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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Si tu n'es pas avec moi, tu es contre moi! [Libre]

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Naïs Jol
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MessageSujet: Si tu n'es pas avec moi, tu es contre moi! [Libre]   Ven 23 Mar 2012, 12:22

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Un souffle de vent balaye mon visage. J’effleure à nouveau le morceau de parchemin rêche du bout des doigts. Plus d’une fois, je me suis félicité d’avoir su dénicher cette plume au milieu d’un marché aux puces. La perle rare qui me permet aujourd’hui de correspondre de façon épistolaire. J’hésite un instant…

* *
*


« Gil SangreLune,
J’imagine que tu te souviens, toi aussi, de cette nuit-là dans un petit village tout proche de Fériane. Fraîche nuit d’hiver réchauffée par la douce chaleur d’un feu de joie. Moi en tout cas, je n’ai pas oublié le son de ta flûte, encore moins tes mains sur mon corps et surtout pas l’espoir que tu m’as donné : celui de peut-être pouvoir revoir mon fils vivant.
Je suis sur une piste, depuis peu.
Si ta proposition tiens toujours, Gil, alors rejoints moi dans une semaine au pied de la chaîne du Poll, à mi-chemin entre la majestueuse Citadelle et Al-Poll. Je t’y attendrai…
Naïs
»

* *
*

… Avant de laisser l’oiseau s’envoler. Libre – ou presque. Je soupire. J’en ai deux autres à envoyer avant qu’Atal ne se mette en route. Avec un peu de chance, l’oiseau arrivera avant qu’il n’ait rallié à Al Chen.

* *
*


« Reni,
Tu sais, cette petite bâtisse que nous avons trouvé tout à fait par hasard, perdue au milieu de nul part ? Là où des millions d’odeurs différentes se mêlent : chênes, conifères, noisetiers. La forêt est riche à proximité d’Al-Chen. Assez proche de la grande ville, mais assez éloigné toutefois pour que je puisse vous y savoir un peu plus en sécurité.
Tu auras compris, je suppose, j’aimerais que tu y emmènes Ainhoa. Ce n’est que provisoire, rassure-toi, tu pourras récupérer l’auberge un peu plus tard. Tu trouveras bien quelques employés en attendant ton retour en ville. La petite Aude, je suis sûre qu’elle serait heureuse de t’aider, ou bien le grand Gavel, il saura maintenir l’ordre quelques temps, jusqu’à ton retour.
Tu sais, j’ai peur pour ma sœur, et pour toi aussi. Si Samoan a décidé de s’en prendre à ma famille pour m’atteindre, je préfère vous savoir hors de portée, du moins, jusqu’à ce que je règle l’affaire. J’ai des amis précieux, et j’ai promis de rentrer. Je tiens toujours mes paroles, tu me connais. Seulement, en attendant, mettez-vous à l’abris. Tu verras, si je ne me trompe, tu auras de quoi bricoler dans cette maison : elle tombe en ruine, mais le rez-de-chaussée est tout de même habitable. Tu ne risque pas de t’ennuyer, et je serai bien plus rassurée de vous savoir tous les deux là-bas.
Car s’il vous arrivait quoi que ce soit, comment pourrais-je encore trouver la force d’avancer ?
Prends soin de toi Reni et bien sûr, embrasse fort ma sœur pour moi.
Naïs
»

* *
*

Reni est une véritable tête de mule, pire que mon frère même, ce qui n’est pas peu dire. J’espère toutefois qu’il fera ce que je lui demande. Ils ne sont pas en sécurité en ville, du moins pour l’instant. Car si Driss a réussi à mettre la main sur Seth, il pourrait parfaitement recommencer. Dès lors que je lève la tête, mon visage est baigné dans la chaleur des rayons d’un soleil bien matinal. Signe que le printemps n’est pas bien loin derrière une douce fraîcheur. J’ai encore un peu de temps devant moi. Toujours perchée sur le rebord de la fenêtre, je reprends un nouveau morceau de parchemin tandis que mes pensées s’envolent vers ma sœur.

* *
*


« Ainhoa, ma sœur,
Je sais, j’ai promis de revenir, à toi et à Atal. D’ailleurs, il va m’accompagner jusque la Citadelle, je suis peut-être sur une piste. Et je sais qu’Atal est tout à fait capable de m’aider, et de défendre sa vie aussi, mais si cela doit te rassurer, ne t’inquiètes pas, je ne laisserai jamais rien lui arriver. Il sera ensuite raccompagné jusqu’Al Chen.
En attendant, comme je l’ai dit à Reni, je voudrais que vous partiez, tous les deux. Et s’il ne veut pas, je t’en supplie, fait lui entendre raison. S’il devait vous arriver quelque chose, je m’en voudrais toute ma vie. S’il s’obstine, je suis sûre que tu arriveras bien à la persuader s’il s’agit aussi de la sécurité du bébé. Il sait où aller, tu verras, c’est un endroit agréable, perdu en pleine campagne, à environ une heure de cheval d’Al Chen. Je serai rassurée de vous savoir là-bas, éloignés d’éventuels dangers et de la cupidité de ceux qui voudraient me voir morte pour empocher cette foutue récompense.
Dans un registre plus joyeux, j’imagine que le bébé doit être pour bientôt maintenant ? Surtout préviens-moi lorsqu’il ou elle pointera le petit bout de son nez.
Prends soin de toi Ainhoa et repose-toi bien jusqu’à la naissance, tu en auras besoin…
N’oublies pas
Naïs
»

* *
*

D’un battement d’ailes, le second oiseau s’envole à son tour et c’est à point nommé car j’entends enfin mon frère, dont je reconnaîtrais la démarche souple, un lourde parfois, mais décidée toujours, entre mille. Les sabots de son étalon, Balto, claquent sourdement sur les pavés de la cours. Descendant de mon perchoir, sans un mot, j’échange une courte étreinte avec lui, de quoi nous donner un peu de courage à tous les deux. Alors que le fier étalon se lance à pleine vitesse dans les ruelles, mon murmure se perd peu à peu dans le silence qui revient.

- « Au revoir »


A continuer

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Dernière édition par Naïs Jol le Ven 23 Mar 2012, 12:47, édité 1 fois
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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Si tu n'es pas avec moi, tu es contre moi! [Libre]   Ven 23 Mar 2012, 12:46

* *
*

La Citadelle dresse bientôt sa masse imposante au milieu du paysage. J’imagine aisément son ombre dominant la vaste plaine alentour. Je dois avouer que c’est un des moment où je regrette parfois d’être aveugle. N’ayant jamais visité cette partie de l’empire avant mes quinze ans, je ne peux donc simplement qu’envisager les mille et une couleurs dont se pare la ville, chacune des courbes, je ne peux que les inventer. Il nous aura fallu assez peu de temps pour rallier la Citadelle, cinq ou six jours tout au plus. Heureusement que nos chevaux sont vraiment endurants, sinon jamais nous n’aurions pu parcourir une si longue distance en si peu de temps. Nous n’avons également que peu dormi et je n’ai pas de mal à deviner les vilaines cernes qui doivent commencer à se dessiner sous nos yeux. Enfin, je ne compte pas retenir Atal bien longtemps, alors il aura tout le loisir de rattraper son sommeil perdu – s’il y parvient, car tel que je le connais, il ne dormira pas mieux tant que je ne serai pas rentrée saine et sauve avec Seth.

Alors que nous approchons doucement de la lourde porte de la ville, je mets souplement pied à terre. Préférant me montrer discrète, sais-t-on jamais, je me saisis de ma lourde cape en peau de daim m’ayant été offerte par Sen quelques années auparavant. Parfois, il lui prenait de drôles d’envies, mais valait mieux ne pas se poser de questions dans ces cas-là et profiter de sa générosité passagère. Je rabats aussitôt la capuche. A peine ai-je pénétré dans l’enceinte de la ville que je retrouve des odeurs familières ainsi que toutes sortes de bruits et de sons, un joyeux tintamarre incessant. Comme la première fois, et toutes les autres aussi, la Citadelle me paraît incroyablement vivante.

≈≈≈ Atal ≈≈≈

La Citadelle ! J’ai l’impression que cela fait des siècles que je n’y ai pas mis les pieds. Pourtant, six mois, ce n’est pas si long. En tout cas, elle me fait toujours le même effet. Elle se dresse, là, au milieu de nulle part, puissante et majestueuse. Si j’ai bien compris, nous devons rejoindre les appartements de Nwëlla : ils se situent à l’autre bout de la ville, près la porte Ouest. La jeune femme étant une amie – de très longue date – de Naïs, je ne peux que lui accorder ma confiance. D’ailleurs, il paraît qu’elle devrait me plaire avec ses longs cheveux blonds et ses grands yeux rose pâle lui donnant un air légèrement naïf. Pour le moment toutefois, j’imite ma sœur, qui se parant de sa bonne vieille cape, passe presque inaperçue au milieu des passant. Dans un soupir, je remonte le morceau de tissu me servant de foulard sur le bas de mon visage et rabats en même temps la capuche de mon manteau qui m’était encore bien utile en ce début de printemps particulièrement timide cette année.

Le brouhaha urbain est incessant tandis que nous traversons indifféremment de grandes places accueillant de gigantesques marchés. Cela me fait sourire. L’animation est vraiment partout, c’est certain. Les gamins courent dans les rues à toute vitesse, manquant de renverser quelques passants et heureusement que je sais Naïs parfaitement capable de les éviter sans aucune difficulté, sinon jamais je ne l’aurais lâché d’une semelle. Plusieurs fois je les vois bousculer des dames d’un âge respectable déjà. Bande de petits garnements ! Je te les pendrais au plafond par les pieds moi, cela leur passerait l’envie de faire les zouaves. Enfin, au bout d’une petite vingtaine de minutes, les rues se font plus étroites, plus sombres. Nous quittons les artères principales pour pénétrer dans le labyrinthe des ruelles de la Citadelle autrement mieux entretenues qu’à Al Jeit.

Nous ne tardons pas à trouver l’entrée d’une vaste cours au milieu de laquelle se dresse une imposante fontaine ornée de petites nymphes et de dauphins crachant de l’eau. D’après Naïs, il ne fallait pas être démuni pour payer le loyer ici, et cela ne m’étonne guère en fait : cours intérieur, écuries privées… Avec un peu de chance, vue d’en haut, nous devrions même avoir un des meilleurs panoramas sur la ville. Oui car, je ne m’en suis pas trop rendu compte, mais depuis que l’on a quitté les rues passantes, l’on a fait que grimper. D’ors et déjà, deux stalles semblent avoir été libérés pour nous : ni Balto ni Océan ne rechigne à y pénétrer, tous deux épuisés de la route, je pense. C’est sûr, nous ne leur avons pas beaucoup laissé de repos ces cinq derniers jours, mais urgence oblige. Alors que je détache à peine la scelle de Balto, qui piaffa un instant, Naïs, elle, est déjà en train de brosser Océan. Je m’y applique également aussi sitôt tout le harnachement de ma monture rangé dans un coin. Un soupir alors que je finis de m’occuper de Balto et je me rends compte que ma sœur m’attend. C’est vrai, il faut encore déposer nos affaires dans l’appartement de cette fameuse Nwëlla. Je laisse Naïs me guider dans le dédale des couloirs de l’immeuble. Cela me fait toujours bizarre, qu’elle doive me guider, et non le contraire. C’est vrai quoi, après tout, c’est elle l’aveugle non ? Même si parfois j’en doute sérieusement. Grâce à sa petite épingle à nourrice qu’elle ne quitte jamais, la serrure de cette porte sur le palier du cinquième étage ne lui résiste pas longtemps. À peine ai-je le temps de jeter mon baluchon sur le sol dans l’entrée que sa voix s’élève derrière moi.

- « Tu sais ce que tu dois faire »
- « Je sais exactement où trouver Sahel… »

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Mon cœur se serre quelques secondes. J’expire pour évacuer un peu le stress et la peur accumulée depuis trop longtemps.

- « Surtout je t’en prie, sois prudent »
- « Voyons, tu me connais… »

Un soupir, et je ne sais pas trop où je trouve la force d’esquisser un faible sourire qui détend aussitôt l’atmosphère.

- « Hélas »

À mon murmure répond un éclat de rire bref et tonitruant. Un peu de légèreté dans ces moments de crise, il n’y a pas à dire, cela fait vraiment du bien. Dans un haussement d’épaules et une brève étreinte, l’hilarité retombe bien vite avant que je ne claque la porte de l’appartement de Nwëlla. Je dois d’ailleurs la rejoindre sur son lieu de travail, un vieil entrepôt situé à quelques pâtés de maisons. Je ne sais pas trop en quoi consiste son boulot du moment mais en tout cas il est assez bien payé pour qu’elle puisse prétendre au luxe d’un tel logement. Nos chemins se séparent rapidement sur le seuil de la petite cours intérieur. Je crois également savoir où se trouve Sahel en ce moment, à moins qu’il ne soit de service à cette heure-ci bien sûr, ce qui me tire un petit sourire. Il me faut à peine une demi seconde pour me ressaisir : j’ai d’autres chats à fouetter pour le moment.

Le soleil pointe bientôt à son zénith, je le sais, il n’y a plus aucune ombre se projetant sur le sol. Plus aucun moyen de s’abriter de la douce chaleur de midi, c’est ce qui me fait notamment songer que le printemps n’est pas bien loin. Je dois faire vite car Nwëlla ne tardera sûrement pas à prendre sa pause. Je ne me suis pas trompé : en effet, au tournant d’une énième rue, la jeune femme m’accueille chaleureusement. Il y a bien longtemps que je ne l’ai revu, trois ans – peut-être un peu moins, peut-être un peu plus, peu importe. Nous avons pratiquement passé nos trois ans de formation respective tout le temps ensemble, nos deux maîtres étant copains comme cochons. Même depuis que ma tête ait été mise à prix, nous sommes restées très proches. Elle est une de mes rares amies.

- « Sahel m’a prévenue… »
- « Comment l’a-t-il su ? »
- « C’est une longue histoire, je te raconterais, mais pas ici »

Sans tarder, elle m’entraîne dans le dédale des ruelles de la Citadelle. Cette ville, la jeune Envoleuse la connaît comme sa poche – cela fait quand même trois ans qu’elle y séjourne régulièrement. Et nous finissons par retourner toutes les deux à ses quartiers.

≈≈≈ Nwëlla ≈≈≈

Mieux vaut ne pas s’attarder dehors. J’ai pensé un instant à rallier le bar de Garrigue, mais je me méfie des murs : sais-t-on jamais qu’ils aient des oreilles ! L’endroit le plus isolé pour discuter tranquillement et à l’abri des regards curieux reste mon appartement. Nous avons tôt-fait d’y parvenir et alors que nous arrivons devant ma porte, je ne peux m’empêcher de sourire.

- « Vous avez déjà installé vos affaires à ce que je vois »
- « Installé ? Déposé plutôt »

Je hausse les épaules. Du coup, je n’ai plus besoin de mes clés. Comme d’habitude, la porte grince sinistrement. C’est un des seuls inconvénients de ce logement, enfin, si je peux appeler ce détail comme cela. Tandis que je m’attache à renouer mon épaisse chevelure blonde en un chignon négligé, Naïs s’installe au bar de fortune installé dans la cuisine. Après tout, elle connais la maison, et bien qu’elle n’y soit venue qu’une seule fois, je fais parfaitement confiance à sa mémoire pour se rappeler dans le moindre détail de l’aménagement intérieur de cet appartement.

- « Je te sers à boire ? Il me reste des bières, je peux faire du thé aussi et je crois également avoir quelque part du jus de tomate… »
- « Thé s’il te plaît »

Un soupir. Elle n’a absolument pas changé : toucher à de l’alcool, surtout en journée, jamais de la vie. Je la reconnais bien là mon amie. Il ne me faut pas longtemps pour allumer le feu dans l’âtre et commencer à faire chauffer l’eau.

- « Comment cela s’est passé ? »

Je m’accoude doucement au bar, faisant face à Naïs.

- « À vrai dire, je n’étais même pas là, mais ça s’est joué très rapidement. Driss est venu en personne, il aurait pu tous les tuer – je me demande encore parfois pourquoi il ne l’a pas fait… »
- « Un Mentaï ! Alors là, ma vieille, tu n’as jamais fait aussi fort !! »

J’espère un instant que ma boutade détendra l’atmosphère… Ridicule !! Cela ne fait que dessiner un pli soucieux sur le front de l’Envoleuse. Je prends donc un air plus grave – solennel peut-être même.

- « J’ai peut-être une piste… »
- « C’est ce que j’ai cru comprendre »

Me levant de ma chaise, je laisse le silence planer un instant, juste le temps de sortir deux tasses et d’y verser l’eau bouillante. Je sens que Naïs s’impatiente alors que je dépose les deux récipients dans lesquels se répandent doucement les douces saveurs des sachets de thé.

- « Tu m’expliques ? »
- « Cette piste, elle s’appelle Hava »
- « Qui est-ce ? »
- « L’amante de Driss… »
- « Tiens donc ! Comment l’as-tu su ? »
- « Tout à fait par hasard. Et comme tu me connais bien, tu dois te douter que j’aime laisser traîner yeux et oreilles un peu partout… »
- « Je dois comprendre que tu sais où elle loge ? »
- « Oui, mais je n’ai pas encore eu le temps de lui rendre une petite visite. Je t’en laisse donc le plaisir ! »

Naïs sourit légèrement à ma boutade. Elle allait répondre, mais je la devance.

- « Pas aujourd’hui ! Tu viens de faire un long voyage et telle que je te connais tu perdrais ton sang-froid, parce que trop sur les nerfs ! »
- « Mais… »
- « Il n’y a pas de mais qui tienne, tu auras tout le temps demain ! »

* *
*


≈≈≈ Atal ≈≈≈

- « Surtout, je t’en prie, sois prudent »

J’étreins ma sœur un instant, ne serait-ce que pour la rassurer. Elle a peur, je le sais, et moi aussi d’ailleurs.

- « Voyons tu me connais… »
- « Hélas »

Je ne peux m’empêcher de lâcher un éclat de rire. Elle me connaît vraiment par cœur, c’est fou. L’hilarité ne tarde cependant pas à retomber tandis que nous quittons l’appartement de son amie ensemble. Je reste un court instant sur le seuil de la petite cours intérieur, juste le temps de voir ma sœur s’éloigner à grands pas dans la ruelle. Un soupir et je me mets également en route. Sahel ! À nous deux !

Il n’existe pas trente-six solutions avec ce bougre : soit il est encore en service soit il traîne à la taverne du Vieux Renard avec Juhen. Juhen… Rien que d’y penser, le revoir me glace les sangs ! Il est tout à fait charmant, mais avec sa carrure immense et baraquée comme une armoire à glace comme il est, il a la sale manie de me saluer avec de grandes tapes vigoureuses. Forcément, comme c’est un Thül, il manque à chaque fois de me briser tous les os du corps. Parfois je me demande pourquoi Naïs n’a jamais subi le même sort, mais je crois tenir la réponse à cette question – évidemment, puisqu’elle parvient à s’esquiver délicatement à tous les coups. En clair, c’est toujours moi qui fini avec des bleus. Sinon, c’est vraiment un brave garçon ce Juhen, c’est certain. Et tout pour plaire à ces demoiselles en plus : des yeux d’un bleu nuancé de gris limpide et pur, de longs cheveux sombres, un éternel sourire charmeur accroché aux lèvres.

Malgré mon premier et dernier passage dans cette ville, je me souviens parfaitement de l’endroit exact du Vieux Renard, situé au beau milieu d’un quartier de riche. Mais cela n’empêche pas de voir des types complètement ivres cuvant sur le bord de la chaussée. Je crois qu’à ce stade-là, de toute façon, ils ne se rendent plus compte à quel point ils paraissent pitoyables. La pancarte d’un renard tentant d’attraper sa queue enroulée apparaît bientôt dans mon champ de vision alors que je marche tranquillement depuis un peu plus d’un quart d’heure. J’ai une chance sur deux pour que Sahel y soit, et s’il n’y est pas, je n’aurai plus qu’à attendre qu’il finisse son service. J’inspire un grand coup avant de pousser la lourde porte du bar. Aussitôt mon regard glisse dans la pièce… Pour s’arrêter sur une silhouette adossé au bar, en bois d’ébène, que je reconnaîtrais entre mille. Ces épaules carrées, ce teint clair, ces cheveux oscillant entre le brun et l’auburn coupé raz : pas de doutes, c’est bien Sahel. Et en plus, Juhen est avec lui. Pour mon plus grand malheur, le géant m’aperçoit le premier.

- « Hé ! Mais regardez qui voilà ! »

Sa voix grave résonne dans toute la pièce tandis qu’il se lève pour m’accueillir d’une poignée de main et d’une grande claque dans le dos. J’ai la respiration coupée un instant. Il va vraiment finir par me tuer. Les yeux gris de Sahel me sondent avec gravité : j’en déduis donc qu’il est probablement au courant.

- « Ghorg ! Une bière de plus par ici ! Une blonde de préférence ! »

Je gratifie du regard le tenancier qui me sert rapidement.

- « Comment as-tu su ? »

Je jette un coup d’œil en biais à Juhen qui vient de hausser un sourcil, la curiosité piquée à vif.

≈≈≈ Sahel ≈≈≈

Je laisse planer le silence quelques minutes, histoire de rassembler mes idées. En fait, j’avais su cela de manière plutôt invraisemblable, puisqu’il s’agissait de l’erreur de la fille même de ce Driss qui avait enlevé le gamin de Naïs. Pourtant, la gamine était Mentaï elle aussi, comme son paternel, mais durant cette nuit, deux semaines auparavant, elle a été un peu trop bavarde. Sans doute ne se doutait-elle pas que Naïs est une de mes amies les plus proches, et que peu importe le nombre de récompenses aux prix aussi élevés soit-ils que l’aristocratie pourra proposer pour sa tête, elle pourra toujours compter sur mon aide et mon amitié. Et puis, c’est bien aussi parce qu’elle m’a sorti des ennuis un nombre de fois inimaginable que je n’ose même plus compter.

- « C’est une longue histoire, mais en résumé, disons que la fille de ce Driss s’est montrée un peu trop bavarde… »
- « La fille de… ? D’où la connais-tu ? »

La moue sur le visage de Juhen me fait sourire un instant. Il aura sans doute vite fait d’avoir compris l’affaire.

- « C’est un ami qui me l’a présenté à une fête, il y a de ça environ deux semaines »
- « Je vois… »
- « Et oui, j’ai fini au pieu avec elle. Et si cela peut te faire enrager, elle était super bonne la minette ! »

Je ne manque pas d’éclater de rire devant les mines renfrognées de mes deux compagnons.

- « Veinard ! Quand est-ce que tu me la présentes ? »
- « Bon ça va ! Qu’as-tu appris de ces merveilleux ébats ? »
- « Rien de bon… »
- « Quoi ? Ne me dis pas que… Seth ? »
- « Non… Non, rassures-toi ! Mais la gamine, c’est une Mentaï aussi, comme son cher paternel »

Atal soupire. Je crois que je lui ai fait la plus grosse peur de sa vie.

- « Tu m’as fait peur ! »
- « J’ai plus intéressant encore… »
- « Comme quoi ? »
- « Ils sont basés juste un peu au nord de la chaîne du Poll, et si j’en juge le temps que la fille à son papa a mis pour rallier la Citadelle, cela doit être à peu près à mi-chemin entre ici et Al Poll, la ville souterraine »
- « Mazette ! Elle t’a vraiment dit tout ça ? »
- « C’en était presque explicite… »
- « Ils sont combien là-dedans ? »
- « Aucune idée ! Tout ce que je sais, c’est qu’il y a au moins deux Mentaï, le père et la fille, et ils sont entourés de quelques Mercenaires ! Autant dire que vos chances de réussite frôlent le zéro »
- « Je ne m’en serai pas douté… »
- « Elle a plan au moins ? »
- « Aucune idée »
- « Ce n’est pas bon ça ! Je peux essayer de m’arranger pour occuper la fille le jour où Naïs décidera de passer à l’offensive »
- « Tu en discuteras avec elle ce soir… »

* *
*


≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Nous avons fini l’après-midi à discuter de tout et de rien avec Nwëlla, jusqu’à ce que les hommes nous rejoignent enfin : Atal, Sahel et Juhen. C’est bon de se retrouver entre amis comme cela, et d’oublier l’espace d’une soirée tous mes soucis. C’est profondément détendant, un peu comme cette nuit, tout près de Fériane, que j’ai passée aux bras de Gil SangreLune à la réputation plus que douteuse au Domaine. D’ailleurs, je ne lui en ai pas encore parlé à Nwëlla, peut-être bien parce que je suis pratiquement certaine qu’elle n’approuvera sûrement pas mon choix. De toute façon elle ne croira pas non plus qu’il m’ait proposé son aide, en toute conscience du danger qui l’attend à coup sûr.

Enfin, pour le moment, me voilà pelotonné au creux des bras puissants, bien que moins que ceux de Gil, je m’en rends compte maintenant, de Sahel. Bien agréable cette soirée, encore eut-il fallu que le Frontalier ne me ramène pas à la réalité. Soupirant, je le fais taire d’un simple doigt posé sur ses lèvres. Ce soir, je ne veux plus penser à rien. Je veux juste dormir. Profiter de ces quelques heures de calme apaisant. Lové contre le torse de mon amant d’une nuit, je ne sais pas trop vers qui vont mes dernières pensées…

… Seth sûrement.

≈≈≈ Sahel≈≈≈

La respiration de Naïs se fait plus lente et régulière. Je crois qu’elle s’est endormie. Avant que je ne sois happé par le doux manteau du sommeil, mes dernières pensées sont pour elle…





A continuer

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MessageSujet: Re: Si tu n'es pas avec moi, tu es contre moi! [Libre]   Mar 24 Avr 2012, 00:05

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Ce matin, je suis la première réveillée. La respiration ample et profonde de Sahel, tout contre moi, m’apprend qu’il dort encore comme un bébé. Aucun bruit ne règne dans l’appartement de Nwëlla, ou peut-être juste le parquet qui grince quelque peu. Glissant souplement un pied, puis deux hors des draps, je retrouve ma chemise traînant bas du lit. Une fois enfilée, je quitte la chambre d’amis dans le silence le plus parfait. Seules les ailes d’une petite mouchette viennent en perturber la tranquillité d’un calme quasi absolu. Dans la cuisine, j’entends déjà l’eau bouillir, celle qui servira pour le thé probablement. Et c’est une Nwëlla tout enjouée qui m’apostrophe.

- « Hé ! Bien dormi ? »
- « Vraiment oui ! Surtout que l’oreiller était d’excellente qualité ! Et toi ? »

Son rire cristallin emplie la pièce un instant avant qu’elle ne reprenne sur un ton légèrement mutin.

- « J’ai comme l’impression que le mien se laisse aller… »
- « Ne lui dis pas, il risque de se vexer ! »

Alors que je m’assieds sur un de ces tabourets hauts, m’accoudant au bar par la même occasion, Nwëlla pose une tasse chaude et bouillante, fumante, devant moi. Il n’y a que Juhen qui n’a pas passé la nuit ici. De toute façon, il se serait senti bien seul au milieu de nous quatre. Il a prétexté avoir quelques affaires à régler avant de nous retrouver aujourd’hui, mais tel que je le connais, ces affaires-là, il y a de fortes chances pour qu’il doive les régler au pieu lui aussi, comme à son habitude en fait.

Les deux hommes ne tardent pas à nous rejoindre dans la cuisine, traînant des pieds et bougonnant, ce qui me fait sourire. Heureusement, Nwëlla a pensé au café également, car ni Atal, ni Sahel n’aiment vraiment le thé. Et puis, rien de tel qu’un bon café pour les réveiller pleinement ! La voix pâteuse de mon plaisir d’une nuit retentit.

- « Quel est le programme de la journée ? »
- « Pour ma part, je vais aller rendre une petite visite à cette chère Hava ! »
- « Et je l’accompagne… »
- « Vous faites cela entre femmes donc. Moi je vais tâcher de retrouver Juhen et de lui expliquer la situation. Parce que franchement, le pauvre, il m’a semblé qu’il était complètement perdu hier… »
- « La fi-fille à son papa est sensée être en ville aujourd’hui ! Je vais tâcher de l’occuper pendant que vous vaquerez à vos occupations gentes dames ! »
- « Fais attention à toi quand même, elle est dangereuse »

Daënea, c’est ainsi qu’elle s’appelle, selon Sahel. Avec un Mentaï de plus aux côté de Driss, l’affaire se corse considérablement. Même avec des guerriers aussi talentueux que Nwëlla, Sahel, Juhen et Gil à mes côtés. Je sens mon cœur se serrer quelques secondes à l’idée de perdre l’un d’entre eux : c’est une éventualité à laquelle je ne peux me soustraire. Alors que les deux hommes finissent, sans se démonter le moins du monde, la baguette que nous avons entamé avec Nwëlla quelques minutes plus tôt, je me dirige tranquillement dans la salle d’eau. M’asseyant sur le rebord de la baignoire, je soupire longuement, tentant d’évacuer toute pensée négative. La porte coulisse à nouveau et c’est un Sahel soucieux qui prend place à mes côtés, m’enlaçant de ses bras puissants dans une étreinte apaisante.

≈≈≈ Sahel ≈≈≈

Je n’aime pas voir ce pli sur le front de mon amie. J’aimerais tellement pouvoir lui affirmer qu’elle retrouvera Seth d’ici peu et qu’elle continuera encore et encore à échapper inlassablement aux griffes de l’aristocratie qui n’hésite plus à hausser le prix pour sa tête. Mais dans ce genre de moments, le silence est parfois plus fort que des mots. Elle se laisse aller tout contre mon épaule, me tirant en même temps un soupir d’aise. Je n’espère toutefois pas qu’elle s’abandonne au trop plein d’émotions accumulées en elle, ce n’est pas tellement son genre, même si je la sens vraiment prête à perdre son éternel sang-froid.

Les minutes passent, longues, mais Naïs finit par se relever, un léger sourire accroché aux lèvres – je ne le lui ai encore jamais vu. Je me demande bien ce à quoi elle pense, mais c’est peine perdu que d’essayer de déchiffrer ses traits impassibles. Ouvrant l’eau d’un robinet –c’est par une ingénieuse tuyauterie cachée dans les murs et puisant directement dans la citerne privée, que l’eau est aussi facile d’accès ici – Naïs commence à faire couler un bain. Je ne me souviens pas avoir jamais vu quelconque trace de gêne chez elle. Elle a toujours cette assurance déroutante mêlée à une certaine fragilité.

Tu es fichu mon vieux…

Ça c’est la voix de Juhen qui résonne encore dans ma tête ! Fichu, je ne sais pas, mais amoureux, je le crains. Jamais une femme ne m’aura autant obsédé que l’Envoleuse et pourtant, il semble clair que je ne suis pour elle qu’un plaisir fugace d’une nuit. La seule chose qui puisse me réconforter dans l’histoire, c’est bien que tous les hommes qui seraient tombés sous charme doivent bien éprouver une pointe de profonde jalousie à l’idée qu’elle ait changé de lit aussi souvent.

Un petit sourire énigmatique, de ceux qui me font littéralement fondre, elle m’invite d’un signe de tête à la rejoindre dans le bain. Et je ne me le fais pas dire deux fois…

* *
*


≈≈≈ Nwëlla ≈≈≈

J’ai mis un certain temps avant de retrouver la petite bâtisse où loge la fameuse Hava. Naïs est incroyablement tendue depuis ce matin. Je crains qu’elle ne fasse une bêtise, et c’est sans doute en partie pour cela que je l’accompagne. La maison devant laquelle je me suis arrêté s’élève sur deux étage et est enserrée entre deux habitations similaires. Sans être un quartier aisé, il n’est pas non plus mal famé. Pas trop loin des rues passantes, mais en même temps tout juste isolée du bruit, vraiment elle est pas mal cette baraque.

- « C’est là »

Bras dessus bras dessous j’emmène Naïs jusqu’à la porte pour y frapper trois petits coups. Au silence d’abord, se succède rapidement un bruit de pas précipité derrière la porte alors que je m’apprête à toquer une deuxième fois. Et puis la porte en bois massif s’ouvre en grand sur une gamine haute comme trois pommes, aux pommettes légèrement rebondies et à la chevelure comme les blés en été. Elle dois avoir cinq, ou six ans tout au plus. Je hausse un sourcil. Driss aurait donc une autre fille. Intéressant…

- « Maman !!! Il y a deux madames à la porte ! »
- « J’arrive ma puce, vas dans ta chambre ! »

Enfin Hava surgit sur le seuil de la porte et me dévisage d’un air grave avant que son regard ne s’attarde sur Naïs durant de longues secondes. Une lueur de peur s’y allume en même temps qu’elle esquisse un mouvement de recul. L’Envoleuse prend l’initiative, me devançant de peu. Sa voix est claire est détachée et peut-être même un peu sèche. L’ambre de son regard aveugle se transforme en or pur.

- « C’est bien vous Hava ? J’aurais quelques questions à vous poser… »

Elle ne lui a pas laissé le temps de répondre. Si ça continue, elle va finir par traumatiser cette pauvre femme. Après une longue hésitation, la femme, d’une petite quarantaine d’années, s’écarte pour nous laisser rentrer. Je la remercie d’un sourire, ne serait-ce que pour la rassurer. Nous la suivons jusque dans sa pièce à vivre. Silencieusement, elle nous invite à nous asseoir. Je pourrais presque entendre son cœur battre la chamade tellement elle semble avoir peur.

- « Que voulez-vous ? »

À côté de moi, Naïs inspire un grand coup, avant de reprendre contenance. Je soupire un instant et devance mon amie. Il faudrait déjà la mettre en confiance cette femme. Car il est vrai que recevoir deux personnes capables de tuer en moins de temps qu’il ne faut pour dire « à moi », ce n’est pas le genre de situation appréciable.

- « Vous pouvez vous rassurer, aucun mal ne vous sera fait »
- « C’est à propos de Driss. J’imagine qu’il a dû vous parler de moi ? »
- « Tout ce que je sais, c’est que vous vous êtes mis l’aristocratie à dos »

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

- « Tout ce que je sais, c’est que vous vous êtes mis l’aristocratie à dos »

Ah çà !! Je crois qu’elle n’a même pas idée dans quelles emmerdes je me suis fourrée en laissant refermer lentement ses filets sur mon cœur. À tous les coups, elle doit penser que je l’ai mérité, car coupable d’un crime quelconque. Je lui raconterai bien tout depuis le début, mais je sais trop bien à quel point les évènements du passé, ressurgissant soudainement, peuvent faire mal. Alors offrir de si précieuses informations à une personne en qui je n’ai pas confiance et qui pourrait les utiliser contre moi est tout à fait hors de question. Et puis, de toute façon, cela serait bien trop long à raconter. Il va falloir que je sois brève et efficace. Elle a deux filles. Je suis sûre qu’elle saura me comprendre.

- « Vous êtes bien renseignée »
- « Nous voudrions solliciter votre… aide, pour ainsi dire »

Un long silence plane dans la pièce, lourd de réflexion.

- « Mon aide ? »

Je hoche la tête un instant. La curiosité d’Hava est piquée à vif.

- « Votre époux ? Où est-il en ce moment ? »
- « Driss ? Il n’est pas vraiment mon époux… Mais c’est une histoire compliquée »
- « Et où est-il actuellement ? »
- « En quoi cela vous intéresse ? »

La méfiance de la femme revient immédiatement. Mais je la comprends. Une idée traverse mon esprit en un éclair.

- « Permettez… »

Je ne lui laisse pas le temps de répondre et file dans les couloirs de la maison. La chambre de la fillette ne doit pas être bien loin. Et, en fait, je n’ai même pas besoin de chercher puisque la petite semble se terrer en haut des escaliers. Sa petite respiration est clairement distincte. Elle ne bouge pas et essaye de se faire la plus silencieuse possible, ce qui me fait sourire légèrement. Quel gamin n’a jamais écouté aux portes par curiosité ? Alors que je gravis les marches lentement et silencieusement, la petite ne bouge pas d’un poil. Elle ne craints apparemment pas d’être repérée. L’innocence des enfants est souvent fort touchante. Avec mon plus beau sourire, je lui tends une main et l’invite à redescendre avec moi. Je n’ai pas à insister puisque la petite fille, ravie de pouvoir assouvir sa curiosité, glisse sa petite main toute chaude dans ma paume. Et nous descendons ainsi, toutes les deux, main dans la main, d’un même rythme.

Lorsque nous franchissons à nouveau le seuil de la pièce à vivre, j’imagine aisément les têtes à la fois de mon amie et d’Hava. Je prends la gamine sur mes genoux et elle se laisse aller tout contre ma poitrine, confiante.

- « Maman, elle est gentille la dame »
- « Que voulez-vous ? »

À la voix haut perchée de la fillette succède celle glaciale de la mère.

- « Vous savez, j’ai un enfant moi aussi : un petit garçon d’une dizaine d’années »

Pas un souffle ne m’interrompt.

- « Il avait un jumeau. Il avait l’âge de votre fille quand il est mort selon les ordres donnés par la haute société »

Je laisse planer un léger suspens.

- « C’est très dur de perdre un enfant, et je crois que vous n’imaginez même pas à quel point»

Joignant le geste à la parole, je glisse une mèche de cheveu de la fillette derrière son oreille. Et je laisse alors mes doigts jouer un instant autour de sa gorge. La tension monte d’un cran dans la pièce. Elle est comme palpable. Au moins, je suis sûre que la femme a saisi le message que je voulais lui envoyer.

- « Et aujourd’hui, mon calvaire recommence puisque mon fils est prisonnier de Driss. Je veux seulement le récupérer vivant. Il n’a pas à subir les conséquences de mes actes… »
- « Nous ne sommes pas ici pour vous faire du mal, comprenez le bien. Nous voulons juste quelques informations. Et si vous êtes coopérante, tout ira bien et vous n’entendrez plus jamais parler de nous »

Un soupir s’envole à travers la pièce.

- « Samoan, c’est bien comme cela qu’il se nomme, je crois, c’est ami de longue date de Driss. Lorsqu’il est revenu en ville, après les jeux d’Al-Jeit, il m’a parlé d’une certaine mission qu’il lui avait confiée »
- « Une mission ? »
- « Je ne sais pas ce que vous leur avez fait à ces familles d’aristocrates, mais cette fois ils ont déployé de gros moyens pour vous tuer »
- « Je vois »
- « Driss vous attend. Il est bien entouré et protégé dans une vieille bâtisse qui tient le coup grâce aux dessins de ma fille et de son père »
- « Ce qui veut dire que… »
- « Exactement. Sans leurs dessins, leur forteresse n’est plus qu’un amas de ruines »
- « Comment pourrions-nous entrer ? »
- « Je ne vois pas trente-six solutions, il vous faut un dessinateur. Mais, n’espérez pas trop vous en tirer vivantes. Ils sont préparés à votre venue »
- « Nous saurons les surprendre… »

Je chuchote un instant à l’oreille de la fillette, et, dès lors, elle saute de mes genoux toute guillerette et file rejoindre l’étreinte de sa mère, heureuse de pouvoir la tenir à nouveau contre elle.

* *
*


≈≈≈ Sahel ≈≈≈

Mon regard reste fixé sur le plafond de la chambre. C’est toujours sportif avec Daënea, mais aussi vite expédié aussi. Elle semble encore dormir. J’en profite pour rassembler mes idées et me rappeler ses propos plus qu’intéressants. Il semblerait qu’il subsiste un tout petit espoir de notre côté. Reste plus qu’à trouver un dessinateur. Et il me semble avoir eu vent de l’une des conquêtes de Juhen. Prune, je crois même l’avoir déjà rencontré, un physique comme le sien ne s’oublie pas. Une chevelure de feu encadre un visage fin et des yeux d’argent pur. Étonnant cette jeune femme, et surtout dessinatrice.

La lune en est déjà à la moitié de sa course. Je pourrais bien me glisser hors du lit et rejoindre l’appartement de Nwëlla, mais je suis soudainement pris d’une certaine flemmardise – ou peut-être bien de fatigue vu tout le temps que je suis resté à fixer ce maudit plafond sans fermer l’œil. Tant pis…


A continuer

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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Si tu n'es pas avec moi, tu es contre moi! [Libre]   Mar 07 Aoû 2012, 02:05

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Incapable. Je suis parfaitement incapable de dormir. Je soupire, assise sur le rebord de la fenêtre de la chambre, les genoux repliés contre ma poitrine. Seule une petite brise audacieuse trouble le calme d’une nuit presque noire. La lune, un peu timide, se cache derrière les nuages, mais éclaire toutefois bien assez mon visage de sa pâle lumière. Il doit rester au moins cinq heures avant l’aube et pas moyen de fermer l’œil. J’ai la sensation bizarre d’être saisie d’une sourde angoisse omniprésente depuis que Seth est prisonnier, quelque part au milieu de la chaîne du Poll. Je ne peux plus accorder ma confiance en ceux qui sont sensés partager les mêmes idéaux que moi. Pourtant, alors que je devrais me méfier plus que jamais, à mes côtés se dressent San, Nwëlla et Gil. Ces derniers ont risqué leur vie – ou vont la risquer – pour moi. Chaque nuit, c’est la même histoire, cette peur enfouie au fond de moi refait surface et je tente alors de me rassurer sur l’avenir. Cependant, ayant toujours été de nature pessimiste, je ne peux m’empêcher d’imaginer le pire.

Un léger souffle interrompt net le fil de ma pensée. Il me faut toutefois quelques secondes pour revenir à la réalité. Sahel passant la nuit avec Daënea, nous ne sommes plus que trois dans l’appartement. J’adresse un pauvre sourire à mon frère qui semble lui aussi prit d’insomnies ces derniers temps. Il ne tarde pas à me rejoindre sur le rebord de la fenêtre et m’enserre de ses bras sans un mot, rassurant. Son soupir se transforme rapidement en buée au contact du froid et réchauffe agréablement ma nuque.

- « Te souviens-tu, quand nous étions enfants et que tu nous emmenais regarder les étoiles sur le toit de la maison ? »

Sa voix résonne dans le silence tandis que je laisse les souvenirs remonter d’un passé qui me semble tellement lointain. Les images se bousculent doucement dans ma tête et je vois désormais trois enfants, deux filles et un garçon. La plus grande a une dizaine d’années, les deux autres sont vraisemblablement bien plus jeunes. Cachés dans les couloirs, ils échappent à la surveillance de leurs parents grâce à l’habileté de leur grande sœur. Et, allongés sur le toit terrasse de leur maison, ils s’amusent à retrouver leurs constellations préférées. En outre, l’étoile la plus brillante de la voûte nocturne leur paraît la plus merveilleuse entre toute…

Peu à peu le silence me ramène à la réalité. La question de mon frère est restée en suspens et, malgré moi, je me rends compte que mes joues sont humidifiées par mes larmes qui coulent sans bruit.

- « Je suis sûre que Seth est en vie, quelque part, et qu’il attend impatiemment de retrouver sa mère…»

J’essuie vainement les larmes roulant imperturbablement le long de mon visage. Toutefois, ne parvenant pas à arrêter ce torrent, j’abandonne vite. Je pleure…

*
* *


≈≈≈ Sahel ≈≈≈

- « Alors ? »

Pourquoi ai-je toujours cette impression que le regard d’ambre profond et aveugle de Naïs me semble toujours me transpercer. Les bras croisés sur la poitrine, elle attend, imperturbable, une réponse de ma part tandis que trois paires d’yeux me dévisagent attentivement. Je regarde un instant ma pinte posée sur la table avant de me décider à en boire une gorger pour me dessécher la gorge.

- « Elle m’a proposé de partir avec elle la prochaine qu’elle quittera la ville. »
- « Dans leur repaire ? »
- « Ça en avait tout l’air »
- « Elle ne peut pas être aussi naïve que cela ? »

Haussant un sourcil, à moitié vexé, je lance un regard noir à mon interlocutrice. Comme si j’étais incapable d’obtenir de simples informations auprès d’ennemis mortels avec la discrétion la plus absolue ! Après tout, un Frontalier peut être confronté à ce genre d’exercice périlleux ; par conséquent cela fait partie intégrante de notre formation. Non mais…

- « Je dois prendre ça comment ? »

Ma question ressemblait plus à un grognement qu’à autre chose. Naïs soupira.

- « Pas besoin de prendre la mouche ! Nwëlla voulait simplement remarquer que Daënea, malgré son jeune âge et sûrement son manque d’expériences, est, je le pense fermement, loin d’être une idiote… »
- « Tu penses à un piège ? »
- « Pas forcément, mais c’est une possibilité à ne pas écarter »

J’ai la drôle de sensation de revivre la moindre scène de cette nuit. Et la jeune femme de mes souvenirs semble à la fois si fragile et si puissante. Ses yeux d’un bleu océan profond brillent d’une franche sincérité. Difficile de croire, parfois, que cette jolie petite blonde aux traits encore quelques peu enfantins est une redoutable tueuse. Malgré son jeune âge, elle a su se faire une place parmi l’élite du Chaos.

- « Je ne lui ai pas encore donné de réponse »

Les traits de Naïs se durcissent peu à peu. Je lui connais bien cet air contrarié : je doute qu’elle apprécie vraiment que je doive revoir une énième fois la Mentaï. Mais il va bien falloir car elle est peut-être notre seule chance de pouvoir nous introduire sans trop de dégât dans la ferme fortifiée que les Mercenaires occupent.

- « Très bien ! Je t’accompagne ! »

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MessageSujet: Re: Si tu n'es pas avec moi, tu es contre moi! [Libre]   Dim 12 Aoû 2012, 02:38

* *
*


≈≈≈ Naïs ≈≈≈

- « Enfin, Naïs, c’est de la folie furieuse ! Tu l’as toi-même admis il n’y a pas une heure… »
- « Rassures-toi Nwëlla, je sais parfaitement ce que je fais »
- « Ah bon ? Parce qu’à t’entendre, on ne dirait pas ! »

Je soupire un instant. L’incompréhension de mon amie est tout à fait légitime. Je me suis totalement contredite, au point de déboussoler tout le monde. Atal, mon frère, est resté complètement coi de stupéfaction. Juhen, quant à lui, a littéralement renversé sa pinte tandis que Nwëlla et Sahel ont réagi au quart de tour affirmant que j’étais sûrement tombé sur la tête pour débiter des âneries pareilles. Je n’ai pas laissé le temps au Frontalier de protester bien longtemps. L’aube, heure de départ précise. Le lieu de rendez-vous est fixé également : l’auberge Coq chanteur qui se situe à cinquante mètre de la porte Nord de la Citadelle.

- « Et si tu m’expliquais le fond de ta pensée ? »

Pendant l’espace de quelques secondes je l’avais oublié. Pourtant, l’Envoleuse est toujours sur ce balcon, avec moi. Son angoisse est palpable, je peux presque la sentir se répandre doucement dans l’atmosphère électrique. Mieux vaut peut-être que je la mette au courant. Une idée, une simple idée, je passe coup sûr pour une suicidaire.

- « Les prendre à leur propre piège : voilà le plan »

C’est clair comme de l’eau de roche…

- « Car, si je suis faite prisonnière comme ils l’espèrent, ils m’introduisent donc la place »

Allons fais un effort, c’est simple pourtant !

- « Et je n’aurais plus qu’à me débrouiller pour vous permettre d’entrer à votre tour ! »

Brillant !

Un sourire torve se dessine sur mes lèvres alors que j’imagine avec délice le moment tant attendu où je tuerai Driss sans plus d’état d’âme. En enlevant Seth, il a signé son arrêt de mort. Je tapisserais bien volontiers les murs de ses tripes avant de l’offrir en pâture aux vautours, qui j’imagine, sont particulièrement voraces dans cette région de l’Empire. Enfin, ce qui est certain, c’est que je ne tolèrerai aucun survivant. Question de vie ou de mort ! Je réalise soudain que le silence règne. Il pèse même – plutôt lourd d’ailleurs. Mon amie laisse échapper un léger soupir.

- « D’accord ! Mais… »
- « Ne le dis pas ! »
- « Je n’ai rien dit encore ! »
- « Non mais tu l’as pensé trop fort… »

Non, aux dernières nouvelles, je n’ai pas de pulsions suicidaires ! Je vaux quand même bien mieux que cela ! Je n’ai jamais appris à abandonner aussi facilement ! Non mais…

- « Oui, j’avoue. Mais imagines un peu les conséquences si ton idée, ingénieuse soit-elle, ne fonctionne pas ? »
- « Nwëlla, tu sais très bien que je ne prévois jamais de plan B, cela doit donc marcher ! »
- « Quelque chose me dit que tu devrais commencer à prendre de bonnes habitudes… »

Je souris à sa boutade. Si je n’avais pas décidé d’agir ainsi – folle, tu es complètement folle avait affirmé Sahel – Driss se serait forcément attendu à une attaque frontale de ma part. Or, pour le moment, il ne semble pas se douter du nombre de mes alliés. Sahel est le seul que sa fille ait rencontré. Jamais elle n’a eu vent ni de Nwëlla, ni de Juhen et encore moins de Gil. Sans Dessinateur avec nous, malgré un certain effet de surprise, il nous aurait été impossible de pénétrer dans la petite ferme fortifiée. Alors, si je parviens à introduire mes compagnons entre les murs, l’effet de surprise sera d’autant plus important. De toute façon la décision est prise.

Je tends l’oreille et perçois soudain quelques petits oiseaux commencent à chanter gaiement. La lune arrive à la fin de sa course nocturne. L’aube n’est plus loin…

- « Soit prudente tout de même »

* *
*


Tandis que les premières lueurs du soleil embrasent le ciel, je m’approche peu à peu, parfaitement déterminée, du lieu de rendez-vous. Si je dois à tout prix pénétrer au cœur de leur petite forteresse pour que mon plan fonctionne, en revanche, il ne faut surtout pas que me mettre le grappin dessus ne soit aussi simple que je l’ai décidé. Daënea est loin d’être idiote et elle se douterait par conséquent de quelque chose.Tranquillement, je me fonds dans les ruelles sombres. Je deviens Ombre. Je suis Ombre.

Je n’ose pas imaginer les conséquences si jamais nous échouons – si jamais j’échoue. Des images terribles traversent un instant mon esprit et créent en mois un nœud d’angoisse du genre plutôt tenace. L’atmosphère autour semble se rafraîchir d’un seul coup comme une promesse de mort, bien réelle, qui pèse sur mes épaules. Je frissonne. Puis, me ressaisis. Après tout, j’ai toujours réussi à me sortir de situations périlleuses et plus que dangereuses. La différence, cependant, c’est que jamais la vie de mon fils n’avait été mise en jeu auparavant. Et j’ai peur, tellement peur.

Balayant tant bien que mal mes craintes les plus profondes d’un revers de main, je tâche de me trouver une cachette à la fois suffisamment judicieuse de telle sorte à ce qu’elle ne réveille pas les soupçons. L’aube est là et je suis à quelques mètres du lieu de rendez-vous, tapie dans l’ombre. J’attends. Sahel, lui, est parti plus tôt, évidemment. C’est étrange d’ailleurs, car il devrait déjà être ici depuis un long moment déjà, mais la rue est déserte. Le petit couinement d’un rat me parvient. Cette partie de la ville est infestée de ces sales bestioles. Et alors que je grimace de dégoût la légère brise emmène avec elle une odeur que je ne connais que trop bien – une odeur de sang, une odeur putréfaction – la puanteur la mort réveille mes sens tous entiers. Mon corps entier se tétanise tandis que je réfléchis à toute vitesse. Sahel ? Je frissonne. Impossible ! Il est un excellent combattant. Il ne peut pas être mort ? Si ?! Je refoule autant que possible le nœud qui se forme doucement dans ma gorge tandis que ce je redoute se dessine de manière inquiétante. Jamais je n’ai voulu cela…

Soudain, alors que je serre méchamment les poings, prête à en découdre, tout se précipite. A en juger par toutes ces ombres invisibles m’encerclant dangereusement, ils étaient préparés à ma venue. Sous leurs pas lourds, la poussière se soulève, légère. Je peux presque percevoir à présent leurs souffles réguliers. Trois. Ils sont trois pour le moment. Cependant, une quatrième personne ne tarde pas à se joindre à eux, sa démarche est assurément plus souple, plus légère, plus silencieuse – Daënea, à tous les coups ! Une vague de colère me submerge.

Sale petite face de Troll !

Elle ne m’auras pas aussi simplement. Alors, dans un réflexe phénoménal, je me ramasse et avant même que nul n’ait compris la situation, je bondis. Non, elle se douterait de quelque chose autrement. Avec une agilité hors pair, je parviens à sauter et me hisser sur une minuscule corniche de bois. Profitant de l’adrénaline provoquée, je cours. Non je vole. L’agitation se fait sentir en contrebas. Mes pieds quittent brièvement la corniche pour en retrouver une autre cinq à six mètres plus loin. Si je parviens à neutraliser la Mentaï, la partie sera déjà plus équilibrée. De fait, c’est tout naturellement que je sors mes étoiles de jet – que je prends soin, chaque jour, de tremper dans du poison. Le temps semble s’arrêter comme pour me permettre d’atteindre ma cible. Instinctivement, je lance une étoile. Et puis, si vite qu’il faudrait vraiment posséder des réflexes hors du commun pour les arrêter, deux autres avant enfin de lâcher la dernière comme une fusée. Immédiatement, Daënea se jette dans l’Imagination et la première étoile se désagrège dans un bruissement sableux. Cependant, elle n’est pas assez rapide et ne parvient pas à anticiper les deux suivantes. Je reconnais sans mal le bruit d’une chair qui se déchire peu à peu. D’ici quelque seconde, le poison se répandra dans ses veines, foudroyant, et nul ne pourra plus rien pour elle. Je viens de réussir. Mais cela ne peut pas être aussi simple. Une flèche fuse, à toute vitesse – mortelle. Je n’ai que le temps de réaliser qu’elle m’est destinée et qu’il est évidemment trop tard. La seconde suivante mon corps ne me semble plus qu’une immense douleur. J’en ai le souffle coupé. Net. La tête me tourne affreusement. Je chute, longtemps, avant de toucher terre. Et de laisser mon esprit fuir ce monde de tourments éternels, de malheurs et de douleurs pour en trouver plus calme, plus joyeux…

… Loin

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