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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Rage et sang [Gil]

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Naïs Jol
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MessageSujet: Rage et sang [Gil]   Dim 12 Aoû 2012, 02:52

* *
*


≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Mon corps n’est plus que douleur telle une immense plaie béante. J’ai mal, si mal. Partout. Le sang bat violemment dans mes tempes. Je ne parviens plus à réfléchir. Où suis-je ? Je ne sais même pas y répondre. Je suis même incapable de rassembler le moindre de mes souvenirs. Je cligne doucement des yeux. Au moins, je suis vivante. Mes poignets se trouvent au contact d’un métal ferreux glacé – je mets un certain temps à réaliser qu’il s’agit de fers. Je suis donc vraisemblablement dans une cellule. Me voilà donc dans la place. Ne reste plus qu’à trouver le moyen de me libérer de ces chaînes qui m’entravent afin de semer le chaos. Un mouvement trop brusque, et soudain, mon corps me rappelle à l’ordre. Sous la douleur, je me mords la lèvre inférieure. Me voilà bien handicapée. Malédiction !

* *
*


≈≈≈ Nwëlla ≈≈≈

Trois jours. Cela fait exactement trois jours que j’ai quitté la Citadelle des Frontaliers en compagnie d’Atal et Juhen. Notre moral est littéralement au plus bas depuis notre macabre découverte. Evidemment informés du plan de Naïs, plutôt judicieux mais carrément suicidaire selon moi, nous nous sommes rendus sur le lieu de rendez-vous prévu, ne serait-ce que pour vérifier que tout s’était bien déroulé. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir le corps sans vie de Sahel agonisant, seul dans la chambre de l’auberge où il avait rejoint Daënea. Il est mort dans mes bras dans les cinq minutes qui suivirent en me faisant promettre de transmettre tout son amour à Naïs – enfin, si elle s’en sort vivante de toute cette histoire, ce dont je commence à douter sérieusement. Toutefois, le cadavre de la Mentaï m’avait tout de même rassuré. L’Envoleuse ne s’était pas rendue sans se battre et à présent, le combat serait bien plus équitable.

Le soir tombe. Tandis qu’Atal m’aide à dresser un campement de fortune pour nous permettre de passer la nuit sans trop d’encombres, Juhen lui est parti inspecter les environs, ne serait-ce que par sécurité. Je ne tiens pas franchement à tomber nez à nez face à une Goule et encore moins à Driss et ses hommes. Le frère de Naïs galère incroyablement pour allumer un petit feu. Il faut dire que l’humidité dans l’air est telle que la pluie ne tarde pas à tomber à grosses gouttes pour couronner le tout. Heureusement, je viens terminer notre abris pour cette nuit qui s’annonce pénible une fois encore. Atal finit carrément par abandonner. Il nous faudrait donc nous débrouiller sans feu pour ce soir. Surgissant des fourrés, Juhen affiche un sourire jusqu’aux oreilles.

- « Nous y sommes… »
- « Tu en es sûr ? »
- «Une vieille ferme fortifiée, on en trouve pas quinze mille dans le coin ! »

Je laisse libre cours à mon soulagement. J’ai cru que nous ne la trouverions jamais. Enfin, désormais, le plus important désormais est de passer une bonne nuit et réfléchir à un moyen de contacter Naïs. Ereintée, j’abandonne les deux hommes pour me laisser emporter par le sommeil.

* *
*


≈≈≈ Atal ≈≈≈

Je suis horriblement inquiet pour ma sœur et pour Seth. Borné comme elle est, et persuadée qu’il s’agissait de la bonne solution pour investir la petite place forte, elle s’est jetée, parfaitement consciente du danger, dans les griffes du loup. Elle est tout bonnement folle à lier. Pourtant, étrangement, cela ne m’étonnerait pas vraiment que son plan marche puisqu’elle trouve toujours le moyen de réussir tout ce qu’elle entreprend. Je soupire. Enfin, j’espère tout de même sérieusement qu’elle sait ce qu’elle fait pour le coup.

Dans l’obscurité la plus totale, Nwëlla finit par s’endormir, rapidement imitée par Juhen. Je suis donc tout désigné d’office pour prendre le premier tour de garde. M’enroulant autour d’une couverture chaude et parfaitement isolante, je laisse mon esprit vagabonder à des milliers d’années lumières de là. Les souvenirs d’enfance, si lointains à présents, remontent lentement. Cependant, mes rêveries ne sont que de courte durée. Un ronflement sonore se fait entendre. Puis un deuxième. La nuit risque d’être longue – très longue…

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Enfin ! Enfin la porte de ma cellule s’ouvre avec un bruit sinistre. Le trousseau de clé se balance contre la hanche de mon geôlier. D’une démarche à la fois souple et puissante, en trois enjambées il parvient à ma hauteur. Sa voix est éminemment mauvaise.

- « Driss t’attend ma toute belle »

Je grimace alors qu’il glisse sa main entre mes cuisses. Sale porc !

- « Contentes-toi de faire ce qu’il t’a demandé ! »
- « Ou bien quoi ? »
- « Tu peux dire adieu à ce qui sert de couilles… »

Surpris, ou vexé, je n’en sais trop rien, l’homme ravale sa fierté. Il sait parfaitement que je mettrais mes menaces à exécution si d’aventure il osait continuer. C’est donc avec un demi sourire que j’attendis qu’il me délivre de mes chaînes. A peine libérée, je l’assomme d’un seul fulgurant coup, lui explosant le nez au passage. Refoulant au mieux cette douleur omniprésente, et même carrément envahissante, je me saisi des clés et referme la prison sur mon passage. J’ai désormais quelques minutes avant qu’il ne donne l’alerte. Quelques minutes pour que Driss pense que j’ai pris la poudre d’escampette et trouver une cachette sûre jusqu’à ce qu’il se lance sur mes supposées traces. Me fondant dans les ombres, invisible, silencieuse, je parviens jusqu’à leurs écuries de fortune. Il ne faut pas plus de deux minutes pour exciter les chevaux et ouvrir leurs box. Dès lors je redouble de rapidité car tout le raffut des sabots cognant sur le sol devrait attirer tout ce beau monde plus vite que prévu. Alors que cela s’agite à l’étage, j’ai tout juste le temps d’ouvrir les portes de la cours et de laisser filer les chevaux. L’alerte est définitivement donnée, pourtant, je profite de la confusion pour me trouver une cachette improbable. J’espère que Nwëlla, Atal, Juhen et Gil ne sont plus loin. Car il faudra frapper demain. Sinon ce sera trop tard. En attendant, la nuit promet d’être longue et bizarrement ma première pensée est pour Gil.

Ne m’a-t-il pas oublié ?

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Mer 15 Aoû 2012, 11:02

Pourquoi ne l’avait-il pas oubliée ?

D’abord, il avait d’autres chats à fouetter. Un noble à trouver, une récompense – et quelques intérêts – à récupérer, une Libertée à gagner. Un sacré programme, même pour un homme comme lui. Il y avait aussi Kaünis ; cette sale gosse avait encore tellement de choses à apprendre que ç’en était presque irréalisable. Mais il ne perdait pas espoir, pas dans son cas, et il était même près à faire des efforts, à changer un petit peu, si ça pouvait l’aider à devenir une Envoleuse respectable et respectée. Autant dire qu’il avait du pain sur la planche. Il n’avait toujours pas revu Iselle depuis son accident et il semblait qu’il ait perdu toute trace d’Anee. De ce côté-là aussi, c’était assez chargé… et compliqué. Alors pourquoi n’avait-il pas oublié Naïs ?

Gil, mon vieux, tu penses trop. Ça va finir par te tuer… Haussant les épaules, le jeune homme repoussa du bout de sa botte les quelques cendres qui achevèrent d’étouffer les dernières braises de son feu de camp. Il cala une pomme entre ses dents, saisit son sac et se dirigea vers Pic. Celui-ci l’accueillit en hennissant doucement et l’Envoleur leva les yeux au ciel tout en attachant ses affaires à la selle de l’animal. Il avait tendance à « emprunter » ce cheval trop souvent. A croire que Seren faisait en sorte de le laisser au Domaine pour qu’il puisse s’en s… Ah, ah. Bien joué, Seren. Prodigieusement vexé, Gil se mit en selle, fit volter Pic et s’en alla au petit trot dans la brume matinale, croquant sa pomme et songeant à tous ces gens qui croyaient amusant de le berner à leur guise. Que cela ne devienne pas une habitude, ou bien il serait contraint de se montrer bien moins sociable qu’il ne l’était devenu ces derniers temps…

A Al-Far, il s’approvisionna et utilisa les dernières pécunes qu’il lui restait pour s’offrir un coutelas à lame courbe. De manufacture simple, il lui avait plu par l’incurvation de son manche et l’efficacité de son tranchant. De quoi épater Kaünis et, à plus court terme, lui servir dans sa mission. Il ne s’éternisa pas dans la cité, qui lui rappelait trop Anee, et il évita soigneusement de s’approcher du quartier dans lequel se trouvait l’auberge de leur rencontre. Le souvenir de Libertée était frais dans sa mémoire mais celui de l’Envoleuse, lui, restait trop douloureux pour qu’il puisse y faire face avec désinvolture. En passant les portes de la ville, il se dit que les femmes avaient cet avantage crucial sur les hommes : le pouvoir de les rendre fous. Je suis complètement fou !

A tel point qu’il avait accepté la mission sans se poser de question. Etrange. Non, le plus étrange, c’était qu’il avait accepté la mission alors qu’au final, il n’y gagnait strictement rien. Naïs avait été bien trop fine pour lui promettre quoi que ce soit et tout ce qu’il risquait en se portant volontaire pour l’aider à sauver son fils, c’était de mourir. Bah, un détail. Qui n’en serait évidemment pas un si jamais cela lui arrivait vraiment. Que penserait Kaünis, par exemple ? Elle commencerait par fusiller le messager du regard. Avant de s’emporter contre la fichue mauvaise volonté de son maître qui, incapable d’assumer ses responsabilités, avait jugé préférable de se faire tuer plutôt que de se pointer à l’heure à son prochain cours. Cette pensée fit d’abord sourire Gil. Puis elle le fit carrément éclater de rire, alors que Pic s’élançait au galop à travers les sauvages plateaux d’Astariul. Pour sûr, il était réellement fou…

Fou et libre. Il traversait à bride abattue des contrées désertiques et magnifiques, et il se sentait plus libre que jamais. Il n’était pas enchaîné à cette promesse. De simples paroles, un pacte non signé qu’il pouvait rompre d’un seul claquement de doigts. Et poursuivre son aventure à sa guise. S’il voulait, il pouvait oublier Naïs et passer à autre chose… La tentation se matérialisa sous les traits d’une beauté aux cheveux de miel et aux yeux d’ange. Libertée se trouvait dans le sud tandis qu’il se dirigeait vers le nord. Pourquoi ne pas faire demi-tour et la rejoindre, tout simplement ? Passer la nuit ensemble et détruire une chambre en s’aimant sauvagement ? Pic ralentissait déjà. Une fois arrivé dans la Plaine de Shaal, il lui serait plus difficile de faire demi-tour, Gil le savait. Or, la dernière fois qu’il avait quitté une femme, la première qui ait été capable de réduire son cœur en miettes, elle avait disparu de sa vie. Il avait le pressentiment qu’en s’éloignant de Liberté il risquait de ne plus jamais la revoir. Pic finit par s’arrêter complètement.

J’ai peur, Gil, tellement peur… Et si je ne tenais pas mes promesses ?
Si tu me demandes de t’aider à retrouver ton fils, je le ferai. Gratuitement.


Et merde. C’était une vraie promesse, une promesse à la « juré, promis ! », une promesse qu’on ne peut pas défaire à moins de se damner pour l’éternité. Mais il était déjà damné depuis longtemps, non ? Alors Gil soupira. Tête baissée, les cheveux agités par le vent, il fit un choix. Sans doute l’un des plus importants de toute sa vie. Faire confiance à Libertée. Et l’oublier. Retrouver Naïs. Et sauver son gosse.

On peut dire que vous êtes mon héros !

Ouais, ouais. Un drôle de sourire sur le visage, Gil talonna Pic, qui s’élança à nouveau dans le vent chaud qui balayait un océan d’herbes folles. Etre un héros, ça commençait peut-être bien à lui plaire…



*



Un filet de fumée s’élève doucement dans les ombres silencieuses de la nuit. Le campement a été dressé à flanc de coteau, protégé par les premières roches du massif du Poll et ouvert sur la plaine. Ici, la température transforme le souffle en petit nuage de condensation et oblige les voyageurs à se vêtir plus chaudement. Tapie dans les herbes hautes, à quelques pas du feu qui se meurt doucement, Gil remonte le col de son tabard avant d’expirer doucement un coton blanc. Son regard balaie les environs, glissant des trois cheveux qui somnolent sur la gauche, aux silhouettes qui dorment paisiblement près des restes de l’âtre. La première est très grande, la seconde au moins deux fois plus petite. Un homme et une femme. Sans doute sont-ils… Hein ?? Trois cheveux ? Deux individus ? Enf…

- Tiens tiens, on se promène, p’tit gars ?

Gil lui aurait volontiers répondu d’aller se faire voir. Sauf que le tranchant d’une lame, pressé sur sa gorge, lui intimait de garder le silence. Ravalant son venin, il attendit que l’homme dans son dos le saisisse par le col pour lui ordonner de se lever. La lame s’éloigna d’un demi-millimètre de sa carotide. C’était plus que suffisant. Gil balança son coude dans le plexus de l’homme, qui se plia en deux dans un râle de douleur. Sans plus attendre, l’Envoleur lui décocha un coup de poing en pleine mâchoire, l’envoyant au sol. Il bondit pour rejoindre Pic, qui l’attendait un peu plus loin, mais une main lui saisit la cheville et il s’étala de tout son long. S’ensuivit un échange de coups de pieds et de coups de poings – l’homme avait fait tombé son couteau, heureusement – jusqu’à ce qu’une voix claire s’élève dans les ombres :

- Arrêtez ! Juhen, lâche-le !

Le dénommé Juhen se figea et Gil en profita pour lui asséner un dernier coup avant de se dégager. Sur ses gardes, il regarda la fille s’accroupir près de l’homme qui l’avait menacé de sa lame.

- Tu es tombé sur la tête ou quoi ?
- Cet homme nous espionnait…
- C’est celui dont Naïs nous a parlé ! Le gros balèze qui doit nous aider à sauver Seth !


Dans le noir, Gil haussa un sourcil. Gros balèze, hein…

- Comment pouvons-nous être sûrs que ce type est bien celui que nous attendons ?
- Il a les yeux vairons. Regarde.


Tous les regards convergèrent vers Gil, qui prit bien soin de ne pas esquisser le moindre geste. A la faveur de la lune, qui n’était pourtant pas très claire, son œil gauche était bien plus foncé que le droit. Toutefois, il préféra apporter une seconde preuve à ces drôles de lascars ; il tira de sa ceinture un papier qu’il roula en boule et jeta à la tête de Juhen. Celui-ci le fusilla du regard tout en dépliant la missive, puis il la lut et fit la moue.

- D’accord. Mais c’est pas un gros balèze.
- Oh, ban sang… !


Agacée, la fille délaissa son compagnon pour s’approcher de Gil. Elle se planta devant lui, les mains sur les hanches, et le jaugea de toute sa (petite) hauteur.

- Ça fait des heures qu’on t’attend. Qu’est-ce que tu fichais ?
- On ne rallie pas le Poll depuis Al-Vor en une heure,
marmonna Gil en se levant.

Il épousseta ses genoux, puis son tabard et enfin les bras de sa chemise, avant de croiser enfin le regard de celle qui se prenait pour la meneuse. Genre.

- Où est Naïs ?

Elle était la seule à qui il ait vraiment envie de parler. Ces trois-là ne lui disaient rien qui vaille. Dans sa courte lettre, Naïs lui demandait de rejoindre trois personnes – Juhen, le mec au couteau, Nwëlla, la fille au fichu caractère et Atal, le type discret et silencieux. Il n’appréciait pas tellement l’idée de travailler en équipe. Ce n’était pas dans ses habitudes, il préférait faire cavalier seul, mais puisque Naïs avait réuni sa petite armée… Sauf que Naïs n’était pas là. En apprenant qu’elle se trouvait déjà dans les bras de l’ennemi, Gil sentit une vague de colère et un soupçon d’inquiétude l’envahir ; si Nwëlla ne l’avait pas réduit à l’immobilité d’un seul regard, il se serait déjà précipité pour lui venir en aide. Apparemment, sa capture faisait partie du plan. Plan qui devait permettre de trouver le gamin, de sauver sa mère et de tuer le Mentaï responsable de toute cette histoire. Un Mentaï, rien que ça… Gil grimaça. Il ne les aimait pas trop, ceux-là. La douleur cuisante de ses poignets n’avait jamais complètement disparu de sa mémoire, et surtout, il ne se faisait pas d’illusions : face à un type capable de rendre matériels les aspects les plus factieux de son imagination, il n’avait pas l’ombre d’une chance. A moins de frapper le premier. Et de bien frapper.

Ils ne frapperaient pas avant le lever du soleil. Décrétant qu’il n’avait pas sommeil, Gil accepta de remplacer Juhen en prenant le prochain tour de garde. Assis sur un rocher plat, son nouveau coutelas dansant entre ses doigts, il attendit les premières lueurs de l’aube, moins serein qu’il ne l’avait pensé. Naïs était en mauvaise posture, il le savait. Mais elle, savait-elle qu’il avait répondu présent à son appel ?

Je viens te chercher, petite têtue. Alors ne fais pas de bêtise, d’accord ?

Seul le vent lui répondit.
Il prit ça pour un oui.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



[Absent du 18/07 au 24/07]
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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Sam 01 Sep 2012, 01:24

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Driss semble croire que je viens de mettre les voiles. C’est désormais un véritable chaos qui règne en ce lieu. D’une voix forte et surpuissante, il beugle des ordres à tout va. Réquisitionnant quelques hommes, il entreprend de rattraper les chevaux avant de se lancer sur mes traces. Bien. C’est exactement ce que je n’aurai pas fait, m’évader – du moins, pas sans mon fils. Tapie dans l’ombre de ma cachette, avec le vent, joueur et malicieux ce soir, comme seul compagnon, je profite de l’inattention d’une imprudente sentinelle. Rapide comme jamais, mortelle, je bondis, entraînant ma victime dans les ténèbres. Une main sur sa bouche, sans doute celle d’une jeune femme, je l’empêche de crier et rameuter le reste de la troupe. De l’autre, je l’étouffe tout doucement. Elle se débat, avec toute la force et la rage du désespoir. Ses muscles tétanisés sous la pression exercée me paraissent fins et déliés. Elle ne manque pas non plus de précision pour une jeune fille. Son coude trouve même le chemin de mes côtes déjà bien assez meurtries, m’arrachant une grimace de douleur. Une apprentie ? Si ces messieurs du Domaine venaient à apprendre que j’ai causé la mort d’une jeune graine de Chaos, cela risque d’être ma fête. Mais, qu’importe ! Je resserre ma prise et la jeune fille ne tarde bientôt à ne plus montrer aucun signe de vie…

≈≈≈ Nwëlla ≈≈≈

Je soupire, incapable de retrouver le sommeil, tout comme Atal d’ailleurs qui fixe pensivement les étoiles. En revanche, je crois que décidément rien ne pourrait perturber le sommeil tranquille du géant. Ses ronflements auraient pu réveiller les morts. C’est tout lui : à la fois terriblement redoutable au combat mais aussi tellement insouciant. Comme l’envie parfois ! Et l’autre, là-bas, dans son coin, étrange et silencieux, il avait volontiers prit le tour de garde de Juhen. Naïs m’avait prédit sa venue. Connaissant sa réputation au Domaine – même pas fichu d’assumer ses cours – je n’osais trop y croire. Pourtant, ce drôle de loustic est là, bien que sa présence ne m’inspire aucune confiance. Je suis bien obligée d’admettre que nous formons une équipe plutôt singulière. Me levant d’un bond, je contourne notre campement de fortune pour rejoindre ce fameux Giliwyn Sangrelune. Planté devant lui, je l’observe, un long moment, jouer nerveusement avec petite lame avant qu’il ne daigne lever les yeux vers moi. Je hausse un sourcil.

- « Anxieux ? »

Son regard aux prunelles dépareillées me trouble un instant. De mémoire, je ne connais qu’une seule personne aux yeux aussi étranges et déstabilisant que les siens. Mon maître. Elle avait un regard vert et gris. C’en était inquiétant parfois.

- « Je me demande bien pourquoi Naïs a pu t’accorder sa confiance aussi facilement… »

Je viens de penser à voix haute. Et il allait sans doute me prendre pour une folle. Mais soudain…

- « Tu entends ça ? »

Désormais, je lui tourne le dos et scrute la forêt alentour. Des bruits de sabots au loin mêlés à des voix d’hommes. La main sur la garde de mon poignard, je réfléchis à toute vitesse. Ils semblent être à la recherche de quelque chose – ou quelqu’un. Cela ne peut signifier qu’une seule chose : Naïs est en vie et en pas trop mauvaise santé. Mes doutes s’envolèrent aussitôt. C’était certain, ma meilleure amie avait de la ressource.

- « Ca va être à nous de jouer… »

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

… Une de moins !

Par chance, j’ai à peu près la même corpulence que la gamine. Je n’ai donc aucun mal à enfiler ces vêtements par-dessus les miens, encore poisseux de sang. Chauds, confortables et pratiques, tout ce qu’il me fallait. Et maintenant, c’est une course contre la montre qui commence. Dans tous les cas, un affrontement se profile tout doucement, mais sûrement. Driss ne tarderait sûrement pas à se rendre comte que je ne m’étais jamais échappé alors je dois profiter de ce cours laps de temps pour retrouver Seth au plus vite. Et croiser les doigts pour que mes compagnons arrivent à temps. Je n’ai pas prévu de plan pour neutraliser le Mentaï. Pourtant il aurait bien fallu. Comme d’habitude – cela me réussit tant – j’improviserai.

Discrètement, comme si de rien n’était, je traverse la cours au vu et su des deux sentinelles guettant du haut de leurs tourelles respectives. Tandis que j’atteins un long couloir abrité, une voix résonne dans la nuit.

- « Leah ! »

Je me fige. Je doute un instant. L’homme semble s’adresser à moi – ou Leah plutôt, semblerait-il croire. Suis-je repérée ? J’attends.

- « Vas donc surveiller la chambre du gosse ! »

Je souris. J’y vais de ce pas. Poussant la lourde porte en bois, je suis accueillie par le plus parfait silence. Je rase les murs et tourne longtemps en rond – très longtemps. Ce bâtiment est un vrai labyrinthe. Pourtant, je me fie à mes sens et connaissances de ce type de constructions. J’avance sans jamais rien trouver d’autre que la petite et grande cuisine, la salle de réception, une distillerie. Au bout d’un couloir interminable, un escalier de pierres massives semblent enfin m’indiquer le chemin tandis que je commençais à désespérer. Je laisse mes pas me guider instinctivement à travers le dédale de couloir, tous les sens en éveil, tâchant de capter le moindre bruit. Cependant…

… Un verre brisé attire mon attention et je n’ai bientôt plus à chercher car le bruit provient d’une porte toute proche. Tandis que j’effleure la poignée de la porte, une voix dans la court retentit. Pas pour moi. Mais me permet tout de même de noter ce détail important que je ne suis plus à l’abri des regards et que je dois me montrer prudente – et rapide aussi. Soupirant imperceptiblement, je sors d’une petite poche improbable une pince minuscule. Elle ne me quitte jamais. Et protégée par la pénombre, je m’attaque à la serrure qui ne me résiste pas longtemps. Cela aurait pu marcher, sauf que je ne suis pas assez rapide et je suis vite repérée. Je sens la surprise des sentinelles, hélas, ils se reprennent vite – trop vite. Sans perdre une minute, je me glisse dans la chambre, réveillé par tout ce raffut me saute au cou.

- « Maman ! »

Heureuse. Je suis tellement heureuse de pouvoir enfin le serrer dans mes bras, vivant, que j’en oublie un instant les hommes dehors. Ils ne tarderont pas à nous tomber dessus à bras raccourcis. Et à prévenir Driss – s’il ne s’est pas déjà rendu compte que je l’ai roulé dans la farine. Alors, pas vraiment le temps pour des retrouvailles dignes de ce nom. Car de gros problèmes nous attendent dans l’immédiat.

- « Il faut filer, et tout de suite »

Le cœur battant, Seth glisse sa main dans la mienne. Juste le temps d’un baiser et nous nous éclipsons tous les deux. A peine avons-nous fait deux pas que nous sommes rejoint. Sa respiration est manifestement haletante. Il vient de courir. J’en profite. Poussant Seth derrière moi dans un instinct de pure protection maternelle, je bondis évitant de juste un coup qui aurait dû m’assommer purement et simplement. Me coulant contre l’homme, je me saisis de son poignard et avant qu’il ne puisse réaliser que c’en était fini, je le lui plante dans la nuque. Au moment où il s’écroule la douleur de mes côtes se fait plus aigue. Et pour couronner le tout, je me sens fiévreuse comme jamais. Génial ! Mais l’agitation régnante ne me laisse aucun répit. Je n’ai plus qu’à prier désormais pour qu’ils aient compris eue aussi !

Gil ? Où es-tu ?




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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Lun 10 Sep 2012, 20:14

[color=black]Il ne montait pas la garde depuis plus d’une heure lorsqu’une ombre se faufila discrètement derrière lui. C’était la fille, Nwëlla, et il ne put s’empêcher de soupirer. Elle venait le cuisiner, il en mettait ses deux mains à couper, or il ne se sentait pas franchement disposé à discuter autour d’une tasse de thé. Comme d’habitude, aurait raillé Kaünis. Agacé, il fronça les sourcils ; il fallait absolument qu’il arrête de penser systématiquement à elle, ou bien il allait finir par croire qu’elle lui manquait… Nwëlla s’arrêta à deux pas de lui, à peine éclairée par la blancheur opalescente de la lune. Petite et mince, elle dégageait une formidable aura de confiance et de détermination. C’était une meneuse – il n’y avait qu’à voir la façon dont elle avait mis un terme à la dispute entre Juhen et lui – et c’est probablement pour cette raison que Naïs avait demandé son aide. Mais c’était surtout une emmerdeuse de première. Moins que Libertée, mais suffisamment pour qu’il évite sa présence. Même s’ils ne se connaissaient pas depuis plus de deux heures.

- Anxieux ?

Il ne jugea pas utile de répondre à une telle question. Bien sûr qu’il était inquiet ? Qui ne le serait pas, dans pareille situation ? Pas elle, c’était certain. Il y avait tellement de ferveur dans sa façon de s’exprimer sur leur plan d’action qu’il ne se faisait pas d’illusions : Naïs et elle étaient proches. De quelle façon, il n’en avait aucune idée, mais cela suffisait à lui prouver que Nwëlla était loin d’être aussi tranquille qu’elle semblait l’être. Et puis d’ailleurs, si elle venait lui faire la causette, c’était bien parce qu’elle ne parvenait pas à trouver le sommeil…

- Je me demande bien pourquoi Naïs a pu t’accorder sa confiance aussi facilement.

Le couteau s’envola, tourbillonna en reflétant le scintillement de la lune à la manière d’un clin d’œil complice, et retomba dans la main de Gil. Qui referma les doigts sur le manche et, d’un geste vif, rengaina l’arme dans son fourreau neuf.

- C’est une bonne question, admit-il en se souvenant de sa rencontre avec l’Envoleuse. Je me la posais justement à ton sujet.

Il s’autorisa un petit sourire de satisfaction – et bim, l’emmerdeuse ! – et s’apprêtait à lui dire d’aller voir ailleurs s’il y était, lorsque quelque chose attira son attention. Leur attention, corrigea-t-il devant la position de défense qu’avait immédiatement adopté Nwëlla. Elle avait l’ouïe fine. Envoleuse ? Il haussa les épaules. Fort heureusement, les Envoleurs n’étaient pas partout, ni aussi nombreux que le Chaos l’aurait souhaité. Lui, il se fichait bien de savoir si Nwëlla et ses compagnons étaient soumis à la même allégeance que lui. Du moment qu’ils agissaient en frères d’armes et l’aidaient à sauver Naïs – et son gosse – du traquenard dans lequel elle s’était plongée, ça lui allait. Juhen et Atal trottinaient déjà dans leur direction, aux aguets. Le premier fusilla Gil du regard mais le second se déporta dans la direction d’où venaient les bruits qui avaient attiré leur attention.

- Quinze… non, dix-huit hommes. Tous à cheval. Ils cherchent quelque chose… ou plutôt, quelqu’un.
- C’est une battue,
acquiesça Gil en gratifiant l’homme d’un regard impressionné. J’ai comme l’impression que Naïs est en train de les faire tourner en bourrique.
- Il n’y a pas de raison qu’elle soit la seule à s’amuser,
décréta Nwëlla en portant la main à son poignard. Ça va être à nous de jouer…
- On laisse tomber le plan A ?
fit Juhen.
- Tu sais bien qu’avec Naïs, les plans A tombent toujours à l’eau !

Juhen opina du chef et tous les quatre se déployèrent vers les hommes qui cherchaient leur amie. Tout en s’enfonçant dans les orties, Gil se demanda quel lien unissait Naïs à Juhen et Atal. La facilité avec l’Envoleuse était tombée dans ses bras lors de leur première rencontre et leur loyauté le rendaient perplexe… et un brin jaloux. Il avait la sensation que ces trois-là partageaient quelque chose de fort avec Naïs, quelque chose que lui ne connaissait pas puisque la solitude l’en privait constamment. Pour autant, il ne pensait pas à la jolie aveugle comme il pensait à Libertée. Enfin, du moins l’espérait-il… De plus en plus troublé, Gil encocha une flèche dans son arc et se coula entre les arbres autour desquels s’enroulait une diffuse chape de brume humide et froide. D’un signe du menton, il fit comprendre à Nwëlla qu’il s’occupait de la tête du convoi. Puis, sans attendre de réponse ou d’assentiment de la part de la jeune femme, il tira sa première flèche, atteignant sa cible à la gorge, juste au-dessus de l’armure. Voilà qui sonna le début de la bataille.



*



- Sept hommes sur dix-huit, c’est un bon score.
- Facile quand on se tient à distance pour tirer ses flèches. J’appelle ça de la chasse au gibier.
- Un gibier qui t’a valu une coupure à l’arcade sourcilière ! Tu pisses le sang, mon vieux.
- Appelle-moi encore une fois mon vieux et je te l’explose, ton arcade sourcilière.
- C’est pas un peu fini, dites ?


Non, voulu rétorquer Gil, mais Atal lui écrasa le pied et il se contraignit au silence. C’était plus fort que lui : depuis la fin du combat, il ne pouvait pas s’empêcher d’asticoter Juhen avec une animosité qui était parfaitement réciproque. Ce type l’agaçait. Atal, au contraire, forçait son admiration ; il avait combattu avec un style tout à fait étonnant et son style, allié à une connaissance parfaite de l’art du combat, avait fait de gros dégâts dans la division à laquelle ils s’étaient frottés. Division qui gisait au sol dans un amas de corps et de métal cabossé.

- La ferme n’est pas loin, fit Nwëlla en essuyant pensivement le sang qui maculait ses mains sur sa tunique. Je parie que tout un comité d’accueil nous y attend mais cette petite bagarre m’a mise en appétit. Pas vous ?
- Qu’est-ce qu’on fait ? On fonce dans le tas, on récupère Naïs et le petit, et on se taille ?
- Ça me va. T’en penses quoi, Atal ?
- Je suis partant. A quatre, on aurait pu mettre au point une stratégie mais ce serait perdre un temps précieux, et puis Naïs vient de nous fournir une diversion de choix !
- Gil ?


Il se contenta de hocher la tête et ils se mirent en route.

[Non non, je ne m'amuse pas à retourner les retrouvailles de nos deux personnages (quoi que...^^) ; je trouve tout simplement plus facile que tu mettes ça en scène toi-même, si tant est que tu comptes le faire dans ta prochaine réponse. Après tout, c'est ton idée, je ne fais que suivre - avec un plaisir évident, mais pour une fois, je me laisse guider ! C'est assez rare, d'ailleurs... !]

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Mer 12 Sep 2012, 19:10

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Je n’y arrive pas…
Je n’y arrive plus…

J’essaye, mais l’air ne veut obstinément pas rentrer dans mes poumons vides et douloureux. Je vais mourir, là, bêtement, alors que mes amis ont finalement réussi à s’introduire dans la petite forteresse. J’ai mal, tellement mal. Partout. C’est la fin. Je voudrais bien mourir, maintenant, pourtant, une force étrange m’en empêche. Peut-être est-ce cette voix qui vient de retentir derrière, toute proche, empêchant Driss de finir son geste. Elle me semble si familière. Mes idées littéralement embrumées mettent un certain temps pour s’ordonner.

Gil !

* *
*


Sans plus tergiverser, j’entraîne Seth dans le dédale de couloir de l’aile ouest du corps de ferme. Dans l’état pitoyable où je suis, je préfère éviter autant que possible les combats rapprochés, surtout avec mon gamin si près – trop près – du danger. Seule, à la limite, j’aurais pu m’y risquer, sachant que Nwëlla, Atal, Juhen et Gil ne tarderaient plus à débarquer si toutefois ils avaient compris ma diversion. Mais de cela, je n’en doute pas, ni même de leur efficacité d’ailleurs. Non, cette nuit, pour la première fois depuis longtemps, c’est bel et bien de moi-même dont je me méfie autant que de Driss. Ce dernier ne saurait tarder à rappliquer, et je n’ose imaginer la rage folle dans laquelle il sera lorsqu’il se rendra compte que je l’ai joyeusement roulé dans la farine. Je reste lucide : je n’aurai certainement pas la force de l’affronter seule. Déjà, en pleine possession de mes moyens, c’est littéralement suicidaire que de me frotter à un Mentaï, mais affaiblie comme je le suis, je peux déjà creuser ma tombe. Je m’y vois presque déjà.

Ci-gît Naïs Jol, illustre inconnue.

Mais d’ici là, je n’ai pas encore perdu ma détermination et malgré tout une petite flamme d’espoir brille tout au fond de moi, pour Seth – et Morgan. Pour Ainhoa et Atal. Pour Nwëlla et Juhen, mes amis de toujours. Pour Gil, homme au passé ravagé dont je me sens étrangement proche, sans trop en connaître la raison. Pour tous ceux qui ont eut une importance dans ma vie et qui me soufflent tous de ne pas me déclarer vaincue avant l’heure.

Peu à peu, à chaque coin de mur, chaque tournant, tout cela devient un pur jeu d’habileté. Dangereux. Les pas résonnent aussi bien dans la cours intérieure que dans la bâtisse, affolés. Ils tournent en rond et me cherchent, pendant que prudemment, je me fonds dans l’ombre des couloir discrètement accompagnée de Seth. De temps à autre, histoire de les désorienter encore un peu plus, je glisse dans la lumière l’espace de quelques instant. Juste pour moi le temps d’exécuter une pirouette improbable, malgré la douleur lancinante de mes côtes qui me lancent douloureusement, puis de disparaître à nouveau. Ou l’art de semer la panique…

≈≈≈ Nwëlla ≈≈≈

D’un même pas, nous nous mettons tous en route vers la ferme, profitant de l’opportunité que Naïs venait de nous offrir. Gil et Juhen ne cessent de se chercher des noises. Ce qu’ils peuvent m’agacer alors à s’asticoter ainsi mutuellement dans un moment aussi grave ! Pourtant, ils se supportent, pour Naïs, qui s’est fourrée dans une merde noire. Comme d’habitude à vrai dire. Pour ce qui est de sauter les deux pieds dans la gueule du loup, notre amie est la grande championne de cette catégorie, même si malgré tout, elle trouve toujours un moyen de s’en sortir vivante. Et l’escouade à laquelle nous venions de nous confronter en est une preuve de plus.

Il ne nous faut que quelques minutes avant que la petite forteresse ne se dresse dans le paysage. Imposante, sans toutefois être trop grande, il s’agit là d’une bâtisse relativement discrète au beau milieu de ces montagnes, ceint d’une forêt épaisse, la ferme fortifiée occupée par Driss et ses hommes constitue un repaire idéal. Je souris pensivement. Même de loin nous pouvons entendre l’agitation qui règne à l’intérieur des murs. Et encore, ils ne sont pas au bout de leurs surprise, car nous avons bien l’intention de nous inviter aux « festivités ». Costume de rigueur…

Pas une sentinelle ne semble guette la nuit profonde, tous affairés après la fausse tentative d’évasion de Naïs. C’est notre chance. Pour le moment, nous sommes encore protégés par les ombres nocturnes de la lisière du bois tout proche. Heureusement, car les quelques rescapés de la division à laquelle nous nous sommes frottés quelques minutes auparavant arrivent en trombe dans un fracas assourdissant dans de sabots claquant sur les pavés irréguliers de la court de la ferme. A leur tête, je crois distinguer un homme, plus grand et plus imposant que les autres. Il respire la détermination et une force tranquille. Il doit être leur chef, me semble-t-il – Driss. Et je n’aime pas cela. Jetant un bref coup d’œil circulaire autour de moi, d’un simple signe de tête j’invite mes compagnons d’armes à me suivre discrètement. Sans nous concerter, silencieusement, nous nous fondons, l’air de rien, par la porte encore ouverte de la court. Là, c’est quitte ou double. Mais de toute façon, il faut profiter maintenant ou jamais de la confusion pour s’introduire dans l’antre du loup. Avec l’espoir que l’effet de surprise puisse nous profiter !

Les portes ne sont pas encore refermées que ma lame est la première à se frayer un chemin vers une gorge avant que la présence intruse de notre petite groupe ne soit remarquée. Cette fois, la fête peut commencer. Un éclat brillant dans le mauve de mon regard, je jette un dernier coup d’œil vers mes trois compagnons, déjà aux prises avec les hommes de mains du Mentaï. Mes lèvres s’étirent en un sourire féroce. Pas de quartier !

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Je ne peux empêcher un soupir de soulagement franchir mes lèvres tandis que la jeune femme qui tentait de me barrer le passage quelques minutes auparavant s’écroule littéralement raide morte à mes pieds. Eventrée. J’imagine sans mal la grimace de dégoût de Seth. Le pauvre en voit vraiment de toutes les couleurs mais il affronte tout avec tant de force que je n’aurais jamais cru pouvoir exister dans un si petit corps encore. Après tout, il n’a que dix ans, mais il est déjà bien plus adulte que tous les gamins de son âge à force de se cacher, tout le temps. Et de toujours fuir les morts du passé. Pourtant ce n’est pas cela qui retient étrangement mon attention à cet instant. Non. C’est plutôt le bruit fracassant des armes qui s’entrechoquent entre elles, dehors. Ils sont là. Et Driss, aussi, mais cela, je savais qu’il reviendrait tôt ou tard – plus tôt que tard d’ailleurs.

C’est glacée d’avance que j’emmène Seth dans une grande salle, vide et froide malgré le feu qui crépite encore doucement. Le haut plafond crée un effet de résonance étrange. La salle à manger, traditionnellement, jouxtent les écuries. Et si j’ai raison, Seth pourra s’y cacher et éviter ainsi d’être blessé. Sinon, je ne me le pardonnerais jamais. A peine mon fils a-t-il disparu derrière la petite porte grinçante que le répit est de courte durée. Driss, fulminant de rage fait irruption dans la salle. Fronçant les sourcils, je me campe solidement sur mes appuis. Je ne me fait aucune illusion, je n’ai aucune chance. Pourtant, je suis prête à vendre chèrement ma peau. Il ne m’aura pas si facilement !

* *
*


Je n’y arrive pas…
Je n’y arrive plus…

J’essaye, mais l’air ne veut obstinément pas rentrer dans mes poumons vides et douloureux. Je vais mourir, là, bêtement, alors que mes amis ont finalement réussi à s’introduire dans la petite forteresse. J’ai mal, tellement mal. Partout. C’est la fin. Je voudrais bien mourir, maintenant, pourtant, une force étrange m’en empêche. Peut-être est-ce cette voix qui vient de retentir derrière, toute proche, empêchant Driss de finir son geste. Elle me semble si familière. Mes idées littéralement embrumées mettent un certain temps pour s’ordonner.

Gil !


[Je me suis un peu laissée emportée... Et au passage, j'adore la façon dont Gil et Juhen se bagarre... Des vrais gosses xD]

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Mer 12 Sep 2012, 23:04

- Dis-moi, Cabochard… as-tu des amis ?

Gil considéra son mentor avec curiosité mais celui-ci semblait penser que sa question n’avait pas besoin de précision. Appuyé contre le tronc d’un grand hêtre, les mains croisées derrière la nuque et le visage renversé vers le ciel, il donnait l’impression d’être plongé dans l’observation des étoiles, mais le jeune homme savait que Seren le regardait du coin de l’œil.

- Non.

Comme toujours, sa réponse ne s’embarrassait de rien d’autre que de la vérité. Mordant à pleine bouche dans la chaire tendre et chaude du rongeur qu’il avait cuit à la broche, l’apprenti Envoleur fixa leur flambée en silence, attendant la prochaine question qui ne manqua pas de fuser en réponse à son laconisme :

- Pourquoi ?
- Pourquoi pas ?
- Parce que ce n’est pas une réponse valable, Giliwyn SangreLune. Pourquoi n’as-tu pas d’amis ?
- Aucun intérêt d’en avoir… Je n’ai que faire de boulets qui ne feraient que me ralentir.


Seren haussa un sourcil.

- Te ralentir ?
- Dans mon apprentissage. Mieux vaut me faire des ennemis qui peuvent me fournir une expérience solide.
- Ou te tuer.
- Ou me tuer.


Il n’y avait aucune hésitation dans la voix de Gil. Néanmoins Seren poursuivit-il la discussion, intéressé par l’étrange réflexion de son élève.

- Des ennemis plutôt que des amis, donc. N’est-ce pas une façon originale de se planter soi-même un couteau dans le dos ?
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
- Tant que je suis là, tes ennemis ne peuvent qu’enrichir ton expérience. Du moins, tant que tu te fies à mon enseignement. Mais dis-moi, que se passera-t-il lorsque tes chers ennemis feront cercle autour de toi ? Si d’aventure on te tendait un piège ou te dérobait un bien précieux, penses-tu pouvoir t’en tirer seul ?


Gil réfléchit un court instant.

- Oui.
- Alors tu vas droit à la mort, Cabochard.
- Pourquoi ?
- Parce que les amis sont une arme, bien plus utile et plus puissante que tu ne sembles le croire.
- Je ne suis pas d’accord. Quand on a des amis, on offre une faiblesse à nos ennemis. Autant leur dire « hey ! si vous voulez m’atteindre, tuez-les et c’est dans la poche ! »…
- C’est vrai. L’amitié est une lame à double tranchant. Mais pour peu que tu saches la manier avec dextérité, elle peut te servir, et te servir bien.
- Ouais, manipuler des pantins, en somme…
- Non. Se donner l’occasion de repousser ses limites, bien plus loin que tu ne peux l’imaginer. Se précipiter dans la bataille pour sauver un proche, même à un contre cent, vaut le plus beau des combats contre un seul homme, pour illustre soit-il. Et rien n’est comparable au coup de main d’un ami.


Gil s’essuya d’un revers de manche et s’allongea dans l’herbe molle. Il soupira.

- Je préfère encore tes engueulades plutôt que ces leçons de choses. Et puis d’ailleurs, tu es un guerrier solitaire, non ?
- J’ai bien plus d’amis que tu n’as d’ennemis, Cabochard. Et c’est là ce qui fait toute la différence.
- Entre ?
- Ma longue vie et ta mort prochaine !


La discussion se solda par un rire, et il ne fût plus jamais question d’amitié ou d’inimitié entre les deux hommes.



*



S’il n’en fût plus jamais question, Gil n’oublia pas cette conversation – pas plus que les autres, en tout cas. Mais pourquoi lui revenait-elle en mémoire, alors qu’il passait au fil de sa lame les hommes qui se dressaient entre Naïs et lui ? S’il avait eu le temps d’étudier la question, il en aurait convenu que la situation se prêtait justement à donner raison à son mentor. Il aurait compris, sans doute, que ce lien si fort qu’il sentait vibrer entre Naïs, Nwëlla, Atal et ce crétin de Juhen portait le nom d’amitié, et que cette amitié l’avait conduit à abandonner son petit confort et sa solitude pour risquer sa vie dans une ferme fortifiée dirigée par un Mentaï. Mais il était bien trop occupé à éviter un coup fatal pour réfléchir, et son souvenir s’évanouit aussi vite qu’il n’était apparu.

Suivant le plan, ou plutôt le non-plan, les quatre compagnons avaient débarqué dans la place en profitant de l’effet de surprise pour se débarrasser de quelques hommes sans effort. Gil comprit que les guerriers qui gardaient cette ferme étaient moins là pour empêcher les gens de rentrer que pour les empêcher de sortir. Naïs était-elle parvenue à s’échapper ? La battue qu’ils avaient interrompue le laissait croire, et pourtant Gil était persuadé que la jeune femme était toujours dans les parages. Qu’il aille rôtir en enfer s’il ne s’agissait pas d’une habile manœuvre de diversion ! Toutefois, passé l’effet de surprise, les hommes qui défendaient la ferme reprirent du poil de la bête ; il en sortit de partout, armés jusqu’aux dents et, pour la plupart d’entre eux, bien entraînés. Gil soupira mentalement. Il n’était pas spécialement connu des membres du Chaos mais le Mentaï qu’il était venu provoquer était capable de nuire gravement à sa réputation déjà peu glorieuse – s’il ne l’assassinait pas pour insubordination et tentative de meurtre.

Une flèche se ficha dans le bois d’une charpente, à quelques millimètres seulement de sa tête. Celle de Gil fusa à travers le champ de bataille et se planta dans l’œil de l’archer qui avait eu le culot de le prendre pour cible. Il s’effondra pour être aussitôt remplacé par un autre archer. Vif comme l’éclair, Gil encocha une autre flèche, tira sans prendre la peine de viser plus d’une seconde et se détourna pour éviter un coup d’épée tandis que l’homme s’affalait sur le corps de son frère d’arme, la gorge transpercée. Quatre autres mercenaires moururent de la sorte avant qu’il ne soit contraint d’abandonner son arc pour régler leur compte aux hommes qui tentaient de l’embrocher. Bondissant par-dessus le type que venait de descendre Juhen, Gil fit tournoyer ses lames courtes. Deux hommes s’écroulèrent, puis quatre. Un coup d’œil dans leur direction lui apprit que les amis de Naïs s’en tiraient aussi bien. Mais le nombre de leurs ennemis ne diminuait pas, ou trop peu pour leur garantir une victoire. Ils allaient devoir appliquer le plan B, finalement…

- Il faut trouver Naïs ! cria Nwëlla en frayant un chemin jusqu’à lui.
- Tu ne préfères pas jouer aux cartes, plutôt ?
- Je doute que ces types sachent jouer à un jeu qui demande de la réflexion !


Gil accueillit sa raillerie d’un léger rire et ils se placèrent dos à dos sans même se concerter. Tout en se battant pour sauver sa peau, l’Envoleur parcouru les alentours du regard. Où pouvait bien être Naïs ? Les geôles. Si j’étais toi, c’est là que j’irai. Aveugle ou non, une mère pouvait déchaîner d’incroyables forces pour protéger sa progéniture. Naïs devait être partie à la recherche de son fils.

- On doit se séparer !
- Quoi ?


Il bloqua un sabre qui menaçait son abdomen et sa propre lame ouvrit une plaie béante dans celui de son adversaire.

- Si on trouve le môme, on trouve Naïs !
- Qu’est-ce qu’on fait du Mentaï ?


Il avait réfléchi à la question bien avant de se jeter dans la bataille. En fait, il l’avait même étudiée avant d’entamer ce voyage qui était en passe de devenir le plus curieux et le dernier de sa vie. Et il n’avait trouvé aucune solution qui puisse résoudre ce problème relativement épineux. Si on s’en sort, petite têtue, fais-moi penser à te rendre la monnaie de ta pièce…

- Trouve Naïs et le gamin. Je me charge du Mentaï.

Nwëlla était une guerrière accomplie. Sans perdre de temps en questions inutiles, elle se fraya un chemin jusqu’au mur d’enceinte, bientôt rejointe par Atal. Impassible malgré la nouvelle entaille qui venait se s’ouvrir sur son bras, Gil prit la direction opposée – droit vers le cœur de ferme. Il était composé d’une bâtisse très simple, probablement la ferme d’origine, et n’était protégé que par quelques hommes. En jetant un coup d’œil par-dessus son épaule, Gil se rendit compte qu’ils avaient éliminé plus de mercenaires qu’il ne l’aurait cru. Naïs avait réuni un bien fatal quatuor… Mais c’est bel et bien seul que Gil s’introduisit dans la sorte de longère, après avoir égorgé les hommes qui s’étaient placés en travers de son chemin. Il fut surpris de découvrir une salle vide. Enfin, personne ne semblait s’y être embusqué, contrairement à ce qu’il avait imaginé, mais il régnait un désordre pour le moins inhabituel qui alerta l’Envoleur. Tables et chaises étaient renversées, vestiges d’une lutte violente.

Son regard fut attiré par une tâche sombre sur le sol de pierre. Gil s’accroupit, trempa deux doigts dans le liquide poisseux et les porta à son nez. Du sang. Il était en train de réfléchir aux conclusions qu’il fallait en tirer lorsqu’un sanglot le fit sursauter. Se redressant d’un bond, l’Envoleur tira ses épées et balaya la pièce du regard. Rien ne bougeait mais il y avait quelqu’un. Fort de cette certitude, il traversa lentement la salle, s’approchant d’une table renversée. Les sanglots semblaient provenir de derrière. Ils s’étaient tus précipitamment mais Gil percevait le sifflement d’une respiration saccadée. Les yeux bleus et marron scintillèrent et il contourna le meuble avec la vivacité d’un chat. Déjà, le fil de ses lames croisées effleura la peau tendue d’une gorge ambrée…

Une gorge ambrée.
Gil retint ses lames juste à temps pour ne pas tuer le fils de Naïs, et le soulagement fit éclore un filet de sueur sur son front. Il croisa un regard brillant de peur et soupira, conscient d’avoir frôlé la catastrophe. Eloignant ses lames de la gorge de l’enfant, il s’accroupit pour se placer à sa hauteur et regarda le gamin dans les yeux. Des yeux plus dorés que ceux de sa mère. Des yeux qui voyaient ce qu’elle ne verrait jamais.

- Tout va bien, murmura-t-il. Je suis un… une connaissance de ta mère. Je suis là pour vous tirer de là, tous les deux.

L’enfant ne dit rien, et Gil plissa les yeux. Dehors, la bataille faisait toujours rage et le temps pressait. Mais il était incapable de se rappeler du prénom du môme, et il avait la sensation que cela n’allait pas arranger les choses.

- Est-ce que tu as vu ta mère ?

Pas de réponse. Immobile, le garçon se contentait de fixer Gil comme dans l’espoir que celui-ci disparaisse aussi soudainement qu’il n’était apparu. J’aurai encore préféré tomber sur le Mentaï…

- Ecoute…

Rassemblant toute sa patience et le peu de pédagogie qu’il avait en réserve, Gil posa une main sur l’épaule de l’enfant. Ce dernier sursauta, mais Gil chercha son regard, l’attrapa et ne le lâcha plus.

- Je suis venu avec des gens que tu connais sûrement. Ils sont en train de se battre pour vous sauver, ta mère et toi, et ils ne vont pas tenir très longtemps, alors on doit se dépêcher. Mais on doit se serrer les coudes. Ensemble, on va trouver ta mère et mettre les voiles. Tu crois que tu peux le faire, petit ?
- J’m’appelle Seth.


Surpris d’entendre une voix qu’il n’espérait plus, Gil cligna des yeux, avant de se reprendre avec un sourire en coin.

- Pas mal, mais moins sympa que Gil. On y va ?

Seth considéra un instant la main que lui tendait Gil, puis il finit par y glisser la sienne, laissant l’Envoleur le remettre sur pieds d’une puissante traction qui le fit presque décoller du sol. L’instant d’après, ils s’engouffraient tous deux dans un étroit couloir.
Gil n’avait pas lâché la main de Seth. C’est peut-être ce qui lui sauva la vie. Emporté par son élan, il allait se précipiter dans une pièce lorsque le gamin l’avait brutalement tiré en arrière. Juste le temps pour lui de discerner deux personnes avant de se retrouver plaqué contre le mur du couloir, Seth pressé contre son flanc gauche.

- C’est lui, murmura-t-il dans un souffle. Driss…

Gil déglutit. Alors nous y voilà… Il y avait une foule de choses qu’il aurait voulu faire avant de relever ce nouveau défi. S’allier avec une petite armée de Dessinateurs. S’armer deux à trois fois plus lourdement. Se réconcilier avec Libertée. Libérer Kaünis. Mais Naïs était en train de se battre contre son ennemi, blessée et seule. Il était temps de lui filer un coup de main, et un bon ! Se dégageant de l’étreinte de Seth, il lui fit signe de ne pas bouger. Puis il prit une longue inspiration.

Et s’occupa de tenir sa promesse.




*



- Hé !

Interrompu et fort agacé de l’être, le Mentaï tourna lentement la tête dans sa direction. Debout dans l’encadrement de la porte, Gil soutint son regard et s’efforça d’ignorer les mains puissantes de l’homme autour de la gorge de Naïs.

- Tu permets, morveux ? Je suis en train de travailler…
- Moi aussi.
- Sans rire ? Qui es-tu ?


Les mains de Driss ne desserraient pas leur emprise. Le cœur de Gil s’emballa.

- Un tueur de Mentaïs.

Un pieu, surgit tout droit du néant, traversa la pièce en vrombissant et toucha Gil au bras gauche avec une force telle qu’il l’entraîna contre le mur du couloir. Le souffle coupé par la douleur, l’Envoleur croisa le regard de Seth ; là, dans l’or en fusion qui scintillait d’un espoir nouveau, il puisa toute la force dont il avait besoin pour retrouver ses moyens. Arrachant d’un geste le pieu qui le retenait au mur, il pénétra à nouveau dans la pièce, plus déterminé que jamais.

- J’en ai pas fini avec toi, face de Raï.

Driss grogna, et son grognement se mua en rugissement de rage lorsqu’une pointe de métal se ficha sans sa nuque. Il se releva d’un bond, lâchant Naïs qui s’effondra mollement à ses pieds, et fit face à Gil. Celui-ci soutint le regard du Mentaï.

- Je te reconnais, morveux. Tu es le fils de Sinéad SangreLune, la parjure…
- Possible. Et toi, tu es l’imbécile qui enlève et séquestre un enfant pour capturer une femme. Pas très reluisant…
- Je peux te tuer d’un seul claquement de doigts.
- Mais tu ne le feras pas.
- Tiens donc… Et pourquoi, je te prie ?


Gil écarta les doigts.

- Parce que moi aussi, je peux te tuer d’un claquement de doigts. Grâce à toi. Mais on peut régler ça de façon plus amusante. Un combat à mains nues. Pas d’aiguilles ni de Dessin. Juste toi, moi et la chance.
- La chance ? Ha ! Je n’y crois pas une seule seconde, morveux.
- Je sais. C’est ce qui fait toute la différence.
- Entre ?


Un creux de sourire se dessina dans la joue de Gil.

- Ma longue vie et ta mort prochaine.

Il n’avait pas terminé sa phrase que la première attaque fusait déjà, rapide, puissante.
Mortelle.





[Voilà, tu t'es emballée, et tu m'as entraînée dans ton engouement ^^ J'ai eu du mal à m'arrêter, tu sais ! Bon, j'ai choisi une couleur pour Seth et une autre pour Driss, ignorant si tu leur en avait déjà attribué une (j'ai cherché dans tes écrits mais pas trouvé). Fais-moi savoir s'il faut les changer... et si quelque chose te gêne dans ma réponse. Oh, et moi aussi, je suis fan de la petite guéguerre entre Juhen et Gil xD]

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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Ven 14 Sep 2012, 01:26

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Enfin ! Enfin je suis libérée de cette pression sur ma gorge qui m’étouffait lentement. L’air pénètre de nouveau, douloureusement, dans mes poumons en feu. J’ai mal, partout. Et mes jambes sont incapables de me soutenir plus longtemps. Et la seconde suivante, je m’affaisse lourdement sur le sol, luttant pour retrouver une respiration normale. Le contact de la pierre glacé sur ma peau est fichtrement désagréable. Maudit soit ce stupide tremblement. Je déteste cette faiblesse. Le cœur au bord des lèvres et parfaitement incapable de me relever, je suis au bord de l’inconscience. Mais sans trop savoir pourquoi, je m’accroche comme une tique à la puissante réalité de cette voix – celle de Gil. Il est là, et pourtant, quelques minutes auparavant, je n’osais plus y croire.

Driss, déjà bien échauffé par mon astucieuse petite diversion, s’enferme dans une rage noire menaçante. Le Mentaï est puissant. Il tuera Gil, pour insubordination et trahison, si je ne fais rien. Et il me tuera ensuite. J’ai un goût amer dans la bouche et à chaque douloureuse inspiration je refoule ma bile. Mourir avec… un ami ! Que demander de mieux que d’affronter bravement la mort à deux après une vie courte mais intense ? Mais, quitte à abandonner, je préfère le faire avant et m’éviter une souffrance inutile. J’ai froid, j’ai chaud aussi à la fois. J’ai l’étrange sensation de m’enfoncer dans un brouillard de plus en plus épais. Arrive-t-elle, enfin, mon Amie ?

Libération
Mais…


* *
*


Libération !
Je respire, enfin ! Mon corps réclame son dû. Mais alors, je suis vivante ?

- « Naïs, ouvre les yeux. Maintenant ! »

Et voilà autre chose. J’entends des voix à présent. Celle-ci me semble étrangement familière. Je cherche profondément en ma mémoire, loin, dans l’espoir de me souvenir à qui appartient ce timbre chaud et tellement autoritaire à la fois. Appliquant un linge humide sur mon visage, une main douce mais d’une puissante force m’assène de petites tapes. Alors, un nom me revient du plus obscur des méandres de mon esprit tandis que j’ouvre les yeux sur un habituel voile noir.

- « Sen ? »

Un soupir plane quelques secondes dans l’air.

- « Mais qu’est-ce qu’il t’a pris ? »

Le ton de mon ancien maître est plein de reproches même s’il dissimule mal son soulagement évident. J’essaye tant bien que mal d’ordonner mes pensées tandis que les souvenirs refont douloureusement surface, un à un. Tout au fond, j’aurai aimé ne jamais me réveiller. Pas pour revivre sans cesse ces moments atroces. L’espoir m’étreint l’espace d’un court instant. Aurais-je rêvé ? La mort de Morgan – rien que d’y penser, cela me déchire ? De mon père ? De Louanne ? Hélas, tandis que je me redresse sur un coude, la douleur lancinante me ramène à une cruelle réalité. Je contient difficilement un sanglot.

- « A quoi bon vivre si c’est pour porter en terre tous ceux que j’aime ? Morgan… »
- « As-tu seulement songé aux vivants avant de penser aux morts ? Seth ? »
- « Tu pourrais continuer à vivre, toi, avec la mort des tiens sur la conscience ? »
- « Tu n’es en aucun cas responsable de la mort de Morgan, Thiméo et Louanne. Alors, la douleur, tu apprendras à vivre avec… »
- « Qu’est-ce que t’en sais ? »
- « Plus que tu ne le pense »

Une fois de plus, je retiens de chaudes larmes qui pourtant me feraient tellement de bien. Le silence s’installe quelques secondes. Pesant. J’ai l’impression que mon cœur explose sous la douleur.

- « Les morts ne sont plus. C’est une triste réalité mais c’est ainsi. Alors ne crois-tu pas qu’il faudrait plutôt continuer à te battre, pour leur vie qui s’est arrêtée, mais surtout pour ceux qui restent, qui eux, ont besoin de toi ? Ne crois-tu pas que la vie est toujours préférable à la mort ? »

* *
*

… Mais
La vie est toujours préférable à la mort


Combien de temps suis-je restée inconsciente ? Je n’en sais trop rien. Je dois bien avouer que je n’ai plus tout à fait la notion du temps. Tout ce que je sais, c’est qu’une nouvelle flamme de détermination s’est embrasé au fond de moi. Fini les lamentations délirantes. Je suis prête à vendre chèrement ma peau et il est tout simplement hors de question que je laisse Gil se battre seul face à Mentaï de renom – d’autant plus que je n’ai aucune confiance en la parole de Driss. Pourquoi se priverait-il de sa plus puissante arme, le Dessin ? Enfin, encore faut-il que je puisse me relever et tenir debout sans vaciller au moindre pas. Ce qui n’est franchement pas gagné.

Puisant courage et force en l’amour de mon fils, et dans celui de mes proches, tous autant qu’ils sont, je me redresse prudemment tandis que Gil et Driss se livre un combat féroce d’une rare violence. Et c’est à point nommé, car je me doutais bien que le Mentaï n’aurait jamais respecté son engagement. Sans doute menacé par un Gil qui ne lui laisse aucun répit ni l’ombre d’une possibilité, il se jette un cours instant dans l’Imagination alors que la seconde suivante un pieu acéré fend l’air en sifflant méchamment. Muée par un je ne sais quoi d’étrange entre la peur et une formidable poussée d’adrénaline, il ne me faut pas plus de quelques minuscules secondes pour traverser la salle et intercepter le mortel projectile avant qu’il n’eut embroché Gil. Je peux désormais sentir le souffle chaud de ce dernier sur ma nuque. Décidément, c’était moins une. Et profitant de l’effet de surprise, je renvoie d’ors et déjà le pieu à son envoyeur d’une précision mortelle. Je ne peux m’empêcher de murmurer.

- « Tu ne comptais tout de même pas te charger du sale boulot tout seul ? »

Mon cœur cogne à tout rompre dans ma poitrine. Le souffle court, je vacille et laisse finalement Gil assener le coup de grâce. Lorsque, enfin, le Mentaï s’effondrant lourdement sur le sol, sans un cri, l’adrénaline retombe doucement et que, tout simplement vidée, je me laisse aller dans les bras de l’Envoleur, le répit est de bien courte durée. Et même dans la mort, Driss semble nous promettre d’épineux ennuis – et pas des moindres. Les sols de pierre, d’abord, se mettent à vibrer sous nos pieds. Ensuite, ce sont les murs autour de nous, qui dans un grondement sonore, commence à trembler dangereusement. Me souvenant des paroles d’Hava, je réalise alors que nous ne sommes pas encore sortis des emmerdes.

- « La ferme… C’est une ruine ! »

Et elle ne tenait seulement grâce au Dessin du Mentaï…


[Tu le sais déjà, mais, nom de nom, qu'est-ce que j'ai adoré ta dernière réponse *.*]

__________________________________________




Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Ven 14 Sep 2012, 15:25

Le talon de Gil fouetta l’air avant d’être dévié par un bloquage puissant de son ennemi. Celui-ci se dégagea d’un coup de coude dans le menton et l’Envoleur recula vivement, crachant du sang. Il s’était mordu la langue. Enfer, que c’était désagréable ! Il pouvait toutefois s’estimer heureux que ses dents tiennent toujours bon et c’est fort de ce filet de pensée, ténu mais positif, qu’il se remit en garde. Bêtement, il avait cru que Driss serait moins doué dans un combat au corps-à-corps qu’avec l’imagination. Une erreur qui risquait de lui coûter quelques fractures, si la situation ne s’arrangeait pas pour lui. Il n’osait pas envisager qu’elle puisse se dégrader davantage. Selon lui, s’il parvenait à détourner l’attention du Mentaï de l’Imagination le plus longtemps possible, il avait une chance de le mettre hors d’état de nuire. Mais pour ça, il fallait compter sur l’intégrité d’un homme qui n’avait pas hésité à séquestrer un enfant…

Sa blessure à l’épaule ralentissait ses mouvements et amenuisait sa puissance. Les dégâts causés par la flèche de l’inconnu qui s’évertuait à lui attirer des ennuis n’avaient pas laissé à son bras suffisamment de temps pour se remettre, et s’il n’y avait eu une urgence dans la courte missive de Naïs, il se serait sans doute débiné. Affronter un Mentaï relevait déjà de la folie pure, alors l’affronter en pleine convalescence… Là encore, Gil jouait avec la mort, la défiant comme un enfant qui affronte le danger sans trop savoir ce qui lui pend réellement au nez. A ceci près qu’il savait très bien ce qui l’attendait si jamais il faisait un faux pas. Il ne suffisait que d’un seul. De sa part, ou bien de celle de Driss pour que le combat prenne fin. Jusqu’ici, le Mentaï n’avait pas fait une seule erreur : ses positions, ses mouvements, sa technique faisait de lui un redoutable combattant ; au bout de deux minutes, Gil cessa de compter le nombre de fois où il faillit perdre la vie. Mieux valait se concentrer sur quelque chose de plus joyeux !

Un cri s’éleva soudain depuis l’extérieur. Quelqu’un venait de mourir d’une façon atroce, et Gil se surprit à espérer qu’il ne s’agissait pas de l’un des amis de Naïs. Mais ce cri attira également l’attention de Driss. Déconcentré, le Mentaï hésita, l’espace d’une infime petite seconde – mais cette infime petite seconde, c’était le faux pas que Gil attendait. Profitant de cette ouverture, la seule que lui offrait son amie la chance, il passa sous la garde de l’homme, s’enroula autour de son bras jusqu’à ce retrouver le dos plaqué contre sa poitrine. Prenant appui sur ses deux jambes, il ignora la douleur qui s’anima soudain dans son épaule et tira d’un coup sec. Le craquement sinistre du bras du Mentaï fut recouvert par le cri que poussa celui-ci. Mais Gil n’en avait pas encore fini. Sa tête partit brutalement en arrière, écrasant le nez de son adversaire, puis il lui fit face, sans lâcher son bras désormais brisé, et le frappa d’un atémi à la gorge.

Driss tituba en arrière. Il avait le souffle coupé par la violence du coup, un flot de sang bouillonnait de son nez en bouillie et, pour être passé par-là quelques semaines plus tôt, Gil imaginait plutôt bien la douleur qui devait pulser dans son bras cassé. Hélas, le Mentaï tenait encore debout. Au lieu de le tuer ou de le plonger dans l’inconscience, l’atémi porté par l’Envoleur n’avait fait qu’attiser sa colère... En croisant son regard démentiel, Gil comprit qu’il allait trahir sa parole et utiliser l’Imagination. Déjà, le jeune homme écartait les doigts, prêt à laisser filer ses aiguilles – l’œuvre de Driss, Dessin devenu réalité, réalité devenu transgression des limites du possible, possible frôlant l’impossible lorsque Gil les décochait à une vitesse folle. Déjà, les premiers traits de métal quittait ses poignets pour filer droit vers la gorge du Mentaï. Si vite, et pourtant trop tard. Car avant même que tout cela ne se produise, un pieu de métal, bien plus long et bien plus fin que le précédent, avait jailli de l’Imagination pour traverser la pièce, croiser les petites aiguilles et…

… s’arrêter à mi-course entre les mains de Naïs. Gil entrouvrit les lèvres. Il avait à peine eut le temps de tressaillir sous l’effet de la surprise, mais plus que la rapidité avec laquelle la mort avait fondu sur lui, c’est le geste de l’Envoleuse qui retentait toute son attention. Comment… ? La question mourut aussi vite qu’elle était apparue. Plus tard. Un combat est un temps, or ce temps-là n’était pas encore terminé. Bouche bée, Driss regardait le pieu – son pieu – qui dépassait de son abdomen. Il n’avait même pas eu le temps de dessiner pour se protéger, surpris lui aussi par l’intervention miraculeuse de Naïs. Epuisée par l’effort surhumain qu’elle venait de fournir, celle-ci vacilla ; Gil la rattrapa avant qu’elle ne s’effondre. Les aiguilles qu’il décocha dans ce même mouvement traversèrent enfin la gorge du Mentaï, qui tomba lourdement sur le sol de pierre. Il était mort avant d’avoir touché terre.

Le souffle court, Gil aida Naïs à reprendre son équilibre. Il posait enfin les yeux sur elle et grimaça en découvrant son visage tuméfié. Malgré lui, ses poings se serrèrent. Il se jura que plus personne ne serait en état de respirer lorsqu’il s’en irait de cette fichue ferme. La colère grandit en lui, revenant vers Naïs – qu’est-ce que tu as fabriqué, bon sang ! Est-ce que tu as une petite idée de ce qui aurait pu se passer si… Bien sûr, lui répondit un silence équivoque. Bien sûr qu’elle savait. Aurait-elle accompli un tel geste si elle n’avait pas imaginé le pire ? Réalisant qu’elle venait de lui sauver la vie, Gil serra l’Envoleuse plus fort contre lui. Tête de mule, songea-t-il avec une émotion toute nouvelle. C’est à ce moment-là que sous leurs pieds, le sol se mit à gronder. Puis à trembler. Lorsque la pierre commença à se fissurer et les murs à se désintégrer, Gil ouvrit la bouche et le fracas de la ferme s’effondrant sur elle-même couvrit sa bordée de jurons colorés.



*



Naïs n’avait pas fait cinq pas lorsqu’elle trébucha. Oubliant qu’il avait mal à l’épaule (et partout ailleurs), Gil la souleva comme une poupée de chiffon et la balança sur son épaule. Il aurait très bien pu passer par une fenêtre pour quitter cet enfer qui menaçait de les engloutir, mais Seth était toujours dans le couloir ; il le rejoignit en courant, l’attrapa par la main et s’élança à travers la bâtisse qui craquait et gémissait comme un être vivant. A présent que le Mentaï qui l’avait dessinée était mort, la ferme redevenait ce qu’elle était vraiment : un amas de ruines. Gil accéléra l’allure. S’ils ne voulaient pas devenir les prochains fantômes hantant les lieux, ils avaient intérêt à trouver une sortie rapidement ! Impossible. Pas avec une femme blessée et un enfant épuisé. Lorsque Seth trébucha à son tour, Gil le prit sous son bras et poursuivit sa course contre la montre, plus ralenti que jamais. Cette fois, c’était sûr, ils allaient mourir ensevelis sous les décombres…

C’était sans compter la poigne puissante qui le saisit soudain par le col et l’attira sur le côté, lui évitant d’être écrasé par un morceau du toit. Juhen émergea d’un nuage de poussière et Gil lui colla Naïs dans les bras, puis hissa Seth dans les siens avant de suivre l’homme à travers un labyrinthe de pierres mouvantes. Le temps sembla s’arrêter tandis qu’ils tentaient d’échapper au sol s’ouvrant sous leurs pieds et aux murs qui semblaient vouloir les avaler. Gil courait sans quitter la silhouette de Juhen des yeux, Seth cramponné à lui. Et puis, un éclat de lumière dans un monde de poussière… Des exhortations, des encouragements qui réveillèrent Gil à la manière d’une bonne claque ; galvanisé par ces cris, il bondit et s’écrasa aux pieds de Nwëlla et d’Atal. Derrière lui, la ferme fut parcourue par une onde de choc, un peu comme un long frisson, avant de se recroqueviller sur elle-même dans un épais nuage de fumée et de poussière. Lorsque celui-ci commença à se dissiper, il ne restait plus de la ferme que des blocs de pierre, épars et enfin immobiles.

- Gil... tu m’écrases !

Sortit de sa stupeur par la petite voix, Gil roula sur le dos, libéra un Seth maculé de poussière et tout ébahit, mais vivant. A côté d’eux, Juhen en faisait de même, se redressant lentement tandis que Nwëlla serrait Naïs dans ses bras, très vite imitée par Seth. Secoué par une quinte de toux, Gil s’assit et considéra les lieux d’un œil fatigué. Ça et là, les cadavres de la garde de Driss soulignaient par leur nombre leur victoire.

- On a gagné…
- Tu parles, on les a carrément explosés !
fit Atal en lui tendant la main.

Incrédule, l’Envoleur se laissa remettre sur pieds, étonné de pouvoir encore tenir debout. Et à en juger par la poigne solide d’Atal, celui-ci était tout aussi étonné que lui.

- Sans plan, c’était quand même culotté…
- Heureusement que Driss était encore moins prêt que nous, hein !


Gil regarda Juhen épousseter sa tunique. Leurs regards se croisèrent, et les deux hommes hochèrent la tête en silence ; l’un comme l’autre reconnaissaient leurs valeurs de combattant et dépassaient leur animosité pour se saluer avec honneur. S’ils s’en étaient sortis vivants, c’était surtout parce qu’ils s’étaient serrés les coudes : chacun d’eux avait joué son rôle à la perfection. Se passant une main dans les cheveux, Gil soupira, puis s’approcha de Naïs. Il s’accroupit près d’elle, ne sachant trop que dire à présent qu’il l’avait enfin sous les yeux. Au contraire de Nwëlla, Juhen et Atal, il n’entrait pas dans la catégorie « ami » - du moins le pensait-il…

- C’était sportif, pas vrai ? dit-il à défaut d’autre chose.

Super, Gil. Très éloquent, vraiment. Agacé, il posa sa main sur celle la jeune femme, d’abord dans l’idée de se relever, puis il se rendit compte que ce simple contact avait quelque chose de bien plus puissant que des mots. Naïs était aveugle. Cela ne l’avait pas empêchée d’intercepter le pieu qui aurait du s’enfoncer dans son cœur. Et soudain, il sut. Prenant la main de Naïs dans la sienne, il la posa sur sa poitrine, à l’endroit où l’on percevait les battements de son cœur. Là. Tu le sens ? Tu sens la vie qui palpite en moi ? Merci. Merci pour ça, Naïs... Son autre main se posa sur la poitrine de l’Envoleuse. Il lui sourit, même si elle ne pouvait pas le voir. Deux cœurs qui battent. C’est ce que j’appelle une mission réussie.

- D’où est-ce qu’il vient, déjà ? souffla Juhen à Nwëlla en observant la scène avec suspicion. Tu connais ce genre de coutume, toi ?
- La ferme ! répondirent en même temps Atal et Nwëlla.

C’est ça, Juhen.
Boucle-la.



[On a gagné ! On a gagné ! On a... Hum, bon, voilà voilà. Je t'ai déjà dit que ce Rp me plaît ?]

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



[Absent du 18/07 au 24/07]
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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Dim 16 Sep 2012, 01:40

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

D’un seul coup, c’est le chaos le plus total et un court instant, je reste interdite. Décidément, ce maudit Mentaï me poursuit même dans la mort. Les murs grondent terriblement comme une promesse funeste. Il faut partir, et tout de suite avant de se faire avaler littéralement par une vieille ferme qui semble prendre furieusement vie. Attrapant ma main, Gil m’entraîne dans le couloir dont le sol tangue à présent dangereusement sous nos pieds. Normalement, j’aurais dû emmener Seth et sortir de cet enfer de pierre et de poussière le plus vite possible – normalement. Mais techniquement, la situation n’est guère normale, et même improbable plutôt. Des pans de murs entiers qui se détachent par blocs de quelques tonnes et obéissant à une forme de sombre magie, ce n’est clairement pas croyable. Ou alors, je suis en plein cauchemar, et je vais me réveiller, maintenant. Si seulement je le pouvais…

Or, tout est bien réel – trop peut-être. Je ne fais pas cinquante mètres avant de trébucher ; fatigué et meurtri, mon corps semble me rappeler à l’ordre. Mais Gil, à mes côtés, me retient in extremis et m’empêche de m’aplatir royalement de tout mon long. Une fine pellicule de poussière irrespirable se répand doucement dans l’atmosphère confinée. A défaut du ciel, ce sont les toits qui nous tombent dessus. Littéralement. Cette fois, c’est vraiment la fin. Pendant un instant, j’ai pourtant espéré pouvoir sortir de cette maudite ferme, vivante et avec mon fils, sain et sauf. C’en est presque comique ; après avoir affronté un Mentaï de renom, nous allons mourir là, bêtement, sous les décombres d’un vieux corps de ferme – théoriquement en ruine, il retourne en vérité à son état originel.

La gorge en feu, j’ai l’horrible sensation d’étouffer lentement mais sûrement. Bien que je n’aie jamais douté une seule seconde des capacités de Gil, il ne peut pas réussir à trouver rapidement une issue, seule avec moi, blessée et ne tenant même plus debout, et un Seth tétanisé. Alors je ne m’y attends plus, n’espérant plus qu’une seule chose – mourir vite –, Juhen, sorti de nulle part – ou plutôt d’un nuage de fumée –, nous offre une aide providentielle. Ne me laissant pas le temps de protester, le géant me soulève comme si je n’avais rien pesé. Et il se fraie un chemin parmi les décombres, évitant avec adresse les pans de murs qui menacent dangereusement de tous nous ensevelir. Je ne trouve que la force de m’accrocher au cou du Thül, sursautant presque à chaque explosion de pierre. Le contact de ma peau glacée fait frissonner un instant mon ami. Je perds presque la notion du temps et de l’espace. Les secondes me semblent des minutes ; et les minutes des heures.

Heureusement, des voix lointaines annoncent finalement la fin du calvaire. Je serre les dents, très fort, jusqu’à ce que Juhen, d’un seul et puissant bond, sorte de cet enfer ; tel un monstre, la bâtisse avale tout sur son passage dans un rugissement vrombissant. Le géant est bientôt imité par Gil avant que tout ne s’affaisse avec une ultime onde de choc dont la force est telle que la court pavée tremble dangereusement. Et puis, alors que l’épais nuage de poussière se dissipe peu à peu, le silence s’installe…

… Un silence de mort

Personne n’ose le briser. Je n’ai absolument aucun mal à imaginer les corps ensanglantés jonchant le sol par dizaine. Je ne parviens pas encore à réaliser. Plus de cris, plus de dangers, plus rien ; est-ce fini ? M’asseyant, non sans mal, je contiens un rire nerveux – la douleur aigu des mes côtes m’en empêchant. Pourtant, lentement mais sûrement, le goût de la victoire se fait doucement sentir. Et le nombre d’ennemis ne la rend que plus savoureuse, quoique moins que la joie de pouvoir serrer mon fils enfin près de moi – de le savoir en sécurité, et vivant. C’est sans honte qu’il laisse librement couler les larmes qui n’ont pas pu couler avant. Avec une tendresse infinie, je le berce tranquillement, juste heureuse de pouvoir caresser sa chevelure soyeuse et pouvoir enfin sentir son odeur douce et sucrée, typique à celle des enfants de son âge.

Un soulagement immense m’envahit à mesure que l’adrénaline retombe. Personne ne semble manquer à l’appel – sauf, bien sûr, Sahel dont je n’ai pas pu empêcher la mort. A cette seule pensée, ma gorge se serre ; et cette fois-ci, ce sont des larmes que je retiens. La séparation, quelle qu’elle soit, est toujours douloureuse. Le Frontalier va me manquer, c’est certain. Mais au moins, son sacrifice n’aura pas été vain puisque désormais, nous sommes tous, certes sonnés, mais bien vivant. J’ignore tout à fait comment, et encore moins pourquoi, mais si je suis bien certaine d’une chose, c’est qu’il veille sur nous tous, d’une manière ou d’une autre. Alors, c’est un merci profondément silencieux que lui adresse, où qu’il soit. Je n’ose pas trop laisser libre court à mes sombres pensées. Elles ne me feraient que frissonner en songeant à quel point j’avais été si près de les perdre, tous. Les cents pas d’Atal résonnent nerveusement au milieu des ruines. J’ai pourtant essayé de le dissuader de se mêler aux combats, mais mon frère est une véritable tête de mule. Je ne me serais pas remise s’il avait dû trouver la mort aujourd’hui. Nwëlla, Sahel, Juhen et Gil, tous ont risqué leur vie pour la mienne.

Gil. Le souvenir de notre rencontre – elle remonte pourtant à plusieurs semaines auparavant – est aussi vif et réel que si c’eut été la veille. Je ne sais trop ce qui m’a poussé vers lui cette nuit-là dans ce petit village non loin de Fériane – peut-être bien une force entre le désespoir et la curiosité mêlée à une intuition puissante. Bien au-delà d’un Envoleur à la réputation douteuse, j’ai découvert un homme pour le moins surprenant dont le fardeau pèse un plus lourd chaque jour sur ses épaules, et bien que larges et agréables, fragiles. Je ne regrette rien de cette folle et étrange nuit, sûrement la plus agréable de ma vie si Seth n’eut été entre les griffes de Driss. Je m’étonne encore comme certaines rencontres ont pu marquer ainsi ma vie à jamais, et de manière plus que positive.

La question maladroite de Gil finit par me tirer de ma petite rêverie. Je ne peux m’empêcher de sourire malgré la douleur lancinante de mes côtes telle que j’en ai presque le souffle coupé à chacune de mes respiration. Je n’aime pas tellement cette longue convalescence qui me pend impitoyablement au nez. Malgré tout le sérieux de l’Envoleur, je me risque à une petite note d’ironie.

- « Tu plaisantes ? C’était presque trop simple… »

Inutile d’en dire plus. Il est conscient aussi bien que moi d’avoir échappé à un quart de poil de mollet de fourmi à la mort. A sa main qui se pose doucement sur la mienne, je me doute parfaitement qu’il veut se relever. Mais une drôle d’hésitation l’en empêche soudain. Cachant tant bien que mal ma surprise, je laisse Gil prendre délicatement ma main glacée dans la sienne – toute chaude, j’ai l’impression qu’elle me réchauffe sensiblement - et la poser sur son torse. Alors, le temps se fige autour de nous. Au même rythme lent et régulier auquel se soulève sa poitrine, je sens les palpitations de son cœur pulser dans mes doigts et jusqu’au plus profond de moi-même. Bien malgré moi, je ne peux m’empêcher de laisser s’échapper une unique larme à l’écoute de cette mélodie sourde et tellement puissante, pleine de reconnaissance aussi ; cette même mélodie dont je me suis volontiers laissée bercer à Fériane quelques semaines auparavant. Une musique tellement vivante dont j’espère bien qu’elle résonnera encore longtemps. A son tour, il finit par poser sa main sur ma poitrine ; nos deux cœurs battent à l’unisson. Ah, ça c’est une vraie belle victoire, oui…

Mais si tu savais Giliwyn SangreLune, c’est tellement plus à moi de te remercier d’être venu, simplement. Et je ne sais même pas comment te le dire.

Doucement, je ne résiste plus à l’envie de me blottir contre lui.

Mon premier commence avec un grand A…

J’entremêle mes doigts dans les siens pour mieux lui faire passer le message dans le plus grand des silences – à peine perturbé par un Juhen sceptique.

… Mon second est éternel…

Hésitation

… Et mon tout, je ne l’offre que rarement.

L’amie amour qui a trop peur de tomber à nouveau amoureuse – c’est un sentiment bien trop passionnel à son goût – ; l’amie confidente à qui tu peux tout dire – tes peines, tes peurs, tes joies – ; l’amie complice avec qui tu ne rate jamais une occasion de t’amuser ; l’amie protectrice qui a et aura toujours peur pour toi ; voilà ce que je suis. L’as-tu deviné ?

Etrangement, je me sens incroyablement bien tout contre l’épaule de Gil ; pourtant, lentement mais sûrement, mes poumons semblent refuser obstinément de se remplir. Je n’ai même plus mal en fait et j’ai bien envie de me laisser sombrer doucement. De toute façon, je n’ai plus la force de lutter…

≈≈≈ Nwëlla ≈≈≈

- « La ferme »

Ma voix et celle d’Atal résonnent à l’unisson, exaspérée du manque de délicatesse dont peut parfois faire preuve Juhen. Même si, je suis bien obligée de l’avouer le geste de l’Envoleur me laisse perplexe. Il s’agit là décidément d’un étrange personnage qui n’aurait, à mon avis, sûrement pas fini de m’étonner. Haussant un sourcil je constate finalement que Naïs se laisse prendre au jeu – ou alors elle est aussi folle que lui, mais ça, il y a bien longtemps que ça n’est plus à prouver. Bah, qu’ils s’enferment tous les deux dans leur drôle de mutisme ! Après tout, on s’en fiche. Cependant, je ne peux m’empêcher avec un sourire amusé les petites questions indiscrètes d’un Seth trop curieux qui ne manqueraient sûrement pas de tomber. J’imagine déjà leur embarras, ce qui promet d’ors et déjà une bonne partie de rigolade. Mais…

… Mais quelque chose cloche. Je cherche et il me faut bien plusieurs secondes pour me rendre finalement compte de la situation dramatique de Naïs. Le soulèvement léger de sa poitrine vient de s’arrêter, totalement, comme une confirmation funeste que ma meilleure amie ne respire plus. Personne encore ne semble avoir réalisé l’urgence de la situation et d’un sang-froid dont jamais je ne me serais cru capable en pareille situation, mon regard mauve passe brièvement de Seth à Juhen. Mon claquement de doigt impassible a pour effet de sortir le géant de sa torpeur et comme un véritable coup de massue il semble comprendre enfin la situation. Soulevant l’enfant comme s’il n’avait rien pesé et profitant qu’il ne se rende encore compte de rien – il rit aux éclats tandis que Juhen promet de jouer avec lui avec la même douceur que je lui aie toujours connue avec les enfants – pour commencer à rallier notre camp de fortune, cachant au mieux son inquiétude.

Alors seulement je crois que je suis envahie par une peur véritable. Mon regard mauve croise un instant le bleu et le marron des yeux de Gil ; ce dernier ne semble pas vraiment bien comprendre non plus ce qu’il se passe.

- « Gil ! »

* *
*


≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Des voix. Je rêve ou j’entends des voix. Elles sont lointaines mais distinctes et tellement familières. La mort serait-elle donc si bavarde ? Impossible. Serais-je ressuscitée ? Improbable. Et pourtant la douleur affreuse qui émane de mon corps entier me paraît plutôt réelle. Désormais, c’est carrément un linge humide qui se pose délicatement sur mon front pour en apaiser aussitôt la fournaise brûlante. Et de nouveau les voix résonnent, bien plus proches cette fois-ci. Arrêtez ! Arrêtez de crier ! Pitié ! J’ai mal, si mal à tel point que j’ai littéralement l’impression d’imploser sous la douleur tenace. Soudain, c’est une main douce qui court doucement sur mon flanc meurtri ; je m’y agrippe fermement sous la violence d’une douleur relativement éphémère. Finalement, je crois même que cela m’apaise. Alors, je me risque alors à ouvrir les yeux pour fixer cet éternel voile noir.

Une question me brûle les lèvres, mais j’ai la gorge trop sèche pour parler…

Gil ?


[Et à moi donc... J'ai bien failli ne pas m'arrêter d'écrire xD]

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Dim 16 Sep 2012, 19:54

Si seulement Libertée avait pu assister à ça ! La force de cet instant le rendait précieux, unique, éternel ; il y avait un véritable échange dans ce silence et ces doigts entremêlés, une conversation qui se passait de mots et qui dépassait toute normalité. Gil et Naïs étaient en train de nouer un lien puissant. Et c’était l’Envoleur qui avait fait le premier pas. Libertée ne l’en croyait pas capable, pourtant. Et toc. Même s’il fallait bien avouer qu’il agissait à la manière d’un automate : cette délicatesse lui ressemblait si peu que lui-même avait peur de ne plus se reconnaître. C’est la confiance de Naïs, onde chaude et rassurante, qui lui intimait de se laisser aller. D’oser, enfin. Lorsqu’il ouvrit les bras pour lui permettre de s’y blottir, Gil sentit quelque chose céder en lui. La carapace sur laquelle Libertée avait déjà bien tapé se fendillait doucement, anéantie par la simplicité du geste de Naïs et la présence des autres autour d’eux. Et pour la première fois de sa vie, Gil eut la sensation d’être là où il devait être.

Il n’avait pas fait grand-chose, pourtant. Le mérite de cette mission revenait moins à son coup de main qu’à la pugnacité de Naïs et la cohésion qui unifiait ses amis. D’ailleurs, sans Naïs, Gil serait reparti depuis longtemps. Il n’avait pas l’habitude de s’éterniser après une bataille, encore moins après une mission ; loup solitaire, il se surprenait à vouloir apprendre la vie en société. Et si une jolie blondinette aux yeux roses y était pour beaucoup, la femme qu’il serrait dans ses bras venait d’ouvrir pour lui des portes sur un autre monde. Un monde nouveau. Un monde dans lequel il ne cheminerait pas seul, mais avec le souvenir et la promesse d’êtres chers. Est-ce que ça vaut la peine ?

Hésitation.


*



- Gil !



Il avait comprit bien avant le cri de Nwëlla, parce qu’il la serrait contre lui. Son corps s’était soudain raidi et son souffle s’était ténu jusqu’à disparaître complètement. Naïs ne respirait plus. Une main pressante se posa sur l’épaule de l’Envoleur et celui-ci gronda sourdement.

- Bas les pattes, lâcha-t-il à l’attention de Juhen.
- Elle ne respire plus !
- Juhen.


Quelque chose, dans la voix d’Atal, interrompit le guerrier.

- Recule.
- Mais…
- Il sait ce qu’il fait. Viens.


Gil inclina légèrement la tête vers Atal. Plus tard, il faudrait qu’il songe à le remercier pour ça. Tandis que Nwëlla éloignait Seth, il allongea Naïs et commença à appuyer sur sa poitrine. Ses yeux brillaient comme ceux d’un loup et c’est sans doute pour cette raison que les compagnons de Naïs le laissèrent tranquille. Ils ne comprenaient pas cet homme sauvage et mystérieux mais ils avaient confiance en lui. Ça aussi, c’était nouveau pour Gil. Et appréciable. Sans plus penser aux autres, il se concentra sur Naïs. Sa réaction était « normale », c’était une sorte de processus de protection interne, un moyen de mettre son corps en sécurité. Cette fille avait vécu trop de choses en trop peu de temps pour pouvoir lutter. Il devait la ramener. Après tout ce qu’il avait fait pour elle, impossible qu’il la laisse partir comme ça.

- Reviens, souffla-t-il sans cesser de masser vigoureusement sa cage thoracique.

Reviens. Tu n’as plus rien à craindre, Naïs, c’est fini. Je suis là. On est tous là. Merde, tu vas pas me faire un coup pareil ! J’ai pas risqué ma peau pour que tu me claques dans les bras ! Et ton fils ? Tu y as pensé ? Tu crois que je vais m’en occuper, peut-être ? C’était pas dans le contrat, ça ! Je t’avais promis de te rendre ton gosse. C’est fait. Mission terminée. A toi de faire le reste. Reviens, tête de mule.

Reviens…

Lorsque l’air passa à nouveau dans les poumons de l’Envoleuse, toute hésitation disparut des yeux de Gil. Sa peur était le dernier verrou qui bloquait son esprit : il sauta, libérant un flot nouveau qui balaya ses dernières appréhensions. Et lorsque les magnifiques yeux aveugles de Naïs s’ouvrirent, les siens brillaient d’un éclat nouveau.

Certitude.
Parce que oui, ça en valait la peine.



*



- Alors ?

Gil referma la tunique de Naïs et s’assit sur ses talons pour lever la tête vers Nwëlla. Elle avait les traits tirés par la fatigue et ses yeux mauves brillaient à la lumière du feu. Elle avait eu peur. Ils avaient tous eu peur.

- Plusieurs côtes fêlées, au moins une de fracturée. Ça fait pression sur ses poumons mais des soins devraient empêcher qu’un os ne les perce…
- Des soins ? Tu peux t’en charger ?
- Pas tout seul. Je suis doué pour tuer les gens, pas pour les soigner.
- C’est pas ce qu’on a pu voir,
fit remarquer Atal, appuyé contre un arbre.

Gil haussa les épaules.

- Il faut l’emmener à Tintiane.
- Trop loin,
coupa Juhen.
- Un Rêveur doit pouvoir examiner ses blessures…
- Pour ça, il faut la transporter là-bas. On s’y prend comment ?
- Il suffit d’une carriole, nous avons déjà des chevaux.
- Non. Il nous faut un Rêveur, ici et maintenant !
- Et sinon, ça t’arrive de réfléchir avec ta tête ?
- Espèce de petite…
- Stop !


Nwëlla avança d’un pas pour se placer entre les deux hommes. Mains sur les hanches, elle les fusilla tour à tour du regard.

- Vous disputer n’aidera pas Naïs. On doit agir rapidement. Gil, tu crois qu’elle peut survivre à un tel voyage ?

L’Envoleur croisa le regard de Seth, qui tenait la main de sa mère entre les siennes, et hocha la tête.

- Oui, dit-il sans l’ombre d’une hésitation.

C’est ce qui décida les membres du groupe.

- D’accord. On va trouver de quoi transporter Naïs jusqu’à Al-Poll. Là, on verra s’il n’est pas possible de la guérir sur place, faute de quoi – et suivant son état – nous irons jusqu’à Tintiane.

C’était la meilleure solution dont ils disposaient et nul ne songea à la refuser. Tandis que les ombres envahissaient le bois dans lequel ils s’étaient réfugiés pour s’occuper de Naïs, Juhen et Atal partirent en quête d’une carriole. Ils avaient prévu de ratisser tous les petits villages paysans du coin, déterminés à ne pas revenir sans quelque chose de satisfaisant pour transporter leur amie vers le sud. Nwëlla choisit de rester pour aider Gil à prendre soin de Naïs. Quant à Seth, il ne quittait tout simplement pas sa mère et s’endormit contre elle. Ils eurent toutes les peines du monde à ne pas le réveiller en manipulant l’Envoleuse. Celle-ci était plongée dans une sorte de coma. Elle s’était réveillée lorsque Gil l’avait ranimée mais s’était évanouie lorsqu’il l’avait pris dans ses bras pour l’emmener hors du chaos de la bataille.

Ils l’avaient installée sur un lit de feuilles et avaient allumé une flambée près d’elle pour la réchauffer. Plus que sa respiration sifflante, c’était sa froideur qui inquiétait Gil. On aurait dit que Naïs se transformait petit à petit en statue de glace… Une fois le plus gros de ses plaies nettoyées et pansées avec les moyens du bord, il la recouvrit de sa cape, veillant à ce que Seth soit couvert lui aussi. Ce garçon avait du cran. Après tout ce temps passé en captivité sous la tyrannie d’un homme dénué de scrupules, il avait seulement peur pour sa mère. Tant mieux. J’ai autre chose à faire que de consoler un gosse. Apparemment, c’était également le cas de Nwëlla. Elle avait suffisamment d’autorité pour mener leur groupe avec efficacité mais il ne l’imaginait pas avec un gamin dans les bras. Il n’avait pas non plus imaginé Naïs en avoir un, à l’époque de leur rencontre. Mieux valait qu’il se ne se fie pas trop aux apparences. Surtout concernant une fille aussi énigmatique que Nwëlla.

Celle-ci suivit Gil du regard tandis qu’il se levait pour faire quelques pas. Il avait des fourmis dans les jambes. Dormir était son seul désir mais cette immobilité et cette terrible attente à laquelle ils étaient tous contraints le mettaient au supplice, l’empêchant de tenir en place. Pic broutait à quelques pas de là, en compagnie des autres montures. L’envie de se jeter sur sa selle pour rejoindre Atal et Juhen le démangea mais il la chassa d’un haussement d’épaules ; il ignorait quelle direction les deux hommes avaient empruntée et de plus, sa présence serait parfaitement inutile. Réprimant un soupir, il se laissa tomber contre le tronc d’un arbre et plongea dans de moroses pensées. La main que posa Nwëlla sur son bras l’en sorti presque aussitôt.

- Il faut aussi soigner cette blessure.

Elle désignait son épaule amochée et il secoua la tête.

- Une égratignure…
- Peut-être, mais elle t’empêche de te servir correctement de ton bras. Or, si nous devons traverser Astariul pour gagner Tintiane, j’aime autant que tu sois capable de tirer tes flèches et de faire mouche.


Elle raisonnait comme un chef de guerre et il se laissa faire, observant ses gestes en silence. Ce rôle était habituellement le sien, bien qu’il fasse généralement cavalier seul. Il n’aimait pas particulièrement suivre les ordres, raison pour laquelle son rôle au sein du Chaos donnait du fil à retordre à bien des gens. Ses supérieurs s’arrachaient les cheveux chaque fois qu’ils entraient en contact. Sa nomination en tant que maître avait fait du bruit. Que pouvait-il bien enseigner, si ce n’était la loyauté envers leur ordre ? Seren était le seul alavirien capable de le remettre à sa place, et encore, il n’avait plus tellement la patience de le faire. Pourtant, rien n’agaçait Gil dans la manière dont Nwëlla agissait. Au contraire, il respectait son autorité bien plus qu’il ne respectait Juhen. Ce crétin de Thül était beaucoup trop défiant. Sans aucun doute le plus sage d’entre eux, Atal semblait lui aussi apprécier sa position confortable de suiveur. Ne pas prendre de décisions peut avoir ses avantages.

- D’où est-ce que tu viens ? demanda-t-il soudain.


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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Lun 17 Sep 2012, 09:29

- « De loin »

(Elle soupire)

« Mais ça n'a pas d'importance... »

(Le mauve de ses yeux brille avec un intérêt soudain)

« En revanche, il a y une question que je me pose. Comment vous vous êtes rencontrés tous les deux? Naïs est d'un naturel méfiant, alors... »

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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Lun 17 Sep 2012, 18:58

- Tu ne m'offres qu'un bout de réponse vague et tu dis Naïs "méfiante" ! Etrange...

C'était un pur hasard. J'accompagnais un vieux Rêveur jusqu'à sa Confrérie et mes pas ont croisé ceux d'une femme pour le moins étonnante. Pas à cause de ses yeux. On aurait dit un chat malicieux jouant avec sa souris (moi). Je crois que j'ai été ébloui par sa force de vivre. C'est pas courant.

Et eux ? Et toi ? D'où la connaissez-vous ?

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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Lun 17 Sep 2012, 19:33

- « Atal, pour faire simple, c'est son frère... Et s'il le peut - ou plutôt si Naïs ne le lui interdit pas tout bonnement - il ne manque pas une occasion d'accompagner sa soeur dans des aventureuses pour le moins périlleuses

Quand à Juhen, leur rencontre relève d'un étrange hasard aussi. A vrai dire, c'était tellement idiot que je ne m'en rappelle même plus, si ce n'est que Naïs l'a tiré d'un bien mauvais pas...

Nos maîtres respectifs sont de bons amis, du coup, on s'est connues alors que nous étions encore apprenties. Seth n'était même pas encore né.

Tu sais, je t'ai mal jugé. Alors je suis contente que tu sois là, surtout si ça peut aider Naïs
»

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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Lun 17 Sep 2012, 20:39

- Atal et Naïs sont frère et soeur ?! Bon sang, je crois bien que je ne m'en serais jamais rendu compte. Et pourtant, maintenant que tu le dis... Je comprends mieux d'où lui vient cette loyauté indéfectible, et surtout cette confiance aveugle.

Juhen, je comprends moins - hormis le fait que c'est un crétin. Ceci dit, Naïs a dû lui sauver les fesses d'une manière extraordinaire, parce qu'il n'a pas hésité à se jeter dans la ferme alors que celle-ci s'effondrait... Et ça me fait mal de le dire, mais du coup, c'est aussi mes fesses qu'il a sauvées. Fichu Thül...

Attends un peu... tu as suivi un apprentissage du même type que celui de Naïs ?

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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Lun 17 Sep 2012, 20:49

- « Oui... Pourquoi? Ca t'étonne? »

(Léger sourire en coin)

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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Lun 17 Sep 2012, 21:02

- Etonné ? Non, je dirais plutôt... convaincu. Parce que moi, je t'avais jugé avec plus de justesse que prévu !

Mais je dois te mettre en garde : je ne suis pas un héros, ou quelque chose de ce goût-là. Sauver le gosse de Naïs était en quelque sorte un... contrat... qu'elle et moi avons passé. Et si j'accepte de vous conduire à Tintiane, c'est parce qu'après tout ce que vous avez fait aujourd'hui, je vous le doit bien.

D'accord ?


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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Mar 18 Sep 2012, 16:48

≈≈≈ Nwëlla ≈≈≈

Je hausse un sourcil, perplexe. Sauver Seth – et Naïs aussi par la même occasion – de la folie d’un homme sans scrupule, un contrat ? Ça c’en est une bonne alors. Dans ce cas, pourquoi n’a-t-il pas déjà disparu ? Moi, à sa place, c’est ce que j’aurai fait. Toutefois, à l’image de ces doigts entremêlés dans un dialogue silence que, ni moi, ni personne n’aurait pu comprendre, je ne saurai nier qu’un lien particulièrement puissant lie désormais mon amie à Gil. Oui, et je ne tarde à comprendre qu’il est resté pour elle, et uniquement pour elle. Logique, finalement, puisqu’il ne nous connaît que depuis moins de vingt-quatre heures. Malgré la fatigue accumulée, je sens soudain mon regard briller tandis qu’un sourire étire doucement mes lèvres.

- « Non, peut-être pas un héros – quoique – mais quelqu’un de bien, ça oui… »

Soupirant, je pose une main amicale sur son épaule. Tout compte fait, je dois bien avouer qu’il m’inspire un profond respect ce drôle de bonhomme, malgré toutes ses étranges manières et les échos de sa réputation douteuse au Domaine. Quoi qu’il en soit, le voyage jusque Tintiane promet d’être plutôt long alors autant que l’entente soit bonne – même si, à priori, ça semble carrément mal barré entre Juhen et Gil qui se cherchent sans cesse comme des gamins avec une rare animosité. Avec une légère moue boudeuse, je réalise que je n’avais pas encore pensé à ce problème épineux ; quand je pense que je vais devoir supporter avec le plus grand calme leurs gamineries, ça me désespère d’avance. Enfin, heureusement que je peux quand même compter sur Atal pour apaiser les tensions sinon, c’est certain, ils auraient fini par me rendre chèvre. D’un clin d’œil mauve, je désigne de nouveau l’épaule de l’Envoleur.

- « Allez soigne-moi ça, va ! »

Sans un mot de plus, je finis par me relever. L’attente, de plus en plus longue, me pèse, et l’inquiétude me ronge. Naïs est là, comateuse et fiévreuse, et je ne peux rien faire, ce qui a le don de m’enrager au plus haut point. Je déteste ce genre de situation où je ne contrôle plus rien. La mine sombre, je m’approche de l’Envoleuse dans le plus grand silence afin d’éviter de réveiller Seth. Quel soulagement de constater alors que son état n’a pas empiré. Elle est toujours aussi gelée, malgré la fièvre, mais aucun signe d’un nouveau symptôme plus inquiétant. Pour incroyable que cela me paraisse, Gil n’a peut-être pas tort ; je commence à me faire à l’idée que Naïs survivra. Elle semble se battre vaillamment, fermement accrochée à la vie qui pourtant l’avait quittée à peine quelques heures plus tôt.

Un bruit de sabots au loin attire soudain mon attention. Je suis immédiatement sur mes gardes, ne pouvant m’empêcher de scruter le lointain. Est-ce dû à toute la tension et la fatigue emmagasinée ces derniers temps ? Je n’en sais trop rien ; mais un coup d’œil à Gil m’apprend que je ne suis pas la seule à être aussi nerveuse. Parce que, au fond, je me doute fort qu’il s’agit d’Atal et Juhen, bien qu’à mon grand étonnement, ils ont été plus rapides que prévu. Je sens briller mon regard d’un nouvel éclat, heureuse de constater qu’ils ne reviennent pas bredouille. En effet, trônant sur le siège avant de la carriole – puissamment tractée par Zeste et Orage, les chevaux d’Atal et Juhen – le géant arbore son plus beau sourire. Sautant d’un bond souple du véhicule, le frère de Naïs ne m’a jamais paru aussi petit à côté du Thül. Avec un haussement de sourcil amusé, ma voix résonne dans le silence de la nuit.

- « Vous avez fait vite… »
- « On ne croirait pas, mais elles sont quand même peuplées ces montagnes ! »
- « Disons que Juhen a su se montrer… Convaincant ! »

Bombant le torse, le Thül ne cache pas sa fierté. Même si je plains sérieusement le pauvre bougre que le géant a choisi d’effrayer, au moins, nous avons un moyen pour transporter Naïs sans trop de mal et nous pourrons nous mettre en route dès que possible. Les regards s’illuminent enfin autour de moi pour la première fois depuis longtemps. Posant les mains sur les hanches, je laisse échapper un large sourire avant de reprendre mon sérieux et l’air grave de ces dernières heures.

- « Mieux vaut que nous nous reposions un peu avant de prendre la route – à tour de rôle bien sûr. Je ne tiens pas des masses à ce que l’un de nous s’effondre de fatigue avant d’avoir atteint Al Poll »

Nous avons du pain sur la planche et une longue route nous attend désormais. Et même si ce n’est que l’histoire de quelques heures chacun, un peu de sommeil ne nous fera pas de mal, bien au contraire ; d’ailleurs, c’est non sans peine que je retiens un fabuleux bâillement sonore à m’en décrocher la mâchoire. Alors, sans concerter personne, je m’enroule dans ma couverture de laine que je prends toujours soin d’avoir sur moi quand je voyage. Cette fois-ci, je n’ai aucune difficulté à trouver le sommeil. Les gars pourront râler s’ils le veulent, ils arriveront bien à s’organiser entre eux pour les tours de garde – ils sont bien assez grands pour cela. Et puis, après tout…

Les femmes d’abord !

* *
*


La brume s’est invitée parmi nous ce matin, comme une humide camarade, rafraîchissant considérablement l’atmosphère déjà bien froide. Outre que nous y voyons comme dans de la soupe – quoique je n’ai jamais tenté l’expérience – les vagues grises rendent indubitablement les chevaux nerveux. Habituellement déjà pénibles, les chemins qui serpentent entre les montagnes de la chaîne du Poll permettent finalement de rallier plutôt rapidement la ville souterraine. Mais avec une blessée sur les bras, il faudrait compter sûrement un peu plus de temps que d’ordinaire. Ne tenant pas à ce que l’état de Naïs, déjà pas très brillant, ne se dégrade en raison du froid, je la couvre de ma couverture de laine ; en plus de la cape de Gil, cela devrait lui tenir à peu près chaud. Jusqu’ici, nous n’avons pas rencontré de problèmes particuliers, mis à part quelques passages escarpés ; et, chose qui relève du miracle, Gil et Juhen ne se sont pas encore chamaillés pour le moment – mais mieux vaut ne pas parler trop vite, ça ne saurait tarder.

Contre toute attente, la petite voix de Seth me tire de mes sombres rêveries et résonne dans les montagnes. Et elle met son temps avant de se frayer un chemin dans mon esprit.

- « Maman ? »

* *
*


≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Reviens tête de mule

Je le voudrais bien, revenir. Mais je ne suis même pas foutue de savoir où je me trouve. J’ai pourtant posé la question, à une femme étrangement belle que j’ai croisée après la septième porte à gauche de ce satané couloir. Elle m’a regardé sans me voir avant de continuer sa route dans le plus grand silence. Et à chaque fois que j’ouvre la porte, elle donne invariablement sur le même couloir. Vide. Blanc. Je suis seule. Je suis loin. Et pour une fois j’aurais préféré rester aveugle, car c’est clair, cet endroit a quelque chose de nettement inquiétant et déprimant. Pourtant je m’accroche désespérément à cette plainte lointaine.

Reviens

Pour une énième fois, je m’apprête à tourner la poignée de la porte, m’attendant à retrouver ce même décor mortel. Mais le contact d’une main se posant sur la mienne m’arrête dans mon geste. N’osant plus espérer, je me retourne face à un homme. Grands, ses larges et puissantes épaules me donnent bien envie de m’y blottir pour y rester. Les folles mèches noires de ses cheveux tombent devant ses yeux étonnants, vairons. Bleu et marron. Marron et bleu. Sans un mot, je me laisse guider, confiante par cet homme qui semble connaître la sortie de ce labyrinthe sans fin.

Libération
Je respire, enfin. Et lorsque j’ouvre les yeux sur ce voile noir habituel avant de sombrer de nouveau dans l’inconscience, je suis dorénavant certaine d’une chose : ces yeux dépareillés m’ont séduite d’une manière dont je ne saurais l’expliquer.

* *
*


Ça bouge. Ça tangue. Et j’ai mal – si mal. C’est tout ce que je sais. Je n’ai qu’une envie, que ce cauchemar s’arrête pour de bon. J’ai chaud et j’ai froid en même temps. Est-ce possible ? Preuve que oui. Une petite main, toute chaude comparée à la mienne – glacée –, s’est logée dans au creux de la mienne. Seth, mon Seth, mon fils. Heureusement j’ai encore l’esprit assez lucide pour le reconnaître. J’ai la gorge sèche. J’ai soif et un affreux goût de sang dans la bouche. Je veux que tout s’arrête, mais je suis surtout curieuse de savoir où je suis. Alors, à l’instant où j’ouvre les yeux, c’est une voix plein d’espoir qui retentit dans l’atmosphère fraîche.

- « Maman ? »

Je n’ai pas encore la force de lui répondre. Je ne peux que lui presser doucement la main pour le rassurer.


[Encore une fois je me suis laissé emportée! J'ai l'impression de découvrir Naïs à chaque nouveau post et Gil est juste génial quoi *-* Bref... ]

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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Jeu 20 Sep 2012, 22:04

Pensif, Gil regarda Nwëlla s’éloigner de sa démarche féline. Leur échange n’avait pas duré plus de cinq minutes, mais le courant était mieux passé qu’au cours des dernières vingt-quatre heures. Qui a dit que la guerre ne créé pas de liens ? Combattre côte à côte, même pour une cause perdue – surtout pour une cause perdue – avait cet étrange pouvoir de rapprocher les gens. Nwëlla, Atal et Juhen étaient devenus des frères d’arme, des compagnons de confiance avec qui il ne regrettait pas de voyager. Sauf peut-être concernant Juhen. Souriant à cette pensée, Gil remit sa chemise et fit doucement jouer son bras. L’épaule était douloureuse, mais l’onguent dont s’était servie Nwëlla lui prodiguait une fraîcheur apaisante ; s’il évitait les mouvements brusques et ne forçait pas trop de ce côté-là, il avait de grandes chances de pouvoir se servir de son bras d’ici deux à trois jours.

Il était en train de fermer son tabard lorsque Juhen et Atal apparurent au détour du sentier. Les chevaux des deux hommes tiraient une sorte de carriole bringuebalante, presque cocasse, en tout cas grandiloquente ; elle s’immobilisa devant Gil, qui la gratifia d’un regard perplexe. Quelques planches manquaient, les roues grinçaient et le tout semblait sortir d’un conte pour enfant, mais il y avait suffisamment de place pour allonger Naïs sur le plateau. Si ce drôle de véhicule tenait la route, ils avaient une chance d’atteindre Tintiane… Atal sauta à terre, et Gil le dévisagea un bref instant, cherchant une quelconque ressemblance avec Naïs. C’était assez difficile à affirmer – peut-être quelque chose dans l’attitude, et aussi dans la voix, chaleureuse et apaisante – mais à bien y réfléchir, on pouvait les associer de part leur caractère. Atal et Naïs étaient deux fonceurs, déterminés et avertis : ils agissaient en toute connaissance de cause parce qu’ils prenaient le temps d’observer, d’analyser et de comprendre. De toute évidence, Seth avait hérité de cette capacité de discernement.

- Vous avez fait vite…
- On ne croirait pas, mais elles sont quand même peuplées ces montagnes !
- Disons que Juhen a su se montrer… convaincant !


Le géant bomba le torse et Gil ne put s’empêcher de saisir l’occasion au vol :

- Piquer sa charrette à un paysan, pour sûr, c’est du grand art.
- Peut-être bien,
rétorqua immédiatement l’intéressé, mais moi au moins, j’fais pas partie des blessés !
- Pas trop méchant ?
s’enquit Atal en désignant son épaule d’un geste du menton.
- Plus depuis que Nwëlla y a jeté un coup d’œil. Je préfère encore me faire dorloter par une jolie fille plutôt que faire peur aux montagnards…
- La jolie fille va finir par te frapper en-dessous de la ceinture si tu continues à chercher la bagarre,
prévint Nwëlla en croisant les bras sur la poitrine.

Le calme revint à peu près dans les rangs et elle soupira, puis décida de passer la nuit sur place. Gil acquiesça en silence ; après ce qu’ils venaient de vivre, un peu de repos était plus que nécessaire. Le fait même de penser à dormir lui tira un bâillement, bientôt repris en cœur par les membres du groupe. La première, Nwëlla partit se coucher. Elle ne prit pas la peine de les concerter au sujet du premier tour de garde et nul ne songea à lui en tenir rigueur ; la jeune femme était épuisée, et puis elle était bien trop puissante pour qu’ils aient la moindre chance de se quereller avec elle sans y perdre un doigt ou deux. Elle n’avait certes pas formulé cette menace à voix haute, mais compter sur sa compassion serait pure folie…

- Je prends le premier quart, décréta Atal.

Il s’accroupit près de Naïs, embrassa son front en sueur et remonta la cape sur elle et Seth avant de s’installer entre sa sœur et Nwëlla, le dos contre un arbre. Gil et Juhen échangèrent un regard, mais pour une fois, ni l’un ni l’autre n’eut la force de sortir une boutade ; ils étaient bien trop fatigués pour ça. Alors l’Envoleur entreprit de nourrir le feu tandis que le Thül s’allongeait de l’autre côté de la flambée. Deux minutes plus tard, ses ronflements déchiraient le silence, s’interrompant un instant lorsque Gil lui jeta son morceau de pain, avant de reprendre de plus belle. Gil croisa le regard amusé d’Atal, qui lui fit comprendre la vanité de son entreprise d’un haussement de sourcils, et l’Envoleur soupira, résigné. Il s’allongea à son tour et s’efforça de ne pas prêter attention à la sourde douleur de son épaule. Son regard glissa vers Naïs. Elle dormait toujours mais la fièvre la faisait s’agiter dans son sommeil. Ses mouvements ne suffisaient cependant pas à réveiller Seth, trop profondément endormi pour être dérangé par sa mère. Et finalement, Gil s’endormit s’en même s’en rendre compte, bercé par le doux murmure du vent du nord et l’effroyable ronflement sonore d’un stupide Thül… à qui il devait la vie.



*




- Tu vois quelque chose, toi ?
- Non.
- Fichu brouillard… manquerait plus qu’un Raï nous tombe dessus, tiens !
- On le repérerait à l’odeur.
- Ouais…


Gil frissonna. Pour rien au monde, il n’ôterait sa cape du corps gelé de Naïs, mais il rêvait volontiers d’un bon repas à la chaleur d’une cheminée ! Les deux hommes chevauchaient depuis l’aube, comme le reste du groupe qui progressait un peu plus loin derrière eux. Ils avaient endossé le rôle d’éclaireur sans même se concerter et n’avaient pas perdu de temps en discussions puériles à ce sujet : une vie était en jeu. Davantage s’ils n’ouvraient pas l’œil. Mais même ouvrir les deux ne suffisait pas à se jouer de l’épais brouillard qui pesait sur eux depuis leur départ. Froid, humide, il sapait leur bonne humeur et leur donnait du fil à retordre. Pour cette raison, Juhen et lui étaient en permanences sur leurs gardes ; la région du Poll n’était pas sûre – comme tout le reste de l’Empire – et avec leur chariot grinçant, ils ne passaient pas inaperçus…

- Tu t’es déjà frotté à eux ?
- Au sens propre ou au sens figuré ?
- Les deux.
- Oui. Il y a quelques années, j’ai traîné mes bottes près de la Citadelle ; j’ai eu l’occasion de mater quelques incursions.
- Avec des Frontaliers.

Un creux de sourire se dessina dans la joue de Gil. Il avait oublié l’animosité qui érigeait un mur solide entre les Thüls et les Frontaliers.

- Ils m’ont passé l’envie de me joindre à eux, si ça peut t’intéresser.
- Tant mieux pour toi. Je n’aurai pas sauvé la vie d’un Frontalier !
- Ben voyons…


Un sifflement empêcha Gil de charrier son compagnon de route. Réagissant avec la même efficacité, ils firent volter leurs montures et galopèrent jusqu’au groupe, l’Envoleur bandant son arc et le Thül tirant son sabre. Dès qu’elle les aperçut dans le brouillard, Nwëlla leur fit signe, mais il n’y avait pas âme qui vive autour du convoi et Atal semblait tranquille.

- Qu’est-ce qui se passe ? fit Juhen en s’arrêtant près de ce dernier.
- Naïs est réveillée.

Gil avait déjà placé Pic à la hauteur du chariot. Son genou droit frotta contre les rondins de bois lorsqu’il posa les yeux sur Naïs. Elle avait l’air hagard et il réalisa soudain à quel point elle avait maigri depuis cette première fois où ils s’étaient vus. Ses grands yeux mangeaient un visage émacié et luisant de sueur. Gil serra les dents. Elle semblait tellement plus fragile que dans son souvenir…

- Salut… souffla-t-il.

Elle ne dit rien mais tourna légèrement la tête dans sa direction et il sut qu’elle l’avait entendue.

- Elle a du mal à parler, expliqua Seth avec un calme qui le faisait presque ressembler à un adulte. C’est normal, elle est fatiguée. Hein, maman ?

Gil hocha la tête. Drôle de gamin, en vérité. Il n’en connaissait pas tant que ça, des enfants, mais celui-ci sortait de l’ordinaire ; il pouvait l’affirmer parce qu’il l’avait rencontré dans une situation difficile qui aurait fait pleurer n’importe quel petit garçon. Pas Seth. Le traumatisme de ce qu’il avait vécu dans cette ferme se lisait à chaque instant dans ses prunelles dorées mais il avait hérité d’Atal son calme et de sa mère son courage : Naïs avait de quoi être fière de lui.

- Tu es en train de voyager dans un carrosse de luxe, une vraie princesse ! poursuivit Gil d’un ton un peu plus joyeux que d’habitude. C’est Juhen qui est ton page, les collants lui vont à merveille.
- Par le slip de Merwyn, est-ce que tu vas cesser de dire des âneries, face de Raï galeux ?!
- Ne prête pas attention à son langage, on essaie de lui apprendre les bonnes manières mais ce n’est pas si simple…


Juhen explosa en jurons et Seth éclata de rire, bientôt imité par Atal. Même Nwëlla préféra sourire plutôt que de s’occuper de faire taire les deux hommes. Gil posa sur Naïs un regard flamboyant. C’était grâce à elle que l’ambiance était aussi détendue ; son réveil était comme un rayon de soleil à travers l’épais brouillard qui les enveloppait, il réchauffait les cœurs et redonnait le sourire.

C’était tout ce qui comptait.


[J'te rassure, je bave autant que toi devant mon écran ^^ Je suis devenue fan de Juhen, et puis de Nwëlla aussi, enfin bon, j'adore ce petit groupe, il dépote ! Allez, à toi de jouer !]

__________________________________________

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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Ven 21 Sep 2012, 18:50

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

A la voix de Seth répond aussitôt celle de Nwëlla, pleine de surprise. Un doute m’étreint un court instant : combien de temps suis-je restée inconsciente ? Apparemment suffisamment longtemps pour ressentir un soulagement général clairement palpable, me semble-t-il. En un battement de paupière, moins de temps qu’il ne faut pour dire « ouf », une main tremblante se pose sur mon épaule. Le soupir de ma meilleure amie finit par s’envoler dans l’atmosphère fraîche du matin, et affiche un calme et une sérénité peu habituels chez elle ces derniers temps.

- « Tu nous as fait très peur tu sais… »

Un demi-sourire mélancolique se dessine doucement sur mes lèvres, ne serait-ce que pour rassurer Nwëlla. J’ai parfaitement conscience d’avoir frôlé la mort au cours des dernières vingt-quatre heures et ce, comme jamais auparavant. Les situations périlleuses en tous genres, je connais – peut-être même mieux que personne – mais l’expérience de ce néant mortel, promesse suprême d’une solitude infinie, est pour moi toute nouvelle – et accessoirement fort déplaisante. Une caresse et…

… Tout se précipite d’un seul coup. Pour mes sens encore engourdis et fatigués, c’en est trop – trop de choses à comprendre, trop de mouvements à entendre, trop de voix à écouter. Au sifflement pressant de mon frère répond immédiatement un bruit de sabots qui, lancés au galop, se rapproche dangereusement. Avec une hésitation incroyablement longue, je me demande si ce n’est pas une attaque. Il n’aurait manqué plus que ça – et étant pour l’instant parfaitement incapable de me défendre, ç’eut été la cerise sur le gâteau ! Mais la question de Juhen ne tarde bientôt pas à effacer mes doutes. Et Gil est là, lui aussi. A sa joyeuse boutade répond aussitôt la jolie bordée de jurons, tous plus colorés les uns que les autres, d’un géant vexé au plus haut point dans son ego secouant tout ce petit monde d’un fou rire général, à commencer par Seth et Atal dont les rires légers – je n’y avais jamais prêté attention auparavant – se ressemblent étonnamment. Quand je dis que ce sont vraiment les deux mêmes. Gagné par l’hilarité générale, je ne peux m’empêcher de sourire – de sourire vraiment, tel que ça m’arrive rarement – avant que la douleur ne me rappelle à son bon souvenir. La refoulant autant que possible, dans un réflexe je saisi la main de Gil qui, juché sur son cheval, avance au même rythme que la carriole.

- « Tu veux m’achever au quoi ? »

Ma voix me paraît bien plus rauque qu’à l’ordinaire mais je parviens à en maîtriser le tremblement agaçant. Une princesse ? C’est carrément la meilleure de l’année celle-là. Ces petites choses n’existent que dans les contes de fées, enfin, à mon sens. Et puis, ça grandit dans des châteaux je crois, bien loin du quartier mal famé où j’ai passé toute mon enfance. En plus, d’aussi loin que je me souvienne, elles ne sortent jamais sans être apprêtées ; maquillées de blancs elles paraissent toutes pâles – à croire que la pâleur est un critère de beauté absolue. Dans les histoires, les princesses finissent toujours par gagner et passent le restant de leur vie auprès de leur prince charmant, heureuses pour toujours. Or, je ne possède rien de tout cela ; quoique, en récupérant mon fils vivant, je viens de m’offrir une belle victoire. Mais les princes charmant, j’ai une affreuse tendance à les fuir, toujours. Ils me font peur. Pensive, je réalise soudain que je n’ai toujours pas lâché la main de Gil. Alors qu’une drôle de sensation pointe au creux de mon ventre, ma voix résonne de nouveau dans les montagnes du Poll, chargée d’une émotion toute nouvelle.

- « Etrange princesse… »

Etrange ? Ca, c’est certain. Princesse ? Un peu moins…

* *
*


≈≈≈ Nwëlla ≈≈≈

Le réveil de Naïs, ce matin, a apporté joie et bonne humeur sur notre petit groupe, c’est indéniable. Malgré le soulagement général, Gil et Juhen n’ont cessé de s’envoyer des piques tout au long de la sainte journée. Ce qu’ils peuvent être fatiguant alors ! Mais depuis que l’Envoleuse est sortie de son état comateux, je n’ai plus la moindre envie de me prendre la tête à essayer de les faire taire. Rien n’aurait su troubler ma sérénité aujourd’hui et ce, malgré l’épais brouillard persistant. Le froid mordant des soirées du nord me fait frissonner quelques secondes, mais pour rien au monde je ne reprendrai ma couverture de laine cette nuit. Je préfère éviter que Naïs n’attrape une sale infection à cause du temps, ce serait trop bête après tout ce qu’elle a traversé et surtout son corps risquerait de ne pouvoir lutter efficacement contre une fichue maladie.

Les paysages avaient été inlassablement les mêmes à chaque heure passant ; ils avaient alternés entre pentes abruptes et petits sentiers forestiers. Malgré notre soulagement, ni Gil, ni Atal, ni Juhen, ni moi n’avons relâché notre attention, tous à l’affût du moindre bruit. Du moindre mouvement. Mais la route avait été calme et nous n’avions croisé aucune de ces bestioles dont tous redoutent les noms et la réputation. Ni goules, ni Raïs, on aurait dit que nous étions seuls au monde. Et j’espère sincèrement au plus profond de moi-même qu’aucun n’ait l’idée incongrue de vouloir nous tenir compagnie. J’ai bon savoir que nous sommes tous des guerriers hors pairs, les dernières épreuves nous ont sérieusement affaiblis et je doute que nous soyons en mesure de contenir une attaque.

La silhouette d’Atal, parti en éclaireur depuis plus d’une heure, se dessine telle une ombre inquiétante dans la brume grise et froide. Je hausse un sourcil tandis que, juché sur Océan, l’étalon de Naïs, Atal affiche un sourire rayonnant. Il ne tarde pas à arriver au niveau de la carriole.

- « J’ai repéré un petit cours d'eau pas loin d’ici – à une demi-heure, peut-être un peu plus. L’idéal pour passer la nuit sur place ! »
- « Bien joué »

Nous nous étions tous mis d’accord, quelques heures plus tôt, de faire une halte à la tombée de la nuit. Même si la distance que nous avions parcourue est décidément moindre que ce que nous avions espéré au départ ce matin ; nous sommes à mi-chemin entre Al-Poll et la Citadelle des Frontaliers, et d’ordinaire, j’aurai parcouru cette distance en une journée, peut-être un peu plus. Mais ça, nous le savons tous, le chemin sera plus long que d’habitude. Naïs va mieux – elle s’était rendormie au milieu de la journée, éreintée, mais cinq minutes avant le retour de son frère elle s’était de nouveau réveillée. C’est tout ce qui compte.

Jetant un bref coup d’œil en arrière et je ne peux m’empêcher de sourire. Gil, d’un côté de la carriole semble veiller jalousement à la bonne santé de Naïs d’un regard purement protecteur tandis que Juhen, de l’autre côté de la charrette, du haut de son puissant étalon frison, joue joyeusement avec Seth dont le rire léger détend nettement l’atmosphère.

Quel sacré groupe nous formions !

* *
*


≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Voilà que le « carrosse » s’arrête. Je n’ai pas le temps d’en demander la raison que déjà des bras puissants me soulèvent comme si je n’avais rien pesé, me tirant une grimace de douleur au passage. Gil. J’aurais pu le reconnaître entre mille. Serrant les dents, j’enfouis ma tête dans son épaule, espérant que la douleur s’apaise rapidement. Cette dernière est telle que je m’en mords la lèvre inférieure jusqu’au sang. Par la sainte culotte de l’empereur, c’est atroce ! Je retiens, non sans mal, un gémissement. Maudit Mentaï ! Alors que l’Envoleur finit par me poser sur un endroit plat et légèrement mousseux, la voix de Nwëlla retentit à la fois sérieuse et amusée. Et je ne peux m’empêcher de sourire à la répartie de Seth.

- « On va chasser avec Atal. On peut vous laisser sans que vous ne vous entretuiez ? »
- « Ils n’ont pas intérêt. Et puis de toute façon, Maman est là pour veiller au grain… »

Là, j’ai comme un doute fiston…

__________________________________________




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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Mer 26 Sep 2012, 00:47

- Attention !

Seth sursauta mais n’eut pas le temps d’émettre un son ; Gil l’avait fauché, plus rapide que dans son imagination d’enfant, et l’avait plaqué au sol. La flèche qui lui était destinée se planta dans l’arbre, à l’endroit où s’était tenue la tête du garçon à peine quelques secondes plus tôt. Il commençait d’ailleurs à réaliser qu’il s’en était fallu de peu, que sans Gil et ses réflexes incroyablement aiguisés, il serait mort. Et la peur qui s’embrasa soudain en lui venait du fait qu’il se sentait bel et bien vivre. L’Envoleur sentait les battements effrénés de son cœur sous lui, aussi effrayé que celui d’un oisillon.

- Tout va bien, murmura-t-il à son oreille.

Un éclat de confiance s’alluma dans les yeux dorés de Seth et son angoisse baissa aussitôt d’un cran. Il était convaincu que l’homme qui l’écrasait de tout son poids était une brute épaisse, un humain au cœur et aux attitudes de loup, mais surtout, il était certain qu’avec lui, il ne risquait rien. La main de Naïs happa la sienne, et d’une simple pression elle lui fit comprendre ce qu’il savait déjà. Tout irait bien.

Gil était là.



*




Gil baissa les yeux sur la main de Naïs qui serrait doucement la sienne, puis croisa le regard amusé de Nwëlla et songea à se dégager de cette étreinte de papillon. Les paroles de Naïs l’en empêchèrent. Elles le surprirent, les surprirent tous, parce que c’était la première fois qu’elle s’exprimait depuis qu’elle était revenue à la vie. Sa voix était faible et éraillée mais la touche d’humour qu’il perçut dans ces quelques mots ravivèrent l’espoir déjà bien vivant dans les yeux de la troupe. Naïs se battait de toutes ses maigres forces, c’était tout ce qu’il leur fallait pour se jeter à ses côtés dans la bataille. Jamais encore Gil n’avait participé à un sauvetage de ce genre. Sauver les gens n’était pas dans ses habitudes, il espérait que Nwëlla avait au moins compris cela en lui soignant l’épaule… Mais il n’avait pas non plus coutume de voyager en aussi bonne compagnie et le plus incroyable, c’est qu’il y prenait goût. Il avait l’étrange et neuve impression de se sentir à sa place – enfin, là où il devait être à ce moment précis de sa vie, c'est-à-dire sur le dos de Pic, voyageant vers le sud, la main de Naïs dans la sienne et les autres l’entourant d’une franche complicité.

- Et bien, normalement, je crois que la princesse est assise dans son carrosse, dit-il tout en guettant les réactions de la jeune femme du coin de l’œil. Et elle salue la foule en délire qui se presse aux portes du château pour assister à son mariage avec le garçon de ferme.
- Le garçon de ferme ? répéta Seth, perplexe.
- Oui. Le prince charmant est parti faire la guerre au pays voisin. Alors du coup, la princesse s’est liée d’amitié avec un garçon de ferme qu’elle a rencontré au cours de l’une de ses balades. Au fil du temps, ils sont devenus très proches, et puis… heu…

Gêné, Gil s’emmêla les pinceaux devant le regard estomaqué de Seth. Il n’avait aucune expérience en matière de contes de fée et autre passe-temps pour bambins et celui-ci, bien qu’aux portes de l’adolescence, n’avait peut-être pas l’âge requis pour entendre des histoires torrides… Compatissant, Atal vint alors à son secours, non sans une légère pointe de moquerie dans la voix :

- Ils tombèrent fous amoureux l’un de l’autre et se marièrent sans plus attendre. Gil, mon vieux, tu manies mieux l’arc que tu ne racontes les histoires…
- Tu parles, le rôle de la nourrice lui va à merveille !
s’esclaffa Juhen.
- Je trouve qu’il se débrouille plutôt pas mal, trancha Seth d’un ton très sérieux qui tira un sourire à tous. Le prince charmant est nul, de toute façon.
- Ah bon ? Tu ne te sens pas un peu l’âme d’un prince charmant, parfois ?
- Non. Je préfère être un mercenaire.

Atal et Juhen partirent d’un grand rire, bientôt imités par l’enfant, mais Gil se contenta d’un léger hochement de tête. T’es trop petit pour ça. Profite, tant que ça dure… Les conversations s’enchaînèrent sur le même ton, joyeux et plein d’humour, jusqu’à ce que Naïs ferme les yeux et s’assoupisse à nouveau. Alors, Gil et Juhen reprirent leur poste au devant du convoi, Atal à l’arrière et Nwëlla guidant l’attelage. Ils échangèrent leurs places dans l’après-midi : Atal partit seul en éclaireur, le brouillard s’éclaircissant enfin, Juhen se cala au rythme de la carriole et Gil ferma la marche. Il en fut ainsi jusqu’à la nuit tombée. Atal leur dénicha alors un endroit pour passer la nuit – un petit bois, avec un cours d’eau près duquel ils établirent le campement. Chacun accomplit sa tâche, l’un rassemblant du bois pour le feu tandis qu’un autre bouchonnait les chevaux. Gil s’occupa de Naïs. La soulevant avec une extrême délicatesse qui contrastait avec ses airs d’ours bourru, il s’éloigna de la carriole et l’installa près du feu tout juste allumé par Nwëlla. Elle avait mal, et il avait mal de voir ses traits se tordre de douleur. Courage, princesse. On va te sortir de là…

- On va chasser avec Atal. On peut vous laisser sans que vous ne vous entretuiez ?

Gil leva la tête et échangea un regard désespéré avec Juhen. C’était une plaisanterie ! Et bien, à en juger par l’expression de froide tueuse qu’avait revêtit Nwëlla en l’attente d’une remarque déplacée de la part de l’un ou l’autre des deux intéressés… non. Enfer, il ne manquait plus que ça. Une blessée, un gosse et un crétin de Thül pour toute compagnie. Pariant qu’il risquait l’usage de ses doigts en proposant ses talents de chasseur, Gil s’abstint de tout commentaire et se contenta de pincer les lèvres en gage de sa mauvaise humeur. Juhen, lui, marmonna quelque chose dans sa barbe. Mais Seth ne fut pas dupe de toute cette comédie.

- Ils n’ont pas intérêt. Et puis de toute façon, maman est là pour veiller au grain…

Compte là-dessus, petit. Gil sourit à demi en devinant, à l’expression navrée de Naïs, que celle-ci partageait son opinion. Nwëlla et Atal s’en allaient déjà – il les soupçonnait de rire de leur bonne blague… fieffés fripons ! – et les ténèbres envahissaient le bois, épais et froids. Il fallait soigner Naïs en vitesse avant qu’elle ne prenne froid. Comme la veille, ce fut Gil qui s’en chargea, tandis que Juhen expliquait à Seth comment casser du Raï sans nécessairement mettre du sang partout. Une histoire intéressante, que l’Envoleur cessa rapidement d’écouter pour se concentrer sur sa tâche. En réalité, il ne faisait pas grand-chose – trop peu à son goût. Avec l’onguent que lui avait légué le vieux Rêveur à qui il devait sa rencontre avec Naïs, il soulageait la douleur de la jeune femme. Du moins l’espérait-il de tout cœur. Les blessures internes avaient donné naissance à des hématomes allant du vert clair au violet foncé ; ils recouvraient le corps de Naïs et elle frissonnait à chaque fois qu’il les effleurait d bout de ses doigts.

- J’ai presque fini, murmura-t-il alors qu’elle tressaillait pour la énième fois.

D’une main experte, il étala précautionneusement une généreuse couche d’onguent sur ses côtes meurtries, tandis que de l’autre il caressa son front, repoussant quelques mèches collées par la sueur. Puis il referma sa tunique et l’enveloppa dans sa cape et l’installa contre lui dans une position mi-assise, mi-allongée. Solidement maintenue par son bras gauche, appuyée contre sa poitrine, Naïs put boire l’eau qu’il lui proposa. Il la força ensuite à grignoter des graines de pavot qu’il avait retrouvé dans sa sacoche.

- Pour éloigner la douleur, se justifia-t-il en haussant les épaules.
- Une bonne cuite ! Voilà ce qu’il faut pour éloigner la douleur, s’exclama Juhen en s’asseyant sur une vieille souche.
- Pour sûr, une cuite à l’eau, y’a rien de mieux !
- On achètera de l’alcool à Al-Poll.
- Ou on paiera un Rêveur pour qu’il soigne Naïs.
- Rabat-joie…


Gil leva les yeux au ciel et roula la cape de Nwëlla en boule pour en faire un oreiller à Naïs avant de se lever. Il fit quelques pas, étirant ses muscles raides et inspirant l’air frais du soir.

- Je vais remplir les gourdes, décida Seth dans son dos.

Le vent tourna à ce moment-là, et c’est une infime odeur qui mit la puce à l’oreille de l’Envoleur. Un soupçon d’alcool inapproprié en dépit de la conversation précédente. Ça, et le léger son de la détente d’une corde qui suivit ; c’était assez pour que Gil réagisse avant même que son cerveau ne se mette à tourner à toute allure. Rapide comme l’éclair, il se retourna et plaqua Seth à terre, juste à temps pour lui éviter de se faire embrocher par une flèche qui termina sa course dans l’arbre voisin. Juhen se redressa en grognant comme un ours, son sabre reflétant la lumière des flammes ; il fouetta l’air et dévia une seconde flèche de sa trajectoire, l’envoyant valser à quelques mètres de là. Toujours au sol, Gil rassura Seth et lui intima de rester avec sa mère. Puis il se redressa lentement, tous ces sens en alerte, et écarta les doigts, prêt à tirer ses aiguilles. Peu lui importait que Juhen découvre sa greffe. Une seule chose comptait : protéger Naïs et son fils. Quoi qu’il lui en coûte. Immobiles, les deux guerriers scrutaient les ténèbres, en vain. Il n’y avait personne et plus aucune flèche ne sifflait vers eux.

- Allez, sortez de là, tas de rejetons de Raïs ! beugla Juhen en faisant tournoyer son énorme sabre.

Une flèche lui répondit en filant droit vers lui. Il la balaya d’un revers de lame, forçant l’admiration de Gil ; il avait toujours cru les Thül patauds et lents, mais à bien y regarder, il était prêt à revoir son jugement ! Toutefois, la situation était trop grave pour qu’il laisse ses pensées s’égarer trop loin et il se concentra sur l’instant présent. Les yeux plissés, il tenta de discerner quelque chose dans le noir, mais il fallait se rendre à l’évidence : leurs agresseurs étaient en position de force tant qu’ils restaient là où ils se trouvaient, hors de portée et hors de vue. Gil et Juhen ne pouvaient pas quitter Naïs et Seth, car ils étaient seuls en mesure de les protéger des flèches qui jaillissaient de temps à autre des ténèbres.

- Ils ont attendu qu’on se sépare, souffla Gil à l’attention du géant.
- Ouais, et ben ils commencent à m’agacer, ces pourceaux de larves puantes !
- Pour une fois, je suis bien d’accord avec toi…

Gil soupira. Dans le noir, sa greffe ne lui était d’aucune utilité, et puis Nwëlla et Atal ne semblaient pas pressés de revenir ; espérant qu’il ne leur était rien arrivé, le jeune homme posa un genou à terre, près de Naïs.

- J’ai besoin que tu sois mes yeux.

L’on aurait pu voir dans ses paroles comme une plaisanterie douteuse, mais c’était loin d’être le cas. Naïs était aveugle, elle avait donc développé des capacités autre que la vue, aiguisant se sens comme personne ne le pouvait et travaillant sa perception des choses, des sons, des mouvements comme l’artiste travaille son œuvre ; elle pouvait l’aider. Maintenant sa position pour le moins étonnante, Gil tendit les bras et attendit la première injonction de Naïs. Ses aiguilles vibraient déjà sous sa peau. Ceux qui s’en prenaient à eux allaient amèrement regretter leur audace. Promis, juré…

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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Mer 26 Sep 2012, 19:08

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Que n’aurais-je donné à ce moment pour voir les têtes – sans doute complètement ahuries – de Gil et Juhen tandis que Nwëlla et mon frère s’éloignent tranquillement, tout fiers de leur petite blague. Je dois bien avouer que leur hilarité est plutôt communicative et un sourire étire doucement mes lèvres – seule la douleur lancinante de mes côtes meurtries m’empêchant de laisser échapper un rire léger. Voilà un bien agréable début de soirée, malgré le froid envahissant et l’humidité omniprésente qui me font frissonner un instant, malgré la menace des Raï qui peuvent nous tomber dessus à bras raccourcis au moindre moment de la journée, malgré la fatigue, malgré les épreuves précédentes. Malgré tout.

Peu après le départ de Nwëlla et Atal, et avant que je ne puisse protester, une main effleure mes côtes légèrement appliquant une sorte de matière gluante mais tellement rafraîchissante. De nouveau, j’ai le souffle littéralement coupé par la douleur malgré le soulagement réel que me procurent les onguents de Gil. Et je ne peux que serrer les dents très fort, espérant de toutes mes forces que cet enfer cesse, à chaque fois que l’Envoleur applique cette crème avec douceur sur la moindre de mes blessures. Je m’étais déjà retrouvée dans des situations pires – bien pires – pourtant, d’aussi loin que je me souvienne, jamais je n’avais eu aussi mal. J’ai l’impression d’être proprement transpercée de part en part par des dizaines de lames aussi aiguisées les unes que les autres. Dans un énième tressaillement, je me fais toutefois la réflexion que de Juhen, Nwëlla et Atal, Gil est de très loin le plus doux des quatre. Le géant m’avait une fois remis l’épaule en place et je peux affirmer que la douceur et la délicatesse ne font indubitablement pas partie intégrante de son vocabulaire – logique pour Thül finalement. Nwëlla s’était chargé, elle, de cautériser une sale plaie qui avait bien failli me coûter un rein et comme Atal – il m’avait vu défigurée plus d’une fois – ses gestes sont secs et puissants, saccadés – fichtrement désagréables en somme. Peu à peu, la douleur s’apaise doucement – sans pour autant disparaître complètement toutefois.

Une fois à peu près redressée et parfaitement appuyée contre le torse de Gil, je parviens à boire sans trop de difficultés l’eau qu’il m’offre gentiment. Rafraîchissante, j’ai sur le coup l’impression qu’elle diminue littéralement d’un cran ma fièvre. En revanche avaler les quelques malheureuses graines de pavots se révèle un véritable supplice. J’ai le cœur au bord des les lèvres et pas la moindre envie de manger. Mais Gil coupe court à mes protestations, alors je me force, ne serait-ce que pour le rassurer – tous les rassurer. À peine ai-je fini ce maigre repas que je pique déjà du nez. Mais…

… Mais quelque chose, un infime détail, retient mon attention tenant tous mes sens en éveil. La brise légère des soirées du nord transporte avec elle une curieuse odeur de sueur mêlée à celle de l’alcool et de divers excréments. C’est une odeur que tout le monde ne pas connaître mais, au contraire, redoutée de tous. Et avant même que Gil ne bondisse vers Seth dans un réflexe incroyablement surprenant pour l’épargner d’une mort certaine, je réalise l’ampleur de la situation. Alors que je jure intérieurement, le bruit sourd de la détente d’une corde et le sifflement mortellement rapide d’une flèche retentit de manière presque imperceptible pour toute autre oreille que la mienne. Je ne m’autorise à reprendre ma respiration que lorsque je sais Gil et Seth indemnes, tous les deux. J’avais été tout bonnement incapable de crier, mais comme connecté à mes pensées, l’Envoleur avait réagi alors que je croyais que, de battre, mon cœur aller s’arrêter.

Ils sont là, cachés dans le noir et je ne peux rien faire pour aider Gil et Juhen. C’est vraiment rageant. Saletés de Raï ! Que personne ne doute de l’intelligence supposée des Raïs, ils sont au contraire incroyablement malins pour des bestioles vicieuses et puantes. Mais une question subsiste malgré le danger de la situation : j’en suis certaine, à présent, ils sont là. Ils nous suivent depuis le début du trajet dans la brume froide des hauteurs de la chaîne du Poll. Alors pourquoi ne nous ont-ils pas tendu d’embuscade avant ? Or, l’évidence même est littéralement sous mon nez. Atal et Nwëlla sont partis chasser – je prie pour qu’il ne leur soit rien arrivé. Ils ont donc attendu que le groupe soit séparé et manifestement plus vulnérable. Les misérables faces de fientes de Troll, ils ne paient rien pour attendre !

En moins de cinq minutes, Gil se glisse à mes côtés et sa demande pressante me déstabilise l’espace de quelques secondes. Il veut que je sois ses yeux ? Quiconque ne me connaissait pas l’aurait sans doute pris pour un fou. Avec un vague sourire je hoche la tête, me prêtant au jeu. J’inspire une grande bouffée d’air frais avant de me concentrer une bonne fois pour toute sur les moindres mouvements, les moindres déplacements de nos assaillants. Notre vie à tous dépend de moi et la confiance de Gil m’insuffle une nouvelle force. Silencieusement, j’indique à l’Envoleur la position de sa prochaine victime dont le grognement rauque ne m’a pas échappé. Je suis prête à vendre chèrement ma vie…

* *
*


≈≈≈ Nwëlla ≈≈≈

La nuit tombe à peine et commence à nous envelopper de ses ombres inquiétantes. Mais c’est tout hilare que nous avons laissé Gil, Juhen, Naïs et Seth avec Atal. Si seulement ils avaient pu voir leurs têtes, j’ai eu grand mal à me retenir d’éclater de rire devant leurs airs interdits. Oh bon sang ! s’ils n’existaient pas, il aurait fallu les inventer ces deux-là ! Et Atal semble partager mon avis.

- « Franchement, chapeau ! Dommage que Naïs n’ait pu voir leurs têtes… »
- « Je suis certaine que les imaginer lui a amplement suffi ! »

Bon trêve de plaisanteries maintenant ! Nous sommes partis pour chasser en principe, puisque nos provisions sont vraisemblablement à sec. Pas pour faire les zouaves comme deux gamins ! Le cours d’eau repéré par Atal ne se révèle pas trop loin du camp de fortune que nous avons installé à quelques centaines de mètres à l’abri des grands chênes de la forêt. Atal, dont la vision nocturne est bien meilleure que la mienne, nous guide lentement mais sûrement de l’autre côté de la rive en passant par un petit gué facile à traverser. L’odeur de l’humidité se mêle dans l’air à celle des habitants de ces bois. Malgré la tombée de la nuit et ce léger rideau de ténèbre faiblement éclairé par la lumière d’un timide lever de lune, les animaux en tout genre abondent non loin des rives du torrent. Avec un peu de chance, nous serons vite de retour au campement auprès de Naïs et les gars. Et, en effet, il ne nous faut pas longtemps pour apercevoir un jeune faon et sa mère. Voilà qui devrait faire l’affaire pour ce soir. Protégée par la brise et dissimulée dans l’ombre je bande déjà mon petit arc, cadeau d’un ami Faël. Mais avant même que ma flèche ne touche sa cible en pleine tête, je retiens un juron intérieurement.

J’aurais dû le sentir bien plutôt et cette étrange odeur nauséabonde qui nous suivait depuis quelques heures maintenant est bien trop proche maintenant. À vrai dire, elle fond littéralement sur nous. Me glissant près d’Atal – je ne me le pardonnerai jamais s’il devait lui arriver quelque chose, Naïs encore moins – je n’ai que le temps d’utiliser ma greffe. Tandis que nos assaillants sont bien décidés à nous réduire en charpie, dans un réflexe incroyablement rapide j’évite une lame destinée à me trancher la gorge purement et simplement. Il fait désormais totalement nuit, la lumière de la lune qui se dévoile chaque minute un peu laisse présager une belle journée demain, pour autant que nous soyons encore vivants d’ici là. C’est bien ce que je redoutais, mais je laisse échapper un rire dément…

Très bien ! Il est temps de casser du Raï mes enfants !

* *
*


≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Les flèches fusent de partout. C’est un véritable enfer. Et je ne peux me permettre une seule seconde d’inattention : notre vie à tous en dépend. Or quand je pense qu’enfin le calvaire est fini, un bruit infime me prouve immédiatement le contraire. Au même rythme que mes signaux réguliers, Gil décoche des dizaines de petites aiguilles filant à toute vitesse. Toutes font mouche avec une précision que je jurerais incroyable. Malgré ma respiration saccadée et la douleur lancinante de mes côtes, je suis étonnamment calme pour une situation aussi délicate. Parfois, entre deux bruissements et grognement c’est le sifflement mortel du sabre de Juhen que je perçois. Il beuglait à en réveiller tout un cimetière ! Mais si seulement le géant avait pu faire fuir nos terribles assaillants c’eût été trop simple.

Seth est là, tout près. J’entends sa petite respiration régulière malgré la peur et l’adrénaline. Il a sûrement eut la bonne idée de se cacher de la vue des Raï derrière l’ombre d’un imposant tronc d’arbre. Malgré le nombre important de nos ennemis, aucun n’est pour l’instant blessé. C’est un miracle je dois dire. De mon index j’indique silencieusement à Gil la position d’un énième Raï quelque part sur la gauche. Mais, cette fois les aiguilles ne fusent pas. Un moment d’inattention ? Surtout pas ! Hélas si, et dans la seconde qui suit, c’est le sifflement furieusement mortel d’une flèche qui surgit de l’obscurité. Elle me semble foncer droit dans notre direction. Ou plutôt, droit sur Gil. Mon sang se glace dans mes veines et j’arrête de respirer l’espace d’une minuscule seconde au cours de laquelle, ignorant la douleur violente et serrant les dents pour ne pas crier, poussée par l’adrénaline et la peur je plaque l’Envoleur au sol dans un réflexe étonnant avant que la flèche qui lui était destinée ne se plante à moins de cinq centimètres de notre tête à tous les deux. Lorsque je m’autorise enfin à reprendre ma respiration je tremble de tous mes membres. Ca y est ! C’est la fin…

Pourtant, il ne se passe rien. Seuls les grognements de douleur de ces saletés de Raï déchirent le silence de la nuit. Je n’ose d’abord pas y croire, mais Nwëlla et Atal sont là. Et avant que je n’ai pu me dire « ouf », je réalise que nous sommes sorti d’affaire – pour le moment du moins. Et toujours plaquée sur Gil, c’est une explosion de sentiments qui se produit au fond de moi.

Bon sang de bon sang ! Tu n’avais pas le droit d’être inattentif ! Deux fois que je te sauve la vie, ça finirait par devenir une habitude. Je t’avais dit qu’il était à gauche ! Imagine ! Imagine ce qu’il aurait pu se passer si… Et qu’est-ce que j’aurais fait moi ? Hein ? Tu vas arrêter de me faire de telles frayeurs ! Tu t’en fous peut-être mais j’ai besoin de toi moi ! Je vais te tuer… Je vais te… Je vais… Je…

Je suis parfaitement incapable de parler et mes pensées s’entrechoquent sous mon crâne bouillonnant. Alors je fais la seule chose qui puisse lui faire comprendre à quel point j’ai frôlé la crise cardiaque : je l’embrasse doucement, mais avec l’énergie du désespoir. Enfin, je sens que je recouvre la parole.

- « Est-ce un plaisir de me causer de telles frayeurs Giliwyn SangreLune ? »

Il n’a pas le temps de répondre que déjà la voix de Nwëlla résonne dans le silence de la forêt.

- « On change de plan ! On reste ensemble et on met les bouts demain matin à la première heure ! »

Sage décision. Reprendre la route cette nuit et risquer de se faire attaquer n’est pas bien judicieux. C’est certains, ces sales bestioles reviendront. Mais d’ici là et avec un peu de chance, nous serons déjà loin. Serrant les dents, et malgré la douleur qui me rappelle furieusement à l’ordre, je roule sur moi-même pour enfin libérer l’Envoleur. Je frissonne, cette fois-ci plus de froid que de peur.

Quels autres dangers nous attendent demain ?



[I'm on the highway to hell, highway to hell, don't stop me xD]

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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Jeu 27 Sep 2012, 17:06

Droite.
Gauche.
Gauche.
Droite.


Un filet de transpiration glissait le long des tempes et du dos de Gil. Essayez donc de tirer (sans viser) sur des ennemis dans le noir en vous fiant uniquement aux réactions d’une personne. Pour réussir cet exercice, il ne faut pas se contenter d’être vif : savoir interpréter les choses est primordial. Gil devait en permanence analyser les expressions et les mouvements de Naïs pour pouvoir comprendre, et surtout, pour être précis. Il n’avait pas droit à l’erreur, voilà pourquoi c’était plus difficile encore qu’un exercice déjà compliqué. Ce n’était pas tout. Afin d’atteindre certains adversaires, il lui fallait se déplacer, et donc s’éloigner de sa partenaire ; guetter un froncement de sourcils ou un tressaillement des lèvres tenait alors pratiquement de l’impossible. C’était impossible. Pas pour Gil. Il avait compté déjà sept Raïs de tués mais il avait perdu le compte lorsqu’une pluie de flèches s’était de nouveau abattue sur le campement. Seth s’était mis hors de portée en se plaquant derrière un arbre mais Naïs n’avait pas bougé. C’est Juhen qui la protégeait en faisant barrière de son corps, immense bouclier de muscles et de réflexes aiguisés grâce auxquels il faisait dévier les flèches les plus vicieuses. Lui aussi conjuguait l’impossible avec une facilité déconcertante…

Mais les deux guerriers n’étaient pas en position de force. Les Raïs les encerclaient et avaient l’avantage de leur position ; s’il n’avait eut pour mission de protéger Naïs, Juhen se serait jeté dans la mêlée depuis longtemps. Gil hésitait encore. Devait-il aller cueillir les Raïs un par un, quitte à laisser Juhen se dépatouiller avec ses flèches ? Il avait la sensation de faire plus de dégâts de là où il était mais au train ou se déroulaient les choses, ils allaient avoir des problèmes. Il suffisait qu’une flèche blesse Juhen ou que lui-même ne soit pas assez rapide pour que…

Description en image.

Ce fut un peu comme si le temps avait eu un accroc. Ou comme si Gil avait raté une marche. Un raté, un blanc, un vide terrible qui dura à peu près une seconde mais qui s’éternisa au point de faire évoluer choses, gens, décor avec une lenteur inconsidérée. En fait, pour Gil, tout se passa au ralenti, alors que pour Juhen, tout s’enchaîna dans une vitesse folle. Différence de perception, même résultat. La flèche fila vers l’Envoleur et il ne la vit même pas. Il ne la vit même pas. Alors comment Naïs fit-elle pour le plaquer à terre, in extremis ? Comment ?? Curieusement, c’est sur ce détail que Gil faisait une fixation alors que la mort venait de le frôler d’un cheveu très, très fin. Affalé sur le dos, coincé par le poids plume de Naïs, il cherchait à comprendre ce qui avait pu faire la différence entre voir et percevoir. Incapable de réfléchir normalement (le temps avait repris son cours normal mais son cerveau, lui, continuer de tourner au ralenti), il se contenta de regarder Naïs, la surprise peignant ses traits et lui coupant le souffle.

Ah non. S’il avait le souffle coupé, c’est parce que Naïs, mue par une pulsion soudaine, venait de l’embrasser. Passionnément. Ça aurait pu les tuer tous les deux si Atal et Nwëlla n’avaient pas choisi cet instant précis pour venir à la rescousse. Et ça aurait été franchement dommage, d’ailleurs, après l’exploit de l’Envoleuse, à qui il devait une fière chandelle. Enfer, à ce train-là, il allait lui être redevable jusqu’à la fin de ses jours... ! La question de la jeune femme ponctua sa pensée sur le ton de la moquerie et il ne put s’empêcher de soupirer. Un plaisir ? Oui et non. Il mettait sans hésiter le baiser dans la case « oui », mais il avait de secouer Naïs comme un prunier pour la punir d’avoir – encore – risqué sa vie pour la sienne. Dans son état, ce qu’elle venait de faire pouvait passer pour un suicide, explication rejetée par son sourire amusé ; elle n’avait tout simplement pas réfléchi aux conséquences d’un tel acte et, il le savait, elle allait le payer cher. Tête de mule.

- Est-ce que ce n’est pas plutôt toi qui aime me coucher dans l’herbe chaque fois que tu le peux ?

Le cri de guerre de Juhen empêcha Naïs de répondre. Difficilement, elle roula sur le côté pour libérer Gil, qui se redressa sur les coudes et sourit au géant.

- C'est bon, tu peux te lâcher, maintenant, dit-il d’un ton léger.

Le Thül n’attendit pas sa permission. Il s’élançait déjà vers les arbres en faisant tournoyer son sabre, et bientôt retentirent des cris de douleur, mêlés aux protestations de Nwëlla et d’Atal, agacés qu’on leur pique leurs proies. Gil en profita pour réinstaller Naïs près du feu, non sans passer une main tendre dans ses cheveux au passage, puis il s’éloigna vers les arbres d’un pas tranquille.

- Seth ? C’est fini. La cavalerie est ar…

Une boule d’énergie l’interrompit en se jetant sur lui. Le souffle coupé, Gil baissa les yeux sur le gamin qui serrait sa taille de toutes ses forces et resta un petit moment les bras ballants, incapable de décider quoi que ce soit. Il finit par refermer gauchement les bras sur l’enfant, qu’il berça doucement dans les ombres froides de la nuit. Et, comme lors de leur première rencontre, il ressentit le besoin naturel de le rassurer par des paroles qui n’avaient strictement aucun sens – la spécialité des mères avec leur progéniture – mais qui finirent pas le détendre, jusqu’à ce qu’il recule enfin, le visage barbouillé de larme et néanmoins fendu d’un sourire. Ah. Il rit ou il pleure ? Et pourquoi c’est si compliqué, un gosse ? Songeant qu’il devait s’estimer heureux que Kaünis ait atteint l’âge de la maturité depuis longtemps, il fit signe à Seth de le suivre, et tous deux regagnèrent le campement. Nwëlla, Atal et Juhen étaient de retour. Couverts de sang de la tête aux pieds, ils avaient dans le regard cette joie indicible du guerrier qui a profité d’une bonne bagarre et qui s’en est sorti vivant.

- La récréation est finie ? lança-t-il lorsque tous les regards convergèrent dans sa direction.

Seth était déjà auprès de sa mère, la couvrant de baisers sans tenir compte de ses gémissements de douleur. Juhen passa derrière Gil et lui flanqua une baffe dans le dos, ce qui, pour un Thül, passait pour une claque de sympathie.

- Bien joué, l’artiste ! Je ne sais pas avec quoi tu les as mouchés mais je suis content que tu l’ais fait. Et que tu sois toujours entier.
- Entier, pas sûr : tu viens de me décrocher les poumons,
marmonna l’Envoleur en sortant péniblement d’une quinte de toux.
- Vous allez bien, tous les deux ? s’enquit Nwëlla en s’approchant, l’air inquiet.

Gil la rassura d’un clin d’œil et elle se détendit instantanément. Un peu plus loin, Atal s’occupait des chevaux qui, par miracle, avaient été épargnés par les flèches.

- On peut dire que vous êtes arrivés au bon moment…
- Tu croyais quand même pas qu’on allait vous laisser vous amuser sans nous ?
- Je te rappelle que tu es partie chasser avec Atal.
- Et alors ?
- Tu es partie chasser. Avec Atal. Vous êtes partis tous les deux. En me laissant avec cet énergumène.
- Tu sais ce qu’il te dit, l’énergumène ?


Nwëlla perdit le fil de la conversation à ce moment-là. En fait, Atal, Naïs, Seth et elle se désintéressèrent purement et simplement de ces deux espèces d’abrutis pour vaquer à des occupations plus productives : raviver le feu, faire à manger avec les moyens du bord, prendre soin de Naïs, qui avait bien du faire quelque chose d’exceptionnel pour l’air de souffrir le martyr… La routine, finalement ; ils venaient de casser du Raï et ils s’apprêtaient à passer à table sans autre transition que la plaisanterie. Mais Naïs n’allait pas bien. Plus vite ils atteindraient Al-Poll, mieux ça vaudrait…


[Un peu bof, comme réponse - mais pour ma défense, c'est ta faute, tu m'as prise de cours, là !]

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



[Absent du 18/07 au 24/07]
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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Jeu 27 Sep 2012, 21:48

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Alors que la menace s’éloigne dans un cri de guerre impitoyable – si ça n’avait été des Raï, Juhen aurait à coup sûr dissuadé tout assaillant de se frotter de trop près à notre petit groupe – la pique de Gil me fait sourire légèrement ravivant encore plus la douleur qu’elle ne l’était déjà par mon geste incroyablement stupide – mais tellement normal. Je sens déjà que je vais amèrement le regretter. Et c’est tout ce que tu trouves à répondre, Giliwyn SangreLune ? Tu te rends au moins que j’ai encore frôlé la crise cardiaque à cause de toi ? Non. En fait, non. Définitivement non. Je ne regrette pas une seule seconde mon geste complètement fou. Je viens de sauver sa misérable vie qui m’est malgré tout chère, alors quoi de plus normal ? Car après tout, ma vie serait bien ennuyeuse et monotone sans tout ce petit monde qui m’entoure – Gil y compris.

- « Possible… »

Et toc ! De toute façon je n’ai pas la force de répondre plus que ce petit et minuscule mot. J’ose espérer qu’il m’a entendu malgré le feu qui crépite de nouveau furieusement et tout le tintamarre que font Juhen et Seth : le géant venait d’avoir l’occasion de mettre en pratique ses précédents conseils – ceux-là même qu’il avait donné à mon fils juste avant que les Raï ne nous encerclent. Peut-être bien que j’aime ça, oui, de te coucher dans l’herbe. D’ailleurs, au souvenir de notre rencontre non loin de Fériane, je crois que je récidiverais bien sur le champ si je n’avais pas été autant handicapée par ces fichues blessures qui me contraignent à la quasi-immobilité – moi qui ne peux tenir en place plus de cinq minutes d’ordinaire, c’est un véritable comble.

Et c’est alors que, Seth venant tout juste de se blottir tout contre moi – je retiens avec peine un gémissement de douleur – que cette sensation étrange et désagréable se manifeste d’abord diffuse puis véritable explosion. J’ai l’impression de voler en mille morceaux et que mon cœur se désagrège littéralement. J’en ai le souffle coupé, totalement. J’ai un affreux goût de fer dans la bouche et l’instant d’après je vomis. C’est un liquide chaud que je jurerais rouge. Du sang. Aussi bouillant que la fournaise qui me dévore de l’intérieur. Je tremble de tout mon corps – mais pas de douleur, et encore moins de froid.

Luttant contre l’inconscience qui me guette, j’ai soudain peur…



≈≈≈ Nwëlla ≈≈≈

Nous avions passé notre début de soirée à défendre chèrement notre peau contre les Raï qui avaient attendu que nous soyons finalement séparé. Pourtant, l’ambiance est incroyablement joyeuse. Les piques que se lancent à tout bout de champ Gil et Juhen sont dorénavant loin d’être agressives comme la veille. Nous sommes tous vivants, c’est tout ce compte pour l’instant. Tout fier de ne pas avoir abandonné notre repas malgré tout, Atal s’occupe de dépecer le petit faon ramené de notre chasse. Soupirant, je m’approche de Naïs. Il faudrait qu’elle mange tout de même.

Mais, un détail me fige. Elle est pâle – trop pâle. Et avant que je ne puisse réagir, après une ultime tension du corps de l’Envoleuse, elle crache un jet écarlate – du sang ! Bon sang ! Voilà que les ennuis recommencent. Pourtant, je suis à peine capable de me glisser à côté de Naïs et de poser une main sur son front bouillant. Relevant les cheveux de l’Envoleuse pour qu’elle puisse continuer de vomir sans s’en mettre partout, je croise le regard inquiet de Seth. Pauvre gosse ! Je ne suis pas médecin moi et encore moins magicienne ! Éventrer, étriper, égorger : ça je sais faire mieux que bien, oui. Mais soigner, ce n’est vraiment pas dans mes cordes. Littéralement tétanisée, mon regard glisse sur les trois hommes figés eux aussi tant la dégradation de l’état de Naïs était soudain.

- « Mais bon sang ! Qu’est-ce que vous attendez pour m’aider ?! »

Et toi Naïs tu n’as vraiment pas intérêt de nous claquer entre les doigts ! Je te promets que je te le ferais payer très cher sinon !

* *
*


Encore une fois l’incroyable sang-froid de Gil fut bien précieux. Naïs semble se trouver dans un état à mi-chemin entre la conscience et le coma. La bonne humeur générale s’était finalement envolée avec cette nouvelle frayeur. Et nous avons mangé dans le plus grand silence – un silence presque mortel. Seth s’était littéralement endormi contre sa mère avant même que la viande n’ait finie de cuire. Je n’ai alors pas osé le réveiller. Après toutes ces épreuves, je me demande encore comment un si petit corps peut trouver autant d’énergie. Même Juhen ne pipa mot lorsqu’il s’enroula dans sa couverture de laine – elle paraissait bien trop petite pour sa taille de géant – même pas pour envoyer une nouvelle pique à Gil. Et dans les cinq minutes son ronflement sonore déchira le silence. Moi, je suis parfaitement incapable de dormir pour le moment alors qu’Atal ne tarde pas non plus à tomber de fatigue.

Le sale état de Naïs nous garantit l’une des plus petites nuit de notre vie. Plus tôt nous partirions demain matin, plus tôt encore nous arriverions à Al-Poll. Alors je pourrais commencer à espérer que l’Envoleuse serait complètement tirée d’affaire. M’installant tout près d’Atal, je ne résiste pas bien longtemps à la fatigue. Sans que celui-ci ne puisse protester, le premier tour de garde revient donc à Gil.

- « Réveilles-moi dans deux heures… »

Je n’ai que le temps de murmurer avant de m’assoupir littéralement.

* *
*


≈≈≈ Naïs ≈≈≈


Tout le monde semble être assoupi. Les ronflements imperturbables de Juhen m’empêchent tout bonnement de dormir – même si la douleur omniprésente depuis une petite éternité à présente y est déjà pour beaucoup aussi dans mon insomnie. Seth dort lui aussi tout contre moi. Sa respiration est mon seul repère par rapport à la réalité – enfin avec la respiration presque imperceptible de mon étrange « ange-gardien ». Avec une horrible boule d’angoisse au creux de ma gorge, je ne peux m’empêcher de murmurer.

- « Tu as un rêve toi ? »

Un vrai. Un puissant. Un rêve quoi ?! Il doit le penser très fort. Pourtant, non. Je suis bien loin de délirer. Pour la première fois de ma vie, j’ai réellement peur. Peur de ce qu’il se passerait si jamais je venais à disparaître. Peur d’être seule. Peur de l’inconnu en somme. Or, il me reste encore au moins un million de choses à faire et à découvrir avant de penser à une pareille éventualité. Et voilà cette dernière qui approche à pas dangereux. Alors je me surprends à rêver et tout au fond de moi-même c’est une multitude de bleus purs qui surgissent comme milles embruns frais et revigorant. L’océan avait littéralement bercé l’innocence de ma petite enfance. Il peut aussi bien se parer de turquoises étonnement calmes que de marines furieusement puissantes. Bien que je ne puisse plus pouvoir admirer les perpétuels changements d’humeur de l’océan que ne donnerais-je pour sentir à nouveau la brise maritime joueuse caresser mon visage une dernière fois. Étrange quand tout le monde souhaiterait plus que tout au monde d’aimer et d’être aimé en retour avant d’affronter la mort avec fierté…

- « Les grands Océans, tu crois que je puisse y aller avant… »

J’ai un affreux goût de sang dans la bouche et je ne cesse de frissonner malgré la chaleur du feu – de peur ou de froid ? Je ne sais pas trop. Peut-être bien les deux en fait. La douleur de mes côtes me laisse la sale impression d’être deux fois plus violente depuis que j’ai plaqué Gil au sol dans un geste irréfléchi. Je subis les conséquences de ma bêtise. Mais est-ce vraiment une bêtise que d’épargner à un être cher une mort certaine au probable prix de la sienne ? Dans ce genre de situation, il n’y a sûrement pas à réfléchir. Il faut agir le plus rapidement possible. Car je peux bien affronter mille mort – et plus même – si je sais que tous ceux que j’aime sont en vie et en bonne santé. Car vivre seul, ça n’est pas vivre.

Oui Gil. J’ai peur. Peur d’être seule…

- « Tu ne me laisseras pas, hein ? »


[T'as fini de dire des sottises! Enfin, même si j'avoue que je me suis surprise moi-même avec cette réponse... Mais bon, c'est Naïs hein, légèrement extrémiste sur les bords x)]

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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Ven 28 Sep 2012, 19:15

- Tu as un rêve toi ?

Murmure porté par le vent.
Gil ne répond pas immédiatement. Depuis son perchoir – l’épaisse branche d’un chêne centenaire – il se contente de laisser son regard vaguer au gré des étoiles qui jouent à cache-cache derrière les nuages. Il s’efforce de ne pas prêter attention au râle qui secoue la poitrine de la jeune femme allongée au pied de l’arbre, mais même les ronflements sonores de Juhen sont incapables de dissimuler la vérité : Naïs va mal. Et s’ils n’atteignent pas la cité souterraine très vite, elle risque de mourir…

S’il un a rêve ?

Sauver Naïs.
Coûte que coûte…



*




C’était à parier. En fait, on peut presque dire qu’il avait attendu cet instant fatidique, espérant malgré tout qu’aucun vrai dégât ne serait à déplorer. Voilà pourquoi, lorsque Nwëlla cria, Gil réagit une fraction de seconde avant les autres. Le temps que Juhen et Atal comprenne ce qu’il se passait, il était déjà à genou près de Naïs et secondait Nwëlla. Ce qu’il craignait s’était finalement produit : une côte était en train de percer un poumon. Le gauche, réalisa-t-il en passant sa main dans le dos de Naïs. Son geste, pour héroïque soit-il, avait fait autant de mal que de bien ; il était vivant, elle s’éteignait doucement… Hors de question. N’y songe même pas, tête de mule. Serrant les dents pour ne pas laisser transparaître son angoisse, il soutint Naïs puis la positionna de façon à ce qu’elle ne s’étouffe pas. Nwëlla, Juhen, Atal et Seth les encerclaient, le souffle court, et cette fois Gil ne gronda pas comme un animal sauvage ; leur présence lui procurait une aide précieuse et dont il prenait seulement conscience.

- Il faut se dépêcher, dit-il enfin. Elle ne va pas pouvoir tenir très longtemps avec un poumon abimé.

La Dame soit louée, sa voix n’avait pas tremblé. Il pouvait sentir le regard perçant de Seth dans son dos. Il était le dernier qu’il fallait effrayer.

- Combien de temps ? demanda néanmoins Atal en posant une main sur l’épaule de l’Envoleur.

Gil secoua la tête. Deux jours ? Une semaine ? Tout dépendant de la volonté de Naïs et de leur capacité à trouver rapidement un Rêveur.

- Trop peu pour nous permettre de le gaspiller, dit-il en se relevant. Mangeons, dormons et reprenons la route avant l’aube.

Le frère de Naïs croisa son regard et acquiesça lentement. Gil le vit refouler son inquiétude avec une efficacité surprenante, et l’instant d’après, il souriait à Seth comme si l’ombre de la mort ne planait pas sur eux.

- Tu viens chercher du bois avec moi ?

Tandis que le guerrier s’éloignait avec son neveu, Gil se pencha et ramassa une flèche Raï qui gisait sur le sol, pratiquement coupée en deux par la puissante lame de Juhen. Plus ils descendaient vers le sud, moins ils risquaient de croiser à nouveau une horde. Mais à présent que les guerriers-cochons n’étaient plus leur plus grands ennemis, voilà que le temps se jouait d’eux ; il leur fallait atteindre Al-Poll au plus vite, et pour ce faire, ils ne devaient plus être ralentis. Le compte à rebours avait commencé. C’est donc en silence et dans un bon rythme que chacun accomplit ses propres tâches. Seth aida Atal à raviver le feu qui se mourrait puis il se nicha contre sa mère et s’endormit aussitôt. Délaissant son repas pour aller le couvrir de sa cape, Gil songea à tout ce que le gamin avait pu vivre au cours de ces derniers jours. Trop de choses dont il aurait dû se passer à son âge, des choses qui le forçaient à grandir plus vite que prévu. Il avait connu ça. Et pour cette raison uniquement, il passa sa main dans les cheveux noirs de l’enfant dans un élan de tendresse qu’il s’autorisait très rarement. Kaünis elle-même n’avait pas droit à ce genre de traitement de faveur, et il fallait bien que Seth soit endormi pour que Gil l’en dispense. Son geste n’échappa pas à Nwëlla, bien sûr, mais il savait qu’elle comprenait.

- Réveille-moi dans deux heures, lui dit-elle en s’installant aux côtés d’Atal.

Lui qui se défiait de l’autorité d’autrui, il aurait très bien pu se rebiffer, mais il s’agissait bien moins d’un ordre que d’une requête ; l’Envoleuse lui confiait leurs vies. Celle de Naïs pesait déjà bien lourd sur ses épaules, pourtant Gil hocha la tête, les yeux brillants, avant de désigner le ciel de son doigt levé – ou plutôt, la cime de l’arbre en haut duquel il comptait se percher pour accomplir son tour de garde. Après le match qui les avait opposés aux Raïs, il préférait prendre un peu de hauteur afin de prévenir toute nouvelle tentative d’embuscade. Nwëlla répondit par un signe de tête et ferma les yeux. Juhen ronflait déjà. Gil soupira – jamais il ne se ferait à un tel fond sonore, même avec toute la volonté du monde – et porta machinalement la main à sa ceinture en quête d’une flûte qu’il ne trouva pas. Il avait oublié qu’il l’avait laissée à Libertée. Aussitôt ses pensées fusèrent vers la jolie marchombre aux yeux roses, et il réprima un autre soupire, de frustration cette fois ; sa flûte lui manquait. A moins que ce ne soit la verve de la femme la plus culottée qu’il ait jamais rencontrée. Regarde-le, ton héros ! Même pas foutu d’éviter les flèches des Raïs…

Le regard bicolore de Gil glissa vers Naïs. Elle donnait l’impression de dormir mais ses yeux étaient grands ouverts. Ils ne voyaient rien, il le savait, et pourtant… Pourtant, cette tête de mule voyait bien mieux qu’eux tous réunis. Et par deux fois, elle lui avait sauvé. Comme Libertée. Super, me voilà endetté jusqu’à la fin de mes jours… Il aurait dû se sentir vexé – après tout, il passait son temps à être secouru par des femmes – mais en réalité, Gil avait chaud au cœur. Sauver la vie de quelqu’un ne se fait pas à la légère. Parfois on prend des risques, et parfois on échoue ; Naïs risquait de mourir pour lui avoir permis de vivre un peu plus longtemps. Mais jamais on ne peut hésiter. Si l’Envoleuse avait pris le temps de peser le pour et le contre, Gil aurait à présent une flèche planté dans la boîte crânienne… Elle n’avait pas hésité à se sacrifier pour lui. Et « sacrifice », c’était un mot qu’il ne connaissait pas dans ces termes.




*




- Tu as un rêve toi ?

Murmure porté par le vent.
Gil ne répond pas immédiatement. Depuis son perchoir – l’épaisse branche d’un chêne centenaire – il se contente de laisser son regard vaguer au gré des étoiles qui jouent à cache-cache derrière les nuages. Il s’efforce de ne pas prêter attention au râle qui secoue la poitrine de la jeune femme allongée au pied de l’arbre, mais même les ronflements sonores de Juhen sont incapables de dissimuler la vérité : Naïs va mal. Et s’ils n’atteignent pas la cité souterraine très vite, elle risque de mourir…

S’il un a rêve ?

Sauver Naïs.
Coûte que coûte…

Parce qu’il tient à elle. C’est une tête de mule qui n’hésite pas à jouer de sa sensualité pour parvenir à ses fins, une fille du Chaos recherchée dans bien des endroits et qui a probablement un passé aussi sombre que sa peau mais, au fond, c’est quelqu’un qu’il apprécie. Qu’il apprécie vraiment. Qu’il apprécie seulement. Les yeux rivés sur la voûte éthérée, Gil renverse la tête en arrière et replie une jambe, aussi à l’aise sur sa branche que s’il était confortablement installé dans un fauteuil. Il n’arrive pas à se sortir ce baiser de la tête et malgré lui, il ne peut s’empêcher de le comparer à ceux que Libertée et lui ont échangés. Rien à voir. Il y a Naïs, la belle et sauvage Envoleuse, et Libertée, la pétillante et jolie marchombre. Une brunette, une blondinette, et un Gil complètement paumé. Qui ne sait plus ce qu’il doit penser. Rêver. Parfois, amour et amitié se confondent au point de faire d’inextricables nœuds…

- Les grands Océans, tu crois que je puisse y aller avant…

Une larme, unique, quitte l’œil bleu de Gil et roule sur sa joue maculée de poussière.

- Tu ne me laisseras pas, hein ?
- Arrête.


Murmure porté par le vent. Les ronflements de Juhen sont très loin, à présent. A croire qu’ils sont seuls, tous les deux. Elle est en bas, il est en haut. Et ensemble, ils poussent une porte déjà entrouverte…

- Ne parle pas comme si tu n’allais pas t’en sortir. Bien sûr que tu vas y aller, dans les grand Océans. Ça va te plaire. Peut-être un peu trop calme pour toi mais tu t’y feras… Et puis, si tu crois pouvoir te débarrasser de moi en me vomissant dessus, tu te trompes, princesse.

Il sourit doucement.

- Je suis bien plus coriace que tu ne l’imagines…

Mon œil, rétorque le scintillement d’une étoile, clin d’œil complice qui n’efface pas son triste sourire. Mon œil, songe Nwëlla en se blottissant davantage dans sa couverture.

Hélas, se faire sauver par toutes les nanas de l’Empire, ça nuit gravement à la réputation.




__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Rage et sang [Gil]   Dim 30 Sep 2012, 01:10

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Arrête ? Arrête quoi ? D’y penser ? Comment veux-tu Gil que je ne puisse pas envisager cette possibilité plus proche et dangereuse que jamais ? J’ai l’impression de me consumer à petit feu. Chacune de mes respirations me fait un mal de chien – une véritable torture, tu peux me croire ! Le temps joue contre nous. Contre moi. Et je n’ai qu’une envie, c’est que cet enfer cesse, peu m’importe comment. De toute façon, j’ai toujours su que ma vie ne serait pas bien longue. Et que je m’éteigne pour te laisser vivre, ça peut paraître étrange – voire complètement fou – pour n’importe qui d’autre, mais je ne le regrette pas une seule seconde. Car vivre une vie dont tu aurais disparu, totalement, m’est juste inenvisageable. Impossible. Tout comme de continuer à respirer sereinement sans Seth, sans Atal, sans Ainhoa. Ni même sans Nwëlla, Juhen, Reni et Sen. Ils sont les piliers de mon monde. Je ne suis pas télépathe, pourtant, je sais que tu comprends.

- « Si seulement… Mais tu sais, je ne regrette rien »

Ma voix tremblotante est toute faible. Autrefois si chaleureuse et puissante, elle s’est littéralement muée en murmure. Malgré les ronflements sonores de Juhen déchirant le silence, et Nwëlla se retournant continuellement bien à l’abri dans sa couverture de laine, je suis à peu près certaine que l’Envoleur m’a entendu, même du haut de son perchoir. Etrange comme j’ai l’impression de le sentir tout près de moi malgré la hauteur qui nous sépare. Etonnant comment, main dans la main, cette sensation de franchir une nouvelle porte se précise un peu plus à mesure que Gil pénètre un peu plus profondément dans mon cœur. Curieux comme ce sentiment pourtant déjà éprouvé me réchauffe intérieurement malgré le froid. Je serre soudain les dents très fort alors que je me positionne un peu plus confortablement contre mon tronc d’arbre – c’est certain, il risque fort de garder un trace impérissable de mon passage ce vieux chêne. Seth, lui, toujours aussi profondément endormi, ne cille pas le moins du monde. Tant mieux, je n’aurais pas voulu le réveiller.

- « J’ai pas envie de me débarrasser de toi, au contraire… »

Dans le cas contraire, il y a bien longtemps que je me serait envolée dans la nature sans jamais plus donner de quelconque signe de vie. Et puis, au fond – tout au fond – j’ai la sensation que tu as encore beaucoup à m’apporter…

* *
*


Une main passe doucement sur mon front fiévreux. Bon sang ? Où suis-je ? Je veux parler mais je ne peux pas. J’ai la gorge bien trop sèche pour cela. Il me faut plusieurs secondes avant que les souvenirs ne fassent doucement sûrement. Et le premier me crie douleur. Insupportable. Comme littéralement j’explosai de l’intérieur. Un autre me dit tranquillement sang. Beaucoup de sang, partout. Un dernier me murmure éclat de vie pur – au nombre de deux précisément. Seth et Morgan. Deux petits cœurs palpitant au rythme d’une énergie neuve et puissante.

- « Eh, bien tu vois, tu l’as fait finalement… »

Sen. Je ne sais pas pourquoi, j’en aurai mis ma main à couper. Il n’avait cessé de me tenir la main, tout le long, me forçant à trouver force et courage quand je m’était sentie juste vidée totalement. Samoan n’a plus donné signe de vie depuis plus de six mois. Ca aurait dû être lui normalement. Mais non, c’était mon maître simplement. Je ne sais pas trop si ce sont ces fichues hormones mais j’ai tellement envie de pleurer. Au lieu de cela, se dessine sur mes lèvres une expression de nette âpreté.

- « Sauf que je me retrouve avec deux gamins sur les bras dont le père a disparu dans la nature. Que suis-je sensée faire ? »
- « Continuer. Tu te débrouillais déjà bien avant. »

Un compliment. Un compliment de la part de Sen. Oh miracle ! Ce genre de chose n’arrive que vraiment assez rarement pour que je le grave à jamais dans ma mémoire. Est-ce qu’il ne dit ça que pour me rassurer ? C’est fort possible le connaissant. Car personnellement, je n’ai juste plus envie d’avancer. Fini. Je suis…

- « Et puis n’oublie pas que tu n’es pas seule »

* *
*


Pas seule…

Je n’ai plus tout à fait la notion du temps – plus du tout même. Aussi, lorsque le pied de Gil se pose près de moi pour finalement réveiller Nwëlla, je ne peux m’empêcher de sursauter légèrement, contenant avec peine un gémissement de douleur. C’est avec un bâillement contrarié mais non moins résigné qu’elle se démêle de sa couverture pour prendre la place de Gil en haut du grand chêne. Cependant, elle hésite un instant et arrête son geste. Et c’est avec douceur qu’elle passe une mèche de mes cheveux derrière mon oreille.

- « Tu ferais bien de dormir un peu ma belle… »

Sans transition, elle se hisse en haut de sa véritable tour de guet. Je soupire imperceptiblement pour laisser Gil s’installer juste à côté de moi tandis que je sombre peu à peu dans le monde des rêves. Celui où je peux encore espérer pouvoir vivre un peu plus demain…

* *
*


≈≈≈ Nwëlla ≈≈≈

Je n’ai pas réussi à dormir du reste de la nuit. Pourtant, la fatigue et la lassitude sont bel et bien là. En fait, je les envie tous à dormir aussi profondément que des loirs là, en bas. Atal, enroulé dans sa couverture a le sommeil au moins aussi lourd que son neveu. Rien ne saurait perturber non plus les ronflements sonore du géant. Au bout de quelques années, à force de voyager ensembles régulièrement, j’avais finalement réussi à m’y habituer. Je me surprends même à me demander avec un demi-sourire amusé si ce n’est pas lui qui a attiré cette bande de Raï avec une pareille nuisance sonore. Si seulement les guerriers cochons avaient put être si sensibles, c’eut été trop drôle. Seth, lui, dort imperturbablement tout contre sa mère, ignorant complètement ses légers gémissements de douleurs. Et Naïs, tout contre Gil, elle a aussi fini par trouver le sommeil. Tout le monde dort. Sauf moi. Cela fait déjà un peu plus de quatre heure que je guette la nuit noire avec pour seule compagnie la lumière de lune et le chant des hiboux. Ils dorment tous si bien, que je n’ai pas eu la force de les réveiller en fait. Et puis, si c’est pour être incapable de dormir, autant finir la nuit. Je soupire. Pourtant, il faudrait bien partir d’ici une bonne heure. Avant même le lever du jour. Car plus tôt nous arriverions à Al Poll, plus les chances que Naïs puisse être soignée étaient grandes. La course contre la montre avait commencé tout à l’heure et je n’ai franchement aucune envie de la perdre, celle-là. Je sais pertinemment qu’autrement, je m’en voudrais toute ma vie.

* *
*


La course de la lune avait finalement été plus rapide que je ne l’aurai voulu. Ce matin, avant même les premières lueurs de l’aube, j’ai réveillé mes compagnons un par un. Malgré la fatigue harassante, il avait fallu partir très vite car l’état de Naïs ne s’était pas amélioré. Bien au contraire. Cependant, j’évitais surtout d’afficher mon désarroi devant Seth. Si, personnellement, j’avais presque perdu tout espoir, il ne fallait certainement pas que l’enfant le perde – ou alors nous aurions été dans de beaux draps à devoir le consoler.

De même que la journée précédente, j’ai pris les rênes de l’attelage tandis que Juhen, Gil et Atal partaient en éclaireurs à tour de rôle, même si plus nous avancions vers le sud, moins nous avions de chances de croiser à nouveau une horde de Raï déchaînés. J’étais fermement décidée à ne pas m’arrêter avant de trouver les premières lueurs familières de la ville souterraine. Je savais que nous n’étions plus très loin et j’avais eu raison : alors que les dernières lueurs du jour s’éteignaient sur l’horizon, nous avions aperçu enfin les lumières de l’espérance même. Il nous avait suffit d’un échange de regard parfaitement silencieux avec Juhen, Gil et Atal pour décider que nous rentrerions coûte que coûte dans la ville ce soir. Il le fallait. Il le faut.

Et cette fois, après presque dix-heures de route ininterrompus – nous sommes littéralement tous morts – , nous touchons enfin à l’épaisse enceinte d’Al Poll. Mon regard glisse au loin sur un garde qui effectue sa ronde de nuit. Il ne reste plus qu’à espérer un peu d’hospitalité pour cette nuit…

__________________________________________




Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

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I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Rage et sang [Gil]
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