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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Chante-moi les mots... [PV Gil ]

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Lun 26 Nov 2012, 23:41

Blanc.
Tout était blanc. Le sol, recouvert de flocons immaculés sur plus de dix centimètres, semblait s’étendre à l’infini. Même si à l’horizon, les Dentelles Vives piquaient vers le ciel de leur splendeur, elles étaient elles aussi recouverte d’une couche blanche, sur leurs hauteurs.
Blanc.
Tout était blanc, sauf un point au milieu du paysage. Et le ciel aux couleurs aurorales.

Libertée poussa un léger soupir, et son souffle devint buée devant ses lèvres, lui fouettant presque le visage.
Elle portait ses hautes bottes fourrées, qui montaient jusqu’à ses genoux, ainsi qu’un short comme à son habitude et malgré le froid. Par-dessus son corset noir, elle avait enfilé une cape d’un beige légèrement rosé, exactement de la même couleur que ses iris. Habillée comme ça, elle n’avait pas froid – juste un peu aux genoux de temps en temps, quand elle courait un peu plus vite.

Elle ne savait pas où elle allait.
Elle ne le savait pas, et en même temps, elle espérait toujours autant retrouver Gil, au détour d’un chemin. La lettre de ce dernier l’avait mise dans un doute pas permis, mais du tout elle ne savait pas du tout comment il réagirait, lorsqu’ils se retrouveraient. Avait-il pris sa propre lettre comme une réponse à la sienne ? La situation avait fait que les lettres s’étaient en réalité entrecroisées, et qu’elle n’avait eu celle de Gil qu’après avoir envoyé la sienne.
Un léger soupir franchit ses lèvres.
Cela faisait déjà plus de deux mois qu’elle ne l’avait pas revu. Depuis qu’elle s’était enfuie – il fallait bien dire ce qu’il en avait été – il s’était néanmoins passé beaucoup de choses. Notamment qu’elle avait retrouvé ses parents quelques jours, puis sa rencontre avec Lacrya… Le fait qu’elle eût une nouvelle apprentie désormais, Ellenya, et son entrevue avec Erwan.

Erwan.
Un marchombre tout ce qu’il y avait de séduisant, elle ne pouvait pas le nier. Ni nier son attirance. Mais quelque chose, un déclic tout simplement, l’avait empêchée d’aller plus loin avec lui, étonnement. Cela ne lui était jamais arrivé. Jamais. Elle était désormais certaine de vouloir Gil, et uniquement lui. C’était un appel du destin, peut-être, mais elle n’aimait pas penser comme cela. Elle était amoureuse, voilà tout, et pour de bon… malheureusement ? Elle n’en était pas si sûre que cela. Mais dans tous les cas, elle avait compris plusieurs choses sur elle-même, grâce à son dialogue avec Lacrya, et son tête-à-tête avec le marchombre.

« Tu sais ma chérie, l’amour est une Voie à part entière. La voie des marchombres t’a façonnée, elle t’a faite évoluer, mais tu es toujours toi… »

La voie des marchombres l’avait façonnée, parce qu’elle avait entendu un écho le long de cette dernière. Elle l’entendait toujours, et donc continuait de l’arpenter, c’était simple pour elle. C’était sa voie, ce qui la définissait aussi. Elle était Libertée, et elle était marchombre. Désormais, elle était aussi amoureuse. L’amour la façonnerait aussi, elle devait simplement faire attention à rester elle-même, comme elle l’avait toujours fait.
Pas besoin d’être jalouse. Pas besoin de vouloir posséder Gil.
Elle était de nouveau en accord avec elle-même.

Le tout était désormais de retrouver Gil. Et Libertée avait parfaitement conscience que si pour l’instant, dans sa tête c’était parfaitement clair, cela le serait peut-être un peu moins le jour où elle retrouverait l’homme.
En y repensant, même quand Lacrya avait évoqué Naïs, et que Gil était avec elle la veille, cela ne lui avait pas retourné les entrailles. Oui, elle avait eu un petit instant de flottement, mais pas la jalousie qui s’était emparée de son ventre quand Gil lui-même en avait parlé. Mais après tout, c’était Lacrya qui l’avait dit, pas Gil. Mais elle avait tenté de la rendre jalouse, peut-être, et par pur esprit de contradiction, elle ne l’avait pas pris ainsi ? C’était un peu tiré par les cheveux, sans faire de mauvais jeux de mots, et elle se connaissait quand même.

Un nouveau soupir franchit ses lèvres, et elle s’assit sur le sol pour contempler le soleil qui se couchait derrière les Dentelles Vives. Le spectacle était tout simplement magnifique, et elle était tant omnibulée par la scène qu’elle n’entendit pas la neige crisser derrière elle…






[ Un peu court, mais j'étais trop impatiente XD ]

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Mar 27 Nov 2012, 21:00

Il s’était arrêté juste derrière elle.
Immobile, elle restait silencieuse mais il savait qu’elle avait deviné sa présence depuis longtemps. Il n’avait pas cherché à se faire discret, pas plus qu’il ne voulait rompre le silence, mais une force inouïe avait jailli du plus profond de son âme.

- On dirait bien que j’ai réussi à te retrouver, finalement…


*



- Une femme aux cheveux blonds et aux yeux rose ? Désolé mais non, je n’ai vu personne qui s’accorde à cette description…

Navré, le fermier écarta les bras dans un signe d’impuissance qui n’atteignit pas Gil. Impassible, il salua l’homme et tourna les talons, quittant le hangar à fourrage dans lequel il s’était arrêté pour poser la question au propriétaire des lieux. Il s’était attendu à cette réponse, cela ne l’avait pas empêché de poser la question. Il posait toujours la question. Depuis qu’il avait quitté Al-Jeit avec les Itinérants qui devaient rallier Al-Far avant le cœur de l’hiver, il ne s’était pas passé un jour sans qu’il ne la pose – dans les tavernes des villages qu’ils traversaient, dans les fermes et les bourgades qu’ils ravitaillaient, dans les ports bordant le Pollimage. Il n’avait pas essuyé que des réponses négatives ; récemment, on avait bel et bien aperçu une jeune femme drôlement vêtue pour la saison et au regard étrangement coloré se diriger vers l’ouest. Gil était sur la bonne voie.

Il avait pris sa décision peu de temps après avoir quitté Kaünis. Les événements vécus avec son élève l’avaient poussé à réfléchir ; s’il était certain, à présent, qu’une menace réelle pesait sur lui, il ne pouvait pas attendre plus longtemps. Même si sa folle entreprise risquait de l’exposer – de les exposer – à un grand danger, même si ce choix n’était pas le bon, Gil avait choisi sa direction. Une direction qui devait le mener tout droit vers une sacrément belle liberté… C’était la première fois qu’un objectif aussi net se dessinait devant lui et, alors que le hasard se plaisait à se mêler de ses affaires sans être invité, il préférait lui donner le nom de destinée. Il n’y avait jamais cru et n’y croirait probablement jamais, toutefois il n’envisageait pas un seul instant de se dérober à cette force mystérieuse et inflexible qui l’entraînait toujours plus à l’ouest. Tu dérailles, mon vieux Gil…

Curieusement, il avait plutôt l’étrange sensation de faire exactement ce qu’il fallait faire. C’était la même chose avec Kaünis. Un an plus tôt, il avait donné son premier cours la mort dans l’âme, persuadé de son échec imminent, enchanté de provoquer le Conseil et de vivre selon son éternel principe de contradiction. Mais chaque regard qu’il portait sur son élève, le seul qui était resté à ses côtés, il éprouvait un formidable sentiment de fierté. Envers elle, qui progressait à une vitesse inouïe, et envers lui, qui était capable de la guider sans faire un seul faux pas. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Gil était en train de faire connaissance avec lui-même ; c’était une drôle de rencontre, une découverte qu’il avait imaginée plus effrayante qu’elle ne l’était en réalité, un voyage intérieur qu’il devait à une seule et unique personne.
Libertée.

Son rôle au sein de la caravane qu’il avait choisi d’accompagner se résumait à une protection autre que celle des Thüls qui participaient à ce voyage et à de nombreuses heures passées quelques kilomètres au-devant du convoi en tant qu’éclaireur. Trois jours plus tôt, les vingt-hui chariots, les vingt-deux Thüls et les cinquante-six membres de la caravane avaient franchi les Dentelles par une passe, tout à fait au nord de la chaîne, à quelques lieues seulement du lac Chen. Le convoi avait ensuite longé Ombreuse pour finalement se lancer dans la traversée des Collines de Taj, alors que les toutes premières neiges faisaient leur apparition. Silencieux et solitaire, Gil se mêlait le moins possible aux Itinérants et encore moins aux Thüls ; alors qu’un assassin semblait s’être acquitté de la mission de le suivre à la trace, Gil n’avait aucune envie de créer des ennuis à de parfaits inconnus. Ce voyage allait simplement remplir sa bourse et, peut-être, lui permettre d’atteindre son objectif, qui ne sortait jamais vraiment de ses pensées.

Elle ne sortait jamais vraiment de ses pensées. Mais contrairement à la période d’absence qui avait suivi leur première rencontre, il s’agissait moins d’un refrain lancinant que d’une mélodie légère, un son agréable qui résonnait doucement en lui chaque fois qu’il imaginait ses longs cheveux ou ses grands yeux du même rose que celui qui teinte les nuages au moment du soleil couchant. Gil avait vaguement conscience que cet état d’esprit était celui d’un homme heureux mais il ne s’attardait pas sur cette réflexion. Il n’était pas encore prêt à le faire et, même s’il n’était plus cet homme lâche et incapable de faire le moindre choix, il avait encore peur de certaines conséquences… C’était Naïs qui l’avait poussé à envisager la situation qu’il vivait sous un angle différent. La jeune femme avait cette incroyable capacité de voir les choses bien mieux que quiconque n’étant pourtant pas aveugle ; Gil affirmait souvent qu’elle l’était moins que tous les habitants de ce pays, et il le pensait vraiment.

Naïs n’occupait pas ses pensées de la même façon que Libertée. C’était devenu une certitude plus solide encore que l’acier dont ses aiguilles étaient faite, plus limpide aussi que le bleu du ciel au-dessus de sa tête. Juché sur Silk, un hongre bai foncé loué à bas prix par un jeune palefrenier avec qui il s’était lié d’amitié par le passé, Gil cheminait tranquillement sur la piste enneigée qui s’élançait à travers les collines. En prévision du climat qui allait se faire plus rude au cours du voyage, il avait passé une chemise sous son tabard et emporté avec lui sa cape de laine, qui le protégeait autant de la pluie que du vent. Et du vent, il y en avait ! Passé les Dentelles, le temps était resté au beau, mais les collines de Taj étaient toujours extrêmement venteuses. Arides en été, les immenses plaines étaient à présent recouvertes d’une couche de neige qui ne cessait d’épaissir. Le mauvais temps était devant eux ; Gil avançait tout droit vers un horizon gris foncé, et la caravane le suivait de près. La première tempête eut lieu en pleine nuit. Prévenants et surtout habitués à composer avec les humeurs changeantes du climat, les Itinérants avait monté des tentes suffisamment solides pour résister aux assauts du vent et de la neige, que des pelles et les bras des plus courageux servaient à déblayer. Chaque matin, il fallait dégager les chariots piégés par la neige, casser la glace qui figeait l’eau des hommes et des chevaux, bouchonner énergiquement et protéger d’une couverture ces derniers, veiller les uns sur les autres de sorte que personne ne s’endorme pour ne plus jamais se réveiller, bref : batailler au quotidien. Et Gil n’était pas du genre à se plaindre.

Il ne désespérait pas non plus de mettre enfin la main sur un indice convaincant concernant son objectif et c’est peut-être pour cette raison, après quatre semaines de voyage éreintant depuis Al-Jeit, que Gil trouva enfin ce qu’il cherchait. La caravane s’était arrêtée près d’une bourgade fermière afin d’échanger des produits contre des vivres et permettre aux hommes et aux chevaux de se reposer. Après s’être acquitté des tâches qui étaient les siennes, Gil s’était immédiatement rendu dans la seule petite auberge du coin, tenue par un jeune homme aux cheveux aussi longs que noirs et au sourire accueillant.

- Attends une seconde, que je réfléchisse… dit-il en réponse à la question que Gil avait sur les lèvres depuis le début de son voyage. Oui, je crois bien que j’ai aperçue, ta blondinette aux jolis yeux ! Elle est passée il y a deux ou trois jours pour s’approvisionner. Je me souviens d’elle parce qu’elle était habillée comme en plein été – un pantalon court comme ça ! Elle est repartie vers le nord. Laisse-moi deviner, c’est ta belle, n’est-ce pas ? Tu en as, de la chance, sacré veinard !

Gil avait sourit à l’évocation de la tenue de Libertée – aucun doute, c’est bien elle – mais lorsque le jeune tenancier souligna sa chance, il se contenta de hausser les épaules. De la chance, oui, sûrement… Restait encore à mettre la main sur la blondinette, qui avait pris la poudre d’escampette lors de leur dernière entrevue, et à partir de cet instant, Gil ne cessa plus de se demander ce qui allait se passer lorsqu’enfin il l’aurait retrouvée. Trop de possibilités étaient envisageables pour prévoir ce qui appartenait encore à l’avenir, aussi décida-t-il de commencer par atteindre son objectif. Après tout, c’était bien le seul moyen de savoir ce qui allait suivre…

Il récupéra son salaire auprès de l’intendant, qui ne fit aucun commentaire quand à son départ ; Gil avait été engagé pour un temps provisoire et limité comme complément à la sécurité déjà assurée par les Thüls qui accompagnaient la caravane, et si l’identité de l’Envoleur était demeurée secrète, il ne faisait aucun doute que c’était un homme aussi fin que puissant. Sa présence ne manquerait pas et ce qu’il avait à faire de plus urgent ne regardait personne. Son salaire en poche, Gil piqua donc des talons et Silk se détacha du convoi, bifurquant vers le nord au grand galop sous un vent glacial. A bonne allure, il avait estimé pouvoir rattraper Libertée avant la nuit suivante. Il avait avec lui une tente et un paquetage lui permettant de traverser, seul, les collines de Taj, mais il savait que de sa volonté dépendait la réussite de son expédition : Libertée pouvait se trouver n’importe où. En deux jours, elle avait largement eu le temps de changer sa trajectoire – elle l’avait déjà fait plus d’une fois depuis son départ et il avait refusé de croire qu’elle cherchait à l’éviter. Il s’y refusait toujours.

La première nuit fut longue et froide. Afin de ménager les forces de Silk, qui était au moins aussi vaillant que Pic, Gil alternait les allures et multipliaient les haltes, qui en contrepartie étaient très courtes, même la nuit. Il s’obligeait à installer et désinstaller sa tente à chaque fois pour se protéger du vent et de la neige, qui se mélangeaient pour cingler son visage et ses mains. Pas une seule fois il n’envisagea de renoncer. Et, alors que le soleil plongeait à l’horizon, laissant petit à petit la nuit reprendre ses droits sur une journée qui avait été bien plus clémente que les précédentes, Gil distingua enfin une silhouette. Sa silhouette. Il était bien trop loin pour pouvoir affirmer une telle chose et pourtant, c’était elle. Poussant Silk dans un dernier galop, il arrêta sa monture à quelques pas de la jeune femme, dont il apercevait à présent très nettement les longs cheveux blonds, et mit pied à terre. La neige crissa sous ses bottes tandis qu’il franchissait la distance le séparant encore de son objectif. Un objectif qui s’était enfin arrêté de bouger, lui aussi.
Gil sourit.


*



- On dirait bien que j’ai réussi à te retrouver, finalement…

Murmure.
Force.
Chant.


[Tadaaaam ! Et on est repartis pour un tour, youhouu !]

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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Mar 27 Nov 2012, 22:54

Ce ne fut pas la neige qui crissait qui attira son attention, mais le galop d’un cheval.
Un cheval qui arrivait à priori droit sur elle, et qui s’arrêta brusquement à quelques mètres seulement.
Un cheval dont le renâclement de dépit de devoir stopper sa course tira un léger sourire à la marchombre.

Et puis, des bruits de pas.
Et puis, une odeur. Reconnaissable entre mille.

* Par le slip de Merwyn ! *
Finalement, alors qu’elle le cherchait depuis des mois, c’était lui qui la retrouvait. L’odeur virile de l’homme l’entoura comme un vent amical, et elle ferma les yeux pour s’en imprégner, la respirer profondément, se sentir basculer dans ce monde qu’elle convoitait bien au-delà de ce qu’elle avait pu s’imaginer.
Gil.


- On dirait bien que j’ai réussi à te retrouver, finalement…

Libertée força sur ses paupières closes, les plissant encore plus qu’à l’accoutumée. Malgré cela, des larmes s’en échappèrent, et elle se maudit intérieurement de faire autant de sentimentalisme. Ce n’était pas le moment. Ce n’était pas l’endroit… Si ? Gil était là, elle l’avait tant cherché sans pourtant le faire avec précision, ne suivant que son instinct sans jamais demandé son chemin, ou presque – sauf à Lacrya en fait.

Elle aurait voulu se retourner lentement, et planter son regard dans le sien.
Lui dire qu’elle savait, pour Naïs. Lui dire que cela n’avait pas d’importance, après tout. Lui dire qu’elle connaissait Lacrya, aussi, et que c’était grâce à elle qu’elle savait qu’il avait sans doute passé plusieurs jours, voire semaines, avec la femme aveugle.
Elle aurait voulu pouvoir lui dire cela calmement, avec un petit sourire tranquille, et le remercier avec autant de sérénité de son message. Son message, qu’elle n’avait sans doute eu que trop tard, car elle était déjà dans un état d’esprit complètement désordonné.
Elle aurait voulu lui prendre délicatement les mains, passer ses doigts entre les siens pour les entremêler, et lui dire à quel point elle était désolée de l’avoir quitté ainsi, de l’avoir fui à Al-Jeit. Lui dire qu’elle l’aimait, malgré elle, malgré tout, et qu’elle avait réfléchi.
Tout cela posément.

Elle aurait voulu…

Mais elle perdit tout contrôle, et se retourna si vivement qu’elle aurait chancelé si Gil n’avait pas été si proche. Comme un uppercut, elle se précipita contre son torse et l’entoura de ses bras, pour le serrer tout contre elle. Ses yeux étaient noyés de larmes silencieuses, et elle peinait à reprendre son souffle.

Elle le serrait juste très très fort.
Aussi fort qu’elle avait voulu le retrouver.
Aussi fort qu’elle tenait à lui.
Aussi fort qu’elle le pouvait.

Les larmes roulaient sur ses joues, et elle tentait de les sécher en frottant son visage contre le tabard de Gil, sans grand succès. Ses doigts agrippèrent sa chemise, et elle l’étreignit avec encore plus de force, si près de lui, comme si elle avait voulu fusionner leurs corps pour qu’ils ne soient plus qu’un.
Elle aurait voulu le faire, ça aussi.

Combien de temps l’enlaça-t-elle à s’en faire mal aux bras ?
Elle n’en avait juste aucune idée.
Combien de temps pleura-t-elle tout contre lui, contre son torse, détrempant son tabard et sa chemise, dans la glasiosité de l’air ?
La notion même de temps lui était devenue étrangère.

Et puis, quand ses larmes se tarirent enfin, elle releva la tête pour planter son regard dans celui de Gil.
Elle sentait ses pommettes et son nez rouges, ses lèvres gonflées sous le coup de l’émotion, ses yeux encore embués de larmes, mais elle était bien, là, dans ses bras.


- La prochaine fois, ne me laisse pas faire, je t’en prie…










[ Yeeehaa ! Very Happy
C'est reparti pour des pétages de câbles de la Lilib ! <3 ]

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Mer 28 Nov 2012, 19:00

Tout au long du chemin, Gil avait redouté la réaction de la jeune femme. Parce que c’était elle qui, cette fois, avait pris la fuite, et parce qu’il s’en croyait coupable. Il avait envisagé que Libertée le rejette, c’est vrai, mais qui pouvait lui en vouloir ? Les habitudes son tenaces… Gil avait toujours pensé que le bonheur lui était interdit pour la simple et bonne raison que toutes les personnes qui lui étaient chères lui avaient été arrachées, depuis ses parents jusqu’à Iselle. Il oubliait juste que Seren était encore là, et qu’il n’était plus seul à se soucier d’un cabochard de son genre : il y avait désormais Kaünis, d’une certaine manière, et Naïs ; Nwëlla et Atal avaient combattu à ses côtés, Juhen lui avait sauvé la vie. Et Libertée aussi. Tout comme Naïs, c’était une femme exceptionnelle, talentueuse et courageuse, une personnalité forte et déterminée, capable de déplacer des montagnes et de le rendre fou… Alors, quand elle se jeta dans ses bras pour mouiller sa chemise de ses larmes, Gil tressaillit de surprise et écarquilla les yeux.

- Libertée ? murmura-t-il, stupéfait.

Il l’avait connue pétillante de malice et plus éclatante qu’un soleil. Il l’avait vue en colère – après lui – et plus sauvage qu’un tigre des plaines. Sous ses yeux, elle avait tué un homme par la seule force de ses cheveux. Mais jamais il ne l’avait vue pleurer. Désemparé, Gil referma les bras sur elle et posa le menton sur le sommet de son crâne, verrouillant tout son être autour de cette femme soudain si fragile pour la protéger. De quoi ? Il n’en savait rien… Contre quiconque voudrait essayer de les séparer. En cet instant précis, rien ni personne n’aurait la force et l’audace de poser la main sur Libertée ; un seul regard de Gil le tuerait sans la moindre hésitation. Pourtant, aucune envie de meurtre ne l’animait – pas alors que Libertée pleurait entre ses bras. Le besoin instinctif de la rassurer, coûte que coûte, était plus fort que le froid, la faim et la fatigue. Plus rien d’autre ne comptait que la marchombre.
Sa marchombre.

- Shhh… Tout va bien. Je suis là.

Debout dans un univers blanc et glacial, Gil berçait doucement Libertée contre lui. La bouche dans ses cheveux, il respirait le parfum sucré qui lui avait tant manqué et réalisa qu’il n’était plus capable de s’en passer. Il ne pouvait plus se passer d’elle. Non. Il ne le voulait plus. Maintenant qu’il l’avait retrouvée, il avait envie de la tenir contre lui pour le restant de ses jours. Vivre dans la chaleur de Libertée… Un rêve qu’il touchait du bout des doigts et qui avait la saveur de sa peau. A cette pensée son cœur battit plus vite, et il étreignit davantage la jeune femme, rageant de ne pas savoir comment sécher ses larmes. Il ne savait pas ce qui l’avait mise dans cet état-là – ou plutôt, il avait peur de le savoir…

- La prochaine fois, ne me laisse pas faire, je t’en prie…
- Juré, promis,
affirma-t-il aussitôt.

Puis il réalisa ce qu’il venait de dire et cette fois, son cœur rata un battement. Libertée ne parlait pas de ses larmes mais de sa fuite. Bon sang ! S’écartant légèrement d’elle, Gil glissa un doigt sous son menton pour lui faire relever la tête. Il n’avait pas encore aperçu son visage, puisqu’elle s’était jetée dans ses bras avant même qu’il ne comprenne ce qui lui arrivait, et son ventre se tordit violemment lorsqu’il découvrit ses grands yeux noyés de larmes et remplis de chagrin, de fatigue… d’espoir. Un espoir fou qui résonna en lui, écho parfait dont l’origine venait du plus profond de son être.

- Je ne te laisserai plus partir, murmura-t-il, son regard bicolore planté dans le sien. Tu restes… je reste.

Espèce d’enfoiré ! cria une voix d’enfant dans son esprit. Tu avais promis, Gil ! Tu avais donné ta parole ! Plus de liens, plus de dépendance avec personne ! Menteur ! MENTEUR !

- Je ne suis pas un menteur, fit l’Envoleur en serrant à nouveau Libertée contre lui. Autrefois, la parole d’un SangreLune n’était jamais remise en cause. Aussi vrai que je suis le fils de Sinéad SangreLune, ma promesse est inexpugnable et tu seras seule capable de la rompre.

C’était la première véritable décision qu’il prenait depuis qu’il avait choisi de suivre Seren – la première qui l’engageait de la façon la plus noble et irrémédiable qui soit – et ce soir-là, l’enfant maudit qui vivait toujours quelque part en lui disparut ; libéré de ce fardeau si pesant, Gil étreignit avec force Libertée. Sa liberté enfin trouvée. Et cette fois, il sourit mentalement au hasard avant de l’envoyer gentiment se faire voir. Le concept de destinée lui semblait à présent plus joli et plus vrai – et en plus, il sentait bon la pêche.
Comme la liberté qui s’offrait enfin à lui.

- Tu trembles.

Gil se débarrassa de sa cape et la déposa sur les épaules de la marchombre. Ce faisant leurs regards se croisèrent à nouveau et cette fois, il perdit tous ses moyens. Comme chaque fois qu’il se perdait dans ces immenses yeux roses, en fait. La fois précédente avait été l’exception qui confirmait la règle…

- Libertée, je…

… perds les pédales et j’ai l’air d’un idiot. Ah, ça te fait sourire. Tant mieux. Même si je ne sais pas du tout comment vous, les femmes, vous arrivez à rire et à pleurer en même temps. C’est incroyable. Effrayant. Joli. Si jolie…

Cédant à une pulsion aussi violente que soudaine, il pencha la tête et posa ses lèvres sur les siennes. Impérieusement. Sauvagement.
Passionnément !

[... et les pétages de boulon de Gil, également !]

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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Mer 28 Nov 2012, 22:46

- Juré, promis

La réponse fusa.
Si sincère, si naturelle, si évidente qu’elle tira un long frisson à Libertée. Elle ne fut même pas surprise que Gil la décolle légèrement de lui, pour la regarder, lui lever le menton, et plonger ses yeux dans les siens. Elle le voyait à travers un rideau d’eau, mais peu importait tout cela.
Il venait de lui faire une promesse.
Une vraie promesse.

Et comme si le ton de sa voix n’avait pas suffi, il ajouta très bas, dans le plus grave des tons qu’il devait pouvoir produire, les yeux pleins d’étoiles :


- Je ne te laisserai plus partir. Tu restes… je reste. Je ne suis pas un menteur. Autrefois, la parole d’un SangreLune n’était jamais remise en cause. Aussi vrai que je suis le fils de Sinéad SangreLune, ma promesse est inexpugnable et tu seras seule capable de la rompre.

Malgré elle, et malgré les faits qui s’étaient déroulés entre eux – deux fois déjà – elle n’avait pas pensé une seule seconde qu’il mentait. Non, cela avait été trop naturel. Trop rapide. Trop sincère. Trop profond.
Mais elle ne lui en voulait pas d’avoir approfondi sa pensé, loin de là. Alors, sous ses larmes, elle sourit. Un sourire lumineux, un sourire chaleureux, un sourire rayonnant de reconnaissance.
Il était là.

Elle était tout contre lui, et se blottit comme elle le pouvait le long de son corps pour glaner un peu de sa chaleur. Avec ce débordement émotionnel, elle se sentait désormais vidée de son énergie, vidée d’un poids, et emplie de…
Remplie d’amour.
Un nouveau sourire étira ses lèvres, et elle déposa ses lèvres dans le cou de Gil. Son odeur musquée emplit ses narines, et elle l’huma longuement, les yeux fermés, profitant allègrement de cet instant hors du temps.


- Tu trembles.

Ah, oui, elle tremblait. Sans doute le contrecoup émotionnel, encore une fois.
Levant les yeux vers l’homme qui était si près d’elle, elle croisa son regard bicolore une seconde.
Peut-être deux.


- Libertée, je…

Il ?
Elle ne parvenait pas à savoir exactement ce qu’il y avait dans son regard. Ni ce qui animait tout cela, cette rencontre, qui l’animait, elle… l’amour ? Hum, elle ne voulait pas se faire de faux espoirs. Elle ne voulait pas subir de désillusion. Si elle l’aimait, elle avait peut-être tendance à tout grossir, et à ne voir que ce qu’elle voulait, non ?
Mais…
Les lèvres de Gil s’approchèrent des siennes, et un sourire étira ses lèvres.

Il ?
Il l’embrassait.
Il s’enflammait.
Et elle aussi.
Leur baiser était un véritable brasier, et pourtant, quelques secondes plus tard, Libertée s’en dégagea avec douceur. Avec tendresse. Son regard se planta dans celui de Gil, et un millier de sensations piquèrent son ventre comme autant d’aiguilles. Un sourire étira encore ses lèvres, et elle se mordit celle du bas sans s’en rendre compte.
Son regard rose se planta dans celui de l’envoleur.


- Gil.

Ce n’avait pas été un murmure, mais plutôt une affirmation presque abrupte.
Mais sa voix s’adoucit, devint murmure. Aussi léger, aussi tranquille, aussi tendre que celui du vent.


- Gil... Je t’aime.

C’était la première fois.
La première fois qu’elle disait cela. La première fois qu’elle le pensait. Croire que l’on est amoureux est une chose. Comprendre que l’on aime en est une autre. Il n’y a qu’un pas à franchir entre les deux, mais quel pas !

Libertée venait de bondir en avant.
Et ça faisait tout chaud dans son ventre.

Peu importait qu’il y ai une réponse ou pas. Peu importait la réponse.
C’était sa vérité.
C’était elle.


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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Jeu 29 Nov 2012, 15:07

Ce baiser-là n’avait rien à voir avec les autres.
Tous ceux qu’ils avaient échangés jusqu’ici lui paraissaient soudain plus simples, plus neutres ou encore moins fiévreux ; mais les mots seuls ne suffisaient pas à décrire l’impression fugace, et pourtant si nette, qui se muait petit à petit en certitude. Ce baiser avait le goût d'un premier baiser – d’un nouveau départ, le commencement d’une histoire, lumineuse, colorée. Rose. Rose comme les yeux de Libertée, bordés de cils auxquels s’accrochaient encore des larmes comme autant de petits diamants scintillants. Rose comme le ciel qui s’enflammait à l’horizon tandis qu’une poignée de flocons, légers et minuscules, tombaient doucement sur eux. Infiniment, absolument, merveilleusement rose.

Il gémit lorsqu’elle rompit leur étreinte. Sourit lorsqu’elle leva son visage vers lui. Déglutit lorsqu’il se perdit dans l’immensité étoilée de son regard. Frémit quand elle prononça son nom. S’envola lorsqu’elle lui chanta les mots les plus simples et les plus beaux de cet univers. Et hurla au moment où la lame affûtée d’un sabre, surgit de nulle part, se planta dans son dos pour ressortir de son ventre dans un éclat de sang et de douleur immense.

Lentement, Gil bascula dans les ténèbres glacés de l’inconscience.
Libertée…



*




Seul dans la cuisine, il jouait quelques notes, fort d’un savoir qu’il avait acquis au cours des années passées à étudier la musique ; il était heureux. Le petit garçon aux yeux étranges l’avait emporté sur les moqueries et la méfiance de ses pairs, il leur avait prouvé qu’il pouvait être grand…

Il pleuvait dehors. Il entendait le tonnerre gronder. Et lorsque la porte s’ouvrit avec fracas, la flûte lui échappa des mains, exactement comme sept ans plus tôt. Il se précipita pour rattraper son père avant qu’il ne s’écroule et l’aida à s’allonger sur le sol de la cuisine.

- Papa ! Que s’est-il passé ?? Ne bouge pas, je vais prévenir mam…
- Ta mère est morte.

Le tonnerre gronda.
Dans le cœur de Manaël.

- Quoi ??

Gil employa les dernières forces qui lui restaient pour agripper le bras de son fils et le serrer fort, très fort. Avec l’énergie du désespoir.

- Mercenaire… du Chaos, souffla-t-il. Siné...Sinéad était mon ennemie. Cette nuit-là… il y a sept ans, ils la cherchaient déjà. Les siens. Elle a dissimulé sa nature… toutes ces années. A tout le monde. Même à nous. A moi. Jusqu’à ce soir…
- Non ! Non, papa, non !
- Je n’ai pas… pas voulu ça, Manaël. Je te le jure. Mais il faut que… tu me promettes de gagner le lac Chen. L’Académie…


Manaël se tint la tête entre les mains et se redressa en chancelant.

- Maman !
- Les marchombres, Manaël ! Retrouve… les marchombres…
- Non !!!


Le jeune homme se précipita dehors, sous la pluie battante. Il trébucha, se rattrapa in-extremis, trébucha à nouveau, s’étala dans la boue. Mercenaire. Marchombre. Les termes se bousculaient dans son esprit, aussi tranchant que l’acier qui avait tué ses parents. Son cri devint hurlement.

- Noooon !




*



- Nooooon !

Encore aux prises avec son cauchemar, Gil repoussa l’homme qui était penché sur lui et, dans le même temps, serra les mains autour de sa gorge. Il avait bondit hors de son lit et tenait son ennemi plaqué contre le mur. Ses yeux brillaient d’une lueur intense.
Meurtrière.

- Du calme, fit alors une voix dans son dos. Cet homme est un rêveur. Tu ne voudrais quand même pas tuer celui qui vient assurément de te sauver la vie ?

Un rêveur ?
La surprise céda à la fureur sur le visage de Gil ; il se détendit légèrement. Puis libéra enfin l’homme qui, durant les quelques secondes qu’avait duré l’affrontement, n’avait pas bougé. Petit et mince, il avait le crâne complètement rasé et l’air jeune, mais la sagesse qu’on pouvait lire dans son regard était la même que celle qu’il avait vue briller dans les yeux intensément bleus de ce marchombre aux cheveux blancs. Il était aussi frêle qu’un enfant mais, lorsque Gil s’affaissa soudain, complètement vidé de ses forces, le rêveur le retint avec une force inouïe. Gil l’entendit prononcer quelques paroles dont il ne comprit pas le sens.
Puis s’évanouit.

Il émergea cette fois d’un sommeil sans rêve, allongé dans un lit qui tanguait. Il lui fallut quelques instants pour réaliser qu’il se trouvait dans un chariot en mouvement, et une poignée de secondes supplémentaire pour comprendre qu’il était vivant. La terrible sensation de l’acier traversant sa chair était pourtant incroyablement réelle dans sa mémoire et c’est la force de ce souvenir qui le poussa à soulever sa chemise. Stupéfait, il fixa un moment la pâle cicatrice qui se dessinait sur son ventre avant de l’effleurer du bout des doigts. Il s’en était fallu de si peu, cette fois… Il était en train de baisser sa chemise lorsque la bâche du chariot s’entrouvrit, laissant apparaître un homme que Gil reconnut immédiatement. C’était Mauâl Sil’Tarn, le maître caravanier qui l’avait engagé. Il était de retour dans la caravane…

- Je me disais bien que j’avais entendu du bruit, fit ce dernier en s’approchant du lit de fortune. Comment tu te sens ?
- Vivant.
- Tant mieux ! Parce que tu avais l’aspect d’un cadavre lorsque nous t’avons enfin retrouvé.



Gil se redressa sur sa couche et, appuyé sur les coudes, planta son regard dans celui de l’Itinérant.

- Comment avez-vous su que j’avais des problèmes ?
- On ne se serait jamais doutés de rien si ton cheval n’était pas réapparu hier matin. Il avait soif et il était seul, alors j’ai pensé que tu avais des ennuis. J’ai réuni dix Thüls et nous sommes partis à ta recherche. Te retrouver n’a pas été très difficile, il nous a suffit de suivre les traces de ton cheval pour finalement tomber sur toi… Tu étais dans un sale état. D’ailleurs, si Eluan n’avait pas insisté pour nous accompagner, tu n’aurais pas survécu.
- Eluan ?
- Le rêveur qui s’est occupé de toi. Et que tu as brutalisé à ton réveil, ce matin.


Gil grimaça lorsque ce souvenir s’imposa à lui, tirant un sourire amusé à Mauâl.

- T’en fais pas, il n’est pas du genre rancunier.

Une main sur le ventre, Gil hocha la tête. Une chance que cet homme, Eluan, ait fait partie de cette caravane, sans quoi il serait mort, terrassé par… Il sursauta soudain et Mauâl, à qui rien n’échappait, se redressa légèrement.

- Libertée…
- Pardon ?
- J’étais seul ? Il n’y avait personne d’autre que moi lorsque vous m’avez trouvé ?


Une ombre traversa le regard de l’Itinérant.

- Quand on est arrivé, tu gisais dans la neige et tu avais un gros trou dans le ventre. Il y avait du sang partout. La plupart venait de toi, et c’est pourquoi j’ai crains que tu ne sois déjà mort, mais Eluan s’est immédiatement occupé de toi. Il a aussi affirmé que tout ce sang ne venait pas de ta blessure. Quelqu’un d’autre a été blessé, même si je n’ai pas trouvé trace de lutte.

Il y eut un court silence – pour Gil, une éternité durant laquelle son cœur se serra douloureusement dans sa poitrine.

- On a fouillé les environs aussi longtemps que possible, ajouta enfin Mauâl. Mais il n’y avait personne.

Il posa une main compatissante sur l’épaule de Gil et quitta le chariot, le laissant seul avec ses pensées. Et une monstrueuse angoisse. On avait tenté de le tuer et Libertée avait disparu, mais il était incapable de comprendre ce qui avait pu se passer. Tout s’était enchaîné si vite…

Gil…

Il ferma les yeux. fort. Après avoir frôlé la mort de près, il avait la chance inouïe de s’en tirer avec une simple cicatrice et aucune douleur physique, mais la souffrance qui irradiait chaque muscle, chaque nerf, chaque os de son corps était pourtant bien réelle et n’avait aucun lien avec sa blessure. Elle trouvait son origine dans la peur intense qui pulsait en lui, nouait ses entrailles et altérait son souffle. Une peur si grande, si forte qu’elle l’empêchait de réfléchir posément à la situation.

Gil… Je t’aime.

Il ouvrit les yeux et prit sa décision. Repoussant sa couverture, il enfila ses bottes, son tabard et sa cape, puis passa son arc en travers de ses épaules, fit coulisser ses lames dans leurs gaines, frotta un instant le dos de ses poignets, qui le brûlaient alors qu’il s’efforçait de contenir ses aiguilles, et ouvrit la bâche du chariot. La neige tombait à gros flocons sur le convoi qui progressait lentement mais sûrement à travers les collines immaculées. Les hommes qui chevauchaient à côté du chariot saluèrent Gil d’un signe de tête. Silk agita les oreilles et secoua la tête en reconnaissant son cavalier. Il était attaché à l’une des rigoles de bois et suivait tranquillement le convoi. Un carquois rempli de flèches était fixé à sa selle, ainsi qu’un sac, une gourde et une tente, roulée et attachée près d’une épaisse couverture. Ainsi, Mauâl avait deviné ses intentions bien avant lui…

Gil sauta en selle et grimaça lorsqu’un léger tiraillement de son ventre le rappela à l’ordre. Il était vivant mais pas complètement remis de cette épreuve et s’il avait eu le choix, il serait resté allongé encore une journée, au moins, afin de récupérer. Mais une force implacable le poussait en avant, irrésistible, et il savait désormais qu’elle était blonde et rose. Et qu’il ne pourrait jamais s’y dérober. Tournant court, Gil galopa à contre sens du convoi, passa près de Mauâl qui leva un bras dans sa direction, et s’élança à travers la plaine enneigée. Juché sur un poney, un jeune homme au crâne rasé le suivit des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse au cœur du brouillard.



*



Gil…

Couché sur l’encolure de Silk, Gil galopait. Le vent et la neige s’acharnaient contre lui, en vain ; mû par une volonté plus solide que l’acier, il filait comme une flèche. Il ne savait pourtant pas où il allait. Libertée s’était évanouie aussi sûrement qu’un nuage de fumée, ne laissant derrière elle qu’une tâche de sang devenu rose sur la neige. Il en avait trouvé à peine. Comparé à l’immense flaque de son propre sang, c’était bien peu, et c’était bon signe : elle était peut-être blessée mais pas en danger de mort. Encore une fois, c’était lui qu’on avait visé. Et Gil, cette fois, n’avait aucun doute quant à l’auteur de cette terrible scène. Ce n’était encore qu’une silhouette dans son esprit, un fantôme aussi insaisissable qu’un rêve, toutefois l’assassin qui lui courait après venait de commettre sa dernière infamie. Car Gil était lancé à ses trousses, et il était furieux. Bien plus qu’il ne l’avait jamais été.
Bien plus qu’il ne le serait jamais.


Les sabots de Silk soulevaient des gerbes de neige à son passage. Gil avait conscience de le mener à un rythme qui mettait sa vie en danger mais son objectif, qui était exactement le même que celui qu’il suivait depuis plusieurs semaines, était tout ce qui comptait désormais à ses yeux. Il allait retrouver Libertée. Comment ? Aucune idée. Sa disparition aussi soudaine et totale ne pouvait qu’être le fait d’un Mentaï ou d’un dessinateur ; certes, la piste était ténue, quasiment inexistante, mais qu’importe. Il allait la trouver, où qu’elle puisse être et quels que soient les risques. Il allait la trouver parce qu’il lui avait fait une promesse. Une vraie promesse. Et parce qu’il avait une réponse à lui donner.
Une vraie réponse.

Gil… Je t’aime.

Tiens bon, Libertée. J’arrive. Je viens te chercher !





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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Jeu 29 Nov 2012, 17:30

Un hoquet.
Alors que cette vérité inébranlable franchissait enfin ses lèvres, Libertée hoqueta.
La seule réponse qui lui fut donnée, ce fut le regard soudain lointain de Gil, le hurlement qu’il poussa, cette lame qui venait de s’enfoncer légèrement dans son propre ventre et que dans son geste naturel pour se dégager de Gil, elle avait évité en grande partie.
Par contre, l’envoleur n’avait pas eu cette chance, et elle vit clairement la lame tourner trois fois au travers de son corps, avant d’être retirée d’un coup sec en arrière. Interdite, elle n’eut que le temps de voir deux yeux enfoncés sous un lourd foulard noir, avant qu’on ne l’attaque par derrière, pour lui planter une main sur la bouche.
Elle voulut crier, mordre, et ce fut du tissus qui reçut sa hargne.
Quand elle reprit enfin son souffle, elle bascula.
Inconsciente.


♥ ♥ ♥

Elle se sentit ballottée avant même d’avoir ouvert les yeux. Plutôt que de découvrir son iris rose, Libertée se contenta de garder les paupières closes et d’essayer de capter un maximum de renseignements sans les ouvrir. Hors de question de se faire repérer – enfin, même si actuellement, elle était plutôt à la merci de ses chapardeurs.
Se concentrant, elle fit le compte lentement de ce qu’elle parvenait à saisir et à toucher, ainsi.

Elle avait les mains et les pieds liés par des chaines en métal lourd.
Elle était allongée à même le bois, sans doute dans une petite calèche fermée par une toile, au vu du bruit du vent qui venait la secouer doucement ou par bourrasques. Bon, déjà, elle n’était pas attachée sur la croupe d’un cheval, elle allait avoir du mal à s’enfuir.
Elle avait les mains et les pieds liés par des chaines, et ces chaines étaient elles-mêmes attachées entre elles, dans son dos. D’ailleurs, elle avait mal un peu partout, car elle était allongée sur le côté. Les yeux toujours fermés, elle essaya de bouger ses cheveux, tentant de gagner un peu de maniabilité…

Impossible !
Malgré elle, elle fronça les sourcils, essayant immédiatement de détendre ses traits. Ses cheveux avaient été ramenés en une tresse très serrée, pliée trois fois et emprisonnée dans un filet de mailles d’acier.
Comment… ? Mais comment ? Qui ? Elle utilisait beaucoup trop ses cheveux dans la vie de tous les jours, et ne s’en était jamais cachée, certes. Mais la plupart du temps, cela ne se voyait pas, car elle trouvait cela naturel, et que ce qui est naturel n’attire pas l’attention.
Apparemment, les personnes qui venaient de l’embarquer avaient remarqué cela. S’était-elle servie de ses cheveux en embrassant Gil ? Non, elle était certaine que non. Cela datait alors…

Gil !
Gémissant, Libertée ouvrit brusquement les yeux. Son regard affolé passa sur la toile beige de la caravane, et elle essaya de se relever vivement. Impossible. Même en voulant basculer sur ses genoux pour redresser le busque, le poids de la cote de maille entourant la tresse de ses cheveux était bien trop lourd pour sa nuque, et elle ne put que rester clouée au sol.
Gil !
Où était-il ?
Elle revit la lame tourner trois fois dans son ventre, et un brasier de haine et de colère explosa en elle. Elle essaya de se tortiller, de se dégager… Si elle arrivait à passer ses jambes entre ses bras, elle pourrait peut-être réussir à se relever un peu.

Un crissement attira son attention, et elle s’immobilisa soudain.


- Tu ne peux pas t’enfuir, ma jolie.

D’une impulsion de la cuisse, brusque, suivie d’une torsion du buste, Libertée parvint à basculer sur l’autre flanc, et put ainsi voir celui qui venait de lui adresser la parole. Elle ne distinguait que les trous de ses orbites sous son immense bandeau noir enroulé autour de sa tête, mais déjà, elle en frissonna de dégoût.

- D’accord.

Autant faire sa petite soumise, elle aura plus de chance de le surprendre.
Mais apparemment, sa réaction amusait beaucoup l’homme, car il éclata d’un rire tonitruant.


- Ahaha ! Tu l’as entendue, Dwin ? « D’accord » qu’elle dit ! Il se pencha brusquement vers elle, lui saisissant la mâchoire pour planter son regard – tien, il était vert – dans le sien et lui murmurer tout près Ne crois pas nous avoir si facilement. On sait très bien de quoi tu es capable, la minette… L’homme se redressa en la lâchant brusquement, et un sourire torse étira ses lèvres tandis que son regard glissait sans hésitation sur les jambes de la marchombre.Tu m’étonnes qu’avec une telle paire de jambes, même ce fichu envoleur soit raide dingue !

- Vous savez où est Gil ?

- Evidemment, puisqu’il est resté où il était.

- Qu’est-ce que vous me voulez alors ?


Ignorant royalement sa question, l’homme sortit du champ de vision de Libertée, qui poussa un grognement de frustration. Mais il était repassé sur le banc de la calèche, et les deux chevaux prirent le galop, ébranlant toute la petite caravane.
Libertée n’avait aucune idée de ce qu’il se passait réellement.


♥ ♥ ♥

Cette fois-ci, ce furent des voix qui tirèrent la femme du sommeil. Ouvrant les yeux rapidement, elle se rendit compte qu’on l’avait cachée d’une couverture faussement lancée négligemment sur elle, et elle tendit l’oreille pour percevoir le bruit de la conversation.

- Vous transportez quoi là-dedans ?

- Seulement les fruits que nous allons vendre sur le marché. Z’avez qu’à vérifier !


Libertée entendit que l’on tirait la toile pour dévoiler l’intérieur du camion, et hésita un instant à marquer sa présence. Mais apparemment, celui qui contrôlait les charrettes n’avait pas de temps à perdre, et il congédia les deux hommes qui menaient celle dans laquelle elle était prisonnière. Le convoi s’ébranla et passa donc la porte d’une des villes de l’Empire.
Etait-ce Al-Vor ? Des collines de Taj, c’était le plus probable, car largement la plus proche. Mais c’était déjà étrange, car elle avait été à plus de trois jours de marche de la ville… Combien de temps était-elle restée inconsciente ?


Gil…

Où était-il ? Etait-il toujours vivant ?
Une rage sourde empli à nouveau son ventre, et elle s’agita sous sa couverture, faisant cliqueter les chaines qui lui tenaient les poignets et les chevilles. Elle devait absolument se sortir de là, et réussir à avoir des nouvelles de Gil. Mais pourquoi s’en prenaient-ils à elle, au juste, hein ? Surtout avec la blessure…
Elle hoqueta.


- Oh, c’est pas bientôt fini ?

- Dis l’ours, j’ai faim !


L’homme sembla tiquer un instant au surnom, mais poussa un long soupir. Elle ne le voyait pas, mais elle l’entendit rentrer sous la toile d’une enjambée et fouiller dans les affaires.
Elle espérait qu’il serait bête et lui libèrerait les mains pour qu’elle puisse se nourrir. Même si avec tout le mal qu’il s’était sans doute donné pour l’immobiliser aussi bien, il ne se ferait pas avoir par un truc de débutant, non ?

Bah non…
Une pomme entra dans son champ de vision, et se présenta devant sa bouche.
Un léger rictus mauvais, rageux et moqueur, étira les traits de Libertée.


- Je vais vachement réussir à manger comme ça…

La poigne abrupte de l’homme la releva, et elle sentit sa tête basculer en arrière sous le poids des mailles. Fermant les yeux, elle jugula la colère qui montait expressément dans ses veines peinant à redresser le menton. Le bras de l’homme remonta dans le creux de sa nuque, et elle put alors reposer ses muscles sans risque de se briser le cou.
Et la pomme était devant sa bouche.


- Je peux pas avoir mes mains ?

- Hors de question.

- Ça t’excite de me donner la becquetée, pervers va !


Le visage de l’homme n’était toujours pas visible, mais elle vit clairement son regard se rétrécir et se mordit l’intérieur de la joue : elle venait de toucher un point sensible.
Autant tenter le tout pour le tout.


- C’est parce que ton patron t’a demandé de me garder fraiche que tu me violes pas ? Je suis sûre que tu en meurs d’envie… Elle remonta lentement ses genoux vers sa poitrine, Ça ne va pas être pratique, avec toutes ces chaines, tu ne crois pas ? Pour appuyer sa suggestion, elle joua un peu des hanches, même si dans sa position ce qu’était pas du tout pratique. Allez…

- Dwin, viens t’occuper de cette salope, j’y arriverai pas.


Libertée fut juste exagérément surprise de la réaction de l’homme : elle le voyait plutôt s’énerver, la frapper, la violer peut-être, ou juste la lâcher et la laisser souffrir de la faim. Mais il passait simplement le relais à…
Un gosse.
C’était un gosse.
Il devait avoir dix ans, tout au plus, quand elle le vit. L’homme venait de la caler contre un poteau de bois, mais de toutes façons, elle ne pouvait pas bouger.
Mais un gosse quoi !
Il était petit, et s’il n’était pas maigre, il restait très fin. Lui ne portait qu’un bandeau autour de son menton, qui montait jusqu’en dessous de son nez. Elle le vit saisir la pomme de ses petites mains et l’approcher de sa bouche à elle. Interloquée, elle plongea son regard dans celui, presque doré, de l’enfant.

Un long frisson lui remonta le long de l’échine.
C’était comme si ce gosse était mort. La glaciosité de son regard était incassable, comme inébranlable. Il ne semblait y avoir que du vide, un immense vide, dans ce regard, et cela la glaça sur place encore mieux que ses chaînes.


- Que… ?

Le gamin releva brusquement la tête, et le bandeau ne suivit pas son mouvement.
Quand elle aperçut ses lèvres cousues l’une à l’autre, Libertée s’évanouit.


♥ ♥ ♥

- La voici, monsieur.

Libertée ouvrit les yeux au moment exact où l’homme la faisait basculer de son épaule au sol. Elle avisa qu’elle n’avait plus de chaînes aux pieds, toujours aux mains, et qu’une sorte de coque enfermait ses cheveux dans son dos - bien plus légère que la cote de maille.
Fronçant les sourcils, elle bondit sur le côté, s’accommodant sans mal des chaines qui lui tenaient les mains, et son regard chercha partout autour d’elle une sortie.
Peine perdue.

Aucune porte.
Aucune fenêtre.
Aucun passage.
Mais comment diable étaient-ils rentrés là-dedans ?
En bougeant légèrement son kidnappeur lui donna un indice : une trappe.

Bon, réfléchir. Et vite.


- Tu ressembles tellement à ta mère…

De surprise, Libertée sursauta, et son regard rose se planta sur la silhouette qui se trouvait devant elle.

- Voëlle Jil’Sibal. Une femme forte, magnifique, mais qui a eu cette faiblesse…

L’homme s’avança vers elle, mais elle n’en distinguait toujours pas le visage. Il était caché derrière un masque hideux. Pourtant, sa voix était presque douce…

- Je suis sure que l’enlèvement de sa fille la fera sortir des ténèbres…

- Non !


Libertée avait crié.
Dans un murmure.


- Oh, si…

La main de l’homme effleura son bras, elle voulut bondir en arrière…
Se retrouva les fesses dans des sacs de farine.

Le rire hideux de l’homme résonnait dans la pièce, et pourtant aucune ouverture n’était distinguable.
Il n’y en avait juste pas.

Un pas sur le côté.


- Gil, si tu es vivant, sauve ta peau bon sang, et ne te fais pas de soucis pour moi. Je gère !

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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Ven 30 Nov 2012, 00:07

Elle pouvait être n’importe où.
Dans les Frontières de Glace, ou la jungle d’Hulm, ou bien la Passe de la Goule, ou encore la forêt de Barail. Au moment où Gil galopait à bride abattue vers celle-ci, Libertée pouvait se trouver n’importe où au sein de l’Empire. Son seul indice était une supposition : si celui qui avait enlevé la marchombre était cet homme qui le suivait sans relâche, il était fort possible qu’il ne soit pas très loin. Il avait donc mis cap au sud en pariant sur les rares habitations qui bordaient la forêt plutôt que sur Al-Vor. Il n’avait jamais enlevé personne – pour l’instant – mais il pensait qu’attirer l’attention était le dernier souci dont un ravisseur avait envie. Voilà pourquoi Gil avançait résolument, et Silk également. Quoi qu’épuisé, le cheval ne faiblissait pas, emportant son cavalier toujours plus loin à travers la bise glaciale qui soufflait sans discontinu depuis le lever du jour.

Ils avaient voyagé toute la nuit. Contraint de s’arrêter pour que sa monture ne meurt pas d’épuisement, Gil avait pris son mal en patience et, à l’abri de la toile solide de sa tente, il s’était plongé dans une longue méditation dont il n’était pas sorti avant une heure. C’était le seul moyen qu’il avait de reprendre des forces, de patienter et surtout, de ne pas penser. Surtout, ne pas penser à Libertée aux mains d’un homme sans scrupules. Il devait pour cela renforcer son esprit et le blinder solidement. Devenir inaccessible, implacable, inflexible. Devenir Seren. Il était son seul modèle et le plus fiable qu’il aurait jamais. Sans lui, Gil et Naïs seraient morts dans le Désert des Murmures. Cette nuit-là, dans sa tente, l’Envoleur réalisa pour la première fois à quel point il était reconnaissant envers son mentor. Mais l’image de Seren disparut très vite. Esprit blindé, esprit protégé. Pensées verrouillées sur un seul et unique objectif. Retrouver Libertée.

Mû par cette force invisible qui l’entraînait plus sûrement dans cette direction que de simples hypothèses, Gil atteint les premières habitations avant la nuit suivante. Il s’agissait de petites bourgades habitées majoritairement par des bûcherons et toutes sortes de travailleurs du bois ; des ébénistes, des sculpteurs, des bâtisseurs, des fagotiers dont les commerces étaient pour la plupart richement décorés. Gil n’y prêta aucune attention. Lorsqu’il entrait dans un établissement, c’était pour poser sa question – toujours la même – et il en ressortait sans un regard pour les objets qui y étaient entreposés. Lui qui était déjà de nature solitaire passait désormais pour un taciturne, voire un homme dérangé pour les passants qui, en général, s’éloignaient de lui dans la rue. Là encore, il n’en avait cure. Il n’avait plus conscience que du temps qui s’écoulait, vite, très vite. Trop vite. Et les réponses se succédaient sans aucun résultat. Cette nuit-là, Gil dormit dans la petite chambre miteuse d’une taverne peu recommandable. Il prit son premier vrai repas depuis qu’il avait quitté la caravane, la veille au matin, et dormit trois heures à point fermés, sans qu’aucun rêve ne vienne le troubler.

Un peu avant l’aube, il s’éclipsa, non sans avoir récupéré Silk à qui un vaillant forgeron avait remplacé un fer. Autre village. Autres gens. Autre taverne. Même question. Mêmes réponses. En dehors de cette question, Gil ne disait pas un seul mot. Ses gestes étaient ceux d’un automate, ses réactions celles d’une âme vide. Gil ne vivait pas, il survivait. La sensation qu’on l’avait privé de son oxygène était inexpugnable et ne s’estomperait qu’une fois son objectif atteint. Deux jours entiers s’écoulèrent ainsi. Au matin du troisième, cependant, une première piste s’offrit enfin à Gil. Il la suivit sans témoigner la moindre émotion. On lui avait parlé d’un homme récemment installé dans la région – un certain Ghan Cil’Kin. Si certains affirmaient lui avoir parlé, la plupart des villageois avouaient ne rien savoir de ce nouvel habitant. Depuis son arrivée, il se terrait chez lui. Il aurait réussi à se faire oublier de tous si des cris n’avaient été entendus depuis la rue qui passait devant la sinistre demeure. Alors, comme dans tout village digne de ce nom, on avait commencé à murmurer une rumeur, vecteur d’une peur sans nom. C’est cette rumeur qu’avait capté Gil, et c’est devant cette maison qu’il se tenait à présent. La nuit était tombée depuis longtemps. Toute la journée durant, il avait réuni des informations et imaginé toutes sortes de plans ; tous avaient fini à la trappe. Gil n’entendait entrer que par un seul endroit.
Il fracassa la porte.



*




Il ne s’était pas trompé de maison. L’homme qui lui offrit cette certitude se jeta sur lui alors qu’il n’avait pas fait trois pas dans l’immense hall illuminé par quelques bougies. C’était un guerrier hors pair, doublé d’un assassin de la pire espèce et qui n’avait jamais failli. Il y a un début à tout… Gil ne lui laissa pas le temps de frapper. Il réagit le premier, si vite que son geste parut presque irréel, et saisit l’homme à la gorge. Il lui brisa les cervicales. Au sinistre craquement suivit le glissement feutré de sa chute. Sans lui accorder le moindre regard, Gil lui prit des mains un long sabre à lame courbe dont il observa un bref instant le reflet à la lumière des bougies. Puis il emprunta un premier couloir.
Sans un seul bruit.

Deux hommes l’attendaient au premier tournant. Il ne prit pas la peine de lever son sabre et se contenta de leur envoyer chacun trois aiguilles dans la gorge. Gil poursuivit son chemin. La maison était grande, obscure et vide – en apparence. Tout un comité d’accueil attendait Gil dans ce qui semblait être une bibliothèque. Huit hommes armés et belliqueux. En tant normal, Gil aurait ponctué son combat de railleries piquées d’une ironie mordante, mais lorsqu’il se lança dans la danse, son sabre seul trancha le silence – et la chair. L’acier chuinta, siffla, chanta, frappa et tua. Une lame ouvrit une légère entaille sur son bras gauche mais c’est à peine si Gil la sentit ; l’auteur du coup, en revanche, ne put éviter un méchant revers du sabre et lorsque ses tripes jaillirent hors de son ventre, il eut l’incroyable et ridicule réflexe de les retenir avant de s’effondrer. Mort.

Gil était déjà dans la pièce suivante. Il était fermement décidé à inspecter chaque recoin de cette maison tant qu’il n’aurait pas trouvé Libertée et à éliminer quiconque se mettrait en travers de son chemin mais, lorsqu’il découvrit l’enfant, sa détermination vacilla. Un instant. Gil comprit immédiatement qu’il n’avait pas affaire à un enfant ordinaire. D’humain, celui-ci n’avait plus que l’apparence ; il émanait de lui une odeur de mort, son regard était plus vitreux que celui d’un cadavre et ses lèvres cousues lui donnaient l’allure d’une poupée de chiffon. Une poupée qui traversa la pièce en un éclair et, avant que Gil n’ait eu le temps de faire quoi que ce soit pour esquiver cette foudroyante attaque, traça une ligne de feu sur son torse, cassant le lacet du tabard, qui s’ouvrit, et déchirant la chemise neuve que lui avait donné Mauâl. Aucun son ne franchit les lèvres de Gil. Il se retourna vivement et se plaça en garde mais l’enfant se tenait dans un coin de la pièce, immobile. Plus effrayant encore qu’un homme.

- L’avantage, avec un enfant, c’est que sa docilité est presque naturelle.

Gil sursauta mais son visage conserva son masque impassible. La voix avait retentit de nulle part et de partout à la fois, présence invisible qui ne pouvait être due qu’à une seule puissance. L’Imagination.
Mentaï !

- Ta poupée à toi l’a été beaucoup moins.

Gil…

Il serra plus forts les doigts autour du manche de son arme mais ce fut sa seule et unique réaction. Son cœur, pourtant, battait si fort dans sa poitrine qu’on devait l’entendre à des kilomètres à la ronde… Il y eut comme un murmure et l’instant d’après, l’enfant passait de nouveau à l’action. Il était beaucoup trop rapide pour que l’on puisse suivre sa trajectoire à l’œil nu et Gil leva son sabre une fraction de seconde trop tard ; les ongles de l’enfant, acérés à souhait, déchirèrent sa joue droite. C’était douloureux mais pas grave, et Gil se remit aussitôt en garde. Tant que l’enfant ne visait pas de point vital, il avait une chance de s’en sortir. Encore fallait-il que lui trouve le moyen de le toucher…

A nouveau, le murmure résonna, comme une clochette. Gil cligna des yeux. La clochette ! L’idée naquit dans son esprit au moment même ou l’enfant bougeait. Tout se passa alors à une vitesse bien plus élevée que la normale. Gil détendit son bras. Jaillissement pur, force vive, éclat. Sa lame fouetta l’air. Et la tête de l’enfant roula sur le sol. Le souffle court, l’Envoleur recula d’un pas pour éviter que son pied ne touche la tête tranchée tandis que dans son esprit résonnaient des paroles qu’il avait un jour offertes à Kaünis : vivacité dans le calme. Ce paradoxe est intéressant. Lui seul permet de décupler la puissance et la vitesse. Gil soupira. Grâce à ce concept, Kaünis avait attrapé une clochette. Lui, il avait tranché une tête.

Gil…

Esprit blindé. Esprit protégé.
Esprit verrouillé.

Gil s’élança à nouveau.


[J'ai volontairement utilisé du blanc pour le Mentaï, ce n'est pas celui au masque. Désolée pour le temps que j'ai mis à répondre ! Allez, à toi de jouer, Bisounours !]

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Ven 30 Nov 2012, 19:58

Comme elle semblait avoir tout le temps devant elle, Libertée examina la pièce dans laquelle elle se trouvait. Il n’y avait vraiment aucune ouverture, même infime, qui aurait pu lui demander des heures et des heures de travail, mais au moins avec le succès à la clé. Elle avait peur que si elle tentait de creuser en l’air - au plafond – tout lui tombe dessus. Et en essayant de démanteler les murs, elle risquait juste de ne pas y arriver, si la pièce était sous le sol, enterrée elle aussi.
Elle était entourée de sacs de farine plus ou moins remplis. Le tissu rêche qui retenait la pseudo-pâte alimentaire était d’une couleur douteuse entre le beige et le gris, et aucune inscription n’y figurait. Le sol, en terre battue, était recouvert d’une légère couche de poussière.

Pourquoi le Mentaï l’avait-il emmenée là ?
Quelle était la fonction réelle de cette pièce ?

Elle repensa aux paroles de l’homme au masque, et un long frisson remonta le long de sa colonne vertébrale. Elle espérait simplement que sa mère ne se laisse pas abuser par l’homme, et ait assez confiance en elle pour comprendre qu’elle s’en sortirait seule – ou pas. Mais dans tous les cas, Libertée ne voulait absolument pas que ses parents s’en mêlent : c’était le but du Mentaï, a priori, et donc cela aurait été une trop grande satisfaction pour lui.
Ils fuyaient depuis des années, car la traque n’avait jamais vraiment cessé. Ils fuyaient déjà quand elle était née, et elle espérait sincèrement que même sa capture ne les forcerait pas à se dévoiler.

Un long soupir franchit ses lèvres, et elle entreprit enfin de se débarrasser de la coque dans ses cheveux et de ses chaines. Comme elle pouvait désormais lever les bras, et qu’ils n’étaient pas attachés au sol, elle parvint, en tournant la tête et en forçant sur ses biceps, à lever les mains jusqu’à la coque pour tenter de l’ouvrir.
Ce ne fut pas une mince affaire, et si elle n’avait plus aucune notion de temps dans cette pièce presque vide, elle savait qu’elle y avait passé plus d’une heure. Mais si elle avait pris le problème dans l’autre sens, cela aurait été encore plus long, elle en avait parfaitement conscience : les chaines autour de ses poignets étaient aussi fermées par des cadenas d’une complexité inouïe, et cela aurait de toutes façons duré aussi longtemps.
Lorsqu’enfin elle entendit le déclic, et que ses cheveux furent libérés, il ne lui fallut cependant pas plus de dix minutes pour se débarrasser de ses chaînes. Ses cheveux faisaient des miracles dans les serrures, elle avait découvert cela très récemment…


♥ ♥ ♥


* Je gère ! *
Enfin, en l’occurrence, il n’y avait pas grand-chose à gérer, malheureusement. Juste quelques sacs de farine, une souris qu’elle avait vue passer rapidement entre deux paquets, et cette lumière diffuse qui arrivait de nulle part, et qui semblait juste... presque divine. La pièce était éclairée, mais aucune bougie n'était à portée, ni aucune sphère lumineuse. Non, il n’y avait rien que de la lumière, encore, partout, toujours. Et elle ne faiblissait pas, laissant donc le temps impénétrable dans ce lieu étrange…

Soudain, la lumière vacilla un instant.
Un instant.
Juste assez pour que Libertée comprenne enfin qu’elle était sûrement un dessin, et qu’un Mentaï venait d’être destabilisé.


♠ ♠ ♠

Il sembla que l’on frappait à sa porte.
Non pas à la porte de la cabane dans laquelle elle se trouvait, mais plutôt à la porte de son esprit. Voëlle avait l’habitude de ce genre d’incursions, pour avoir côtoyé des mentaïs, mais surtout parce qu’elle savait que ces derniers essayaient très régulièrement de savoir où elle se trouvait, pour enfin pouvoir appliquer le « juste châtiment », comme ils aimaient en parler.
Cela faisait désormais de longues années qu’elle avait appris à claquemurer ses pensées et son esprit pour qu’ils ne puissent avoir absolument aucune information, et pour réussir à ignorer un maximum les dialogues mentaux que parfois ils tentaient d’avoir avec elle.
Elle avait donc souvent cette impression que l’on tentait de s’incruster dans son esprit, et toujours ce réflexe de s’enfoncer derrière ses murailles et boucliers.
Sauf que cette fois-ci, c’était légèrement différent. Parce que l’on n’exigeait pas réellement qu’elle se soumette au dialogue, mais justement, on semblait lui… demander la permission ?

La femme se releva lentement de sur son lit, et posa ses deux mains à plat sur ses cuisses.

- Ma chérie ? Tu vas bien ?

D’un léger geste de la main, elle intime de se taire à son compagnon, et ferme lentement les yeux pour garder l’entier contrôle de ses émotions et de ses pensées.
Toc, toc, toc
Fronçant les sourcils, Voëlle prend la décision de laisser entrer cette personne étrange qui demande son autorisation. Mais quelques secondes seulement. Quelques dixièmes de seconde, même.
« Oh, Voëlle, enfin te voilà… Sais-tu ce qu’il se passe ? »
Reconnaissant cette voix entre mille, même si elle était dans sa tête, l’envoleuse ferma son esprit immédiatement. Pas assez vite pour recevoir de plein fouet une image de… Libertée, enfermée dans une pièce sans aucune issue.

- Non !

Se redressant brusquement, sautant sur ses deux jambes, Voëlle sent les questions pulser sous son crâne, et enfin la douleur et la colère monter en un pic audacieux, dispensant une terrible adrénaline dans ses veines.
Tournant son regard vers son compagnon, qui avait attendu tranquillement sans s’étonner même de sa réaction vive, elle laissa un léger souffle s’échapper d’entre ses lèvres.

- Ce qui devait arriver est arrivé. Il faut prendre une décision. Maintenant !

Le marchombre se leva avec souplesse, et les rides qui se creusèrent sur son front furent les seuls témoins de sa perplexité, comme de sa colère.

- Lib ?
- Oui.
- Ils font ça pour te récupérer. Pour nous récupérer.
- Je sais…
- Y aller serait oublier toutes ces années. Ils vont nous avoir.
- Ou pas. Si on est prudents…
- Ils se préparent à ce que l’on vienne. A deux, on ne pourra pas faire la différence.
- Libertée représente toute la vie telle que je l’envisage, libre et avec toi. Elle est un bout de nous. Je ne peux pas la laisser aux mains de ces gens.
- Et s’il t’a envoyé une fausse image ?
- … Non. Je ne pense pas.
- Il vaudrait mieux en être sûr, tu ne crois pas ?
- Pas sûr…


Le vent hurla au loin.
En fait, la décision était déjà prise, et ils le savaient tous les deux.

♠ ♠ ♠

Cela faisait de très très longues années que Voëlle n’avait pas galopé à bride abattue ainsi. Voguant d’îles en îles dans les Archipels Alines, elle avait désormais plus l’habitude des barques que des chevaux, alors que durant des années, cela n’avait pas été vrai.
Miïn était dans le même cas qu’elle.

Ils avaient réussi à trouver rapidement Rawën, le pirate-dessinateur, et après lui avait expressément décrit la situation, il avait accepté de faire un pas de côté avec eux pour les emmener au plus près de leur fille.
Parce que l’envoleuse savait où se trouvait cette pièce fermée, elle avait déjà emmené des mécréants ou même des nobles à cet endroit, par le passé, trente ans en arrière.
Ils étaient arrivés à Al-Vor, et avaient pris des chevaux pour pousser vers le nord, suivant la piste qui frayait avec les petits villages alentours, où vivaient les artisans, agriculteurs et éleveurs vendant sur le marché de la grande ville.

Elle revoyait dans son esprit la configuration de la maison, que les mentaïs aimaient se léguer entre eux, histoire de faire croire que l’habitation changeait parfois de propriétaire. La porte d’entrée serait sans doute bien protégée, et le tout était de réussir à trouver la porte de service, qui passait par les sous-sols de la bâtisse.

Ils arrivèrent dans l’après-midi au village, et laissèrent leurs chevaux à l’auberge la plus proche. Ensuite, ils se dirigèrent tous les deux, aussi silencieux que des ombres, aussi discrets que le vent, vers la maison pour observer ce qu’il s’y passait. Ne pas foncer la tête la première…
Il y avait un homme qui semblait contempler la maison, à quelques pas. Un homme, qui brutalisa la porte, et le bruit d’un corps qui chute juste après… Voëlle et Miïn échangèrent un regard. Ils s’engouffrèrent à la suite de l’homme.
Ils n’échangeaient aucune parole, pour être discrets, mais aussi parce qu’ils avaient réfléchi ensemble au plan et à toutes les tournures que cela pouvait prendre, ou presque. Ils savaient ce qu’ils avaient à faire.

Voëlle partit vers l’est et les chambres d’isolement de la maison, tandis que Miïn descendait dans les sous-sols. Ils avaient convenu qu’il aurait plus de chance de sauver Libertée car sa greffe lui permettrait de localiser avec exactitude le vide qui illustrerait le lieu de la pièce.
Et elle devait trouver le Mentaï et le distraire. Elle avait une petite idée, mais tout n’était pas réellement en place dans sa tête, aussi restait-elle méfiante en entrant dans la première chambre d’isolement.
Un bruit feutré lui fit écarquiller les yeux, et quand elle franchit le seuil de la porte, une tête d’enfant voulu se caler contre ses pieds, et elle sursauta, tout en ayant un claquement de langue de dégoût. Les yeux du gamin, grands ouverts, semblaient la fixer méchamment, et ses lèvres cousues étaient une doléance de menaces implicites et terriblement violentes.

Relevant la tête, ses cheveux blonds coupés en un carré plongeant voletèrent autour de son visage, et elle aperçut l’homme qui était rentré un peu plus tôt dans la maison, juste avant eux. Il avait fait la débrousailleuse, mais jusqu’où voulait-il allait ? Et quel était son but ?

Mais quand elle croisa son regard bicolore, ses yeux s’agrandirent de surprise.
Et un immense sourire étira ses lèvres.

- Oh, tu es donc Gil ? Enchantée.

Sa voix n’avait été qu’un murmure, mais elle déclencha un évènement auquel elle ne s’était pas attendue…


♥ ♥ ♥



Un grattement.
Ca grattait quelque part, et elle l’entendait clairement. S’approchant d’un mur, elle écouta attentivement. Non, pas là.
Un peu plus haut. Un peu plus à gauche. Un peu plus bas.
Et puis sous son oreille, une pierre bougea.

Libertée fit un bond en arrière, écarquillant les yeux de surprise.


- Que ?
- Pfou, j’ai cru que j’arriverai pas à te trouver !
- Papa ? Mais tu es fou !! Où est maman ?
- Tu sais quoi, on va d’abord sortir de là, et après on parlera. Enfin, si les gardes nous en laissent le temps…


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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Sam 01 Déc 2012, 18:08

Gil n’était plus très loin de son objectif. Cette certitude brillait avec une telle force dans son regard qu’il donnait l’impression d’avoir de la fièvre. Peut-être bien que c’était le cas. Une goutte de sueur perlait à ses tempes tandis que ses perceptions étaient soudain étrangement exacerbées, totalement décuplées. Il pouvait sentir l’odeur du sang qui entachait cette maison. Il percevait la respiration de ses habitants. Il y en avait trois dans la pièce suivante. Et deux derrière lui. Gil pivota et leva son arme…

… se figea, frappé par la ressemblance. Il comprit immédiatement que la femme qui se tenait devant lui n’était pas Libertée et pourtant, elle en avait les traits. La prestance. La beauté.

- Oh, tu es donc Gil ? Enchantée.

Hein ??

- J’avoue que je ne m’attendais pas à te trouver ici mais… tu es là pour elle, n’est-ce pas ? Ma fille n’avait rien exagéré à ton sujet. Sauf la taille, peut-être…

Oh, par la sainte culotte de l’Empereur… Une grimace passa sur le visage de Gil. Il avait tout prévu. Tout imaginé – le pire comme le meilleur, même s’il avait décidé de ne croire qu’en la deuxième option. Il avait tout envisagé et l’enfant-marionnette de ce Mentaï dégénéré, qui s’était muré dans son silence, ne l’avait pas touché. Mais ça ! Se retrouver face à face avec la mère de Libertée, c’était une surprise qu’il n’était pas prêt de digérer. Ni d’oublier. En fait, il était bien trop béat pour pouvoir faire quoi que ce soit. Réagis, bon sang ! Dis quelque chose ! N’importe quoi !

- Heu…

Ah, bravo. C’était tellement construit et pertinent que si elle ne t’achève pas dans la seconde, c’est qu’elle a pitié de toi ! La mère de Libertée choisit pourtant de sourire, et Gil sursauta. Ce sourire était celui que Libertée lui décochait lorsqu’il l’amusait.

- Je sais, tu ne t’attendais pas non plus à me voir ici. Le hasard fait bien les choses, parfois… Je suis Voëlle.
- Comment avez-vous su que… ?
- Je l’aie vue. Un petit message télépathique, si l’on peut dire… L’image date de plusieurs jours mais je sais que ma fille est en vie. Je le sens.


Gil hocha la tête. Oui, il le sentait lui aussi. Sans avoir conscience que ce détail était anormal, il pouvait entendre tous les cœurs qui battaient dans cette maison. Mélodie rythmée et vaguement assourdissante. Le cœur de Libertée battait parmi eux. Il l’avait reconnu tout de suite.

- Mon époux est parti à sa recherche et, tu peux me croire, il va très vite la trouver. Dis-moi, Gil, est-ce que ça te plairait de casser du Mentaï avec moi ?

Il n’hésita pas un seul instant.

- Non.

Surprise, Voëlle écarquilla les yeux mais Gil leva une main pour la rassurer sur ses intentions :

- Je suis ici pour une seule chose.

Il y avait une telle ferveur dans le ton de sa voix que Voëlle frémit. Puis sourit. D’un sourire carnassier.

- Je plains sincèrement ceux qui commettront l’erreur de se placer en travers de ton chemin !

Un pli se creusa dans la joue de Gil. Il était déjà dans le couloir, sabre en main et les sens en alerte, poursuivant l’unique but qui lui tenait à cœur. Il n’avait aucun scrupule à laisser Voëlle se débrouiller seule mais il pariait que Libertée tenait précisément son incroyable volonté de sa mère. Elle allait s’en sortir. Il allait trouver Libertée. Longeant le couloir à pas lents, Gil ne put s’empêcher d’essayer d’imaginer le père de la jeune femme. Etait-il aussi direct et avenant que Voëlle ? L’idée qu’il puisse s’agir d’un homme aussi illuminé qu’elle lui traversait l’esprit lorsqu’une poigne de fer lui broya brusquement le cœur. La douleur qui remonta le long de sa poitrine et pulsa contre sa joue fut si vive et si réelle qu’il vacilla et se rattrapa au mur, le souffle court. Une seconde. Et plus rien. Il n’avait plus mal, il n’entendait plus les bruits les plus infimes. Troublé, Gil fronça les sourcils. Mais qu’est-ce qui m’arrive ?

Gil…

Blinder son esprit. Protéger son esprit.
Verrouiller son esprit.

Il se remit en route. Et lorsqu’il pénétra dans la pièce suivante pour croiser le regard des trois hommes qui se trouvaient à l’intérieur, il avait déjà oublié cet incident. Je suis là. J’arrive. Gil leva ses yeux vairons, puis son arme. Il était prêt à affronter chaque homme, chaque femme, chaque enfant, chaque Mentaï qui se trouvait dans cette maison. Il était même prêt à rencontrer le père de Libertée. Mais un seul objectif nourrissait sa force et sa volonté : il allait la retrouver.

Promis, juré.



*




- Gil, Gil… Où crois-tu aller, comme ça ?

L’escalier était immense. A croire que cette maison était une illusion, ce qui était tout à fait plausible dans la mesure où un Mentaï, au moins, vivait à l’intérieur. Depuis le début, Gil avait l’impression de s’enfoncer dans un labyrinthe dont l’issue s’évertuait à lui échapper. Il savait qu’il s’agit d’un monstrueux piège. Il était attendu. Depuis le début. Machinalement, il passa la main sur son ventre ; on avait prévu qu’il ne meurt pas de sa blessure. Tout ceci n’était qu’un plan incroyablement bien orchestré, depuis la mort d’Iselle jusqu’à l’enlèvement de Libertée. Quelqu’un, dans l’ombre, s’amusait à tirer les ficelles, quelqu’un qui connaissait Gil au point de deviner avant lui ses réactions.

Mais l’Envoleur n’avait pas peur. Dans le Désert des Murmures, il avait eu peur pour Naïs et il avait eu peur pour Seren. Jamais il n’avait tenté de se soustraire à la menace qui, pourtant, le dépassait complètement. Cette maison faisait froid dans le dos et chaque tournant, chaque nouvelle pièce donnait envie de tourner les talons. De fuir. Autrefois, c’était sa spécialité… Il avait changé. Son ennemi fantôme avait-il mesuré l’ampleur de cette métamorphose ? Lui qui semblait tout savoir, avait-il prévu que Gil ne trouve pas le moyen de se dérober ? La réponse était dans le sourire de l’homme, debout au centre du grand escalier. Mentaï. Un adversaire autrement plus conséquent que ceux que Gil avait affrontés depuis qu’il était entré dans la froide demeure, mais cela ne changeait strictement rien à son objectif.

- C’est débile, comme question, et parfaitement inutile. Je vais là où vous voulez que j’aille, toi et tes petits copains.
- Tu es en colère… C’est bien. J’aime la colère, je m’en nourris parfois. Ce goût exquis, ce parfum rance, cette texture unique… Ne bouge plus !


Le Mentaï avait crié pour stopper Gil qui, indifférent à ce discours, avait gravi les premières marches. Sa détermination était totale, sa volonté infaillible et ses pensées centrées sur Libertée, pourtant, lorsque l’injonction éclata, il se figea. Incapable d’aller plus loin. Incapable de bouger le petit doigt. Mais capable de réaliser la situation, qui était de moins en moins à son avantage. Il était contrôlé par le Mentaï !

- Tu as l’air de comprendre vite, reprit ce dernier en descendant lentement vers lui, mais je vais préciser la chose. Tu es à moi. Ton corps m’appartient. Une fois scellé, il m’obéira à jamais. Dis-moi, Giliwyn, n’as-tu pas envie de te frapper l’épaule ?

Jurant contre la force invisible qui s’opposait à la sienne, Gil sentit son bras bouger tout seul, et sa main frappa son épaule aussi sûrement que s’il avait eu l’idée de le faire. Lorsqu’il voulut fermer son esprit à toute forme d’intrusion non autorisée, une vive douleur pulsa le long de sa joue et sur sa poitrine. Là où l’enfant-marionnette l’avait griffé.

- Du poison, expliqua le Mentaï en réponse à sa question muette. Il souille ton sang et me permet de te contrôler à ma guise. C’est un savoir qui me vient directement des ts’liches. J’ai toujours admiré leur pouvoir d’assertion. Vraiment, ne trouves-tu pas ça fascinant ? Je vais te donner un autre exemple. Pose ta main sur ta gorge.

Les doigts de Gil se refermèrent sur son propre cou sans qu’il ne puisse lutter contre le pouvoir redoutable du Mentaï. S’il me demande de me tuer, je ne vais pas pouvoir me défendre, songea-t-il amèrement. Mais son adversaire avait une toute autre idée en tête. S’arrêtant devant l’Envoleur, il lui ordonna de lâcher prise – ce que Gil fit aussitôt – avant de poser la main sur son torse. A son contact, Gil hurla. Mentalement. Sa capacité à parler dépendait uniquement du Mentaï désormais, or la douleur était insoutenable. Il avait l’impression que son sang bouillait dans ses veines, littéralement. Et que l’infâme brûlure remontait jusqu’à son cœur.

- Tu es à moi, répéta l’homme dans un sombre murmure. Si je meurs, tu meurs. Le poison atteindra ton cœur en moins d’une heure. Tu es à moi, Giliwyn SangreLune, et…

Une lumière éblouissante, née de l’Imagination, éclaira brusquement la pièce et l’escalier. Du coin de l’œil, Gil vit deux personnes débarquer au pas de course. L’une d’entre elles était son centre du monde, son unique but, son objectif. Libertée.

- … pour moi, tu vas tuer ton aimée !

Non. Oh non ! Enfer, Gil, ne bouge pas ! Reste là ! N’y vas pas !! NE BOUGE PAS !!!
Il bougea. Et bien plus vite que d’ordinaire. Aussi rapide que l’enfant-marionnette, il sauta les marches et fila vers Libertée. Son sabre étincela dans la lumière dessinée. La frappe était bien trop puissante, bien trop rapide pour être évitée… C’était sans compter les cheveux blonds qui s’enroulèrent soudain autour de son poignet, immobilisant le tranchant de sa lame à moins d’un centimètre de la gorge de la marchombre. Le souffle court, Gil croisa son regard, immensément rose, intensément brillant. Tu es vivante. Tu es là… Va-t’en ! Je t’en prie, pars avant que je ne commette la chose la plus affreuse de toute mon existence !

Dans son dos, le rire hystérique du Mentaï résonna, sombre écho à ses pensées.





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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Sam 01 Déc 2012, 23:24

- Ah, ils arrivent…

Libertée releva le menton. Elle venait de s’écorcher le coude avec une pierre qu’elle dégageait avec l’aide de son père. Les pavés tombaient sur le sol lourdement, et elle devait danser pour réussir à les esquiver. Enfin, danser, c’était vite dit, puisque pour l’instant, ils n’avaient dégagé que cinq pavés, et que le sixième était en cours de déplacement, quand son père la prévint. Mais cinq, c’était trop peu, et elle aurait du mal à passer de l’autre côté sans se jeter dans la gueule du loup.
Alors, quand les bras aidant du marchombre disparurent, Libertée tira de toutes ses forces sur la roche, et cette dernière s’écrasa à ses pieds, à quelques millimètres de ses orteils.


- Pfiou ! Papa ?

- J’ai presque fini…


La marchombre secoua la tête, et sauta dans l’ouverture du mur qu’ils venaient de faire à deux. Elle roula, et se releva au moment exact où son père brisait la nuque du troisième garde qui avait tenté de s’interposer. Son regard croisa celui, indigo, de son père, et elle lui sourit.

- Je savais que tu ne te laisserais pas faire… Ta mère est quelque part dans cet endroit, il faut juste la retrouver, et on file.


♥ ♥ ♥

Elle courait, et Miïn faisait de même.
Elle ne savait pas trop où elle allait, mais lui semblait guidé par quelque chose, aussi ne posait-elle pas de question : elle savait qu’ils étaient en train de retrouver sa mère, et après ils devraient partir, s’enfuir, bref, fuir tout simplement de cet endroit maudit.
Partout, ça sentait la mort et la pourriture, la moisissure. La bâtisse était vieille, même si elle était presque parfaitement entretenue. Libertée, qui ne l’avait pas vue, ne put s’empêcher de contempler les immenses piliers de marbre qui se dressaient un peu partout, porteurs des fondations de la maison.


- Tu es à moi. Si je meurs, tu meurs. Le poison atteindra ton cœur en moins d’une heure. Tu es à moi, Giliwyn SangreLune, et…

La voix s’était faite de plus en plus claire, et Libertée freina des deux pieds d’un coup, et prit une goulée d’air.
Gil !
Il était vivant !
Il était là !

Une indicible chaleur s’empara de tous ses membres, et un froncement de sourcils l’accompagna.


- Lib ? Qu’est-ce que ?
- Miïn !


Libertée ne prêta même une once d’attention à sa mère, car elle était focalisée uniquement sur Gil.

… pour moi, tu vas tuer ton aimée !

La marchombre ne comprenait pas grand-chose, et la vitesse à laquelle Gil se déplaça était irréelle. C’était impossible, physiquement, de se déplacer ainsi, normalement. Qu’est-ce que lui avait fait le Mentaï ? Elle ne pouvait même pas le tuer… « Si je meurs, tu meurs »
Dans un réflexe qu’elle ne pensait pas avoir, elle parvint à stopper le poignet de Gil de sa masse chevelue. Mais que pouvait-elle faire de plus ? Quand elle croisa son regard, elle comprit son désarrois, et la seule chose qu’elle parvint à faire ce fut… de sourire.

Le rire sinistre du Mentaï tira un frisson dans le dos de Libertée, mais cette dernière ne se débina pas. Son regard passa sur le visage au rictus horrible de l’homme, et elle plissa les yeux malgré elle.
Que faire ?


- Les lèvres du gosse !


Hein ? Quoi ?
Comment sa mère connaissait-elle l’existence du gamin aux lèvres cousues ? Et c’était quoi le rapport ?
Mais si le Mentaï lui avait laissé un court répit, le corps de Gil recommença rapidement à bouger, dans le but de la tuer.


- Gil…

Elle évita sa lame de peu, et cette dernière dessina une ligne de feu sur sa gorge. Déglutissant péniblement, elle réussit à esquiver un nouveau revers.

- Il est… Tu es jaloux !

Elle se baissa, réussit à esquiver un autre coup.
Le rythme. Le rythme était celui des pensées du Mentaï. Il fallait déstabiliser le Mentaï. Se glisser dans les mailles du filet. Du coin de l’œil, Libertée vit son père passer près d’eux et se diriger vers le Dessinateur sombre, ses deux poignards en main.


- Pap…

De l’autre côté, elle vit sa mère sortir de la pièce et courir dans les couloirs. Mais où est-ce qu’elle allait ?
Déconcentrée une seconde, Libertée se prit l’atémi de Gil dans la paumette, qu’elle sentit se fracturer brusquement. Un cri de douleur sortit de sa bouche, et elle passa sous le coup suivant presque chancelante.

Un hurlement retentit soudain, envahissant tout l’espace de sa force.
Un cri inhumain. Un cri de désespoir, de noirceur, d’une puissance incongrue.


- Les liens de l’enfant !

Peinant à reprendre son souffle, Libertée se rendit compte que Gil ne l’attaquait plus, et elle risqua un coup d’œil en arrière. L’homme au masque hideux venait d’apparaitre juste derrière le mentaï déjà présent.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Lun 03 Déc 2012, 10:36

Gil ne vit pas Voëlle s’éclipser. Tout son être était plongé dans l’océan rose des yeux de Libertée. C’était presque douloureux que de la voir après tout ce temps sans y penser pour ne pas basculer dans une torpeur dévastatrice. Une joie immense brûlait dans les yeux vairons de l’Envoleur. Il mourait d’envie de la serrer dans ses bras, de lui chanter les mots qu’elle avait planté dans son cœur et dans son âme… Au lieu de ça, il dégagea sa lame, traçant au passage une ligne de feu sur la peau de la jeune femme, et se fendit à nouveau vers elle.

- Gil…Il est… tu es jaloux !

Non ! Si. L’éclat malicieux, dans les prunelles vives de Libertée, venait de lui envoyer un message silencieux. Elle avait plus d’un tour dans son sac et, en l’occurrence, était occupée à sauver sa peau tout en essayant de tromper le mentaï qui contrôlait Gil. Une stratégie qui ne manquait pas d’audace, et qui aurait tiré un sourire au jeune homme… si seulement il avait pu le faire. Son corps s’animait indépendamment de sa volonté. Chaque fois qu’il se jetait sur Libertée, il hurlait silencieusement. Mais il avait beau se débattre de toutes ses forces, mentalement, il ne valait rien contre la puissance du marionnettiste. Libertée était suffisamment vive et maligne pour esquiver ses attaques mais, à la goutte de sueur qui perlait à son front, il devinait qu’elle fatiguait. Elle n’allait pas tenir très longtemps. Elle ne tint pas plus longtemps. L’atémi qu’il lui asséna, et qu’elle aurait pu éviter sans mal s’il n’avait pas été sous le joug d’une puissance invisible, frappa sa pommette droite dans un craquement sinistre et il gémit intérieurement en la voyant chanceler. Le prochain coup allait lui être fatal. Déjà son sabre fouettait l’air, descendant vers la gorge offerte…

Un hurlement strident lui brisa les tympans et il se boucha les oreilles, réalisant après coup, seulement, ce qu’il venait de faire : il se bouchait les oreilles. Tout seul. De son plein gré. Il n’était plus contrôlé ! Mais alors qu’il allait en profiter pour se précipiter sur Libertée, qui vacillait dangereusement sur ses jambes, une présence écrasante lui coupa le souffle. Un homme venait d’apparaître derrière le mentaï. Son masque d’argent étincelait à la lumière du dessin et la puissance qui se dégageait de lui suffisait à impressionner Gil, qui se trouvait pourtant au pied de l’escalier.

- Les liens de l’enfant ! cracha l’homme au masque.

L’instant d’après, il saisissait le mentaï au cou et lui brisait la nuque d’un simple geste. En bas, Gil hoqueta et tomba à genoux. Il sentait son sang bouillir et le consumer de l’intérieur, remontant insidieusement vers son cœur, et la souffrance fut telle qu’un instant, il souhaita que la mort le prenne au plus vite. Mais il ne mourut pas. Quoi qu’ait pu faire la mère de Libertée, le lien qui l’unissait au marionnettiste avait disparu ; ne restait qu’une portion infime de poison s’attardant dans ses blessures, et que la mort subite du mentaï avait en quelque sorte activé. Privé de ce lien, toutefois, le poison n’avait plus la capacité de le tuer. Il en était quitte pour une sacrée frayeur… Deux bras se glissèrent sous ses aisselles pour l’aider à se relever. Gil tourna la tête pour croiser le regard, infiniment malicieux, du père de Libertée.

- Je te tiens. Ça va aller ?
- Oui.


Par prudence, l’homme garda une main protectrice sur l’épaule de Gil, qui déglutit. Le père de Libertée. La mère de Libertée. Libertée. Toute la famille était au grand complet au pire moment qui soit ! Quoi que… Sans eux, Gil n’en serait probablement pas là. A l’heure qu’il est, il contemplerait le corps sans vie de la marchombre, impuissant et dévasté. Il leur devait une fière chandelle… Voëlle les rejoignit, essoufflée. Son époux, après s’être assuré que Gil tenait debout sans son aide, se précipita vers elle. Gil glissa sa main dans celle de Libertée. Tous les regards convergèrent vers l’escalier et l’homme qui s’y tenait, immobile et silencieux.

- Qui es-tu ?
- Ta mort, SangreLune. Et celle de cette femme qui se tient à tes côtés.


Instinctivement, Gil serra les doigts autour de ceux de Libertée.

- Tu gagnes cette première manche mais rassure-toi, la prochaine sera pour moi. Il ne sera pas content si tu ne souffres pas davantage.
- Qui ?
s’écria Gil en faisant un pas en avant. Qui est ce type qui m’en veut à ce point ??

Un rire sardonique lui répondit. Et l’homme au masque disparut. Il avait dessiné. Frustré, Gil inspira vivement et ferma les yeux. Cette histoire était hallucinante. Et dangereuse à souhait. Qui que soit cet homme qui tirait les ficelles dans l’ombre, il était bien plus puissant et bien plus sadique qu’aucune des personnes qu’il avait croisé sur cette terre. Il comptait ses ennemis par dizaines, et le Chaos était sans aucun doute le plus grand qu’il possède, mais à côté de celui qui s’en prenait à sa vie et à celle de ses amis, le Chaos n’était rien. Rien du tout. Et une fois de plus, Gil se retrouvait sans réponse…

Un parfum lui monta aux narines. Doux, léger, sucré, plus réel qu’il ne l’avait été, il lui fit ouvrir les yeux et planter son regard dans celui de Libertée. Comme toutes les fois où il plongeait dans ses yeux, il perdit pied et vacilla ; il se retint en glissant un bras autour de sa taille, et reprit contenance en effleurant du bout des doigts sa pommette abimée. Elle était là. Dans un sale état, comme eux tous, mais elle était en vie. C’était tout ce qui comptait pour lui.

- Salut… murmura-t-il, un creux de sourire dans la joue.

Les mots dansaient dans son esprit. Ils chantaient et leur mélodie l’envoûtait complètement. Il ouvrait déjà la bouche lorsque dans son dos, quelqu’un se racla la gorge.

- Désolé de vous interrompre, les jeunes, mais il faut sortir d’ici et soigner vos blessures au plus vite.
- Si vous voulez profiter d’une bonne nuit de … repos, vous devriez nous suivre.


Les parents de Libertée souriaient, amusés. Gil, lui, eut un pauvre sourire, mais il se contraignit à reculer d’un pas – sans lâcher la main de la marchombre.

Enfer…

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Lun 03 Déc 2012, 16:16

Le coup résonnait dans sa mâchoire par douloureux à-coups, comme si son cœur avait bougé de sa poitrine pour venir cogner dans sa pommette. Le cri strident n'avait même pas vraiment réussi à la sortir de sa torpeur. Ce ne fut que lorsqu'elle vit Gil mettre ses mains sur ses oreilles qu'elle réalisa qu'il venait de se passer quelque chose qui lui avait sauvé la vie. Parce que sinon, l'homme qu'elle aimait l'aurait tué sans pouvoir hésiter – il n'en aurait même pas eu l'occasion.

La main de l'envoleur dans la sienne fit naître quelques étincelles dans son regard, par dessus le voile de douleur. Il était là. Il était venu... pour elle ? Levant les yeux remplis de sa question silencieuse vers Gil, Libertée tenta un pauvre sourire – chaque mouvement des traits de son visage lui tirait un mal sans nom.
Elle ne leva même pas le regard vers le mentaï au masque, se contentant de fixer la main de l'homme autour de la sienne. Etait-ce une réponse à leur dernier échange ?
Elle sentit son cœur tambouriner très fort dans sa poitrine, et toute la conversation entre Gil et le mentaï lui passa bien au dessus de la tête – en fait, elle n'entendit même pas les phrases. Pour elle, c'étaient des mots mis les uns derrière les autres, mais rien qui ne puisse avoir un sens...

Les doigts de Gil effleurèrent sa joue, et une nouvelle onde de douleur la parcourut. Elle dût se retenir de ne pas faire une grimace, sinon cela allait être pire. Son regard croisa celui de l'homme, et elle sourit avec les yeux. Il était là. Il était là !
Une joie infantile la traversa. Elle avait envie de sauter au plafond, de l'attraper par les mains pour le faire tourbillonner, de danser avec lui, sautiller, se rouler dans l'herbe...


- Désolée de vous interrompre, les jeunes, mais il faut sortir d’ici et soigner vos blessures au plus vite.
- Si vous voulez profiter d’une bonne nuit de … repos, vous devriez nous suivre.


Un sourire étira les lèvres de Libertée, alors qu'elle levait encore une fois les yeux vers Gil. Elle serra ses doigts légèrement, et emboîta le pas de ses parents.


♥ ♥ ♥


- Il faut qu'on aille à Ondiane pour ta joue ma chérie. Essaye de ne pas trop parler, et de ne pas grimacer... Ah, ça va être dur tout ça !

Libertée lança un regard moqueur à sa mère, qui éclata de rire.
Elle n'avait toujours pas lâché la main de Gil.

Tournant la tête vers lui, elle lui sourit tout naturellement, ce qui lui tirailla encore une fois la joue. Que c'était difficile de rester impassible, pour elle qui n'arrêtait pas de faire des grimaces ou d'avoir des moues pour toutes les situations ! Se mordant la lèvre inférieure, la marchombre adressa un regard à son père, qui souriait en coin. Elle savait parfaitement ce qu'il avait en tête, mais savait que quoi qu'elle dise, elle ne le détournerait pas de son but...


- Alors, hum, Gil...

La fossette de Miïn se creusa encore un peu plus.

- Qui était ce mentaï ? Qu'as-tu fait de si spécial, pour qu'il te courre après ? Comment as-tu rencontré Liberté ?  

Les deux premières questions étaient loin d'être anodines, et pourtant Libertée savait que la dernière question serait sans doute celle qui rebuterait le plus Gil. Enfin, cela ne restait qu'une supposition, en fait...

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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Lun 03 Déc 2012, 23:31

- Il faut qu’on aille à Ondiane pour soigner ta joue ma chérie. Essaie de ne pas trop parler, et de ne pas grimacer… Ah, ça va être dur tout ça !

Gil échangea un regard avec Libertée. Si la jeune femme avait une lueur amusée dans le regard, à défaut de pouvoir sourire à volonté, lui avait le cœur étonnamment lourd. Effleurant du bout des doigts la pommette qu’il avait lui-même brisée, il se demanda si elle pourrait un jour lui pardonner. Pas d’avoir frappé – contrôlé par le mentaï, il n’avait tout simplement pas le choix, et elle l’avait compris ; mais il l’avait entraînée dans une histoire qui le dépassait, une sombre et dangereuse voie qui semblait côtoyer la souffrance et la mort. A cause de lui, Libertée avait été enlevée. Ses poignets portaient encore la marque des fers qui l’avaient entravée. Elle avait maigri. Ses parents, alertés par une image probablement alarmante, avaient pris des risques énormes pour sauver leur fille, et sans eux, il aurait probablement échoué. Il avait échoué.

Un bras autour de la taille de la marchombre pour la soutenir, l’autre passé sur les épaules de Min pour ne pas s’écrouler, il suivait Voëlle qui les conduisait à travers les salles jonchées de corps et de débris. Comme ils passaient devant la tête décapitée de l’enfant-marionnette, Gil remarqua que les fils qui cousaient ses lèvres l’une à l’autre avait été arrachés. Réprimant la bile qui remontait dans son estomac, il choisit de fixer son regard sur les boucles blondes de Voëlle.

- Comment vous avez eu cette idée ? demanda-t-il à brûle-pourpoint et sans préciser davantage sa question.

S’il ne le fit pas, c’est parce que Voëlle était une envoleuse. Comme lui, elle servait le Chaos – même si son propre cas était bien trop particulier pour être comparé à un autre. Ils étaient du même côté de la ligne, qui séparait symboliquement les deux Envoleurs des deux Marchombres. Nul n’aurait pu se douter, en les voyant émerger bras-dessus, bras-dessous de la maison maudite, que leurs camps respectifs étaient opposés, mais Gil ne se leurrait pas : comme lui, Voëlle était amenée à connaître les méthodes des fils du Chaos. Et si elle avait pu voir Libertée dans son esprit, elle devait en connaître un sacré morceau sur les mentaïs…

- J’ai déjà eu affaire à ce genre de menace par le passé, répondit-elle sans se retourner. Des enfants utilisés par les mentaïs comme sorte de pentacle ou de boîte renfermant l’essence de leurs capacités mentales. C’est de cette façon que les Ts’liches ont asservi tout un peuple, autrefois…

Gil plissa les yeux. Il faisait nuit lorsqu’il était entré dans la demeure et y avait perdu toute notion du temps mais à en juger par la hauteur du soleil, qui l’éblouissait, il était bien plus de midi. La neige avait cessé de tomber. Figée au sol par un manteau de glace, elle scintillait sans craindre de fondre avant un bon moment malgré les quelques rayons qui la caressaient timidement. Lorsque Gil souffla doucement, un nuage blanc se forma devant ses lèvres. Il serra Libertée contre lui, puisant de la force et de l’énergie à ce seul contact, et se remit en route.

- Alors, hum, Gil…Qui était ce mentaï ? Qu’as-tu fait de si spécial pour qu’il te courre après ? Comment as-tu rencontré Libertée ?

Ah.
Gil serra Libertée un peu plus fort – mais cette fois, c’était pour se donner du courage. Tournant la tête vers le marchombre qui continuait à le soutenir sans qu’il ne lui ait jamais rien demandé, Gil décida d’affronter le regard de Min. Et il cilla. Si Libertée avait hérité de la beauté de sa mère, elle tenait également certains traits de son père : la ligne de son nez, la forme de sa mâchoire, et la force de son regard, plus foncé mais pas moins brillant d’espièglerie. Il y avait de quoi être déconcerté et Gil l’était plus que jamais. Ce fut une légère pression des doigts entremêlés aux siens qui le ramena à la réalité.

- Je ne connaissais pas cet homme avant ce matin, avoua-t-il avec une assurance qui le surprit lui-même. Je… j’ai maille à partir avec pas mal de gens en ce moment, mais il y a quelqu’un qui me suit dans l’ombre depuis un bon moment déjà, et plus le temps passe, moins j’arrive à établir de lien concret entre cette histoire de prime et les affronts qui me sont faits.

Il en était venu à la conclusion que celui qui agissait à ses dépends n’était pas un envoyé du Chaos. Il était même très peu probable qu’il en fasse partie. Les hommes qui le servaient formaient un groupe bien trop hétéroclite pour que tel soit le cas. Tantôt des mentaïs, tantôt des soldats de l’Empereur, ils ne dévoilaient jamais l’identité de leur maître qui, il en était certain, ne se cachait pas derrière le masque de ce mentaï qui avait osé s’en prendre à Libertée. La menace était aussi insaisissable que mortelle. C’était comme tenter d’attraper un pourprier à mains nues…

- Quant à votre fille, je crois que c’est une histoire qui mérite d’être entendue au coin d’un feu et devant un bon repas.

Il ne s’agissait pas d’une dérobade, ou si c’était le cas, Gil ne s’esquivait pas par lâcheté ou par gêne. Il était simplement épuisé et peu enclin à relater une aventure aussi folle que celle qui avait fait se croiser la route d’une marchombre et d’un envoleur. Voëlle s’en rendit compte. Elle tourna la tête et le clin d’œil qu’elle adressa à Gil valait toutes les excuses du monde.

- Je suis d’accord avec Gil ! Tu devrais avoir honte de cuisiner de la sorte un homme qui tient à peine sur ses jambes, Min…
- Ose me dire que tu n’es pas plus curieuse que moi !
- Je le suis, mais contrairement à toi, je sais faire preuve de tact et de bon sens, parfois !


Malgré lui, Gil perdit rapidement le fil de la discussion moqueuse. Le froid qui l’enveloppait brûlait sa peau et alimentait la douleur de ses blessures, dont celle de la poitrine et de la joue. Il pouvait sentir le poison refluer lentement et le processus était très sensible, en plus de le vider de ses forces. Sans Min et Libertée, il se serait déjà affalé par terre. Il était incapable d’estimer combien de temps ils avaient marché lorsque Voëlle vint vers eux avec trois chevaux. L’un d’eux était Silk. Celui-ci s’agita en reconnaissant son cavalier, et pour la première fois de sa vie, Gil se sentit proche d’un animal. Une émotion vive traversa son regard lorsque le hongre fourra ses naseaux contre sa poitrine tachée de sang séché.

- Besoin d’aide ? s’enquit Min en passant derrière lui.
- Non, merci. Je tiens à profiter des dernières miettes de dignité qu’il me reste !

Retrouver Silk lui avait donné comme un coup de fouet et il se jucha sur la selle sans plus attendre. Puis il tendit la main à Libertée et la laissa s’installer derrière lui.

- Ondiane n’est pas loin. Si nous réduisons les haltes, nous devrions atteindre la confrérie avant la nuit.

Les chevaux s’élancèrent vers la plaine enneigée, laissant derrière eux un village débarrassé de ses fantômes. Si seulement Gil pouvait en dire autant…

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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Mar 04 Déc 2012, 16:31

Libertée crut qu’elle allait s’évanouir quand Silk s’arrêta enfin devant les portes d’Ondiane. Sa joue la lançait méchamment, à tel point que toute sa tête bourdonnait violemment et elle chancela jusqu’à être rattrapée par Gil, qui parvint à la saisir sous les aisselles avant qu’elle ne tombe du cheval. Elle avait affreusement mal, ses égratignures la lançaient elles aussi, mais surtout, elle manquait cruellement d’énergie, n’ayant pas mangé depuis au moins douze heures. Depuis qu’elle avait été mise dans la pièce, en fait. L’adrénaline lui avait permis de tenir jusqu’alors, mais ces pseudos-pauses à cheval avaient achevé leur œuvre d’épuisement.

Et elle sombra.


♥ ♥ ♥


- Je crois qu’elle est bien remise, mais elle doit surtout manger. Elle manque terriblement de quoi faire de l’énergie…

Libertée ouvrit un œil, puis un autre.
Immédiatement, son ventre gronda au-delà du raisonnable, et elle porta sa main à son estomac qui hurlait à la mort. Un petit rire franchit ses lèvres. Elle vit que ses parents, ainsi que Gil, étaient tous les trois là. L’homme semblait complètement rétabli des égratignures et du poison qui avait brûlé ses veines. Elle lui sourit, voulut se relever, tendre la main…
Son corps semblait être devenu aussi lourd que du plomb.

Papillonnant des paupières, elle finit par froncer les sourcils, essayant d’attirer l’attention de Gil, au moins. Peine perdue, le Rêveur qui venait de s’occuper d’elle les poussa à l’extérieur de la chambre.


- Veuillez nous laisser s’il vous plait, il faut que nous ayons une conversation privée. Vous pourrez venir la voir dans une demi-heure.

La main fraiche du rêveur se posa sur son bras, lui tirant un léger frisson. Elle devait brûler de fièvre, en fait…

- Que.. ?

Sa voix était éraillée, et elle fronça encore les sourcils, incapable de soulever sa tête à plus de deux centimètres de son oreiller.

- Ne vous inquiétez pas, on va vous apporter de la bouillie de niam avec de la viande. Mais avant cela, j’ai besoin de vous parler.

Sa voix était douce ,tendre, et étonnement compatissante. Elle vit l’homme s’asseoir sur le rebord du lit, le matelas s’affaissant légèrement sous son poids. A nouveau, il posa ses doigts froids sur son avant-bras.

- La fièvre tombera quand tu mangeras.

Soupirant de soulagement, Libertée ferma les paupières.

- Je suis désolé, nous avons pu vous sauver, mais pas lui.

Relevant légèrement la tête, la marchombre ne comprenait pas. Elle ne comprenait pas, jusqu’à ce qu’elle attrape le regard du Rêveur sur son ventre.

- Oh, je ? Il… ? Waw. Elle n’en revenait juste pas. Le fœtus ne pouvait être que d’une seule personne, et elle le savait pertinemment. Elle fut d’ailleurs reconnaissante au Rêveur de ne pas rajouter quoi que ce soit, jusqu’à ce qu’elle croise son regard désolé. Vous en faites pas, hein, je ne le savais même pas. Et puis, c’est mieux comme ça.

Elle ne voulait pas d’un enfant, c’était certain.
C’était la première fois que ses décoctions lui faisaient défaut – elle faisait toujours très attention de ce côté-là, et savait particulièrement pourquoi – mais heureusement, les épreuves des derniers jours étaient venus à bout d’un fœtus dont elle ne connaissait même pas l’existence, et dont elle ne voulait de toutes façons pas.

Le Rêveur, par contre, semblait complètement ahuri par son attitude. Il s’attendait sans doute à ce qu’elle fonde en larmes, à ce qu’elle crie à l’injustice, mais elle se contentait de sourire en le fixant.


- Il avait environs trois mois…

- Je m’en doute, et à vrai dire peu m’importe. Est-ce que Gil peut venir ?

- Euh, bien entendu…


Elle sentit la main du Rêveur hésiter, avant de tapoter sur le dos de la sienne et de se lever pour aller ouvrir la porte. Libertée était presque certaine que tout le monde attendait de l’autre côté, mais si elle avait demandé Gil, c’était parce que c’était lui qu’elle voulait voir, même si elle savait pertinemment que ses parents allaient eux aussi rentrer dans la pièce.
Et puis, elle avait faim !


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Dernière édition par Libertée Iuaskallaphun le Mer 05 Déc 2012, 10:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Mar 04 Déc 2012, 20:24

Ondiane.
La confrérie se dressait tel un bastion au milieu de la plaine enneigée et la lumière qui s’échappait des quelques rares fenêtres étaient dans la nuit comme un phare pour les voyageurs égarés. Les quatre cavaliers qui galopaient vers l’imposante bâtisse étaient loin de s’être perdus mais ils avaient chevauché presque sans s’arrêter depuis le milieu de la journée ; ils étaient épuisés et ils avaient besoin de soin. Lorsque Gil tira sur les rênes de Silk, il sentit Libertée vaciller derrière lui. Oubliant jusqu’à sa propre fatigue, il sauta à terre et s’empressa de la rattraper avant qu’elle ne tombe par terre. Sous le regard de Min, qui s’était approché avec cette anxiété paternelle dans les yeux, il prit la jeune femme dans ses bras et se tourna vers l’immense porte qui s’ouvrait déjà pour les laisser entrer. Gil ne vit pas le regard du marchombre s’adoucir, ni le sourire qui se creusa dans sa joue alors qu’il emboîtait leur emboîtait le pas, sa main dans celle de Voëlle.

Les rêveurs parlaient doucement, sans élever la voix, pourtant leur autorité était totale, et surtout dans cet endroit ; contraint de les laisser s’occuper de Libertée, Gil accepta d’être lui-même pris en charge par un homme qui lui rappelait Eluan, le jeune rêveur qui lui avait sauvé la vie lorsque Mauâl et ses hommes l’avaient retrouvé.

- C’est mon petit frère, sourit l’homme, ravi d’apprendre que ce dernier avait su profiter de sa première sortie pour se rendre utile. Vous avez eu de la chance de croiser son chemin, si je comprends bien…
- Vous pouvez être fier de lui. En sauvant ma vie, il a également sauvé celle de cette femme.
- Vous avez essuyé une bataille bien terrible.

C’était peu de le dire, et Gil se contenta de hocher la tête tandis que le rêveur commençait à dérouler son rêve, les mains posées sur sa poitrine lacérée. La première réaction de l’envoleur fut de se raidir ; en général, il était inconscient lorsque les rêveurs s’occupaient de lui, et en l’occurrence, il redoutait que le poison encore présent dans son sang rende la tâche de ce dernier difficile… et douloureuse. Il n’en fut rien. Et une moins d’une heure plus tard, il était de retour dans le couloir, devant la porte de la chambre de Libertée, discutant avec les parents de celle-ci afin de prendre son mal en patience. Voëlle et Min étaient détendus et Gil se demanda ce qu’ils avaient déjà pu vivre, au cours de leur existence, pour être aussi confiants au quotidien. Les voir aussi bien ensemble le troublait. Plus le temps passait et plus il les appréciait mais sans cesse, leur identité le renvoyait à sa propre histoire, et donc au drame de son passé. Il avait devant lui un marchombre et une envoleuse qui avait eu la chance de vivre heureux, et quelque part au fond de lui, il trouvait cela injuste. Appuyé contre le mur, les bras croisés sur la poitrine, Gil les écoutait se chamailler d’une oreille distraite lorsqu’enfin la porte s’ouvrit sur un visage rond et avenant.

- Vous pouvez rentrer, à présent…

Gil ne se fit pas prier. Le cœur battant, il s’approcha du lit sur lequel était allongée Libertée. La première pensée qui lui traversa l’esprit concernait l’extrême pâleur qui lui donnait une apparence fragile et vulnérable. Non, c’pas ça. La première véritable pensée que Gil eut en posant les yeux sur la jeune femme, c’est que même ainsi, même dans ce lit qui la faisait paraître plus petite encore, il la trouvait plus jolie qu’un rêve. Mais il était effrayé par sa peau diaphane qui laissait entrevoir tout un réseau complexe de veines sur ses bras, dessinant ses os de façon bien trop nette à son goût. Une inquiétude similaire étincelait dans les prunelles des parents de la jeune femme et le rêveur, à qui rien n’échappait, leva aussitôt la main pour les rassurer :

- Je crois qu’elle est bien remise, mais elle doit surtout manger. Elle manque terriblement de quoi faire de l’énergie…

Il ajouta quelque chose qui échappa complètement à Gil. Les paupières de Libertée papillonnaient et plus rien d’autre ne comptait désormais que les yeux roses qui s’ouvrirent doucement. Enfer, ces yeux… Le ventre de Gil se tordit violemment et il se demanda s’il allait en être ainsi chaque fois qu’il allait croiser le regard de la marchombre. Puis il haussa les épaules. Quelle que soit la réponse, il était prêt à la dévorer du regard chaque fois que l’occasion lui en serait donnée. Mais il voulait faire plus : il voulait la toucher. Après avoir passé autant de temps à la chercher, il avait besoin de sentir la chaleur de sa peau contre la sienne et de respirer son odeur fruitée. Le rêveur l’en empêcha.

- Veuillez nous laisser s’il vous plait, il faut que nous ayons une conversation privée. Vous pourrez venir la voir dans une demi-heure.

Une demi-heure ! Gil serra les poings, prêt à refuser catégoriquement de passer une minute de plus loin de sa marchombre, mais Voëlle posa la main sur son épaule et ce simple geste éteignit toute sa colère et sa frustration. Après un dernier regard en direction de Libertée, Gil se laissa finalement entraîner dans le couloir et la porte se referma doucement derrière lui. Dépité, il s’y adossa dans un gémissement qui trouva un parfait écho dans celui de Min.

- Faites pas cette tête ! s’exclama Voëlle après les avoir regardé tour à tour. Elle va bien, c’est le principal, non ?
- Insuffisant, marmonna Min, ce à quoi Gil hocha la tête.

L’envoleuse leva les yeux au ciel.

- Vous morfondre ne fera pas avancer le temps plus vite, bien au contraire. Venez, on va essayer de lui trouver de quoi manger. Un véritable défi si l’on en croit la très mince corpulence des rêveurs… Tu viens avec nous, Gil ?

Il leva les yeux dans leur direction et secoua la tête.

- Je reste, j’ai…
- Te bile pas, on a compris !
- On te ramène à manger aussi, tu vas avoir du mal à fournir de l’énergie pour deux, sinon…


Un sourire fleurit sur les lèvres de Gil tandis que le couple s’éloignait. Même si la relation qu’entretenaient ces deux là blessait l’enfant qui vivait encore, quelque part en lui, il se prenait d’amitié pour les parents de Libertée. Leur franchise, leur spontanéité à son égard était tout aussi nouvelle pour lui que ce qu’il éprouvait pour leur fille. Dans un soupir, Gil se décolla de la porte pour se mettre à faire le cent-pas dans le couloir. Si la sérénité retrouvée de Min et de Voëlle l’avait rassuré, il ne comprenait pas pourquoi le rêveur avait besoin de s’entretenir en privé avec Libertée. Il ne s’agissait pas de dérouler un rêve ou quoi que ce soit mais d’une discussion sérieuse dont il avait envie de connaître les tenants. Son regard glissa vers la porte. La tentation de coller son oreille contre le battant était grande, mais il la repoussa presque immédiatement. Tu dérailles, mon vieux. Libertée va bien, tu as pu le constater par toi-même…

Malgré tout, il s’engouffra dans la chambre dès que le battant grinça sur ses gonds, laissant à peine le temps au rêveur de s’effacer pour le laisser passer. Celui-ci fut sur le point de dire quelque chose, mais en voyant Gil s’asseoir précautionneusement au bord du lit de sa patiente, il s’abstint de tout commentaire et quitta la pièce en prenant soin de refermer la porte. Gil effleurait déjà du bout de ses doigts la joue parfaitement lisse de Libertée.

- Je suis désolé… murmura-t-il.

Il grimaça. Il ne se pardonnait pas de l’avoir entraînée dans cette histoire et il ne le pourrait probablement jamais. L’envie de quitter la confrérie lui avait traversé l’esprit, au moment où le frère d’Eluan avait terminé de s’occuper de lui, mais il n’avait pas pu se résoudre à partir sans voir Libertée auparavant. Elle est là. Tu es là. Tu vas bien. Gil serra les dents, crispant sa mâchoire. Les mots ne sortaient tout simplement pas. Dans le couloir, il avait imaginé toutes sortes de choses qu’il voulait lui dire : tu es jolie. Tu m’as fait peur. Désolé, pour ta joue. Tes parents sont un peu fous. Surtout ta mère. Tu es jolie. Ils vont revenir, ils te cherchent de quoi manger. Tu vas récupérer. Je vais t’y aider. Si jolie…

Je t’aime.


- Enfer, ton estomac grogne encore plus fort que le mien, dit-il dans un sourire.

Et il posa la main sur son ventre.
Doucement.


[WAW-WAW-WAW-WAW-WAAAAAW !!! (mon nouveau cri de guerre, un peu "indien" sur les bords, peut-être, mais je trouve vraiment pas mieux !)]

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Mar 04 Déc 2012, 21:26

- Enfer, ton estomac grogne encore plus fort que le mien

Il posa sa main sur son ventre.
Sans doute cherchait-il l’estomac, mais ce simple geste retourna quelque chose chez Libertée, et son regard essaya de trouver celui de Gil.
Elle sourit.


- J’ai pas mangé depuis au moins un jour et demi, voire deux jours…

Elle sentait la peau de ses joues se tirer à chacune de ses articulations, et aussi quand elle souriait. Elle avait autant besoin d’eau que de nourriture.

- Gil… J’ai soif.

Mais en relevant les yeux, elle prit une brusque inspiration.
Son regard trouva le cou de l’envoleur, et elle eut envie d’y déposer un baiser. Son odeur l’enveloppait, et elle ferma les yeux pour en profiter allègrement. Elle essaya de remonter sa main pour saisir l’avant-bras de l’homme dont la main était toujours posée sur son ventre.


- Gil…

Elle prit une inspiration.
Elle réussit finalement, au prix d’un incroyable effort, à poser sa main sur celle de Gil.


- Tu ne sais pas la dernière ?

Elle sourit tristement.

- J’avais un polichinelle sous le nombril…

Elle chercha son regard.
Ses doigts se contractèrent légèrement sur la main de l’homme.


- J’avais… Et le pire, c’est que c’était forcément de toi.

Elle sourit.

- Gil… Prends-moi dans tes bras. Tu m’as manqué…
















[ HIIIIIIII HIIIIIIIIIIIIIIIIIII HOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO !!! Court mais intense ! <3 ]

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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Mer 05 Déc 2012, 00:33

Sa réponse le fit sourire et il caressa son ventre à travers le drap. Mais intérieurement, il bouillait de colère. Contre les hommes qui avaient osé lui enlever cette femme. Contre ceux qui l’avaient affamée. Contre lui. Cet assassin sans nom et sans visage qui envoyait tout le monde au combat – et un combat inégal, qui avait pour unique but sa propre souffrance. Pourquoi ? Qu’avait-il bien pu lui faire qui soit passible d’une telle haine ? Gil avait beau se creuser la cervelle depuis des jours, il ne voyait pas, dans sa chienne de vie, quel homme il avait pu mettre autant en colère. Lui-même avait bien du mal à retenir sa fureur et sa frustration, bridées par la présence de Libertée à ses côtés.

- Tes parents vont te ramener de quoi satisfaire ce féroce appétit…
- Gil… j’ai soif.


Pas étonnant, songea-t-il en passant la main dans ses cheveux, sagement étalés sur l’oreiller. Tu es brûlante de fièvre. Ses grands yeux roses brillaient plus que d’ordinaire et une fin voile de sueur scintillait sur sa peau blanche. Gil se pencha sur elle pour atteindre le verre d’eau posé sur la table de chevet sans avoir à se lever pour le faire. Le souffle de Libertée lui chatouilla le cou et il suspendit son geste pour tourner la tête vers elle. Leurs lèvres se frôlèrent.

- Gil…

Il devina que quelque chose la tourmentait avant même de rencontrer son regard troublé. Il se redressa légèrement et lui caressa doucement la joue.

- Oui ?
- Tu ne sais pas la dernière ?
- Et bien,
commença-t-il dans un demi-sourire, je…
- J’avais un polichinelle sous le nombril.

… Quoi ?

- J’avais… et le pire, c’est que ça venait forcément de toi.

Le pire ??

- Gil… prend-moi dans tes bras. Tu m’as manqué…

Gil ?



*



- Gil ?

Il leva la tête et regarda Mauâl s’approcher à pas de géant, sa longue cape brune gonflée par le vent. La lourde épée fixée dans son dos aurait rendu jaloux le plus féroce des Thüls…qui ne l’était pas puisqu’il l’accompagnait dans le moindre de ses déplacements. Yhork Kengam venait justement de le prévenir que l’homme au regard bicolore avait pris sa décision.

- Tu es sûr de vouloir nous suivre ?



*




Tu avais… Tu avais un enfant. Notre enfant. Mon enfant…
Et…


La main de Gil s’était figée sur le ventre de Libertée – sur une absence. Le hasard, ou cette putain de destinée, était bien cruelle cette fois pour lui apprendre l’existence d’un enfant par la disparition de ce dernier. Il avait l’impression que son cœur allait éclater tant il battait vite. Il ne savait plus où il en était, ni quoi penser, ni quoi dire, ni quoi faire, ni…

Une main se posa sur la sienne et il baissa les yeux. Sortit de sa torpeur pour pénétrer dans celle de la jeune femme qui le regardait, une question muette au fond des yeux.

La prochaine fois, ne me laisse pas faire, je t’en prie…

Je ne te laisserai plus partir. Tu reste… je reste.

Prend-moi dans tes bras. Tu m’as manqué…

- Oh, Libertée… murmura-t-il en la prenant dans ses bras.

Il l’attira contre sa poitrine et, dans le même temps, s’allongea à ses côtés. Une larme roula sur sa joue et se perdit dans un univers de mèches blondes. Son cœur n’allait pas éclater, non. Il appartenait à cette petite chose dont il était si fier et pour qui il irait cueillir des étoiles dans le ciel s’il le fallait. Si elle le voulait. Est-ce qu’elle le voulait ? Cet enfant ? Doucement, tout doucement, Gil laissa glisser sa main gauche le long du bras de la marchombre, puis le long de sa hanche, jusqu’à passer sous la couverture et la chemise. Il la senti frémir lorsque sa paume effleura la peau de son ventre. Il y plaça sa main.

- Dors, dit-il dans un souffle. Je suis là.

Plus tard, bien plus tard, alors que son bras gauche était totalement engourdi, Gil se coula hors du lit. Il était aussi souple qu’un chat, aussi silencieux qu’une ombre et Libertée ne bougea pas d’un cil lorsqu’il se dégagea de son étreinte. Il remonta la couverture sur elle, attarda son regard sur son visage émacié et endormi. Plaça une mèche blonde derrière son oreille pour dégager sa tempe et y déposer un baiser plus léger qu’un rêve.

- Je tiendrai ma promesse, chuchota-t-il. Je ne te laisserai plus jamais partir, parce qu’un jour je me suis noyé dans tes yeux roses. Parce que je t’aime. Mais je dois veiller sur toi et, pour ça, il faut que je m’éloigne. Un peu. Pas longtemps. Pas très longtemps. C'est moi qui part. Parce que je t’aime…

Chanter les mots, finalement, c’était super facile. Et ça faisait du chaud dans le ventre. Mais ça faisait mal au cœur. Oh oui, ça fait mal au cœur… Gil se redressa. Il souriait. A travers ses larmes, il souriait. Mince alors ! songea-t-il en s’essuyant les yeux d’un revers de bras. Ça n’arrive pas qu’aux filles ! Sans bruit, il quitta la pièce. Puis le couloir. Puis la confrérie. Silk hennit joyeusement en le voyant. Il se hissait en selle lorsqu’une voix s’éleva dans son dos.

- Gil ?



*



- Gil ? Ho, tu m’écoutes ?
- Bien sûr.
- Alors répond-moi franchement, compagnon. Tu es revenu - je ne sais pas où tu es allé, et je m'en fiche, même si on dirait que tu reviens de loin - pour venir avec nous jusqu’à Al-Far ? C’est ça ?


Deux yeux étincelèrent.
L’un était bleu. L’autre marron. Double héritage qu’il avait cessé de renier depuis bien longtemps.

- Oui, Mauâl. Je viens avec vous.



[Oui, je sais. C'est une fin terrible. J'en suis la première complètement terrassée. Mais ce n'est pas une fuite, cette-fois (même si ça y ressemble) ; c'est une porte grande ouverte à ce qui va suivre ! Gil parviendra-t-il à mettre la main sur celui qui lui cherche des noises ? Qu'est-ce que Min et lui on-t-ils bien pu se dire ? Et bon sang de bon sang de bon sang, est-ce que Gil va finir, oui ou non, par dire un jour "je t'aime" à Libertée - pour de vrai de vrai de vrai ? Chère amie, qui m'a entraînée dans cette joyeuse folie, chers amis, qui avez suivi cette joyeuse folie avec attention...

.. suite au prochain épisode ! GNIAHAHAHAAAAAAAAAAAAA !]

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MessageSujet: Re: Chante-moi les mots... [PV Gil ]   Mer 05 Déc 2012, 10:41

La main de Gil s’était figée sur le ventre de Libertée. Et un instant, elle crut qu’il allait prendre ses jambes à son cou, encore une fois.
Pourtant, il s’en fit rien, se contentant d’écarquiller les yeux. Surprenante, comme nouvelle ? Oui. Surtout dite sur ce ton-là. Libertée n’avait jamais voulu d’enfant, n’avait jamais envisagé d’en avoir, et même si elle sentait ce vide, cette absence, maintenant qu’elle savait, elle savait aussi qu’elle n’aurait pas pu apporter à cet enfant ce dont il aurait pu avoir besoin.
Mais c’était un bout d’elle et un bout de Gil qui s’en était allé, et elle était bien plus affectée que ce qu’elle aurait cru au premier abord. Simplement, pour l’instant, elle avait faim et soif, et c’étaient ses premières priorités.

Elle douta aussi qu’il la prenne dans ses bras pour répondre à sa requête.
Mais quand il l’enveloppa de sa chaleur, une onde se diffusa dans le ventre de la marchombre.

« Je suis là. »

Il était là.
Elle restait… il restait ?



♥️ ♥️ ♥️


Gil était là, tout près.
A des lieues d’elle, pourtant.
Elle pouvait voir son visage, et l’éclat déterminé de ses yeux vairons.
Elle pouvait deviner sa peau sous son éternel tabard, elle pouvait interpréter la ride qu’il avait au front, et les éclats qui traversaient ses prunelles.

« Je tiendrai ma promesse. Je ne te laisserai plus jamais partir, parce qu’un jour je me suis noyé dans tes yeux roses. Parce que je t’aime. Mais je dois veiller sur toi et, pour ça, il faut que je m’éloigne. Un peu. Pas longtemps. Pas très longtemps. C'est moi qui part. Parce que je t’aime… »

Quand elle ouvrit les yeux sur la porte de la chambre qui se fermait, Libertée avait un sourire sur les lèvres.
Il était là.


♥️ ♥️ ♥️


Elle ne doutait pas un seul instant qu’il reviendrait.
Qu’ils se reverraient. Vite.
Cette certitude pulsait en elle, et à aucun moment elle ne la remit en doute.

Les paroles que Gil lui avaient murmuré dans son rêve avaient l’air bien trop réelles et sincères, et c’était obligé qu’elle les ai entendues pour de vrai, juste avant qu’il ne quitte sa chambre.
Autre certitude.

Même devant la mine dubitative de sa mère, sa certitude ne s’ébranla pas.
Même devant ses questions tordues, même devant son étonnement. Elle aimait bien Gil, d’ailleurs, cela se voyait. Mais elle ne comprenait pas du tout ses motivations, parce qu’elle-même avait préféré prendre des risques avec Miïn plutôt que de vivre sans lui. Tout cela passait bien au dessus de la tête de Libertée, et quand elle posait son regard flamboyant dans celui de son père, elle sentait qu’elle avait raison de croire une telle chose.

Il n’avait pas voulu lui dire quoi que ce soit, mais elle était sûre qu’il savait quelque chose.

Avalant goulûment son ragout de siffleur, Libertée ferma les yeux, alors que sa main émaciée passait sous son regard. Elle devait avoir perdu au moins six kilogrammes, et c’était énorme par rapport à sa masse habituelle. Tout ça en quelques jours de jeûn…
Sous le regard des Rêveurs, elle reprenait des forces, doucement mais sûrement, et bientôt elle sentit que sa mère avait besoin de s’éloigner autant que son père.

- Je vais bien. Vous pouvez partir, surtout qu’ici, vous êtes largement repérables. Ne vous inquiétez pas pour moi.

Dubitatifs, ils finirent par prendre la décision de s’en aller, encore une fois.
Alors, Libertée les regarda partir vers le soleil couchant, galopant côte à côté.

Elle voulait un jour pouvoir faire pareil avec Gil.











[ Kyyyyaaaa ! Mais quelle fin les amis, quelle fin ! Very Happy ]

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