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Le Pacte VS L'Ordre
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 Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]

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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mar 18 Déc 2012, 22:18

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Mes jambes tremblent : c’est à se demander comment je peux encore tenir debout ! Seule une volonté incroyable, mêlée à une puissante adrénaline, me permet d’avancer à pas hésitants. Pourtant, ce n’est pas l’envie qui me manque, d’oublier et juste fermer les yeux l’espace d’un instant. Plusieurs fois, ces derniers jours, il m’est même arrivé de vouloir rejoindre mon petit bout de Morgan, mes parents, Sahel et tous ceux qui sont morts pour moi. Qui se sont battus pour que je puisse vivre. Pourtant, Seth est encore là. Et puis Atal aussi. Gil et Pan qui se sont introduits dans ma vie à la manière d’un ouragan, chacun à leur manière. Nwëlla et Juhen. Sen dont les mots restent toujours gravés dans mon cœur, pleins de vérité et de sagesse. Se battre pour les vivants – pour ceux que j’aime – c’est bien le seul choix valable et raisonnable qui puisse exister. Cette certitude s’ancre un peu plus profond en moi au moment même où Gil échappe à une mort certaine – tout à son plaisir de trouver Libertée, et moi, bien que sûrement accessoirement, il avait bien failli laissé le pieu le transpercer de part en part – tandis qu’un mur tout proche explose littéralement sous un formidable coup de pied de Pan.

Samoan et le Mentaï sont désormais en nombre largement inférieur, Nwëlla, Juhen et Atal s’étant chargés de fracasser les derniers crânes de nos assaillants. Mais je ne connais que trop bien la folie de ce premier : après tout, il faut être sérieusement barré pour croire qu’une lointaine relation avec une illustre inconnue – oh je l’étais jusqu’à ce qu’il mette ma tête à prix, pour une somme relativement intéressante – puisse nuire à sa soif de pouvoir. Car Samoan convoite puissance et trône – mais cela, je ne l’ai appris qu’après la mort de Morgan. Tant de mégalomanie peut aisément faire sourire n’importe qui, pourtant, moi, cela ne me fait pas rigoler le moins du monde. Seth est encore aujourd’hui considéré comme un bâtard terriblement dangereux et moi comme une catin ayant eu le culot d’entacher la réputation d’un jeune aristocrate.

La tension est clairement palpable dans une atmosphère lourde de haine. Même derrière Pan, je peux presque sentir les éclairs que doivent probablement lancer les yeux de Samoan. Je crains ce qu’il se passera à partir de maintenant : il peut tout autant disparaître purement et simplement grâce au Mentaï qui l’accompagne, et remettre à plus tard une énième confrontation, ou alors tenter un geste insensé pour m’atteindre et ensuite Seth, voire même n’importe qui d’autre ici. Ignorant la douleur qui irradie de mon corps tout entier, je me force à inspirer lentement – très lentement – prête à toute éventualité.

≈≈≈ Nwëlla ≈≈≈

Le voilà ! Le sale rejeton de Raï ! Cette espèce de fiente de Ts’Liche ! Ce que ce petit sourire sur ses lèvres peut être agaçant ! Samoan ! Là, maintenant, tout de suite, l’envie est incroyablement tentante de le renvoyer d’où il vient, en pièce détachées évidemment, tout droit en enfer en compagnie de ses meilleures amies les goules ! Pour le moment, il se contente de nous regarder en chien de faïence, tous autant que nous sommes. Je ne peux m’empêcher ce que son esprit tordu a l’intention de faire maintenant : se rendre ? D’aussi loin que je me souvienne, ce n’est pas son genre. Fuir ? Il est bien trop fier et arrogant pour cela. Commettre l’irréparable ? J’ai bien peur que ce soit la plus plausible de toutes les possibilités !

Le bref regard échangé par Gil et Pan ne m’échappe pas. Tout comme moi, Atal et Juhen, ils sont prêts à réagir en un quart de seconde. Bon sang ! Ne faut-il pas qu’on l’adore notre Naïs nationale pour endurer tout cela ? Dans le regard fou de l’aristocrate brille une soudaine étincelle, alors je serre les dents en essayant de contenir autant de colère du mieux que je puisse.

- « Seth ? Avance un peu, que je vois comme tu as grandi… »

La voix de Samoan est glaciale, légèrement moqueuse. Comme la première fois où je l’ai rencontré, un peu plus de dix ans auparavant, il me fiche des frissons dans le dos. Le silence s’écoule longuement avant que le gamin, levant un regard rassurant vers Gil, n’avance de quelques pas, échappant ainsi au cercle protecteur que nous formons. Naïs, solidement accrochée au bras de Pan et bien que vacillant dangereusement, semble prête à bondir à tout instant. Et moi, je me campe en une garde parfaite, résolue à imiter Naïs si jamais elle décider d’attaquer. Seth, lui, affronte la folie du regard de son père, sans un mot, avec un courage immense.

- « J’imagine que ton frère te ressemblerait probablement autant qu’à l’époque »

Je bouillonne littéralement à ces mots. Seth frémit, mais il n’esquisse aucun mouvement et reste aussi silencieux qu’une tombe. Soudain, alors que je rêve de réduire en pâtée pour Brûleurs cet imbécile de Samoan, les évènements se précipitent dangereusement. Imbécile ? J’ai dit imbécile ? Samoan est loin d’être un idiot, et la preuve par trois en est que le bouclier de protection créé autour de nous par ma mère disparaît aussi simplement qui est apparu. Il ne me faut pas trois secondes pour réaliser la situation. Je jure entre mes dents. Par la barbe de Merwyn, un gommeur !

Naïs est la première à bondir : dans un élan formidable, elle échappe à la protection de Pan, parce que bien avant nous tous, elle a compris ce qu’il se passe et le poignard qui siffle à travers la pièce, mortel, elle l’a perçu plusieurs secondes avant nous. C’est sans doute pour cela qu’elle se place devant Seth, déterminée à affronter et le poignard et Samoan qui fondent sur elle à la même vitesse. Alors que mes jambes daignent enfin se mettre en mouvement, machinalement, la scène semble dérouler au ralenti. Et le chaos règne…

* *
*


≈≈≈ Naïs ≈≈≈

L’air rentre péniblement dans mes poumons en feu. J’ai mal partout, mais quelque chose me dit que je ne suis décidément pas morte. Mes pensées s’entrechoquent dans mon crâne tandis que j’essaye de les ordonner tant bien que mal. Par la sainte culotte de l’Empereur, mais qu’est-ce qu’il s’est passé depuis que j’ai tout bonnement perdu connaissance ? Je ne me souviens même plus précisément de ce qu’il s’est passé à ce moment-là en fait. Plusieurs voix résonnent soudain à proximité. Je suis bien en peine de les reconnaître. Je papillonne un instant des paupière, une interrogation planant dans l’air sans que je puisse la poser – j’ai la gorge bien trop sèche pour cela.

Hého ? C’est qui ?
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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mer 19 Déc 2012, 08:36

Quelques secondes après l’arrivée de Pan par le mur, ce dernier se dressait déjà entre les deux hommes et Naïs, Libertée sur sa droite. La jeune femme poussa un léger soupir, tandis que beaucoup de choses se passaient simultanément.
Les aiguilles de Gil avaient été stoppées quelques secondes plus tôt par la barrière de ses cheveux, et les dessins venaient de cesser brusquement de s’enchaîner. Il y avait une sorte de protection bizarre autour de Nwëlla, Juhen Atal, Seth et Gil, sûrement un truc de l’Imagination. Libertée, en fait, ne comptait même pas dessus : elle détestait cette idée que l’on puisse faire basculer ce que l’on voulait dans la réalité. Même si cela pouvait être magnifique, et de véritables chefs d’œuvre artistiques, la plupart du temps c’était de l’abus de pouvoir, et de l’équilibre.

Mais elle n’allait pas non plus s’amuser à donner son point de vue comme ça, au milieu d’une pseudo lutte.
Tout le monde était immobile, se demandant qui allait attaquer en premier. Les regards se croisaient, et Libertée se fit soudain toute petite, essayant de se faire tout simplement oublier. Cela fonctionna peut-être, car le Mentaï le plus âgé tourna son attention vers le garçon de onze ans.


- Seth ? Avance un peu, que je vois comme tu as grandi…

Tout le corps de Libertée lui demandait d’intervenir, de ne pas laisser le petit approcher. Mais elle ne bougea pas d’un pouce en lançant un coup d’œil à Naïs, qui était tendue à l’extrême à côté d’elle. Un léger frisson se diffusa le long de l’échine de la marchombre, et elle posa son regard rose sur Seth, qui s’avança de quelques pas.

- J’imagine que ton frère te ressemblerait probablement autant qu’à l’époque

Le ventre de Libertée se révulsa littéralement à ses paroles, et elle lança un œil ahuri vers Naïs, qui semblait prête à tout. Elle avait perdu un enfant ? Mais pas bébé, peut-être, puisque c’était censé être le frère de Seth. Un long frémissement naquit à la racine de ses cheveux, et alors que Naïs commençait tout juste à esquisser son geste, elle bondit elle aussi.

Elle vit clairement l’envoleuse se placer devant son fils, et le sifflement du poignard vrombit à ses oreilles. Tendant le bras, elle réussit à attraper l’arme au vol, au niveau de la garde mais du côté de la lame, s’entaillant la paume droite. Retenant un juron, elle vit tourner le poignard dans sa main et le renvoya à l’envoyeur, sans s’arrêter.
Une danse.
Elle dansait.
Son mouvement n’avait pas de début, pas de fin. Un seul geste, un seul mouvement, elle se coula derrière l’homme – le Mentaï et frappa de toutes ses forces du tranchant de la main à l’arrière de sa nuque. Raté. N’arrêtant pas son mouvement, elle se baissa, s’introduisant dans son temps. Le temps du guerrier.
Un sourire sur les lèvres, elle se rendit compte qu’elle était profondément heureuse. Même si elle mourrait là, maintenant, elle n’aurait rien à regretter. Mais l’absence dans son ventre, soudain puissante et immense, l’envoyait au combat bien plus efficacement que quoi que ce soit d’autre.
L’homme n’était pas mauvais, et esquivait assez bien ses attaques, passant aussi à l’offensive quand il voyait une ouverture. Le rythme était effréné, et le second Mentaï n’avait pas l’occasion de se glisser entre leurs attaques sans gêner son collègue, et donc prendre le risque de le voir mourir sous un coup.

Mais si Libertée était à l’aise, et qu’elle avait recouvré une grande partie de ses capacités, sa maigreur lui faisait manquer d’une énergie physique qu’elle avait pourtant l’habitude d’utiliser, et de compter dessus. Le Mentaï était fort, et même si elle avait encore l’avantage – d’une pichenette, elle venait d’envoyer l’arme de l’homme à une dizaine de mètres de là – elle n’allait pas tenir longtemps.
Et elle n’avait absolument aucune envie d’utiliser ses cheveux totalement à la lumière devant autant de fils du Chaos. Gil était au courant, c’était une chose. Pour l’instant, elle ne les avait utilisés que deux fois consciemment, pour se sauver la vie, mais dans la cacophonie, elle était presque sûre que personne ne l’avait remarqué.
Les utiliser en combat revenait à mettre devant les yeux de tous son statut, alors qu’elle avait conscience que la plupart ne savaient pas ce qu’elle était – enfin, normalement.

Poussant un soupir, elle se glissa sous une nouvelle attaque de l’homme, pivota pour lancer son pied dans la cheville de ce dernier, et de sa bouche un léger soupir passa.


- Gil…

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mer 19 Déc 2012, 10:03

Pan serre les poings quand l’homme – sans aucun doute Samoan – demande à Seth d’avancer. Il lui aurait bien détruit la tronche à coups de poings, mais pour l’instant, il se retenait, n’étant pas certain que son intervention pourrait aboutir : après tout, c’était un dessinateur, et n’importe quoi pouvait jaillir de n’importe où. C’était surtout cela qui tenait Pan mieux que des chaînes…

Il aurait voulu hurler à Seth de ne pas avancer, et au vu de la réaction de Gil, c’était aussi le cas.
Et puis, soudain, la protection de Nahomie sembla éclater, disparaître, et tout s’enchaîna très vite. Naïs plongea en avant pour se placer devant Seth, passant devant lui sans réfléchir, sans doute, et il n’eut même pas le temps d’essayer ou de penser bouger qu’elle s’était déjà glissée hors de sa portée. L’Envoleur vit le poignard arriver, et l’entendit siffler dans l’air, arrêté soudain juste devant Naïs, dans la main de Libertée, qui avait réagi avec une rapidité tout simplement… inimaginable. C’était possible de se déplacer à une telle vitesse ?

Soudain, Pan se mit à douter de qui était Libertée. Elle avait l’air d’une combattante, certes, mais rien que cet éclat de vitesse… L’homme aux cornes sentit son regard s’exorbiter devant le spectacle qui s’offrait à lui : la jeune femme blonde qui attaquait sans réfléchir le Mentaï, dont l’accès à l’Imagination était bloqué par un possible gommeur quelque part dans l’entrepôt. Il aurait voulu intervenir, tout comme le compagnon de Samoan, mais les gestes de la femme étaient tellement rapides, précis et improbables – imprévisibles – qu’aucune percée n’était possible.

Mais Naïs venait de s’écrouler, et l’homme eut un seul réflexe, au final : se précipiter vers elle, pour la protéger de son corps. Seth était juste à côté, accroupi au-dessus de sa mère, et il saisit toute sa détresse, mais ne pouvait rien promettre, rien dire. Il attendait simplement, après tout désormais, il ne pouvait pas faire grand-chose de plus…

Poussant un soupir agacé, il entendit distinctement l’appel du feu follet qu’était Libertée.
Elle appelait Gil à la rescousse, et Pan se demanda un instant comment tout cela allait finir. Plus personne ne pouvait dessiner, la fuite d’un pas sur le côté par les Mentaïs était donc fortement controversée. Il fallait en finir avec eux.

- Trucidez-les, bon sang !

Il était trop lourd et pas assez rapide pour pouvoir avoir une chance de réussir à atteindre les deux hommes, qui comptaient sans doute sur ces capacités-là. En combat singulier, ça allait, mais là, avec tant de monde, il gênerait plus qu’autre chose, et serait dangereux même pour ses alliés.
Il n’avait plus qu’à contempler le combat, en serrant les dents et les poings, et en veillant sur Naïs qui était encore inconsciente.

Allez, qu’ils fassent des ravages dans ces rangs…
Libertée était un vrai feu-follet, aussi vive que le vent, parfaitement dans ce temps que le Maître de Pan avait voulu lui inculquer sans jamais parvenir à lui expliquer. Si elle avait montré, tel que le faisait la jeune femme à cet instant, il aurait compris. Et maintenant, il avait compris, mais pas l’entraînement – pas encore – pour réussir à le faire parfaitement.
Pan était l’une de ces personnes qui comptent sur sa force pour s’en sortir en combat. Il n’était pas spécialement souple, ni forcément très rapide, sauf pour certains mouvements très précis où la force permettait de l’acquérir (mouvements verticaux et horizontaux).
Une lueur d’admiration naquit dans son regard, alors que Gil entrait dans la danse, tout comme Juhen, Nwëlla et Atal…

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mer 19 Déc 2012, 13:07

- Seth ? Avance un peu, que je vois comme tu as grandi…

Gil se raidit et esquissa un mouvement mais le regard que Seth leva vers lui le figea aussi efficacement que s’il s’était agi de Seren. Troublé, l’envoleur fronça les sourcils. Cet enfant était surprenant. La peur qui brillait dans ses yeux ne le cédait qu’à la détermination, nette et franche, qui durcissait ses traits et lui donnait l’air d’un adulte. Un adulte de dix ans. Immobile, Gil regarda Seth avancer de quelques pas en direction de son père, prêt à tirer ses aiguilles au moindre frémissement de la part de ce dernier. A présent que Samoan était en pleine lumière et à quelques mètres seulement de son fils, la ressemblance entre eux était étonnante. Du Mentaï, Seth avait hérité un visage anguleux et des pommettes hautes, ainsi que la carrure des épaules et la stature. Mais dans ses yeux dorés, il n’y avait pas la froideur qui scintillait dans ceux de Samoan, et en définitive, Seth tenait beaucoup plus de son oncle que de son père. Celui-ci dévisagea un instant l’enfant avant de sourire, découvrant ses dents blanches.

- J’imagine que ton frère te ressemblerait probablement autant qu’à l’époque…

L’éclat de fureur pure qui traversa le regard de Gil passa aussi dans celui de Pan. Face à face, les deux hommes livraient un véritable combat intérieur pour ne pas se jeter sur Samoan et, pour la première fois depuis le début de cette aventure, Gil se sentait proche de ce drôle de bonhomme. Impuissant, il jeta un coup d’œil à Nahomie, qui ne bougeait pas d’un cheveu, puis à Juhen, qui pianotait fébrilement sur le manche de sa hache. La tension était à son comble, quelqu’un allait évidemment finir par craquer, mais c’était la dernière chose à faire : avec deux Mentaïs et une Dessinatrice tendus comme un fil de rasoir, déclencher une panique était une très, très mauvaise idée. Quelqu’un en eut alors une que Gil n’avait pas imaginée. Lorsque l’écran de protection de Nahomie disparut sans crier gare, l’envoleur comprit, au bref regard échangé par les deux hommes, qu’un Gommeur était en cause. Mais s’il paralysait la Dessinatrice, il les paralysait eux aussi, et ça, c’était une très, très bonne chose !

Naïs réagit toutefois plus vite que lui, prouvant encore une fois la supériorité de ses réflexes. Elle se précipita devant Seth au moment où Samoan, armé d’un poignard, se ruait sur l’enfant. Bousculé par le jeune Mentaï, Gil ne vit pas la suite des événements ; il était trop occupé à protéger sa gorge de la dague à lame courbe qui fouettait l’air avec une précision mortelle. Juhen abattit sa hache dans un geste puissant mais trop lent et le Mentaï se coula hors de sa portée avant de bondir pour répliquer. Sa dague perça la tunique du Thül à la hauteur des côtes, mais cet affront ne fit qu’accroître la colère du colosse : dans un rugissement digne d’un tigre, il balaya son adversaire d’un revers de bras, l’envoyant s’écraser contre le mur, près de Gil. Celui-ci en profita pour lui envoyer son poing, puis son pied dans la figure, avant de le frapper juste derrière l’oreille, touchant un point névralgique qui paralysa l’homme de douleur. Raide comme un piquet, il glissa lentement à terre tandis que Gil se précipitait vers Juhen.

- J’vais bien, grogna celui-ci en le repoussant durement.

Et pour le lui prouver, il se jeta à nouveau dans la mêlée. Gil resta un bref instant immobile, fasciné par l’incroyable pugnacité de cette tête de mule, puis son regard glissa vers Libertée et son cœur rata un battement. La marchombre était en train de se mesurer à Samoan. Celui-ci n’en menait pas large et, passée la terrible angoisse qui avait noué ses entrailles à la seule vue de ce combat, Gil sourit en voyant la jeune femme pirouetter dans tous les sens. Elle n’était pas légère, elle était aérienne. Elle n’était pas souple, elle était la fluidité même ; elle ne se battait pas, elle dansait. Et tous n’avaient d’yeux que pour elle alors que Samoan, déstabilisé, commençait à reculer. C’est ma chérie ! songea Gil avec une immense fierté. Il l’aurait volontiers crié si la crainte que son identité ne soit révélée. D’ailleurs, Libertée s’épuisait. Elle ne lâchait pas l’affaire, loin de là, mais un filet de sueur scintillait sur sa peau et ses gestes étaient de moins en moins précis. Y voyant là une ouverture, Samoan se mit à tourner, esquivant les parades et les attaques sans prendre la peine de répliquer ; il cherchait à la fatiguer.

- Gil… soupira la marchombre.
- Je suis là.

Il avait surgit derrière elle et passé un bras autour de sa taille pour la ramener derrière lui tandis que Samoan envoyait un coup de pied fouetté. Sans lâcher Libertée, Gil se baissa pour éviter le coup et bloqua la cheville du Mentaï pour le déséquilibrer. Celui-ci se laissa tomber à terre pour tenter de faucher les jambes de l’envoleur, sans succès : ayant anticipé cette parade, Gil avait déjà bougé, entraînant Libertée avec lui. Il avait noué ses doigts aux siens et se battait sans rompre ce lien charnel – exactement comme lors de leur première rencontre. Mais cette fois, il n’agissait pas uniquement dans le but de protéger la jeune femme ; calquant ses appuis et ses mouvements sur les siens, il mettait en place une sorte de ballet à deux, une danse qui ne laissait pas l’ombre d’une chance à Samoan : lorsqu’il parvenait à bloquer un coup, c’était pour s’en prendre un dans les côtes ou les articulations. Lorsqu’il se baissait pour éviter une attaque, une seconde le frappait de plein fouet. Il lui était impossible de gérer Gil et Libertée en même temps. Lorsqu’il reculait trop, la hache de Juhen sifflait à ses oreilles, le poussant à rester dans le cercle formé par tous. Un éclair de panique traversa son regard lorsqu’il comprit qu’il était bel et bien coincé, et incapable de s’en sortir par le biais des Spires…

Gil aurait aimé s’amuser plus longtemps mais un rapide regard en arrière lui apprit que Naïs était inconsciente, et le devoir prit le dessus sur le plaisir. Il était temps de mettre un terme à cette bataille. Son amie n’était pas la seule à avoir besoin de soins ; en dépit de leurs exploits, tous étaient plus ou moins couverts de coupures et d’estafilades qui méritaient d’être soignées. Esquissant un dernier pas de danse avec Libertée, Gil se coula derrière Samoan et enserra sa gorge de son bras. Libérant son autre main, plaqua son poignet contre le cou du Mentaï et se pencha pour approcher ses lèvres de son oreille.

- C’est fini, dit-il, et tout le monde se figea autour de lui. Tu as perdu, Samoan.
- Je ne perds jamais, grogna le Mentaï, à moitié étranglé par la prise de Gil.
- Cette fois, c’est pourtant le cas.
- C’est ce que tu crois, SangreLune ! Tu es trop sûr de toi… et tu vas bientôt payer ton insolence et tes crimes !
- Mais oui…
- Tu aurais tort de prendre mon avertissement à la légère. Je connais quelqu’un qui est impatient de te voir mort.
- Ton pote masqué ne me fait pas peur,
répliqua Gil en échangeant un regard avec Libertée.
- Ah ! Ce n’est pas lui que tu dois craindre… dis-moi, n’as-tu pas peur qu’il arrive la même chose à Kaünis qu’à Iselle ?

Cette fois, Gil garda le silence. Il ne retenait ses aiguilles qu’à grand peine et le nom de son élève avait fait disparaître toute couleur de son visage.

- Une jeune femme brillante, poursuivit Samoan d’une voix rauque et le visage de plus en plus cramoisi. Et si jolie…
- La ferme,
grogna Gil en resserrant sa prise.

Il allait lui briser les cervicales en dépit de ses efforts pour contenir sa colère lorsqu’un craquement sec retentit. Et les bras de Gil se refermèrent sur du vide. Le Gommeur avait été éliminé et les deux Mentaïs s’étaient volatilisés ! Rageur, Gil laissa échapper un juron. Puis il s’efforça de juguler son inquiétude et de ne pas penser à Kaünis pour se concentrer sur l’instant présent. S’agenouillant près de Naïs, il écarta doucement une mèche sombre de son front et tâta son pouls.

- Elle est épuisée, dit-il en réponse au regard inquiet de Nwëlla. Et nous ne valons pas mieux qu’elle. Allons-nous-en.

Puis, baissant les yeux vers Pan, qui était accroupi près de l’envoleuse :

- Tu veux bien la porter ? On va suivre les portes et les murs que tu as défoncés et vous couvrir en cas de problème.

Il se redressa et instinctivement, tendit la main derrière lui. Sourit à demi lorsque celle de Libertée se glissa dans la sienne. Seth détacha le regard de sa mère pour lever les yeux vers Gil.

- On rentre ?
- On rentre.


Promesse.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



[Absent du 25/08 au 28/08]
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Naïs Jol
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Citation : Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mer 19 Déc 2012, 20:02

≈≈≈ Nwëlla ≈≈≈

Aussitôt le gommeur évincé, Samoan et l’autre Mentaï disparaissent d’un simple pas sur le côté, promettant encore de joyeuses confrontations. On le tenait pourtant ! Gil le tenait ! Il aurait pu en finir pendant que l’accès aux Spire lui était encore interdit au lieu de papoter comme si de rien n’était. Quelque chose me dit que nous paierons tous très cher son hésitation un de ces quatre. Fulminant littéralement, je lance toutefois un regard inquiet à Naïs qui s’est littéralement écroulée au moment où Libertée interceptait le poignard en plein vol, à une vitesse fulgurante. Pour la première fois, je me demande qui est réellement cette étrange fille dont la danse – parce que ce n’était pas un combat qu’elle avait mené, mais bien une danse pleine de légèreté – fulgurante contre le Mentaï reste gravée au fer rouge dans ma mémoire. Encore un mystère à élucider. Toutefois, là n’est pour l’instant pas la question et un instant mon regard mauve cherche celui, dépareillé, de Gil. Et alors qu’il repousse une mèche rebelle du front de Naïs, la conclusion à laquelle il parvient me tire un léger soupir de soulagement. Croisant le regard de Pan qui ne semble pas décidé à lâcher notre sacrée Naïs, je hoche la tête tandis qu’un sourire amusé se dessine timidement sur mes lèvres. Emboîtant immédiatement le pas de Gil, en compagnie d’un Juhen qui affiche une moue plus boudeuse que jamais – furieux d’avoir était blessé aussi simplement qu’un débutant –, je ne suis pas mécontente de sortir finalement de cet enfer. Et avec tout le monde en un seul morceau, ou presque, qui plus est…

Le vieil entrepôt tout pourri s’éloigne désormais derrière nous. Une autre page se tourne tandis que Seth s’enfonce un peu plus encore dans le monde des adultes avec plus de courage que nous tous réuni. Naïs est tirée d’affaire, jusqu’à la prochaine fois. Même si quelque chose me dit, qu’elle ne laissera plus l’ombre d’une chance à Samoan de recommencer. Telle que je la connais, elle risque de faire un véritable carnage et je ne donne vraiment pas cher de la femme de Samoan et de ses filles. Quoi ? S’attaquer à la future épouse d’un cousin de l’empereur, je doute que cela lui fasse peur, et c’est bien ce qui m’inquiète. Tout cela promet encore de belles aventures.

* *
*


- « Non, ne restez pas ici, ils pourraient revenir »

Je passe pensivement une main dans mes cheveux d’or en soupirant. En cherchant dans le regard de mes comparses, j’espère un instant trouver un peu d’aide, mais évidemment, aucun ne pipe mot. Toutefois, Thyrinte s’affaire à griffonner quelques mots sur un petit morceau de papier rêche avant de me le tendre avec un sourire bienveillant.

- « Ma sœur habite à quelques kilomètres d’ici, vers l’est. Vous pouvez y atteindre le village en une heure, ou deux maximum. Donnez-lui ceci, elle vous accueillera avec grand plaisir : vous pourrez y passer la nuit sans craindre l’arrivée de gardes impériaux ! »
- « Thyrinte, merci »
- « C’était le moins que je puisse faire ! Faites-moi plaisir, restez en vie, tous… »

Gil et Juhen n’attendent pas plus pour filer tout droit aux écuries, suivis de très près par un Seth qui résiste étonnement à la fatigue pour un gamin de son âge. Aussitôt, je lève les yeux au ciel. Décidément, la politesse, ils ne connaissent pas ces trois-là, où bien est-ce la perspective d’un bon lit et d’une bonne nuit de sommeil en perspective qui leur donne des ailes ? Ça c’est bien possible ! Croisant le regard d’Atal, de Pan et de Libertée, j’affiche un faible sourire.

- « En route alors »

* *
*


- « Entrez »

La femme parcours la missive des yeux distraitement. Il nous a fallu à peine une heure pour rallier ce petit village de rien de tout – un hameau, à peine. Thyrinte avait dit vrai, sa sœur est aussi charmante qu’elle. Au moins, ici, nous sommes à peu près certain de passer une nuit tranquille et de pouvoir tirer certaines choses au clair demain matin – notamment avec cette Libertée. Après sa petite démonstration dans ce vieux hangar délabré, je préfère en avoir le cœur net – de toute façon, je ne l’aime déjà pas beaucoup, alors cela ne risque pas de changer des masses. Mais elle peut bien être n’importe quoi – même une marchombre – je ne suis pas assez stupide pour déclencher ouvertement les hostilités. Cela créerait un bazar monstre et nous risquions de nous entretuer tous purement et simplement. Or, c’est bien la dernière chose que je souhaite. Parce que bon, j’ai bien remarqué que, si je m’en prend à cette fille aux étranges cheveux, Gil serait bien foutu de prendre sa défense.

Pénétrant dans la vaste maison, j’emboîte le pas de Seth qui ouvre de grands yeux ébahis. L’espace est immense. Pourtant, la femme, d’une cinquantaine d’année semble vivre seule en ce lieu qu’elle pourrait aisément transformer en une agréable petite auberge si elle le voulait. De grands chandeliers éclairent la pièce relativement bien. L’endroit sent merveilleusement bon le bois et les gâteaux, comme une promesse d’un simple réconfort.

- « Vous tombez à pic ! Je viens juste de finir une fournée de petits gâteaux au chocolat »

La femme lève ses grands yeux noirs vers Pan, sans s’attarder plus que cela sur ses cornes – ce qui m’étonne un instant – avant de lui sourire chaleureusement. Naïs n’a pas repris connaissance. J’imagine aisément qu’elle n’a pas dû dormir beaucoup, en plus elle me paraît en bien piteux état.

- « Venez suivez-moi » dit-elle à l’attention de l’homme aux cornes « j’ai plusieurs chambres à l’étage » puis elle nous fait un clin d’œil « faites comme chez vous, j’arrive tout de suite »

Juhen est le premier à s’affaler dans un grand divan confortable. Gil et Atal ne tardent pas à l’imiter. Seth parviens tout juste à se faire un petite place entre Gil et Juhen. Moi j’opte pour le fauteuil une place, au moins je ne risque pas de mourir écrasée. Durant de longues minutes, nous nous observons, sans prononcer le moindre mot. Le gamin s’endort en moins cinq minutes, blotti sous l’épaule de Gil contre lequel se réchauffe Libertée. Cinq minutes plus tard, un ronflement sonore se fait entendre, nous informe que le géant vient, lui aussi, de s’endormir comme une masse. Affalé dans son canapé trois places, Atal affiche une moue désespérée, mais ça ne l’empêche pas de rapidement l’imiter. Les minutes passent et la sœur de Thyrinte ne redescend toujours pas. J’irai bien voir ce qu’il se passe là-haut, mais je n’ai plus la moindre force de me relever. D’ailleurs, tandis que j’étouffe un bâillement monstrueux, je sens que mes paupières se ferment doucement. Je ne serai pas étonnée que Pan – s’il ne s’est pas tout bonnement effondré lui aussi – et la femme nous découvrent tous en train de roupiller.

* *
*


≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Quelques rayons de soleil chauffe doucement ma peau. Mes côtes toutes endolories me tirent une grimace de douleur. J’ai pourtant l’impression d’avoir dormi comme un bébé. Quelqu’un s’affaire dans la pièce. Une présence légère à l’odeur douce d’une rose. Je jurerai que c’est une femme. Et alors que je me redresse tant bien que mal sur mes coudes l’éclat de sa voix me confirme la première ébauche de son identité.

- « Ah vous êtes réveillée ! Apparemment, mes infusions vous ont fait grand bien. Vos amis sont en bas et ils seront bien contents de savoir que vous êtes enfin réveillée… »

__________________________________________




Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Jeu 20 Déc 2012, 16:26

Il était là.
Le cœur de Libertée bondit dans sa poitrine quand elle sentit les doigts de Gil sur sa taille, malgré la situation plus que précaire dans laquelle elle était. Et puis, malgré ce qu’elle avait pu penser, la danse continua, mais ce n’était plus un duo, mais un trio. Ou plutôt, elle dansait avec Gil, et contre cet homme, ce Mentaï dont l’accès aux Spires était interdit ! A deux, ils virevoltaient, ne lui laissant absolument aucune chance. Aussi, quand Gil se glissa dans le dos de leur cible, l’étranglant, et qu’il lui papota tranquillement, Libertée fronça les sourcils.
Mais pourquoi il ne l’achevait pas ? Il fallait le faire tout de suite, là, maintenant ! Sinon, il pouvait trouver le moyen de…

Fuir.
Et voilà. Les bras de Gil étaient désormais vides, et il n’y avait plus trace non plus du second homme. Poussant un soupir de frustration – elle lui aurait bien tordu le cou à celui-là ! – Libertée relâcha ses épaules pour se détendre légèrement, après le combat.

Naïs chargée dans les bras de Pan, ils finirent par sortir de l’entrepôt désaffecté…



♥ ♥ ♥



- Vous tombez à pic ! Je viens juste de finir une fournée de petits gâteaux au chocolat

Libertée remua le nez de contentement. En effet, ça sentait drôlement bon, ici, et la maison, immense, était agréable même au premier abord. La gérante de la taverne qu’elle avait rejointe par hasard quelques heures plus tôt leur avait indiqué de se reposer ici, chez sa cousine ou sa sœur – Libertée avait déjà oublié – pour ne risquer rien du tout. Après, est-ce que c’était un piège ?

Pour l’instant, la marchombre décida que non.
Elle avait très très envie de manger un de ces gâteaux au chocolat, qui sentaient divinement bon. Son estomac fit un bruit compréhensible dans toutes les langues, lui tirant un éclat de rire. Depuis son enlèvement, et parce qu’elle avait perdu bien des kilogrammes, elle mangeait encore plus qu’à son habitude – et elle n’avait pas forcément un petit appétit, au contraire !

S’affalant sur l’accoudoir d’un canapé, contre Gil et avec son gâteau entre les doigts, la jeune femme poussa un soupir de délassement. Blottie dans les bras de son homme, avec de quoi se remplir l’estomac, elle se sentait juste bien, et ne cherchait pas plus loin que cet instant de délassement. Naïs, Pan et la maitresse des lieux étaient montés à l’étage, sans doute dans une chambre pour la femme mal en point, et tous les autres étaient devant l’âtre de la cheminée, à se réchauffer et à se reposer enfin un peu.
L’entaille dans la paume de la main de Libertée la picotait, mais ce n’était rien de grave, et elle finit par s’endormir la tête sous l’épaule de Gil, en essayant de fuir la vision de la femme aux yeux indigos qui la fixait un peu trop à son goût.



♥ ♥ ♥



Un rayon de soleil vint exploser sur une mèche dorée de Libertée, qui se réveilla en fronçant le nez.
Poussant un léger soupir, elle redressa le menton, et se rendit compte que tout le monde dormait encore. Elle eut soudain cette envie très pressante de quitter sa maison, mais ses doigts entremêlés à ceux de Gil la retinrent mieux que n’importe quoi d’autre.
Se trouver à proximité de la femme blonde quand elle se réveillerait ne l’enchantait pas, mais alors pas du tout. Elle avait senti, la veille, que Nwëlla lui demanderait des explications, et elle n’avait aucune raison de lui dévoiler quoi que ce soit. Et aucune envie non plus.

Se dégageant sans un bruit de la poigne de Gil, la marchombre déposa un léger baiser sur ses joues mal rasées et s’éloigna de la cheminée d’un pas aérien.
Elle ne partait pas, parce qu’elle voulait plus qu’autre chose rester avec l’envoleur. Mais elle pouvait aussi bouger un peu, non ? Des bruits de murmures attirèrent son attention, et elle décida de monter les escaliers pour voir comment allait Naïs. Avalant les marches trois par trois, aussi légère qu’un rêve, elle arriva en haut avec un léger sourire sur les lèvres, et poussa la porte entrouverte.

Pan était à moitié étalé sur le lit, accroupi à côté de Naïs, il s’était endormi les coudes sur le matelas.
Naïs venait d’ouvrir les yeux, et Libertée put contempler l’ambre de ses iris, presque doré. Prenant son souffle, la marchombre s’avança lentement, et posa doucement sa main sur l’épaule de la maitresse de maison, qui sursauta légèrement.


- Ils dorment encore.

Un sourire étira les lèvres de Libertée, qui s’approcha du lit de Naïs pour s’assoir juste à côté d’elle. Lissant les draps, elle finit par prendre les doigts de l’envoleuse entre ses deux mains, et elle frissonna quand la plaie qui était en train de crouter se posa sur le dos de la main de Naïs.

- Ils vont tous bien. Des égratignures, mais rien de grave. On est en sécurité ici, je crois…

Elle chuchotait, n’ayant pas spécialement envie de réveiller Pan…

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Jeu 20 Déc 2012, 19:13

- Tu veux bien la porter ? On va suivre les portes et les murs que tu as défoncés et vous couvrir en cas de problème.

Pan, hochant la tête, blottit donc Naïs contre son torse et la souleva comme si elle n’avait rien pesé. C’était un peu le cas, et sa maigreur était largement visible. Même si la dernière fois qu’il l’avait vue, elle l’était un peu, c’était bien pire désormais. Légèrement angoissé, l’Envoleur espéra qu’elle voudrait bien manger une fois réveillée.

Ils sortirent donc du bâtiment sans anicroche. Les portes défoncées l’étaient assez pour y passer, même avec une femme dans les bras, et Pan ne ralentit pas une seule seconde : plus rapidement ils seraient sortis de là, et mieux cela serait. La sécurité serait un peu plus développée à l’extérieur, c’était une certitude.
Heureusement, le lieu dans lequel Pan avait eu rendez-vous venant de Nwëlla n’était pas très loin de l’entrepôt, aussi ils n’eurent pas à marcher longtemps. Même si cela ne faisait pas de grosse différence pour l’homme, et que les quelques égratignures dont il avait écopé n’étaient pas très profondes ni graves, il se sentait presque vidé de son énergie. Et pourtant, il se tenait toujours droit, serrant le corps inconscient de Naïs tout contre lui.

- Ma sœur habite à quelques kilomètres d’ici, vers l’est. Vous pouvez y atteindre le village en une heure, ou deux maximum. Donnez-lui ceci, elle vous accueillera avec grand plaisir : vous pourrez y passer la nuit sans craindre l’arrivée de gardes impériaux !

Hochant encore une fois la tête en signe d’assentiment, Pan remercia la femme d’un léger mouvement du menton, avant de sortir lorsque Nwëlla lança le signal de départ. Il leur fallu moins d’une heure pour atteindre la petite bourgade, même chargé comme il l’était. Et quand enfin, l’Envoleuse toqua contre la porte de la sœur de Thyrinte, Pan poussa un léger soupir de soulagement.
L’odeur, dans la maison, était très agréable, mais il n’y fit pas plus attention que cela, montant le corps toujours inconscient de la jeune femme dans la chambre que la sœur de Thyrinte lui désigna. La déposant délicatement sur le matelas, il la borda soigneusement, calant la tête de Naïs contre un coussin molletonné.

S’agenouillant sur le côté du lit, il la contempla quelques minutes.
Même amaigrie et inconsciente, elle restait magnifique, avec une forme de visage presque taillé dans la porcelaine – une porcelaine foncée, et non blanche, mais teinté de la même perfection. Il avait hâte de pouvoir se plonger dans ses yeux ambrés, et de se voir se dessiner un sourire sur ses lèvres. Cela prendrait peut-être plusieurs jours, mais il était prêt à attendre…
C’est d’ailleurs peut-être pour cela qu’il s’endormit.


§§



- Ils vont tous bien. Des égratignures, mais rien de grave. On est en sécurité ici, je crois…

Ouvrant doucement les yeux, Pan réalisa soudain ce que les paroles signifiaient, et se redressa brusquement. Naïs avait repris connaissance, et un immense soulagement qu’il n’imaginait même pas pouvoir ressentir se glissa dans sa conscience.

Redressant la tête, il vit que Libertée avait entouré les doigts de Naïs de ses deux mains, et sourit légèrement.
Mais décidément, qui était cette femme ? Qu’est-ce qu’elle était ? Connaissait-elle Naïs ou pas ? D’après les réactions de Nwëlla ou Juhen, eux ne la connaissaient pas en tout cas… Mais ils ne le connaissaient pas lui non plus, et pourtant ils avaient réussi à le contacter !

- Comment te sens-tu, Naïs ?

Se redressant légèrement, Pan posa son regard sur la femme, et sourit. Infiniment soulagé.

- Mais vous vous connaissez ?

Il avait complètement oublié la sœur de Thyrinte, en fait, mais cette dernière s’éclipsa discrètement de la pièce…

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Ven 21 Déc 2012, 00:11

Les bras de Libertée entouraient sa taille et sa présence diffusait une agréable chaleur dans son dos tandis qu’il veillait à ne pas perdre le groupe de vue. Voilà près d’une heure qu’ils chevauchaient dans la froideur de la nuit et la fatigue se lisait sur tous les visages. Nwëlla avançait en tête, suivant les indications qu’on lui avait fournies, suivie de près par Atal et Seth, Juhen et Nahomie et enfin Pan, qui ne lâchait plus Naïs. L’envoleuse n’avait pas reprit connaissance depuis leur départ du hangar et l’on devinait l’inquiétude du colosse cornu à la tension de sa mâchoire et à son silence impénétrable. Ils étaient parvenus à quitter les lieux sans encombres, ce qui était une chance, étant donné leur état de fatigue ; fourbu, Gil grimaçait chaque fois que sa monture faisait un écart. Il sentait la tête de Libertée dodeliner dans son dos et lui-même devait lutter pour ne pas s’endormir.

- Une pinte que tu tombes de cheval avant qu’on soit arrivés.

Sans qu’il ne s’en rende compte, Juhen avait ralenti l’allure pour se placer à sa hauteur, et Gil tourna vers lui un visage mi-figue, mi-raisin.

- Deux que tu tomberas avant moi.
- Tenu ! Ce n’est pas un couteau qui aura raison de moi, foi de Thül !
- Ta foi ne pourrait pas faire apparaître un village ?
- Pas besoin, face de Raï,
sourit Juhen en levant le menton. Regarde…

Gil tourna la tête et son regard dépareillé s’éclaira lorsqu’il vit se dessiner les ombres de toitures. Ils étaient enfin arrivés.




*





- Vous tombez à pic ! Je viens juste de finir une fournée de petits gâteaux au chocolat !

La nouvelle fit naître bien des sourires ravis, mais le gargouillement désespéré du ventre de Libertée déclencha quelques rires et alluma une flamme dans les yeux de Gil. Prenant place dans l’un des moelleux divans du salon tandis que leur hôte, une femme replète aux yeux immensément noirs, entraînait Pan et Naïs à l’étage, l’envoleur s’efforça d’effacer la voix rauque et insidieuse de Samoan de son esprit. Mais le ton chargé de menaces tournait en boucle dans sa mémoire et l’empêchait de prêter une attention moins distraite une discussion entre Atal et Nwëlla. Il était frustré d’avoir laissé leur ennemi s’échapper, et plus encore, inquiet à l’idée que celui-ci puisse mettre sa vengeance rapidement à exécution. Ce fut une présence qui le ramena brusquement à la réalité. Seth venait de se lover contre lui, les lèvres encore empreintes de chocolat, et Gil se raidit à ce contact, ne sachant trop que faire ; il croisa alors le regard mi-amusé, mi-attendri de Nwëlla et soupira avant de se détendre progressivement, puis de passer un bras protecteur autour des épaules de l’enfant assoupi. Curieusement, il était soulagé de ne lire aucune rancœur dans les yeux mauves de son amie. Elle ne lui tenait pas rigueur pour son erreur et se moquait silencieusement de son étonnement. Malicieuse et drôle de femme…

Une autre femme drôle et malicieuse vint s’asseoir près de lui et Gil ferma brièvement les yeux lorsque la familière odeur de pêche chatouilla ses narines. Il fallut qu’il se montre infiniment délicat pour modifier légèrement sa position sans réveiller Seth, qui dormait à point fermés dans le creux de son bras, et ainsi passer son autre bras dans le dos de Libertée. L’enlacer était devenu un geste naturel, comme s’il été né et avait grandi dans ce seul but ; apaisé par sa présence, Gil cessa de penser à Samoan et se détendit enfin, promenant son regard sur les moulures du plafond soutenu par de larges poutres. La pièce dans laquelle ils se trouvaient était petite mais extraordinairement chaleureuse, meublée de toutes sortes de petites et de grandes choses colorées, brillantes ou tout simplement étonnantes ; ici, des bougies rivalisaient en tailles et en couleurs, et là, des napperons se superposaient comme autant de pétales finement travaillés. Dans la vieille cheminée ronflait un feu qui diffusait une douce chaleur dans la pièce et enveloppait le petit groupe qui, après une telle journée, s’abandonnaient petit à petit au sommeil.

Juhen fut le premier, après Seth, à rendre les armes et son ronflement sonore tira à Atal une moue dépité qui fit sourire Gil. S’il n’avait pas été coincé entre Seth et Libertée, il aurait gratifié le Thül d’un franc et amical coup de pied, mais il admettait que son ami ait besoin de récupérer. Ils avaient tous besoin de récupérer. Atal plongea quelques minutes à peine après Juhen, et lorsque le regard de Gil revint sur Nwëlla, lovée dans un large et confortable fauteuil, il découvrit celle-ci profondément endormie. Pensif, il observa un bref instant son visage détendu, recouvert par une ou deux boucles dorées, se demandant si elle allait garder pour elle les questions qui lui brûlaient les lèvres chaque fois qu’elle posait le regard sur Libertée, ou si elle allait faire en sorte de le coincer pour le cuisiner. Gil était prêt à mentir pour protéger sa marchombre, mais mentir à une amie, c’était bien plus difficile qu’il n’avait pu l’imaginer. Cas de conscience inutile, Cabochard, dit Seren dans son esprit, et Gil sourit. Peut-être que son ancien mentor avait raison à propos de lui. Peut-être qu’il se tourmentait trop en se posant des questions inutiles. Trop de questions inutiles. Alors que, quand il regardait Libertée, plus rien d’autre qu’une formidable bouffée de bonheur l’animait. Et lorsqu’elle posa la tête sur son épaule, vaincue à son tour par le sommeil, Gil appuya sa joue contre le sommet de son crâne et ferma les yeux, serein.
Presque serein.



*




Quelqu’un lui fourra un gâteau dans la bouche et Gil s’éveilla brusquement. S’étouffant avec la pâtisserie, il se redressa et foudroya Juhen du regard, mais celui-ci, plié en deux de rire, s’en moqua comme de sa première bagarre.

- Si tu voyais la tête que tu fais, mon vieux ! s’écria-t-il avant de rire à nouveau, imité par un Seth bien trop complice au goût de Gil.

Celui-ci avait finalement repris son souffle et s’essuyait le menton d’un air belliqueux qui alerta Nwëlla :

- Arrêtez un peu de vous donner en spectacle, gronda-t-elle en s’interposant avant qu’une bagarre n’éclate. Juhen, va voir ailleurs si j’y suis. Gil…

Elle s’assit près de lui et Gil réprima de justesse une grimace agacée. Enfer, elle va me cuisiner… Il chercha Libertée du regard, soupira en ne la trouvant pas, et déglutit carrément lorsque celui de Nwëlla se planta dans le sien. Oh, misère.

- Juste par curiosité… comment Libertée et toi vous êtes-vous rencontrés ? Je veux dire, tu nous avais caché cette perle rare, hein !

Par curiosité ? Mon œil, oui !

- Je pourrais te retourner la question, ma belle, rétorqua Gil sans se démonter. Qu’en est-il du beau et séduisant Atal ?

Il lui décocha un sourire éblouissant et Nwëlla plissa les yeux.

- Tu me caches quelque chose, mais je saurai bien découvrir ce que c’est. Même si tu ne m’aides pas.
- Je ne risque pas de te donner un coup de main pour fouiner dans ma vie privée, non !
- Enfoiré !
- Sale fouine !
- Non mais je rêve !
s’exclama Juhen en se plantant devant eux. Et on dit que c’est moi qui me donne en spectacle !

Tout à leur dispute, Gil et Nwëlla suggérèrent dans un bel ensemble à Juhen d’aller se faire voir. Ce à quoi le géant décida de répliquer en haussant le ton et en choisissant ses mots dans un répertoire plus vulgaire encore. Démoralisés, Atal, Nohémie et Seth les regardaient se chamailler comme des gamins attardés lorsque la maîtresse de maison apparut sur le seuil, un grand sourire aux lèvres :

- Votre amie s’est réveillée ! annonça-t-elle à la cantonade.

Comme par magie, Nwëlla, Jugen et Gil se calmèrent. Ils restèrent un court instant immobile, comme sonnés par la nouvelle, avant de se précipiter vers l’escalier en se bousculant comme des forcenés. Navré, Atal soupira et s’approcha de leur hôte pour s’excuser ; celle-ci se contenta d’éclater d’un rire franc, puis retourna à ses fourneaux.

- Viens, Atal !

Seth était revenu en arrière et avait attrapé le bras de son oncle pour l’entraîner à sa suite. Lorsqu’ils entrèrent dans la chambre, il y avait beaucoup de monde…

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Sam 22 Déc 2012, 01:20

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Les idées s’ordonnent tout doucement dans ma tête lorsque la femme quitte la chambre. Elle respire tellement la sérénité et la joie de vivre que c’en est littéralement communicatif. Profitant de la porte ouverte, un léger courant d’air s’y faufile tandis que je me redresse en grimaçant. Ah ! Avec au moins deux ou trois côtes cassées au bout du coup, il se sera au moins amusé, Azeus, avec son fichu don. J’espère franchement ne pas le recroiser de sitôt : de toute façon, ces derniers temps, trop de combats m’avaient opposé à des Mentaï. Ces hommes sont pourtant sensés défendre la même cause que moi, hélas, depuis ces six derniers mois j’ai pu constaté à quel point ces dessinateurs, élite même de l’ordre du Chaos, peuvent se montrer opportunistes et dénués du moindre principe moral. J’ai à peine le temps de reprendre me souffle qu’une petite voix, à peine un chuchotement, brise le silence de la chambre. Cependant il me faut plusieurs longues secondes avant de me souvenir à qui elle appartient car, justement, je ne la connais que depuis… Depuis quand au fait ? Il a très bien pu se passer une nuit comme trois jours : je dois bien avouer que j’ai un peu perdu la notion du temps. Le soleil brille dehors – ses rayons chauffent agréablement ma peau – il fait donc jour. C’est tout ce que je sais.

Une espèce d’énergie pure me traverse de part en part lorsque Libertée s’assoit sur le rebord du lit. Un imperceptible sursaut de surprise me déstabilise un instant au contact de la peau froide mais douce de la jeune femme. Je n’ai jamais vraiment pensé, depuis que Vil’Vishyard senior m’a révélé son existence, ce qu’il pourrait bien se passer lorsque nous nous rencontrerions. A priori, elle ne semble pas du genre jalouse – tant mieux pour moi en fait, car si cela avait été le cas, elle aurait aussi bien pu m’achever, là-bas, dans cette prison, sans que je ne puisse l’en empêcher. Secouant imperceptiblement la tête, je chasse tout un tas de questions qui risque de me donner une sacrée migraine – ce dont je n’ai franchement pas besoin, surtout au réveil. En fait, pour l’instant, sa chaleur, son énergie mêlée à une certaine douceur, m’envahissent agréablement. Je laisse quelques secondes de silence filer tandis que Pan émerge du sommeil. Pan. Il a souvent occupé mes pensées ces dernières semaines tandis que j’arrive un peu mieux à saisir la nature de ce lien profond qui m’attache à Gil.

La question hâtive, mais que je sens empreinte d’un immense soulagement, me tira un sourire malgré la sourde douleur de mes côtes en miettes – le premier depuis plusieurs semaines en fait. Achevant de me redresser complètement, je laisse ma main glisser sur les doigts de Pan pour le rassurer.

- « Ce n’est pas la forme olympique, mais je suis vivante…»

Vivante. Bien vivante. Incroyablement vivante, ça oui ! C’est presque à croire que de frôler la mort, c’est bon pour la santé. La question suivante m’étonne quelque peu. Peut-être la familiarité de la jeune femme, qui ressemble étrangement à un geste d’amitié, nous fait-elle passer pour de bonnes copines. En réalité, même si je connais l’existence de Libertée depuis un petit moment déjà, cela fait à peine quelques heures que je la connais. A mon avis, connaissant Nwëlla, elle doit se poser tout autant de questions à propos de cette femme, et sa suspicion ne plairait sûrement pas à Gil. Haussant les épaules, j’adresse un bref clin d’œil entendu à Libertée puis à Pan avant d’éclaircir la situation.

- « Euh, oui… Depuis hier… »

A présent, moi aussi j’ai une vague interrogation qui me taraude l’esprit.

- « Libertée ? J’aimerais que tu m’éclaire : tu es restée, tu t’es battue alors que tu aurais pu partir. En plus, je suis sûr que tu n’aurais pas eu de mal à convaincre Gil de te suivre, alors pourquoi ? »

La jeune femme n’a pas le temps de réfléchir à la question et encore moins d’y répondre : la chambre est littéralement envahie par Nwëlla, Juhen et Gil qui se battent presque pour rentrer en premier. Mon amie de toujours bondit sur le bout du lit pour s’y asseoir confortablement et lorsque Juhen se pose à son tour sur le rebord du grand, il manque d’éjecter littéralement tout le monde. Je croyais qu’ils dormaient ces trois-là ? Et évidemment les commentaires ne tardent pas à tomber – ça, impossible d’espérer y échapper.

- « Franchement, bravo ! Je ne sais pas comment tu as fait ton compte pour te mettre dans des emmerdes pareilles, mais c’était très réussi ! » plaisante Juhen.
- « Pour une fois, je suis bien d’accord avec Juhen ! Naïs, si tu n’existais pas, il aurait fallu t’inventer ! Enfin, aujourd’hui, tâche de rester tranquille et de te reposer… » ajoute Nwëlla sur un ton tout aussi léger.

Misère de misère ! Je sens déjà que je vais avoir l’Envoleuse sur mon dos toute la journée, à surveiller tous mes faits et gestes. Par la sainte culotte de l’Empereur, heureusement qu’Irrhuin n’est pas là, sinon j’aurai sûrement dû passer la journée clouée à ce fichu lit. Seth parvient à se frayer un chemin jusqu’à moi. Mais mon attention est soudainement attirée par une odeur exquise. Une odeur de gâteau au chocolat. Du chocolat. J’en aurais presque faim, alors, je me laisserais bien tenter par une pâtisserie, si toutefois Gil, Juhen, Atal et Seth n’ont pas tout englouti comme les goinfres qu’ils sont.

- « Dites, ça sent le chocolat il me semble ?»

* *
*

- « Par le slip de Merwyn, si je tiens la sale face de Raï… »

Je manque d’éclater de rire en entendant la voix tonitruante d’un Juhen fulminant littéralement. Un Juhen détrempé, à vrai dire : le sceau d’eau qu’il vient de se prendre n’a pas dû lui plaire des masses. Je suis prête à parier que Gil ou Nwëlla se trouvent derrière la plaisanterie un peu douteuse. Libertée et Atal, à côté de moi, soupirent et je dois avouer qu’ils n’ont pas tort : les trois ensembles sont de vrais gamins – pire même. La blague n’est pas non plus au goût d’Iza, notre aimable hôte qui désespère de voir sa maison devenir un vrai champ de bataille.

- « Ah Maman, la tête de Juhen, ça valait mille ! »

Seth chuchote pour que le géant ne l’entende pas. Mais c’est peine perdu car aussitôt Juhen le soulève comme s’il n’avait rien pesé et gravit les marches de l’escalier pour retrouver les deux autres plaisantins. Iza choisit ce moment pour nous rejoindre un instant.

- « J’ai entendu dire qu’il y a un concert ce soir dans le petit bar du village »

Je souris distraitement. Pour n’importe qui d’autre, elle pourrait sembler nous mettre à la porte littéralement. En vérité, son ton amusé en dit long. Débarrassez un peu le plancher ce soir, allez vous amuser le temps que je remette un peu d’ordre et que vous puissiez dormir dans des chambres correctes cette nuit sous-entend elle presque aussi fort que si elle l’avait dit ainsi. Et après tout, ce n’est pas une si mauvaise idée – même si mes côtes me font souvent grincer des dents.

* *
*

Iza n’a pas menti. Deux guitaristes, un flûtiste et un percussionniste animent joyeusement l’endroit envahi par la délicieuse odeur qui émane de la viande de siffleur dans nos assiettes respectives – le fumet de siffleur, c’est la spécialité de la taverne selon ce que nous a dit la petite serveuse. Après une légère pause, la musique reprend sur un air entraînant et joyeux. Lentement mais sûrement le rythme et la mélodie pulsent dans mes veines. Délaissant très vite mon assiette, je me glisse entre les tables pour trouver un espace libre. Ondulant de façon presque innée, j’en oublie même la douleur de mes côtes, je laisse s’exprimer cet élan de vie en moi. En piste les filles ! Comme communiquant par télépathie, Libertée et Nwëlla ne tardent pas à me rejoindre gaiement. Il me faut plusieurs minutes avant de me rendre compte que toute la salle, vraisemblablement captivée par les trois étranges femmes que nous sommes, applaudit au même rythme que la musique. Malicieusement, j’invite d’un simple geste du doigt les hommes à nous rejoindre. Hier, je me battais pour ma vie. Ce soir, je fais la fête. Normal quoi…

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Dim 30 Déc 2012, 09:44

Pourtant l’homme aux cornes se réveilla rapidement. Mais Libertée, si elle ne voulait pas le réveiller, c’était surtout parce qu’il avait besoin de dormir…. Enfin, maintenant il semblait conscient – encore un peu dans les vapes - mains éveillé. Il demanda à Naïs comment elle se sentait, ce que Libertée n’avait même pas fait en fait, et ensuite, la question qu’il posa était à la fois anodine et terriblement sérieuse…/

- Mais vous vous connaissez ?

Libertée poussa un léger soupir, un léger sourire étirant ses lèvres tandis qu’elle posait son regard sur Naïs. Mais ce fut la femme qui répondit, et non pas elle-même.

- Euh, oui… Depuis hier…

Et c’était vrai. Libertée n’avait jamais vu Naïs avant, même si Gil lui en avait parlé. Elle savait ce qu’était cette femme, et cela l’avait faite évoluer elle-même. Parce que la première réaction qu’elle avait eue - de la jalousie pure – ne lui avait pas plu du tout, et avait remis en question tout son petit monde intérieur, envoyé valser des certitudes ancrées en elle… Mais elle avait réussi, grâce à Lacrya, grâce à ses parents, et grâce à Gil, à tout réordonné avec les nouvelles informations. Ce n’était pas qu’elle n’était pas jalouse, c’était qu’elle refusait de l’être. Elle était jalouse, elle le sentait, mais elle contenait cette sensation en se disant qu’elle n’avait pas le droit d’entraver la liberté de Gil autant que celle de Naïs. Et de tous les autres !

- Libertée ? J’aimerais que tu m’éclaire : tu es restée, tu t’es battue alors que tu aurais pu partir. En plus, je suis sûre que tu n’aurais pas eu de mal à convaincre Gil de te suivre, alors pourquoi ?

La marchombre allait ouvrit la bouche pour répondre, laissant les mots jaillir d’elle-même, quand la porte s’ouvrit brusquement et que des hurlements la remplirent. Un large sourire étira ses lèvres, et elle tapota le dos de la main à Naïs pour lui dire qu’elle lui donnerait sa réponse quand elles en auraient l’occasion.

Dans tous les cas, tout ce petit monde était empli d’une énergie inédite, et absolument géniale. Si jusqu’alors la gravité de la situation avait scellé les sourires, ces derniers s’exprimaient avec force et soudain, Libertée se sentit parfaitement bien, dans un monde de rire, de blagues, de jeux et saturé de cette énergie enfantine qu’elle aimait tant et dont elle avait fait longtemps son crédo.



♥ ♥ ♥



Libertée appréciait vraiment Seth, ce gamin était tout bonnement génial !
Et la bonne humeur de Gil et de Juhen, quand ils étaient ensemble, était terriblement hilarrante ! Elle se greffa plusieurs fois aux blagues douteuses des uns et des autres, d’ailleurs, car c’était complètement dans sa nature de faire cela. Extravertie au possible, elle avait aussi vu que Juhen n’avait pas d’a priori sur elle, et était parfaitement confiante avec Gil.
Et elle s’amusait comme une petite folle !

Quand la maîtresse de maison les mit gentiment mais fermement dehors pour la soirée, Libertée ne tiqua même pas : elle savait que tout cela était parfaitement fatiguant pour ceux qui n’étaient pas spécialement impliqués. Ils rejoignirent donc l’auberge du village, dans laquelle en effet un petit groupe de musique jouait un air animé.

Une lumière s’alluma dans les yeux de Libertée.
Son regard trouva celui de Gil, et elle comprit qu’il avait pensé à la même chose qu’elle : à cette rencontre, dans cette auberge, à cette danse folle, à la nuit de folie qui avait suivie… Et même si la fin avait été abrupte, elle savait que c’était sa faute, et cela ne se reproduirait pas… - enfin, pour l’instant.
Saisissant les doigts de l’envoleur, elle l’entraîna sur la piste, un immense sourire sur les lèvres. Se collant à lui, elle entama une danse sensuelle… Devenue mouvements purs, gestes fluides, devenue musique, elle ne s’arrêta que lorsque la musique stoppa enfin…
Dansons ensemble, mon loup !

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Lun 31 Déc 2012, 19:58

Bon, elle allait plutôt bien ! Comme elle disait, elle n’allait pas non plus soulever des montagnes, mais elle était capable de parler, et de bouger – même si elle semblait bien amochée. Un soupir de soulagement franchit les lèvres de Pan à la seconde-même où Naïs répondait, et bientôt son regard se posa sur la petite femme à ses côtés, qui tenait la main de la malade tranquillement.
Elles ne se connaissaient pas, alors ?
Mais qui était Libertée, dans ce cas ? Que faisait-elle ici ? Pourquoi les avait-elle suivis dans cette aventure, prête à risquer sa vie pour sauver celle d’une femme qu’elle ne connaissait pas ? Toutes les questions tourbillonnaient dans le crâne de Pan, mais avant qu’il n’eût ouvert la bouche, Naïs prit les devants et posa exactement les questions qui tourmentaient l’homme.

- Libertée ? J’aimerais que tu m’éclaire : tu es restée, tu t’es battue alors que tu aurais pu partir. En plus, je suis sûr que tu n’aurais pas eu de mal à convaincre Gil de te suivre, alors pourquoi ?

Mais avant qu’une quelconque réponse ne put se dessiner sur les lèvres de la femme, un véritable ouragan entra dans la pièce, dévastant tout sur son passage – ou presque – et tirant un long soupir résigné tant à Pan qu’à Naïs, tandis qu’il allumait une étincelle dans le regard de Libertée.


§§



Une fois sortis de la maison, dans l’air frais de la soirée, Pan put enfin respirer. Les bêtises des compagnons de Naïs étaient épuisants, et il en avait un peu sa claque, il fallait bien l’avouer. Un peu plus, et il serait sorti seul prendre un bol d’air. Manque de chance, ils étaient tous dehors avec lui, et tous décidés à profiter de la soirée. Apparemment, il y avait un petit concert dans l’auberge du coin, d’après la maitresse de maison.
Quand ils entrèrent dans la taverne, Pan put se rendre compte qu’elle avait raison. Il avait fini par croire qu’elle les mettait simplement dehors, même avec le sourire, mais elle les avait simplement poussés à la détente… Et il aurait peut-être mieux faire de rester dans la maison tandis que le petit groupe sortait.

Mais bien vite, cette simple idée s’effaça devant… devant du vide.
Parce que Pan venait de poser son regard sur les femmes qui dansaient, et particulièrement sur Naïs. La femme ondulait, louvoyait ; ce n’était plus de la danse, mais bien plus que cela, un ballet d’émotions pures et scintillantes !
Il aurait sans doute pu la contempler des heures encore, juste à la regarder, bouche bée et avec l’œil presque humide. Mais le couple que formaient Libertée et Gil passa dans son champ de vision, et malgré lui toute son attention se focalisa sur leur… échange ?

Cela sentait la passion à des kilomètres à la ronde. La passion fraiche, la passion puissante, une impulsion de vie, une pulsion bien au-delà des mots…

Impressionné, presque envoûté par les danses qui se déroulaient devant lui, Pan ne remarqua même pas que les autres consommateurs de l’auberge s’étaient écartés pour laisser la place aux danseurs, qui ondoyaient si gracieusement, magnifiquement sur la piste. Et le groupe redoublait d’effort pour avoir une mélodie entraînante, toujours plus rapide et vivace…

Peut-être qu’ils étaient, en fait, dans un autre monde…
Il avait encore l’impression de voyager d’un monde à l’autre.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mar 01 Jan 2013, 23:29

La nuit était calme et fraîche, le croissant de lune voilé par un mince filet de nuages tandis que de très légers flocons voletaient au gré de la brise nocturne. La neige tassée crissait sous les pas des villageois qui se dirigeaient tranquillement vers l’auberge animée par un fond musical éminemment attractif, et un nuage de condensation se formait devant leurs lèvres. Il fallait cependant bien plus qu’une nuit d’hiver pour démoraliser les troupes et Gil avançait lui aussi vers l’établissement aux fenêtres éclairées dans la pénombre. Il n’était pas seul, toute la bande l’accompagnait : Libertée, qui n’était jamais très loin de lui et dont la seule présence suffisait à le réchauffer tout entier ; Atal et Nwëlla, qui se laissaient pour une fois aller et qui, dans un élan de tendresse, avaient noués leurs doigts ; Juhen et Seth, qui conversaient à voix basse et dont les mains pleines de neige le laissait croire qu’il allait bientôt se prendre une boule bien tassée en pleine figure ; et enfin, Naïs et Pan, qui restaient étrangement silencieux, comme perdus dans leurs pensées.

Le géant cornu avait la tête de celui qui avance en dépit de sa bonne volonté. Comme eux tous, il avait de magnifiques cernes bistre sous les yeux et il se pouvait également qu’à la fatigue se joigne la sensation de ne pas être à sa place parmi eux ; peu sensible à ce genre de détail, Gil n’envisageait pas un seul instant de ralentir le rythme pour tenir compagnie à cet homme si particulier qui avait le pouvoir de l’encorner d’un seul geste. Ce qui ne l’empêchait pas de considérer avec une fascination non feinte les muscles épais de son cou et la prestance presque animale qui émanait du moindre de ses mouvements. A côté de lui, Gil se sentait aussi insignifiant qu’un moucheron. C’était assez inhabituel et il ignorait encore comment réagir, mais s’il était sûr d’une chose, c’est qu’à la moindre erreur de sa part, Pan risquait de lui arracher la tête avec une aisance qu’il pensait être naturelle. Plutôt recevoir une avalanche sur le poil de la part de Juhen plutôt qu’un coup de corne de ce type… Suivant le fil de ses pensées, le regard de Gil glissa vers Juhen et Seth, qui complotaient toujours. L’enfant arrivait tout juste à la hanche du Thül et ils formaient un duo peu ordinaire, mais incroyablement complice ; lorsque le géant lui glissa deux mots à l’oreille, Seth éclata d’un rire jeune et franc, ce rire qui l’attachait encore au monde innocent de l’enfance.

Son rire s’accrût lorsque Gil se reçut deux monumentales boules de neige en pleine figure et, par contagion, il trouva un écho dans celui des adultes qui gravitaient autour de lui. Marmonnant pour la forme, Gil s’essuya le visage et frissonna lorsqu’un peu de neige fondue lui glissa entre les omoplates. Mais un regard échangé avec Libertée lui fit aussitôt oublier la morsure du froid et lorsqu’il pénétra dans l’ambiance festive de l’auberge, il y avait un pli de sourire dans sa joue. Son oreille musicale reconnu tout de suite le talent des artistes qui se produisaient à l’extrémité de la salle et son regard s’arrêta un bref instant sur le jeune flûtiste. Et si ma vie avait été la sienne ? Si je n’avais vécu que pour ce moment-là, une salle comble et de parfaits inconnus s’agitant sur une musique née de mon souffle et de mes doigts ? Une main effleura la sienne et Gil tourna instinctivement la tête vers Libertée. La marchombre le regardait en silence, ses yeux rose pétillant de malice et ses lèvres ourlées en une petite moue songeuse. La musique les enveloppait au même titre que la chaleur ambiante et ramena Gil quelques mois en arrière, dans un établissement similaire. Une soirée qui avait laissé une marque indélébile dans sa mémoire et dans sa chair : ses doigts se souvenaient de douceur de la peau de Libertée, ses bras de sa légèreté alors qu’elle tourbillonnait, portée par la musique… On le bouscula par mégarde et Gil reprit corps avec la réalité pour voir la jeune femme suivre Naïs et Nwëlla dans une danse sensuelle et enjouée.

Enfer, songea-t-il en sentant sa bouche s’assécher brusquement, je l’aime ! Son cœur cognait dans sa poitrine et il n’avait d’yeux que pour elle. Libertée. Sa Libertée virevoltant au milieu de la piste, déclenchant un feu en lui chaque fois qu’une mèche de ses cheveux retombait devant son visage. Elle était si belle que ç’en était douloureux. Oui, je l’aime… Ni Juhen, ni Seth n’osèrent se moquer de la fièvre qui faisait briller ses yeux et colorait ses joues. Le plaisantin et l’enfant avaient compris que quelque chose d’unique était en train de se jouer sous leurs yeux et ils se taisaient, figés dans l’attente de ce qui allait suivre. Mais Gil n’était pas le seul qui soit complètement pantelant devant un tel spectacle : debout près de lui, Atal ne quittait pas des yeux la blonde Nwëlla, dont la puissance guerrière se transformait en sensualité parfaite. Et au milieu dansait Naïs. Loin d’être ne reste en dépit de la fatigue qui se lisait sur son visage et la maigreur qui faisait apparaître ses os plus nettement sous sa peau caramel, l’envoleuse se déhanchait en rythme et Juhen donna un léger coup de coude à Seth pour lui désigner Pan, subjugué par cette incroyable scène.

Gil ne bougea pas lorsque Libertée se détacha du trio pour s’avancer vers lui mais, lorsque ses doigts s’entremêlèrent aux siens, il la suivit sans hésiter. Il la suivrait jusqu’au bout du monde, réalisa-t-il alors qu’ils entamaient une nouvelle danse. Pour la première fois, Giliwyn SangreLune était lié de manière inextricable à une autre personne dont il était totalement, entièrement, complètement dépendant. Et amoureux. Par la plus sainte des culottes de l’Empereur, fou amoureux, oui ! Entourant sa taille menue de ses bras, Gil plongea son regard dans celui de Libertée. Cette fois, il accepta de perdre ses moyens, la laissant donner le rythme et mener la danse. Leur danse.

- Je peux être ton cavalier, si tu veux, lança Juhen à l’attention de Seth.
- Je suis trop jeune pour mourir écrasé par un Thül ! s’offusqua le gamin avant d’esquiver en riant une baffe qui lui aurait assurément décollé la tête des épaules.
- Sale gosse !
- Dis, Ju’, il attend quoi Pan pour inviter maman ?
- Heu…


Reportant son attention sur la piste de danse, Juhen vit qu’Atal avait rejoint Nwëlla ; Naïs dansait désormais seule et l’immense bonhomme aux cornes semblait plus figé qu’une statue. Un sourire se peignit sur le visage du Thül et il se pencha pour souffler son idée à l’oreille de Seth :

- Et si tu allais lui donner un coup de main ?

Il n’en fallut pas plus pour qu’il saute à bas de son tabouret et rejoigne le colosse en se faufilant habilement entre les gens. Sans ralentir l’allure, il plaqua ses deux mains dans le dos de Pan et poussa pour le faire avancer vers la piste, droit vers Naïs ; n’eut-ce été la surprise, jamais il n’aurait pu faire bouger cette impressionnante masse de muscles. Mais il fallait croire que Pan avant été surpris…



[Pan-pan, si tu trouves que Juhen a eu une idée trop audacieuse, tu me sonnes !]

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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



[Absent du 25/08 au 28/08]
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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Jeu 03 Jan 2013, 18:20

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Les notes vibrent dans l’atmosphère et s’envolent avec légèreté. Comme moi. La musique marque un bref arrêt et je retiens mon souffle. Et tous, ici, m’imitent. Et le flûtiste qui me rappelle étrangement une nuit lointaine, mais si proche à la fois, dans un petit village bordant la confrérie de Fériane. Chaque rythme, chaque son résonnent au plus profond de moi-même, pulsant dans mes veines, de cette manière si particulière. Tantôt rapide, tantôt lente j’accorde aisément mes mouvements à la mélodie qui change toujours d’humeur et de couleur. Une note plus aigue que les autres donne un ton de mélancolie tandis qu’une autre réchauffe littéralement malgré le froid mordant à l’extérieur de l’établissement. Ailleurs, je suis tout simplement ailleurs. Je n’ai presque plus conscience de Nwëlla, rapidement rejointe par Atal, ni de Libertée qui entraine Gil au milieu du cercle laissé vide. Et encore moins des quelques audacieux qui, de leurs mouvements maladroits, tentent vainement de m’accrocher la taille et entrer dans la danse. Je suis seule dans mon monde. Un monde méconnu et minuscule, aux plages de sable fin dont la splendeur ne saurait être égalée, même par la tour de cristal de la capitale de l’Empire.

La musique continue de résonner comme un tam-tam et doucement l’eau salée aux multiples dégradés de bleus semble me lécher les pieds. La végétation est complètement luxuriante. Au loin, plusieurs enfants s’amusent dans l’eau. Leurs rires joyeux et légers emplissent l’atmosphère. Un doux parfum de fruits frais plane sur la plage. Une femme au ventre arrondi regarde les bambins jouer d’un air attendri. Ses longs cheveux noirs cascadent sur ses épaules fines. Et lorsqu’elle tourne la tête dans ma direction, son regard d’or semble briller une demi seconde. Seulement. Car la réalité de ses yeux vides me coupe le souffle, littéralement. Essayant, sans y parvenir toutefois, de me raccrocher à quelque chose, je titube. Les battements de mon cœur s’accélèrent imperceptiblement. Un étrange chaleur m’envahit. Enfer ! Est-ce que je délire ? J’ai chaud. J’ai terriblement chaud. Instinctivement, je glisse mes doigts dans mes cheveux, tâchant de remettre mes idées en ordre du mieux que je puisse. Le sable tiède s’effrite sous mes pieds. Les derniers rayons d’un soleil généreux pénètrent par tous les pores de ma peau. Et pourtant, j’étouffe. J’ai besoin d’air, et pas plus tard que maintenant.

Les dernières notes s’éteignent doucement. J’ai la désagréable impression que le sol se transforme littéralement en guimauve sous mes pieds. Même la présence si rassurante derrière moi ne parvient pas à apaiser la fièvre soudaine. Il faut que je sorte ! Vacillant un instant, je me fraie un chemin vers la porte de l’auberge. Le contact froid du fin manteau de neige sous mes pieds me fait frissonner tandis que je prends péniblement une grande inspiration. Mon cœur cogne à toute vitesse dans ma poitrine, presque au bord de l’explosion. Par la sainte culotte de l’Empereur ! C’était quoi ça ? Oh bon sang ! Ma fille, tu délires ! Un enfant ? Des enfants ! J’ai juré de ne jamais plus en avoir. Et puis je ne suis même pas capable de protéger les miens. Non ! Jamais plus ! Enfer ! Les pensées s’entrechoquent par million dans mon crâne, presque à m’en donner la nausée.

Machinalement, mes jambes se débloquent. Pas même un chat ne traîne dehors à cette heure-ci de la nuit et par un froid pareil. L’hiver s’installe pour de bon cette fois-ci. Pourtant, malgré mes bras nus et mes longues jambes découvertes également, pas une seule fois je ne songe à retourner dans la petite auberge. Peu à peu, ma respiration se calme et redevient plus ample, silencieuse. Les images défilent à nouveau dans ma tête mais je les chasse sans tergiverser. Une seule crise de panique pour la soirée me suffit amplement. J’ai besoin de rester un peu seule, même si je sais que je ne risque pas de le rester très longtemps étant donnée ma sortie en trombe. D’ailleurs, non loin derrière, je perçois la démarche légère de Libertée. Décidément, depuis hier soir, elle ne cesse de m’étonner. Je ne sais trop si c’est par respect ou pour une autre raison, en tout cas, pour le moment, elle ne fait que me suivre de loin, me laissant ruminer seule mes pensées.

Bifurquant sans même m’en rendre compte dans une petite ruelle, je me hisse sur un toit en deux temps trois mouvements. Une soudaine bourrasque de vent manque de me faire perdre l’équilibre et je constate alors combien je suis encore plus faible que mes derniers jours de captivité dans les montagnes du nord. Je n’ai jamais pesé bien lourd, mais là, je dois faire bien dix kilos de moins que mon poids normal. Je plisse le nez quelques secondes à la simple pensée que je ne dois pas être très belle à voir ainsi – quoique, si les hommes de l’auberge avaient essayé de se blottir contre moi, je ne dois pas être si repoussante que cela. M’asseyant sur le rebord du toit, je laisse mes jambes se balancer en rythme au dessus du sol. Un léger frisson me secoue de part en part. Pourtant, j’ai toujours aussi qu’à l’intérieur de l’auberge. Ce doit être la fièvre et le froid ne risque pas d’améliorer mon état. Bah ! La dernière fois que je suis tombée malade remonte à des années – je n’en ai même pas souvenir en fait. Il suffirait que je reste tranquille deux ou trois jours et l’affaire serait réglée.

Une ombre se glisse sans bruit à côté de moi tandis qu’en contrebas, je reconnais aisément Pan et Gil qui se coulent dans la nuit, hors de la chaleur de l’auberge. Ma question de ce matin est restée en suspend avec l’entrée dévastatrice des ouragans que je nomme Gil, Nwëlla et Juhen. Et tandis que je me demande quelle sera la réponse de Libertée, un étrange liquide coule le long de ma jambe puis sur mon pied. Sans que je ne comprenne vraiment la situation, une goutte s’écrase en contrebas. Une goutte rouge. Une goutte de sang.



[Non, non, vous ne rêvez pas, c'est bien une crise de panique que nous fait ma petite Naïs là x)]

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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Lun 21 Jan 2013, 11:26

[ Bon, c'est pas top top et c'est court... je ferai mieux au prochain ! ]



Une étoile traversa le regard de Gil.
Une étoile, un soleil peut-être, et c’était sans doute pour cela que Libertée tituba un instant. Devant la clarté d’une telle étincelle, d’un tel feu de joie, on ne pouvait qu’être ébloui. Se gardant de faire une quelconque remarque, elle sentit simplement une onde de chaleur, douce et pérenne, envahir son torse et son ventre.
Pour danser.
Danser, onduler, ondoyer.
Echanger.
C’était un échange, pur et simple, s’approcher, s’éloigner, se retrouver, effleurer ses lèvres, affleurer sa peau.
Comme une magie étonnante, comme un instinct puissant, comme un étourdissement merveilleux.
Quelque chose bouge dans la salle, mais Libertée n’y fait pas attention, absorbée par sa transe, par Gil qui virevolte avec elle… Jusqu’aux murmures, qui viennent perturber la mélodie, et détachent enfin la marchombre de son monde intérieur – son monde avec Gil.

Elle met quelques secondes à comprendre. Que Naïs est sortie, et que ses compagnons sont un peu surpris par cela. Chacun échange des regards, et Libertée croise celui de Gil. L’étincelle est toujours là, avec un peu de surprise et d’inquiétude, peut-être. Elle ne peut s’empêcher de sourire, comme une enfant.
Et puis, elle réalise que l’envoleuse est sortie, et que Nwëlla semble vouloir partir derrière elle. Malgré elle, elle se détache de Gil – elle a toujours cette impression de n’avoir pas repris pied avec la réalité - et pose ses doigts sur le bras de la guerrière blonde pour lui signifier qu’elle y allait.

Un dernier coup d’œil à l’intérieur, un soupir.
Libertée s’efface dans la nuit, inspirant l’air frais de l’hiver qui s’est installé.

Elle ne cherche même pas à suivre Naïs, en fait. Elle laisse son instinct la guider, passe à travers plusieurs petites ruelles, avant de lever les yeux. Naïs est là, assise sur le rebord d’un toit, et cela tire un léger sourire à Libertée, qui grimpe sans aucune difficulté les quelques mètres qui les séparent.

La marchombre ne parle pas.
Pas de suite, quelque chose le lui souffle.
<< Laisse la nuit s’installer. T’envelopper. Elle chante pour toi, elle chante pour moi, elle chante pour nous. Laisse les animaux envahir tes pensées, apprends-les, apprends-toi. >>
Un léger soupir franchit les lèvres de Libertée, alors qu’elle tourne lentement le visage vers l’envoleuse.


- Peut-être que Gil m’aurait suivie. Mais cela aurait été entraver sa liberté à lui, que de lui imposer un tel choix… Or, sa liberté, il la retrouve à peine. Cela aurait été injuste et mauvais de lui imposer un choix qui n’aurait pas été le sien, mais le mien. Donc j’ai changé mon choix, pour garder ma liberté, et la sienne.

La réponse à la question que la femme avait posée dans la matinée était venue toute seule.

Il y avait une marchombre et une envoleuse.
Assises côte à côté, sur un toit.
Regardant dans la même direction, ou presque.
Perdues dans des réflexions à la fois étonnantes et cristallines…


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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mar 22 Jan 2013, 22:51

D’un monde à l’autre.
C’était tout à fait ça. De la réalité à l’imaginaire. Le l’ici et maintenant à là-bas en dansant. De Gwendalavir à Gazalawmahqj. D’un monde à l’autre. D’un monde aux autres…

Et Naïs, qui continuait de danser, envoûtante, sous ses yeux.
Comment pouvait-il croire qu’il méritait une pareille créature ? Elle était bien plus fière, bien plus belle, bien plus libre et sauvage que n’importe quelle Ramm céleste, ou que n’importe quelle Pabiancorne.
Bien plus intouchable.
Il préférait l’observer, s’imprégner de sa vie, de sa beauté, de ses mouvements encore un peu hésitants mais fermes, même s’ils manquaient de force. Elle était déjà debout, après tant d’épreuves, tant de difficultés… Il n’avait pas le droit de lui voler ces instants de bonheur ; elle avait le devoir de les partager avec ceux qu’elle choisissait.

Complètement absorbé par la danse de l’Envoleuse, Pan n’entendit pas les messes basses de Juhen et de Seth. Il fut totalement surpris par une poussée puissante du Thül, qui lui fit faire quelques pas en avant, se mettant directement dans le centre de l’attention.

Le temps sembla se figer un instant.
Tous les regards se tournèrent vers ses immenses cornes, et un véritable mouvement de panique s’empara de la salle, et peut-être aussi des musiciens. Ce fut apparemment le moment dont profita Naïs pour se faufiler à l’extérieur, telle une ombre claire. Il fallut quelques secondes à Pan avant de définir ce qu’il voulait faire, mais le regard de Libertée et de Nwëlla lui donna un argument de plus…
Poussant un soupir, il sortit rapidement de l’auberge pour endiguer le mouvement de peur qui s’était emparé de toutes les personnes présentes, ou presque. Tant qu’il était resté dans l’ombre, il n’y avait eu aucun souci, l’alcool aidant à ne pas plisser les yeux dans le noir. Mais le mettre au centre de la piste… quelle mauvaise idée !
Se frottant les épaules vigoureusement pour se réchauffer, Pan tourna la tête vers Juhen, un soupir dans les dents.

- Je peux savoir ce qui t’as pris ? T’as pas réfléchi deux secondes, je me trompe ?

Son ton n’était même pas agressif, en fait. Mais très froid, parce que cela l’agaçait au plus haut point.
Mais d’un côté, il ne pouvait pas en vouloir à Juhen ; il était même assez… agréablement surpris qu’il eût oublié ses cornes, même pour quelques secondes. Ca lui donnait cette sensation qu’il était un peu plus humain qu’il ne le pensait…

Non. Il n’était pas humain.
Il n’était pas un Thül, pas un humain, pas un Frontalier, ni rien d’humanoïde qui existait réellement en Gwendalavir. Il aimait ce monde, mais ce n’était pas le sien. Avait-il eu un monde ? Le monde pouvait-il appartenir à quelqu’un ? N’avait-il pas jusque là trouvé qu’il se sentait plus chez lui dans l’Empire que dans son propre monde ?
Un soupir franchit ses lèvres, et il se laissa glisser lentement contre le mur de l’auberge, jusqu’à s’asseoir par terre, les genoux relevés.

Il espérait que Naïs reviendrait vite.
Etait-elle partie à cause de lui ? Il lui avait gâché l’ambiance de la soirée, après tout…








[ Médiocre... ]

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Jeu 24 Jan 2013, 11:16

Les yeux de Libertée.
Gil ne connaissait rien d’autre, en ce monde, qui soit capable de lui vider l’esprit de tout souci. La méditation était son for, il savait comment évacuer la tension de ses muscles, réguler sa respiration et ralentir son rythme cardiaque simplement en ouvrant une porte dans ses pensées. Une porte qui lui servait à la fois de refuge et de force lorsqu’il en avait besoin. Il l’avait imaginée juste après la mort de ses parents ; lorsqu’il l’ouvrait pour passer de l’autre côté, il faisait le choix délibéré d’abandonner sa souffrance et ses doutes. Cependant la porte ne se refermait jamais complètement. Et son endroit, son refuge n’était pas imperméable à la peur qui l’assaillait parfois. Souvent. Même la méditation avait ses limites. Mais les yeux de Libertée… Ils l’enfermaient dans un océan de lumière tout en lui donnant la sensation qu’il avait des ailes et qu’à chaque instant, il pouvait s’envoler. Il était prisonnier mais plus libre que jamais. Un paradoxe très étrange, qui l’avait moins fasciné qu’effrayé au début, et qui à présent le tranquillisait complètement.

Oubliés, Samoan et ses acolytes. Oublié, l’homme au masque. Oubliées, les menaces proférées à l’attention de son apprentie. Seul comptait ce regard rose. Et les mèches blondes et légères qui glissaient entre ses doigts. Ce parfum de pêche mûre alors qu’il plongeait son visage dans le creux de son cou. La saveur sucrée de sa peau lorsqu’il y goûta du bout de sa langue. Le frisson qui le parcouru tout entier quand ses mains suivirent la courbe de ses hanches. L’écho lointain de la musique, des chants et des rires et le rythme unique de leur danse. Enivré, Gil glissa la main derrière la nuque de la marchombre et posa ses lèvres sur les siennes. Il voulait la captiver à son tour. La posséder comme elle le possédait, l’emporter dans le tourbillon de son propre désir jusqu’à ce qu’elle rayonne de bonheur. Et recommencer, encore, encore, et encore.

Un cri interrompit leur danse. Arraché à son monde de douceur, Gil battit des paupières et tourna la tête, suivant la direction des regards effrayés. Pan se tenait au bord de la piste, immobile et indécis. Les flammes de la cheminée qui s’élevaient dans son dos faisait jouer des ombres étonnantes sur les immenses cornes qui jaillissaient de son crâne, accentuant leur forme et lui donnant un air plus patibulaire et plus animal que jamais. Pour la première fois depuis la veille, Gil se demanda s’il était vraiment humain. Puis son regard fut attiré par un mouvement, à sa gauche. Naïs s’en allait. Non, elle fuyait. Qu’est-ce que… Comme Nwëlla s’apprêtait à suivre son amie, Libertée se détacha doucement des bras de Gil pour la devancer. Lorsqu’elle posa le bout de ses doigts sur l’avant-bras de l’envoleuse, il sentit plus qu’il ne vit l’accord tacite que les deux jeunes femmes venaient de passer. L’instant d’après, Libertée avait disparu, happée par la foule. Et lorsque Gil tourna à nouveau son regard vers la cheminée, Pan n’était plus là, lui non plus.

Il le trouva à quelques pas de l’auberge. Noyé dans l’obscurité, Pan donnait simplement l’impression d’être un homme solide et bien bâti. Certains auraient même pu le confondre avec un Thül, s’ils n’avaient pas connu celui qui se tenait à ses côtés. Juhen avait l’air piteux du fautif pris sur le fait et Seth n’était pas mieux. Gil s’immobilisa près d’eux. Il avait l’impression de toujours tenir Libertée entre ses bras, comme si le corps de la marchombre y avait laissé son empreinte. Où était-elle, à présent ? Levant la tête, il prit une profonde inspiration. Quelques flocons tourbillonnaient dans la bise glaciale qui soufflait sur le village. Il sourit à demi ; elle n’était pas très loin. Et elle était avec Naïs. Rassuré par cette seule et puissante intuition, il reporta son attention sur Pan, dont on devinait aisément la tension rien qu’à la crispation de sa mâchoire. Le regard qu’il lança à Juhen était plus glacial que cette nuit.

- Je peux savoir ce qui t’as pris ? T’as pas réfléchi deux secondes, je me trompe ?
- C’est ma faute ! répondit Seth avant que le Thül ouvre la bouche. C’est moi qui t’ai poussé. Je suis désolé… je ne savais pas…
- On ne savait pas, reprit Juhen en posant une larme main sur l’épaule du garçon. En fait, on avait complètement oublié tes cornes. J’ai suggéré à Seth de te donner un coup de pouce…
- Maman dansait toute seule, souffla ce dernier.

Dans l’esprit de Gil, les derniers événements se mettaient lentement en place. Un éclat traversa son regard bicolore lorsqu’il comprit enfin. Mais il choisit de garder le silence, parce que cette histoire ne le concernait pas directement et parce qu’en cet instant, Pan n’avait pas besoin d’un discours de vieux sage. Naïs non plus. La porte de l’auberge s’ouvrit sur Nwëlla et Atal, qui se précipitèrent vers eux ; Gil alla à leur rencontre et laissa l’envoleuse lui saisir les deux mains.

- Qu’est-ce qui se passe ? Tout va bien ? Où est Naïs ?
- Libertée est avec elle.
- Pourquoi a-t-elle…
- Tu connais Naïs, non ?


Comme Nwëlla le fixait avec des yeux ronds comme des soucoupes, Gil soupira.

- Enfer, est-ce que c’est Atal qui te ramollit le cerveau de cette manière ? Ecoute, les deux billes de clown que tu vois, là-bas, ont voulu jouer les entremetteuses. Notre ami s’est retrouvé en pleine lumière et a donc semé un petit vent de panique. Je pense que Naïs en a profité pour s’éclipser.
- Mais pourquoi…
- Ah, ça ! Je ne suis pas une femme, la seule réponse que j’ai est donc très masculine, ironique et tendancieuse. Si je te la donne, tu vas me réduire en miettes…


Atal éclata de rire et passa son bras autour des épaules de Gil.

- Socialement, il fait des progrès, non ?
- Les hormones féminines ne sont pas un sujet de plaisanterie, gronda Nwëlla.
- Tout à fait d’accord.
- Moi aussi.
- Oh, la ferme !


Comme elle s’en allait à pas rapides et les poings serrés, furieuse, les deux hommes éclatèrent de rire à nouveau. Quiconque aurait posé le regard sur eux en aurait conclu qu’ils étaient des frères très complices. C’est cette pensée qui figea Gil. Fin observateur, Atal comprit immédiatement de quoi il retournait et ôta son bras des épaules de l’envoleur, mais ce fut pour lui décocher un léger coup de poing dans le bras.

- Tu progresses, répéta-t-il. Ça ne veut pas dire que tu n’es plus le même type grincheux et taciturne que nous connaissons bien !
- J’ai changé à ce point ?
- Un peu. Et en bien.
- C’est à cause de vous,
marmonna Gil en remontant le col de son tabard, moins pour se donner bonne contenance que pour se protéger du froid.
- J’aurai tendance à rejeter la faute sur Libertée mais je me trompe peut-être…
- Je ne vois pas du tout de quoi tu parles.
- Et tu viens de me donner confirmation. Ne me regarde pas comme ça ! Je n’ai que des théories très masculines alors ça ne va pas t’apporter grand-chose. Mais au besoin, tu sais où me trouver.


Sans attendre de réponse, Atal s’éloigna vers le groupe, laissant Gil seul avec ses propres pensées. Celui-ci marmonna un petit moment dans sa barbe, fit quelques pas vers ses amis, revint en arrière et, finalement, se décida. Il rentra dans l’auberge et s’appuya au comptoir pour commander une bière.

Il attendait Libertée.

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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Dim 27 Jan 2013, 15:07

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Les minutes passent, longues, avant que Libertée ne brise le silence de la nuit. Lentement, je replie mes jambes et les tiens fermement serrées tout contre ma poitrine. J’essaye de faire le vide en moi, en vain. Je laisse échapper un léger soupir qui forme aussitôt un nuage de condensation devant mon visage. La liberté. Un fantôme de sourire naît sur mes lèvres. Il n’y a vraiment que les marchombres pour parler ainsi. La liberté. Elle parlait de liberté avec un grand L, comme son prénom. C’est mignon, pourtant c’est tellement naïf de croire en la liberté totale. La liberté est un choix. Or, peu importe la situation, il existe toujours quelque chose – ou quelqu’un plus particulièrement – pour conditionner nos choix. Il me faut une incroyable volonté de fer pour retenir une remarque amère. Elle aurait pu partir, simplement. Déjà, elle n’aurait pas risqué sa vie inutilement. Ensuite, Gil l’aurait suivie. Cela m’aurait sans doute déchiré le cœur, mais depuis le désert des Murmures, j’ai compris à quel point cette fille occupe ses pensées de manière presque obsessionnelle. Un peu de la manière d’ailleurs que, quand je laisse vagabonder mon esprit, il me ramène presque toujours à Pan. La brise fraîche au contact de ma peau nue, quasiment glaciale même, me retient fermement ancrée dans la réalité. Avec Libertée. Sur un toit. Perdue dans un petit hameau de rien du tout. Perdue et amoureuse. Perdue et morte de peur rien qu’à cette idée. Perdue et terrifiée d’être délaissée comme un vieux jouet – que ce soit par Pan, Gil, ou n’importe qui d’autre à qui je tiens plus que ma propre vie. Perdue, juste perdue.

- « J’envie ton insouciance, Libertée… »

… Si seulement tout pouvait être aussi simple que tu le dis !

* *
*


- « Sen ? »

L’intéressé se retourne dans ses draps et grogne. Il faut dire, je l’ai assommé de questions toute la sainte journée. Et puis, lui, dès qu’il souffle sur la flamme vacillante de la bougie, il déteste particulièrement être dérangé. L’Envoleur pousse toutefois un long – très long – soupir avant de marmonner de manière inintelligible pour quelqu’un qui ne possède pas une ouïe aussi fine que la mienne.

- « Mmmh, tu ferais mieux de dormir Naïs. Une grosse journée t’attend demain ! »

Lentement, je me redresse sur un coude. Evidemment, je le savais, que je sois en cloque ne change rien : je m’entraînerai jusqu’à ne plus pouvoir. Au moins, cela aurait le bénéfice de me vider l’esprit. Mais ce soir, une sourde angoisse s’était logée dans le creux de mes entrailles. Samoan n’est jamais revenu. J’ai juste envie de pleurer. De crier. De laisser libre court à ma détresse infinie. Je suis seule.

- « J’ai peur »

Le silence est lourd. Une larme roule doucement sur ma joue, sans bruit. Avant que je ne puisse croire que mon maître s’est finalement endormi, il repousse ses draps sans un mot. Le plancher grince imperceptiblement sous sa démarche aérienne et plus légère que ne le laisse supposer sa carrure imposante. Il ne lui faut pas trois secondes pour traverser la pièce et se glisser dans mon lit, entourer mes épaules de ses bras chauds et rassurants puis poser son menton sur le haut de mon crâne.

- « Allez calme-toi, je suis là et tu le sais » murmure-t-il.
- « Pourquoi ça fait si mal ? »

Oui. C’est le mot. Ca fait mal. Terriblement mal. J’ai l’impression que mon cœur a littéralement explosé en mille petits, minuscules, morceaux. Je suis amoureuse. Une amoureuse abandonnée. Une amoureuse qui lutte contre ses sentiments. Une amoureuse désespérée.

- « Je ne veux plus jamais que ça recommence ! Je ne veux plus être amoureuse Sen ! Plus jamais ! » prononçais je entre deux sanglots, sans que ma voix ne tremble trop.
- « Jeune apprentie, veux-tu bien arrêter de dire des sottises : l’amour est une chose qui ne se contrôle pas » réponds l’Envoleur, non sans une pointe d’amusement dans la voix
- «  Eh bien moi, j’y arriverai… »

* *
*


... Jusqu’à cette année. J’ai réussi. Jusqu’à cette année, seulement. Et j’aurai pu continuer. J’y arrivais tellement bien. C’est tellement plus simple que ne pas se torturer par des sentiments qui détruisent littéralement de l’intérieur. Tellement moins galère de profiter des plaisirs de la vie. Mais voilà, Gil est entré dans ma vie comme un ouragan et, sans même que je ne comprenne pourquoi ni que je m’en aperçoive – du moins au début – il a entrouvert une porte que Pan a achevé d’ouvrir complètement. Et maintenant, je sens bien que je perds totalement prise. Je suis amoureuse, c’est évident. Et ça me terrifie. Je n’ai juste pas envie de vivre à nouveau un enfer. Je n’ai pas envie d’avoir mal, encore. Rien que pour cela, j’envie la jeunesse de Libertée. Elle semble à peine découvrir des sentiments souvent incompréhensibles. Et elle semble plutôt bien vivre sa passion naissante pour Gil sans se soucier d’autre chose que du présent. La fraicheur d’un premier amour. C’en est presque attendrissant. Presque, car toutes les belles histoires ont une fin.

- « Profite. Profite de cette passion tant qu’elle vit »

Si seulement tu savais tout ce que j’ai enduré. Il aurait au moins fallu neuf vies à une toute autre personne pour supporter toute la douleur, l’amour, la haine. Tout à la fois réuni dans un seul corps. Le mien. Il n’est pas un jour, une heure, une minute, une seconde où je doive me battre pour continuer de vivre sans contraintes et sans chaines. Tu as une joie de vivre rayonnante Libertée. Moi j’ai la rage de vivre. Sans doute me comprendras-tu jamais.

Tu m’accordes une danse ?
- « Tu sais, Gil m’a sortie d’une dangereuse spirale » soufflais-je

Les souvenirs se succèdent et s’entrechoquent dans ma tête. Si je parviens beaucoup mieux à appréhender désormais ce que je ressens pour Pan, c’est différent pour Gil. Cela fait sans doute des semaines que j’essaye de comprendre pourquoi j’ai tellement besoin de lui, alors que je suis à présent certaine d’être totalement et incroyablement amoureuse de Pan. Je me suis souvent demandé si cela ne pouvait être en raison de son passé sombre, mais cela n’explique en rien la raison pour laquelle je me suis autant attachée à lui.

Je refuse que toi, tu doutes de moi.
- « Il prend une énorme place dans ma vie… »

Pirate, Envoleuse, Voyageuse… mais quelle femme tu fais !
- « Pourtant, je le sais. Je le sens. Je ne peux pas le nier. Je suis amoureuse. De Pan »

Un puissant frisson me parcourt de part en part, moins de froid que de peur en vérité, malgré l’atmosphère glaciale. J’enfoui un instant ma tête dans mes genoux, tentant de mettre un peu d’ordre dans mes idées. Libertée reste silencieuse. J’ai presque l’impression de me parler à moi même – c’est quasiment le cas en fait. Mais monologue inutile ne m’aide franchement pas à me rassurer ni à y avoir plus clair dans toute l’histoire. Tandis que je passe mes doigts dans mes cheveux sombres, je soupire longuement.

- « J’ai l’impression d’aller tout droit dans un mur. Ca me fait peur… »

Oh bon sang ! Par la sainte culotte de l’Empereur ! Est-ce bien moi ? A parler ainsi aussi ouvertement à une fille que je ne connais que depuis la veille. Je dois vraiment être désespérée pour ça ! Enfin, au moins, elle, elle m’écoute. Nwëlla aurait tenté à tous les coups de me raisonner, de me rassurer même, mais avec sa délicatesse légendaire, je n’aurais pas été plus avancée.

- « Si… Si l’histoire recommençait… »

Cette fois, les larmes coulent. Chaudes. Apaisantes. Libératrices d’une tension omniprésente et jamais étouffée.

* *
*


La douce chaleur de l’auberge m’enveloppe à nouveau. Combien de temps sommes-nous restée sur ce toit ? Dix minutes ? Une heure ? Deux heures ? Je n’en sais trop rien. J’ai un peu perdue la notion du temps, là-haut. Tout ce que je sais, c’est qu’il ne doit pas être tôt : l’établissement s’est considérablement vidée. Gil, Pan, Juhen, Nwëlla, Atal et Seth en ont profité pour revenir à l’intérieur. Un silence presque religieux y règne et un instant je reste quelque peu perplexe. A peine avons pénétré dans la chaleur de l’auberge, que deux chaises tombent au sol dans un sacré vacarme : d’un mouvement parfaitement synchrone, Gil et Pan viennent de se lever. Avec un léger sourire imperceptible sur le coin des lèvres, je vais aussitôt trouver refuge au creux des bras chauds de Pan. Complètement vidée, j’y reste lovée un long moment, écoutant simplement les battements lents de son cœur, avant que la voix tonitruante de Juhen ne retentisse dans la salle.

- « Eh ! Oh ! On était pas sensé faire la fête ? »

Relevant la tête, un éclat malicieux se peint sur mes traits et un large sourire fend mon visage.

- « Il n’est pas encore trop tard ! Gil, tu as toujours ta flûte il me semble ? »




[Oulààààààh! J'ai bien failli ne pas m'arrêter d'écrire ! Bah, bienvenue dans les méandres de l'esprit torturé de ma petite Naïs hein xD]

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I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Dim 27 Jan 2013, 17:54

Son… insouciante ?
Libertée n’avait pas du tout l’impression d’être insouciante. Plutôt, si elle devait parler d’elle-même, elle avait tendance à mettre des priorités à chaque chose, et ainsi à bien définir dans sa tête ce qui avait le droit de prendre de la place ou non. Et souvent, ça lui arrivait quand même d’être submergée par ses émotions, mais parce qu’elle savait que cela ne servait à rien de les refouler à part de la rendre malheureuse. Pour elle, elle ne devait rien se cacher, et rien cacher aux autres. Dès qu’elle tombait face à un désordre, elle voulait le résoudre, l’arranger – c’est une image en tout cas.

Comme là, récemment, avec Gil.
Elle avait été jalouse. Elle ne voulait pas l’être. Elle refusait de l’être, et pourtant l’émotion, la sensation, était là. Cuisante. Et ça, c’était important, car cela l’aurait mangée de l’intérieur ; elle avait donc fait passer ces états d’âme en priorité sur tout le reste. De cela dépendait la suite de sa propre vie.
Elle n’avait pas l’impression d’être insouciante, peut-être simplement parce qu’elle n’avait pas la même définition de l’insouciance que Naïs. Elle n’avait pas eu une vie compliquée, ou difficile. Elle avait toujours suivi son instinct, pour avancer ; et cela avait toujours payé. Elle ne pouvait pas affirmer qu’elle connaissait le malheur, dans les faits et dans la réalité, d’elle-même. Elle avait été triste, mélancolique, colérique, peut-être même méchante ou agressive, mais comme tout, c’était passager chez elle, alors qu’elle pensait réellement que le malheur s’installait de manière durable, parce qu’on ne voulait pas l’accepter, et que l’on ne souhaitait pas changer sa vie.

Mais la vie est changement, non ?
Les pensées de la petite marchombre dérivaient. La vie était changement, elle ne serait peut-être pas éternellement avec Gil. Pour l’instant, cela lui semblait complètement inenvisageable, elle l’aimait, et elle pensait qu’il l’aimait aussi, alors pourquoi se poser des questions stériles ? Certes, quelques mois plus tôt, elle ne pensait pas ainsi, mais désormais elle était plus dans cette optique.


- Profite. Profite de cette passion tant qu’elle vit. Tu sais, Gil m’a sortie d’une dangereuse spirale. Il prend une énorme place dans ma vie… Pourtant, je le sais. Je le sens. Je ne peux pas le nier. Je suis amoureuse. De Pan

Libertée n’avait par raté un seul mot de l’envoleuse, et haussa naturellement les épaules à la fin. Elle n’avait pas grand-chose à rajouter. Et si Naïs avait besoin de parler, elle était simplement là.

J’ai l’impression d’aller tout droit dans un mur. Ca me fait peur… Si… Si l’histoire recommençait…

Un soupir franchit les lèvres de la marchombre, alors que l’envoleuse se libérait du poids de ses émotions. De ses sentiments. C’était sans doute difficile, oui. Mais Libertée n’imaginait même pas à quel point, et elle l’aurait reconnu sans aucun soucis. Elle n’avait jamais eu de grand malheur dans sa vie, elle n’avait jamais perdu d’être cher, et n’envisageait pas la douleur psychologique de la même manière que la plupart des personnes justement parce qu’elle n’y avait pas été confrontée elle-même.
Alors, elle passa simplement son bras autour des épaules de Naïs, pour l’attirer contre elle.
En fait, elle pensait à ce qui aurait pu être son bébé. Leur bébé...



♥ ♥ ♥


Lorsque la porte de l’auberge s’ouvrit devant la marchombre, cette dernière remarqua à peine les compagnons de Naïs. Elle ne vit que Gil se lever brusquement, et bondit en avant, dans ses bras. Blottissant son nez dans son cou, elle effleura sa barbe de plusieurs jours des lèvres, et pressa son corps contre le sien.
Elle était si bien, là…

Redressant le menton, elle tourna le regard vers Naïs qui s’était réfugiée dans les bras de Pan. Elle pouvait bien leur souhaiter tout le bonheur du monde, elle ne savait pas si cela serait suffisant. Les traumatismes ont toujours la vie dure, et les mauvaises expériences amènent à des réaction de défenses que l’on ne peut pas mesurer de l’extérieur, ou alors très rarement.

Naïs aimait Pan.
C’était un fait, mais cela la terrifiait. Pour cela, Libertée pouvait la comprendre en partie ; mais elle-même n’avait jamais été attachée à un homme avant de rencontrer Gil, elle n’avait pas été abandonnée par quiconque, ni battue, ni rien de tout cela. Elle n’avait pas souffert pour cela. La seule appréhension qu’elle avait eue, et qu’elle avait toujours, c’était vrai, c’était de perdre la liberté qui la définissait, et qui était elle. Dont elle ne pouvait se passer.

Mais la vie était changement, non ?
Se hissant sur la pointe des pieds, la marchombre laissa un murmure franchir ses lèvres et faire rosir ses joues.


- Gil, je t’aime.

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Lun 28 Jan 2013, 18:46

- C’est ma faute ! . C’est moi qui t’ai poussé. Je suis désolé… je ne savais pas…

Pan observa Seth quelques secondes, mais ne trouva pas le courage de s’énerver, ni de continuer à garder la froideur qui venait de s’emparer de lui. Le gosse n’avait pas fait cela intentionnellement, il le savait bien, mais il ne comprenait pas sa motivation, par contre.

- On ne savait pas. En fait, on avait complètement oublié tes cornes. J’ai suggéré à Seth de te donner un coup de pouce…

- Maman dansait toute seule…


Une étincelle de surprise passa dans le regard de Pan, qui tourna les yeux une fois vers Seth, et une fois vers Juhen. Ces deux-là étaient de sacrés têtes de mules, décidément ! Comment pouvaient-ils faire pour ne pas voir plus loin que le bout de leur nez ? Encore, de la part de Seth, Pan ne pouvait rien dire, c’était un enfant, même s’il avait traversé beaucoup de souffrance il était heureux de voir qu’il gardait encore une part d’innocence. Mais Juhen ! Un vrai gosse lui aussi ! Ce n’était pas pour rien que lui et le gamin s’entendaient si bien…

Et ils avaient oublié ses cornes.
Une douce onde de chaleur naquit dans la poitrine de Pan, qui souffla lentement par la bouche pour reprendre un peu contenance. Mais finalement, assis contre le mur de l’auberge, il leva les yeux vers les deux garnements…

- Ma réaction a sans doute été un peu excessive, mais c’est surtout que ça m’agace ces mouvements de panique. Je ne peux pas vous en vouloir d’avoir oublié ces deux trucs énormes sur ma tête !

Par contre…
Maman dansait toute seule…

- Mais tu sais, Seth, je n’allais pas aller embêter ta Maman alors qu’elle semblait si tranquille toute seule. Tu ne crois pas qu’elle serait venue me chercher si elle avait voulu que je la rejoigne ?

Bon, d’accord, Pan n’avait pas vraiment la même manière de voir les choses que les femmes humaines. Ou que les femelles en général. IL pouvait y aller à l’instinct quand il avait envie de faire le premier pas ; mais quand il se retrouvait dans des cas de conscience comme là avec Naïs, il préférait s’effacer, c’était tellement plus simple… Et surtout, il fallait bien souligner que c’était bien la première fois que cela lui arrivait.
Gil les avait rejoints depuis quelques minutes, et Nwëlla entama avec lui un dialogue acerbe, mais taquin malgré tout. Le regard de Pan essaya de croiser celui de l’autre Envoleur, en vain. Ce dernier semblait dans son monde… Alors, quand il rentra dans l’auberge, le Pabiancorne le suivit tranquillement, essayant de ne pas se faire trop repérer cette fois-ci, s’asseyant dans l’ombre sans plus bouger ni parler.

Là, tout de suite, il avait envie de se faire oublier.
Il n’avait pas compris le geste de Naïs, encore moins celui de Libertée ; mais il avait compris qu’il ne pouvait pas faire grand-chose de plus. Lui en voulait-elle ?

La réponse ne tarda pas.
En effet, la porte de la taverne s’ouvrit, et dans son encadrement apparurent Libertée et Naïs. Naïs… Cette dernière sembla les repérer immédiatement – mais diantre, comment faisait-elle cela ? – et se précipita dans leur direction. Pan s’attendait à ce qu’elle s’arrête, ou bien tombe dans les bras de Nwëlla, d’Atal ou de Gil.
Ce fut dans ses bras qu’elle se réfugia, et il ne put que la serrer contre lui.
Son nez dans ses cheveux, ses bras autour d’elle, il la berça un long moment.
S’emplissant d’elle, de son odeur, de la finesse du grain de ses cheveux…

- Eh ! Oh ! On était pas sensé faire la fête ?

- Il n’est pas encore trop tard ! Gil, tu as toujours ta flûte il me semble ?


Gil, une flûte ?
Pan faillit éclater de rire.
Faillit seulement…

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mer 30 Jan 2013, 23:36

- Qu’est-ce qu’elles fabriquent, à ton avis ? Déjà une heure qu’elles ont disparu…

Juhen s’était penché vers Gil pour lui souffler ce qu’il n’osait pas dire à voix haute. Devant l’inertie de son ami, il serra les doigts autour du manche de son sabre immense et ajouta avec anxiété :

- Tu ne crois pas qu’il pourrait leur être arrivé quelque chose ?

Accoudé au comptoir, Gil leva les yeux vers lui et remarqua immédiatement sa posture. En dépit de tout ce qu’ils venaient de traverser, le thül était prêt à se lancer de nouveau dans la bataille. Il n’hésiterait pas à jouer sa vie une fois de plus. L’envoleur haussa un sourcil. S’il n’était pas inquiet pour Liberté et Naïs, qu’il savait en sécurité non loin de là, il éprouvait exactement ce que son ami ressentait, là, maintenant, tout de suite. Laissant glisser son regard vers la table autour de laquelle le reste du groupe patientait en guettant la porte d’entrée, il réalisait qu’ils n’étaient pas les seuls à être mal à l’aise. Il en serait ainsi jusqu’à ce que les deux jeunes femmes reviennent. Enfer !

- Détend-toi, dit-il en se retournant pour porter son verre à ses lèvres. Elles se débrouillent très bien toutes seules. Pourquoi tu crois qu’elles sont parties prendre l’air ?
- Heu…
- Juhen, mon vieux, il est temps que je t’enseigne deux, trois petites choses à propos des femmes, si tu veux avoir une petite chance d’en séduire une…
- Et moi je vais t’apprendre à la ramener un peu moins, face de Raï !


Il y eut soudain un grand bruit, suivit d’un étrange silence. Dos à la porte d’entrée, Gil se contenta de sourire à demi. Te voilà… Il termina son verre et se retourna juste à temps pour attraper Libertée dans ses bras. Immédiatement, son odeur de pêche lui monta à la tête et, mû par un brusque élan de tendresse, il enfoui son visage dans ses cheveux. Tu m’as manquée, dirent ses mains en caressant doucement son dos. Ne pars plus, ajoutèrent ses bras en l’empêchant de bouger. Tout va bien ? demandèrent ses yeux lorsqu’il croisa enfin le rose intense de son regard. Oui. Leur échange se passait de mots et ne tenait qu’à des gestes précis, tendres et uniques ; un éclat dans le regard, un tressaillement de la commissure des lèvres, un clignement des paupières, tout un discours pour Gil. Il parlait désormais une autre langue, secrète et intime, que nul ne pouvait comprendre à part lui. Et ce qu’il comprit le rassura. Il aurait tout aussi bien pu jeter un coup d’œil en direction des autres et découvrir que Naïs allait bien, mais Libertée était la première personne à qui il désirait toujours « parler ».

Il leva toutefois la tête pour observer son amie. Naïs disparaissait pratiquement entre les bras puissants de Pan mais ce dernier la serrait avec une extrême délicatesse qui détonait avec sa propre personne ; intrigué, Gil haussa un sourcil mais Nwëlla, qui veillait non loin de là, secoua lentement la tête et plissa les yeux en signe d’avertissement. Il sourit. D’accord, Pan ; on te charriera plus tard… Son sourire s’accentua lorsqu’il découvrit la mine réjouie de Seth et Juhen, qui ne perdaient pas une miette de la scène. Pauvre Nwëlla. Ces deux-là risquaient d’être encore plus gênant qu’une tique, mais c’était toujours lui qu’elle gardait à l’œil… Revenant à Naïs, Gil sentit un infime pincement dans sa poitrine, à l’endroit où battait son cœur. Comment en aurait-il pu être autrement ? Il tenait Libertée – sa Libertée – dans les bras mais Naïs étaient dans ceux d’un autre homme ; si sa jalousie n’avait rien à voir avec celle d’un amant qui se désespère de perdre une conquête, elle ressemblait très fortement à celle qu’un frère ressent lorsqu’il réalise qu’à présent, il doit partager l’amour de sa sœur avec un autre.

Pan était un homme bien. Il était rare que Gil se fie aux apparences mais il avait combattu aux côté du guerrier cornu et il avait eu largement l’occasion d’éprouver sa valeur. Cet homme était venu de loin, il avait traversé un bout de l’Empire pour rejoindre des gens qu’il ne connaissait pas, mettant de côté les particularités de son physique pour aller chercher Naïs. Il l’avait sauvée. Ils l’avaient tous sauvée. Gil tourna la tête vers Atal. Il brillait dans ses yeux la même fierté mêlée à l’impuissance d’un frère mais, lorsqu’il le vit hocher imperceptiblement la tête, Gil comprit qu’Atal venait d’approuver le geste de sa sœur. Il ne lui en fallait pas davantage pour se détendre enfin, pleinement rassuré. Libérés de toute tension, ses muscles douloureux le rappelèrent vivement à l’ordre, de sorte qu’il n’oublie pas ce qu’il leur avait fait endurer ces dernières heures ; dans une grimace, Gil se retourna à demi – sans lâcher Libertée – pour commander une nouvelle tournée. Juhen et lui devaient partager quelques pensées car le thül se mit soudain à rugir de sa voix de stentor :

- Eh ! Oh ! On n’était pas censés faire la fête ?
- Il n’est pas trop tard ! Gil, tu as toujours ta flûte il me semble ?
- Heu…


Bien sûr qu’il avait sa flûte ! Il l’avait retrouvée, en même temps que la femme à qui il l’avait confiée. En fait, il s’agissait davantage d’une sorte de boomerang que d’un instrument, quand il y pensait… Devinant son hésitation, Libertée se pressa contre lui et il sentit la flûte appuyer contre sa hanche. Un creux de sourire dans la joue, il tendit le bras derrière lui pour attraper son verre, décidant de mettre les nerfs de la jeune femme à rude épreuve, mais elle le devança et n’eut besoin que d’un coup, un seul, pour le mettre hors-jeu. Définitivement. Avant qu’il n’ait eu le temps de faire ou dire quoi que ce soit, elle se hissa sur la pointe des pieds, noua ses bras autour de son cou et lui murmura les mots les plus puissants de ce monde.

- Gil, je t’aime.

Le verre claqua lorsqu’il le reposa brutalement sur le comptoir. L’instant d’après, il l’embrassait plus fougueusement que jamais et trouva dans ce baiser la force de se détacher de son étreinte. La flûte dansa entre ses doigts, transformant la lueur moqueuse qui brillait dans les yeux de Pan en un éclat fasciné. Le cœur prêt à éclater de bonheur, Gil se prêta au jeu et lança l’instrument dans les airs pour le récupérer de son autre main. Le morceau qu’il joua, il ne le connaissait pas ; sensible aux émotions qui se lisaient sur les visages, il laissa l’ambiance du moment moduler ses notes et créer une mélodie entraînante. Le visage fendu d’un grand sourire, Seth battait des mains en cadence, très vite imité par Nwëlla, puis par Juhen et Atal.

Gil ferma les yeux. Il y était. Il y était ! Dans son élément, celui après lequel il avait couru toute sa vie ; il avait sa flûte au bout des lèvres, la musique au bout des doigts et un public, mais pas n’importe lequel : le sien. Ponctué d’amis, de frères d’armes, de compagnons. Et de Libertée. Elle était là. Il la voyait même si ses yeux étaient clos, devinant son sourire amusé et l’éclat de ses yeux roses, entortillant une mèche blonde autour de son doigt. Instantanément, sa musique se nuança d’une tonalité plus profonde et plus passionnée. Quelques notes s’envolèrent, innées, singulières, libres ; Nwëlla cessa d’applaudir et échangea un regard avec Atal, lequel se contenta de sourire. Seth se mordit la lèvre, tout enfant moqueur qu’il était, tandis que Juhen regardait Libertée avec un étonnement non feint. Mais Gil ne voyait rien, et pas seulement parce qu’il avait les yeux fermés. Il ne voyait rien parce qu’il ne voyait qu’elle, il n’entendait rien parce qu’il se laissait guider par la musique. Gil, je t’aime… Les mots dansaient dans son esprit sans qu’il parvienne à s’en emparer pour les dire à son tour. Alors, il les lui offrait avec son propre langage. Sa propre musique.

Jamais il ne joua autant que cette nuit-là. Ses doigts étaient engourdis lorsque le gérant de l’auberge les interrompit à regret pour leur signifier qu’il devait fermer. Tout doucement, Gil reprit contact avec la réalité. Seth s’était endormi contre l’épaule de sa mère. Une crise de bâillement se répandit et contamina tout le monde. Il était temps de rentrer se coucher… Gil intercepta Libertée alors qu’elle passait devant lui et approcha ses lèvres de son oreille.

- Reste avec moi…

Encore un code. Un indice. Qui aurait pu comprendre que ces mots-là avaient eux aussi un étrange pouvoir, désormais ? Cependant, personne ne songea à poser de questions, ni même à émettre une quelconque remarque lorsque Gil annonça que Libertée et lui allaient passer la nuit à l’auberge. Seth dans les bras, Atal lui lança un clin d’œil complice qui valait bien toutes les théories masculines du monde. Juhen se contenta de lui asséner une claque dans le dos, ce qui passait bien sur pour un élan de tendresse chez les thül mais qui, en l’occurrence, donna à Gil l’impression que ses poumons s’étaient détachés sous l’impact.

- T’as raté ta vocation, mon vieux…
- Ouais, je sais.
- … danser la gigue, une flûte au bec, ça te va mieux !
- Merci, Juhen. Et fous le camp de là, tu veux ?
- Un peu, que je veux ! Bonne nuit, les jeunes. Partez pas sans nous, demain !


Partir ? Avec peine, Gil se souvint qu’ils n’étaient que de passage dans ce village. A présent qu’ils avaient retrouvé Naïs, que celle-ci était saine et sauve, ils allaient tous se séparer à nouveau, chacun dans une direction différente mais toujours prêts à rappliquer au moindre souci. La porte de l’auberge se referma sur le thül et Gil passa un bras autour des épaules e Libertée. Pour une fois, il n’était pas pressé de s’en aller. Tout juste impatient de rejoindre son lit. Alors, pour aller plus vite, il glissa un bras dans le dos de Libertée, l’autre sous ses genoux et la souleva de terre.

- Au dodo ! s’exclama-t-il en montant rapidement les marches qui conduisaient à l’étage. Il ne restait qu’une seule chambre de libre, ajouta-t-il en feignant d’être désolé, et un seul lit…

Il la jeta sur le matelas et s’allongea immédiatement sur elle pour l’empêcher de s’échapper. Comme ils roulaient sur le lit, son corps perclus de courbatures le fit à nouveau grimacer, mais il se fichait bien de la raideur de ses muscles ; cette nuit leur appartenait et il comptait bien rattraper toutes celles qui s’étaient écoulées depuis qu’il avait laissé Libertée à Ondiane. Affamé, le loup gronda en lui lorsqu’il lui dévora la gorge de ses baisers. Il allait la dévorer. Mais il n’était pas le seul qui ait un appétit féroce. Loin de là…

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Ven 01 Fév 2013, 00:37

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Musique. Les premières notes légères s’élèvent dans l’air, joyeuses et improvisées. Avec un sourire timide effleurant le bout de mes lèvres, je voyage dans le temps. Jusqu’à Fériane. C’était une nuit. La fête battait son plein rythmée par la mélodie douce et entrainante d’une flûte. Je me souviens encore de l’orchestre qui jouait indéniablement à merveille. Le percussionniste incarnait littéralement le feu et la puissance des îles du sud. Le violoniste reflétait la douceur même des plaines alentour d’Al Chen. Le guitariste jouait avec une dextérité incomparable. Mais, seul Gil avait su attirer mon attention. Gil, le flûtiste. Gil, le musicien. Gil, l’Envoleur. Gil, mon Gil.

Musique passion. La mélodie est clairement celle d’un homme pleinement heureux. Elle me paraît comme un véritable hymne à la vie. Elle réchauffe l’atmosphère de l’auberge, achève de sécher mes larmes. Chaque note vibre, unique, au plus profond de moi et me rend un peu plus vivante à chaque seconde qui passe. Elle est profondément simple et pourtant terriblement complexe. Tantôt plus joyeuse, tantôt plus sombre. Tantôt fragile. Tantôt forte.

Musique amour. Aussi. C’est d’une évidence. Il joue pour elle. Il vit pour elle. Et elle, elle illumine sa vie. Il joue dans son monde totalement incarné par sa Libertée à lui. Tout s’efface. Tout bascule. Tout se perd. L’équilibre ne tient qu’à un seul fil pourtant tellement puissant. La tempête dévaste tout sur son passage, ignorant les dégâts profonds qu’elle peut causer. Si Pan n’avait pas été juste là, j’aurais probablement vacillé sous la force de son impact. La laissant m’envahir toute entière, je resserre un peu plus mon étreinte autour de l’Envoleur aux cornes.

Par la sainte culotte de l’Empereur…

≈≈≈ Nwëlla ≈≈≈

Musique. Les premières notes légères s’élèvent dans l’air, joyeuses et improvisées. Avec un large sourire étirant mes lèvres, je voyage dans le temps. Je n’ai aucune peine à imaginer un Gil totalement différent de celui que je connais aujourd’hui. Plus timide. Plus réservé. Musicien aussi. Un musicien hors pair. J’en suis certaine, la célèbre académie de musique d’Al Jeit se serait battue pour qu’il intègre les cours. Sacré Gil ! Il nous avait caché pareil talent ! C’est une facette de lui radicalement différente que je découvre ce soir, non sans étonnement, mais absolument ravie. Ah ! Gil ! Mon gentil casse-pieds ! Je ne te savais pas aussi sensible et romantique. Oh oui romantique !

Musique passion. La mélodie renvoie clairement l’image d’un homme heureux. C’est drôle, elle ressemble à un véritable hymne à la vie. Elle réchauffe l’atmosphère de l’auberge, me donne envie de rire. Et de profiter à fond de ce que la vie peut offrir. Chaque note vibre, unique, au plus profond de moi et me rend un peu plus vivante à chaque seconde qui passe. Elle est profondément simple et pourtant terriblement complexe. Tantôt plus joyeuse, tantôt plus sombre. Tantôt fragile. Tantôt forte.

Musique amour. Aussi. C’est d’une évidence. Il joue pour elle. Il vit pour elle. Libertée. Elle est son monde. Mais pas seulement. Car le regard de Seth brille d’admiration. Un large sourire étire les lèvres de Juhen qui finit sa pinte cul sec. Atal affiche l’air de celui qui se doutait bien que derrière une façade de brute épaisse, se cachait une personnalité indéniablement plus riche, plus belle, plus complexe. Et dans l’ambre doré du regard aveugle de Naïs grandit une drôle de lueur – même un léger sourire, presque imperceptible efface d’ailleurs les larmes qui marquent encore son visage. Il joue pour elle. Il vit pour nous. Tous. Naïs. Seth. Juhen. Atal. Moi. Pan. Libertée.

Car, par la barbe de Merwyn, rien n’est plus puissant que ce lien qui nous uni.

* *
*


≈≈≈ Naïs ≈≈≈

L’auberge vient tout juste de fermer ses portes. Et nous ressortons tous dans la froideur de la nuit. Tous ? J’ai dit tous ? Sauf Gil. Et Libertée. Les deux amants se réservent une nuit d’intimité. Sûrement la première depuis longtemps. Quoi de plus normal ? Toutefois, alors que le gérant nous met à la porte, je ne peux m’empêcher de songer que la marchombre a plutôt intérêt de prendre grand soin de Gil. Car si par malheur j’apprends qu’elle l’a fait souffrir la plus petite fois, je la démonte littéralement –toute sympathique qu’elle puisse être. Non, je la réduis en miettes. Pire, je la transforme en pâtée pour Brûleurs. Bref !

Le vent frais de la nuit et la main de Pan dans la mienne me calment instantanément, presque comme par magie. Juhen a encore assez d’énergie pour chanter à tue-tête dans les rues du village endormi. Mais, heureusement, Atal le rappelle bien vite à l’ordre. Seth a fini par s’endormir dans les bras de son oncle un peu avant que l’aubergiste ne nous mette dehors. Et malgré tout le boucan que fait le géant, son souffle lent et régulier témoigne de son sommeil profond. Seth. Mon Seth. Mon fils. Mon homme. Rien que de songer à tout ce qu’il du vivre pour son jeune âge, je bous intérieurement. Cependant, je chasse rapidement ces sombres pensées. Une nouvelle bataille remportée contre Samoan, mais pas encore la guerre. Et je suis bien placée pour savoir les pires saloperies dont il est capable. Mais ce soir, voilà, je n’ai pas envie de songer à cette homme qui m’a littéralement et complètement détruite. Parce que je suis vivante, pleinement vivante. Et entourée de ceux que j’aime le plus au monde.

Lorsque Nwëlla pousse la porte de la maison d’Iza, celle-ci nous attend vraisemblablement depuis un long moment. Chuchotant pour ne pas réveiller Seth, endormi contre l’épaule d’Atal, la femme nous mène à nos chambres. Evidemment, tout est calculé : alors elle en réserve une pour Nwëlla et Atal, une autre pour Seth et Juhen dont les ronflements ne perturbent pour rien au monde le sommeil de mon petit bout d’homme, la même que la nuit dernière pour moi et Pan. Oui, elle a vraiment l’esprit vif notre adorable hôte. D’ailleurs, c’est non sans étonnement qu’elle apprend que Gil et Libertée sont restés à l’auberge du village : elle leur avait préparé une chambre toute belle, toute propre. Tant pis pour eux !

Alors que je referme tout doucement la porte de la chambre derrière moi, une odeur de lavande et de fraicheur imprègne la pièce toute entière. Les draps sentent la propreté. Pas une particule de poussière ne semble s’accrocher aux meubles. Un demi sourire se dessine sur mes lèvres. Je crois que nous sommes tombés là sur une drôle de maniaque, mais pas moins attendrissante avec ses fourrés au chocolat. Un tout autre parfum m’enveloppe chaleureusement tandis que j’esquisse deux ou peut-être trois pas en avant. Pas de plage. Pas de sable. L’océan est loin. Ni goule, ni dessinateur cette fois-ci ! Juste moi. Juste Pan. Dans cette chambre.

Le cœur battant à tout rompre dans ma poitrine, je laisse distraitement mes doigts retrouver presque instinctivement le chemin de ces deux immenses cornes, appréciant leur courbure, leur puissance aussi. Et sa peau tout contre la mienne. Les mèches folles de ses cheveux qui retombent devant son visage. Son souffle court. Tout s’efface. Tout bascule. Tout se perd. L’équilibre ne tient qu’à un seul fil. Ne reste qu’une seule certitude incroyablement réelle.

- « Tu m’as manqué… » et par la sainte culotte de l’Empereur, ça me fout la trouille !

* *
*


- « Maman ! Maman ! Pan ! Réveillez vous ! »

Je sursaute. Et je me redresse d’un bond tentant de me dépêtrer tant bien que mal des couvertures. Mon cœur cogne dans ma poitrine. Bon sang ! Où suis-je ? Que ce passe-t-il ? On nous attaque ? Ah ! Par la sainte culotte de l’Empereur !

- « Quoi ?... Quoi ?... Quoi ?... Seth ? »

Ce dernier éclate de rire. Je soupire. A tous les coups, Juhen a dû lui souffler la bonne idée de venir troubler notre doux sommeil. Celui-là, je le retiens ! Enfin, en attendant, j’attire Seth à moi, le laissant ainsi me faire une bise légère sur la joue. Ce petit rituel matinal m’est depuis bien longtemps devenu indispensable pour bien commencer la journée. Le réveil semble tout aussi violent pour Pan. A vrai, dire, je ne suis pas certaine d’avoir dormi énormément cette nuit. Et quelle nuit ! D’un geste complice, j’ébouriffe les cheveux de Seth.

- « Je parie que Juhen se cache derrière la porte ? »
- « Ah ! Ah ! Presque, mais il n’a pas tout à fait tord pour une fois : le soleil est déjà très haut dans le ciel et tout le monde vous attend en bas pour rejoindre Gil et Lib’ à l’auberge ! »
- « D’accord ! On vous rejoint vite »

Ce faisant, j’étouffe un bâillement phénoménal. Non sans déposer un baiser papillon juste à la commissure des lèvres de l’Envoleur, je m’extirpe de la douce chaleur protectrice des draps. Après une toilette rapide, je retrouve rapidement mon éternel short, ma chemise cintrée d’un corset de cuir et mes bottes. En un clin d’œil, Pan sur mes talons, me voilà à dévaler les escaliers deux à deux. Etonnement, personne ne pipe mot – pas même Juhen. Moi qui m’attendais à une quelconque blague douteuse de sa part, me voilà bien déçue ! Au moment même où j’allais taquiner joyeusement le géant, Iza débarque des cuisines avec ce qu’elle avait réussi à sauver de sa fournée matinale de petits gâteaux. Sans nous laisser le temps de protester, elle me remet une de ces pâtisserie ainsi qu’à Pan.

- « J’espère que vous avez bien dormi ? » demande-t-elle de son air tout innocent «  Allez vite retrouver vos amis ! Et surtout, n’oubliez pas de revenir me voir avant de partir ! Allez filez ! »

A en croire la voix tonitruante de Juhen au loin, accompagnée du rire joyeux de Seth, ces deux-là ont pris une large avance. Hochant imperceptiblement la tête, je me laisse entrainer par Nwëlla, laissant en arrière Pan et Atal. D’un bon pas, nous nous aventurons dans les rues animées du village. Mon amie de toujours finit par poser la question qu’elle avait sur le bout de la langue depuis hier soir. Je le savais. Je le sentais. Et j’ai eu raison ! Je la connais par cœur !

- « Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Pourquoi tu as fui l’auberge aussi précipitamment ? »
- « Nwëlla ! J’avais besoin de prendre l’air, c’est tout ! »
- « Naïs, tu sais que tu peux tout me dire… »
- « Oui, je le sais, ne t’inquiètes pas ! C’est juste que je n’arrive pas à mettre nom sur ce que je vis en ce moment. Je t’avoue que ça me fait très peur… »
- « Tu sais ce que je crois ? » souffle Nwëlla presque imperceptiblement.
- « Non »
- « Tu te pose bien trop de questions ! »

Je fronce un instant les sourcils. Mais je n’ai pas le temps de m’interroger sur le sens de ses paroles que déjà l’Envoleuse pousse la porte de l’auberge. Ni Juhen, ni Seth ne semblent avoir réservé une table pour le déjeuner. Ils ne sont même pas dans la pièce à vrai dire. Pourtant, ils étaient encore devant nous lorsque nous discutions dehors. Un doute m’assaille. Seul Nwëlla le confirme à voix haute.

- « Où sont Seth et Juhen ? »

J’ai bien une petite idée, mais non ! Ils n’auraient pas osé faire ça ? Je vais très vite le savoir. M’accoudant au bar, je hèle le gérant.

- « Bonjour ! Dites, vous n’auriez pas vu passer un petit garçon accompagné d’un géant ?»
- « Si, ils sont montés à l’étage… »

Aïe ! C’est bien ce que je craignais ! Atal se glisse comme un courant d’air à côté de moi. Et, tel que je le connais, il rajoute son grain de sel.

- « Bah, du coup, tant qu’à faire, si vous pouviez monter le repas, pour huit personnes là-haut – sachant qu’il y en a un qui compte bien double… »

Je n’ai aucune peine à imaginer l’air complètement dépité de Nwëlla. J’éclate de rire. Le réveil de Gil et Libertée promet d’être plutôt rock’n’roll ce matin – surtout s’ils n’ont pas dormi de la nuit non plus…




[Inspiration, quand tu nous prends... ]

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I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Dim 03 Fév 2013, 12:03

Un nouveau monde.
Unique. Rose et rouge. Rouge et orange. Orange et jaune.
Chaleureux. Douillet. Un monde sans bruit, et pourtant avec de la musique. Un monde sans parole, mais avec un langage. Un langage universel, magique et pluriel pourtant.

Libertée avait les yeux fermés.
Elle s’enivrait de la musique de Gil. Un Gil auréolé des notes qu’il produisait avec sa flûte, accordé à lui-même, à son instrument, à son environnement… A elle. La marchombre baignait dans un nouveau monde, qu’elle découvrait à peine ; cela lui faisait un peu peur, car chacun a un peu peur de l’inconnu, au fond de lui. Cet inconnu qui pourrait nous manger, dont il faut quand même un peu se méfier, cet inconnu que bien des hommes tentent de conquérir… Elle ne cherche pas à conquérir l’inconnu, d’ailleurs elle n’a jamais essayé de conquérir le monde ; elle y vit, cela lui suffit. Elle y danse, aussi.



♥ ♥ ♥


- Tu crois qu’elle a véritablement compris ce qu’il se passait ?
- Peut-être pas véritablement, mais elle a compris la base. De toutes façons, à quoi cela aurait servi qu’on lui cache plus longtemps ?
- A ce qu’elle ne s’inquiète pas pour nous.
- Ahaha ! Tu crois vraiment qu’elle va s’inquiéter ?
- Euh…
- Non, elle ne va pas s’inquiéter. Elle va faire attention, à elle, à nous, mais elle ne va pas s’inquiéter. Ce n’est pas dans sa nature d’être inquiète. Et puis, on lui a démontré depuis longtemps qu’elle n’avait pas à s’inquiéter pour nous. Non, si elle nous a demandé ça, c’était qu’elle avait une idée derrière la tête…
- Quel genre d’idée ?
- On va vite le savoir.


L’homme tourna la tête vers la porte de la pièce dans laquelle il se trouvait avec sa compagne, et son regard se posa sur la petite fille qui venait d’y apparaître.

- Papa, je veux apprendre à me battre !


♥ ♥ ♥


- Tu verras un jour, ma chérie. Quand tu tomberas amoureuse…
- Jamais ! Je suis libre, et amoureuse c’est pas libre.
- Ca dépend. Tu trouves que l’on est prisonniers, avec ton père ?
- Non, mais c’est pas pareil.
- Ah bon, et pourquoi ?
- Bah vous êtes amoureux, mais… Vous êtes pas dépendants. Tout le monde n’est pas capable d’aimer comme ça. Et comme je ne suis pas sûre d’en être capable, je préfère me garder loin de tout ça.



♥ ♥ ♥


- Au dodo ! Il ne restait qu’une seule chambre de libre, et un seul lit…
- Hihi, tu comptes vraiment dormir ?


La réponse n’avait pas besoin de mots, et les gestes, comme une habitude, comme une merveilleuse danse, s’emparèrent d’eux. Se mordant la lèvre, Libertée se laissa guider, en instillant d’elle-même dans leur chorégraphie nocturne…


♥ ♥ ♥


Bougeant légèrement dans son sommeil, Libertée ouvrit doucement les yeux tandis qu’un audacieux rayon de soleil venait danser sur ses paupières. Un léger soupir franchit ses lèvres, et elle se tourna lentement sous les draps, sentant dans son dos une présence chaude.
Gil !
Les souvenirs de la nuit montèrent soudain jusqu’à ses pensées, et elle ne put s’empêcher de pousser un petit soupir satisfait. Mais… Mais elle avait encore un appétit vorace !

Faisant courir lentement ses doigts sur la peau de l’envoleur, elle déposa un léger baiser dans son cou, juste sous son oreille. Ses cheveux vinrent chatouiller ses narines, et son odeur la pénétra brusquement, embrasant un nouveau feu dans son ventre. Elle gémit, tandis que ses mains se faisaient plus audacieuses, arrachant l’envoleur au sommeil agréablement…

Une certaine agitation semblait s’emparer de l’auberge, mais Libertée n’y prêta pas attention, toute à ses caresses tendres. Alors, lorsque la porte s’ouvrit assez brusquement, elle sursauta en plissant les yeux et sauta au pied du lit, en position de défense, prête à sauter à la gorge de l’agresseur – cela était peut-être un de ces mercenaires qui en voulait encore à Gil – en les poings en avant, souples sur ses genoux…
Son regard croisa celui de Juhen, qui sembla soudain extrêmement gêné.
Tout comme Seth, d’ailleurs, qui avait viré au pivoine soutenu.

Se redressant, Libertée souleva un sourcil, et tourna la tête vers Gil, qui regardait les deux intrus d’une lueur moqueuse, et posait sur elle un regard de… Ah ! Elle était nue ! Boah, de toutes façons elle s’en fichait en réalité. Se détendant, elle n’eut pas la réaction qu’aurait dû avoir une femme ‘normalement’ constituée, et ne chercha pas un seul instant à cacher sa silhouette ou son corps, se contentant de croiser ses bras sur sa poitrine en lançant un regard de défi, espiègle et moqueur, aux deux personnages intrusifs.


- Bah quoi ?
- Euh…
- Tu ne veux pas t’habiller ?


Libertée éclata de rire, et se tourna vivement, pour se baisser et attraper ses vêtements au sol, jetant ceux de Gil à l’intéressé en question. Et alors qu’elle finissait d’enfiler son débardeur, la suite de la congrégation débarqua dans la chambre.

- Vous n’êtes qu’une bande de voyeurs en fait ! Euh… Pardon Naïs !

Le rire pur et cristallin de la marchombre raisonna dans la chambre.
Là, tout de suite, elle était profondément heureuse, même sous les regards surpris de Nwëlla, Atal et Pan, même sous le regard encore légèrement fiévreux de Juhen.

Et elle avait envie de danser.


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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Dim 03 Fév 2013, 13:47

Pan faillit éclater de rire.
Faillit seulement, car lorsque Gil attrapa la flûte à son côté, il fronça les sourcils.
Faillit seulement, car lorsque Gil apporta le bec de son instrument à ses lèvres, il sentit un léger frisson le parcourir.
Faillit seulement, car lorsque les premières notes s’élevèrent dans la pièce, il sentit toute l’émotion qui s’y cachait.

En réalité, il s’attendait à tout sauf à cela. Il n’avait jamais vu d’Envoleur musicien, et ne pensait même pas que l’un d’entre eux eût pris la peine d’apprendre à jouer d’un quelconque instrument.

Soudain, il fut transporté des années en arrière, autour d’un feu, avec les femelles qui chantaient et dansaient, qui jouaient ; soufflant dans leurs Burtaggs, leur mélodie envoûtante savourait la vie et admirait les astres.
Il voyait sa mère, avec ses deux longues tresses passées devant ses épaules, gonfler ses joues pour remplir l’instrument d’air ; et puis elle modulait l’intérieur de sa bouche pour que les notes s’enchaînent, différentes, harmonieuses. Sur cette mélopée, d’autres femelles venaient chanter, ou énoncer des poèmes lyriques. Ces légendes qui agitent le monde et les croyances, qui se poursuivent dans la vie, dans les étoiles, dans l’univers tout entier. Il entendait encore leur voix grave et profonde, la modulation du ton de Taramz, les notes épurées et hautes de Jiuu, le sourire de Ten derrière le feu.
Parfois, à ces soirées, s’invitaient du haut des astres quelques Ramns, qui venaient danser en langues de brume et de lumière autour d’eux…

Serrant Naïs contre lui, Pan reprit pied avec la réalité.
En fait, peut-être bien que son monde lui manquait, au fond. Mais désormais, il était là… A quoi servait-il de se souvenir de son enfance, ou du reste ? Il devait faire avec l’instant présent, penser un peu à l’avenir, mais pas trop non plus – rien que l’idée d’avenir l’avait toujours effrayé.

La nuit s’égrène, sans qu’il ne la sente passer. La lune fait son tour d’horizon, à l’extérieur, mais personne n’est là pour la voir, derrière les nuages sombres de la nuit. Les heures s’étirent, se succèdent, sans que l’ennui ne vint pointer le bout de son nez. Le concert que leur joue Gil ne semble jamais prendre fin. C’était une musique de vie, d’amour, de tristesse et de mélancolie. De passion. Une musique qui trouve un écho partout autour d’elle, qui vient résonner entre ses cornes, vibrer en lui, au plus profond, faisant frémir sa peau et frissonner son âme.

Mais il faut bien que tout cela se termine. La main de Naïs dans la sienne, Pan tourne une dernière fois la tête vers l’auberge dans laquelle Gil et Libertée sont restés. Un léger soupir franchit ses lèvres, tandis qu’ils rejoignent la maison de leur hôte pour quelques jours. Iza semble avoir tout prévu, ou presque, car chacun a sa chambre, chaque couple a sa chambre – et il faut croire que Seth et Juhen sont ensemble, ce qui tire un léger sourire au géant cornu.

Dans la chambre qu’il partage avec Naïs, tandis que leur peau se retrouve, un murmure s’envole dans les airs.

- Tu m’as manqué…

Le souffle coupé, Pan ne répond pas. Comment répondre ? Que répondre ? Que ça lui tordait le ventre ? Que ça lui compressait la poitrine ? Que…
Pan ne répondit pas. Il préféra oublier cette sensation en se noyant dans l’odeur de Naïs.


§§



Maman ! Maman ! Pan ! Réveillez vous !

Pan bougea à peine, se contentant de lancer un petit grognement. Mais contrairement à lui et à son calme placide, Naïs bondit du lit, ce qui lui tira un froncement de sourcil agacé. Qu’est-ce qu’il se passait encore ?

Quoi ?... Quoi ?... Quoi ?... Seth ? Je parie que Juhen se cache derrière la porte ?
- Ah ! Ah ! Presque, mais il n’a pas tout à fait tord pour une fois : le soleil est déjà très haut dans le ciel et tout le monde vous attend en bas pour rejoindre Gil et Lib’ à l’auberge !
- D’accord ! On vous rejoint vite


L’Envoleur poussa un léger soupir. Bon, il fallait croire qu’il était temps de se lever ! Il aurait bien dormi encore une paire d’heures de plus ! Mais enfin, il finit par se redresser dans le lit.

- Ils vont les déranger…

Haussant les épaules, Pan se redressa et enfila rapidement ses vêtements, caressant le corps de Naïs du regard. Puis, ils sortirent de la chambre et Iza leur proposa de délicieux petits gâteaux. Cette femme était étonnante, et surtout adorable ; elle n’avait pas fait fi de ses cornes, dès le début, et par cela c’était déjà surprenant. Mais surtout, il fallait aussi croire qu’elle était un vrai petit cordon bleu, vu les plats goûteux qu’elle leur préparait.

Atal et l’Envoleur se firent prendre de vitesse par les deux gamins ambulants ainsi que les deux femmes, et restèrent un peu en arrière. Pan devinait que Nwëlla voulait une petite explication pour la veille, et ne tenta même pas de les rattraper, se contentant de marcher tranquillement aux côtés du frère de Naïs. Il aimait bien Atal, c’était un fait ; c’était un homme posé et pourtant lui aussi passionné. Il fallait croire que Naïs était capable d’emmener un pays entier derrière elle dans des missions impossibles – et cela n’aurait pas étonné Pan plus que cela. Et le silence tranquille qui les accompagna jusqu’à l’auberge le tranquillisa.

- Où sont Seth et Juhen ?

Pan ne put s’empêcher de pousser un soupir. Il l’avait dit ! Il était certain que les deux acolytes étaient montés directement dans la chambre de Gil et Libertée. D’ailleurs, s’il avait été à leur place, il les aurait fait sortir à coups de pied aux fesses !

- Comptez plutôt onze, en fait… Car moi aussi j’ai une faim de loup !

Un sourire dans le creux de la joue, Pan suivit donc les autres à l’étage, et bientôt ils rejoignirent Juhen et Seth, aussi rouges que des tomates bien mûres… et l’Envoleur ne put s’empêcher d’éclater de rire. Ha, ils l’avaient bien cherché, ces deux terreurs, c’était à leur tour de se sentir honteux ! Surtout que Libertée finissait de s’habiller sans montrer une once de gêne, presque effrontée et parfaitement désinvolte, avec un sourire provocateur sur les lèvres et dans le creux de la joue.

- Vous avez de la patience dis-donc… Moi je les aurais jetés dehors à coups de pied dans l’arrière train !

Non, il n’y avait pas pensé ce matin quand c’était Seth qui s’était précipité dans la chambre, mais parce qu’il était un gamin et que s’il avait un peu l’idée de ce qu’il pouvait se passer entre deux adultes, il n’avait pas l’intention de les jeter dans l’embarras… Alors que Juhen, c’était une autre histoire !

Entendant le bois de l’escalier grincer derrière eux, Pan se retourna lentement, et vit le tavernier qui amenait le grand petit déjeuner dans la chambre, pour eux, et fit avancer un peu tout le monde.

- Bon, ça ne va pas nous empêcher de vous envahir, puisque le petit déjeuner arrive !

S’introduisant dans la chambre, sans avoir effleuré le dos de Naïs au passage, le géant aux cornes s’installa sur le sol en se frottant les mains l’une contre l’autre : oui oui, il avait bigrement faim !

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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Lun 04 Fév 2013, 18:02

Ils ne dormirent pas beaucoup cette nuit-là. Mais alors que la passion qui animait Gil était dévorante, ils s’aimèrent avec une douceur étonnante ; chaque geste, chaque caresse échangée étaient empreinte d’une tendresse particulière et leur lenteur n’avait d’égal que l’amour qui s’en dégageait. Gil était fasciné par sa propre délicatesse, qu’il n’avait jamais soupçonnée, et par les étonnants contrastes qui se jouaient en la personne de Libertée : c’était une femme de caractère, une véritable force de la nature et une guerrière talentueuse mais, entre ses bras, elle était soudain plus fragile qu’une poupée de cristal. Il la serrait avec un luxe de précautions pour ne pas briser cette petite merveille dont il ne pouvait détacher le regard un seul instant. La dernière fois qu’il l’avait vue, elle était dans un lit et sa pâleur se confondait avec celle des draps dans lesquels elle disparaissait. Il se souvenait de ses cheveux blonds étalés sur l’oreiller, couronne flamboyante qui soulignait l’éclat douloureux de ses yeux. Il se souvenait de leurs mains qui s’étaient rejointes sur son ventre et de la détresse de la jeune femme.

Ce jour-là, il avait eu peur pour elle. Il avait survécu à une blessure fatale, traversé les collines de Taj pour la retrouver, tué de sang froid des hommes et décapité un enfant pour la sauver. Mais jamais il n’avait eu aussi peur qu’en patientant derrière cette porte, à Ondiane. C’était la toute première fois qu’il envisageait la perte d’un être cher, peut-être à cause de la mort d’Iselle ; désormais, il était lié à Libertée et par ce lien, il se savait damné. Pour le meilleur et pour le pire, ma belle… Le meilleur, il l’avait déjà : chaque fois qu’il plongeait dans la lumière de ses yeux, qu’il effleurait sa peau ou respirait son parfum, il sentait son cœur battre d’une énergie nouvelle. Libertée était son nouvel oxygène. Mais elle était également devenue sa faiblesse. C’est sa présence qui l’avait empêché d’agir et de tuer Samoan quand il en avait encore l’occasion. Quiconque s’en prenait à elle avait le pouvoir de le réduire à la condition de simple pantin. Gil le savait. Voilà pourquoi il prit le temps de savourer la moindre seconde passée avec la jeune femme, s’abreuvant du moindre de ses soupirs, goûtant au plus petit de ses gémissements jusqu’à ses cris de plaisir qui allumèrent des étoiles dans ses yeux vairons.

Un peu avant que l’aube ne teinte l’horizon, il s’endormit en caressant ses longs cheveux. Et se retrouva happé par un rêve improbable : il se vit escaladant une paroi rocheuse en compagnie de Kaünis, puis en train de faire l’amour à Libertée avant de se découvrir combattant une horde d’ennemis aux côtés de Seren, les différents événements s’enchaînant au son d’une flûte ; le cauchemar débuta à l’instant où Kaünis perdit l’équilibre et bascula dans un vide sans fond tandis qu’impuissant, il hurlait son nom. Dans ses bras, Libertée perdit toute consistance, disparaissant en le suppliant de la sauver. Et sous ses yeux, Seren fut transpercé par une dizaine de lames rouges de sang. Tous, susurra une voix, surgie de nulle part. Je vais tous te les prendre, SangreLune… C’est alors qu’une odeur de pêche s’invita dans son sommeil, imprégnant son rêve et y apportant une vague de lumière. Un souffle léger se perdit sur sa nuque, le tirant tout doucement de l’inconscience. Un sourire dansa sur les lèvres de Gil alors qu’il sentait tout son corps réagir à des caresses de plus en plus audacieuses. Refermant les bras sur elle, il l’attira contre lui. Viens par-là, toi…

Mais Libertée échappa à son étreinte, si brusquement que Gil se réveilla complètement et ouvrit les yeux. La porte venait de s’ouvrir à la volée. Guerriers jusqu’au bout des ongles, la Marchombre et l’Envoleur avaient réagi en conséquence, la première en bondissant hors du lit pour être libre de ses mouvements et accueillir leur agresseur comme il se devait, le second en passant la main sous son oreiller pour s’emparer de la dague qui s’y trouvait. Ils étaient prêts à passer de l’amour à la guerre en un clin d’œil. Mais ni l’un, ni l’autre n’avait prévu qu’au lieu d’un assassin paré à en découdre, ce soit un petit garçon qui fasse irruption dans la chambre, suivi de près par un géant. Seth et Juhen ! Gil retira sa main de sous l’oreiller en soupirant de soulagement. Enfer, il va vraiment falloir que quelqu’un éduque ces deux-là ! Sans le parfait contrôle dont Libertée et lui faisaient preuve, le Thül et son petit protégé seraient d’ores et déjà épinglés au mur, l’un par une masse de cheveux tueurs, l’autre par une dague et quelques aiguilles de métal…

Néanmoins, il n’était pas certain que les deux envahisseurs aient échappé au pire ; à présent rouge pivoine, l’un comme l’autre fixaient Libertée sans bouger, incapable de détourner le regard de sa nudité ni même de dire quoi que ce soit. Riant intérieurement, Gil se rappela la première fois où il avait vu la jeune femme sans son short et son corset. Sans doute avait-il eu cette expression idiote sur le visage, à peu de choses près, et ce malgré son expérience déjà sérieusement entamée auprès de la gente féminine ! L’on pouvait toutefois difficilement reprocher quoi que ce soit à Juhen et à Seth. Libertée était vraiment, vraiment très belle : petite mais athlétique, elle avait des muscles bien dessinés, des formes à en baver et une totale ignorance de la pudeur qui accentuait son côté séducteur. Elle avait rejeté ses cheveux en arrière pour rester maître de ses mouvements et dévoilait ainsi son corps dans sa totalité, pour le grand plaisir de Gil… et le plus grand malheur de Juhen ! Troublé comme il l’était rarement, le géant ne savait plus où se mettre.

- Bah quoi ?
- Heu…
- Tu ne veux pas t’habiller ?

Libertée prit alors conscience de son apparence et son rire se mêla à celui de Gil. Comment faisait-elle pour omettre ce genre de détail ? De la même façon qu’elle se plaisait à se parer de vêtements qui ne cachaient souvent que le strict minimum de son anatomie, sans doute… Dès qu’elle fut habillée, Juhen se remit à respirer. Seth, lui, avait déjà bondit sur le lit pour sauter au cou de Gil. Il entendit plus qu’il ne vit le reste de la bande s’inviter dans la chambre et, écrasé par le poids du fils de Naïs, il ne put s’empêcher de soupirer. Et de s’étonner : surpris au réveil, interrompu dans un moment intime, il aurait dû être agacé, irrité voire en colère, mais il n’était en réalité même pas de mauvaise humeur, alors même que Seth se lançait dans une partie de chatouilles ! L’espace d’un instant, il se revit à son âge, sautant dans le lit de ses parents pour les tirer du sommeil. Jamais Sinéad et Giliwyn ne l’avaient repoussé, préférant répondre à ses taquineries ; Seth n’avait pas droit à ce genre de moment important qui jalonne une vie, raison pour laquelle Gil ne le repoussa pas non plus. Subtilisant la dague avant que l’enfant ne se blesse, il prit un oreiller et le lui lança en pleine figure, déclenchant une monumentale bataille de polochon qui s’interrompit avec l’arrivée de leur petit-déjeuner.

- Je rêve ! s’écria l’Envoleur en nouant rapidement un drap autour de ses hanches. Vous êtes pires que des parasites !
- Tais-toi et mange, grogna Nwëlla, perchée sur le rebord de la fenêtre pour savourer une boisson chaude avec bonheur.

Gil échangea un regard avec Pan, installé au pied du lit aux côtés de Naïs. A en juger par les cernes qui soulignaient les yeux de ce dernier, lui non plus n’avait pas eu son content de sommeil, mais il lui suffisait de voir le sourire de Naïs pour comprendre que leur compagnon cornu avait tout de même apprécié la nuit qu’il avait passé. D’un air faussement désespéré, Gil échangea une poignée de main avec Pan, puis avec Atal et Juhen, déposant au passage une bise sur la joue de Nwëlla et ébouriffant tendrement les cheveux de Naïs. Il termina sa petite balade en attrapant Libertée par la taille et en la conduisant vers le lit.

- On reprendra notre passionnante discussion plus tard, lui glissa-t-il à l’oreille avant de s’asseoir au bord du matelas pour entamer son petit-déjeuner.




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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mar 19 Fév 2013, 15:42

Spoiler:
 

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Effectivement, les deux zouaves que sont Juhen et Seth sont directement montés à l’étage, sans attendre personne et sans même se demander dans quel accoutrement ils trouveraient Gil et Libertée ! Soupirant d’un air désabusé, je ne tarde toutefois pas à emboîter le pas de Nwëlla, Atal et Pan, tous fermement décidés, apparemment, à prendre le petit-déjeuner au pied du lit. Gravissant les marches de l’escalier grinçant imperceptiblement sous mes pas aériens, je constate à quel point l’arrivée du géant et de mon brigand de fiston avait été bruyante. Alors que tout semblait parfaitement calme quelques minutes auparavant, le silence du réfectoire à peine perturbé par les chuchotements de quelques personnes matinales, voilà que je croise maintenant au moins une dizaine de voyageurs de passage dans cet escalier étroit. Certains marmonnent dans leurs barbes tandis que d’autres manifestent des gestes de mauvaise humeur, mécontent d’avoir été réveillés de manière irrespectueuse.

Lorsque je pénètre discrètement dans la chambre, bien évidemment, il y a déjà du monde. Et par la sainte culotte de l’Empereur, il faut avouer que Gil et Libertée ont une sacré patience de nous voir tous débarquer comme si de rien n’était. Même si, à vrai dire, Pan ne leur laisse pas le temps de répliquer puisque au même moment précisément, le déjeuner nous est servi plus dignement encore que pour des rois. Pain, confitures maisons, café, lait chaud pour Seth, jus de fruit. Bref, de quoi bien commencer la journée dans la bonne humeur. M’installant juste à côté de Pan, je plisse légèrement le nez quand Gil m’ébouriffe les cheveux comme à une gamine. C’est presque à en croire qu’il me prend pour son pote, ce qui m’agace un peu en fait. Depuis quelque temps, je remarque que je n’ai plus droit au « princesse » qui me fait sourire à chaque fois. Bon, certes, je ne suis pas tout à fait certaine que ce matin Pan et Libertée auraient grandement apprécié que Gil me surnomme princesse – et je ne préfère pas tenter l’expérience à vrai dire. Mais bon, c’est vrai que cela me manque.

Les discussions vont bon train. Comme d’habitude, Juhen et Gil se lancent dans un concours de vannes toutes plus désespérantes les unes que les autres, visitant ainsi le répertoire de leurs plus gros jurons, ce qui fait bien rigoler Seth en réalité. Je suis bien forcée de l’admettre, ces deux là se sont trouvés. Atal semble profiter du moment pour converser avec Libertée, lui racontant quelques anecdotes à propos de Gil et du combat épique qu’ils avaient menés six mois auparavant dans les montagnes du nord pour, encore une fois, me sortir d’ennuis deux fois plus énormes que moi – autant dire qu’ils avaient luttés quasiment à dix contre un dans cette ferme fortifiée. Ces quelques jours où j’ai bien failli y laisser la vie pour de bon. Seth, lui, se passionne pour ce Pan ce matin et l’assaille de questions en tous genres. D’où il vient ? S’il fait le même travail que moi ? S’il peut toucher ses cornes ? Malgré sa maturité d’adulte souvent inquiétante pour de nombreuses personnes, mon fils garde encore une certaine curiosité innocente, presque naïve. Et moi, j’écoute patiemment Nwëlla monologuer sur sa relation avec mon frère. Pas de doutes, elle est terriblement amoureuse celle-là. Et mon frangin aussi en fait, car il en faut vraiment pour supporter les sautes d’humeur de l’Envoleuse. L’espace d’un instant, je me demande si je semble aussi niaise quand je suis amoureuse – j’ose espérer que non, même si je sais parfaitement que l’amour transforme complètement et indéniablement, souvent en bien. Parfois en mal. En attendant, Nwëlla continue de me poser ces fichues questions existentielles auxquelles je suis sûrement la plus incapable de répondre. Nwëlla, tu me fais peur : tu ressemblerais presque à une marchombre à parler ainsi. Je souris largement à ma réflexion muette. Pour sûr, elle se serait incroyablement vexée !

- « Naïs ! Tu m’écoutes quand je te parle ? » gronde Nwëlla
- « Evidemment… » répliquai-je aussitôt en tentant de garder mon sérieux.

Grâce au ciel, Juhen finit par décider d’embêter Nwëlla, à ses risques et périls, me permettant ainsi d’échapper à un long sermon ennuyeux à mourir. Soupirant, à moitié amusée, je me lève souplement dans l’espoir d’entretenir une petite discussion avec Gil. Mais je n’ai pas fait un pas, qu’aussitôt je vacille dangereusement comme vidée de mes forces. Totalement. Je dois paraître bien pâle d’un seul coup car Nwëlla bondit soudainement et de sa solide poigne, elle m’empêche littéralement de tomber. Elle me parle. Sa voix me semble tellement lointaine. Une vague de chaleur m’envahit puissamment – ou de fièvre peut-être. Seul ce liquide poisseux à l’odeur de fer cascadant presque sur mes jambes me raccroche à la réalité. Du sang ! Enfer…

* *
*


Deux jours plus tôt


≈≈≈ Azeus ≈≈≈

Je traverse le long couloir sombre du sous-sol à grands pas décidés. Je sors tout juste de la cellule de cette Naïs Jol. Une fille intéressante à vrai dire qui avait eu la malchance de faire les frais de la folie furieuse de Samoan. Enfin, tout fou à lié qu’il est, il est l’un des aristocrates les plus puissants de l’Empire. Et un Mentaï. Evidemment qu’il m’a proposé une grosse somme d’argent – de quoi me la couler douce en fait jusqu’à la fin de mes jours – pour coincer l’Envoleuse. Il fallait au moins cela pour m’en prendre à ceux qui luttaient pour le Chaos sans raison valable. Défonçant presque la porte sur mon passage, je hèle l’aristocrate qui se retourne lentement, bras croisés sur sa poitrine. Il me dévisage, sourcils froncés. Il va m’entendre !

- « Tu ne m’avais pas dit qu’elle attend un gosse ! » lançai-je, mauvais.

Samoan me regarde longuement sans comprendre, ce qui me fait immédiatement réaliser qu’il n’en savait absolument rien. Pourtant, un homme de sa trempe aurait dû le sentir. Je secoue la tête un instant en soupirant.

- « Tu n’en savais rien ? »
- « En es-tu bien certain ? » répond-il, songeur.

Si j’en suis certain, absolument oui. Je ne saurai dire avec précision depuis quand elle l’est, puisque aucun signe manifeste n’est visible, mais je hoche la tête en silence. Et cela change complètement la donne. Je suis un Mentaï, certes, mais pas un tueur. J’ai des principes, hors, là, ils m’interdisent justement d’aller plus loin.

- « Ne comptes plus sur moi pour continuer ce petit jeu dangereux ! » soufflai-je.
- « Azeus, elle menace notre ordre ! Elle menace le Chaos ! »
- « Rectification : elle te menace toi et le pouvoir que tu convoite ! Et tu as toutes les raisons d’avoir peur… »

Lui adressant un sourire en coin comme je sais les faire si bien, je tourne les talons, m’apprêtant à quitter purement et simplement ce vieux hangar lugubre qui sert de prison secrète aux Vil’Vishyard quand un craquement sinistre retentit. On nous attaque !

* *
*


≈≈≈ Naïs ≈≈≈


Je ne sais pas trop où je suis. Plus dans cette auberge où nous avons fait la fête hier soir en tout cas. A moitié dans le coaltar, je peine à ordonner mes idées. A comprendre simplement ce qu’il m’arrive. Je me souviens juste de la morsure du froid sur ma peau, de ces voix lointaines autour de moi, tout juste perceptibles, de ces draps qui sentent le propre et cette paire de mains sur mes jambes. En fait, pour le coup, je n’ai même pas mal. Même si, paradoxalement, j’ai l’impression que quelqu’un m’arrache les entrailles. Par la sainte culotte de l’Empereur, qu’est-ce qu’il m’arrive encore ? Expirant longuement, plus pour calmer ces pensées qui commencent à s’entrechoquer dans ma tête, je perçois alors deux présences totalement inconnues dans la pièce. Et les autres ? Où sont passés tous les autres ? Pan ? Atal ? Seth ? Gil ? Juhen ? Nwëlla ? Libertée ? Où sont-ils ? Tandis que je me redresse sur mes coudes d’un geste plus ou moins assuré, une main se pose sur mon épaule avec douceur.

- « Tout va bien, il est en vie ! » souffle une voix chaleureuse
- « Hein ? Qui ? » questionnai-je en fronçant les sourcils.
- « Mon collègue est sur la route de Fériane avec lui, les Rêveurs pourront peut-être… »
- « Attendez, j’ai raté un épisode ou quoi ? »

Un long silence suit ma question. Décidément, ce drôle de bonhomme me fait sérieusement flipper. Je parviens toutefois à maîtriser les battements de mon cœur, calmant ainsi ma respiration qui commençait à s’emballer. L’homme pousse un léger soupir alors qu’il s’assoit sur le rebord du lit. Tous les muscles de mon corps se tendent imperceptiblement lorsqu’il pose sa main sur la mienne dans un geste qui ressemble étrangement à de la compassion. La situation devient de plus en plus étrange.

- « Je me doutais que vous réagiriez comme cela. Vous ne le saviez pas, n’est-ce pas ? Que vous étiez enceinte ? »

Mon cœur rate soudainement un battement, mais dans un incroyable accès de folie, je bondis hors des couvertures. Oubliant ma faiblesse, je plaque l’homme au mur qui n’ose à peine respirer. Là, maintenant, il me suffit de sortir littéralement les griffes et d’égorger cette sale face de Raï et menteur avec cela ! J’en suis à deux doigts de le faire. Tentée, tellement tentée. Pourtant, alors que ce serait terriblement plus simple de me persuader qu’il s’agit d’une blague douteuse, je relâche peu à peu la pression sur la gorge de l’homme qui ne peut s’empêcher de lâcher un bref soupir de soulagement.

- « Dites moi que c’est une plaisanterie ! »
- « J’imagine aisément le choc que vous devez subir à cet instant. Mais, sachez que vous n’êtes pas la seule dans ce cas là. C’est rare, mais cela arrive parfois… »
- « Un choc ! Une catastrophe oui ! »

Et ce n’est absolument rien de le dire. Un gosse ! Une poisse pareille, il n’y a toujours qu’à moi que cela arrive de toute façon. Un gosse ! Et j’en ferai quoi ? Il est absolument hors de question que je le garde. Voilà que je me mets à présent à faire les cent pas dans la chambre pour ne pas céder à la panique toute proche. Un gosse ! Par la sainte culotte de l’Empereur, qui peut bien être le père ? Bon, en y réfléchissant bien, il n’y a pas trente-six solutions. A l’époque, je ne connaissais pas encore Pan. En revanche, Gil faisait déjà partie de ma vie depuis un petit moment, au même titre que Sahel qui avait trouvé la mort peu avant que je ne me jette littéralement tête baissée dans la gueule du loup. Et l’occasion de partager le lit de l’un et de l’autre s’était évidemment présentée à plus d’une reprise. Un gosse ! Qu’il soit l’enfant de l’un ou de l’autre, me voilà dans de beaux draps ! Un peu comme une lionne en cage, je tourne en rond en essayant de trouver une solution. Les poings serrés, ongles enfoncés dans ma peau presque jusqu’au sang, je me retiens tant bien que mal de cogner dans les murs. De rage. D’impuissance. De peur aussi. Parce que la situation pouvait tout à fait se reproduire n’importe quand – je n’y tiens pas forcément. L’homme reste muet. Je devine aisément son regard perplexe posé sur moi. Soudain, mon cerveau bouillonnant dangereusement, une idée complètement folle m’éclaire enfin.

- « Dites, rassurez-moi, les autres ne sont pas encore au courant ? »
- « Eh bien, en partie si, ils ne connaissent pas encore l’état de santé du bébé, mon collègue étant parti dans la précipitation… »
- « Dites leur qu’il est mort ! Ils ne doivent rien savoir ! »

Un lourd silence suit notre court échange. L’homme paraît choqué de la froideur de mes mots. Eh bien quoi ! Après tout, il n’est pas sûr que le gosse survive à ses premières semaines ! Et si c’est le cas, que veut-il que j’en fasse. Samoan est plus dangereux que jamais. La mort de son frère, et de son père l’on poussé dans ses derniers retranchement. Qui sait de quoi il est capable ? Et puis, son père, si tant est qu’il soit encore en vie, fuirait sans aucun doute ses responsabilités – les hommes sont tous comme cela de toute façon ! Ce n’est pas une vie pour un enfant. Alors autant permettre aux autres, Pan, Gil, Seth, Libertée, Nwëlla, Atal et Juhen de passer l’éponge sur un truc qui n’était pas censé exister et ainsi offrir à ce gamin, s’il survit, une enfance heureuse. Des parents présents. De la sécurité. Loin des combats. Loin du sang. Loin de la mort. Ma décision est prise, et personne n’en saura jamais rien.

- « Mais… »
- « Un petit conseil, faites ce que je vous dit ! »
- « Comme vous voudrez… » chuchote-il avant de sortir de la chambre, plus légèrement qu’un souffle.

* *
*


L’homme ne tarde pas à remonter brièvement pour m’annoncer qu’il avait dit exactement ce que je le lui avais ordonné de dire. Personne ne lui avait semblé se douter de rien. Je le remercie mais il referme la porte sans un mot. Cela vaut mieux ainsi. Surtout que si le gosse est vraiment prématuré, les chances sont infiniment plus importantes que ce soit celui de Gil que de Sahel. Je hoche donc la tête toute seule. Oui, cela vaut vraiment beaucoup mieux ainsi. Je sais pertinemment que suis en train de tomber amoureuse – et ça me terrifie. Gil l’est, totalement et aveuglément. D’ailleurs, je dois bien admettre que Libertée est une chic fille, même si au fond je reste prête à l’envoyer six pieds sous terre si jamais par malheur j’apprends qu’elle fait le moindre mal à l’Envoleur.

Désormais assise sur le rebord de la fenêtre, j’ai cessé de faire les cent pas dans la pièce. Profitant de l’air frais du soir, je songe qu’il faudrait bien que quelqu’un décide que faire de l’enfant, s’il survit grâce aux soins des Rêveurs. Pas le choix, je devrais m’y coller discrètement. A vrai dire, je crois déjà avoir une petite idée aux couleurs des sables du désert des Murmures. Enfin, le principal reste que pour les autres, cela reste une frayeur passagère. Quand la porte de la chambre s’ouvre à nouveau, il doit bien s’être passé une heure ou deux depuis le dernier passage de cet homme médecin. Avant même de savoir de qui il s’agit, je laisse échapper une réflexion mi grave, mi amusée.

- « Bon, ce truc est mort, tout est bien qui finit bien, non ? »

Un léger sourire étire le coin de mes lèvres. Bah, il faut bien que je commence maintenant à m’habituer à faire comme si de rien n’était.

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Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 



Dernière édition par Naïs Jol le Mar 19 Fév 2013, 18:16, édité 1 fois
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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mar 19 Fév 2013, 17:35

Libertée était en train de croquer dans une tartine recouverte de chocolat quand Nwëlla bondit du lit pour rattraper Naïs, qui s’effondrait à moitié sur le sol. Une flaque de sang venait de faire irruption sous l’envoleuse, coulant le long de ses jambes. Un drôle de long frisson très désagréable courut le long de la colonne vertébrale de Libertée, qui sentit son ventre se retourner et sa gorge se serrer.

Mais Naïs venait de perdre connaissance, et le premier réflexe de Nwëlla fut d’appeler de l’aide. Atal se précipita dans le couloir pour demander si quelqu’un avait des connaissances en soins, et Libertée était déjà ailleurs.

Sortant de la chambre dans la cacophonie, elle n’était même pas certaine que quiconque eût remarqué qu’elle n’était plus là. Dans le couloir, elle écoutait ce qu’il se passait.


- Nous sommes deux Rêveurs ! Faites-nous un peu de place !

L’homme, assez petit mais avec un certain charisme, s’avança dans les escaliers, et bougonna.

- Non, ce n’est pas possible ici. Est-ce que vous pouvez la descendre, on va aller dans la maison de mon ami…

Un léger soupir franchit les lèvres de Libertée, tandis que tout le monde s’activait.
Soudain, là, elle ne se sentait plus à sa place. Envolée la bonne humeur du matin, le petit déjeuner et tout ça… Une perte de sang à cet endroit-là, aussi imprévue et aussi importante, cela n’avait qu’une seule signification.

Grâce à la force de Pan, Naïs se retrouva très rapidement dans la maison voisine, allongée sur un lit propre. Le Rêveur s’affairait sur elle, et un second, plus en arrière, semblait vérifier ce que faisait son confrère.

Comprenant ce qu’il se tramait, Libertée sentit une énorme boule se former dans sa gorge. Incapable de rester là, elle sortit à nouveau de la pièce, pour aller dans la rue. Le temps était long, mais elle ne pouvait pas rentrer dans cet endroit, elle ne pouvait pas voir… Elle ne voulait pas…
Entendre…
Un petit cri. Un petit cri qui lui révulsa l’estomac, alors qu’il aurait pu tout autant être inaudible.
Non !

Mais alors qu’elle allait faire demi-tour pour s’éloigner de l’entrée, un homme ouvrit la porte avec un poids dans les mains, entouré de linge. Un poids, qui émettait un petit cri pitoyable, mais… qui vivait. Et avant que Libertée n’ait tourné la tête pour s’en détourner, il ouvrit ses yeux. La couleur des yeux des nouveaux-nés n’est pas définitive, pourtant elle pu clairement distinguer la différence de teinte entre les deux iris.

Libertée se figea.
Elle n’arrivait plus à respirer. Elle n’arrivait plus à bouger.
Ce bébé était le sien ! Ce bébé était le sien, ce n’était pas possible, c’était celui de Gil, c’était…
Dans sa tête, tout alla très vite. Elle se voyait sauter sur l’homme, lui arracher le bébé, et s’enfuir avec. S’enfuir avec ce petit être, trouver de quoi le nourrir… Mais non, il ne survivrait pas si elle faisait ça ! Mais elle avait tellement envie de le prendre, de s’enfuir avec, de le garder pour elle !
C’était son bébé !

Se mordant la langue, les lèvres, l’intérieur des joues, elle sentit son ventre se révulser alors que l’homme lui passait à côté sans sembler se rendre compte de sa présence.
Non, non, non….
Non !

Les larmes roulèrent sur son visage, glissant sur ses joues, passant dans le creux de ses lèvres, venant se loger dans la commissure de ses lèvres.
Elle ne bougeait toujours pas.
Et quand Gil passa sa tête dans l’entrebaillement de la porte, elle sentit un hoquet passer ses lèvres, mais elle évita très soigneusement son regard.

Elle eut l’impression de bouger au ralenti, alors qu’au contraire, dans la réalité elle était bien trop vive.
Faisant demi-tour, elle se précipita entre les ruelles du petit patelin, et s’enfonça dans le noir, quelque part, même si le soleil éclairait depuis un moment les pavés désormais. Sans jeter un seul coup d’œil en arrière, elle s’éloigna aussi vite que possible, aussi loin qu’elle en était capable. S’arrêtant devant une grange, elle entra dedans pour respirer l’odeur de la paille fraîche.
Elle entendait un halètement, un peu plus loin, et s’approcha de l’un des box qui était là. Une jument était couchée, et était elle aussi en train de mettre bas.
Ouvrant rapidement la porte du box, Libertée se laissa glisser contre le bois de cette dernière, ramenant ses bras autour de ses genoux, ses genoux contre sa poitrine.
Et elle pleura.


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Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]
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