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Le Pacte VS L'Ordre
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 Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]

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Naïs Jol
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MessageSujet: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Dim 07 Oct 2012, 23:09

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

- « Naïs, il y a un homme en bas. Il voudrait te voir… »

Atal n’attend pas de réponse pour redescendre. Il me sait assez intriguée pour le rejoindre sans traîner, piquée par la curiosité. Mais en même temps presque certaine de l’identité de l’homme qui s’est présenté à mon frère. C’est une évidence, en fait. Enfilant une chemise ample par-dessus mon petit débardeur à bretelle terriblement moulant, puis un short confortable je saute dans mes éternelles bottes pour dévaler l’escalier d’un pas léger. Opale chouine dans la pièce voisine, réclamant son petit-déjeuner. Ici, revanche, Atal comme Nwëlla se sont murés dans un parfait silence. Je me disais bien que je ne tarderais pas à le rencontrer de nouveau sur ma route celui-là…

- « Vonoor Vil’Ancrasy »
- « Naïs Jol. J’admire réellement votre capacité de déduction ! »

Impassible, je croise les bras sur ma poitrine et hausse un sourcil, agacée. À tous les coups il va encore remettre sur le tapis son « aimable » proposition. Ces aristocrates alors ! Et avant même qu’il ouvre les lèvres, je soupire.

- « Avez-vous réfléchi à ma proposition ? »

Bingo ! Voilà qui est fait. J’ai horreur de me répéter. Pourtant, il le faut bien !

- « Peut-être êtes-vous sourd, mais je doute que vous soyez aveugle alors lisez bien sur mes lèvres : hors de question ! »
- « À vrai dire, je ne viens pas vraiment pour discuter de cela, mais plutôt pour vous livrer une information précieuse. »
- « Dites… »
- « Ah, ça il faut le mériter… »
- « Vous ai-je déjà dit que je sais assurer ma sécurité comme une grande sans que vous ne me colliez votre fils comme nounou. Alors, si vous voulez je peux aussi bien vous tuer tout de suite, ça m’éviterait de perdre mon temps ! »
- « Léandre Vil’Vishyard : voilà la raison de ma venue ! »

Je me fige un instant, retenant avec peine ma surprise. Atal et Nwëlla frémissent à ce nom qu’ils ne connaissent que trop bien. Les idées se bousculent dans ma tête et, perplexe, je passe une main dans mes cheveux désordonnés.

- « Le patriarche Vil’Vishyard ? »
- « Lui-même. Il y a plusieurs semaines, l’empereur l’a envoyé en mission dans le désert des Murmures. Mais vous savez le genre de rencontre inquiétante que l’on peut y faire. Sa petite escadre est largement affaiblie. »

Un intérêt soudain s’allume sur mon visage. Est-ce une blague ? Pourtant, je serais prête à y croire. C’est une occasion trop belle – peut-être un peu trop pour être vrai d’ailleurs. Je peux presque percevoir le rictus mauvais de Vonoor. Dans son monde, ils semblent tous se battre comme des loups affamés pour le pouvoir. Tant mieux ! Cela n’en facilitera que d’autant plus ma tâche.

- « Quelques hommes vous attendront au pied des montagnes de l’Est. »

Sans transition, l’homme se lève et se dirige calmement vers la porte d’entrée avant de marquer une légère hésitation.

- « Ah, et n’oubliez pas… »
- « … Ni vue, ni connue »

* *
*


Voilà environ une semaine que nous avons quitté cette petite plage du sud. C’est indéniablement une région où le commerce va bon train, notamment grâce aux échanges réguliers avec marins et pirates de tous poils. Une semaine que ce vieux brigand d’Ythyen a réussi à me convaincre de continuer la route avec eux malgré cette sangsue d’Illjän. Et déjà les murailles d’Al-Vor se dressent dans le paysage. Comme d’ordinaire, alors que les discussions vont bon train, c’est Soan qui se charge de procurer à la joyeuse caravane le fameux droit d’implantation auprès du portier. Temporaire, il permet d’occuper librement l’espace public de la cité pour commercer tranquillement. Face de Raï bougonne-t-il rageusement en revenant avec le précieux papier à la main. Je retiens un demi-sourire. Vraisemblablement, il n’était pas tombé sur un type très commode.

Enfin, l’essentiel est désormais que nous puissions implanter le camp rapidement avant la tombée de la nuit. Malgré tout, le portier nous semble avoir été généreux puisque nous nous installons en fait sur la place du palais de justice – la plus grande de la ville que je sache. Comme toujours, il faut répéter les mêmes gestes inlassablement similaires. Et la routine s’installe : planter les piquets, dresser les tentes, préparer les étals pour le lendemain matin pour les hommes. Pendant ce temps-là, les femmes s’occupent de préparer à manger tout en gardant un œil attentif sur les enfants qui jouent dans leurs jambes. Naturellement, je prête main-forte aux hommes qui se sont peu à peu habitués à recevoir mon aide et l’acceptent tout doucement avec gratitude, se faisant à l’idée que je me fasse une certaine place parmi eux, dans leur univers de brute.

Dès la nuit tombée, je ne tarde pas à m’échapper de l’effervescence continuelle du groupe. Ils ne me semblent jamais fatigués ces joyeux lurons. Les derniers rayons du soleil ont déjà disparus à l’horizon et laissent place à la fraîcheur de la Lune. Les rues se vident lentement mais sûrement. Les femmes rentrent chez elles pour retrouver enfants et hommes. Et c’est au tour de ces derniers de reprendre leurs droits sur la nuit. Du moins, pour certains seulement. À mesure que je m’enfonce dans des quartiers moins chics, je sens peser les regards sur moi. Mais, étrangement, aucune remarque acerbe ne fuse. Est-ce les récentes cicatrices marquant mon corps ou ma démarche aussi souple et assurée que celle d’une tigresse qui les réduit au silence et force leur respect ?

Ou alors ont-ils remarqué, eux aussi, cet homme qui me suit gauchement ? C’est fort probable. Une ombre, mais dans le noir le plus total, n’est jamais complètement indétectable, surtout pour une ouïe comme la mienne. Toutefois, je fais mine de n’avoir rien remarquer pour ne pas alerter mon « suiveur ». Parfaitement sereine, je l’entraîne dans un dédale de ruelles. Il est seul, le gros malin, et cela risque bien de lui être fatal ce soir. Pense-t-il pouvoir me filer ? Hélas pour lui, il ne me connaît pas et ne se doute certainement pas de ce qui l’attend. Sciemment, je m’engouffre dans un monde de silence et deviens invisible, entièrement invisible. Comme une prédatrice guettant sa proie j’attends, curieuse de découvrir qui se cache sous cette nouvelle mascarade.

L’homme hésite trois secondes. Mais c’est trois secondes de trop car j’ai déjà bondi rapide et mortelle, défiant toute loi temporelle. Coincé contre un mur, l’homme est désormais prisonnier de ma lame toute prête à l’égorger.

- « Paix ! »

Sa voix paraît étonnement calme pour quelqu’un en plutôt mauvaise posture – et même en danger de mort. Il ne semble pas craindre la mort qui le menace plus que jamais, ni même la folle que je suis. Serrant les dents, j’appuie un peu plus le tranchant du poignard contre sa jugulaire hypertendue, faisant perler ainsi une petite goutte de sang.

- « Paix ! Naïs Jol ? »

Mes doigts se crispent instinctivement autour du manche incrusté du poignard tandis que je me fige littéralement. Par la sainte culotte de l’empereur, d’où me connaît-il celui-là ? Je ne crois pas l’avoir jamais croisé pourtant. Inspirant le plus calmement possible, je relâche légèrement la pression sur la gorge de l’homme, piquée à vif par la curiosité, même si je ne peux m’empêcher de soupirer d’agacement.

- « Je te préviens, tu as intérêt d’avoir une excuse en béton ! Pourquoi tu me suivais ? »
- « Mon Seigneur voudrait s’entretenir avec toi… »
- « Ton seigneur ? »
- « Vonoor Vil’Ancrasy »

Je soupire une nouvelle fois. Encore un de ces foutus aristocrates pourris jusqu’à la moelle. Qu’est-ce qui m’attend cette fois-ci ? Toutefois, intriguée, je laisse se dessiner sur mes lèvre un demi-sourire alambiqué.

- « Eh bien ne le faisons pas attendre alors… »

* *
*


Voilà à présent deux jours entier que cette terrible tempête de sable nous a surpris. Dans ce satané désert, il n’y a pas un village – pas même une baraque – à plusieurs kilomètres à la ronde, alors nous n’avons pas le choix. Il faut avancer. Et à pied accessoirement, pour ne pas épuiser les chevaux. Malgré la météo pénible, pas un homme ne se plaint. C’est vraiment la crème des crèmes qu’il m’a envoyé là ce Vil’Ancrasy. Et un instant je ne peux m’empêcher de douter de ma présence en ce lieu hostile. Une petite minute je rêve de pouvoir retrouver ma chambre à Al-Chen ainsi qu’Atal, Ainhoa, Reni, Opale et, évidemment, Seth. Une longue seconde, je me demande si Gil a bien reçu ma missive et si je lui manque autant qu’il me manque à moi.

Protégée par un épais tissu, je n’avale aucun grain de sable. Ce qui est loin d’être le cas pour quelques-uns des guerriers. Y compris l’abruti de rejeton de Vonoor qu’il n’a pas trouvé mieux que de me le coller au fesse comme pour me rappeler sans cesse sa proposition absurde. J’ai bien envie de l’étriper sur place le fiston, rien que pour lui montrer ce que je fais de sa proposition à la noix ! À mesure que nous gagnons un peu de terrain, je réfléchis à une stratégie pour semer la troupe et les laisser se perdre dans le désert des Murmures. Une voix j’avais accordé ma confiance à un aristocrate. Et aujourd’hui j’en paye encore le prix fort. Vonoor m’avait cru assez stupide pour renouveler mon erreur. Stupide pour quelqu’un d’aussi intelligent que lui.

À la fin de la journée quelques habitations providentielles se dressent dans le paysage de désolation. Guidés par l’éclaireur, nous avons tôt-fait d’y parvenir. Mais quelle surprise quand nous découvrons un village fantôme, comme figé dans le temps. Tout est resté en place, mais il n’y a plus âme qui vive dans le coin. Peu importe, mes pas trouve sans mal le chemin d’une ancienne auberge dégageant une vieille odeur de renfermé. Un silence de mort règne, me tirant un léger frisson. La petite escadre investit doucement les lieux et même l’ambiance froide et mortelle ne les empêchent pas de bavasser comme si de rien n’était. À vrai dire, je n’aime pas vraiment cela. Rien de bon ne se dessine à l’horizon.

Des doigts agrippent soudain ma taille. Je réagis alors en conséquence au quart de tour. Dans un retournement improbable je suis presque à la limite de briser tous les os du bras de l’importun qui n’est autre que Vanol, le fils à son papa. Autant lorsqu’il s’agissait de Gil, cela allumait en moi une douce chaleur, autant celui-là je n’éprouve que mépris et dégoût.

- « Je suis certaine que tu tiens à la vie ? Alors tu vas être gentil et ne plus t’aviser de recommencer. Je ne sais ce que t’a promis ton père, mais tu peux faire une croix dessus ! »

La tension vient d’augmenter d’un cran. Tous les soldats semblent prêts à réagir sur un ordre de leur jeune seigneur. Je finis par lâcher le puceau qui semble trembler de rage. Voilà une soirée qui s’annonce mouvementée…

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Lun 08 Oct 2012, 11:44

- Iselle ?

Il hésite un instant mais la porte est légèrement ouverte, alors il prend cela comme une invitation. Et il entre. Ses yeux s’écarquillent devant le désordre qui règne dans la maison d’ordinaire si bien arrangée. Et il aurait pu croire à un simple ménage de saison si tout ceci n’avait senti aussi fort la violence. Ses traits se durcissent, ses poings se ferment ; il traverse le salon à grands pas, appelant son amie. Ne la trouvant pas, il monte à l’étage, grimpant les marches deux à deux. Au moment d’ouvrir la porte de sa chambre, il hésite encore, à cause d’un affreux pressentiment cette fois. Doucement, ses doigts effleurent le battant qui tourne lentement sur ses gonds. La chambre est dans le même état que les autres pièces de la demeure. Tout est renversé, tout est brisé. Et Iselle est là. Immobile, elle est allongée sur son lit et on pourrait croire qu’elle dort… mais l’horrible plaie qui ouvre sa gorge atteste le contraire.

Gil hurle de douleur.



*




- Qu’est-ce que tu fais ?
- Je vais saluer un vieil ami.
- Tu as des vieux amis, toi ?
- Ouais.
- Je dois absolument voir ça, ce doit être fascinant.


Gil mit pied à terre et laissa Seren en faire autant. L’Envoleur aux cheveux noirs et argent était au moins aussi têtu que son ancien élève, tenter de le raisonner serait une véritable perte de temps. S’arrêter ici était déjà un luxe qu’ils s’offraient mais Gil était fermement décidé à tenir sa promesse. Encore une… Constatant le soudain élan de loyauté de sa part, Seren n’avait pas émis le moindre commentaire, jusqu’à maintenant. Il avait attendu que Fériane soit en vue pour commencer à agacer le jeune homme, autant dire que ça relevait de l’exploit… Les deux hommes s’arrêtèrent devant les hautes portes de la Confrérie et contemplèrent un court instant sa simplicité toute puissante. Puis Gil sonna une lourde cloche et moins d’une minute plus tard, les portes s’ouvraient sur un grand jardin à travers lequel on les conduisit.

- Magnifique, fit Seren en balayant le site de son regard gris « temps de pluie ». Je n’étais encore jamais venu ici.
- Tu plaisantes ? s’exclama Gil en lui jetant un coup d’œil perplexe. Toi, l’éternel blessé qui pisse le sang dès que l’occasion se présente, tu ne connais pas Fériane ?
- Je pourrais te raconter Ondiane en long, en large et en travers ; j’ai toujours eu un faible pour l’ouest de l’Empire…

C’était peu de le dire. Seren s’était exilé en pays Faël pendant trois ans. Il avait fait sa réapparition peu après la nomination de Gil en tant que maître, et bien qu’il ait toujours démenti la chose, Gil était persuadé qu’il était le motif de son retour. En fait, Seren avait le don pour se manifester dès que quelque chose d’important se passait dans sa vie. Une fois de plus, c’était le cas…

- Giliwyn !

Le Rêveur qu’il avait demandé à voir arrivait dans leur direction et Seren redressa la tête pour mieux appréhender ce « vieil ami ». En réalité, il n’était pas très étonné que Gil se soit lié d’amitié à un Rêveur. Il était fréquent que les guerriers de leur trempe côtoient davantage ces gens-là que les autres fils du Chaos, et Gil avait en outre hérité de sa manie de se fourrer dans les pires situations qui soient. Un sourire amusé dansant sur ses lèvres, il regarda Gil tendre une main au Rêveur, et celui-ci secouer la tête avant de le serrer dans ses bras.

- C’est vraiment gentil de passer me voir, jeune homme, sourit Pragron Fliboise.
- J’avais promis, répondit simplement Gil en reculant pour laisser son compagnon de route s’avancer.
- Seren Til’Silveryn, se présenta l’Envoleur en serrant la main du Rêveur. Je suis…
- Le père de Giliwyn ?

Un éclat de fierté et d’amusement traversa le regard de Seren avant que Gil ne proteste vivement.

- Seulement mon père spirituel. Seren, voici Pragon Fliboise ; un jour, j’ai accepté de l’escorter jusqu’ici, et j’ai promis de lui rendre visite chaque fois que j’approcherais sa Guilde.
- Un voyage exceptionnel, affirma Pragon en hochant la tête. Je crois bien ne m’être jamais autant amusé de toute ma vie !

Gil acquiesça en silence. C’est au cours de ce voyage exceptionnel qu’il avait rencontré Naïs…

- Venez, suivez-moi, je vais vous offrir quelque chose à boire. Dis-moi, Gil, comment va ton amie, la douce Iselle ?

La gorge de Gil se serra. Sans Iselle, Pragon et lui ne se seraient jamais rencontrés. Le Rêveur avait accepté de s’occuper du dos blessé de la jeune femme, moyennant les services de l’Envoleur en tant que garde du corps jusqu’à Fériane.

- Elle va bien.

Seren ne dit rien mais hocha doucement la tête tout en emboîtant le pas aux deux hommes. Il n’avait de cesse de taquiner son ancien élève parce que c’était son passe-temps favori, mais en l’occurrence, il se taisait devant le respect mutuel qui liait Gil et Pragon. Néanmoins, il avait eu raison de suivre Gil jusqu’ici. C’état vraiment fascinant.




*




- Il l’a tuée.
- Il ?
- Je ne sais pas de qui il s’agit, mais je suis sûr que c’est lui. Le type qui m’a pris pour cible à Al-Vor, celui qui me double dans chacun de mes coups. Cette enflure a des comptes à rendre avec moi…


Seren s’accouda au comptoir et dévisagea Gil en silence. Il avait toujours connu son élève tourmenté, mais rarement à ce point ; l’homme a qui il avait proposé un verre était pâle, les traits tirés et le regard animé par une ombre de mauvais augure. Il connaissait ce regard-là. C’était celui d’un homme profondément blessé et prêt à tout pour se venger. Un regard de fou.

- Je suis désolé.

Gil haussa les épaules. Il n’avait pas accepté l’invitation de l’Envoleur pour pleurer sur son épaule. L’alcool lui procurait un réconfort illusoire, mais pour le coup, il préférait nettement l’illusion à la réalité. Iselle est morte... Son sang imprégnait encore sa chemise. Lorsqu’il l’avait trouvée dans sa chambre dévastée, son corps était encore chaud ; l’enfoiré qui l’avait égorgée était passé très peu de temps avant lui. Un timing parfait. De quoi faire culpabiliser Gil toute sa vie à ce sujet. Si seulement il était arrivé quelques minutes plus tôt, juste quelques minutes…

- Je prends la route du sud, fit Seren entre deux gorgées de bière. On m’a assigné une sympathique mission.
- On ?
- Le conseil. Tu sais, ces gens qui se réunissent pour parler du Chaos tout en mangeant des petits gâteaux…
- Et qu'est-ce qu'on te demande, cette fois-ci ?
- Est-ce que tu as déjà entendu parler des Vil’Vishyard ?
- Non.
- Pas étonnant, tu évites le Domaine comme la peste… C’est une famille d’aristocrates très influente. Elle traverse les générations depuis… des générations. Et ces derniers temps, elle représente une menace pour le Chaos.
- Quel genre de menace ?
- Cherche pas à comprendre.


Bonne idée, songea Gil en vidant son énième verre cul-sec. Il commençait à ne plus percevoir son environnement normalement. D’ici peu, il n’allait même plus comprendre les paroles de Seren. Apparemment, celui-ci l’avait compris car il se fit un devoir de simplifier les choses avec un soin tout particulier.

- Une occasion en or. Après plusieurs années passées à les traquer, il semble qu’on tienne enfin quelque chose – une piste, dans le Désert des Murmures. Je pars demain matin. Tu en es ?
- Quoi ?
- Ça te changera les idées et ça assouvira tes envies de meurtre. Tu devrais accepter.
- Je devrais me servir un autre verre.
- Réfléchis-y, Cabochard,
fit Seren en faisant glisser son propre verre vers lui. Le conseil ne te porte pas dans son cœur malgré le succès de ton élève à son dernier examen.

Il serra brièvement l’épaule de Gil avant de quitter la gargote mal famée dans laquelle il avait trouvé le jeune homme. Un jeune homme qui avait besoin de rester seul pour noyer son chagrin dans l’alcool. Mais Seren n’était pas plus inquiet que cela. Après avoir rendu toute sa bière et fait son deuil dans la plus grande des misères, Gil le rejoindrait. Sa certitude était absolue.



*




- Alors ? Comment le conseil a-t-il réussi à mettre la main sur les Vil’Vishyard ?
- Comme d’habitude : des oreilles qui traînent un peu partout et des langues bien pendues… Un certain Vil’Ancrasy est impliqué dans cette histoire.
- Les nobles attirent les nobles.
- Et le sang attire les loups.


Gil opina en silence. Seren et lui bivouaquaient sur une rive de la Voleuse, le premier assis sur un tronc d’arbre couché au sol, le second adossé à un rocher doucement chauffé par le soleil. Depuis qu’ils avaient franchi la barrière montagneuse qui séparait le désert des plaines verdoyantes du sud, le climat avait changé de tête ; plus de froid, plus de pluie, plus de brouillard, simplement le soleil, tantôt voilé par un voile opaque de nuages, tantôt brillant de mille feux. Rien que pour ça, Gil ne regrettait pas d’avoir accepté la proposition de Seren. Ces derniers temps, il avait tellement arpenté le nord de l’Empire qu’il ne supportait plus ni la neige, ni le vent. Et encore moins le Domaine, qu’il avait retrouvé brièvement le temps de faire passer son Alow-Til à Kaünis… C’est juste après l’épreuve de son élève que Gil s’était rendu chez Iselle. Son amie lui manquait. Il ne l’avait pas vue depuis des mois et il avait eu envie de lui raconter son périple dans le nord. Il avait voulu lui parler de Libertée. Il avait voulu lui demander conseil et réconfort. La voir, tout simplement…

Avant d’aller se mettre minable à grand renfort de bière et autres alcools enivrants, Gil s’était lancé à la recherche de l’assassin de son amie. En vain. Cette ordure était introuvable, c’était une ombre dont il ne connaissait que le venin. Qui était cet homme ? Qu’avait-il pu bien lui faire qui ait donné naissance à autant de haine ? Des ennemis, il s’en était fait en pagaille, bien sûr ; c’est une constante lorsque l’on passe ses nuits à assassiner des gens pour de l’argent. Mais Gil doutait que ce type soit lié à l’une de ses cibles. Cela n’avait rien à voir avec une vengeance, c’était un vrai règlement de compte, une volonté de plonger le couteau dans la plaie et de le remuer lentement. Cet homme voulait qu’il souffre. Mission réussie. Gil n’avait plus avalé une goutte d’alcool depuis qu’il avait pris la route avec Seren, pas plus qu’il ne versait une larme ni ne racontait son malheur à son ancien mentor, mais la douleur et la tristesse ne quittaient plus son regard bicolore et un vide immense avait pris place dans son cœur. Iselle n’était plus là et elle lui manquait plus que jamais.

- Parle-moi de ton élève. Combien de fois as-tu manqué de la tuer ?
- Pas assez…


Un sourire sans joie étira les lèvres de Gil. Penser à Kaünis suffisait à tromper la douleur qui réduisait son être en mille morceaux ; pour sûr, la question de Seren n’était pas anodine, même si l’Envoleur arborait un air innocent.

- Je l’ai aperçue dans le réfectoire, l’autre jour. Une sacrée beauté fatale… Elle a bien failli casser le bras d’un garçon.
- C’est une vraie chieuse mais elle a du cran.
- Comme toi.


Silence. Gil se renfrogna et Seren s’intéressa davantage à son repas. La conversation n’était jamais simple avec les SangreLune ; Sinéad non plus n’aimait pas aborder des sujets trop intimes lorsqu’elle et lui étaient de simples apprentis. Gil savait-il à quel point il ressemblait à sa mère ? La même fougue, la même sensibilité soigneusement cachée, et ce caractère plus difficile que celui d’un Thül mal luné…

- Notre cible est un certain Léandre Vil’Vishyard. C’est un vieil homme, le patriarche de la famille ; on le dit plus solide qu’un roc et plus hargneux qu’un tigre des plaines.
- Du gâteau pour nous.
- Je t’avais promis qu’on allait se régaler…


Plus tard, alors qu’ils chevauchaient à une allure franche et régulière, Gil se dit que les promesses, c’était du vent. Mieux : un grain de sable dans l’immensité de ce désert. Il avait promis à Iselle de lui offrir une maison digne de ce nom au bord de l’océan. Mais il avait également promis à Naïs qu’elle réaliserait son rêve, et ça avait marché : il avait reçu une lettre de l’Envoleuse… Quelle ironie. Sauver la vie d’une amie pour en perdre une autre, c’était terriblement injuste. Gil avait la désagréable impression de payer pour sa loyauté. Pour une fois qu’il se comportait vraiment en héros, il causait la mort d’une innocente. Que pouvait-il en conclure, sinon qu’il devait désormais craindre pour la vie de ses nouveaux amis ? Il ne se souciait pas vraiment de Libertée, de Naïs, d’Atal, de Juhen ou de Nwëlla ; guerriers dans l’âme, ils étaient à même de se défendre mieux qu’il ne pourrait les protéger. Mais les progrès de Kaünis n’en étaient encore qu’à leurs balbutiements et Pragon Fliboise était un Rêveur dont la principale philosophie se tenait dans le mot « pacifisme »…

Un léger sifflement de la part de Seren sortit Gil de ses pensées. Suivant le regard de l’Envoleur, qui avait arrêté Pic au sommet d’une dune, il remarqua une ligne mouvante en contrebas : un convoi de cavaliers. Plissant les yeux, Gil les distingua des nomades, ordinairement vêtus de couleurs riches et montés sur des pur-sang ; ces types-là appartenaient à la garde impériale. Tiens, tiens… Seren avait raison, les Vil’Vishyard étaient apparemment activement recherchés. Pour quelle autre raison les soldats de l’empereur écumeraient-ils un désert, sinon pour mettre la main sur l’homme le plus recherché du pays ? La saveur du défi éclaira le regard de Gil. La concurrence était de taille.

Parfait.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



[Absent du 18/07 au 24/07]
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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Mar 09 Oct 2012, 11:45

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

… Mais contre toute attente, il ne se passe absolument rien. Vanol se contente de se masser le bras rageusement tout en marmonnant quelques mots incompréhensibles dans sa barbe. Tous ses subordonnés observent un parfait silence tandis que je hausse les épaules. J’étais d’ors et déjà prête à en découdre, or, cela m’arrange bien de ne pas avoir à le faire : je préfère autant m’économiser en attendant de me trouver face à Vil’Vishyard. Et tant celui-ci n’apparaîtrait pas dans notre champ de vision – ou plutôt le leur – les journées promettent d’être particulièrement longues. Il n’est vraiment pas question de laisser m’échapper le patriarche de la famille la plus puissante de l’empire, celui-là même qui veut ma mort depuis tant d’années. C’est une occasion trop belle qui ne se renouvellera jamais plus.

- « Bien, messieurs, je vous conseille de vous reposer convenablement. Nous avons une longue route demain… »

Et sans laisser le temps à quiconque de répliquer quoi que ce soit, je gravis l’escalier quatre à quatre aussi silencieusement qu’un chat. Les chambres à l’étage dégagent une légère odeur de renfermée toutefois supportable. Étonnant ce village abandonné bâti sur les contreforts est des montagnes de l’Est justement. Un instant je me demande ce que sont devenus les habitants de la petite bourgade. Tués ? Cela m’étonnerait beaucoup puisque je n’ai perçu aucun signe de violence. Partis ? C’est plus probable. Mais partis pourquoi ? Maladies ? Météo capricieuse ? Si je penche plutôt pour la seconde option, il est cependant certain que je n’aurais vraisemblablement jamais de réponse cohérente.

Dehors, le vent souffle toujours par rafales soulevant avec lui du sable par millier, comme autant de petites tornades. Sans doute gênée à l’idée que d’autres personnes, aujourd’hui disparues, aient pu dormir dans le lit aux draps encore propres, et même habiter sous ce toit, je ne touche à rien, ni ne m’assieds sur le rebord du lit. En fait, je prends plutôt place dans l’encadrement de la fenêtre, contre les vitres tièdes et adossé au mur de pierres froides. Je ne sais pas d’où ces dernières proviennent, mais je n’ai pu m’empêcher de noter qu’elles ont la délicieuse qualité de rafraîchir la baraque toute entière ce qui n’est franchement pas un mal au milieu de la chaleur du désert.

Mes pensées vagabondes un instant. Loin. Très loin. À Al-Chen pour être exacte. Je ne peux m’empêcher de craindre de nouvelles représailles de la part de familles aristocrates me voulant absolument morte depuis une dizaine d’années. Heureusement, je sais toutefois capables Atal et Nwëlla de sentir arriver le danger à plusieurs kilomètres à la ronde. À force de mauvaises aventures et expériences, ils sont rompus à ce genre d’exercice. Mais ce que je redoute plus que n’importe quoi, à vrai dire, c’est que même mon propre camp se retourne à nouveau contre moi, rien que pour une histoire d’argent. Si un – et pas des moindres, un Mentaï – l’avait déjà fait, un autre peut tout à fait le refaire sans scrupules. Et puis, chassant mes sombres idées, je finis par m’endormir tout doucement sur mon appui de fenêtre en laissant s’envoler des pensées plus paisibles vers Gil. Je crois bien même que je me surprends à rêver de m’endormir dans ses bras.

Tu t’engage sur un chemin dangereux !
Je sais, mais je n’ai pas envie de le rebrousser…

* *
*


La tempête s’est enfin calmée. Mais, hélas, c’est à une tout autre sorte de cataclysme que j’ai à faire dorénavant. Si. Si. Je suis bien à la tête d’un véritable troupeau de buffles enragés. Ou du moins, c’est tout comme, car les soldats de la garde personnelle de Vil’Ancrasy font presque autant de bruit – si ce n’est plus. Pour couronner le tout, il ne manquerait plus que les Ijakhis nous tombent dessus. Et s’ils arpentent les environs, je ne doute pas une seule seconde qu’ils ne tarderont pas à nous tomber dessus à bras raccourcis. Et si tel est le cas, je crois que je préfère encore me la jouer perso et abandonner l’escouade à son triste sort – néanmoins amplement mérité.

- « Oh ! Mes hommes commencent à en avoir marre ! Est-ce que tu sais au moins où tu vas comme cela ? »

Vanol. J’aurais dû me douter que je n’aurais pas la paix aujourd’hui, surtout après l’affront que je lui ai fait hier soir. Serrant les dents, je soupire d’un agacement profond tandis qu’Océan renâcle bruyamment de concert, comme s’il avait senti mon irritation notoire.

- « Si tu veux, je peux très bien partir, là, tout de suite. Tu sais, je n’ai pas franchement pas besoin de toi pour débusquer Vil’Vishyard ! »

Et toc ! Le voilà mouché. Mais nous sommes vite rejoint par un autre cavalier de sa garde personnelle. Vanol me les avait tous présentés, un par un, au pied des montagnes de l’Est, mais j’ai déjà complètement oublié leurs prénoms. Et ce bougre-là ne fait pas exception.

- « Monsieur, nous sommes suivis »
- « Combien ? Combien sont-ils ? »
- « Ils ne sont que deux vraisemblablement… Mais… »

L’homme hésite un instant, comme si quelque chose - ou quelqu’un – l’empêche littéralement de prononcer la suite de sa phrase. Mine de rien, je pars au-devant juchée sur Océan, sans un mot, devinant que ce n’est autre que mes oreilles qui semblent le perturber. Toutefois, je souris imperceptiblement. Cet idiot vient de réveiller ma curiosité.

- « Mais ? » lui répond la voix de Vanol dès lors qu’il semble juger que je me suis assez éloignée.
- « Aschen croit avoir reconnu… Giliwyn SangreLune »
- « Tiens donc ! Faites comme si vous n’aviez rien remarqué. Je serais heureux de lui demander comment se porte cette chère Iselle le moment venu… »
- « Bien monsieur »
- « On dirait bien que la chance nous sourit. Naïs Jol, la femme la plus recherchée et la plus dangereuse de l’empire, Léandre Vil’Vishyard et Giliwyn SangreLune livrés sur un même plateau d’argent ! »

Mon cœur rate un battement. Tandis que le bruit des sabots résonne sur le sol rocailleux du désert, je jure intérieurement. Maudit traître ! Cependant, étonnamment, cela ne me surprends pas plus que cela. Je crois que je m’y attendais quelque peu. Non, à vrai dire, ce qui m’inquiète bien plus, c’est la raison pour laquelle Vanol semble en vouloir hargneusement à Gil. Certes, il ne devait pas s’être fait que des amis à travers tout l’empire, mais se faire un ennemi d’un noble n’est pas très malin. Les pensées s’entrechoquent violemment sous mon crâne. J’ai peur. Peur pour Gil. Mais je crois qu’au fond, tout au fond, je suis heureuse de le savoir tout près.

- « J’imagine que nous ne sommes pas seuls à rechercher Vil’Vishyard ? »
- « Tu es perspicace… »

C’est cela oui. Et tu vas voir si je suis toujours aussi perspicace après t’avoir réduit en chair à pâté, littéralement…

* *
*


Voilà quelques longues heures que la nuit a jeté sur nous son voile de ténèbres. Et pourtant, les hommes de Vanol viennent seulement de dresser un camp de fortune. Dans la fraîcheur de la nuit, ils ont allumé un feu pour se réchauffer. Je soupire. Ils n’ont pas la jugeotte de penser que dans un endroit aussi hostile, cela pourrait leur attirer des ennuis – comme les Ijakhis accessoirement. Cependant, c’est bien loin d’être mon premier souci. Je le sais. Tout au fond. Gil n’est pas bien loin. Alors, silencieusement, discrètement, je me fonds dans les ombres nocturnes, ni vue ni connue.

Au hasard, je serpente les plateaux rocheux servant de contreforts aux montagnes de l’Est. Je ne sais vraiment où l’Envoleur peut bien se trouver. Mais je reste prudemment sur mes gardes, non seulement par peur d’être suivie, mais aussi parce que Gil pourrait d’abord ne pas me reconnaître dans un premier temps. Tout n’est que silence autour de moi, à tel point que je peux entendre les battements effrénés de mon propre cœur.

Et finalement, à force d’espérer, il me semble obtenir ce que je veux. Car je ne suis plus seule…

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Dernière édition par Naïs Jol le Jeu 11 Oct 2012, 23:55, édité 1 fois
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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Jeu 11 Oct 2012, 23:28

- On devrait les attaquer ce soir. La nuit est avec nous, et puis ce sont des impériaux… On a l’avantage sur eux et un bon effet de surprise en poche.
- Non.
- Quoi, non ?
- On ne bouge pas. On attend.


Gil leva les yeux au ciel puis croisa les bras sur la poitrine. Attendre ? Ben voyons… Une heure qu’ils attendaient déjà. La nuit était à peine tombée lorsqu’ils avaient découvert une passe rocailleuse, en amont des dunes ; Seren avait subitement décrété qu’ils devaient s’arrêter là et attendre. Soit. Mais attendre quoi ? L’Envoleur n’avait pas voulu cracher le morceau et Gil n’en pouvait plus de rester immobile. Hasard ou coïncidence, la petite troupe de soldats impériaux avait fait halte à quelques lieues de là ; en contournant la passe, on pouvait apercevoir leur feu. Du gâteau… ils se croient seuls dans ce désert, c’est le moment de leur prouver qu’il ne faut jamais s’endormir sur ses galons ! Coulant un regard vers Seren, Gil soupira. Ancien mentor ou non, cet homme conservait une autorité qui faisait foi. Elle ne l’effrayait pas – ne l’avait même jamais effrayé – mais c’était une sorte de puissance contre laquelle il savait qu’il était vain de lutter : affronter une décision de Seren, c’était comme affronter un torrent déchaîné…

Une pensée en entraînant une autre, celle de Gil fila instantanément vers Kaünis. La vitesse à laquelle s’étaient enchaînés les événements depuis son Alow-Til l’avait empêché de revenir dessus mais à présent qu’il était contraint à l’immobilité, il revoyait la jeune femme affronter avec une volonté de fer l’épreuve de la corde. La voir franchir cette rivière sans jamais faillir ni renoncer avait étreint le cœur de Gil avec une force insoupçonnée ; heureusement qu’elle avait été trop occupée pour s’en rendre compte… Du Chaos était en train de naître une vraie et belle étoile, celle-là même qui brillait dans les yeux de son apprentie lorsqu’elle était concentrée. Kaünis était une flèche de lumière tirée dans le ciel et il savait désormais qu’elle ne retomberait jamais. Secouant la tête pour esquiver la chape de nostalgie qui le menaçait, Gil se mit à faire les cent pas tandis que Seren, assis sur un rocher, méditait.

- C’est stupide.
- Ça le serait moins si tu arrêtais de tourner comme un lion en cage…
- Pas moi ! Cette situation… Tu m’entraînes dans une mission dont tu ne me cèdes que quelques bribes et tu m’empêches d’agir à ma manière. C’est pas juste.
- Tu ne m’avais pas dit que ta tête était mise à prix.


Surpris par le brusquement changement de sujet, Gil s’arrêta et dévisagea l’Envoleur un instant avant de reprendre contenance. Et son furieux manège.

- A quoi bon ? marmonna-t-il. Tu est toujours au courant de tout…
- C’est vrai. N’empêche que tu es dans de sales draps, Cabochard.
- J’ai l’habitude.
- C’est différend cette fois, et tu le sais aussi bien que moi… Assassiner un Mentaï, c’est attenter contre le conseil, le Chaos. Tu as de la chance qu’ils n’aient pas de preuve tangible contre toi.


Gil ne répondit rien. Que le conseil ait les mains liées par un manque de pièces à convictions ne changeait rien au fait qu’ils étaient les plus forts : ils avaient très bien pu envoyer quelqu’un à ses trousses. Quelqu’un qui lui aurait planté une flèche dans le bras, à Al-Vor. Quelqu’un qui aurait tué Iselle pour le punir. Serrant les poings, Gil inspira longuement, puis expira lentement. Seren avait raison, il était dans de sales draps, mais il ne devait surtout pas perdre son calme. Un seul faux pas de sa part, et l’homme qui le traquait sans relâche depuis quelques semaines en profiterait pour frapper à nouveau… Il comprenait mieux, à présent, les objectifs de son ancien maître ; en acceptant cette mission de routine, Gil avait de quoi prouver son allégeance et sa défection au conseil, mais surtout, il s’éloignait du centre de l’Empire et des assassins qui y rôdaient. Le Désert des Murmures était sa nouvelle planque !

Plongé dans ses pensées, Gil failli ne pas percevoir le léger trille qui s’éleva derrière les rochers. Réagissant de concert, Seren et lui portèrent la main à leurs armes, mais l’oiseau moqueur sauta souplement les rochers pour venir à leur rencontre et d’un geste de la main, Seren intima à Gil de ne pas bouger.

- Talik El’Kerrhim ?
- Lui-même,
répondit joyeusement et à mi-voix l’intéressé tout en baissant légèrement le tissus qui voilait sa bouche.

Il portait les couleurs du désert et se fondait parfaitement dans la nuit. De petite taille (il arrivait tour juste à l’épaule de Gil), il se mouvait avec souplesse et précision ; sa tête était entourée par un tissu qui ne laissait entrevoir que deux yeux finement cerclés de noir et dans son dos était fixé un large sabre à lame courbe. Sous l’injonction muette de Seren, Gil avait ôté sa main de la garde de son épée mais il garda néanmoins les doigts écartés et les paumes tournées vers le sol, prêt à balancer ses aiguilles en cas de nécessité. Seren et l’homme des sables avaient l’air de se connaître et il ne faisait aucun doute que la présence de ce dernier avait à voir avec leur mission. Voici donc ce qu’ils attendaient depuis si longtemps…

- Je n’étais pas sûr que tu viendrais, sourit Seren en serrant la main de l’homme.
- Je suis un homme d’honneur et un Djehin, répondit El’Kerrhim, comme si cette simple mention faisait foi.

Il salua Gil d’un signe de tête auquel répondit ce dernier, puis reporta toute son attention sur Seren.

- Les hommes de Vil’Acrasy vous ont repéré.
- Parfait…
- Ils ont l’air d’hésiter à venir vous voir.
- La faute à Gil.
- Va te faire voir, Seren.
- Sa tête est mise à prix alors ça le vexe…


S’il était surpris de la teneur de l’échange qui avait lieu entre ses deux interlocuteurs, El’Kerrhim n’en laissa rien paraître. Il se contenta de hocher la tête avant de se pencher pour tracer un cercle dans le sable.

- L’endroit où se cache Vil’Vishyard est là. C’est une forteresse de sable et de pierre, née de l’imagination tordue d’une troupe de Mentaï qui lui sert de garde rapprochée. Ici, ce sont les ruines d’Ank’Alib, ancienne Oasis prospère. Si les hommes de Vil’Ancrasy repartent demain matin, ils seront arrivés aux portes du domaine de Vil’Vishyard avant la tombée du jour. Vous suivez ?
- Deux questions,
fit Gil, accroupit près de Seren. J’ai cru comprendre que la tête de ce monsieur valait trois ou quatre fois plus que la mienne, au moins. Si tu sais où il se trouve, pourquoi ne pas t’en occuper toi-même ?

Le Djehin plissa les yeux, et Gil se demanda s’il était en train de rire ou non. Difficile à dire, avec tout ce tissu qui lui entourait le visage…

- Mon clan souhaite la mort de Vil’Vishyard autant que ta guilde. Les Djehin sont guerriers de père en fils depuis des générations et « défaite » est un terme qu’ils maîtrisent mal. Mais cet homme est un monstre. L’Empereur lui-même n’a pas réussi à le débusquer et à s’en débarrasser, depuis le temps qu’il le cherche. Nous ne sommes pas fous. Nous attendions juste que ceux qui le sont viennent tenter leur chance.

Gil hocha la tête. Ouais, ça se tient.

- Donc Seren, moi et les gardes qui ripaillent dans les ruines, en bas, on est une bande fous en pleine chasse au monstre.
- Tu avais une deuxième question, je crois ?
- Pourquoi est-ce qu’on ne les élimine pas tant qu’ils sont à portée de lame ?


Seren émit un léger rire qui résonna dans la nuit claire.

- Tu ne sais toujours pas réfléchir avec ta tête, pas vrai ? Si c’est un monstre qui nous attend derrière une montagne de pierre et de sable gardée par des Mentaïs, autant envoyer les plus fous d’abord…
- Tu veux dire, les laisser se casser les dents et profiter du massacre pour avancer plus vite et plus loin ?
- C’est l’idée. Je connais bien la façon d’agir des gardes de l’Empereur ; ils vont d’abord essayer de discuter avec nous, d’autant que tu leur fait peur. Ils vont donc négocier leur passage jusqu’au domaine du monstre, négocier le plus gros de la récompense, également, mais puisqu’ils ont peu de chances de s’en sortir, ça ce tente…


El’Kerrhim hocha la tête et Gil soupira.

- Un instant, j’ai cru que tu m’avais emmené avec toi pour me protéger de l’assassin qu’on a lancé à mes trousses. Mais en fait, tu voulais simplement te servir de mon nouveau… statut… pour parvenir à tes fins.
- Je vois que tu commences à réfléchir, Cabochard.
- Une fois que vous serez en route, méfiez-vous des Ijakhis.
- Qu’ils viennent et je les arrose comme il se doit,
répondit Seren en tapotant sa gourde.

Les trois hommes se relevèrent de concert et El’Kerrhim serra de nouveau la main de Seren, puis celle de Gil.

- Bonne chance avec les gardes. Mon clan vous attendra à deux lieues du domaine de Vil’Vishyard.
- Vous allez vous battre ?
s’étonna Gil.
- Simplement attendre que les fous fassent le ménage pour nous…

Murmure amusé, et le Djehin s’évanouit dans la nuit. Refusant d’admirer une telle pirouette, Gil secoua la tête et dévisagea Seren, dubitatif. Il ne faisait pas confiance aux opportuns trop intelligents du style de cet homme des sables, et le comble du comble, c’est que le plus grands des opportuns – ou le plus grands des salauds – se trouvait être son ancien mentor. Un vrai mercenaire, dans tous les sens possibles du terme ; sa poignée de main avec El’Kerrhim pouvait très bien, d’ici quelques heures, se transformer en coup de lame bien placé si le Djehin se trouvait entre la cible et l’Envoleur. Et si d’aventures Gil devait se trouver dans une situation similaire, rien ne lui prouvait que Seren l’épargnerait. Il avait grandi avec cette idée et c’est pour cette raison que la méfiance était devenue une partie intégrante de son être.




*





Il avait fait mine d’aller voir les chevaux avant de bifurquer insensiblement vers les ruines. Peut-être qu’il mettait en péril leur mission mais Gil se moquait bien, au fond, de la mort de ce Vil’Vishyard. D’abord parce que cet homme ne lui avait rien fait personnellement et ensuite parce que ceux qui tiraient les ficelles et qui « employaient » Seren, il n’avait jamais pu les supporter. Il était là parce que le Désert l’éloignait de ses problèmes et de la réalité de la mort d’Iselle. Un coup de vent secoua sa cape et la fit claquer comme un fouet. Tu parles d’un climat… Le jour, la chaleur rendait la vie infernale, mais la nuit était un enfer dans ce désert. Gil ne s’y sentait pas tellement étranger mais ce soir, il avait envie de râler. Toute cette histoire le mettait de mauvaise humeur.

C’est peut-être pour cette raison qu’il ne remarqua pas immédiatement la silhouette, immobile dans les ombres de la nuit. Dans son sursaut, il sentit les aiguilles pulser sous sa peau, prête à filer en direction du danger – mais y avait-il vraiment du danger ? Se retenant in extremis, Gil plissa les yeux et s’apprêtait à invectiver l’inconnu lorsque quelque chose de familier retint son attention. Cette position, cette façon de se tenir, ces longs cheveux, cette tunique…

- Naïs ?

Non, c’était impossible, il devait confondre…

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Sam 13 Oct 2012, 02:12

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Et par la sainte culotte de l’Empereur, ce que je suis heureuse d’entendre la voix incrédule de Gil. Ce que je suis contente que mon chemin croise à nouveau celle de l’Envoleur, bien que ce soit pour une mission réellement dangereuse – peut-être même plus périlleuse encore que notre petit périple dans le nord de l’Empire. Durant quelques secondes je résiste à l’immense envie de me jeter dans ses bras. Littéralement. Ces dernières semaines, c’est étrange comme il a pu terriblement me manquer – comme personne auparavant, en fait. Décidant de lui épargner le numéro d’une furie en pleine crise émotionnelle, j’esquisse prudemment un, puis deux pas en avant pour laisser au doute le temps de s’évaporer tout doucement. Et d’assimiler le choc de la surprise aussi. D’ailleurs, je devine sans mal le savon qui se profile à l’horizon. À peine trois mois ont passé depuis que j’ai frôlé la mort de près – trop près – et me voilà déjà sur les routes à affronter de nouveaux dangers alors que normalement, je suis sensée devoir me rétablir tranquillement auprès de Seth et toute ma petite famille. Mais je suis loin d’être quelqu’un de normal ou d’ordinaire.

Je suis Envoleuse, sauvage et libre. Indomptable.

Alors, il comprendrait – ou pas. Je devine un éclat briller dans l’ambre de mon regard aveugle et tandis qu’un sourire se dessine lentement sur mes lèvres à la lumière pâle de la Lune, je pose une main sur ma hanche. Sereine.

- « En chair et en os »

La tension baisse d’un cran. En revanche, la surprise et les interrogations semblent persister. Est-ce pour cela que mon attention n’est pas tout de suite captée par cette présence imperceptible ? Est-ce pour cela que je ne me rends d’abord pas compte que je suis discrètement suivi ?

* *
*


≈≈≈ Aschen ≈≈≈

Dans le plus grand silence, les hommes de Vanol commencent à installer un camp de fortune. Chacun se cantonne à la tâche qui lui est impartie avec rigueur et minutie. Je reconnais bien là les gardes impériaux. Plus, je me souviens avoir tenté d’y rentrer, en vain. Je fus à chaque fois recalé pour la simple et bonne raison que mes supérieurs n’appréciaient pas mes manières un peu trop individualistes à leur goût. Enfin, c’est un mal pour un bien car désormais je suis un espion dont la renommée le précède partout où il met les pieds – respecté et craint à travers tout l’Empire. Je hausse un sourcil lorsque les premiers crépitements d’un feu me font tourner la tête. Avec une moue dépréciative, je ne prends même pas la peine de soupirer. S’ils croient qu’ils sont seuls dans ce désert. Les Ijakhis auront tôt-fait de les repérer. Et je doute que la plupart d’entre eux arrivent entiers à destination.

Dans un soupir, mon regard-qui-capte-tout glisse sur une silhouette se fondant dans les ombres de la nuit. Hors du camp. Fuyant la lumière. Cherchant protection au sein de l’enveloppe nocturne. Une silhouette féminine. Et visiblement, je ne suis pas le seul à l’avoir remarqué puisque une voix retentit doucement dans mon dos. Vanol.

- « Suis-là ! »
- « Tu compte la tuer avant d’avoir atteint la forteresse ? Est-ce bien prudent ? »

Ma réponse fuse. Rapide. Claire. Simple constatation, mais pourtant terriblement réaliste. Si Vanol veut en finir avec Naïs, pourquoi pas ! Mais le faire alors qu’elle pourrait se révéler d’une aide précieuse contre cette bande de Mentaï à l’imagination complètement tordue me semble un choix bien peu judicieux.

- « T’occupes ! Fais seulement ce que je te dis… »
- « Comme tu veux »
- « … Et, en passant, n’oublie pas de saluer Seren de ma part »
- « J’imagine que je dois faire en sorte qu’il se souvienne de ce qu’il doit faire ? »
- « Tout à fait »

Sans plus tergiverser, je disparais à mon tour dans les profondeurs d’une nuit qui promet d’être particulièrement fraîche. La réussite de cette mission – qui soit dit au passage, m’avait paru, et me paraît encore bien peu claire – me semble plutôt compromise. Et c’est bien parce qu’il m’a proposé une sacrée somme d’argent que j’ai accepté le job. Pour rien d’autre. Si je récapitule du début, le patriarche Vil’Ancrasy est cousin au deuxième degré de l’Empereur, par conséquent il est parfaitement en droit de réclamer le pouvoir – et il ne se gêne pas pour le faire. Or, il sait parfaitement que Vil’Vishyard – bras droit de l’Empereur et général en chef de ses armées – ne le laissera jamais faire. Le chacal profite donc que le loup soit en bien mauvaise position pour lui sauter à la gorge en s’alliant – théoriquement – à des personnalités dont la réputation n’est plus à prouver pour ensuite leur faire partager le même sort que son rival. Ainsi, plus rien ni personne ne s’opposerait réellement à sa folie des grandeurs. Bon sang ! Ces aristocrates ! Ils finissent toujours pas me ficher un sérieux mal de crâne.

Soudain, je me fige. Littéralement. Une voix, puis deux, retentissent. Et l’une d’elle semble m’avoir repéré.

* *
*


≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Présence me susurre soudain tous mes sens en éveil. Danger me hurlent toutes les pores de mon corps. Aschen me soufflent les légers tourbillons de sables transportés par les vents chauds du désert. Et si Aschen rôde par ici, cela n’augure rien de bon. Si l’espion cherche, l’on a plutôt intérêt à filer, et en vitesse.

Il ne me faut pas plus d’un petit battement de paupière pour saisir la main de Gil plus fermement que je ne l’aurais voulu et l’entraîner plus profond dans les gorges des premiers contreforts de la chaîne des montagnes de l’Est. D’un doigt posé sur mes lèvres l’espace de quelques secondes à peine, je l’invite à me faire plus confiance que jamais et d’attendre un peu avant de poser les questions qui lui brûlent les lèvres. Aschen est au moins aussi doué que nous deux dans l’art de la discrétion. Disparaître, réapparaître, c’est sa plus grande spécialité : je dois bien l’avouer. Une vraie sangsue. Et le seul homme qui me fiche vraiment la trouille parmi ce ramassis de rats d’égouts.

Sans jamais lâcher Gil, je bifurque et tourne sans m’arrêter. L’espion suit inlassablement. Parfaitement. Alors, je brouille les pistes. Tout près, une famille de chacals que j’avais repérée quelques secondes auparavant, efface nos traces sur le sol caillouteux. Un peu plus tard, c’est un suricate mal luné qui ferme nos arrières. Je ne sais trop combien de temps nous errons ainsi pour échapper à la vigilance de l’espion. Mais bientôt, une petite cavité s’ouvre dans la roche. Pas besoin d’escalader. Juste de s’y blottir. Disparaître le temps de tromper la perception d’Aschen. En une demi seconde, je n’hésite donc pas à y entraîner l’Envoleur et le plaquer aussi doucement que silencieusement contre la paroi. Dos contre la roche, juste à côté de Gil, je retiens mon souffle.

Il est là. Juste au-dessus. Il semble hésiter. Longtemps. Très longtemps. Cela me semble une petite éternité. Pénible. Insoutenable. Et, enfin, croyant sûrement avoir perdu notre trace, l’espion rebrousse chemin. Sans reprendre ma respiration, je sonde le silence quelques secondes, histoire d’être complètement certaine qu’il ne reviendrait pas. Alors, m’autorisant désormais à reprendre une respiration normale, emportée par un mélange de soulagement et de joie trop contenue, je saute au coup de Gil – sans prévenir. Et je suis toute envahie par une espèce d’étrange sérénité.

Tu m’as manqué vraiment terriblement !

Lentement, je me défais de l’étreinte puissante sans toutefois rompre le contact, ma main glissant doucement sur le torse de Gil. Observant un instant le silence, je tâche de remettre un peu d’ordre dans mes pensées. Tout est compliqué, mais ce que je sais c’est que nous allons tous les deux devoir nous battre pour nos vies. Pour que nos deux cœurs continuent de battre, ensembles. Et je suis prête à tout. Mais pour le moment, c’est un fantôme de sourire qui naît sur mes lèvres.

- « Je ne sais pas ce que tu lui as fait, mais Vil’Ancrasy te voudrait plutôt mort que vif…»

Murmure. Te voilà presque aussi recherché que moi ! C’est malin…



[Je me suis un peu laissée emporter, j'espère que ça te conviendra ^^]

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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Mar 16 Oct 2012, 11:43

- En chair et en os, eut-elle le culot de répondre avec une pointe d’amusement dans la voix.

Ouais, j’avais remarqué, merci… Bon sang. Naïs, ici, alors qu’il l’a laissé hier, ou avant-hier (un mois ou deux, c’est cours) sur le carreau mais sous la bienveillance d’amis précieux. Elle avait frôlé la mort de près et rien que d’y songer, il avait la chair de poule… mais la jeune femme qui se tenait debout devant lui, fière et brillante dans le rayon de lune qui avait trahi sa présence, cette jeune femme n’avait rien à voir avec celle qu’il avait quittée à Al-Poll ; quoi qu’un peu maigre sur les bords, elle vibrait d’une énergie fraîchement retrouvée. Gil n’y fut pas insensible. Son cœur s’emballa et il dût se contraindre à respirer plus lentement pour le calmer. Il avait très envie de la serrer dans ses bras mais il était arrêté par l’étrangeté de la situation, qu’il tentait de comprendre. Le monstre. La mission. Le désert. Les Impériaux. Seren. L’homme des sables. Jusque-là, tout va bien... et puis soudain, Naïs. Nœud du problème : que fait-elle ici ?

Il n’eut pas le temps de lui poser la question ; sans crier gare, l’Envoleuse l’entraîna à sa suite, après avoir pris soin de sceller ses questions de la pression d’un doigt sur ses lèvres. Gil la suivit sans piper mot, un brin déboussolé – mais pas complètement idiot : ils étaient suivis. Par qui ? Mystère. Pourquoi ? Tu peux te gratter, Cabochard, tu n’en sauras rien… Naïs s’enfonçait dans la nuit aussi sûrement que si elle voyait avec ses propres yeux. Il était convaincu depuis longtemps qu’en dépit de sa cécité, elle voyait mieux que lui, et pourtant il ne pouvait s’empêcher d’admirer la finesse de ses perceptions. Bon sang, princesse, ce que c’est bon de te revoir… Naïs le poussa soudain dans une crevasse formée dans la roche et il s’y précipita sans discuter. Sans lui laisser le temps de s’installer, elle s’aplatit contre lui et ils retinrent leur souffle. Leur poursuivant était tout près. Gil pouvait percevoir sa respiration, infime et pourtant bien réelle. Chaque seconde était susceptible de les trahir, mais pour Gil, elles constituaient un véritable supplice : attendre, même blotti contre une jolie fille, lui était insupportable. Il était prêt à surgir de la cavité pour régler son compte à son adversaire invisible lorsque Naïs se détendit contre lui. Le danger s’était éloigné.

- Qu’est-ce que ce type f…

Elle lui coupa littéralement la parole et le souffle en lui sautant au cou.

- Bon sang, Naïs ! grogna-t-il lorsque sa tête heurta la roche.

Elle le libéra de son étreinte mais à en juger par son expression, la culpabilité ne risquait pas de l’étouffer. Fichue tête de mule.

- Tu pourrais prévenir, quand tu fais ça… râla-t-il en se frottant le crâne.

Naïs ne releva pas et il réalisa qu’elle avait bel et bien récupéré tous ses moyens ; c’était une femme pleine de volonté et de courage, une guerrière qui n’avait pas froid aux yeux et qui vivait chaque instant avec une passion incroyable. Elle était allée dans le sud, elle avait réalisé son rêve, elle s’était lancée au-devant du danger sans tenir compte du fait qu’il y a peu, elle se battait encore contre la mort. Voilà quelle femme était Naïs. Et il pouvait bien râler tout son soûl, ça ne changeait rien au fait qu’elle appréciait réellement leurs retrouvailles ! Il soupira. Lui aussi était sincèrement heureux de la revoir, mais cette fois, il était en mission. Contre son gré, d’accord, et c’était une mission-suicide, oui ; toutefois, la présence de Naïs n’augurait rien de bon. Surtout dans pareilles conditions.

- Je ne sais pas ce que tu lui as fait, mais Vil’Ancrasy te voudrait plutôt mort que vif…

Qu’est-ce que je disais…

- Ouais, commença Gil, puis il haussa un sourcil et croisa les bras sur la poitrine. Mais tu sais très bien ce que j’ai fait, princesse… on dirait bien que Driss était un Mentaï hautement apprécié dans les hautes sphères de l’Empire.

Il dévisagea un instant la jeune femme avant de poursuivre :

- Qu’est-ce que tu fais là, princesse ? Ne me dis pas que tu tiens la chandelle à ces cuirassés qui ont planté leur tente dans les ruines de ce village abandonné ?


[Un brin court, j'ai pas trouvé mieux ! Mais parfois, mieux vaut un condensé intense plutôt qu'une tartine de blabla et de sentiments ! Et au fait, j'aime quand tu t'emportes. Continue comme ça...^^]

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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Mar 16 Oct 2012, 13:07

- « Hélas, si... »
(Elle soupire)

« C'est une longue histoire et je ne sais pas pourquoi mais j'ai l'intuition que tu ne seras pas étonné si je te dis que les emmerdes me poursuivent! Tu me promets de ne pas rigoler si je t'en dis la raison? »
(Moue désespérée)





[J'avais pas envie d'un long blabla inutile, alors voilà, le dialogue c'est plus simple ^^]

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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Mer 17 Oct 2012, 15:48

- Promis, juré...

(dit-il en croisant discrètement les doigts dans son dos...)

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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Mer 17 Oct 2012, 16:31

- « Je suis, comme qui dirait, coincée par une proposition de Vil'Ancrasy... Il voudrait que je devienne la femme de son fils. Je ne sais pas ce qu'il a derrière la tête mais je le soupçonne fort d'être engagé dans des querelles de pouvoir. »
(Moue dégoûtée)

« Tu imagines un peu?! Evidemment j'ai refusé et il a pas eu l'air d'apprécier - d'ailleurs je suis étonnée d'être toujours en vie après ça. Mais d'un autre côté, j'ai bien assez à faire avec la moitié de l'aristocratie sur mes traces pour ne pas me mettre à dos Vil'Ancrasy pour le moment... »
(Silence)

« Eh bien? Dis quelque chose... »

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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Mer 17 Oct 2012, 17:49

- Heu... Princesse ?

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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Jeu 18 Oct 2012, 00:36

- « Oui? »

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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Jeu 18 Oct 2012, 08:29

Je crois qu'on va avoir un problème...

(il se gratte la tête)

Ce Vil'Ashyard semble attirer beaucoup de monde. Les hommes des sables, les Impériaux... Toi et moi. J'ai comme l'impression que ça va être un joyeux bazar...

(Il la regarda dans les yeux)

Est-ce que Vil'Ancrasy Junior sait bien se battre ?

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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Jeu 18 Oct 2012, 10:39

- « De toute évidence, oui... »
(Elle soupire)

« Mais malgré tout, ça nous permettra peut-être de passer incognito au travers de ses lignes... »
(Elle passe une main dans ses cheveux, pensive)

« Je ne sais pas pourquoi, j'ai un mauvais pressentiment »

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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Mar 23 Oct 2012, 09:52

Gil hocha la tête, pensif. Oui, lui aussi n’appréciait pas particulièrement cette situation très délicate dans laquelle son ancien mentor l’avait entraîné. Tu parles d’une mission… Que ce soit son copain le hasard ou tout simplement le Conseil qui tire les ficelles, le résultat était le même : une belle bagarre, des blessés et des morts. L’objectif étant que les blessés soient les Impériaux, et les Mentaï, sans oublier leur précieux protégé, les morts. Hop, fin de l’histoire, retour à la maison, récompense à la clé, plates excuses pour avoir douté de votre loyauté, etc… Trop facile, songea l’Envoleur en regardant Naïs. Si tout se déroulait comme Seren et El’Kerrhim l’entendaient, la journée de demain allait se solder par un bain de sang collectif.

- Mon… compagnon… va discuter avec tes petits copains. Il va leur proposer un marché, une alliance qu’il va trahir pendant la bataille. Vous êtes censés n’être que des pions, des leurres destinés à tromper l’ennemi.

Il n’avait aucun scrupule à lui dévoiler les tenants d’un plan qui lui donnait envie de vomir. Autant le sort des soldats de l’Empereur ne lui importait pas – surtout celui de ce Vil’Ancrazy junior… – autant celui de Naïs passait bien avant la mission. Enfer, il ne l’avait pas tirée des griffes de Driss puis des serres de la mort pour l’envoyer à la boucherie sans réagir ! Mais le plan de Seren pouvait lui servir. Il suffisait d’en modifier certaines parties pour qu’il fonctionne…

- Ecoute, dit-il en posant une main sur le bras de la jeune femme. On va les laisser s’arranger entre eux, qu’ils croient en ce plan et qu’ils chargent demain sans faute. Mais voilà ce que tu vas faire. Lorsque les hommes des sables apparaîtront, tu te débrouilleras pour filer en vitesse et me rejoindre. Je ne serais pas loin. Ensemble, on investira le palais et on ira dire bonjour à ce monsieur très vilain qui faire peur à tout le monde.

Le mot clé était « ensemble ». Gil voulait garder un œil sur elle, quoi qu’il se passe, quoi qu’il arrive. Si leur comité d’accueil devait être composé de Mentaïs, ils devaient être prêts à lutter à armes inégales… L’Envoleur leva son autre main et effleura la joue satinée de Naïs, glissant au passage une mèche rebelle derrière son oreille. Il n’y a encore pas si longtemps, il aurait été en colère qu’elle se trouve présente dans l’équation – par peur qu’il lui arrive quelque chose. A présent, il avait toujours aussi peur, mais il était content qu’elle soit là.

- Tu aurais dû emmener Nwëlla, Atal et ce crétin de Juhen, ajouta-t-il en souriant. J’ai comme l’impression qu’ils vont nous manquer, demain…

C’était la première fois qu’il admettait avoir des amis et ça lui faisait tout drôle. Un peu surpris, il battit des paupières, puis haussa les épaules ; d’accord, il n’était plus tout à fait le même loup solitaire qu’autrefois. Mais ça ne le dérangeait pas.

- Comment va Seth ?

Ça aussi, c’était nouveau. Demander des nouvelles d’un gamin n’était pas dans ses habitudes, mais celui-là était plus qu’un gamin ordinaire…

[Monstrueusement court, mais on va dire que c'est pour rebondir un peu ^^]

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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Mer 24 Oct 2012, 17:38

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Durant un court instant, nous observons tous les deux le silence, chacun plongé dans ses propres pensées. Et j’avoue volontiers que les miennes ne sont pas forcément très jouasse. Le désert, Vil’Ancrasy et Vil’Vishyard, sans compter les Mentaï bien sûr : voilà un joli comité qui promet encore plus sûrement que la mort elle-même une confrontation plutôt sanguinolente. Et milieu de ce joyeux bordel, moi et Gil. Encore. Quelque chose me dit que, si encore une fois je m’en sors sans trop de casse, c’est Nwëlla qui se chargera de me réduire en chair à pâtée pour avoir filé comme une voleuse. Enfin, rien ne me garantit qu’elle n’a pas immédiatement enfourché Lune, sa jument pur-sang arabe, pour se lancer sur mes traces – j’apprécierais moyennement qu’elle se mêle d’un nouveau bain de sang, mais loin de le nier, son aide serait plus que bénéfique.

J’allais parler quand soudain la voix de Gil bien mieux que tout autre chose ne saurait le faire. Son compagnon ? Il n’a donc pas voyagé seul. La question de l’identité de ce bonhomme me traverse l’esprit aussi vite qu’un éclair – pour disparaître tout aussi rapidement. Ce qui m’intéresse bien plus c’est le plan d’attaque qu’évoque l’Envoleur. Laisser s’entretuer les loups et investir la place : avec un peu de chance, cela marchera peut-être. Je hoche la tête imperceptiblement, laissant Gil continuer, tâchant de trouver une solution de secours pour m’éviter de me jeter tout droit dans les griffes de la mort auxquelles j’avais échappé à peine quelques semaines auparavant. Dans tous les cas, je n’ai jamais eu l’intention de participer à la charge de demain, ou plutôt si, mais par une porte détournée – exactement ce que Gil me propose en fait.

Comme pour chasser l’angoisse, Nwëlla, Atal et Juhen s’invite soudain dans la conversation. Pour sûr qu’ils nous manqueraient cruellement, mais je crois que je suis bien contente de savoir qu’ils ne risqueront pas leurs vies cette fois-ci. Il y aura bien assez de sang versé pour ne pas en rajouter encore à vrai dire. Un vague sourire se dessine sur mes lèvres, ne parvenant pas à effacer mes sombres pensées.

- « Seth ? Nwëlla affirme qu’il est presque aussi pénible que moi : il ne demande qu’à te revoir… »

Je soupire un instant.

- « D’ailleurs, en parlant d’elle, je risque fort de me faire remonter les bretelles sévèrement pour être partie sans rien dire »

Même penser à totalement autre chose que le danger qui m’attend – qui nous attend – demain, ne m’empêche pas de frissonner non pas à l’idée de mourir, mais plutôt de perdre Gil ; ce serait un sort au moins dix fois pire que la mort. Perdre un être proche, je le souhaiterais même pas à mon pire ennemi – même s’il m’est arrivé plus d’une fois de menacer directement sa femme et sa fille. Le trépas est considérablement plus doux comparé à la souffrance de perdre un être aimé, je le sais. Je le sais trop. Alors hors de question que… Que… Ça y est, les mots ne me viennent plus. D’ordinaire je ne suis pourtant pas autant sentimentale. Tu ramollis ma grande aurait sûrement dit Sen avec un habituel sourire en coin. Aussi doucement que lentement, je viens me blottir contre le torse de Gil gardant pendant quelques longues – très longues – secondes un silence parfait. Je crois que j’espère peut-être que ce nœud au fond de ma gorge disparaisse. Mais c’eut été trop simple…

- « Et toi, tu vas faire quoi en attendant ? »

Question stupide. Pour ce soir, nous allons certainement repartir chacun de notre côté jusqu’à demain afin de ne pas éveiller les soupçons, même si je n’en ai franchement pas la moindre envie. Et maintenant Naïs ? Vous allez vous tourner le dos, comme cela, comme de parfaits étrangers. Et vous retrouver sans plus un mot le lendemain. Et maintenant ?

- « Quoi que tu fasse, promets-moi de rester prudent parce que je… »

Plus aucun son ne sort de ma bouche. La boule d’angoisse semble s’être largement amplifiée. Je voudrais bien pouvoir lui dire pourtant. Sois prudent Gil, j’ai tellement besoin de toi… Mais non ! Pas moyen que ces maudits mots s’envolent enfin. J’ai les yeux humides et je suis sur le point de perdre la face. Je n’y tiens pas. Je ne veux pas qu’il me voit dans cet état. Après tout, je suis Naïs Jol, redoutable guerrière reconnue dans tout l’empire, alors me voir verser des larmes – larmes de peur, larmes de faiblesse, larmes d’amour – hors de question ! Silencieusement, je fais volte face avant qu’il ne soit trop tard. A la pâle lumière de la lune, ma joue est déjà humide…

* *
*


D’un revers de bras rageur de m’essuie le visage tandis que, d’un pas décidé, je serpente entre les rochers pour rejoindre le camp de fortune monté par les soldats de Vil’Ancrasy Junior. Bon sang ! Depuis quand suis-je ainsi à fleur de peau ? Il y a des fois même où je ne me reconnais plus. J’imagine assez aisément avoir laissé ce soir un Gil complètement interdit ; le pauvre doit sûrement se demander quelle mouche a bien pu me piquer. Les femmes disent particulièrement souvent Sen, Atal ou encore Juhen. D’habitude, cela m’aurait fait sourire, peut-être même rire, mais cette nuit j’ai plutôt envie de crier toute ma détresse. M’enfuir pour être incapable d’assumer ce bazar monstre dans ma tête – et dans mon cœur. Gil. Il débarque dans ma vie et chamboule tout d’une manière incroyable sans que je puisse empêcher quoi que ce soit – impuissante, totalement. Et la singularité de notre relation particulièrement puissante ne donne pas forcément les bonnes réponses – voire ne m’en donne aucune. Et à tout cela s’ajoute désormais Pan à qui je pense un peu trop souvent également à mon goût.

Bordel ! Je voudrais un peu de silence là-dedans !

De m’emporter ainsi ne sert strictement à rien, si ce n’est que de bouillir intérieurement, encore plus. Tout se bouscule et se mélange. Même la nuit, quand je dors – enfin, toujours que d’un œil – ça en devient franchement pénible, obsessionnel même. Je te l’avais dit semble me sourire Nwëlla. Pas besoin d’en rajouter une couche…

Je suis presque parvenue au campement – il n’est plus qu’à quelques centaines de mètres à peine – lorsque des bruits précipités me parviennent. Des bruits de ferraille mêlés aux hurlements de douleurs. Immédiatement alertée, je fronce un sourcil. Une embuscade ! Je jure intérieurement essayant tant bien que mal de comprendre la situation. Cela ne pouvait pas être les hommes de Vil’Vishyard : ils sont terrés dans leur forteresse protégée par des Mentaïs – encore des Mentaïs. Rapidement, la solution s’impose à moins tandis qu’un tourbillon de poussière se matérialise littéralement devant moi, me barrant dangereusement le passage.

Ijakhis !

Enfer ! Enfer ? Je me mets à parler comme Gil maintenant ! Chassant mes pensées d’un revers de main, je réagis aussi vite que possible me jouant complètement de l’espace et du temps. En une demie seconde, j’attrape ma gourde à ma ceinture. Un, deux puis trois pas en arrière, juste le temps de remplir le petit bouchon et d’esquiver un coup qui aurait dû m’assommer purement et simplement. Et comme au ralenti, la créature se transforme en espèce de gadoue répugnante à mes pieds. Un réflexe formidable me permet d’échapper à la mort quand deux autres de ces monstres du désert surgissent sur ma gauche, tentant de m’encercler. Presque machinalement, je répète les mêmes gestes, tâchant de garder mon sang-froid. Ces maudits Ijakhis se sont fait rudement désirer ! Je me doutais bien qu’ils allaient finir par nous tomber dessus à bras raccourcis ; il n’y a franchement pas besoin de mode d’emploi pour cela – ou plutôt les hommes de Vil’Ancrasy venait d’en inventer un : faites un feu, la nuit, au beau milieu du désert des Murmures, alors vous avez absolument toutes les chances de les voir surgir du néant.

Fluide, exactement comme le liquide ma gourde, je me glisse entre les coups. Sitôt qu’un monstre tombe en poussière, le suivant apparaît, plus redoutable encore que ses semblables. Je ne peux m’empêcher de maudire intérieurement Vil’Ancrasy Junior et ses hommes tandis que, machinalement, je penche légèrement ma petite gourde vers son capuchon. Mon cœur rate un battement lorsque le flic floc de quelques malheureuses gouttes me font réaliser que j’ai épuisé ma précieuse réserve d’eau. Et comme pour me le confirmer un coup surpuissant m’envoie valser quelques mètres plus loin.

Par la sainte culotte de l’Empereur, j’ai les oreilles qui sifflent férocement et j’ai l’impression d’avoir violemment foncé dans un mur. Cela promet un joli cocard – encore. Bien sonnée, je n’ai pas la force de me relever et affronter les trois Ijakhis qui fondent sur moi à une vitesse fulgurante…

Enfer ! C’est le cas de le dire.



[Mais qu'est-ce que tu lui as fait à ma Naïs quoi?! x) Bon, voilà, je me suis encore laissée emporter... ]

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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Lun 29 Oct 2012, 21:24

… hein ?

Gil cligna des yeux, plus surpris que jamais. Ce qui venait de se passer devait forcément receler une information très lourde et très importante pour mettre autant de temps à se frayer un chemin jusqu’à son cerveau ! Il avait l’impression d’avoir raté quelque chose. Un élément, une marche, un truc suffisamment gros pour qu’il le sente encore traîner dans l’air, même après le départ de la jeune femme. Il fronça les sourcils. Ben quoi ? Ils étaient en train de discuter – elle lui donnait des nouvelles des siens, il l’écoutait en silence, heureux d’entendre sa voix à nouveau forte et assurée, et puis soudain, plus rien. Plus de Naïs. Envolée, l’Envoleuse ! Qu’avait-il pu bien faire qui lui fasse prendre la mouche ? Sa présence ici, quoi qu’imprévue, ne pouvait pas en être la cause. Pourquoi se serait-elle jetée dans ses bras, sinon ?

En réalité, Gil n’était pas assez sensible pour se rendre compte que Naïs avait peur pour lui. Personne n’avait jamais eu peur pour lui, c’était un concept qui lui était parfaitement inconnu – ou qui remontait à trop longtemps pour qu’il puisse s’en souvenir. Et puis c’était un homme, ne l’oublions pas… Il réagit donc comme tout homme qui se respecte : il se gratta la tête, haussa les épaules pour balayer d’un geste les dernières questions qui lui taraudaient l’esprit et sortit de la cavité rocheuse dans l’intention de rejoindre Seren. Il espérait que celui-ci n’était pas déjà parti à la rencontre des « amis » de Naïs. Les soldats de l’Empereur devaient absolument charger le lendemain, sinon, ce n’était même pas la peine d’aller frapper à la porte du Monstre…

Il n’avait pas fait trois pas qu’un bruit attira son attention. Immobile, il tendit l’oreille, reconnut le murmure métallique d’une bataille, jura et fit demi-tour. Pour filer vers le nord au pas de course. Il s’arrêta au sommet d’une dune, le temps d’aviser la situation, puis siffla Pic. Le vaillant cheval ne tarda pas à débarquer. Sans attendre qu’il stoppe à sa hauteur, Gil s’accrocha à la selle et enfourcha l’animal avec une dextérité surprenante ; qu’il conjugue à ce point souplesse, fluidité et maladresse était aussi surprenant pour ses ennemis que ses amis. Talonnant sa monture, l’Envoleur décrocha sa gourde et l’ouvrit. Il traversa le campement des impériaux au grand galop, aspergeant les Ijakhis qui assaillaient les soldats en nombre. Ce faisant, il cherchait Naïs du regard, et c’est ainsi qu’il la repéra : à moitié assommée au milieu de ce qui avait été la place du village, elle était sur le point de se faire engloutir par les paquets de sable ambulants. Gil planta ses talons dans les flancs de Pic mais deux Ijakhis lui barrèrent le passage et le cheval se cabra, faisait tomber son cavalier à terre.

Gil eut tout juste le temps de rouler pour éviter de manger du sable. Par bonheur, il n’avait pas lâché sa gourde dans la chute, et ce qui lui restait d’eau vint à bout des deux créatures. Il se redressa, les yeux irrités par le sable, et se tourna vers Naïs. Un homme de haute stature la remettait sur ses jambes puis se plaçait en garde de combat devant elle, une gourde dans une main, un sabre dans l’autre. Seren. Grinçant des dents, Gil allait se frayer un chemin jusqu’à lui lorsque les Ijakhis restant se dispersèrent brusquement et disparurent dans la nuit. Un silence de plomb s’écrasa sur le village, figeant les combattant, jusqu’à ce qu’un soldat rengaine son arme. Le chuintement feutré secoua tout le monde, l’on se remit à bouger, à prendre conscience des absents ; il n’y avait pas de blessés. Les Ijakhis sont aussi implacables que la Mort elle-même…

Secouant la tête, Gil jeta sa gourde désormais vide à terre et, mains sur les hanches, balaya les lieux du regard. Un beau massacre. Qui réduisait fichtrement le nombre de combattants. A ce train-là, les chiens de garde de Vil’Vishyard n’allaient même pas avoir besoin de l’Imagination pour repousser leur attaque ! Il commençait à douter sérieusement de la réussite de la mission lorsqu’une poigne ferme et brutale le saisit par l’épaule, le forçant à se retourner. Distrait par ses pensées, il ne songea pas à réagir et c’est avec surprise qu’il sentit le fil d’une lame se poser contre sa gorge.

- SangreLune, souffla l’homme, un soldat au regard plein de haine et au ton plein de venin. Quelle bonne surprise…
- On se connaît ? rétorqua Gil sur le même ton, redressant le menton malgré la menace de l’arme qui se fit instantanément plus pressante.

Un filet de sang roula sur sa peau et il sentit ses poignets le brûler ; se contenir pour ne pas lâcher ses aiguilles lui demanda un effort considérable.

- Pas encore, mais tout le plaisir est pour moi.

Gil allait répliquer quelque chose de bien senti lorsqu’une main gantée se referma sur le bras du soldat.

- Paix, compagnon, fit Seren avec son flegme habituel. Nous sommes là en amis.
- Vous êtes des opposants de l’Empereur…
- Qui vous ont aidé à vous sortir d’un sale traquenard.


Le soldat hésita un moment et ses prunelles sombres revinrent se poser sur Gil. Pour la première fois depuis bien longtemps, celui-ci frissonna. Bouge de là, Seren, que je lui éclate la tête… Seren ! Dégage ! Rien à faire. La télépathie n’avait jamais fonctionné qu’en de rares occasions entre le maître et l’élève, au point que celui-ci se demande s’il ne s’agissait tout simplement pas de hasards, et l’Envoleur aux cheveux gris se contenta de hocher lentement la tête. Alors seulement le soldat baissa son arme, mais ne la rangea pas. Il la fit simplement passer dans son autre main pour serrer celle que lui tendait Seren.

- Vanol Vil’Ancrasy, commandant en chef de l’expédition mandatée par l’Empereur en personne.
- Seren Til’Silveryn…
- Le légendaire mercenaire, celui dont on prédit la venue aux enfants qui refusent de terminer leur soupe ; je sais qui vous êtes, et si je ne vous accorde aucune confiance, j’admets que le coup de main a été appréciable.
- Vous avez eu de la chance, les Ijakhis laissent rarement des survivants après leur passage,
poursuivit Seren sans que les paroles de son interlocuteurs à son sujet ne dessine la moindre expression particulière sur son visage.

Gil, en revanche, avait tiqué dès que Vanol s’était présenté. Vil’Ancrasy… L’homme qui devait épouser Naïs. Celui qu’elle a envoyé bouler, corrigea-t-il aussitôt. Il se frotta pensivement les poignets, gêné par la brûlure de ses aiguilles qui ne demandaient qu’à sortir pour transformer ce type en passoire. Plus que la suffisance qui émanait par tous les pores de la peau de cet homme, c’était son regard qui lui déplaisait ; il pouvait y lire une sorte de joie perverse et malsaine qui lui faisait froid dans le dos. Il décida de garder un œil sur lui – voire les deux – tant qu’il n’aurait pas découvert ce qui se cachait derrière ces prunelles belliqueuses…

- Et vous, vous tombez à pic ! A tel point que ç’en est presque curieux…
- Nous poursuivons le même objectif que vous. Je pense que nous devons envisager une alliance temporaire et liguer nos forces contre les diverses protections de Vil’Vishyard.


Un ricanement odieusement sifflant secoua Vanol.

- Vous "pensez" ? Moi je constate. Cet homme est recherché dans tout l’Empire. Pourquoi diable devrais-je accepter de m’allier avec des mercenaires comme vous ?
- Parce que cet homme,
répondit Seren en se tournant vers Gil, est recherché pour avoir assassiné un Mentaï. L’un des siens. Si notre propre Ordre nous envoie en mission, c’est bien parce qu’il sait que nous sommes capables de la réussir.

Et toc ! Touché par les paroles de Seren, Vanol plissa les yeux. Il réfléchit quelques instants pendant lesquels Gil lutta pour ne pas l’étrangler, puis il hocha la tête.

- C’est d’accord, Til’Silveryn. Mais nous allons faire les choses à ma manière et soyez assurés que je vous tiens à l’œil. Tous les deux.

Ces dernières paroles s’adressaient uniquement à lui, Gil en était certain. Croisant le regard perçant de Vanol, il le défia en silence, jusqu’à ce que Seren l’attrape par le bras et l’attire à l’écart.

- Maîtrise-toi, marmonna-t-il en jetant un coup d’œil aux poignets rougis du jeune homme.
- Tu vas suivre les ordres de ce type ?
- C’est le plan, tu te souviens ?
- Oui, mais…
- Ça se serait peut-être mieux passé si tu n’avais pas décidé de compter fleurette, Cabochard.
- Comment as-tu deviné que j’étais là ?
- Mon cheval est parti comme un fou et sans aucune raison. Je vais devoir l’éloigner de toi au moins six mois si je veux refaire son éducation…


Gil n’écoutait déjà plus l’Envoleur. Il venait d’apercevoir Naïs au milieu des soldats qui se remettaient lentement de leurs émotions. Abandonnant Seren, il se dirigea vers elle et porta la main à sa joue marquée d’un bleu qui fleurissait presque à vue d’œil.

- Ça va ? murmura-t-il.


[Tu sais quoi ? Quand tu te laisses emporter de la sorte, c'est toujours un plaisir !]

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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Jeu 01 Nov 2012, 23:10

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Le temps semble s’arrêter l’espace d’un instant. Encore à moitié assommée, incapable de me lever et affronter une mort fulgurante, je ne peux que fermer les yeux fort – très fort – retenir ma respiration et attendre que le coup de grâce tombe impitoyablement, engloutie par les sables chauds du désert. Le sang bat violemment dans mes tempes et je crois que je dois complètement halluciner car trente-six étoiles dansent littéralement en rythme devant mes yeux à tel point dans le trouble de mon esprit, je doute de ma cécité quelques secondes. Quelques secondes seulement car bien vite, alors que la mort me paraît bien longue à s’abattre, une poigne solide, ferme et même providentielle me remet sur pied. Je vacille un instant mais je ne tarde cependant pas à retrouver mes repères. De nouveau opérationnelle et en état de foutre une bonne raclée à ces monstres du désert, il faudra que je me souvienne sérieusement de remercier mon sauveur…

… Heureusement, les Ijakhis finissent par abandonner le combat en s’évaporant dans l’air aussi simplement qu’un souffle de vent – étrange créatures. Encore un peu, et ils auraient sûrement décimé toute la garde royale. Mais à force d’allumer des feus, la nuit, au cœur d’une région hostile que les hommes connaissent très mal, je savais bien que ce genre d’ennuis finiraient tôt ou tard par débarquer sans prévenir. Complètement hébétés, les soldats peinent à reprendre leurs esprits. Soupirant, je me doute que les dégâts doivent être redoutablement inquiétants. À peine ai-je esquissé l’ombre d’un pas que je manque déjà d’écraser plus qu’il ne l’est déjà un macchabée – ce n’est que le premier d’une longue liste. L’offensive de demain me paraît rudement compromise ; toutefois, connaissant Vil’Ancrasy, cela m’étonnerait fort qu’il renonce à cette entreprise suicidaire. Un peu plus loin, c’est une jeune recrue que j’aide à se relever péniblement : ses mains, aussi douces et vigoureuses que celles d’un jeune homme d’une petite vingtaine d’années, tremblent littéralement. Il semble ne pas croire à sa chance aussi, pensivement, je lui assène une légère tape sur l’épaule. Sachant le carnage qui se produirait demain, je pourrais partir, là, maintenant, et disparaître dans la nuit. Cependant, deux choses me retiennent bien mieux que des chaînes n’auraient pu le faire et bien que la haine et la colère envers mon ennemi de toujours continue de guider mes pas, désormais la présence de Gil dans l’équation détermine complètement mon choix – celui de rester et d’affronter, encore, la mort.

- « N’oubliez pas le capuchon : une gourde pleine est toujours très utile dans ce maudit désert… »

Alors que je me baisse en soupirant pour ramasser ma gourde vide, une voix s’élève dans mon dos, froide mais en aucun cas menaçante – reconnaissable entre mille. Sans ciller le moins du monde, je me retourne et fait face à l’espion grassement payé par Vil’Ancrasy – celui-là même dont j’ai réussi à échapper à la vigilance à peine un quart d’heure, ou peut-être vingt minutes, plus tôt – attrapant au passage le bouchon de ma gourde qu’il me tend. Je sens bien, au fond, qu’il me cherche, me titille. Je ne sais la cause de son allégeance à Vil’ Ancrasy et je m’en fiche éperdument. En revanche, je compte lui prouver qu’un jeu avec moi s’avère plutôt risqué – surtout quand je ne suis pas d’humeur. Avec un sourire féroce, je murmure tout bas, si bas que c’en est à peine audible.

- « C’est sûr que l’on ne sais jamais sur quel genre de surprise l’on peut tomber »
- « Pardon ? »
- « Ne parlez pas si fort, quelqu’un risquerait de vous entendre… »
- « Si vous pouviez m’expliquer ce qu’il se passe ? »
- « La prochaine fois, soyez plus fin et veillez à ce que je ne vous entende pas : je déteste que l’on m’épie ! »

Insistant parfaitement sur ce petit mot, « détester », porteur d’une belle promesse de mort, je tourne les talons avant même qu’Aschen ne comprenne quels genre d’ennuis mortels risquent possiblement de lui choir dessus s’il continue de se frotter à moi. Passant distraitement une mèche rebelle derrière mon oreille, il faut désormais que je retrouve Gil au milieu de tout ce chaos. Les soldats commencent d’ors et déjà à creuser une sorte de fosse commune pour enterrer leurs camarades, tout en sachant que dans quelques heures ils marcheront droit au massacre – je ne saurai nier leur courage, c’est certain. Alors que je ne m’y attends pas le moins du monde, une main courant sur ma joue meurtrie m’extirpe de mes pensées. Malgré un léger moment d’hésitation, je souris, simplement heureuse de constater que Gil ne semble pas blessé.

- « Bah, les bobos, je commence à avoir l’habitude… »

Un brin d’espièglerie plane dans ma voix. Je doute fort que la plaisanterie soit du goût de Gil mais il n’en sera pas moins rassuré. Je n’ai rien cassé, tout va bien – ou presque. Reste encore à affronter demain, un avenir sanglant et meurtrier. Balayant ces pensées d’un revers de main, je plisse le nez un instant en laissant filer quelques secondes de silence.

- « Au fait, je suis désolée d’être partie aussi subitement tout à l’heure, j’ai… »
- « Je ne crois pas que nous ayons été présenté : Seren Til’Silveryn »

Décidément, il n’y a vraiment pas moyen d’avoir la paix cinq minutes ! Agacée, je retiens un soupir de justesse. Ce nom, Seren Til’Silveryn, éveille en moi le souvenir de murmures de peur aussi bien que d’admiration. Haussant un sourcil, j’ai du mal à réaliser que je fait face à une légende vivante au sein, non seulement de la guilde du Chaos mais aussi à travers tout l’empire. Rien que ça…

- « Naïs Jol, une… »

Hésitation. Longue – très longue. Et les questions se bousculent sous mon crâne, une vraie pagaille. Mon attachement pour Gil, amour même oserais-je dire, est tellement ambiguë, puissant, fort et étonnant que tout en devient flou. Certes, j’apprécie son seul contact physiques et je pense à lui plus souvent que de raison, mais le lien qui m’unit à lui est tellement plus complexe. Et que Pan se mêle maintenant à tout ce joyeux bordel ne fait que m’embrouiller, me perdre encore plus que je le suis déjà. Ainsi, coupant court à toute autre réflexion, je décide d’aller au plus simple.

- « … Amie de Gil »

* *
*


Le moral de la troupe est au plus bas. Et même le petit discours pitoyable de leur chef n’aura pas suffi à leur redonner un peu d’assurance. Il faut dire, la perspective de se faire charcuter n’a rien de réjouissant, surtout si l’effectif se trouve d’ors et déjà considérablement réduit avant même de se jeter dans la bataille à l’aveuglette par devoir – ou autre chose, peu importent les raisons. Personne n’a trouvé l’envie ni le courage de raviver le feu mourant après le passage dévastateur des créatures de sables. Sans trop savoir pourquoi, je me propose pour le premier tour de garde – sûrement pour laisser à ces pauvres bougres le temps d’une nuit pour récupérer de leurs émotions et d’essayer au moins de fermer l’œil avant d’aller à la rencontre d’une gueule grande ouverte et prête à les accueillir comme il se doit. Celle du loup bien sûr.

C’est donc enroulée dans ma couverture de laine – les nuits sont redoutablement fraîches dans le désert des Murmures – et perché au sommet d’un imposant rocher orphelin que je sonde le silence. Je guette le moindre bruit suspect. La première nuit de ce périple, les soldats avaient tous douté que je puisse accomplir cette besogne mais lorsque au matin ils avaient retrouvé au réveil le cadavre d’un tigre des prairies au milieu du camp, ils n’avaient jamais plus osé émettre la moindre question. J’ai au moins réussi à gagner leur respect. A mon léger sourire répond le souffle du vent et le chant du sable voletant avec les rafales. Et les deux bonnes heures de mon tour de garde s’écoulent à une vitesse folle. Couverture sous le bras, je ne descends pas de mon perchoir avant d’être complètement certaine qu’aucune menace ne rôde directement autour du camp de fortune. Sans bruit, je réveille le suivant. Aschen.

Presque instinctivement, mes pas trouvent le chemin vers un Gil qui semble endormi. Très délicatement, je me glisse juste à côté de lui – contre lui – cherchant simplement à profiter de la chaleur de son corps. Un léger mouvement m’apprend qu’il ne dort pas. Je me demande bien à quoi il peut songer. Savourant un moment que mes pensées ne s’entrechoquent pas avec violence dans ma tête, je laisse filer quelques minutes.

- « Giliwyn SngreLune, tu peux te vanter d’avoir semé un sacré trouble dans ma vie »

Un beau et formidable trouble…



[Me suis permise de faire inter-réagir Seren, pas grand chose, mais j'espère que ça ne te gène pas ^^]

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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Lun 05 Nov 2012, 08:59

La réponse de l’Envoleuse dessina un creux de sourire dans sa joue mais il fit glisser sa main derrière la nuque de la jeune femme et l’attira un peu plus près de lui, soudain protecteur. Il avait terriblement envie de l’attraper par la main pour l’emmener loin d’ici. N’importe où, pourvu que ce soit loin de ce lieu hostile – et de cet homme, Vanol. Ce type ne lui inspirait pas confiance et s’il n’avait pas surprit les regards sombres qu’il jetait fréquemment à Naïs, il l’aurait rangé dans la catégorie des types « bêtes et lâches ». Cet homme était bel et bien lâche, mais il n’était pas idiot et tant qu’il serait dans les parages, Gil comptait bien garder un œil sur son amie. En fait, il avait décidé de ne plus la quitter d’une semelle.

- Au fait, je suis désolée d’être partie aussi subitement tout à l’heure, j’ai…
- Je ne crois pas que nous ayons été présentés : Seren Til’Silveryn.


Gil soupira. Seren s’interposait uniquement pour l’agacer, il le savait, mais Vanol ayant déjà mis ses nerfs à vif, il n’était pas d’humeur à entrer dans le jeu de son ancien mentor. Néanmoins, Naïs ne serait peut-être plus là sans Seren. Elle lui devait une fière chandelle, et dans un sens, lui aussi… Tournant la tête vers Vanol, il vit ce dernier fixer le célèbre Envoleur avec un regard plein de haine. Un fantôme de sourire flotta sur les lèvres de Gil. Tant que Naïs resterait proche de Seren, Vil’Ancrasy Junior la laisserait tranquille. Et toc, face de Raï ! Tout à ses pensées, Gil ne fit pas attention à la réponse de Naïs. Il se contentait de laisser son bras sur ses épaules, savourant sans jamais se lasser le simple fait qu’elle soit toujours en vie. Cette tête de mule allait finir par le tuer s’il continuait à s’inquiéter ainsi…

On fit l’appel parmi les troupes et on nota le nombre de disparus. Ils étaient bien trop nombreux à la veille d’un combat tel que celui qui les attendait et Gil songea une nouvelle fois à un moyen de s’éclipser en douce. Naïs, Seren et lui pouvaient très bien filer au nez et à la barbe des soldats, gagner les montagnes en moins d’une heure en poussant les chevaux, et sauver leur peau… C’était sans compter le foutu caractère de Seren. Et la volonté de fer de Naïs. A deux contre un, Gil était sûr de perdre, et de toute façon, sa décision était prise : il irait où Naïs irait. A présent assis devant un feu, deux ou trois gourdes à portée de main, il buvait un verre avec Seren et discutait avec lui tout en surveillant la jeune femme du coin de l’œil. Afin de ne pas éveiller de soupçons, ils devaient faire croire qu’ils ne se connaissaient pas, ou bien très peu ; Vanol, en particulier, devait ignorer la véritable teneur de leur relation, bien que Gil ait une envie folle d’embrasser Naïs sous son nez.

- Tu en pinces pour elle, fit Seren en croquant une pomme et sans prendre la peine de lever les yeux.

Ce n’était pas une question, aussi Gil resta silencieux. Seren en profita pour continuer sur le même ton grave et tranquille qui lui était propre :

- Pour une fois, je dois admettre que tu as de bons goûts ; elle est d’une beauté rare. Dépêche-toi de lui mettre le grappin dessus, je crois qu’elle m’apprécie.

Cette fois, Gil ne put s’empêcher de sourire. Seren faisait tout pour le rendre jaloux mais tous les deux n’étaient pas du même bord, aussi le jeune n’avait-il rien à craindre – du moins, pas de concurrence sur ce terrain-là. C’était probablement le seul… Liam, le compagnon de Seren, avait succombé deux ans plus tôt au cours d’une méchante confrontation contre une horde Raï, au nord de la Citadelle. On perd tous des êtres qui nous sont chers, avait dit l’Envoleur à son ancien élève. Un jour, ils ne sont plus là, et ce jour-là on regrette de n’avoir pas pris le temps, parfois, de profiter de tant d’instants passés en leur compagnie… Plongeant son regard dans les flammes, Gil pensa à Iselle. Il s’efforçait de ne pas ressasser les images qui venaient pourtant le hanter chaque nuit, mais par moments elle lui manquait terriblement. L’alcool était là pour y remédier, en général, et l’espace d’un instant, il fut tenté de boire pour oublier… Mauvaise idée. Il avait tout intérêt à avoir les idées claires après une bonne nuit de sommeil s’il voulait vivre une journée de plus.

- Ce commandant, en revanche, semble m’aimer à peine plus que cet endroit.
- Vanol Vil’Ancrasy ? C’est une déjection de Raï…
- Une vielle connaissance ?
- Nouvelle, et je m’en serais bien passé. Je n’aime pas sa façon de faire. On dirait qu’il se prend pour le maître du monde.
- Non, le bras droit du maître du monde,
corrigea Seren en jetant son trognon. C’est ce qui le rend plus dangereux encore. Il se sait protégé et il n’hésitera pas à dépasser les limites qu’il souhaitera franchir.
- Tu crois qu’il va tenter quelque chose de tordu, demain ?
- A quoi penses-tu ?


Gil haussa les épaules. Il ne savait pas trop quoi penser, justement. La situation le dépassait – à moins que ce ne soit la présence de Naïs, alors qu’il pleurait encore Iselle et que son cœur s’emballait parfois – souvent – à la simple pensée de Libertée.

- De toute façon, nous aussi, on est protégés, poursuivit Seren en croisant les mains derrière sa tête pour s’appuyer contre une barrière de sacs. Les hommes des sables couvriront nos arrières et nous n’auront besoin que d’une petite ouverture pour nous occuper du Monstre.
- Ces hommes des sables, tu leur fait confiance ?
- Non. Mais ils sont plus sympathiques que Vanol et ses petits soldats !
- Vu comme ça…


Un léger mouvement sur sa droite. Tournant la tête, Gil aperçut Naïs s’installer au sommet d’un rocher jaillissant du sable comme un affront à l’immensité plane qui l’entourait. Elle prenait son tour de garde, ce qui signifiait que tous ses sens étaient en alerte ; considérant qu’elle ne risquait rien, Gil s’enroula dans sa couverture, tourna le dos aux flammes et s’endormit en quelques secondes, épuisé. Deux heures plus tard, il se réveilla en sentant une main glisser sur son flanc et un corps se presser contre le sien. Noyé dans les brumes de son sommeil, il tâtonna sous la couverture à la recherche de la main de Naïs, la trouva, s’apprêta à se rendormir. C’est alors qu’elle murmura quelque chose à son oreille, des paroles qui achevèrent de le réveiller complètement.

- Giliwyn SangreLune, tu peux te vanter d’avoir semé un sacré trouble dans ma vie.
- C’est réciproque,
dit-il au bout de quelques instants de réflexion.

Un mois plus tôt, Libertée lui avait demandé s’il fréquentait d’autres femmes qu’elle. Gil avait joué la carte de la sincérité, évoquant Iselle et Naïs avec toute l’affection qu’il vouait à l’une et à l’autre en dépit de leurs différences. A présent, Iselle était morte. Et Naïs… Naïs se retrouvait une fois de plus sous la même couverture que lui. Ce qui n’était pas désagréable du tout. Mais il se força à faire le vide en lui et à ignorer les réactions de son corps pour analyser la situation. Pour déterminer la nature et la force de ses sentiments envers l’Envoleuse. Ce n’étaient pas les mêmes que ceux qu’ils éprouvaient pour Libertée – de cela, il en était certain. Pouvait-il affirmer qu’ils n’avaient pas la même intensité ?

- Tu sais, Princesse, tu es un sacré bout de femme – et je ne dis pas ça parce que tu es aussi belle qu’épatante ; il y a quelque chose en toi, une… une étincelle de vie et de passion qui m’attire comme une lampe attire un papillon.

Il n’élevait pas la voix, se contentant de murmurer pour ne pas éveiller les soldats endormis non loin de là. Bien évidemment, Seren feignait de dormir et ne perdait pas une miette de leur conversation.

- J’aime cette étincelle. Elle te rend rayonnante et diablement attirante. Je suis diablement attiré… Mais les étincelles, ça s’éteint. Ça meurt. J’en ai trop perdu.

Qu’était-il en train de lui dire, exactement ? Lui-même ne le savait pas. Curieusement, il ne parvenait pas à lui parler de Libertée, alors qu’évoquer Naïs devant la marchombre ne l’avait pas gêné. Ça aussi, ça mérite réflexion…

- Excuse-moi, dit-il en changeant de position de manière à faire face à la jeune femme. La fatigue me fait dire n’importe quoi. Alors ? Est-ce que Vanol cache un Gommeur dans sa culotte ? J’espère que oui parce que sinon, je crois qu’on va se casser les dents… et tout le reste sur les Mentaïs !


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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Mer 07 Nov 2012, 00:42

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Le vent frais chatouille légèrement le bout de mes pieds dépassant à peine des couvertures me tirant un léger frisson. Décidément, le désert des Murmures est un lieu à double tranchant : si la chaleur des longues journées y est presque suffocante, en revanche les nuits sont particulièrement glaciales. Repliant instinctivement mes jambes et me pressant un peu plus contre Gil, je cherche aveuglément la douce chaleur réconfortante de son corps. Tous dorment dans le camp – sauf peut-être Seren, à vrai dire, je suis même certaine qu’il ne doit pas perdre une miette de notre conversation : curieux personnage ! – aucun risque donc que Vanol découvre le lien qui m’unit à l’Envoleur. Déjà que je ne lui fais absolument pas confiance, il n’a vraiment pas besoin de savoir la manière la plus simple et la plus radicale de me contraindre – ou pire, m’anéantir littéralement. Seth, Ainhoa et Opale sont bien assez vulnérables pour que je n’ai à m’inquiéter en plus pour Gil, même si je le sais parfaitement à même de défendre sa vie mieux que je ne le pourrais. Enfin, j’avais confiance aussi dans les capacités redoutables de Sahel, mais sa mort laisse encore en moi un vide terrible même si notre relation, tissée d’ambiguïté, est toujours restée simple : amants la nuit, frères d’armes le jour. Rien de compliqué, mais tellement fort…

Pensive, j’écoute Gil parler en gardant un silence parfait mais sans parvenir le moins du monde à mettre un peu d’ordre dans les méandres brumeux de mon esprit embrouillé. Même le changement de sujet soudain, telle une esquive astucieuse pour éviter une conversation que nous redoutons tous les deux n’éloigne pas plus les souvenirs entremêlés de ces instants passés avec Gil et Pan. Différents, comme eux. Mais puissants et troublants. Pour sûr, si je le raconte à Nwëlla – ce dont je ne pourrais évidemment m’empêcher de faire – elle en sourirait désolément. Et elle en serait incapable d’y voir plus clair que moi pourtant – déjà que c’est compliqué dans ma tête, alors pour elle…

Mon soupir se perd dans l’atmosphère chaude et agréable de nos couvertures qui forment une barrière protectrice efficace contre le froid tandis que je laisse mes doigts courir un instant sur le torse de Gil.

- « Un Gommeur ? Je ne crois pas… Enfin, je n’en ai pas eu vent du moins »

Il est vrai que je n’ai pas songé à cette possibilité qui aurait été de loin la plus simple et la plus efficace de dénicher Vil’Vishyard depuis le fond de son trou aurait été de recourir à un Gommeur afin d’interdire l’accès à l’Imagination aux chiens de garde de mon ennemi de toujours.

- « Mais Vanol étant loin d’être un idiot – et n’étant pas dans l’intérêt de son père de l’envoyer à la mort puisqu’il est son seul et unique héritier – il doit bien avoir un mystérieux allié, puissant et sûrement pas des moindres étant donné le peu d’inquiétude que Vanol manifeste… »

Et une chose est certaine.

- « … La surprise sera de taille ! Mais tu sais, c’est loin d’être n’importe quoi… ce que tu racontes… »

Et voilà, subtilement mais efficacement je reviens au sujet initial de cette conversation : le trouble que Gil a semé en moi et réciproquement. J’ai l’étrange impression de revivre chaque moment unique de ma vie où mes pas et mon unique but se résumaient en un seul être. Etre amoureuse, mais vraiment très amoureuse – passionnément même – ne m’est à peine arrivé que deux ou trois fois, sans compter Gil et Pan car dans ma tête c’est encore bien trop flou – effrayant aussi. Tout au fond de moi, sans trop savoir pourquoi, j’ai juste envie d’essayer de poser les choses à plat, telle qu’elles sont, pour essayer de mieux les comprendre. Et quelque part me soulager aussi de ce que j’ai gardé sur le cœur depuis trop longtemps.

- « Tu m’as séduite, je crois – profondément séduite – et ça me fait peur… »

Un nœud se forme peu à peu dans le fond de ma gorge comme tentant de retenir ces mots que mon cœur ne demande qu’à laisser s’envoler.

- « Je m’étais jurée de ne plus aimer aucun homme, personne, depuis que le dernier a transformé ma vie en cauchemar »

Je parle sans trop savoir ce que je dis précisément. Ah ! Si Nwëlla et Sen avaient pu m’entendre parler, ils auraient purement et simplement halluciné. Jamais ils ne m’ont connu aussi… Autant… Aussi quoi d’ailleurs ? Te voilà dans la plus noire et la plus puante des bouses de Troll de tout l’Empire semble m’affirmer Sen de son éternel ton tranquille. En un an, peut-être un peu plus, ma vie a profondément changé – Gil est la cause de ce chamboulement, bien que Pan s’ajoutant désormais à l’équation jette encore plus de doutes. Cependant, je me force à tenir Pan éloigné de la conversation – un jour, il faudrait tout de même que je mette les choses au clair avec lui aussi.

- « Mais depuis que tu es entré dans ma vie… Pfffuitt ! Envolées toutes ces belles résolutions ! »

Le rire d’un petit garçon de cinq ans retentit quelques secondes dans ma tête surgissant de mon passé le plus sombre. Morgan…

- « Je ne crois pas t’avoir déjà dit que Seth avait un frère jumeau… »

Par la sainte culotte de l’Empereur, me voilà dans la plus noire et la plus puante des bouses de Troll de tout l’empire…



[J'aime, j'aime, j'aime... Mais ça tu le sais déjà! Bref, je t'ai déjà habitué à plus d'action mais voilà quoi!]

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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Dim 11 Nov 2012, 18:17

Naïs répondit négativement à sa question et Gil grogna, dépité. En guerre contre des Mentaïs et même pas fichu de prendre un gommeur avec soi… Puis il se souvint que, lors de la mission sauvetage de Naïs et de son fils, nul n’avait songé à cet atout précieux. Ceci dit, mettre la main sur un gommeur relevait des relations plus que de la chance, et Gil était persuadé qu’un homme comme Vanol devait connaître beaucoup de gens. Suivant sans le savoir le sens des pensées de l’Envoleur, Naïs poursuivit en mettant en avant les « qualités » du commandant de cette expédition. Pas idiot, vraiment ? Gil n’était pas de cet avis. Vanol venait de perdre une grande partie de ses hommes par manque de rigueur et d’attention. Qu’un homme de sa trempe puisse commettre une si belle erreur était si surprenant qu’il n’hésita pas à s’engouffrer dans la brèche et, à partir de cet instant, Gil se mit à douter sérieusement du bien fondé de cette mission.

- Tu sais, c’est loin d’être n’importe quoi… ce que tu racontes…

C’est le changement de ton plus que les paroles de la jeune femme qui poussèrent Gil à la curiosité. Il tourna la tête vers elle, attendant la suite… et elle fut de taille. Sans le savoir – ou peut-être que si, justement… - Naïs s’insinua au cœur des nœuds qui s’étaient formés depuis quelques mois dans sa tête et dans son cœur. Réseau inextricable de sentiments compliqués, ces nœuds paralysaient ses pensées et l’empêchaient de réagir aussi légèrement que d’ordinaire. Gil fronça les sourcils. Un mois plus tôt, Libertée avait tenté cette petite excursion elle aussi. Ce qu’elle avait trouvé n’avait pas dû lui plaire puisqu’elle avait pris la fuite encore plus vite qu’il n’avait jamais pu le faire…

Naïs murmurait des paroles qu’il ne comprenait pas, ou très peu. Il connaissait Seth et il se doutait bien que l’Envoleuse avait rencontré et fréquenté quelqu’un ; ce n’était pas son cas, du moins pas le même, aussi Gil restait-il sur la réserve. Que pouvait-il lui répondre ? Il y a quelques mois encore, sa vie sentimentale se résumait à une succession de petites histoires sans passé ni lendemain, de simples nuits enfiévrées qu’il terminait en s’éclipsant discrètement entre chien et loup… Naïs et Libertée lui en demandaient trop, et chacune à sa manière. La marchombre voulait trouver en lui l’écho d’une liberté qu’elle ne trouverait sans doute jamais et l’Envoleuse mettait soudain les choses à plat. Toutes deux s’efforçaient de dénouer des nœuds trop serrés, et l’une comme l’autre risquait de s’y brûler les ailes…

Sans lui laisser le temps d’en placer une – Naïs était probablement la personne la plus bavarde qu’il ait rencontrée – elle lui parla du frère jumeau de Seth. Ou du moins fit-elle dévier le sujet vers un autre, complètement différent aux yeux de Gil, laissant celui-ci pantois. Alors il laissa son regard bicolore vaguer dans le ciel, parmi les étoiles qui scintillaient doucement au-dessus de sa tête. Plusieurs minutes s’écoulèrent ainsi, dans le silence le plus parfait qui soit – ce qui confirmait que Seren était bel et bien pendu à leurs lèvres – avant que Gil ne le brise d’une voix douce.

- Tu es loin de m’avoir tout dit de ta vie, princesse.

Voulait-il en savoir plus ? Difficile à dire… Difficile à croire. Pourtant, c’était clair : Gil ne savait plus du tout où il en était. Immobile, il se contentait d’observer la situation, tout en sachant pertinemment que le meilleur moyen de se sortir de ce guêpier, c’était d’avancer.

- Il est mort, n’est-ce pas ?

En dépit des apparences, il avait pris le temps de réfléchir aux paroles de Naïs. C’est vrai, il ne la connaissait pas beaucoup, mais il avait vu Seth et la manière dont sa mère s’était jetée dans la gueule du loup pour aller le récupérer. Jamais Naïs n’avait mentionné l’existence d’un autre enfant, et la gravité qu’il avait pu lire dans les yeux du petit garçon ne laissait pas une grande place au doute. Tournant la tête vers la jeune femme, Gil se demanda s’il était un drame qui ne lui ait été épargné. Et il comprit. Ce qui l’attirait tant chez elle, outre son caractère inflexible et la force qui émanait d’elle, c’était la douleur secrète qu’elle avait dans le cœur en permanence, et qu’il partageait. Il avait la même. Cette curieuse découverte modifia quelque chose en lui, le libérant soudain d’un poids qu’il n’avait pourtant pas senti peser sur ses épaules, et il déposa un baiser sur la joue de Naïs. C’était sa manière de l’encourager à continuer, si toutefois elle désirait poursuivre…

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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Sam 17 Nov 2012, 15:43

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Par la sainte culotte de l’Empereur…

… Mon visage est tout humide. Pleut-il ? Je n’en ai pas l’impression pourtant. Mais pourquoi autant de sillons creusent mes joues comme si je… Comme si… L’évidence ne tarde toutefois pas à se frayer un chemin dans mon esprit tandis que je refoule avec toute la force de ma volonté une série de souvenirs douloureux. Nom d’une bouse de Troll, mais je pleure ! Où est donc passée la Naïs Jol forte et battante, qui ne verse jamais une larme – ou, du moins, surtout pas devant les autres ? Depuis plusieurs longues semaines, je ne la reconnais plus. Je ne me reconnais plus. Je n’ai jamais aimé faire étalage d’une sensiblerie gratuite : c’est parfaitement inutile. Or, c’est exactement ce à quoi je me laisse aller, là, maintenant, pelotonnée dans les bras de Gil comme une petite fille. Pathétique !

D’un geste rageur, j’essuie finalement les larmes qui coulent sur mes joues en humidifiant la tunique de Gil. Le silence de la nuit est presque total : seuls quelques ronflements épars et le léger sifflement du vent bercent le campement tout entier. Seul Seren, que sa respiration ample mais presque silencieuse trahit, semble accroché littéralement à nos lèvres comme une vraie commère. Toutefois, je ne m’en incommode pas plus que cela – à vrai dire, je m’en fiche même. Laissant filer encore quelques minutes de silence, je chasse une odeur de sang relativement lointaine. Le baiser de Gil sur ma joue, léger, m’incite à continuer. C’est étrange comme avec Gil, et seulement avec lui, parler simplement me paraît si facile. Juste parler pour me vider d’un fardeau trop lourd et trop peu soulagé. Juste parler pour essayer de mettre mes idées au clair – juste essayer, car mes pensées sont bien loin d’être claires évidemment. Juste parler pour ne pas penser à autre chose. Juste parler.

- « Tué par les sbires de son propre père… »

Une once de colère et de haine me tiraille un instant les entrailles. C’est certain, je le tuerai : c’est une promesse. Et elle semble l’effrayer assez pour augmenter encore régulièrement le prix demandé pour ma tête. Pensive, mes doigts courent sur la poitrine de l’Envoleur.

- « J’en ai longtemps voulu à tous les hommes de l’empire tu sais… »

Mon soupir se perd dans la nuit tandis que je me blottis un peu plus contre Gil.

- « Et tu es le premier, je crois, à avoir détruit ces murailles que j’avais bâti pour ne pas devenir complètement folle… »

Et maintenant j’y sombre lentement mais sûrement. Et je n’ai pas la moindre idée de comment me sortir de cette spirale infernale. Pourquoi faut-il que les choses soient toujours si compliquées avec moi ? Pourtant, je sens bien que cette histoire risque encore de mal se terminer. Mon cœur finirait, encore, brisé en mille petits morceaux – si petits que j’aurai cette fois du mal à le reconstituer entièrement. Quelle idée d’aimer un Envoleur aussi ? Non pas un. Deux en fait. Pan, Gil, mes sentiments envers eux sont indéniablement différents mais tout aussi puissants : ça, au moins, ça a le mérite d’être assez clair. Pour ce qui est du reste, je ne suis plus certaine de rien et c’est horrible comme je me sens plus vulnérable que jamais. Fragile.

Pa’, tu ne m’as jamais dit que l’amour se manifeste aussi douloureusement !
Sen, pourquoi tu ne m’as pas empêché de courir au-devant de la catastrophe assurée ?


- « Serres-moi fort »

Tout cela me flanque une bonne migraine, aussi ne me faut-il pas longtemps – quelques secondes tout au plus – pour m’endormir presque sereinement – presque – comme protégée par un je ne sais quoi fichtrement agréable. Toute cette tendresse qui émane de Gil n’est peut-être étrangère au doux sommeil qui m’enveloppe soudain.

* *
*


Plusieurs braillements m’extirpent du sommeil tandis que les premiers rayons de soleil chauffe doucement ma peau. Contre moi, Gil jure tout bas. Enfer, oui, que se passe-t-il encore ? Je retiens de justesse un grognement lorsqu’une main se pose sur mon épaule mais la voix de l’homme me bâillonne plus sûrement qu’autre chose pour la simple et bonne raison qu’il s’agit évidemment de Seren. Encore à moitié endormie, je n’ai pas tout compris à ses paroles – une histoire de chevaux plutôt étrange à vrai dire. Nous allions probablement lever le camp. Toutefois, la voix tonitruante de Vanol, au loin, qui tempête contre la dernière sentinelle, jette le doute en moi. Alors, tendant l’oreille, l’évidence se fait tandis que je me redresse d’un bond.

- « Si c’est une blague, je ne trouve pas ça drôle ! »
- « J’ai de plaisanter peut-être ? » rétorque aussitôt Seren, implacable.
- « Par la sainte culotte de l’Empereur ! »

Maudissant le dernier énergumène qui avait dû littéralement s’endormir à son poste pour ne pas remarquer que les chevaux avaient été volés, je jure entre mes dents. Cela explique donc l’effervescence régnante. Une mauvaise journée commence – sans parler du massacre qui nous attend sûrement dans le repère de Vil’Vishyard senior. Et finalement, je commence à me dire que Gil a peut-être raison : Vanol est un parfait incapable pour commettre des erreurs aussi énormes. Aussi, je commence à douter sérieusement de la réussite de cette mission qui prend de plus en plus l’allure d’un suicide en fait – ou d’un piège. L’idée germe un instant dans mon esprit. Nouveau juron. Vil’Ancrasy réunit trois des personnes les plus recherchées de l’Empire pour se jeter, avec un nombre d’hommes absolument dérisoire compte tenu du danger de la mission, dans une cause perdue. Foutaises oui ! Un fichu mauvais pressentiment me souffle que Vil’Ancrasy et Vil’Vishyard sont de mèche : si c’est le cas, nous avons plutôt intérêt de mettre les voiles le plus rapidement possibles. Sans chevaux, la belle affaire !

Un hennissement que je reconnaîtrais sans hésitation retentit, tout proche. Abandonnant Gil et Seren sans plus de formalités, je ne tarde pas à trouver Pic… et Océan. Ce sont vraisemblablement les deux seuls chevaux que les pillards ont laissé, ce qui me fait sourire un instant malgré moi. À vrai dire, têtes de mules qu’ils sont tous les deux, les voleurs ont dû bien vite abandonner l’idée de pouvoir les entraîner avec eux. Correction : nous avons désormais deux chevaux, pour trois. Super !

Soupirant, je prodigue une caresse apaisante sur le chanfrein d’Océan qui renâcle de plaisir tandis que Gil s’approche d’un pas pressant dans mon dos. En est-il venu à la même conclusion que moi, lui aussi ?



[Voilà, je suis partie sur une toute autre idée que celle de base et j'ai bien failli ne pas m'arrêter d'écrire x)]

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Mar 27 Nov 2012, 23:16

- Tué par les sbires de son propre père…

Gil resta silencieux, devinant que Naïs n’avait pas terminé, mais il serra les poings. Fort. Et une sourde rage gronda dans ses entrailles, comme si un fauve était tapi au plus profond de lui, prêt à bondit à la moindre occasion sur ceux qui avaient pu commettre un acte aussi ignoble que le meurtre d’un enfant. Presque immédiatement, l’image d’Iselle gisant sur son lit, la gorge ouverte, s’imposa à sa mémoire. Il ferma les yeux pour la chasser mais les souvenirs, c’est comme les habitudes, ça ne s’en va jamais vraiment… Rouvrant les yeux, il fixa les étoiles qui scintillaient sur la voute éthérée tandis que Naïs reprenait dans un murmure :

- J’en ai longtemps voulu à tous les hommes de l’Empire, tu sais…

Je sais.
Lui aussi avait eu cette colère dans le cœur lorsqu’il avait serré dans ses bras le corps encore chaud de son amie. L’envie folle et surréaliste de tuer tout le monde pour ne laisser aucune chance au véritable coupable d’échapper à sa vengeance. Mais Gil n’était pas un meurtrier. Il avait tué, certes, et bien plus que nul ne saurait l’imaginer, toutefois il n’ôtait la vie que de ceux qui ne méritaient pas de vivre. C’était un droit qu’il avait acquis dans la souffrance et la solitude, et seule sa conscience, pure et solide, l’empêchait de devenir l’assassin que le Conseil aurait tant voulu qu’il soit. Voilà pourquoi Gil s’opposait à lui depuis toutes ces années. Voilà pourquoi l’Ordre du Chaos se retournait à présent contre lui, profitant de la situation pour se débarrasser d’un Envoleur marginal et incapable de tuer un autre marchombre que son père.

- Et tu es le premier, je crois, à avoir détruit ces murailles que j’avais bâti pour ne pas devenir complètement folle…

Les yeux vairons de Gil s’agrandirent de surprise. Nwëlla, Juhen, Atal n’avaient-ils donc jamais explosé cette fichue carapace de souffrance qui étouffait la jeune femme ? Sitôt formulée dans ses pensées, cette question trouva sa réponse, sidérante de simplicité. Naïs ne parlait pas d’amitié mais d’amour. La première fois qu’elle s’était donnée à lui dans cette chambre miteuse et minuscule, il l’avait sentie fébrile, presque craintive alors que tout en elle la faisait ressembler à ses félins sauvages que l’on aperçoit parfois dans la jungle d’Hulm. Cette nuit-là, Gil n’avait pas compris qu’un tel contraste était le fruit d’un traumatisme immense, d’une tristesse infinie ; la détresse de Naïs à l’égard de son fils avait rapidement brouillé tous les signes témoins d’une mère ayant enterré son enfant beaucoup, beaucoup trop tôt…

Instinctivement, il referma les bras sur elle, la serrant avant même qu’elle ne le lui demande. La bouche dans ses cheveux, il lui murmura toutes sortes de choses, tantôt vraies, tantôt moins vraies, toujours vibrantes d’émotion et d’intensité, de douceur et de tendresse ; mussée contre lui, Naïs ne tarda pas à se détendre, puis à s’endormir. Pour autant, il ne cessa pas de caresser distraitement ses cheveux, les yeux fixant pensivement le ciel étoilé. Gil ne les ferma pas du reste de la nuit. Sa surprise fut donc totale lorsque les cris de Vanol retentirent à l’aube naissante, réveillant tout le monde aussi efficacement que si un Brûleur avait poussé son terrible cri à leurs oreilles endormies. Seren réagit cependant plus rapidement que son ancien disciple. Accroupi près de Naïs, il tira celle-ci du sommeil sans aucun état d’âme.

- Enfer, qu’est-ce que ce type fabrique encore ? marmonna Gil en interrogeant Seren du regard.

Les cris de Vanol se firent moins hachés et plus audibles, offrant à Gil une réponse dont il se serait bien passé. Tout comme Naïs, qui se redressa d’un bond.

- Si c’est une plaisanterie, je ne trouve pas ça drôle !
- J’ai l’air de plaisanter peut-être ?
- Toujours, Seren. Ça doit venir de ton sourire.
- La ferme, Cabochard…
- Par la sainte culotte de l’Empereur !


Stupéfaits, les deux hommes regardèrent Naïs se débarrasser de sa couverture et filer comme une flèche vers l’agitation qui les avait réveillé. Seren tourna un regard perplexe vers Gil.

- Elle a vu la culotte de l’Empereur ?!
- La ferme, Seren.




*




Vanol était dans tous ses états. En fait, Gil dut réprimer un sourire amusé en le voyant attraper un de ses hommes par le col et le secouer comme un prunier. Mais la situation était loin d’être réjouissante et très vite, tous les visages reflétèrent une gravité qui brillait également dans l’œil bleu et l’œil marron de Gil. Les chevaux leur avaient été dérobés durant la nuit et personne n’avait assisté au méfait. Comme par hasard, songea Gil regardant Vanol cracher des ordres, te voilà dans l’incapacité de charger aujourd’hui… Coulant un regard vers Seren, il comprit que ce dernier en venait aux mêmes conclusions : leur plan était en train de tomber à l’eau. Les hommes des sables devaient déjà être prêts. S’ils attendaient trop longtemps, leur cible allait leur filer entre les doigts aussi sûrement qu’un nuage de fumée. Dis-moi, rejeton de Raï, ce n’est pas ce que tu souhaites, n’est-ce pas ?

- Tu n’as pas fermé l’œil de la nuit, souffla Seren sans quitter Vanol et ses hommes des yeux. Tu n’as rien vu ? Rien entendu ?
- Absolument rien, non. Et toi ?
- Quoi, moi ?
- Tu n’as pas dormi non plus.
- Mmmh…


Réprimant un sourire, Gil laissa son ancien mentor à ses réflexions silencieuses et se mit à la recherche de Naïs. Il la trouva auprès d’Océan… et de Pic. Les deux chevaux étaient visiblement les seuls rescapés de ce vol nocturne. Curieux. Gil se glissa dans le dos de Naïs, qui l’avait probablement entendu arriver de loin, et s’arrêta devant le cheval de Seren. Il lui caressa le chanfrein et flatta son encolure, respectant le silence qui s’était installé entre Naïs et lui. Chacun était perdu dans ses pensées et il ne faisait aucun doute qu’elles concernaient les récents événements. Au bout de quelques instants pourtant, Gil se tourna vers l’Envoleuse.

- Pourquoi le père de Vanol a-t-il souhaité que tu fasses partie de cette expédition ? Attends, ne dis rien – je sais que tu as agis pour ne pas te laisser piéger par ses idées de mariage avec son fils. Mais je commence à croire que toute ceci n’est qu’une gigantesque mascarade…

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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Mer 28 Nov 2012, 14:14

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

- « Gil ! Attention ! »

Un sifflement, mortel, tinte doucement : encore une flèche. Cette fois, je suis carrément obligée de faire dévier Océan de sa trajectoire. Une ligne de feu se trace sur ma joue tandis que je jure intérieurement. Que je sois maudite pour ne pas avoir senti ce piège se refermer lentement sur moi ! Mes craintes se sont avérées dangereusement réelles puisque nous sommes à présent poursuivis par une escouade, de quelques hommes à peine, mais composée de redoutables guerriers dont deux Mentaïs, au moins. Et quelque chose me dit que, si par miracle je m’en sors cette fois-ci, j’aurai plutôt intérêt de me faire oublier du Conseil durant quelques temps. Et Gil aussi d’ailleurs…

* *
*


- « Je commence sérieusement à le croire aussi »

Je laisse quelques secondes de silence filer, pour réfléchir – à notre conversation d’hier soir, à cette mission, à ma rencontre avec Vil’Ancrasy Senior et sa proposition louche, à ces derniers jours tout simplement. J’ai la désagréable impression d’avoir complètement été roulée dans la farine et ce depuis le début. Lentement, je me fais à l’idée que la proposition de Vil’Ancrasy ne serait qu’un moyen de me faire accepter cette fichue mission. Désormais, c’est clair dans ma tête : c’est un piège et si Vil’Ancrasy et Vil’Vishyard ont conclu une alliance comme je le crains, il serait intelligent que je saute sur Océan et que je mette le plus de distance possible entre moi et ces deux aristocrates qui semblent me vouloir plus morte que vive. Et je l’aurais fait si Gil n’avait pas été mêlé à l’équation. Je soupire : il faut que je sache pourquoi.

- « Si tu veux mon avis, il s’agit d’un piège : je ne sais pas pourquoi mais j’ai le sentiment que Vil’Ancrasy et Vil’Vishyard ont mis leurs différents de côtés pour s’allier »

Je soupire. Cela n’explique cependant pas le pourquoi de l’affaire.

- « Si c’est vrai, j’ai du souci à me faire ! Vil’Vishyard Senior a toujours voulu me voir morte : il n’est autre que le grand-père de Seth ! »

Voilà seulement une partie de la réponse.

- « Mais si tu es là aussi c’est qu’il y a une raison : ils doivent en avoir après toi ! Tu sais pourquoi ? »

Esquissant finalement un pas hésitant vers Gil, je glisse ma main dans la sienne, ne serait-ce que pour lui faire comprendre que je ne compte pas partir sans lui. Tout dépend donc de son choix, de sa réponse. Et, intérieurement, je suis prête à bondir sur Océan et partir aussi vite que possible.

≈≈≈ Aschen ≈≈≈

Les chevaux, volés ! Voilà Vanol dans une rage noire telle que je ne l’ai jamais vu ainsi ! Il faut dire que la dernière sentinelle est vraiment un empoté : s’endormir à son poste, il mériterait bien de se faire arracher les yeux pour nous avoir tous mis en danger. Même l’aveugle est capable de veiller : à vrai dire, il est des moments où je me demande si cette femme ne voit vraiment rien. Sa façon de se déplacer, de tout entendre dément souvent la réalité de son regard d’ambre pourtant vide.

Vanol s’approche de moi à grands pas tandis que ses yeux fous lancent des éclairs à tout va. Malgré la gravité de la situation, je ne peux m’empêcher de sourire en le voyant fulminer ainsi littéralement.

- « J’ai envoyé un oiseau : les renforts ne tarderont pas à arriver »

Je hoche un instant la tête tandis que Vanol croise les bras pensivement, le regard perdu au loin.

- « Quant à toi, ne les laisse pas filer ! »

Suivant des yeux la trajectoire du regard de Vanol, je devine aussitôt de qui ils parlent. En fait, avant même que je les aperçoivent, main dans la main, je savais déjà que l’homme désignait Giliwyn SangreLune et Naïs Jol. Je fronce un instant les sourcils : il reste tout de même deux cheveux et étrangement ce sont les leurs. S’ils comprennent la mascarade qui se joue dans leur dos, Vil’Vishyard Senior et Vil’Ancrasy Junior peuvent d’ors et déjà abandonner l’idée de les tuer. Aussi, tenant à garder mes oreilles, mon nez, ma langue – ou tout autre chose encore – je réunis quelques soldats : s’ils partent, j’aurai bien du mal à argumenter pour ma défense !

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Je me fige, littéralement. Un groupe d’hommes vient vers nous : mes craintes semblent s’avérer vraies et tandis que je jure intérieurement Seren, qui semble comprendre également toute cette machinerie, bondit sur Pic. Je ne tarde pas à l’imiter, invitant Gil à se hisser sur Océan qui s’élance dès lors dans un galop puissant.

* *
*


Les hommes de Vil’Vishyard n’auront pas traîné pour nous pister et nous retrouver finalement. À peine avions nous arrêté les chevaux au bout de quelques heures pour les faire boire que l’escouade réunie pour nous réduire au silence nous talonnait déjà. Cette fois, Gil et Seren chevauchent sur Pic pour laisser à Océan le temps de récupérer dans cette folle course-poursuite. Cependant, les flèches et les traits de toutes sortes fusent de tous côtés et les éviter constitue un exercice rudement périlleux. Aussi, lorsque je reconnais le bruit typique d’une pointe métallique s’enfonçant dans la chair, mon sang se glace littéralement alors que je prie mentalement pour que Gil ne soit pas blessé…

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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Mer 28 Nov 2012, 23:04

La main sur la selle d’Océan, Gil hocha la tête. Oui. Oui, cela se tenait : si ces fichus nobles avaient quelque chose en tête, ils pouvaient bien s’être alliés sous une seule et même bannière et pour une cause unique. Mais laquelle ? A quoi rimait cette dangereuse mascarade ? Le loup sauvage et solitaire qui vivait en Gil, et que celui-ci appelait instinct, se réveilla soudain, en alerte. Un piège était en train de se refermer sur lui et il le sentait. Sentant un regard sur lui, Gil tourna la tête et vit Vanol incliner imperceptiblement la tête à son attention. L’Envoleur plissa les yeux. Qu’est-ce que tu caches ? Enfer, qu’est-ce que tu as à voir avec cette sombre histoire ?

- … il n’est autre que le grand-père de Seth.
- Hein ??


Les dernières paroles de Naïs ne s’étaient pas encore frayé un chemin vers son esprit qu’un juron étouffé déclencha un parfait et complet revirement de la situation. Les impériaux, ou plutôt les hommes de Vanol, fonçaient droit sur eux dans un bel ensemble et il ne faisait aucune doute que ce n’était pas pour les prendre dans leurs bras. L’éclat d’une lame fit étinceler de colère le regard de Gil. Bernés ! Ils avaient été bernés et il n’avait même pas vu le coup venir… Comme il se campait sur ses jambes, prêt à en découdre, le cri de Seren couvrit celui, unanime, des hommes s’apprêtant à déferler sur eux.

- Monte !
- Partez, tous les deux ! Je vais essayer de vous faire gagner du temps…
- Tu ne nous feras plus rien gagner du tout lorsque tu seras mort ! Bouge !


Gil hésita.
Une seconde.

Puis il lâcha une bordée de jurons et bondit sur par-dessus la croupe d’Océan pour s’accrocher à la taille de Naïs.

- Allez, allez !

Déjà, les deux chevaux s’élançaient dans un puissant galop.



*



- Gil, attention !

Alerté par le cri de Naïs, Gil baissa la tête et sentit quelque chose frôler ses cheveux. Une flèche. Encore.

- Ne t’occupe pas de moi et garde la tête baissée !

Océan fit un nouvel écart et il serra les dents. Naïs menait sa monture avec une dextérité surprenante mais parvenait tout juste à éviter les traits qui pleuvaient sur eux. De leur côté, Seren et lui avaient simplement de la chance qu’on ne les confonde pas encore avec des passoires. Ce qui ne devrait plus tarder, à présent. Trop chargé, Pic fatiguait et ralentissait l’allure. l’écart qui les séparaient encore de leurs poursuivants se réduisaient à chaque seconde qui s’écoulait comme une éternité à leurs yeux. Encore quelques minutes, et ils se feraient tous tirer comme des crissanes dorées…

Leur fuite aurait été possible si seulement Vanol n’avait pas fait appel à des Mentaïs pour s’assurer la pleine réussite de sa funèbre mission. Accompagnés par ces derniers, les soldats n’avaient pas mis longtemps à les rattraper et à présent, ils les talonnaient avec un acharnement doublé d’un avantage précieux. Au moins, Gil savait désormais comment les chevaux avaient disparu au cours de la nuit sans que son attention et celle de Seren soient attirées ; infiltrés dans le campement, les Mentaïs avaient utilisé l’Imagination pour éloigner les montures. Une sacrée entreprise qui avait dû coûter cher à Vanol, et là encore, Gil restait perplexe : pourquoi cet homme employaient-il d’aussi grands moyens ? Quel objectif nécessitait qu’il se donne autant de mal pour les faire disparaître, tous les trois ?

Naïs. Tournant la tête vers elle, Gil jura pour la trentième fois au moins depuis le début de la journée – mais c’était fondé. Bon sang ! Si le « Monstre » était le grand-père de Seth, alors… alors lui, Giliwyn SangreLune, avait tué son propre fils ? Driss, le Mentaï dont la mort lui valait d’être recherché dans la moitié de l’Empire, au moins ? Vil’Vishyard était-il au courant de cette histoire ? Cet homme est un monstre. L’Empereur lui-même n’a pas réussi à le débusquer et à s’en débarrasser, depuis le temps qu’il le cherche. Nous ne sommes pas fous. Nous attendions juste que ceux qui le sont viennent tenter leur chance. Les paroles d’El’Kerrhim retentissaient dans sa mémoire, lancinantes, et il avait toutes les peines du monde à les ignorer. Ce fut un point à l’horizon qui détourna enfin son attention de ces sombres pensées.

- Seren ! cria-t-il, le cœur battant. Est-ce que ce n’est pas la demeure de Vil’Vishyard ?
- C’est bien elle !
- Alors pourquoi est-ce que nous nous dirigeons droit vers elle ?
- Crois-moi, c’est notre unique chance de nous sortir du pétrin dans lequel tu nous as fourrés !
- Moi ? Mais je n’ai rien fait !
- Tu as tué l’unique enfant de l’homme le plus dangereux de tout l’Empire !
- Je ne savais pas que c’était son fils !

- Fallait vérifier !
- Pas eu le temps !


Dans une toute autre situation, cette dispute entre l’Envoleur et son ancien disciple aurait pu paraître cocasse, d’autant que c’étaient dans ses moments-là que tous deux se ressemblaient le plus. Mais le danger qu’ils couraient étaient bien trop grand pour qu’ils puissent se départir de leur sérieux. Gil, surtout, sentait son cœur battre la chamade dans sa poitrine. Là-bas se trouvait un homme qui ne rêvait probablement que d’une chose : venger son fils.

Enfer… je suis un homme mort.

A l’instant où cette pensée lui traversait l’esprit, une flèche, plus précise ou plus chanceuse que les précédentes, siffla dans sa direction et toucha sa cible de plein fouet.



*



Touché à la cuisse, Pic hennit de douleur et se cabra dangereusement. Déséquilibré, Gil roula dans le sable. Le souffle court, il se redressa pour voir le cheval basculer, entraînant avec lui son cavalier qu’il écrasa sans manière.

- Seren !

L’Envoleur apparut derrière la dune qui le dissimulait au regard de son ancien élève et celui-ci poussa un soupir de soulagement. Il lui arrivait encore d’oublier que Seren était un homme hors du commun…

- Monte avec Naïs et gagne la maison de Vil’Vishyard, ordonna ce dernier en rejoignant Gil.
- Hors de question.
- Ce n’était pas une question. Je m’occupe d’eux.
- Mais…


Gil n’eut pas le temps d’ajouter quoi que ce soit. Seren venait de l’envoyer au sol d’un formidable coup de poing. Sonné, il essuya d’un revers de bras le sang qui coulait sur son menton et fixa son mentor, dont le visage était pour une fois totalement inexpressif.

- Fiche le camp, Giliwyn. Elle a besoin de toi.

C’était la deuxième fois seulement que Seren l’appelait par son prénom entier, et c’est ce qui décida Gil ; se redressant sur ses jambes, il jeta un dernier regard à l’Envoleur qui se tenait, fier et noble, debout dans le sable, face à la horde qui arrivait à une vitesse folle.
Gil tourna les talons.

- Fonce ! dit-il à Naïs en bondissant derrière elle.

Océan renâcla.
Puis s’élança.

Il n’était plus qu’à cinq cent mètres environ de la haute et fière demeure fortifiée de Vil’Vishyard lorsque Gil le vit. Long de près de dix mètres, le pieu de métal arrivait sur eux à une vitesse stupéfiante. Mortelle.

Saisissant Naïs à bras-le-corps, Gil se jeta au sol et roula une nouvelle fois dans le sable. Allongé sur la jeune femme, il ouvrit la bouche pour lui demander si elle n’avait rien de cassé, mais aucun son ne put en sortir. Normal. Deux énormes mains venaient de se refermer sur son cou, le serrant à l’en broyer, et Gil se sentit soulevé de terre aussi facilement que s’il n’avait pas pesé plus lourd qu’un fétu de paille. L’homme le tenait à bout de bras avec une aisance qui frisait l’irréel était un géant de bien plus de deux mètres et ses muscles saillaient sous sa peau, impressionnants de force et de solidité. Dressé pour tuer, il était en train d’étrangler Gil sans que celui-ci ne parvienne à l’en empêcher. C’est qu’il était sûr de sa puissance, monstrueusement écrasante, et qu’il ne se méfiait pas assez de la petite souris des sables qu’il prévoyait de broyer, une fois les cervicales de sa première victime réduites en miettes…

[Je me charge de faire bouger Seren - toi, je préfère que tu sortes mon Gilou de là, et en vitesse... !! Ayé, ça commence à bastonner, ça va SAIGNER !!!!]

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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Dans la flamme de mon coeur et la chaleur du désert... [Gil]   Jeu 29 Nov 2012, 16:38

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

… Et c’est presque si je soupire littéralement de soulagement lorsque j’entends Pic hennir de douleur. Alors que le vaillant cheval entraîne ses cavaliers dans sa chute, il ne me faut pas une seconde de plus pour freiner Océan dans son élan, et ce malgré nos poursuivants qui se rapprochent dangereusement. Mon cœur bat encore la chamade au rythme du galop des chevaux dont les sabots résonnent sourdement sur les sables du désert. Seren et Gil semblent n’avoir rien de casser, eux, mais désormais nous n’avons plus qu’un seul cheval pour trois : jamais nous ne tiendrons la distance. Et Seren, se relevant tout juste, l’a compris aussi. Je déglutis un instant à l’idée de laisser l’Envoleur au prise avec une horde qui ne tarderait pas à déferler sur lui, mais sitôt Gil accroché à ma taille, je lance Océan au galop et la course effrénée reprend.

Désormais momentanément à l’abri des tirs, nous ne tardons pas à atteindre les contreforts de la forteresse maudite. Cependant, au moment même où Océan se cabra je perçois le sifflement mortel d’un trait que Gil repère aussitôt puisque m’entraînant dans un réflexe formidable nous plongeons tous les deux avant de se faire embrocher par un engin qui continue sa course sur quelques mètres avant de s’écraser dans le sable un peu plus loin. Entendue sur le dos, le souffle court et Gil à quelques centimètres de moi, je n’ose plus bouger attendant le moment où un autre pieu surgirait littéralement du néant.

Le poids de Gil, tout contre moi, s’allège soudainement, mais il me faut tout de même quelques secondes incroyablement longues pour comprendre pleinement la situation dramatique dans laquelle il se trouve. Mon cœur manquant littéralement un battement, mon sang se glace d’effroi : le Mentaï est en train d’étouffer Gil ! Rapidement muée par une formidable poussée d’adrénaline, mon pied trouve le chemin de la cheville du colosse qui menace de briser Gil purement et simplement. L’articulation explose comme si elle n’avait été faite que de verre tandis que le hurlement emprunt de rage et de douleur de l’homme ne parvient pas à étouffer le craquement sinistre de l’os endommagé. Profitant de sa faiblesse, je le fauche sans plus tergiverser. Défiant absolument toute loi physique et temporelle au même rythme que les battements effrénés de mon cœur, j’ai juste le temps d’amortir la chute de Gil puis de bondir sur le dessinateur avec une rapidité frôlant l’irréel. Dans une vague de colère pure, je bloque le bras du colosse avec mon genou, lui interdisant ainsi toute possibilité de se relever, et, laissant pulser ma greffe au plus profond de moi avec une force d’une puissance particulièrement rare, je lui transperce le cœur de mes griffes, le lui arrachant presque entièrement. Alors qu’une goutte de sang gicle sur mon visage, je réalise qu’il était moins une, encore une fois. Cependant, si le Mentaï s’en est pris à Gil, il ne s’est pas méfié de moi et il vient d’en payer les frais : personne ne s’en prend jamais à ceux que j’aime. Tous ceux qui avaient essayés sont morts désormais et celui-là n’échappe pas à la règle.

Avec un éclat sûrement étrange dans mon regard d’ambre aveugle, je me glisse dans un souffle de vent auprès de Gil, une fois seulement que je suis complètement certaine que nous ne risquons pas de nous faire canarder – me transformer en passoire est bien la dernière des choses que je souhaite. Saisissant le visage de Gil de ma main droite, pour la simple et bonne raison que l’est littéralement trempée du sang du Mentaï – voilà qui promet de beaux jours auprès du Conseil – je soupire de soulagement en constatant sa respiration presque régulière. Quelle frayeur alors ! Car encore une fois, j’ai eu peur. Peur pour Gil. Peur de le perdre et rien que cette idée me donne des frissons. Et c’est par miracle que ma voix ne tremble pas autant en s’élevant dans l’air.

- « Par la sainte culotte de l’empereur, cela va finir par me tuer d’avoir si peur pour toi à chaque fois ! »

Pressant légèrement mes lèvres sur son front, je me relève presque fébrilement mais on ne peut plus prête à affronter avec détermination la rage et la folie de Léandre Vil’Vishyard : pour sûr, j’ai au moins autant de colère et de dégoût à son égard alors si une chose reste claire dans mon esprit c’est bien la certitude qu’il ne verra pas le soleil se coucher aujourd’hui. Aidant Gil à se relever doucement, je ne lâche toutefois pas sa main. La forteresse se dresse devant nous et nous nous apprêtons à pénétrer dans la gueule d’un monstre plus redoutable encore que celui que nous avions affronté dans les montagnes du nord. Main dans la main, nous allons l’affronter ensemble, car après tout, fous que nous sommes, il n’est pas si effrayant que cela ce monstre. Cependant, une pensée me traverse l’esprit aussi rapidement qu’un éclair en plein ciel.

- « Une fois que l’on sera à l’intérieur, promets-moi d’être prudent ! »

* *
*


Juchée sur un plateau rocheux, nous surplombons enfin la forteresse. La garde rapprochée de Vil’Vishyard est certainement bien loin de se douter d’une invasion venue du ciel. Et sûrement moins encore à une infiltration tout court. À l’ombre des murailles imposantes de la citadelle, qui oserait s’attaquer à un aristocrate sanguinaire ? Évidemment, seuls deux fous, dominant la forteresse au sommet de leur petite montagne, le peuvent bravant la mort comme s’il s’agissait d’une simple routine. Portée par mon élan, je m’élance dans le vide qui sépare la côte rocheuse des murs de la citadelle, suivie de près par Gil. Tandis que je me réceptionne dans une roulade élégante sur le chemin de ronde, je me rends soudainement compte du bon dieu qui doit veiller au-dessus nos têtes : la sentinelle postée quelques mètres plus loin semble, en effet, ne semble pas nous avoir aperçu. Parfaitement silencieuse, telle une tigresse pistant sa proie, je me glisse derrière l’homme et l’égorge avec un coup de griffe bien placé tandis qu’il s’effondre sans cri, étouffé par son propre sang.

Les traits impassibles et fermés, je laisse mon instinct me guider à l’intérieur de l’immense tour et dévaler les escaliers en vis. Le son d’une lourde cloche, tintant à en faire se craqueler les murs du château, m’informe que la sentinelle a été trouvée : en fin de compte, nous n’aurons pas bénéficié longtemps de l’effet de surprise, l’alerte est donnée. Je jure entre mes dents alors que nos premiers assaillants nous encerclent, des impériaux. Me coulant entre deux lames meurtrières, je ne doute pas un seul instant que les Mentaïs ne tarderont pas à venir leur prêter main-forte. À une vitesse hallucinante, je dévie un coup destiné à m’éventrer, purement et simplement tandis qu’un autre soldat gît désormais au sol avec un trou béant dans la gorge. Doucement mais sûrement, je me fraies ainsi un passage dans les couloirs, plus redoutable qu’une panthère, défiant les morsures de l’acier et la mort joueuse. Étincelle de Chaos pure. Mais…

… Le souffle d’une explosion d’une violence inouïe me déséquilibre littéralement. Mes oreilles sifflent. Je vacille. Cette fois, c’est la panique générale. Les impériaux cherchent à s’enfuir pour échapper au carnage que promettent les attaques des Mentaïs. Car ce n’est que le début d’une longue série d’explosions. Eux alors, ils ont toujours le chic de soigner leurs entrées – et aujourd’hui en particulier ! Peu à peu, les murs autour de moi volent en éclats, brisés aussi simplement que du verre par les dessins à répétitions de Mentaïs surentraînés pour tuer. Mais plus que les murs se désagrégeant littéralement, c’est surtout le tremblement sourd et puissant se propageant lentement sous nos pieds qui m’inquiète réellement pour la simple et bonne raison que d’ici peu nous ferions une sacrée chute. Je n’ose imaginer l’état dans lequel nous arriverions en bas – pas brillant, c’est certain. Poussée l’adrénaline, je bondis, tâchant d’éviter tant bien que mal les projectiles qui fusent de partout. Réunissant toutes mes forces pour échapper à l’enfer qui s’ouvre sous mes pieds, je ne suis toutefois pas assez rapide. Aucun son ne sort de ma bouche lorsque je sens la gravité m’attirer irrémédiablement vers le bas. Je vais finir ensevelie sous un tas de roche…

… Aujourd’hui, je vais mourir alors pourquoi cela me fait sourire ?

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Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

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I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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