Depuis que t'es partie, je passe beaucoup de temps à l'écurie, pour dessiner les chevaux, sur du papier, je te montrerai, les résultats sont plutôt pas mal! Comme il s'y connaît bien avec ces animaux, Eli joue le critique, on mange ensemble aussi parfois, et je l'aide, mais je t'avoue, je suis pas très très doué à ça... Je l'aime bien en tout cas, et je suis sure qu'il te plairait, il est intelligent, plein de bonne humeur et tout! Tu le reverras toute-à-l'heure de toute façon."

    Ciel lui décocha un nouveau sourire lumineux -c'est vrai qu'elle irait pas mal avec Eli non plus- avant de passer à la suite.

    "Et tu sais, une visite à l'improviste, ça a tout son charme aussi! Sinon à part ça, je continue à donner mes cours, ça se passe bien. Et le reste, rien de bien particulier... Ces derniers temps, je t'attendais, en plus je suis avec un type plutôt ennuyant, je l'aime même pas beaucoup au final, pour tout te dire, alors tu comprends que c'est pas ça qui me remontait le moral! Mais bon, je vais le larguer bientôt, parce que là, pas question de laisser le tout gris d'un minable petit assistant boulanger ternir les rayons de soleil de ma petite Marchombre préférée!"

    Ciel rigola légèrement, en frottant amicalement du poing le haut du crâne de Syndrell. Il ne remarquait même pas que les gens se retournaient sur ce couple étrange, qui marchait d'un bon pas en rayonnant de mille feux.

    "Et toi alors? Tu dois avoir un tas de choses bien plus intéressantes à me raconter!"

    Il se permettait de poser cette question, parce qu'il savait que la jeune fille était assez intelligente pour ne pas l'interprêter comme une curiosité mal placée de sa part à l'égard de la guilde mystérieuse des Marchombres. Non, lui, tout ce qu'il voulait, c'était savoir comment elle allait, et voyager à travers ses récits qui, il n'en doutait pas, devaient être bien plus passionants que les aventures du petit prof qui dessine et qui couche avec nimporte qui pour faire passer le temps.

    [C'est du pur bonheur *-*]
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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Ven 08 Avr 2011, 11:50



[ Totalement d'accord *-* ]

Grisée, Syndrell se laissait emporter par la vague humaine, sans direction précise, flânant entre les étales parés de toutes sortes de produits attrayants – étoffes chamarrées, armes légères, bijoux scintillants, fruits et légumes appétissants… Les odeurs et les sons se mélangeaient pour former un brouhaha parfumé qui s’égayait sous un soleil déjà chaud. La voix de Ciel, douce et légèrement chantante, couvrait néanmoins tout ce bruit et c’est lui qu’elle écoutait.

Ciel.
Lorsqu’il avait glissé sa main sur son ventre, elle avait vu son regard changer, la surprise transparaître sur son visage. Il avait réellement cru qu’elle était enceinte… Syndrell ne comprenait pas ce qui avait pu lui faire croire pareille chose. Elle savait son ami extraordinairement surprenant, mais elle savait aussi qu’il avait une grande famille, et qu’il était habitué à ce genre d’événement – preuve en était la nouvelle grossesse de Sana. Il avait l’habitude, songea-t-elle en observant le Dessinateur du coin de l’œil, de déceler cette transformation, pour imperceptible qu’elle soit. Qu’avait-il bien pu deviner en elle, si ce n’était une petite étincelle de vie nouvelle ?

Pensive, elle caressa doucement son bras droit – celui qui était glissé autour de celui de Ciel. Un marchombre expérimenté, un maître même, n’était pas nécessairement en mesure de déceler la greffe chez un autre marchombre. Il pouvait le supposer, mais pas l’affirmer, en cela que la greffe restait un don attribué par le Rentaï, et que certains marchombres ne se le voyait pas accorder. Elle connaissait celle de Miss pour y avoir déjà été confrontée. Elle supposait qu’Erwan en possédait une, mais il ne s’agissait que d’une hypothèse – et curieusement, le jaguar qu’elle savait désormais faire partie de l’homme ne s’intégrait pas dans ladite supposition.

Ciel pouvait-il avoir deviné, lui ?
Que pouvait-il avoir perçu d’autre ? Elle n’était pas enceinte. En cinq mois, il ne lui semblait pas avoir tant changé que cela. Elle était libre, mais au fond, ne l’avait-elle pas toujours été ? Miss n’avait pas été une chaîne, simplement un maillon relié à elle, pour la guider sur un chemin qu’elle savait désormais arpenter seule. Mais peut-être que cette séparation, qui l’avait marquée, avait gardé son empreinte sur elle, peut-être que c’était ce qui avait alerté Ciel…

Ce dernier avait repris la parole, aussi balaya-t-elle ses questions d’un haussement d’épaules pour ne plus se focaliser que sur ses paroles. Ce faisant, elle songea que Ciel devait être un prof fabuleux. Il y avait un quelque chose, dans sa voix, qui apaisait et suscitait l’amusement tout à la fois ; il donnait parfois l’impression d’être un peu à côté de la plaque, mais ses paroles étaient bien plus justes que l’on aurait pu l’imaginer, et elle voyait presque les rouages de son cerveau tourner à toute allure tandis qu’il parlait. Il lui expliqua que le palefrenier – Eli – était un ami. L’attachement que vouait le Dessinateur à l’homme qu’elle avait croisé le temps d’une poignée de seconde se percevait au ton de sa voix et à la douceur de ses propos. Syndrell hocha la tête ; Eli l’avait lancée sur les traces de Ciel sans perdre de temps, lui permettant de retrouver son ami dans l’immense cité d’Al-Chen sans avoir à le chercher. Elle ne regrettait pas de lui avoir laissé Nuance, et comptait bien lui laissait davantage que le prix d’un soin pour sa jument…

Il la toucha sans doute plus qu’il ne pouvait l’imaginer en lui disant le plus simplement du monde qu’il l’avait attendu. Il l’avait attendu. Elle, Syndrell Ellasian, celle qui autrefois était rejetée par tous, connaissait aujourd’hui ce petit pincement de joie, presque douloureux, que l’on ressent lorsque l’on se sent aimé. Elle ne dit rien, emporté tant par le flot de paroles de Ciel que par celui des passants, mais elle resserra légèrement son étreinte.

Puis elle la perçu.
Cette fêlure, dans l’âme de Ciel. Il lui avait bien semblé, au premier regard, qu’il était plus serein mais qu’il y avait une dissonance, un accroc dans le tissu de son bonheur. Il évoqua en quelques mots sa relation avec un certain commis de boulanger qu’il balaya au profit de « sa marchombre préférée », mais Syndrell avait eu le temps d’entrevoir la faille béante de son cœur, et d’en être désolée. Elle n’aimait pas savoir son ami malheureux, or il l’était, malgré un travail qui lui plaisait et une famille aussi fabuleuse qu’était la sienne. Une partie de son univers restait plongée dans le noir, comme l’univers de presque tous les êtres vivants de cette terre. L’écho de la souffrance de Ciel, imperceptible car dissimulée par un radieux sourire et un ton léger, éveilla la sienne, et ses pensées s’envolèrent un court instant vers un mercenaire aux yeux d’encre et au sourire d’ange qui avait disparut de son univers à elle…


- Tu es sûr d’avoir la patience de m’écouter pendant des heures, Prof ? Parce que ma vie, depuis que nous nous sommes quittés, ne saurait même pas tenir dans un résumé de vingt minutes…

Elle sourit.
C’était vrai ; elle était en route pour le Désert des Murmures lorsqu’elle avait rencontré Ciel. En route pour le Rentaï. Il lui avait laissé un acier unique dans les bras, qui jaillissait sous forme de lames tranchantes à souhait comme en prolongement de ses os. Un secret qu’elle ne pouvait pas dévoiler à son ami, mais qui faisait partie d’un voyage extraordinaire, d’une des plus belles aventures de sa vie. La plus belle est arrivée ensuite, lorsqu’elle est partie avec Miss jusqu’au bout de l’Empire, là où la terre affronte dans un ultime assaut l’océan déchaîné par tous les vents du monde, avant de plonger dans les eaux tourbillonnantes. Entre ciel et terre, elle avait terminé son apprentissage, de la plus jolie des manières qui soit… Au passage, elle avait découvert les Petits, s’était fait un ami, Lipilip. Miss lui avait enseigné les bases de leur langue, qu’elle avait ensuite étoffées avec l’aide de Lipilip, motivée par quelques bons kilos de framboises.

Ensuite, elle avait rencontré Tanank, le gentil éleveur de siffleur qui l’avait remise sur pieds alors qu’elle était pliée en deux de douleur, vaincue par les adieux d’un maître. A l’époque, elle avait vécu cela comme un nouvel abandon à ajouter à sa grande collection, avant de comprendre qu’en quittant le maître, elle avait rencontré une sœur… Une sœur qui avait accouché d’une petite fille, un mois plus tôt. Ça aussi, c’était une sacrément belle aventure. Hasard ou non, elle s’était retrouvée sans préméditation auprès de Miss durant cette belle et terrible épreuve, à seconder Erwan qui avait aidé Yllena à venir au monde. Juste après, Syndrell avait repris la route. Il y avait bien trop longtemps qu’elle ne s’était pas remise en quête de mille dangers et imprévus – depuis son dernier voyage avec Miss…. Enfermée depuis un petit moment à l’Académie, elle s’était sentit le vif besoin de repartir à l’aventure. Ce qu’elle avait fait sans la moindre hésitation…


- Et si nous allions boire un verre quelques part ? Comme ça, nous pourrons échanger nos aventures respectives et pleurer ensemble sur nos petits malheurs personnels… Partant ?




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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Sam 09 Avr 2011, 23:47

    Ciel était ravi. Comme il s'y attendait, Syndrell avait évidemment vécu énormément de choses. Elle avait l'air de plutôt bonne humeur, alors ce ne devaient pas être des choses trop difficiles... Ou du moins, elle avait su faire face et devait même maintenant être capable d'en parler, puisqu'elle lui proposait de le faire en buvant un coup. Il se demandait bien quel genre de vie pouvait mener un Marchombre... Owel, s'il s'absentait souvent et pour de longues périodes parfois, ne racontait que rarement ce qu'il faisait, et après plusieurs réponses évasives et sourires mystérieux, les Kern avaient compris qu'il n'avait pas forcément envie d'étaler ses activités. En revanche, il les racontait à Zéphyr; mais, même sous la pression suppliante de son petit frère, celle-ci n'avait jamais cédé. S'il avait envie que tu sois au courant, lui disait-elle, il te le raconterait de lui-même.
    Et comme Owel ne racontait pas, où disait juste où il était allé, et parlait de temps à autres de rencontres singulières, Ciel imaginait. Et maintenant qu'il avait fait en outre la connaissance de Syndrell, il imaginait avec plus de précision. Il imaginait les balades sur les toits, les nuits de silence et d'immobilité au sommet des plus hautes et plus lisses tours d'Al-Jeit, il imaginait les périples dans les contrées sauvages, les combats inombrables contre les Ogres d'Astariul et les bandits de grand-chemin, il imaginait les nages expertes dans les eaux agitées de la mer du Sud pour aller voir par curiosité et en toute discrétion quelle était l'organisation à bord d'un bateau pirate, il imaginait les longues nuits à la belle étoile, il imaginait une rencontre de Marchombres au détour d'un chemin, le coup d'oeil éphémère et la poésie d'un sourire... Il pouvait même imaginer bien plus encore: des escapades au Royaume Raï, des vacances chez les Petits, un apprentissage chez les Faël, de l'espionnage sur l'archipel Aline...
    Imaginer toutes ces aventures, ça lui faisait tourner la tête, et ça le faisait rêver. Pas vraiment au sens où ça lui donnait envie, parce que Ciel était un citadin, et qu'il n'avait jamais vraiment apprécié toute forme de danger, d'adrénaline, d'excitation face à l'inconnu. Sauf si ça concernait le Dessin, ou l'autre dessin. Il ne se rappelait que trop bien ses premières escapades dans les hautes spires, et, chaque fois, combien il avait le coeur battant et le souffle court en redescendant à la réalité; il se rappelait le défi et la motivation quand ses Maîtres lui imposaient un exercice très complexe; il se rappelait la curiosité quand il découvrait un pan, une dimension des Spires qu'il ne connaissait pas encore. Et lorsqu'il se rendait compte de l'intérêt d'une chose et que dès lors il brûlait d'envie, le coeur battant, d'en faire des dizaines et des dizaines de croquis, lorsqu'une idée audacieuse se faisait Inspiration et qu'il s'y attaquait en usant de toutes les techniques qu'il pouvait connaître, lorsqu'il allait explorer des yeux des contrées inconnues; les chevaux en étaient le parfait exemple.

    Alors, aller boire un verre, qu'elle lui raconte ses mystérieuses aventures et échanger leurs malheurs, il était partant.


    "Tout-à-fait d'accord! Il y a un endroit sympa pas loin d'ici..."

    Tout en emmenant la jeune femme, toujours bras-dessus bras-dessous, il prit conscience d'un de ses termes.
    Echanger leurs malheurs?! Mais, il n'avait pas de malheur, lui! Une petite baisse de moral déjà oubliée, voilà tout... Alors elle, ça voulait dire qu'elle en avait, des malheurs? Un peu inquiet, Ciel repensa aux agresseurs de Zénith et Zéphyr, la fois dernière, dont il n'avait, ni aucun membre de sa famille, plus vu le bout du nez; et s'ils étaient partis sur les traces de la jeune Marchombre pour tenter de lui faire la peau?
    Mais non, mais non, il n'était pas le centre du monde, et Syndrell, en cinq mois, devaient avoir eu affaire à bien d'autres dangers que trois ou quatre pauvres petits brigands des rues... Des bêtes horribles... Peut-être même des Brûleurs ou des Goules! Des hordes de Raïs affamés... Des... Des Ts'Liches! De plus en plus inquiet, Ciel jeta un coup d'oeil comme il pouvait à la jeune femme tout contre lui, mais ne la trouva pas boîteuse, ni une épaule qui pendait, ni une vilaine balafre mal refermée. Si c'était le cas, il l'amènerait voir maman ou Nuée; en matière de petits bobos, ou même de sacrément plus gros, les deux femmes s'y connaissaient très bien -sans pour autant agir dans la dimension des Rêveurs.

    Ciel repéra un établissement, très prisé de la jeune population d'Al-Chen en soirée. Mais là, en ce début d'après-midi, il ne devait pas y avoir grand-monde, et, atout non négligeable, la terrasse était installée. Il y entraîna Syndrell.

    Ciel laissa Syndrell choisir une table, adressa un signe de tête accompagné d'un sourire poli à un de ses élèves -encore un qui allait répandre une rumeur douteuse sur lui, et après avoir demandé à Syndrell ce qu'elle désirait boire, alla chercher les boissons au bar.
    Lorqu'il revint, son inquiétude était un peu retombée. Hormis sa peau plus bronzée et toujours cette nuance dans son aura qu'il ne parvenait pas à cerner, elle ne semblait pas avoir changé. Mais il savait très bien que, même pour un Marchombre -surtout pour un Marchombre?- un grand malheur pouvait très bien être invisible de l'extérieur.
    Il se calla bien sur sa chaise, étendit ses jambes, pencha un peu la tête, attentif et plus sérieux tout-à-coup, et plongea son regard dans le sien. Prêt à tout entendre, à écouter pleinement tout ce qu'elle pourrait dire, à détecter un éventuel signe de détresse, une éventuelle faille à soigner en douceur. Il n'oubliait pas le "mais" de la lettre. Il n'oubliait rien, quand il aimait.
    Il décida qu'il n'y avait pas besoin de mots pour l'inviter à parler.
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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Dim 10 Avr 2011, 14:17

Rendant son sourire à Ciel, Syndrell se laissa guider dans les ruelles encombrées, confiante. Son ami connaissait cette cité comme sa poche, et en effet, il ne lui fallu pas longtemps pour leur dégoter une petite buvette, calme et joliment tenue par un couple à l’air sympathique. Quelques personnes profitaient du soleil sur la terrasse, d’autres étaient accoudées au bar, à l’intérieur. L’établissement donnait sur une artère qui débouchait sur la place, et la terrasse, sur-élevée, permettait de regarder passer tout ce petit monde qui se massait tranquillement vers les commerces.

Laissant son compagnon aller passer leur commande, Syndrell choisit une table proche de la rue – une place de choix pour observer tout et tout le monde. Par habitude, elle se plaça dos au petit muret de pierre, haut d’un petit mètre, qui bordait la terrasse et supportait quantité de fleurs colorées. Un réflexe de guerrière prudente, qui ne laisse aucune chance à quiconque de mal-attentionné de l’attaquer dans le dos…

Se laissant aller contre le dossier de sa chaise, elle regarda Ciel échanger quelques mots avec le jeune tenancier. Le Dessinateur était sincèrement heureux de la revoir, et son bonheur était contagieux ; le cœur gonflé de joie, Syndrell se sentait parfaitement sereine, et ce pour la première fois depuis… Depuis que Miss l’avait libérée de ses liens, là-bas, sur l’arche de terre et de pierre qi s’envolait au-dessus de l’océan. Sans le savoir, Ciel venait de rétablir un équilibre précieux, et rien que pour cela, elle lui en serait toujours reconnaissante.

Son regard glissa pensivement sur les tables voisines, détaillant le jeune garçon qui avait salué le professeur avec un certain respect doublé d’une malice à peine voilée ; sans doute un élève de Ciel. Il avait dans les quinze, seize ans et sirotait un verre avec une amie, peut-être sa compagne, car chaque fois qu’il levait les yeux vers elle, Syndrell voyait ses pommettes s’empourprer légèrement tandis qu’une multitude de petites étoiles s’allumaient dans ses prunelles. Elle sourit. Puis son regard s’attarda sur un homme d’affaire, occupé à terminer son repas tout en remplissant fébrilement un document. Elle sursauta en voyant apparaître une paire de ciseaux dans sa main pour qu’il puisse découper une feuille de papier. Dessinateur.

Haussant un sourcil, la jeune femme nota soigneusement chaque faits et geste du quadragénaire aux cheveux poivre et sel. Elle voulait essayer de deviner sa nature rien qu’en l’observant attentivement, afin de pouvoir reconnaître les dessinateurs lorsqu’elle en croiserait à l’avenir. Mais il apparaissait que seule la création d’un Dessin pouvait trahir le don de ces gens-là. Si Ciel n’avait pas dévoilé le sien en lui offrant un bouquet de fleurs, elle n’aurait jamais soupçonné sa particularité…

Une main posa un verre devant son nez. Tout sourire, elle leva les yeux vers Ciel, surprise de voir briller dans ses prunelles une lueur inquiète, et le regarda s’installer en face d’elle, son propre verre à la main. Il avait soudain un air grave, tel qu’elle ne lui connaissait pas. Mais il souriait, et d’un imperceptible mouvement de la tête, l’invita à parler la première.


- Par où commencer ? Déjà, il faut que tu saches que j’ai été libérée de l’enseignement de mon maître. Mon apprentissage s’est terminé il y a un peu plus d’un mois, maintenant. Désormais, je suis… je suis mon propre maître, si l’on peut dire.

Syndrell savoura une gorgée du sirop d’agrumes que Ciel lui avait servi. Elle choisissait ses mots avec soin, prenant garde de ne trahir aucun secret marchombre tout en intégrant le Dessinateur de son monde de confiance encore neuf. Elle ne doutait pas de lui, non seulement parce qu’il côtoyait plus ou moins un marchombre, mais aussi parce qu’il respectait ce silence nécessaire.

- Après t’avoir quitté, j’ai découvert traversé l’Empire du sud au nord, m’aventurant en Royaume Raïs pour atteindre le bout d’un monde… Un voyage fabuleux. J’ai rencontré les Petits de la Forêt Maison. Ce sont des êtres exceptionnels… leurs framboises aussi.

Elle sourit, ses pensées s’envolant un court instant vers Lipilip, son joyeux petit compagnon. Que faisait-il, en ce moment ? Sans doute dégustait-il quelques framboises en rêvassant, perché sur une branche de l’Arbre Talisman…

- J’ai aussi vécu un accouchement. Non, Prof, pas le mien ! Je ne sais vraiment pas ce qui a pu te fourrer une idée aussi saugrenue dans le crâne, mais crois-moi, je suis profondément admirative de Zéphyr et de Sana. Mettre au monde un enfant, c’est… C’est beau, et c’est terrible tout à la fois. Ce n’est pas comme se battre avec un adversaire de chair et d’os, c’est affronter une douleur monstre pour offrir la vie à une petite chose vraiment minuscule, mais qui est capable de crier plus fort qu’un brûleur en colère !

Syndrell cligna doucement des yeux et ses pensées changèrent de direction. Volèrent vers Miss, Erwan et Yllena. Comment allaient-ils ? Miss s’était-elle remise de cette éprouvante épreuve ? Elle l’avait laissée si faible, si fatiguée, rassurée par la présence d’Erwan et la pleine vitalité du nouveau-né, mais elle avait presque immédiatement quitté l’Académie, ne les revoyant pas depuis son départ. Et la petite pointe d’inquiétude qui avait pris place au fond de son cœur lui tira un petit sourire. Oui, désormais, elle aurait toujours cette inquiétude-là. Parce qu’elle faisait partie d’une famille, et pour de vrai, cette fois…

- Je te passe les détails sanglants de mon périple. En cinq mois, j’en ai fais coulé pas mal, et pour diverses raisons qui ne regardent que moi. Mais j’ai aussi fait des rencontres très intéressantes…

Le regard flamboyant, Syndrell fouilla un court instant dans une poche intérieure de sa combinaison avant d’en sortir un bout de papier, qu’elle déplia délicatement pour le tendre à Ciel. C’était le dessin que lui avait offert Kunst, la maman de Lyke. La jeune novice n’était pas Dessinatrice, déjà plus marchombre que la plupart des apprentis de l’école, mais elle avait un don qui avait ému Syndrell. L’esquisse représentait la jeune femme, silhouette vague mais tellement fidèle, femme-oiseau prête à s’envoler vers un horizon inconnu.

- La marchombre qui a dessiné ça pour moi est incroyable. Tu as été le premier à me dessiner des fleurs, elle a été la première à me dessiner tout court…

Syndrell résumait en désordre quelques-unes des nombreuses aventures qui lui étaient arrivées en cinq mois. Elle aurait le temps de s’attarder sur certains points plus tard… Et puis, elle était toujours aussi curieuse. Elle aussi voulait savoir…

- A toi, maintenant. Parle-moi de ta vie. Ne me dis pas que tu as passé toutes tes journées à m’attendre, je vais finir par me croire indispensable… Comment va ce cher Azur ? Tu ne m’en as pas encore parlé.

Azur.
Le séduisant jeune homme, frère cadet de Ciel, l’avait frappé par la puissance de son caractère, pourtant très discret ; une force de la nature, comme tout marchombre qui se respecte… Et depuis qu’elle-même n’était plus apprentie, Azur lui revenait régulièrement en tête.


Posant les coudes sur la table et son menton dans ses mains, Syndrell regarda Ciel, un sourire innocent sur les lèvres. Elle savait qu’il attendait plus d’informations de sa part – qu’elle lui en avait dit trop et trop peu, qu’il devait être un peu frustré de ne pas en savoir davantage, mais elle s’amusait de le taquiner de la sorte. Après tout, ils avaient le temps… Elle avait le temps.


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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Dim 10 Avr 2011, 22:29

    Tout-à-coup, il n'y avait plus qu'elle. Il fallait dire que chacune de ses phrases était riche, que chacun de ses mots amenait une multitude de pensées dans l'esprit de Ciel, et tout autant d'interrogations, tellement qu'il n'y avait plus que toutes ses réflexions personnelles dans sa tête, et rien d'autre. Il sirotait mécaniquement son verre, il ne lâchait pas le Chat ni des yeux, ni des oreilles. Juste elle, et le flux impressionnant de pensées qu'elle générait dans sa tête de Dessinateur.

    Libérée de son apprentissage... C'était un peu bizarre dit comme ça; Syndrell semblait déjà bien plus libre que quiconque lors de leur dernière rencontre. Mais cela ne voulait certainement pas dire que Syndrell considérait l'apprentissage comme une entrave à sa liberté. Au ton de sa voix, même, Ciel pouvait déceler une petite note de... De nostalgie, peut-être; en tout cas, un quelque chose qui lui soufflait que cette période de sa vie avait été absolument merveilleuse.
    Mais ce n'était pas ça qui l'intriguait le plus. C'était le fait en lui-même. Et à vrai dire, ça l'étonnait tellement qu'il ne put se retenir d'hausser les sourcils de surprise. Syndrell... A peine terminé son apprentissage? Mais pourtant, la première fois qu'ils s'étaient rencontrés... Il était persuadé qu'elle avait déjà fini, elle! Oh mais en fait, il ne s'était jamais demandé s'il y avait des histoires d'enseignement... Il lâcha un léger soupir, affligé par ses propres pensées. Alors donc, il y avait des... Apprentis Marchombres. Cela faisait un peu bizarre, dit comme ça, mais c'était une évidence pourtant: on ne pouvait pas acquérir seul les capacités de ces gens. Au premier abord, cela brisait un peu, à ses yeux, le charme des Marchombres, de se dire que... Ca s'apprenait.
    Cependant, le professeur avait assez vécu pour être à peu près sur que cette formation n'était sans doute pas à la portée de tout le monde. Qu'il fallait y être... Prédisposé. Lui, par exemple, doutait pouvoir apprendre -y avait-il un âge, d'ailleurs? Cette idée lui semblait aussi peu... "Marchombre", mais il fallait tout de même de la condition, non? Alors lui, à son âge, pourrait-il apprendre? Non vraiment, il en doutait. Et puis, il avait déjà trouvé une Voie. Mais quand il voyait Azur par exemple... Il y avait, comme ça, des personnes qui dégageaient un petit truc particulier. Un truc qu'un Maître, comme l'avait dit Syndrell, permettrait de développer, de trouver, d'amplifier... D'arpenter une Voie.
    Et donc si Syndrell rayonnait déjà de mille feux lorsqu'elle était encore sous la tutelle d'un Marchombre plus expérimenté, ça signifiait... Que ce n'était encore rien, comparé à plus tard? Qu'elle allait encore être plus forte, plus souple, plus vive, plus douée? Ca lui faisait presque peur. Et ça pouvait aller jusqu'où, comme ça? Est-ce que... Est-ce qu'il y avait seulement une limite aux capacités Marchombres?
    C'était sans conteste une Voie sans doute formidable, de ce qu'il pouvait en déduire; mais aussi, extrèmement ardue.

    La suite l'attestait. Il déglutit. Il avait imaginait Owel entrain de se moquer du roi des Raï, et tenter de se lier aux Petits. Il avait imaginé Syndrell le faire, mais avec moins de conviction -elle était si jeune!- surtout pour les Raïs. Mais finalement... Finalement, c'était vrai. La jeune femme avait réellement été explorer les contrées les plus inconnues des Alaviriens. Et elle avait réellement été en très grand danger. Surtout chez les Raïs, parce que les Petits n'avaient pas la réputation d'horribles créatures sanguinaires.
    Ce qu'elle racontait, en plus de confirmer à quel point ses aventures étaient grandioses, et bien plus palpitantes que les siennes -qui ne pouvaient même pas être qualifiées d'aventures- ouvrait un nombre incalculable de portes à Ciel. La jeune femme serait capable de lui raconter pendant des heures comment c'était vraiment, là-bas, chez les Raïs, ou comment vivaient les Petits. Elle avait peut-être même appris à parler leur langue... Sans doute, en fait.

    Mais Ciel ne l'interrompit pas. Il ne se permettrait pas. Les questions, pour plus tard; en attendant, elle continuait de raconter, et ce qu'elle disait était rudement intéressant. Elle en venait aux accouchements.

    Il l'écouta très attentivement, et sourit face à son incompréhension. Evidemment... Lui aussi, au début, plaignait les femmes d'avoir à subir un tel calvaire, et en voulait presque aux compagnons de ses soeurs de les avoir mises enceintes. Mais au fur et à mesure, il avait compris. Compris que le bonheur sans borne de la femme qui venait d'enfanter effaçait rapidemment la douleur... Enfin du moins, pensait-il l'avoir compris, d'après les dires de ses soeurs et de sa mère, et d'après ses observations. Ce n'était pas à lui d'expliquer ça à Syndrell; il ne voulait pas risquer de se tromper et de déformer la vérité. Si elle devait l'apprendre de la bouche de quelqu'un, ce serait de celle d'une femme qui avait vécu cet instant. Ou alors, elle l'apprendrait d'elle-même le moment venu...
    En revanche, il notait l'interrogation de la jeune femme qui se demandait comment il avait pu penser d'elle qu'elle était enceinte, et la rangea dans un coin de son cerveau en ébullition pour ne pas l'oublier.
    Mais il était d'accord avec elle: la naissance, c'était quelque chose de sublime, et c'était à chaque fois unique. A chaque naissance à laquelle il assistait, Ciel était ému aux larmes et profondément bouleversé. A chaque fois. C'était peut-être parce qu'il était un homme particulièrement sensible, et qu'en plus, les accouchements auxquels il avait assistés étaient ceux de femmes de sa famille proche, mais ça ne changeait rien au fait qu'il trouvait tout cela, les cris de la femme, les cris de l'enfant, les larmes, le sang, la douleur, le bonheur infini, absolument superbe. C'était même, à ses yeux et pour l'instant, la plus belle de toutes les choses.

    Déjà, Syndrell passait à une chose d'un tout autre registre. Il reposa son verre, la bouche légèrement entrouverte, le souffle un peu plus court. Elle évoqua rapidemment des affrontements. Elle mit les choses au clair en précisant que c'était personnel. Elle ne dit pas si elle avait tué ou non -encore une question à se souvenir- mais le fait était qu'elle avait été confrontée à une multitude de dangers. Et ça lui faisait peur. Bien sur, elle lui avait prouvé qu'elle savait se défendre, et avec brio, même; mais si un jour elle tombait sur un Dessinateur confirmé qui lui voulait du mal? Saurait-elle déceler le danger? Saurait-elle éviter des lames apparues à une trentaine de centimètres d'elle, se dépétrer d'entraves solides? Non vraiment, ça l'effrayait tout ça.
    Mais il n'eu pas le temps de se faire plus de sang d'encre; déjà, la magie du dessin opérait.

    C'était Syndrell, il n'y avait pas de doute là-dessus. Les traits n'étaient pas précis, mais l'ensemble était plutôt fidèle, et surtout, dans ce dessin, il y avait l'aura que dégageait Syndrell. Elle y était, là. Cette sensation de... De lumière, de liberté, cette fougue, cette sauvagerie qui émanaient de la jeune femme, toute sa vitalité dans les courbes du dessin... Son coeur s'emballa. Une perle. La personne qui l'avait dessiné était vraiment douée. Elle devait connaître l'aura, pour la retranscrire sur papier avec autant de facilité; ou alors, c'était un génie.
    Il tenait délicatement le dessin entre ses mains, l'observant à la fois en tant qu'observateur totalement externe à cet art, et en tant que dessinateur lui-même, qui repérait les techniques, les astuces, les détails qui faisaient que, qui notait tout d'un oeil expert, en s'extasiant devant ce petit chef-d'oeuvre.
    Il ne put retenir un sourire aux paroles de Syndrell. Il fut tenté de lui révéler sur quoi il travaillait, depuis qu'elle était partie, mais décida de tenir sa langue, pour que cela reste une surprise. Mais effectivement, elle venait de lui dire que la femme qui avait réalisé le dessin était Marchombre... Elle connaissait donc l'aura, comme il le pensait. Il n'empêchait qu'elle avait tout de même réalisé une véritable prouesse, en couchant sur papier une chose aussi inconsistante et indéfinissable que cette lumière qui auréolait le Chat.

    Et puis, voilà qu'elle l'interpelait directement. C'était de nouveau à son tour. Déjà?! Mais elle n'avait fait qu'effleurer quelques points de son voyage! Tout à coup, il retomba sur terre, sur cette terrasse à des centaines de kilomètre des framboises, des petits trucs verts répugnant, du crayon d'une Marchombre, des hurlements d'une mère...
    Mais en face de la jeune femme, qui la regardait, innocemment. Bah bien sur, innocemment... Cette petite savait très bien qu'il mourrait d'envie d'en savoir plus. Il secoua la tête, l'air faussement affligé par son attitude, et nota avec satisfaction qu'elle demandait des nouvelles d'Azur. Tiens tiens, elle pensait à lui, maintenant? Mais au son de sa voix, il devinait qu'elle devait avoir pensé à lui à plusieurs reprises, au cours de ces derniers mois. On ne la lui faisait pas, au prof'. Il aimait l'être humain et l'avait assez observé pour connaître ses petites manies, et pour déceler envies, frustrations et dépits dans les différentes intonations.
    Elle voulait du Azur, il allait lui en donner.


    "Alors d'abord, je suis surpris que tu aies tout juste terminé ton enseignement... En fait, je pensais même pas qu'il y avait un enseignement de manière aussi concrète... Enfin moi la dernière fois, je pensais que t'étais déjà une Marchombre accomplie et tout. Même si tu l'étais sans doute, enfin je me comprends, je pensais pas que t'avais encore un Maître, quoi..."

    Comme elle l'avait fait, il s'arrêta pour boire une gorgée de son cocktail. Très rafraîchissant, il adorait ça.

    "Et si j'ai cru que tu étais enceinte... C'est parce que quelque chose dans ton aura, quelque chose de toi a changé. C'est pas négatif, je dirais pas non plus que c'est positif, c'est juste... Un changement, c'est très dur à cerner. Comme on peut aussi observer un léger changement chez les femmes enceintes, c'est pour ça que je me suis posé la question. En plus, tu es vraiment séduisante, mes frères te l'ont prouvé, et d'ailleurs je suis un peu surpris que tu n'aies personne, mais d'un côté, je préfère presque ça..."

    Ciel lui adressa un sourire malicieux. Bon certes il voulait l'embêter un peu, mais sérieusement, au moins, si elle n'avait personne, elle ne risquait pas d'être amoureuse d'un sale type qui ne vallait pas le coup. Il imaginait mal Syndrell tomber dans les bras de quelqu'un qui n'en vallait pas la peine; mais savait-on jamais, l'amour, on ne choisit pas...

    "Et ce dessin, il est splendide. On te reconnaît, il y a comme un bout de toi là-dedans. Ca sent la liberté à plein nez. C'est vraiment du beau travail."

    Il laissa encore une pause. Il se demandait à quel point la jeune femme attendait qu'il lui donne des nouvelles d'Azur. A son tour, il lui adressa un joli sourire candide.

    "Alors, ce cher Azur... Eh bien figure-toi, il a mit un terme à sa relation avec sa copine la semaine qui a suivit votre rencontre. Et plus aucune fille à l'horizon depuis. Toute la famille me demande régulièrement de tes nouvelles, mais lui, il s'abstient... Il me demande l'air de rien en privé, en fait."

    Ciel l'observait, tout pétillant de malice. Il savait pertinemment que lorsqu'Azur verrait Syndrell, il tenterait de la séduire. Mais pas d'une manière brouillonne et brusque comme Nuage, parce que d'après ce que Ciel avait pu observer, ce ne serait pas qu'un jeu, pour Azur. Il serait délicat. Et il était doué.
    Il n'ajouta pas qu'il avait, un jour, surpris Azur songeur devant le dessin sur lequel il travaillait en ce moment. C'était une surprise.


    "Plus sérieusement... Azur passe encore plus de temps qu'avant avec Owel, et il me paraît encore plus mystérieux. Je crois qu'il a vraiment découvert... Quelque chose. Je l'espère sincèrement."

    Il fut tenté de la questionner sur ce qu'elle pensait de son frère sur un plan plus personnel, mais décida de s'abstenir. Il était peut-être encore trop tôt.

    "Sinon, moi... Eh bien, je ne suis pas un aventurier comme toi. Mes aventures, c'est dans ma tête. J'ai beaucoup dessiné avec un crayon, comme je te l'ai dit... J'ai aidé Zéphyr à accoucher, c'était formidable. Pour moi, ces moments sont toujours aussi intenses. Mes journées sont rythmées par mes cours -le garçon derrière, c'est un de mes élèves-, par les visites à la famille, par le temps que je consacre à l'écurie -mes matinées, je n'ai des cours presque que les après-midi- et à mes amis. On reste tous sur nos gardes, depuis la dernière fois. Mais hormis la famille qui s'agrandit, il ne s'est rien passé de bien notoire. Nuage a changé deux fois de copines, mais ça, c'est un peu comme d'habitude. Le deuxième de Nuée se rebelle aussi, mais c'est l'âge... Non, je te dis, rien de bien particulier hormis l'accouchement... Ca doit te paraître étrange non, de pouvoir vivre sans bouger de son nid?"

    C'est fou ce que sa vie lui paraissait fade en comparaison avec la jeune Marchombre. Pourtant, il l'aimait bien, sa petite existence, avec son lot de petits bonheurs et soucis quotidiens...
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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Lun 11 Avr 2011, 09:12

Syndrell fronça les sourcils et se redressa, posant les mains à plat sur la table.

- Etrange ? Pourquoi étrange ? C’est ta vie. Si on avait tous la même, alors le monde serait bien triste… Notre conversation serait bien triste. Parce que nous n’aurions rien à nous raconter.

C’était vrai. Elle aimait entendre Ciel parler de sa petite vie tranquille, elle qui ne tenait pas en place ; il constituait pour un point d’ancrage, un port auquel elle pouvait s’attacher lorsque le besoin se faisait sentir. Comme l’Académie. Sauf que là, il s’agissait d’un ami…

- Et puis, je ne m’y connais pas très bien en matières de Dessin, mais je crois que vous autres, les Dessinateurs, vous avez l’incroyable chance de maîtriser un paradoxe fabuleux : vous savez voyager instantanément via un « pas sur le côté », vous pouvez explorer un autre monde, invisible pour tous ceux qui n’ont pas le don, sans même bouger de votre chaise. Est-ce que ça n’est pas extraordinaire, ça ?

Pour sa part, Syndrell ne regrettait pas de devoir faire des kilomètres pour aller d’un point à un autre. Vivre chaque trajet, avec ses bonnes et ses mauvaises surprises, faisait partie de sa vie à elle ; pour rien au monde elle n’échangerait cette vie contre une autre. Mais la curiosité la titillait. Découvrir un autre univers, celui de l’imagination débordante de Ciel par exemple, devait être une sacrément belle aventure !

La jeune femme regarda ses mains. Ses bras. Elle avait du mal à dissimuler sa fierté, mais qu’importe. Ciel avait deviné. Connaissait-il seulement l’existence de la greffe ? Elle en doutait, puisque si c’était le cas, il serait soit en train de suivre la formation marchombre, soit… Elle ne préférait pas penser à la seconde option – la seule autre option qui existe. Ciel ne devait pas voir ses lames, jamais. Non pas qu’il puisse un jour divulguer un secret soigneusement gardé, mais parce que de très mauvaises personnes, avec de très mauvaises intentions, pourraient se servir de cette information contre lui. Sa comparaison, en revanche, l’intriguait. Elle n’avait jamais pensé à assimiler cette transformation si particulière avec celle que provoque la naissance d’un petit être en soi. Il faudrait qu’elle en discute avec Miss. Ou bien avec Erwan.


- Tu sais, tu m’as presque fichu la frousse, tout à l’heure. Quand tu m’as posé cette question. Parce que j’ai cru, un instant, que j’avais fait une bêtise… Tu vois, j’ai eu une… relation… avec un homme. Une relation compliquée, mais extrêmement fusionnelle. Je prends toujours des précautions, quoi qu’il advienne, mais cette fois-là, j’ai failli oublier. J’étais gravement blessée et cet homme venait de me sauver la vie…

Son regard se troubla tandis que ses souvenirs la ramenaient en arrière à la vitesse de l’éclair. Le soleil brûlant, le sable collant, les Ijakis… Elle n’avait rien oublié, pas le moindre détail. Elle se revit bondissant sur Owen pour le tuer, l’imprévu qui l’avait forcé à modifier sa trajectoire pour heurter de plain fouet la créature du désert… Le mercenaire bondissant plus haut qu’elle, bien plus haut, si haut que l’impossible était devenu possible… Blessée, mais vivante, incroyablement vivante, elle avait passé la nuit dans ses bras, en dépit du fossé les séparant. Elle n’avait pris ses herbes que le surlendemain, une fois que le rêveur qu’Owen avait contacté l’avait raccommodée. Elle aurait très bien pu tomber enceinte…

Que se serait-il passé, alors ? Si tel avait été le cas, qu’aurait-elle fait ? Owen avait disparu. Peut-être était-il mort, sans doute l’avait-il oubliée. Elle n’avait plus aucune nouvelle de lui, et son absence la rongeait toujours – c’est lui qu’elle allait chercher, en dirigeant ses pas vers le sud. Aurait-elle accouché d’un mercenaire du Chaos ? Aurait-elle su affronter cette épreuve seule, sans personne à ses côtés pour l’aider comme Erwan l’avait fait avec Miss ? Aurait-elle pu élever cet enfant sans avoir eu le modèle d’une mère ? Des questions qui n’avaient peut-être pas lieu d’être, puisqu’il s’agissait d’un possible qui n’avait pas abouti. Mais Syndrell comprenait seulement à quel point elle avait été inconsciente, à quel point il s’en était fallu d’un cheveu que sa vie bascule, et pas de la meilleure manière qui soit. Il suffisait de pas grand-chose pour bouleverser un univers…


- Même les marchombres ne sont pas à l’abri de l’erreur. Je crois que ce qui a changé en moi, c’est qu’aujourd’hui je suis apte à comprendre certaines choses qu’il y a cinq mois je ne comprenais toujours pas…

Elle biaisait. Avait-elle le choix ? Ciel ne serait évidemment pas dupe de cette réponse, quoi qu’il ne s’agisse pourtant pas d’un mensonge. Lorsqu’elle avait rencontré le Dessinateur, elle pensait encore retrouver Owen, ne songeant pas une seule secondes aux conséquences de telles retrouvailles.

- Celui qui croit savoir n’apprend rien. J’ai peut-être terminé mon apprentissage, j’ai encore tout à apprendre de ce monde…

Syndrell cligna doucement des paupières. Sourit.

- Donc, Azur est un cœur à prendre ? Tu ne devrais pas te faire de soucis, Prof. Avec la bouille qu’il a, ton frère ne devrait pas rester célibataire bien longtemps…

Elle ponctua sa remarqua d’un clin d’œil complice. Non, elle n’était pas folle, la guêpe ; elle avait bien compris que Ciel ne lui avait pas fourni ces informations par hasard. D’ailleurs il arborait une mine satisfaite, comme s’il avait marqué un bon point. C’était suffisant pour qu’elle se prenne à son tour au jeu ! Et il y avait de quoi. Les Kern au masculin avait chacun leur charme, et s’ils se ressemblaient tous suffisamment pour que leur lien de parenté soit évident, ils avaient leur manière propre de séduire. Les jumeaux rivalisaient par leur humour, Zénith par sa bonne humeur, Azur par son sourire mystérieux. Et Ciel ?

Syndrell pencha la tête sur le côté, observant son ami avec attention. Ciel était particulier. Non pas parce qu’il aimait les hommes, quoi que cela ajoute à son caractère unique, mais parce qu’il était… différent. C’était difficile à nommer, comme différence. Un regard plus doux, un air plus rêveur… Sa sensibilité passait à tord pour de la timidité, car Ciel n’était pas timide, ni peureux ; elle l’avait vu affronter une dangereuse espionne sans sourciller. Et elle n’oubliait pas que cette nuit-là, il l’avait poursuivie sur les toits d’Al-Chen.

Morne, sa vie ? C’est ce qu’il croyait. Mais n’était-il pas l’ami de deux marchombres ? N’était-il pas doué dans son domaine – et quel domaine ! N’occupait-il pas une place indispensable dans l’incroyable famille qu’était la sienne ? Elle se pencha vers lui, redevenue sérieuse.


- Tu es une personne vraiment exceptionnelle, Ciel Kern. Ne laisse jamais personne te dire le contraire.

Elle avait prononcé ces mots avec suffisamment de conviction pour lui transmettre sa propre force. Ciel manquait toujours d’un peu de confiance en lui. Lui aussi avait toutes ses chances, d’ailleurs il n’était pas si malheureux ; il attendait. Elle voulait simplement qu’il ne passe pas sa vie à attendre. Après tout, ils étaient tous les deux dans le même bateau.
Elle aussi attendait.


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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Lun 11 Avr 2011, 21:38

    "... Merci, Syndrell. C'est vrai que j'ai parfois tendance à oublier qui je suis... Et surtout, la chance que j'ai! Ma famille, pas de soucis, une situation stable, un Don formidable, des passions... Et des amis qui sont là pour me rappeler tout ça! Non mais vraiment, quand je te parle, j'ai l'impression que c'est moi qui ait dix-huit ans, des fois, et toi le double de mon âge!

    Mais cette formule, "Celui qui crois savoir n'apprend rien", je la connais aussi, tu sais. On dirait pas des fois, mais je suis un minimum adulte quand même, hein! On nous l'apprend aussi, dans les Académies de Dessin. Dans les Spires, c'est pareil que pour vous les Marchombres je présume, sur ce point. Si on est persuadé d'être le meilleur, le plus fort, de tout savoir, alors, fini les défis, fini les quêtes de savoir infinies. J'ai vite découvert que mes élèves eux-même m'apprenaient des tas de choses, tout comme les gens dépourvus du Don. Il y a toujours quelque chose qu'on ne sait pas, et aussi quelque chose au dessus de nos connaissances. Et je suis persuadé que cet apprentissage, dans le domaine du Dessin, comme dans la vie en général, il ne s'arrête jamais. Ca va à l'infini. Merwyn lui-même est sans doute encore entrain d'apprendre. Oui jeune fille, je fais partie de ceux qui pensent que Merwyn est toujours de ce monde! Ou alors... Des fois, je me surprend à rêver qu'il est entièrement dans la dimension des Spires. Ce serait formidable...

    Mais je suis content que tu en soies consciente! Ca m'aurait étonné, en même temps, mais tu peux pas savoir à quel point les jeunes de ton âge, et même ceux qui ont quelques années de plus peuvent être butés, parfois! Il y en a qui ne parviennent pas à comprendre et à accepter que la quête du savoir n'est jamais terminée. Deux trois compliments des plus grands professeurs, un diplôme en poche, des offres d'emploi de tous les côtés, et ils se croient déjà Maîtres absolus et incontestés! Mais généralement, ils se cassent assez vite la gueule, ceux-là.

    Et d'ailleurs, je crois qu'Azur a pas encore tout-à-fait pigé ce système. Lui, il est dans l'optique qu'il a encore un tas de choses à apprendre, mais dès qu'il en a acquis une, hop, c'est rangé et classifié et on n'y revient plus. Mais il est encore jeune, même si il est plus vieux que toi, et puis il apprend les choses à son rythme, je le sais. Et n'oublions pas qu'il a une famille absolument géniale pour lui enseigner les choses de la vie! Oui d'ailleurs... Si ça peut te rassurer, je sais que Zuzur, c'est pas le genre de mec à prendre du plaisir avec une demoiselle sans penser aux protections! Bon par contre, ce que tu me dis là... Azur, il aura pas de copine avant que tu l'aies envoyé bouler bien fermement, hein! Ou avant qu'il ne lâche l'affaire de lui-même, mais c'est pas demain la veille! Enfin j'ai beau rigoler, mais sérieusement, c'est pas des conneries.

    Mais dis-moi Syndrell, enfin, si tu le peux, j'ai bien compris que tu ne peux ni ne veux me raconter tout et n'importe quoi au sujet des Marchombres, mais... Ca existe, des Marchombres Dessinateurs? Parce qu'alors ils doivent être vraiment super terribles..."


[Il sirote quand même dans son verre de temps en temps, sinon il aurait pas assez de salive x) ]
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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Mar 12 Avr 2011, 15:41

- Des marchombres qui dessinent ? Et bien... Je t'avoue n'en avoir encore jamais croisé, ou alors ceux que j'ai croisé le cachaient bien. Mais si tu veux mon avis, je ne crois pas que la chose soit possible. Regarde, tu ne sais rien ou presque du monde des marchombres et moi, j'ignore tout de ce que vous appelez Spires ; la Voie que je suis et la tienne ne sont peut-être pas aussi différente qu'elles en ont l'air, mais elle ne se rejoignent pas assez pour se mêler. C'est ce que je pense...

Mais, toi qui est maître dans ton domaine, est-ce que tu n'as pas déjà abordé la question avec... je ne sais pas, d'autres Dessinateurs qui enseignent également ? Mon mentor m'a parlé des Mentaïs, une fois. Je ne crois pas avoir tout saisi du concept,et je me demande si la réponse à ta question ne s'y rapporte pas un peu...

Prof ? A moi de te poser une question. Tu penses qu'Azur est... qu'il a des sentiments pour moi ? C'est ce que tu essaies de me dire ?


[ Syndrell ne boit pas forcément mais elle marque des pauses, elle - quel débit, ce Cielou ! Heureusement que Syndrell est bavarde, il doit se sentir moins seul, là xDD ]

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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Mar 12 Avr 2011, 19:49

    "Tu sais, ici, on ne connaît pas grand-chose des Marchombres, vos secrets sont bien gardés. Donc mes Maîtres ne m'en ont jamais parlé, non; et c'est peut-être encore une preuve que nos Voies respectives ne peuvent pas s'entremêler très étroitement...
    Par contre des Mentaï, oui, mais là encore, nos connaissances sont vagues. Ce que l'on sait, c'est que ce sont des sortes de mercenaires, guerriers très habiles, et qu'ils ont une excellente maîtrise de l'Art du Dessin par dessus le marché... Mais un professeur m'a un jour expliqué que ces individus cherchaient plutôt à faire chuter l'empire, et toute forme d'organisation, pour atteindre ce qu'ils appellent le chaos... Et qu'ils étaient plutôt nombreux à servir cette cause, même si nombreux ne sont pas Dessinateurs. Je ne connais pas grand-chose des Marchombres, et rien de plus que ce que je t'ai dit de ces Mentaïs, mais... Vous êtes opposés, non? Enfin votre manière de faire, même l'aura qui se dégage de vous c'est plutôt... La paix... Je pourrais dire l'harmonie, l'opposé du chaos, quoi. Malgré ça... D'après ce que tu m'as dit, je crois comprendre que les Mentaïs ont à peu près les même capacités physiques que vous, les Marchombres?

    Et quand à Azur, là, Syndrell, tu me surprends! Tu ne chercherais pas à te masquer la réalité toi par hasard?
    Parce que déjà, sa manière de te regarder, de se comporter avec toi, ça me semblait assez évident, mais en plus, je n'ai même pas cherché à essayer de te "faire comprendre" par des stratégies habiles et subtiles! Je te l'ai carrément dit, non? Et même en insistant lourdement, j'avoue... Mais je pensais que tu avais compris!

    Tu as encore des sentiments pour cet homme dont tu m'as parlé?"


    [Tout cet enchaînement n'est peut-être pas très naturel, mais j'essaye de faire au mieux! x) ]
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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Mar 12 Avr 2011, 22:12

( Elle éclate de rire)

- Tu as aussi clairement cru que j'étais enceinte, Prof !! Mais tu sais, même étant marchombre, il y a des choses qui peuvent m'échapper. J'ai compris le sens de tes paroles, j'ai moins saisi l'attitude de ton frère, encore que... d'un côté, je l'ai sans doute plus compris que quiconque. Des quelques minutes mouvementées qui ont marqués notre rencontre, je retiens une âme discrète, plus jeune mais plus posée et observatrice que celles d'Orage et de Nuage, par exemple. Différent... Attachant, aussi.

Mais tu sais, il vaut mieux éviter de s'attacher à moi. Pas d'être ami, loin de là - je ne te permettrais jamais de penser que je ne veux pas être ton amie, Ciel. Seulement... Tous les hommes qui ont un jour franchi la super carapace dont je m'entoure continuellement pour me protéger de... pour me protéger, tous ont eu des ennuis. Je porte la poisse. L'homme qui le dernier est passé outre ces défenses, se rapprochant de moi plus que quiconque auparavant, a disparu... Dans le pire des cas, il est mort. Dans le meilleur, il a compris ce qu'il risquait à rester avec moi, et la raison a fait le reste...


[ Peut-être, oui. Mais j'aime. Il ne ressemble à aucun autre échange de la sorte, il se détache du lot - un peu comme la relation de Cielou et de Syn... Il est unique, quoi ! ]

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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Mer 13 Avr 2011, 22:20

    "Te protéger de quoi, Syndrell, des autres? De... L'amour des autres? Il n'y a rien de mal à être aimé, ni à aimer, bien au contraire..."
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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Jeu 14 Avr 2011, 00:58

- Rien de mal, non. Jusqu'à ce que tu te réveilles un beau jour, avec la mort de ta moitié sur la conscience. Crois-moi, Ciel, il y a parfois trop à y perdre pour que l'on puisse prendre ce genre de risque. Je ne suis pas prête à le prendre à nouveau...

... tu as déjà aimé, toi ? D'amour, je veux dire. Le vrai amour, celui qui rend fou dans tous les sens du terme.

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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Ven 15 Avr 2011, 23:27

    Ciel pencha un peu la tête sur le côté, portant son verre presque vide à ses lèvres. Une infinie tristesse dans le regard. Le ton et les propos de Syndrell le rendaient vraiment... Bizarre. Il ne se sentait pas vraiment enfant sans expérience, cette fois; mais plutôt adulte désemparé. Face à une jeune fille en détresse.
    Oh oui, elle avait un problème. Un sérieux problème relationnel.

    Il ne savait pas d'où elle venait, ce qu'elle avait fait, mais elle devait avoir des ennemis; et, visiblement, ne pouvait pas vraiment avoir... D'amis. Enfin, les gens qui s'attachaient de trop à elle, et inversement, avaient, selon ses dires, une sale tendance à disparaîte. Ce n'était peut-être pas uniquement un hasard.
    Et Syndrell était entrain de lui dire que, maintenant, elle ne voulait plus prendre le risque de perdre les gens... Syndrell, ne plus prendre de risque? C'était qu'il devait être énorme, celui-là. Il l'était, ce n'était même plus une supposition. Il le lisait sur son visage, sur ses mains crispées, sur son regard grave.
    Et ça lui faisait mal, à lui. Non pas qu'il ne pense qu'elle ne veuille pas se lier à lui; encore moins qu'il ait peur de mourir à son tour, ou d'avoir de sérieux ennuis. Non, le professeur était incroyablement triste de constater ce fardeau qu'elle portait, alors qu'elle n'avait même pas vingt ans. Ce fardeau, fruit de chagrins insoutenables, et d'expériences difficiles. Elle était si jeune, et déjà si dure, si éprouvée...
    Ca le rendait triste, de constater ça, d'autant plus qu'il ne pouvait pas compatir. Il ne pouvait pas comprendre. Lui n'avait jamais vécu ça. Bien sur, il savait, pour avoir déjà constaté des décès autour de lui, que la vie était fragile, et qu'en s'attachant à une personne, on risquait de la perdre et d'endurer une grande souffrance. Mais ici, à Al-Chen, il n'y pensait pas constamment, se liait d'amitié avec un peu tout le monde sans y faire attention, et surtout, ne s'était jamais senti coupable de la moindre disparition. Il était assez grand pour savoir qu'il aurait beau imaginer ce que cela faisait, il ne pouvait comprendre. C'était trop immense, trop démesuré pour que ce soit à sa portée. Mais cela ne l'empêchait pas de constater cette sombre lueur au coeur de sa petite Marchombre.

    Il n'avait, de plus, strictement rien à lui dire, ne trouvait pas de paroles de réconfort. Il se demandait si cela aurait servi à grand-chose; elle semblait si convaincue qu'il doutait qu'elle adhère à des dires contradictoires, surtout venant de la part d'un petit bonhomme qui n'avait jamais rien vécu de tel.

    Il ne pu que respecter son silence, et le ponctuer d'un sourire. Avant qu'elle ne pose une autre question.

    Le vrai amour, le vrai amour... Il rigola légèrement. Les mots étaient bien futiles...


    "Jeune fille, tout amour est un vrai amour. Seulement, nous avons un seul mot pour... Une infinité de sentiments. Chaque amour est unique et véritable, propre à celui qui le ressent, propre à l'objet de l'amour. J'aime boire un coup en terrasse, je t'aime toi, j'aime les sucreries, j'aime arpenter les Spires, j'aime dessiner, j'aime ma mère, j'aime mes frères et soeurs, j'aime ce t-shirt que je porte."

    Le mot "amour" qui en trompait plus d'un...

    "Mais ne t'impatiente pas, je comprend tout-à-fait ce que tu veux dire! Il y a des amours qui nous semblent vraiment semblables, et d'autres donc le caractère unique nous paraît d'une évidence absolue. Il y a des amours uniques et extraordinairement puissants, qui, je crois, peuvent nous chambouller de fond en comble et nous apprendre sur nous des choses que nous ignorions. Je pense que tu parles de l'amour pour une personne; sinon, j'aurais pu te parler de mon amour démesuré pour les deux formes du dessin.
    En ce qui concerne les personnes... Et bien tout d'abord, et tu le sais, je vous un de ces amours à chacun de mes frères et soeurs. Et à ma mère. Je serais capable de me consummer pour eux, je ferais tout pour leur bonheur et pour leur venir en aide. Mais je me doute bien que tu ne parles pas de ce genre d'amour..."


    Ciel souriait, désormais, et bu encore une gorgée pour laisser un peu s'installer le suspens. Meme si à tous les coups, elle avait déjà deviné sa réponse.

    "J'ai vécu bon nombre de passions dévorantes, souvent bien courtes. Des amourettes tendres, aussi, un peu plus longues celles-ci. Là, je résume, mais sache que je me souviens de chacune de mes relations -quand il y avait un minimum d'amour, du moins- et chacune est unique à mes yeux."

    Il avait eu, en tout, une dizaine de petits amis avec lesquels il avait entretenu une relation qui dépassait le simple échange sexuel dénué d'amour digne de ce nom (d'ailleurs, il ne considérait pas ce fade apprenti boulanger comme un de ces petits amis). Il admettait qu'il était un peu volage -la plus longue de ces aventures avait duré dix-huit mois, et ç'avait aussi été la plus complexe, la plus tourmentée, la plus mouvementée.

    "Mais je ne me suis jamais dit d'un homme que je le voulais pour la vie, pour l'éternité, pour même après la mort, qu'il était le Seul et l'Unique. Je n'ai jamais aimé quelqu'un d'une force qui m'aurait rendu capable de sacrifier beaucoup, de tout risquer pour lui. Donc je suis à peu près sur de pouvoir répondre par la négative à ta question."

    Et à vrai dire, Ciel n'en avait rien à faire, de trouver un potentiel grand amour. Il n'y croyait pas vraiment. Il ne pensait pas qu'il existait pour chacun une personne prédéfinie, qui serait LA personne, ou même plusieurs personnes avec qui ce genre de sentiments extrèmes pourraient être expérimentés. Pour lui, il y avait les gens, leur changement, nous, notre façon d'aimer, notre façon d'être. Si l'on rencontrait quelqu'un qui nous convenait tellement que ça donnait ce genre d'histoire, et bien tant mieux, vraiment, et il s'en réjouissait pour les autres. Mais il trouvait un peu idiote l'attitude des gens qui passaient leur temps à chercher ce qu'ils appelaient une âme-soeur. Qu'ils aiment comme ils pouvaient aimer, qu'ils reçoivent comme ils en étaient capable, voilà tout. Ces gens cherchaient une chose qu'ils devaient créer d'eux-même.

    "Et toi? Y en a-t-il eu d'autre que cet homme? Et est-ce que tu crois à cette théorie de l'âme-soeur, selon laquelle il y aurait un Grand Amour qui t'attend, quelque part, et avec qui tout serait possible?"
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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Sam 16 Avr 2011, 23:10

Etrangement, les paroles de Ciel trouvaient un drôle d’écho en elle, à la fois vibrant de compassion et carillonnant de justesse. Syndrell comprit que ce n’était pas tant l’ami que le maître qui parlait, fort d’un savoir nourrit par l’expérience du temps et de la vie. Une parole sage et pure, sincère et douce. Douce, car sans jugement aucun ; Ciel donnait à sa réponse-discours une empreinte de neutralité qui tenait plus de l’adage que d’une simple banalité, comme celles que l’on fournit lorsque l’on est à court d’arguments. Sincère, parce qu’à travers les explications du maître apparaissait, en filigrane, l’âme de l’homme qui était assis en face d’elle.

Qu’est-ce que l’amour ? Cette question, Syndrell se l’était évidemment posée, et de nombreuses fois. Quand les autres enfants avaient appris l’amour d’une mère et d’un père, elle avait connu la peur et la méfiance. Voilà pourquoi de manière instinctive elle attribuait la méfiance à l’amour, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, et de surtout de qui. Elle sourit intérieurement en repensant à la naissance de cette poussière d’histoire qu’avait duré sa relation avec Owen. Elle n’avait pas dit à Ciel qu’elle était fermement déterminée à le tuer, la nuit où par un coup du sort, ils s’étaient unis… Le dessinateur n’aurait pas pu comprendre l’enjeu d’un équilibre aussi fragile, et en même temps puissant, entre Harmonie et Chaos. Il fallait être marchombre, ou encore chasseur de marchombre pour mesurer un tel acte.

Mais peut-on mesurer l’amour ? Voilà qui l’étonnait franchement. Son ami lui disait voir l’amour vrai sous toutes ses formes, quelles qu’elles soient. Sa famille, son travail, l’Imagination, sa ville, même elle, la petite marchombre aux cheveux bleus et aux yeux d’or, avait sa place dans le monde-amour de Ciel. Et elle savait, en l’écoutant parler, qu’il ne s’agissait ni d’une plaisanterie ni d’une exagération. Elle faisait réellement partie de cet univers enchanté qui brillait dans les noisettes de son regard, et il ne lui permettait pas d’en douter.

Sa réponse était non. Non, Ciel Kern n’avait pas trouvé sa moitié – pas encore. Mais si étrange que soit cette perception de l’amour vrai, le dessinateur n’avait pas la conception de ce que l’on nomme « âme sœur ». Ce miroir qui semble renvoyer un reflet – un reflet différent, mais troublant de similitudes et de sentiments partagés. Terminant son verre et se léchant le pourtour des lèvres comme un chat se lèche les babines avec gourmandise, Syndrell se renversa contre son dossier et observa un instant le professeur. Elle ne pensait pas qu’il refusait totalement cette idée d’une moitié unique, d’une âme capable de s’attacher – non, de se fondre dans la sienne, comme si elle n’existait que dans ce seul but. Ciel portait en lui ce respect de l’amour, qu’il s’agisse de celui unissant un frère et une sœur ou de celui unissant deux amants. Elle pensait simplement qu’il n’y croirait pas tant qu’il ne le verrait pas de ses propres yeux. Et sur ce point, elle partageait son avis.

Croyait-elle en l’âme-sœur, elle ? La jeune femme sourit doucement. Il y a seulement quelques mois, elle aurait répondu un non catégorique. Mais sa route avait croisé depuis celle de deux marchombres formidables, de l’amour desquels était née une véritable petite perle. Une perle d’amour. Et cette perle d’amour, pour humaine qu’elle soit, était bien le fruit d’une complémentarité parfaite ; jamais elle n’avait vu deux âmes se compléter aussi bien que celles de Miss et d’Erwan. Elle avait du mal à croire aux âmes jumelles, se prêtant volontiers au jeu des coïncidences, mais elle devait avouer que si l’histoire d’Erwan et de Miss n’était qu’une succession de coïncidences, alors il s’agissait vraiment de coïncidences très, très jolies.


- Croire ou non en l’existence d’une âme sœur, ce n’est pas ça qui est le plus important. C’est l’aventure qui permet de rencontrer certaines personnes, jusqu’à celle qui convient le mieux, ce voyage des sens, jalonné d’échecs et de déceptions, mais incroyablement coloré qui est beau. Je crois en cette aventure.

S’il y avait bel et bien une personne n’existant que pour venir combler son âme incomplète, Syndrell n’était pas pressée de la trouver. Au contraire. Pour l’heure, elle préférait rêver en regardant Erwan regarder Miss regardant Yllena regardant Erwan ; savoir que l’amour pouvait être aussi beau lui suffisait.

La jeune marchombre rangea son dessin là où il avait sa place, c’est-à-dire contre son cœur, puis bondit de sa chaise sans prévenir et saisit le bras de Ciel pour l’entraîner à sa suite, redevant le feu-follet qu’elle avait toujours été. Elle avait perçu, dans le regard et dans le ton de son ami, une note de gravité qu’elle n’aimait pas. Il s’inquiétait pour elle, elle le sentait, mais à tort : elle était heureuse, véritablement heureuse. Cette poussière d’histoire avec Owen avait enchanté sa vie, la poussière d’étoile savourée avec Blood aussi. Quant à Leif… Leif était mort, mais elle gardait sur ses lèvres le goût de leur premier et dernier baiser, juste avant qu’il ne soit tué. Ce n’était pas lui, l’origine de sa méfiance envers toute forme d’attachement, et même si elle partageait l’avis de Ciel, Syndrell était une louve solitaire ; son monde-amour à elle se résumait à une infime poignée de personnes, pourtant c’était bien plus qu’elle ne saurait l’imaginer, et largement suffisant pour lui permettre de vivre.


- Je te parlerais de mes conquêtes une autre fois, c’est promis ! Mais maintenant, Prof, j’ai envie de me dégourdir un peu les jambes. Tu me connais, je ne vais pas m’éterniser trop longtemps dans les parages…

Elle lui décocha un de ces clins d’œil complices dont Miss avait le secret, puis désigna d’un geste du bras la rue toujours aussi pleine de monde.

- Qu’as-tu envie de faire, là, maintenant, tout de suite ?

Radieuse, elle se tourna vers lui, attendant sa réponse – n’importe quelle réponse. Tout ce qui comptait, c’était de passer un peu de temps avec Ciel, non, avec tous les Ciel : le prof, l’enfant, le membre d’une énorme et incroyable famille, le dessinateur, le citadin, le rêveur, l’ami. Tout ce qu’elle voulait, c’était vivre le monde-amour qu’ils partageaient tous les deux. Un monde-amour sacrément beau, quand elle y pensait.

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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Lun 18 Avr 2011, 22:13

    Ciel eut à peine le temps de jeter quelques pièces sur la table quand elle lui arracha le bras et bondit au dehors de la terrasse. Mais avec quelle éducation avait donc grandi cette furie pour agir de la sorte? Comme ça, au beau milieu d'une conversation on ne peut plus sérieuse, sans crier gare -si, l'étincelle du regard qui lui avait permis de dégainer son porte-monnaie juste à temps- elle se lève et quitte la terrasse, comme si d'un coup ça devenait trop oppressant ou quoi... Et elle en oublier presque de payer. Il adressa un signe de tête poli au serveur qui les regardait un peu décontenancé puis se remit à la hauteur de la jeune fille.

    A ses mots, il roula des yeux. C'était maintenant qu'elle annonçait qu'elle voulait un peu se "dégourdir les jambes"! Il s'apprêtait à lui faire une leçon de politesse, parce que quand même ça se faisait pas, surtout qu'elle lui avait à moitié arraché le bras aussi, mais déjà, elle continuait. Et alors il croisa son regard. Tout pétillant, avec les coins plissés des gens qui sourient pour de vrai. Et là, il se sentit fondre, et tous ses reproches, sa leçon de vieux mec coincé, ça lui resta dans la gorge.
    Parce que Syndrell, elle en avait rien à battre d'agir selon les codes. Elle agissait selon ses instincts. Selon ses envies. Elle avait envie de s'asseoir? Bah elle se posait pas de question, elle le faisait. Elle en avait marre? Debout, on bouge. Et si elle voulait voir quelqu'un? Ni une ni deux, elle sautait sur la jolie Nuance, et c'est partie. Et quand elle en aurait marre d'être à Al-Chen? Pareil. Elle parlait déjà de son départ en plus... Alors qu'elle venait d'arriver! Ca lui fit un peu mal au coeur, surtout à la pensée de cinq nouveaux longs mois sans elle.

    Alors il fallait qu'il profite, et ne pas qu'il l'embête avec ses sermons!
    D'autant plus que c'était admirable, la manière dont elle agissait. La liberté était certes bien dure à définir, et, s'il y avait déjà beaucoup réfléchi, tout cela restait assez flou dans son esprit. Cependant, il était très enclin à dire qu'elle était libre. Il ne savait pas trop comment, ni pourquoi, mais elle était libre. Et il l'admirait beaucoup. Peut-être que lui aussi l'était, mais à sa manière. Lui aimait vivre avec les hommes, en société, entouré de chacun d'eux, il aimait pouvoir toujours respecter les rêgles de politesse, distribuer des sourires, amicaux ou juste poli, pouvoir serrer une main, prononcer des formules d'usage. Il aimait son petit trajet quotidien, son petit monde restreint, sa vendeuse de sucrerie et les bières à la brasserie. Il aimait les visages familiers tous les matins, les même élèves chaque jours. Il se délectait aussi d'un inconnu sur son chemin, d'un nouvel arrivant au Dôme, d'un petit imprévu délicieux. D'une bonne grosse surprise comme sa Syndrell d'amour qui débarque à l'improviste.
    Ses sourcils froncés et son regard sévère de prof prêt à réprimander l'élève fautif s'étaient liquéfiés pour laisse place au sourire qui éclaboussait de plein de bons sentiments son visage en entier.

    Il leva les yeux vers le soleil. Il leur restait encore du temps avant que le soleil ne se couche.


    "J'aimerais bien réaliser ce que tu m'as promis la dernière fois!"

    Il lui rendit son clin d'oeil complice, et à son tour, l'entraîna dans les rues, mais en la prenant par la main pour ne pas faire la grosse brute.
    Ciel savait bien que tenir quelqu'un par la main était un signe de très grande intimité, et même souvent confondue avec une intimité amoureuse. Il n'en avait rien à faire. Autant il était très pointilleux sur sa conduite en société, pour bien s'intégrer et ne pas créer de problèmes, autant pour certaines choses, il se moquait bien du regard des autres. Quand il sortait avec un homme, il restait discret, parce que sa mère et certains de ses frères et soeurs n'étaient pas au courant de son homosexualité, et parce qu'il ne voulait pas que cela s'ébruite auprès de ses élèves; mais tenir la main à une amie, à une soeur, se jeter dans les bras d'un frère, consoler un neuveux, être tout seul le regard dans le vide, il s'en moquait. Que les autres pensent ce qu'ils voulaient; ceux qui le connaissaient ne s'imagineraient pas des choses à tort. Mais quand même, il faisait un minimum attention à son attitude -quand il faisait le con, ou quand il avait un peu trop bu-, du fait de son statut de professeur. Mais sur le plan des relations humaines, hormis l'homosexualité, il n'en avait rien à faire, et c'était bien pour ça qu'il n'éprouvait aucun scrupule à se balader bras dessus bras dessous avec la jeune Marchombre, à lui sauter dans les bras, ou à lui tenir la main.

    Après quelques minutes de marche assez rapide, ils arrivèrent à nouveau devant l'écurie. Ciel se retourna vers le Chat, pour s'assurer qu'elle avait bien compris.


    "Alors? Eli peut nous confier un cheval, si il faut! Bon je t'avoue, je suis pas monté plus de cinq fois sur un cheval, et la dernière fois date de quelques années, mais je connais à peu près les bases, enfin je crois, et je suis plutôt à l'aise avec eux maintenant! On a le temps là, non? Si je me souviens bien de toute façon, mon postérieur supporte mal plus d'une heure ou deux..."

    Il lui adressa une grimace significative, mais très sincère; il ne se rappelait que trop bien des fois où il avait monté trop longtemps et était descendu en grimaçant, gardant des courbatures pendant plusieurs jours. Fallait dire que c'était pas un très grand sportif, non plus...
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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Lun 18 Avr 2011, 23:41

Un sourire radieux se dessina sur les lèvres de Syndrell.
Il n’avait pas oublié…


- Une balade à cheval entre amis ? Je dis oui, mille fois oui !

Déjà, Ciel l’entraînait au gré de la masse humaine, emprisonnant sa main dans la sienne. Non. Cette larme main n’était pas une prison. Un guide, un message, un lien, empreint de douceur et d’amour, mais pas une prison. Une solide preuve de leur amitié qui fit bondir son cœur dans sa poitrine tandis qu’incrédule, elle le laissait la conduire à travers les ruelles tortueuses et emmêlées d’Al-Chen. Elle savait rejoindre l’écurie, bien sûr, mais Ciel leur fit prendre des raccourcis dont elle ignorait l’existence, et qu’elle prit soin de graver soigneusement dans sa mémoire, certaine que ses pas la conduiraient désormais souvent dans la cité.

- Syndrell, quand tu reviendras, tu accepteras de me laisser monter à cheval ?
- Quand je reviendrais, prof, on partira en balade ; on ira courir après les arc-en-ciel, on traversera la plaine sans s’arrêter, ou alors juste pour que je t’invite dans une auberge-relais. On laissera quelques bandits de grand chemin tenter de nous détrousser, l’armée des Kern viendra à notre secours et on finira la soirée en famille… !


Il n’avait pas oublié.
Les projets entre amis, ça ne s’oublie pas.

Stupéfaite que cette vérité s’impose à elle avec autant d’évidence, Syndrell cligna des yeux. Sa petite voix intérieure avait pris le ton sérieux du vieux souffleur de verre lorsqu’il lui assène la réalité sans autre artifice que la simplicité qui lui est propre. Et c’était décidément bien étrange. Mais alors qu’elle se laissait emporter par le Dessinateur, happé dans son joyeux sillage, elle comprit à quel point elle apprenait lorsqu’elle était avec lui. Il ne s’agissait pas du même genre d’enseignement que celui qu’elle avait suivi aux côtés de Miss, ni même de ce qu’elle avait pu vivre avec les marchombres. C’était… différent. Comme une leçon secrète, une leçon de vie ciselée dans la douceur des mots, des gestes et des regards ; il était Dessinateur mais ne lui apprenait pas le Dessin. Elle était marchombre mais ne lui parlait pas de l’Harmonie. Et pourtant, un échange se faisait, là où leurs doigts se joignaient.

Un échange silencieux et autrement plus fort que toute forme de discours. Elle ne voyait pas très bien ce qu’il pouvait apprendre d’elle, en revanche elle savait tout ce qu’elle retenait de lui. Ciel Kern lui avait appris la famille. Paradoxale, comme leçon, et pourtant… Pourtant Syndrell ignorait tout des véritables liens qui unissent les membres d’une famille. Croiser une fratrie aussi nombreuse que celle de Ciel, dans une rue d’Al-Chen ou d’ailleurs, l’aurait fait fuir à coup sûr. Mais ça, c’était avant qu’une certaine Zéphyr ne la serre dans ses bras comme une sœur, qu’un Orage – ou bien un Nuage ? – lui adresse un clin d’œil appréciateur et complice, et qu’une maman plus féroce qu’une louve et plus douce qu’une biche la considère comme l’égale de ses propres enfants.

Il lui avait appris la tolérance. Elle qui croyait l’avoir toujours été, elle se sentait minuscule à côté de la grandeur d’âme de Ciel – peut-être parce qu’il ne voyait le mal nulle part. Ciel était comme ça. Son regard ne jugeait pas, ses paroles ne blessaient pas. Il avait accepté son apparence avec la simplicité et la sincérité de celui qui vit au-delà des différences physiques. La fleur bleue qu’il avait dessinée pour elle avait beau avoir disparu depuis longtemps, elle la sentait toujours, coincée entre deux mèches derrière son oreille…

Il lui avait appris l’amitié.
Ce manque terrible, cruelle sensation de vide qui avait enserré sa poitrine chaque fois qu’elle avait pensé à lui au cours de ces cinq derniers mois. Ce bonheur intense, cette joie presque étouffante lorsqu’il avait fendu la foule pour l’étreindre avec émotion. Cette bulle de sérénité dans laquelle ils s’enfermaient lorsqu’ils étaient ensemble. Difficile de définir avec exactitude la puissance d’un tel lien.

Il se résumait à une main tenant l’autre avec une douce fermeté.

Eli les accueilli avec le sourire – et un clin d’œil ravi, lorsqu’il remarqua que Ciel n’était pas seul. Il avait de quoi être fier ; sans lui, Syndrell aurait peut-être manqué son ami… Elle en doutait sérieusement, mais elle n’en dit rien, parce que le palefrenier lui avait épargné la traversée de la ville. Pour retrouver Ciel, elle n’aurait pas hésité à parcourir celle-ci en long, en large et en travers, mais quelques minutes de moins à chercher, c’était autant de temps à savourer en plus en compagnie de son ami !

Ciel s’était souvenu de sa promesse, Nuance se souvint du Dessinateur. Tandis qu’Eli s’employait à la bouchonner avec vigueur, elle fit un pas vers eux et nicha sa grosse tête contre la poitrine de Ciel, dans un élan de tendresse qui tira un éclat de rire à Syndrell.


- Hé, ma vieille, tu essaies de me rendre jalouse ou quoi !

La marchombre tourna son regard d’or vers Ciel.

- Si tu es d’accord, j’aimerais que tu la montes. Nuance est une crème, elle est parfaite pour qui n’a pas l’habitude de voyager à cheval. Il suffit que tu lui montres une pomme et elle fera absolument tout ce que tu voudras…

Ponctuant ses paroles d’un léger baiser sur le doux chanfrein de sa jument, Syndrell glissa une main dans son dos. Plus rapide encore qu’un magicien, elle fit apparaître une pomme dans sa paume. Aussitôt, les oreilles de Nuance se dressèrent. Le prédateur venait de localiser sa proie. Elle agita la tête et fit un pas en avant pour renifler la combinaison de Syndrell, essayant de contourner sa cavalière pour saisir la pomme. Celle-ci recula, non pour faire durer l’envie de Nuance mais pour faire apparaître un poignard dans son autre main.

- Prof, attrape !

Jetant le fruit en l’air, Syndrell lança sa lame, la rattrapa et la rengaina avant que les deux quartiers de pomme ne retombent dans ses mains. L’instant d’après, soit un quart de seconde plus tard, elle envoyait une moitié de pomme à Ciel, offrant l’autre à Nuance qui avait suivi la jonglerie avec attention.

Laissant Ciel se débrouiller avec la gourmande jument, Syndrell se tourna vers Eli. Sourit en découvrant sa mine sidérée. Si Miss avait été là, elle aurait gratifié le petit spectacle de son apprentie d’une légère claque sur l’arrière du crâne, lui reprochant d’étaler ses talents avant de lui tirer la langue. Mais son mentor, s’il ne cesserait jamais de la guider toujours plus loin sur la voie, n’était pas là pour agir de la sorte, aussi s’était-elle permis ce petit tour de passe-passe, davantage pour amuser Ciel que pour épater Eli
.


- Que… comment… ?

- C’est le seul tour que je sache réaliser avec autant de brio ; pour tout le reste, je suis nulle comme un manche à balai !

Un sourire, un air candide et incroyablement doré… Eli secoua la tête, puis oublia ce qu’il venait de voir. Ne comptait plus que le regard de la gamine aux étranges cheveux bleus qui s’approcha de lui sans le moindre bruit.

- Y a-t-il un cheval de libre pour moi ? Ciel et moi aimerions aller chasser les arc-en-ciel…

De nouveau, Eli la regarda avec des yeux ronds. Mais qui diable était cette fille ? Perplexe, il chercha le regard de Ciel, comme pour y trouver une réponse convaincante…

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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Mar 19 Avr 2011, 21:54

    Il ne dit pas "waw", mais il le pensa très fort, et ses sourcils arqués, sa bouche entrouverte, ses yeux écarquillés le criaient. Punaise. Alors déjà, la manière dont elle avait fait apparaître une pomme dans sa main... Quelqu'un qui ne la connaissait pas aurait put la confondre avec une Dessinatrice, sur ce coup. Et puis aussi, par la même occasion, l'osmose parfaite avec Nuance... Le gratouillement là, sur ce qu'on appelait le chanfrein, le petit sourire, tout semblait si coulé, si naturel... Elles ne faisaient qu'un, ou quoi?! Depuis combien de temps elles se connaissaient, ces deux madame? Ca l'impressionnait, vraiment. A l'écurie, il en avait vu d'autres, des cavaliers en phase avec leur monture, de belles complicités, des bourrades affectives; mais des comme ça...

    Peut-être que c'était parce que pour lui, à la base, Syndrell rayonnait. Il avouait que son jugement manquait un peu d'objectivité; mais tant pis, il trouvait ça absolument magnifique. C'était une superbe harmonie qu'il avait là sous les yeux. Etait-ce parce que... Parce que Syndrell, Marchombre solitaire, n'avait pas grand-monde avec qui passer du temps? Parce que la jument était sa principale amie? Alors dans ce cas-là, la relation s'expliquait... Mais elle n'en restait pas moins époustouflante. Elle avait déjà frappé Ciel lors de leur première rencontre, mais là, cela lui paraissait plus évident encore. C'était lié à la fin de son apprentissage, peut-être? Est-ce que ça voulait dire qu'avant, elle était beaucoup plus avec son Maître que maintenant, et que donc elle se retrouvait seule à seule avec Nuance, et que leur relation ne s'en trouvait que plus profonde? Ou alors, ça le frappait parce que ça contrastait avec les paroles de louve solitaire que lui avait offertes la jeune fille sur la terrasse un peu plus tôt?
    De toute façon, il préférait ne pas avoir d'explications; parfois, c'était mieux ainsi.

    Mais s'il tirait une tête pareil, c'était bien parce que cette fille, qu'il savait douée, venait quand même de réussir un tour de passe-passe absolument prodigieux. Il n'eut pas le temps de s'en extasier plus longtemps, déjà la tête de la jument, la bouche encore plein d'une demi-pomme, venait à nouveau fourrager contre lui, le poussant du bout du nez -c'est que ça avait de la force, ces bêtes-là!- pour attrapper la pomme.
    Ciel fut déstabilisé, et Nuance en profita pour renforcer ses investigations, mais le professeur se rattrappa bien assez vite. Il avait été mis au contact des chevaux par Eli ces derniers mois, et avait appris que ceux-ci cherchaient bien souvent à s'imposer de la sorte; et qu'il ne fallait pas se laisser marcher sur les pieds. Il repoussa donc gentillement mais fermement la tête de Nuance, avant de terminer son geste un un gratouillement, comme venait de le faire Syndrell.

    Il était conscient de ce que représentait sa proposition. S'il avait pu voir des cavaliers en osmose, il avait pu deviner aussi aisément que ceux-là ne laisseraient pas leurs montures à la portée du premier venu. Les gestes bien dosés, le regard méfiant sur l'attitude d'Eli à l'égard des chevaux, leur soulagement, à leur retour, de constater que tout était pour le mieux... Oh non, ces personnes-là n'apprécieraient sans doute pas qu'un inconnu ne monte leur fidèle compagnon. Eli lui avait aussi expliqué que les chevaux avait un dos très sensible, et que tous les débutants -sauf rares exceptions- leur faisaient mal, en ne se positionnant pas correctement, en n'appréhendant pas suffisamment bien les mouvements de la monture, en ne sachant pas amortir... Et les crèmes de chevaux, comme venait de le dire Syndrell, savaient souffrir en silence.
    Il savait bien qu'il ne montait pas comme un pro, qu'il ne savait pas trop comment se tenir, qu'il risquait de ne pas être un cavalier des plus agréables pour la jument, qui de surcroît avait l'habitude de porter sur son dos une jeune femme hors-paire. Syndrell devait le savoir aussi, et pourtant, elle lui offrait de faire une balade à dos de Nuance...
    Ca le touchait profondément, et il se promit de faire tout son possible pour qu'elle souffre le moins possible.

    Après avoir résisté encore une ou deux fois aux poussées de Nuance, qui apparemment voulait s'assurer qu'il ne se laisserait pas déstabiliser, il lui tendit la demi-pomme, qu'elle croqua alègrement.

    Eli revint, plus sur de lui face à cette fille bizarre, réconforté qu'il était par le fait qu'il se soit retrouvé plongé en plein dans son univers d'équitation. Il amenait avec lui une jument à peine plus grande que Nuance, à la robe gris pommelé, et chargé de tout un tas de ficelles et de morceaux de cuirs et de métaux en tous genre.


    "Elle s'appelle Luli, elle est pas très dynamique, c'est peut-être moyen pour la chasse aux arc-en-ciel, mais une cavalière comme toi arrivera à la booster un peu sans problème. Mais surtout, elle s'entend toujours bien avec les autres chevaux, et comme ta jument ne m'a pas l'air agressive, ça devrait être parfait. Parce que tu vois, je doute que Ciel, ce cavalier émérite, ait besoin d'une promenade ou les deux montures peuvent pas s'approcher à moins de deux mètres l'une de l'autre sans se botter..."

    Ciel releva le regard un peu moqueur d'Eli et s'apprêta à renchérir, mais déjà Eli lui jetait plein de trucs dans les bras -tout ce qu'il reconnu dans l'immédiat fut la brosse- avant de s'occuper de rapprocher les juments, avant de s'éloigner un peu pour les laisser interragir, observant la scène attentivement. Elle se sentirent quelques secondes, naseaux dilatés, puis soudain Nuance lâcha un cri, suite à quoi Luli baissa la tête.

    "Allez, comme je suis gentil, je vais t'aider à l'harnacher!"

    ***

    Il plaça un pied sur l'étrier et se hissa dessus, passant sa jambe au dessus du dos large de Nuance, un peu hésitant. Il avait toujours peur de porter trop de poids sur un côté de la selle et de déséquilibrer le cheval. Les deux ou trois premières fois où il avait eu l'occasion de monter, il avait même dû s'y prendre à plusieurs reprises avant de parvenir à se hisser là-haut. Il se calla sur la selle, les rênes bien en main, vérifia que les étriers étaient bien rêglés.

    "Alors grand cavalier, prêt?"

    Ciel l'ignora superbement. Inutile de s'énerver contre cet énergumène têtu qui ne voulait rien entendre; il avait craignait d'incommoder Nuance. Déjà qu'il savait que cette petite appréhension ne serait sans doute pas du meilleur effet... Mais il savait les bases, il avait déjà effectué de petits voyages à cheval même, alors, pas de raisons de s'inquiéter.

    "Euh... Tu sais Syndrell, je risque de lui faire un peu mal peut-être... Alors surtout reprends-moi, hein... On y va?"


[On remerciera bien fort Erwan pour la rencontre des juments! x) ]
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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Jeu 21 Avr 2011, 22:50

[Hourra hourra pour Erwan ! Et encore désolée pour le temps de réponse... ]

Passé la franche surprise, Eli redevint Eli : joyeux, insouciant, prévenant et taquin. La manière dont il seconda Ciel tira un sourire empreint de respect à Syndrell, qui voyait là tout le professionnalisme du palefrenier et toute la bienveillance de l’ami. Cet homme là aimait autant les bêtes que les hommes, preuve en était ses mains toujours promptes à distribuer caresse ou aide, tantôt douces lorsqu’il fallait apaiser un cheval, tantôt fermes lorsqu’il fallait en retenir un. Il n’interférait pas dans le travail de Ciel, se bornant à superviser la préparation de Nuance d’un air amusé et ne prêtant réellement main forte au dessinateur qu’en cas de difficulté particulière.

Ciel se débrouillait bien. Ses gestes encore un brin hésitants étaient ceux du cavalier qui se croit tout juste débutant, mais on devinait sans peine le nombre d’heures qu’il avait passées auprès d’Eli, ne serait qu’à le regarder s’occuper des chevaux. L’observation ayant tenu une grande part dans son apprentissage, Syndrell n’ignorait rien de sa valeur, et approuvait entièrement cette initiative qui reléguait Ciel au rang de cavalier en devenir.

Laissant son ami se dépatouiller avec Nuance, qui ne dissimulait pas son plaisir d’être au centre de l’attention, la jeune femme posa son regard d’or sur la monture qu’Eli lui avait désignée. Elle était plus élancée que Nuance et moins râblée, mais au contraire de l’espièglerie qui illuminait continuellement le regard de sa jument, les yeux de Luli brillaient de douceur et d’intelligence. Elle frémit lorsque Syndrell posa les doigts sur sa douce encolure, renâcla et fourragea dans sa main, croquant la pomme qui venait d’y apparaître.


- Toi aussi, tu aimes ça, hein…

Luli semblait aussi mordue de tendresse que ne l’était Nuance, aussi le lien ne se fit-il pas difficilement. Miss avait enseigné à ses élèves l’art d’amadouer les chevaux, de les séduire et de se lier à eux, en plus de les monter. Un savoir qui était plus ou moins inné en fonction des gens, dépendant de leur respect ou de leur aptitude à approcher les animaux. Syndrell n’avait jamais eu aucun mal à se faire accepter des bêtes, qui elles ne faisaient aucune différence quant au physique…

Câlinant la jolie jument, elle fit la moue en observant tout le barda dont celle-ci était affublée. Pour monter Nuance, elle utilisait le moins d’attirail possible – Tanank, qui avait chevauché de longues heures avec elle, s’était gentiment moqué en parlant d’allergie chronique au cuir. Invraisemblable, mais pas idiot : moins la selle et tout ce qui va avec était simple, moins Syndrell était à son aise. Il lui était très vite apparu, en montant Nuance et en suivant les leçons de Miss, qu’elle n’avait pas besoin de tant d’artifices ou d’aides pour diriger une monture. Il arrivait de plus en plus souvent de monter Nuance à cru. Mais, pour incroyable que soit cette monte, elle ne se faisait pas sans une certaine incommodité, une vague mais réelle douleur à la colonne vertébrale, pour sa jument comme pour elle.

C’est la raison pour laquelle elle ne débarrassa pas Luli de tout son paquetage. Elle ignorait si la jument avait l’habitude d’être montée sans selle, et l’ôter eût été une offense pour Eli, qui avait prit le temps de l’harnacher pour elle. Mais Syndrell se sentit mieux dès que tout ce qui ne lui paraissait pas utile fut retiré. Alors seulement, elle se mit en selle, d’un geste fluide et qui dénotait la force de l’habitude. Eli la devança, réglant pour elle ses étriers, sans se douter de l’infime seconde d’agacement qui traversa la jeune femme. Elle n’avait pas coutume d’être secondée pour beaucoup de chose, mais savait faire la différence entre insistance et proposition. Eli lui proposait son aide dans la mesure où il était sur son territoire, et parce qu’il s’agissait aussi d’une monture qui lui appartenait, sans parler de tout ce qui se trouvait ici – selles, licols, brosses et autres. Quoi qu’elle fût pressée de s’élancer pour évaluer les capacités de Luli, Syndrell se rompit à une patience de fer, attendant patiemment que Ciel se soit enfin installé.

Le voir juché sur Nuance avait quelque chose d’étrange. D’aussi loin qu’elle se souvienne, Nuance n’était montée que par elle depuis qu’elles étaient entrées à l’Académie. Syndrell n’avait donc pas l’habitude de voir sa jument sous un autre cavalier qu’elle. Sauf que le cavalier en question s’appelait Ciel, et qu’il s’agissait de son ami. L’or de ses yeux flamboya lorsque ce dernier lui fit part de son inquiétude.


- Laisse-toi porter par l’instant et guider par l’instinct, Prof. C’est tout ce qu’il faut pour chasser les arcs-en-ciel.

Adressant un clin d’œil à Eli, elle fit sortir Luli dans la rue pleine de monde. Le palefrenier avait bien choisi. La petite jument obéissait au doigt et à l’œil, absolument pas gênée par le brouhaha inhérent à la vie citadine. Jetant un coup d’œil par-dessus son épaule pour s’assurer que Nuance les suivait bien, elle félicita mentalement Eli d’avoir pris garde à la relation des deux juments. Nuance avait son petit caractère, les poneys et les doubles poneys ne comptaient pas parmi ses « amis ». Mais à la voir avancer d’un bon pas au train de Luli, Syndrell sourit et se détourna pour laisser Ciel se remettre tranquillement tous les gestes en tête.

Il était impossible de chevaucher autrement qu’en se suivant dans les rues d’Al-Chen, à moins de gagner l’artère principale qui donnait sur la place. Le peu de cavaliers qui avaient le courage d’affronter les vagues puissantes de la foule devaient se contraindre à son courant et longer les trottoirs afin de ne pas gêner le passage. Mais bien qu’audacieuse, la manœuvre avait ses avantages. Surplomber la foule de passants offrait à Syndrell le loisir de ne rien manquer, depuis la noble hautaine réajustant d’un air courroucé le col de son époux jusqu’au gamin sale et joyeux profitant qu’elle ne le regarde pas pour lui dérober une breloque. Depuis cette hauteur, elle avait un autre angle de vue, plus large et donc plus ouvert à l’étalage d’échoppes toutes plus garnies les unes que les autres. Dans les rues moins fréquentées, ses yeux à hauteur des fenêtres lui laissaient voir une scène différente à chaque maison qu’elle passait : ici, une cuisinière en train de pétrir une pâte sous l’œil gourmand d’une ribambelle de petits enfants ; là, un couple en train de parler vivement, visiblement en désaccord sur un quelconque sujet.

Guidant Luli toujours au pas, Syndrell franchit la porte nord de la cité. Intimant à sa monture de se décaler pour se placer à hauteur de Ciel, la marchombre ouvrit le col de sa combinaison et retroussa ses manches un peu au-dessus des coudes. La chaleur ambiante témoignait plus de l’été que du printemps mais les fleurs qui couvraient la plaine d’un immense tapis aux couleurs de la saison ne laissait pas de place au doute.


- J’ai tenu ma promesse, compagnon. Nous voici à cheval, toi sur Nuance et moi sur Luli ; je vais t’apprendre à chasser les acrs-en-ciel comme un marchombre et tu garderas de cette folie une jolie petite collection de courbatures !

Un rire, joyeux et cristallin.
Syndrell plongea son regard dans celui de son ami.


- Allez, Prof, on va prendre un peu de vitesse.

Une légère pression des genoux, déjà Luli partait dans un trot allègre et rythmé. Syndrell s’émerveilla de la sentir à la fois si puissante et si douce. Donnant foi aux dires d’Eli, Nuance ne mit pas longtemps à les dépasser, toutefois Syndrell ne tenta pas de faire accélérer Luli. Il ne s’agissait pas d’une course.
Pas encore.


- Hey, Prof ! Cet engouement pour l’équitation, j’en suis la cause ou bien c’est Eli qui t’a tapé dans l’œil ?

La boutade n’avait strictement rien d’ironique ni de méchant. Secret partagé et respecté, la complicité qui les liait désormais ne laissait pas passer ce genre de bassesse et Syndrell savait que ses mots tireraient un sourire au dessinateur. Elle n’avait pas assisté à ses débuts mais devinait sa volonté de bien faire ; encore un peu trop crispé peut-être, il avait une bonne assiette et dirigeait Nuance sans difficulté. Il ne baissait pas assez les talons, devait corriger les quelques erreurs que l’œil d’une cavalière aguerrie savait repérer, toutefois Syndrell se garda de les lui énoncer à haute voix. Non pas qu’elle avait dans l’idée de le ménager, au contraire : la sincérité qui se déployait entre eux ne permettait pas ce genre d’hypocrisie, si gentille soit-elle, et elle savait pertinemment que de chaque expérience, ancienne ou nouvelle, il était possible de tirer une leçon.

Seulement Ciel était professeur, et de surcroit il était son aîné. Dans une autre vie, elle aurait tout aussi bien pu être son élève. Qu’ils soient amis ne changeait rien à cette réalité ni au profond respect qu’elle lui vouait. Et puis, elle n’était pas maître, ni même palefrenière. Expliquer à Ciel comment se tenir en selle n’avait pas de sens.
Il fallait simplement lui montrer.


- Alors jeune fille, montre-moi de quoi tu es capable…

Porté par un vent chaud, son murmure atteignit les oreilles de Luli, qui s’agitèrent ; elle piaffa et, lorsque Syndrell claqua de la langue, consentit à accélérer sensiblement son allure. Lorsqu’elle dépassa Nuance, Syndrell adressa un clin d’œil à Ciel qui signifiait « regarde ! » et laissa la jument pommelée prendre un peu de vitesse. Au grand trot, elle la fit tourner à droite, puis à gauche, puis encore à droite, puis revenir sur ses pas, puis repartir à nouveau. C’était… intéressant. Tant pour la jument que pour elle, qui n’avait pas l’habitude de monter un autre cheval que sa Nuance, laquelle était de toute façon un peu trop jalouse pour permettre à sa cavalière ce genre d’initiative. Il ne s’agissait pas de parader devant Ciel, d’ailleurs elle ne songeait déjà plus à son idée première, laquelle était de lui montrer comment monter. Il n’y avait plus que deux cavaliers chevauchant au gré du vent et, tout autour d’eux, la plaine, océan de fleurs et d’herbes s’étendant à perte de vue.
Le bonheur à l’état pur…


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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Ven 29 Avr 2011, 23:02

    Ciel, un peu crispé, regardait Syndrell, et en même temps, tâchait de se placer bien en selle. Mais elle avait l'air tellement plus à l'aise que lui qu'il lui semblait impossible de prendre modèle. Pour l'instant, Nuance ne piaffait pas, ne tirait pas sur ses rênes, ne tentait pas d'écarts; il devait être à peu près bien, alors. Il se remémora les mouvements du pas, se rappelant qu'il fallait s'adapter au rythme du cheval pour ne pas lui faire mal au dos, et se détendit assez rapidemment.
    La foule ne l'angoissait pas trop; il se sentait encore dans son milieu, voyait des têtes connues, des enseignes qu'il fréquentait, sentait des odeurs familières. Nuance ne semblait pas plus perturbée que ça, alors tout allait bien. Il avait aussi appris qu'un cheval est un être très réceptif aux émotions de son cavalier; aussi se laissa-t-il envahir par la paix qui régnait en lui pour que tout se passe au mieux.

    Il ne se rappelait que trop bien ce que c'était que de chevaucher en ville. Les enfants qui le montraient du doigts, les regards curieux ou admiratifs, ceux qui s'écartaient, les cavaliers émérites qui tentaient de déceler une maladresse de débutant, les gamins rêveurs qui contemplaient ce spectacle la tête dans les étoiles... Et puis il voyait tout mieux qu'au sol, surtout qu'il n'était pas bien grand à la base. Plus de monde, plus de beaux visages, plus de détails intéressants... Il était un peu gêné d'être la cible des regards, distingué qu'il était par sa monture et sa hauteur soudaine et singulière, mais ce n'était pas grand-chose comparé à tous les aspects positifs qu'il tirait de cette situation.
    Il adressa un sourire radieux à Syndrell qui venait de se retourner, reprit bien en main les rênes qui lui glissaient des doigts, veillant à ne pas donner d'acoup perturbateur à Nuance.

    Ils sortirent alors d'Al-Chen, et là, Ciel respira une grande bouffée d'air frais. Il ne sortait pas souvent à l'extérieur, et ne connaissait pas très bien les environs. S'il avait à sortir de la ville, c'était en général pour un pique-nique au bord du lac; et la famille Kern avait ses emplacements fétiches. A la rigueur, pour une balade dans la nature; mais il y avait pas mal d'espaces verts à l'intérieur même de la ville, et le circuit qui en faisait le tour, bien qu'il soit fréquenté, n'était pas mal non plus. Ses amis allaient parfois faire une balade de deux ou trois jours, et dormaient dans la nature, mais ça, ce n'était vraiment pas du tout sa tasse de thé. Peut-être parce que ça lui rappelait le voyage éprouvant, à la fois physiquement et mentalement, qu'il avait dû faire de la campagne d'Al-Jeit jusqu'à Al-Chen -durant lequel il avait monté, d'ailleurs- ? Ou alors, c'était lié à son enfance dans un petit village dans la nature dont il ne gardait que des impressions floues? Enfin il n'en savait rien, et ce n'était pas vraiment le moment de se questionner à ce sujet. C'était le moment de profiter.
    De Syndrell, de son rire, des chevaux, des oiseaux qui gazouillent.

    Cette fille était vraiment survoltée. A peine avait-elle finit de parler que déjà, elle mettait Luli au trot. Nuance fit comprendre qu'elle n'avait pas très envie de marcher toute seule derrière, et Ciel, conciliant et partageant son désir, l'invita également à passer à la vitesse supérieure.
    Alors qu'il peinait un peu à s'accorder aux mouvements du cheval -il avait toujours eu plus de mal avec le trot-, il constata avec horreur que Nuance dépassait Luli.
    Avec horreur, parce que tout seul devant, il craignait bien d'être un peu perdu. Il ne savait pas où aller, quand accélérer, quand rallentir, et, si la jument était aussi facétieuse que sa cavalière, il craignait que Nuance ne fasse des siennes!
    Mais déjà, la voix enjouée de Syndrell l'atteignait, rassurante. Elle était là, il n'avait rien à craindre. En plus, il commençait à s'accoutumer au trot.

    Eli?!
    Il éclata de rire. Parce qu'il n'avait jamais envisagé Eli comme un potentiel petit ami. C'était comme ça; il y a des gens avec qui on ne peut rien imaginer. Avec qui toute aventure plus qu'amicale semble absurde. Eli faisait parti, pour Ciel, de ceux-là. Il n'était pas trop moche -bien que pas son genre-, jeune comme il les aimait, mais jamais au grand jamais il n'avait envisagé quoi que ce soit.
    Il rigolait de surprise, donc.


    "Crois-moi, si Eli m'avait tappé dans l'oeil, il serait dans mon lit depuis un moment!"

    Il ne se prenait évidemment pas -trop- au sérieux en disant ça; Eli semblait bien hétérosexuel, et, talents incontestés en drague ou non, il n'y pouvait rien, même avec toute la bonne volonté du monde. Quoique... A force de sortir le soir, il avait constaté que, avec une bonne ambiance, des personnes magnifiques, charismatiques, qui savaient y faire... Certains pouvaient vite oublier de quel bord ils étaient... Fort heureusement, jamais une beauté fatale et mortellement envoûtante ne l'avait pris pour cible. Il doutait être capable de faire correctement l'amour à une femme, et puis même, il serait trop perturbé après.
    Il sursauta lorsque Syndrell le dépassa. Il ne savait pas trop quelle était cette allure -à l'écurie, il avait rarement l'occasion d'étudier le galop ou même le trop rapide- mais ce qu'il savait en revanche c'était qu'il n'allait pas se laisser distancer. Il pressa à nouveau les flancs de Nuance de ses genoux -pas trop fort, il craignait qu'elle ne parte au quart de tour- et la laissa partir dans un petit galop, ravie qu'elle était de pouvoir aller elle aussi plus vite.

    C'était là que ça décollait. Le coeur, les cheveux, le rire irrépressible. Cette sensation, il l'avait eue dès la toute première fois. Il se rappelait que ce petit galop lui paraissait alors gigantesque. Qu'il s'était sentit décoller. Que c'était là, réellement, qu'il avait compris l'étincelle étrange qui illuminait l'oeil des cavaliers. Quand on a l'impression que le cheval ne touche plus le sol, qu'il va à toute allure; quand tout autour, ça devient flou, que les larmes glissent sur le côté du visage; que grisé, on en oublie les automatismes, que le corps s'accordent de lui-même au cheval, qu'on ne pense plus qu'à cette sensation qui décroche le coeur. A ce sourire qu'on ne peut pas effacer. A ce rire difficilement contrôlable.
    C'est super puissant, le départ au galop. Toujours.
    A chaque fois, il se demande si, après, quand on a l'habitude, quand on fait ça tous les jours, cette sensation disparaît. Ces sensations. Il espère que non. Parce que c'est purement génial. Parce que c'est sacrément unique. Parce qu'à ce moment, on sent que c'est pas possible de ressentir des trucs pareils sans cheval. Que le mouvement fluide, la vitesse sans rien faire, le corps vivant en dessous, tout ça, c'est spécifique à la monte. Que tout forme un ensemble, un tout, brillant de mille feux, qui déposent des paillettes brûlantes dans le regard.

    Il rigole, et il a les yeux qui pleurent. Tout ce qu'il distingue, c'est Syndrell, et la plaine. Le vert. Il accélère encore, de nouvelles larmes naissent et se mêlent aux premières. Il plisse les yeux. Ca bondit une nouvelle fois dans sa poitrine. Il a l'impression qu'il va exploser d'émotion. Il rigole, il rigole, il arrête de penser. Il s'envole.
    Il est heureux.
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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Dim 01 Mai 2011, 20:52

Syndrell avait peut-être la tête dans les étoiles, elle remarqua quand même le changement qui s’opéra chez le dessinateur lorsque Nuance passa soudain au galop. Emporté par la vitesse, il se détendit enfin, baissant les épaules, relâchant ses bras, tandis qu’un éblouissant sourire lui fendait le visage d’une oreille à l’autre. Son rire émerveillé se perdit dans le vent, devenu secret murmuré par le souffle du monde, instant précieux inscrit en notes de joie dans le temps. Il y avait de la pluie dans ses yeux noisette, mais une pluie de bonheur et Syndrell sentit quelque chose céder en elle. Son propre rire se joignit à celui de Ciel.



* * *




- Cours, Libellule !

Le petit poney avance tranquillement dans le pré sans s’offusquer des coups de talons que lui donne frénétiquement sa cavalière. Tout juste s’il les sens sur sa peau rêche. Il agite une oreille dans sa direction et ignore sa demande avec superbe. Puis il secoue la tête, l’air presque exaspéré, et s’arrête pour brouter l’herbe grasse et verte.

- Libellule, t’es pas marrant.

Assise sur son dos, bras croisés sur la poitrine, la fillette boude. Une larme de déception roule sur sa joue lorsqu’un doigt vient la cueillir délicatement.

- Pourquoi pleures-tu, petite chose ? fait la voix grave et chaude de Liam.

- Libellule ne m’aime pas.

- Bien sûr que si. Il ne te laisserait pas monter sur son dos, sinon.

- Alors pourquoi il ne m’écoute pas ?

- Es-tu certaine d’agir comme il faut avec lui ?

- Tout ce qui l’intéresse, c’est manger.


Un sourire se dessine sur les lèvres de Liam. Prenant la main de sa fille adoptive dans la sienne, il la pose sur l’encolure chaude du poney.

- Il mange parce qu’il ne t’entend pas.

- Mais je crie depuis tout à l’heure !

- Il suffit parfois d’un rien pour accomplir des miracles…


Stupéfaite, elle le regarde se pencher vers Libellule et lui murmurer quelques mots au creux de l’oreille. Sous elle, le petit poney cesse de brouter pour venir caler sa grosse tête contre la poitrine de son maître.

- Comment tu fais ça ?

- Un murmure est bien souvent plus puissant que le plus fort des hurlements ; il est capable de couvrir une tempête pour qui sait l’entendre…



* * *




Syndrell se penche sur l’encolure de Luli.

- Cours, ma jolie, cours !

La jument perçoit son murmure.
S’élance.




* * *



- Cours, Libellule !

Un chuchotement à peine plus fort que le bruit du vent dans ses cheveux bleus…
… Libellule l’a entendu.
Il se met à trotter allègrement et un sourire nait sur les lèvres de l’enfant.


- Plus vite !

Il accélère sensiblement l’allure, lui tirant un éclat de rire.

- Plus vite !

La vitesse est grisante. Perdus dans leur course folle, une jeune cavalière et son poney galopent à bride abattue dans l’immense pré verdoyant. Ils font cercle autour de Liam, qui se tient droit et fier au centre de son univers-amour.

- Plus vite !

Le premier galop a sa magie propre. Saisie de la franche impression de s’envoler, la fillette lâche les rênes et ouvre grand les bras.
Elle est devenue oiseau.
Et Libellule, un cheval ailé.




* * *



- Yeeeeeeeh !

Cri de joie, écho d’un bonheur sans nom.
Centième galop ou non, Syndrell ne voyait aucune différence. Elle filait comme le vent aux côtés de Ciel et partageait avec lui cette expérience si fabuleuse. Chevaucher avec un ami, ça valait tous les instants d’une vie.

Ecartant les bras, la marchombre ferma les yeux, savourant celui-ci de manière à toujours pouvoir se le remémorer. Elle était devenue oiseau.
Et Luli, un cheval ailé.



[Un peu court, tu m'excuseras, mais si je rajoute quelque chose, j'ai l'impression que ça va tout fiche en l'air alors... je m'abstiens et j'attends ta réponse !]

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MessageSujet: Re: Cataclop, cataclop... [Syndrell]   Mar 10 Mai 2011, 22:28

    Cataclop, cataclop. Il ne faisait qu'imaginer le bruit; dans l'herbe, il n'entendait pas grand chose du claquement des sabots épais de Nuance. Touchaient-ils le sol? Le léger mouvement, et son côté rationnel tendaient à affirmer que oui. Son côté rêveur et les embardées de son coeur tendaient à affirmer que non. A vrai dire, c'était tout juste s'il sentait les secousses: s'il y prêtait attention oui, mais sinon... C'était... Naturel. Oui c'était ça: c'était tellement naturel qu'il y ait des secousses, l'idée était ancrée dans son inconscient certainement, alors il ne le remarquait pas. Un peu comme les respirations.

    Sous le cri de Syndrell, il ferma ses yeux, trempés des larmes que lui tiraient l'air qui lui fouettait -non, glissait sur le visage, et peut-être aussi de larmes de joie. Laissant son immense sourire trôner sur sa figure -impossible de le retirer, de toute façon- il arrêta de penser.
    Juste se laisser porter.
    Juste se laisser envoler.
    Juste se laisser exploser.
    De joie.
    D'émotion.
    Se remplir.
    Ou se vider.
    On s'envole...
    Le firmament, au bout de mes doigts, des étoiles à cueillir.
    Puissance.
    C'est irréel.
    C'est un rêve.
    Unique.
    Incroyable.
    Incroyable.
    Plongé dans le noir, dans un tourbillon de couleurs.
    Impalpables couleurs, invisibles.
    Couleurs de sentiments.
    Joie du coeur qui s'envole.
    A toute allure, qui se décroche.

    Accroc.

    Ciel sursauta, se sentit glisser sur la selle, happé par la vitesse, se raccrocha à ses rênes, donna un coup de rein pour se replacer; Nuance ralentit un peu, intriguée sans doute par ce mouvement. Un maudit insecte qui avait eu la malheureuse idée de percuter sa joue. Le galop rallenti, il enleva l'imposteur d'une pichenette, le maudissant intérieurement.
    Et là seulement, il prit conscience que son coeur battait vraiment une chamade endiablée. Que ça lui faisait presque mal; et que même, ça lui tournait la tête. Peut-être finalement que cet insecte lui avait évité un sale accident... Il fit encore un peu rallentir Nuance, et rapidemment, constata qu'elle avait dû accélérer sans qu'il ne s'en rende compte. Parce que jamais ça lui avait fait de l'effet à ce point-là.
    C'était comparable à ce qu'il ressentait quand il s'aventurait en compagnie d'autres personnes dans les très hautes Spires, innaccessibles s'il n'associait pas son pouvoir à d'autres excellents Dessinateurs.
    C'était comparable à certaines herbes particulières, aussi.

    Il laissait Nuance continuer dans un petit galop, en surveillant son allure. Il devait calmer son coeur, là. Elle devait être allée vraiment vite quand même... C'était peut-être grâce à Syndrell aussi tout ça: la jeune femme dégageait une telle aura... Et puis il était déjà dans des dispositions particulières à la base: transporté de joie par la compagnie du Chat. Enfin appaisé. Ce devaient être des facteurs qui avaient favorisé tout ça...

    Il soupira d'aise, et le sourire revint sur son visage. Il s'était habitué au vent, son coeur s'était calmé, et ça lui chatouillait moins l'estomac. Mais c'était toujours follement bon. Comme Ciel vit qu'ils s'approchaient du bois, il fit encore rallentir Nuance, et chercha Syndrell du regard pour savoir si elle comptait s'engager entre les troncs, ou biffurquer et continuer dans la plaine.


[C'est beau. Pas long non plus pour ma part...]
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Cataclop, cataclop... [Syndrell]
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