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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Groupe Kofu - Cours n°1

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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Mar 08 Nov 2011, 23:09

Anee observait les alentours, et indéniablement, tombait sur les traces de ses apprentis. Certes, elle ne les voyait pas forcément, mais reconnaître des traces sur le sol, ce n’était pas non plus très discret… Les herbes qui se couchent sur un passage, un cheveu qui danse follement au bout d’une herbe, des craquements, des souffles, respirations, des bruits de pas, des bruits de tissu froissé…

L’Envoleuse soupira.
Jeta un coup d’œil rapide et circulaire.

Laïar est juste derrière elle, à quelques pas, vers la droite.
Siobane derrière Laïar, mais plus dans le dos de son Maître.
Ethan s’était précipité dans un trou, derrière un rocher, et suivait aussi, légèrement en décalé sur la gauche.

Anee sourit.


- Laïar, derrière à droite.
Siobane, dans mon dos.
Ethan, à gauche, un peu plus loin.


-Elle ferma les paupières une seconde.

- Venez par ici.

Attendant qu’ils vinssent tous à ses côtés, elle regarda l’horizon et ouvrit ses sens. Il n’y avait toujours pas de danger, pour l’instant. Alors elle continua à marcher, pour expliquer leurs erreurs aux apprentis.

- Pensez à tout le bruit que vous pouvez faire. Votre respiration, d’une part, est très importante. Plus vous l’aurez ample et profonde, moins vous serez repérables. Ensuite, les bruits de votre corps. Quand vous bougez, vous bougez l’air autour de vous, vos vêtements se froissent, le tissu fait du bruit, et sur votre corps, et sur l’environnement – ici les herbes. La prochaine fois, équipez-vous d’une tenue appropriée, soit moins ample, soit de cuir.

Oui, elle n’avait pas grand-chose à dire de ce côté-là, étant donné que la plupart du temps elle était habillée d’une simple robe d’un cyan pâle ajustée par une ceinture à la taille. Mais au moins, elle ne faisait pas de bruit.

- Le tout n’est pas de se représenter quelque chose qui atteigne ces objectifs. C’est d’être ces objectifs. De continuer à tout percevoir autour de soi, mais à continuer à contrôler parfaitement son corps tout en était focalisé sur autre chose. C’est la clé de bien des choses, et notamment de la discrétion.

Hochant toute seule la tête, elle désigna le sentier devant eux, et expliqua qu’ils allaient continuer à marcher encore un peu, avant de courir à nouveau avant la fin de la journée. Mais qu’ils n’allaient pas marcher pour marcher. Elle leur donna donc un nouvel exercice sur le déplacement. Marcher, mais sans bloquer jamais aucune articulation. Tout en fluidité, rien ne doit jamais s’arrêter. La marche n’est pas l’association de plusieurs mouvements, mais un mouvement à lui tout seul. La marche n’est pas un pas après l’autre, c’est un mouvement de pas qui ne s’arrête jamais. Jouer dans les genoux, dans les chevilles, dans le bassin, c’était compliqué, et les premières fois que l’on s’y adonnait, il était très difficile de rester concentré plus de dix pas. Mais Anee insista pendant une bonne heure pour que ses apprentis sentissent la différence, et la ressentissent aussi, dans leur fluidité, et dans leur discrétion : ils faisaient beaucoup moins de bruit ainsi !

Elle insista, jusqu’à percevoir quelque chose.
Un sourire se dessina sur ses lèvres, et elle arrêta immédiatement ses apprentis dans leur exercice.
Elle avait déjà repéré que les uns et les autres avaient au moins une arme sur eux.


- Apparemment, on a une petite visite.

Le brigand transperça soudain les quelques buissons qui parsemaient la route pour se jeter sur eux. Nee passa devant ses apprentis, se glissa le long du corps de l’assaillant avec une fluidité déconcertante, et pressa un point à la base de sa nuque. Il s’effondra.
Se tournant vers ses apprentis, elle sourit.


- Il en reste un autre. A vous de jouer.

Ces brigands étaient un minimum entraînés, et se débrouillaient pas trop mal en escrime, elle en était certaine. Sinon, ils n’auraient pas été que deux à tenir une embuscade. Mais trois apprentis devraient pouvoir s’en débarrasser, surtout à trois…
Non ?

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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Ven 18 Nov 2011, 19:14

Aussi discrète qu'un éléphant marchant sur un tas de brindilles, ou au beau milieu d'une savane. Voilà quelle fut mon impression quand Anee me repéra une deuxième fois. Les autres ne valaient pas bien mieux que moi à ses yeux: à ma suite, Siobane et Ethan se firent dénicher, pauvres proies bien incapables devant le rapace. Sommes-nous vraiment si mauvais ou est-ce juste Anee qui possède des sens trop aiguisés ? J'aurais bien fait une partie de cache-cache avec les deux autres élèves, mais je suppose qu'une telle joyeuseté n'est pas très intelligente au beau milieu des plaines des Taj … Pourtant les mercenaires du Chaos sont supposés être préparés à n'importe quelle épreuve, et j'avais entendu des rumeurs sur l'impitoyabilité des Maitres Envoleurs. Avais-je hérité d'une exception ? L'éclat glacial dans les yeux d'Anee que je venais de rejoindre me confirma le contraire. Non. Nul doute qu'elle n'hésiterait pas à liquider quiconque oserait lui tenir tête. Peut-être voulait-elle garder son honneur face aux autres Maitres en ramenant les élèves de son premier cours en vie …

Le temps qu'Ethan et Siobane nous rejoignent, j'observe cette jeune femme qui me fait face, cherchant en elle ce que j'ai envie de devenir. Je dois me préparer à mon après-vengeance, et cet après commence maintenant. Ma vie ne s'arrêtera pas une fois mon demi-frère mort, mais ai-je vraiment envie de devenir comme Anee ? Une Mercenaire du Chaos ? Non … elle n'est pas vraiment une simple Mercenaire. Elle est plus. Le chaos et la folie ne semblent pas être ce qui brille le plus dans ses yeux. Il y a quelque chose en elle qui commence à me fasciner … Peut-être que c'est sa façon d'être qui ressemble à une courbe… un peu comme la mienne, mais en plus raffinée. Ma façon de mentir ou de parler de façon la moins franche possible est un bout de cette trajectoire, plus rustre cependant … ces années à Al-Chen ne m'auront vraiment pas améliorée. Mais cela va-t-il, seul, me garder auprès d'elle ? Surtout si je réalise ma vengeance avant la fin de mon apprentissage …

Les herbes s'écartent dans mon dos, s'ouvrant devant les pas d'Ethan. Je le regarde un instant avant de me rappeler que ma Voie, c'est la sienne et que si il suit Anee, alors je la suivrais moi aussi. Je ne peux pas écarter mes pas de la Voie du Chaos tant qu'il n'aura pas décidé d'en faire autant. Sinon, je perdrais contact avec lui, et donc contact avec le trône.

J'écarte ces considérations le temps d'écouter notre maitre qui a repris la parole de sa voix douce. On dirait un ange … Il faut dire que j'essaie moi aussi d'adopter cette attitude, mais je ne peux m'empêcher d'admirer sa façon de captiver l'attention sans jamais avoir à élever le ton.

Sa remarque sur les vêtements attire automatiquement mes yeux sur les miens. En effet … j'ai beau porter un haut en cuir, mon pantalon est en toile et crisse à chaque pas. Il faudra que j'aille en ville dès que possible pour améliorer ma tenue. Par contre, Anee vient de nous donner une nouvelle raison de l'admirer, ou tout du moins d'apprécier ses capacités, car elle porte une tenue diamétralement opposée de celle qu'elle nous recommande, tout en arrivant, j'en suis sure, à se mouvoir en silence. Et si je l'imitais … ce serait une bonne idée pour avoir l'air d'un ange … sauf que je me prendrais les pieds dedans dès les premiers pas, et ne parlons pas d'un seul exercice physique à accomplir avec. J'ai vu Anee courir en robe, mais j'ai énormément de mal à l'imaginer escalader une falaise ou grimper dans des arbres habillée comme elle l'est.

Les explications de la jeune femme se montrent courtes mais succinctes, et nous reprenons très vite notre avancée, un nouvel exercice sur les bras, ou devrais-je dire le corps. Marcher en toute fluidité. Comme de l'eau. … Et voilà que j'essai encore de m'imaginer à la place d'un élément autre que moi-même!

- Le tout n’est pas de se représenter quelque chose qui atteigne ces objectifs. C’est d’être ces objectifs.


Bon … Alors je vais me contenter de marcher en souplesse, sans passer par des métaphores aussi jolies qu'inutiles.
Anee a dit de ne pas bloquer une seule articulation, de ne réaliser qu'un seul mouvement. Assurer la continuité entre chaque déplacement. Les dix premiers pas sont le fruit d'une intense concentration, alors que je décompose ma marche, essayant de saisir l'enchainement entre les mouvements de mes différents muscles et os. Mais il est difficile de se comprendre en si peu de temps, et l'irritation monte très vite à mon cerveau, devant l'immensité de ce que nous devons réaliser. Un mot d'Anee me rappelle à l'ordre, et je me force au calme, fermant les yeux pour mieux me concentrer.
A mesure que le temps passe, je finis par sentir des améliorations dans mes actions. En appliquant une touche de souplesse à mes pas, j'ai réussi à donner de la fluidité à mon geste, mais c'est surtout les conseils d'Anee qui nous observe et voit les articulations que nous bloquons, qui m'aident à progresser.

Soudain elle s'arrête, un immense sourire aus lèvres. Elle aurait presque l'air d'une folle si je n'avais pas croisé plus fou au Domaine …

- Apparemment, on a une petite visite.

Les buissons environnants s'ouvrirent devant une silhouette, surprenante de rapidité. Sauf qu'Anee avait anticipé son mouvement, et était déjà à ses côtés, l'effleurant à peine avant qu'il tombe au sol. Mort.
Un clin d'œil … le temps qu'il avait fallu à mon mentor pour réagir, se déplacer et tuer. Un instant elle était là, à nos côtés. L'autre, il y avait un homme au sol, une arme vivante se tenant bien droit à ses côtés. Voilà une façon d'agir qui devrait être bien pratique le jour où j'aurais à pénétrer la sécurité créée par les gardes de la famille Til'Ziaind dans mon ancienne demeure.

Anee se tourne vers nous, ravie de sa petite action, et nous annonce l'air de rien que le deuxième est pour nous. Quel deuxième ? Trop absorbée par l'exercice, je n'ai rien entendu, rien vu qui aurait pu prédire la présence de brigands. Mon mentor si. Alors puisqu'elle a anticipé l'attaque du premier, je vais la croire au sujet du second.

Une seule idée traverse ma tête à la suite des mots d'Anee. Je me tourne vers mes deux camarades et les intime au silence grâce à un doigt sur la bouche et un air quelque peu autoritaire. Oui, ils devraient faire silence d'eux même pour nous permettre de repérer le brigand, mais je préfère être sure que personne ne va s'élancer de suite pour remuer les buissons et hautes herbes.
Nous sommes trois paires d'oreilles attentives essayant de se mettre à la place de notre Maitre une heure plus tôt. Force est de reconnaitre que nous n'avons pas son talent, car nous prenons plusieurs minutes avant que Siobane pointe du doigt un buisson en particulier. Bizarrement j'acquiesce, confiante en cette fille. Si nous attendons trop, l'homme va nous attaquer ou pire, fuir. Et là, Anee se débrouillerait pour nous passer un savon, et nous humilier en l'éliminant elle-même.
Ethan a son tour entre en action, exécutant des signes discrets de la main dans notre direction. Je ne sais pas si l'homme caché aura vu ces petits signes, en tout cas moi je les ai compris et me dirige, comme Siobane, de façon à contourner la cachette du brigand pour lui sauter dessus par derrière. Ethan quand à lui ne se pose pas trente-si mille questions et fonçe dans le tas. Pendant qu'il divertit notre proie grâce à ses talents d'escrimeur, Siobane et moi appliquons notre entrainement pour ne pas émettre un bruit en se déplaçant, nous faisans discrètes de façon à se faire oublier du brigand.

Cette tactique paie, alors que nous réussissons à nous trouver à quelques mètres dans le dos de l'homme, un être d'apparence barbue et sale, ayant tout de l'être rustaud qui n'hésite pas à dépouiller le premier passant. Pourtant je vois glisser sous sa peau des muscles saillants, et un léger regard à Ethan m'apprend que cet adversaire n'est pas une simple brute. Il semble avoir du mal à maitriser la bête, malgré ses techniques de futur maitre d'arme. Il est peut-être plus doué pour l'escrime à la cour qu'en situation réelle… De toute façon nous allons venir à son aide.
Un regard pour Siobane cette fois, qui m'apprend qu'elle est bien en place. Je hoche la tête et nous bondissons, poignards sortis vers le brigand.
Il nous repère au dernier instant, pivote légèrement, tentant d'esquiver nos lames qui se contentent de décrire une courbe pour mieux venir se planter dans son corps. Dans ses yeux se lit la panique. Il a vu la mort de son compagnon grâce à la technique d'Anee, il a eu à croiser le fer avec un escrimeur de taille, et il doit penser que Siobane et moi sommes pareils. Il hésite un instant, pensant qu'il a déjà perdu. C'est cette hésitation qui va lui couter la vie, alors qu'il aurait surement pu faire face à notre petit trio mal organisé et peu compétent. Quand à moi, je sais qu'il doit mourir, et, rodée aux combats de rues, je me débrouille pour lui asséner ma lame au niveau de la gorge, coup que mes camarades vont compléter des leurs.

Le corps tombe à nos pieds, maculant le sol de pourpre. Sur moi, nulle trace de sang heureusement. Je ne désire rien d'autre que de ne pas sentir la mort à des milliers de pas à la ronde, histoire de ne pas attirer les prédateurs de la plaine. D'ailleurs ceux-ci ne vont surement pas tarder à débarquer sous peu … il est temps de passer à l'exercice "course" de nouveau.

Je me penche et tâte les poches de l'homme mort, récupérant une petite bourse remplie de quelques pièces d'or. Voilà qui devrait m'aider à payer un nouveau pantalon en cuir … Il possède aussi une épée d'assez bonne facture, mais je n'ai pas envie de m'encombrer pour le moment, et la laisse donc gires à côté de son possesseur.

Sans plus un regard pour son corps, je me détourne et repart vers Anee, laissant échapper un murmure en passant à côté d'Ethan.

"Bien joué cher empereur."


Ceci ajouté à un clin d'œil devrait l'aider à m'apprécier un peu plus. Enfin je l'espère …
La phrase suivante est pour Anee, mais plus dans un murmure.

"On repart ? J'ai hâte d'avoir votre avis sur notre technique de combat, mais je n'ai pas envie de vous la remontrer sur un tigre des prairies."


Ou sur un autre brigand ...
Un instant je réalise que j'ai cru mon mentor sur parole lorsqu'elle a dit qu'il n'y avait qu'un seul autre opposant. Un frisson me courre le long du dos à la pensée qu'un autre ait pu se cacher dans les herbes. Nous aurions du être plus ouverts pendant cet exercice. Je tente de me rassurer en me disant que si autre assaillant il y avait eu, il nous aurait attaqué alors que nous encerclions son collègue. Donc nous avons eu raison de ne pas nous faire de souci.
Et pourtant.
Sans parvenir à me maitriser, je tends l'oreille et lâche Anee des yeux pour contempler les herbes environnantes.



Dernière édition par Laïar Til'Ziaind le Mer 23 Nov 2011, 17:15, édité 1 fois
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Ethan Sil'Afian
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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Dim 20 Nov 2011, 14:37

Un maître se doit-il d'humilier ?
Rabaisser ses élèves fait-il partie des devoirs d'un envoleur ? Ou est-ce juste pour s'amuser ?
Car nous rabaisser, s'élever et nous prouver sa supériorité, voilà ce qu'Anee fait. Et elle semble s'y complaire. Nous ne trouvions pas cela très pédagogique.
Et, personnellement, nous continuions de la haïr.
Intensément.

Ce doit être la seconde personne que nous haïssons le plus. Après Arutha bien sûr.

Nous achevons de les rejoindre.
Les regardons dans les yeux les unes après les autres, nous attardant dans ceux de Laïar avant de nous vriller dans ceux d'Anee.
Notre maître.

La Haine qui coule dans nos veines prend un grand h.
Seuls nos rêves de vengeance et la présence équilibrée de la jeune femme aux cheveux blonds et aux yeux mauves à côté de nous nous empêche de dégager. La remarque d'Anee sur nos vêtements attire automatiquement nos yeux sur les nôtres. Ah... nos habits sont un mélange de toile et de cuir, mais cela ne suffit apparemment pas. D'un côté le cuir est vieux d'au moins quatre ans, il grince et se plie mal. D'un autre côté la toile elle aussi a vécu.

Un sourire mi-amusé mi-énervé tranche notre visage.
Nous n'aimons pas recevoir d'ordres, et nous n'aimons pas perdre notre temps en ville pour nous acheter de nouveaux vêtements. Une ville est un piège, un trou à rats puants et grouillants.
Un piège.

Certes nous avons changé.
Nous avons grandi, maigri –un peu– et pris de nouveaux muscles –taillés, eux, pour la puissance– sans parler de nos nouvelles habitudes vestimentaires –plus de froufroux, plus de tenue d'apparat, plus qu'un habit de paysan. Le problème, c'est que notre visage est affiché à peu près sur tous les panneaux de primes –nous haïssons ces répliques grossières faites par de mauvais dessinateurs dans les deux sens du terme– et n'importe qui peut nous reconnaître grâce eux.

Notre sourcil se hausse alors devant la tenue de notre maître.
Elle porte une tenue tout simplement diamétralement opposée de celle qu'elle nous demande : une robe. Tss ! Encore une preuve de sa "supériorité" ! La Haine continue de vibrer en nous alors que nous savons parfaitement que, même habillée d'un sac à patates elle nous rattraperait sans efforts, et sans faire le moindre bruit.

Un flot de jurons nous montent au lèvres, mais ne les traverse pas.
Nous ne sommes pas suicidaires.

Nous la regardons toujours alors qu'elle nous donne le fil du prochain exercice.
Marcher, hein... les explications de la jeune femme se montrent courtes mais plus ou moins abstraites. En réprimant avec peine un soupir, nous commençons à observer Anee et la manière de se mouvoir –car cela doit être ce qu'elle veut de nous, enfin à peu près– et commencions à percevoir quelque chose...

Quelque chose qui nous échappa, aussi vexant qu'un pain de savon mouillé vous glissant des mains.

"Ne pas bloquer une seule articulation, ne réaliser qu'un seul mouvement, Assurer la continuité entre chaque déplacement."

Pourquoi ne parle-t-elle pas de choses concrètes ?
Comment sommes-nous sensé faire pour ne réaliser qu'un seul mouvement ? Comment pour ne pas bloquer nos articulations ? Un soupir faillit franchir de nouveaux nos lèvres alors que Laïar s'avança, fluide et gracieuse, sur le sentier caillouteux.

Les conseils d'Anee fusent, rapides et doucereux.
"Lourd, haché, bloqué" : voilà ce que nous étions, et les paroles enrobées de sucre de notre maître ne faisaient que le mettre en évidence... Tien, n
ous haïssions notre maître mais pas son enseignement, étrange non ?

D'un côté, nous la plaignions pour avoir à supporter un apprenti pareil.
De l'autre, le sourire cruel affiché comme par erreur sur nos traits clamait le contraire.

Nous ne doutions pas qu'elle nous remette à notre place avant la fin du cour, mais savions déjà à quoi nous attendre et continuâmes à essayer de « marcher » souplement.

Les conseils d'Anee retombèrent,et nous essayâmes de nouveau :
pas question de nous laisser ridiculiser. Au bout d'un moment, un déclic se fait dans notre démarche. Nous étions enfin plus souple, plus fluide, moins lourd sur les graviers du chemin que nous ne faisons plus rouler.
Nous finîmes par y prendre goût et par nous appliquer : Cela nous aidera à coup sûr quand nous devrons nous introduire dans le palais pour accomplir notre vengeance.

Soudain, Anee s'arrête –nous faillîmes lui rentrer dedans. Elle avait un immense sourire aux lèvres.

-Apparemment, on a une petite visite.

Nous regardâmes dans la direction qu'elle regardait, mais ne vîmes rien... jusqu'au moment où une poignée de buissons se déchirèrent devant une silhouette que nous vîmes floue tant elle était rapide. Nos yeux eurent du mal à suivre les mouvements d'Anee, et le temps qu'ils y arrivent, elle était déjà à ses côtés, l'effleurant à peine avant qu'il tombe au sol. Mort.

Notre maître se retourna vers nous avec un sourire suffisant sur le visage :
« Le deuxième est pour vous ! »

Le deuxième ?
Nous la crûmes mais ne vîmes rien, si ce n'est le vent dans les herbes hautes des collines. Nous nous tournâmes vers les deux autres alors qu'un plan commençait à se former dans notre tête. Laïar est en train de nous intimer le silence, et nous lui fîmes signe que nous approuvions, avant de chercher du regard et des sens le coupe-jarret embusqué.

Manifestement, nous trois ne sommes pas aussi doué qu'Anee puisque nous mettons plusieurs minutes avant que Siobane pointe du doigt un buisson en particulier. Nous voyons Laïar acquiescer et, confiant en elles-deux, nous leur exposons notre plan par signes : elles se postent discrètement dans son dos pendant que nous l'attaquons de face.

Nous nous redressons, un saï dans une main, une épée aussi fine qu'aérienne dans l'autre.
Un sourire s'accroche sur nos lèvres et les buissons se déchirent. Nous sommes préparés et évitons habilement l'attaque. Sans nous départir de notre sourire, nous ripostons, et le brigand paru perturbé d'être ainsi bloqué, signe qu'il pensait tomber sur une proie facile. Pas de chances.

Nous attaquâmes de nouveau, prenant plaisir à voir le visage rougeaud du brigand luire de peur.
Mais il parvint à contrer nos attaques et à riposter, sa peur se changeant peu à peu en colère.
Le vaurien –armé d'un sabre et d'un poignard– répondait à nos attaques par des coups de plus en plus violents, à défaut d'être précis, et, malgré toute notre technique, nous commencions à reculer...

Soudain, les filles furent enfin en place, et bondirent dans son dos.
Leurs poignards dégainés décrivirent chacun une courbe dangereuse vers le brigand, dont la peur avait de nouveau remplacé la rage et la volonté de tuer.

Il pivote, tente d'esquiver, et notre saï se plante entre ses omoplates, précédé de peu par la lame de notre épée que nous enfonçons dans son ventre jusqu'à la garde.

Il tombe sur l'herbe verte des collines et nous ôtons aussitôt nos lames de son corps.
Son sang commence à se répandre –la terre aride s'en gorge aussitôt– et nous vîmes les lames de nos camarades elles aussi tâchées de sang. Nous nous baissons pour essuyer consciencieusement notre saï et notre épée sur une touffe d'herbe sèche avant de nous relever et de suivre les autres jusqu'à Anee.

Du coin de l’œil, nous vîmes Laïar dépouiller le brigand de sa bourse et nous esquissâmes un sourire, nous n'avions pas ce genre de préoccupation à l'esprit : grâce à nos dernières années passées à vivre en détroussant les voyageurs, nous nous étions constitué une bonne épargne. Laïar se releve sans prendre le sabre –qui l'aurait sans doutes encombré– et passe devant nous.

Au moment où elle nous dépasse, elle nous glisse, ainsi qu'un clin d’œil :
-Bien joué cher empereur.

Un air surpris bien vite remplacé par un sourire se peignent sur nos traits.
Nous ne répliquons pas, la laissant nous dépasser et s'adresser directement à Anee :
-On repart ? J'ai hâte d'avoir votre avis sur notre technique de combat, mais je n'ai pas envie de vous la remontrer sur un tigre des prairies.

Un sourire amusé tranche notre visage alors que nous attendîmes la réponse de notre maître –tout en observant discrètement les alentours, au cas où.

__________________________________________



Dernière édition par Ethan Sil'Lifen le Lun 12 Déc 2011, 09:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Mer 23 Nov 2011, 15:42



    Siobane, dans mon dos.


    Ça ne m'étonne pas tant que ça qu'elle m'ai trouvée. Même si j'ai l'impression de ne pas faire tant de bruit que cela, Anee doit avoir l'impression d'entendre un coureur courir sur des galets. Sur l'ordre d'Anee, je me dirige vers elle bien que je ne sois pas si loin que ça. Ma respiration doit être ample et profonde alors autant commencer tout de suite. Inspirer, expirer profondément. Ensuite, vient le tour de mes vêtements. Il fait éviter ceux qui sont amples. J'ai beau être vêtu d'un pantalon en cuir, mon blouson est en toile et c'est vrai que cela fait plus de bruit. Quand nous nous arrêterons, il faudra que je m’achète une veste plus appropriée. Je regarde Anee. Elle porte une robe. Tous le contraire de ce qu'elle nous conseils de porter. Ça ne l'a pourtant pas déranger pour courir dans une forêt sans faire de bruit.

    Nous allons à présent marcher. Je suppose que le nouvel exercice va consister à le faire en silence. Les explications vinrent à mes oreilles. Ne bloquer ses articulations à aucun moment. Faire jouer ses chevilles, ses genoux, son bassin. Je m'y essaye. C'est assez compliqué et le faire pendant plus de deux minutes est une chose impossible au début. Après bien des essais et d'innombrables craquement de branches, de brindille d'herbes et autres, je parviens enfin à me déplacer avec un peu plus de discrétion qu'avant. Chose plutôt positive contrairement au fait que nous avons une petite visite, d'après Anee. Je me prépare à tomber nez à nez avec une bête assez dangereuse, mais au lieu de ça, un homme se jeta sur nous. Anne passa devant nous à une vitesse incroyable et le temps que je cligne des yeux, l'homme se trouvait au sol. Mort.

    Il en reste un autre. A vous de jouer.


    Je ne m'étais pas aperçu que quelqu'un s’apprêtait à se jetais sur nous, alors je n'avais certainement pas remarquer qu'il y en avais un deuxième. Je me tourne vers Laïar et Ethan. Si nous devons nous en occuper à trois, autant s'organiser. Laïar se tourne vers nous et met un doigt sur sa bouche. Comme-ci j'avais l'intention de crier. Il faudrait d'abord que nous sachions où cet homme est caché. Nous tendons tous les trois l'oreille pour essayer de le repérer. Après quelques minutes, je pointe enfin le doigt vers un buisson pas très loin de nous. Laïar me regarde et Ethan nous fait des signes pour nous indiquer de contourner le brigand. Nous venons de faire un exercice sur la discrétion, alors autant appliquer les conseils d'Anee. Contrôler ma respiration, ne pas bloquer mes articulations. Je me dirige d'un côté de la fougère tant dis que Laïar de l'autre. Il ne faudrait pas que l'homme ai remarqué les signes d'Ethan. Autrement, tous ça n'auras servie à rien. Après bien des efforts pour ne pas faire de bruit, j'arrive dans le dos du brigand. Un homme vêtu d'habits sales et costaud. Il n'a pas l'air sans danger. Il doit avoir quelques connaissances en combat. Ethan n'a pas agis dans la discrétion. Il s'est dirigé vers le buisson à grande enjambée et l'homme s’était montré à ce moment. Il étais plus grand qu'Ethan et plus costaud aussi. Ethan lança l’attaque d'un revers que le brigand paras avec facilité. Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé avant que je me tourne vers Laïar qui me regarde elle aussi. En nous mettant d'accord, nous jaillissons du buisson, ou nous nous étions cachées. Je sors mon poignard et un coup d’œil à Laïar me dit qu'elle à l'attention de touchée la gorge. Ça ne sers à rien de frapper au même endroit. Je lui plante donc ma lame dans l'aine. Ethan lui enfonce son épée dans le ventre jusqu'à la garde et le brigand s'écroule. Son sang commence à se répandre sur le sol et je retourne vers Anee. Je ne tiens pas spécialement à avoir les chaussures couvertes de sang. Laïar se baisse et récupère la bourse de l'homme avant de se diriger à son tour vers Anee.

    On repart ? J'ai hâte d'avoir votre avis sur notre technique de combat, mais je n'ai pas envie de vous la remontrer sur un tigre des prairies.


    Je suis d'accord avec elle. Si nous tombions sur une de ces créatures, je ne sais pas si j'en ressortirais entière.

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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Sam 14 Jan 2012, 16:36

Il suffisait d’une seconde pour prendre au dépourvu les trois apprentis qui la regardaient comme si elle avait été une bête de foire. Une seconde. Pourtant, le brigand que l’Envoleuse avait entendu n’en profita pas, ce qui démontrait sans aucun doute que son comparse était celui qui les menait tous les deux, un peu le guide, le chef, de ce duo particulier. C’était d’ailleurs étrange de se balader à deux dans les Collines de Taj… Mais même en tendant l’oreille et en cherchant du regard, elle n’en percevait aucun autre. Ils étaient donc bien deux…

Dans tous les cas, les trois apprentis mirent un peu de temps à s’organiser, mais cela n’était pas non plus catastrophique pour une première fois. Les observant assidument, Anee nota dans un coin de sa tête le rôle que chacun endossa. Shalie repéra l’homme, puis les deux jeunes filles se dirigèrent vers ce dernier, en tentant de s’y prendre en arrière, tandis que Ethan venait le provoquer. Ils croisèrent tous les deux le fer quelques instants, permettant à Anee de repérer les failles et les défauts du jeune homme, ainsi que ses points forts.

Il était souple et vif, mais trop sur la défensive. Il semblait perdu au milieu des coups de son adversaire et ne parvenait pas à s’en détacher suffisamment pour placer des coups qui auraient pu l’en éloigner. Mais quand il commença à se faire littéralement assaillir sans pouvoir plus riposter car le brigand se faisait désordonné et vraiment rapide, les deux jeunes filles se précipitèrent dans la bataille poignard au clair. Les deux armes blanches d’Ethan le transpercèrent littéralement, et cet homme finit par tomber sur le sol sans un gargouillis assez ragoûtant.

Un sourire sur les lèvres, Nee s’avança vers la scène, et alors qu’elle observait les coups portés sur le brigand, Laïar posa une question tout à fait intéressante, malgré le ton anodin sur lequel elle était sortie de ses lèvres.

"On repart ? J'ai hâte d'avoir votre avis sur notre technique de combat, mais je n'ai pas envie de vous la remontrer sur un tigre des prairies."

[i]Etirant un peu plus les lèvres, l’Envoleuse hocha la tête. Elle entraîna donc les apprentis plus loin, continuant de marcher sur l’esquisse de sentier tracé entre les herbes hautes des collines de Taj. Ne disant rien durant une demi-douzaine de minutes, Anee souriait pour elle-même. Cela lui rappelait indéniablement son propre apprentissage, c’était un fait. Des combats brouillons, des pas aussi puissants que ceux d’un éléphant, des phrases lancées à tout va pour couvrir la peur dans le ventre… Haussant les épaules seule, elle finit finalement par poser son regard sur les trois apprentis et à leur expliquer :


- Vous avez réussi à bien vous organiser, c’était pas mal du tout. Par contre, un peu trop lents à réagir quand je vous ai donné les premières indications. Un combattant plus chevronné aurait utilisé les quelques secondes d’hésitation pour se jeter dans la bataille…

Faisant une petite pause, Nee ferma les paupières un instant. Un sourire tranquille étira ses lèvres, avant qu’elle ne continuât.

- Il faudrait faire plus attention à votre environnement. Siobane, Laïar, ne pas se reposer sur les autres pour exécuter un exercice ou une quête : Les alliés peuvent toujours se retourner contre vous. Ne comptez que sur vous-mêmes. Ethan, on voit que tu as pratiqué l’escrime, mais cependant tu n’anticipes pas assez les mouvements et intentions de ton adversaire. Quand il a commencé à ne plus réfléchir à ses coups, tu as vite été perdu. On travaillera cela aussi.

Une dernière ombre de sourire.

- Et pour finir, vous remarquerez que je n’ai pas fait jaillir de sang. Pour ne pas attirer les prédateurs, justement. Encore une fois, vous n’avez pas tout envisagé et en plus, vous avez été lents… Mais ce n’est pas grave. Vous êtes ici pour apprendre, il me semble. On va approfondir cela.

Les invitant à continuer de marcher, elle leur montra donc pour commencer quelques gestes à effectuer. Il fallait être le plus lent possible, le plus fluide possible. Ne pas lâcher les muscles trop en avance, contrôler chaque nuance du geste.

- Aller doucement permettra de mieux aller rapidement par la suite. En effet, si vous contrôlez parfaitement les gestes lents, c’est que vous savez utiliser vos muscles dans leurs nuances, et ainsi vous ne serez pas perdus dans les signaux quand il faudra allez bien plus rapidement. On commence donc doucement.

Avancer un bras, faire pivoter le poignet, tourner le coude, sans jamais bloquer les articulations encore une fois. Toujours tranquillement, Nee expliqua tout cela aux apprentis. Ne rien bloquer, car lors d’un combat, il suffisait d’une seule articulation bloquée pour qu’un combattant aguerris s’engouffrât dedans et la casse, ce qui était bien bête tout de même. Elle les fit longtemps continuer, jusqu’à ce que la silhouette d’Al-Vor apparût au loin. Alors, un sourire étira ses lèvres, et elle les lança à nouveau dans une petite course ; en précisant que le but était d’arriver le plus rapidement possible à l’arrière de la ville, contre les murailles.





[ Excusez-moi pour ce RP médiocre, ainsi que du temps de réponse... ]
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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Mer 18 Jan 2012, 20:14

Mes craintes profondes doivent être aussi claires que de l'eau de roche pour Anee, dont le petit sourire se teinte de ce que je prends pour de l'ironie. J'ai tellement envie de partir que je ne m'en offusque même pas. Qu'importe que mon regard fuyant et le ton plaisantin mais inquiet de ma voix m'ait transformée à ses yeux en peureuse. L'important c'est que nous quittions les lieux. J'ai une bourse à ma ceinture, maintenant nous n'avons plus rien à faire ici.
Anee acquiesce en silence à mes paroles et nous fait signe de continuer sans bruit, ce que nous ne manquons pas de faire. De tenter de faire au moins. Je me place derrière mes deux camarades pour fermer la marche. Pas que j'ai envie qu'ils soient en première ligne, mais plutôt pour ne pas leur montrer que cette attaque surprise m'a perturbée et m'a faite réaliser la dangerosité des lieux. Evidemment j'ai connu pire … la vie de noble à Al-Jeit n'ayant rien à envier aux plaines du Taj. Mais tout de même. Une main sur le manche de mon poignard, je suis prête à parer à toute attaque impromptue. Je sais que je ne ferais pas long feu sous les dents d'un tigre des prairies, cependant le toucher de la bande de cuir usée m'apaise. Plus ouverte que pendant la première partie du trajet, j'ouvre mes oreilles non pas seulement au bruit de mes pas pour les diminuer, mais aussi à ceux qui m'entourent, guettant les bruissements dans les herbes qui ne seraient dus ni à mes camarades ni au vent. Une foi,s je sursaute malgré moi, ayant cru déceler un craquement dans mon dos. Mon mentor un peu plus loin ne bronche pas, et je me force à me rassurer en fixant son dos qui s'avance avec sureté. Si il y avait un danger imminent, elle dirait forcément quelque chose. Sauf qu'elle est Mercenaire. Sous son gentil sourire et son visage d'ange se cache un être sanguinaire. Malgré qu'elle m'ait prise sous son aile, je devrai continuer à me méfier d'elle comme de la peste. La loi du plus fort doit être un slogan dans cette guilde, et le test visant à le prouver peut arriver à tout instant. Le combat avec le voleur n'était qu'un apéritif, j'en suis sure.

Une fois assez loin de la scène de combat, Anee nous arrête et reviens sur nos actions. Bonne coordination mais lenteur excessive. Sur ces points je suis d'accord. Cependant j'ai du mal à voir comment nous aurions pu être plus rapide tout en montrant la même coordination … aurait-elle préféré que nous soyons des égoïstes assoiffés de sang se jetant dans le tas ? Aurait-elle voulu que les plus lents s'accordent sur la stratégie du plus rapide ? Si nous continuons à marcher, j'aurais largement le temps de penser au prochain combat dans le même style et quelle réplique serait la plus efficace. Au fond la notre n'était pas si mal.

- Il faudrait faire plus attention à votre environnement. Siobane, Laïar, ne pas se reposer sur les autres pour exécuter un exercice ou une quête : Les alliés peuvent toujours se retourner contre vous. Ne comptez que sur vous-mêmes.


C'est bien cela : nous aurions du nous montrer plus égoïste. La prochaine fois je ferais comme elle dit, et tant pis si je ne laisse rien pour Siobane et Ethan. En pensant à ce dernier, je me dis qu'il m'en aurait peut-être voulu si j'avais gardé le voleur pour moi, ce qui me fait une fois de plus penser que notre tactique était la bonne. Tant pis si Anee pense le contraire.

- Et pour finir, vous remarquerez que je n’ai pas fait jaillir de sang. Pour ne pas attirer les prédateurs, justement. Encore une fois, vous n’avez pas tout envisagé et en plus, vous avez été lents… Mais ce n’est pas grave. Vous êtes ici pour apprendre, il me semble. On va approfondir cela.

Autant dire que nous sommes parfaits pour être Mercenaires, mais pas pour être Envoleurs. Si elle veut que nous devenions de fins meurtriers, elle ferait mieux de nous expliquer sa technique tout en finesse pour tuer quelqu'un plutôt que de critiquer la notre. C'est ce qu'elle fait heureusement, tout en reprenant la marche. Anee nous montre quelques mouvements de bases d'attaque et de défense, insistant sur la fluidité les imprégnant. Pour bien les intégrer, elle nous force à les exécuter avec lenteur, ce qui est quelque peu énervant car cela requiert un travail de fond. Jusqu'à maintenant je m'étais habituée à travailler directement les coups, sans trop réfléchir à leur nature profonde. Pour moi, le combat a toujours été une affaire de feeling. Ressentir l'action est pour moi la base de l'anticipation et donc de la défense et l'attaque. C'est vrai que ces bases qu'Anee nous apprend vont combler en partie mes lacunes.
Trop prise par cet entrainement, j'oublie complètement la peur qui avait pris mon esprit peu avant, et de nouveau je me referme en oubliant ce qui m'entoure. Je m'en aperçois trop tard, lorsque notre mentor arrête l'exercice et décide de nous faire courir à nouveau.

Au loin, les tours d'Al-Vor se détachent sur le ciel qui se pare de ses premiers éclats orangés, signe que la nuit sera tombée d'ici quelques heures. La pensée d'un bon lit dans une charmante auberge me donne envie de courir de toutes mes forces pour arriver le plus vite possible. Un regard vers Anee me rappelle qu'elle ne risque pas de nous offrir un tel confort. L'apprentissage se doit d'être dur chez les Mercenaires, tout comme le sol qui va accueillir notre sommeil ce soir. A moins que … qui sait, un miracle peu toujours arriver. Avec un peu de chance, mon mentor nous laissera libre ce soir et je pourrai m'offrir une chambre grâce à l'argent du brigand. Quelle idée délicieuse … cela fait plusieurs moi que je n'ai pas gouté à un tel confort, et j'aimerai profiter de ce tour en ville pour me replonger dedans.

Anee précisa avant que nous nous élancions que le but de la course est d'arriver le plus rapidement possible au niveau des murailles d'Al-Vor. Un instant, j'analyse la situation et la distance qui nous sépare des lesdites murailles. Je ne connais pas mes ressources, mais je suis capable d'estimer globalement la vitesse que je dois garder pour ne pas m'arrêter en cours de route, victime d'une pointe de fatigue.

Je m'élance à la suite de mes deux camarades, décidant de ne pas suivre le rythme d'Ethan ou de Siobane si l'un d'eux décidé d'aller plus vite que moi. Je ne suis pas eux, et j'ai bien l'intention de réussir l'exercice par moi-même. Courir après un lièvre serait la meilleure façon d'attraper un point de côté.

Le temps passe, et mes poumons deviennent très vite brulants. Une course rapide n'est pas un simple footing, comme celui du début du cours. Pourtant je sens que le conseil que m'a adressé Anee un peu plus tôt est toujours aussi valable. Contrôler mon souffle. A la manière des mouvements que mon mentor nous a fait exécuter pendant notre marche, je cherche à respirer avec fluidité. Au fond, ce n'est rien de plus qu'un muscle qu'on active. En même temps que ma respiration s'améliore, mon corps s'apaise et mes foulées s'allongent.

Mes muscles tiraillent et la nausée commence à me submerger, mais je continue à courir, oubliant les cris de mon corps pour me focaliser sur ces pierres grises. Plus vite. Toujours plus vite. A mesure que je me rapproche de la muraille, mon envie d'en finir avec cette course folle augmente, et mon rythme avec. Je sens l'adrénaline courir dans mes veines.

Ma main touche la surface rugueuse de la paroi. Un sentiment de bonheur infini me submerge. Je suis arrivée, j'en ai fini avec ce sprint. Je voudrais m'allonger, m'écrouler au pied de la muraille, mais je vois Anee et soudain cette envie se dissipe, chassée par miracle. A chaque exercice qu'elle nous impose, elle cherche à nous pousser au bout de nous même. Il se trouve que moi-même, c'est un être hypocrite caché derrière un masque. Hors je suis en train de le perdre, de me perdre. Mes apparences s'effondrent sous la fatigue, laissant à nu une fille comme les autres, dans sa faiblesse toute humaine. Il faut que je me ressaisisse. Je lève la tête, fixe mon regard dans celui d'Anee, attendant la suite. Reprenant les rênes de mon corps, je force mes poumons au calme et essaye d'oublier la douleur qui pulse de mes jambes. Cela fait deux ans que je cache au monde ma fatigue due au manque de sommeil, je ne vois pas pourquoi tout d'un coup j'oublierai mes bonnes habitudes. J'utiliserai volontiers un sourire calme pour parfaire mes apparences, cependant Anee risquerait de l'utiliser contre moi en me disant que si j'en ai encore la force, alors c'est que je n'ai pas été au maximum de ma vitesse. Il reste juste l'attente neutre à afficher, ce que je fais en retenant une question sur mes lèvres. "Et maintenant ?" Je sens la réponse dans mon dos et m’abstiens donc d'interroger Anee. Utiliser mon souffle dans sa période de repos serait une pure futilité, surtout quand je me doute de ce qui nous attend, la porte d'entrée d'Al-Vor étant plusieurs dizaines de mètres au loin. Pour entrer dans la ville, il ne nous reste qu'une solution. Et cette solution, je la sens qui m'oppresse par son ombre.
La muraille.
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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Mer 08 Fév 2012, 21:23

Observation.
La jeune femme laisse ses yeux et ses sens devenir le centre de son être. Elle ne juge plus, pendant un instant, pour n’être plus que perception. Perceptions. Elle découvre encore une fois ses apprentis, leurs réflexes, leur volonté. Laïar en particulier se montre de loin la plus assidue et la plus travailleuse. Les gestes au ralenti que l’Envoleuse demande ne sont pas de tout repos, et nécessite de contrôler chacun des muscles à la perfection. Ils demandent aussi d’avoir une certaine masse musculaire, en tout cas une certaine force, en chacun d’entre eux, pour pouvoir garder une position plus longtemps que sur un coup rapide. C’est ce qui fait gagner en précision.

Alors, évidemment, quand elle lance le prochain défi, à savoir d’atteindre la muraille de la ville le plus rapidement possible, ce fut aussi elle qui commença à courir la première, bientôt suivie par les autres. Nee s’élança à leur suite, un léger sourire sur les lèvres, semblant à peine forcer pour rester à leur rythme. Elle voyait pourtant les uns et les autres haleter, et très rapidement. Elle les avait laissé reprendre leur souffle un long moment, leur avait indiqué de bien respirer… Ils réussirent à se souvenir de quelques-uns de ses conseils, mais le défi en lui-même prenait le pas sur toute prudence, d’après ce qu’elle pouvait en voir.
Et elle n’allait pas le leur reprocher.
Après tout, aller au-delà de leurs limites, c’était le but, dans cet enseignement.
Et pour l’instant, elle était là pour pouvoir juger de leurs capacités ; Ce n’était qu’une mise en bouche, un simple petit apéritif, ce premier cours.

Un sourire sur les lèvres quand elle vit l’état dans lequel était Laïar, Anee ne fit pourtant aucun commentaire, les laissant reprendre leur souffle pendant quelques minutes – exactement deux minutes, et pas une seconde de plus. Lorsqu’elle eut compté, elle se tourna vers eux, la main posée sur la pierre qui semblait pulser sous sa paume.


- Et bien, que d’essoufflement ! Néanmoins, je vois que vous vous êtes donnés à fond, et je m’en réjouis : cela doit toujours être comme ça. Pensez toujours à bien respirer, et surtout à ne pas vous pencher ou pencher en avant, cela empêcherait votre diaphragme de bien fonctionner, et donc d’avoir un bon souffle.

Elle leur adressa un léger sourire, avant de tapoter la pierre du bout des doigts.

- Maintenant, on va rentrer dans Al-Far. Non pas par l’entrée – cela serait moins amusant – mais en escaladant.

Elle les scanna quelques instants, analysant leurs différentes réactions.
Notant au passage l’air ironique qui fila dans le regard mauve de Laïar : la jeune fille avait deviné évidemment la teneur de l’épreuve. Cela n’aurait dû être une surprise pour aucun des trois apprentis.

Un sourire sur les lèvres, Nee les laissa donc prendre leurs premiers appuis, en leur adressant quelques conseils.


- Vérifiez vos prises du regard et du bout des doigts avant de vous y hisser. Attention, toujours, à votre respiration. N’allez pas trop vite, ni trop lentement, car sinon votre corps va vous lâcher, après l’effort que vous venez de faire.

Lorsqu’ils furent tous montés d’environs cinquante centimètres ou un mètre, elle posa elle-même ses appuis sur la muraille.

- Je passe derrière. Attendez nous en haut, et lorsque vous arrivez, continuez de faire des mouvements avec vos bras et jambes, pour rétablir l’équilibre sanguin.

Un soupir pour elle-même, et elle s’éleva.
Derrière ses apprentis.
Un sourire sur les lèvres, ses yeux bleus électriques posés plus sur leur silhouette que sur la pierre sous ses doigts…











[ Ethan m'ayant prévenue qu'il ne pourrait pas poster tout de suite, on continue sans lui, mais je l'inclus quand même dans le RP.
Siobane, je n'ai eu aucune réponse de ta part, donc je continue. Si tu veux nous rejoindre, n'hésite pas... ]
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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Jeu 09 Fév 2012, 23:02

L'effort. La fatigue. La muraille. Tant de choses qui m'oppressent et me donne la sensation d'étouffer. J'ai beau inspirer et expirer régulièrement, j'ai l'impression que l'air n'entre pas dans mes poumons. Les yeux d'Anee que je m'efforce de fixer se troublent. Le ciel qui vacille ne m'aide pas alors que je cherche de nouveaux repères pour reprendre mes esprits. Déséquilibrée, j'esquisse un pas en arrière et rencontre la pierre de la muraille. Ce contact froid et dur m'aide à me stabiliser assez pour que quand Anee se mette à parler, je puisse avoir assez d'esprit pour mettre un sens sur ses mots.

Encore des conseils pour respirer. Super ! Sauf que mon problème vient de l'absence d'effort poussé depuis longtemps, ce qui, ajouté à mes nuits blanches, forme un cocktail peu compatible avec un sprint. Et me voilà à deux doigts de m'évanouir. Pitoyable. Comme si j'avais besoin d'autre chose qu'une course pour me donner la nausée. Je ne me suis jamais sentie aussi faible qu'aujourd'hui, à croire que mes capacités physiques ont dépéries depuis que j'ai quitté Al-Jeit. Pour un peu j'en rirais. Pour un peu j'en pleurerais. Mais je suis forte, alors je relève les yeux une nouvelle fois, montrant un visage de marbre au trio qui m'entoure. Aucun humain ne doit voir mes failles. Je ne suis peut-être pas la meilleure, mais il faut qu'ils le croient. Qu'ils m'admirent. Qu'ils me respectent. Qu'ils me craignent …

- Maintenant, on va rentrer dans Al-Vor. Non pas par l’entrée – cela serait moins amusant – mais en escaladant.


Le paysage qui m'entoure ne vacille plus, ce qui me permet de forcer mes apparences un peu plus et montrer une assurance que je n'ai pas. J'avais vu juste, et je veux qu'Anee voit que ses actions sont prévisibles et ne m'effraient pas. Du moins pas pour l'instant.
Lui tournant le dos, j'examine le défi qu'elle nous impose de relever. Mon regard part du pied du mur et monte. Monte. Monte. Monte. Al-Vor n'est pas en bordure du royaume Raï, encore moins des Archipels Alines, juste du pays des paisibles faëls. Ce n'est donc pas une cité qui a besoin de se protéger. Et pourtant … à voir la hauteur de la muraille, on peut se demander quelle peur a poussé les hommes à l'ériger. De là où je suis, j'ai l'impression qu'elle touche le ciel. Combien de kilomètres allons-nous devoir parcourir avant d'atteindre le chemin de ronde ? Au fond de mon ventre, je sens un sentiment monter en moi, encore plus répugnant que la faiblesse qui m'a prise un peu plus tôt. La peur. La folie d'un tel exercice me serre les tripes. Un instant je pense à me retourner et demander à mon mentor si je ne peux pas plutôt emprunter la porte d'entrée, ce que les gens sains d'esprits font. Mais à mes côtés Siobane et Ethan se lancent à l'assaut de la paroi, sous les recommandations d'Anee qui veille au grain. A les voir s'élancer malgré la difficulté, je sens ma fierté piquée à vif. Comment ai-je pu douter alors que les autres n'ont pas l'air de se poser de questions ?

Courage.
Mes mains mordent la pierre froide, dont le contact rugueux me repousse plus qu'il ne m'attire. Je n'ai qu'une envie: le lâcher et partir. Loin. Ou au moins jusqu'à la porte.
D'une poussée des jambes, je saisis une prise un peu plus haut et glisse mes pieds dans une anfractuosité à dix centimètres du sol. Oublions la porte, pensons à celle qui s'ouvrira devant moi quand j'aurais chuté de ce joli tas de pierre.

Courage.
Le premier qui osera dire que j'en manque après cette exercice aura le plaisir de mourir la seconde d'après. En attendant je grimpe, coinçant doigts et pieds dans les fissures de la muraille. Chaque effort sollicite mes muscles des bras et des épaules comme jamais. A peine ai-je parcouru deux mètres que je les sens tirer. Les mots d'Anee prennent soudain tout leur sens dans mon esprit.

- N’allez pas trop vite, ni trop lentement, car sinon votre corps va vous lâcher, après l’effort que vous venez de faire.


Ce n'est pas l'effort que je viens de faire qui finira par avoir ma mort, mais plutôt celui que je suis en train de faire. Je voudrais monter à la vitesse d'un lézard, pour en finir plus vite avec cette escalade, mais mon inexpérience me donne la vitesse d'un escargot qui se fatigue plus à prendre son temps qu'à se presser. Chaque seconde que je perds à réfléchir à ma prochaine prise, c'est un peu d'énergie qui s'en va pour me retenir collée au mur.
Un regard au sol m'apprend que je peux encore sauter sans me briser une côté. Il m'apprend par la même occasion qu'Anee tient ses promesses et nous suit, son regard empêchant à lui seul tout retour en arrière. Je repose mon regard sur le chemin que je vais emprunter, cachant ainsi la peur qui revient dans mes yeux. Je n'y arriverai ja… non. Courage. Respire lentement et reprend. Je pense à mon frère me répétant ces mots et continue ma progression. Qu'importe si je ne suis pas lézard. Du moment que j'arrive en haut, je suis d'accord pour être escargot.

Deux mètres.
Trois mètres.
Puis j'arrête de regarder le sol qui s'éloigne et me concentre vers le sommet qui, bizarrement, ne se rapproche pas. Encore un peu. Toujours plus. Encore plus. Se répéter que ce n'est pas impossible et que la douleur dans mes bras n'est qu'une illusion. Je cache des ressources qu'il ne tient qu'à moi de trouver.
Un nouveau mètre.
Deux mètres.
Je finis pas arriver à la moitié de la muraille, tout du moins c'est ce que je pense vu que je refuse de regarder en bas. Mon regard se tourne une énième fois vers le sommet du mur. Mauvaise idée. Cette vue me donne la nausée. Un vertige inversé, quelle bonne blague, surtout quand je ne peux pas regarder ailleurs qu'en l'air.
Je n'en peux plus. Je me sens mal. J'ai mal. Je m'arrête. N'arrive plus à me forcer à décrocher mon bras. Ferme les yeux et laisse un goût amer monter dans ma bouche. Ce moment, je l'ai déjà connu.

L'arrêt.
Fatal.
Je n'avance plus.
Suis coincée.
Ais besoin que le destin me pousse de nouveau.

Les cauchemars ont marqué cet arrêt, la mort semble être celle qui va marquer le suivant, car si personne ne m'aide, je vais lâcher ce maudit tas de pierres.
De l'aide.
Un Envoleur m'a tiré de ce bourbier d'impuissance dans lequel je m'enfonçais. A son souvenir, mes pensées fuient vers l'Envoleuse qui se trouve à quelques mètres sous moi. Je suis incapable d'avouer que je ne peux plus avancer, pourtant j'ai besoin d'elle, comme au fond j'avais besoin de cet homme.

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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Dim 12 Fév 2012, 14:09

Soupir.
Nee secoue légèrement la tête en voyant l’effort que produit son apprentie pour cacher sa fatigue et montrer une assurance de façade. Elle-même ne se laissait pas piéger par un masque qui ne venait recouvrir son regard, mais sans doute des personnes étant moins rompues à la lecture des corps s’y serait laissées piégées.
D’un côté, c’était sans doute une bonne chose, que la jeune fille voulut se cacher : en effet, elle apprenait à contrôler son corps, même si ce n’était pas encore parfait. Anee lui donnerait aussi des conseils – quand elle aurait terminé d’évaluer les capacités de cette dernière.

Elle-même avait toujours fait des efforts pour cacher ce qu’elle pouvait ressentir.
On lui avait souvent reproché la glace de son regard, dans laquelle on pouvait se perdre tout comme se buter. Chaque mouvement, chaque muscle de son corps était sous parfait contrôle, et si elle perdait un peu la maîtrise, ce n’était que parce qu’une trop forte émotion la traversait – et encore, la plupart du temps, cela ne se voyait que dans ses yeux. Comme quand elle avait rencontré Gil et qu’il s’était enfui au milieu du repas. Personne n’aurait pu deviner ce qu’elle avait ressenti à ce moment-là.

Un demi-sourire sur le visage, la jeune femme laissa un petit soupir s’échapper de ses lèvres.
Laïar venait de poser ses doigts sur la pierre, et elle la sentait hésiter.

Elle commence à monter, lentement, puis rapidement.
Rapidement, puis lentement.
Elle ne trouve pas de rythme, son rythme à elle, son rythme propre.
Ne le cherche pas, surtout.

Nee se coule sur la roche derrière son apprentie, observant ses mouvements. Sa manière de chercher les prises, sa manière de les choisir. Elle est trop lente. Ne réfléchit pas assez vite, et pourtant pas assez. Non. Elle ne réfléchit pas correctement. Elle effleure, teste, ne prend pas en compte l’environnement.

Alors, quand elle se retrouve bloquée, Nee l’observe quelques secondes.
Les avant-bras tendus à en craquer, les muscles contractés, la ligne de la mâchoire serrée.
Le regard ailleurs, posé sur la pierre sans la voir.

Un léger souffle passe entre les lèvres de l’Envoleuse, et elle vient monter à la hauteur de la jeune fille.


- Respire. Lentement. Ferme les yeux.

Elle attend quelques secondes, que Laïar se calmât.
Puis, elle ajoute :


- Laïar… Tant que je serai là, tu ne tomberas pas. Tu ne tomberas pas, car je t’en empêcherai. Mais je ne vais pas faire les efforts à ta place.

Elle lui sourit.
Sereine. Encourageante.


- Ne te concentre pas que sur la pierre. Concentre-toi sur ton corps. Tu es fatiguée… Tu sais pourquoi. Economise tes forces pour faire au mieux. Tu peux monter jusqu’en haut de cette muraille. Tu peux la franchir. Tu peux le faire…

Elle se balance entre deux pierres, se rapproche de la jeune fille blonde, un sourire sur les lèvres.
Effleure son dos.


- Redresse-toi. Regarde un à deux mètres au dessus de toi. Balaye la pierre du regard, choisis plutôt les pierres les plus foncées, celles qui sont les plus enfoncées. Ce seront les plus stables.

Elle monte d’une cinquantaine de centimètres.

- Tu vas y arriver.

Un sourire.
Une attente…

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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Sam 18 Fév 2012, 23:43

Crispée sur le mur, comme un chat qui a essayé de grimper à un arbre mais n'a pas pris assez d'élan pour atteindre le sommet. Deux choix s'offrent à moi: monter ou descendre. L'un comme l'autre ne me tentent absolument pas, je vais donc choisir une autre option: mourir accrochée à cette foutue muraille que je n'arrive pas à quitter.

Une présence à mes côtés. Je sais déjà qu'Anee est là, sans même avoir à tourner la tête. D'ailleurs je ne la tourne pas. Je n'ai pas le courage d'affronter son regard, surtout lorsque le mien reflète l'impuissance. Je ne veux pas qu'elle me voit dans cet état. Je ne veux pas. Et pourtant je n'ai pas le choix, car mon mentor n'a pas le regard bloqué sur les pierres de la muraille. Je sens son regard posé sur moi qui analyse mes faiblesses. Je ne sais pas si elle se réjouit de me voir bloquée ainsi, ou si elle s'en moque éperdument, mais quoi qu'elle pense ne change rien pour moi. Je me sens impuissante.

- Respire. Lentement. Ferme les yeux.


Sa voix n'a rien de moqueur ou d'agressif, reflétant juste une calme assurance. Sans même réfléchir, je me laisse porter par ses mots et obéis. Je ferme les yeux et respire, tentant d'oublier ma situation précoce. Mon cerveau ne reçoit plus d'informations de la part de mes yeux, et à défaut du vide ou de la pierre, il se focalise sur mes souffrances. Je sens le sang pulser dans mes doigts douloureux, ma concentration happée par les sensations que mon corps m'envoie. Heureusement la voix d'Anee est là pour m'aider.

- Laïar… Tant que je serai là, tu ne tomberas pas. Tu ne tomberas pas, car je t’en empêcherai. Mais je ne vais pas faire les efforts à ta place.


En entendant mon nom prononcé avec autant de douceur, mon cœur se serre et mes yeux s'ouvrent. Cette simple chose dans sa bouche me fait oublier ce qui m'entoure. J'ouvre les yeux et les tournent vers mon mentor. Les siens sont là, porteurs d'un message qui me fait l'effet d'un choc électrique. Mon cœur se serre un peu plus. Cette femme à peine plus vieille que moi me fait penser à une maman. Elle est l'image même de cette mère que je n'ai jamais eu, ou que si j'ai eu un jour, par son absence de sentiments réels à mon égard, a su briller par son incompétence. Un vide. Tout d'un coup je réalise sa présence en moi, plus profond que celui qui s'étend à mes pieds.
J'ai envie de pleurer. C'est idiot, absolument idiot. Parce qu'une femme me montre un peu de tendresse dans un monde supposé rempli de brutes sanguinaires, je perds mes moyens. C'est idiot mais pourtant je me sens horriblement mal. Je ne veux pas de sa bonté. Ce n'est pas à elle d'en faire preuve !

- Ne te concentre pas que sur la pierre. Concentre-toi sur ton corps. Tu es fatiguée… Tu sais pourquoi. Economise tes forces pour faire au mieux. Tu peux monter jusqu’en haut de cette muraille. Tu peux la franchir. Tu peux le faire…


Je frissonne en sentant sa main dans mon dos. Ce sont les chevaux qu'on encourage comme elle le fait. Pas les humains. En tout cas c'est ce que j'ai connu. Jamais mes tuteurs ou mes parents ne m'ont aidé comme Anee le fait. Même mon cher frère ne me montrait pas autant de gentillesse. Son moyen de me réconforter, c'était la moquerie, ce qui avait en général l'effet soit de me faire rire, soit de piquer mon estime et donc de me faire réagir.
Ce que mon mentor m'offre aujourd'hui, c'est la première fois que j'en fais l'expérience. Peut-être du temps où j'étais une enfant de deux ans, les serviteurs étaient aussi bons, mais c'est de l'histoire ancienne. Son sourire et ses paroles me rassurent, pourtant mon orgueil est en train d'en prendre un coup, et mon humilité aussi. Pour la première fois depuis bien longtemps, je suis troublée et ne sais pas comment réagir.

- Redresse-toi. Regarde un à deux mètres au dessus de toi. Balaye la pierre du regard, choisis plutôt les pierres les plus foncées, celles qui sont les plus enfoncées. Ce seront les plus stables.


Mes yeux suivent cette femme qui évolue sur la muraille, à la façon d'un lézard. J'ai un but non ? Et sa façon de se mouvoir me rappelle que je dois la suivre pour y arriver. Qu'importe la façon dont elle me traite, j'aviserai quand j'aurais atteint le sommet.

- Tu vas y arriver.


Un sourire.
Un nouveau choc qui percute mon cœur. Je n'arrive pas à la comprendre. Je n'arrive pas à me comprendre. Pour peu j'en deviendrai folle.
Je referme mes yeux et respire à nouveau lentement, calmant les battements crispés de mon cœur. En même temps, je laisse les mots de mon mentor atteindre mon cerveau et les fait mijoter dans mon esprit. Qu'importe. Je finirais par comprendre.
Ou pas.
Du moment que je survis et me débarrasse de mon demi-frère.

Je parcours du regard le mur qui s'étale au dessus de ma tête, cherchant les pierres saillantes et celles de couleur sombre. Bien évidemment ce ne sont pas celles dont se serre Anee, qui me laisse le champ libre pour saisir les prises les plus faciles. De ses yeux bleus, elle continue à m'encourager en silence, et malgré tous ces sentiments contradictoires qui filent en moi, je ne peux m'empêcher d'y puiser la force d'avancer.
Dans un effort pour harmoniser ma montée, je respire dans le même temps que je bouge. Contrairement à la première moitié de l'ascension, la présence d'Anee me conforte. Elle a promis que je ne tomberai pas, et même si je ne sais pas comment elle pourrait me sauver dans le cas où je glisserais, cette promesse me rassure. Du coup mes gestes s'en trouvent fluidifiés. A sa façon, j'essaie de me mouvoir sans m'arrêter, n'utilisant qu'une demi-seconde pour appréhender le parcours.
Le temps passe. La fatigue est toujours aussi intense dans mes muscles, s'accroissant petit à petit. Le vide se fait plus attirant à chaque centimètre que je gagne sur la muraille. Pourtant malgré ces deux problèmes de taille, je progresse régulièrement. Tant et si bien que ma main finit par agripper le créneau qui orne le sommet du mur de défense. De surprise, je m'arrête un instant, temps infime qui suffit à casser mon rythme. Mon pied dérape et manque de m'entrainer avec lui au bas de la muraille.
Je ne me laisserais pas mourir alors que je touche mon but. Ma deuxième main quitte sa prise pour venir agripper à son tour le créneau. D'une traction rapide, je hisse mon corps sur le chemin de ronde.
En vie.
J'ose à peine y croire.
Je m'approche du bord et contemple le sol qui s'étend à plus d'une centaine de mètres plus bas. Impressionnant. Je n'ai pas franchi une montagne, mais c'est tout comme.

Anee ne tarde pas à poser elle aussi ses pieds sur la surface horizontale. Je pose mes yeux sur elle, incapable de dire quoi que ce soit. Cette fin d'ascension m'a fait oublier tous ces sentiments d'un instant, mais à sa vue, ils reviennent à mon esprit, brûlure ravivée par la chaleur de son regard.

- Merci.


J'éclate de rire. Mes nerfs craquent enfin - maintenant que je suis en sureté - libérant ma frustration dans un éclat nerveux. Je ne sais plus où j'en suis, mais je sais où je suis : le sol d'un chemin de ronde à Al-Vor. C'est un endroit parfait pour craquer, un endroit où personne ne peut me voir.
Au rire succèdent les larmes. Trop d'émotions. Trop de fatigue. Trop d'aventures. Mes jambes lâchent et je ne peux pas m'empêcher de m'assoir. Appuyée contre les créneaux, je laisse les perles d'eau couler sur mes joues tout en admirant la ville qui s'étale à mes pieds. Depuis combien de temps n'ai-je pas pleuré ? Ai-je jamais pleuré ? Pourquoi faut-il que je me montre faible devant une personne qui doit me considérer comme forte ?

Un dernier sursaut secoue mes épaules, puis je me calme définitivement. D'un revers de manche, je sèche mes larmes et efface les traces de cette perte de contrôle. C'est un sentiment étrange que ce bien-être qui m'habite à nouveau. Il y a tellement longtemps que j'aurais dû évacuer la pression. Mais trop c'est trop, et cette montée aux côtés d'Anee était la goutte d'eau faisant déborder le vase. Désormais il est vide, et je me sens prête à escalader une nouvelle montagne.

Je me relève et me tourne vers Anee qui n'a pas bougée. J'hésite à la remercier d'avoir attendu que je me calme, mais je ne dis rien. Ce qui est fait est fait. De toute façon ça ne se reproduira plus.

- On continue ?


Solide résolution en totale contradiction avec les larmes que je pleurai un instant avant. Pourtant cette question sonne plus comme une affirmation, preuve que je suis toujours prête à suivre son enseignement. Qu'elle ait vu mes faiblesses n'est peut-être pas si mauvais que ça.


[Siobane et Ethan => Si vous postez après, sachez que Laïar aura cessé de pleurer quand vous poserez un pied sur le chemin de ronde. Son orgueil est déjà assez atteint d'avoir craqué devant Anee, sans qu'en plus un de vous deux la voit aussi Smile ]
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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Mar 28 Fév 2012, 10:27

Les émotions bourdonnent.
Elles bourdonnent, dans le regard de Laïar, sur son visage, dans son corps. Tout un corps qui est contracté presque au point de rupture, encouragé par le vide sous ses pieds. Mais il faut croire que les émotions emportent la jeune femme vers un autre horizon, plus proche peut-être, dans tous les cas moins tangible aussi.

Il faut bien croire que les mots peuvent transporter tout une salve d’émotions diverses, et apporte bien des changements quand ils sont bien utilisés.
Les mots sont des armes, les mots sont des lames. Mais les mots peuvent être tendresse, et encouragements.

Ce fut sans aucun doute l’effet qu’ils eurent sur l’apprentie qui s’efforçait de monter encore l’immense mur de pierre, cette muraille qui entourait la ville d’Al-Vor pour la protéger, mais qui n’éviterait pas un assaut par le haut de leur part. Ce fut en effet l’effet que les mots eurent, et cet effet était bien escompté.
Anee pensait profondément chacun de ses mots.

Un léger sourire sur les lèvres, elle vit que Laïar parvenait à se reprendre d’une manière ou d’une autre.
Le léger tremblement qui avait affaissé ses lèvres, et plissé ses yeux, ne lui avait pas échappé. Et le fait que Laïar parvint à se reprendre montrait bien sa détermination à toujours continuer. C’était le but, en l’occurrence. La faire devenir puissante, bien plus qu’elle n’aurait pu l’imaginer d’elle-même.
Redoutée et redoutable. Mortelle en quelques secondes, à peine.
Cependant, avant d’en arriver là, il y avait un long chemin à parcourir. Le but en soi n’apportait que de quoi avancer, mais il fallait évidemment se gorger de ce don le chemin était composé.

La lenteur de l’ascension n’exaspéra pas Nee, contrairement à ce qu’elle avait pu penser. Au contraire, cela lui permettait de bien vérifier ce que faisait Laïar, et de continuer de voir sa manière de faire, d’être, d’agir pendant ce laps de temps. Elle appliquait parfaitement ses conseils, cette fois-ci, ne se contentant pas d’en faire à sa tête, ce qui était en soi une progression non négligeable. Est-ce que cela durerait ?
Il fallait l’espérer, sans se faire trop d’illusion : après tout, on ne pouvait changer les gens dans la profondeur.
Pour l’instant, cela convenait parfaitement à Nee.


£&£

    Nee serrait les dents. Et ses épaules étaient contractées à un point inimaginable, elle les sentait qui tiraient fortement, tentant de se soustraire à la traction pour céder à la pesanteur. Fermant les paupières, la jeune femme prit quelques forces, encore, et un peu de courage. Sa main droite quitta une prise trapue pour en saisir une autre, plus ronde, plus confortable… qui céda dès qu’elle y prit appui.

    Perdant l’équilibre, son corps se désaxa de plusieurs degrés, et elle se sentit basculer…
    C’était sans compter la main qui attrapa son bras, fermement mais sans concession, pour la ramener vers la roche.


    - C’est en haut qu’on va, Nee.

    Le regard de l’apprentie papillonna plusieurs fois, avant de se stabiliser.
    Elle ne tomberait pas.


£&£

Lorsque les doigts de Laïar crochetèrent l’angle droit du haut du rempart, Nee fila en quelques secondes à peine au-devant de cette dernière, s’asseyant tranquillement sur le rebord de la muraille, les pieds dans le vide. Observant avec intérêt l’apprentie se hisser tant bien que mal jusqu’à la paroi horizontale.

- Merci.

Nee ne réagit pas, et seul un sourire entendu étire ses lèvres.
Le rire qui s’échappe de la gorge de son apprentie a tout du rire nerveux, et les larmes qui ne tardent pas à suivre aussi. Cependant, Anee ne dit rien, se contentant de sourire calmement, paisiblement, à son apprentie, et de s’en détourner pour la laisser seule, et comprendre.


- On continue ?

Un sourire, bien plus franc, vient éclairer les traits de l’Envoleuse, qui hoche la tête.

- Allons-y.

Elle observe Laïar encore quelques secondes, le temps d’observer sa respiration, et son regard encore rougit par les larmes, avant de décider qu’elle était prête pour la suite. Hochant encore une fois le menton, elle fit un petit signe de ce dernier pour qu’elle la suivît, et se tourna vers les remparts. Pour commencer, il leur faudrait marcher sur ces remparts irréguliers, qui n’étaient pas faits pour des rondes, au contraire. Cela permettrait à Nee de juger de l’efficacité de son apprentie alors qu’elle était encore fatiguée musculairement.

Elles s’élancèrent donc, Nee dans son pas félin et gracieux, léger, comme si aucun trou ou bosse ne se trouvait sur son passage. Longeant ainsi les murailles pendant une bonne vingtaine de minutes, l’Envoleuse finit par s’arrêter en face de toits de maisons qui montaient presque jusqu’à la même hauteur que celle sur laquelle elles se trouvaient. Les désignant, qui s’étendaient à moins de deux mètres d’elles, même si c’était en deçà, elle sourit, et s’élança.

Un saut.
Equilibré, posé, paisible.
Une pique, qui se retourne, pour atterrir.
Souplement, réception dans une roulade parfaitement contrôlée.

Anee se redresse vivement, avant d’encourager Laïar à la suivre. Un sourire sur les lèvres.

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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Mer 29 Fév 2012, 22:45

Je suis folle.
Sinon pourquoi courrai-je sur un chemin de ronde reconnu pour être un élément fort de la défense d'Al-Vor ? Un de ces pièges idiots qui surprend même quand on le connait. Un sol qui aurait été aussi dangereux s'il avait été recouvert d'huile. Marcher dessus est déjà un défi, alors y courir … et pourtant c'est ce que je fais.

Je suis folle.
Je cours après un esprit. Les rares fois où mon regard s'égard et ne suit plus le sol qui se déroule sous mes pieds, il vient se poser sur la silhouette qui me distance de plusieurs mètres. Insaisissable. Dans sa robe, Anee a tout d'un être irréel, effleurant à peine la surface de pierre pour s'envoler un peu plus loin. Elle se joue des irrégularités du sol, se mouvant de la même manière que lorsqu'elle courait dans Ombreuse. Je ne vois pas son visage, mais je suis sûre qu'il est fixé au loin. Le mien est loin de faire un tel angle, tourné comme il est vers les obstacles devant moi. Quelle saleté que ce chemin de ronde mal empierré ! Chaque bosse, fissure, bord pentu, semble vouloir me briser une cheville et entrainer mon corps vers la ville qui s'étend en contrebas. Sans compter la largeur ridicule de ce mur qui limite les endroits où poser mes pieds. Un véritable défi que vient de me donner mon mentor.

Je suis folle.
Je n'aurais jamais pris le risque de courir sur un tel rempart du temps où j'étais à Al-Jeit. Mais entre temps il y a eu Al-Chen. Quand j'étais chef de bande dans cette ville, j'ai eu tout le loisir de goûter aux fuites sur les toits souvent glissant. Pourtant une fois l'habitude prise, les tuiles posées avec régularité deviennent presque aussi faciles à arpenter que les pavés de la rue. Ici aussi, avec un peu d'expérience la course doit être plus facile, même si le risque de tomber est toujours là. Sauf que je n'ai pas cette expérience. Pourtant je cours, le souvenir des mes déplacements sur les toits revenant à ma mémoire. La menace de la chute a aiguisé mon regard pendant ces quatre ans, affutant par la même occasion mes réflexes. Je suis prête à me rattraper au moindre signe de glissement de la part d'un de mes pieds. Mes yeux n'en restent pas moins fixés sur le sol pour déceler les imperfections du mur.

Je suis folle.
Et cette folie me donne des ailes. Peut-être pas des ailes aussi efficace de celles qui permettent à Anee de voler au dessus du rempart, mais assez pour me permettre d'arriver en vie et sans une égratignure au niveau de mon mentor qui s'est enfin décidé à m'attendre. Mon souffle est court, pourtant je ne m'en préoccupe pas, la douleur brulant mes poumons n'étant rien comparé à celle du sprint jusqu'à la muraille. En plus la nécessité de se concentrer sur où je posais mes pieds m'a fait oublier tout le reste.

A peine arrivée à la hauteur d'Anee, celle-ci m'indique les toits en contrebas avant de s'élancer dans les airs dans un geste épuré. Un ange … j'ai presque l'impression de voir les ailes s'agiter dans son dos. Je cligne des yeux pour effacer la vision. Anee est une Envoleuse, donc plus une démone qu'un ange. Pourtant à voir son sourire, j'en doute vraiment. Qui est-elle vraiment ? Le saurais-je un jour ? Comme moi elle doit posséder un masque, qui doit cependant être plus efficace que le mien.

Un regard glissé en contrebas me permet de réaliser qu'Anee est sur un toit un peu plus de deux mètres plus bas. Du gâteau. Une fois de plus je m'aperçois que ces quatre années à gambader à Al-Chen n'ont pas été aussi vaine que je me suis toujours plu à penser.

Un saut.
Léger. Inhésitant.
Une réception en roulade à la manière d'Anee, qui m'amène à ses pieds et me permet de me relever dans le même mouvement. L'onde de choc provoquée par l'atterrissage s'est dissipée dans la poussée de mes pieds contre le toit, je suis donc aussi intacte qu'au début de mon saut.

- "Tant que je serai là, tu ne tomberas pas." J'ai pourtant failli glisser sur ce foutu mur une centaine de fois ! Il est bien beau ton sourire, mais il ne m'aurait pas beaucoup aidé vu la distance qui nous séparait ! Tu veux ma mort oui ou non ?


Râler pour le plaisir de râler. Pour le plaisir de la provoquer. J'ignore comment Anee va réagir à cette remarque, mais je doute qu'elle la prenne mal vu que je suis incapable de cacher le sourire en coin qui tord légèrement mes lèvres.
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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Jeu 01 Mar 2012, 21:43

- Non. Peut-être. En fait, je veux la mort de ta faiblesse.
Et ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, n'est-ce pas ?

Entre presque tomber et tomber, il y a un gouffre, cependant. Tu n'allais pas glisser, Laïar. Ou alors, tu l'aurais bien mérité... C'était facile.


( sourire tranquille, mais légèrement brillant )

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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Ven 02 Mar 2012, 01:44

- La mort de ma ... faiblesse?
(ricanement)
- Je ne pense pas que quiconque soit capable de m'aider à m'en débarasser ... à moins que tu me prouve le contraire.
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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Lun 12 Mar 2012, 14:51

Anee ne répondit pas à la provocation de Laïar : cela n’aurait servi à rien ; et puis, elle le prouverait, évidemment. Cela se saurait dans quelques semaines, mois, années. Et quand l’apprentissage de la jeune fille serait terminé, elle ne serait plus que puissance absolue. Pure.

Un léger sourire sur les lèvres, l’Envoleuse détailla à nouveau son apprentie : en effet, cette dernière s’était lancée plutôt souplement sur le toit, à sa suite, sans vraiment hésiter devant le trou béant qui aurait voulu la happer.
Haussant les épaules tranquillement, Nee emmena donc Laïar plus loin, en glissant sur les toits.
Première étape lors de ce passage en ville : vérifier souplesse, hésitation, franchise et autres particularités des jeunes gens qu’elle menait désormais. Et sur les toits, il était facile de pouvoir juger de telles prédispositions ou mouvements ; c’était sans doute le domaine qui demandait le plus un accord de tout le corps et de l’esprit particulièrement.

Combien de temps sautèrent-elles sur les toits ?
A l’élancer, atterrir, rouler, sauter, bondir, courir, glisser, se hisser.
Chaque mouvement n’était que la parfaite suite du précédent. Il n’y avait pas plusieurs mouvements, mais un seul, global, qui les englobait tous. Fluidité.


- Détail et globalité. Tu dois pouvoir tout voir sans rien regarder. Saisir les subtilités sans t’y attarder. Une pierre qui sort, un drap qui se balance… Tout cela doit te servir. Le détail donne une longueur d’avance, que ce soit en combat ou ici, dans cette situation…

Un sourire.

- Un seul geste. Un seul souffle. Tout s’enchaîne. Ton corps ne s’arrête pas, il ne réfléchit pas, il agit. Ne bloque aucune de tes articulations, ne reprend pas ton souffle. Tu es souffle…

Comme pour illustrer ses paroles, Anee s’élance sur un autre toit, crochète une gouttière, se hisse souplement sur un muret. Tout en fluidité. Elle laisse glisser sa respiration, la contrôle parfaitement, lui interdit de se hacher.
Inspiration et expiration.

Le soleil tombait lentement à l’horizon lorsque les pieds de Nee effleurèrent enfin le sol, les pavés de la rue. Autour d’elle, les maisons s’élevaient dans les airs, construisant par la seule force de leur présence une ruelle étroite dans laquelle il n’était sûrement pas bon de se balader en étant une jeune fille sans défense…
Lorsque Laïar arriva à son côté, elle lui adressa un léger sourire, avant de l’emmener un peu plus loin, dans la ruelle principale. Les étalages étaient presque vides désormais, et les commerçants commençaient à ranger leurs affaires.


- Une chasse à la nourriture. Si tu veux manger, il va falloir être discrète. Ou rusée.

Un sourire alambiqué passa sur les lèvres de Nee.
D’un léger mouvement du menton, elle intima à son apprentie de rester là où elle se trouvait. Avant de se glisser dans la ruelle, en pleine lumière, à la vue et au su de tous.

Un sourire sur le visage, un éclat brillant dans son regard électrique, elle s’avança de sa démarche féline et légère vers un étalage où se trouvaient d’énormes saucissons et pièces de charcuterie très appétissantes. Se penchant par-dessus la planche de bois qui servait de présentoir, Nee planta son regard dans celui de l’homme, tout sourire.


- Excusez-moi ?

Le commerçant était accroupi un peu plus loin, et se redressa brusquement en bougonnant… Jusqu’à ce que son regard se posa sur la silhouette effilée de Nee ; alors un sourire étira ses traits fatigués.


- Oui mademoiselle ?

- Est-ce que vous savez où se trouve l’auberge la plus proche ?

L’homme se gratta le menton un instant, pensif, avant de répondre, presque triomphant :


- C’est deux rues plus loin ! Là, vous allez jusqu’au croisement, à droite. Ensuite, c’est deux croisements plus loin, dans l’angle. Vous ne pouvez pas la rater !

Nee lui adressa un sourire innocent, et hocha la tête.

- Merci beaucoup monsieur ! Bonne soirée à vous !

Elle finit tout simplement cela en lui adressant un clin d’œil, qui le fit virer au rouge pivoine. Ne suivant pas du tout la direction qu’il lui avait indiquée, Nee vint retrouver Laïar, un jambon entier dans les mains, un sourire sur les lèvres.

- Parce qu'il est remarquable dans la lumière et invisible dans l'ombre, l'Envoleur reste discret. Toujours. La discrétion est la clé de bien des choses…

Et d’un mouvement du menton, elle invita Laïar à faire ses preuves. Un sourire sur les lèvres, mordant délicatement dans son jambon.

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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Lun 12 Mar 2012, 22:33

Tu sais que tes mots me blessent plus que ton sourire Anee ? Est-ce que tu sais que souligner ma "faiblesse" meurtrit mon orgueil ? Déjà qu'il était bien mal en point … Je te hais. Un peu plus à chaque pas. Un peu plus à chaque mot. Je te hais. Et pourtant je t'admire, t'envie à vouloir en mourir. Je ne sais plus quel sentiment fait battre mon cœur plus vite ni lequel serre mon cœur. Tout ce que je sais c'est que même si tu me détruis, tu m'offre de quoi me reconstruire.

"Je ne pense pas que quelqu'un soit capable de m'en débarrasser."
Des mots qui ont sonné creux. Il t'a suffit d'ouvrir les yeux, de voir que j'étais toujours devant toi, pour te prouver que je ne pensais pas une seule de mes paroles. Tu sais, je doute vraiment de pouvoir un jour me débarrasser de ces chaînes qui m'entravent, mais j'espère.
Espérance.
Un Maitre-mot qui commence à naitre au fond de moi.

******

Anee ne cherche pas à discuter de sa capacité à éliminer mes faiblesses. Evidemment. Tout comme moi, elle sait que ce problème ne sera réglé que si nous y mettons toutes les deux du notre. Et je doute qu'elle me pense capable d'un tel exploit. Il faut que je lui montre – il faut que je me montre – que je ne suis pas si faible que ça. Que je suis prête à apprendre.

Mon mentor s'élance sur les toits sans prévenir. A nouveau l'esprit cherche à me semer, sauf que cette fois-ci je suis capable de le suivre : je connais le terrain. Pas que j'ai déjà arpenté les toits d'Al-Vor. Ceux d'Al-Chen sont les seuls à avoir déjà accueillis mes pas, mais l'architecture de ces deux villes n'est au fond pas bien différente. Un toit reste un toit. Qu'il soit fait de lauses, de pailles, d'ardoises ou simplement de terre. Qu'il soit plat ou penché. La pluie n'est pas tombée dans les jours qui ont précédés ce cours, aussi je ne me préoccupe pas de savoir si je risque de glisser ou pas. Par temps sec, je sais comment réagir face à la majorité des toitures.

Sauter. Glisser. Sauter encore. Crocheter une gouttière. Grimper. Courir en équilibre. Sauter toujours. Anee ne s'éloigne jamais de beaucoup, pourtant je suis incapable de la rattraper. Comme sur la muraille, elle reste insaisissable. Malgré la facilité avec laquelle j'ai l'impression d'évoluer dans les airs, elle me prouve que je peux encore progresser. Si je ne progressais plus à Al-Chen, était-ce juste parce que j'avais atteint un mur ? Comme un aveugle qui découvrirait la lumière, j'ouvre les yeux et découvre avec stupeur un monde apparaitre devant moi. Personne ne m'a jamais prouvé qu'on puisse faire mieux que moi. Personne sauf Anee.
Je n'ai pas perdu une de mes innombrables faiblesses. J'ai juste découvert qu'elles peuvent disparaitre. Un sourire naît sur mes lèvres, inaperçu aux yeux de mon mentor qui ouvre le chemin.
Espérance.

******

- Détail et globalité. Tu dois pouvoir tout voir sans rien regarder. Saisir les subtilités sans t’y attarder. Une pierre qui sort, un drap qui se balance… Tout cela doit te servir. Le détail donne une longueur d’avance, que ce soit en combat ou ici, dans cette situation…
Un seul geste. Un seul souffle. Tout s’enchaîne. Ton corps ne s’arrête pas, il ne réfléchit pas, il agit. Ne bloque aucune de tes articulations, ne reprend pas ton souffle. Tu es souffle…


******

Une pause. Et déjà elle s'est envolée.
Ouverture. Unité.
A sa suite je m'élance. Etre fluidité comme lorsque nous courrions. Le souvenir des exercices ayant précédés notre arrivée à Al-Vor remontent à ma mémoire et m'aident à appliquer les conseils de mon mentor. Difficile d'être ouvert à toutes les possibilités qui s'ouvrent à moi, de choisir dans le même temps la bonne option et de s'en saisir. Je vois Anee agir. Je sens ce qu'il faudrait que je fasse. Pourtant je n'arrive pas à appliquer ses conseils à la perfection. Maintes fois je dois m'arrêter, surtout qu'avec la fatigue qui revient par vagues j'hésite parfois.

Est-ce que j'ai progressé ? En tout cas, lorsqu'Anee m'arrête, je n'ai qu'une envie : continuer pour trouver mon rythme. Continuer pour lui arriver au moins à la cheville.

D'un saut léger, la belle Envoleuse quitte notre perchoir pour rejoindre une ruelle. De là où nous sommes, nous pouvons voir l'une des artères principales d'Al-Vor où les passants commencent à se faire rare. L'heure du souper approche et les gens se hâtent vers la soupe fumante qui les attend chez eux. Si seulement je pouvais faire pareille… mon ventre grogne à cette pensée, me rappelant qu'il faudrait que je reprenne des forces avant la prochaine course imposée par Anee.

- Une chasse à la nourriture. Si tu veux manger, il va falloir être discrète. Ou rusée.


Elle n'aurait pas pu juste me tendre du siffleur séché ? Quelle manque de prévoyance … elle aurait pu amener des stocks de nourriture avec elle. Leçon n°10000 : avoir toujours à manger avec soit, ne serait-ce que pour faire croire à son Maitre qu'on a réussi à voler quelque chose. Après tous ces efforts, j'ai plus que la flemme d'aller voler mon dîner.

La vue d'une Anee croquant dans un jambon savoureux fait miraculeusement disparaitre ma flemme. Mes yeux luisent d'une demande silencieuse que mon mentor voit sans y répondre. Je peux rêver. Ce larcin est le sien pas le mien. Elle va voir ! Je vais voler dix jambons et ne partagerais pas. Saleté de maitre égoïste !

- Parce qu'il est remarquable dans la lumière et invisible dans l'ombre, l'Envoleur reste discret. Toujours. La discrétion est la clé de bien des choses…


De là où j'étais cachée, je n'ai pas saisi ce qu'Anee racontai au vendeur pour lui faire oublier ses mains baladeuses, mais je me doute qu'avec ses yeux, elle n'a pas eu de mal à capturer son regard. Il suffit de regarder cet homme pour comprendre qu'il est encore sous l'emprise du charme de l'Envoleuse. Son air perdu dans la vague, n'ayant pas remarqué la disparition du jambon, en est la meilleure preuve.

Bon et maintenant qu'est-ce que je fais ? Anee a parlé de discrétion mais elle a fait preuve de tout sauf de cette qualité … Je comprends parfaitement la technique du "Attirer le regard ailleurs que sur ses mains", maintes fois utilisée à Al-Chen, mais j'aimerais trouver plus original. Ayant vaguement pitié du vendeur lésé, je décide de me trouver une autre proie.

Ouverture.
Un regard aiguisé qui scrute les rares clients. Le sommeil qui ralenti les réflexes et les gestes d'un homme. Un panier bien garni qui se balance au bras d'une femme. Tant de choses qui m'indiquent quelles proies éliminer et quelles autres garder en compte.
Celle-ci fera l'affaire.

- Tu me disais que Karl avait rénové son salon pour sa nouvelle maitresse ?


- Il a même une tête de tigre des prairies accroché au mur !


- Un tigre des prairies ? Et pourquoi pas celle du Dragon ? D'ailleurs tu ne voudrais pas …


Je n'ai pas besoin d'en entendre plus pour imaginer les petits yeux de chat implorant que la jeune femme tend vers son compagnon. Celui-ci a heureusement l'habitude de ces conversations virant aux caprices et garde son regard obstinément fixé droit devant lui.
Nul n'a les yeux tournés vers le panier qui pend au bras de la femme. Hormis moi.
Un geste. Un souffle.
Je continue ma route mine de rien, saucisson en main. La voix de ma victime pépie toujours dans mon dos, au sujet cette fois de l'arrangement de sa chambre. Futile. Celle-là serait parfaite pour intégrer la cour …

Une ruelle plus loin, je me coule dans l'ombre, empruntant deux autres rues avant de retrouver Anee qui m'attend tranquillement, un jambon bien entamé à la main.
Croquant dans mon casse-croûte improvisé, je laisse planer la fierté dans mes yeux fixés sur l'Envoleuse.
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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Mer 14 Mar 2012, 20:07

Un sourire sur les lèvres, le regard parfaitement planté sur la silhouette de son apprentie, Nee continue de manger tranquillement son morceau de jambon. Ce qui ne l’empêche pas de jauger Laïar, qui se coule dans la rue avec facilité. Autant de facilité qu’elle repère une proie facile, et que bientôt, elle revînt sans encombre auprès d’elle.
Un saucisson dans la main.

Ne faisant aucun commentaire, Anee se contenta d’un hochement de tête appréciateur, ainsi qu’un sourire dans son regard électrique. Proposant à son apprentie d’aller un peu plus loin pour finir leur diner, elle s’assit finalement sur un banc, dans une ruelle non loin de là.
Chacune termina sa propre part, la faim faisant gronder les ventres.

Puis, quand elles eurent terminé, alors que le soleil se couchait derrière les murailles de la ville, Anee se releva tranquillement, posant son regard d’un bleu surprenant dans celui de son apprentie. Un léger sourire sur les lèvres.


- Continuons, maintenant que tu as le ventre plein.

Elles filèrent donc au travers des ruelles. L’Envoleur misa sur la discrétion, donnant des indices précieux à son apprentie pour parfaire sa technique. En effet, Laïar semblait familière des rues et ruelles, de la ville en elle-même, de ses vices et défauts, de sa perversité et de sa manière de fonctionner. Elle se glissait avec assurance sur les dalles, le long des murs et derrière les poubelles. Mais elle faisait encore un peu trop de bruit au goût d’Anee, qui lui intima de respirer moins fort, uniquement par le nez, sans jamais bloquer son souffle.

Le prochain exercice était une suite logique de ce qu’elles avaient pu voir jusqu’alors. Le soleil se couchait, et la nuit prenait ses droits sur Al-Vor, donc le marché nocturne commençait à peine mais grouillait déjà de parts et d’autres ; murmures échangés, lames tirées au clair, reflets d’acier, pièces cliquetantes…

Elles arrivèrent bientôt devant un bâtiment relativement haut – une dizaine de mètres – et Nee désigna donc le mur, encore une fois : une nouvelle escalade. Le but était évidemment de faire répéter l’exercice à l’apprentie assez souvent pour que cette dernière s’y habituât parfaitement, et ainsi n’ai plus aucune peur ni appréhension. Que toute l’ascension devînt réflexe pur.
Ainsi, toute la montée se déroula sans réelle difficulté, en tout cas pas assez pour arrêter la jeune fille.
Nee lui montra un balcon en particulier, entouré d’une rambarde en fer forgé très belle, et s’y hissa sans difficulté, attendant qu’elle la rejoignît.
Un sourire sur les lèvres, parce qu’elle se doutait que ce qu’elle allait demander à son apprentie relevait sans doute de l’enfantillage pour elle, mais elle préférait voir cela de ses propres yeux. Sortant vivement deux épingles de sa tenue, elle offrit sa paume, dans laquelle elles brillaient doucement, à Laïar.


- Pour ouvrir cette porte.

La porte en elle-même semblait tout de même difficile, notamment au niveau de la serrure, qui semblait compliquée, parce que fine. Pourtant, un œil avisé se rendait très vite compte qu’elle ne comprenait pas beaucoup de difficultés en dehors du fait qu’on ne voyait pas ce qu’il se passait dans la serrure une fois l’épingle insérée.

Anee sourit, se fondant contre le mur.
Invisible.
Observatrice.

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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Jeu 15 Mar 2012, 21:18

"Ne pas parler la bouche pleine."
Anee est un modèle, même de politesse. Continuant à mâchouiller son jambon, elle hoche la tête mais ne fait aucun commentaire sur ma performance. D'un signe elle m'entraine plus loin, sur une placette calme où nous attend un banc. Un banc ! Sentir le bois dur sous mes fesses me tire un soupir ravie. Enfin autre chose qu'une course !

Consciente que dès que j'aurais fini mon casse-croûte la pause finira, je mâche lentement chaque bouchée. Le goût salé du saucisson appelle un bout de pain et de l'eau, mais ni l'un ni l'autre n'étaient visibles dans le panier de la bourgeoise, je suis donc condamnée à le manger seul. Ce seul morceau de viande ne suffira pas à remplir mon estomac. Au prochain cours je prévoirai des galettes de niam dans un petit sac.
Dire que j'ai été trop occupée aujourd'hui pour penser une seule fois à mon ventre vide … cela fait trop longtemps que je n'ai pas vécu une journée aussi intense.

Le regard perdu dans le vide, je laisse mes pensées dériver sur les différents épisodes de cette journée. La voix d'Anee me ramène à la réalité. Il est temps de reprendre la route. Déjà ? Un coup d'œil vers mes mains vides m'apprend qu'en effet j'ai bien fini mon saucisson. Dommage … j'étais si bien sur ce banc…

*****

- Un chat ?! C'est trop mignon pour une fille comme toi. Tu ne préfèrerais pas une panthère ? Une lionne ?

- Le lion c'est toi. Tu ne peux pas comprendre. Moi je ne suis pas puissance, je suis plus …


*****

Le tatouage que cache à peine mon pantacourt me rappelle ce vers quoi j'ai aspiré de mon temps à Al-Chen. La discrétion. La finesse. La dualité. La grâce féline. La cruauté cachée sous des airs angéliques. Une capacité à sortir ses griffes sans prévenir. Si je devais un jour devenir un animal, nul doute que je choisirais celui-là. J'aurais pu aimer le renard comme mon frère, mais il manque de cette finesse que je recherche.

"Je ne suis pas puissance."

Cette phrase à laquelle je n'ai plus pensée après ce jour résonne étrangement dans ma mémoire. Un trouble nouveau se glisse dans mon esprit. Qu'est-ce que je recherche au juste ?
Un regard vers Anee suffit à me répondre.

*****

Lumière dans le jour. Ombre dans la nuit.
Se fondre dans son environnement pour devenir invisible.
Suivant les consignes rapidement données par mon mentor, je m'applique à rester discrète. Dans cette ville, je me sens comme un poisson dans l'eau. Etre silencieuse dans les plaines était un défi. L'être dans les ruelles l'est moins. Pourtant Anee trouve à redire dans mon attitude, insistant à plusieurs reprises pour que je surveille mon souffle. Je respire toujours comme un "bœuf enragé". Et puis je sens que je ne bouge pas comme je le devrais. Je me sens gauche dans mes mouvements, après que l'Envoleuse me l'ait fait remarquer à plusieurs reprises aujourd'hui.
Un souffle.
Je suis déjà un animal de la nuit. Il faut maintenant que je me transforme en chat.

Efforts répétés.
Gestes qui s'agencent de manière de plus en plus fluide.
Démarche qui se félinise.
Il y a du progrès, mais comme pour la balade sur les toits, il y a encore beaucoup à apprendre.

*****

Un bâtiment d'au moins trois étages.
Plantée devant lui, Anee m'attend. Nul besoin de me dire quoi faire car comme pour la muraille je sais que je vais devoir escalader la paroi. Sauf que cette fois-ci je suis prête. Je ne viens pas de sprinter pendant plusieurs centaines de mètres et ne tremble pas à la façon d'une droguée en manque. Et puis ce n'est pas une montagne que j'ai devant moi.
Cette fois-ci je n'hésite pas. Un coup d'œil à la paroi me suffit à appréhender le parcours qu'il va me falloir prendre. J'ai déjà escaladé des bâtiments, que ce soit pour occuper mes nuits ou pour aller dévaliser quelques chambres. Toujours dans la discrétion.
Me répétant les conseils de mon mentor, j'attaque l'ascension. Me calquer sur un rythme et ne plus le lâcher. Me dire que je ne risque rien. Que j'ai déjà fait ça des dizaines de fois. Que j'ai vu pire. Qu'Anee me suis.
Une à une, les pierres passent sous mes mains. Une seule s'effrite sous mes doigts, heureusement je m'aperçois de sa fragilité avant d'avoir posé mon poids sur elle. Les bouts de roches dégringolent le long du mur, leur petite musique m'arrêtant un instant dans ma grimpette. Il faut que j'évite de reproduire ce son avec mes os …

L'Envoleuse s'arrête au niveau d'un balcon bordé d'une rambarde. Les tiges des glycines se sont glissées dans les volutes dessinées par des barres de fer, témoins de la beauté printanière que doit revêtir le balcon chaque année. Mon regard s'attarde à peine sur elles, de même que mon imagination. A cheval sur la balustrade, j'attends la suite des ordres.
Deux épingles.
Une serrure.
Ma main se tend et saisit les objets offerts par l'Envoleuse.
D'un bond je me retrouve les deux pieds au sol. D'un pas je suis au niveau de la porte.
Mécaniquement, mes mains exécutent ces gestes basiques pour un voleur.

*****

- Alors tu vois, tu pose ton épingle comme ça, puis ton couteau comme ça. Tu tourne un peu. Tu appuie. Et tadaaa ça s'ouvre ! Simple hein !


Deux options : hurler de joie et faire semblant d'être impressionnée, ou bien jouer la blasée pour qui cet exercice ne prendra pas plus de deux secondes. La jolie blonde ne fait rien de cela. Un simple sourire étire ses lèvres, transmettant à l'homme accroupi le message qu'il voudra y lire. Apparemment il choisit d'y voir de l'admiration, ses yeux luisants de fierté. Sa suffisance donne plus la nausée à l'ange à ses côtés, mais elle le cache derrière son masque. Elle sait déjà que si elle veut grimper à la tête du groupe de voleurs qu'elle a intégré, elle va devoir faire profil bas devant le chef mais mettre son lieutenant dans sa poche. Ce dernier étant à ses pieds, mieux vaut ne pas le brusquer. Qu'il pense être le lion puissant qui fait frémir les autres animaux. Il n'en est rien.

- Je te laisse ouvrir la suivante. Si tu y arrives avant la fin de la nuit, tu auras une récompense.


Nullement effrayée par l'idée sous-jacente de Chire, la jeune fille lui envoie une sourire aguicheur avant de se tourner vers la porte. Qu'importe la suite des évènements, l'important est de venir à bout de cette serrure.
Poser. Tourner. Appuyer.
Casser.
L'impatience s'empare des nerfs de la demoiselle alors qu'elle vient à peine de commencer son œuvre.
Poser. Tourner. Appuyer.
Casser.
Et ne pas s'énerver.
Quel est donc le secret de cette serrure ?
Finesse. Cette vieille dame rouillée finira bien par céder si on lui parle gentiment. Consciente que la force brute de Chire ne marche que dans son cas, Laïar inspecte avec son épingle l'intérieur de la serrure, sentant les différents pistons qui la composent.
Une heure passe … une longue heure à sentir, tester, casser. Et puis finalement un déclic se produit et la porte s'ouvre.
L'ange blond se lève, ravie par son exploit. Devant elle, ce n'est pas seulement une nuit bien occupée qui s'annonce, mais aussi un futur animé.

*****

Un déclic.
Je suis consciente d'avoir dû m'y reprendre à deux fois avant de réussir à forcer la serrure, mais ces débris d'épingles à mes pieds ont peu d'importance. L'habitude s'est glissée dans mes doigts et il m'a fallu à peine deux minutes pour venir à bout de l'exercice. Chire se serait moqué de moi s'il avait été là, me traitant d'escargot ramolli. Alors je lui aurais collé une baffe pour lui apprendre à respecter son patron, un sourire en coin. Du dégout plein le cœur.
Quelle réaction sera celle d'Anee ?
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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Ven 16 Mar 2012, 08:39

En effet, aucun doute, Laïar avait déjà fait cela.
Il n’y avait qu’à observer la manière dont elle s’était saisie délicatement des épingles, pour les glisser dans les serrures.
Oh, ce n’était pas du grand art ! Mais c’était déjà cela, en effet, et elle n’avait donc pas à expliquer toutes les subtilités d’une serrure à son apprentie. Ni comment cela fonctionnait : elle semblait en mesure de ressentir les pistons à travers une épingle. Et même si ce verrou était un enfantillage, Nee hocha la tête d’un air appréciateur.


- Entrons.

Poussant la porte extérieure calmement, la paume à plat près de la serrure, Nee inspira un grand coup en entrant dans la pièce. Des étincelles dans les rues. Elle se glissa sans hésitation dans la pièce qui s’ouvrait à elles, et se dirigea précisément à travers celle-ci. Alluma une sphère lumineuse.
La douce clarté qui émanait de l’objet Imaginé dévoila alors l’intérieur de la pièce.
Et un large sourire étirait les lèvres de la jeune femme.

Une pièce spacieuse, déjà. Aux courbes épurées, aux meubles choisis avec goût, disposés précisément dans l’espace. Un certain cachet se dégageait de l’appartement, tout était simple mais beau ; pas de surcharge, juste de l’espace et du raffinement. Les murs étaient d’une couleur gris-bleu très clair, les meubles en olivier massif pour la plupart, ce bois presque noir aux reflets ambrés ; joliment décoré avec des pièces de porcelaine, des tableaux…
Nee inspira profondément.
Satisfaite.


- Bienvenue chez moi, Laïar.

Devant le regard incrédule de son apprentie, Nee lâcha un sourire, tout en souriant doucement.

- On va juste passer la nuit ici. Demain, on repart. Suis-moi.

L’Envoleuse amena son apprentie plus loin, la faisant sortir de la pièce principale pour passer dans une seconde pièce, puis une troisième. Lui ouvrant la porte de cette dernière, Nee l’y fit entrer en lui présentant sa chambre, donc. Un bon lit, large, drapé, l’attendait, et Nee s’effaça pour lui laisser la place.

- Si tu veux te débarbouiller, c’est la pièce à côté. Bonne nuit, Laïar.

Fermant la porte coulissante délicatement, Nee prit une nouvelle inspiration, son regard passant sur le mobilier de son appartement. Depuis combien de temps n’était-elle pas rentrée dans ses quartier d’Al-Vor ? Longtemps, c’était certain. L’avantage de l’emplacement de celui-ci, c’était que le bâtiment dans lequel il se tenait ne payait pas de mine, et que personne ne pouvait se douter ce qu’il cachait en son sein.

Dans un soupir, Anee se glissa dans sa salle d’eau, fit couler un filet d’onde pour se laver le visage, avant d’aller dans sa propre chambre, un sourire sur les lèvres. Se déshabillant entièrement, le souvenir fugace d’une nuit passée avec Gil fila dans son esprit, mais elle le repoussa, avant de se pelotonner sous les draps frais.
Elle s’endormit presque immédiatement.






[ Désolée, c'est vraiment court... ]
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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Ven 16 Mar 2012, 19:21

La porte s'ouvre sur une pièce noyée dans la pénombre. Seul un rayon de lune se glisse sur le palier, bien insuffisant pour permettre d'apprécier les lieux. Cela n'empêche pas Anee d'entrer sans une once d'hésitation et de se diriger tout droit. Je distingue à peine les contours des meubles, alors comment fait-elle pour savoir où poser ses pas ? Est-il possible d'avoir une vision nocturne ?
Soudain la lumière inonde la pièce, révélant un petit salon élégamment aménagé. Un peu tendue, je guette les environs, consciente qu'allumer ainsi des sphères lumineuses risque d'alerter le voisinage. Mon regard se pose dans celui de l'Envoleuse, une question muette dans les yeux : "Et maintenant ? Que vole-t-on avant de partir ?" Comme but ultime à cette infraction, je ne vois rien d'autre qu'un cambriolage. La réponse que m'offre la femme est tout autre.

- Bienvenue chez moi, Laïar.

Mes yeux s'écarquillent de stupeur à cette révélation. Chez elle ? J'étais persuadée que les Envoleurs ne vivaient qu'au Domaine … Passé le moment incrédule, je me permets de détailler la salle. Si j'avais dû imaginer le logement de mon mentor, j'aurais pensé à quelque chose de ce style : simple mais élégant. Je n'ai pas sous les yeux un appartement surchargé, comme certains nobles se plaisent à avoir pour exposer leur richesse. Ce n'est pas non plus un lieu qui respire la bourgeoisie malavisée qui cherche à se donner un air. C'est juste … simple. Oui. Vraiment seul ce mot correspond. Pourtant je trouve l'arrangement des meubles et de la décoration parfait.

Lorsqu'Anee me guide à travers trois autres pièces, je ne prends pas le temps de m'arrêter pour admirer. Un individu qui n'aurait pas eu une enfance riche aurait surement passé un long moment le nez en l'air, à regarder d'un air béat la beauté mystérieuse de la pièce. Personnellement, j'ai vu plus riche. J'ai aussi vu plus pauvre. Je ne suis pas impressionnée par les lieux, mais reste appréciative du goût dont à fait preuve Anee.
Derrière une porte se découvre une chambre. Au milieu trône un lit double, drapé dans les tons bleutés que semble affectionner l'Envoleuse. Soudain je réaliser la portée de ses dernières paroles. "On va passer la nuit ici."
A peine la porte s'est-elle refermée sur les pas de mon mentor que je m'effondre sur le lit, savourant la douceur des draps. Il y a si longtemps que je n'ai pas goûté un tel plaisir.
Sans même avoir pris le temps de passer par la salle d'eau, je m'endors.

*******

Mes paupières s'ouvrent doucement sur la chambre qui m'accueille en son sein. Mes yeux papillonnent un instant de meuble en meuble, tentant d'aider ma mémoire à retrouver le pourquoi de ma présence ici. Puis je me rappelle. Mon premier cours. Les exercices épuisants de la veille. La serrure forcée. L'appartement d'Anee.
Je frissonne en m'apercevant que je ne me suis pas glissée sous la couette et que la température ambiante n'est pas bien élevée. Je me lève, m'approche d'une armoire, fouille à l'intérieur jusqu'à dénicher une fine couverture. La posant sur mes épaules, je m'approche de la fenêtre.

Les étoiles sont basses … je ne me souviens pas m'être jamais réveillée si tard. Je ne me souviens d'ailleurs pas m'être réveillée par moi-même, sans l'aide d'un cauchemar. Ce cours aurait-il eu un effet bénéfique sur mon corps et mon cœur ? L'espoir, encore et toujours, se glisse en moi et me tire un sourire. J'ai une dette envers quelqu'un aujourd'hui : envers ce Mercenaire qui m'a guidée jusqu'au Domaine.

Quittant le ciel étoilé, je me dirige vers la pièce attenante à ma chambre. La salle de bain. L'idée de prendre un bain m'effleure un instant, mais la pensée de réveiller au passage mon mentor me fait très vite l'oublier. Anee risquerait de m'en vouloir, ce qui entrainerait un entrainement plus cruel que celui d'hier. En silence, je fais couler un peu d'eau dans une bassine et m'en sers pour me laver rapidement le visage, les jambes et les bras. Rafraichie, je reviens encore deux pièces en amont, active les sphères lumineuses et me dirige vers une bibliothèque située dans un coin. Mon doigt se pose sur le bois sombre du meuble, dessinant une arabesque dans la poussière qui le macule. Depuis quand Anee n'est-elle pas venue ici ? Bien longtemps au vu de la couche de saleté qui s'est accumulée …
N'y prenant pas plus garde, j'attrape un livre à la belle reliure mauve rehaussée d'or puis vais m'assoir en travers d'un fauteuil. Les pieds ballants par-dessus l'accoudoir, j'ouvre la première page et me plonge dans ma lecture. J'ai eu ma dose de repos, il ne me reste plus qu'à attendre que la jeune femme ait eu la sienne.


[Mais non c'est parfait ^^]
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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Ven 23 Mar 2012, 19:35

    Une main se glisse sur une autre.
    Encouragement.
    Anee lève les yeux, lentement, vers la jeune femme en face d’elle. Ce qu’elle peut voir, dans son regard ? De l’amour. Et soudain, elle se sent comme trembler. Peut-être paniquer. Elle, paniquer ? Il faut croire que oui, à sentir son cœur s’emballer si rapidement, menaçant de traverser sa poitrine sous la force dégagée.


    - Nee ? Nee ?

    La jeune femme cligne des paupières.
    Elle a bien du mal à accepter ce qu’il vient de se passer. Avec Tahra, tout avait toujours été si simple ; et pourtant, en cet instant, c’était terriblement compliqué.
    Une attache ? Non.
    Elle ne voulait pas d’attache. Rester libre, d’aller et venir à sa guise. Dans ce qui était son chez-elle.
    Elle ne voulait pas de Tahra avec elle. Pas quotidiennement, pas à savoir comment serait composé le prochain jour.
    Hors de question.

    - Tahra… Je veux que tu t’en ailles.


    - Quoi ? Mais… Tu ne veux pas ?

    Le regard que lança la jeune femme était aussi clair que de l’eau de roche. Aussi dur que cette dernière.

    - Non. Va-t-en. Je ne veux plus te voir dans mon appartement, ni nulle part ailleurs. Je ne veux pas de toi.

    Sa voix, glaciale, atteint Tahra en plein cœur. Elle voit sa face se décomposer, lentement, alors que la jeune femme avec laquelle elle a partagé sa vie pendant trois mois, peut-être amoureuse… Mais elle ne voulait plus l’être.
    S’engager ? Impensable.

    Se détournant de celle que sans doute elle aimait, mais sans se l’avouer, Nee pose sa main sur le fauteuil d’un bleu chiné, au centre de la pièce principale de l’appartement. Ses doigts se crispent légèrement sur la soie bleutée.

    - Tu n’es pas devenue sourde, j’espère ?

    Une flèche.
    Un soupir excédé. Un soupir de défaite…


£&£


Nee ouvrit les paupières, lentement.
L’odeur, si particulière, de ses draps monta à ses narines, et elle se sentit se détendre parfaitement. Dans ces longs tissus blancs, il s’était passé tellement de choses. Cet appartement était le lieu de nombreux évènements qu’elle était presque seule à connaître ; des évènements la concernant, évidemment.

Elle se souvenait parfaitement de sa mère adoptive, qui le lui avait offert le jour de ses seize ans.
Elle se souvenait parfaitement du premier homme qu’elle y avait ramené, des années plus tôt.
Elle se souvenait parfaitement de Tahra, qui y avait vécu comme chez elle pendant des mois.
Elle se souvenait parfaitement de ce soir-là, quand son Maître était entré le temps qu’elle prît ses affaires.
Elle se souvenait aussi du mot qu’il l’y avait laissé, après la fin de son apprentissage.
Parfaitement.
Anee,
Envers et contre tout,
Maître et apprentis,
Liés.
Elle avait même presque trouvé cela émouvant.

Un léger soupir franchit ses lèvres, tandis qu’elle tendait l’oreille. Elle se rendit très vite compte que Laïar s’était déjà levée, même si le soleil n’éclairait qu’à peine le ciel, de derrière l’horizon. Un sourire dans son regard, elle repoussa son drap largement, et enfila rapidement une robe légère, qu’elle cintra d’une ceinture marron sur sa taille. Enfilant ses bottes, elle sortit de sa chambre pour se débarbouiller quelques instants, avant de rejoindre son apprentie dans la salle principale.


- Tu veux manger, Laïar ?

Elle n’attendit cependant pas la réponse de la jeune fille pour sortir de quoi remplir leur ventre, en ce début de journée. Il n’y avait pas grand-chose dans l’appartement, juste de quoi subvenir à un besoin rapide – des céréales et de la viande séchée. Elles mangèrent donc assez rapidement, toutes les deux, avant qu’Anee décidât qu’il était temps d’y aller.

Elle fit sortir à nouveau Laïar par le balcon, et lui donna comme premier exercice de la journée de refermer la serrure comme elle l’avait ouverte : avec des aiguilles. Il était bien plus ardu de maîtriser une serrure pour la verrouiller que pour la déverrouiller, mais l’apprentie s’y connaissant plutôt bien, ne mit pas énormément de temps – juste le temps qu’il fallait pour que le soleil franchît enfin l’horizon et que ses rayons vinssent inonder Al-Vor.

Un sourire sur les lèvres, elle fit donc désescalader son apprentie le long du mur ; et encore une fois, la désescalade était bien plus ardue que l’escalade en elle-même.


- Ne regarde pas le sol. Pense à tes appuis, essaye d’ouvrir tes sens sans te focaliser sur le vide sous toi. Reste bien calme, respire lentement…

Se coulant le long de la muraille, Nee observait Laïar et la fluidité de ses gestes. Ce n’était pas encore ça, mais elle devait bien reconnaître que depuis la veille, la jeune femme avait retenu quelques petites choses essentielles, ce qui faisait qu’elle avait déjà progressé. De ce qu’elle en voyait.

Répéter les exercices. Sous forme différente, certes, mais le but est toujours le même.
Légèreté, discrétion.
Elles avancent, dans les rues, Anee exigeant de Laïar qu’elle se fît le moins voir possible. Petites ruelles, grandes avenues, tout y passe.


- Ombre dans l’obscurité et rayon dans la lumière. Un Envoleur s’adapte. Parce que le moyen de ne pas être vu peut être aussi de se montrer…

Cependant, Nee ne se contenta pas de cela.
Quelques jours plus tôt, elle avait prévenu un ami, par voir aviaire, de sa future visite. Elle fit entrer Laïar dans une échoppe alors que le soleil atteignait son apogée dans le ciel, délesté de nuage.


- Anee ! Et ben, comment tu vas ma belle ?

Un sourire étira légèrement les lèvres de Nee, tandis qu’elle saluait son vieil ami d’un léger hochement de tête… Mais ce dernier ne voulut rien savoir, et la serra puissamment dans ses bras – et elle se laissa faire.
Large d’épaules, immense, Naktar était un gaillard auquel peu de gens se seraient frottés en temps normal. Et voyant, en plus, ses larges muscles, il fallait avoir encore plus de courage… Mais c’était sans savoir qu’il n’aurait fait de mal à une mouche : forgeron de son métier, il préférait manier le marteau et l’enclume plutôt que la tête des autres.


- Bien, bien… Dis-moi, je viens te voir pour que tu définisses l’arme parfaite pour cette jeune fille…

Se tournant vers Laïar, une lueur presque amusée dans le regard, Nee lui adressa un léger sourire.

- Il va falloir que tu répondes le plus précisément possible à Naktar, pour qu’il puisse forger ce qu’il y a de mieux : l’amalgame parfait entre ce que tu voudrais avoir, et ce que tu es.

Un sourire sur les lèvres, l’Envoleuse hocha la tête pour elle-même, avant de faire un pas en arrière pour laisser les deux personnages discuter ensemble de ce qui serait le mieux.
Elle observait, surtout son apprentie qui parlait, et qui réagissait.
En apprendre toujours plus sur elle.
Un sourire dans le regard.

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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Lun 26 Mar 2012, 22:31

- Tu veux manger, Laïar ?

La voix d'Anee me tire brutalement de mon livre, lequel manque de s'échapper de mes mains alors que je sursaute. Pas une latte de parquet craquant ou le souffle d'une porte qu'on ouvre n'a trahi son entrée. Elle est aussi silencieuse que lorsqu'elle court entre les arbres d'Ombreuse.

Le temps de refermer l'ouvrage et de le reposer dans la bibliothèque suffit à l'Envoleuse pour dénicher quelques céréales et de la viande séchée. Ce maigre repas ne vaut pas bien mieux que notre dîner de la veille, mais je l'accueille avec autant de bonheur. Il est hors de question que je sois traversée à nouveau par un accès de faiblesse.

Le premier exercice imposé par Anee est un casse-tête. Refermer un verrou avec des épingles. Le genre de choses qu'un voleur effectue rarement … Dans ma vie j'ai du le faire quatre fois. Je vais avoir le plaisir d'en ajouter une autre à mon palmarès.
Avoir joué avec le mécanisme la veille m'aide dans ma tache. Je sais déjà comment il fonctionne, un point non négligeable. Je passe quand même de longues minutes à tourner et retourner les aiguilles dans mes mains, à appuyer dans un sens ou dans l'autre, avant d'entendre un déclic. Je pousse la porte dans un essai pour l'ouvrir, en vain. Exercice réussi.

Vient ensuite la désescalade des trois étages. De quoi fatiguer mes bras avant même le début de la journée.
A la suite d'Anee je monte sur le balcon, m'en servant comme d'une marche pour accéder au mur.

- Ne regarde pas le sol. Pense à tes appuis, essaye d’ouvrir tes sens sans te focaliser sur le vide sous toi. Reste bien calme, respire lentement…

Si seulement un tel saut pouvait se faire sans se briser trois côtes en atterrissant … ce serait tellement pratique …

Ma descente est plutôt hésitante au début, mais très vite je reprends mes marques et mon avancée gagne en fluidité. A la façon de notre balade sur les toits, je m'ouvre à ce qui nous entoure, cherchant et sentant les prises les plus faciles qui puissent s'ouvrir à moi.

Le sol accueille mes pieds à la suite de ceux de mon mentor. Ce même sol pierreux accompagne notre promenade matinale à travers Al-Vor, trop banal pour mériter mon regard. Je le tourne au contraire vers les airs, appréciant l'architecture de la ville que je n'avais qu'entraperçue lorsque j'étais venue ici, il y a plus de six ans de cela. Les odeurs sont similaires à celles qui trainent dans les rues de n'importe quelle autre grande cité de Gwendalavir, mais je me force à les respirer pour comprendre le monde qui m'entoure. Détail et globalité comme le disait Anee. Le quartier des tanneurs à notre gauche, plus loin que celui des poissonniers à notre droite. Puis une boulangerie dont les délicieux effluves font gargouiller mon ventre.

L'Envoleuse me rappelle à plusieurs reprises de rester silencieuse. Dans ces moments là je me soucie plus de mon allure que de ce qui m'entoure, puis mes sens repartent papillonner ailleurs, emportant avec eux un bout de ma concentration.

Après le silence, Anee m'impose l'invisibilité. Ce n'est pas un cache-cache enfantin auquel nous jouons. A la manière d'espions qui cherchent à se faire oublier, nous évoluons dans les rues et les ruelles, alternant bains de foule et bains de silence. En tant que noble, j'ai toujours eu l'habitude de me faire voir. L'apprentissage chez les voleurs d'Al-Chen m'a appris à voir les choses autrement. On ne peut pas voler discrètement si on cherche à briller.

- Ombre dans l’obscurité et rayon dans la lumière. Un Envoleur s’adapte. Parce que le moyen de ne pas être vu peut être aussi de se montrer…

Les deux époques si différentes de ma vie semblent complémentaires dans la bouche de l'Envoleuse. Plus le temps avance, plus je prends conscience qu'en effet - à tous les niveaux de ma vie - je n'ai pas vécue en vain.

Sous les conseils et l'exemple de mon mentor, j'essaie de passer inaperçue tout en restant silencieuse. Pas facile mais mortellement prenant. A tel point que lorsqu'Anee s'arrête devant une porte, je manque de m'exclamer "Déjà ?". La hauteur du soleil dans le ciel me fait espérer que nous nous arrêtons pour nous restaurer.
Ce qui m'attend est bien mieux.

L'Envoleuse pousse la porte et pénètre dans une armurerie, moi sur ses talons.

- Anee ! Et ben, comment tu vas ma belle ?

Une montagne impressionnante de muscles se dresse au milieu de la salle où nous pénétrons, accueillant l'Envoleuse en la serrant dans ses bras. Anee parait toute petite aux côtés de cette masse. Je rajouterais même qu'elle me semble soudain fragile, à la manière d'un statuette en cristal qu'il faut manier avec douceur pour ne pas la briser. Tout le contraire du traitement que lui inflige cet homme. Et d'ailleurs qui est-il ? Pourquoi ne semble-t-il pas se demander qui est la compagne qui suit son … amie ? Anee a-t-elle des amis ?

- Bien, bien… Dis-moi, je viens te voir pour que tu définisses l’arme parfaite pour cette jeune fille…

En disant cela, Anee me regarde de son éternel air rieur. Une fois de plus elle doit se régaler de la surprise dans laquelle elle vient de me plonger. Mon air ahuri traduit parfaitement mes pensées : une arme ? Pour moi ? Spécialement pour moi ? Est-ce que je mérite vraiment quelque chose comme ça ? Il semblerait que oui …

- Il va falloir que tu répondes le plus précisément possible à Naktar, pour qu’il puisse forger ce qu’il y a de mieux : l’amalgame parfait entre ce que tu voudrais avoir, et ce que tu es.

Tout un programme. Je me demande bien comment il va réussir un tel exploit … mais qu'importe, du moment que j'ai une arme à moi, offerte par mon Maitre et taillée sur mesure !

- Une amie d'Anee ? Enchantée ! C'est toujours un plaisir de voir qu'elle se souvient encore de moi.

Je n'ai pas le droit d'être écrasée dans ses bras comme mon mentor. Naktar se contente de prendre ma main dans la sienne, me donnant un aperçu de sa force brute et broyant cinq doigts sans avoir l'air de le vouloir.

- Elle se souvient peut-être de toi, mais pas vraiment de l'emplacement de ta forge … il nous a fallu une matinée pour arriver ici au lieu d'une heure …

Le géant éclate d'un rire sonore et tape l'épaule d'Anee avec assez de force pour assommer un ours, ce qui fait à peine ciller mon Maitre. On dirait qu'elle est assez endurcie pour résister aux marques d'affection de cet homme.

- Anee aime perdre les gens … Il faut croire que pour l'instant elle n'a pas réussi avec toi … Bon passons aux choses sérieuses demoiselle ! Quand Anee ordonne, j'obéis. Parles moi de toi. Avant de forger une arme, j'aime savoir pour qui je la fais.

- Je m'appelle Laïar, j'étais une noble avant … avant de découvrir une autre voie. Avant de rencontrer Anee.

Je ne sais pas à quel point Naktar connait mon mentor et le chemin que foulent ses pas. Ses yeux ne luisent pas d'un air de compréhension, encore moins me questionnent-ils. Il est trop concentré pour laisser filtrer ses émotions.

Lorsqu'il attrape mes deux mains, j'esquisse un léger mouvement en arrière. Il ne faudrait pas qu'il en broie une deuxième. Pourtant c'est avec une douceur insoupçonnée qu'il les inspecte. Je sens la chaleur de ses doigts se propager dans mes paumes alors qu'il les caresse.

- Droitière … tu as déjà tenue des armes auparavant ?

Ce n'est pas une question. Déjà il continue à parler, lâchant mes mains pour observer le reste de mon corps avec un pas de recul.

- Quand tu te bats, à quoi pense-tu ?

- A survivre et à en finir le plus rapidement possible.

- Un mot qui te définisse ?

- Secret.

- Un modèle ?

- …

- D'accord je vois. Une arme favorite ?

- Épée et poignard.

- Pourquoi ?

- Pour assurer la défense autant que l'attaque.

Pour le plaisir de sentir la chair que je coupe. Malgré le naturel avec lequel je réponds à ses questions, je retiens cette réponse qui pourrait le repousser. Anee lui fais confiance pour forger de bonnes armes, il faut que j'en profite sans tout gâcher.

- Si Anee t'a amenée ici, je suppose que tu ne te serviras pas uniquement de ton arme pour couper des pâquerettes … tu as déjà tué ?

J'acquiesce en silence.

- Tu vas encore tuer ?

Un léger sourire se peint sur mes lèvres. Quelle question farfelue. Evidemment, sinon nous serions déjà partis.

- Qui es-tu vraiment ?

- Chat dans la nuit. Soleil dans le jour. Je suis tout mais je ne suis rien. Rien d'autre qu'une fille qui veut vivre pour apprendre et se débarrasser de son passé. Et sans arme je n'y arriverais probablement pas.

C'est surtout sans Anee que je n'y arriverais pas … Mes yeux plantés dans ceux du géant, je me demande s'il trouve plus d'informations sur mon visage que dans mes mots. Nul doute que pour mon mentor qui écoute discrètement, c'est le cas.

- Attrape.

Par pur réflexe, je saisis au vol le manche du sabre que Naktar viens de me lancer. Le fourreau protège encore la lame. Revêtu d'un tissu sombre, il ne paie pas de mine. D'un geste, je le retire et découvre un acier tranchant. Je relève les yeux à temps pour voir le géant s'approcher de moi, lame au clair.

- En garde.

Son sabre s'abaisse sur moi, intercepté par le mien. Mon inconscient vient de me protéger. Rapidement je reprends mes esprits et pare les attaques adverses. Le souvenir des quelques années à apprendre aux côtés de mon frère l'art de l'escrime m'aident à ne pas perdre pied, mais je sens que si Naktar dosait moins bien sa force et sa rapidité, il en aurait vite finit avec moi. Je sais que ce qu'il veut c'est simplement me tester, alors je fais de mon mieux, laissant le naturel l'emporter sur l'envie de gagner.
Soudain il s'arrête, attrape une épée et un poignard et m'intime de les prendre à la place de mon sabre. Je m'exécute et la danse recommence. Je ne me suis jamais battue avec deux armes dépareillées, mais j'aime assez le fait de pouvoir placer des coups à la fois loin et proche. Naktar semble apprécier ma nouvelle façon de me battre, ce qui ne l'empêche pas de vite me faire rechanger d'équipement. Dans mes mains, c'est une épée à deux mains qu'il place, avant de très vite passer à une masse, puis de nouveau à sabre, plus lourd que le précédent. Il me fait essayer encore deux épées de poids différentes avant d'arrêter.

Ce petit exercice malgré l'aspect gentillet qu'il a revêtu ne me laisse pas moins transpirante. La chaleur étouffante du lieu n'est pas innocente non plus, me laissant rêver du vent frais qui m'attend derrière la porte. Les forges qui doivent se cacher derrière cette pièce ont du mal à se faire oublier.

- Bien je crois que ce sera tout. L'épée pour ton amie sera prête dans un mois Anee …

Un mois ? Je pensais que mon mentor choisirait un forgeron compétent, quitte à en choisir un …

- … à moins que tu me promettes de passer plus souvent à Al-Vor me voir !
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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Jeu 29 Mar 2012, 09:22

- Bien je crois que ce sera tout. L'épée pour ton amie sera prête dans un mois Anee … à moins que tu me promettes de passer plus souvent à Al-Vor me voir !

Un sourire alambiqué vient étirer les lèvres de Nee, qui secoue doucement la tête de droite à gauche. Avant de plonger son regard électrique dans celui de Naktar. Elle ne fit que plisser légèrement les yeux, mais l’homme compris parfaitement ce qu’elle attendait de lui. Néanmoins, pour s’assurer qu’il ne dira rien de stupide ou protestera, l’Envoleuse prit les devants.

- Nous serons là ce soir, juste avant que le soleil ne se couche.

Le soupir de Naktar en disait long sur ses pensées, cependant Nee ne bougea pas, attendant l’acquiescement final.


- Ca fait plus souvent ça… Allez, à ce soir mes belles !

Un sourire amusé passa sur les lèvres de l’Envoleuse, et elle le salua d’un mouvement du menton en quelques secondes, avant d’entraîner son apprentie à l’extérieur.
Dans son esprit, tourbillonnait la scène entre Laïar et Naktar, danse des sabres que la jeune fille contrôlait pas trop mal, elle devait bien l’avouer. Oh, évidemment, elle avait vu quelques failles, et il manquait une certaine force et une certaine souplesse dans la plupart de ses coups, mais elle connaissait déjà une grande partie de l’aspect technique du combat, ce qui permettrait à Anee de passer rapidement aux choses sérieuses.

Le soleil a bien dépassé son apogée lorsqu’elles sortirent de l’échoppe d’armes.
Dans les rues, un certain brouhaha montait, annihilant toute tentative de se faire entendre. Mais la jeune femme ne s’en offusqua pas, et d’un signe de la main invita son apprentie à la suivre, aussi discrètement et rapidement que possible à travers la foule. Elles répétèrent le même exercice que la veille, enclin à la discrétion et au silence, ombres dans l’obscurité et rayons dans la lumière.
La jeune fille avait très vite adopté cette manière de voir les choses, cette leçon de vie. Ce concept. Elle se mariait déjà aisément dans les coins bipolaires, et surtout elle connaissait la foule et la ville assez pour s’y fondre avec un peu de facilité. Néanmoins, les conseils d’Anee fusaient, autant que ses pieds ; elle ne cessait d’accélérer, de se glisser entre deux groupes distincts qui se rencontraient, de filer le long des étalages, d’esquiver des marchands aux bras remplis de victuailles…
Cette fois-ci, pourtant, cela dura bien moins longtemps.
En effet, Anee avait faim, et manger quelque chose commençait à être une de ses priorités. Jetant un coup d’œil à Laïar non loin derrière elle, elle s’enfonça dans une nouvelle rue bondée, et finit par entrer dans une échoppe.
Une auberge.

Cet endroit ne payait pas de mine.
Les tables et chaises, cependant, restaient assorties, et les personnes attablées ne semblaient pas encore amochée par l’alcool. De surcroît, une délicieuse odeur de viande grillée se répandait dans la salle depuis les cuisines.
Humant l’air avec envie, Nee sentait déjà ses papilles qui frémissaient à l’idée de manger quelque chose qui sentait si bon.
Elle choisit donc une table, légèrement excentrée, où elle s’assit tranquillement, laissant son apprentie prendre ses aises.

Immédiatement la serveuse vint prendre leur commande.


- Un ragoût de siffleur, s’il vous plaît.

La jeune employée hocha la tête, prit de la même manière cette de Laïar, avant de s’en aller vers les cuisines.
Tranquille, Nee détaillait la salle. Elle nota la corpulence du groupe de personnes près de l’entrée, la position des cuisines, le fait qu’une large fente courait le long de la poutre principale de l’auberge, les voix basses mais joyeuses de leurs voisins de table…
Et puis, elle porta son entière attention sur la jeune fille en face d’elle.
Posant son regard dans le sien.


- J’aimerais connaître tes premières impressions, Laïar.

Simple, comme question, non ?
S’il y avait une réponse…

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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Jeu 29 Mar 2012, 23:08

Ce soir j'aurais une arme à mon image.
Mais ce soir ou demain, je quitterais Al-Vor.
Je quitterais Anee ?

*****

Que l'Envoleuse n'ait pas laissé plus de temps à Naktar pour forger mon arme forme une interrogation dans mon esprit. Si elle comptait passer plus de temps en ville, elle n'aurait pas fixé un tel délai. Allons nous continuer vers le sud ou allons-nous retourner au Domaine ? J'appréhende la réponse, tant j'ai envie de continuer ce cours. Ce n'était peut-être qu'une étape de découverte, mais j'aimerais qu'elle dure toujours …

*****
Les hommes ne sont que des gouttes d'eau dans un océan. Au milieu d'eux nagent des poissons.

Je me plais à comparer ces humains en pleine activité à l'élément aquatique, tellement j'ai l'impression de sentir leur présence glisser sur moi comme des gouttelettes de pluie. Au milieu d'eux je nage, évitant les remous, contournant les roches, faisant de mieux pour retrouver Anee qui disparait trop souvent derrières des vagues humaines.

Le murmure matinal de la ville s'est transformé en une forte clameur. Autour de nous la foule nous facilite la tâche. Rester discret devient presque simple quand on est noyé dans la masse. Le plus dur reste de suivre mon mentor. Par moment j'ai l'impression qu'elle traverse les gens à la façon d'un fantôme. Avancer aussi vite ne peut pas être aussi simple pour un être matériel. Pourtant une voix au fond de mon esprit me souffle qu'Anee est bien une humaine et que moi aussi je peux évoluer plus vite dans cet élément. Alors j'accélère, allonge ma foulée et tente de comprendre comment fonctionne ce troupeau d'humains. Mon frère essayait de m'apprendre à lire dans les visages des gens, maintenant il faut que j'apprenne à lire leurs corps.
Un éclat dans les yeux. Un soupçon d'hésitation dans un geste. Un pied qui tourne. Une main qui tire une manche. Des regards qui se croisent. Un homme laisse échapper une multitude d'indices sur ses intentions à travers le moindre de ses gestes. Mes yeux avides épient le moindre détail, m'aidant à détecter les directions que vont prendre les gens et à trouver les poches d'air où me glisser pour avancer.

Cet entrainement est un jeu. Je me sens comme la gamine qui s'entrainait à déchiffrer les cœurs pour les tourner en sa faveur.
Heureuse.

*****

Ce n'est pas l'odeur du fer battu et du feu qui brule qui accueillent mes narines. Ici, le doux fumet d'un ragoût qui mijote surmonte celle plus rance des hommes.
Une auberge.
Voir Anee se diriger vers une table vide me tire un frisson de joie. Je ne vais pas avoir à voler pour manger ! Pas de viande séchée, pas de saucisson, mais un vrai repas.

- Un ragoût de siffleur, s’il vous plaît.

- La même chose, merci.


Mes yeux suivent la serveuse au tablier graisseux repartir vers les cuisines, s'attardant en revenant sur le bar où le tenancier discute avec un couple de roturiers. Il n'y a pas encore d'alcooliques endormis par la boisson qui gisent sur le comptoir, encore moins sur les tables. A une telle heure de la journée, cela aurait été étrange.
J'observe rapidement la disposition des lieux, observant le mobilier usé, les poutres apparentes, le feu éteint. Puis je me retourne vers Anee. Son regard est posé sur moi, légèrement pensif.

- J’aimerais connaître tes premières impressions, Laïar.


La réponse sort naturellement de ma bouche, à l'image de la nuit que je viens de passer.

- Je me sens apaisée. Comme si cette Voie que tu m'ouvres était un nouveau départ, sans rien derrière.


Evidemment je sais que je ne pourrais jamais me débarrasser de mon passé, mes expériences étant à jamais gravées en moi et mon désir de vengeance brûlant toujours dans mes veines. Mais grâce à Anee, peut-être que je vais pouvoir laisser tout cela de côté pour trois ans. De cette façon je pourrais me concentrer sur ce que je veux vraiment devenir une fois que j'aurais envoyé cette fiente de Ts'liches cent pieds sous terre.

- Peut-être que j'avais tort hier … je veux aussi la mort de ma faiblesse, et si je suis toujours là au contraire de Siobane et Ethan, c'est que je pense que tu peux m'aider.


Calme vérité. Je suis prête à lui offrir trois ans de ma vie. Je lui fais confiance. Dieu seul sait si elle réalisera un jour qu'elle n'est que la deuxième personne qui l'obtienne. Mais moi je le sais, et ces mots que je viens de prononcer viennent de sceller une promesse muette. Je suis prête à l'accepter comme Maître.

- Tu es si différente du Maître que je pensais trouver au Domaine … Pourquoi as-tu choisi cette guilde ?


Ce genre de questions est plutôt réservé au mentor qui cherche à connaître son élève, sauf que je viens de remettre mon futur dans ses mains et aimerais donc en savoir un peu plus sur elle.
Pourquoi est-ce que je ne sens pas le Chaos en elle ?


*****

♫ My life would suck without you. ♫

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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Jeu 29 Mar 2012, 23:45

- On peut dire que ce n'est pas moi qui ai choisi cette "guilde"... Mais elle s'est imposée à moi d'elle-même. Par mes desseins, et ceux de celui qui m'a lui-même guidée à devenir moi. Le chaos réside partout, mais surtout dans les coeurs. Être brutal n'est pas être chaos, et le chaos, s'il peut être violence, peut aussi être tendresse et subtilité.
Le Chaos est puissance...
Il me semble que tu le sais, que tu en as même parfaitement conscience...
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MessageSujet: Re: Groupe Kofu - Cours n°1   Ven 30 Mar 2012, 17:33

- Oui j'en ai conscience, même si ta présence chez les Envoleurs me surprend toujours. Mais cela me rassure en un sens ... un cours sous les ordres d'un Maître fou et sanguinaire m'aurait fait fuir. J'ai beau rechercher la puissance, la force, je n'en cherche pas moins la finesse qui correspond plus à mon ancien statut.

Ce forgeron de tout à l'heure ... Naktar. Est-il vraiment capable de forger une arme qui corresponde vraiment à une personne en si peu de temps ? Quel type de l'âme t'a-t-il créé ?
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