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Le Pacte VS L'Ordre
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 Le pouvoir de la Rose [TERMINE]

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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Dim 18 Sep 2011, 23:52

- Wow, attends une minute…

Syndrell avait réagi avec sa vivacité coutumière et attrapé son ami par le bras, le coupant net dans son élan.

- Tu as besoin de repos. Ne le nie pas, je suis aussi mal en point que toi, même si les apparences tendent à dire le contraire me concernant ; réfléchis, Ciel, on ne va pas aller très loin dans cet état-là, alors quitte à foncer tête baissée dans le danger…

La marchombre esquissa un sourire. Elle comprenait Ciel et d’ailleurs, s’il n’avait pas été si faible, il aurait sans doute fallu que ce soit lui qui la tempère de la sorte. La jeune femme bouillait littéralement. Il y avait cette colère sourde au fond de son ventre, cette irrépressible envie de faire payer Vanora pour son audace, boule de haine qu’elle s’efforçait de comprimer pour ne pas la laisser exploser. Elle savait très bien qu’une telle chose n’arrangerait pas la situation ; agir sans réfléchir ne ferait qu’aggraver les choses, et Syndrell savait que c’était encore possible.

- Ecoute…

Elle attendit que Ciel se soit assis sur son lit pour continuer.
Ses doigts se détendirent légèrement sur son bras.
Elle ne le lâcha pas.


- Vanora s’est cassée les dents à deux reprises en s’en prenant à toi et elle ne va pas refaire cette erreur, tu peux me croire. Nous sommes tranquilles.

- Pour l’instant, intervint Pragon.

Syndrell tourna la tête vers le rêveur. Celui-ci avait séché ses larmes et reprit contenance ; il lui rendit son regard, lourd de sens. Fidèle à sa Confrérie, il était prêt à courir le risque de les héberger jusqu’à ce que ses deux protégés soient capables de voyager… mais son aide n’irait pas plus loin. Pas après ce qu’il s’était passé. Syndrell cligna des yeux, acquiesçant à sa manière, avant de reporter son attention sur Ciel.

Il était réellement secoué, et il y avait de quoi ; ce qu’il avait vécu dans cet escalier l’avait changé à tout jamais. Bien sûr, Ciel étant ce qu’il est, il allait reprendre sa vie de professeur, d’homme porté par ses rêves et son amour immodéré envers les siens. Il lui faudrait du temps pour se faire à l’idée qu’il avait vu la mort, et qu’il l’avait donnée. Et il s’y ferait – Syndrell serait là pour y veiller. Mais ce drame faisait désormais partie de ce qu’il était et jamais ne disparaîtrait vraiment…

- Hey, murmura-t-elle en cherchant son regard. Ça va aller, Ciel. On va mettre ta famille en sécurité. Je te promets qu’il ne leur arrivera rien. Je te le jure, au nom de notre amitié ! Mais tu dois me faire confiance. Et pour commencer, tu dois te reposer.

Syndrell aussi avait besoin de sommeil. Etouffant un bâillement, elle laissa le Dessinateur s’allonger et le couvrit de son drap avant de rabattre la couverture sur lui. Vint alors ce moment d’hésitation, une seconde, peut-être moins, avant qu’elle ne se penche pour déposer un baiser de papillon sur son front.

Pragon l’attendait dans le couloir. Refermant la porte derrière elle, Syndrell s’adossa contre le battant et croisa les bras sur la poitrine, une question au fond des yeux. Le rêveur n’eut aucun mal à la déchiffrer.


- Il va s’en tirer. Pour l’instant, il est plus dans le déni qu’autre chose, mais aucun rêve ne peut le guérir de cette sorte de barrage mental. C’est à lui seul qu’il appartient d’abaisser ces barrières, et il le fera plus facilement avec l’aide d’une amie…
- Je vais lui donner un coup de main pour exploser ces fichus barrières,
affirma Syndrell avec une détermination qui tira un triste sourire au vieil homme.
- Vous êtes très proches, n’est-ce pas ?

La marchombre hocha doucement la tête. Nul n’aurait su prédire une telle amitié cette nuit-là, alors qu’ils se jaugeaient du regard sur un toit d’Al-Chen. C’était pourtant comme si tout avait été tracé d’avance ; il y avait eu la rose, le sourire et la confiance, puis un drame frôlé et une félonne retrouvée… Elle avait fait une terrible erreur, celle de laisser les Kern s’occuper de Vanora. Mais comment aurait-elle pu savoir ? Elle n’était qu’une apprentie à l’époque, et si Syndrell savait cette raison insuffisante, elle s’y accrochait avec le naïf espoir que tout allait finir par s’arranger.

- Il est ce qui ressemble le plus à une famille pour moi.
- Il n’est pas difficile de le deviner.
- Qu’allez-vous faire de Juhien ?
- Mes frères sont en train de le préparer pour son enterrement. Il va rejoindre les nôtres, dans le caveau qui a été miraculeusement épargné.
- Pragon…
- Je serais honoré que tu sois avec nous pour lui dire adieu.


Syndrell décroisa les bras et s’empara des mains du rêveur.

- C’est moi qui suis honorée.

Pragon libéra une de ses mains et dégagea doucement une mèche rebelle qui retombait devant le visage de la marchombre.


- Il m’avait dit que tu étais exceptionnelle… à l’époque, je n’aurais jamais pu imaginer à quel point il avait raison.
- Il ?


Syndrell scrutait le visage du vieil homme avec une curiosité toute nouvelle, mais ce dernier se contenta d’un sourire énigmatique.

- Plus tard. Tu dois te reposer un peu avant la cérémonie, jeune fille.
- Mais…
- Donner des conseils, c’est bien, mais seulement à condition qu’ils émanent d’une personne qui les suit déjà.


La jeune femme secoua la tête et sourit. Que répondre à cela ? Rien, apparemment, puisque Pragon s’éclipsa sans rien ajouter.


* * *


Ils ne firent rien dans l’exagération.
Cet adieu qu’ils voulaient dire à leur frère était aussi simple que sincère et pour qu’il le soit vraiment, les rêveurs de Fériane se contentèrent de l’enterrer à la tombée du jour, sans discours ni fête d’aucune sorte. Juhien était un héros et nul n’avait besoin d’artifice pour s’en souvenir.

Syndrell aurait pourtant aimé faire plus qu’offrir sa présence à l’enterrement du jeune rêveur. Si Ciel avait été là, il aurait dessiné pour lui, mais elle n’avait pas ce don et pour la première – et la dernière – fois de sa vie, elle regretta qu’il en soit ainsi. Sa seule consolation fut la pression de la main de Pragon sur son épaule, poignant témoignage de sa reconnaissance. Syndrell posa la main sur la sienne et l’y laissa tout le temps de l’enterrement.

Plus tard, Pragon l’aida à regagner sa chambre et elle se souvint même qu’il la borda. Lorsqu’elle voulu lui poser cette question qui lui taraudait tant l’esprit, il la fit taire d’une légère pression de son doigts sur ses lèvres avant de placer ses mains sur les tempes de la jeune femme et l’aider à s’aventurer vers des rêves calmes et reposants.

Plus tard encore, Syndrell se redressa en sursaut, réveillée par les gémissements de Ciel depuis l’autre côté de la cloison qui séparait leurs chambres. La marchombre n’hésita pas, cette fois. Elle repoussa ses couvertures, s’engouffra dans la chambre de son ami et se glissa dans son lit pour le prendre dans ses bras et le serrer contre elle. Elle murmura toutes sortes de choses à son oreille jusqu’à ce qu’il s’endorme, et même après.



* * *


- Tu as meilleur mine, jeune fille…
- Je vais mieux, et dès que Ciel aussi, nous partirons. Mais avant cela…
- Tu veux des réponses.
- Oui.


Pragon hocha la tête.
Ils se trouvaient dans la chambre de Syndrell ; après s’être éclipsée sans bruit de celle de Ciel, un peu avant l’aube, la jeune femme avait commencé à réunir leurs maigres affaires, ainsi que des vivres. Elle espérait que son ami soit en état de rentrer à Al-Jeit avant la fin de la journée et en attendant qu’il se réveille, elle avait dû trouver de quoi s’occuper l’esprit.


- Vous connaissez le vieux montagnard qui s’est occupé de moi pendant un petit moment.
- Il s’appelait Eonard S’il Mordan. C’était un Dessinateur.
- Eonard…


Syndrell se passa une main dans les cheveux, presque sonnée. Jamais le vieil homme ne lui avait offert son nom ; il lui avait écrit une lettre, juste après son départ, une lettrée signée d’un « E. » à l’époque peu significatif mais qui à présent prenait tout son sens…

- Que savez-vous de lui ?
- Presque rien. Eonard est l’homme le plus mystérieux qu’il m’ait été donné de rencontré. Il est venu ici, il y a de cela plusieurs années ; il cherchait des réponses.
- Des réponses ?
- Oui. Au sujet de certaines personnes ayant des cheveux dotés d’une couleur étrange. C’est ainsi que j’ai entendu parler de toi, Syndrell Ellasian. La petite fille aux cheveux bleus et aux yeux d’or…
- Je n’arrive pas à croire qu’il ait fait des recherches pour moi.
- Il tenait à toi, jeune fille. Tu étais pour lui ce qui se rapproche le plus d’une famille…


Syndrell croisa le regard de Pragon et sentit sa gorge se serrer. Seul le rêveur était capable de comprendre la force du lien qui l’avait uni – et qui l’unissait toujours – au vieux souffleur de verre.

- Et lorsqu’Eonard est venu vous voir, est-ce qu’il…

La porte de la chambre s’ouvrit et Syndrell se tut alors qu’une tête familière passait l’embrasure.


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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Mar 25 Oct 2011, 20:07

    Il avait tué un homme.
    Il avait tué un homme.
    Il avait tué un homme...

    *

    Déambulations hasardeuses dans les longs couloirs de la confrérie. Il ne savait pas trop où il était, ne pouvait pas se rappeler de la chambre de Syndrell sans faire d'effort, et très honnêtement, n'avait pas le courage de faire un effort.
    Longue chemise brunâtre et sandales de Rêveurs aux pieds, le regard absent, il semblait totalement dépassé.

    Il l'était.

    Il avait tué un homme.

    *

    Il se stoppa dans les jardins. Deux Rêveurs s'affairaient autour d'une charrette, et un cheval, ou un étalon, ou une jument, il n'aurait su le dire, était en train de se faie conduire par un troisième homme à l'extérieur de l'enceinte.
    Ce dernier le vit, lui adressa un sourire et un signe de main, en lui disant que leur attelage serait bientôt prêt à partir.
    Devant l'absence de réaction de Ciel, il lui tapota l'épaule d'un geste compatissant, prononça encore quelques mots que le Dessinateur ne parvint à saisir, et s'éloigna.
    Lorsqu'il eu franchi la porte, Ciel s'ébroua. En fermant les yeux, parce qu'il venait de revivre en un éclair l'arrivée des deux Mentaïs. Et tout ce qui suivait...

    Pour ne pas se laisser submerger, il recommença à marcher, mais vers la chambre de Syndrell, cette fois-ci.

    Il s'en souvenait.

    *

    Il passa la tête par l'embrasure et eut la vague impression de déranger, d'avoir interrompu quelque chose. Une conversation sérieuse. Mais avant même qu'il n'ait put songer à se retirer, Syndrell l'en empêchait.
    Il rentra donc dans la pièce, leur adressant un sourire d'excuse.


    "On va pouvoir partir bientôt. C'est presque prêt."

    Toujours dans cet état comateux, il se dirigea vers la fenêtre. Là encore, un violent frisson l'agita; c'était à cette fenêtre que tout avait commencé... La détonation, Syndrell qui se glisse dehors, la vision de ces deux hommes qui se séparent... Pour ne plus jamais se retrouver.
    Jamais.

    Il garda cette fois les yeux bien ouverts, mais rivés sur Syndrell. L'or de ses yeux, l'azur de ses cheveux pour chasser le rouge.
    Le rouge ne s'imposa pas, tirant un soupir de soulagement à Ciel, qui enfin, détourna le regard et fixa à nouveau le vide. Il ouvrit la bouche, et articula quelques mots.


    "Je tiens debout. J'ai fait un tour, j'arrive à marcher."

    Il esquissa un pâle sourire. Ce n'était pas que l'envie manquait; mais il se sentait tout faible, tout mou. Et pourtant, il ne l'était pas, il le savait. Il ne tremblait pas, il avait récupéré sa condition physique, ses muscles fonctionnaient comme ils avaient toujours fonctionnés. C'était son cerveau qui était au ralenti.

    "Par contre, je ne peux plus Dessiner."

    Le professeur sursauta légèrement en prenant conscience des mots qu'il venait de prononcer. Instinctivement, il tenta de se glisser dans les Spires, mais ne le put pas. C'était inexplicable, inédit, impalpable et inneffable: il ne pouvait plus. Il ne tenta même pas de forcer.
    Il fronça légèrement les sourcils.


    "C'est vrai ça, je ne peux plus..."

    Il ne réessaya pas. Ne tenta même pas de comprendre. Il n'avait pas spécialement envie de réfléchir. Ca reviendrait, il le savait. Ca reviendrait. Vite, certainement, parce qu'il s'agissait bien du don du Dessin.
    Il ne pouvait plus, là, maintenant, c'était tout, mais il pourrait de nouveau bientôt.


    "Ne t'inquiète pas, ça ne va pas durer bien longtemps."

    Il était tranquille et assuré. Son ton était celui de l'homme qui croit profondément à ce qu'il dit. Qui sait ce qu'il dit. Comment, pourquoi, mystère, mais il savait, et c'était tout ce qui comptait.

    Il sourit encore, et s'ébroua à nouveau pour écarter un peu ce nuage cotonneux qui s'agglutinait autour de lui, avant de se tourner vers Pragon.


    "Gardez mes affaires. Gardez tout. Je n'en veux plus."

    Trop de souvenirs, trop de sang.
    Une pensée revint en mémoire à Ciel. Il murmura à Syndrell de ne pas bouger, qu'il revenait très vite, et tout à coup mû par une obligation impérieuse, s'activa et alla presque au pas de course en direction du hall.

    *


    "Tout-à-l'heure... Vous m'avez parlé des effets récupérés sur le corps du... De..."

    "Du Mentaï. C'est cela."

    "Je... Excusez-moi, je ne vous ai pas répondu mais je suis un peu ailleurs... Pourrais-je..."

    "Récupérer ces effets? Il s'agit nécéssairement d'armes sans trop de valeur. Hormis un poignard de belle facture. Il n'est pas en accord avec le reste de l'arsenal."

    "Il m'intéresse."

    "Il est à vous."


    *

    Il toqua doucement pour être sur de ne pas les surprendre dans une conversation trop personnelle, pour qu'ils aient le temps de savoir qu'il était là.
    Il passa la porte, en fixant Syndrell, et s'avança vers elle. Durant le trajet, il avait pu reconnaître la lame que Vanora lui avait pressée sur la gorge quelques jours plus tôt. Oh, certes, il était bien prétentieux de prétendre parvenir à identifier une arme avec si peu d'informations; mais la coïncidence était trop grosse pour qu'il en fut autrement.
    Le poignard de Vanora, modifié par son Dessin, était resté au sol; il s'en souvenait clairement, parce que ce poignard avait été le symbole de sa mort, et de sa délivrance du même coup.
    Si le Mentaï avait sur lui une arme si différente de toutes ses autres possessions, c'était certainement qu'il avait été chargé de le récupérer par la mercenaire.

    C'était donc qu'il avait une importance pour cette femme.

    Syndrell en ferait ce qu'elle voudrait.
    Il lui tendit l'arme étincelante de ses deux mains jointes.
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Sam 29 Oct 2011, 18:04

Syndrell se mordit la lèvre tandis que Ciel traversait la pièce pour se positionner près de la fenêtre. Elle avait espéré retrouver cette flamme si particulière dans son regard, celle-là même qui l’avait séduite la première fois qu’elle l’avait regardé dans les yeux, mais au lieu d’une flamme toute scintillante de malice et d’attention, elle découvrit un vide.
Immense.
Vertigineux.

C’est la raison pour laquelle elle ne se leva pas de sa chaise, et probablement pourquoi Ciel se dirigea immédiatement vers la fenêtre ; il y avait une fêlure en lui, une blessure trop profonde et surtout trop récente, trop neuve pour qu’il puisse s’en détacher. Et en attendant de pouvoir le faire, le Dessinateur avait besoin d’air. De distance. Tout ce que Syndrell était prête à lui accorder, pourvu qu’elle retrouve au plus vite cette flamme si lumineuse au fond de ses yeux…

Pensive, elle écouta son ami parler sans oser l’interrompre, de peur de briser la solidité apparente de son propos. Elle avait vu les corps, au bas de l’escalier ; Ciel avait vu un homme mourir et il en avait tué un autre. Trop d’images, trop de conséquences pour un professeur incapable ne serait-ce que de penser faire mal à une mouche ! Il avait besoin de se rassurer, de contrôler quelque chose, à défaut de pouvoir contrôler des souvenirs qui devaient tourner en boucle dans sa mémoire.

Syndrell le devinait à sa manière de poser les choses. Il voulait partir ? Très bien, elle l’acceptait. Sans ses affaires ? Pragon hocha la tête, il l’acceptait aussi. Mais avant que l’un ou l’autre n’ait le temps de se lever, Ciel quittait déjà la pièce avec un air préoccupé qui intrigua Syndrell. La marchombre mesura rapidement le pour et le contre, s’efforçant d’équilibrer ses priorités de la manière dont Miss lui avait appris à le faire.
Pragon trancha une seconde avant elle.


- La Confrérie va vous fournir un chariot et de quoi tenir jusqu’à la ville la plus proche. Je vous aurais volontiers proposé un cheval tel que ceux de la Légion Noire, mais tout ce que nous avons, c’est Auroch ; un cheval de traie perclus de courbatures, quoi que très vaillant. Il vous mènera là ou vous voulez aller.
- Merci, Pragon.

Un sourire énigmatique se dessina sur les lèvres craquelées du Rêveur lorsque ses yeux rencontrèrent ceux de la jeune femme.

- L’on voit rarement un duo aussi étonnant que le vôtre.
- Il est un peu malmené, notre duo…
- Je me souviens qu’Eonard aussi choisissait ses amis d’une façon tout à fait unique.
- Quoi, cet ermite qui ne jurait que par la solitude la plus profonde ?


Syndrell n’en revenait pas. Ce que Pragon lui apprenait sur son vieil ami ne cessait pas de s’opposer à des conclusions toutes faites, forgées par le manque de temps et l’ignorance d’une gamine sans repères. Si les circonstances avaient été différentes, si l’urgence et la menace ne pesaient pas sur ses épaules, elle aurait tanné le Rêveur jusqu’à ce qu’il lui raconte tout. Mais il était temps de partir…

Elle soupira. Il lui fallait retrouver Ciel, s’assurer qu’il était bel et bien en état de voyager puis réunir quelques affaires avant de partir pour Al-Jeit. Lorsqu’elle se leva, Pragon sourit devant l’impassibilité qu’elle s’efforçait de conserver.


- Plus tard, lorsque ta vie prendra des chemins plus calmes, tu reviendras me voir.
- Une menace ?
- Plutôt une promesse…


Syndrell sourit à son tour, touchée par l’immense gentillesse du vieil homme, et il lui sembla qu’un peu de sa frustration s’évaporait. Tandis que Pragon contournait son bureau, elle s’étira souplement, levant les bras au-dessus de sa tête, tirant sur ses muscles raides ; c’est à cet instant précis que l’on frappa quelques coups légers à la porte avant que le battant de bois ne laisse de nouveau apparaître Ciel.

- Te revoilà, toi ! Prêt à partir ? Pragon va nous préparer un…

La marchombre ne termina pas sa phrase.
Ses bras retombèrent lentement.
Ses yeux de chat s’agrandirent.

Ciel s’avança vers elle et lui tendit silencieusement le poignard qu’elle croyait ne plus jamais revoir.



* * *


Auroch appréciait les carottes.
Comme elle l’avait fait un nombre incalculable de fois avec Nuance, Syndrell caressait donc la tête du cheval pendant que ce dernier savourait sa petite compensation envers un service qu’elle lui demandait personnellement.

Ciel ne pouvant pas dessiner, il leur fallait rallier Al-Jeit par des moyens moins pratiques et sans doute plus dangereux : en trois jours, il pouvait se passer bien des choses, même si la marchombre redoutait moins une nouvelle tentative de Vanora qu’une embuscade de bandits de grands chemins…

Les doigts perdus dans l’épaisse crinière argentée d’Auroch, elle porta instinctivement son autre main à hauteur de sa ceinture. Au mot « embuscade » se mariait toujours le souvenir de la mort de Nuance. Lorsqu’Erwan avait enterré la brave petite jument, il avait cherché le poignard qu’elle lui avait décrit, en vain. Et Syndrell s’était résignée aussi à faire le deuil de l’arme que lui avait donné Miss.

A présent que celle-ci lui était revenue, la jeune fille se sentait soudain plus intègre, plus entière. Vanora avait tenté de la briser en s’appropriant son poignard et en la laissant pour morte, mais Syndrell s’en était tirée et plus que jamais, elle se sentait prête à en découdre définitivement avec l’espionne.

Auroch finalement attelé, elle s’éloigna du cheval pour se rapprocher de Ciel et Pragon, s’arrêtant lorsque son épaule frôla celle de son ami. Elle les avait volontairement laissés seuls afin que le Rêveur puisse dispenser à Ciel une dernière source de chaleur que seule la parole d’un sage peut prodiguer. Espérant que la brèche ouverte dans le cœur et l’âme de Ciel était en partie colmatée, Syndrell tendit une main à Pragon et le vieil homme la serra vivement dans les siennes.


- Soyez prudents, murmura-t-il en plantant son calme regard dans le sien puis dans celui de Ciel. Je ne connais pas tout de votre histoire mais ce dont je suis certain, c’est que vous n’en avez pas encore fini. En attendant, il va vous falloir continuer à veiller l’un sur l’autre…
- On va s’en sortir, affirma Syndrell avec une fougue toute nouvelle – et elle espérait bien que Ciel l’ait perçue dans le ton de sa voix. C’est promis !
- Tu as seulement une promesse à tenir, jeune fille : celle de revenir me voir en des temps plus calmes. Et je veux te retrouver en pleine forme, tu m’entends ? Avec une dizaine de kilos supplémentaires, pour le moins.

Un sourire accroché aux lèvres, Syndrell se hissa souplement sur le chariot bâché et prit les guides d’Auroch.

- On y va, Prof ?

Un dernier signe de la main pour Pragon et les quelques rêveurs venus assister à leur départ, puis un dernier regard vers une grande maison qui avait perdu l’un de ses membres, et Auroch se mit en route en s’ébrouant d’aise.

Direction Al-Jeit…



__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


[Absente du 18/07 au 24/07]
Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Dim 06 Nov 2011, 15:59

    Ils pouvaient compter deux journées de voyage, puis ils seraient à Al-Jeit.
    Et ensuite?
    Que feraient deux pauvres éclopés pâlichons dans la capitale? Ils iraient débusquer Vanora et la tuerait? Certainement pas.
    Pas tout de suite.

    Ils devraient d'abord se reposer...
    Ciel ne pouvait toujours pas Dessiner. Cela faisait quelques heures qu'ils étaient partis, et son Don était toujours au rang des absents. Il ne s'en inquiétait pas plus que ça; ç'aurait juste été plus commode. Ils auraient put cuisiner plus facilement, être plus assurés en cas d'une embuscade, disposer d'un peu plus de confort.
    Rien de tout cela n'avait été nécessaire. Les Rêveurs leur avaient fournis un panier repas, et de toute façon, il y avait sur cet axe de circulation bien d'autres moyens de se nourrir. Ils étaient vêtus correctement, il ne faisait pas encore froid en cette saison, et la route était bien assez fréquentée pour ne pas craindre une embuscade. Ils étaient passé à proximité de plusieurs petits villages mais ne s'y étaient pas arrêtés, préférant couvrir tant qu'il faisait jour le plus de route possible.

    L'après-midi touchait doucement à sa fin lorsque Syndrell avait réveillé Ciel en douceur alors qu'ils rentraient dans une bourgade de taille assez conséquente pour y trouver le gîte et de quoi relier Al-Jeit.
    Il n'avait que très peu parlé.
    A quoi bon? Il n'avait rien à dire, pour le moment. Il était juste content d'être tranquille. L'esprit tranquille, quelques nuages de pensées de-ci de-là, le corps en paix, sans avoir rien à faire, rien à craindre. Le plat. Et c'était bien agréable après l'agitation extrème qu'il avait connue. Il s'était donc délecté de ces instants de quiétude, et désormais savait que c'en était terminé, mais cela ne le dérangeait pas.

    Un léger sourire sur les lèvres, il observait cette petite ville qui fourmillait de voyageurs de passages et de marchands avides de rentabiliser leur étape, le va-et-vient des gens qui arrivaient, de ceux qui repartaient pour, peut-être, rejoindre une des nombreuses habitations qui parsemaient la plaine et y passer la nuit avec leur familles. Il essaya de deviner lesquels étaient des brigands qui s'en allaient travailler, lesquels étaient heureux ou tristes. Il regardait, attendri, les enfants profiter du soleil, les mères inquiètes cherchant un rejeton en cavale, humait les effluves des premiers repas du soir qui se préparaient. Dans ces petites villes étapes, le bourdonnement des nombreuses auberges était familier, ainsi que les hennissements et claquements de sabots, et les odeurs sucres du foin qui s'échappaient des écuries.

    Ils avaient laissé le chariot et Auroch à l'entrée de la ville après avoir cajolé la vieille bête, fière d'avoir rempli avec succès la première partie de sa mission.

    Il était content de retrouver l'agitation apaisante d'une bourgade. C'était loin d'être une ville de l'importance d'Al-Jeit ou d'Al-Chen, mais sa position et sa nature de ville-étape la rendaient très animée. Ciel avait de nouveau de quoi penser, et son corps s'animait enfin; il se rendait d'ailleurs compte que cela lui faisait du bien de se dégourdir les jambes. Il signalait de temps à autre à Syndrell un ou deux détails qui captaient son attention, et lui montra même, amusé, une petite bande de gamins qui faisaient l'audacieux pari de parvenir à chaparder une sucrerie à un marchand ambulant, sans y croire l'un plus que l'autre.
    Ceci éveilla en Ciel l'envie de sucre, et à défaut de sa boutique favorite d'Al-Chen, ce marchand souriant et jovial ferait bien l'affaire; il s'acheta quelques douceurs, ainsi que pour Syndrell, qu'il entamma aussitôt avec délice.
    Il adorait ça.


    "Tu connais un peu les lieux? Parce que moi non, et que j'aimerais bien dormir dans une auberge convenable... Et manger un bon repas, et peut-être boire un bon coup, aussi!"

    Il lui adressa un sourire lumineux. Il était vrai que la nourriture des Rêveurs était tout-à-fait convenable, mais guère festive, et lui qui aimait se faire plaisir avait envie de se laisser aller aux délices de la gourmandise. Il aurait bien évidemment aimé un bon petit plat de sa mère, autour d'une joyeuse tablée bruyante et agitée de vingt personnes, mais ce n'était dans l'immédiat pas possible.
    Ils lui manquaient.


    "Dis, est-ce que tu avais prévenu ma famille?"

    Il ne précisa pas. C'était inutile, elle comprendrait.

    "Désolé si tu me l'as déjà dit, mais je m'en souviens plus... Je vais leur envoyer une lettre, ce soir. Enfin, il ne faut pas que je les inquiète, j'ai plutôt intérêt à reprendre du poil de la bête avant de retourner chez moi... D'ailleurs, tu penses que je devrais tout leur dire, ou minimiser un peu? Je... J'aime pas leur cacher des choses, mais je ne veux pas qu'ils se fassent trop de soucis pour moi... Oh et puis, je leur dirais tout, peut-être que je rentrerais pas forcément dans les détails, mais il faut qu'ils soient au courant, c'est important. En plus, ça n'amène jamais rien de bon de cacher des choses."

    Il fronça les sourcils.

    "Bon alors, une bonne auberge... J'ai l'habitude des attrapes-touristes, on devrait pouvoir les éviter facilement, ne t'inquiète pas!"

    Il lui adressa un clin d'oeil malicieux. Ses joues avaient repris un peu de couleur...
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Ven 11 Nov 2011, 22:04

- Ta mère, tes frères et tes soeurs sont entre de bonnes mains ; je leur ai envoyé une lettre brève mais explicite et c'est une personne de confiance qui se charge de les placer en lieu sûr. Tant que Vanora est en état de faire ou de commanditer des horreurs, mieux vaut qu'elle ne sache pas où ils sont...

Mais c'est que tu as l'air d'aller mieux, toi ! Allez viens, si tu veux manger, c'est par-là. Je n'ai jamais mis les pieds dans cette bourgade mais je viens de voir passer un homme qui se léchait encore les doigts et j'ai détecté une odeur de viande grillée !

__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Le pouvoir de la Rose [TERMINE]   Lun 09 Jan 2012, 22:25

Syndrell savoura avec délice une gorgée d’eau fraîche puis reposa son verre sur la table et adressa un sourire joyeux à Ciel avant d’entamer son repas. Il y avait quelque chose d’étrange dans le fait de se retrouver dans cette petite gargote pleine à craquer, au beau milieu d’une bourgade dont elle n’avait pas retenu le nom ; après l’affront de Vanora puis la traque des Mentaïs, revenir à la vie normale créait un effet de décalage qui donnait presque le tournis.

- Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est… original.

L’originalité en question trônait fièrement au milieu de l’assiette de Ciel. A première vue, on aurait dit une boule de pâte grosse comme le poing et constellé de tâches foncées. Rien de très appétissant, mais cet étonnant aspect vint titiller la curiosité de Syndrell ; devant l’hésitation de son ami, elle tendit sa fourchette en piqua un morceau de ce qui était en réalité une miche de pain fourrée à la viande.

- Mmmh… Le goût aussi est original, mais tu devrais aimer ça. C’est délicieux !
- J’ignorais que de tels plats puissent exister…
- Moi aussi. Et puis j’ai découvert les auberges-relais.



* * *


Le chariot bringuebalait tranquillement, veillé par le sourire lumineux de la lune et le scintillement espiègle d’une mer d’étoiles. Pas besoin de dessiner pour éclairer la piste ; il faisait clair comme en plein jour. Pas une once de vent ne venait agacer les oreilles sensibles d’Auroch, qui tirait bravement son fardeau sans broncher.

Une roue qui passa dans une ornière secoua soudain tout le chariot et Syndrell, qui dormait à l’arrière, se réveilla en sursaut.


- Désolé, murmura Ciel en se tournant vers elle. Ce n’est pas une route, c’est du gruyère…

Elle secoua la tête pour lui signifier qu’elle ne lui en voulait pas, puis leva les yeux vers la voûte éthérée. Ils avaient retiré la bâche pour profiter de ce ciel qui, parfaitement dégagé, offrait un spectacle éblouissant de beauté.

- J’ai dormi longtemps ? demanda-t-elle, bâillant et s’étirant comme un chat.
- Presque deux heures.
- On change, alors.


Repoussant la couverture dans laquelle elle s’était enroulée, Syndrell se glissa sur le banc de cocher, juste à côté de Ciel, qu’elle bouscula fermement.

- Allez, c’est à mon tour de conduire, Prof ! Va dormir !
- Je n’ai pas besoin de dormir.
- C’est ce que j’ai dit il y a deux heures. Pousses-toi de là…


Elle le délogea sans ménagement et s’assit à sa place, triomphante, tandis qu’il s’installait à l’arrière.

- On devrait être de retour à Al-Jeit demain midi.
- A cette allure-là, c’est bien possible.
- Et après ?
- Comment ça ?
- C’est quoi le programme, une fois qu’on sera revenus à notre point de départ ?


Syndrell ne répondit pas immédiatement. Elle avait eu le temps de réfléchir à la question depuis qu’ils avaient quitté la Confrérie mais chaque fois qu’elle s’était arrêtée sur une solution, elle s’était sentie incapable d’en parler avec Ciel.

Son ami reprenait du poil de la bête. Petit à petit, elle voyait renaître au fond de ses prunelles cette étoile qui l’avait séduite la nuit-même de leur première rencontre ; il avait retrouvé l’appétit, son sommeil redevenait paisible et pendant le déjeuner, il avait sourit. Un pâle sourire, tout triste encore de l’horreur qu’il avait vécu et dont il porterait à jamais l’empreinte sur un revers de son âme…

La marchombre n’était plus aussi inquiète que lorsque Ciel avait perdu momentanément la mémoire. Il lui avait donné la preuve de son incroyable résistance et elle le savait désormais suffisamment tenace pour redevenir le Dessinateur insouciant et rêveur qu’elle connaissait si bien.

Mais il lui avait aussi montré une part de loyauté et de détermination qui, elle le savait, allait se dresser contre sa décision. Il n’y a pas si longtemps, Syndrell était encore en mesure de prendre une direction pour son ami sans ce que celui-ci ne vienne à s’insurger ; ce n’était non pas une question de confiance, mais d’expérience. Or Ciel n’avait pas seulement été impliqué dans les ennuis de la jeune femme, il s’était lui-même jeté dedans, pleinement conscient des conséquences – des conséquences qu’il avait acceptées au même titre que leur amitié, au nom d’une rose et d’une marchombre curieuse et têtue…

Il n’allait pas aimer ce qu’elle avait en tête, et encore moins la laisser mener son projet à terme sans tenter de s’en mêler. En prévision de la tempête qui n’allait pas manquer de lui tomber dessus, Syndrell rentra la tête dans les épaules et prit une profonde inspiration avant de se lancer.


- Je vais rentrer à Al-Chen ; il y a là-bas des personnes que je dois contacter sans éveiller les soupçons des mouchards que Vanora ne va sûrement pas manquer d’envoyer sur mes talons.
- Très bien. Laisse-moi le temps de réunir mes affaires et je t’accompagne.
- Non.Tu restes à Al-Jeit.
- Quoi ?
- Il y a un vieil entrepôt situé en bordure de la ville ; une sœur d’arme de mon ancien réseau d’espions le surveille de près. Ta famille est déjà sur place et n’attend plus que toi.


Ciel posa les mains à plat sur le banc pour se redresser à demi-derrière elle.

- Pour faire quoi ?
- Le mort.


Un silence.
Pesant.
Et puis…


-- C’est hors de question ; je refuse.
- Ecoute…
- Faire le mort ?! Pendant que cette… vipère… te poursuis sans relâche ?
- Tu n’aurais jamais dû te retrouver entre elle et moi.
- Mais j’y étais ! Bon sang, Syndrell… Tu as oublié ce qui s’est passé à Fériane ? Un homme est mort, un innocent ! Combien d’autres encore avant que tu ne comprennes que tu as besoin d’aide ?


Syndrell serra les dents. Elle s’était attendue à ce qu’il réagisse, mais c’était la première fois qu’elle voyait Ciel en colère et cela faisait un drôle d’effet. Il y avait d’ailleurs un contraste très étonnant entre la retenue de sa voix et la dureté de ses propos, mais la fureur qui émanait de lui était quasiment palpable.

- Ma décision est prise, Ciel. Tu restes à Al-Jeit, je rentre à Al-Chen.
- Ta décision ? Nous ne sommes pas dans ton chariot, que je sache, et tu n’es pas toute seule sur la route ! Je suis là ! Je suis venu pour toi, Syndrell !
- Je sais ! Et c’est aussi pour moi que tu vas rester avec les tiens, à l’abri, pendant que je règle définitivement cette histoire. Tu as raison, trop d’innocents sont morts, et je refuse que tu sois à nouveau blessé à cause de moi.


Elle se tourna vers lui et faillit renoncer en voyant l’inquiétude briller dans ses yeux.

- Ne t’en fais pas, dit-elle d’une voix plus douce. Je sais très bien ce que je fais. Tu m’as été d’un grand secours, c’est vrai, et crois-moi, je ne suis pas prête de l’oublier. Mais… mais je ne peux pas mener ce combat si je ne te sais pas en sécurité, Prof.
- Tu ne peux pas combattre seule un Mentaï.
- Je ne compte pas en arriver là.


Epuisé, Ciel s’assit contre les rondelles de bois du chariot et baissa la tête. Il était vain de raisonner un marchombre, plus vain encore s’il s’agissait d’une femme – et si ces cheveux étaient bleus, il n’y avait alors aucun espoir ; Syndrell Ellasian était plus têtue qu’une mule et rien ni personne, pas même lui, ne saurait la faire changer d’avis.

- Laisse-moi où tu veux me laisser. Je me plie à ta volonté. Mais n’oublie pas une chose, Syndrell : moi aussi, j’ai un compte à régler avec Vanora – non pas parce qu’elle m’a blessé mais parce qu’elle t’a blessée, toi.

Syndrell garda le silence. Que dire de plus ? Ciel avait raison, bien sûr ; sans lui, elle risquait gros. Mais, incapable de mesurer l’égoïsme dont elle s’enveloppait chaque jour davantage, la petite marchombre préféra se dire que les négociations s’étaient mieux déroulées que prévu, et qu’elle avait fait le bon choix.

Comme s’il avait été question de choix…



* * *


- Tu t’en vas déjà ?

Devant la moue d’Azur, Syndrell éclata de rire. Elle n’avait passé qu’une seule soirée en compagnie du jeune frère de Ciel et elle était tout aussi déçue de le quitter alors qu’ils n’avaient pas abordé le sujet « marchombre », mais…

- Je n’ai pas le choix, compagnon, je dois reprendre la route.

Mal à l’aise, comme chaque fois qu’elle devait dire au revoir, Syndrell embrassa les Kern du regard. Ils étaient tous là, debout dans l’unique pièce de l’entrepôt laissé à l’abandon, à laquelle Maman Kern avait redonné une touche de couleur et de propreté ; cette dernière sortit du rang pour serrer la marchombre dans ses bras.
Fort.


- Prends bien garde à toi, supplia-t-elle en lui passant tendrement la main dans les cheveux. Je perdrais une fille en te perdant…

La gorge nouée, Syndrell ne put que hocher la tête tandis que la Dessinatrice reculait d’un pas. Puis, tour à tour, les frères et sœurs de Ciel s’approchèrent pour lui dire au revoir. Elle s’enfuit presque de l’entrepôt, troublée par l’affection que lui portaient les Kern – une affection indubitablement réciproque – et se heurta à Ciel, qui l’attendait dans la rue.

- Tu as l’air pressée.
- Je n’aime pas les séparations.


Il lui tendit une main qu’elle serra à peine, terrifiée de le voir soudain si distant.

- Alors je ne te retiens pas. Bonne chance, Syndrell…
- A toi aussi. Je te… je vous écris dès que possible. En attendant, soyez prudents.
- Ne t’en fais pas ; ton amie est là si jamais ça tourne mal. Et puis, n’oublie pas que nous sommes des Kern, hein…


Syndrell hocha la tête puis se détourna et Ciel la regarda s’éloigner parmi les quelques passants qui traversaient la rue. D’ici quelques secondes, elle allait disparaître et il allait la perdre à nouveau…

- Syndrell !

La jeune femme se retourna. Il la rejoignit en trois grands enjambées, l’attira brusquement contre lui et la serra aussi fort que ce jour-là, devant le Chat Bleu, alors qu’elle ne tenait même plus sur ses jambes.

- Fais attention à toi, murmura-t-il dans ses cheveux.

Elle se contenta de le serrer un peu plus fort.
Puis elle se rejeta en arrière et s’élança, remontant la rue au pas de course avant de ne plus avoir la force de s’en aller. Elle craignait déjà qu’on ne l’aie repérée en compagnie de Ciel, en dépit de la vigilance de Blanche, et fit partir Esbroufe au grand galop à peine installée sur son dos.

Elle était partie depuis longtemps lorsque Ciel passa enfin la porte de sa « nouvelle » demeure. Au passage, il croisa Blanche, l’espionne – ou plutôt garde du corps – qui leur était attitrée ; c’était une femme d’âge mûr et aux cheveux infiniment noirs, comme pour contredire son nom. L’apercevant, celle-ci inclina légèrement la tête à son attention.


- Je connais bien Syndrell. Elle saura se débrouiller, c’est certain.

Ciel la considéra un instant et parut sur le point de dire quelque chose, mais il se ravisa finalement et passa son chemin. Restée seule, Blanche laissa glisser son regard dans la rue, à l’endroit où Syndrell avait disparu, et son visage perdit alors toute trace d’amabilité. Un sourire carnassier se dessina lentement sur ses lèvres, et elle rentra à son tour dans l’entrepôt.
Referma la porte derrière elle.
Reprit son masque de gentillesse.


Le jeu pouvait commencer.



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