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Le Pacte VS L'Ordre
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Si tu ne connais rien à Gwendalavir, cela ne t'empêchera pas de te joindre à nous, car un récapitulatif de tout ce qu'il y a à savoir est disponible dans le contexte

En espérant te compter très bientôt dans nos rangs,
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Bouts de vie

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Kaünis Gil'Ozh
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MessageSujet: Bouts de vie   Mer 03 Oct 2012, 22:59

Shooting Star

Tout ce qui commence finit un jour


Post 1 : Kaünis  ||  Retour du Lac Chen - Avant examen Alow-Til
Post 2 : Fried || Première rencontre
Post 3 : Voïmakas ||  Interrogations
Post 4 : Yan || Mission et frictions
Post 5 : Kaünis  ||  Enervons-nous gaiement
Post 6 : Kaünis || La Mort est une porte qui s’ouvre sur un nouveau chemin
Post 7 : Kaünis || Restent les murs porteurs
Post 8 : Kaünis || We are back in control, force them to surrender
Post 9 : Kaünis || Do you want me to burst your bubble now ?
Post 10 : Kaünis || There’s no turning back
Post 11 : Märr|| How strong do you think I am ?
Post 12 : Kaünis || To Hell and Back... Again
Post 13 : Azren|| Never enough that I gave to you
Post 14 : Voïmakas ||  Effarement
Post 15 : Kaünis || Look I'm still around !



Whispers in the Dark

Retour sur ce qui a été


Post 16 - Partie I : Voïmakas || Enchantement
Post 16 - Partie II : Hienovaraien|| A shade of who I could be
Post 17 - Partie I :  Hienovaraien|| Push the weak around
Post 17 - Partie II : Voïmakas || Fascination
Post 18 - Partie I : Voïmakas || Amplification 
Post 18 - Partie II : Hienovaraien|| I can be so mean when I wanna be
Post 19 : Hienovaraien|| I never crash and burn


There's a monster deep inside of me

Parce qu'on ne cesse jamais d'évoluer


Post 20 : Affarao Sil’Suviyan || You will know my name…  
Post 21 : Krämur || It's a fucked up fascination  
Post 22 : Kaünis || The devil can hear you when you say…  
Post 23 : Affarao Sil’Suviyan || The silence is slowly killing me 
Post 24 : Ruaril || Let it blow your mind 

Just give me a reason

Peut-être que finalement tout a une fin...


Post 25 : Kaünis || Nothing else. But else. Nothing 
Post 26 : Silhu Jil’Ahano || We filled their hearts with fear 
Post 27 : Silhu Jil’Ahano || Is it love, or just a curse ? Do you feel good when I hurt? 
Post 28 : Kaünis || You said forever and ever 

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"

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Dernière édition par Kaünis Gil'Ozh le Lun 05 Juin 2017, 19:06, édité 29 fois
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Kaünis Gil'Ozh
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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Jeu 04 Oct 2012, 19:17

Kaünis

Retour du Lac Chen - Avant examen Alow-Til



Un soupir franchit les lèvres de la jeune fille alors qu’elle perçait les derniers mètres de forêt dense d’Ombreuse, pour atterrir dans le cratère sablonneux. De retour, déjà, elle se demandait ce qui allait se passer désormais. Après tout, cela faisait deux fois qu’elle filait du Domaine pour trouver le Lac Chen, pour des rencontres étonnantes. D’abord, il y avait eu cette Khamill et Ney, et elles avaient été rejointes par Yan – l’ancien apprenti de sa mère – qui les avait sorties d’un mauvais pas, sans daigner donner une explication plausible à sa présence près du camp de l’apprentie Envoleuse. Décidément, elle ne comprenait pas ce garçon, d’autant qu’il n’avait rien lâché ; mais elle trouvait son explication bien trop tirée par les cheveux, et se refusait à le croire, car elle pensait réellement qu’elle l’aurait repéré s’il l’avait suivie tout ce temps.

Mettant pied à terre, elle amena Hurcul – l’étalon qu’elle avait emprunté au Domaine – dans les écuries, le dessella tranquillement en prenant son temps ; elle n’était pas pressée, le moins du monde, même si elle se sentait affreusement sale. Hurcul sembla apprécier l’effort qu’elle faisait, car pas une seule fois il ne protesta contre une brosse ou même quand elle lui prit les pieds pour les curer. Et pour couronner le tout, la distribution de carotte à la fin du pansage eut pour effet de donner une humeur joyeuse au cheval. Fermant la porte de son box, Kaünis déposa une dernière caresse sur son chanfrein avant de prendre la direction des dortoirs pour déposer son sac et prendre des vêtements propres ; après quoi elle se dirigea immédiatement vers la rivière Ombre.

Elle sentait chaque centimètre carré de sa peau recouvert de poussière et de boue séchée, et puis ses cheveux étaient devenus secs et cassants à cause de la poussière, justement. Les jours de voyage sans interruption ne plaisaient pas à son corps, et elle se maudit d’être aussi fragile – enfin, elle aurait quand même pu se débarbouiller un peu pendant le voyage, et ne l’avait pas fait, donc c’était aussi sa faute. Le bruit ronronnant de la rivière tumultueuse monta jusqu’à ses oreilles, lui arrachant un immense sourire. Se laver, c’était un luxe ! Posant ses affaires contre une souche d’arbre, elle ôta ses vêtements rapidement et se laissa glisser dans l’onde glacée. La morsure de l’eau filante sur sa peau lui fit un bien fou, et elle s’immergea lentement dedans, se repaissant de cet instant magique. Fermant les yeux, elle se permit même le luxe de plonger la tête sous l’eau pour mouiller ses longs cheveux noirs, et un soupir de plaisance franchit ses lèvres tandis qu’elle trouvait un rocher contre lequel se poser le temps de se sentir enfin propre.

Peut-être qu’elle s’endormit là.
Mais elle ne comprit pas réellement ce qui la sortit de sa léthargie. Ce n’était pas la fraîcheur de l’eau, qui restait agréable contre sa peau ; non, autre chose avait attiré son attention. Son regard effectua une ronde autour d’elle, et elle repéra bien rapidement une silhouette près de la rive d’Ombre. Fronçant les sourcils, elle se redressa lentement pour s’immerger jusqu’à la base du coup dans le courant, et s’approcha…

- Kaünis ? Mais… Mais comment tu arrives à tenir là-dedans ?!

La jeune fille faillit avaler la tasse, et elle se sentit soudain défaillir.
Devant elle, ce n’était pas n’importe qui : c’était le Mentaï – surement apprenti – qu’elle avait rencontré dans les écuries avant de faire son second voyage au Lac Chen. Fried, il lui semblait ; même si elle n’avait pas la mémoire des noms. En tout cas, lui se souvenait bien d’elle, et son cœur s’accéléra brusquement. Un Mentaï était là, à la fixer alors qu’elle était nue dans la rivière ; c’était peut-être la chance de sa vie.
S’astreignant néanmoins au calme, elle respira lentement plusieurs fois.

- Tourne-toi.

Fried, qui ne semblait pas le moins du monde gêné par la situation, se tourna sans poser de question, ni faire de chichi. Il respectait son intimité, et ce fut quelque chose qu’elle apprécia. Après tout, elle n’avait jamais vécu l’intimité avec qui que ce soit, alors c’était une première pour elle ; et même si elle n’était pas pudique, ce qu’elle avait envie d’attendre de lui la mettait légèrement mal à l’aise.
Ses pieds filèrent sur la terre sèche, et elle attrapa rapidement sa chemise trop grande pour l’enfiler sur sa peau, et fit glisser son pantalon en cuir sur ses jambes. Une fois prête, elle poussa un léger soupir, ramenant ses longs cheveux derrière son épaule.

- C’est bon.

Elle n’avait pas la parole facile, et ne l’avait jamais vraiment eue. Sauf peut-être avec Nana, mais c’était parce qu’elle avait confiance en elle, et que leurs échanges avaient toujours été très intéressants et passionnants.

- Qu’est-ce que tu fais ici ?

Levant les yeux vers le jeune homme, Kaünis retint son souffle. Elle ne comprenait pas pourquoi elle faisait ce genre de rencontres. Décidément, le destin lui jouait bien des tours, ces derniers temps. Mais se contentant de ne pas laisser paraître son doute, elle observa Fried quelques secondes, pour tenter d’ancrer un peu plus profondément son image dans son esprit. Son visage était harmonieux, un peu adolescent encore, et pourtant il avait passé les vingt-cinq ans, elle en était intimement persuadée. Le regard qui se posait sur elle, d’un noir profond, l’intriguait, tandis que quelques mèches mi-longues se balançaient sur son front.

- Tu sais, tout le monde a le droit de se promener et de se laver.

L’apprentie Envoleuse se sentit s’empourprer, mais la réponse, mordante, ne tarda pas à venir.

- C’est bizarre, pourtant tu n’as pas essayé de rentrer dans l’Ombre pour te laver !

Secouant légèrement la tête, la jeune fille finit par hausser les épaules. Après tout, elle s’en fichait, il faisait bien ce qu’il voulait. Ce qui l’agaçait un peu plus, par contre, c’était le fait qu’il lui emboite le pas.

- J’peux savoir où tu vas ?

- Ecoute Kaünis, j’aimerais bien qu’on fasse connaissance…


Stoppant abruptement sa marche, la jeune fille se tourna vers lui. Faire connaissance ? La réponse à sa question muette, elle put la lire dans le regard sombre du jeune homme : tout simplement parce qu’il ne l’avait pas oubliée, même si cela faisait deux semaines qu’ils s’étaient croisés pour la première et unique fois. Parce que son père était Voimakas Gil’Ohz. Parce qu’il la trouvait… à son goût.
Soit.

- Faire connaissance ? Tu veux savoir quoi ?

Elle avait brisé cet instant en tout état et connaissance de cause. Aucune envie de tomber dans le panneau, et elle allait se faire désirer. Parce qu’apparemment, cela fonctionnait bien, et ainsi elle pourrait s’assurer de son désir d’être avec elle, et peut-être d’aller plus loin.
Après tout, il était Mentaï ; il était Dessinateur au Domaine. Il connaissait son père.
Et tout cela, c’étaient de bons points pour remplir les critères du futur qu’elle s’était envisagée, du futur auquel elle aspirait. Devenir plus forte, plus puissante, plus avertie pour pouvoir régner sur Gwendalavir. Mais en tant qu’Envoleuse simple, elle ne pouvait rien faire, ou presque ; il fallait qu’elle eût un Mentaï à ses côtés, pour pouvoir agir, et faire de son rêve une réalité. Un Mentaï avait beaucoup d’influence – ils n’étaient que trop peu – et surtout avait le pouvoir de soumettre tous les Dessinateurs – ou presque – à son joug. Seule, elle en était parfaitement incapable.

- Tu vas bientôt passer ton examen Alow-Til, je me trompe ?


* * *



*La prochaine fois, je le laisserai faire.*
C’est ce qu’elle pensait, alors que Fried s’éloignait dans la nuit. Cela faisait près de deux semaines qu’ils se voyaient tous les jours, vagabondant çà et là, parlant de tout et de rien. Ils s’étaient rapprochés, et cela n’était pas pour déplaire à Kaünis, qui calculait chacun de ses gestes pour les contrôler à la perfection ; pour faire fondre le Mentaï et le garder dans ses filets. Elle avait bien l’intention de le garder, et de se l’approprier ; ses projets fous prenaient les couleurs du futur proche – ou pas.

Cela faisait plusieurs fois qu’il s’approchait dangereusement d’elle, glissant sa main autour de sa taille ou bien caressant des doigts ses cheveux. Elle l’avait laissé l’embrasser une semaine plus tôt, et c’était toujours sur un baiser qu’il la quittait pour retrouver l’aile des Mentaïs, le soir ou la nuit. Mais il ne semblait pas vouloir se contenter de bisous, et elle aurait pu le comprendre si elle avait éprouvé une réelle attirance pour lui. Or, même s’il n’était pas vilain – il était même plutôt mignon – son inexpérience était contre elle, car elle ne savait pas vraiment interpréter son propre corps. Mais il allait bien falloir qu’elle cède du terrain pour ne pas éveiller sa méfiance.

Alors, la prochaine fois, elle le laisserait faire.
Peut-être pas jusqu’au bout * s’il y a un bout… *, mais lui donner un avant-goût de ce qu’il voulait, au moins. Lui faire miroiter quelque chose que lui semblait connaître, alors qu’elle était en terrain totalement inconnu ; même si elle connaissait le principe, évidemment. Elle n’était pas une gamine naïve, loin de là.

Repoussant les draps de son lit pour en sortir, Kaünis se gratta le sommet du crâne avant de se lever. Remontant ses cheveux en un chignon négligé, elle descendit jusqu’au réfectoire pour prendre quelque chose à manger, encore toute endormie de sa nuit plutôt courte. Prendre un chocolat chaud avec une viennoiserie, s’installer le temps d’émerger complètement, et aller s’entraîner pour l’examen ; c’était son programme de la journée. Elle avait la fâcheuse impression de s’être négligée ces derniers temps, et avait besoin de s’y remettre correctement.

Mais à peine eut-elle poussé la porte du réfectoire, qu’on la bouscula. Grognant comme un chat de mauvaise humeur, elle jeta un regard noir à celui qui l’avait percutée… Ouvrit les yeux ronds. Tout comme lui. Vive, elle réussit à lui attraper le bras – même s’il ne semblait pas vouloir faire mine de s’enfuir – et planta son regard dans celui, d’un vert opalescent, de Yan.

- Toi ! Tu me dois des explications. Maintenant !

Elle avait crié le dernier mot.
De mauvaise humeur car pas vraiment réveillée et bousculée, sa colère remonta d’un coup d’un seul dans ses veines, et elle sentit l’adrénaline la parcourir allègrement. Mais Yan ne semblait pas effrayé le moins du monde – sans doute était-il persuadé qu’il pouvait la maîtriser en moins de deux, ce qui était le cas – et se pencha vers elle. Son haleine la percuta de plein fouet, et elle peina à reprendre ses esprits…
Elle sentit simplement sa main se refermer sur son poignet, et il l’entraîna dans les couloirs droits et hautains du Domaine ; dans des endroits qu’elle avait déjà explorés, mais très rapidement, sans jamais s’y attarder. Il lui fit monter des escaliers, passer des paliers, et elle se laissa guider.
Elle avait très envie de le gifler, mais s’il cherchait un endroit calme et parfaitement isolé pour lui parler, c’était qu’il allait sans doute lui dire la vérité. Ils montèrent encore une vingtaine de marches, passèrent sous une croisée d’ogives, il ouvrit une porte à la volée, traversa une salle, ouvrit un autre battant, tirant Kaünis à l’intérieur d’une nouvelle pièce.
Se sentant basculer, la jeune fille fit quelques pas pour se rattraper, et lorsqu’elle se tourna vers le jeune homme, elle le vit fermer à clef la porte. Jetant un coup d’œil autour d’elle, elle vit une paillasse sur le sol et haussa un sourcil. Ils étaient… dans sa chambre ?

Croisant ses bras sous sa poitrine, Kaünis le fixa intensément tout en tapant du bout du pied sur le sol.

- Je n’accepterai que la vérit…

Coupée dans son élan par un baiser passionné de Yan, elle en perdit ses moyens quelques secondes, avant de le repousser de ses bras.

- C’est TOI qui a envoyé ces brigands !
- Je te promets que non. Je t’ai suivie… Pour ça.


Elle voulut l’esquiver, mais il fut beaucoup trop rapide pour elle.
Et ses lèvres furent happées par celles de l’Envoleur, frémissantes.
Quelque chose explosa dans son ventre, alors que les mains de Yan se glissaient sur sa taille et ses hanches ;Kaünis s’entendit gémir.

* Non ! Non ! Il ne faut pas… Fried… *
Trop tard.
Devenue brasier, Yan était son combustible.
Et malgré elle, elle se laissa aller. Trop compliqué de faire marche arrière…
Enfin, surtout une envie bien au-delà des mots de continuer sur cette lancée.

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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Jeu 04 Oct 2012, 20:17

Fried

Première rencontre


J’avais repéré cette fille depuis quelques temps déjà. On la voyait parfois parcourir les couloirs, dans sa chemise blanche trop grande qui faisait ressortir la noirceur de ses yeux et de ses cheveux. Au premier abord, je l’avais traitée de loque pour moi-même : habillée n’importe comment, négligée, elle semblait sortie directement de la rue, comme la plupart des gamins et gamines qui arrivaient ici pour devenir Envoleur.
D’ailleurs, la plupart ne savaient même pas pourquoi ils étaient ici. Ils ne croyaient même pas au Chaos à proprement parler, j’en étais certain pour les avoir observés, tous ces gens qui se faufilaient dans le Domaine plus ou moins discrètement.
Mais elle, elle avait quelque chose en plus, sans doute un petit charme sauvage loin de la sauvagerie d’autres, loin du dédain des apprenties alors qu’elles n’étaient pas plus puissantes que des fourmis. Et pourtant, nous avons besoin de ces Envoleurs, malgré tout. Ce sont eux qui sont censés rivaliser avec les Marchombres, les exterminer, tandis que nous autres menons nos missions d’assujettissements des Dessinateurs de l’Empire, et plus particulièrement des Sentinelles. C’étaient l’Ennemi.

Pour avoir été entraîné par Voimakas et Gulyn à voir des Ts’liches à moins de cinq mètres de distance, et à travailler avec eux, je pense que notre heure sera bientôt là. Les Ts’liches ont un esprit tellement étonnant, leurs enseignements sont précieux ; et je sais combien ils sont susceptibles. Mais nous les tenons, après tout, en grande partie. Grâce à ces œufs que nous détenons dans une salle secrète ; on peut les amener à faire tout ce que l’on souhaite, ou presque. Leur espèce met bien trop de temps à se reproduire et à devenir mature pour qu’ils ne se permettent d’en perdre de trop.

Un soupir franchit mes lèvres, tandis que je suis assis dans un fauteuil plutôt confortable, dans le grand hall d’entrée du Domaine. Je ne viens ici que pour deux raisons : pour m’exercer à cerner les gens plus rapidement – entraînement oblige – mais aussi pour trouver quelques proies d’une nuit. Elles sont tellement faciles à manipuler…
Ah, la voilà. Je vais pourquoi la suivre, et la coincer. Elle pousse la porte et sort tranquillement, et je bondis de mon fauteuil pour la suivre indolemment malgré tout. Il ne faut pas croire, je ne suis pas non plus à l’affut total – enfin, je crois.
Le cratère du volcan n’a jamais été un de mes endroits préférés. Je le trouve terriblement stérile, et puis je déteste le sable qui s’insinue partout, sous les vêtements et dans les plis ; c’est désagréable au possible. J’entre néanmoins à sa suite dans les écuries en fronçant le nez : l’odeur qui règne ici me rappelle tellement mon enfance dans la ferme que j’en titube presque à chaque fois, et que j’en viens à éviter ce lieu. Mais en y réfléchissant, c’est sans doute ici que les jeunes filles les plus sensibles et émotives – les cœurs d’artichaud – se rassembleraient, puisque ces filles-là aiment généralement les animaux. A moins qu’il n’y ai que des brutes épaisses chez les Envoleurs, même si j’en doute vu le nombre de gamines qui rêvassent toute la journée. Et les gamins, ce n’est pas mieux, ils sont tous torturés au possible, dévorés par le Chaos et sans doute incapable de réellement le servir jusqu’à passer le dernier examen et évoluer un peu dans leur esprit.

Plus je la regarde, et plus elle me fascine. Elle ne semble pas entretenir de relation particulière avec le cheval qu’elle harnache, et elle reste efficace voire même très ferme. Sa façon de bouger est étrange, entre la fébrilité et la légèreté. Où veut-elle se rendre ? Je décide de lui demander pour en avoir le cœur net. Je m’avance donc vers la porte du box où se trouve le cheval, mon esprit à l’orée de l’Imagination. J’ai envie de la surprendre.

- Salut

Je la fais sursauter, et cela me tire un sourire légèrement moqueur. Ne m’a-t-elle pas entendu arriver ? Sûrement que si, je n’ai rien fait pour me cacher, et puis son cheval montrait des signes d’impatience. Mais la réponse ne tarda pas à venir, comme je m’y attendais. Un « Quoi ?! » un peu trop agressif à mon goût, mais j’essaye de ne pas m’arrêter à ce détail. Ses réticences sont autant de raison de continuer sur ma lancée. Et puis, elle est vraiment belle énervée, comme ça…

- Vous êtes très belle mademoiselle, et voici un présent pour honorer votre beauté…

Les compliments fonctionnent toujours avec les filles. Et puis, ça la surprend, au moins. Je n’entre pas dans son jeu, cela ne sert à rien de répondre à l’agressivité par de l’agressivité.
Mon esprit vogue dans l’Imagination avant de trouver le Dessin parfait. Une rose. Que je dépose délicatement dans sa main.
Elle semble hésiter, et j’essaye de percer les pensées qui passent dans son regard d’un noir profond. Un espoir ? Dans tous les cas, je vois bien que je lui fais de l’effet, et cela me conforte : les compliments marchent toujours.

- Kaünis Gil'Ozh. Contente de t'avoir rencontré.

Je fronce les sourcils, car lorsqu’elle a donné son nom un long frisson a parcouru tout mon corps, dressant mes poils sur mes avant-bras. Je soupire, et puis je me rends compte. Gil’Ohz ?
Gil’Ohz, comme… Comme Voïmakas ?
Je la fixe, sans aucun doute d’un air ahuri car le sourire qu’elle me rendit était tout simplement sublime.
Mais surtout pas adapté réellement à la situation pour moi, en tout cas. GilOhz. Me rendant compte de tout ce que cela impliquait, et la réponse à ma question muette, tout cela me déstabilise.
Kaünis est la fille de Voïmakas.

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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Jeu 04 Oct 2012, 21:01

Voïmakas

Interrogations


- Tu comprends Nasak, on ne peut pas se permettre de l’appeler maintenant, car on risquerait d’être dépassés. Non, je pense qu’il faut attendre encore, au moins de pouvoir réussir à Dessiner proche des Gommeurs.
- Comme si les Ts’liches allaient lâcher cette information si rapidement ! Je suis certain qu’ils ont encore des œufs gardés en sécurité dans les royaumes Raï, Voïmakas, et on n’a pas autant d’influence que cela sur eux.


Le Mentaï considéra cette hypothèse plusieurs secondes.
En effet, il ne doutait pas que les Ts’liches avaient sans aucun doute des plans de rechange au cas où la paix tacite qu’ils avaient instaurée ne fonctionnerait pas ; et puis les œufs gardés secrètement valaient tout l’or du monde, ou presque. Ils étaient au nombre de cinq, et cinq œufs, c’était déjà énorme. En tant que protecteur, il devait se rendre au moins une fois par jour dans la pièce pour s’assurer que tout allait bien, et il était très bien placé pour savoir que l’un des œufs était sur le point d’éclore.

Après tout, les Ts’liches étaient des êtres vils. Ils pensaient être gagnants, et que les Mentaïs ne voyaient pas non plus leurs manigances ; mais ils avaient parfaitement conscience que les insectes géants se servaient d’eux car ils voulaient renverser l’Empire et prendre à nouveau le pouvoir, se croyant imbattables… Sauf qu’ils semblaient oublier un peu trop souvent qu’ils avaient déjà été battus, et que les Sentinelles les repoussaient régulièrement, montant la garde sur l’Imagination. Or, ils étaient désormais en nombre réduit, et avaient nécessairement besoin des Mentaïs pour prendre l’avantage sur l’Empereur et le reste de Gwendalavir.

- Dans tous les cas, ils sont pour l’instant disposés à écouter nos exigences, même si je pense que tu es un brin pessimiste sur notre sort.
- Vaut mieux être pessimiste dans ces cas-là, car on peut être plus facilement agréablement surpris…
- Je croirais entendre Hien…


On frappa à la porte, et Voïmakas se redressa sur sa chaise, lançant un regard entendu à Nasak. Ce dernier se redressa aussi, et tourna la tête vers la structure de bois, attendant de voir qui était là.

- Entrez.

Les sourcils froncés de Voïmakas se détendirent quand il vit que ce n’était que Fried, et lui adressa un sourire de salutation.

- Tu as le don d’arriver toujours lorsqu’on parle de femme !

Le regard que lui décocha le jeune homme le surprit, et il ne préféra pas insister. Mais Fried était un garçon plein d’humour et de ressources, et la réplique habituelle ne tarda pas à fuser.

- C’est que vous parlez tout le temps de femmes !
- Au fait Fried, tu saurais où est Gulyn ?
- Je l’ai vu descendre dans la salle aux statues. Va-t-on invoquer Morhd ?
- Comme je le disais avant de parler de ma femme, je pense que c’est trop tôt, on risque d’être dépassés si une erreur se produit, et ce n’est pas comme si le Seigneur Morhd était un agneau dans la réalité…
- Il voulait attendre de savoir passer les défenses créées par les Gommeurs pour se lancer dans l’entreprise…
- On n’est pas rendus dans ce cas. Les Ts’liches vont déjà être fous lorsqu’ils vont savoir que l’œuf a commencé à se fendre…
- Quoi ?!
- Hé, mais doucement ! C’était une blague ! Non, sérieusement, il est juste plus chaud, et j’ai commencé à percevoir les pensées du rejeton.
- Par le roi des Raïs !


Nasak bondit sur ses pieds, jetant un coup d’œil vers Voïmakas qui avait, lui, réussi à rester impassible à la nouvelle. Un soupir franchit d’ailleurs ses lèvres, et d’un signe de la main, il laissa l’aîné des Mentaïs filer en claquant la porte, d’un pas autant fébrile que pressé.

- Ca commence…
- J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ?
- Pour l’instant, tiens ta langue. Et laisse Nasak gérer.


Le jeune Mentaï hocha la tête sans un mot. Il ne comptait pas faire cet effet, et aurait voulu parler de choses plus… volubiles avec Voïmakas. Mais il fallait croire que ce n’était pas le moment… Se tournant pour passer la porte, cette dernière s’ouvrit avant qu’il ne la touche, et une silhouette féminine pénétra dans la pièce. Son parfum remplit la pièce rapidement, et Fried se laissa aller à la courbette pour la saluer.

- Hien…
- Oh, salut Fried. Mon chéri, il faut que je te parle. Je m’inquiète. Je sais que je ne devrais pas, mais Kaünis a encore quitté le Domaine.


Un soupir franchit les lèvres de Voïmakas, et son regard tomba sur Fried qui n’était toujours pas parti. Comme pétrifié.

- Fried ?
- Oh, désolé. Enfin, je vous informe juste que je l’ai vu prendre un cheval, et qu’elle se débrouille très bien ; elle avait un sac de provisions avec elle. Si ça peut vous rassurer.


Voïmakas sentit son visage se détendre en une mine ahurie, tandis que Hien réagissait, elle, au quart de tour – passée la surprise.

- Un sac de provisions… J’espère qu’elle a pris des armes, au moins. Tu peux nous laisser maintenant ?

Le garçon disparut derrière le battant de la porte, et Voïmakas posa son regard sur sa femme. Elle était poussiéreuse, comme à son habitude, et ses longs cheveux bruns étaient remontés en une queue de cheval plutôt hostile mais terriblement attirante, lui conférant un air de femme fatale parfaitement étudié. Il la vit tourner le visage vers lui sans la voir, et mit plusieurs secondes à se rendre compte qu’elle lui avait posé une question.

- Depuis quand Fried connaît Kaünis ?

Se reprenant, le Mentaï prit une grande inspiration.

- Aucune idée.

Il était tout aussi perplexe qu’elle, à dire vrai. Depuis quand traînait-il du côté du Domaine ? Car les écuries, même si elles étaient communes à tous les Mercenaires, étaient placées sur l’enceinte dédiée aux Envoleurs. Secouant la tête, il posa son regard dans celui de Hien et lui sourit tranquillement.

- Il avait l’air perturbé….

*Certainement pas autant que moi lorsque je te regarde et que tu ne t’en rends pas compte…*
Quoique…

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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Mer 07 Nov 2012, 23:44

Yan

Mission et frictions…


Lorsque Yan s’éloigna de Kaünis, il avait parfaitement conscience que le Mentaï que la jeune femme semblait convoitait n’était pas loin. A vrai dire, il le savait depuis le début, et cela l’enchantait plus qu’autre chose : en effet, ainsi il se rendrait compte qu’elle ne s’accrochait à lui que par intérêt, et sans aucun sentiment ou presque.
En tout cas, c’était l’impression qu’elle donnait à l’Envoleur, et il ne pensait pas se tromper pour cela.
Même si elle lui tenait tête, même si elle avait clairement dit que c’était Fried qu’elle voulait. Même si elle avait mis ces vêtements… qui ressemblaient très fortement à ceux d’une catin, pour plaire à l’autre. Il fallait avouer que cela lui allait élégamment bien, mais Yan avait cette impression que ce n’était pas elle, dans cet accoutrement, et il lui avait fait comprendre avec son tact légendaire, évidemment.

Il la regardait partir, et vit clairement Fried la suivre à distance, ce qui lui tira un sourire.
Bon, il avait quand même d’autres chats à fouetter, et notamment monter dans les bureaux des Mentaïs pour récupérer l’ordre de mission dont il venait d’écoper. Cela ne l’enchantait pas, mais c’était mieux que rien et cela lui permettait d’éviter de s’éloigner de trop du Domaine, et donc de l’apprentie Envoleuse.

Yan se souvenait parfaitement de leur première nuit ensemble…
Soupirant légèrement pour réussir à ôter les premières images qui s’imposaient à lui, il prit directement la direction de l’intérieur, et gravit rapidement les marches menant aux étages dédiés aux Dessinateurs Chaotiques. Il fut rapidement dans une pièce ronde, au centre de laquelle se trouvait une table toute aussi ronde, entourées de cinq chaises. Un homme était là, un Mentaï d’une trentaine d’années, et lui signifia qu’il pouvait s’asseoir.
En quelques minutes, les autres chaises furent occupées à leur tour. La plupart arrivaient d’un pas de côté, et Fried arriva alors que la porte se fermait. Yan ne put retenir un soupir d’agacement, mais de toute façon, il ne pouvait rien dire. Se contentant de croiser ses bras sur sa poitrine, il porta son attention sur l’homme qui venait de prendre la parole.

- Bon, on est réunis aujourd’hui car ce matin, une information a filtré des quartiers des Sentinelles : l’une d’elle a pris une caravane l’emmenant à Al-Poll, sans doute pour y faire de la reconnaissance par rapport aux trous noirs.
- Et pourquoi une Sentinelle prendrait-elle la peine de se déplacer en caravane, et seule ?
- Tout simplement pour le souci de ne pas se faire repérer, par nous évidemment. Mais aussi parce que les Ts’liches nous apportent actuellement leur aide et font pression sur les Dessinateurs, et que les pas sur le côté ne sont pas assez stables pour eux.
- Donc on est conviés ici, avec un Envoleur… Bonjour Yan. Pour mettre au point un plan et mettre hors d’état de nuire cette Sentinelle ?
- Oh, c’est simple. La caravane ne peut que suivre la piste. Il suffit de l’intercepter sur la route menant Al-Chen à Al-Poll…Mais la discrétion est de mise, aussi seuls l’un d’entre nous partira, accompagné de l’Envoleur… Yan.
- J’ai le droit de choisir ?

Le regard noir que lui lança le Mentaï fit taire immédiatement Yan, qui poussa un soupir de frustration. Bon… Il espérait simplement que cela ne serait pas…
- Fried. On a décidé que tu l’accompagnerai, car ici nous devons contenir la fébrilité des Ts’liches par rapport à nos… otages, et que tu es le moins expérimenté pour une telle tâche. La caravane passera dans quelques jours par un petit village appelé Tilmor’vor, que tu as déjà visité. Vous n’aurez qu’à tenir une embuscade.

* * *

Faire un pas de côté avec cette enflure, ce rejeton de Raï…
Que le destin était joueur ! Mais Yan ne s’abaisserait pas à se battre contre le Mentaï : déjà, il n’était pas sûr de remporter la partie, mais surtout il ne comptait pas devenir le choix par défaut de Kaünis. Il allait la conquérir, alors qu’elle avait envie de l’autre homme.
C’était encore plus amusant, et surtout bien plus intéressant.

Ils campèrent tous les deux dans un silence de mort pendant deux nuits.
Et alors qu’ils allaient se répartir les tours de garde pour la troisième nuit, des bruits distincts de sabots se firent entendre. Aux aguets, ils se relevèrent presque à l’unissons, étouffèrent le feu avant de passer la tête par-dessus un buisson pour vérifier que c’était bien la caravane qu’ils attendaient.
Il n’y avait aucun signe distinctif sur cette dernière. Juste une dizaine de Thüls qui l’encerclaient, ce qui était loin d’être discret, il fallait bien l’avouer. Un sourire étira les lèvres de Yan, qui se ramassa sur lui-même.

- Prêt ?
- Ouais. En plus, elle ne peut pas faire de pas de côté, elle !


Hochant la tête tout seul, Yan s’éloigna silencieusement du Mentaï pour prendre les Thüls à revers. Bandant son arc, il prit le temps de viser le premier à la carotide, pour le tuer du premier trait. Ensuite, tout irait très vite, alors autant s’assurer qu’il ai au moins un mort !
La flèche fusa, et le gargouillement étouffé du Thül fit sursauter les autres.
Quand ils écartèrent les buissons d’où venait le trait, Yan avait déjà filé, bandé son arc, et tiré. Il parvint ainsi à tuer trois Thüls, mais les sept autres semblaient déterminés à venger la mort de leurs compagnons, et se ruèrent sur lui avec violence. Aussi souple qu’un chat et redoutable qu’un loup, Yan frappait, mais les hommes étaient des guerriers aguerris, et il n’allait pas tenir longtemps contre…
Six. Non, cinq Thüls.

Osant jeter un coup d’œil vers la caravane elle-même, Yan vit le corps de la femme Sentinelle littéralement troué d’aiguilles larges comme des doigts. Frissonnant, il ne vit pas arriver la hache du Thül sur son épaule, et cette dernière s’enfonça de plusieurs pouces dans son épaule, malgré sa rapidité pour esquiver. Serrant les dents pour juguler la douleur, l’Envoleur choisit un guerrier en particulier et se jeta dessus poignard en avant, vers la gorge de l’homme. Quand il rendit son dernier souffle, les autres Thüls étaient hors de combat à leur tour, et Fried le saisit par le poignet.

Ils n’étaient plus dans les plateaux d’Astariul, mais dans le Domaine, haletants.

- Alors ?
- Mission accomplice. Ce ne fut pas de la tarte…


Le Mentaï plus âgé hocha distraitement la tête, et se détourna des deux garçons recouverts de poussière et de sang. Yan leva un regard scrutateur vers Fried, qui le regardait déjà de haut.

- Qu’est-ce que t’as ? Tu crois que parce que tu as tué une Sentinelle et trois Thüls que tu es plus fort ?

Un ricanement lui répondit, ce qui eut le don d’embraser encore plus sa colère.

- Un Envoleur a toujours besoin d’un Mentaï…

Le coup fusa si vite que Fried ne le vit même pas arrivé, et fut emporté par son énergie. A peine redressé, déjà un énorme hématome naissait sur sa joue et il grogna…

- Oh tous les deux !
- Laisse Gulyn, c’est entre nous.
- N’importe quoi ! On ne se bat pas ici ! Je vais appeler Voïmakas !
- Non !


Fried venait de hurler, et l’autre Mentaï sembla vaciller de surprise un instant. Finalement, il fronça les sourcils.

- Qu’est-ce que… Oh !

Une impression incrédule passa sur son visage, et Yan eut soudain envie d’être n’importe où, sauf à cet endroit précisément.

- Messieurs, gardez vos querelles de cœur pour l’extérieur des bâtiments… Si je vous entreprends encore une fois, vous aurez affaire aux trois concernés, tous les deux !

Fried baissa la tête, comme fautif se repentant, ce qui tira un sourire moqueur à Yan.
Oh, tiens, le petit Mentaï faisait moins son malin, tout à coup ! Bon, peut-être qu’il aurait dû être dans le même état, mais il avait l’avantage d’être parfaitement à l’aise, ou presque, avec Hien. Et surtout, il savait qu’elle savait qu’il avait un faible pour Kaünis…

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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Mar 18 Déc 2012, 19:19

Kaünis

Enervons-nous gaiement !


Poussant la porte doucement, Kaünis se contraignit à jeter un oeil à l’intérieur. Un soupir de soulagement franchit ses lèvres, alors qu’elle voyait qu’il n’y avait personne dans la salle d’entraînement, et s’y glissa souplement. Elle n’avait pas envie de sortir, cette neige avait tendance à la mettre de mauvaise humeur, et elle n’appréciait pas le froid, qui demandait toujours à avoir trente-six couches de vêtements – et ça entravait forcément, les vêtements.
Elle avait donc choisi de s’entraîner dans la pièce intérieure qui avait cette fonction, mais n’avait pas forcément très envie que l’on vienne la surprendre, ou qu’on puisse la regarder. Son soulagement avait été réel en constatant qu’il n’y avait personne dans la salle.

Décidant de travailler particulièrement sa souplesse et la précision de ses gestes, elle s’était fait dans sa tête un petit programme qu’elle comptait bien suivre à la lettre. Déjà, bien échauffer, et pousser les étirements plus loin que d’habitude. Elle commença rapidement à voir chaud, et retira le pull en laine qu’elle avait enfilé par-dessus un débardeur troué qu’elle avait depuis très longtemps – elle avait abandonné son corset dans le dortoir pour un temps, car ce n’était vraiment pas pratique pour tout ce qui s’approchait de la souplesse.

Malgré le plafond en verre, Kaünis ne vit pas le temps passer. Une fois concentrée, en fait, peut-être que des gens étaient entrés dans la pièce sans qu’elle ne s’en rendît compte. Par contre, ces mains qui se posèrent soudain sur sa taille lui tirèrent un sursaut, et elle fit volte-face avec tant de rapidité, et le réflexe de mettre son coude en avant, qu’elle réussit à surprendre elle aussi son assaillant, qui recula de plusieurs pas en se massant la mâchoire.

- Yan ? Qu’est-ce que tu fous encore là bon sang ?

Elle s’était immédiatement renfrognée en reconnaissant le garçon, et grinça des dents alors qu’il la contemplait avec une lueur… admirative ? dans le regard, toujours en se massant la mâchoire.

- Tu t’es encore améliorée dis-donc.
- C’est gentil…
une grimace passa sur le visage de Kaünis, de mauvaise augure. T’as pas répondu à ma question. Et je ne vois pas pourquoi tu serais là, d’ailleurs !

L’Envoleur sembla un peu excédé, mais Kaünis ne se relâcha pas. Elle n’oubliait pas qu’il s’était cru assez bien pour débarquer dans son cours, et que Gil ne l’aimait pas spécialement. Bizarrement, cela ne l’avait pas étonnée, mais dans tous les cas, elle en avait marre de le trouver partout où elle allait. Il ne pouvait pas la laisser tranquille non ?
Et en même temps, cela la flattait aussi, quelque part, qu’il soit si « accro ». Mais elle s’en serait quand même bien passée, c’était certain !

- Tu connais la réponse à ta question. C’est la même que d’habitude…
- Comme si on avait des habitudes !


Un sourire amusé passa sur les lèvres de Yan, ce qui agaça encore plus Kaünis. Serrant les poings, la jeune fille sentit ses ongles mordre la peau de ses paumes, mais ne desserra pas sa poigne.

- Pour te voir, évidemment.
- Tu sais que j’ai du mal à te croire. Il faudrait que tu dises la vérité, un jour…


Un éclat énigmatique passa dans le regard de Yan, mais trop bref pour que la jeune fille ne pût l’interpréter. Fronçant les sourcils, elle attendit une suite qui ne vint pas. Au lieu de cela, l’Envoleur s’approcha d’elle et lui montra comment bien étirer les muscles de son dos pour gagner réellement en souplesse. Passant sa main dans le creux de ses reins, il tira un léger rosissement à Kaünis, qui se souvint de leur seule nuit passée ensemble, mais elle se laissa aller, concentrée finalement uniquement sur son amélioration.

C’était sans compter sur Yan, évidemment.
Elle sentait, retournée ainsi, quels muscles devaient travailler et s’étirer. Quels muscles elle devait faire travailler. Un léger sourire étira ses lèvres, alors qu’elle les faisait légèrement jouer sous sa peau, tandis que soudain, elle se sentit être redressée. Quand elle ouvrit les paupières, le visage de Yan était à quelques centimètres du sien, et son regard sombre se posa dans celui du jeune homme.

- Que…

Tandis qu’elle papillonnait des paupières, hesitant entre se laisser aller à ce moment ou bien repousser Yan, la porte de la salle s’ouvrit rapidement mais sans brutalité. Yan sembla n’y accorder aucune attention, mais Kaünis tourna la tête dans la direction de l’entrée et…
…croisa le regard de sa mère.

Se relevant brusquement d’une torsion du buste, elle éloigna rapidement Yan d’elle, mais le mal était fait. Cependant, Hien ne sembla pas vouloir relever à haute voix ce qu’elle venait de voir, d’autant que deux apprentis la suivaient de près.

- Et bien… Kaünis, Yan, si je m’attendais à vous trouver ici… Vous avez terminé ?

Kaünis réussit à garder son aplomb face à sa mère, mais ce ne fut pas le cas de Yan face à celle qui avait été son Maître. Il rougit légèrement, et n’essaya même pas de balbutier quoi que ce soit : il attrapa le poignet de l’apprentie Envoleuse pour la faire sortir de la pièce, ce qui la fit sourire de manière moqueuse… Alors que la Maître Envoleur avait un petit sourire alambiqué sur les lèvres et secouait légèrement la tête.

Une fois la porte fermée derrière eux, Kaünis secoua le poignet pour que Yan la lâche, et elle sourit de manière légèrement carnassière, plantant son regard sombre dans celui du jeune homme.

- Oh, Yan gêné ! Par la culotte de Merwyn, qui y aurait cru ?
- Roh ça.. Ouais, ben je trouve ça un peu normal.
- Oui, c’est normal… Pas comme tu sembles vouloir te faire passer jusqu’à maintenant.
- Je ne comprends pas.
- On dirait que t’es pas humain. Je pense que tu devrais faire attention à ça…


C’était d’ailleurs sans doute pour cela qu’elle n’acceptait toujours pas d’être amoureuse de lui. Parce que pour elle, il n’était pas humain, il n’avait pas l’attitude d’une personne entière. Il semblait se cacher derrière un masque, derrière une protection qui ne faisait que le faire haïr encore plus.

« Kaünis, tu es où ? »

La jeune fille poussa un soupir.

« A côté de la salle d’entraînement… Mais ne vi… »

Quelle bêtise venait-elle de faire ! Elle n’aurait pas du dire où elle se trouvait à Fried… Mais trop tard désormais, il était là, juste à côté d’elle. Et apparemment, pas du tout enchanté de voir que Yan l’était aussi. Il jeta un coup d’œil interrogatif à Kaünis, qui se contenta de le fixer sans rien dire.
Est-ce que c’est ce qui lui donna du courage ?

- Qu’est-ce que tu fous là, toi ?
- C’est plutôt à toi qu’il faut le demander, c’est la partie des Envoleurs ici, patate !


Apparemment, le petit surnom affectueux (hum) que donna Yan à Fried ne lui plut pas du tout, et presque instantanément, une aiguille fila vers l’Envoleur. Avant que Kaünis n’eût pu réagir, ce dernier l’avait esquivée cependant, et un sourire moqueur se dessina sur ses lèvres.

- Tu sais qu’une patate qui sait dessiner reste une patate hein ?

La remarque sembla encore moins plaire à Fried, et il eut soudain le regard vitreux. Avant qu’il n’eût réussi à faire basculer quoi que ce soit dans la réalité, Kaünis se précipita vers lui pour le bousculer, et le déconcentrer. Sous l’impact, le Mentaï chancela avant d’atterrir sur les fesses sur le sol, sonné et surpris.

- Que.. ?

- Fried ? Que se passe-t-il ?


Kaünis écarquilla les yeux en découvrant son père à quelques mètres d’eux. Yan ne semblait pas spécialement surpris, et un sourire moqueur se dessinait toujours sur ses lèvres, alors que Fried se relevait lentement, légèrement rosissant.

- Rien, rien…
- Ne dis pas cela, j’ai entendu le boucan que tu as fait dans les Spires… Pour en arriver là, l’ennemi ne devait pas être loin…


Soudain, Voïmakas sembla aviser du regard de Fried sur Yan, et des deux garçons sur Kaünis. Fronçant les sourcils, il poussa un soupir. Mais contre toute attente – enfin, surprenant pour les deux garçons – un sourire énigmatique passa sur ses lèvres.

- Kaünis, tu viens avec moi ?

Hochant la tête, l’apprentie Envoleuse s’approcha de son père pour lui saisir la main, et avant qu’ils ne disparussent, elle jeta un regard noir à Yan. Mais n’accorda absolument aucune attention à Fried.


* * *


- Merci, Papa…
- Je t’ai sortie d’un bien mauvais pas on dirait… Ce n’était pas forcément mon intention, mais heureusement que je suis intervenu, car Fried s’était aventuré beaucoup trop loin…
- Trop loin ? C’est-à-dire ?
- C’est-à-dire bien trop haut dans les Spires, et il aurait pu balayé le bâtiment si je n’étais pas intervenu à temps…
- Je l’ai déconcentré, c’est pour ça qu’il était par terre.
- Je me disais aussi. Mais dis-moi Kaünis, que se passe-t-il ?
- J’ai pas envie d’en parler.
- Ce n’était pas ma question.


Kaünis leva les yeux vers son père, qui la fixait sans ciller, et poussa un léger soupir. Bon, il exigeait de savoir, mais elle n’était pas obligée de tout lui dire non plus, si ? Elle décida que non.

- Je… J’étais avec Fried.
- Etait ?
- On était ensemble, quoi. Mais Yan, apparemment, ne lâche pas l’affaire. Ils se montent toujours la tête.
- Hum… était ?
- Oui… Parce qu’il est hors de question que je laisse passer ça.
- Pourquoi Fried et pas Yan ?
- Comme ça.


Son père était cependant assez subtil pour comprendre qu’il n’en saurait pas plus. Peut-être avait-il compris, mais elle ne préféra rien ajouter de plus.

- Fried t’attend derrière la porte…


* * *


Lorsqu’elle poussa la porte du bureau de son père, Kaünis planta immédiatement son regard sombre dans celui de Fried, qu’elle vit frissonner. Sans un regard en arrière ni autour d’elle pour vérifier qu’ils étaient seuls, elle s’avança vers lui à grands pas, avant de l’accuser d’un doigt pointé vers sa poitrine.

- Toi ! Tu te prends pour qui ? J’ai le droit de côtoyer qui je veux, quand je veux ! Et là, tout de suite, tu me dégoûtes ! Je ne veux plus entendre parler de toi, ni maintenant, ni jamais !

Après un instant de surprise, Kaünis vit de la colère naître dans le regard du Mentaï.

- Tu vas aller rejoindre ce faux-jeton alors ?

La claque qu’il se reçut sur la joue droit le laissa ébahi quelques instants, alors qu’il ramenait sa main sur le côté de son visage dans un réflexe étonné.

- Bien sûr que non ! Sauf pour lui dire exactement la même chose qu’à toi, face de Raï !! Alors maintenant, prends tes cliques et tes claques, et disparait !

Bouleversé, Fried la contempla quelques secondes, et elle put voir dans son regard la colère se muer en tendresse. Mais elle-même ne bougea pas d’un pouce, et son regard était devenu éclair pur. Il finit par hocher la tête sans rien dire, et s’éloigner d’elle assez brusquement. Elle contempla sa silhouette qui tourna dans un couloir adjacent, et une main se posa sur son épaule.

- Tu as bien fait, ma fille. Attention cependant à ce que tu diras à Yan…

Pinçant les lèvres, Kaünis chercha le regard de son père, réconfortant.
Poussant un léger soupir, elle sentit soudain un poids quitter ses épaules. Blottissant son visage contre le torse de son paternel, elle resta ainsi quelques secondes, avant de le lâcher, un immense sourire sur le visage.

- Merci Papa.

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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Jeu 11 Juil 2013, 16:11

Kaünis

La Mort est une porte qui s’ouvre sur un nouveau chemin



Flattant l’encolure de Voyage, Kaünis poussa un léger soupir.
Elle avait quitté Al-Chen depuis peu, et avait décidé de rejoindre Al-Jeit. Essayer de comprendre les motivations de Nana, et voir un peu avec elle ce qu’il en était. Etait-elle vraiment prête à la tuer ? A se débarrasser d’elle ?

La vraie réponse à cette question, c’était qu’elle ne se serait jamais prête. Mais elle devrait le faire, et elle se savait. Surtout après cette course-poursuite dans les rues d’Al-Chen.
Evitant soigneusement de penser à Darwen, Kaünis avait toutes les raisons de savoir que la compagnie des espions se trouvait, en tant que « siège social », dans la capitale de l’Empire.

Les doigts de l’Envoleuse glissèrent sur la robe soyeuse de sa jument, et elle la harnacha rapidement, avant de sortir de la ville. S’engageant sur la route qui menait directement à Al-Jeit, elle inspira plusieurs fois pour se calmer : elle ne voulait pas croiser le Marchombre.
Mais pourquoi se focalisait-elle sur lui ?
Secouant la tête, elle lança Voyage au galop sur la piste menant à Al-Jeit.


* * *


Elle avait déjà tué quelqu’un dont elle avait été proche.
Après tout, elle était sortie et avait couché avec Fried, et elle n’avait pas marqué la moindre hésitation à le tuer. Cela avait été un mal nécessaire, sinon c’était elle qui allait mourir, et ça il en était hors de question. Sa vie était plus importante que celle du Mentaï, et ce n’était pas de l’égocentrisme. C’était comme ça.
Si on ne chérit pas sa propre vie, comment peut-on espérer trouver du bonheur, un objectif, et vivre pleinement ? Il ne faut pas se leurrer. Il vaut mieux penser ainsi, plutôt que de se faire tuer sans avoir pris le temps de dire « ouf ». On n’est jamais trop prudent.

Pourtant, elle n’avait pas envie de tuer Nana.
Elle se disait que c’était aussi un mal nécessaire, et que si elle ne le faisait pas, ce serait Léna qui le ferait – ou l’un de ses collègues. Mais elle ne voulait pas en arriver là trop vite. Déjà, elle ne pensait même pas que son amie aurait déjà des missions à son affectation.
Elle devait réussir à la trouver, à l’attraper plus précisément. Seule. Et peut-être réussir à parler un peu avec elle, non ? Elle avait quelques chances d’y parvenir.

Traversant un village au petit trot, le regard sombre de Kaünis passait sur les bâtisses de bois. Elle ne cherchait pas une auberge, mais plutôt un indice qui aurait dit que Nana était passée par là elle aussi. Mais, évidemment, elle ne trouva pas grand-chose. Pourtant, c’était logique que les espions rescapés retournent au quartier général, non ? Elle finirait bien par la trouver.
Voyage s’engagea sur l’Arche, sculpture vespérale qui s’élançait au dessus du Pollimage dans une grâce indescriptible. A chaque fois, sa beauté saisissait Kaünis, même si elle avait pris l’habitude de passer au dessus. C’était ce genre de merveille que l’on peut contempler à foison sans jamais s’en lasser. Il y a toujours cet émerveillement enfantin.

Voyage s’était arrêtée, et soudain Kaünis se sentit observée. Plissant les yeux sans bouger, elle essaya d’étendre ses sens autour d’elle pour tenter de savoir d’où cela venait.
Une personne, derrière l’angle de la maison, à dix mètres d’elle.
Se mordant la lèvre, Kaünis tourna la tête vers ce qu’elle venait de déduire, et une silhouette finit par s’avancer dans la lumière, après quelques secondes d’hésitation.

Nana !

Fermant les doigts sur ses rênes, Kaünis se composa un visage calme mais fermé.

- Kaünis…
- Tu vas pas me sauter dessus ? Ni me tirer dessus ?
- Euh… Non.


L’Envoleuse hocha la tête légèrement, et descendit de cheval, se laissant glisser le long du flanc de Voyage. Bloquant les rênes sur le pommeau et défaisant le nœud de la longe, elle s’approcha de son amie.

- Pourquoi ?
- Est-ce que ton père est Mentaï ?
- En quoi ça t’intéresse ? Pourquoi m’avoir poursuivie ?
- Et toi, pourquoi tu t’es enfuie si tu n’as rien à cacher ?
- Réflexe de survie. J’aurais aimé t’y voir !
- Réponds à ma question.
- Non Nana. Tu n’obtiendras rien de moi.
- C’est toi qui m’a assommée ?
- Oui.
- Tu aurais pu me tuer ?
- Oui. Tu n’avais pas l’air de vouloir me faire de cadeaux, avec tes petits copains.
- Tu t’es enfuie. Ca vaut comme un délit, ça veut dire que tu as quelque chose à te reprocher.


Kaünis haussa les épaules.

- Si soudain cinq personnes se jettent sur toi, armées jusqu’aux dents, me dis pas que tu resterais sans bouger.
- Bon, d’accord.
- Pourquoi m’avez-vous attaquée ?
- Je… Le but de cette mission était de te soutirer des informations, et de t’éliminer – pour les preuves. Quand on m’a parlé des Mentaïs pour la première fois, j’ai vraiment eu l’impression que j’en connaissais un… Ton père.
- Ah.
- Alors c’est vrai ? tu confirmes ?
- Tu vas me tuer, Nana ? Tu t’en sens capable ? Car si tu t’attaques à moi là maintenant, je me défendrai.
- Et si je te dis que l’on est six ?
- Vous allez mourir.
- Comment tu peux être aussi sûre de toi ?


Un léger sourire étira les lèvres de Kaünis, ironique. Elle n’était pas si sûre d’elle que cela, mais elle vendrait cher sa peau. Son regard essaya de distinguer les cinq autres personnes dont avait parlé Nana. Elle repéra une première silhouette, puis rapidement les autres.
Quand les ombres bondirent sur elle, elle était prête. Des poignards apparurent comme par magie dans ses mains, et elle les lança avec précision. Deux corps s’effondrèrent. Reculant d’un pas, elle attrapa deux étoiles de jet, et les lança aussi alors que les hommes se rapprochaient d’elle en courant. Mauvaise idée. L’un d’entre eux se reçut l’étoile entre les deux yeux, et un autre réceptionna la seconde étoile dans la carotide. Ils s’effondrèrent tous les deux.

Les deux dernières personnes étaient deux femmes : Nana et une autre, aux cheveux blonds ramenés en une très haute queue de cheval qui lui donnait l’air d’une chouette, avec son visage tiré en arrière.
Elles s’étaient toutes les deux arrêtées en voyant leurs camarades s’effondrer sur le sol, et se tenaient à distance – Nana avait reculé précipitamment.
Les jaugeant quelques secondes Kaünis poussa un soupir.

- Vous allez faire quoi, maintenant ? M’attaquer ? Foutre votre vie en l’air pour quoi… ? Pour des pseudos-informations que je ne vous donnerai pas ? Faisant une pause, elle planta son regard dans celui de Nana. Tu me déçois Nana. Je pensais que tu aurais un peu plus de jugeote que ça.
- Mais… comment tu t’y es prise ? Comment… ?
- On s’en contrefout !
- Léna, on va battre en retraite.
- Et la laisser filer ?
- On va se faire tuer.
- Ecoute ta nouvelle amie Nana. Ais un tantinet l’esprit de survie.
- Non !


Mais lorsqu’elle se précipita sur elle, Kaünis l’attendait de pied ferme. Elle avait lancé deux poignards et deux étoiles de jet, mais il lui restait encore un poignard dans la botte. Elle ne tenta même pas de s’en saisir. Se contentant de passer sous le bras de son ancienne amie, elle frappa du coude, lui coupant la respiration.
Léna se plia en deux, mais n’abandonna pas : elle saisit le katana qui était accroché dans son dos et se remit en garde devant Kaünis, qui n’avait toujours pas d’armes.

- T’as aucune chance.
- Mon œil !


Même en tentant de la surprendre, Nana n’y parvint pas. Kaünis se contentait d’esquiver ses attaques, mais elle en eut rapidement marre : Nana était décidée à la tuer. Et sa colère ainsi que sa détermination lui permettait d’être plus endurante.
Devait-elle tuer son amie ?
Elle hésita. Une seconde, peut-être deux. Le katana de Nana ouvrit une entaille sur son bras gauche.

- Haha ! Tu n’es pas…

Profitant à son tour de la déconcentration de son adversaire, Kaünis se glissa le long de sa lame et abattit le tranchant de sa main sur la nuque de Nana, qui devint toute molle. Elle donna un nouveau coup de coude dans ses côtes, et d’un mouvement fluide du poignet la désarma.
Agitant le katana pour en ôter le sang – son sang – qui filait le long de la lame, elle se redressa et planta son regard dans celui de la « camarade » de Léna.

- Elle n’est pas morte. Mais la prochaine fois que vous me tombez dessus, ne comptez plus sur ma clémence.

Plantant brusquement le katana dans le sol, Kaünis se détourna de son amie. Ancienne amie.
Se hissant souplement sur Voyage, elle talonna la jument sans un regard en arrière. La fille n’allait pas lui tomber dessus, elle était restée immobile, prostrée, alors que Nana l’attaquait.
Elle au moins, elle avait l’instinct de survie.

Les pensées de Kaünis s’envolèrent vers Darwen.
Il était Marchombre. A un moment ou à un autre, il aurait fallu qu’ils se mesurent l’un à l’autre…
Non ?

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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Jeu 05 Nov 2015, 23:19

Kaünis

Restent les murs porteurs...


Littéralement avachie dans la source d’eau brûlante, Kaünis poussa un petit soupir de contentement. Son regard glissa circulairement autour d’elle, trouvant sa jument qui broutait tranquillement un peu plus loin, ses affaires pliées à un mètre de là et surveillant les arbres côté sud. Dans son dos, il n’y avait que de la roche, haute et escarpée. Elle leva néanmoins les yeux pour être sûre que personne ne l’attendait au-dessus.
Se figea.
Il y avait bien une silhouette. Non, une tête même, qui l’observait en dépassant d’une sorte de corniche. Une vraie tête, sans doute avec un corps accroché car elle voyait même le regard.
Sursauta.

* Et merde *

Se redressant un peu dans son bassin aux rebords absolument lisses et glissant, Kaünis grogna alors que la silhouette descendait enfin de son perchoir et se dirigeait vers elle d’une démarche dangereuse et féline. La gorge de l’Envoleuse se serra.

- Kaünis.
- Maman…


Elle était vraiment dans la merde, c’était le cas de le dire. Jusqu’au cou, comme si l’eau brûlant s’était soudain transformée en défécations immondes. Heureusement, ce n’était pas le cas, et la jeune fille ne tenta même pas de cacher sa nudité : sa mère l’avait faite après tout.
Mais si Hien était là, c’était sans doute parce qu’elle avait appris – senti même peut-être – que son ancien apprenti, Yan, était décédé. Et que ça pouvait potentiellement – et statistiquement – être la faute de sa propre fille. Déglutissant péniblement, la jeune fille ramena ses pieds sous son centre de gravité.
Cependant sa mère ne se contenta pas de s’arrêter sur le bord de la source. Elle se déshabilla à son tour pour y entrer lentement, appréciant sans doute la morsure brûlante de l’eau sur sa peau, alors que la température extérieure ne cessait de descendre depuis quelques semaines. Une fois immergée jusqu’au menton, elle s’installa contre la paroi de la source et poussa un soupir de satisfaction.

- C’est bien, tu as regardé vers le haut. Cet ours de Gil ne fait pas que des choses inutiles, il faut croire.
Kaünis allait répliquer, mais se ravisa : en même temps, elle n’avait pas exactement tort. Mais n’empêche que finalement, elle lui devait beaucoup, à Gil. Après tout, elle n’avait pas eu son Ahn-Ku pour rien, non ? Et elle n’avait pas que des talents naturels.
Elle resta d’ailleurs silencieuse. Elle ne voulait pas aborder le sujet d’elle-même, et sa mère la connaissant comme si elle l’avait faite – c’était absolument le cas – elle poussa un soupir.
- Pourquoi c’est toujours difficile de te parler, ma chérie ?
- J’sais pas. C’était pas comme ça avant.
- Ça l’a toujours plus ou moins été, si. Sauf quand c’est toi qui lance les choses.
- Je n’aborderai pas le sujet dont tu veux me parler, Maman.


L’Envoleuse poussa un soupir contrarié, se passant la main dans ses cheveux courts. Elle finit par hausser les épaules.

- Bon, d’accord. Yan est mort.
- Je sais.


Hien lança un regard à la fois scrutateur et étonné à Kaünis. Avant que ses yeux ne s’assombrissent.

- Y es-tu pour quelque chose, mademoiselle Gil’Ozh ?

Ouh, ça ce n’était pas bon du tout ! Se mordant la langue, Kaünis prit une grande inspiration. Autant tout balancer tout de suite, non ?

- Oui. C’est à cause de moi.
- Quoi ?
s'exclama Hien, accusant le coup. Se reprenant vivement, elle prit une inspiration avant de réussir à dire d’une fois plus calme : Il va me falloir des explications.
- Ben en fait, je l’ai quitté quand ma formation s’est terminée. Et il a pas aimé. Il m’a traquée et retrouvée dans une auberge à Al-Jeit, il voulait se venger, m’enchaîner… Et j’ai senti que si je ne le tuais pas, il ne cesserait jamais de me poursuivre.
- Il était vraiment extrémiste, oui…


Ce fut au tour de Kaünis de lancer un regard étonné à sa mère : pourquoi soudain avait-elle cette impression prenante qu'en réalité cette dernière ne regrettait pas vraiment la mort de son apprenti ? Comme mère et fille n'étaient pas pareilles du tout, justement, elle n'eut cependant pas besoin de le demander.

- J'avais des doutes sur lui depuis un moment. Je suis presque sûre que son but c'était de me faire chanter depuis le début de ta relation avec lui…
- QUOI?!


L'Envoleuse n'y comprenait plus rien : pourquoi aurait-il fait un truc pareil ? Et donc, elle ne s'était pas trompée, dès le début, quand elle avait senti qu'il n'était pas sincère – ou en tout cas, pas inintéressé. Elle avait fini par s'habituer à cette sensation, mais quand elle y repensait elle l'avait vraiment senti comme ça lors de leurs premiers échanges.
Se calmant presque instantannément, Kaünis poussa un soupir.

- Ceci dit, cela pourrait expliquer plein de choses. Mais pourquoi aurait-il voulu te faire chanter ?
- Parce que… il m'a surprise avec un Marchombre.

Kaünis en resta interdite, et sa mère se mépris sur son silence. Non, non, elle ne voulait pas d'expli…
- En train de coucher avec un Marchombre.

Et BAM.
Grand coup dans la tête. Sa mère était en train de lui dire qu'elle avait trompé son père avec un Marchombre, putain !

- Du coup à cause de ça il m'a filé entre les doigts. J'ai mis deux semaines à le rattraper à nouveau, pour pouvoir essayer de lui soutirer les informations.
- Hein ? Tu couches pour des missions, et Papa le sait ?
- Évidemment ! Je ne pourrai pas faire ça dans son dos. Et puis tu sais, ce n'est pas pour rien que ton père est si bien placé, et que l'on est si bien reconnus lui et moi. Il faut toujours être dix pas devant les autres pour pouvoir diriger. Pour avoir des renseignements, tout est permis.


Kaünis eut une grimace qui explicitait clairement ce qu'elle en pensait : coucher pour arriver à ses fins, elle avait assez donné comme ça avec Fried. Plus jamais.
Ceci dit, elle aurait peut- être dû étudier son expression quand elle réalisa que sa mère la dévisageait avec attention.

- Kaünis ?

La jeune femme s'empourpra mais garda les lèvres résolument fermées. Non, elle ne dirait rien. Hors de question de ne serait-ce qu'y penser : sa mère pouvait très bien comprendre. Non non non… Arf.

- Donc ce n'était pas ton cas avec ce Marchombre ?

Elle faillit en boire la tasse.
Non, elle en but la tasse en fait, et entra dans l'eau jusqu'à ce qu'il n'y ai plus que ses yeux qui dépassent de la surface de l'onde paisible et brûlante. Puis, elle remonta, et baissa le menton.

- Non. Mais...Je ne sais pas. Ça fait quoi d'être amoureuse, Maman ?

La tournure de la conversation surprit autant Hien que Kaünis, qui se dévisagerent un instant. Avant que la Maître Envoleuse se rapproche de sa fille pour la prendre dans ses bras.

- Je ne peux pas le savoir à ta place. On est tous différents. Mais si tu te poses la question, c'est qu'il y a anguille sous roche. Il faut faire la distinction entre désir et amour, ma chérie.

Kaünis lâcha une longue expiration. Ouf. Sa mère avait compris qu'elle parlait du Marchombre, mais n'avait pas relevé. Peut-être que tout n'était pas perdu, en fait.
Mais cela ne répondait cependant pas à sa question.

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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Jeu 18 Fév 2016, 22:23

Kaünis

We are back in control, force them to surrender


Voyage ne cessait de secouer la tête en signe d'agacement, alors que des nuées de moucherons s'assaillaient de tous les côtés.
Il faisait une chaleur épouvantable.
Kaünis repoussa une mèche de cheveux, eut un grimace de dégout en sentant sa chemise noire lui coller à la peau. S'ébrouant vivement, sans parvenir à faire quoi que ce soit du tissus imbibé de transpiration, elle poussa un long soupir.

Elle suivait des chemins d'animaux sauvages depuis plus de trois heures maintenant, ne croisant aucune vraie piste, et cela la gonflait royalement. Il fallait vraiment qu'elle la veuille son arme ! Et puis, si ça continuait comme ça, et qu'il tentait de dire non, elle n'était pas certaine de se contrôler assez pour ne pas lui trancher la tronche.

Se passant une main sur le visage pour essuyer la sueur dégoulinant en gouttes chaudes dans ses yeux, elle sentit soudain Voyage accélérer d'elle-même, ouvrit les yeux..
Découvrit un chemin.
Un vrai chemin, Régulièrement emprunté. Il y avait même des marques de chaussures qui avaient séché dans de la boue, puis qui avaient été de nouveau piétinées.
Un sourire triomphant sur les lèvres, l'Envoleuse se rétablit sur sa selle.

Une centaine de mètres plus loin, une cabane en bois au toit renforcé apparaissait dans son champ de vision, câlée dans une minuscule clairière de la jungle d'Hulm.
Se laissant glisser à terre, la jeune femme passa ses guides autour du pommeau de sa selle pour laisser Voyage aller brouter un peu plus loin.

Un homme sortit brusquement de la hutte améliorée, et la jeune femme haussa un sourcils.

- C'est quoi c'bordel ? Qu'est-ce que vous voulez ? Y'a rien à voir ici ! cracha-t-il d'un ton bourru, qui tira un sourire en coin à Kaünis.
- J'm'appelle Kaünis Gil'Ozh, commença-t-elle très calmement. Jubila en voyant l'homme ouvrit la bouche, hébété. En rajouta une couche. Je viens suite à la recommandation de Syles Agarest.

Il fallut quelques secondes à l'homme pour se reprendre.

- J'ai besoin d'un verre... grogna-t-il finalement en rentrant dans sa cahute. C'est pas parce que tu t'appelles Gil'Ozh que je vais te forger quoi que ce soit. Dégage de là.

Kaünis effaça ses épaules pour éviter souplement le coup que le vieux forgeron tenta de lui lancer, mais ne bougea pas les pieds.
Elle vit la curiosité naitre dans le regard de l'homme, plissa les yeux avec un sourire déterminé sur le visage.

- J'bougerai pas d'ici.

Il la foudroya du regard.
Elle put clairement voir qu'il avait des mouvements pas exactement précis, mais malgré tout bigrement efficaces puisqu'il se jeta sur une hache sur le rebord d'un plan de travail et plaça un coup de bataille vers sa taille, dans le but clair de la découper en deux.
Elle s'accroupit brusquement, évitant le coup, se redressa vivement pour attraper le manche de la hache et opposer sa force à l'homme déjà presque saoul.
Lui asséna un formidable coup de tête.


* *


- J'ai besoin d'une arme à deux lames, forgées en trois morceaux, avec un centre un peu plus malléable pour absorber les chocs possibles, qui se sépare en deux lames distinctes, et se réassemble vite.

Elle scruta le regard supris de l'homme, qui finit par lâcher un long sifflement.
Se rendit compte un peu tard qu'elle avait utilisé presque les mots exacts de Syles, ce qui lui tira un sourire moqueur à sa propre adresse.

- Ça va prendre du temps.
- Ah, et j'oubliais...
Dil'Duran lui lança un regard interrogateur. Il faut que ça résiste au froid. Mais que ça reste conducteur.

L'homme faillit tomber de sa chaise.

- Hein ?!

Alors, Kaünis fit une petite démonstration.
Posant sa paume de main parfaitement ouverte sur le bord de la table, elle relâcha le contrôle qu'elle avait muselé autour de sa greffe. Le bois émit un craquement sinistre, tandis que ses veines se recouvraient de givre.
Dil'Duran ne put retenir un mouvement de recul
Et un regard à la fois effaré, appeuré et admiratif.

- Combien de temps ? Il regarda ce bout de femme d'un autre œil.
- En fait, j'ai déjà la base. Ce fut au tour de Kaünis de hausser un sourcil. Un vieux fou, Azren Trill, est venu me demander ça il y a presque deux ans, en me filant un acier très bizarre à manipuler, comme si les cristaux étaient étirés différemment. Il m'a dit que sans doute, un jour, j'en aurai besoin.

Ce nom lui disait clairement quelque chose.
Fouillant dans sa mémoire, Kaünis réfléchit un instant. Un souvenir lui revint.

Rose noire.

Elle hésita entre serrer les dents – elle était donc si prévisible ? - et retrouver le Mentaï qui lui avait accordé la Greffe pour lui sauter dans les bras et le remercier.
Elle se contenta d'adresser un sourire entendu à Dil'Duran.
Qui lui renvoya un regard rempli d'incompréhension, mais finit par sourire lui aussi.

- C'est parti, alors.

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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Lun 22 Fév 2016, 04:08

Kaünis

Do you want me to burst your bubble now?




Frottant ses paumes contre les manches longues de son éternelle chemise blanche – même si celle qu'elle avait sur le dos était neuve – Kaünis se dit qu'elle était quand même pas passée loin de perdre ses deux bras. Elle avait remercié Azren un peu trop vite, il fallait croire, car elle devait avoir récupéré la seule Greffe qui pouvait se retourner contre son détenteur quoi !
En tout cas, elle n'avait pas chaud. Vraiment pas.
Pourtant, l'air était doux, le vent n'était qu'une brise tranquille, et rien ne venait perturber le calme de la route qui menait à Al-Chen. Pourtant, elle avait froid.
En fait, elle avait presque toujours froid, depuis ce jour-là. Elle avait clairement vu l'inquiétude dans chacun des regards de la pièce, et si sur le coup tout cela lui passait bien au dessus de la tête – en tout cas le fait qu'elle soit vraiment grièvement blessée et littéralement gelée – avec le recul, elle savait qu'elle n'était pas passée loin de la catastrophe, tout simplement.

Se passant une main dans les cheveux, Kaünis poussa un soupir.
Son regard tomba sur le dos de ses mains où les traits rouges vifs de tous les vaisseaux qui avaient explosés s'entremêlaient et lui donnait l'air d'une morte vivante, ou presque.
Elle fronça les sourcils, déterminée : elle voulait rejoindre Al-Chen. Pressant un peu plus Voyage en l'encourageant d'un contact de mollets, elle partit au galop.


* *


Déambulant dans les rues de la ville, Kaünis avait le nez pointé en l'air.
Elle cherchait une échoppe très précise, dont elle avait entendu plusieurs fois que des éloges. Elle avait une sacrée idée derrière la tête, et elle était déterminée à aller jusqu'au bout de celle-là.

S'énervant toute seule, et resserrant au passage la cape sur son dos – elle avait encore froid – elle finit par s'arrêter pour demander son chemin.
- Il faut que vous preniez la prochaine rue à droite, puis c'est la seconde rue à gauche.
- Merci.


Elle avait fini par arriver.
Une enseigne un peu branlante avec un dragon qui crachait des flammes dessus, certes très bien faite, parait l'entrée de l'échoppe, et Kaünis poussa le battant de la porte avec force.

S'arrêta dans son élan en arrivant à l'intérieur.
Tous les murs étaient recouverts de tableaux plus beaux les uns que les autres. Le regard de Kaünis se fit admiratif alors qu'elle détaillait chacune des oeuvres en avançant à petits pas, jusqu'à enfin atteindre le comptoir tout au fond.
Un homme patibulaire, tassé, qui devait peser au moins cent trente kilos la toisait silencieusement.

- C'est dingue ce que vous faites.

Contre toute attente, l'homme lui adressa un large sourire, qui découvrit ses dents, et passa sa main au dessus du comptoir.

- Kurl, merci. Que puis-je faire pour vous ?

L'Envoleuse lui sourit, et commença à déboutonner les boutons de sa chemise, pour finalement en écarter suffisamment les pans et découvrir son tatouage.

- J'aimerais compléter ça, dit-elle. Un sifflement admiratif lui répondit d'abord.
- Pfiou, c'est du beau boulot ! Et vous voulez quoi ?
- Vous avez une feuille ?
demanda-t-elle en souriant.

Elle commença à dessiner.
- Voilà, on part de ça, dit-elle en désignant ses arabesques, sur le papier.
Spoiler:
 
- Moi, je veux ça. continua-t-elle, tout en ajoutant des bouts à son tatouage.


Elle acheva son oeuvre en appuyant un peu plus sur le crayon que Kurl lui avait prêté, et fit glisser la feuille sur le comptoir en la tournant pour qu'il puisse l'avoir en face de lui, tapotant sur le bout de papier.
Elle vit le regard de l'homme aller de son tatouage à la feuille de papier, puis de la feuille de papier à son tatouage. Sut un instant avant qu'il ne hoche la tête qu'il allait accepter le défi. Sourit largement.

- Par contre, vous savez, c'est pas d... Kurl fut coupé au milieu de sa phrase par une bourse de cuir bien remplie qui s'écrasait sur son comptoir, s'ouvrant légèrement au passage... dévoilant un éclat doré. Le tatoueur eut un sourire confiant.


* *


Cela avait été douloureux.
Vraiment très douloureux, sur sa peau encore sensible à cause du froid qui ne cessait de s'insinuer en elle, et qui avait fragilisé sa peau...
Peu importait.
C'était devenu un besoin vital, et quand elle se déshabilla devant le miroir de sa chambre d'auberge, le soir-même, son regard flamboya alors qu'elle changeait son pansement avec soin.

Elle adorait.
Cela venait s'enrouler autour de la base de ses seins, montait presque jusqu'à la légère cavité ouvrant sur la trachée, et descendait jusqu'à environs deux centimètres au dessus de son nombril. Contraste saisissant sur sa peau blanche – et rouge, mais cela finirait par passer.

Elle avait envie de le montrer sur tous les toits.
Il allait donc falloir qu'elle trouve une nouvelle tenue.
Abandonner ses chemises blanches, c'était sans doute la prochaine étape...

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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Mer 02 Mar 2016, 20:50

Kaünis

There’s no turning back



Dans la maison familiale qu’elle n’avait pas revue depuis qu’elle en était partie, onze ans plus tôt, Kaünis se sentait toujours étrangement à sa place.
Rien n’avait bougé, ou presque.
La table ronde, pour quatre, était toujours disposée au milieu de la cuisine, qui n’était en fait qu’un prolongement d’une salle à vivre ouverte. Un coffre, une armoire, un tapis, une cheminée. Pas de canapé, ni de fauteuil ; juste un banc de bois.
Se passant une main sur le visage, Kaünis prit une grande inspiration, et monta au premier étage… L’escalier ne craqua pas sur son passage ; malgré les années elle se souvenait des endroits qui grinçaient. Quand elle poussa la porte, elle eut cette impression prenante de revenir des années en arrière.

Avant le Domaine.
Avant son apprentissage.
Avant Fried, avant Yan.
Avant Gil.
Avant Darwen.
Avant Syles.
Surtout avant la mort de Nana…
Avant tout ce qui composait sa vie désormais.

Son regard fit le tour de la chambre qui avait été la sienne ; rien n’avait changé à cet endroit en particulier. Elle pouvait même, en se baissant, attraper ce bout de papier qu’elle avait froissé juste avant de filer… Qu’avait-elle écrit dessus déjà ? Juste qu’elle partait. Et puis, finalement, elle n’avait mis aucun mot, rien. Parce qu’elle avait croisé sa mère sur le chemin.

Alors que les souvenirs revenaient à sa mémoire, la jeune femme tourna sur elle-même en contemplant cette chambre qui lui était maintenant presque étrangère. Plus besoin d’avoir un toit au dessus de la tête et un lit dans lequel dormir pour qu’elle se sente chez elle, désormais. Elle était libre.
Un sourire étira ses traits, et elle passa ses doigts sur le bois de son bureau, tanné par les années. Pas de couche de poussière… Sa mère devait continuer à entretenir la chambre, même si…

Hein ?
Un bout de papier sur le sol, et pas de poussière ?  Cela n’avait aucun sens.
Fronçant les sourcils, Kaünis fixa quelques secondes le bout de papier chiffonné dans ses doigts, avant de le déplier un peu trop vivement. Le papier ne se déchira pas, et cela rendit la jeune Envoleuse encore plus méfiante : cela voulait dire qu’il était là depuis pas si longtemps que ça.

Tu n’es pas seule.
H.


L’Envoleuse fronça les sourcils, et un long frisson remonta le long de son échine. C’était sa mère qui avait signé, et elle n’avait aucun doute sur la courbe de cette écriture. Elle la mettait en garde… Dans sa propre chambre ?
Soudain déterminée, Kaünis plaça le papier dans l’une des poches de sa ceinture et sortit de la chambre.
La maison était protégée par des dessins de protection, Kaünis le savait ; et elle savait également que seuls sa mère, son père et elle pouvaient rentrer seuls dans cet endroit. Enfin, la dernière fois qu’elle avait quitté la maison c’était le cas…
Alors pourquoi Hien la prévenait-elle ? Et de quoi ?
Finalement, Kaünis haussa les épaules. Elle allait se laver d’abord, et puis elle verrait ensuite.


*


Quand elle sortit la tête de l’eau, un bruit attira son attention, et elle se figea instantanément. Prit une inspiration avant de demander d’une voix forte :
- Maman c’est toi ?

Le silence lui répondit, et elle fronça les sourcils, se redressant dans l’eau de son bain souplement sans faire de remous. Elle attrapa rapidement la serviette de bain juste à sa portée pour s’enrouler dedans efficacement, et saisit la partie droite de sa lame posée à côté de ses vêtements en boule sur le sol. Se redressant lentement, elle demanda d’une voix plus forte :
- Qui est là ?

Un miaulement lui répondit finalement, et elle se demanda depuis combien de temps il y avait un chat à la maison. Elle s’en fichait… Ça pouvait être un chat, ou pas. Il y eut des bruits de pas très légers dans l’escalier, au rythme de quatre pattes, et quelques secondes plus tard à peine quelque chose grattait à la porte de la salle de bain.
* Putain mais c’est quoi cette histoire ? *
Kaünis relâcha sa garde pour ouvrit à peine le battant de la porte, en se planquant sur le côté de cette dernière… Un chat passa, oui. D’un roux flamboyant… Suivi de près par une main clairement masculine. Kaünis claqua le battant de la porte contre l’avant-bras de l’homme, bondit en avant pour attraper l’autre bout de son arme en plusieurs parties.

La porte s’ouvrit brusquement, allant taper contre le mur derrière, mais Kaünis était prête – en serviette, certes, mais prête – les deux lames en avant.
Le chat voulut venir ronronner dans ses jambes, mais elle l’envoya valdinguer d’une pichenette du pied pour faire face à son assaillant…
Faillit tomber à la renverse en découvrant Fried. Vivant. Qui la fixait avec une lueur assassine dans le regard.

- T’es pas censé être mort ?!

L’homme en face d’elle ricana, et elle comprit immédiatement que ce n’était pas le jeune Mentaï qu’elle avait tué deux ans plus tôt. Il ne riait pas comme ça. Mais cela eut pour effet de figer l’homme sur place, presque de lui couper la respiration.

- Tu connais mon frère ? Oh, fit-il, réalisant soudain sans doute que du coup, c’était elle qui avait du le tuer... Tu es donc cette fille. Le destin est farceur n’est-ce pas ? lâcha-t-il d’une voix sifflante transpirante de perversité et de malignité. Il comptait vraiment lui faire peur avec ça ? Ce fut à son tour de ricaner.
- Tu comptais sur ton effet de surprise ? Dommage, il est passé ! dit-elle en se remettant en garde. Cependant, un nouveau frisson la parcourut alors que le regard de l’homme la détaillait avec avidité… mais aussi efficacité. T’es qui ? cracha-t-elle avec agressivité.
- Je m’appelle Märr. Je suis...
- Le jumeau de Fried, apparemment. Abrège.

Le regard de l’homme s’assombrit alors qu’elle sentit sa colère enfler, et cela tira un sourire satisfait à Kaünis. Qui ne dura pas.
- Il y a une belle récompense à celui qui t’amènera vive à l’Empereur.
- Boarf, ils auraient pu trouver mieux quand même. C’est que dalle deux milles pièces d’or, j’suis déçue moi.

Märr haussa un sourcil, surpris sans aucun doute de la répartie de Kaünis et de son assurance. Surtout qu’elle était à moitié nue devant lui !

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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Mer 02 Mar 2016, 20:50

Märr

How strong do you think I am ?


Je la regarde, mais elle ne fléchit pas.
Son regard, sombre, d’un vert marécageux dans lequel on s’enfonçait littéralement, ne quitte pas le mien, ne cille pas. Alors, oui, sa garde est parfaite. Ses armes, deux lames d’un blanc immaculé dans chacune de ses mains, font écho à ce que j’ai appris sur elle.

Faiseuse de glace, hein ?
Le Rentaï m’avait accordé des années de cela une Greffe qui y faisait un parfait écho. Elle ne me fait pas peur. J’ai été Marchombre ;  et même si aujourd’hui tout cela est bien derrière moi, cet enseignement ne cesse de me pousser en avant, à toujours me surpasser. Et je ne doute pas d’avoir un meilleur niveau que cette jeune femme. Parce qu’elle doit avoir quelque chose comme vingt-cinq ou vingt-sept ans. Que j’ai terminé cet apprentissage il y a déjà plus de dix ans. Et que si l’Harmonie n’a jamais retrouvé d’écho en moi depuis plus de huit ans, je suis devenu ce que mon frère appelait un Envoleur. Un tueur de Marchombres. Pas besoin d’accéder au Chaos ou d’obéir à ces manipulateurs de Mentaïs pour tuer ces hommes et ces femmes qui ne comprennent rien à ce qu’ils enseignent.

Est-ce qu’elle était allée au Rentaï elle aussi pour pouvoir créer cette glace ? Elle n’en a pas l’air ; elle respire littéralement le Chaos et la Rage. Je les vois danser derrière ses yeux… Non, ils ne dansent pas, ils se muent l’un dans l’autre.
Un sourire dur étire mes lèvres.

Elle est vraiment mignonne, pour ne rien gâcher, malgré la noirceur chaotique de son regard. Je vais bien m’amuser. La briser ; lui faire appeler sa mère ; la faire supplier d’arrêter… Ne pas arrêter. C’est comme ça qu’on vient à bout des gens ; et que finalement ils finissent par tout avouer. Il suffit de savoir s’y prendre, de les emmener sur la pente glissante où ils perdent finalement leur identité propre.

En plus, elle est un peu trop effrontée à mon goût.
C’est dommage, ça veut dire que ça sera encore plus facile d’en venir à bout. Les gens qui ont une grande gueule sont les plus faciles à casser. Et je veux la voir souffrir : elle connaissait Fried. Elle doit savoir qui l’a tué, si ce n’est pas juste elle… Pas sûr de l’emmener chez l’Empereur finalement. Je vais peut-être la garder en trophée personnel.
- Tu parles trop.
- Ah bon ? T’es bien le premier à me dire ça.


Je serre les poings, et les dents. Je vais lui faire voir à cette petite impertinente !
Jaillissant en avant, je tourne autour de sa lame gauche, me baisse pour éviter son coup… Et merde ! J’ai du bondir en arrière pour éviter la deuxième lame, qui a entaillé mon torse. Je sens ma colère prendre de l’ampleur, me coule sous son bras, doit me jeter à terre encore une fois pour éviter la longue lame qui fend l’air.
Je ne peux m’empêcher d’écarquiller les yeux devant ses deux lames qui maintenant n’en font qu’une seule, immense. Avant de sourire : oh, je veux ces choses.
Et je les aurai.

[-16]:
 

- Que… ?
- Trop de rage.


Je ne comprends pas. Mes jambes ne me portent plus, je m’effondre sur le sol ; je finis par croiser son regard.
Véritable puits de rage, fureur, colère… Non, tous ces mots sont bien pâles face à ce regard. Comment peut-elle vivre avec ça dans la tête ?
C’est comme ça que je suis devenu petit à petit fou.
Je veux dire quelque chose. Mes cordes vocales ne m’obéissent plus.
Elle se penche vers moi, et j’entends à peine son souffle.

- Satanés Marchombres.

Je fronce les sourcils ; je ne comprends pas. Et puis, quand elle pose sa main sur ma poitrine, je mets toute ma volonté et tout mon instinct de survie dans ma Greffe : elle va me sauver, comme elle l’a si souvent fait ! Ce n’est pas possible autrement ; elle ne peut pas m’abandonner.

Mes poumons ne veulent plus bouger.
Mon coeur tambourine dans ma poitrine.
Et puis, dans une douleur inexprimable à cause de mes cordes vocales gelées, je hurle. Un son pathétique sort de mes lèvres.
Je…

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Dernière édition par Kaünis Gil'Ozh le Dim 06 Mar 2016, 06:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Dim 06 Mar 2016, 04:40

Kaünis

To Hell and Back… Again



Al-Far.
Kaünis n’y était pas revenue depuis très longtemps. Des années. La dernière fois, même, elle était en compagnie de Fried et avait croisé un Maître Envoleur… Mais c’était il y avait très longtemps. Depuis, beaucoup de choses dans sa vie avaient changé – peut-être trop.

Elle voulait rentrer au Domaine, mais passer par une ville était indispensable, et hors de question de s’arrêter à Al-Chen. Elle en avait marre de cet endroit. Trop de trucs s’y passaient.
Elle marchait dans la rue principale à l’heure où le marché battait son plein, et ne portait qu’une attention distraite aux gens qui ne cessaient de se retourner sur son passage.
“Tes vêtements reflètent l’audace et le chaos qui brûlent en toi. “
C’était le cas, non ?
Si elle se cachait, elle ne tirerait jamais de trait sur ce qui avait pu se passer. Tous les hommes étaient-ils des bêtes primaires qui ne savaient pas retenir leurs pulsions ? Les images de Syles et d’elle, tous les deux dans ces positions primaires, justement, lui sautèrent à la figure.
Oui, elle aussi pouvait être parfaitement primaire. Cependant, une femme ne pouvait pas obliger un homme à faire quoi que ce soit, quand on y réfléchissait. En tout cas, pas aussi facilement que dans le cas inverse. Elle s’en était bien rendue compte pendant ces vingt jours de voyage, mais apparemment elle restait assez attirante, même avec ses blessures, pour que tant d’hommes se bousculent pour lui passer sur le corps.
Au moins, comme ça, elle dominait et décidait de ce qu’elle faisait !

En ayant marre de la foule, elle se glissa dans une ruelle, passa derrière un tas d’ordures, grimpa à un mur pour enfin atteindre les toits. Arrivée en haut, elle écarta les bras, laissant des bourrasques se glisser sur sa peau.
Ferma les yeux.


* *


S’essuyant le visage sur l’avant-bras, Kaünis prit une inspiration alors que des perles de transpiration envahissaient le dessus de sa lèvre supérieure.
Suspendue du bout des doigts au dessus d’une vingtaine de mètres de vide, la jeune Envoleuse mettait beaucoup d’application à avancer sous le pont de pierre souterrain qui se présentait devant elle.

Non, Gil n’était pas là pour la pousser à mettre sa vie en danger pour rien.
Elle le faisait juste d’elle-même. Elle avait besoin de se sentir vivante, en danger, sur le bord du fil. Glignant des paupières pour se débarasser de la sueur emmagasinée dans ses cils, elle prit une inspiration, prit un peu d’élan pour se lancer vers l’autre anfractuosité… L’énergie qu’elle déploya fit s’effriter la pierre sous ses doigts, elle se rattrapa in extremis en bandant tous ses muscles, et la peau de son bras protesta d’être mise à si rude épreuve alors qu’elle était en pleine cicatrisation.

Elle s’en fichait.

Quand elle lâcha ses mains, ses jambes la réceptionnèrent, flageolèrent un instant, avant qu’elle ne s’écroule sur les genoux, le souffle court et le coeur tambourinant dans sa poitrine. Elle se passa la langue sur les lèvres, récupérant les gouttes de sueur au passage, prit une grande inspiration.
Se mit à rire.
S’arrêta quand elle entendit un souffle derrière elle, se figeant comme une statue.

- C’était un sacré exploit dis-donc !

Elle se tourna brusquement pour faire face à l’homme qui venait de l’interpeler. Une cinquantaine d’années, quelques cheveux grisonnants dans la blondeur luisante de sa masse, deux yeux d’un bleu très clair. Il ne faisait pas vieux, et son corps semblait rayonner de vitalité.
Il semblait à la fois perplexe et admiratif devant ce qu’elle venait de faire, et elle ne put s’empêcher de pencher la tête sur le côté. Ce n’était clairement pas un Marchombre, il ne dégageait pas cette chose. Un rénégat ? Comme Märr ?
Elle se mordit la lèvre. Prit le taureau par les cornes.

- Merci. Mais si t’es ici, t’as pu faire pareil. C’est pas rare, alors.

Il planta son regard si clair dans celui, si sombre, de l’Envoleuse… qui redressa le menton.
- Détrompe-toi jeune fille.
- T’es quoi ? Un Envoleur ?
Kaünis fut contente du petit effet qu’elle fit à l’homme, qui venait de se figer à son tour, avant qu’un sourire étire la partie droite de son visage.
- Tiens donc. Ceci explique cela. Mais cela fait longtemps que je ne suis pas retourné au Domaine.
Kaünis haussa les épaules, et commença à défaire ses bandages car on voyait qu’elle avait saigné en dessous ; il fallait qu’elle se nettoie et qu’elle les change. Elle avait atterrit près d’une sorte de petit lac souterrain, c’était parfait.
Elle entendit clairement le sifflement de surprise de l’homme quand ses bras furent à nu, et elle frissonna doucement quand il vint se glisser derrière elle pour écarquiller les yeux devant ses blessures.
- On ne t’as pas ratée dis-donc.
- Ouais
elle ne précisa pas qu’elle s’était faite ça toute seule, elle n’en avait pas vraiment envie. La main de l’homme glissa sur sa tenue de cuir, dans son dos, et un frémissement traversa son sexe à ce léger contact. Au fait, je m’appelle Kaünis.
Il retira sa main, se recula légèrement pour la détailler.
- C’est toi qui est recherchée ?
- Ouais,
répondit-elle en se tendant légèrement. Est-ce qu’il allait vouloir l’immobiliser pour la faire prisonnière ?
Contre toute attente, il lui sourit, et replaça une mèche de cheveux derrière son oreille, la faisant légèrement rougir par ce geste simple.
- Moi, c’est Tareb. Elle ne put s’empêcher de lui adresser un petit sourire. Se passant la langue sur les lèvres, elle mit les mains dans l’eau fraîche du lac souterrain pour s’en badigeonner les bras. Mais alors qu’elle se redressait un peu, elle sentit les lèvres de Tareb dans son cou, et son ventre s’enflamma.

[ - 18]:
 

* *


Quand elle reprit pied avec la réalité, elle était allongée sur le dos, contre le sol froid d’une grotte souterraine allumée par des sphères graphes.
Elle mit un certain temps à se souvenir de la manière dont elle était arrivée là, se remémora sa traversée du pont de pierre ; et enfin elle ouvrit brusquement les yeux.

Son regard tomba sur les deux corps d’homme, de chaque coté d’elle.
Nus. Comme elle. Presque en elle. En tout cas de part et d’autre de son corps..
Figés dans la glace.
* Et meeeeeeeerde… *

Elle était vraiment incapable de se gérer, hein ?
Frissonnant de froid contre les deux corps gelés,  elle se redressa lentement, l’esprit tournant à cent à l’heure. Ses bras étaient très douloureux, et elle se traîna jusqu’au lac pour y passer de l’eau fraiche qui lui fit le plus grand bien. Elle prit des bandages propres dans ses sacoches de taille, et entreprit de se soigner encore. Elle en avait encore pour une dizaine de jours, avant que les bandages ne soient plus nécessaires, environs.

Elle se rhabilla prestement, et son regard retomba sur les deux corps à jamais froids.
Elle haussa les épaules.

Prit la direction d’un boyaux qu’elle connaissait, plus loin dans l’ombre.
C’était un endroit vide, que seules les Envoleurs pouvaient connaître, après tout.

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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Dim 06 Mar 2016, 06:12

Azren

Never enough that I gave to you


Azren tournait et retournait la situation dans sa tête, sans trouver de réelle solution.
Son sang bouillait dans ses veines. Soixante-neuf ans de vie bouillonnant dans tout son corps. Et si ses genoux le faisaient parfois souffrir, son existence était loin d’être terminée.
On le traitait de fou. Soit. Il se fichait bien des rumeurs à son sujet. C’était comme ce murmure de couloir qui disait qu’il était le cousin de l’Empereur. Il ne faisait rien pour la démentir, à quoi bon ? Lui savait à quoi s’en tenir.

C’était d’ailleurs ce qui avait commencé à le tourmenter des semaines plus tôt. Parce qu’aucun avis de recherche sur ses Envoleurs ne lui échappait – il avait ses informateurs partout dans l’Empire – et qu’il avait appris que Kaünis Gil’Ozh elle-même était recherchée.
Il s’était d’abord offusqué que sa capture ne s’élève qu’à 2 000 pièces d’or : un joyaux pareil ? Ce diamant à l’état pur ? Elle valait bien plus que cette modique somme ! Cependant, il avait bien vite révisé son jugement : personne de suffisamment expérimenté ne lui tomberait dessus pour si peu.
En tout cas il en était persuadé jusqu’à ce que Voïmakas ne lui dévoile que le frère jumeau de ce traître de Fried  s’en était pris à elle, et avait péri de sa Greffe.

Ah, cette Greffe.
Il en était fier. Un joyau à l’état brut, n’est-ce pas ? Il avait découvert ce jour-là la profondeur de l’âme de la jeune fille ; toute cette rage, cette colère qui coulait en elle. Il ne comprenait pas quelle était sa source, mais il savait une chose : seule la volonté de cette Envoleuse faisait qu’elle n’en devenait pas folle. Admiratif devant tant de contrôle, il lui avait donné cette nouvelle clef ; celle qui lui ouvrirait toutes les portes du monde à sa portée.

Cependant, cela pouvait également être une limitation, si elle ne parvenait pas à contrôler toute sa colère, et la nouvelle qui découlait du pouvoir de l’Imagination. Cela avait été le cas, de ce qu’il en savait. Mais il avait mis tout un tas d’indices sur le chemin de l’Envoleuse pour qu’elle puisse trouver la paix avec elle-même.
La rose. La Greffe. Les lames. Les Envoleurs.
Elle revenait vers le Domaine, d’ailleurs, et il se rendait compte qu’il attendait son retour avec impatience. Une grande impatience. Une impatience que, du haut de ses soixante-neuf ans, il n’avait jamais ressentie. Elle faisait palpiter son vieux coeur vaillant, mais les rides sur ses yeux n’en étaient que moins creusées.
Se passant une main dans ses cheveux d’un blanc immaculé, le Mentaï poussa un soupir.
Un son léger interrompit le fil de ses pensées.
- Entrez.
Son informateur poussa doucement le battant de la porte de son bureau, et la referma précautionneusement derrière lui.
- Elle est là.
- Demandez-lui de passer.

Le Mercenaire hocha la tête et se glissa dehors. Azren se demanda si l’Envoleuse viendrait le voir. Elle était si imprévisible, si entêtée… Tellement indomptable et incompréhensible, même pour lui qui avait pourtant son expérience pour lui. Déroutante.

Alors qu’il se laissait aller dans le dossier de son siège, trois coups retentirent sur la porte, mais il n’eut pas le temps de dire d’entrer que cette dernière s’ouvrit, faisant flamber une pointe de colère dans son esprit.
Flambée qui se calma immédiatement quand il reconnut la silhouette de la jeune femme en face de lui. Il ne parla pas tout de suite, commençant par la détailler.
Elle avait délaissé sa vieille chemise trop grande pour un corset de cuir qui dégageait totalement le tatouage qu’elle arborait entre les seins, mettant sa taille fine en valeur au passage. Ses longs cheveux lisses et noirs cascadaient sur ses épaules, et il ne put s’empêcher de froncer les sourcils en voyant les larges bandages qui recouvraient l’entièreté de ses bras… Et de pincer les lèvres en découvrant des sillons cicatriciels sur son visage si délicat.

Sa colère explosa alors qu’il se redressait brutalement en envoyant valser son fauteuil. Faisant le tour à grands pas de son bureau, il s’approcha de la jeune fille et lui saisit le menton à un endroit où sa peau n’était pas à vif en serrant un peu trop, ayant du mal à contrôler sa rage.

- Qui t’as fait ça? demanda-t-il dans un murmure infiniment menaçant. Il allait torturer cette personne et la jeter dans la fosse aux monstres qu’ils invoquaient.
- Lâchez-moi. La voix glaciable de Kaünis le tira de ses rêves sanguinaires, et il la lâcha si brusquement qu’ils vacillèrent tous les deux. Elle planta son regard sombre dans le sien, et il peina à déglutir soudain. J’ai fait ça toute seule, comme une grande.
Il voulut protester. La forcer à lui dire qui elle protégeait comme ça : Ce satané Sangrelune ? Mais la flamme dangereuse dans le fond des pupilles de Kaünis le dissuadèrent, lui, Azren Trill, de le faire. Parce que cette flamme était celle de la rage couplée à la culpabilité.

Il poussa un soupir, se passa rapidement la main dans les cheveux. Non, décidément, il ne pouvait pas la laisser comme ça. Ces hideuses cicatrices allaient ternir son éclatante beauté. Il relève les doigts vers elle, mais elle recule d’un pas. Pourquoi il se sent blessé tout à coup ?
- Je peux te soigner, si tu me laisses faire.
Il la voit hésiter, et le fixer longuement. Ne bouge pas, comprenant qu’elle est en pleine réflexion. Oui, lui, Azren Trill a passé les deux premiers cercles des Rêveurs. Il est capable de nettoyer ces cicatrices pour qu’il n’en reste plus traces.
- D’accord.
Il reste surpris un instant, se demandant s’il a bien entendu. Il voulait cette réponse, mais ne l’avait-il pas imaginée ? Apparemment pas, puisque c’est au tour de la jeune femme de s’approcher de lui, et de planter son regard dans le sien, lui tirant un léger sourire.

Il prit son menton avec une infinie délicatesse, cette fois, et ferma les yeux. Se glissa dans cette dimension presque similaire à l’Imagination, faite de nœuds et d’énergie plutôt que de possibles.
Quand il ouvrit les yeux, une dizaine de minutes plus tard, le visage de Kaünis semble comme neuf et luit doucement dans la pénombre de la pièce. Ses bras sont encore cachés par les bandages, et Azren commence délicatement à les enlever, tirant sur le tissus pour le décoller de sa peau de porcelaine. Il sait qu’en dessous, quelques cicatrices sont encore visibles, mais elles disparaitront bien vite. Quand les rubans blancs sont déroulés sur le sol, il voit la jeune Envoleuse passer ses mains sur ses bras, et un frisson remonter sur sa peau.
Un sourire satisfait étire les lèvres d’Azren.

Son regard glisse sur les bras de Kaünis, sur la peau marquée de ces signes chaotiques et si représentatifs sur sa poitrine… Tant de beauté commence à l’effrayer. Il se sent happé.
Non, il a soixante-neuf ans, il n’est plus frais comme un cardon.
Mais alors qu’il allait faire demi-tour pour retrouver son fauteuil, elle bougea.
Si vite qu’il douta un instant que ce mouvement soit réel…
Par contre la succulence de ses lèvres sur les siennes l’était bien, réelle. Il voulut se dégager, reculer d’un pas, mais il sentit le bout de ses seins emprisonnés par son corset affleurer son torse.

Il était vieux, mais loin d’être croulant.
Et ses bas instincts le poussèrent à épancher cette frustration qu’il gardait en lui depuis trop longtemps. Les vannes étaient ouvertes. Cela faisait des années qu’il gardait un œil sur le diamant à l’état pur qu’était Kaünis. Comment ne pouvait-il pas l’avoir vu venir, l’avoir voulu venir, cette opportunité ?

Opportunité éphémère il le savait.
Surtout si Voïmakas lui mettait la main dessus.

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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Dim 06 Mar 2016, 07:10

Voïmakas

Effarement



Se massant les tempes, le Mentaï ferma les yeux. Mais Hien n’en avait pas fini.
- Sérieusement, elle se met beaucoup trop en danger. Elle a tué deux des nôtres sans le vouloir! Il faut que tu la remettes sur le droit chemin, Voï. Ça va mal finir cette histoire, je le sens.
Il poussa un long soupir.
Oui, ils avaient retrouvé Tareb et son apprenti gelés dans les grottes souterraines d’Al-Far. En soi, ce n’était pas très grave, Kaünis n’était pas la première à mettre fin à la vie d’autres Envoleurs. Cela faisait partie du pourcentage de perte, et du fait que les Envoleurs n’étaient pas des soldats, mais des têtes pensantes.
Cependant, ce qui inquiétait plus Hienovarainen – et lui donc ! - c’était qu’ils avaient tous les deux été retrouvés nus, et surtout à moitié en érection. Alors qu’ils étaient en train de dégeler.
Est-ce que Kaünis avait subit cette… « attaque » ? Ou au contraire… Non, non, il ne voulait pas penser à ça. Cela voulait donc dire que tout était si héréditaire, alors qu’il n’avait jamais parlé de ses penchants à sa fille, et que jamais il n’avait donné aucun indice là-dessus.
- Je sais. J’ai aussi ce mauvais pressentiment. Mais… Aborder ce sujet avec elle ? Elle va m’étrangler.
- Il vaut mieux que ce soit toi que moi.
- Certes.
Oui, elle avait parfaitement raison. Il avait toujours été plus proche qu’elle de leur fille, et avait toujours eu une certaine autorité sur elle… Mais il avait peur que tout cela vole en éclats après une telle conversation. Cela dépendant sans aucun doute de la manière dont il s’y prendrait, mais quand même. Il ne voulait pas perdre sa fille.
Pour rien au monde.

Se prenant la tête dans les mains, le Mentaï sentit ses épaules s’affaisser doucement mais sûrement. Était-ce le désespoir qu’il sentait poindre le bout de son nez ?
La main de Hien sur son épaule, et remontant sur sa nuque, le tira de son état morne.

- Besoin d’un petit remontant ? demanda-t-elle dans un sourire malicieux… Qu’il ne put s’empêcher de lui rendre.
- Hum, ça  pourrait aider oui !


* *


- Les Ts’Liches ne sont pas très malins d’avoir lancé cette gamine au Domaine. Franchement, comme si on ne se méfiait pas de ceux qui viennent s’ajouter à nos rangs. Surtout chez les Envoleurs.
- Certes, mais elle est très bien conditionnée. Naïs fait un sacré boulot, mais ce n’est pas gagné, et cette gamine voudra nous tomber dessus à un moment ou à un autre. Elle est le toutou des Ts’Liches mais elle s’en attribue toute la puissance…
- De toutes façons le débat est clos. L’oeuf contenait un petit mort, cela nous fait un moyen de pression de moins. Il va falloir trouver autre chose pour leur tenir la laisse.
- Ils ne nous couperont pas l’Imagination, on concourt pour l’instant dans un but similaire au leur…


Trois coup frappèrent à la porte, faisant sursauter les trois Mentaïs en pleine discussion. Voïmakas sut immédiatement que c’était sa fille qui se pointait, et poussa un soupir.
Elle entra sans demander la permission, comme à son habitude, et Taram comme Azren se redressèrent sur leur chaise. Voïmakas ne pouvait s’empêcher d’être fier de sa fille, elle était si belle ! Mais il remarqua immédiatement que les marques de griffure sur son visage et ses bras avaient disparu. Enfin, presque, pour les bras, mais totalement pour le visage. Elle était passée chez un Rêveur ? Cela ne lui ressemblait pas.

- Ma grande !

Il la vit couler un regard sur Taram et Azren, et revenir sur lui. Un demi-sourire étirait ses lèvres, mais elle demanda effrontément :
- SI je vous dérange je reviens après…
- Non non, nous avions fini. Merci Taram, Azren. On en reparle,
 dit-il rapidement, congédiant ainsi ses deux collègues.

Ils se levèrent à l’unisson en saluant Kaünis, et cette dernière les suivit du regard avec insistance, faisant froncer les sourcils à son père. Mais il se reprit bien vite quand elle ramena toute son attention vers lui, plantant son regard dans le sien.

- Tu voulais me voir, Papa ?
Il hocha la tête… Ne sut pas par où commencer. Lui demanda donc de s’asseoir, en fait, cela serait plus simple. Prenant une inspiration, il sentit déjà poindre le mal de crâne alors qu’il n’avait pas commencé. Bon, par quel bout pouvait-il prendre tout ça ?
- Est-ce que les noms de Tareb et Jilanu te disent quelque chose ? Il la vit se tendre. Bingo.
- Oui… Pourquoi ? Il accueillit cette question en glissant ses mains sous son menton. Poussa un petit soupir.
- On les a retrouvés gelés, dans les souterrains d’Al-Far. Gelés et… prêts à l’action. Est-ce qu’ils ont abusé de toi ?
- On s’en fout, ils sont morts.
- Kaünis !
son nom claqua dans la bouche du Mentaï, et il la vit se renfrogner. Mais au moins, elle répondit, alors que l’inquiétude mordait ses entrailles.
- Non. C’est que… J’ai pas pu me contrôler. Elle avait dit ça avec un aplomb déroutant, les yeux dans les siens, sans rougir, et soudain ce fut au tour du Mentaï de se sentir très mal à l’aise. Prévisible…
- Ma chérie, je…
- Je fais ce que je veux de mon corps. Désolée de les avoir tués, ce n’était pas dans mes intentions.
- Kaünis, tu dois te contrôler. Ça va mal finir.
- C’est déjà le cas.
- C’est-à-dire?
- Laisse tomber.
- Non !
cria-t-il brutalement. Il se reprit immédiatement et continua d’une voix plus douce : Non, je ne veux pas que tu te détruises, Kaünis. Tu es la chose la plus précieuse de ma vie, tu le sais. Je… il prit son souffle, le relâcha, n’en revenant pas d’en arriver là. J’ai les mêmes penchants que toi. Les jeux de domination rendent vivants, il faut juste les pratiquer avec… confiance. Choisir les bons partenaires.
- Et Azren, c’est un bon partenaire ?
lança-t-elle, soudain dédaigneuse.
Voïmakas ouvrit la bouche. La referma. L’ouvrit encore… L’information venait de faire le tour de son cerveau. Il sentit la colère fondre sur lui, comme un trait de flèche file sur sa cible, avec une précision infaillible.
- QUOI ?! Azren, vieux fou ! Mais alors qu’il allait contacter son collègue par l’Imagination, le ricannement moqueur de Kaünis le ramena à la réalité et souffla toute sa haine.
- Hinhin, c’est tellement facile.
- Tu veux dire que… ?
- Non, c’est pas une blague. Mais t’en prends pas à lui. Il a juste voulu me soigner…
fit-elle en désignant son visage.
C’est Azren qui l’a guérie. Putain, mais cette gamine est impossible ! Il a plus de quatre fois son âge !
Il se massa les tempes, alors que la migraine bombardait sa tête violemment.
- Papa, je t’aime, mais c’est ma vie. J’en fais ce que je veux…

Il ne pouvait pas la contredire…
Et ne l’arrêta pas lorsqu’elle disparut derrière le battant de sa porte.

Il était juste totalement désemparé.

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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Lun 07 Mar 2016, 23:15

Kaünis

Look I’m still around !



Kaünis se laissa aller en arrière, contractant tous ses muscles profonds, coudes écartés et mains derrière la tête. Elle sentit ses doigts effleurer le sol sablonneux de l’arène d’entraînement, prit une inspiration, remonta à la force des abdominaux.
Jusqu’à ce que son corps proteste, que tous ses muscles se mettent à trembler, que sa tête bourdonne violemment. Alors, elle continua. Encore et encore.
La fine couche de sueur sur sa peau attirait les grains de sable qui voletaient à cause du vent, se glissant dans ses cheveux.
Elle ne s’arrêterait que lorsqu’elle aurait fini.
Trente contractions plus tard, elle détacha ses jambes et s’écroula sur le sol pour reprendre son souffle. Mais un petit sourire triomphant étirait ses lèvres, et elle se redressa rapidement, s’époussetant avec détermination.

Le bruit de l’immense porte de l’arène d’entraînement la fit se tourner, et elle vit trois personnes entrer. Poussant un soupir – elle ne pouvait jamais être tranquille – elle s’étira rapidement et se glissa dans les gradins. Juste par curiosité, parce qu’apparemment c’était un début de cours, et qu’elle avait envie de regarder.

Les deux plus jeunes se mirent à courir sur la piste de sable, et Kaünis vit l’Envoleur se diriger vers elle alors que les autres s’activaient.
L’homme devait avoir une trentaine d’années, peut-être un peu plus. Ses cheveux d’un châtain cendré mettaient en valeur le bleu nuit de ses yeux, et il s’accouda au gradin devant l’Envoleuse avec un demi-sourire sur les lèvres.

- Gil’Ozh ? demanda-t-il d’une voix un peu trop provocatrice au goût de Kaünis, qui remarqua très bien son manège, alors qu’il tentait de garder ses yeux dans les siens, mais qu’ils ne cessaient de descendre. Elle fit claquer ses doigts devant son visage.
- Hého, c’est là que ça se passe.
- C’est pas ce qu’on dit…

Il ne vit pas arriver la formidable droite qui lui écrasa la pommette au passage. Kaünis sentit même l’os s’effriter sous son coup, et elle prit une grande inspiration en levant le menton, dédaigneuse. L’homme sembla surpris qu’elle ai pu le prendre de vitesse, mais une nouvelle lueur venait de naître dans son regard. Qu’il garda planté dans celui de Kaünis cette fois-ci.
- Ça te dirait de m’aider à enseigner l’humilité à ces deux gosses ?
Soudain intriguée, Kaünis pencha légèrement la tête sur le côté, mais prit le temps de détailler les deux gosses en question, qui tournaient toujours en courant autour de l’arène. Deux mecs, oui, qui devaient avoir entre dix-huit et vingt ans. Elle haussa les épaules : pourquoi pas après tout. Ça dépendait ce qu’il voulait qu’elle fasse.
- Ça dépend.
- Un combat, deux contre un…
Kaünis ne réfléchit qu’un instant.
- Où ils en sont ? l’Envoleur haussa les épaules.
- Pas mal.
- D’accord.
Ils échangèrent un sourire, et l’homme tendit sa main ouverte à Kaünis.
- Laön.

La jeune Envoleuse lui adressa un sourire, et il se redressèrent de concert. Laön tenta de se masser la joue, mais en ôta rapidement ses doigts, sans doute à cause de la douleur, et cela tira un sourire mauvais à Kaünis qui se glissa par dessus le pare-botte de l’arène avec souplesse et dangerosité, se plantant devant les deux gamins qui pilèrent net dans leur courses, avant d’échanger un regard d’incompréhension.

Mais leur Maître arriva et se glissa derrière Kaünis qui s’était installée confortablement, les mains sur les hanches. Elle se sentit détaillée par les deux apprentis, mais ne bougea pas d’un pouce, alors que Laön grimaçait de douleur en passant à côté d’elle.

- Falko, Till, voici Kaünis, dit-il en désignant la jeune femme du menton. Vous devez essayer de la toucher, avec vos lames. Il pencha la tête vers Kaünis, et continua doucement. Vous allez voir que le corps est une arme, à lui seul. Mais ne prévoyez pas le combat, vivez-le. Ne pas donner d’indice à votre adversaire, se centrer sur soi-même…

Kaünis ne put s’empêcher d’avoir un sourire alambiqué sur les lèvres : oh, elle n’avait pas le droit d’utiliser ses jouets ? Bon, tant pis, mais dans ce cas, il fallait qu’elle les pose. Saisissant chacune de ses lames en croisant les bras, elle les dégaina pour les faire briller dans un rayon de soleil, avant de les planter dans le sable de l’arène, et de s’en éloigner suffisamment, faisant face à ses deux jeunes adversaires.

Elle redressa le menton, et le « C’est parti » de Laön retentit dans l’air. Les deux jeunes hommes dégainèrent immédiatement et commencèrent à lui tourner autour.

L’Envoleuse décroisa les bras et assouplit ses articulations dans une garde sommaire mais parfaite, tandis que les deux apprentis se concertaient du regard.
L’un la prit de devant, alors que le second tenta de lui tomber dessus dans son dos. Elle s’effaça d’un mouvement efficace des épaules, roula en arrière, bondit sur ses jambes, sauta à nouveau au dessus d’une lame.
Son talon s’enfonça juste en dessous d’une clavicule, coupant le souffle à celui qui devait s’appeler Falko, et elle retomba sur son autre pied pour se baisser sous un coup circulaire, avança en pliant les genoux, attrapa le mollet du gamin et y enfonça ses ongles brusquement.

Cela lui tira un cri, alors que l’autre titubait, ayant du mal à s’en remettre. Il trébucha alors qu’elle se dégageait en roulant sur le côté, et elle se remit sur pied en utilisant son élan. Roulant des épaules pour les détendre, elle se remit en position de garde, mais le premier apprenti avait apparemment l’épaule déboitée, et l’autre se relevait à peine.
Elle jeta un coup d’oeil à Laön, qui semblait impassible… Mais elle vit l’assentiment dans ses yeux. * Parfait *
Elle laissa Till se relever, et nota avec satisfaction les filets de sang sur son mollet, tout comme la lueur noire et rageuse dans son regard. Elle sourit durement, fière de son effet. Il fit voler sa lame autour de lui mais cette fois ne lui fonça pas dessus comme un demeuré. * Bah voilà *

Elle se contenta d’esquiver toutes les tentatives suivantes du jeune homme qui tentait de l’atteindre. Il se débrouillait pas si mal, mais la sous-estimait toujours, parce qu’elle n’attaquait pas. Quand elle entendit le soupir exaspéré du Maître Envoleur derrière elle, une lueur s’alluma dans ses yeux, et Till la capta.

Soudain, elle bougea.
Etait-ce possible de se déplacer à cette vitesse ? Elle passa sous son coude, effleura ses omoplates, dansa de l’autre côté et frappa.
Sur le haut de son torse, à peine deux centimètres au dessus de son sternum. Elle le vit suffoquer un instant, et il s’écroula soudain. Le rattrapant avec vivacité, l’Envoleuse poussa un petit soupir et leva les yeux vers Laön. Il hocha la tête lentement, s’approcha de son premier apprenti pour lui remettre l’épaule en place, puis du second.

Le point d’éveil.
Il sortit brusquement de l’inconscience en balbutiant quelque chose d’incompréhensible. L’Envoleur le redressa sur ses deux pieds abruptement, et croisa les bras sur son torse en détaillant ses deux apprentis.

- Deux gaillards comme vous se faisant ratatiner par une fille… comme elle ?

Kaünis éclata de rire, se mordant l’intérieur de la joue. Parce qu’elle voyait bien la lueur  d’incompréhension dans le regard de l’un et celle de rage pure dans celui de l’autre. Et cela l’amusait au plus haut point.

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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Mar 29 Mar 2016, 23:58


Whispers in the Dark

Voïmakas

[ 24 ans ] Enchantement


- Félicitations Voïmakas ! Alors maintenant que tu as passé ton dernier examen, tu vas faire quoi ?

Le Dessinateur sourit à son ami, levant les yeux au ciel tout en haussant les épaules. Mais un sourire étirait ses lèvres : il était tellement ravi d’être parvenu à réaliser tous les exercices demandés par les examinateurs que tout lui semblait désormais accessible.
A l’Académie des Dessinateurs d’Al-Chen, il était dans les meilleurs, certes, mais par conséquent les professeurs avaient toujours été particulièrement exigeants avec lui. Ils tentaient de le repousser dans ses retranchements et cet examen n’était pas passé loin de lui faire tutoyer ses limites. Il n’en avait rien montré, mais il le savait.
Quelque chose en lui s’était plié, et l’Imagination semblait avoir ondulé pour lui à un moment, il s’était demandé s’il allait pouvoir réaliser cette sculpture délicate d’arbre correctement plusieurs fois.

Au dernier moment, il avait compris une chose essentielle : la seule limite à l’Imagination c’était l’image que l’on s’en faisait. Il fallait percevoir les chemins, se glisser le long de ces derniers, les arpenter avec l’esprit ouvert pour pouvoir appréhender les sentiers non battus.
Plus qu’une immense toile, l’Imagination était un monde à part entière.
Alors que jusqu’alors il s’était toujours contenté de réussir à produire des créations une par une avant de les faire basculer dans la réalité, un fil avait attiré son attention, au dessus de la toile des possibles.
Une sorte de troisième dimension alors qu’il avait perçu l’Imagination comme un espace en deux dimensions durant presque toute sa vie. En tout cas, c’était l’image qu’il s’en était faite.
Une image qui avait pris une profondeur inédite alors, lui permettant de créer cette figurine à foison, en un seul coup. Il avait cependant décidé qu’une trentaine suffirait, et le bouquet de créations était apparu d’un coup devant les trois Analystes, tirant une lueur surprise dans leurs yeux.
Il avait bien fait de ne pas en faire plus. Mais il avait envie d’éprouver ce nouveau talent, et il le ferait sûrement en privé.

- Tu le sais bien, Saïko. Le chemin qui mène à devenir Sentinelle est désormais un possible atteignable pour moi ! répondit-il à son ami dans un clin d’oeil.
- T’as raison, grand chef ! Viens,on va fêter ça ! Mais Voïmakas secoua la tête de gauche à droite, un sourire mystérieux dans le creux de la joue.
-  Carrément !  Observant le visage de son ami, Voïmakas fronça imperceptiblement les sourcils. Toi, tu as une idée derrière la tête, fit-il en fronçant légèrement les sourcils.
- Rah, tu me connais trop bien ! Ouais, j’ai une bonne idée, et je suis sûr que ça va te plaire !  
Le Dessinateur éclata de rire, soudain très intrigué par l’expression de Saïko.
- Ok, je te suis alors !


* *


Il remontèrent les rues d’Al-Chen un moment, arpentant d’abord l’allée principale où se déroulait le marché. Même à une heure tardive, alors que le soleil était couché depuis une bonne heure, l’endroit regorgeait de vie et de lumière, dispensée par les sphères lumineuses.
Ils longèrent l’allée sur toute sa longueur ou presque, en arrivant de l’Académie de Dessin, avant que Saïko ne tourne dans une première ruelle perpendiculaire. Voïmakas eut peur de s’enfoncer dans un coupe-gorge, mais la rue était encore suffisamment large et éclairée pour ne pas donner cette impression. Par contre, quelques personnes habillées bizarrement selon les critères du Dessinateur arpentaient la rue et leur adressèrent un signe de main quand ils les croisèrent.

- Tu sais où on va comme ça ?
- Ouais, t’inquiète. Je te connais mon vieux, je suis certain que tu adoreras.

Voïmakas haussa les épaules. Après tout, ce n’était pas comme s’il était sans défense, et il faisait confiance à son ami pour le reste.
Finalement, ils tournèrent encore une fois dans une ruelle beaucoup plus étroite cette fois-ci, et le Dessinateur fronça les sourcils alors que Saïko s’arrêtait près d’une porte en bois. Il tapa trois fois rapidement, puis deux coup de plus plus lentement et une petite trappe s’ouvrit, découvrant un œil.
- Mot de passe ?
- Les serpents sont des cordes amorphes sussurrantes.

Voïmakas haussa un sourcil mais ne fit aucun commentaire alors que son ami lui adressait un clin d’oeil. La trappe se referma brusquement, avant que la porte ne s’ouvre presque immédiatement.
- Rentrez donc, avec ton ami, Saïko. Tu connais les règles de la maison, donc…
- Ouais, c’est bon. Je m’occupe de tout lui expliquer, mais d’abord il va juste regarder avec les yeux.


Le jeune homme semblait soudain avoir pris une assurance qu’il n’avait pas habituellement, tirant un froncement de sourcils à Voïmakas qui l’interrogea du regard. Mais Saïko ne semblait pas décidé à lui en dire plus, l’invitant plutôt à le suivre d’un mouvement de la main.
Intrigué, mais surtout absolument curieux de comprendre d’où cette odeur de transpiration mêlée à quelque chose de plus âcre venait, le Dessinateur lui emboîta le pas.
Ils s’engagèrent dans un couloir où les murs étaient recouverts de tissus rouges tendus qui donnaient une ambiance feutrée à l’atmosphère. Voïmakas commença à comprendre dans quel genre d’endroit ils se trouvaient alors que des bruits clairs de femme jouissant parvenaient à ses oreilles.

- Tu m’as emmené dans un bordel ? T’es sérieux ? murmura-t-il à l’intention de Saïko. Ce dernier secoua la tête.
- Non, rien à voir. Viens regarder, plutôt, tu comprendras mieux.
Ils passèrent un angle, et une première pièce se découvrit au regard de Voïmakas, qui s’était tendu, un peu mal à l’aise.

Son regard glissa sur les canapés au style très rococo, avant de tomber sur les lanières de cuir qui pendaient du plafond bas. Des grilles reposaient sur le côté, tout comme un tas d’objets plus ou moins contondants, alors que les gémissements de femme devenait plus fort.
Il finit par poser ses yeux sur le groupe de personnes dans le coin opposé de la pièce.
La femme était attachée, poignets et chevilles formant un X parfait, et trois hommes semblaient bien s’amuser avec elle, alors qu’un quatrième les regardait assis sur le canapé.

Ce fut ce quatrième homme qui repéra leur présence, alors que la femme levait les yeux vers eux. Elle semblait… à la fois ravie et en souffrance. Cela éveilla des instincts très primaux chez Voïmakas.
- Saïko ! Viens te joindre à moi, qu’est-ce que tu fais si loin ? Oh, tu as un ami…
- Dindel, je te présente Voïmakas. Il n’est pas encore… initié.

L’homme tourna son regard perçant vers le Dessinateur, qui plissa les yeux tout en ayant du mal à déglutir.
- T’as l’air réceptif, mon gars... commença-t-il avait de se tourner vers les trois hommes qui ne cessaient d’asticoter la femme. Hé les mecs, laissez ma soumise un peu, qu’on regarde comment le petit nouveau se débrouille ! lança-t-il avait de porter son attention sur Voïmakas.

Qui, lui, avait le regard rivé sur la fille qui avait poussé un petit soupir où se mêlaient clairement soulagement et frustration. Elle leva les yeux vers lui, incapable de parler à cause d’un truc dans sa bouche, mais elle semblait le mettre au défi du regard.
Il déglutit lentement.

- Si tu veux rester par ici, la première chose est de faire de ton mieux pour tenter de faire jouir cette demoiselle. Et elle n’attend que ça, hein Ga’ ? la femme hocha la tête vigoureusement et son regard brilla de provocation. Mais elle n’a pas le droit de le faire. Du coup, si tu arrives à la faire venir alors qu’elle ne doit pas, tu auras au passage le droit de la punir. Tu en penses quoi ?

Le sang bouillait dans les veines de Voïmakas.
Ce regard… Ouais, il allait le faire. Ils croyaient peut-être qu’il n’en était pas capable, c’est ça ?



Hienovarainen

[ 18 ans ] A shade of who I could be



Clignant des paupières pour ajuster ma vision à la nouvelle luminosité, je ne peux m’empêcher de pousser un petit soupir.
En cet instant, je déteste Shun. Véritablement. M’imaginer en train de lui lancer des poignards dans les yeux me calme momentanément, mais la rage continue de bouillir dans mes veines.
Je déteste cet endroit. Il me rappelle de trop mauvais souvenirs. Et je suis presque certaine que c’est exactement pour ça que mon Maître a décidé de m’y envoyer, au fond. * Sale sadique *
Je ne peux pas vraiment faire autrement, en réalité. Le nombre de fois où j’ai tenté de résister aux ordres de mon mentor me sautent à la figure. Autant de fois où je suis passée à un cheveux de la mort, bravant celui qui était censé me guider sur le chemin du Chaos. Il n’avait jamais lésiné sur les menaces, encore moins sur leur mise à exécution. Certes, il m’a rendu mon doigt, mais pour ça j’ai dû attendre trois jours le temps d’atteindre Ondiane, la dernière fois. Et chevaucher avec le pouce droit en moins, c’est vraiment merdique.

Un bruit attire mon attention, me tirant de mes pensées aussi efficacement qu’un seau d’eau froide dans la tronche. Je me plaque un peu plus contre le mur, alors que les pas de deux personnes passent vraiment près de moi.
Je jette un coup d’oeil discret par l’interstice de la tapisserie avant de me redresser sans bruit malgré tous mes muscles qui protestent parce que je suis restée recroquevillée sur moi-même trop longtemps.
C’est lui ! Dindel Wil’Wallya.
Shun m’a demandé de trouver la broche qu’il n’enlève que dans cet… endroit. On ne peut pas décemment appeler ça un établissement, puisque ce sont des « jeux » privés qui s’y déroulent. J’attends qu’il passe sans un bruit et me dégage de la petite commode derrière laquelle j’étais planquée pour le suivre à pas de loups, parfaitement silencieuse.
Il se dirige vers la première salle de jeux et s’installe sur un canapé. Il a l’air d’attendre quelqu’un, aussi je passe la porte rapidement avant de me glisser le long du mur, ombre parmi les ombres, pour prendre les escaliers en bois et monter à la mezzanine ouverte par le centre. C’est là-haut que sont les pièces dans lesquelles Dindel cache ses effets personnels. Il va falloir que je sois parfaitement silencieuse. Je n’ai pas droit à l’erreur.

Je parviens à entrer sans me faire repérer dans une première pièce. Regardant autour de moi, je ne vois que des bouquins et une sorte de pouponnière. Mais à quoi ça sert un truc comme ça dans un endroit pareil ? Secouant la tête, je m’avance dans la pièce pour commencer à fouiller.
Des bruits dans la pièce principale augmentent mon niveau de stress, mais je ne me déconcentre pas, me contentant de continuer à farfouiller dans les bouquins, les tiroirs et les feuilles sur le bureau tout en gardant une oreille attentive du côté de la porte.

Il n’y a rien ici.
Me retenant de grogner seule pour ne pas faire de bruit, je prends une inspiration, avant de m’accroupir pour franchir la porte pour retourner sur la mezzanine qui s’ouvre sur la pièce principale. Refermant le battant avec application, je commence à me diriger vers la seconde porte. Il n’y en a que trois, de toutes façons, donc cela sera vite réglé.
Cependant, des gémissements me font froncer les sourcils et attirent mon attention tout en piquant ma curiosité. Je ne peux m’empêcher de jeter un coup d’oeil en bas… Et me fige un instant. Mon souffle s’emballe alors que je vois Galiena attachée, les membres en X, qui fixe un homme en particulier. Les voix me parvienne soudain distinctement.

- Allez, tente le tour pour le tout, Voïmakas. Et Saïko, assis-toi voyons. Nous allons pouvoir contempler ton repérage.

L’homme s’avance, et je suis fascinée par sa démarche un peu flottante, mais surtout… Une profonde noirceur émane de lui. Un frisson se glisse sur ma peau, alors que je note ses cheveux châtains et la carrure de ses épaules, ainsi que son profil découpé par la lumière rouge.
Je repère très bien la lueur dans le regard de la seconde apprentie de Shun. Elle est arrivée chez les Envoleur il y a à peine un an, mais elle ne subit ce genre de choses de la part de notre Maître maintenant ? Il a été plus sympa avec elle qu’avec moi… Serrant les dents, je hausse les épaules. Au moins, elle déconcentre l’audience, c’est un fait.

Rampant silencieusement jusqu’à la seconde porte, je me glisse à l’intérieur de cette nouvelle pièce. Un bureau, un vrai. Avec beaucoup de potentielles cachettes. Prenant mon mal en patience, je commence à fouiller minutieusement la pièce.


* *


J’ai enfin trouvé les renseignements que je cherchais, ainsi que la broche que Shun veut absolument récupérer. Il me reste encore une pièce à explorer malgré tout, car peut-être que d’autres indices s’y cachent.
Plaquant mon oreille contre le battant de la porte, j’écoute attentivement pour me rendre compte qu’il n’y a plus personne dans la pièce principale.
Un petit sourire triomphant étire mes lèvres, alors que j’ouvre le battant pour me diriger vers la troisième pièce. Mais alors que j’allais appuyer sur la poignée, cette dernière tourne brusquement et le battant s’ouvre juste devant mon nez.
* Non d’une fiente de Ts’liche ! *
Je n’ai pas le temps de trouver une cachette, alors je fais la seule chose qui peut désamorcer une bombe chez un homme : je me jette sur celui qui sort pour enrouler mes bras autour de ses épaules et l’embrasser à pleine bouche.

C’est le mec qui devait jouer avec Galiena.
Sa bouche est douce, ses lèvres pleines et suaves… S’il semble d’abord surpris, il finit par me rendre mon baiser alors que mes doigts se sont déplacés sur ses nerfs. Pourtant, juste avant que j’appuie sur les points névralgiques, il disparaît.

Pof.
Comme ça.
Plus de corps chaud, plus d’homme contre moi... et je manque de m’étaler en avant, déséquilibrée. Je me rattrape facilement à l’embrasure de la porte, avant de faire volte-face, alors que l’homme me détaille de bas en haut.
Il vient de faire quoi là ? Un pas sur le côté ? C’est un Dessinateur ?  Je ne peux m’empêcher de froncer les sourcils, alors qu’un sourire étire ses lèvres.

- Tu veux que je te fasse la même chose qu’à Ga’, c’est ça ? fait-il à mon intention, alors que sa bouche se tord de satisfaction. J’avais entendu le hurlement orgasmique de Galiena, mais à vrai dire j’étais vachement occupée à forcer une serrure  de tiroir à ce moment-là pour me préoccuper d’autre chose. Redressant le menton, je plante mon regard dans le sien.

- Faudra d’abord m’attraper ! lançai-je juste avant de me jeter par dessus la rambarde de la mezzanine, crocheter le bas de cette dernière pour faire un roulé-développé en avant, avant d’attraper une lanière de cuir qui pendait du plafond et me propulser pour atterrir souplement sur un canapé qui craqua un peu sous l’effet de la pesanteur et de mon poids combinés.
Jetant un coup d’oeil par dessus mon épaule, je croise le regard de l’homme avec un sourire provocateur sur les lèvres, avant de courir en avant pour m’échapper de cet endroit.


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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Mer 30 Mar 2016, 04:42


Whispers in the Dark

Hienovarainen

[ 19 ans ] Push the weak around



J’essaye de bouger dans ces cordes trop serrées qui me cisaillent la peau, mais pas moyen.
Chacune de mes gesticulations vient râper mon épiderme, et je déteste ça. Il faut que je me focalise sur ce que je suis venue faire ici, et pourquoi je me suis mise dans une telle situation. Je dois tuer cet homme. Attendre qu’il soit complètement vulnérable pour faire le job proprement.
Mais les sensations le long de mes nerfs attisent ma colère. Et ma sensibilité. Tout mon corps me brûle, mais je ne peux pas bouger. Si je bouge, c’est encore pire.
Je dois rester parfaitement immobile, alors que cet imbécile nommé Hooly se tient devant moi et finit ses préparations. Les cordes tirent un peu plus sur mes poignets, redressant mon dos… Mais je garde le menton baissé. La rage boue littéralement dans mes veines, et quand il fait courir ses doigts sur ma peau nue, de longs frissons remontent sur cette dernière pour se ficher dans ma colonne vertébrale.
Je vais le tuer. Et le faire souffrir, surtout.
Cette souffrance qu’il pense que j’aime, alors que ce que je cherche à faire depuis des semaines, c’est récupérer des informations sur lui avant de le faire passer dans le monde des morts.
-16:
 



Voïmakas

[ 25 ans ] Fascination



-16:
 

Attrapant ses poignets délicatement, il se glissa dans l’Imagination pour défaire les cordes qui la tenaient droite, caressant délicatement sa peau rougie par le plaisir.
Elle tremblait encore, et il la couvrit de son propre corps, pour la protéger.

Un applaudissement retentit, et Voïmakas redressa la tête, se rendant compte qu’il avait complètement oublié les quatre hommes qui profitaient du spectacle.
- Wahou, et ben ça c’était du show !
Le Dessinateur déglutit doucement, glissant une mèche de cheveux de la soumise derrière son oreille, alors que Hooly s’approchait.
- A moi maintenant !
- Non.
L’homme tiqua un instant devant le ton inflexible de Voïmakas, avant qu’une rougeur s’empare de ses joues.
- C’est ma soumise, et j’en profite comme je l’entends ! T’es qu’un micro dessinateur qui ne sait rien du monde, Voïmakas. Je connais personnellement des Mentaïs qui pourront venir te faire ta fête !

Fronçant les sourcils, l’homme sentit un frisson de peur lui parcourir l’échine alors que celui qui avait ouvert les portes de sa maison le menaçait aussi sérieusement. Il ne comprenait pas pourquoi il en arrivait à de telles extrémités…
Se figea alors que la soumise venait de bouger.
Si vite que son bond en fut flou. Elle s’était coulée hors de son étreinte avec facilité alors qu’il sentait encore son corps palpitant de plaisir contre lui.

Elle se jeta littéralement sur Hooly, et Voïmakas ne comprit pas comment ce dernier put avoir la gorge ouverte si facilement alors qu’elle était parfaitement nue et sans aucune arme… Avant qu’un éclat de lame attire son attention, fusionnant dans l’avant-bras de la femme.
Fronçant les sourcils, ne comprenant pas, Voïmakas recula légèrement alors qu’elle tuait avec tout autant d’efficacité les trois autres hommes qui n’eurent même pas le temps de se défendre.
Quand elle se tourna vers lui, une lueur dangereuse dans les yeux, le Dessinateur la fixa sans rien dire, mais une partie de sa conscience était déjà dans l’Imagination pour faire un pas sur le côté.

Pourtant, elle se contenta de le fixer, elle aussi.
Ses grands yeux sombres le détaillaient avec… avidité ? Il fronça imperceptiblement les sourcils alors qu’elle finissait par hausser les épaules en désignant le corps de Hooly sur le sol.

- Tu sais de quoi ce mec parlait ? Il fallut quelques secondes à Voïmakas pour reprendre son souffle.
- Pour quoi ? Les Mentaïs ?
- Ouais.
Il se passa la main dans les cheveux, soudain mal à l’aise.
- Je suis sur la fin de formation pour être Sentinelle, je sais ce que sont les Mentaïs.
– Sentinelle ? Et tu traines dans des endroits comme ici ?

Cette fois, le jeune homme se renfrogna clairement, baissant le menton et serrant les dents.
- Chacun a ses faiblesses, hein, cracha-t-il. Ce qui tira un sourire à la fille. Un sourire qui l’intrigua.
- T’es Dessinateur. C’est pas une faiblesse. Ou en tout cas, tu peux en faire une force.
Voïmakas fronça les sourcils, pas certain de comprendre ce qu’elle voulait dire. Avant que son expression ne parle pour elle, quand elle ouvrit la bouche.
- Moi, je connais les Mentaïs. Contrairement à ce couillon.
- Vraiment ? Et ?
Elle vrilla son regard dans le sien.
- Je pense que tu es fais pour devenir Mentaï, pas Sentinelle.
Il se pinça l’arrête du nez. Il devait rêver, non ?
- Déjà, d’une, pourquoi je te croirais ? Et de deux, comment peux-tu dire ça ?
Elle s’approcha de lui, dangereuse et féline, et il déglutit avec difficulté, fasciné.
- Crois-moi, j’ai… du nez pour ça ! fit-elle en déposant délicatement ses lèvres sur les siennes.
Ça le fit grogner. Et refermer ses bras autour de ses épaules.
Ils basculèrent sur le canapé où un cadavre avait encore un bras.
Cette fois-ci, ils continuèrent sans corde.


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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Ven 01 Avr 2016, 06:08


Whispers in the Dark

Voïmakas

[ 30 ans ] Amplification



- Voïmakas ? Il faut que je te dise quelque chose…
Le trentenaire fronça les sourcils devant l’air préoccupé de son ami Nasak. Qu’est-ce qu’il pouvait bien vouloir, avec cette mine sérieux et cet air sombre sur le visage ? Suivant le Mentaï, Voïmakas entra dans son bureau, alors que son ami refermait la porte derrière lui. Il le sentit se glisser dans l’Imagination pour insonoriser la pièce et fronça les sourcils.
- Qu’est-ce qu’il y a, Nasak ? J’ai l’impression que tu vas m’annoncer la fin du monde !
L’homme en face de lui se mordit clairement l’intérieur de la joue et un pli se forma sur son front. Voïmalas serra les dents, incertain de savoir s’il voulait finalement être au courant de ce que Nasak voulait lui annoncer.
- C’est à propos de Hien. Je.. Je ne veux pas me mêler de ta vie privée, hein, mais… Tu sais qu’elle couche avec à peu près n’importe qui ?

La tension nichée dans les épaules de Voïmakas s’échappa dans le soupir qui franchit ses lèvres. Il se massa la tempe droite, haussant à peine les trapèzes à l’intention de Nasak.
- Je le sais plus ou moins officieusement, oui. Cela fit écarquiller les yeux au Mentaï en face de lui, lui tirant une ombre de sourire. Il n’était pas sûr d’apprécier que Hien couche ailleurs, mais il ne pouvait pas non plus l’en empêcher.
Et ils s’étaient déjà disputés un nombre incalculable de fois sur ses besoins à lui. Ses besoins de domination, et de défi dans les pratiques sexuelles. Il comprenait qu’elle aille voir ailleurs, même si lui-même s’en sentait incapable.
- Et… ça ne te dérange pas ?
- Si, un peu.
- Et…
- Et je l’aime. Je ne vais pas te raconter ma vie sexuelle, Nasak, et tu le sais.

Le Mentaï eut un petit mouvement de recul surpris, mais finit par hocher la tête.
- Ouais, excuse-moi. C’est que ça me perturbe.
- Ne t’inquiète pas pour moi, d’accord ?



* *


- Non.

Le refus de Hien claqua dans l’air, intraitable.
Comme une gifle qui cingla brutalement la joue de Voïmakas.

- Je ne comprends pas. Tu te plains qu’on ne le fait pas assez souvent, mais tu ne veux jamais... commença-t-il sur un ton presque plaintif qu’il tenta de contrôler tant bien que mal. Tout cela lui paraissait incohérent. En plus, elle allait voir ailleurs. Elle disait qu’elle l’aimait, elle avait tous ces gestes tactiles quand ils étaient ensemble, mais elle ne voulait jamais…
- Écoute, Voï… C’est pas que je ne veux pas faire l’amour, c’est que j’ai pas envie de me retenir quand je suis avec toi. Je veux me laisser aller. C’est le seul moment où je peux lâcher prise, je ne veux pas que ça devienne une bataille de volonté entre toi et moi, où je perdrai à chaque fois.
Il se figea, alors que son souffle se bloquait dans sa poitrine soudain.
Une explication ! Enfin ! Elle venait de lui tendre une perche. Levant les yeux vers l’Envoleuse, le Mentaï les planta dans son regard qui brillait doucement. C’était donc sa faute à lui ?
- Tu veux dire que c’est ma faute ?
Elle lâcha un long soupir, et il ne put s’empêcher de se renfrogner. Quoi, ce n’était pas ça ? Il n’y comprenait plus rien.
- Ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas spécifiquement ta faute. C’est un peu de notre faute à tous les deux. J’ai besoin de plus de rapports, mais je veux pouvoir me lâcher quand je suis avec toi. Toi, tu veux de la résistance, et je ne peux pas le faire à chaque fois. Tu me suis ?
- Oui...
murmura-t-il du bout des lèvres, incertain d’où elle voulait en venir.
- Tu devrais te trouver des soumises, Voï.
Il se figea totalement, les yeux écarquiller.
- QUOI ?! hurla-t-il soudain. Il la vit frémir, mais elle se redressa et sortir du lit pour se planter devant lui, superbement nue, les joues rosies par l’émotion – Gêne ? Colère ? – mais son regard lançait des éclairs.


Hienovarainen

[ 24 ans ] I can be so mean when I wanna be



- QUOI?!
Putain. Il y comprend vraiment rien ou c’est moi ? Serrant les dents, je prends le temps de vider mes poumons par le nez, me retenant à grand peine de me mordre la lèvre à sang. Il faut que je frappe quelque chose.
Saisissant la première chose qui me tombe sous la main, soit la chaise de la chambre, qui va s’écraser en mille morceaux de bois contre le mur, éclatant en échardes larges comme mon pouce.

Voï a reculé dans le lit, se plaquant contre la tête en bois, ramenant le drap sur son intimité tout en me fixant avec une lueur d’incompréhension dans le regard. Et aussi les yeux humides.
Putain de merde.
- Ça sert à rien que tu t’acharnes sur moi. Je vais en venir à te détester ! Arrête de me demander tout ça ! crie-je brusquement en un brutal mouvement des bras. Je finis par me calmer, en plantant mon regard dans celui du Mentaï. Ma voix ne devient qu’un murmure, alors que ma gorge se serre. Je ne veux pas baiser avec toi. Je veux faire l’amour. Je ne veux pas que tu sois obnubilé par ton besoin de domination. Tu l’oublies que quand tu as trop envie. Et moi je ne veux pas pas attendre de faire ça une fois par semaine pour que tu en aies tellement envie que tu oublies le besoin de domination pour le besoin de tendresse, Voï. T’as besoin d’une soumise, ou de plusieurs. Comme moi je vais voir ailleurs à cause de ça.

Je le vois serrer les dents, et je ne saisis pas ce qu’il ne comprend pas dans mon discours. Quoi, c’est pas assez clair ? Je peux pas être plus claire là ! Il a aussi besoin d’aller voir ailleurs !
- Mais… Je veux pas te tromper.
Pour le coup, ça souffle d’un coup toute ma colère. Elle est vite remplacée par une autre émotion que j’aime beaucoup moins : une sorte de culpabilité honteuse.
- Tu ne me trompes pas, puisque je te le demande, pour le bien de notre couple. Je t’aime... soudain, un éclair traverse mon cerveau, et soudain la rage s’empare de moi encore une fois, faisant bouillir mon sang dans mes veines alors que je crache : Ça veut dire que tu considères que je te trompe ?

Oui, c’est ça ! Mais ça n’a rien à voir !
Putain, je l’aime de tout mon corps et de tout mon coeur, mais ma liberté est trop profondément ancrée en moi pour que je l’oublie. Je ne peux pas ne pas écouter cette voix au fond de ma tête qui me dit que je fais ce que je veux de mon corps, que personne ne doit décider pour moi. Que personne ne PEUT décider pour moi !
- Non. Ça te rend heureuse, et je vois bien que tu m’aimes mais… Pour moi, l’amour demande une certaine exclusivité. Je ne me vois pas avec une autre femme que toi, Hien. J’ai l’impression que de mon côté, cela ne serait pas t’accorder le respect et l’importance que tu mérites si je ne te suis pas fidèle...
- C’est totalement débile.
Je n’ai pu m’empêcher d’intervenir dans son petit discours sur la fidélité et la monogamie. Sérieusement, il est dans ce genre d’idées ? Dans ce genre de considération du couple ? Ça ne va pas le faire !
- Je ne peux pas subvenir à tous tes besoins, et toi aux miens. Ça nous empêche de nous aimer ? Non. Mais se restreindre, tous les deux, ça nous rend malheureux. Regarde nous putain ! On est en train de se disputer pour quoi ? Une partie de jambes en l’air parce que tu veux me dominer et que je résiste, alors que moi tout ce que je veux, c’est me retrouver dans tes bras pour pouvoir lâcher enfin prise, ne pas penser aux autres débiles avec qui je couche pour avoir des informations, et juste pour persuader mon pauvre cerveau que je suis toujours attirante !
Sérieusement, tu trouves ça logique ?
On va finir par se détester, ça commence comme ça, à empêcher l’autre de combler ses propres besoins !


Ma voix s’est brisée sur la fin de ma phrase, et je sens poindre le nœud dans la gorge alors que mes yeux s’emplissent de larmes. Ah, non, je ne veux pas pleurer putain !
De rage, j’essuie violemment mes larmes de mon avant-bras, pivotant sur moi-même pour tourner le dos à Voimakas.
Une pensée pour la petite chose dans mon ventre me fait poser mes mains sur le bas de ce dernier. Et dire que.. Je serre les dents. Non, je ne vais pas pouvoir lui annoncer ça comme ça.

- C’est juste que… Hien… Je... Je reste immobile. Je ne veux pas me tourner, je ne veux pas voir que lui aussi pleure silencieusement alors que sa voix est remplie de trémolos. Je veux bien essayer, mais… j’aimerais que tu sois là pour les premiers essais. Tu veux bien ? J’ai coupé ma respiration un instant. Il vient vraiment de dire ça ? Il vient vraiment d’accepter ? Je me tourne pour le découvrir assis sur le lit, alors que des sillons de larmes glissent sur ses joues, papillonnant des paupières pour chasser celles dans mes yeux qui finissent pas dégouliner sur mon visage elles aussi. Je peux bien l’aider à ne pas se sentir coupable en étant là les premières séances, si ça peut nous aider tous les deux, tant qu’il ne me demande pas de participer.
- Évidemment...

Reniflant avec détermination pour empêcher mon nez de couler, je me rapproche de Voïmakas. J’ai envie de me blottir dans ses bras… Posant un genou puis l’autre sur le lit, je m’approche de lui, lui jetant un coup d’oeil pour lui demander… une sorte d’autorisation ? Ah non hein ! Je hausse seule des épaules pour aller me musser contre son torse. Là, c’est bien. Il est chaud, et il sent bon.
Ouvrant les yeux, je prends une inspiration et mon courage à deux mains. Du coup, j’ai un peu peur de sa réaction là tout de suite.
- Voï ?
- Mm ?
- Je suis enceinte.

Je le sens se tendre brusquement contre moi, et il se dégage pour m’attraper par les épaules, cherchant mon regard. Je redresse le menton de provocation. Quoi encore ?
- Il est de qui ?
Je serre les dents.
- Toi.
- Comment tu peux le savoir ?!
Je relâche ma respiration que je n’avais pas remarqué d’avoir retenue.
- Justement, je parle de besoin, car j’ai refréné les miens. Car avoir un bébé avec toi était devenu plus important que le reste… Rah pourquoi ma voix est si minuscule tout à coup ? Pourquoi ça serre, dans ma gorge ? Et pourquoi il est silencieux comme ça hein ?
- Hien?
- Mmm?
- Je t’aime.

Un sourire illumine mon visage.
- Je t’aime.



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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Ven 08 Avr 2016, 03:06


Whispers in the Dark


Hienovarainen

[ 38 ans ] I never crash and burn  



Maintenant!
Je sens le Marchombre qui se déverse en moi, et mes pouces s’enfoncent brusquement dans ses orbites qui explosent sous mes ongles, alors que je pousse encore plus fort, contractant tous mes muscles pour atteindre le cerveau en dessous.
Je le repousse en ouvrant les coude, l’envoyant valser en hurlant de douleur contre le mur proche, pour bondir sur mes genoux. Je plaque ma main qui n’est pas dégoulinante de sang contre sa gorge offerte, laissant les disques de métal dentés se déverser de l’intérieur de mes poignets dans son cou, le décapitant littéralement.

Lâchant les lambeaux de corps épinglés contre le mur, j’agite les bras pour me débarrasser sur surplus de sang sur mes mains, puis j’attrape mon pantalon pour l’enfiler rapidement, ainsi que mon haut que je tâche de rouge au passage.
Mon regard s’attarde quelques secondes de plus sur la chambre de l’auberge éclaboussée de sang, et un sourire satisfait étire mes lèvres.

Certainement l’une de mes missions les plus efficaces. Cet homme m’a beaucoup aidé, et donné pas mal d’informations sur ce que je cherchais. Et vite, en plus. Il a suffit de quelques gestes suggestifs, de manœuvrer habilement une fois dans la chambre, pour qu’il déverse tout ce qu’il savait sans même s’en rendre compte.
Moi qui m’attendait à galérer pendant une semaine, je suis bien contente de pouvoir rentrer à la maison plus vite.
Parce qu’à chaque fois que je pars, je le fais avec un nœud dans le ventre. Et je ne comprends pas pourquoi, ce qui m’agace royalement. Une réminiscence inconsciente, sans doute, mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus, et ça me gonfle.

Je vérifie que mes poignards coulissent bien dans mes fourreaux de cuisse, me glisse par la fenêtre et vais chercher ma monture dans les écuries du village.


* *


Déposant mon cheval dans le paddock devant la maison, je pousse un long soupir de soulagement en arrivant enfin.
Je vais pouvoir rentrer, prendre une douche, laisser Shun s’amuser avec moi et enfin m’occuper de ma fille.

Poussant la porte d’entrée, un demi-sourire sur les lèvres, je me fige immédiatement alors que mon regard parcourt la pièce à vivre. Ni Kaünis ni Shun ne sont là, et un frisson me traverse de part en part.
Malgré moi, je tends l’oreille, m’avançant de quelques pas sans bruit.

Gémissements étouffés qui me retournent l’estomac.
Prise d’une frénésie soudaine, je me précipite dans l’escalier pour escalader littéralement les marches cinq par cinq, avaler la distance entre moi et la porte de la chambre de Kaünis et la défoncer d’un coup d’épaule.
Mes yeux s’écarquillent et mon souffle se coupe dans ma gorge devant le spectacle qui s’offre à moi.

Ma fille, retournée sur le bureau. Shun, même pas encore retiré d’elle.

Mon sang ne fait qu’un tour dans mes veines, et je bondis à une vitesse fulgurante sur mon ancien Maître. Ce connard ! Ce pervers ! Ce… Pédophile
Le mot résonne dans mon esprit, alors que les souvenirs viennent me gifler. Je les repousse violemment, me retenant de saisir Shun par la gorge… Ne pas le toucher. Mes disques volent directement vers lui, cascade continue de métal se déversant directement de l’intérieur de mes poignets, entaillant directement sa chair, éclaboussant de sang la chambre de Kaünis. Je m’en fous, je vais le tuer !

Mais, même pris en pleine action, l’homme se jette sur moi. Bondissant en arrière pour ne pas qu’il m’atteigne, je continue de déverser mes disques dans tous les sens. Je n’arrive même plus à viser tant la rage m’aveugle, la haine brûlante me coupe le souffle.
- Dégage de là ! Je vais te tuer ! Je vais te tuer !

Il parvient à se glisser dans la salle de bain, et le temps que je me précipite à l’intérieur il a déjà filé par la fenêtre.
J’hésite un instant. Le hoquet de ma fille m’ancre dans la réalité, faisant retomber ma haine, et je me précipite dans la chambre pour la prendre dans mes bras.
J’ai encore du sang du Marchombre sur la peau, un peu de sang de Shun aussi… Et elle me repousse de toutes ses forces de gamine de treize ans.

- Ne me touche pas !

L’ordre si froid, claque dans l’air et s’enfonce dans mon cœur comme un million d’aiguilles. Je me fige comme une statue de glace.
Renvoyée des années plus tôt.

J’avais dix ans quand Shun s’en était pris à moi. M’avait attrapée dans ses filets. M’avait promis des choses. M’avait déjà fait subir toute une série de tortures…
Un frisson horrible s’empare de tout mon corps alors que je vois ma fille le menton baissé mais le regard planté droit devant elle, les cheveux devant les yeux. Brisée ? Traumatisée ? Faites, par toutes les Dames et le Dragon, que non.

J’entends ma voix comme si elle était à des kilomètres. C’est vraiment moi qui parle ? C’est vraiment mes lèvres qui s’ouvrent ?
- Va te laver. C’est débile. Affreusement déplacé. Je frissonne encore, incapable de bouger. Immobilisée par la force du regard de Kaünis. Je vais nettoyer ta chambre.
Elle hoche la tête, parfaitement muette désormais. Elle me fixe encore un instant, mais je ne peux plus parler moi non plus. Comment lui dire que je sais ce qu’elle subissait ? Depuis combien de temps ça durait ? Depuis tout ce temps ? Depuis le début ?
Je me mords la lèvre à sang.
Parce que j’aurais dû le voir venir. J’ai été stupide. Profondément stupide, sans cervelle. Je pensais qu’il se contenterait de prendre mon corps, c’était le deal après tout. Qu’il puisse en profiter, et qu’en échange je puisse faire mes missions. Je…
J’aurais dû m’en douter. C’était Shun. Putain ! Il m’avait fait la même chose ! Comment j’ai pu être si débile ? Inconsciente ? Comment j’ai pu lui faire confiance ?

Je mets une éternité à nettoyer consciencieusement la chambre de Kaünis pour qu’il n’y ai plus une seule trace de sang. Je l’entends se laver, puis descendre les escaliers. Sans doute pour aller lire dans le canapé ses bouquins de forgerie.
Je ne peux pas faire comme s’il ne s’était rien passé !

Descendant finalement les escaliers, je jette le torchon devenu cramoisi dans la poubelle et m’avance vers Kaünis, plongée dans son bouquin. En m’entendant arriver, elle lève le menton et me sourit.
Un sourire qui me met une nouvelle gifle dans la tronche. Comme un uppercut bien envoyé qui m’aurait brisé la mâchoire.
- T’as vu maman celui-là ? Ça existe vraiment ces trucs qui se combinent au milieu ? demande-t-elle d’une voix joyeuse. Comme si…
Comme si elle était déjà passée à autre chose. Mon coeur se desserre légèrement. C’était peut-être l’unique fois… ? Non, elle ne serait pas si détachée… Si ?
Je n’y comprenais rien. Elle aurait dû être effondrée. Pleurer, crier, avoir une réaction quelconque. Pourtant… elle est tout ce qu’il y a de plus normal. Égale à elle-même.
Alors, je ravale mes paroles, mes souvenirs.
- Ça existe, mais c’est très difficile à forger, et très peu de personne y parviennent. Il faut aussi avoir un sacré paquet de pièces d’or pour le faire.
- Plus tard, j’en aurai une,
dit-elle avec conviction. Je ne peux m’empêcher de sourire devant sa détermination.
En fait, moi aussi j’ai déjà oublié.

Oublier, ça fait moins mal.



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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Jeu 26 Mai 2016, 00:28


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Affarao Sil’Suviyan

You will know my name…



L’homme faisait les cents pas.
Passant de part et d’autre de l’immense table de cinq mètres de long sur un mètre de large, toute en bois brut, il ne faisait même plus attention à son environnement.
La pièce dans laquelle il s’agitait était richement décorée. Ce n’était ni simple ni épuré, mais au contraire cela fourmillait de détails dorés, boisés. Rien que la table à manger était dressée avec des assiettes en porcelaine délicatement peinte et des couverts en argent qui luisaient doucement à la lueur des sphères lumineuses pendues au plafond.

Les hommes d’Affarao auraient déjà dû revenir depuis un certain temps. Au moins une heure.
Que faisaient-ils ?

Soudain, quatre coups retentirent sur l’immense porte, et l’homme se précipita vers cette dernière pour en ouvrir légèrement le battant.
- Alors ? murmura-t-il d’une voix impatiente en découvrant le visage de son messager.
- On l’a perdue.
Affarao ouvrit brutalement le battant complet de la porte pour s’avancer dans le couloir, directement vers le messager qui regardait ses pieds.
- C’est quoi cette histoire encore ? Elle était dans les geôles, non ? s’exclama-t-il, soudain d’une humeur massacrante.
- Oui, mais elle est parvenue à s’échapper. Puis, on l’a retrouvée accompagnée d’un homme, mais ils ont tué nos hommes, remontant jusqu’à Dania.
Affarao pinça les lèvres si fort que ses jointures devinrent blanches. Qu’était-il arrivé à sa meilleure chargée de mission ?
- Dania ? fit-il, d’une voix blanche. Son messager hocha la tête trop vite, avec trop de véhémence. Mauvaise nouvelle qui lui fit serrer les poings.
- Elle est… morte…
- QUOI ?!
- On l’a retrouvée dans un état… On pense qu’elle a fini par parler…

Affarao ferma les yeux un instant, s’enfonçant les doigts dans les paupières.
- Comment ?
- Vous ne voulez pas…
- J’ai dit COMMENT ?
hurla-t-il si brusquement que son homme sursauta en couinant.
- Déchirée, brûlée, violée.
L’homme de pouvoir prit une brutale inspiration, s’éloignant de quelques pas violemment. Une telle énergie se dégageait de lui que son messager ne sut pas s’il le congédiait ou pas.
- On a retrouvé sa trace. Elle n’est plus avec l’homme, elle est sortie d’Al-Jeit pour monter vers le Nord.
Cela eut pour effet de calmer un peu Affarao qui prit une inspiration.
- Refaites les formations. Deux dessinateurs pour un guerrier, dont un dessinateur capable de faire le pas sur le côté. Son tribu s’alourdit, dans tous les cas, je la veux vivante.
Le messager hocha la tête avant de filer sans demander son reste, et Affarao poussa un long soupir, avant de rentrer dans la salle à manger.

Il devait justement partager un repas avec son cousin, mais n’était pas certain que cela soit une bonne idée après tout ça. Cette gamine était pire qu’une anguille, elle ne cessait de leur filer entre les doigts. Si Antor était d’accord, il pourrait envoyer les meilleurs mercenaires, mais pour l’instant l’Empereur n’était pas encore décidé à recourir aux services de leur meilleur élément.

Lui, il avait été stupide de laisser des traces. Des gens qui se connaissaient les uns les autres. Il devait être encore plus discret, apparemment cette fille savait faire parler ses victimes. Et elle n’hésitait pas à recourir à des moyens absolument immoraux et immondes. C’était démoniaque, non ?
Il avait bien peur qu’Antor se brûle les ailes, les doigts et tout le reste avec cette fille. Son tatouage était dangereux. D’où venait-il ? Quels étaient ses objectifs, à cette gamine ? Comment comprendre son fonctionnement pour retourner son propre comportement contre elle ?


* *

- On a retrouvé sa trace, mais pas sans perte. Dania est morte, tout comme des dizaines d’autres combattants. D’abord dans les souterrains, puis en la poursuivant.
- Dania est morte ? Comment ?

Affarao ouvrit les doigts pour les appliquer d’une main sur l’autre. Il eut un petit soupir en plantant son regard dans celui de Sil’Afian. Il avait le droit de savoir.
- Torturée. Violée. On l’a retrouvée alors qu’elle ne ressemblait qu’à un sac de viande roussie.
Heureusement, ils avaient terminé de manger et Antor déglutit avec difficulté.
- Vous l’avez donc retrouvée ?
- Oui, dans un village au Nord d’Al-Jeit. J’ai décidé d’envoyer encore deux groupes de deux dessinateurs et un guerrier chacun.
- Il va falloir employer les grands moyens ? Aller plus loin ?
- Si vous voulez vraiment l’attraper – cela devient du suicide de troupes à ce point – oui.


Antor se passa une main sur le visage, avant de se masser les tempes du bout des index.
- Bon d’accord.


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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Jeu 26 Mai 2016, 02:04


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Krämur

It's a fucked up fascination

Les feuilles bruissaient doucement dans le vent. La nuit était presque tombée, le ciel gagnait en obscurité à chaque nouvelle minute. Un univers de noir, de bleu et d’étoiles se déployait sur Gwendalavir tandis qu’un jeune homme d’une trentaine d’années sellait sa monture avec des gestes que l’habitude rendait encore plus efficaces.
La dernière sangle ajustée, il se passa une main sur le visage, avant de sauter à cheval.

Mettant le jeune étalon en marche, il sentit toute la puissance de l’animal sous ses fesses et ne tarda pas à le laisser s’élancer dans un galop aux foulées immenses, qui engloutissaient une distance impressionnante à chaque pas.

Il avait reçu un ordre de mission avec le sceau impérial. Enfin, un ordre de mission, c’était vite dit. En réalité, la feuille roulée et scellée par de la cire rouge était un avis de recherche sur une fille. Une jeune femme, fort jolie de ce qu’il pouvait en juger de ses traits dessinés sur le papier, mais sacrément dangereuse.
En réalité, il avait un peu du mal à y croire, à cette « dangerosité ». Tout le monde avait des faiblesses – surtout les femmes – et il ne doutait pas un seul instant de trouver la sienne. Oh, elle pouvait être bonne combattante… même si à ce stade, ce n’était plus « bonne » : d’après rapport de Krusk, elle avait éliminé pas moins de quarante guerriers, deux ou trois dessinateurs, au moins. Il avait vraiment du mal à y croire, cependant, Krusk avait sans doute voulu l’effrayer ou lui mettre la pression.

Mais lui, il savait qu’il était l’un des derniers recours de l’Empereur pour les personnes dont il voulait se débarrasser. Ce qui l’intriguait plus, c’était cette mention particulière qui disait qu’il la voulait vive. D’habitude, mort et avec une preuve – une tête par exemple – cela suffisait à Sil’Afian.

Haussant les épaules, il ralentit sa monture pour trouver la trace de cette fille.
Elle ne devait pas être loin, ils avaient retrouvé sa trace près de Fériane la veille. Quand il arriva en vue du village juste avant la confrérie, il remit sa monture au pas pour aller à la rencontre d’un homme qui marchait dans sa direction.

- Alors ? demanda Krämur d’une voix basse.
- Elle est partie il y a quelques heures en direction du Nord. Elle était à cheval. Elle a une jument baie, pas très grande. Tu devrais facilement la retrouver, je pense, il n’y a pas beaucoup de chevaux qui partent dans cette direction. e]- Très bien. Krämur ajusta ses rênes pour diriger son cheval vers le Nord du village. En effet, il y avait des traces de cheval au galop, là.   Parfait, merci.
- Fais gaffe.

Cela exaspéra Krämur qui leva les yeux au ciel en soupirant.


* *


Il était tout proche.
Les traces de sabots étaient très fraiches, et il ne doutait pas de trouver cette fille avant que le soleil n’ait atteint son apogée. Relevant la tête, il fronça le nez en sentant l’odeur d’un feu de camp… Avant d’écarquiller les yeux : c’était elle qui faisait un feu ! Alors qu’elle était poursuivie ! Soit elle était stupide, soit elle était trop sûre d’elle. Ou alors les deux.

Descendant de cheval, Krämur s’approcha du foyer fumant.
Il avait pris le parti de "copiner" avec la fille pour se la mettre dans la poche et finir par se retourner contre elle pour la ramener à l’Empereur. Une méthode parfois un peu longue, mais toujours efficace.

S’avançant vers le feu, il laissa son cheval brouter pour s’approcher de la fille silencieusement… Elle tourna la tête vers lui et il sentit son souffle se bloquer dans sa poitrine quand il croisa son regard marécageux et infiniment ténébreux. Peinant à déglutir, le jeune homme poussa un léger soupir pour tenter de récupérer ses capacités respiratoires avant de s’approcher un peu plus, pour se planter debout à quelques mètres de la fille, les bras le long du corps et les paumes tournées vers l’avant pour montrer qu’il n’était pas directement armé – parce qu’il avait son sabre dans le dos et des poignards à la ceinture.
- Ça sent drôlement bon…. Tu veux bien partager ton feu avec moi ? demanda-t-il doucement, par en dessous ses cils parce que son cœur faisait une embardée dans sa poitrine.
- M’en fous. Il ne put s’empêcher de lâcher un soupir de soulagement, avant de s’avancer un peu plus pour sortir un bout de lapin et le faire griller au bout d’une branche par-dessus le feu.
- Je m’appelle Krämur. Merci pour ça. Tu voyages ? Tu vas de quel côté ? fit-il en tentant d’engager la conversation.

Peine perdue.
La fille ne se présenta même pas, déjà. Ce qui n’était pas stupide en soi, mais un peu dérangeant quand même. Et surtout, elle répondait presque par monosyllabes à ses questions, le décourageant ainsi rapidement à tenter d’avoir une conversation normale avec elle.

Elle finit de manger presque sans lâcher un mot, s’essuyant la bouche d’un revers de bras qui tira un léger froncement de sourcils à Krämur. Entre le peu de conversation qu’elle avait et les gestes qu’elle faisait, il se sentait à la fois pas du tout à l’aise et complètement fasciné. Rien à voir avec la plupart des filles, même les guerrières qu’il connaissait. Là, même en mangeant sa viande, elle dégageait quelque chose de dangereux et d’infiniment captivant.
Encore plus étonnant, elle parvint à le surprendre carrément quand elle se déshabilla à moitié devant lui, sans même se tourner.
- Euh, je suis là… commença-t-il, mal à l’aise. Elle planta son regard dans le sien, et il eut du mal à avaler sa salive encore une seconde alors qu’elle haussait les épaules.
- Si t’es pas content, t’as qu’à par regarder, sérieux. cracha-t-elle avec dédain alors qu’il écarquillait les yeux en hallucinant.
Décidément… En effet, ce n’était pas une fille comme les autres. En plus, il aurait pu la tuer dans son sommeil, alors qu’elle s’enroulait dans sa couverture. Elle faisait confiance à un inconnu, comme ça ? Comme si elle avait entendu ses interrogations silencieuses, sa voix s’éleva dans l’air, sèche et claquante alors qu’elle lui adressait un regard noir qui le fit frissonner.
- Tu t’approches, je te tue. A mains nues. Je t’arrache les yeux, puis les couilles, et je te les fais bouffer. Compris ?
Il n’était pas facilement impressionnable. Il en avait vu des choses, dans sa vie, mais il était un peu pris au dépourvu, il voulait bien l’avouer.

Se contentant de hausser les épaules, Krämur s’enroula à son tour dans sa couverture.
Ça allait être vraiment difficile de faire « ami-ami » avec elle…


* *


Le bruit de pierres qui roulaient le tira du sommeil, le lendemain matin, alors que le soleil n’était pas encore levé.
Putain je suis où déjà.
Cela lui revint bien vite alors qu’il baissait les yeux pour découvrir la silhouette drôlement bien foutue de la fille. Ah oui, c’est vrai. Sa mission, son bout de papier. Elle était pas aimable, mais il devait tenter le tout pour le tout. Et puis… Elle l’intriguait suffisamment pour qu’il fasse des efforts.
- Tu pars déjà ?
- Ouais,
fit-elle en haussant des épaules.
Il cligna des paupières. Décidément, elle n’était pas bavarde, ou sociale. Ou même amicale. Ou même concernée.
C’était fascinant.

- Je peux venir avec toi ?
Apparemment il parvint à la surprendre car elle tourna brusquement la tête vers lui. Elle sembla réfléchir quelques secondes, avant de hausser les épaules.
- M’en fous.
- Tu vas où ?
- Je sais pas. Et tu commences à m’emmerder sérieusement !
siffla-t-elle méchamment. Malgré lui, Krämur rentra le menton.


* *


Dix jours.
Ça faisait dix jours qu’il la suivait.
Ça faisait huit jours qu’il avait couché avec elle pour la première fois.

Ça faisait huit jours qu’il sentait se refermer autour de lui la toile qu’il avait lui-même construite pour l’utiliser sur Kaünis. Beauté ténébreuse, imprévisible, violente, sanguinaire… mais surtout fascinante. Il savait que cela ne servirait à rien de l’emmener à l’Empereur. S’il la voulait vivante, c’était qu’il voulait la torturer, au fond. Krämur en était persuadé.
Sauf que cette fille, c’était ce qu’elle aimait. Elle cherchait la violence et la douleur décuplait son désir, son plaisir. Elle n’était pas passée loin de lui arracher la gorge plusieurs fois. Ou autre chose.

Ils avaient aussi rencontré des brigands, et il avait pu rapidement comprendre pourquoi on lui avait dit qu’elle était dangereuse. D’une efficacité redoutable, elle avait tué quatre brigands en quatre secondes, tout ça avec les doigts ou les ongles. Elle n’avait même pas daigné sortir d’armes.

Elle était complètement tarée.
Démoniaquement démente.
Et elle avait sur lui une attraction ténébreuse.
Fascination obscure.



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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Ven 27 Mai 2016, 01:37


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Kaünis

The devil can hear you when you say…  

Elle n’était pas stupide. Ni suicidaire.
Elle voulait juste aller jusqu’à l’Empereur, maintenant. Lui tirer la barbichette, lui baisser le pantalon pour voir sa culotte – ou son slip – et c’était tout. Et ce mec, là…. Krämur, elle savait qu’il travaillait pour lui. Ça s’était vu comme le nez au milieu de la figure, au début. Mais elle savait aussi que de toutes façons, on la cherchait vivante et apte à parler alors… Elle ne s’en était pas faite.
Et puis, bon, ben il était vachement bien foutu. Pas volumineux, mais sec et efficace. Alors elle avait laisser la chaleur dans son ventre décider, encore une fois. Question de contrôle, et pour une fois elle avait décidé de ne pas se contrôler, plutôt que de se faire submerger.

Ça la gonflait un peu qu’il la suive comme ça. A la trace.
Elle avait envie de retrouver Syles, avant de se frotter à l’Empereur. Mais avec cet énergumène sur les bras… C’était pas gagné. Même si c’était lui qui avait le ticket pour le palais impérial, hein.

Alors qu’ils chevauchaient presque côte à côte, Kaünis sentit la présence de personnes autour d’eux. Elle crut un instant que c’étaient des brigands, avant qu’un mec en armure légère ne sorte des buissons pour se planter devans Voyage, un sabre en garde devant lui.

Poussant un soupir, Kaünis descendit de sa monture en levant les yeux au ciel, histoire d’en finir vite-fait avec lui et ses… neuf débiles qui attendaient sagement dans les environs.
- Krämur ? Qu’est-ce que tu fous là ? demanda le mec, si surpris qu’il avait les yeux écarquillés. Un sourire mauvais étira les lèvres de Kaünis alors qu’elle se tournait vers son compagnon de route. Elle planta ses poings sur ses hanches.
- Tiens oui, c’est vrai ça, qu’est-ce que tu fous ?!

Le jeune homme sembla soudain mal à l’aise et Kaünis le vit balayer les environs du regard. Son sourire s’étira encore une fois, découvrant presque ses dents. Oho, ça allait être intéressant ça !
- Vous devriez vous barrer vite fait !
- Qu’est-ce que tu racontes ? Tu sais pourquoi on est là !
- Justement…
souffla Krämur en sautant souplement de sa monture. Deux étoiles de jet filèrent entre les arbres et des bruits de chute les accompagnèrent.
- Qu’est-ce...

Kaünis avait profité de la diversion pour s’élancer vers le mec au sabre, se glisser sous sa garde et frapper du poing dans sa pomme d’adam ce qui lui coupa le souffle. Elle saisit la poignée de l’arme entre ses doigts et joua du poignet pour la tirer de la poigne de l’homme et la lui enfoncer proprement dans la poitrine, transperçant son coeur d’un coup d’un seul.
- Hé, ça coupe bien ce cure-dent ! lâcha-t-elle en se baissant pour éviter un trait qui se planta derrière elle. Elle se précipita en avant pour fondre entre les arbres et se débarasser des deux archers qui restaient alors que les quatre combattants vivants se jetaient de concert sur elle.

Prenant appui sur un arbre, elle sauta sur un premier pour lui asséner un puissant coup de coude dans la nuque, passa sous une garde pour envoyer valdinguer une arme et enfoncer ses ongles dans les yeux de son adversaire qui hurla en tentant de se dégager… Trop tard. De son autre main, elle lui arracha la jugulaire et le sang gicla fort sur son visage, si chaud qu’elle en frissonna.

Mais alors qu’elle virevoltait pour se remettre en garde, elle découvrit Krämur en train d’achever le dernier assaillant vivant.
S’arrêtant de bouger, Kaünis inclina la tête sur le côté. Tiens, il l’aidait ? Il était pas censé être du côté de ces mecs ? C’était encore une stratégie pour l’amadouer ? Elle l’observa un instant enfoncer son sabre dans la gorge de l’autre, avant de le nettoyer en un geste précis pour le rengaigner…

Croisa son regard.
Un sourire torve étira ses lèvres.
- Tu sais que le dernier mec qui a tenté de faire un truc comme ça avec moi, il a tenté de me garder pour lui et il est mort. Ça sert à rien d’être fier de toi, face de groin.
Elle ne put s’empêcher d’éclater de rire devant la mine presque déconfite du mec.


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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Ven 08 Juil 2016, 23:58


There's a monster deep inside of me

Affarao Sil’Suviyan

The silence is slowly killing me


Affarao parvenait difficilement à calmer la rage et l’impuissance qui le menaçaient.
Parce qu’ils avaient totalement perdu la trace de cette fille, mais aussi des deux hommes qui étaient venus la chercher. Il avait même du mal à comprendre comment cela aurait pu être possible. Le palais était parfaitement gardé, les gardes étaient plus que compétents, tous testés sans exception sur leurs capacités. Peut-être n’avaient-ils pas été assez nombreux ?
L’homme avait la certitude que cette fille allait revenir. Il se souvenait parfaitement de ce qu’il avait entendu, avant de faire échapper l’Empereur de cette salle.

« Il faut partir ! »
« Tu rigoles j’espère ? J’ai toujours pas vu la couleur de la culotte de l’Empereur ! »

C’était le chaos total, à ce moment-là.
Les quelques gardes survivants étaient tellement sonnés que certains disaient avoir vu deux hommes, et d’autres un Brûleur et un homme. Certaines blessures étaient indubitablement des traces de brûlures électriques, ou de mâchouillement d’immenses mâchoires, mais il ne comprenait pas comment un Brûleur aurait pu rentrer dans le Palais Royal sans que personne ne s’en aperçoive !

Secouant la tête, Affarao releva le menton vers les trois personnes auxquelles il faisait face.
Les yeux du Frontalier qui se tenait au centre étaient d’un gris insondable – et sans émotion. A ses côtés ? Deux Frontalières, l’une blonde comme les blés au regard d’un vert pénétrant, l’autre aux cheveux d’un brun chaud ramenés en une queue de cheval haute et aux iris d’un gris plus foncé que celui de l’homme.
Un sous-général et ses deux meilleurs combattants.
Meilleurs combattants, qui étaient féminines. Affarao poussa un soupir, mais se garda cette fois-ci d’émettre un quelconque jugement de valeur de ces femmes. Parce que cette Kaünis leur avait laissé un goût très amer en bouche.

Posant ses mains sur la table qui le séparait des trois Frontaliers, l’homme s’humecta les lèvres en posant chacun de ses doigts les uns contre les autres, paumes ouvertes.

- On a été incapables de les retrouver, tous les deux, tous les trois… Dans tous les cas, je reste persuadé qu’elle va revenir. La sécurité de l’Empereur est plus que compromise. Je compte sur vous…. Et malgré ce que peut dire l’Empereur, justement, quand elle revient… Tuez-la.
Il les vit échanger un regard, mais les trois guerriers hochèrent la tête de concert, et il poussa un soupir de satisfaction. Les invitant à se disperser, Affarao se massa les paupières lentement.


* *


- Saryanne ? La voix d’Affarao était délicate et basse, interrogatrice et vibrante. Il ne comprenait pas où était passée sa fille. Toquant trois fois de plus contre le bois de la porte de sa chambre, il sentait sa gorge se serrer doucement. Il avait un mauvais pressentiment.
A moins que son état de nerfs ne se décalque sur chacune de ses émotions. Grognant, l’homme poussa un soupir, et cette fois ce fut son poing qui s’abattit contre le battant de la porte, tambourinant avec détermination.
- Saryanne ! Ouvre-moi !
- Laisse-moi tranquille !
fit une voix couinante derrière la porte. Affarao poussa un soupir désabusé.
- Si tu ne m’ouvres pas dans moins de dix secondes, je te jure que je vais défoncer ta porte pour que tu ne puisses plus la fermer !
Il fallut moins de cinq secondes à sa fille pour venir faire cliqueter la serrure et lui ouvrir le battant de l’immense porte en bois. Mais il n’eut même pas le temps d’apercevoir son visage, qu’elle avait déjà disparu dans la pièce. Fronçant les sourcils, Affarao entra dans la chambre et se figea un instant en découvrant la pièce sans dessus-dessous, un chaos sans nom y régnant. Les tentures et les rideaux avaient été déchirés, des fleurs et de l’eau avaient été éclatés sur le sol, et il marcha doucement sur les éclats de verre d’un vase explosé.
- Mais qu’est-ce qu’il se passe ici ? demanda-t-il, presque muet de surprise devant ce spectacle, tandis que sa fille se redressait sur son lit, les yeux bouffis et rouges, les traits tirés.
- Il y a que ça fait plus d’un mois que je n’ai pas de nouvelles ! Un mois tu te rends compte ?!!
Se passant une main dans les cheveux, Affarao poussa un sifflement étonné.
- Tout ça pour un homme ? Saryanne, ce n’est pas raisonnable.
- Oh toi, tu peux parler hein ! Parce que tu sais ce que c’est d’être raisonnable en amour, peut-être ? T’as pas à me donner de leçon !

Il frémit sous le coup de poignard de sa fille. Qu’elle remette ça sur le tapis montrait qu’elle était vraiment perturbée, et il ne pouvait pas ignorer sa détresse. Pas après y avoir fait face, ainsi.
- Si tu tiens tant que ça à lui… Le lui as-tu dit ?
Saryanne cessa de sangloter pour lever ses yeux bleus verts vers lui.
- J’avais commencé, mais on a été interrompu parce qu’il avait une mission urgente. J’ai eu des nouvelles les quinze premiers jours, mais depuis, plus rien ! Tu crois qu’il est mort ?
Le sang d’Affarao ne fit qu’un tour dans ses veines. Les dates correspondaient…
- Tu es amoureuse de Krämur ?
Elle redressa vivement le menton pour le fixer intensément. Avant de froncer les sourcils.
- Quoi, tu as des nouvelles ?
- Non…


Non, il n’avait pas de nouvelles.
Certains disaient cependant qu’ils l’avaient reconnu lors de l’attaque du Palais, quand Kaünis s’était échappée. Si Affarao en doutait clairement – il est facile de confondre les gens et de faire de fausses associations dans le chaos d’une bataille – quelque chose lui mit la puce à l’oreille.
Lors du début de mission, il avait donc correspondu avec Saryanne. Et puis, depuis l’assaut, plus de nouvelles. Etait-il mort ? Avait-il été manipulé ? Torturé ? Comment avaient-ils pu trouver la fille du Chaos sans des informations précises, après tout ?

Il ne voulait pas dire à sa fille que l’homme dont elle s’était éprise était sûrement mort. Seule explication plausible à tout cela.
- Il y aura d’autres hommes pour toi, Saryanne. S’il ne revient pas, c’est qu’il ne te mérite pas…
- Sors. Tout de suite !

Il frémit face à l’ordre, mais se contenta de laisser sa fille.
Seule.

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MessageSujet: Re: Bouts de vie   Sam 09 Juil 2016, 01:57


There's a monster deep inside of me

Ruaril  

Let it blow your mind



Il ouvre les yeux.
Ça fait longtemps. Très longtemps. Trop longtemps. La lumière tamisée et diffuse est trop puissante pour ses rétines sensibles, et il grogne violemment. Un grondement sourd qui fait vibrer toute sa cage thoracique.
Normalement, quand il ouvre les paupières, le noir est total. Puis, ils remettent doucement de la luminosité dans la pièce. Depuis toutes ces années, il a appris à garder les yeux fermés, à manger sans voir, à se déplacer dans sa minuscule cellule. Il a appris à se battre, à attendre surtout.
Il a surtout appris la patience.
La vengeance, glacée, parcourt chacune de ses cellules et le tient en vie. Donne un sens à chacun de ces jours ténébreux qui sont devenus son existence.

Et cette fois-ci, la lumière.
Un entraînement ?
Sa langue passe sur ses lèvres, les humectant d’un plaisir anticipé. Cela fait longtemps qu’il ne s’est pas battu. Qu’il n’a pas senti de chair sous ses ongles, sous ses dents, ni ne s’est délecté du rougeoiement liquide dans sa gorge. Ses papilles frissonnent de contentement, mais les bruits qui tintent à ses oreilles ne sont pas ceux des épées, armures et boucliers. Il n’y a que du tissu, et le frottement d’une gaine sur des vêtements de cuir.

- Ruaril, cela va être à toi de jouer.
La bête gronde violemment, retroussant ses babines sur ses dents éclatantes. Il se retient de se relever, car il sait que les chaînes ne sont pas déverrouillées. Il a reconnu la voix, c’est celle d’Affarao. Alors, l’heure est venue de tuer ? De manger ? De se battre ?
- Je sais que tu attends ça depuis longtemps. Ne tue pas les alliés, ils sont précieux, et tu seras puni. . Le grognement s’intensifie, vibrant dans la pièce nue. Il entend l’homme reprendre une inspiration un peu trop saccadée et sait qu’il l’effraie. Un sourire. Mais il sait qu’il ne veut plus subir ça. Sourire effacé.  
Caché dans les replis de ses traits.
- Sortons d’ici.
Bruit de gorge d’acquiescement. Il ne veut pas parler, n’est pas sûr que sa voix existe encore. Il attend patiemment qu’Affarao déverrouille les lourdes chaines pour rouler ses poignets et ses chevilles, vérifiant leur fonctionnement. Tout a l’air de bien se plier, quelques raideurs, rien de grave.
Se relevant, le colosse laisse son regard tomber sur l’homme qui est venu le chercher. Un formidable besoin de lui enfoncer la tête entre les épaules pour la lui arracher le traverse, lui tirant un violent frisson. Non. Pas de suite.

Il croit peut-être qu’il l’a brisé ?
Qu’il a détruit son âme, sa définition de lui-même ?

Si c’est le cas, cet homme n’a jamais été enfermé dans une cellule plus de quelques jours. Lui, cela fait des années qu’il y est. Il sait qui il est, quels sont ses objectifs. Il est prêt, depuis longtemps, à sortir de cet endroit pour faire croire à ces stupides nobles qu’ils le contrôlaient. Qu’ils lui faisaient peur. Qu’il s’était perdu en même temps qu’il avait cessé de compter les tortures et les coups.

Il n’est plus qu’une bête. Mais lui-même, sans aucune limite, détaché des sentiments qui auraient pu être les siens : douleur, peur, soumission. Non, il n’aurait plus jamais mal, il ne se plierait pas à ce qui ne servirait pas ses intérêts, et s’il avait peur, cela ne l’empêcherait pas d’agir.
Il ne lui restait qu’une froide détermination.

Ses lèvres s’étirèrent lentement, barrant son visage horizontalement.
C’était presque un sourire.


* *


On l’avait lavé, nettoyé, coiffé, rasé.
On lui avait refilé des vêtements et une armure.
Il ne voulait pas d’armure. Il ne voulait pas d’arme. Il voulait ses doigts, ses ongles, ses dents. Cela suffisait amplement. Et quand on avait insisté, il avait arraché une carotique, d’une main. Ce n’est pas parce qu’on est dans une cellule noire que l’on ne peut pas travailler sa force.

Il voyait qu’Affarao se méfiait de lui. Il était constamment suivi par deux Gardes Impériaux et un Dessinateur venait de s’ajouter à la petite brochette humaine qui le surveillait. Ça lui ferait un plus gros repas en temps voulu.

Lorsqu’il avait été propre et apprêté, on l’avait mis devant un miroir pour qu’il sache de quoi il avait l’air…

Complètement défiguré.
Sa cloison nasale n’était pas droite, brisée au milieu, déviée à droite, puis à gauche. Les cicatrices couraient, horizontales, sur la peau de son nez. Une longue cicatrice barrait son visage en arc de cercle, commençant au-dessus de son sourcil droit, passant sur l’extérieur de l’œil en le déformant un peu de tissu cicatriciel, dégringolant sur sa pommette avant de changer d’incurvation et de traverser ses deux lèvres de part en part dans une cicatrice blanche et luisante, large comme un auriculaire, tranchant avec leur couleur pâle naturelle.  Sur sa joue gauche, trois traits de griffures, cicatrices boursoufflées, entamaient également sa peau jusqu’à l’os de sa pommette.
Il avait passé ses doigts sur son visage, tentant de se l’approprier sans y parvenir tout à fait, éprouvant plus facilement la texture de ses cicatrices alors qu’il pouvait les voir.

Immense et large, il rentrait à peine dans le cadre de la glace. Ses cheveux coupés étrangement retombaient bizarrement sur son front en mèches noires et brunes, alors que son regard…
Il aimait ce regard.
D’un bleu acier impitoyable. Aussi poli que la face d’un bouclier neuf.

Regard qui suivit une servante qui posait deux tasses sur la longue table de la pièce. Il s’humecta les lèvres lentement, alors qu’un nouveau grondement sourd vibrait dans sa poitrine.
Il allait l’attraper, l’immobiliser, la torturer, la…
Il fut interrompu dans ses pensées par Affarao qui se râclait bruyamment la gorge, et il lâchait un grognement mécontent.

- Assis-toi. Bien. Voici la cible, fit-il en faisant glisser un bout de papier avec le portrait d’une fille dessus. Il fronça les sourcils, avant de les hausser. Ils le faisaient sortir de sa cellule de désolation ténébreuse pour une nana ? Ne la sous-estime pas, nous avons déjà fait cette erreur. Elle répond au prénom de Kaünis. Si elle rentre dans le Palais… Tu peux faire ce que tu veux avec elle.
Ce qu’il voulait, vraiment ?
- La torturer ? demanda-t-il d’une voix trop rauque de n’avoir pas servie depuis trop longtemps. Cela fit ciller Affarao, mais il ne détourna pas les yeux.
- Tout ce que tu veux. Elle est dangereuse. Et sans doute accompagnée. Ne la sous-estime pas. Je suis presque certain qu’elle va bientôt revenir.

La bête hocha la tête. Un grognement franchit ses lèvres, qui s’étirèrent dans un sourire machiavélique.
- Elle est déjà là.
Il allait pouvoir s'amuser un peu. Avant de tous leur exploser leur tronche.
Surtout celle d'Affarao.

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