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Le Pacte VS L'Ordre
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 Le pouvoir de la Rose [TERMINE]

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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Dim 17 Juil 2011, 22:32

J'arrive très vite, je serais sans doute déjà là quand tu recevras cette lettre. Retrouve-moi au bar du Chat Bleu. Il est situé derrière l'Académie de Dessin, sa façade est bleue, tu n'auras pas de mal à le trouver. Il n'est pas trop grand, et surtout fréquenté par les étudiants de l'Académie. L'ambiance y est tranquille la journée, plus festive le soir. Si tu ne veux pas rentrer dedans, essaye de rester dans les environs, on se trouvera sans problèmes.

A très bientôt, tiens bon!


Des mots, tout simples, mais capables de changer un monde.
Syndrell se raccrochait à eux depuis trois jours. La précieuse missive coincée dans le revers de sa tunique avec la première réponse de Ciel était comme un baume contre son cœur, une source de chaleur probablement imaginée par un esprit malade et une âme tourmentée, mais qui portait tout de même ses fruits : en trois jours, elle avait repoussé ses limites au point d’arriver aux portes d’Al-Jeit à l’aube du quatrième jour.
Enfin.

Enfin, elle y était.
De retour dans la ville de Leif et des Ombres.
Là où Miss l’avait emmenée autrefois pour vaincre les fantômes de son passé.
Là où l’attendait Ciel.
Et Vanora.

Syndrell frissonna et resserra davantage le col de sa cape contre sa gorge. Une pluie battante la trempait jusqu’aux os et plaquait ses cheveux bleus contre son visage tandis qu’Esbroufe et elle pataugeaient dans une boue informe. En dépit des différents qui l’opposaient au cheval prêté par Tanank, elle n’avait pas eu le cœur de rester sur son dos plus longtemps, alors que le pangaré souffrait tout autant qu’elle du temps et de la fatigue. Courbée pour affronter les bourrasques et l’averse cinglante, elle le tenait par ses guides et avançait à sa gauche, grimaçant à chaque nouveau pas en avant qui déclenchait un éclair de douleur dans son dos.

Mais plus elle se rapprochait d’Al-Jeit, plus la perspective de retrouver son Dessinateur faisait grandir cette impression de chaleur, lui redonnant assez de courage pour redresser les épaules et accélérer un peu l’allure. Elle pensait à Ciel, à son timbre de voix si particulier, ses balbutiements lorsqu’il était excité ou gêné, à la rose qu’il lui avait dessiné, cette rose qu’ils avaient tout les deux choisi pour signature, et elle se sentait la force d’atteindre la cité, de trouver le Chat Bleu, de trouver son ami avant de lâcher prise.

Parce qu’elle allait lâcher prise.
Nuance… Nuance était le nouveau fantôme de son passé, de sa vie, ce nouveau vide en elle qui bouleversait tout son être, et Vanora était la nouvelle peur qui étreignait son cœur d’une main glacée. Depuis qu’elle avait quitté la ferme de Tanank, sa vie était un cauchemar, de l’ordre de celui hantait chacune de ses nuits et l’empêchait de dormir, de récupérer un peu de sommeil. De guérir.

Lorsqu’elle franchit les murs d’Al-Jeit, on la dévisagea avec curiosité et répulsion. Sale, trempée, elle devait faire peur à voir, en effet ; elle plaignait déjà Ciel, qui n’attendait sûrement pas une loque pareille. Elle s’en voulait presque de lui infliger ça, mais la confiance qu’elle avait en lui était bien trop forte, et sa présence bien trop proche pour qu’elle puisse faire demi-tour. A demi appuyée sur Esbroufe, elle suivit les indications du Dessinateur à la lettre et atteignit enfin, dans les toutes premières lueurs du jour, le fameux bar du Chat Bleu.

Ciel avait raison ; de jeunes étudiants investissaient déjà les lieux, sans doute pour profiter d’un solide petit-déjeuner avant d’attaquer les cours. Ignorant la pluie qui tombait dru, certains discutaient devant l’entrée, s’arrêtant un instant pour la regarder avant de poursuivre sans plus s’occuper d’elle. Et Syndrell échangea un regard avec Esbroufe, indécise. Que devait-elle faire de lui ? Le laisser ici le temps de trouver Ciel, ou bien l’emmener dans une écurie où il serait bouchonné, nourri et choyé comme il le méritait ?

Perdue comme elle l’avait rarement été dans sa vie, elle se contenta de rester plantée là, devant l’établissement dans lequel Ciel l’attendait sûrement, immobile et transie sous une pluie diluvienne. Pour la première fois, Syndrell Ellasian ne savait pas quoi faire.


- Prof… murmura-t-elle.

L’entendit-il malgré le vacarme du vent et le rire des adolescents, ou bien le hasard se charge-t-il, une fois de plus, de les jeter tous les deux sur un seul et même chemin ? Syndrell ne le sut jamais. Mais lorsque Ciel sortit dans la rue, juste devant elle, la jeune marchombre lâcha les rênes d’Esbroufe pour se jeter dans ses bras sans plus s’inquiéter de le mouiller ou de le salir. Accrochée à lui comme à une bouée, elle pleura comme une enfant.
Elle l’était encore un petit peu.


__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


[! Prof overbookée = rythme plus lent, désolée !]

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(Wëlle, merci... tout simplement)


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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Lun 18 Juil 2011, 23:09

    Il était prêt. Dans sa petite chambre à Al-Chen, une petite valise de premières nécessités à la main, il était paré pour le décollage. Il décolla.

    *

    Il avait longuement réfléchi au lieu dans lequel effectuer son pas sur le Côté. Un lieu discret, peu fréquenté, proche d'Al-Jeit, sans risque, et qu'il connaisse très bien pour éviter toute erreur. Il avait choisi une ruelle qui passait juste derrière la fameuse Académie de Dessin. Il l'avait découverte lorsqu'il avait enseigné à l'Académie, un jour qu'il s'était perdu en cherchant une entrée réservée au personnel. Il s'était rapidemment rendu compte que l'endroit était très peu fréquenté (il n'y avait, à vrai dire, jamais croisé personne), et avait constaté qu'aucune porte ni fenêtre ne donnait sur cette ruelle. Il avait, à l'époque, adopté la ruelle comme lieu de retraite momentannée lorsque ça n'allait pas du tout, ou lorsqu'il avait besoin de calme. Elle faisait aussi office de raccourcis, parfois.
    Le pas sur le Côté se déroula sans encombre, malgré l'exiguïté du lieu de destination. C'était le comble, se dit-il, d'atterrir dans un endroit aussi restreint alors qu'il était au beau milieu d'Al-Jeit, capitale de l'empire.
    Mais le moment n'était pas aux pensées de ce goût-là; le moment était à Syndrell.

    *

    L'auberge était à deux pas du Chat Bleu. Il était devant le bar tous les matins de six heures jusqu'au soir, minuit. Il allait rapidemment chercher une collation pour le petit-déjeuner et les repas.
    Ce matin-là -il devait être entre sept et huit heure-, il revenait à son poste -discret, pour ne pas s'attirer d'ennuis- un croissant tout chaud à la main, le ventre gargouillant. N'importe qui aurait été pressé de savourer cette succulente patisserie, sauf lui. Parce que lui, il attendait Syndrell, et qu'il était sacrément anxieux. Dans quel état était-elle? Fatiguée, diminuée, blessée, mourrante?! Non, non, ses pensées allaient trop loin... Si elle était mourrante, elle n'aurait pas pu venir jusqu'ici. Et si elle était amputée? Son coeur battait la chamade à cette pensée. Il imaginait très mal sa petite Marchombre assouvir ses rêves d'aventure avec une jambe en moins. Il l'imaginait mal aller se battre contre des Raïs avec un seul bras valide. C'était terrible, les pensées qu'il pouvait avoir, durant ces longues journées de solitude et d'attente. Trois journées, exactement.
    C'était la quatrième. C'était l'attente morose.

    La question fatidique: serais-je à la hauteur?

    Il n'avait pas envie de prévoir des choses. Prévoir ce qu'il allait dire, ce serait le pire qu'il puisse faire. Il ne savait pas dans quel état elle était. Il ne savait pas comment elle avait évolué depuis les dernières lettres. Peut-être qu'elle allait mieux. Peut-être que c'était pire. Il ne savait pas comment elle allait réagir. Il devait juste être prêt à lui donner tout plein d'amour. A être un soutient. Prêt à l'accueillir.

    Et pour donner de l'amour, Ciel n'avait pas besoin d'entraînement.

    *

    Le croissant tomba sur le sol mouillé. Ciel ouvrit grand les yeux. Il enleva sa capuche et ouvrit grand les bras. Très très grand. Puis il les referma. Très très fort. La capuche de Syndrell était tombée durant leur étreinte, libérant ses longs cheveux bleus. Sous son étreinte puissante, Ciel senti le changement. La faiblesse. Lorsqu'il avait quitté Syndrell à Al-Chen quelques semaines auparavant, elle l'avait étreint avec force. Il avait senti ses muscles bandés sous la combinaison moulante, son corps de femme musclée et vigoureuse. Il ne sentait plus ça. Il sentait des os pointus. Il sentait une Syndrell qui s'abandonnait contre lui. Il posa une main à l'arrière de son crâne tandis qu'elle enfouissait son visage dans sa veste trempée. Il plongea son nez dans ses cheveux bleutés. Il serra, serra encore. Elle serrait aussi. Et c'était terrible. Parce qu'il le sentait, elle serrait comme elle pouvait. Mais ce n'était pas fort du tout. Pas fort du tout comparé à ce qu'elle aurait pu serrer auparavant.
    Il avait les yeux fermés, il ne voyait rien; il le sentait, ce corps en détresse.

    Sans desserrer son étreinte, il releva les yeux. Deux étudiants tenaient le cheval par les rênes, étonnés de constater que sa propriétaire venait de le lâcher en pleine ville. Ils croisèrent le regard de Ciel, qui d'un signe de tête, les invita à s'approcher. Les deux jeunes gens lui confièrent les rênes d'Esbrouffe sans rien dire, et Ciel leur adressa un sourire sincère en guise de remerciement. Tenant fermement Syndrell par les épaule de son bras restant, il s'assura qu'elle arrivait à marcher, et sans un mot, la jeune femme pressée contre lui, se dirigea vers l'auberge.
    Il n'y avait pas d'écurie. Il laissa le cheval dehors, et en rentrant, s'adressa au tenancier. Il lui demanda d'amener le cheval qui était dehors à une écurie. Il demanda aussi à ce qu'on apporte un petit déjeuner complet, chaud et copieux dans sa chambre. Le tenancier tiqua devant ces demandes; Ciel lui lança sa bourse sur le comptoir. Le tenancier se montrait réticent, mais devant l'étreinte puissante de cet homme et de... Cette femme -à en juger par la silhouette et les cheveux-, devant ce ton autoritaire -étonnant de la part de ce bonhomme d'habitude si discret-, devant ce il-ne-savait-quoi qui se dégageait de ce couple étrange, il s'exécuta.

    *

    Syndrell avait trébuché sur une des premières marches. Ciel avait alors bandé tous ses pauvres muscles et avait passé un bras derrière les genoux de Syndrell pour la soulever. Lui qui craignait, peu musclé qu'il était, de la laisser tomber, fut surpris de constater combien elle était légère. Trop légère. Elle était encore trop proche de lui pour qu'il puisse la détailler.

    Arrivé à sa chambre, il l'allongea sur le lit simple, très délicatement, défaisant enfin son étreinte. Il plaça les oreillers moelleux dans son dos pour qu'elle puisse tenir assise; il lui offrit un grand sourire, constatant avec effroi à quel point son visage était émacié, et trouvant avec soulagement une étincelle de joie dans ses yeux dorés. Le plus délicatement possible, il entreprit de détacher sa cape trempée et boueuse, puis de la déshabiller entièrement. Lorsqu'elle se retrouva en sous-vêtements, il alla chercher un gant de toilette qu'il mouilla d'eau bien chaude -elle tremblait- et commença à lui débarbouiller le visage.
    Enfin, il se mit à parler.

    D'une voix basse, légère, il se mit à babiller toutes sortes de choses. Sur le temps dégueulasse, sur l'été, sur la baignade, sur leurs futures baignades, sur la toute petite baignoire de la chambre, sur Azur qui lui en voulait d'aller la voir sans lui, sur le petit Syn qui grandissait à merveille, sur sa famille, sur Al-Chen, sur le marché d'Al-Jeit qui, si le temps persistait, serait bien vide de client, sur les gens qui viendraient malgré tout sur le fameux marché, sur les étals, la nourriture, l'auberge dans laquelle ils se trouvaient, la nourriture délicieuse, le tenancier bougon, les voyageurs qui passaient, les tenues vestimentaires estravagantes, les goûts et les couleurs, les contradictions des gens. Encore et encore.

    Il faisait attention lorsqu'il passait à proximité d'une blessure récente (elles étaient bien trop nombreuses, et semblaient bien trop graves à son goût...) et sentait son coeur se serrer à chaque fois qu'il constatait à quel point sa peau était tirée sur les os. Il termina enfin. Pour qu'elle soit plus à l'aise, il retira ses sous-vêtements, puis lui enfila un pull épais (qu'il avait emporté en prévision du temps maussade, des potentielles heures d'attente sous la pluie glacée, et des éventuels besoins de Syndrell). Déjà que pour lui il était trop grand... Il arrivait quasiment aux genoux de la jeune Marchombre, faisant office de chemise de nuit douillette. Il était l'heure du petit-déjeuner, mais ce n'était pas grave.

    Petit déjeuner qui ne tarda pas à arriver. Ciel posa le plateau sur les genoux de Syndrell. Un panier de croissants divers et variés et du pain croustillant qui sortaient tout juste du four, des tas de confitures différentes, un pot plein de chocolat fondu tout chaud, du thé bouillant, du lait brûlant, du jus de fruit, un panier de fruits...


    "Allez, maintenant, régale-toi! Et si tu veux autre chose, ou un potage, de la viande, un repas, je vais leur demander, d'accord? Mais maintenant, tu vas me faire le plaisir de manger, faut que tu reprennes des forces! Et que tu dormes aussi, d'accord?"

    Les yeux dans les yeux, il lui adressa encore un grand sourire. Il ne voulait pas qu'elle lui parle tout de suite. Il voulait qu'elle récupère un peu, et elle aurait bien le temps de raconter quand elle serait plus en état.
    Pour lui donner l'exemple, il attrappa un gros croissant au beure qu'il trempa allègrement dans le pot de chocolat chaud et croqua dedans comme un affamé.
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Mar 19 Juil 2011, 10:47

Syndrell se jeta de tout son poids sur les barreaux métalliques, en vain. La cage tint bon.
Terrorisée, elle recula tandis que les hennissements du cheval lui parvenaient avec force.


- J’arrive ! hurla-t-elle. J’arrive !

Elle se fracassa encore inutilement contre la porte de sa cage pendant longtemps. Nu, son corps saignait là où les barbelés avait mordu sa peau et bleuissait là ou le métal avait imprimé sa marque ; pourtant, elle continuait, encore, et encore…

- J’arrive ! J’arrive !

Hennissement de terreur.
Hurlement de terreur.
Yeux noisette, brillants de douceur, brûlants d’amour.
Les yeux de Ciel.




* * *




Il n’avait suffit que de ses bras.
Rien que ses bras pour la protéger de la pluie, du vent, de la douleur.
Ils l’enserraient avec suffisamment de force pour la maintenir debout, mais dans une délicatesse infinie pour ne pas la briser dans cette étreinte qui redéfinissait enfin pour elle un univers de douceur et de confiance.
D’amour.

Le visage enfoui contre la poitrine de Ciel, de son Ciel à elle, la petite marchombre sentait son cœur soudain prêt à éclater – de soulagement, d’épuisement, de bonheur. Elle savait, enfin. Elle savait ! Ce que ressentent les membres d’une famille en retrouvant l’un des leurs, cette espèce de boule de joie coincée au fond de la gorge, cette sensation que tout va désormais rentrer dans l’ordre… Ciel était là, maintenant, elle ne risquait plus rien. Elle pouvait lâcher prise.

Mais son Dessinateur ne comptait pas la laisser sous cette pluie glacée. Il la fit entrer dans l’établissement. Blottie contre lui, Syndrell devina sans peine les regards perplexes des quelques étudiants présents, sans parler du tenancier qu’elle entendit marmonner, puis se taire au son clinquant d’une bourse que Ciel lui avait probablement jeté à la figure. Son esprit embrumé n’assimilait tous ces détails qu’au ralenti ; ils étaient déjà arrivés devant un escalier. Elle s’y cassa la figure. Et tout autre que Ciel aurait pu rire d’elle, en cet instant précis, alors que la fière guerrière qu’elle était n’arrivait même plus à mettre un pied devant l’autre.

Ciel, lui, se contenta de changer de tactique. Avec une vigueur qu’elle ne lui soupçonnait pas, il la souleva dans ses bras et la porta jusqu’à l’étage. Toujours cramponnée à lui, Syndrell songea fugacement qu’Erwan l’avait portée ainsi, et ce pas mal de temps, mais c’était alors sa puissance féline qui l’avait fascinée ; avec Ciel, c’était différent. Une douceur incroyable, doublée d’une volonté phénoménale, et pouf ! Elle se retrouva dans un lit.

Un peu hébétée, Syndrell regarda son ami la dévêtir avec mille précautions. Elle ne le retint pas ; ils avaient pris un bain ensemble, avaient dormi ensemble sans qu’aucune arrière-pensée mal placée, jamais, ne vienne troubler cette intimité si belle et si puissante qui ne devait sa pureté qu’à un respect mutuel et solide. Leurs regards se croisèrent, soudant cette certitude au plus profond d’eux, puis le Dessinateur se mit à la frictionner. Syndrell ferma les yeux. Sous les mains douces de Ciel, elle sentait le sang refluer petit à petit dans ses membres, au bout de ses doigts ; elle se réchauffait, et elle pensait à ces hommes qui ne savaient pas se contenter d’un être aussi fabuleux que son ami. Il fallait qu’ils soient vraiment stupides pour ne pas comprendre leur chance…

Quelqu’un parlait doucement, elle s’en rendit compte et se laissa un instant emporter par le flot de paroles qui lui parvenait. Elle rouvrit les yeux en réalisant qu’il s’agissait de Ciel. Tout en la réchauffant, il parlait, parlait, parlait… De sa famille, de la vie dans la cité, de sa vie à lui, et Syndrell vivait avec lui. Elle imagina la mine renfrognée d’Azur, s’inventa le petit Syn, déambula sur la place du marché, sous la pluie – mais elle en s’en moquait bien, qu’il pleuve ; elle se baladait avec Ciel. Elle voyageait par ses paroles, et elle ne s’en rendit pas compte ce matin-là, mais c’est en l’écoutant lui parler qu’elle commença enfin à se remettre.

Sans s’interrompre, il l’affubla d’un pull immense, mais ô combien agréable. Encore une fois, elle le laissa faire. Et alors qu’avec Azrune, elle avait ressenti une honte presque insurmontable en dévoilant son corps maigre et marqué, elle fut soulagée de pouvoir montrer à Ciel que malgré cette terrible épreuve, elle était toujours en vie. Son cœur bondit dans sa poitrine alors qu’elle ne vit pas trace, dans les prunelles du Dessinateur, de pitié ou de dégoût. Alors elle sourit.

C’était un sourire fantôme, un sourire fatigué, une grimace plus qu’un sourire ; rien à voir avec le sourire éblouissant qu’elle lui avait adressé alors qu’ils galopaient dans un arc-en-ciel de plumes. Mais à l’heure actuelle, c’est tout ce dont elle était capable, et elle savait qu’il ne lui en tiendrait pas rigueur. Il le lui prouva en lui posant sur les genoux le plus énorme des petits-déjeuners qu’elle ait jamais vu. Pouvait-on d’ailleurs nommer ça « petit-déjeuner » ? S’il ne lui avait pas déjà expliqué l’impossibilité de dessiner un aliment, elle aurait pensé que cet extraordinaire repas découlait directement de l’imagination d’un homme encore plus extraordinaire.

Lorsqu’il mordit dans un croissant, Syndrell sentit son estomac se tordre. Vide depuis trois jours, il la mettait au défi de ne pas toucher à cet incroyable repas ! Et bien, il allait être surpris. Imitant Ciel, elle s’empara d’une viennoiserie encore tout chaude et croqua un morceau. Un vertige la saisit à la troisième bouchée. Le prix à payer pour n’avoir rien avalé depuis trop longtemps… Elle se força à continuer. Ciel avait raison, elle devait manger pour reprendre des forces. C’est ce qui l’avait aidée à survivre avec Erwan, puis à guérir avec Tanank. Maintenant, Ciel prenait le relais, et Syndrell savait qu’il n’avait pas la part belle ; il devait l’aider à tourner une page de sa vie. Une page définitive.

Deux viennoiseries et trois gorgées de chocolat chaud plus tard, elle s’endormit, à bout de force, bercée par les histoires de Ciel. Elle ne le sentit pas retirer le plateau du lit, ni réajuster les couvertures, mais alors qu’il s’apprêtait à quitter la pièce sur la pointe des pieds, elle tourna la tête vers lui.


- Reste avec moi…

Un souffle.
Un vœu.
Espoir d’une petite fille qui avait peur de faire des cauchemars…




* * *



Syndrell se jeta de tout son poids sur les barreaux métalliques, en vain. La cage tint bon.
Terrorisée, elle recula tandis que les hennissements du cheval lui parvenaient avec force.


- J’arrive ! hurla-t-elle. J’arrive !

Elle se fracassa encore inutilement contre la porte de sa cage pendant longtemps. Nu, son corps saignait là où les barbelés avait mordu sa peau et bleuissait là ou le métal avait imprimé sa marque ; pourtant, elle continuait, encore, et encore…

- J’arrive ! J’arrive !

Hennissement de terreur.
Hurlement de terreur.
Yeux noisette, brillants de douceur, brûlants d’amour.
Les yeux de Ciel.


__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Mar 19 Juil 2011, 18:23

    Ciel fut soulagé de voir que Syndrell lui emboîtait le pas. Il sentit encore une fois son coeur se serrer en voyant qu'elle avait des difficultés à manger. Depuis combien de temps n'avait-elle plus avalé un repas convenable? Si elle mangea tant qu'elle le pouvait, elle ne bu pas grand-chose; mais c'était déjà pas mal, et les traits tirés de la jeune femme étaient apaisés. Ciel la borda encore en lui souriant tendrement. Il la sentait s'envoler vers des contrées ensommeillées. Ses yeux papillonaient, sa tête roulait d'un côté où de l'autre, ses bras se faisaient plus lourds... Il avait eu peur qu'elle soit tellement exténuée et détruite qu'elle ne parvienne pas à s'endormir.

    Il hésita un instant. Rester à ses côtés, ou la laisser dormir en paix? Il avait peur de la déranger. Peur de la réveiller quand, à la moindre de ses angoisses nocturne, il chercherait à l'apaiser. Il se leva doucement et se dirigea vers la porte quand elle parla. Il n'avait alors pas encore entendu sa voix, si ce n'était de petits gémissements étouffés. Touché par cet effort qu'elle faisait alors qu'elle sombrait dans le sommeil, il vit aussitôt volte-face, pris une chaise et s'installa à côté du lit. Il passa une main sur son front, puis y déposa un baiser.


    "Je resterai toujours avec toi, Syndrell."

    Il prit sa main toute fine pour la serrer dans la sienne, et la regarda sombrer dans le sommeil.

    *

    Il eut alors toute la journée pour s'inquiéter. Que s'était-il passé pour qu'elle soit dans cet état si terrible? Avait-elle rencontré de l'aide? Au vu de ses cicatrices, très certainement. Il frissonna en imaginant l'issue fatale vers lesquelles l'auraient conduite de telles blessures non soignées. Devrait-il l'emmener voir un Rêveur? Aucune des blessures n'avait l'air infectées ou ne semblait présenter de complications, mais ne risquaient-elles pas de se rouvrir? Peut-être, se dit-il, que Syndrell préfèrerait les laisser guérir naturellement. Pour se souvenir. De Nuance.

    La présence du cheval qu'il avait confié au tenancier ne faisait que souligner l'absence de la petite jument. Combien de temps cela faisait-il? Comment Syndrell allait-elle surmonter une telle perte? Il se rappelait la complicité entre la cavalière et sa monture... Ciel poussa un léger soupir.

    Pourquoi y avait-il des êtres que tout accable? Une enfance difficile, des pertes énormes, une quasi-mort... Pourquoi Syndrell, à dix-huit ans à peine, devait-elle endurer de telles épreuves? Il y avait un tas d'autres personnes, comme lui, qui vivaient sans soucis, leur petit confort bien installé, leurs amis, leurs amours, des chagrins de temps à autre, petites déceptions mais au fond, rien de bien violent...
    Parce que le cours des évènements faisait que tout s'enchaînait.

    Il pensa aux Marchombres. A l'épanouissement de Syndrell qui avait trouvé sa Voie. Il ferma les yeux et remercia intérieurement le Maître de Syndrell et tous ceux qui l'avaient aidée à s'épanouir. Il remercia aussi tous ceux qui lui avaient offert un peu de bonheur. Tous ceux qui l'avaient aidé depuis... Il frissonna.

    Le sommeil de Syndrell fut bien agité. Depuis combien de temps maintenant faisait-elle des cauchemars? Et quels étaient ces cauchemars? Elle gémissait, se retournait, son visage était crispé, elle criait même... Il cru l'entendre prononcer le nom de Nuance. Lui ne pouvait rien faire. A un moment, n'y tenant plus, il se leva -la main de Syndrell s'était échappée de la sienne- et il alla chercher le gant de toilette, qu'il humecta d'eau fraîche cette fois, et le lui passa sur le front pour l'apaiser. Syndrell se calma et se réveilla même. Il lui murmura de se rendormir, ce qu'elle fit sans soucis.
    La journée se déroula ainsi: entre phases de sommeil tranquille, pensées de Ciel et cauchemar de Syndrell... Il quitta la chambre à la mi-journée pour ramener les reliefs du petit-déjeuner et se chercher de quoi manger. Le tenancier lui rendit sa bourse; Ciel paierait tout à la fin de son séjour. Il tenta de lui poser des questions, mais le Dessinateur refusa tout net d'y répondre et remonta rapidemment dans sa chambre.

    *

    En fin d'après-midi, Syndrell s'éveilla pour de bon. Elle adressa à nouveau un pâle sourire à Ciel, qui lui répondit avec un sourire éclatant. Il était sincèrement heureux d'être à ses côtés et de pouvoir la soutenir. Il était sincèrement désolé de ce qui lui arrivait, aussi.


    "Eh bien, le moins qu'on puisse dire, c'est que tu as le sommeil agité! Mais tu as dormi toute la journée... Nous sommes en fin d'après-midi. Et il est l'heure que tu avales quelque chose!"

    Ciel se leva et alla ouvrir les volets et les rideaux. Il laissa la fenêtre ouverte pour aérer la chambre. La pluie s'était calmée et le soleil tentait une percée timide entre les lourds nuages. Tout était trempé, mais une lueur dorée semblait parer la ville des couleurs de l'espoir.

    "Le temps s'est un peu arrangé... Je vais aller demander à manger en bas, d'accord? Je reviens très vite, ne t'inquiète pas..."

    Il déposa encore un baiser sur son front, puis descendit demander à ce qu'on leur apporte à manger. Il fut très vite de retour aux côtés de Syndrell.

    "J'ai demandé du potage aux légumes, tu ne devrais pas avoir trop de mal à l'ingurgiter je pense... Et puis c'est léger, ça ne t'empêchera pas de dormir! J'aimerais aussi que tu manges un peu de leur pain aux herbes, il est vraiment délicieux, et ça apportera un complément aux légumes! Après, tu pourras encore dormir. On a le temps, et tu dois récupérer. Tu m'as l'air encore bien fatiguée... Demain, quand tu seras plus reposée que ça et que tu auras quelque chose dans l'estomac, je pense qu'on pourra sortir un peu, parce que c'est pas en restant confiné dans cette chambre que tu vas de nouveau avoir une forme d'enfer! Il faut de l'air, un grand bol d'air pur... Et puis voir de la vie! C'est pas ça qui manque à Al-Jeit... Rien que de se promener dans les rues, c'est distrayant! On ira à la chasse aux arc-en-ciel sur le marché, d'accord? Cette chambre est un peu morose... Dès qu'on nous a apporté le repas, je vais changer ça, tiens! Tu verras, j'ai quelques petites idées d'occupations à Al-Jeit qui te feront plaisir... Et je te promet de t'amener au moins dans un endroit dans lequel tu n'as jamais mis les pieds! Je ne t'en dis pas plus, tu auras la surprise... Mais quand tu seras sur pied! Alors pour ça, tu vas... Bah voilà, tu vas manger ta soupe!"

    Ciel se leva et alla se lever pour chercher les plateaux, en remerciant le tenancier. Il avait choisi de manger en même temps qu'elle, et la même chose. Il ne voulait pas qu'elle se sente gênée ou à part.

    "Voilà... Bon appétit ma belle! Et pour ajouter un peu de gaieté à tout ça..."

    Ciel ferma à demi les yeux en se plongeant dans les Spires. Une seconde plus tard, draps, couverture, oreillers, murs, rideaux, portes étaient teintés de couleur plus joyeuses, ainsi que la vaisselle, et même le pull que portait Syndrell et leur propres vêtements.

    "C'est pas mieux comme ça? Allez, trève de bavardage, à la soupe! Et si t'en veux encore, pas de soucis!"

    Le Dessinateur entamma son repas, nettement plus serein. Il était optimiste: Syndrell avait déjà meilleure mine, et il était certain qu'après une grande nuit de sommeil et un nouveau petit-déjeuner ou même repas copieux, le lendemain, ce serait même elle qui demanderait à sortir de cette chambre.
    Quand à ce qu'il lui était arrivé, elle raconterait lorsqu'elle se sentirait prête. Il était hors de question qu'il ne la force à parler. Pour le moment, il s'employait à la remettre sur pieds; et comme il le lui avait dit, il avait deux ou trois idées derrière la tête...
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Mer 20 Juil 2011, 11:53

- Tu sais, gamine… à force de venir ici, tu vas finir par y rester pour de bon.
- Et si je restais ici, justement ?
- C’est une très mauvaise idée. Tu en as d’autres du même genre ?
- Pourquoi ? Tu à l’air heureux. J’ai envie d’être heureuse, moi aussi. Je veux rester ici.
- Je suis heureux, c’est vrai. Mais mon heure était venue, petite, et tu le sais. C’est un droit que j’ai acquis.
- Je n’ai pas le droit de lâcher prise, moi ? Après tout ce que j’ai vécu ?
- Non.
- C’est injuste.
- Non. C’est un principe un peu difficile à concevoir, mais ce n’est certainement pas injuste. Tu voudrais lâcher prise après tout ce que l’Homme Extraordinaire a fait pour toi ? Tu voudrais lâcher prise après tout ce que l’Homme à la Rose est en train de faire pour toi ?
- L’Homme à la Rose ?
- Il t’aime, gamine. Il ne te quitte pas d’un œil. Et il ne lâchera pas prise, lui.

[b]Je resterai toujours avec toi, Syndrell.


- Je ne suis plus qu’un fardeau…
- Alors secoue-toi ! Montre-leurs qu’ils ont raison de croire en toi. Tu en es capable.
- Tu crois ?
- Oui, gamine. Moi, je crois en toi…


Et le vieil homme ouvre la cage.

* * *

- Woah !

Sidérée, Syndrell cessa de touiller son potage et écarquilla les yeux. Elle n’avait pas particulièrement prêté attention à la chambre dans laquelle elle se trouvait, mais à présent que Ciel avait ajouté sa touche personnelle à la déco, elle la trouvait nettement plus charmante ! Couleurs chaudes contre couleurs froides, vives et lumineuses, ballet de nuances et de mélanges insoupçonnées, imagination fabuleuse… fabuleux dessin.

- Prof, c’est magnifique...

Il avait créé un arc-en-ciel pour elle. Le vieux souffleur de verre avait raison, Ciel ne lâcherait pas prise, jamais ; elle n’avait pas le droit ne serait-ce que d’envisager de l’abandonner. Mais soudain, les couleurs se brouillèrent, et Syndrell sentit une pointe de déception l’envahir ; quoi, déjà ? Le dessin de Ciel s’estompait-il, trop éphémère pour s’éterniser plus longtemps ? Il lui fallut plusieurs secondes, encore, pour réaliser que la création de son ami était toujours intacte. Il y avait de la pluie dans ses yeux. Elle pleurait.

- Excuse-moi, renifla-t-elle en s’essuyant les yeux d’un revers de la main. Je ne sais pas pourquoi, je… ça m’arrive tout le temps en ce moment. Raah, c’est terrible !

Elle pleurait, mais elle n’était pas triste ; c’était la joie qui déclenchait ces larmes. La joie d’avoir retrouvé son Dessinateur, la joie de se sentir protégée, choyée, aimée, la joie de ressentir à nouveau de la joie. La joie d’être encore de ce monde.

Souriant à travers ses larmes, elle se mit à manger. Elle n’avait encore aucun appétit, et pour délicieux qu’ait l’air ce potage de légumes, il avait un goût insipide qui lui tordait l’estomac à chaque lampée. Elle vida son bol. Parce qu’elle voulait leur montrer – à Ciel, à Erwan, au vieil homme ; elle voulait leur prouver qu’elle était capable de réussir.

Elle mangea en écoutant Ciel raconter une foule de choses. Il lui parlait beaucoup depuis la veille, elle l’avait même entendu dans son sommeil, au point de douter qu’elle n’ait tout simplement pas rêvé, mais elle était certaine d’au moins une chose : sa voix lui plaisait. Calme, tranquille, apaisante, elle l’empêchait de penser au pire en lui promettant le meilleur. Suspendue à ses lèvres, Syndrell redécouvrit cette sensation unique qui saisit à la gorge, ce frisson intense qui accompagne la perspective d’une nouvelle aventure à vivre.

Cette nuit-là, et pour la première fois depuis longtemps, elle ne fit aucun cauchemar. Son sommeil fut sans doute un peu agité, mais parce qu’elle se voyait en train de courir dans un champ, juste derrière Miss ; la marchombre et son élève riaient à en perdre haleine, jusqu’à ce que la pétillante jeune maman ne s’arrête et se retourne pour planter son regard infiniment violet dans celui infiniment doré de Syndrell.


Tu me manque, tu sais…

Elle avait parlé en Petit.

Lorsque Syndrell s’éveilla, Ciel était toujours là, près de son lit. Son menton sur la poitrine, il dormait à poing fermés. La jeune femme le regarda un long moment sans bouger, puis elle prit une profonde inspiration et se glissa hors du lit et s’étira précautionneusement. Elle avait besoin de se dégourdir les jambes. La fenêtre à demi ouverte laissait entrer une brise légère dans la pièce, et celle-ci osa déposer un baiser timide sur la joue de Syndrell ; l’invitation était on ne peut plus claire.

La marchombre couvrit son ami de sa propre couverture, puis enfila rapidement ses bottes. Elle put se résoudre à retirer son immense pull coloré, et puisqu’elle n’avait pas envie de remettre sa combinaison pour l’instant, elle se contenta de passer une ceinture à sa taille ; ainsi vêtue, elle donnait l’impression d’être en robe.

Quittant la pièce sur la pointe des pieds, Syndrell s’avance jusqu’à l’escalier. Là, elle fut prise de vertiges et dû s’appuyer contre le mur jusqu’à ce que le sol redevienne stable ; alors elle descendit dans la salle principale. Baignée de soleil, elle n’était pas très grande mais joliment meublée et aussi douillette qu’accueillante. Mais il ne s’agissait pas du bar du Chat Bleu, et la jeune femme fronça les sourcils ; elle avait vécu ces dernières heures avec aussi peu d’efficacité que si elle avait été ivre. Il était temps de changer la donne.

S’avançant vers le comptoir, elle sentit le regard des rares personnes présentes s’attarder sur elle un moment. Avec des cheveux bleus et un pull arc-en-ciel, elle ne risquait pas de passer inaperçue ! Loin de s’en offusquer, elle héla le tenancier et lui demanda de quoi écrire. Il la considéra un instant sans rien dire, puis se décida enfin et lui fournit plume et papier. Syndrell le remercia d’un clin d’œil amusé, puis reprit le chemin de la chambre, piquant au passage un panier rempli de petites viennoiseries parfumées. La montée de l’escalier fut plus rude que la descente ; la marchombre arriva à l’étage essoufflée et l’estomac retourné. Il était plus que temps qu’elle reprenne des forces, et ce n’est qu’à cet instant qu’elle comprit à quel point elle avait été près de lâcher prise. Sans Ciel, elle serait en train de converser avec le vieux souffleur de verre pour l’éternité…

Il dormait encore lorsqu’elle revint à la chambre. Déposant ses affaires sur le petit bureau qui trônait juste sous la fenêtre, elle le regarda, un éclat de tendresse pure au fond de ses prunelles. D’ordinaire impeccable, le Dessinateur avait les cheveux en désordre et des cernes sous les yeux ; ses vêtements froissés étaient, si sa mémoire était bonne, les mêmes que la veille.


Il t’aime, gamine. Il ne te quitte pas d’un œil.

Sans faire de bruit, Syndrell s’installa à son bureau et se mit à écrire. De temps en temps, elle piochait un petit pain dans le panier posé près d’elle et en grignotait un morceau, sans grand appétit mais consciente que pour remonter la pente, elle devait obligatoirement grossir un peu.

Elle écrivit plusieurs lettres.
L’une était destinée à Azrune ; la jeune fille et ses sempiternelles questions lui manquaient.
Une autre devait rassurer Tanank sur son sort, l’incendier à propos d’Esbroufe et lui promettre de lui retourner ce fichu canasson dès que possible.
Il y en avait une pour Lyke, le fils de Kunst ; le petit garçon gardait sa chambre durant son absence, or celle-ci s’éternisait tellement qu’elle se devait de lui promettre qu’elle ne l’avait pas oublié, qu’elle rentrerait bientôt. Et qu’il pouvait garder son sabre de bois. C’était un cadeau.

La dernière était pour Miss.

Syndrell pliait cette dernière missive lorsque Ciel s’agita sur sa chaise, grogna et ouvrit enfin les yeux.


- Salut, Prof…


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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Mer 20 Juil 2011, 13:35

    Sitôt Syndrell endormie, Ciel s'installa sur la chaise à côté du lit, prêt à encore une fois calmer ses cauchemars. Il avait été ému par ses paroles. Syndrell, même affaiblie au possible, restait elle-même. Il s'était même senti un peu coupable de l'avoir faite pleurer, mais ne l'avait pas montré -même s'il n'était pas vraiment sur d'être parvenu à le cacher. Il se devait d'être fort pour elle. Il l'avait alors rassurée, lui avait assuré que c'était normal, qu'elle n'avait pas à s'en vouloir de pleurer. Qu'au contraire, elle pouvait pleurer tout son saoûl, qu'il ne lui en voudrait pas, jamais de la vie.
    Il nota bien la réticence qu'elle avait à manger, mais aussi les efforts qu'elle faisait. Il espérait qu'elle continuerait sur cette voie le lendemain, les jours suivants, les mois à venir. Quand serait-elle à nouveau en pleine force? Il craignait qu'il n'y ait encore besoin d'un peu de temps pour cela...

    Le sommeil de Syndrell fut nettement plus calme que précedemment. Au bout de quelques heures de veilles, alors qu'elle n'avait que faiblement gémit et remué une fois ou deux, Ciel s'endormit sans s'en rendre compte sur sa chaise.

    *

    Il eut besoin d'un certain temps d'adaptation lorsqu'il se réveilla. La couverture était sur lui et le lit était... Vide?! La panique ne dura pas bien longtemps; si la couverture était sur lui, c'était qu'il ne s'agissait pas là d'un malfaiteur, mais de Syndrell... A moins qu'il ne s'agisse d'une ruse pour endormir ses soupçons?! Il sursauta et glissant à moitié de la chaise en tentant de se dépétrer, lorsqu'il attendit un "Salut, Prof..." bien familier. Il se figea et tourna la tête vers Syndrell, assise au petit bureau.

    Pas de malfaiteur, alors? Pas de sale brigand venu rêgler de vieux comptes à la manière brute? Le dénommé Prof se calma un peu pour se débarasser de la couverture -qu'il replaça sur le lit, hors de question de laisser une couverture traîner par terre- et se leva, hébété. Alors comme ça, la jeune Marchombre s'était levée avant lui, levée de son lit, et était occupée au bureau. Il vit plusieurs lettres prêtes à partir. Il vit un panier de viennoiseries. Une ceinture à son pull, dont les couleurs commençaient d'ailleurs à s'estomper légèrement. Il se glissa brièvement dans les Spires pour leur redonner leur éclat de la veille, ainsi qu'à tout ce qu'il avait coloré.
    S'il y avait tout ce fratras... C'était que Syndrell était allé le demander, non? Elle était donc descendue, et remontée, toute seule, sur ses jambes toutes frêles. Ciel s'appuya sur le bureau et attrappa une vienoiserie dans laquelle il croqua, toujours un peu héberlué.


    "Bah dis-donc... Tu me surprendras toujours, toi!"

    Et, au vu du nombre de lettres rédigées sur la table...

    "Mais... Ca fait combien de temps que t'es levée...?"

    Il se retourna pour détailler l'extérieur. Quelques étudiants qui se baladaient en riant, des gens qui se promenaient dans la rue, des pressés, des flemmards. Tous bien réveillés. Il leva les yeux vers le Ciel lavé des nuages de la veille, et constata que la matinée était déjà bien entammée.

    "Mais, mais... Mais je... Mais je suis trop nul! J'ai dormi tout ce temps pendant que toi... Alors que c'est justement moi qui devrais... Qui avait dit... Oh, Syndrell, excuse-moi! Je... Je..."

    Confusion extrème du Dessinateur lorsqu'il pris conscience de ce qu'il était en train de dire.

    "Oh la la! Je ne veux évidemment pas te dire que c'est mal ou que... Que c'est moi qui est sencé être le seul vaillant et le... Qui... Oh Syndrell, tu m'en veux pas, dit? C'est que je suis tout chamboulé moi, je me réveille comme ça et t'es là à côté de moi, que j'avais pas prévu et tout mais... Raah! Je m'embrouille, mince mince mince, et moi qui... Bon, j'arrête maintenant, ça vaudra mieux je crois!"

    Les joues rosies par cette agitation, Ciel se leva et alla vers la petite salle de bain pour rincer le visage. Il grimaça en voyant son reflet dans le miroir et reprit la parole tout en changeant de vêtements.

    "En tout cas, je suis vraiment content de voir que tu t'es levée seule, comme ça, et que tu manges un peu! Ca va mieux? Tu as plutôt bien dormi, non? Tu veux sortir, ou peut-être te laver avant? Si tu veux te changer, je pense qu'on peut se procurer des vêtements assez facilement..."

    Ciel lui adressa un sourire radieux, malgré sa mine de dépravé. Cette fille serait étonnante jusqu'au bout... Et lui, maladroit jusqu'à la fin! Il était ravi de voir qu'elle n'allait pas si mal que ça puisqu'elle s'était levée seule, mais aussi inquiet de l'avoir blessée avec ses paroles mal choisies. Et comme les émotions ça creuse et que ça faisait depuis pas mal d'heures qu'il n'avait rien mangé, il s'empara d'un nouveau croissant... Juste avant de se rendre compte que c'était une chose extrèmement impolie de manger alors qu'on venait peut-être de blesser son amour de Marchombre, et en conséquent, de commencer à bafouiller quelques excuses supplémentaires.
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Jeu 21 Juil 2011, 11:07

Il commença par trébucher de sa chaise.
Puis il se mit à trébucher avec les mots.
Ses grands yeux d’or posés sur lui, elle attendit qu’il ait terminé de s’emmêler les pinceaux avant de se lever. Son regard toujours accroché au sien, qu’il baissait ostensiblement, comme un petit garçon pris en faute. Et, se hissant sur la pointe des pieds, elle déposa une bise, caresse de papillon, sur sa joue.


- Tout va bien, Ciel, dit-elle doucement. Tu n’as fait que récupérer un peu de sommeil, il n’y a pas de quoi fouetter un Dessinateur !

Bon sang, ce qu’elle aimait le voir rougir de cette manière ! Ces couleurs qui teintaient ses pommettes étaient justement celles de sa gentillesse, la plus immense gentillesse qu’elle ait jamais vue. Et puis c’était drôle, mais elle devinait parfaitement l’enfant qu’il avait été. Elle imaginait sans peine le petit Ciel rougissant jusqu’aux oreilles après avoir ramassé le sac d’une dame tombé à terre…

Il était comme ça, elle le savait. Avec ses frères, avec ses sœurs, avec les compagnons de ses frères et sœurs, avec ses élèves, avec une marchombre rencontrée au détour d’un toit… Il se pliait en quatre pour le bonheur de ceux qui comptaient le plus à ses yeux, au point d’oublier, parfois, son propre bien-être. Syndrell était convaincue qu’il l’avait veillée durant son sommeil, s’armant de patience et de tendresse pour combattre ses propres mauvais rêves. Son arme la plus redoutable ? La volonté. Jamais encore elle n’avait rencontré un homme plus déterminé que Ciel Kern.

Se laver… Glissant une main dans ses cheveux rêches, la jeune femme répondit à son ami par l’affirmative. Oui, elle avait bien besoin d’un bain, sans quoi plus personne ne pourrait l’approcher d’ici peu. Excepté Ciel, bien sûr. Elle accepta volontiers son aide, autant pour être chouchoutée que par réelle nécessité. Et pendant qu’il la savonnait avec une délicatesse infinie, Syndrell le rassura sur le compte de ses blessures ; il grimaçait chaque fois que ses mains effleuraient l’une d’entre elles.


- Les hémorragies ont été stoppées rapidement et efficacement ; l’homme qui m’a recousue m’a aussi sauvé la vie. La plus impressionnante, c’est la blessure de mon dos, mais celle qui m’a pourri la vie un bon moment, c’est celle du coude. Les autres sont bénignes, et puis tu vois, elles ont toutes cicatrisé comme il faut…

L’entaille, dans son dos, guérissait en laissant pour tout souvenir de son passage une ligne rosâtre qui courait depuis l’omoplate gauche jusqu’aux reins. Tanank lui avait laissé deux pots d’onguent, qu’elle devait appliquer sur ses cicatrices matin et soir. En revanche, son coude devrait conserver son pansement au moins trois ou quatre jours de plus. La flèche avait traversé les chairs, juste sous l’articulation, et causé plus de mal que de bien, mais là encore, Erwan avait fait des miracles ; sous le bandage, la cicatrice était belle.

La plupart de ses hématomes avaient pâli. Elle s’en tirait bien, c’est vrai, et que les cicatrices s’ajoutent une à une sur sa peau laiteuse ne changeait rien. Suivant du bout du doigt celle qui courait le long de sa hanche, souvenir de son aventure dans le Domaine, elle se demanda à quoi elle ressemblerait d’ici quelques années. Il y avait à l’Académie une marchombre entre deux âges, dont chaque parcelle de peau était marquée, couturée. Syndrell était bien partie pour rivaliser avec elle en cicatrices…

Elle refusa de changer de pull, même lorsque Ciel lui affirma qu’il pouvait lui en « arc-en-cieliser » un autre. Têtue, elle enfila le même, le ceignit à la taille et rajouta simplement un pantalon qui bâillait sur ses cuisses, mais qui était retenu aux mollets par ses bottes. Elle insista également pour qu’il partage avec elle ce qu’il restait de petits pains dans la panière, et enfin, ils sortirent.

Syndrell s’était attendue à une journée maussade, à une pluie aussi glaciale que celle qui l’avait suivie depuis Al-Chen jusqu’ici, mais il faisait beau sur Al-Jeit, et même chaud. Il aurait été naïf de comparer le temps à son état, pourtant la jeune femme ne put s’empêcher de songer que son humeur s’approchait à présent davantage d’un grand soleil sur fond bleu que d’une nuit venteuse ; la tempête, en elle, s’éloignait…

Elle voulut commencer par aller voir Esbroufe. En dépit de tous les tracas que lui causait l’animal depuis son départ de la ferme de Tanank, elle devait admettre qu’elle ne serait jamais arrivée jusqu’ici sans lui, et elle s’en voulait de l’avoir pratiquement abandonnée devant le Chat Bleu. Ciel lui avait promis qu’il était entre de bonnes mains et elle l’avait cru sans hésitation, mais voir le cheval soigneusement brossé et le nez dans un sac de grains lui procura un intense soulagement. Esbroufe allait bien. Tous les deux, ils allaient bien.

Alors, Syndrell lâcha prise. Mais pas comme elle l’avait souhaité deux jours plus tôt ; là, elle se laissa tout simplement emporter par la foule de passants – par Ciel, au bras duquel elle était accrochée – et accepta de revisiter Al-Jeit sous un nouveau jour. Oubliés, les Ombres de son passé qui vivaient pourtant bien entre ces murs. Oubliés, les soucis quotidiens. Oubliée, la fatigue et la douleur. Guidée par Ciel, la marchombre avançait tranquillement dans une ville qu’elle avait cru connaître, et qu’elle découvrait sous des couleurs plus calmes, plus jolies. Plus vraies.

Elle laissa ses lettres au relais de poste, savoura une boisson fraîche dans un grand café d’Al-Jeit, discuta un peu avec des étudiants de l’école de Ciel qui les abordèrent joyeusement, découvrit enfin le Chat Bleu – la veille, elle s’était réveillée persuadée qu’elle s’y trouvait, alors qu’en réalité, c’est dans l’auberge voisine que son ami l’avait emmenée. Les souvenirs de cette nuit d’orage se mélangeaient dans sa mémoire, trop flous pour qu’elle les conserve dans leur exactitude la plus parfaite.

Cette journée se déroula comme un rêve. Il y avait bien longtemps que Syndrell ne s’était sentie aussi bien, ni aussi détendue ; mais les rêves, tout comme les couleurs sur son pull, étaient éphémères. Et alors que les joyeuses teintes de son vêtement commençaient à pâlir sous les premières lueurs du couchant, la quiétude de la jeune femme vacilla imperceptiblement.

Ils étaient tous les deux assis sur un petit muret, aux abords d’une petite place encore ensoleillée. Juste derrière eux s’élevaient la demeure de Sil’Afian, cette tour que Miss, Lyan et Syndrell avaient escaladée quelques mois plus tôt. Cette dernière avait posé la tête sur l’épaule de Ciel, l’accompagnant dans un silence bienheureux tandis qu’ils regardaient avec amusement une poignée d’enfants jouer devant eux. La marchombre sentait l’épuisement la gagner au fur et à mesure que le jour déclinait. Elle allait justement proposer à son ami de rentrer à l’auberge lorsqu’une poigne glacée se referma sur son cœur.


Tou-doum.
Tou-doum.



Ses pupilles se dilatèrent.
Son souffle resta bloqué dans ses poumons.
Son monde vacilla.
Vanora.


Tou-doum.
Tou-doum.


Là-bas, derrière le groupe d’enfants chahutant sur les pavés inégaux de la place. Dans l’ombre de la bâtisse d’en face, une silhouette, un visage qui se tourne vers elle, un regard sombre et un rictus amer… Vanora.

Déjà, Syndrell a bondit, échappant à l’étreinte de Ciel. Ignorant les appels de son ami, elle se précipite vers son ennemie, si vite que l’un des gamins n’a pas le temps de l’éviter. Il n’y a pas de collision. Elle se glisse près de lui, l’effleure à peine, devenu souffle mortel qui atteint enfin l’autre côté de la place. Ses avant-bras la brûlent. Elle va sortir ses lames, elle va trancher cette gorge, effacer ce sourire ignoble, venger l’affront…


Tou-doum.
Tou-doum.


Syndrell posa la main sur une épaule.
La femme se retourne, laisse échapper une exclamation de surprise mêlée de colère…
…ce n’est pas Vanora.

Ce n’était pas Vanora.


- Hé, ça va pas ?! s’écria l’inconnue en se dégageant de son étreinte pour masser son épaule endolorie. Faut vous faire soigner !

Incapable de répondre quoi que ce soit, Syndrell se contenta de la fixer d’un air absent tandis que la femme s’éloigne, furibonde. La jeune femme tremblait de tous ses membres. C’était si… elle était sûre, pourtant… son regard, la haine brûlant au fond de ses prunelles…

- Elle était là, marmonnait-t-elle, comme une litanie, lorsque Ciel la rejoignit enfin. Elle était là…

Elle était là.
Vanora.



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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Sam 23 Juil 2011, 18:10

    La journée s'était merveilleusement bien déroulée. Syndrell était détendue, et l'apaisement de son visage lui donnait un air bien meilleur que la veille. Il y avait dix milles lieux entre la Syndrell boueuse, anéantie, tenant à peine debout de la veille, et celle qui marchait à ses côtés, vêtue d'un long pull bariolé et prompte à lâcher un sourire. Il n'oubliait pas qu'il y avait aussi dix milles lieux entre la Marchombre qui s'ouvrait timidement au bonheur, et celle qui chassait les arc-en-ciel avec lui quelques semaines auparavant... Mais il ne préférait pas y penser. Il ne voulait pas faire de comparaisons; juste croquer le présent.
    Virevolter avec elle dans les rues d'Al-Jeit, lui montrer du doigt les étoffes chatoyantes d'un étal tenu par un bonhomme imposant, ou l'inviter à humer les parfums délicats des épices colorées étalées sur de grands chiffons blancs. Il achetait des friandises, lui faisait partager ses goûts pour le sucre, l'invitait à goûter différentes sortes de pain, expérimentait des cocktail plus ou moins buvables.

    Ciel était ravi de la voir prendre plaisir à arpenter la ville en long et en large, et même, de parler d'un ton plutôt entousiaste à quelques étudiants. Même affaiblie et diminuée, la jeune Marchombre rayonnait...
    Ils n'avançaient pas trop vite pour ne pas qu'elle se fatigue, mais Ciel devait bien avouer être surpris par la vigueur dont elle faisait preuve. De temps à autres, ils s'asseyaient sur un banc ou un muret et s'accordaient une petite pause.
    Ciel s'extasia devant un stand qui proposait toute une flopée de superbes roses: il y en avait à l'état naturel, des bouquets harmonieusement constitués, des roses solitaires, des roses dont les épines avaient été retirée, d'autres dont la tige avait été raccourcie dans le but de les piquer dans les cheveux, des couronnes de roses, des pétales de roses, des parfums créés à base de roses... Le Dessinateur acheta une rose blanche qu'il plaça immédiatement dans les cheveux de Syndrell en plantant un baiser sur sa joue, et, tout heureux qu'il était, en acheta une d'une couleur écarlate à la petite fille qui contemplait l'étal, envieuse. Enfin, pour lui, il fit l'achat d'une petite rose de verre délicatement ouvragée.

    Ils s'assirent sur un petit muret, à l'écart de l'agitation. Ciel sentait que Syndrell commençait à fatiguer, et d'ailleurs, lui aussi commençait à faiblir. Le soleil commençait à rougeoyer, la température se faisait plus fraîche. Les grandes tours d'Al-Jeit se teintaient de couleur chaudes tandis que les enfants faisaient pruve d'une imagination sans faille pour inventer sans cesse de nouveaux jeux.
    C'était un joli moment. Un moment de paix, de calme, de bonheur tranquille, d'apaisement.
    Jusqu'à ce que Syndrell ne s'agite. Il la sentit se tendre, relever la tête. Il allait l'interroger mais elle semblait profondément absorbée. Totalement absente. Il n'aima pas cet air étrange qu'il ne lui avait jamais vu. Il sentit qu'il n'existait plus. Ni les éclats de rire des enfants, ni les derniers pépiements des oiseaux, ni le feu qui embrasait la capitale. Il n'est pas blessé du tout, non; il est juste très inquiet.

    Déjà, Syndrell a bondit, avec la vivacité qu'il lui connaît.


    "Syndrell!"

    Il tend la main, saute à son tour du muret, maudissant sa maladresse. Il trébuche en tentant d'éviter un enfant, déjà, elle est de l'autre côté de la place et attrappe une femme qui passe par là. Ciel entend les invectives. Il ne comprend pas. Il s'excuse rapidemment auprès des enfants, frustrés d'avoir été interrompus, et va rejoindre la Marchombre.
    Elle n'a plus cet air absorbé, mais semble maintenant désemparé.
    Le Dessinateur en déduit qu'elle a dû prendre la femme pour une autre.
    "Elle était là..."
    Qui ça, elle? Cette femme qui l'a attaquée? Cette femme qui avait tenté de séquestrer son frère et sa soeur? Ciel a bien senti qu'il y avait quelque chose qui ne collait pas entre cette mercenaire et Syndrell. Il était pratiquement sur que c'était d'elle dont la Marchombre parlait. Qui d'autre pour la mettre dans un état pareil? Qui d'autre pour parvenir à la déconnecter totalement du monde? Ce n'était pas du tout une main amicale que le Chat avait posé sur l'épaule de l'inconnue. Il y avait eu une... Tension. Une tension glaciale, promesse de meurtre, de violence, de sang.
    Ciel décida de ne pas demander de qui Syndrell parlait. C'est trop évident. Et puis, il ne veut pas remuer le couteau dans la plaie.


    Il est soucieux, par contre... La jeune Marchombre, si douée soit-elle, est encore faible. Cette femme était aussi douée... Et vénéneuse. Ciel, le visage contrarié, allait dire quelque chose, quand il se sentit brusquement happé vers l'arrière, dans le renfoncement obscur de la ruelle; simultanément, il sentit une main lui écraser la bouche et le nez, et une lame glacée s'appuyer violemment sur son cou, et mordre la chair. Ciel se jeta dans les Spires -la douleur lui avait donné la lucidité nécessaire pour le faire- mais en fut aussitôt éjecté. Avec horreur, il réessaya et ne put que constater que l'accès lui en était interdit -un Gommeur, sans doute. A peine adressa-t-il un regard paniqué à Syndrell que déjà une voix -une voix de femme, celle de la mercenaire qui avait agressé Syndrell, il la reconnaissait- s'éleva tout près de son oreille.

    "Te revoilà... Alors, la petite chienne de Leif serait devenue une chienne de Dessinateur, maintenant? C'est fou comme tous tes petits chéris ont tendance à mourir..."
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Dim 24 Juil 2011, 12:26

Alors qu’elle s’était précipitée vers l’inconnue, guidée par l’urgence, Syndrell se retourna lentement vers Vanora. Parce que cette fois, Ciel n’était pas à l’abris sur un petit muret de pierre ; il se trouvait précisément entre l’espionne et lui, sa vie menacée par un poignard que la jeune femme reconnut avec tristesse. Le poignard de Miss.

Erwan ne l’avait pas retrouvé dans la clairière, elle avait supposé que l’un des mercenaires alliés de Vanora l’avait récupéré, mais voir cette arme si précieuse à ses yeux dans les mains de son ennemie – pire, cette lame posée sur la gorge de son ami, c’était une véritable torture. Et Vanora le savait.


- Te revoilà... Alors, la petite chienne de Leif serait devenue une chienne de Dessinateur, maintenant? C'est fou comme tous tes petits chéris ont tendance à mourir...

Les grands yeux noirs souriaient, fixés sur elle, et Syndrell se mit à trembler. Dans son esprit, les images de Leif frappé d’une flèche dans le dos se superposaient à celle d’une femme aux cheveux bleus baignant dans son sang et de Ciel, égorgé, allongé dans cette ruelle calme et déserte d’Al-Jeit. Son souffle se précipita. Pourquoi ne dessinait-il pas ? Comment Vanora pouvait-elle avoir eu l’audace de s’en prendre à un Dessinateur ? Comme lisant dans ses pensées, la tueuse sourit plus largement encore, avant de lui répondre de cette voix glaciale qu’était la sienne :

- Efficaces, ces Gommeurs. Et plus efficaces encore sont les Mentaïs…

Il venait d’apparaître derrière Syndrell. Grand, la peau sombre, les cheveux tressés, il lui adressa un sourire scintillant de dents en or. Un sourire froid et calculateur.
Syndrell trembla plus fort.

Elle était terrorisée.
Elle, Syndrell Ellasian, marchombre jusqu’au bout des ongles, elle avait si peur qu’elle ne parvenait ni à respirer ni à réfléchir correctement. Les pensées se bousculaient dans sa tête, tourbillon infernal qui mêlait images du passé, du présent et du futur dans un univers de sang et de larmes. Ses genoux flanchèrent, elle tomba à genoux sur le pavé froid de la ruelle tandis que le rire de Vanora était un son étouffé à ses oreilles, assourdi par le sang qui battait à ses tempes.


- Regarde-toi ! Incapable de tenir debout, te voilà à quatre pattes, comme une chienne… Incapable de sauver ton amant !

Prostrée, Syndrell sursautait à chaque parole de Vanora, comme frappée par un coup de poignard. C’était le cas. Les blessures n’étaient pas physiques mais psychiques ; son ennemie avait trouvé son point faible et à présent, elle agrandissait la faille pour s’insinuer en elle et tout détruire, absolument tout…

- Lève les yeux, Syndrell. Je veux que tu regardes pendant que je lui tranche la gorge. Lève les yeux !

Elle leva les yeux. Son regard embué de larmes plongea instantanément dans celui de Ciel, et son cœur se serra. Oh, comme elle aurait aimé effacer cette lueur d’angoisse qui brillait dans ses yeux ! Comme elle aurait voulu le tirer des odieuses griffes de Vanora, l’emmener loin d’elle et tout oublier, tout recommencer ! Il allait mourir, exactement comme Leif était mort, comme Nuance était morte. Et les lambeaux de sa raison s’effilochaient. Après ça, après la mort de Ciel, elle prierait Vanora de la tuer à son tour. A quoi bon vivre, sans Prof à ses côtés ? A quoi bon vivre si elle ne pouvait plus rire avec lui, ni se balader ? Si elle ne pouvait plus chasser les arc-en-ciel, ni signer de sa rose au bas d’une lettre ? S’il ne dessinait plus pour elle, jamais ?

Une larme quitta l’univers doré de son regard pour glisser sur sa joue et se perdre dans les dernières couleurs de son pull. Le dernier dessin de Ciel.
Le dessin de Ciel.
Le dessin…
Le Gommeur…


- Attends !

Vanora se figea, surprise d’entendre la voix de Syndrell – une voix rauque, mais vibrante de détermination – et haussa un sourcil interrogateur. Sous sa lame, le sang coulait sur la gorge de Ciel. Son regard soudé à celui de Vanora, Syndrell s’efforça d’ignorer son ami.

- Attends. Tu te trompes.
- Oh, vraiment ?
- Oui. Si tu penses que tuer cet homme va m’anéantir, tu fais une belle erreur. Songe à tout ce que tu m’as déjà pris, songe à tout ce qu’il me reste ; je n’ai plus rien à perdre, Vanora. Je n’ai plus que lui.
- Tu n’auras bientôt plus personne.
- C’est vrai. Il ne restera plus que toi.


Le regard de Vanora s’agrandit. Elle commençait à comprendre…

- Je te retrouverai. Où que tu sois, où que tu te caches, je te retrouverai. Et tu auras beau te protéger derrière le Chaos, je tuerai sans la moindre hésitation quiconque se dressera entre toi et moi. Je te retrouverai. Et je te tuerai, toi.

Jamais menace n’avait été plus évidente ; l’étincelle de doute qui traversa fugacement le regard noir de Vanora n’échappa pas à Syndrell. Mais presque aussitôt, la tueuse éclata de rire.


- Idiote ! Tu vas mourir ici, dans cette rue, sans même que je te touche… C’est pitoyable, vraiment : tu es si lâche que tu ne verras pas ton amant mourir. Tu seras morte bien avant. Sache, avant de rendre ton dernier soupir, que je vais le tuer lentement, jusqu’à ce qu’il te maudisse !

Syndrell ne l’écoutait que d’une oreille. Elle avait enfin posé les yeux sur Ciel. Le regard qu’ils échangèrent ne dura qu’un souffle.
Un battement de cils.
Un battement de cœur.

Déjà, le Mentaï était dans son dos.


~~~~~~


- Tu vas bientôt de te rendre au Rentaï, Syndrell, tu le sais…
- Oui. Est-ce que je dois avoir peur ?
- Et pourquoi aurais-tu peur ? Dis-moi, penses-tu avoir plus à perdre qu’à gagner ?
- Non. Je suis moi, je suis marchombre, et une greffe n’a pas le pouvoir de changer cette certitude. Mais parfois, j’ai peur, Miss… peur de ne plus avoir peur.
- Et tu as raison. La peur est une force. Ne la redoute pas. Fais-la tienne. Harmonise-la avec ton souffle. Devient la peur. La peur d’un autre…


~~~~~~


Un geste, un souffle.
La peur se fond en elle, se mélange à son sang, devient ses os.
Jaillit dans un chuintement feutré de ses avant-bras.

Lames de corps, âmes d’acier…
La rose blanche vole dans les airs, accompagnée de quelques mèches bleues ; de petites gouttelettes vermeilles maculent ses pétales de neige.


* * *

Le Mentaï laissa échapper un affreux gargouillis de surprise mêlé de douleur.
Syndrell serra les dents pour ne pas hurler.
Sa lame gauche avait perforé l’abdomen du guerrier noir.
Sa lame droite avait tranché en deux le Gommeur accroché dans son dos.


- A toi de jouer, Prof… souffla-t-elle.

Ses lames se rétractèrent sans bruit et le Mentaï s’effondra, l’entraînant dans sa chute.
Syndrell hoqueta lorsque le sabre de ce dernier s’enfonça un peu plus dans sa poitrine. Une bulle de sang se forma à la commissure de ses lèvres. Voilà, elle était en train de mourir.
Encore.

Elle sourit.
Cette fois, le vieux souffleur de verre allait lui passer un savon.



* * *


[Note : je te suggère un pas sur le côté rapidos, histoire d’abandonner Syn aux mains de quelques Rêveurs… et puis de prendre la tangente. Loin, très loin de la fille aux cheveux bleus qui porte la poisse xD
Note 2 : Si quelque chose ne va pas, sonne le gong... mais je crois que Ciel va se faire plaisir, là ^^]


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Vous. Moi…


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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Lun 25 Juil 2011, 22:33

    Ciel frémit en entendant le terrible mot, Mentaï, et Vanora rafermit sa prise. Un léger toussotement échappa au Dessinateur. Il avait mal à la gorge, il sentait le sang, son sang lui couler le long des clavicules, il peinait à respirer, mais ses capacités mentales n'étaient pas altérées.
    Il avait suffisamment entendu parler des Mentaï lors de séminaires ou autres conférences pointues pour savoir qu'ils n'avaient aucune chance de s'en sortir. Si encore il pouvait Dessiner... A nouveau, il fut éjecté des Spires avant même d'avoir pu les apercevoir. Les paroles de la mercenaire ne laissaient aucun doute sur ses intentions. La lueur carnassière du regard du Mentaï en disait long sur ce qu'il s'apprêtait à faire.
    Et pourtant, Ciel n'arrivait pas à se rendre compte. Ciel n'avait pas l'impression qu'il allait mourir. Ne plus revoir maman, ni Aurore, Zeph', Zénith, papa, Nuée, 'Zur, Orage, Lou, Tom', Nuage, le petit Syn... Ne plus rigoler avec Syndrell. Ou peut-être que si, si après la mort, ils continuaient... Ensemble. Avec Nuance, aussi, et puis Syndrell retrouverait tous les amis qu'elle avait perdus... Mais non, rien à faire. Pas de grand défilé de sa vie, pas de regrets, pas de remords. Il s'en voulu, à cet instant, de ne pas parvenir à se rendre compte. De ne pas parvenir à vivre intensément ces derniers instants...
    Le regard de Syndrell ne l'y aida pas. Très bref, ce n'était pas un adieu. Elle avait un plan, peut-être? Une certitude qu'elle allait le tirer de là? Avait-elle repéré le Gommeur, puisque Vanora, si persuadée de sa réussite, n'avait même pas cherché à cacher le noeud du problème de Ciel? Fallait-il encore que Syndrell sache ce qu'était un Gommeur...

    Avec horreur, Ciel vit le Mentaï lever ses bras, prêt à asséner le geste fatidique. Malgré ça, l'espoir persistait.
    Le fait que Syndrell ait un plan devint évidence lorsqu'elle reprit la parole. Ciel écouta, en haleine. Ou pas temps que ça finalement, déjà parce qu'il n'arrivait pas vraiment à faire passer de l'air dans sa gorge, ensuite parce que décidemment, il était persuadé qu'il n'allait pas mourir.
    Les choses changèrent avec la tirade de la mercenaire, qui s'était sans doute reprise après l'instant de surprise et de doute que Ciel, pressé contre elle qu'il était, avait pu percevoir. Ce fut le regard de Syndrell qui, enfin, débloqua le Dessinateur. Un regard éphémère, un regard... Un regard-au revoir. Un battement de cil qui disait adieu. Il allait mourir.

    Ils allaient mourir.

    Le Mentaï frappa.
    ... Non. Syndrell frappa, et parmis le sang qui éclaboussait le pavé, il y avait du vert.
    A cet instant, la lame qui menaçait d'égorger Ciel se transforma en un vulgaire bout de mousse, et le manche de poignard tinta sur le sol. Ciel profita de la surprise de Vanora pour se dégager d'un coup de coude le plus violent possible, et effrayé par les volontés sanguines de la vipère, lui asséna un nouveau Dessin dans la seconde. Un flash impressionnant déclenché juste devant ses yeux. La femme n'eut pas le temps de hurler, que déjà il la baillônait; alors qu'il s'apprétait à faire basculer dans la réalité de quoi ligoter entièrement celle qui se tenait les yeux en un hurlement muet, il se retourna, alerté par ce qu'il venait d'entendre. Un instant, tout se figea.

    L'instant d'après, il se redressa, portant encore une fois une Marchombre dans ses bras. Elle était cette fois ruisselante de sang, et c'était dans une herbe encore humide des récentes averses qu'ils se trouvaient. Devant eux, une grande porte de bois close, seul moyen apparent de passer de l'autre côté du mur sobre et clair. Derrière eux, la silhouette d'Al-Jeit, outrageusement étincelante sous le soleil couchant, à côté des deux êtres prostrés et à bout de force pour l'un, à bout de vie pour l'autre.

    Ciel frappa violemment à la porte en hurlant tout ce qu'il pouvait hurler. Un homme se hâta de leur ouvrir. Il dit quelque chose, mais Ciel n'entendit pas; il sombra dans l'inconscience.


    *


    Un lit douillet, une température ambiante délicieuse, un verre d'eau fraîche posé sur une table de chevet à ses côtés, le tout baignant dans une lumière agréable. Ciel se frotta le crâne, tentant de se rappeler précisémment où il était.

    ...


    "Syndrell!"

    "Monsieur, calmez-vous... Votre amie est dans une chambre individuelle dans le bâtiment réservé à nos patientes. Elle va bien, notre rêve s'est déroulé sans problème. Elle aura besoin de repos, évidemment... Il semble qu'elle était déjà en santé précaire avant la blessure qui lui a été infligé hier. Nous n'avons pas touché à ses autres cicatrices, puisqu'elles ne nécessitent plus de soins particulier, hormis une au coude. Elle ne lui posera dorénavant plus de soucis."

    "Attendez, elle... Elle est bien hors de danger? Je ne sais pas trop ce qui... Hier vous dites? Ca a été si..."

    "J'imagine bien que ça a été très rapide. Vous êtes arrivés ici grâce à un pas sur le Côté visiblement -mais vous le savez sans doute- totalement épuisé. Vous avez vite perdu connaissance. La jeune fille avait l'abdomen sérieusement perforé; toutefois, aucun organe vital n'a été touché. Comme je vous l'ai dit, elle est hors de danger mais a sérieusement besoin de repos... Quand à vous, pas d'inquiétude, nous n'avons décelé aucun problème... Une très grosse fatigue, un choc émotionnel... Trop d'agitation sans doute après ce qui vous est arrivé..."

    Le Rêveur, sobre comme il se devait d'être, était un de ces hommes sans âge. Son visage au nez aquilin était étonnamment dépourvu de ride, mais la profondeur de ses yeux gris et ses mains noueuses et parchemineuses laissaient croire à un âge plutôt avancé. Ce regard glissa sur le cou de Ciel, qui rougit.

    "Ne vous inquiétez pas, nous ne vous poserons aucune question, comme vous le savez. Vous êtes déjà venu ici, n'est-ce pas?"

    Ciel acquiesca, interloqué. Une dizaine d'année plus tôt, alors qu'il commençait tout juste à enseigner à Al-Jeit, il avait effectivement dû amener un élève à cette confrérie pour un accident dû à un Dessin mal maîtrisé. C'était un endroit à l'extérieur de la capitale, très paisible et propice au rétablissement.
    Cette fois, il n'avait pas tergiversé pour effectuer un Pas sur le Côté... Et fort heureusement, tout s'était bien déroulé.

    Lorsque le Rêveur se retira, Ciel se glissa dans les Spires pour voire les dégâts. Il en ressortit en grimaçant. Lui aussi allait avoir besoin de repos...
    Il se leva et s'habilla avec des affaires prêtées par les Rêveurs, entreprenant de traverser la confrérie pour rejoindre Syndrell.
    Il se souvenait avoir souffert du poignard posé sur sa gorge. Il gardait une trace bleue et une estafilade propre de cette expérience désagréable, mais il savait que cela plus les Dessins très rapides et simultanés qu'il avait fait l'avait beaucoup affaibli. Ajoutez à cela un pas sur le Côté effectué sans préparation ni concentration, beaucoup d'émotion et une journée qui fut bien remplie, et vous obtenez un Dessinateur aux capacités diminuées.
    Il frappa doucement à la porte et attendit une réponse de Syndrell avant de rentrer dans la chambre de la jeune femme.

    C'est à ce moment qu'il se réveilla enfin totalement; ses genoux falgeolèrent, sa main se crispa sur la poignée de porte, son poul s'accéléra.

    Il était vivant.
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Mar 26 Juil 2011, 11:31

Le sang coule lentement sur les marches du grand escalier, formant un tapis rouge, comme celui que l’on déroule pour accueillir les plus grands de ce monde.
Quelle ironie.

Parce que c’est une célébrité qui s’en va, justement. Car qui ne connaît pas Ceridwen Ellasian, la femme au cœur si grand qu’elle a recueilli dans son orphelinat improvisé plus de petits sans parents qu’il n’est possible de l’imaginer ? C’est elle qui meure, en ce moment, assassinée pour une petite fortune qu’elle n’avait pas. Parce que sa plus grande richesse, c’est justement ce cœur immense, cet amour qu’elle a su donner sans rien attendre en retour.

Il y a un enfant qui pleure.
Une petite fille. Sa première petite fille. Elle n’a pas de nom ; elle ne parle pas, n’a jamais dit un mot depuis son arrivée à la Tour. Alors, quand Cerdiwen essaie de l’appeler dans un gargouillis étranglé, elle n’y arrive pas, parce que la petite fille n’a pas de nom.
Pas encore.


*

- Comment tu t’appelles ?
- Si…drel.
- Comment ??
- Si… Sidrel Elassian.
- Syndrell, tu dis ? Syndrell Ellasian ?
- Oui monsieur.
- Quel âge tu as, Syndrell ?
- Je sais pas, monsieur.
- Et tes parents, ils sont où ?
- Je sais pas, monsieur.
- Bon… viens avec moi, il fait trop froid pour qu’une petite chose comme toi passe la nuit dehors.


*

- Alors, tu as pris le nom de cette femme, c’est ça ?
- On peut dire ça, oui. Je n’ai jamais réussi à le prononcer correctement, alors Cerdiwen est devenu Syndrell. Mais je porte le nom de ma deuxième maman.
- Qui est la première ?
- Mystère…


Le vieil homme sourit. Voilà des heures qu’ils discutent à l’ombre du saule – ou peut-être depuis des jours ? Impossible de le savoir. Ici, le temps n’a pas son emprise, pas plus que la douleur. Allongée dans l’herbe douce, Syndrell revisite ses souvenirs avec son ami.

- Tu commences à parler comme moi, bougonne-t-il dans un sourire qui dément son ton grognon. Et est-ce que tu te souviens de la raison pour laquelle tu es venue interrompre ma sieste ?
- Non.
- Pas du tout ?
- Non…
- Bon, et bien une fois de plus, je vais t’aider à t’en souvenir… Pense catastrophe. Pense grande ville. Grande douleur.
- C’est si dramatique que ça ?
- Tu as un trou en plein milieu du ventre.
- Oh…
- Oui, ça devient une habitude chez toi. Enfin, je dois reconnaître que c’était un joli coup. Tu étais en train d’abandonner, de rendre les armes, et puis soudain, tu t’es relevée. Tu as repris courage. C’est bien, ça, Gamine.


Les yeux clos, Syndrell sourit.

- Un vieil homme croyait en moi, je ne voulais pas le décevoir… Et puis, Ciel avait besoin de moi.
- C’est vrai. Tu t’en souviens, ça y est ?
- Oui.
- Alors tu peux ouvrir les yeux, maintenant.


Syndrell ouvre les yeux.
Un vieil homme est penché sur elle, mais ce n’est pas un souffleur de verre.
C’est un Rêveur.


* * *

Malgré les recommandations de l’homme qui l’avait soignée, Syndrell avait quitté son lit pour aller s’installer sur le rebord de sa fenêtre. Elle était encore faible, c’est vrai, mais elle se sentait aussi terriblement vivante, et incroyablement sereine. Sa seule et véritable inquiétude, lorsqu’elle avait ouvert les yeux pour croiser le regard du Rêveur, avait été Ciel ; mais il l’avait rassurée, lui promettant que son ami se remettait lui aussi, qu’il était bien en vie.

Elle avait donc réussi. Non, ils avaient réussi. Ensemble, ils avaient défié la mort, au nom de cette rose qui était la leur. Les genoux repliés contre sa poitrine, Syndrell sourit. Elle n’était plus étonnée par le pouvoir de cette fleur depuis longtemps…

Sans cette fleur, sans Ciel à ses côtés, aurait-elle eu le courage de défier Vanora ? Non, sans doute. Mais voilà, elle l’avait fait, elle avait affronté l’origine de ses cauchemars, et elle se sentait prête, désormais, à remonter la pente. A retrouver les sourire, à retrouver sa vie, l’histoire de son passé. Son histoire. Une histoire qui commençait par la mort d’une innocente et avec un nom qui n’était pas le sien ; une quête laissée de côté durant son apprentissage aux côtés de Miss, une quête qu’elle avait envie de reprendre, maintenant qu’elle était libre. Et vivante. Une formidable aventure qui l’attendait hors de ces murs.

Glissant machinalement la main sous sa chemise, Syndrell caressa pensivement son ventre plat. Les Rêveurs avaient fait des miracles ; il n’y avait pas une cicatrice. Ni au coude, ni à l’abdomen. Juste le souvenir fugace d’un drame interrompu juste à temps. Elle savait que Ciel l’avait conduite ici grâce à un pas sur le coté. Qu’il avait dessiné pour les sauver, et qu’il avait réussi. C’est la seule certitude qu’elle avait eu lorsque leurs regards s’étaient croisés, juste avant que le Mentaï ne passe à l’action. Elle qui avait seulement entendu parler des Gommeurs, elle ignorait si trancher la bestiole en deux suffirait à rendre ses capacités à son ami. Plus encore, elle ignorait si l’effet de surprise allait fonctionner. Mais elle avait eu confiance en son Dessinateur, et c’est pourquoi elle n’avait pas hésité…

Quelques coups frappés à la porte, discrets, légers.
Nouveau sourire.


- C’est ouvert, Prof !

Comment sait-elle que c’est lui ?
Elle le sait, c’est tout.

Le battant s’ouvre à la volée.
Déjà, Syndrell est descendue de son perchoir pour se jeter dans les bras de Ciel. Exactement comme elle l’a fait devant le Chat Bleu, deux jours plus tôt, sauf que cette fois-ci, elle ne pleure pas.
Elle sourit.


__________________________________________

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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Mar 26 Juil 2011, 22:18

    A peine venait-il de prendre conscience qu'il était vivant, vivant, vivant! Du sang, de la chair, un coeur qui bat, bordel, et tout ça a failli s'éteindre, il n'est jamais passé aussi près de la mort, de la grande catastrophe, du meurte, de l'assassinat, du noir total, de la finitude, terminé, mais non, mais non Ciel, t'es VIVANT! Waouw, se dit-il intérieurement, vivant, je suis vivant vivant vivant, je respire, et il prit un plaisir tout neuf à sentir l'air se glisser dans son corps quand Syndrell répondit.
    Et ce n'était, à la grande surprise de Ciel, pas du tout une voix de convalescente!
    Le Dessinateur ne se fit pas prié, il emboutit la porte, et, ignorant la violence du choc de leurs deux corps projetés l'un contre l'autre, fit tournoyer, tournoyer, tournoyer sa Syndrell de plus en plus haut dans les airs, avant de la reposé, tout essoufflé, et elle aussi, et de l'asseoir de force sur son lit, terrorisé.


    "Mais qu'est-ce que tu faisais debout?! Un Rêveur m'a dit que tu avais besoin de beaucoup de repos! Tu vas me faire le plaisir de rester tranquille pour une fois et d'arrêter de presque mourir tous les jours, maintenant, hein!"

    Euphorique, Ciel parti d'un grand éclat de rire et oubliant aussitôt les reccomandations qu'il venait de faire à son amie, la pris par les épaules et la secoua, peut-être un peu fort.

    "Mais Syndrell, enfin, on est VIVANTS! On est vivants, tu t'rends compte? Bon ok, t'as plus l'habitude de mourir que moi mais quand même, c'est pas génial ça?! J'ai cru qu'on allait y passer, enfin non je l'ai pas cru, c'était ça le bizarre, juste une seconde là avant le choc des chocs! Mais debout, debout, faut fêter ça voyons!"

    Et il la releva aussitôt, pour lui planter deux gros baisers sur chaque joue et pris une grosse voix solennelle.

    "Mademoiselle Syndrell Ellasian, je vous adoube chevalière de la Rose pour avoir sauvé la vie de votre compagnon ici présent, le dénommé Ciel Kern."

    Il releva le menton et posa sa main sur l'épaule droite de Syndrell, avant de reprendre la parole.

    "Et monsieur Ciel Kern ici présent, je vous adoube sauveteur de la Rose pour avoir in-extremis amené mademoiselle Syndrell Ellasian ici. C'est marrant, en quelque sortes, on s'est auto-entre-sauvé ou quelque chose dans le genre, non? Oh, non pas que je veuille me jeter des fleurs -ou des roses, haha!-, faut pas croire ça hein... Ma p'tite demoiselle?"

    Ciel gratifia le tout d'un clin d'oeil, mais dans son entousiasme, n'avait pas l'intention de s'arrêter en si bon chemin.

    "Mais faudrait que je meure à demi tous les jours, ça fait un bien fou! J'ai l'impression de... De... De renaître!"

    Il ouvrit grand ses bras, levant son visage vers le plafond et se glissa dans les Spires pour faire pleuvoir une nuée de roses multicolores et... Il ne tomba que deux ou trois roses et quelques pétales rabougries, qui s'évaporèrent avant même d'avoir touché le sol.
    Boum badaboum, encore une prise de conscience pour le Dessinateur grisé par la vie.


    "Ouais enfin... Peut-être pas tous les jours non plus."

    ... Suivie d'un regard horrifié posé sur Syndrell...

    "Mais qu'est-ce que tu fais debout?! Mais qu'est-ce qui m'a pris?! On est peut-être vivant mais toi t'as quand même failli plus l'être et tout et moi je... Et puis ce que j'ai dit! Faut pas faire attention, j'ai pas réfléchi, je disais ça sur un ton léger que c'était sympa de trépasser, mais j'aurais pas dû, moi à côté de toi, je... Oh la la, par Merwyn, Ciel Kern quel idiot! C'est pas en fêtant la vie comme ça que je vais pouvoir valser avec toi bien longtemps moi! Je suis pire que le pire des Ts'Liches!"

    Ciel se serrait certainement arraché quelques poignées de cheveux si ses mains n'étaient pas déjà bien trop occupées à coucher Syndrell, à arranger ses bras bien à plat de chaque côté du corps et en la tapotant de partout tout doucement pour vérifier que tout allait très bien. A ce moment, la porte s'entrouvrit, et un Rêveur glissa son visage contrarié par l'entrebaillement de la porte, certainement alerté par les éclats de voix. Voir une Syndrell couchée et un Ciel sagement assis à ses côtés lui tapoter la main dû le rassurer: Ciel lui adressa un sourire angélique, et il referma la porte.

    "Mais quel Raï mal élevé... Pardonne-moi ma petite Syndrell! Je crois que les Rêveurs m'étriperaient tiens... Et toi aussi! Qu'est-ce que tu faisais debout? Tu es impressionante! Tu viens de frôler la mort et tu n'arrives pas à rester en place... C'était hier je te signale, hein! Et t'étais déjà pas au meilleur de ta forme alors... Oh la la, mais ce serait pas un peu ma faute tout ça? C'est moi qui t'ai proposé de sortir et tout! Tes amis m'étriperaient... Enfin, je t'ai un petit peu sauvé la vie alors ça compenserait peut-être... Et au fait, bravo pour ton coup de Maître! Sublime retournement de situation! J'ai pas tout compris à ce qu'il s'était passé mais bon, ça c'était... Bah c'était digne de toi, tiens!"

    La langue de Ciel se figea quelques instants tandis que dans sa tête, il retraçait de manière un peu brouillonne les évènements de la veille. Il s'apprêtait à dire à Syndrell que les lames qu'elles avaient utilisées, ainsi que le poignard de Vanora, devaient être restés dans cette ruelle, mais autre chose perturbait ses pensées. Ou plutôt, quelqu'un d'autre. Le regard absent, le corps figé, Ciel ne prononça qu'un murmure -horrifié-.

    "Vanora..."
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Mer 27 Juil 2011, 10:43

Syndrell noua ses bras autour du cou de Ciel et éclata de rire tandis qu’il la faisait tournoyer, une fois, deux fois, trois fois… quatre fois. Et lorsqu’enfin il la reposa à terre, ce fut pour l’asseoir avec autorité sur le lit.

- Prof…

Il ne l’entendit pas. Déjà, il la remettait sur ses jambes et Syndrell ne comprit pas tout de son discours sur la chevalière de la Rose et son sauveur – mais ses joues étaient rouges et son regard doré flamboyait. Il parlait, parlait, heureux d’être en vie, et elle l’écoutait distraitement, heureuse qu’il soit en vie. Oui, il allait bien, son Dessinateur, son sauveur ; lui aussi avait pris des couleurs en s’énervant de la sorte. La fatigue avait laissé son empreinte sur son visage tout rayonnant de joie, et sur sa gorge, une estafilade rappelait encore à quel point ils étaient passés près d’un drame.

Ciel poursuivait son délire. Il lui parlait de la mort, à présent. Pour sa part, Syndrell mesurait humblement la chance qu’elle avait d’être toujours en vie après avoir été embrochée par un Mentaï, tout simplement parce qu’un mois plus tôt, elle avait survécu à un véritable carnage. Son ami s’extasiait d’être vivant ; elle se contentait d’accepter d’être une survivante. Ce n’était pas la première fois qu’elle voyait la mort d’aussi près, elle l’avait même vu venir, pour le coup ; en revanche, en choisissant de relever la tête, de s’élancer à nouveau sur la Voie comme une étoile filante, elle choisissait aussi de renouveler l’expérience.

C’était sa vie. Une vie de dangers, mais une vie qu’elle acceptait de réaliser. Pas de contraintes, pas de regrets. Elle avançait, voilà tout, et puis elle défiait la mort. Une fois, deux fois. Trois fois ? Jusqu’à quand pourrait-elle s’estimer heureuse d’avoir « survécu » ?


* Peu importe le temps qui me reste, si c’est pour vivre ça…*

Ça. La joie de Ciel, son sourire éclatant, sa ridicule pluie de roses fanées, son air de petit garçon contrit… Et à nouveau, sa vigueur, lorsqu’il l’allongea fermement sur le lit, comme si elle n’était qu’une vulgaire poupée de chiffon. C’était sans doute le cas, d’ailleurs. Elle avait récupéré incroyablement vite et efficacement, sa détermination se mêlant au savoir-faire immense des Rêveurs, mais elle était faible et le resterait quelques jours encore. Alors, elle laissa Ciel la palper, la couvrir, lui parler, tout ça en même temps et dans un bel imbroglio qui alerta un Rêveur.

Il trouva ses patients étonnamment calmes, et Syndrell se demanda comment il fit pour ne pas voir les trop belles auréoles d’innocence qui flottaient au-dessus de leurs têtes. Mais peut-être fit-il semblant de ne rien voir, car il referma la porte et s’éloigna sans bruit, laissant un Dessinateur et une marchombre hilares.



- Hé, Prof, est-ce que tu…

Trop faible, sa voix. Trop enjouée, celle de Ciel. Il était déjà reparti, si vite qu’elle peinait à le suivre. Si gentil qu’elle sourit. Un retournement de situation sublime, oui… qui les avait envoyé tous les deux à Fériane ! Vivants, certes, mais quand même… Elle reconnaissait qu’ils avaient fait fort. Et… elle n’avait aucun regret. Ils allaient bien, c’était l’essentiel. Pas au point d’aller chasser des arc-en-ciel tout de suite, mais ça viendrait…

Elle reconnut qu’elle ne l’écoutait pas vraiment. Maintenant qu’elle était de retour dans son lit, elle sentait ses paupières s’alourdir et le sommeil la rattraper à toute vitesse. Elle ne comptait pas lutter bien longtemps ; elle était bien, elle était au chaud et bercée par la voix de son ami. C’était… agréable.

Mais ça ne dura pas longtemps.
Il avait suffi d’un mot – d’un nom, non, pire ! D’un ton catastrophé pour que les toutes nouvelles certitudes de Syndrell s’évanouissent d’un seul coup. Elle se redressa, le cœur battant.

Quoi ?


- Ciel ? Tu l’as tuée, n’est-ce pas ? Cette femme… Dis-moi qu’elle ne s’est pas échappée !

Mais le regard de Ciel en disait bien plus long que tout son discours.
Vanora était toujours en vie.

Syndrell ferma les yeux et serra les poings pour s’empêcher de trembler. Non… pas après ça, pas alors qu’ils avaient tous les deux fait couler leur sang pour que ça se termine ! C’était impossible. Si Vanora n’était pas morte, elle était capable de tout. Elle pouvait très bien être en route pour Fériane, accompagnée d’une poignée de Mentaïs. Et si elle s’en prenait encore à la famille de Ciel ? A Eli, à Tanank ?

Elle se força à respirer calmement. A reprendre le contrôle. Réagir sur un coup de tête, voilà le véritable danger auquel elle s’exposait. Avant toute chose, elle devait analyser la situation, les cartes dont elle disposait, celles qui restaient à Vanora.

Lorsqu’elle rouvrit les yeux, son regard d’or pur était aussi dur que l’acier.


- Je dois partir.

Elle avait déjà repoussé ses couvertes.
Mais…


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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Mer 27 Juil 2011, 14:16

    ... Mais Ciel, catastrophé, la maintint au lit.

    "Non! Tu crois vraiment que les Rêveurs vont te laisser partir? Et moi? Syndrell, tu es bien trop fatiguée pour aller rejoindre cette femme! Et ne t'inquiète pas s'il-te-plaît, je ne l'ai pas tuée, mais... Laisse-moi te raconter."

    Le Dessinateur lui adressa un sourire bienveillant pour la rassurer un peu, mais il devait bien le reconnaître, son propre coeur battait la chamade. Il n'était pas sur que Syndrell apprécie beaucoup qu'il la force à rester coucher, mais...

    "Syndrell, écoute-moi, sérieusement. A peine sortie d'ici, tu serais déjà essoufflée. Cette femme est dangereuse, non? J'ai pu le constater - il tâta son cou en grimaçant- et tu le sais mieux que moi. Tu as besoin d'être en forme... Alors s'il-te-plaît, repose-toi, ou tu risques vraiment d'y laisser la vie."

    Il se tut un moment, puis prit une nouvelle inspiration pour tout expliquer à Syndrell.

    "Quand tu as éliminé le Gommeur, j'ai d'abord fait en sorte que le poignard devienne inoffensif. Là je me suis dégagé et lui ai balancé une lumière aveuglante en plein dans les yeux. L'idée de la faire exploser ou de la découper en mille morceaux ne m'a même pas effleuré. J'ai Dessiné à l'instinct... Et dans ma tête, c'était toi qui devait la tuer. Après la lumière, je l'ai baillonnée pour ne pas qu'elle hurle. J'allais la ligoter quand... Quand je t'ai entendue. Je suis immédiatement parti avec toi."

    Ciel soupira, se leva, et alla se placer devant la fenêtre qui permettait de voir le jardin, et la plaine au delà du mur d'enceinte, réfléchissant à ce qu'il avait fait, sourcils froncés. Lorsqu'il estima avoir fait le tour de tout ce qui pouvait découler de ses Dessins, il se retourna vers Syndrell pour reprendre la parole.

    "Elle a dû évidemment s'enfuir. Pas avec son Mentaï, tu l'as massacré. Cette femme n'est pas une puissante Dessinatrice, ou alors tu serais au courant. Je doute franchement de la présence d'autres Mentaï, sinon, ç'aurait été eux qui auraient eu la garde du Gommeur. Et puis elle devait estimer qu'elle n'avait pas besoin de plus de main d'oeuvre. Donc: elle doit être toujours à Al-Jeit. D'autant plus que quand je te parle de lumière aveuglante... Il faut le comprendre au sens littéral."

    Il fit une nouvelle courte pause.

    "Elle a eu l'air d'avoir très mal. Je pense que..."

    Ciel déglutit. Il n'aimait pas du tout cette idée, et maintenant qu'il se rendait bien compte de ce qu'il avait fait, il se sentait plutôt mal.

    "Je pense qu'elle a perdu la vue."

    Le Dessinateur pris une grande inspiration. Il avait rendu une femme aveugle... Pour vipère qu'elle soit, ça lui faisait tout de même bizarre. Lui qui n'avait jamais fait de mal à une mouche...

    "Du moins momentannément, mais à mon avis, si ça doit s'arranger, elle ne pourra plus que voir quelques formes et mouvements les plus évidents... Peut-être que ça ne s'arrangera pas du tout. Alors, elle ne doit pas être allée bien loin."

    Soulagé par sa réflexion, soulagé de savoir ce qui devait être arrivé, Ciel se sentait plus léger.

    "J'ai aussi besoin de repos. Tu as pu le voir, Dessiner aussi rapidemment après avoir manqué d'oxygène, le choc, le pas sur le Côté sans concentration... Tout ça m'a beaucoup affaibli. Je serais bien allé te la rattrapper mais je pense que moi aussi, je ne suis pas vraiment en forme. En tout cas, je pense qu'aveugle, elle aura du mal à atteindre quelqu'un. Elle ne sait pas où nous sommes partis exactement; il y a une floppée de confréries, plus ou moins grandes, en Gwendalavir. Elle aura bien du mal à engager un nouveau Mentaï aussi, si tu veux mon avis. Je pense que les compagnons de celui que tu as tué hier vont désormais y réfléchir à deux fois avant de s'allier avec cette femme..."

    Ciel alla de nouveau aux côtés du lit de Syndrell.

    "Je suis désolé... Tu sais, je ne peux pas tuer quelqu'un comme tu le fais..."

    Ciel s'agenouilla à côté d'elle et lui adressa un sourire penaud. Ils étaient dans une impasse. Dans combien de temps serait-il capable de faire à nouveau un pas sur le Côté? Il se glissa dans les Spires et constata avec satisfaction que les possibles étaient déjà plus dégagés. Avec de la concentration, il pourrait déjà faire apparaître la pluie de fleur qu'il avait tentée de matérialiser plus tôt. Le lendemain ou le surlendemain? Il ne savait pas, mais il le ferait le plus vite possible... Syndrell était vraiment inquiète, et il n'aimait pas l'impasse dans laquelle ils se trouvaient.

    "Elle ne viendra pas ici et ne fera de mal à personne. Ne t'inquiète plus, et repose-toi, maintenant."

    Ciel écarta une mèche de cheveux bleus, et lui adressa un dernier sourire qu'il voulait appaisant. Il attendrait d'être sur qu'elle était bien endormie, puis il irait lui-même faire un somme pour récupérer le plus vite possible...
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Mar 02 Aoû 2011, 10:26

Il y avait tant de force, tant de conviction dans la voix de Ciel que Syndrell aurait souhaité pouvoir se laisser emporter par son courant et se plier à ses injonctions. Mais les choses n’étaient pas si simples, elle le savait. Ils vivaient dans un monde où les phénomènes constituaient un écheveau de connexions tantôt simples, tantôt complexes, mais toujours au moins réduites à l’équation cause-conséquence. Prétendre qu’une tueuse rendue aveugle allait s’arrêter là et devenir une bonne citoyenne était une monumentale erreur.

Fermant les yeux, Syndrell inspira lentement pour juguler sa nervosité et se pinça l’arête du nez.


- Ce n’est pas si simple, Ciel…

Comment lui dire… comment lui expliquer que parfois, la noirceur de certaines personnes ne souffrait aucune limite, aucune fin possible ? C’était un Dessinateur brillant, mais pas une Sentinelle. S’il en valait au moins deux, Ciel n’avait pas une conscience guerrière, il le reconnaissait lui-même ; dans ce monde d’affrontements perpétuels, il était un rayon de soleil radieux et protecteur. La petite flamme d’espoir qui lui avait redonné courage.

Un frisson remonta le long de son échine et elle rouvrit les yeux. Elle avait peur, mais cette fois-ci, il ne s’agissait pas d’une terreur d’enfant ou d’une psychose de convalescente encore choquée. Syndrell avait peur de ce qu’il pouvait advenir. Vanora aveugle, ils avaient en effet moins de chance de tomber nez à nez avec elle, comme dans cette ruelle d’Al-Jeit. Néanmoins, elle restait une femme influente et dont la cruauté pouvait atteindre des pics considérables.

Et c’était la deuxième fois que Ciel lui mettait sérieusement les bâtons dans les roues. Caressant du bout des doigts la joue de son ami, Syndrell sentit son cœur se serrer douloureusement dans sa poitrine. Elle avait peur pour lui ! Où qu’elle soit, quoi qu’elle puisse voir, Vanora comptait désormais deux ennemis et Syndrell savait qu’elle n’hésiterait pas à s’en prendre au Dessinateur et à sa famille pour assouvir sa vengeance.


- Je crois que tu lui as donné une sérieuse leçon, dit-elle dans un fin sourire. Et si tu dis qu’elle est aveugle, même temporairement, je le crois également. Mais tu dois savoir que cette femme est une tueuse doublée d’une espionne, Prof. Ces gens-là ne renoncent jamais, ils gagnent ou ils meurent. Tant que Vanora vivra, et peu importe dans quel état, sa menace vivra avec elle.

La jeune femme repoussa doucement le bras de Ciel pour se glisser hors du lit. A son tour, elle s’approcha de la fenêtre et appuya son front contre la vitre. Dehors, un soleil radieux éclairait les jardins de Fériane, composés d’invraisemblables plantes dont elle ignorait le nom d’au moins la moitié d’entre elles. Quelques rêveurs déambulaient dans les allées parfaitement symétriques.

Ces hommes étaient fabuleux. La première fois qu’elle avait rencontré l’un d’eux, c’était encore une fois d’extrême justesse et au cœur du désert des Murmures. A l’époque, elle ne frôlait pas la mort tous les deux jours, et elle n’avait pas très bien saisi en quoi consistait le don de ces hommes. Cette fois-ci, en revanche, elle avait clairement senti une présence près du saule pleureur du vieux souffleur de verre. Alors qu’ils revisitaient ses souvenirs d’enfant, les rêveurs déroulaient leur rêve et s’insinuaient dans les siens pour l’aider à trouver le bon chemin. Celui du réveil et de la guérison.

Celui qui lui avait sourit lorsqu’elle avait ouvert les yeux s’appelait Pragon Fliboise. Il n’avait fait aucun commentaire sur les nombreuses cicatrices qui recouvraient son corps encore jeune, ni à propos des quelques dagues, poignards, crochets et autres subtilités marchombres qu’elle avait réussi à dissimuler dans le pull arc-en-ciel. S’il avait deviné sa nature, Pragon restait aussi discret que respectueux et elle lui en était reconnaissante.

Mais il lui avait parlé de l’énergie négative qui saturait tout son être, de cette ombre mauvaise qui planait continuellement sur ses rêves et qui menaçait son équilibre. Selon lui, c’est pour cette raison qu’elle se remettait aussi lentement, qu’elle était si maigre, presque émaciée ; son esprit avait accepté de tourner une page, et elle était redevenue la Syndrell d’avant l’embuscade, mais elle était toujours en danger.


- C’est comme un poison, un venin qui coule dans tes veines et abîme tout depuis l’intérieur, avait dit Pragon. Si tu ne trouves pas le moyen de t’en défaire, il pourrait bien te consumer à ton insu…
- Vous ne pouvez pas m’aider ?
- Je l’aurai déjà fait si je le pouvais. Je pense que tu es la seule en mesure d’agir, jeune fille, et je le regrette parce que tu sembles avoir traversé assez de tourments pour toute une vie.

Une vie de tourments… C’était vrai, mais seulement si l’on observait cette vie avec suffisamment de distance pour remonter jusqu’à sa naissance. A l’événement mystérieux qui l’avait séparée de sa famille, aux difficultés qui avaient bâti son enfance et construit la femme qu’elle était devenue. Mais si l’on étudiait maintenant cette vie à la loupe, on comprendrait bien vite qu’il n’y avait aucun regret dans les yeux doré de cette femme, justement. Simplement une flamme, non, un brasier. Et une direction. Un chemin à suivre, toujours plus loin.

- Je ne suis pas comme elle, dit-elle en regardant Fragon Fliboise se pencher pour cueillir une rose. Vanora va remuer ciel et terre pour me retrouver, quitte à détruire les choses, les gens sur son passage. Je ne suis pas comme ça.

Elle caressa pensivement la peau de ses avant-bras. Ciel avait été si près de comprendre ce qu’elle était vraiment… Mais peut-être le savait-il déjà, tout au fond de lui.
Marchombre.


- Je vais attendre le bon moment. Patienter jusqu’à ce que le renard sorte de sa tanière. Tu te trompes si tu penses qu’elle ne va pas se faire de nouveaux amis ; les espions forment une famille unie, soudée par une fidélité indéfectible. Mais moi aussi, j’ai des amis…

Elle tourna la tête, chercha le regard de Ciel.
L’accrocha pour ne plus le lâcher.
L’or de ses yeux flamboyait.



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Dernière édition par Syndrell Ellasian le Mer 17 Aoû 2011, 11:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Lun 15 Aoû 2011, 00:31

    Ciel essuya du dos de la main un filet de sueur froide qui lui coulait le long de la tempe droite. Il le savait, cette simple goutte serait bientôt rejointe par d'autres, et son teint, déjà pâli par l'épuisement, allait devenir de craie.
    Il venait de comprendre ce que Syndrell tentait de lui expliquer et que lui, petit Dessinateur innocent, naïf et étranger au monde caché -ou moins caché selon les cas- de la violence avait tant de mal à comprendre. Il n'était pas dans un monde de bisounours. Il ne vivait pas exclusivement dans cet empire rose et mignon, protégé par des Sentinelles puissantes qui repoussaient Raïs et Ts'Liches et des tas de soldats armés jusqu'au dents et sur-entraînés. Il y avait d'autres soucis que les brigands qui volaient une ou deux bourses et les gosses des rues chapardeurs.

    Il avait entrevu par les récits de Syndrell et ses rencontres avec Vanora la complexité de l'Empire, les réseaux secrets qu'il ne croyaient pas si denses, les tas de mercenaires qu'il ne croyait pas si nombreux et si sanguinaires. Non, une tueuse expérimentée et déterminée n'abandonnerait pas parce que sa vue s'était troublée -au mieux, elle serait frappée d'une cessité irrémédiable. Non Ciel, elle ne se terrera pas dans un coin en dépit de son amour-propre, de sa fierté et de sa hargne. Elle va continuer.
    Elle veut tuer Syndrell.
    Elle veut tuer tous ceux qui comptent pour elle.
    Elle veut le tuer lui.
    Elle veut se venger de ce qu'il a fait.
    Elle sait combien il tient à sa famille chérie.

    Le Dessinateur tente de réprimer le tremblement qui agite ses mains, en vain. Il ferme les yeux pour ne plus voir tous leurs corps écartelés et reposant dans un bain de sang, mais c'est pire encore. Il rouvre les yeux et son regard se pose sur la silouette décharnée de la jeune Marchombre, son teint blafard, son visage émacié, ses cernes, et il tremble de plus belle.
    Si elle a des relations, Vanora n'aura pas de mal à trouver un Dessinateur capable de faire un pas sur le côté, Ciel est bien placé pour le savoir. Certes, il s'agit d'une capacité requierant beaucoup de pouvoir, mais plusieurs élèves ont suivi un cursus brillant dans une académie de Dessin; et lorsque l'on recense les Dessinateurs capable de faire un Pas sur le Côté, l'on a tendance à oublier ceux qui n'ont jamais tenté mais qui, avec de la concentration, une forme maximale et du temps, pourraient y parvenir.

    Ciel se lèva, un peu tremblotant. Il n'arrivait pas bien à réfléchir, trop obnibulé par le danger qui guette; les seuls pensées qui lui traversèrent l'esprit en cet instant étaient décalées. Ainsi, il se dit qu'il ferait décidemment un bien piètre guerrier, et se demanda à propos d'un ami à lui s'il serait capable d'effectuer le fameux Pas.
    L'homme inspira une grande goulée d'air -il paraît que ça permettait de se calmer- et constata qu'effectivement, il avait les pensées un peu plus claires. Il se servit un verre d'eau et les tremblements nerveux refoulèrent quelque peu. C'est à cet instant qu'il prit conscience encore une fois que leurs possibilités d'actions étaient effroyablement diminuées. Syndrell avait clairement besoin de repos, lui n'était plus capable de Dessiner une pluie de roses et ils étaient coincés à plusieurs heures de voyage d'Al-Jeit.

    Il se laissa tomber lourdement sur le lit.


    "Tu as des amis... Tu... Tu pourrais en contacter sur Al-Jeit? Pour les prévenir? Du danger... Ou si... Des Marchombres ou des gens qui l'auraient aperçue... Capables de la tuer? Moi pas..."

    Il se prit la tête entre les mains; il s'en voulait d'être aussi peu clair dans ses idées, mais il devait avouer qu'il était un peu dépassé par la situation.

    "Dans quelques heures, si je me repose... J'arriverais peut-être à contacter ma mère. Pour qu'ils se mettent à l'abris."

    Ciel dû faire une pause, tant se gorge était nouée à cet instant. La peur lui serrait le coeur. Dans quelques heures seulement, il serait peut-être capable de lui faire passer brièvement un message... Utiliser une méthode plus traditionnelle ne prendrait pas moins de temps. Ils rigolaient, buvaient un coup, promenaient les enfants, inscousciants, pendant que, peut-être, une tueuse aveugle allait chercher à les...

    "Mais si je fais ça je devrais encore attendre avant de pouvoir faire un Pas sur le Côté. Ou alors je demande à ma mère de venir nous chercher et nous emmener à Al-Jeit... Non, non, si elle nous tombe dessus... On pourra même pas se défendre..."

    Ciel gémit. Des impasses se dressaient partout. Il avait la très désagréable impression d'être dans les Spires et de voir un mur se dresser devant chaque possible. De ne pouvoir rien faire du tout... Inconsciemment, il se glissa dans l'Imagination. Ce contact et surtout tous ces possibles ouverts -et de plus en plus accessibles de minute en minute- le rassénérèrent un petit peu.

    "Le soucis, c'est qu'on ne peux pas la localiser... Al-Jeit est immense et si je connais un peu la ville, je doute qu'elle se réfugie dans un des lieux que j'ai l'habitude de fréquenter. Ce qui veut dire... Qu'il faudrait attendre qu'elle nous tombe dessus, ou..."

    Il déglutit. Il ne formula pas sa pensée; Syndrell l'avait sans doute très bien compris. Qu'elle leur tombe dessus, ou sur un proche. Il frémit à nouveau, se massant les tempes. Il ne semblait y avoir rien à faire. Impossible de la trouver. Impossible de bouger. Impossible de mettre leurs proches en sécurité immédiatement.
    Il continua tout de même de réfléchir, en laissant son esprit vagabonder dans les Spires d'un côté, pour rester à peu près calme -ou du moins, pour ne pas s'énerver encore plus. N'avait-il jamais entendu parler d'un quelconque réseau de communication? Durant son enfance, sa scolarité, durant les nombreux cours et séminaires qu'il avait suivis étudiant, durant ceux plus poussés qu'il avait suivi adultes, durant ses discussions avec des collègues et des hauts placés... L'Empire n'avait-il aucun moyen de repérer des gens? Non, cela semblait évident; ou alors il n'y aurait aucun criminel en fuite. La solution serait que...
    S'ils trouvaient un Dessinateur suffisamment doué et proche de Vanora, s'ils l'obligeaient à la contacter mentalement et à tenter de deviner en exploitant sa surprise où elle se trouvait... Les épaules du professeur s'affaissèrent. le Mentaï s'était fait tuer par Syndrell; s'il n'était pas mort sur le coup, il doutait que quelqu'un l'ait emmené assez vite à une confrérie de Rêveurs pour le sauver, comme il l'avait fait pour Syndrell. Et puis cet homme de main n'était certainemment pas assez proche de Vanora pour pouvoir la contacter mentalement... Lui-même la connaissait bien trop peu pour se le permettre.

    Mais si Vanora avait été aveuglée par un Dessinateur, peut-être chercherait-elle, en comprenant l'ampleur de son handicap, à se faire soigner... Et si elle allait consulter des Rêveurs? Ciel se demanda avec horreur s'ils seraient capable de lui rendre la vue; mais abandonna vite cette idée, mi-soulagé mi-désespéré en se disant qu'elle serait trop intelligente pour laisser ses traces d'une manière aussi flagrante. Il exposa tout de même cette dernière idée à Syndrell, en lui expliquant aussi qu'un Dessinateur doué et proche de la vipère serait peut-être un moyen de la trouver, mais sans trop de conviction.


    "Qu'en penses-t..."

    Il se figea sur le lit, raidit en plein milieu de sa phrase. Le boum dans les Spires. Il avait ressenti un choc, une trace, quelque chose pas loin, un Dessin qui avait fait du bruit. Tous les Dessins laissaient une trace dans l'Imagination, mais il n'était pas forcément facile de la percevoir, surtout lorsqu'il s'agissait d'un Dessin mineur effectué dans un lieu très actif. Etre dans une salle de cours où une vingtaine d'étudiants doivent exercer leur art, par exemple, ne permettait pas d'identifier clairement chaque création et son créateur, à moins de beaucoup de concentration et d'être habitué à cet exercice. Il en était de même dans les grandes villes, et notamment au centre ville d'Al-Jeit aux heures d'affluences: si dans les Spires un Dessinateur peut effectivement sentir la présence d'autres congénères, il était très difficile de déméler le méli-mélo de présences Alaviriennes dans certaines situations.

    Mais ici, il n'y avait personne d'autre -et puis il fallait être proche physiquement pour réellement sentir une présence, surtout si celle-ci était une habituée de l'Imagination et savait se faire fluide et discrète- et les Rêveurs n'utilisaient pas les même Spires que les Dessinateurs. Ciel, dont un bout d'esprit traînait dans l'Imagination, avait donc clairement senti le choc, qui laissait présager qu'on n'avait pas dessiné une petite flamme anodine. Il pâlit encore plus -si c'était possible- et se retira aussitôt de l'Imagination.


    "Syndrell, je crois bien que quelqu'un vient d'effectuer un pas sur le Côté dans les environs."

    Quelqu'un qui venait d'arriver, ou de partir? Il rouvrit les portes de l'Imagination, tentant d'être le plus fin possible et de sentir quelque chose -quelqu'un. La présence était diffuse, ce n'était en aucun cas la patte maladroite d'un débutant, mais il y avait quelqu'un. Quelqu'un de très doué qui venait d'effectuer un pas sur le Côté. Ciel se retira aussitôt; il y avait une chance que l'inconnu ne l'ait pas repéré -à moins de bien chercher, il estimait qu'ils n'étaient pas assez proches et que lui-même était assez doué pour passer encore inaperçu- et il ne souhaitait pas que l'autre ne sente sa présence.
    C'était peut-être un Mentaï, autre ami de Vanora, qui l'avait amenée ici après qu'elle ait fait le tour des quelques autres confréries aux alentours d'Al-Jeit; ils avaient naturellement pensé à Fériane, l'une des plus réputées, et venaient les y chercher: sans doute prétexteraient-ils avoir besoin d'aide pour soigner les yeux brûlés de Vanora, et le Mentaï puissant en profiterait pour arpenter les Spires et, tel un chien de chasse, y traquer la présence de Ciel, tout en arpentant les chambres pour vérifier qu'ils n'y étaient pas. Non, pire encore: ils demanderaient aux Rêveurs s'ils n'avaient pas reçu un homme d'une trentaine d'année -Ciel savait qu'il faisait plus jeune qu'il n'était- épuisé accompagné d'une demoiselle à l'article de la mort! Mais les Rêveurs méfiants ne leur diraient peut-être rien... Alors, si le coup du "on cherche des amis" ne fonctionnait pas, le Mentaï menacerait de tuer le Rêveur prudent, qui leur dirait tout, y compris les numéros de chambre!
    Alarmé, Ciel se leva d'un bond, se retenant d'extrème justesse d'investir les Spires dans un grand fracas pour tester ses capacités.


    "Le quelqu'un a l'air doué et il vient d'arriver, Syndrell! Je me suis retiré des Spires mais s'il nous cherche il peut nous trouver N'IMPORTE QUAND!"

    Ciel, tout en parlant à une vitesse hallucinante, se précipita vers la fenêtre qui donnait fort heureusement sur la cour et observa un Rêveur tranquille qui observait des rosiers relever la tête et se diriger d'un pas posé vers l'entrée. Une nouvelle rigole de sueur coula le long de sa colonne. La personne qui venait d'arriver n'était visiblement pas entrain de frapper à la porte comme un dément en hurlant à l'aide, sinon le Rêveur aurait sans doute hâté le pas.
    C'était donc bien Vanora qui venait avec son accolite; qui d'autre pour arriver d'un pas sur le Côté ici alors qu'il n'y avait pas d'urgence?! Ciel, perdu dans ses délires et dans son imagination qui travaillait à mille à l'heure, lui injectant dans le crâne des certitudes bancales, jeta à Syndrell un regard désespéré.
    Il était d'autant plus paniqué que, de leur fenêtre, ils ne pouvaient pas voir la grande porte; à laquelle le Rêveur devait être parvenu, désormais.
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Mer 17 Aoû 2011, 11:02

Syndrell se détourna et appuya à nouveau son front contre la vitre pour ne pas voir l’angoisse briller dans le regard de son ami. Elle s’en voulait déjà suffisamment de l’avoir entraîné dans cette histoire. Pourtant, il lui était difficile d’éprouver des regrets en plus des remords. Au moins, elle n’était pas toute seule… C’était sans doute très égoïste mais elle le pensait réellement. Certes, Ciel méritait plus que quiconque de mener une vie tranquille et sans soucis, mais cette bataille était devenue sienne dès lors que Vanora s’en était pris aux membres de sa famille.

Non, elle ne pouvait pas regretter qu’ils se retrouvent coincés ici, parce que s’ils s’étaient bel et bien fourrés dans une impasse, ils étaient ensemble. Syndrell soupira et de la buée se forma sur la vitre pour s’estomper aussi rapidement qu’elle était apparue. La marchombre réfléchissait. Elle n’était pas suffisamment familière des Spires, royaume des dessinateurs, pour envisager un plan de ce côté-ci. En outre, Ciel n’était pas en état de dessiner quoi que ce soit et elle se refuser à lui demander de dessiner la lune.

Contacter les Ombres ? Possible, mais risqué. Vanora avait de l’influence, ainsi qu’elle l’avait largement démontré en s’alliant de mercenaires et de Mentaïs. Le réseau des espions qu’elle avait bien connu était sensé ne pas être corruptible mais qui sait ce que la félone avait pu leur promettre pour leur enjoindre de la servir ?

Si seulement Leif était encore en vie… Le regard d’or de Syndrell se perdit dans les herbes les plus extravagantes du jardin des rêveurs. Il y avait bien quelqu’un, une personne de confiance sur qui elle avait toujours pu compter mais qui n’était peut-être plus à Al-Jeit. Tant de temps s’était écoulé depuis cette nuit tragique ! Elle ne savait même pas qui officiait encore parmi les Ombres, ni s’ils sauraient la reconnaître, elle, la gamine qui savait lire sur les lèvres comme personne, la protégée du Loup, la fille aux cheveux maudits…

Le rythme de paroles de Ciel s’emballa et Syndrell ferma les yeux. Elle regrettait de lui avoir parlé de ses doutes au sujet de Vanora. Quelle idiote ! Si seulement elle s’était montrée plus attentionnée à son égard, comme il l’avait été envers elle, elle se serait contentée d’un sourire, d’une étreinte rassurante, et il serait retourné se coucher l’esprit tranquille et victorieux.

Et elle serait partie.

Et leur amitié en aurait pris un sacré coup. Il aurait compris son geste, bien sûr. Tout comme il comprenait sans doute l’élan de sincérité qui l’avait poussée à lui parler franchement. Non, Vanora n’était pas hors de nuire, c’était une évidence bien sombre mais surtout bien réelle. Grâce à son don, il l’avait prodigieusement agacée et elle ne pouvait pas lui en tenir rigueur, bien au contraire ; ce coup de maître qu’il lui avait porté lui tirait une immense fierté. Elle était heureuse d’être l’ami d’un homme comme lui.
Vraiment très heureuse.

Ciel parlait toujours. C’était sa manière d’être, tout simplement. D’être heureux, d’être anxieux, d’avoir peur. Elle n’avait pas besoin d’ouvrir les yeux pour mesurer l’effort qu’il faisait pour contenir cette peur.

En revanche, elle les rouvrit lorsqu’une fêlure se fit soudain entendre dans sa voix.
Cassure du rythme.
Interruption de la phrase.
Problème.

Syndrell comprit avant même que Ciel ne lui parle de Spires. Quelque chose n’allait pas et ce n’était pas bon, mais alors pas bon du tout. Elle jeta un coup d’œil au dessinateur qui s’était levé, tendu comme un ressors ; déjà pâlichon, il avait blêmit aux limites du possible et son regard exprimait l’angoisse la plus totale.


- … je me suis retiré des Spires mais s’il nous cherche il peut nous trouver N’IMPORTE QUAND !

- D’accord.


Le calme avec lequel elle prononça sa réponse trancha avec la sourde inquiétude des paroles de Ciel. Sans doute l’or de ses yeux traduisait-il la peur qui nouait ses entrailles, mais Syndrell ne pouvait pas se permettre de perdre son sang-froid. Pas ici, pas maintenant.

- D’accord...

Elle réfléchissait désormais à toute allure, examinant les solutions, cherchant des issues, évaluant la situation. Elle n’était pas brillante et, comme si cela ne suffisait pas, il leur manquait du temps. Et des armes.

Ecrasée par le regard de Ciel, elle balaya la chambre des yeux. Si sa greffe lui assurait des lames en permanence, en revanche elle ne lui permettait pas d’atteindre un adversaire à distance. Et puisqu’un nouveau corps-à-corps avec un Mentaï, ou tout autre guerrier de ce genre, n’était pas envisageable…


- Je doute que Vanora ait pris la peine de se déplacer elle-même, surtout si sa vision est amoindrie, mais si c’est le cas elle n’est sûrement pas seule. On va devoir se séparer. Non, inutile de discuter : cette idée ne me plait pas plus qu’à toi mais nous n’avons pas le choix.

Syndrell se dirigea vers la chaise placée près de son lit, la renversa et, bandant ses muscles, brisa l’un des pieds de bois. Dehors, le rêveur se dirigeait tranquillement vers la porte.

- Reste à l’intérieur de la bâtisse mais sois toujours en mouvement. Dès que tu te sens capable de dessiner, va-t’en. Retourne à Al-Jeit, trouve l’auberge de la grand place et demande à voir trouve l’auberge de la grand place et demande à voir « la Blanche ». C’est une espionne, elle trouvera un endroit sûr pour toi et ta famille.

Glissant son pieu de fortune dans sa ceinture, elle remonta les manches du pull désormais redevenu terne et élimé puis s’approcha de la fenêtre.

- Je peux te faire gagner du temps, mais très peu.

Devinant qu’il s’apprêtait à la retenir, elle leva une main, paume face à lui.

- Non, Ciel. Je sais ce que je fais et surtout, je sais ce que je suis. Une marchombre toute cabossée, je te l’accorde, mais une marchombre quand même ; je ne me permettrais jamais de te dire comment dessiner ou ne pas dessiner alors s’il te plait, ne me dis pas comment je dois gagner ma liberté.

Une liberté bafouée par une femme qui allait chèrement le payer… Avant que Ciel n’ait le temps de faire quoi que ce soit, Syndrell ouvrit la fenêtre et se glissa dehors. Fériane était une confrérie à la fois humble et gigantesque. Une superposition complexe de toitures tarabiscotées prenait forme sous elle et elle n’eut qu’à se laisser tomber sur l’une d’elle pour se rendre compte que les tuiles étaient couvertes de mousse.

Elle glissa, se rétablit de justesse, jura. Les rêveurs feraient bien de vérifier les toits avant que ces derniers ne finissent par leur tomber sur la tête ! Levant les yeux, elle vit que le rêveur avait pratiquement atteint la porte.


- Allez ma vieille, c’est parti…

Syndrell s’accroupit et crocheta la gouttière du bout des doigts pour se laisser tomber sur le toit d’en-dessous. Elle se balada un petit moment sur les tuiles glissantes et trompeuses pendant que le rêveur ouvrait la porte à un… non, deux hommes.
Mentaïs !

La marchombre se figea derrière une cheminée alambiquée et qui crachotait un filet de fumée. Les deux guerriers semblaient discuter avec le rêveur et elle croisa les doigts pour qu’ils ne l’égorgent pas sur place mais visiblement, ils avaient plus urgent à faire ; sur un signe de tête du soigneur, ils empruntèrent un sentier du jardin et se mirent en route. Se séparèrent, l’un prenant à droite, l’autre prenant à gauche, évoluant avec cette allure du prédateur qui file tranquillement sa proie.


* Petit, petit, petit… !*

Tapie derrière son abri de fortune, Syndrell tira lentement le pieu de bois de sa ceinture. Elle n’avait qu’une seule chance et elle le savait, aussi s’efforçait-elle de trouver ce calme absolu dont les marchombres seuls sont capable de faire preuve. Harmonie des gestes et des émotions, accord parfait entre fluidité et limpidité.

Dans un combat, vous devez ressentir l’adversaire. Tout a un temps.

Syndrell perçu l’alerte du Mentaï et modifia la trajectoire de son lancer à la toute dernière poussière de secondes. Le pieu glissa dans les airs beaucoup plus grossièrement qu’un poignard et le guerrier l’avait senti venir, mais il était dans le temps. Syndrell était dans le temps. Le bois taillé rapidement en pointe par des lames secrètes s’enfonça dans l’épaule de l’homme, à défaut de la gorge, mais la jeune femme tira une immense satisfaction du cri de douleur que ce dernier ne put retenir.

Il projeta son don sur elle, faisant voler les tuiles qui s’arrachèrent des charpentes dans un bruit de tonnerre.

Syndrell était déjà loin.


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Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Ven 19 Aoû 2011, 00:59

    Ciel l'observa se glisser par la fenêtre souplement, médusé. Mais comment faisait-elle pour arriver encore à tenir debout, et surtout, à aller sur -il se pencha par ladite fenêtre- un toit?! Il secoua la tête, éberlué, et rentra dans la chambre, refusant de laisser la sourde urgence qui s'emparait de ses sens le submerger.
    Il avait voulu la retenir, Dessiner un poignard pour elle, mais elle lui avait cloué le bec, et son poignard n'aurait pas fait long feu. Mieux vallait qu'il garde de l'énergie pour... Gloups. On se sépare, avait dit Syndrell. Ce qui voulait dire qu'il était maintenant livré à lui-même, et que les ruses et les lames de la Marchombre ne viendraient plus à son secours.

    Il fallait qu'il fasse quelque chose. Qu'il bouge. Où? Lorsqu'il s'était penché à la fenêtre, il n'apercevait déjà plus qu'un des deux hommes -Mentaïs sans doute. Mais il n'y avait eu qu'un Pas sur le côté, ce qui signifiait que l'un des deux n'avait pas une puissance démesurée.
    Cela ne signifiait pas qu'il était moins bon Dessinateur que Ciel: le professeur avait certes une Créativité et une Volonté puissantes, mais il n'avait pas l'habitude des combats. Il ne s'était jamais retrouvé en danger de mort, encore moins en duel à mort.
    L'autre saurait quoi Dessiner, quand, comment, avait surement des stratégies défensives et offensives. L'autre, même s'il ne savait pas faire de Pas sur le côté, n'en était pas à son premier coup d'essai. L'autre ne stressait surement pas comme un fou.

    Ciel inspira une grande goulée d'air -ça calmait toujours les nerfs. Il se glissa dans les Spires, le plus silencieusement possible. Ca l'apaiserait, et au point où ils en étaient, inutile de songer à se cacher. Pour la première fois de sa vie, il allait devoir affroter quelqu'un, se battre. Il était excellent Dessinateur, inutile de le nier; il avait une chance.
    Le professeur constata avec soulagement que les Spires s'étaient encore un peu plus dégagées. Il sentait bien qu'il ne serait pas très endurant, mais les possibles qui s'offraient à lui étaient nombreux, et il serait cette fois tout-à-fait capable de faire basculer dans la réalité une pluie de roses, bien que cela ne lui serait guère utile (encore que...). Il vagabonda un instant, repérant des filons à exploiter pour être prêt lorsque le moment serait venu.

    Il sursauta à l'autre boum.

    Le boum d'un Dessin d'envergure dans les Spires, et le boum dans ses oreilles. Il se précipita à la fenêtre, put distinguer, de là où il était, une pluie de tuiles et un nuage de fumée. Il rentra bien vite la tête -le Mentaï risquait de l'apercevoir et resta tétanisé une ou deux secondes.
    Syndrell...

    Il sentit -il n'avait pas vraiment quitté l'Imagination- le choc d'un nouveau Dessin qui venait d'être créé et cela lui permit de reprendre ses esprits. Il ne fallait pas qu'il s'égare, mais qu'il passe à l'action. Lorsque le Mentaï se retrouverait face à lui, il le saurait, puisque leurs deux esprits sillonaient les Spires et qu'ils en avaient l'habitude. Pas le temps de l'attendre ici; le danger était trop grand.
    Tournant le dos à la fenêtre par laquelle on apercevait des Rêveurs affolés se précipiter vers le toit explosé, Ciel courut jusqu'à la porte et pris le couloir en direction de la sortie du bâtiment. Le Mentaï qu'il avait aperçu par la fenêtre allait visiblement vérifier les chambres des hommes; l'autre avait certainement pour mission de venir ici.

    Il ne s'était pas trompé.

    Il s'élançait dans une volée de marche qui menait au rez-de-chaussée quand il setit in-extremis -il était sur le qui-vive- le Dessin basculer dans la réalité. Il y opposa toutes sa volonté, et si les marches se craquelèrent, elles ne volèrent pas en éclat comme prévu. Coupé dans son élan, Ciel perdit l'équilibre et la concentration, mais il se rattrappa bien vite et se glissa à son tour dans les Spires pour créer une lame destinée à couper le mercenaire en deux; il n'en eu pas le temps: l'autre avait visiblement opté pour une création moins complexe et plus rapide que le professeur, malgré toute sa Volonté, n'eu pas le temps de bloquer.
    Pas le temps non plus de s'emparer du Dessin de son adversaire pour le modifier à sa guise; Ciel s'arrangea simplement pour que des trombes d'eaux sorties de nulle part se déverse sur lui, et sur le feu qui s'emparait de ses vêtements.
    La douleur l'empêcha de répliquer comme il l'avait voulu -les flammes avaient été violentes- mais le Mentaï dû penser qu'il pourrait cette fois le prendre par surprise, et ainsi faire durer le plaisir, car il retenta le coup des escaliers qui explosent -certainement pour asséner après une explosion et une chute fracassante une estoque finale spectaculaire à Ciel.
    Hélas pour lui, l'homme avait sous-estimé les capacités du Dessinateur -savait-il seulement qu'il était professeur?- qui à nouveau, bloqua la création. Cette fois le Mentaï put juguler sa surprise et faillit faire voler en éclats les efforts de Ciel en lui opposant à son tour sa Volonté.

    L'explosion, en fragile équilibre entre Imagination et réalité, commença doucement à se solidifier. Ciel serrait les dents, crispé, il perdit totalement conscience du monde qui l'entourait. Il se sentait lâcher; ses capacités amoindries ne lui permettaient pas de faire face, cette fois-ci, à la détermination du Mentaï... Il perdit encore du terrain, sa Volonté écrasée par celle de son adversaire.
    Volonté.
    Adversaire fictif.
    Maman.
    Maman n'aurait jamais, jamais, jamais abandonné. Et elle aurait été déçue par son fils, elle qui avait entraîné sa Volonté avec tant d'acharnement.

    Le fils Kern redoubla d'efforts. Pour sa mère. Pour lui. Pour Syndrell.
    Le mercenaire cessa de progresser; mais Ciel n'avança pas pour autant. Il n'avait plus beaucoup d'énergie...

    Alors, tout vola en éclats. Les escaliers se cassèrent pour de bon (sans pour autant exploser avec la violence première voulue par le Mentaï) et Ciel ne put cette fois tenir en équilibre. Il roula parmis les gravats, ce qui eu pour effet de le faire s'éloigner de l'Imagination; il ressentit pourtant le nouveau fracas d'un Dessin violent. Il leva la tête, tentant d'arrêter sa glissade, et se glissa immédiatement dans les Spires pour douche le Rêveur qui, comme lui quelques secondes auparavant, était en train de brûler vif dans les flammes (sans doute une attaque de prédilection) du Mentaï.
    Ciel vit le Rêveur s'effondrer, et le couteau de cuisine qu'il tenait lui sauter des mains. Sous l'effet des brûlures ou des lames surgies de nul part qui venaient de le transpercer de part et d'autre?

    A la vue du sang, et du Mentaï qui tenait sa main crispée sur une blessure visiblement profonde près du coeur, Ciel se lança à nouveau dans les Spires, et presque immédiatement des grandes lames, semblables à celles que Syndrell avait utilisées pour massacrer le tout premier des alliés de Vanora.
    Les lames ouvrir trois brèches dans l'abdomen du Mentaï; il parvint à les faire disparaître, mais trop tard. Parmis les trois suivantes, une lui sectionna la main. Le Mentaï n'eut cette fois pas le temps d'intervenir; les lames s'évaporèrent seules. Il parvint en revanche à dresser un écran protecteur vacillant alors qu'il s'écroulait à genoux.
    Ciel, yeux fermés et poings crispés, le fit voler en éclat, admirant la résistance de son adversaire qui parvenait toujours à Dessiner alors qu'il se noyait dans son sang.
    Ciel, dans un dernier sursaut d'énergie, créa encore trois lames. Elle déchirèrent en diagonale le visage, le torax et l'estomac du mercenaire désormais au sol, et sans doute mort.

    Ciel s'autorisa deux, trois secondes de pauses puis se concentra. Il ne put créer qu'une petite lame, faible et qui eu tout juste le temps de se planter dans le coeur du Mercenaire. Une autre qui lui ouvrit la gorge. Une dernière, un peu plus grande, qui lui ouvrit l'abdomen une énième fois.
    Ciel ouvrit les yeux sans tiquer. Il les posa sur le corps mutilé du Mentaï, puis sur celui, presque propre en comparaison, du Rêveur. Morts tous les deux.

    Il se leva péniblement, la respiration sifflante, trouvant la force de le faire en pensant à la bravoure de l'homme qui était venu à son secours. Il lui ferma les yeux, avant de prendre le couteau de cuisine éclaboussé de sang et de le planter à l'emplacement du coeur du Mentaï sans visage. Encore. Encore. Encore.
    Il avait peur qu'il ne soit pas mort. Il se glissa dans les Spires, constatant qu'il était lourd et tremblotant dans celles-ci, incapable de voir grand chose; mais il n'y avait plus la moindre présence.
    Un Mentaï est non seulement excellent Dessinateur, mais aussi un combattant chevroné.
    Encore dans le coeur. Dans la gorge. Dans le ventre. Lorsqu'il ne parvient plus à le planter dans le corps du Mercenaire, Ciel arrête. Il a terriblement envie de dormir. Il ne peut même plus Dessiner, ni se lever...

    Son regard noisette morne tombe à nouveau sur le visage aux yeux clos du Rêveur. Sur le courage dont il a fait preuve et qui l'a sans doute sauvé. Ce Rêveur qui s'est sacrifié pour qu'il vive... Lui et Syndrell.

    Syndrell!

    Ciel se relève, fait quelques pas, titubant, puis accélère et se remet à courir en direction de la sortie. Il ouvre grand les portes, en laissant son esprit traîner malgré tout dans l'Imagination. Il a du mal à s'y repérer clairement, mais il sent que l'on Dessine, pas loin.

    Le combat n'est pas terminé...
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Dim 21 Aoû 2011, 11:22

Aplatie sur les tuiles inégales, dissimulée dans la rigole d’une gouttière, Syndrell récupérait. L’intervention salutaire de Ciel et le talent des rêveurs lui avaient sauvé la vie mais s’il ne restait plus trace du coup de lame du Mentaï sur son corps, elle ressentait encore les effets d’une mort passée beaucoup trop près. Fatigue, vertiges… Pas vraiment l’idéal pour rivaliser avec un fou furieux. Et encore moins avec un fou furieux capable de dessiner.

Ils ne combattaient pas à armes égales - d’ailleurs, pouvait-on vraiment parler de combat ? Depuis le début, Syndrell ne faisait que fuir et se terrer, échappant de justesse aux explosions de tuiles et de ferraille, déplorant les dégâts et pestant contre le coupable. Ce dernier prenait son temps. Il n’était pas pressé, son acolyte avait sans doute pris Ciel en chasse et compte tenu de la situation, le Dessinateur valait mieux que la marchombre.

Mais il était blessé. Une plaie sans gravité qui avait cependant atteint son amour propre et qui nourrissait sa colère ; Syndrell la percevait à chaque explosion. Heureusement pour elle, et malheureusement pour lui, elle était très rapide – trop pour un homme borné – et savait se cacher comme personne. Se fondre dans le décor. Se faire oublier.

Le Mentaï ne l’oubliait pas. Il était là, le problème. Il la suivait pas à pas, devinant sa présence grâce à son don, et la balance penchait dangereusement en sa faveur. Il savait toujours où la débusquer et si jamais il y parvenait vraiment, Syndrell ne donnait pas chère de sa peau… Mais pour l’heure, elle ne se préoccupait que d’une chose : retrouver son souffle et ses moyens. La tête lui tournait et le sang lui battait aux oreilles, amoindrissant ses perceptions.

Nouveau souffle chaud. Nouvelle volée de tuile. Syndrell se recroquevilla et protégea sa tête de ses bras, puis profita de la fumée occasionnée pour s’élancer à nouveau sur le toit. Elle avait déjà repéré son point de chute – un renfoncement dans la charpente, un peu plus bas – lorsqu’un filet s’abattit soudain sur elle, la coupant dans son élan. Elle trébucha et roula sur la pente du toit, ne parvenant pas à s’accrocher nulle part. Laissant échapper un cri de rage mêlé de détermination, elle ouvrit alors les mains.

Chuintement de l’acier.
Chant de l’âme.

Jaillissant de ses poignets, les lames tranchèrent les mailles du filet mais trop tard ; Syndrell bascula du toit et s’écrasa un mètre plus bas sur celui, fait de tôles métalliques, d’une sorte de remise. Un sourire satisfait traversa fugacement le visage du Mentaï et il s’approcha, félin, carnassier, pour se figer devant un filet vide.

Syndrell devina plus qu’elle entendit la bordée de jurons colorés qu’il laissait échapper. Elle clopinait à travers les hautes plantes du jardin et savait que désormais, la chasse allait véritablement commencer. Une traque mortelle soldée par une fin implacable. Elle avait beau être une marchombre plutôt douée, elle ne pouvait rien contre le pouvoir de l’homme qui s’était lancé à sa poursuite, sinon se battre jusqu’au bout parce qu’il n’était pas dans ses principes de renoncer à un combat, quel qu’il soit.

Une explosion retentit dans son dos mais lorsqu’elle jeta un rapide coup d’œil par-dessus son épaule, elle réalisa que celle-ci provenait de l’intérieur du bâtiment de la confrérie. Son cœur se serra d’inquiétude et elle bifurqua aussitôt, abandonnant l’idée de franchir un mur infranchissable pour espérer gagner l’escalier avant que…

… des lianes s’enroulèrent autour de ses jambes. Ou du moins, cherchèrent à s’enrouler autour de ses jambes, car la jeune femme avait bondit, aérienne, et échappé au piège. Le Mentaï saccageait désormais le si beau jardin des rêveurs et Syndrell se maudit de n’avoir pas quitté la Confrérie dès son réveil. Nom d’une chiure de mouche, ce qu’elle avait pu s’adoucir avec le temps ! Deux ans plus tôt, elle serait partie sans se soucier des mises en garde insistantes des rêveurs, ou bien elle se serait battue sans le moindre remord vis-à-vis de leur domaine. Mais deux ans plus tôt, elle ne s’était pas liée à un Dessinateur hors du commun…

Un torrent d’eau glacée lui tomba dessus sans prévenir et elle glissa dans la boue qui se forma sous ses pieds. La pression était telle qu’elle aurait pu la tuer mais le Mentaï s’amusait avec elle et une demi-seconde plus tard, Syndrell s’élançait à nouveau. Trempée jusqu’aux os. Elle n’était plus très loin de l’escalier lorsqu’une violente bourrasque la projeta au sol. A ce train-là, elle allait de nouveau devoir passer par la case « rafistolage »… Grognant sous l’effort, elle tenta de ramper mais cette fois le Mentaï l’avait prise dans ses filets et elle ne pouvait plus espérer lui échapper.

Elle en était arrivée à cette triste conclusion lorsque le vent cessa aussi brutalement qu’il avait commencé. Surprise, Syndrell releva la tête qu’elle avait protégée de ses bras et ses yeux s’agrandirent. Ciel venait dans leur direction. Ou plutôt, il titubait tel un homme ivre. Le sang de la marchombre ne fit qu’un tour dans ses veines.


- Ciel !

Son cri trouva un bien étrange écho dans celui, rageur – et inquiet ? – du Mentaï dans son dos. Syndrell bondit sur ses jambes et se plaça entre Ciel et lui, lames dégainées ; quelle ne fut pas sa surprise de voir son adversaire disparaître sans prévenir, juste après leur avoir jeté un regard lourd de menaces.

C’était fini.

C’était fini mais, comme pour s’en convaincre, ils restèrent de longues minutes sans bouger, le regard rivé sur l’endroit où un peu plus tôt se tenait leur mort. Et puis Syndrell se retourna lentement vers son ami. Ses lames se rétractèrent sans bruit et elle tendit les bras juste à temps pour rattraper Ciel avant qu’il ne s’écroule sur le sol détrempé. Parce qu’il ne tenait plus sur ses jambes, elle s’agenouilla et le laissa s’allonger la tête sur ses genoux.


- Oh, Prof, dans quel état tu es…

La caresse de sa main sur son front accompagna son murmure épuisé. Doucement, elle écarta quelques mèches collées par la transpiration et sourit. Elle souriait parce que si Ciel n’avait même plus la force de le faire, ses yeux en revanche brillaient d’une malice unique. Puis il ferma les paupières et Syndrell lui chuchota toutes sortes de choses, parfois sans aucun sens, simplement pour l’empêcher de sombrer vers des abysses trop profondes tandis que les rêveurs accouraient vers eux.




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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Dim 28 Aoû 2011, 12:53

    Il avait chaud. Très chaud... Il transpirait, il était poisseux. Ses mains... Ses mains étaient couvertes de sang! Il essaya de reculer mais n'y parvint pas, il semblait entravé par des liens invisibles. Quelque chose de frais s'appliqua sur son front, des murmures étonnamment appaisants parvinrent à ses oreilles, et il se calma.

    *

    Le visage de Syndrell en face de lui, encadré de sa cascade de cheveux bleus... Ses lèvres qui s'agitent, mais il n'entend rien. Ses lèvres se déforment en une grimace d'horreur, tandis que les yeux d'or de Syndrell deviennent blancs et vides... Ciel baisse ses yeux à lui et voit sa propre main qui tient un couteau de cuisine sanglant au travers de la gorge de la jeune Marchombre. Les cheveux, la peau, les vêtements, les yeux, les lèvres de Syndrell dégoulinent de sang.
    Il hurle.

    *

    De nouveau cette chaleur insupportable. Il essaye d'ouvrir les yeux mais ne voit que du rouge écarlate. Ecarlate, partout. Il a beau tourner, tourner, lever la tête, la baisser, tout n'est qu'un aplat de rouge oppressant. Ses mains se fondent dans le rouge.
    Il panique.

    *

    Ciel voit le Dessin qui bascule dans la réalité au ralenti. Les lames, inexorables, qui vont déchirer le Rêveur. Il a largement le temps de s'interposer, mais ne parvient pas à Dessiner. Ni à bouger. Le Rêveur se fait transpercer de toutes part sous ses yeux. Il n'est plus qu'un tas sanglant de chairs déchirées. Le Mentaï, qui était dos à lui, se retourne, un sourire sardonique planté sur le visage.
    Sur son propre visage qui le contemple, une lueur démente dans le regard noisette.
    Ciel hurle.

    *

    Ciel ouvre les yeux et s'agite. Une chambre... Eclaboussée de sang. Les draps dans lesquels il repose... Tâchés de rouge. C'est sa faute, ce sont ses mains qui sont sales. Il s'agite. Un regard d'or capte le sien. Il n'y a plus de rouge.

    *

    Ciel n'osait pas bouger; et par conséquent, n'ouvrit pas les yeux. Une panique trouble l'empêchait de le faire; l'impression que des tas de démons allaient l'assaillir s'il avait le malheur de se réveiller complètement. Des souvenirs confus de terreur, de frissons, de malaise intense...
    Il préféra bloquer sa respiration et rester immobile. Attendre de savoir ce qu'il se passerait. Il était dans un lit, au sein de la confrérie de Fériane, aucun doute là-dessus, puisqu'il venait d'échapper à la mort de peu, suite à l'attaque de Vanora et de son Mentaï. Il était venu ici parce que...


    "Syndrell!"

    Il avait crié et s'était levé d'un seul coup en même temps. Le sang lui monta à la tête, sa vue se brouilla, il manqua de retomber au milieu des draps qu'il avait arrachés du lit. Il n'en eut pas le temps: déjà, des mains douces mais fermes le recouchaient, plaçant un oreiller sur sa tête.
    Ciel ferma les yeux pour calmer les battements dans son crâne. Syndrell...


    "Calmez-vous, monsieur. Votre amie est juste partie faire un brin de toilette, elle va revenir d'un instant à l'autre."

    Syndrell était vivante. Et sans doute plus que lui, si elle était déjà sur ses pieds à le veiller! Dire que c'était elle qui s'était faite transpercer par les lames acérées d'un Mentaï... Ciel rouvrit les yeux, étouffant un petit rire nerveux qui tira un sourire soucieux au Rêveur qui le veillait. Le professeur n'aurait pu dire si cette homme avait quarante ou soixante-dix ans, mais ses profonds yeux gris l'apaisèrent immédiatement.

    "Comment va-t-elle?"

    Elle ne devait pas se porter trop mal pour être déjà sur ses pieds... Cette fille était décidemment très étonnante. Déjà dans un état précaire et tenant à peine sur ses jambes, elle avait occis un guerrier terrible, frôlé la mort et maintenant, elle parcourait les couloirs de la confrérie à attendre son réveil...

    "Elle s'est remise plus vite que prévu, même si elle a évidemment encore besoin de beaucoup de repos. Votre amie a une condition physique étonnante. Cela fait bientôt trois jours pour votre part que vous avez perdu connaissance, mais il semble que vous soyez désormais tout-à-fait réveillé."

    Trois jours! Ciel tenta de se rappeler ce qu'il s'était précisément passé. Il avait eu la respiration méchamment coupés par Vanora, avait fais des Dessins simultanées et effectué un Pas sur le Côté sans préavis alors qu'il était déjà affaibli par le manque d'oxygène, ainsi que de sommeil...
    Mais quand même, trois jours! Il tenta de se glisser dans l'Imagination pour vérifier l'étendue des dégâts. Il constata que s'il pouvait Dessiner correctement à l'aide de concentration et de plus de temps que d'habitude, ses capacités étaient néanmoins plus réduites que ce à quoi il s'était attendu. Ciel fronça les sourcils.
    Le Rêveur dû deviner ce qui le tracassait.


    "Vous avez Dessiné avec brio alors que vous étiez déjà affaibli. Dans votre état, parvenir à tenir un duel aussi longtemps -et à le remporter!- est admirable. Vous êtes un homme très doué, monsieur Kern. Après tant de créations puissantes et enchaînées à un tel rythme alors que vous étiez loin d'être au meilleur de votre forme, il est normal que vous ayez besoin de temps pour recouvrir l'entièreté de vos capacités... Ainsi que de votre énergie. Cette fois, j'espère que vous et votre amie me ferez le plaisir de vraiment vous reposer!"

    Ciel fronça les sourcils de plus belle. Il était touché des compliments du Rêveur, mais il trouvait que celui-ci exagérait un peu. Il avait rendu innoffensif un poignard, aveuglé une femme et tenté de l'immobiliser avant d'enchaîner sur un Pas sur le Côté. Il doutait que Syndrell ait vu toutes ses actions; ce n'était pas non plus son genre d'aller hurler sur tous les toits sans savoir quoi que ce soit que Ciel avait Dessiné monts et merveilles.
    A supposer que le Rêveur soit au courant, il ne s'agissait pas pour autant d'un duel ou quoique ce soit. Ciel n'estimait pas avoir gagné autre chose que la sauvegarde de leurs vies, à Syndrell et lui.
    Et qu'est-ce que c'était cette histoire de "vraiment se reposer"? Syndrell lui avait sans doute dit qu'elle n'était pas restée alitée malgré son état; mais il ne fallait pas exagérer, Ciel était un peu fatigué de ses courtes nuits d'attente, mais pas au point de devoir faire une cure de sommeil. Il allait expliquer au Rêveur sans âge qu'il n'y avait pas de quoi en faire tout en plat mais fut coupé dans son élan par la mine grave de l'homme au visage lisse.

    Grave et triste. Comment n'avait-il pas remarqué cette expression auparavant? Il allait lui demander s'il y avait un problème, quand déjà son coeur commença à battre la chamade: et s'il était arrivé quelque chose à un de ses proches, ou à un des amis de Syndrell? Si, en l'espace de trois jours, Vanora avait contre toute attente pu trouver un moyen de se venger?
    Mais le Rêveur le devança.


    "Nous... Nous voulions vous remercier pour avoir tenté de s..."

    "Syndrell!"

    Ciel n'avait pu s'en empêcher; la porte venait de s'ouvrir et Syndrell apparaissait, émaciée, dans l'embrasure. L'émotion était trop forte pour Ciel qui se redressa violemment encore une fois, provoquant un nouvel ouragan sous sa boîte crânienne.
    Il prit aussitôt conscience de son impolitesse et rougit, posant une main sur l'épaule du Rêveur à la mine affligée.


    "Excusez-moi... Je suis vraiment désolé, l'émotion, vous savez, je... Que vous aprêtiez-vous à me dire?"

    A l'expression peinée du Rêveur, il était maintenant sur que cette nouvelle concernait plus l'homme que lui-même. Mais le regard que l'homme posa sur lui le glaça. Le genre de regards qu'on pose sur ceux qui vont avoir mal. Très mal.
    Il ne lui parla pas, mais posant sa vieille main ridée sur celle de Ciel, il se tourna vers Syndrell.


    "Je crois qu'il ne se souvient de rien."

    Ciel, alarmé, posa les yeux sur son amie. Elle était maigre, les yeux cernés, les traits tirés. Elle avait l'air épuisée et son teint était encore plus blafard que dans son souvenir. Il se demanda comment elle faisait pour marcher sans aucun appui, tant elle avait l'air faible.
    Ne sachant s'il devait prendre soin d'elle ou s'inquiéter de ce qu'il avait pu oublier, il hésitait sur la conduite à suivre.
    Le sanglot rauque du Rêveur qui cachait son visage dans ses mains acheva de le décider. Il lança un regard désespéré d'appel à l'aide à la jeune Marchombre.


    "Syndrell... Qu'est-ce qu'il se passe? Qu'est-ce que j'ai oublié?"
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Mar 30 Aoû 2011, 11:36

Toute sa vie, Syndrell avait vu couler le sang des hommes. Son premier souvenir d’enfance était taché de celui d’une vieille femme qui lui avait laissé son nom et depuis lors, elle avait grandi dans un univers rouge vermeille. Ombre d’Al-Jeit, soit espionne et tueuse à gage, elle avait poignardé sa première cible à l’âge de quinze ans ! Le monde des guerriers, du fer et des larmes était sien depuis bien longtemps. Que sa vie se soit parée des teintes de l’harmonie n’y changeait rien.

Mais Ciel, lui, n’avait pas connu tout cela. Il s’était épanoui au sein d’une famille immense et aimante, s’était sans doute battu avec ses frères et sœurs à la manière de jeunes chatons joueurs et maîtrisait un don, un art bien plus beau que ne saurait l’être une de ses voltige de marchombre. Et alors qu’elle le serrait dans ses bras, elle se sentait désolée. Désolée de le voir à son tour maculé de sang, désolée de l’avoir entraîné dans une vie de danger permanent.


- Je te demande pardon… souffla-t-elle à son oreille, persuadée qu’il l’entendrait dans son inconscience.

Une main se posa sur son épaule et la voix de Pragon Fliboise endigua son inquiétude.


- Je vais m’occuper de lui. Lâche-le, jeune fille ; tu as besoin de soins toi aussi.
- Je vais bien. J’ai l’habitude de recevoir des coups…
- Cela ne fait aucun doute, mais n’oublie pas que tu es humaine avant tout autre chose. Allons, laisse-le moi.


A contre cœur, Syndrell se s’éloigna de Ciel pour aller s’installer sur les premières marches de la bâtisse. Un jeune rêveur s’occupa de ses blessures, les joues écarlates de soigner une femme vêtue simplement d’un long pull tellement abimé qu’il ne couvrait plus grand-chose. Syndrell n’y prit pas garde. Le regard fixé sur le dos de Pragon, elle tentait d’imaginer le Mentaï se présenter bredouille devant une Vanora bien mal en point.
Cela ne lui tira pas l’ombre d’un sourire.


* * *


Syndrell se glissa entre les gravats en songeant que Fériane avait de la chance de tenir encore debout. Une partie de la toiture était à refaire, la moitié du jardin avait gravement souffert et le combat qu’avait mené Ciel avait causé nombre de dégâts dans l’aile ouest ; une fumée brune régnait encore sur les lieux, bien que moins épaisse de minute en minute, et piquait les yeux et la gorge de quiconque s’en approchait.

La marchombre avançait un bras replié devant sa bouche et son nez pour s’en protéger. Les yeux plissés, elle scrutait les lieux du regard, progressant lentement parmi les décombres. Elle restait sur ses gardes, car même s’il était peu probable que Vanora tente à nouveau sa chance dans l’immédiat, elle avait appris à se méfier des Mentaïs et elle ne souhaitait pas tomber sur l’un d’entre eux sans le savoir. Elle n’était pas de taille à lutter – pas de taille à s’en tirer une troisième fois.

Elle enjamba les vestiges de l’escalier avec précaution et la mine concentrée. Un rêveur lui avait demandé ce qu’elle cherchait et elle s’était contentée d’un haussement d’épaules ; elle ne cherchait pas, elle pistait. Sa piste ? Un chemin sanglant laissé par Ciel, qui avait trouvé la force de tituber jusqu’au jardin. Depuis plusieurs minutes, Syndrell remontait cette triste piste en silence. Le jeune rêveur au visage cramoisi de timidité s’était occupé des coupures les plus profondes mais elle l’avait arrêté avant qu’il ne s’attaque aux autres, moins graves mais néanmoins nombreuses ; il y avait plus urgent à faire. Secourir Ciel, rassembler les membres de la confrérie, évaluer les dégâts…


Pragon Fliboise se fraya un chemin jusqu’à Syndrell.

- Nous cherchons encore un de nos frères, murmura-t-il.
- Ne cherchez plus.

La marchombre lui désignait une tache sombre parmi les décombres. Non, pas une tâche : un corps, tordu par la souffrance de ses derniers instants. Syndrell s’accroupit près de lui et lui ferma les yeux dans un geste uniquement fait de tendresse. C’était un homme assez jeune, qui n’avait guère plus de la trentaine et dont la simplicité n’avait d’égal que son courage.

- Comment s’appelait-il ?
- Juhien… Juhien De Nambre.


Syndrell glissa une main dans les cheveux poissés de sang du jeune rêveur.

- Alors merci, Juhien. Je te dois probablement la vie de mon Dessinateur.

Le Mentaï gisait quelques pas plus loin. Son corps n’était plus que charpie sanglante mais une lame le retenait encore cloué au sol dans une posture presque cocace ; elle disparut lorsque Syndrell l’effleura du bout des doigts. Un dessin de Ciel… La bataille avait été violente, bien plus violente que dans le jardin. Bien qu’épuisé, Ciel avait combattu le Dessin par le Dessin et la jeune femme frémit à l’idée des horreurs qu’il avait vécu.

- Je suis désolée. J’aurai dû vous prévenir plus tôt, j’aurai dû partir pour éviter d’attirer la mort sur Fériane…
- Oui, sans doute. Mais ce qui est fait, est fait ; il ne sert à rien de se noyer dans les regrets. Hier est derrière, avons-nous coutume de dire ici. Demain est mystère et…
- …et aujourd’hui est un cadeau, c’est pour cela que nous l’appelons présent.
- Vous avez connu un rêveur de Fériane ?


Un pâle sourire se dessina sur les lèvres de Syndrell.

- Il semblerait, oui…


* * *

Elle avait écrit deux lettres. Deux missives assez brèves mais précises et caractérisées par l’urgence ; la première, destinée aux Kern, informait la maman de Ciel que les rues d’Al-Chen n’étaient plus sûres et que jusqu’à nouvel ordre, il valait mieux rester en famille. L’union fait la force, alors que pourrait bien donner une union de Kern en colère ?

Le second message était adressé à « la Blanche ». Il y avait sans doute un ou plusieurs traîtres parmi les Ombres ; la Louve appelait à la méfiance. Et demandait de l’aide. Car pour trouver Vanora et la traquer, nul ne valait mieux qu’un espion. Portées par deux oiseaux de la confrérie, les lettres s’étaient envolées tôt dans la matinée.

Syndrell s’était alors accordée quelques heures de repos. Rassurée par le diagnostique des rêveurs quant à l’état de Ciel, elle n’avait pas protesté lorsque Pragon lui avait enjoint d’aller dormir dans sa propre chambre plutôt qu’au chevet du Dessinateur. Dans sa lettre aux Kern, elle n’avait pas mentionné les blessures de son ami, refusant d’inquiéter davantage une famille qui vivait d’amour.

Mais Ciel ne se réveillait pas.
Voilà trois jours qu’il dormait, si pâle, si fragile dans son lit, et Syndrell commençait à trouver le temps long. Elle ne l’avouerait jamais devant Pragon Fliboise et ses frères mais cet endroit la mettait mal à l’aise ; elle en avait assez des blessures, du sang, des soigneurs. Et plus encore, elle en avait assez de devoir rester cloîtrée alors que dehors, une tueuse complètement folle s’en prenait à des innocents pour l’atteindre.

Il était cependant hors de question qu’elle abandonne son ami – pas tant qu’il n’ouvrait pas les yeux. Avant de partir, elle voulait être sûre qu’il allait bien. Avait-il déjà tué un homme, avant ce Mentaï ? Cette question taraudait l’esprit de Syndrell tandis qu’elle s’habillait d’un pantalon de toile et d’une chemise certes un peu large, mais autrement plus présentable que le vieux pull déchiré et tâché de sang. Non, Ciel n’avait tué personne avant, il le lui avait dit. Il n’avait pas su se débarrasser de Vanora quand il en avait eu l’occasion et jamais Syndrell ne pourrait l’en blâmer.

Elle ceignit sa taille beaucoup trop mince d’une ceinture puis entreprit de couper ses cheveux ; lorsqu’elle quitta sa chambre, ils encadraient son visage en mèches folles et légères, un brin ébouriffées, et soulignaient un peu moins sa maigreur. Bien sûr, elle se dirigea immédiatement vers la chambre de Ciel et un sourire illumina son visage lorsque la voix de Pragon lui parvint. A qui le rêveur pouvait-il s’adresser, sinon à son ami ?

Son sourire s’effaça bien vite. Ciel était réveillé, oui, mais il avait le regard fiévreux et brûlant d’inquiétude. L’angoisse faisait trembler sa voix. Il avait peur, non, il était terrifié. Syndrell croisa le regard de Pragon, qui hocha légèrement la tête, puis traversa la pièce et vint s’asseoir au bord du lit.


- Tout va bien, Ciel.

Syndrell tendit une main pour caresser sa joue ; sa voix à elle était claire et assurée. Les rôles s’inversaient de façon étrange : quelques jours plus tôt, c’était elle qui avait eu besoin de cette certitude de la voix de son ami, seul point d’ancrage dans un univers de doute et de peur. Elle lui devait bien cette force en retour !

- Calme-toi, tu trembles…

Elle lui frottait les bras, doucement, pour l’aider à se détendre – une astuce de Miss, lorsque l’effort venait à tétaniser les muscles de ses élèves. Son regard doré ne quittait pas celui, complètement perdu, de Ciel.

- De quoi te souviens-tu exactement ?


[C'est curieux, ça ne me plaît pas tant que ça, comme réponse... Si quelque chose te dérange, tu sais quoi faire ^^ Je tiens toutefois à préciser que je n'aime vraiment pas voir Ciel dans cet état - espèce de sans coeur !]

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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Ven 02 Sep 2011, 11:50

    "Bah... De Vanora, de la façon dont tu as massacré le Mentaï... Oh, j'ai aveuglé Vanora, tu sais! Enfin, peut-être que ce n'est que temporaire, mais je pense que sa vue s'en trouvera toujours altérée... Bravo en tout cas, et merci, mais... Enfin je... Après je t'ai amenée ici, t'étais vraiment très mal en point, tu sais... Tout s'est passé super vite! J'ai... J'ai jamais vu la mort d'aussi près, je crois.

    Attends... Pourquoi tu me demandes ce que j'ai oublié? J'aurais dû me souvenir de quelque chose d'autre? Je... Je comprends pas."
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Sam 03 Sep 2011, 08:56

Calme-toi, nom d'une chiure de mouche ! Tu t'épuises pour rien. Je suis ravie que tu te souviennes de mon petit exploit et encore une fois, je vais te serrer très fort dans mes bras parce que sans toi, je ne serais pas là. Tu m'as sauvé la vie, Prof. Je ne l'oublierai jamais.

Mais tout ça s'est passé il y a cinq jours...J'ai été bien amochée, c'est vrai, et les rêveurs, dont Pragon Fliboise ici présent, ont fait un sacré bon boulot puisque du méchant coup de lame il ne me reste qu'un vif souvenir. Toi aussi, tu as été sonné ; aveugler une tueuse, m'arracher aux griffes de la mort et m'emmener ici, tu parles d'un héros ! Tu ne pouvais plus utiliser ton don, après ça. Et nous avons eu de la visite...

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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Mer 07 Sep 2011, 23:08

    Ciel sentit la tête lui tourner, et aggrippa l'épaule de Syndrell pour s'allonger à nouveau. Il ferma les yeux. Cinq jours... Il avait oublié deux jours, ou en tout cas, une partie. Une partie importante, apparemment.
    Il ne se rappelait plus du tout... De la visite? Au ton et au visage de Syndrell, ça n'avait pas été très agréable. Qui aurait bien pu...

    Bien sur. La vengeance. Ciel se crispa. Vanora? Non... Deux hommes. Deux Mentaïs. Il se rappela la terreur, la détermination... La survie, et la mort... La mort!
    Ciel était assailli par des images inconnues. Il ne savait pas d'où elles sortaient, mais instinctivement, il savait qu'elles étaient là parce qu'il avait vécu ces moments. Il voyait un Mentaï, des escaliers, Syndrell abîmée, des explosions, il sentait encore le fracas dans les Spires, ses efforts, un Rêveur, et partout du sang, du sang qui éclaboussait toutes les images... Et la mort.
    Sa poitrine était comme comprimée dans un étaux. La mort, la mort... Quelle mort? La mort de qui?

    Tout lui revenait, pas vagues, souvenirs de sensations, images fugaces ou souvenirs violents. Tout, y compris les lames qui s'abattent et déchirent la chair, une à une. Une masse sanglante. Un visage doux et stupéfait aux grands yeux vidés par la mort. Du sang. Partout sur ses mains, partout dans sa tête.

    Ciel gémit et se plaque les mains sur le visage, se recroquevillant en position foetale.

    C'est lui qui a... Cet homme... Ce sang, tout ce sang... Ces lames, ces dizaines de coups! Et ce visage... Ce visage qui le regarde sans le voir...
    Ciel se mordit les lèvres pour se retenir de hurler. Il a beau désespérément fermer les yeux, il ne voit que du rouge. Et il tangue, il tangue sur son lit, il a l'impression que c'est lui qui va mourir maintenant, mourir...

    *

    Ciel n'ouvrit pas les yeux tout de suite. Il sentait qu'on s'agitait autour de lui. Il avait peur de ce qu'il allait voir. Maintenant que... Maintenant qu'il se rappelait. Mais les yeux fermés, ses pensées se déroulaient avec beaucoup plus de puissance que s'il les gardait ouverts sur le présent qui l'entourait. Il se redressa donc d'un coup, un peu ébloui, un peu sonné, et au vu du Rêveur et de Syndrell, en déduisit qu'il n'avait pas dû perdre connaissance plus de quelques minutes, si ce n'était pas quelques secondes. Il les dévisagea un à un, en silence, sans sourire.
    Le visage émacié et inquiet de Syndrell, et celui encore marqué par la tristesse de l'homme sans âge. Le jeune Rêveur qui était mort devait être un proche de cet homme. Mort par sa faute...


    "Je suis vraiment désolé."

    Ses yeux étaient secs. Il n'y pouvait rien. Ce n'était pas le temps des larmes.
    Il regarda ses mains. Elles étaient propres; quelqu'un avait dû les laver. Ses vêtements avaient encore été changés. Il porta ses doigts à son visage, mais là encore ne sentit aucune trace du sang qui l'avait éclaboussé. Du sang qu'il avait fait jaillir. Du sang d'un autre. Mort, désormais.


    "Vous n'avez pas à vous excuser, votre amie l'a déjà fait. Vous avez empêché... Vous avez empêché le pire."

    Des larmes coulaient à nouveau le long de son nez.

    "Excusez-moi..."

    Ciel ne savait que dire. Il savait très bien que sans lui, le jeune Rêveur serait encore vivant. S'il avait tué Vanora... S'il avait été moins faible!
    Les yeux baissés, il contemplait les jointures blanchies de ses points. Il se glissa dans les Spires et retrouva les lames simples mais tranchantes qu'il avait abattues sur le Mentaï. Ses souvenirs douloureux le tirèrent de l'Imagination. Toujours aussi silencieux, il releva de nouveau les yeux sur Syndrell. Il se souvint alors que le second Mentaï avait effectué un Pas sur le Côté lorsqu'il l'avait vu.


    "On a eu beaucoup de chance. Faut qu'on parte."

    Et ceci dit, il arracha les couvertures de son lit et se leva d'un bond, un peu vacillant, mais déterminé. L'autre Mentaï, celui qui savait faire un Pas sur le Côté, était dans la nature. Si Vanora le renvoyait avec quelqu'un à ses côtés... Ciel se dit qu'ils avaient eu une chance phénoménale que l'autre s'en aille sans chercher à en savoir plus. Il aurait pu les anéantir sans soucis, Ciel étant alors dans un état plus que critique.

    Alarmé par ses propres conclusions porteuses de danger, il tenta de se glisser dans les Spires pour vérifier qu'il ait bien récupéré une majorité de ses capacités; au moins de quoi pouvoir se protéger en attendant que tous deux récupèrent -il doutait fortement que Syndrell soit au meilleur de sa forme.

    Il ne voulait pas d'autres morts. Pas d'autres que Vanora, et que tous ceux qui l'aideraient.
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Dim 18 Sep 2011, 23:52

- Wow, attends une minute…

Syndrell avait réagi avec sa vivacité coutumière et attrapé son ami par le bras, le coupant net dans son élan.

- Tu as besoin de repos. Ne le nie pas, je suis aussi mal en point que toi, même si les apparences tendent à dire le contraire me concernant ; réfléchis, Ciel, on ne va pas aller très loin dans cet état-là, alors quitte à foncer tête baissée dans le danger…

La marchombre esquissa un sourire. Elle comprenait Ciel et d’ailleurs, s’il n’avait pas été si faible, il aurait sans doute fallu que ce soit lui qui la tempère de la sorte. La jeune femme bouillait littéralement. Il y avait cette colère sourde au fond de son ventre, cette irrépressible envie de faire payer Vanora pour son audace, boule de haine qu’elle s’efforçait de comprimer pour ne pas la laisser exploser. Elle savait très bien qu’une telle chose n’arrangerait pas la situation ; agir sans réfléchir ne ferait qu’aggraver les choses, et Syndrell savait que c’était encore possible.

- Ecoute…

Elle attendit que Ciel se soit assis sur son lit pour continuer.
Ses doigts se détendirent légèrement sur son bras.
Elle ne le lâcha pas.


- Vanora s’est cassée les dents à deux reprises en s’en prenant à toi et elle ne va pas refaire cette erreur, tu peux me croire. Nous sommes tranquilles.

- Pour l’instant, intervint Pragon.

Syndrell tourna la tête vers le rêveur. Celui-ci avait séché ses larmes et reprit contenance ; il lui rendit son regard, lourd de sens. Fidèle à sa Confrérie, il était prêt à courir le risque de les héberger jusqu’à ce que ses deux protégés soient capables de voyager… mais son aide n’irait pas plus loin. Pas après ce qu’il s’était passé. Syndrell cligna des yeux, acquiesçant à sa manière, avant de reporter son attention sur Ciel.

Il était réellement secoué, et il y avait de quoi ; ce qu’il avait vécu dans cet escalier l’avait changé à tout jamais. Bien sûr, Ciel étant ce qu’il est, il allait reprendre sa vie de professeur, d’homme porté par ses rêves et son amour immodéré envers les siens. Il lui faudrait du temps pour se faire à l’idée qu’il avait vu la mort, et qu’il l’avait donnée. Et il s’y ferait – Syndrell serait là pour y veiller. Mais ce drame faisait désormais partie de ce qu’il était et jamais ne disparaîtrait vraiment…

- Hey, murmura-t-elle en cherchant son regard. Ça va aller, Ciel. On va mettre ta famille en sécurité. Je te promets qu’il ne leur arrivera rien. Je te le jure, au nom de notre amitié ! Mais tu dois me faire confiance. Et pour commencer, tu dois te reposer.

Syndrell aussi avait besoin de sommeil. Etouffant un bâillement, elle laissa le Dessinateur s’allonger et le couvrit de son drap avant de rabattre la couverture sur lui. Vint alors ce moment d’hésitation, une seconde, peut-être moins, avant qu’elle ne se penche pour déposer un baiser de papillon sur son front.

Pragon l’attendait dans le couloir. Refermant la porte derrière elle, Syndrell s’adossa contre le battant et croisa les bras sur la poitrine, une question au fond des yeux. Le rêveur n’eut aucun mal à la déchiffrer.


- Il va s’en tirer. Pour l’instant, il est plus dans le déni qu’autre chose, mais aucun rêve ne peut le guérir de cette sorte de barrage mental. C’est à lui seul qu’il appartient d’abaisser ces barrières, et il le fera plus facilement avec l’aide d’une amie…
- Je vais lui donner un coup de main pour exploser ces fichus barrières,
affirma Syndrell avec une détermination qui tira un triste sourire au vieil homme.
- Vous êtes très proches, n’est-ce pas ?

La marchombre hocha doucement la tête. Nul n’aurait su prédire une telle amitié cette nuit-là, alors qu’ils se jaugeaient du regard sur un toit d’Al-Chen. C’était pourtant comme si tout avait été tracé d’avance ; il y avait eu la rose, le sourire et la confiance, puis un drame frôlé et une félonne retrouvée… Elle avait fait une terrible erreur, celle de laisser les Kern s’occuper de Vanora. Mais comment aurait-elle pu savoir ? Elle n’était qu’une apprentie à l’époque, et si Syndrell savait cette raison insuffisante, elle s’y accrochait avec le naïf espoir que tout allait finir par s’arranger.

- Il est ce qui ressemble le plus à une famille pour moi.
- Il n’est pas difficile de le deviner.
- Qu’allez-vous faire de Juhien ?
- Mes frères sont en train de le préparer pour son enterrement. Il va rejoindre les nôtres, dans le caveau qui a été miraculeusement épargné.
- Pragon…
- Je serais honoré que tu sois avec nous pour lui dire adieu.


Syndrell décroisa les bras et s’empara des mains du rêveur.

- C’est moi qui suis honorée.

Pragon libéra une de ses mains et dégagea doucement une mèche rebelle qui retombait devant le visage de la marchombre.


- Il m’avait dit que tu étais exceptionnelle… à l’époque, je n’aurais jamais pu imaginer à quel point il avait raison.
- Il ?


Syndrell scrutait le visage du vieil homme avec une curiosité toute nouvelle, mais ce dernier se contenta d’un sourire énigmatique.

- Plus tard. Tu dois te reposer un peu avant la cérémonie, jeune fille.
- Mais…
- Donner des conseils, c’est bien, mais seulement à condition qu’ils émanent d’une personne qui les suit déjà.


La jeune femme secoua la tête et sourit. Que répondre à cela ? Rien, apparemment, puisque Pragon s’éclipsa sans rien ajouter.


* * *


Ils ne firent rien dans l’exagération.
Cet adieu qu’ils voulaient dire à leur frère était aussi simple que sincère et pour qu’il le soit vraiment, les rêveurs de Fériane se contentèrent de l’enterrer à la tombée du jour, sans discours ni fête d’aucune sorte. Juhien était un héros et nul n’avait besoin d’artifice pour s’en souvenir.

Syndrell aurait pourtant aimé faire plus qu’offrir sa présence à l’enterrement du jeune rêveur. Si Ciel avait été là, il aurait dessiné pour lui, mais elle n’avait pas ce don et pour la première – et la dernière – fois de sa vie, elle regretta qu’il en soit ainsi. Sa seule consolation fut la pression de la main de Pragon sur son épaule, poignant témoignage de sa reconnaissance. Syndrell posa la main sur la sienne et l’y laissa tout le temps de l’enterrement.

Plus tard, Pragon l’aida à regagner sa chambre et elle se souvint même qu’il la borda. Lorsqu’elle voulu lui poser cette question qui lui taraudait tant l’esprit, il la fit taire d’une légère pression de son doigts sur ses lèvres avant de placer ses mains sur les tempes de la jeune femme et l’aider à s’aventurer vers des rêves calmes et reposants.

Plus tard encore, Syndrell se redressa en sursaut, réveillée par les gémissements de Ciel depuis l’autre côté de la cloison qui séparait leurs chambres. La marchombre n’hésita pas, cette fois. Elle repoussa ses couvertures, s’engouffra dans la chambre de son ami et se glissa dans son lit pour le prendre dans ses bras et le serrer contre elle. Elle murmura toutes sortes de choses à son oreille jusqu’à ce qu’il s’endorme, et même après.



* * *


- Tu as meilleur mine, jeune fille…
- Je vais mieux, et dès que Ciel aussi, nous partirons. Mais avant cela…
- Tu veux des réponses.
- Oui.


Pragon hocha la tête.
Ils se trouvaient dans la chambre de Syndrell ; après s’être éclipsée sans bruit de celle de Ciel, un peu avant l’aube, la jeune femme avait commencé à réunir leurs maigres affaires, ainsi que des vivres. Elle espérait que son ami soit en état de rentrer à Al-Jeit avant la fin de la journée et en attendant qu’il se réveille, elle avait dû trouver de quoi s’occuper l’esprit.


- Vous connaissez le vieux montagnard qui s’est occupé de moi pendant un petit moment.
- Il s’appelait Eonard S’il Mordan. C’était un Dessinateur.
- Eonard…


Syndrell se passa une main dans les cheveux, presque sonnée. Jamais le vieil homme ne lui avait offert son nom ; il lui avait écrit une lettre, juste après son départ, une lettrée signée d’un « E. » à l’époque peu significatif mais qui à présent prenait tout son sens…

- Que savez-vous de lui ?
- Presque rien. Eonard est l’homme le plus mystérieux qu’il m’ait été donné de rencontré. Il est venu ici, il y a de cela plusieurs années ; il cherchait des réponses.
- Des réponses ?
- Oui. Au sujet de certaines personnes ayant des cheveux dotés d’une couleur étrange. C’est ainsi que j’ai entendu parler de toi, Syndrell Ellasian. La petite fille aux cheveux bleus et aux yeux d’or…
- Je n’arrive pas à croire qu’il ait fait des recherches pour moi.
- Il tenait à toi, jeune fille. Tu étais pour lui ce qui se rapproche le plus d’une famille…


Syndrell croisa le regard de Pragon et sentit sa gorge se serrer. Seul le rêveur était capable de comprendre la force du lien qui l’avait uni – et qui l’unissait toujours – au vieux souffleur de verre.

- Et lorsqu’Eonard est venu vous voir, est-ce qu’il…

La porte de la chambre s’ouvrit et Syndrell se tut alors qu’une tête familière passait l’embrasure.



__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


[! Prof overbookée = rythme plus lent, désolée !]

Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
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