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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 A travers les montagnes... [PV Syndrell]

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Khamill Norwël
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MessageSujet: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Mer 11 Avr 2012, 01:39

Avisant les falaises escarpées qui la surplombaient, Khamill poussa un énième soupir. Pourquoi s'était-elle donc laissée entraîner par Clarence, le mercenaire du Chaos qui l'avait recueillie quelques semaines plus tôt et qui lui avait proposé de se rendre au... Domaine, comme il l'appelait ? Elle était déjà libre, désormais - malgré cette Étoile inaltérable qui marquait encore sa peau - et elle n'avait pas vraiment saisi le sens de cette proposition. " Tu trouveras la véritable liberté ", lui avait assuré le guerrier. Voyant qu'elle ne comprenait pas, il avait ajouté, un éclair mystérieux dans le regard : " Tu comprendras quand tu y seras ". Mouaif... N'empêche que ça ne lui plaisait pas trop, cette façon de s'être fiée aussi facilement à Clarence. D'accord, il lui avait sauvé la vie ; d'accord, c'était un ami, et de surcroît le seul qu'elle possédait encore sur cette terre... Mais toute cette histoire lui échappait lamentablement et ça ne lui plaisait pas du tout. Mais alors vraiment pas ! C'est pour cette raison qu'elle avait mis du temps avant de lui offrir sa réponse. Plusieurs jours, en fait... Elle y avait longuement réfléchit, et avait seulement fini par conclure que, de toutes façons, elle n'avait rien à perdre ! C'est ainsi que, quatre jours plus tôt, elle était partie d'Al-Jeit, accompagnée du mercenaire...

***


- Il y a encore au moins une chose que je ne comprends pas.
- Je t'écoute.


L'homme avait répondu sans lever le regard vers elle, comme s'ils poursuivaient la même conversation depuis longtemps. Sauf que la jeune fille venait à peine de relancer le sujet - car il devinait de quoi elle voulait parler - qui jusqu'à présent ne concernait que la beauté du paysage qu'ils traversaient. Ou qui ne concernait rien du tout, Khamill étant pour le moins peu bavarde... Cette dernière prit la peine de réfléchir encore un moment avant de s'expliquer.

- C'est cette histoire de marchombres... Je ne les connaît même pas, comment suis-je censée les détester ? Pourquoi cette insistance à ce que je devienne envoleuse, et non une autre sorte de mercenaire ?

Elle sut qu'elle avait touché le point sensible, car si lui ne la regardait pas, elle l'observait attentivement, à la recherche du moindre signe. Un signe qui vint immédiatement, se traduisant par un très léger haussement de sourcil et une crispation de la mâchoire.

- Eh bien... On peut dire que tu poses les bonnes questions. Je t'ai déjà expliqué comment étaient les marchombres, pourtant. Ou du moins comment les envoleurs les voyaient... Qu'est-ce qu'il te faut de plus ?
- Là n'est pas la question et vous le savez très bien.
- Je n'avais pas fini, Khamill...
(Il soupira) Tu ne connais pas encore les marchombres, ni les envoleurs. Mais je te propose une Voie qui pourrait être la tienne. C'est à leur contact que tu pourras te faire ton propre avis, que tu décideras de quel côté tu seras... Sachant qu'il n'existe en aucun cas uniquement ses deux-là ! Je suis mercenaire, pas envoleur, et c'est bien parce que moi non plus je ne vois pas l'intérêt de s'opposer aux marchombres... Je te parle juste d'un monde nouveau, dont le Chaos en est le terreau et la liberté le but. Je ne te demande pas de t'opposer à des individus en particuliers...
- Je ne comprends pas. Pourquoi m'avoir parlé des envoleurs, alors ?


Clarence la regarda bien en face, cette fois. Avec un large sourire.

- Parce que les marchombres sont de plus en plus nombreux, et que même si je suis un mercenaire solitaire qui n'a de comptes à rendre à personne, je sais qu'ils sont ceux qui s'opposent les premiers à nos idéaux ! Ce sont donc eux les plus dangereux, et, d'après ce que j'ai pu entendre, le taux d'envoleurs est en baisse...

La jeune fille lui adressa un regard offusqué.

- Donc vous comptez sur moi pour grossir leurs rangs ?
- C'est à peu près ça, en effet. Tu dispose d'une hargne et d'une colère indispensables pour entrer dans le Chaos. De plus, j'ai déjà pu remarquer ta grande agilité et... Où vas-tu ?


Khamill était tranquillement descendue du cheval que Clarence lui avait prêté, et elle revenait sur leurs pas, en direction d'Al-Jeit, comme si de rien n'était. Devant l'insistance du mercenaire, elle se retourna brusquement, furibonde.

- Je pensais que vous m’ameniez là-bas pour m'aider ! Je comprends maintenant que ce n'est en aucun cas votre priorité, Clarence ! Faire de moi une guerrière et votre jouet pour servir votre Chaos incompréhensible, voilà votre intention, pas vrai ? C'est même ce que vous pensez depuis le départ, depuis que vous m'avez recueillie et soignée !

Malgré lui, le mercenaire sentit son cœur se serrer. Imperceptiblement.

- Khamill... tu sais très bien que ce n'était pas ce que je voulais dire...
- Mais c'est bien ce que vous pensez, n'est-ce pas ?


Clarence secoua la tête. Pendant un moment, il ne dit plus rien ; seuls les pépiements des oiseaux alentours et le lointain roulement du Pollimage se faisaient entendre, témoins que la plaine qu'ils étaient étaient en train de traverser n'était pas, comme elle le semblait, dénuée de toute trace de vie. Le vent faisait doucement plier l'herbe sous les sabots des chevaux, et l'air embaumait de la senteur des brins de menthe poivrée, disposés ça-et-là. Une atmosphère bien calme comparé à l'ouragan qui se déchaînait dans la tête de Khamill... Enfin, l'homme rompit le presque silence.

- Tu te trompes, Khamill. Si je t'ai accueillie chez moi, à Al-Jeit, c'est d'abord parce que j'ai sentit quelque chose chez toi. Quelque chose qui m'a plu. Et que je n'ai déjà perçu presque que sur des envoleurs...
- Ah oui ? Et c'était quoi ?


Il sourit devant sa voix qui commençait à flancher, et descendit de cheval à son tour. Il s'approcha de Khamill, qui n'avança pas. Mais qui ne recula pas non plus.

- Une flamme, Khamill. Une petite, toute petite flamme qui vibre en toi, encore à l'état de braise...

Il s'approcha encore, son regard clair fixé dans celui de la jeune fille, dont les pensées se bousculaient à une allure folle. Ses souvenirs refluaient en elle en même temps que les mots de Clarence la percutait. Violemment.

- Et je pense que le seul moyen de la faire devenir feu, c'est de développer ta liberté. C'est pour ça...

Il s'avança une dernière fois ; elle vint soudainement se jeter contre lui. Tellement de choses lui étaient tombées dessus ! Comment en accepter une de plus ? Et elle savait que Clarence la comprenait.

- C'est pour ça que tu dois devenir envoleuse.

Elle ne répondit pas ; enfouie entre les bras du mercenaire - chose qu'ils ne se seraient pourtant jamais permis de faire - elle sanglotait doucement, happée par ses souvenirs. Souvenirs pas si lointain, sommes toutes...Ils restèrent debout, pendant quelques minutes, elle reniflant, lui consolant, sans rien dire. Même s'il ne le montrait pas, Clarence était estomaqué : il ne pensait pas la jeune fille capable de s'ouvrir à ce point ! Et surtout, il prenait pour la première fois pleinement conscience des affreuses difficultés qu'elle venait d'endurer. Des difficultés ayant pris fin seulement quelques semaines plus tôt... Enfin, Khamill releva la tête, et parvint à adresser un pauvre sourire au mercenaire. Un sourire qu'il se promit de garder précieusement en mémoire, puisqu'ils étaient si rares...Et puis, deux mots. Remplis de promesses, vibrant de sincérité, tremblant sous le poids des émotions.

- C'est d'accord.

***


L'escalade du bloc de rochers ocres était bien plus ardue que celle des falaises près des Grands Océans. Plusieurs fois, Khamill glissa, trébucha, s'écorcha, se griffa - il y avait des petits arbustes morts et des plantes sèches bien piquants entre les rochers - déchira même un peu sa chemise, mais elle finit par arriver en haut. Certes, elle n'avait pas une vue bien meilleure des Dentelles, mais c'était tout de même mieux que de là où elle se trouvait une heure avant, coincée dans un chemin sinueux plongé dans l'ombre par le trop grand nombre de pins ! Maintenant, elle dominait le petit plateau qu'elle venait de quitter, et la vue était tout de même magnifique ! Surtout qu'en ce début de printemps, le soleil était au rendez-vous, les quelques nuages tachetant le ciel ne parvenant pas à le dissimuler complètement. S'allongeant à proximité d'un amas de bruyère, Khamill repensa à Clarence, et surtout à la suite de leur petite escapade...

Sitôt qu'elle avait retrouvé son calme, ils étaient remontés sur leurs chevaux et avaient repris tranquillement leur route vers les Dentelles Vives. Vers Ombreuse... Aucun des deux n'avait reparlé de l'incident du matin, et ça avait été bien mieux ainsi. Le midi arrivant, il avaient fait halte dans une clairière, alors qu'ils traversaient un petit bois, et avaient mangé de lamelles de viande de siffleur séchées et de baies sauvages. Puis ils étaient repartis, chevauchant jusqu'au soir. Khamill était alors parvenue à convaincre le mercenaire de ne pas s'arrêter dans une auberge, le village qu'ils traversaient en possédant sûrement une, et ils s'étaient endormis à la belle étoile, s'échangeant les tours de garde. D'accord, c'était épuisant, mais la jeune fille préférait ça aux regards étonnés des gens à chaque fois qu'elle pénétrait dans une taverne ! En effet, si sa marque était bien dissimulée par ses vêtements, en revanche la partie brûlée de son visage n'était pas cachée, et se trouvait souvent être la source de remarques peu discrètes... C'était pour cette raison que Khamill avait insisté pour sortir du village avant de s'arrêter pour dormir.

Et enfin, le lendemain, ils avaient rejoint un dernier hameau. Les dernières constructions humaines avant les Dentelles... Là, Clarence avait laissé les chevaux - dont un qui était à lui - dans une écurie accueillante, en attendant de revenir les chercher. Khamill et lui avaient en effet décidés de se quitter à la chaîne de montagnes, et avaient préféré s'y rendre sans leurs montures. Le jeune fille se souvenait encore de leur séparation, encore fraîche de quelques heures...


***


Clarence se mouvait avec une aisance et une grâce que Khamill n'avait pas manqué de remarquer. Elle détailla une dernière fois l'homme qui se tenait devant elle, de dos. Un homme pour lequel elle vouait une reconnaissance sans bornes... Plutôt grand, la cinquantaine même s'il en paraissait quarante, les cheveux très courts d'un brun tirant vers le gris, le visage carré taillé à la serpe et des yeux qu'elle lui connaissait d'un bleu infiniment clair... Elle l'avait rencontré il y avait moins de six semaines, mais elle le connaissait déjà si bien. Et si peu...

Alors qu'ils marchaient depuis presque trois heures, le mercenaire s'arrêta. Ils se trouvaient à proximité d'une petite cascade dont il connaissait bien l'existence, entre une forêt de pins et une autre de rochers. Ils s'assirent sur l'un deux, et alors qu'ils ne savaient ni comment se dire au revoir, ni qui allait parler le premier, les adieux se firent le plus simplement du monde.


- Au revoir, Khamill, avait soufflé Clarence.
- Au revoir Clarence, avait répondu Khamill. Puis elle avait ajouté, d'une voix étonnement assurée : On se reverra ?
- Bien sûr, avait-il répondu. Le plus tôt possible, même. Mais pas trop, ou bien ce serait du gâchis.

Elle avait hoché la tête, sans commentaire, puis ils étaient repartis, chacun de leur côté. Lui, rebroussant chemin ; elle, s'avançant vers l'inconnu...

"Merci", avait soufflé la brise aux oreilles du mercenaire.

***


Khamill s'était endormie sans s'en apercevoir, terrassée par les émotions et la chaleur insistante du soleil. Pour la première fois depuis longtemps, elle ne rêva pas, et se réveilla en pleine forme. Elle rinça ses écorchures avec l'eau de sa gourde - elle pouvait l'utiliser sans crainte, puisqu'elle avait repéré le son d'une source coulant non loin de là - et avala quelques morceaux de viande séchée et de pain aux herbes. Puis, après avoir vérifié si son poignard, offert par Clarence, pendait bien à sa ceinture, et si son bracelet, seul souvenir de ses parents, ornait bien son poignet, elle reprit sa route, désescaladant la petite falaise qu'elle venait de gravir. Arrivée en bas, elle crut apercevoir un reflet métallique parmi les branches des pins ; mais haussant les épaules, elle continua silencieusement sa marche, toujours en direction d'Ombreuse. Perdue dans ses pensées, elle ne décela pas le moins du monde la présence qui se tenait derrière elle...




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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Jeu 19 Avr 2012, 12:27

*Où es-tu, Kunst ?*

Son regard caressait les hauts sommets des Dentelles lorsque la question, qui tournait en boucle dans son esprit depuis son départ de l’Académie, effleura ses pensées. Syndrell soupira. Elle avait conscience de l’aberration de sa démarche. Courir après une marchombre ? La belle affaire… Impossible, dirait Ciel. Difficile, nuancerait Dolce. Pourquoi pas ? lancerait Miss. Possible, croyait-t-elle. Elle ne serait pas ici si elle ne se sentait pas capable de retrouver la mère de Lyke.

« Ici » définissait précisément l’arbre dans lequel elle se tenait depuis plusieurs longues minutes. Un peu après l’aube, elle avait atteint la lisière du bois qui jouxtait les premières pentes rocailleuses des Dentelles Vives ; laissant Vagabond poursuivre tranquillement son chemin sur la piste, elle avait saisit une branche sur laquelle elle s’était hissé souplement puis avait continué d’avancer en passant d’arbre en arbre.

Une foule de souvenirs avait dansé dans sa mémoire. Dans l’un d’eux, elle n’était qu’une jeune apprentie inexpérimentée, imbue de sa personne et têtue comme une mule, suivant aveuglément son maître et se demandant comment celle-ci faisait pour ne faire tomber aucune feuille ni craquer aucune brindille. Un autre souvenir la voyait prendre son élan et s’élancer pour crever la surface du lac Chen, saluée par le rire joyeux de Ciel. Un dernier, beaucoup plus récent et chargé d’émotions, la trouvait dans ce bois-même, deux nuits plus tôt et blottie contre son amant.


- Hé là, ma vieille, dit-elle en secouant la tête. Concentre-toi un peu au lieu de rêvasser comme une jeune écervelée !

Sous ses pieds, Vagabond renâcla doucement. Il avait l’habitude de l’entendre parler seule et elle lui savait gré de ne pas s’enfuir au grand galop. Toutefois, il avait réagi pour une tout autre raison que la douce folie de sa cavalière, et celle-ci plissa les yeux pour mieux apercevoir la silhouette qui se découpait dans les couleurs chaudes du levant.

- Oui, on dirait qu’on a de la visite. Tu devrais cacher nos vivres.

Un sourire avait ponctué sa remarque. Amusée, elle repensa à cette rencontre qu’elle avait fait quelques jours plus tôt. Ce n’est tout de même pas tous les jours que l’on partage son repas avec un Thül extrêmement séducteur et un jeune marchombre désopilant ! Roy et Nuhadu étaient cependant des compagnons qu’elle était heureuse d’avoir croisé.

La jeune femme mâchonna pensivement une mèche bleue. Elle hésitait : devait-elle descendre et se présenter amicalement, comme toute personne normalement constituée le ferait, ou bien dissimuler sa présence et poursuivre sa route comme si de rien n’était ? Son aventure tragique avec Vanora l’avait rendue plus que méfiante, mais elle s’efforçait de se détendre et de travailler son comportement sociable. Il n’était pas question qu’elle devienne aussi solitaire qu’un ours élastique !

Elle décida d’attendre sur son perchoir et d’aviser la situation en fonction de l’inconnu. Qui s’avérait être une inconnue. Petit bout de femme, elle avançait vaillamment, guidée par une volonté qui la menait tout droit vers les premières roches des montagnes ; Syndrell se demanda si elle allait tenter l’escalade des Dentelles. Nombreux étaient les promeneurs et les amateurs de sensations fortes qui venaient ici, mais les Dentelles représentaient un défi de taille qu’il ne fallait surtout pas prendre à la légère : seules des personnes suffisamment averties étaient capables de monter plus haut que le premier palier qui s’élevait déjà à près de cinq mètres du sol.

Et bien si.
La voyageuse solitaire semblait avoir quelques projets d’escalade en tête. Piquée de curiosité autant que de l’envie de l’accompagner dans son ascension, Syndrell se laissa tomber directement sur la selle de Vagabond qu’elle lança au petit trot sur la piste. L’ombre fraîche du feuillage forestier disparut, laissant place à la chaleur toute nouvelle du soleil printanier, et les sabots de l’étalon résonnèrent doucement sur les pierres blanches parsemées de quelques touffes d’herbes.

La grimpeuse ne les entendit pas approcher. Syndrell connaissait bien cette sensation précédent une séance d’escalade, cette bulle de sensations déjà très puissantes avant l’effort, qui empêche de voir et d’entendre autre chose que le chemin à faire et les battements de son propre cœur. Escalader les Dentelles Vives était une aventure extraordinaire.
La marchombre sourit.


- Salut !

Juchée sur Vagabond, elle hocha la tête en direction de la jeune femme.

- C’est une bonne journée pour la grimpe… Tu viens souvent par ici ?




[C'est court et bof bof... promis, je me rattrape la prochaine fois parce que nom de nom, je sens qu'il va me plaire ce Rp !]

__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


[Absente du 20/10 au 03/11]
Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
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Khamill Norwël
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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Dim 22 Avr 2012, 19:23

- Qui es tu ?

Une question pour répondre à une autre question. Une question plutôt qu'une réponse...
Un changement de sujet total, aussi.

Mais une phrase, tout de même... Et c'était déjà beaucoup.

L'inconnue ignorait sûrement ce que Khamill venait de lui offrir là...


***


Le petit chemin rocailleux ne cessait de tourner à droite et à gauche, de monter et de descendre, comme s'il ne savait pas où aller. Dès qu'il semblait se stabiliser un peu, et que Khamill pensait pouvoir enfin souffler, il recommençait, infatigable, à sinuer dangereusement entre les rochers et les falaises, les arbustes et les quelques pins, les ruisseaux et... le vide. Vide, oui, car la jeune femme venait tout juste de se lancer dans les premières grandes montagnes, et il lui arrivait ainsi fréquemment de passer le long de gouffres et autres trous béants, promesses de mort qui semblaient pourtant l'inciter à s'en approcher... Pourquoi pas ? avait-elle pensé. Ce serait si facile... Si facile, de se laisser tomber là-dedans... Si facile, mais si lâche ! Et sacrément bête, aussi... Elle qui venait tout juste de trouver une Voie, vers laquelle elle avait la possibilité de se diriger ; une Voie qui, peut-être, lui ferait oublier le reste... Alors Kham avait continué de marcher vaillamment sur le chemin – elle se demandait d'ailleurs pourquoi il en existait encore un ici, où seulement de rares personnes devaient venir – et elle avait oublié ses pensées de suicide, rajustant son sac à dos et accélérant le pas...

- Salut !

Coupée dans son élan, Khamill sursauta brusquement. Elle n'avait pas entendu le cheval approcher, malgré son caractéristique et bruyant " cataclop", et se maudit intérieurement de son imprudence. Ah ! si seulement elle avait prit garde à ce qui l'entourait, elle aurait pu éviter de se retrouver nez à nez avec une éventuelle personne... Cela lui avait semblé si improbable, de rencontrer quelqu'un au beau milieu des Dentelles, qu'elle n'y avait même pas songé... Espèce d'imbécile ! Elle allait maintenant se retrouver obligée de taper la causette... Ou de fuir. Ou, solution plus probable encore, de faire s'en aller la personne, à force de ne pas lui répondre...

La jeune femme se retourna, cherchant tout de même à savoir qui l'avait ainsi saluée par ce si beau jour de printemps... Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle découvrit, juchée sur un vaillant petit frison, une jeune femme dont les cheveux étaient... bleus ! Khamill faillit se frotter les yeux tellement elle n'y croyait pas. Un rêve, c'était sûrement un rêve ! Ca ne pouvait d'ailleurs être que ça, puisque l'inconnue possédait non seulement une chevelure bleue, mais aussi deux yeux dorés qui scintillaient au soleil... Kham se surprit alors à penser aux sirènes dont lui parlait Kio lorsqu'ils jouaient ensembles dans les vagues et les falaises des Grands Océans. Un jour, il lui avait assuré qu'il en avait aperçut une, au large ! Une sirène dont les cheveux auraient été de la couleur de l'eau et les yeux de celle du soleil... A l'époque, déjà trop grande pour y croire, elle s'était moqué de lui et ils ne s'étaient plus parlé pendant deux heures... Maintenant, elle ne croyait toujours pas aux sirènes, mais elle devait avouer que la coïncidence était plus que frappante !

Comme si l'imagination de son frère l'avait prévenue de la rencontre avec cette inconnue...

Amusée – et peut-être un peu honteuse – de ses pensées, Khamill les remit dans un coin de sa tête afin de les oublier, et de recommencer à détailler la voyageuse. Plutôt petite – comme elle, à vrai dire – cette dernière devait avoir son âge, mais la sagesse et la malice que Kham lisait dans son regard d'or lui donnait... elle n'aurait su dire combien d'années de plus ! Pour sûr, elle était tombée sur une personne quelque peu intrigante... De plus, elle sentait une sorte d'aura émaner d'elle qu'elle avait déjà rarement rencontré. Une aura qui lui disait tout de même quelque chose, somme toute... Khamill se surprit à nouveau lorsque l'image de Clarence lui vint à l'esprit. Alors le mercenaire et l'inconnue auraient quelque chose en commun ? Non, c'était impossible... D'abord, la cavalière n'avait rien d'une mercenaire du Chaos ; et puis, ce n'était pas tout à fait la même sorte d'atmosphère qui émanait d'eux... Si l'homme dégageait quelque chose de doux et de puissant, la voyageuse paraissait plus tranquille et... harmonieuse.

Oui, c'était tout à fait ça.

La jeune femme semblait en harmonie totale avec elle-même... et avec ce qui l'entourait...


- C’est une bonne journée pour la grimpe… Tu viens souvent par ici ?

De nouveau, Khamill fut brusquement tirée de sa torpeur. Ou de sa stupeur... Décidément, cette inconnue était spéciale ! C'était la première personne à l'étonner ainsi. Complètement prise au dépourvue, Kham ne savait que faire ni que dire. Dire, déjà, c'était pas son truc... Mais elle n'avait pas l'habitude de cette bonne humeur, ni de cet intérêt que lui témoignait la jeune femme. Et puis, elle réalisa qu'elle n'avait pas encore réagit à la vue de sa brûlure, et cela la déstabilisait au plus haut point...

Surprenant, vraiment !

Mais, très rapidement, Khamill redevint égale à elle-même, effleurant brièvement le manche de son poignard. Après avoir observé un instant les alentours, et ne découvrant pas d'endroit véritablement couvert – comme un bois assez proche, par exemple – elle renonça à partir se cacher, et jeta un regard légèrement méfiant à l'étrange cavalière. Un regard toujours teinté de curiosité, cependant... Et, bientôt, Kham fit un pas en avant – pas physiquement, non... Elle se contenta juste d'ouvrir la bouche. Et de parler. A une inconnue !

Chose qu'elle n'aurait jamais cru possible si elle n'avait pas été en train de le vivre...


- Qui es tu ?

Une question pour répondre à une autre question. Une question plutôt qu'une réponse...
Un changement de sujet total, aussi.

Mais une phrase, tout de même... Et c'était déjà beaucoup.

L'inconnue ignorait sûrement ce que Khamill venait de lui offrir là...





[Et moi, donc ! Razz]


Dernière édition par Khamill Norwël le Mar 24 Avr 2012, 23:11, édité 2 fois
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Lun 23 Avr 2012, 15:03

Syndrell sourit.
Une question pour une réponse… La spécialité de Miss et sa propre signature, désormais. Voilà pourquoi elle se sentait d’emblée attirée par ce genre de personnes ; c’était là une manière de lier prudence et élégance, une façon de laisser libre court à sa curiosité tout en maîtrisant une répartie bien trop franche pour être totalement réprimée.

Cette fille lui plaisait.
Il avait suffit d’une question-réponse et d’un regard énigmatique pour que Syndrell en vienne à cette conclusion, mais il ne s’agissait certainement pas d’un jugement hâtif. Une poignée de secondes s’étaient écoulées, c'est-à-dire juste assez de temps à la marchombre pour établir son diagnostique.

Il y avait d’abord cette assurance. Indiscutable, elle scintillait dans ses yeux couleur d’acier telle une étincelle de joie, reflet de la petite étoile qui brillait dans ceux de Syndrell. Quelques mois plus tôt, elle n’aurait jamais été capable de se rendre compte d’un tel détail, insignifiant pour tant de personnes et si précieux pour certaines d’entre elles seulement… Ce détail signifiait beaucoup de choses, il témoignait d’une curiosité sans borne et d’une volonté à toute épreuve, il clamait une vivacité d’esprit et une réflexion aiguisée, il soulignait une touche de sauvagerie presque invisible et pourtant présente jusque dans la tension de ses muscles.

On aurait dit une biche aux abois. La couleur ambrée de ses cheveux qui cascadaient librement dans son dos appelaient forcément cette image, mais plus encore c’était son immobilité quasi parfaite qui influençait la comparaison. Sans le léger souffle qui soulevait imperceptiblement sa poitrine, on aurait pu la confondre avec une statue, toute figée qu’elle était. C’était d’ailleurs très paradoxal : cette fille vibrait d’une énergie solaire et la vie brûlait dans ses yeux mais en apparence, elle était aussi impassible, aussi solide qu’un roc.
Muraille presque aussi imprenable que celle qui se dressait derrière elle.

Mais sa question était une faille. Le paradoxe allait jusque là. Force dans le caractère, faiblesse dans l’accord : elle ne se faisait pas plus confiance qu’elle en accordait à cette inconnue qui l’avait interrompue dans ses pensées. Syndrell ne pouvait lui en tenir rigueur pour ce dernier point ; elle reconnaissait avoir la fâcheuse manie de surgir dans le dos des gens et il était clair que la jeune fille regrettait de se trouver si près des hautes falaises de pierre des Dentelles. Toutefois, la marchombre avait su capter cette hésitation essentielle, infime et pourtant présente dans le timbre de sa voix : elle se cherchait encore, plongée dans une quête qu’elle-même avait traversé, et dont elle sortait à peine.

Voilà pourquoi ce simple « qui es-tu » lui avait tiré un sourire. Elle avait l’impression de se revoir, trois ans plus tôt, en train de poser cette même question à un jeune mercenaire incroyablement audacieux. Elle avait cru le désarçonner, le prendre au dépourvu en lui répondant de cette manière, mais en réalité c’était elle-même qu’elle avait questionné. Et à l’époque, elle était encore loin de trouver des réponses…


- Une incorrigible farceuse dont la vilaine manie est de prendre les gens par surprise, s’excusa-t-elle d’un ton joyeux. Mais tu peux m’appeler Syndrell.

Elle avait ponctué sa phrase d’un clin d’œil doré. Chaque fois que Miss lui en avait décoché un, elle s’était sentie plus à son aise, comme rendue complice de quelque chose de très amusant. Cette rencontre était amusante. Il n’y avait vraiment que les Dentelles pour avoir la chance d’y assister sans qu’aucun souffle de vent n’ait pu prédire ce qui allait se passer. Syndrell songea que les montagnes devaient avoir une très, très grande mémoire.

Vagabond poussa un profond soupir lorsqu’elle se laissa glisser à terre. Il avait compris qu’elle allait à nouveau s’adonner à de stupides acrobaties, or il avait besoin de se dégourdir les jambes ! Compatissante, Syndrell plongea sa main dans la sacoche accrochée à sa selle et en sortit une pomme. Mais l’étalon avait son petit caractère. Les oreilles en arrière, il renifla le fruit tout en se donnant un air désintéressé. La marchombre n’était cependant pas dupe.


- Prend garde, bonhomme : si tu ne la manges pas, c’est moi qui m’en charge à ta place !

Elle croqua dans la pomme et comme par magie, Vagabond devint aussi docile qu’un agneau. Il tendit le cou pour lui chiper la pomme des mains avant qu’elle ne lui en subtilise une autre bouchée et il accepta le baiser qu’elle déposa sur sa grosse tête. Dans un petit pincement au cœur, Syndrell se dit qu’il avait la même tendresse que Nuance dans le regard.

- Je te promets une belle balade, après ça… murmura-t-elle avec une sincérité dont il ne devait jamais douter.

Puis elle se tourna vers la fille aux longs cheveux bouclés. Elle avait remarqué la rougeur qui se dessinait sur toute la partie gauche de son visage. Loin de l’enlaidir, les vestiges de la brûlure lui donnaient un aspect mystérieux et farouche qui lui allait bien.

- Tu veux bien que je t’accompagne ? Loin de moi l’idée de t’imposer ma présence, mais j’ai toujours aimé relever le défi lancé par ces montagnes. On raconte que celui qui atteint leurs sommets est à la portée de tous les Possibles et qu’il peut toucher le ciel… Je suis allée là-haut, une fois. Je n’ai pas touché le ciel mais j’ai rencontré le plus beau Possible qui soit !

Si son vieil ami onirique l’avait entendu parler de la sorte, il devait être en train d’éclater de rire, appuyé contre son arbre et sa longue pipe à la main. C’est lui qui, de son vivant, lui avait parlé des Possibles qui existaient en haut des Dentelles, mais à l’époque elle était bien trop centrée sur elle-même pour comprendre le véritable sens de ses paroles. Il avait fallu qu’elle croise Blood Light en haut de cette montagne pour enfin réaliser…

La marchombre prit les rênes de Vagabond dans la main et fit quelques pas avant de se tourner vers la jeune fille. Ses yeux d’or flamboyaient de malice. Sa réponse n’était pas non plus dans l’ordre normal des choses, son intrigante interlocutrice avait dû s’en rendre compte ; à elle de décider, maintenant, si elle comptait donner raison à la méfiance qui l’immobilisait toujours, ou si elle acceptait de dépasser ses craintes pour se lancer dans l’aventure.

Dans l’inconnu.
Vers un Possible…



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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Mar 24 Avr 2012, 23:00

Khamill se sentait perdue. Déstabilisée était le mot exact. Déstabilisée par cette jeune femme qui était apparue sans prévenir, et qui, au lieu de s'étonner de sa question, lui avait répondu par un sourire tranquille et une phrase pleine d'humour... Jamais, au grand jamais, Kham n'avait eût à faire à ce genre de réponse, et encore moins à ce genre de personne. Elle qui avait l'habitude d'avoir la situation en main dans la plupart des cas – du moins le croyait-elle – elle se retrouvait plantée là, sur ce petit chemin, sans comprendre avec exactitude ce qui se passait. Un sentiment pas désagréable, en y réfléchissant bien, puisqu'il lui permettait quand même de baisser ses barrières, de respirer mieux...

Oui, c'était ça. De respirer mieux. Cette Syndrell, qui lui avait d'ailleurs offert son nom sans une once hésitation, comme si cela était complètement normal, banal même ; cette Syndrell la mettait en confiance, et elle ne savait pas vraiment pourquoi... Un sourire, quelques mots... Et voilà que la jeune femme sentait quelque chose vibrer en elle. Quelque chose qu'elle avait déjà bien connu par le passé, mais le passé "lointain". Son passé plus proche, lui, avait complètement effacé cet étrange sentiment qu'elle avait cru oublier.

Elle réalisait maintenant qu'elle s'était trompée.

L'espoir, car c'était lui, recommençait à poindre, encore minuscule, dans le cœur de Kham... alors que Clarence lui-même n'avait pas complètement réussit à le faire revenir. Et Khamill, la pauvre Khamill ne savait que faire... Répondre à la présentation de Syndrell ? Elle qui n'avait confié son véritable nom qu'à trois personnes dans toute sa vie ? Une de ces personnes, d'ailleurs, ne l'avait absolument pas mérité ! Devait-elle vraiment faire confiance à cette inconnue, comme elle avait cru pouvoir le faire avec Cerman ? Devait-elle vraiment accepter d'aller vers elle, comme elle avait accepté "l'envoûtement" de l'homme ? Et si elle répondait, n'allait-elle pas se risquer à recevoir une seconde marque inaltérable ? Sous une autre forme, certes, et puis elle ignorait comment mais... Le doute était bien là.

Le doute... Le mercenaire lui avait dit quelque chose sur ce sujet, peu avant qu'ils ne se quittent... "
Le doute est une force, Khamill. Veille simplement à ce qu'elle te pousse toujours en avant..." Oui, d'accord, mais alors comment savoir si le côté que l'on choisissait était le bon ? " Suis ton cœur, Kham... Toujours. " Ca, c'était Lehm. Lehm... Khamill refoula non sans peine la tristesse qui allait s'échapper de ses yeux. Pourquoi ? Toujours cette question, hein... Pauvre folle... Tu ne sais même pas qui tu es... Tu t'es complètement perdue, quand est-ce que tu vas le comprendre ? Ouvre les yeux, enfin ! Comment pourrais-tu trouver toutes les réponses à ces pourquoi qui ne veulent rien dire, si tu ignores même ton identité... Tu ne mérites pas d'être aidée, tiens !

Khamill secoua fortement la tête, agacée. Elle devenait vraiment tarée, ça au moins, ça ne faisait aucun doute ! Heureusement que la jeune femme aux cheveux bleus s'occupait de sa monture, ça lui évitait au moins d'avoir l'air ridicule ! Amusée, Kham observa Syndrell se disputer une belle pomme rouge avec le petit cheval, et esquissa un sourire lorsque la bête eût finalement le dernier mot. Ce qui était de toutes façons à prévoir, puisque sa cavalière avait sûrement eut l'intention de le laisser gagner ! Puis, attendrie, la jeune femme la vit murmurer quelque chose à l'oreille de l'animal, chose qu'elle n'entendit pas. Mais elle avait su au moins percevoir les vibrations de sincérité qui se dégageaient de ses paroles...

- Tu veux bien que je t’accompagne ? Loin de moi l’idée de t’imposer ma présence, mais j’ai toujours aimé relever le défi lancé par ces montagnes. On raconte que celui qui atteint leurs sommets est à la portée de tous les Possibles et qu’il peut toucher le ciel… Je suis allée là-haut, une fois. Je n’ai pas touché le ciel mais j’ai rencontré le plus beau Possible qui soit !

Khamill se sentit frissonner. Sans qu'elle s'en aperçoive, son cœur avait fait un tout petit bond dans sa poitrine.

Une proposition.

Comme on lui en avait déjà fait beaucoup...

***


- Khamill, donc...
- Oui.
- Tu sais quoi ?
- Non, mais tu ne vas sûrement pas tarder à me le dire...
- Je pourrais peut-être t'aider.
- Ah oui ? Et m'aider à quoi ?
- ... A survivre... Ou à vivre, tout simplement.

***


- Qu'est-ce que vous voulez ?
- J'ai un boulot à te proposer.

***


- Khamill... Accepterais-tu de rejoindre le Chaos ?

***


Elles les avaient toutes acceptées, ces propositions, pour le meilleur ou pour le pire. Ou pour elle ne savait pas quoi encore... Mais toutes avaient marquées un tournant dans sa vie. Alors, peut-être que cette inconnue, par le moyen d'une bien plus simple proposition, allait de nouveau faire bouger quelque chose... En tous cas, ce n'était pas partager un bout de chemin avec elle qui allait décider de son futur !

- Je...

Une proposition.

La plus belle, peut-être, de toutes celles qui lui avaient été faites – mise à part celle de Lehm, bien sûr – et assurément la plus sincère... La joie et la fraîcheur qui se dégageaient des paroles de Syndrell ne pouvaient pas être factices. Et pour quelle raison le seraient-elles, d'ailleurs ?

Tous les Possibles...

Alors, Khamill ouvrit la bouche.
Elle ouvrit son cœur, et les barrières explosèrent. Le plus simplement du monde.


- Pourquoi pas ?

"Toucher le ciel, atteindre tous les Possibles, voilà quelque chose qui n'est pas pour me déplaire !"

Kham n'avait jamais été douée pour s'exprimer par les mots, leurs préférant les yeux ou la bouche... C'est pourquoi, alors qu'elle avait seulement pensé la dernière phrase, le sourire resplendissant qu'elle offrit à Syndrell la clama au grand jour.

Cependant, il lui sembla qu'elle avait oublié quelque chose...


- Au fait, je suis Khamill.

Elle ouvrit son cœur, et les barrières explosèrent.
Peut-être un peu trop brusquement...

Avait-elle fait le bon choix ?



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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Lun 30 Avr 2012, 00:14

Celui qui n’a jamais osé escalader ne serait-ce qu’un pan de mur incliné ignore ce que veut dire le mot « envol ». Du terme, il ne connaît que la théorie – et encore… Le grimpeur, lui, conjugue le verbe et déploie ses ailes. Il goûte à une liberté qui n’a rien à voir avec celle qui ne supporte aucune chaîne ; il quitte un monde pour un autre, oublie la terre pour poser son regard au ciel. Il s’envole.

Syndrell tendit une main, crocheta une prise et s’envola. Elle n’avait pas d’aile et son corps semblait ne faire qu’un avec la paroi rocheuse dont certaines arêtes étaient plus coupantes que des lames de rasoir, mais la jeune femme était soudain aérienne ; légère, elle se jouait des ruses des Dentelles pour la précipiter dans le vide et des assauts taquins du vent qui murmurait toute sortes de facéties à ses oreilles.

Elle tourna la tête vers Khamill et un sourire illumina son visage. Le grimpeur aime s’envoler seul mais parfois, un peu de compagnie lui fait du bien. Partager cette balade aux accents de l’ivresse et du danger était un trésor au moins aussi grand que celui qu’offrait l’immense chaîne de montagnes. Syndrell ouvrait déjà la bouche pour lui faire part de cette impression lorsqu’un rayon du soleil, momentanément dissimulé derrière un voile de nuages gonflés de pluie, se faufila au travers d’une ouverture cotonneuse et caressa la roche qu’elle était en train de gravir, allumant un brasier dans le doré de ses yeux.

Que dit le soleil aux nuages de neige ?

Flèche tirée du passé et qui trouva sa cible. Emue, Syndrell ferma les yeux. Jamais elle ne s’était sentie aussi proche de Miss qu’en cet instant.

Voici un peu plus d’un an que nos chemins se sont croisés, Syndrell. Un an que nos voies se côtoient, se longent. Désormais, nos chemins divergent. Désormais, tu es libre…

La liberté fait rêver celui qui y aspire, mais elle terrifie celui qui s’en empare. Durant une année entière, la fille aux cheveux maudits et au regard jaune pisseux s’était battue pour vivre cet instant. Elle y était parvenue, guidée par une femme extraordinaire dont elle j’avais encore jamais croisé l’égal dans tout Gwendalavir. Mais au moment de vivre cet instant, pourtant – au moment de s’envoler pour de bon et de ses propres ailes, elle avait eu si peur de tomber…

Je ne serai jamais loin.

Et Syndrell n’était pas tombée. Elle avait trébuché, vacillé, manqué de perdre l’équilibre, mais pas une seule fois en ces deux années qui s’étaient écoulées depuis cette inoubliable journée, elle n’était tombée. Des centaines de kilomètres avaient beau les séparer, Miss était là, comme elle n’avait jamais cessé de l’être : murmure dans le vent, clin d’œil étoilé, rire d’une cascade, la marchombre aux yeux violets était présente à chacun de ses pas. Elle n’avait jamais raté aucun envol et celui-là ne faisait pas exception à la règle.

Alors, jeune apprentie ? Que dit le soleil aux nuages de neige ?

Syndrell éclata de rire.



* * *


- La première fois que je me suis lancée dans cette folie, j’ai failli tomber vingt-huit fois. Je le sais parce que j’ai compté vingt-huit instants de peur panique durant lesquels mon cœur cessait littéralement de battre…

Syndrell secoua la tête, amusée par le souvenir de son inconscience, et tendit sa gourde à Khamill. Elles se trouvaient dans le creux d’une faille gigantesque, premier palier qu’elles avaient atteint après une heure d’ascension sur les flancs rocailleux des Dentelles. A l’abri du vide et du vent, elles récupéraient tranquillement ; c’était le moment d’en profiter pour faire plus ample connaissance.

La curiosité était à la fois la plus grande qualité et le plus grand défaut de Syndrell. Depuis les premiers mots qu’elles avaient échangé, elle s’était demandé ce qui avait valu une si grande brûlure au visage de la jeune fille. A n’en pas douter, une personne correcte et bien censée aurait fait preuve d’une discrétion parfaite… pas Syndrell. Elle n’avait jamais su tourner autour du pot.


- Tu as eu un accident ?

Autrefois, elle se serait mordue la lèvre inférieure, consciente d’avoir franchi une limite ; la jeune femme se contenta de regarder Khamill le plus simplement du monde. Aucun dégoût ni aucun jugement ne se lisait dans ses yeux, simplement une question à laquelle il fallait une réponse. Si la fille aux cheveux ondulés ne voulait pas la lui fournir, elle s’en inventerait une. La vérité, au fond, lui importait peu. C’étaient les mots qui l’intéressaient.

On ne parle jamais trop, lui avait dit un jour Erwan. Ce sont toujours les mots qui s'imposent, même s'il faut sans doute savoir les manier assez finement pour comprendre à quel point ils nous font remonter jusqu'à la cascade de l'âme...

Une simple cascade.
Une simple escalade.
Une dôle d’aventure…


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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Dim 06 Mai 2012, 16:28

Une prise minuscule se tenait à sa droite... bien trop minuscule pour qu'elle puisse s'en servir. Khamill prit le temps d'en chercher une autre, observant la roche et la palpant des mains, avant de se hisser aux côtés de Syndrell. L'ascension était difficile et fatigante, mais la jeune fille ne s'en lassait pas. Toujours à la recherche des sensations qu'elle avait éprouvé durant son enfance, lorsqu'elle se juchait le long des falaises bordant les Grands Océans, Kham avait adoré les Dentelles Vives dès le premier coup d'oeil. Les montagnes, par leur nombre autant que par leur hauteur, l'avaient immédiatement attirée, et elle retrouvait avec plaisir les joies de l'escalade.

Mais, alors qu'elle avait manqué de tomber de nombreuses fois, elle n'avait pas encore vu sa compagne de route ne serait-ce que déraper d'une prise peu fiable. Et pourtant, elle était plutôt bien calée en ce qui concernait l'escalade ! Jetant fréquemment des coups d'oeil à la jeune femme aux yeux d'or, elle réalisait de plus en plus l'étendue de ses capacités, et s'en montrait extrêmement surprise...

Syndrell se déplaçait à la verticale avec une grâce et une aisance qui dépassaient de loin celles de Khamill. Aussi agile qu'un chat, la jeune femme progressait rapidement et sûrement, et semblait même l'attendre quelques fois. Elle avait l'air aussi à l'aise qu'au sol, et aussi heureuse que si elle s'était trouvée dans les airs.. Loin d'être jalouse, Kham l'observait progresser avec étonnement, une lueur impressionnée dans son regard d'acier. Elle dut cependant rester concentrée sur ses propres mouvements si elle ne voulait pas s'écraser une trentaine de mètres plus bas...

Et, alors que Khamill, complètement essoufflée, se hissait de toutes ses forces jusqu'à une prise qui lui semblait bonne, la jeune femme aux cheveux de ciel partit d'un grand rire soudain. Surprise, la jeune fille rata sa prise, glissant de deux bons mètres le long de la paroi. Elle réussit, par bonheur, à se rattraper in extremis grâce un petit arbuste qui poussait dans la roche, mais ne manqua pas de ressentir une des plus grandes frousses de sa vie... Elle jeta cependant un regard amusé et interrogateur à Syndrell, se demandant ce qui avait bien pu déclencher chez elle ce brusque éclat de rire...



***


Les deux jeunes femmes avaient débuté l'escalade un quart d'heure plus tôt, laissant le petit chemin rocailleux pour les gros rochers, puis pour les falaises abruptes. Dès les premiers mètres, Kham avait senti refluer en elle les souvenirs. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait senti la roche contre son corps ; cela faisait si longtemps qu'elle n'avait tenté quelque chose d'aussi dangereux que l'ascension des Dentelles...

Évoluant le long de la paroi, elle s'était rappelée les Grands Océans. Plusieurs fois, là-bas, elle était tombée. Plusieurs fois, ses parents lui avaient interdit l'escalade des falaises ; mais elle avait déjoué leurs interdictions et s'était imaginée être une grande aventurière, ou bien une pirate à la recherche d'un trésor. Voguant entre l'océan et les falaises, tantôt nageant, tantôt escaladant, le monde lui appartenait et le vent la poussait toujours à aller vers les plus grands dangers... qu'elle évitait de justesse à chaque fois.

Toute son enfance n'avait alors été que jeux et découvertes, dangers et aventure, imagination et trésors. Toujours accompagnée de son frère. Jusqu'à l'Accident... jusqu'à ce qu'elle se retrouve seule...

Khamill secoua la tête et continua à avancer.

Jetant un regard à Syndrell, elle comprit alors qu'elle n'était pas seule. Qu'elle n'avait jamais été seule. Son frère était toujours là, flottant à ses côtés comme le fantôme rassurant d'un passé qui la rattrapait sans cesse ; et puis il y avait ses parents, qui l'avaient abandonnée, certes, mais qui veillaient toujours sur elle ; Lehm, aussi, était encore là, prenant la place de la brise pour caresser sa joue du bout des doigts et déposer un baiser papillon sur ses lèvres... Clarence, enfin, l'observait progresser jusqu'au Domaine, presque surveillant si elle ne faisait pas de bêtise en s’écartant du chemin...

Et puis, il y avait une jeune femme aux cheveux bleus, rencontrée quelques heures plus tôt...

Mais ça, ça restait encore à voir.



***


Khamill ne put s'empêcher de pousser un long soupir de soulagement lorsque, levant les yeux, elle aperçut ce qui semblait être une partie plate de la montagne. Enfin... Encore quelques mètres, et la voilà qui se hissait sur le plateau rocheux, s'étirant les bras et jetant un coup d'oeil à Syndrell, qui était arrivée quelques secondes plus tôt et se trouvait déjà assise sur un rocher. La jeune fille aux cheveux bouclés la rejoignit lentement, appréciant la caresse rafraichissante du vent sur son visage. Sa chemise était sale, trempée de sueur et déchirée un peu par endroits, et elle l'aurait bien changée si elle n'avait craint que Syndrell aperçût l’Étoile.

S'y résignant, donc, elle écouta les paroles de la jeune femme tout en acceptant la gourde qu'elle lui tendait ; la sienne était vide et elle avait trop soif pour refuser l'offre. Elle esquissa un demi-sourire suite à la réplique de Syndrell, afin de lui témoigner son écoute tout en évitant de lui répondre oralement. De toutes façons, elle n'avait rien à ajouter...

Lui remettant sa gourde, elle étendit ses jambes avec un frisson de plaisir et posa son sac-à-dos près d'elles. L'escalade des Dentelles Vives l'avait totalement épuisée ; elle se demandait comment Clarence avait pu la laisser continuer seule sans une once d'hésitation. Soit le mercenaire était complètement fou, soit il avait vraiment confiance en ses capacités. Khamill doutant de la première solution, ses yeux brillèrent lorsqu'elle se résolut à choisir la seconde... Elle ferma les paupières, écoutant le chant joyeux d'un petit oiseau, perché sur une branche proche. Elle se sentait bien...


- Tu as eu un accident ?

Khamill ouvrit les yeux. La question était si soudaine qu'elle n'aurait pu comprendre de quoi Syndrell parlait si l'évidence n'avait pas été là.

Sa brûlure.

Syndrell la questionnait à propos de sa brûlure.

Une question surprenante par la banalité et l'originalité qui s'en dégageait en même temps. Banalité car tout le monde se la posait, originalité car la curiosité a tout de même ses limites, et que personne ne lui avait encore demandé ça à haute voix. Cependant, aucun dégout ne se lisait dans le regard de la jeune femme.

Ce qui n'empêchait pas pour autant Khamill d'hésiter.

Personne ne savait, mis à part Cerman et Clarence. Et personne n'avait le droit de savoir.

Syndrell pas plus qu'une autre.

Pendant un long moment, Kham ne répondit rien, réfléchissant à ce qu'elle devait dire. Elle se contentait d'observer Syndrell, son regard rendu bleu par le soleil planté dans celui, or en fusion, de la jeune femme, qu'elle tentait de déchiffrer. Pouvait-on communiquer avec le regard ? Bien sûr, elle savait que l'on pouvait y faire passer ses émotions, ses sentiments ; c'était d'ailleurs ce qu'elle choisissait souvent de faire. Mais là, elle ne savait même pas quel sentiment adopter, elle ne savait même pas ce qu'elle ressentait tellement c'était compliqué. Ses émotions s'emmêlaient dans son âme comme une jungle impénétrable. Elle aurait voulu tout expliquer à la jeune femme ; elle aurait voulu tout faire passer par le regard ; elle aurait voulu lui ouvrir son âme.

Mais elle n'y parvenait pas.

Au bout d'une vingtaine de minutes, Khamill se leva. Le jour commençait déjà à décliner, mais les journées n'étant pas encore très longues, il devait être environ dix-huit heures. Le vent avait pris de l’ampleur, s'engouffrant sur le plateau ; et le soleil disparaissant lentement à l'horizon, la jeune fille commençait à avoir un peu froid. Elle entreprit donc de faire un feu, ramassant quelques branches aux alentours – un petit bois se trouvait sur le plateau rocheux, et il y avait même une source à laquelle elle remplit sa gourde et se rinça le visage. Puis, elle commença à allumer le feu, évitant le regard de Syndrell. Une Syndrell qui devait sans doute la trouver de plus en plus étrange, à force de ne pas l'entendre lui répondre...

Une demi-heure s'était écoulée lorsqu'elle se rassit à ses côtés, fixant les flammes naissantes du feu. Elles se reflétaient dans ses yeux et rendaient flou le paysage jusqu'à une certaine limite que Khamill ne parvenait pas à définir. Enfin, la jeune fille décida de répondre. Elle dirait la vérité, car elle n'aimait pas mentir aux gens – c'était sans doute une des raisons pour lesquelles elle ne leur parlait pas – mais resterait quand même floue sur les causes de sa brûlure.


- Oui, si on veux.

Cette fois, elle chercha le regard de la jeune femme avant de continuer. Et elle sourit.

- Si on veux, parce que cet accident est peut-être une des choses les meilleures qui me soient arrivées... (elle pensa alors que Syndrell pouvait se méprendre sur le sens de sa phrase, et ajouta :) Non, je ne suis pas masochiste ! Mais pour moi, cette brûlure est en quelque sorte le symbole d'une délivrance...

Elle se tut. Elle n'avait pas envie d'en dire plus. Et elle avait déjà trop parlé... Elle attisa un peu le feu avant de poser, à son tour, une question à la jeune femme aux cheveux bleus. Concernant ces derniers, bien sûr... Après tout, chacun avait ses particularités !

- Et toi ? Tout le monde doit aussi remarquer la couleur originale de tes cheveux...

Curiosité pour curiosité, elle n'était pas à ça près ! Et, comme elle ne faisait pas exception à la règle, l'origine de cette chevelure de ciel l'intriguait au plus haut point.

Et voilà qu'elles étaient parties pour un jeu de questions-réponses au coin du feu...




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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Lun 07 Mai 2012, 16:52

- Tout le monde la remarque, oui, mais personne ne connaît son histoire, pas même moi. Je ne saurais dire s'il s'agit d'un héritage familial ou bien d'un heureux accident...

(clin d'oeil doré)

Tu as de sacrés bons réflexes ! Tout à l'heure, quand j'ai éclaté de rire, tu t'es rattrapée de justesse... C'était impressionnant. Où as-tu appris à grimper de la sorte ?

Tu n'es pas obligée de répondre. Je suis une incorrigible curieuse, qu'un repas au coin du feu incite à bavarder !

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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Lun 07 Mai 2012, 18:41

- Je... Merci... Je n'ai pas l'habitude d'un tel compliment, à vrai dire !

(sourire gêné)

- C'est peut-être pour ça que je vais te répondre... J'ai vécu au bord des Grands Océans, alors l'escalade des falaises m'est très familière... et surtout très agréable ! D'ailleurs, pour toi aussi, j'ai cru comprendre...

Mais... pourquoi ce rire, au fait ? Ca m'a vraiment surprise...




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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Mar 08 Mai 2012, 17:34

- Pourquoi pas ? Je sais, ce n'est pas du tout une réponse, mais la vérité c'est que je n'en ai aucune à t'offrir, pour la simple et bonne raison qu'elle ne se formule pas avec des mots. C'est tout un nuage d'émotions, une pluie de sentiments... un rire, voilà tout.

Les Grands Océans, vraiment ! Quelle chance... Je me suis approchée sur une des plages du sud, une fois, et je peux te dire qu'il m'est impossible d'oublier un tel paysage. C'est fascinant. Moi je viens des montagnes du Poll - enfin, c'est là-bas que j'ai grandi en tout cas. Voilà peut-être pourquoi grimper me semble aussi naturel que rire...

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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Jeu 17 Mai 2012, 20:16


- C'est vrai, les Grands Océans sont magnifiques... C'est... c'est là que se trouvent mes plus beaux souvenirs, je crois...

Les montagnes du Poll, donc... C'est comment, là-bas ? Je suis en train d'effectuer mon premier vrai voyage, alors je ne connais pas bien les différents lieux de l'Empire !...






[Désolée, j'ai un peu trainé...]

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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Jeu 17 Mai 2012, 23:36

(Lueur de fascination dans le regard)

- Jamais voyagé, c'est vrai ? Nom d'une chiure de mouche, tu m'impressionnes vraiment ! J'étais loin d'être aussi détendue que toi lorsque je suis partie pour la première fois à la conquête de l'Empire !

Te raconter en détail les merveilles du nord prendrait deux jours entiers, au moins ! Mais je peux essayer de te brosser un tableau qui s'approche de la réalité. Imagine d'abord une mer d'herbe verte et ondoyante ; c'est ce que tu vois si tu suis la route qui mène à travers la Plaine de Shaal. Le vent souffle toujours là-bas et, si tu prêtes suffisamment d'attention, il arrive qu'il te murmure quelques secrets dans le creux de l'oreille...


(Yeux d'or qui se font soudain pensifs, voilés par une brume de nostalgie)

Quelques jours de marche et puis, les voilà. Haute et fière, frontière naturelle, dentelle de roche imprenable : c'est la chaîne du Poll. Elle se découpe sur un ciel enflammé par le couchant et là, tu perds ton souffle devant le spectacle. Il y en a qui disent que les Dentelles Vives sont plus jolies ; je dis, moi, que les montagnes ne se comparent pas, elles s'admirent.

Escalader les Dentelles, c'est comme courir trois heures durant sans jamais s'arrêter : ton coeur bat la chamade, ton souffle s'amenuise, tes muscles crient grâce et toi, tu n'es qu'énergie pure. Mais escalader le Poll, c'est différent. C'est une promenade, une grande balade tranquille et calme. Le soir venu, tu t'abrites dans un gite de trappeur et tu t'endors en écoutant le chant des loups dans la nuit...


(Clin d'oeil doré, sourire amusé)

Alors ? Envie de découvrir le nord, Khamill ?

[Y'a pas de soucis !]


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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Dim 27 Mai 2012, 19:29

- Alors, envie de découvrir le nord, Khamill ?

L'interpellée ne répondit pas immédiatement. Bercée par les descriptions de Syndrell, elle avait d'abord fermé les yeux, tentant d'imaginer tous ces paysages, tentant de trouver en elle les sensations qu'elle décrivait. Son esprit dansant sur les mots de sa compagne de route, elle avait pu voir une immense plaine entièrement verte, comme un désert d'herbe, s'étendre devant elle ; elle avait cru sentir le vent souffler sur sa peau et lui murmurer de profonds secrets... Elle avait traversé un ciel aux couleurs du feu ; elle avait aperçu au loin la silhouette noire et imposante de montagnes inexplorées ; elle avait voyagé à travers ces montagnes durant de longues heures. Puis, à bout de souffle, elle avait passé la nuit dans une cabane, protégée par des loups à la fourrure argentée...

Mais elle traversa encore d'autres horizons, qui vinrent se superposer aux images de Syndrell. Des horizons qui surgirent de sa mémoire ou de son imagination : un immense lac d'argent qui reflétait les étoiles, une cité mirifique aux tours de jade et de cristal, une forêt de bouleaux illuminée par les rayons timides d'un soleil d'hiver, une mer aux eaux claires et chargées de secrets... Si elle avait voulu identifier ces souvenirs, la jeune femme aux cheveux frisés aurait reconnu Al-Jeit dans la cité, les Grands Océans dans la mer. Les autres n'étaient que rêves, illusions magnifiques qui devaient pourtant exister, peut-être, quelque part... Une image frappa Khamill d'entre toutes les autres : des fleurs géantes, faites de verre et de couleurs, se dressant tel une étrange ville au beau milieu d'une plaine à l'atmosphère mystérieuse... Une construction infiniment belle et si incongrue, pourtant ! La jeune fille ignorait totalement d'où l'image lui était venue ; d'ailleurs elle commençait déjà à s'effacer...

Secouant la tête, Kham tenta de remettre de l'ordre dans le flux d'images et de sensations qui avait déferlé sur elle – en elle – et se concentra sur la jeune femme aux cheveux bleus à ses côtés. "Alors, envie de découvrir le nord, Khamill ?" Quelle question ! Avec un tel tableau de cette partie de l'Empire, la jeune fille ne pouvait qu'avoir l'envie de s'y rendre ! De toutes façons, il fallait qu'elle découvre tellement de choses encore. Tellement de lieux, de plantes, d'animaux dont elle ignorait jusqu'à l'existence... L'univers dans lequel elle s'était retrouvé confinée durant toute son enfance ne lui avait pas vraiment caché ces choses-là, ses parents ne manquant pas de leur raconter, à elle et son frère, toutes sortes d'histoires sur Gwendalavir et ailleurs ; mais elle n'avait encore rien vu d'autre que l'Océan, Al-Jeit, et, maintenant, les Dentelles Vives. Tout était étranger à ses yeux, et en même temps si proche... Elle connaissait l'Empire sans l'avoir jamais vu ; autrement dit elle ne le connaissait pas vraiment. Les récits d'Amélia et Hundrell étaient magnifiques, vivants, mais pas assez réels. Ce qui faisait leur charme...


- Bien sûr ! Tes descriptions ont l'air si vraies que je voudrais m'y rendre sur le champ ! Mais je n'ai pas que les montagnes du Poll à découvrir... tout l'Empire m'est presque inconnu !

Elle adressa un léger clin d'oeil à Syndrell avant d'ajouter joyeusement :

- Toutefois, je te promets de commencer par là, une fois que j'aurais accompli ce que je dois faire...

Tout en écoutant la réponse de son interlocutrice – si réponse il y avait – Khamill saisit de la nourriture dans son sac avant d'en proposer à la jeune femme, puis de faire chauffer un morceau de viande à l'aide de leur petit feu. Elle n'avait pas spécialement faim mais ne supportait pas de discuter avec une inconnue sans rien faire – discuter avec une inconnue était d'ailleurs déjà bien assez spécial comme cela ! Une fois la viande chaude, Khamill entreprit de la mastiquer : elle avait un goût exécrable et elle rougit d'en avoir proposé à Syndrell. C'était toutefois la seule nourriture qui lui restait et elle n'avait pu faire autrement ; alors elle haussa les épaules et sourit en sentant ses forces lui revenir peu à peu : la viande était en effet très mauvaise mais elle avait le mérite de fournir vitamines et énergie... Elle bu ensuite à sa gourde avant de fixer à nouveau les flammes de ses yeux gris. La viande de siffleur était certes tonifiante mais Khamill avait beaucoup de sommeil à rattraper et une bonne nuit lui serait sûrement bien plus profitable...

La jeune femme sentait ses yeux se fermer alors qu'il ne devait même pas être huit heures ; cependant la nuit recouvrait presque entièrement le plateau où elles se trouvaient. Les étoiles s'allumaient une à une dans le ciel noir, et Kham s'allongea, portant toute son attention sur elles. Alors qu'elle vivait près des Grands Océans, son père lui avait souvent montré et nommé les différentes constellations qui apparaissaient tout là-haut. En l'absence d'habitations, le ciel avait là-bas le mérite d'être clair et de laisser assez de place aux étoiles pour s'afficher... Khamill ne comptait plus le nombre de couchers et levers de soleil observés sur la plage, ni le nombre de nuits dormies à la belle étoile qu'elle avait passées étendue sur le sable, entre les rochers et les algues.

Mais elle ne souvenait plus du nom des constellations. A cette seule idée, son cœur se serra. Qu'avait-elle encore oublié de là-bas ? Elle se souvenait de beaucoup de choses encore, mais les années passées à Al-Jeit en avaient déjà effacées plusieurs... Le nom du ragoût excellent que préparait souvent sa mère, par exemple... d'ailleurs que y'avait-il dans ce ragoût, déjà ? Les noms, aussi, que son frère et elle se donnaient en s'imaginait pirates. Celui des crabes minuscules observés dans les rochers. Ou celui encore de leur poisson préféré, à eux quatre... Soudain prise d'une grande nostalgie, Khamill voulut fermer les yeux et ne plus penser à rien. Et, comme à chaque fois qu'elle désirait ne plus penser à rien, des souvenirs d'Al-Jeit, beaucoup plus récents, refluèrent violemment en elle. Pas ceux passés aux côtés de Lehm, non... ceux passés en compagnie de Cerman... et de tous les autres.

La présence de Syndrell à ses côtés permit à Kham de s'extirper plus facilement des dangereuses sensations qui l'emplissaient. Tournant la tête vers la jeune femme pour mieux s'assurer qu'elle se trouvait là, elle la remercia en silence. Sans elle, peut-être aurait-elle failli une nouvelle fois passer de l'autre côté...


- Tu voyages depuis combien de temps ?

Ouf. Se concentrant sur la réponse, Khamill oublia peu à peu l'oppression qui venait de l'étreindre. Après tout, l'air était doux, le temps calme et le feu de bois bien agréable. Autant de raisons de mettre de côté tout le reste...


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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Lun 11 Juin 2012, 11:40

Un fin sourire se dessina sur les lèvres de Syndrell. Ainsi, elle ne s’était pas trompée devant l’expression de béatitude de la jeune femme ; elle n’en était encore qu’à l’aube d’une formidable aventure, vie de découvertes et de rencontres, d’illusions et de désillusions, d’ivresse et de passion… Comment, dans ce cas, évoquer son propre vécu avec autant de précision ?

Fermant à demi ses yeux dorés, Syndrell comprit qu’elle ne devait pas en dire trop – ou trop peu – à Khamill. Parce qu’assurément, sa vision était teintée de couleurs vives qui n’avaient de valeurs que celles qu’elle-même leur apportait ; couleur violette, comme les yeux de Miss, ou bien turquoise comme les eaux sauvages du sud, ou encore bistre comme les toiles des chariots de Naaghrar…

Khamill allait suivre son propre chemin, un chemin qui croisait le sien mais qui jamais n’y ressemblerait vraiment. Marchombre jusqu’aux fibres de son être, Syndrell savait néanmoins que sa nature n’était pas entièrement en cause : il était simplement question de vécu. De vécu et de personnalité. Avant de rencontrer Miss et de suivre l’enseignement des Marchombres, elle avait déjà flirté avec le danger un nombre incalculable de fois et parcouru une bonne partie de l’Empire ; à son caractère franc et impétueux s’était mêlé un soupçon de hasard, et le vent avait fait le reste…

Elle sourit lorsque Khamill lui proposa un morceau de viande. Sourit alors qu’un goût étrangement capiteux piquait son palais. Sourit devant la grimace désolée de sa compagne. Et, plutôt que de risquer de l’humilier avec une parole, elle choisit de cligner de l’œil, complice ; elle aussi avait déjà fait l’expérience de la viande avariée ! C’était avant de rencontrer Tanank, l’éleveur de siffleurs qui lui avait dispensé quelques bons conseils, et Syndrell sourit encore à ce souvenir. Du caractère, du hasard et surtout, du temps. Voilà ce dont Khamill avait besoin : du temps pour découvrir, du temps pour connaître, du temps pour apprendre.

Elles mangèrent en silence. L’entaille rocheuse dans laquelle elles s’étaient installées les protégeait des assauts du vent qui frappait les Dentelles avec force dans l’espoir vain de les renverser. En passant à leur niveau, les puissantes rafales devenaient chuchotement léger et chantant ; il rappelait à Syndrell le murmure du Rentaï. Les montagnes savaient-elles donc chanter ? Elle décida que oui et ferma les yeux pour s’ouvrir au chant des Dentelles Vives.


- Tu voyages depuis combien de temps ?

Syndrell mit plusieurs secondes à comprendre que le murmure en question ne venait non pas du vent mais de sa compagne. Sans ouvrir les yeux, elle répondit alors, un creux de sourire dans la joue :

- La vie est un voyage, Khamill. Je voyage depuis ma naissance…

Réponse certes laconique, mais il était impossible d’en fournir une qui soit plus précise ; en dépit d’une mémoire vaillante, la marchombre était incapable de donner ne serait-ce qu’un « à peu près ». Elle pourrait considérer que son voyage avait commencé trois ans plus tôt mais ce n’était pas l’entière vérité ; remonter plus loin dans le passé l’obligeait à rester dans le vague, et tel n’était pas son intention. En outre, s’il était possible que l’Ile des Femmes ait un lien avec sa naissance, sa réponse était on ne peut plus juste…

L’Ile des Femmes. Les Archipels… Appuyant sa tête contre la roche froide, Syndrell laissa ses pensées vagabonder vers le sud. L’invitation de Dolce était une promesse qu’elle gardait précieusement au fond de son cœur ; nouvelle direction, nouvelle aventure. Un jour.
Bientôt…

Mais pour l’heure, sa quête était reléguée à la seconde place par une priorité indéniable : retrouver Kunst. Syndrell voulait rentrer à l’Académie avec cette immense joie d’annoncer à Lyke le prochain retour de sa mère. Et si cela impliquait de reprendre contact avec les Ombres, elle était prête à s’y risquer ! Malgré la trahison de Blanche et celle de beaucoup d’autres, Syndrell croyait fermement que certains espions d’Al-Jeit étaient restés honnêtes. Leif ne pouvait pas être mort en vain.

Elle dormit quelques heures, bercée par le chant du vent et une poignée de rêves dénués de sens, puis elle ouvrit les yeux sur un ciel tout juste teinté de rose à l’horizon. Khamill dormait encore, roulée en boule dans sa couverture près des restes de leur feu dont les braises rougeoyaient encore. Plus légère qu’un rêve, Syndrell se leva et s’étira, étouffant de sa main un bâillement, puis elle s’assit tout au bord de la faille, les jambes dans le vide, surplombant un gouffre immense mais trompé par un voile de brouillard humide. Il s’étendait à ses pieds comme un sol de coton et s’enroulait autour des pics de roche, nuage opaque et mouvant. Quelques étoiles piquetaient encore la voûte éthérée tandis que l’aube éclaircissait le ciel de ses couleurs chatoyantes.

Un aigle surgit soudain de la brume, ses ailes déployées battant puissamment la cadence pour l’élever dans les airs ; subjuguée par cet alliage si simple entre force, élégance et fluidité, Syndrell se redressa lentement et le suivit des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse derrière un flanc rocheux. Son ballet aérien n’avait duré que quelques minutes mais il avait suffit à insuffler une idée dans l’esprit de la petite marchombre aux cheveux bleus.

Ecartant les bras à l’horizontal, elle plaça ses pieds au bord du vide, ses orteils effleurant le nuage de brume qui roulait paresseusement. Comme s’il n’avait attendu que cela, le vent se mit à souffler plus fort, enveloppant Syndrell d’une gangue de fraîcheur vivifiante ; joueur, il tenta de la déséquilibrer, de la désarçonner, de la pousser dans le brouillard mais, joueuse, elle ne lui laissa jamais la part belle.

Mains ouvertes, paumes tournées vers le bas, elle entra dans la danse. Une bien drôle de danse, une danse qui d’ailleurs ne portait aucun nom, une danse qu’elle inventait au gré du vent et selon celle d’un aigle ; les yeux grands ouverts, elle découvrait que la gestuelle marchombre telle que Miss lui avait enseigné n’était pas aussi figée qu’elle l’avait toujours pensé, il en existait d’autres, des milliers d’autres… Et lorsque le soleil se leva enfin, ses rayon transperçant et dispersant les volutes enchantés, il frappa ses iris d’or et y alluma une myriade de petites étoiles scintillantes.

C’est un frémissement dans son dos qui la fit redescendre sur terre. Reprenant pied avec la réalité, Syndrell baissa les bras et se retourna, essoufflée comme si elle avait couru deux heures d’affilée. Son regard flamboyant croisa celui de Khamill et aussitôt, un sourire naquit sur ses lèvres.


- On y retourne ?

Question joyeuse.
Le vent se mit à chanter de plus belle.
Il promettait de les accompagner jusqu’au bout de leur escalade.



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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Mer 20 Juin 2012, 19:08

La marchombre ne le savait peut-être pas, mais le vent lui avait menti... Lui avait caché une part de vérité, plutôt, et sûrement sans le savoir...

Promesse d'une escalade ? Peut-être, mais alors ce n'était pas pour tout de suite...



***



Un sourire se dessina sur les lèvres de Khamill, tandis qu'elle s'enfonçait confortablement sous sa couverture. La petite femme était épuisée et une bonne nuit de sommeil ne lui serait pas de trop. Fermant ses grands yeux couleur de cendres, elle laissa les mots de Syndrell pénétrer sa mémoire... " La vie est un voyage, Khamill. Je voyage depuis ma naissance…" Lorsqu'elle lui avait offert cette réponse, Kham n'avait d'abord pas compris. Déconcertée, elle avait longuement fixé la jeune femme aux cheveux océan, dans le but, peut-être, de chercher une autre réponse dans le scintillement doré de ses iris ; mais elle n'y avait trouvé que rêves et émotions.

Ensuite, elle avait commencé à réfléchir. Voyager depuis sa naissance... En voilà une drôle d'idée. En était-il de même pour elle ?... Elle avait dû reconnaître que oui. Et pour les autres ? Puisque la vie était un voyage, pourquoi pas... Elle avait finalement conclu que l'idée lui plaisait et l'avait aussitôt adopté. Comme quoi... On pouvait tellement apprendre des autres !

N'empêche, Khamill savait qu'en croisant Syndrell sur sa route, elle avait fait une bien drôle de rencontre. Jamais personne ne lui avait parlé comme ça... De toutes façons, jamais personne ne parlait comme ça. Chacun des mots de la jeune femme était voyage ; chacune de ses phrases était poésie et philosophie. Et ses regards aussi. La preuve, elle ne lui avait rien dit en sentant le goût désagréable de la viande : un simple clin d'oeil avait suffit pour dissiper le mal à l'aise de la jeune fille... A côté de Syndrell, Kham avait la nette impression de paraître complètement ridicule et inutile, presque inexistante. Oui, c'était ça. A côté d'elle, elle n'existait pas...

Choisir la voie du Chaos lui permettrait-il d'exister ?

C'était sur cette question quelque peu préoccupante que la jeune femme s'était avancé sur le chemin du sommeil, pressée d'être au lendemain. Pressée d'arriver au Domaine...

Khamill dormi d'une traite.

Au lever du jour, un cauchemar impensable s'immisça soudain dans ses rêves, perturbant l'état d'esprit dans lequel sa compagne de route avait réussi à la plonger.

Non, vraiment, la suite de leur escalade n'allait pas être aussi simple que Syndrell l'avait prévu.



***



Elle se trouve à Al-Jeit. Vêtue d'un habit semblable à celui que porte Clarence, tout de cuir et de métal. Elle marche au milieu de la grande avenue ; elle sent les regards effrayés des passants sur sa brûlure et la honte qui lui monte progressivement aux joues. Elle est un peu comme une bête de foire, là, non ? Qu'est-ce qu'ils ont tous, d'abord ? Le gamin qui se moque d'elle, là-bas, tout en se cachant dans les jupes de sa mère... Ces deux étudiants, à quelques mètres, qui se foutent bruyamment de sa gueule... Même ce bébé, allongé au creux d'un panier, la fixe avec de grands yeux horrifiés... Mais qu'à-t-elle fait, à la fin ? merde ! C'est à cause de sa fuite tout ça, oui. Mais elle n'allait quand même pas rester éternellement avec lui sans rien faire, sans agir !

Et soudain, plus personne ne semble la voir. Elle bouscule quelqu'un sans faire exprès, mais il ne se retourne même pas pour râler ; elle pose une question à un marchand, mais il répond à une vieille dame qui demande son kilo de fruits. Que se passe-t-il ? Elle s'aperçoit alors qu'elle peut traverser les gens, les étalages, les murs, comme s'il ne s'agissait que de courants d'air. Baissant les yeux sur ses mains, elle se rend compte que celles-ci sont devenues transparentes ; peu à peu, tout son corps semble s'éclaircir, jusqu'à tout laisser passer au travers... Est-elle devenue un fantôme ? Une ombre invisible ? Du vent ?

Horrifiée, elle ferme les yeux.

Lorsqu'elle les rouvre, c'est la plage des Grands Océans qui s'étale devant elle. Cette fois, elle porte seulement une robe blanche... Le roulement des vagues parvient jusqu'à elle ; elle est donc toute proche de la mer. Le vent fait voler les boucles de ses cheveux autour de son visage, ses yeux gris se confondent avec le ciel. Peut-être devrait-elle rester ici pour toujours ? Personne ne peut venir l'embêter, là où elle se trouve... Elle est seule, comme inexistante au milieu du sable... C'est ce qu'elle croit, du moins. C'est ce qu'elle croit, parce que des bruits de pas se font entendre derrière elle. Quelqu'un approche. Sans se retourner, elle sait que c'est lui. Elle sent sa présence, elle le sent comme lorsqu'elle sent qu'elle a mal ou qu'elle est joyeuse. Plus elle tente de lui échapper, plus il s'approche. Encore et encore. Toujours. Cette fois aussi ?...

Mais elle ne veut pas retourner au prés de lui. Alors, elle se met à courir, courir à en perdre le souffle... Son cœur cogne à grands coups dans sa poitrine ; elle est emplie de rage et de peur. Là-bas, au loin, elle voit l'Océan, elle voit toute cette eau, toute cette eau noire dans laquelle elle pourra plonger pour lui échapper. Elle sait bien nager, mieux que lui, c'est sûr, et pendant plus longtemps... Et s'il la rattrape quand même, alors elle n'aura qu'à se laisser noyer... Ce sera toujours mieux. Toujours mieux que de sentir encore une fois sa peau contre la sienne... Mais elle s'essouffle vite, et l'eau est toujours aussi loin. Les vagues l'appellent pourtant : "Viens, viens, ici tu seras en sécurité, Khamill... Ici tu vivras éternellement sans lui... Ici, tu seras morte mais libre ! Libre comme nous ! LIBRE !" Alors elle persévère, et court encore... Toujours... Mais le vent est trop fort, il la pousse en arrière ; le sable est trop lourd sous ses pieds nus, il la ralentit considérablement...

Peut-être n'avance-t-elle même pas...

Si ! Une vague de soulagement l'envahit soudain tandis qu'elle voit enfin la mer s'approcher d'elle... Là, ça y est, elle y est, l'Océan est tout prêt, tout près, si prêt qu'elle peut le toucher... NON ! Khamill pousse un cri de surprise et de rage tandis que l'aura de Cerman l’emprisonne soudainement. Ses bras se referment sur elle, et l'eau s'éloigne, s'éloigne de plus en plus vite... Seul reste le vent. Le vent, et la douleur qui émane intensément de son épaule.

Pourquoi finit-il toujours par la rattraper ?

Je t'ai enfin retrouvée, Kham...

L’Étoile la brûle plus que jamais, incendiant tout son corps jusqu'à la moindre de ses particules.
Et son esprit.

Khamill hurle.



***



Khamill hurla.

Elle avait encore fait un de ces cauchemars qui la hantaient chaque nuit depuis deux ans. Sauf que depuis sa rencontre avec Clarence, les mauvais rêves s'étaient espacés, puis fait de plus en plus rares, jusqu'à disparaître complètement. Alors pourquoi avait-elle rêvé cette nuit ?

Rejetant brusquement sa couverture sur le côté, la jeune femme aperçu une silhouette en face d'elle. Une silhouette se balançant au rythme du vent, en équilibre sur la roche. Écarquillant les yeux, Kham ne parvint même pas à s'étonner de cette vision proche de l'irréel. Son cauchemar était encore trop présent. Son cœur battait à toute allure au creux de sa poitrine, et elle pouvait sentir le souffle de Cerman au creux de son cou... "
Je t'ai enfin retrouvée, Kham..." Secouant rageusement la tête, la jeune femme aux yeux brumeux observa Syndrell – car c'était elle, la silhouette – d'un air terrorisé.

Comment avait-elle pu se confier à elle aussi facilement ?

Comment avait-elle pu la suivre ?

Elle savait pourtant qu'il ne fallait plus faire confiance aux gens. On lui avait déjà menti une fois, on l'avait déjà manipulée une fois, et c'était déjà bien assez. C'était déjà trop. Comment avait-elle pu l'oublier ?


- On y retourne ?

Khamill ne répondit pas. N'entendit même pas la question.

Elle ne savait qu'une chose : elle devait fuir.



***



Le bois avait été la seule issue. Elle escaladait vite, oui, mais pas assez pour échapper à l'inconnue aux cheveux bleus. Et puis, elle avait pu voir de quoi celle-ci était capable. Pas question de se faire rattraper. C'était pourquoi il avait fallu qu'elle se dirige vers le petit bois où elle avait rempli sa gourde la veille ; néanmoins, elle avait une autre idée. Sachant que Syndrell et elle se trouvaient sur un plateau rocheux, il n'existait aucune autre issue que le haut. Ou le bas. Ne pouvant pas se rendre en haut, Kham choisit le bas.

Courant à travers les arbres comme sur la plage dans son rêve, elle ne savait même pas si l'autre la suivait. Et elle s'en fichait. Dans peu de temps, elle aura échappé à tous les dangers. Cette pensée devenant le moteur de sa course, la jeune femme ignorait les griffures des arbres pour se diriger vers son but : le bord de la falaise. Comme l'Océan, c'était son unique échappatoire.

Khamill y parvint enfin.

Cette fois, c'était différent. On ne la rattraperait pas avant qu'elle ne saute...

Fermant les yeux sur le monde, elle sentit son pied se détacher du sol.

Elle s'élança...






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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Jeu 21 Juin 2012, 07:05

Un souffle.
Le temps du monde est un souffle. Il est rare de s’en rendre compte ; c’est généralement le cas lorsque plusieurs événements s’enchaînent à une vitesse folle, et qu’il s’en faut de peu pour qu’ils tournent au drame.

Syndrell en avait fait plusieurs fois l’expérience : la première fois qu’elle avait plongé dans un lac et que son corps avait frôlé une barrière de rochers, manquant de s’y disloquer ; lorsqu’elle s’était battue contre Ironie, au domaine, et que l’Envoleuse avait été à deux doigts de lui trancher la gorge ; cette nuit tragique durant laquelle Nuance était morte, durant laquelle elle aurait pu mourir aussi si seulement Erwan n’était pas arrivé à temps pour la sauver in extremis…

Chaque fois, elle avait retenu son souffle, et le monde avait retenu le sien.
C’était à nouveau le cas. La marchombre avait parfaitement conscience de ce temps soudain suspendu, figé dans son mouvement, alors qu’elle-même se déployait pour violer toutes les lois du possible.

Improbable torsion du temps.
Improbable torsion du corps.
Impossible.

Mais…



* * *


- On y retourne ?

Il y avait un nombre infini de nuances possibles comme réponse à cette question, mais seulement deux avis : oui ou non. Syndrell n’était pas plus ouverte à un oui qu’à un non et elle respectait bien trop l’avis d’autrui pour ne pas lui laisser cet incomparable trésor qu’on appelait un choix. Elle ne se trouvait là que par une succession de choix et ils étaient les garants de sa liberté.

Aussi, lorsque Khamill tourna brusquement les talons pour s’élancer le long de la faille, Syndrell ne sut pas ce qu’elle devait comprendre. Oui ? Non ? Dans cinq minutes ? Pour sûr, c’était un « bonjour » peu commun – mais cette fille au visage marqué et au regard lointain n’était pas commune, et croire le contraire serait commettre une monumentale erreur que Syndrell avait su éviter dès leur rencontre, la veille.

Le vent forcit soudain, comme dans l’espoir fou de la jeter dans le vide, et Syndrell fit un pas pour s’éloigner du précipice duquel elle s’était jouée quelques minutes plus tôt. Son regard, doré et songeur, ne quittait pas Khamill tandis qu’un pressentiment tel qu’elle n’en avait pas connu depuis longtemps l’aiguillonnait évasivement. Quelque chose clochait, c’était indéniable : pourquoi Khamill s’enfuirait-elle de la sorte si elle n’avait pas quelque chose de précis en tête ?

Elles ne se connaissaient pas depuis plus de quinze heures mais elles avaient déjà parlé, mangé et grimpé une petite partie des Dentelles ensemble ; c’était amplement suffisant pour que Syndrell puisse affirmer sans l’once d’une hésitation que Khamill était une personne censée, curieuse et introvertie. Elle l’avait vu sourire au coin du feu et rêver, les yeux perdus dans l’immensité étoilée du ciel ; il s’était passé quelque chose entre leur joyeuse veillée et départ impromptu, quelque chose que Syndrell n’espérait pas comprendre, simplement deviner vaguement, saisir les détails les plus grossier pour, peut-être, se faire une raison…

Après tout, elle-même avait quelque fois des envies de solitude aussi soudaines qu’inexplicables ; Dolce en était le premier témoin, et s’il prenait bien la chose, c’était sans doute parce que lui aussi avait cette manie de disparaître sans prévenir. Peut-être Khamill avait-elle besoin de rester seule un moment. Peut-être souhaitait-elle poursuivre cette aventure sans la présence d’une intarissable bavarde. Peut-être même qu’elle pensait cette drôle de marchombre aux cheveux bleus complètement folle ; ce ne serait pas la première fois et Syndrell n’était pas du genre à prendre la mouche pour si peu.

Elle était prête à récupérer ses affaires pour reprendre son ascension lorsqu’un nouveau coup de vent l’arrêta en plein geste. Elle connaissait bien cette voix, murmure hurlé ou bien hurlement murmuré, pour l’avoir entendue dans les pires moments qu’elle ait traversé, ce sixième sens qu’elle avait dissimulé pendant des années, cet instinct que Miss avait pris soin de développer…

Vite !!!

Syndrell s’élança.

Khamill n’était plus qu’un point vacillant, loin devant elle, mais la jeune femme était porté par un formidable élan de certitude glacée : il fallait qu’elle la rattrape. Vite.

Vite ! Plus vite !!!

Elle courait de toute la force et la vitesse dont elle était capable. Le vent sifflait à ses oreilles, galvanisant, accompagnant sa foulée souple et déliée. Khamill l’entraînait dans une végétation austère, la dernière qui subsiste avant les hauteurs enneigées ; de petits arbustes poussaient à même la roche, nus, et leurs branches élastiques étaient comme des fouets qui déchiraient la peau sans état d’âme. L’une d’elle ouvrit un trait de feu sur la pommette droite de Syndrell.
Elle s’en aperçut à peine.

Toute son attention était désormais focalisée sur Khamill, petit point devenu silhouette vacillante dans les brumes du levant. Petit à petit, la distance se réduisait entre elles. Pas assez vite.

Plus vite ! Plus vite !

Un éclat de terreur traversa le regard doré de la marchombre. Devant elles s’ouvraient un gouffre béant et c’est vers lui que se précipitait Khamill comme si elle avait le diable à ses trousses. Syndrell accéléra encore l’allure. Elle filait comme une flèche décochée par le hasard d’une rencontre et la naissance de ce qu’elle croyait fermement être une amitié. Rien n’aurait pu l’arrêter. Mais déjà le vide était là et Khamill…



* * *


Un souffle.
Le temps du monde est un souffle. Il est rare de s’en rendre compte ; c’est généralement le cas lorsque plusieurs événements s’enchaînent à une vitesse folle, et qu’il s’en faut de peu pour qu’ils tournent au drame.

Syndrell en avait fait plusieurs fois l’expérience : la première fois qu’elle avait plongé dans un lac et que son corps avait frôlé une barrière de rochers, manquant de s’y disloquer ; lorsqu’elle s’était battue contre Ironie, au domaine, et que l’Envoleuse avait été à deux doigts de lui trancher la gorge ; cette nuit tragique durant laquelle Nuance était morte, durant laquelle elle aurait pu mourir aussi si seulement Erwan n’était pas arrivé à temps pour la sauver in extremis…

Chaque fois, elle avait retenu son souffle, et le monde avait retenu le sien.
C’était à nouveau le cas. La marchombre avait parfaitement conscience de ce temps soudain suspendu, figé dans son mouvement, alors qu’elle-même se déployait pour violer toutes les lois du possible.

Improbable torsion du temps.
Improbable torsion du corps.
Impossible.

Mais…

… pas pour un Marchombre.

Syndrell bondit. Au même instant, l’aigle qu’elle avait aperçu dans les premières lueurs du jour prit son envol, quelque part au sommet des Dentelles ; il déploya ses ailes alors que Syndrell déployait ses bras et, tel un rêve, se glissa dans les courants dont lui seul avait le secret.

Syndrell n’était pas un aigle.
C’était une marchombre.

Son saut prodigieux lui permit de jouer quelques secondes avec le temps et de le battre de vitesse : ses doigts se refermèrent sur la tunique de Khamill. Mais leur élan les projeta dans le vide et le gouffre ouvrit en grand sa gueule béante, trop heureux de pouvoir enfin les avaler. C’était sans compter l’avis de Syndrell. Se retournant dans une vrille pour faire face à la roche, elle replia le bras gauche et sa greffe jaillit, éclat de métal qui scintilla un instant à la lumière des premiers rayons de soleil avant de racler la paroi.

Elles continuèrent de tomber. Serrant les dents, Syndrell referma son poing pour imprimer davantage de force à son bras et freiner leur chute. Quelques longues secondes durant, elles parcoururent plusieurs mètres contre la roche dure, jusqu’à ce qu’enfin la lame de Syndrell ne s’accroche dans une anfractuosité providentielle. Le choc, brutal, tira un cri de douleur à Syndrell, écartelée entre la tension de son bras droit bloqué contre la paroi et celle de son bras gauche qui retenait Khamill.

Elles ne tombaient plus.
Mais elles n’étaient pas sorties d’affaire pour autant. Syndrell avait toutes les peines du monde à ne pas lâcher prise alors que le vide les attirait comme un aimant ; il fallait monter, ou bien descendre, mais ne surtout pas rester là.


- Khamill !

La jeune fille ne bougeait pas, poids mort suspendu au bout de son bras. Le souffle court, Syndrell chercha une faille dans la roche, en vain ; il y avait bien un palier rocailleux, quelques mètres plus bas, mais elle ne pouvait pas l’atteindre seule.

- Kham !

Son cri rauque et tendu agit comme un électrochoc : Khamill s’agita au bout de son bras. La marchombre baissa alors les yeux et croisa son regard écarquillé d’effroi.

- Ça te dit de faire encore un brin d’escalade avec moi ? demanda-t-elle d’un ton joyeux en dépit de la douleur qui vrillait tout son corps. Il faut qu’on atteigne ce plateau-là, en bas.

Pas de réponse. Syndrell resserra sa prise autour du poignet de la jeune fille.

- Je ne te laisse pas tomber.

Promesse.

La greffe de la marchombre ripa légèrement sur la roche. Il fallait faire vite. Si seulement Khamill pouvait s’accrocher à la paroi…





[Je me suis permis quelques libertés vis-à-vis de ton personnage, tu n'hésites pas à me sonner s'il y a quelque chose qui te dérange, d'accord ?]

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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Mar 03 Juil 2012, 12:59

Est-ce qu'elle était morte ?

Khamill n'entendait plus rien, ne sentait plus rien et ne voyait plus rien. Elle baignait dans une sorte de néant insondable dans lequel elle ne pensait pas. Depuis combien de temps était-elle là-dedans ? Un an ? Dix ans ? Une éternité ? Sa notion du temps s'était complètement effacée, et elle était bien loin de se douter que toutes ces années n'étaient en fait qu'à peine deux petites secondes...

Est-ce qu'elle était morte ?

Pourtant, elle n'avait pas encore senti la douleur qui aurait dû l'assaillir, au moment où son corps se serait écrasé au sol. Peut-être était-elle morte avant, pendant la chute ? A cause de la vitesse ? A cause de sa peur, de sa folie ? Elle aurait été si terrorisée que son cœur se serait arrêté avant ?

Soudain, un cri de douleur déchira l'épais néant qui l'entourait.

Était-ce le sien ? Elle ne sentait rien, pourtant... Oh, et puis, elle s'en fichait, après tout.

Un choc brusque arriva juste après le cri, alors qu'il aurait dû venir avant. Mais Khamill le ressenti dans tout son corps.


" Attends, on a bien dit "ressenti", là, non ? Ça veut bien dire que t'es encore vivante, ma vieille !..."
" Pfff, laisse-moi tranquille... Qu'est-ce que ça peut bien faire que je sois vivante, d'toutes façons ? "

Un dialogue intérieur, sûrement entre sa conscience et elle, venait de s'établir. Elle continuait à ne pas bouger, mais comprit qu'elle ne tombait plus. Quelque chose la retenait, encore... Mais au fait, pourquoi avait-elle voulu sauter, déjà ?

Pourquoi ?

- ...a...ill !

Ah, mais on pouvait pas la laisser tranquille, à la fin ? De toutes façons, qui est-ce que ça pouvait bien attrister, qu'elle meure ? C'étaient ses affaires, et elle n'accordait à personne d'autre le droit de s'en mêler ! Elle était bien, là, dans le néant... Au beau milieu de nulle part... Et même si elle ne savait plus pourquoi elle avait sauté, ça devait sûrement être pour une bonne raison. Elle se faisait confiance, pour une fois. Peut-être parce qu'elle n'avait pas envie de faire un effort ?...

- ...am !


Bordel !

Mais laissez-moi crever, merde !

Khamill poussa un grognement et s'agita légèrement, cherchant à s'échapper de la chose qui la retenait. Sa chute n'était pas terminée ; elle n'avait pas encore touché le fond...

" Euh, attends, t'as dit quoi, là ? Tu n'as pas encore touché le fond ? Alors ça veut dire que c'est pas encore le moment de mourir, non ? Tu vois bien, idiote !"
" Raaah, mais ferme-là, toi !... Tu sais bien que c'est pas que je voulais dire !"
"..."

Bon, l'autre s'était tue, c'était déjà ça. Maintenant, restait le problème du truc qui la retenait... Khamill continuait d'agiter son corps, pour lui faire lâcher prise.

Putain, mais laisse-moi tomber !

Evidemment, le truc ne répondait pas, puisqu’il n'entendait pas... Khamill allait donner une dernière secousse, plus forte et désespérée que les autres, lorsque quelque chose d'autre attira son attention.

Un souffle...



***


Kham... Tu m'entends ?
K...Kio ? Je veux dire, tu... c'est toi ?
Bah, oui ! Tu veux que ce soit qui d'autre, nom d'un T's'liche !
Je... Je sais pas...
Bon, écoute, je suis venu te secouer un peu, là, parce que je crois que t'es en train de te gourer...
De... me gourer ?
Complètement, oui ! Faudrait que tu grandisses un peu, là ! Aller de l'avant et tout le tintouin... La vie est pas encore terminée pour toi ! T'as déjà de la chance de te faire sauver par une marchombre...
Une marchombre ?...
T'avais pas encore compris ? Bah dis donc, t'es pas bien futée en ce moment ! Tu as bien changée...
Je... Je...
C'est bon, pas la peine de se lancer dans un grand débat... et surtout pas le temps ! Tu sais, ta Syndrell est sur le point de tomber, là ! Faudrait pas que t'ais sa mort sur la conscience, non ?
Syn...drell ?
Bon, tu commences vraiment à m'énerver, à répéter tout ce que je dis... Je laisse la place à l'autre, il saura p't'être mieux te raisonner...

Kham ? C'est moi !
Lehm ?
Qui d'autre ? Bon, tu as compris ce qu'il t'a dit, le frangin ? Faut pas traîner, là !
Lehm !
Quoi ?
Je veux rester avec toi...
Raaah, mais c'est pas possible ! Tu es déjà avec moi ! Lorsque tu vis, tu es avec moi, d'accord ? Tu dois vivre pour moi, Khamill...

Et pour moi !

Exactement ! Tu dois vivre pour nous faire vivre, Khamill... Le souvenir, tout ça... Tu comprends ? Personne d'autre que toi ne peut faire ça...
Je... Vous avez sûrement raison tous les deux... Si je dis que je suis d'accord, alors vous resterez avec moi pour toujours ?...
Mais oui ! Allez, bouge-toi !



***


Khamill ouvrit soudain les yeux, découvrant le regard d'or de Syndrell planté dans le sien.

- Non ! Ne partez pas maintenant ! Pas encore !

Pas encore... C'était bien trop tôt ! Elle n'avait pas eu le temps de leur dire combien elle les aimait, pas assez entendu leurs voix... et puis, elle l'avait pas la force de continuer...

Pas la force ou pas le courage ?


- Ça te dit de faire encore un brin d’escalade avec moi ? Il faut qu’on atteigne ce plateau-là, en bas.

C'est alors que Khamill se rendit compte de la situation précaire dans laquelle elles se trouvaient. Précaire, et surtout, très, très dangereuse... Elle aperçut la lame, celle qui sortait du bras de Syndrell...

Qu'est-ce que... ?

- Je ne te laisse pas tomber.

Promesse.

La lame de Syndrell ripa légèrement sur la roche. Il fallait faire vite. Si seulement Khamill pouvait s’accrocher à la paroi…



***


La jeune femme ne prit pas vraiment le temps de réfléchir. Tendant ses muscles et son corps vers la paroi, elle chercha en hâte des prises capables de la soutenir. Ses deux mains en agrippèrent, tandis que ses pieds venaient se projeter contre la roche, crochetant à leur tour des prises solides. Khamill sentit Syndrell se détendre. Les membres tremblants, elle fixa son regard d'acier sur sa sauveuse.

- Je...

Le remerciement resta bloqué dans sa gorge. Elle avala difficilement sa salive.
De toutes façons, il fallait déjà descendre.

" Il faut qu’on atteigne ce plateau-là, en bas."

Progressant lentement, très lentement contre la pierre, Khamill respirait doucement, tentant de maîtriser les battements affolés de son cœur et les tremblements de son corps.

" Tu dois vivre pour nous faire vivre, Khamill... "

Elle ferma les yeux un instant, stoppant sa désescalade.
Respira fort.
Retint ses larmes.
Repris sa progression.

A côté d'elle, Syndrell la suivait au même rythme.

Khamill sourit.

Amitié...



***


La jeune femme se laissa tomber sur le plateau rocheux, complètement essoufflée. Il lui faudrait au moins encore une bonne nuit de sommeil pour récupérer de toutes ces émotions... Allongée sur le sol, elle regarda alors Syndrell. Et le mot vint tout seul...

- Merci.

Merci. Juste ça. Et pourtant, un mot vibrant de force, de sincérité, de chaleur et d'émotion. Comment un mot pouvait à lui seul contenir autant de choses ? Khamill espérait que Syndrell les entendrait.
Elle savait qu'elle les entendrait.

Se mordant les lèvres, elle ajouta d'une voix toute tremblante :


- En fait, c'était vraiment lâche de ma part, ce que j'ai voulu faire... Est-ce que tu me pardonneras ?

"Ce que j'ai voulu faire", ce n'était pas seulement avoir voulu sauter pour éviter d'avoir à affronter ses peurs ; c'était aussi avoir voulu rester à jamais dans le néant pour ne pas à s'occuper du reste... Ça, Khamill n'était pas certaine que Syndrell le comprendrait : la jeune femme aux cheveux bleus ignorait ce qui s'était passé dans la tête de Khamill à ce moment-là. Et c'était peut-être d'ailleurs mieux comme ça.

Puis, se souvenant de la lame, elle se permit de poser sa question. Une question, qui, en fait, en contenait plusieurs. "C'est quoi, cette lame, qui est sortie de ton bras ? Comment as-tu pu sauter pour me sauver ? Comment as-tu pu tenir aussi longtemps accrochée par cette lame à la paroi ?"

Autant de question qui se résumaient à une seule...


- Syndrell... Qui es-tu ? Je veux dire, qui es-tu vraiment ?

"T'as déjà de la chance de te faire sauver par une marchombre...
Une marchombre ?...
T'avais pas encore compris ? Bah dis donc, t'es pas bien futée en ce moment ! Tu as bien changée... "

Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait envie que Kio ait raison...





[Non non, tout est parfait ! Mais je te retourne la même remarque ^^]

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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Jeu 05 Juil 2012, 14:45

Enfin, Khamill sortit de sa torpeur et parvint à se plaquer contre la roche. Dès qu’elle fut certaine que la jeune femme tenait bon, Syndrell libéra son poignet et modifia sa position pour mieux caler ses lames dans la roche. Le poids de Khamill en moins, la pression était supportable et la marchombre soupira de soulagement. Un peu plus, et c’était la catastrophe assurée…

- Super ! Allez, maintenant on descend. Je ne sais pas toi, mais moi, je commence à fatiguer un peu !

C’était un euphémisme. Passés la course, le saut et la chute, Syndrell avait l’impression que ses bras allaient se détacher de son corps, et ses muscles se détacher de ses os. Mais, pour donner le change, elle gardait le sourire ; Khamill aussi était sous le choc, et elles n’étaient pas encore tirées d’affaires.

Syndrell crocheta une anfractuosité du bout des doigts et aussitôt, rétracta ses lames ; Khamill en avait déjà assez vu comme ça et, quoiqu’incroyablement solide, sa greffe n’était pas faite pour l’escalade. Sans perdre de temps, la marchombre se plaça à la hauteur de son amie et calqua son rythme sur le sien de manière à pouvoir intervenir en cas de nécessité. Khamill, toutefois, semblait reprendre peu à peu ses moyens et c’est sans encombre que les deux grimpeuses atteignirent enfin la plateforme rocheuse, quelques mètres plus bas.

Elles se laissèrent aussitôt tomber au sol, épuisées. Allongée sur le dos, la poitrine se soulevant et s’abaissant rapidement au rythme de sa respiration, Syndrell ferma les yeux et sentit ses muscles se détendre peu à peu. Un filet de sang avait séché sur ses avant-bras mais il n’y avait plus aucune trace de blessure ; seule subsistait une douleur diffuse et une raideur dans ses épaules…

… mais aussi une image dans l’esprit de Khamill. Sonnée ou pas, ce qu’elle avait vu dépassait l’entendement ; il y avait très peu de chances qu’elle croit à un mauvais tour de son imagination. Syndrell avait exposé à ses yeux un secret soigneusement protégé par les siens. Elle ne regrettait rien. Sans ses lames, Khamill serait réduite en morceaux ! Mieux avalait affronter sa curiosité que son cadavre.


- Merci.

Murmure.

Syndrell ouvrit un œil prudent vers Khamill. La jeune femme était certes un peu pâle et sa peau marquée de quelques égratignures, mais elle était saine et sauve, c’était tout ce qui lui importait. Ceci dit, elle apprécia la reconnaissance qui brillait dans les yeux de Khamill, et contraignit à ouvrir son deuxième œil pour tourner la tête vers elle.


- Pas de quoi…
- En fait, c’était vraiment lâche de ma part, ce que j’ai voulu faire… Est-ce que tu me pardonneras ?


La marchombre haussa les sourcils. A n’en pas douter, il se passait – ou s’était passé – quelque chose dans la vie de ce drôle de petit bout de femme qui pesait beaucoup trop lourd sur ses épaules. Pourquoi avoir cherché à se jeter dans le vide, sinon ? Des suicides, elle en avait connu quelques uns. Une fois ou deux, il lui était arrivé de voir le corps d’une personne écrasé sur les dalles d’Al-Jeit ou encore d’Al-Far, conséquence d’une chute tant vertigineuse que volontaire. Mais elle avait du mal à comprendre…

Mourir pour se débarrasser de ses soucis ? Quel profit cela pouvait-il bien rapporter, en fin de compte ? Khamill avait raison, c’était un peu lâche, un peu comme un combat que l’on délaisse par peur de perdre. Et que l’on perd sans jamais avoir combattu, ni même essayé de combattre. Etrange. Rester en vie et mettre toutes ses forces à l’œuvre pour retrouver un petit morceau de bonheur, n’était-ce pas un formidable défi qui valait la peine d’être relevé ?


- Je crois que ce n’est pas à moi que tu dois des excuses, répondit la marchombre en s’asseyant. J’ai sauté, moi, mais avec la ferme intention de rester entière…

Se faire des excuses à soi-même pouvait sembler paradoxal, voire impossible ; Syndrell était convaincue du contraire. Quels que puissent être ses problèmes, Khamill devait commencer par faire la paix avec elle-même afin de retrouver confiance et d’affronter les écueils de la vie sans choisir le vide par souci de facilité.

Sous le regard de la jeune femme, Syndrell fit jouer les muscles de ses bras avec précaution. Elle s’estimait chanceuse de souffrir uniquement de courbatures et se fit la promesse de ne plus jamais utiliser sa greffe de la sorte. Sauf en cas de sauvetage.


- Syndrell... qui es-tu ? Je veux dire, qui es-tu vraiment ?

Voilà, elles y étaient : le point de non retour. Peu importe la réponse de Syndrell, la simple existence de ces lames dans ses bras avait modifié pour toujours la relation nouvelle qui l’unissait à Khamill. La marchombre hésita. Elle savait qu’un secret aussi précieux que la greffe exposait celui qui le violait à des conséquences fatales : Khamill ne devait pas le révéler à quiconque, et la meilleure façon de s’en assurer serait de la tuer.

Tuer Khamill.
C’était tout simplement hors de question.

Restait l’option B, une option que Syndrell évitait par tous les moyens depuis quelques temps mais qui aujourd’hui s’imposait à elle avec évidence : l’enseignement. Elle pouvait choisir de prendre Khamill sous son aile, continuer à lui révéler les secrets de la Guilde, la guider sur une Voie lumineuse, la former à devenir Marchombre…

Mais Syndrell n’était pas prête à assumer une telle responsabilité. C’était trop tôt et c’était une certitude inébranlable : elle ne guiderait pas Khamill sur la Voie. Néanmoins, peut-être pouvait-elle la guider jusqu’aux portes de l’Académie…


- Je vais répondre à ta question par une autre question : as-tu déjà entendu parler des Marchombres ?

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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Dim 08 Juil 2012, 17:50

(petit sourire)

- Alors c'est pour autre chose que je vais te demander des excuses... Tu n'es d'ailleurs pas obligée de me les donner...

(légère hésitation)

- J'ai vu ces... lames, qui sont sorties de tes avants-bras... et que je n'aurais pas dû voir, n'est-ce pas ? Et ça, c'est de ma faute...



(puis ne peut s'empêcher d'écarquiller les yeux sur le coup de la surprise, suite à la question de Syndrell ; et hésite un long moment avant de se décider à répondre seulement, prudente :)

- ...Oui.

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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Lun 16 Juil 2012, 11:40

- Non, Khamill. Tu n'as pas à te reprocher d'avoir percé un secret qu'il m'appartient de protéger. Tu sais, je suis heureuse que mes lames puissent aussi servir à sauver des vies !

(Un bref sourire, puis son visage redevient grave et ses yeux dorés flamboient)

Tu sais qui je suis, n'est-ce pas ? Et ce n'est pas ce que tu veux devenir...

(Il n'y a ni reproche, ni déception dans le ton de sa voix)

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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Sam 21 Juil 2012, 21:13


(Elle esquisse un demi-sourire en réponse aux trois premières phrases ; puis elle détourne les yeux, un peu mal à l'aise)

- Je crois savoir qui tu es, oui. Quant à ce que je veux devenir...

(Elle réprime un soupir, hésite, s'apprête à poursuivre... mais ne dit rien)




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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Ven 27 Juil 2012, 08:02

- ... Oui ?


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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Ven 27 Juil 2012, 10:12


(léger soupir)

- Je ne sais pas encore... Je cherche.

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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Lun 30 Juil 2012, 10:41

- Je vois... Est-ce que notre rencontre est susceptible de former ta décision ? Je veux dire, il y a plusieurs options qui s'offrent à toi maintenant. Partir et m'oublier, rester et te battre, rester et discuter, me suivre et improviser...

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MessageSujet: Re: A travers les montagnes... [PV Syndrell]   Lun 30 Juil 2012, 17:08


- Notre rencontre va sûrement changer quelque chose pour moi, oui... mais pas maintenant. Pour l'heure, je dois tenir une promesse, et ce n'est pas tout de suite que les marchombres entendront parler de moi !

(petit sourire)

- Mais si, pour le moment, Ombreuse est aussi ta direction, alors j'accepterais avec joie de faire encore un bout de chemin avec toi... surtout qu'on n'a pas encore terminé notre escalade !

(un clin d'oeil)

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