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Le Pacte VS L'Ordre
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 Cents milles pieds à parcourir, seulement deux pour se faire [PV Syndrell) - TERMINE

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MessageSujet: Cents milles pieds à parcourir, seulement deux pour se faire [PV Syndrell) - TERMINE   Sam 19 Oct 2013, 12:02


    ¤ Cents milles pieds à parcourir,Seulement deux pour se faire ¤Je poussai un soupir. Il commençait à faire si froid qu’un nuage blanc s’échappa de mes lèvres pour s’évanouir dans l’air sec. Quelle idée de partir en pleine nuit aussi. Ce n’était pas malin… Je réajustai le poncho bleu-vert sur mes épaules, tricoté par ma grand-mère, lors d’un mois d’hiver effroyablement glacial l’année précédente. J’avais tout juste eu le temps d’arriver chez elle qu’une tempête s’était abattue sur l’Empire. Le froid mordant levé, la neige se mettant à tomber, il était devenu impossible de quitter la vieille bâtisse de mes grands-parents maternels, perdue dans le grand nord alvarien. Fou il aurait fallu être pour sortir par pareil temps, avec les créatures qui rôdaient et qui attendaient que l’odeur de la chair fraiche et du sang échoue à leurs naseaux. Et suicidaire je n’étais plus, ou pas encore assez…La nuit était encore noire et quelques maigrelettes étoiles brillaient de-ci de-là dans le ciel mais ce dernier ne tarderait pas à s’éclaircirJe commençais à avoir faim. Il ne fallait pas que je tarde à faire une pause. Je sentais que mon corps n’était plus suffisamment alimenté pour que je poursuive plus longtemps encore le voyage. Il n’était même plus vraiment d’accord pour continuer du tout. Capricieux, va.Je passai dans un bosquet et en profitai pour m’arrêter là. Les branches tortueuses des arbres se découpaient sur la voûte céleste, à la lueur de la lune. Je jetai un coup d’œil alentour. Le vent susurrait une complainte dans les branchages tandis que les animaux nocturnes faisaient bruisser les fourrés. Ces sons et musiques m’avaient accompagnée depuis mon départ et j’ignorais si c’était la perspective de me rentre à l’académie qui me faisait cet effet là mais je devais avouer que je ne m’en lassais pas. Je lançai mon sac sur une branche basse et me hissai en hauteur. Au moins, j’étais protégée des animaux qui erraient à terre. C’était déjà ça. Je m’adossai au tronc, me calant sur une branche épaisse. D’un bras je récupérai mon sac, l’ouvris. Que de noirceur, d’obscurité. La cécité totale développait le reste de vos sens, l’ouïe, l’odorat, le toucher et aussi le goût se sublimaient en l’absence d’images. Je plongeai une main dans ma sacoche. Quand on devait avouer ne rien voir, à quoi bon persister à garder les yeux ouverts ? Je sentis le cuir de ma bourse, maigre pour ne pas dire presque vide en réalité, la laine de la couverture de nuit que je prenais soin d’avoir toujours sur moi, le métal de ma gourde et… en dessous… coincés entre deux pans de tissus, les morceaux de viande séchée qui allaient remplir mon estomac.Du siffleur.Pas très goûteux mais bon… Je n’étais pas difficile, même si j’avouais préférer les fruits de mer et autres produits de l’océan plutôt que ces espèces de gros poulets des plaines. Enfin, on ne crachait pas sur de la viande séchée quand ça faisait près de trente heures que datait le dernier repas. Ça non. Surtout pas. Je croquai dedans, mâchai en soupirant d’aise. Je m’étais vraiment arrêtée et c’était enfin l’heure d’une vraie pause. Je rejetai la tête en arrière, fermai les yeux me délectant de la fraicheur de la bise sur mon visage et des goûts sur mes papilles. J'avais rarement autant aimé manger que dans ces moments où l'activité physique m'avait creusé tout le ventre à la recherche d'énergies en tout genre. Je venais quand même de partir dans un voyage en solitaire pour un coin de l'Empire dont j'avais tout juste entendu parler. J'avais quoi... une malheureuse carte dessinée à la va vite par un piètre cartographe, quelques indications de survie dans cette contrée sauvage et ? deux poignards à la garde en corne. Soit. Ils étaient là, près de moi, mais je ne savais pas me battre autrement qu'avec les longs bâtons que taillait Luwin. Enfin si. Je savais. En théorie, puisque cela faisait parti du programme de l'académie. Seulement, je ne maîtrisais pas encore assez ces armes pour m'autoriser la prétention de penser que je pourrais m'en servir utilement si un danger survenait. Il fallait des années d'entrainement, des années de pratique sur le fait pour être réellement en mesure d'avoir les réflexes, les observations, les réactions adéquates à la situation. Ce qui était loin, très loin d'être mon cas...Et dire que tout ça, c'était dû à Eloen. Ces changements dans ma vie, ces espoirs renoués, ces rêves nouveaux, ce voyage inconsidéré, seule, ces résolutions qui hantaient mes nuits. Oui, tout ça n'aurait jamais pu être si Eloen n'était pas passé sur cette plage-là, il y a trois ans de ça. S'il ne s'était pas arrêté pour me parler. S'il ne m'avait pas ouvert les portes de la vie à l'aide d'un mot.Un seul.Unique.Marchombre.Ça sonnait irrésistiblement bien. Ça résonnait même. Ca entrait en vous, vous perçait à jour, vous vidait le cœur et changeait la mélodie de ses battements. Il était grâce, souplesse, calme, harmonie, confiance, force. Il semblait indestructible tel le roseau indéracinable, se pliant sous le poids des rafales de la tempête. Eloen était ce roseau. Il était ce fol espoir aussi. Celui d'avoir enfin quelqu'un qui me comprenait, qui m'avait percé à jour, qui savait ce qui me manquait.Marchombre…*  *  *« Ca, ca en vaut la peine. »Ses yeux m’hypnotisent, sa voix m’hypnotise, son attitude, son aura. Tout en lui m’hypnotise. J’en suis presque à croire ce qu’il me dit. Comme si ce mot, ce truc inconnu, ces dix lettres allaient changer quelque chose. Comme si soudainement une porte lointaine s’ouvrait au simple murmure de ce mot. Je hausse un sourcil, perplexe. S’il ne développe pas plus que ça, ma curiosité va vite s’évanouir. Je me connais. « En quoi est-ce que ça en vaut la peine ? » j’ose néanmoins demander.Il se redresse souplement, fait quelques pas dans le sable en passant derrière moi, pose ses mains sur mes épaules. Je me tends, n’aimant réellement pas le contact de ces gens qui vous approchaient tout de suite de trop près.« Dis-le. » « Pardon ? »« Répète le, ce mot. »Silence.Ce type est fou. Je m’exécute néanmoins. « Marchombre »Un frisson court le long de ma colonne. Je ferme les yeux. Et si...
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Cents milles pieds à parcourir, seulement deux pour se faire [PV Syndrell) - TERMINE   Mar 22 Oct 2013, 18:53

Juchée sur Vagabond, qui piaffait d’impatience au sommet d’une petite colline, Syndrell rageait. De nature positive et enjouée, elle gardait un visage en apparence serein, mais l’or de ses yeux avait pris la teinte foncée de ses mauvais jours. Elle était droite et silencieuse alors qu’en son for intérieur, sa nervosité était presque aussi violente que le vent qui balayait la région.

Il soufflait ainsi depuis trois jours depuis le nord, charriant les premières gelées de l’hiver qui n’allait plus tarder à s’installer. Syndrell avait remonté le col de son manteau de cuir doublé, à l’intérieur, d’une épaisse bande de fourrure. Ciel lui en avait fait cadeau juste avant son départ, en l’honneur du second groupe d’élèves qu’elle venait de prendre en charge. Si elle n’avait pas l’impression que cette nouvelle tâche lui fasse mériter quoi que ce soit, son ami n’avait pas hésité à lui témoigner son admiration.

Elle devait cependant avouer que le vêtement, en plus de lui convenir parfaitement, la protégeait efficacement du froid mordant et des assauts du vent. Dessous, elle portait sa fidèle combinaison de cuir, qui formait comme une seconde peau et qu’elle avait ressortie du placard ; c’était peu après la mort de Miss, six mois plus tôt, et il ne s’était pas écoulé un seul jour depuis sans qu’elle ne pense à son ancien mentor.


- Je sais bonhomme, je sais… soupira-t-elle lorsque le frison s’agita, ses sabots piétinant nerveusement l’herbe qui recouvrait la plaine.

Vagabond, tout comme elle, était habitué à voyager selon un rythme soutenu. Ensemble, ils avalaient d’énormes distances en un temps qui fascinaient ses pairs, et leur efficacité était essentiellement due à l’équilibre parfait qui régnait entre eux. Mais cette fois-ci, impossible de dévaler les collines au triple galop pour le simple plaisir d’entendre le vent siffler à leurs oreilles : la mission qui était la leur était trop importante pour se permettre une telle folie.

Syndrell escortait un noble proche de l’Empereur. Elle voyageait en compagnie d’un détachement de l’armée impériale, constituée de douze hommes armés et prêts à toute éventualité, l’épouse et les enfants du noble, et les quelques domestiques qui suivaient ces derniers dans leurs moindres déplacements. Une troupe de vingt-quatre individus au total, partie trois jours plus tôt d’Al-Jeit à destination d’Al-Vor.

Seule marchombre du groupe, Syndrell avait d’abord pensé que son initiative était bonne. Elle avait décidé de racheter un équipement complet à Vagabond et découvert qu’une bonne selle coûtait cher ; gagner un peu d’argent était indispensable si elle souhaitait mettre à bien ce projet. Mais son intérêt pour l’expédition, menée par le commandant Hil’Vur, était plus sérieux que cela. Alors qu’elle venait de quitter Kiahelle et Darwen, ses deux nouveaux élèves, Lyke était venu la trouver dans l’aile des maîtres.

Il avait un courrier pour elle, de la part de Pragon Fliboise. Le rêveur lui avait sauvé la vie à Fériane lorsque, pour tirer Ciel des griffes mortelles de Vanora, elle avait affronté un mercenaire du Chaos. Pragon s’était souvenu de la jeune fille aux cheveux bleus et aux yeux d’or avec qui son ami, Eonard Sil’Mordan, avait vécu jusqu’à sa mort, dans sa maison du Poll. Il avait éclairé un pan inconnu de son passé et, de questions en réponses, d’impasses en indices, une profonde et sincère amitié était née entre le rêveur et la marchombre.

Dans sa lettre, il lui annonçait son passage à Ondiane, où il devait aborder certains points avec l’ordre de ses pairs ; il la priait de la retrouver à Al-Vor, car il avait d’importantes révélations à lui faire au sujet de sa sœur jumelle, Lawëlle. Syndrell était à sa recherche depuis qu’elle avait découvert son existence, mais sa quête piétinait, faute de temps pour la mener et d’indices pour avancer. Pragon allait peut-être lui fournir de quoi se lancer sur une nouvelle piste !

Très vite, cependant, Syndrell avait regretté de s’être engagée dans cette mission. Trois jours s’étaient écoulés depuis qu’ils avaient franchi la Porte de Saphir et c’est à peine s’ils atteignaient le lac Chen ! Le convoi avançait beaucoup trop lentement, ralenti par les incessants caprices des enfants d’Astair Il’Morgen. Agés de dix et quinze ans, c’étaient d’odieux garnements que Syndrell aurait récompensés d’une bonne claque depuis longtemps si seulement elle en avait eu la possibilité. Mais leurs parents leur cédaient tout, avec cette facilité démoralisante qui caractérise les indolents, et le commandant Hil’Vur lui-même était contraint à l’immobilité lorsque le cadet de la famille s’amusait à jeter des cailloux sur son armure.

Tout en observant la lente progression des hommes, des bêtes et des chariots, Syndrell serra les dents. Seule, elle aurait déjà franchi depuis longtemps les Dentelles Vives malgré le détour qu’elles imposaient ! Pourtant, fausser compagnie au groupe n’était pas dans ses intentions. Syndrell savait respecter la valeur d’un engagement. Elle était là pour assurer la protection des Il’Morgen et ne pouvait donc qu’admettre son erreur de jugement en ayant cru voir dans ce voyage une bonne affaire.

Jusqu’ici, aucun incident n’avait justifié la raison de sa présence. Le vent qui faisait parfois vaciller les cavaliers sur leurs montures était le seul élément qui rendait cette expédition ardue, et encore, c’était bien moins que les mauvaises farces des deux jeunes seigneurs… Mais Syndrell savait qu’ils abordaient désormais la partie la plus difficile du voyage : le passage des Dentelles Vives nécessitait de se rapprocher d’Ombreuse, donc des Mercenaires du Chaos, et la traversée des collines de Taj allait leur demander une vigilance permanente.

La jeune marchombre espérait toutefois qu’aucun des prédateurs qui sillonnaient la région n’allait avoir la mauvaise idée de leur tomber dessus. Cela ne ferait que les ralentir davantage, or plus le temps passait et plus Syndrell se sentait sur le point de perdre son calme. Sa patience vola en éclats lorsque, quelques mètres plus loin, le convoi s’immobilisa soudain. Pariant sur une nouvelle comédie des enfants, Syndrell jura à voix haute et tourna bride pour galoper jusqu’au groupe.


- Un problème ? s’enquit-elle en s’arrêtant à la hauteur d’Hil’Vur.
- Il semblerait que Varen Il’Morgen soit malade.

Agé d’une quarantaine d’années, le commandant Hil’Vur était un homme de haute et mince stature et qui, en dépit de ses traits fins et délicats, forçait le respect  et l’admiration ; il s’était distingué plus d’une fois au sein de violentes batailles contre les Raïs et ses compétences valaient sa solide expérience. Il planta ses yeux vert dans ceux de Syndrell et elle y lut la même exaspération qui l’animait.

- Nous devrions nous rapprocher du Lac Chen avant de faire une halte, suggéra-t-elle, encouragée par ce détail. Il y a une combe, au pied des Dentelles, qui nous offrira un abri sûr pour passer la nuit…
- Astair Il’Morgen insiste pour s’arrêter maintenant. Son épouse est épuisée et son plus jeune fils a régurgité son dernier repas sur les genoux de son frère.
- Dites-moi que je rêve !
- Ça ressemble plutôt à un cauchemar,
soupira le commandant. Bon, et bien, puisque nous n’avons pas le choix, nous allons dresser le campement ici.
- Je vais patrouiller,
décida Syndrell. Si quelqu’un ou quelque chose nous menace, je le trouverai avant que les tentes ne soient montées.

Elle attendit un signe d’Hil’Vur pour faire volter Vagabond et s’élancer sous le regard pensif du commandant. Il ne lui avait fallu que quelques minutes pour apprécier le caractère de cette jeune femme, moins encore pour deviner sa soif d’indépendance. Elle était capable de prendre ses propres décisions tout en lui témoignant le respect auquel, de part son rang et son rôle au sein de cette expédition, il avait droit, et chacun de leurs échanges le laissait songeur ; en vingt ans de service auprès de l’Empereur, il avait eu l’occasion de côtoyer quelques Marchombres, mais jamais il n’était parvenu à comprendre leur étrange façon de penser.





*



- Ces gosses sont vraiment insupportables ! s’emporta Syndrell. La prochaine fois, je prendrais le temps de vérifier qu’il n’y ait aucun enfant dans le convoi que je projette d’escorter !

Vagabond piaffa pour donner son accord et entra dans le petit bois que Syndrell avait repéré en s’éloignant du groupe. Ici, sous le couvert des arbres, ils auraient été abrités du vent et des prédateurs rôdant dans la plaine pendant la nuit… Démoralisée, la jeune femme se laissa glisser de sa selle et guida son cheval par la bride. L’obscurité était glaciale et épaisse, mais elle ne découvrit rien d’inquiétant et s’apprêtait à sortit du bois pour regagner le campement avant de se transformer en glaçon lorsqu’un léger craquement la figea sur place.

Instantanément, Syndrell oublia le motif de son agacement. Un long moment, elle écouta le silence entrecoupé par les bruyants assauts du vent dans les branches encore feuillues des arbres ; le craquement finit toutefois par se reproduire, obligeant la marchombre à prendre une décision importante : filer vers le groupe et le sommer de se remettre en route, ou bien rester ici et vérifier ce qui était responsable de ce bruit.

Une confrontation avec Astair Il’Morgen lui disait toutefois trop peu pour qu’elle hésite très longtemps. Sans bruit, elle entrava Vagabond puis, à pas prudents, s’enfonça de nouveau dans le sous-bois. Les sens en alerte, elle se faufilait entre les arbres, plus légère qu’un rêve et attentive au bruit qui, une fois encore, se répéta. Il venait des hauteurs et elle leva les yeux pour scruter avec attention les branches qui s’entrecroisaient au-dessus de sa tête. Son regard perçant accrocha une forme plus claire que le tronc contre lequel elle se tenait. Un sac était suspendu à une branche basse, confirmant ce que Syndrell craignait depuis quelques minutes : elle n’était pas seule.

La marchombre recula doucement et s’accroupit pour se couler dans l’ombre. Elle supposait que l’individu qui avait élu domicile dans l’arbre était seul, mais, même s’il ne représentait sans doute pas un grand danger pour le groupe qu’elle accompagnait, mieux valait s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’un brigand en embuscade. Gagnée par l’impatience autant que par la curiosité, Syndrell referma les doigts sur un gland et le lança sur sa cible.

Elle fit mouche.

__________________________________________

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MessageSujet: Re: Cents milles pieds à parcourir, seulement deux pour se faire [PV Syndrell) - TERMINE   Jeu 24 Oct 2013, 11:05


    Et si Eloen avait raison ? Si ce mot là en valait la peine ? Si ce qu’il comportait pouvait me faire sortir de ma torpeur ? Si l’avenir était là, tout proche, juste sur ce chemin qu’il venait d’ouvrir devant moi ? Si c’était ça qu’il me fallait ? Si c’était ça qui me maintenait sur terre ? Et si…

    Je me laisse submerger par les émotions qui viennent en vague échouer dans mon cœur. Je sens que le frisson qui m’a plus tôt parcouru fait désormais trembler chacune de mes cellules. J’inspire doucement. Expire. Ce n’est qu’un mot, pourquoi faut-il qu’il me fasse cet effet-là ? C’est complètement absurde, stupide.

    « Encore une fois. »

    Ses mains chaudes et lénifiantes sur mes épaules m’apaisent alors qu’il y a quelques minutes j’aurais rêvé de lui déboiter le petit doigt. Elles sont là, rassurantes, comme la voix qui m’envahit à chaque fois qu’il prononce un mot. Je finis par répéter. Marchombre. Bigre, par quelle magie ce simple mot pouvait-il donc vous mettre dans un état pareil ? Marchombre. Alors l’homme me fait me lever, me sourit et voilà qu’on marche doucement dans le sable et la nuit noire. Lui chaussé de bottes de cuir assorties à ses vêtements, moi pieds nus, comme toujours sur la plage.

    « Qu’est-ce que ça signifie ? » je l’interroge.

    Oui, ma curiosité désormais piquée, il allait en falloir beaucoup pour que je cesse de poser des questions. S’il y avait quelque chose qui m’irritait véritablement c’était de ne pas savoir. Je rejette une mèche en tournant la tête dans sa direction. Pourquoi ne dit-il plus rien ? De profil, je ne vois que les contours de son visage. Ce n’est que le silence qui accueille mon regard. Le silence et le bruit de nos pas s’enfonçant dans le sable fin, mais avant tout le silence.

    Son silence.
    Quoi ? Il ne va quand même pas me laisser comme ça sans explications ? Ca ne se fait pas ! Il attise ma curiosité juste assez pour que j’ai envie de tout savoir et hop, il ne dit plus rien ?

    Je retourne à l’horizon devant moi.
    Lui aussi, il donne de faux espoirs.

    Je ferme les yeux. Soupire. Mon cœur se serre au souvenir de ce qu’il s’est passé la semaine dernière. Partie. Sans plus un mot. Brutalement. Après avoir néanmoins laissé sous-entendre qu’elle voulait qu’on demeure amies. Viens donc me briser le cœur pour ensuite te lover dans mes bras pour ton bon plaisir. Après tout, forcément que j’allais l’accepter. Elle le savait aussi bien que moi. Je l’aimais, je l’aime encore et qu’elle vienne se jeter contre moi me faisait espérer qu’il y avait peut-être une possibilité folle de la faire de nouveau craquer.

    Mais non.
    Partie. Comme ça. Alors que l’après-midi paraissait avoir très bien commencé.

    « Je crains ne pas pouvoir t’en dire plus. »

    Je m’arrête. Grince des dents. Ferme les yeux. Les rouvre. Pourquoi ont-ils tous le même discours ? Pourquoi ? Pourquoi. Pourquoi eux ? Pourquoi ça ? Pourquoi moi... J'articule entre mes dents, avec froideur :

    « Pourquoi ? »

    Oui, pourquoi ?

    Pourquoi tu ne m'aimes soudainement plus ?
    Pourquoi tu me fais croire des choses ?
    Pourquoi ça t'amuse ?
    Pourquoi moi ?
    Pourquoi comme ça ?
    Pourquoi maintenant ?

    Et là, pourquoi ne rien dire ? Ca me dépasse, tout me dépasse. Je n'y comprend rien. Je ne comprend rien à ce qu'il se passe dans ce monde, rien à ce que les gens font, disent. Je ne comprend même pas pourquoi je suis là, ni à quoi est-ce que je sers. Des larmes me montent aux yeux. A quoi bon... c'est inutile de rester ici. Je ne vivais que pour elle. Et maintenant qu'elle s'en est allée, je n'ai plus rien auquel m'accrocher.

    « Parce que ça sera tellement plus beau si tu le découvres par toi-même qu'il vaut mieux que je me taise... »


    *  *  *

    Aïe !
    Par la barbe d'Orwel, qu'est-ce que...

    Je portai la main à ma tête. Je venais de me prendre un truc. J'aurais pensé à un caillou mais il n'y avait rien de tel dans les alentours. Et puis, si ça avait été ça, la douleur aurait surement été plus persistante. Mais l'objet qui m'avait percuté était tombé bien trop vite pour moi, je n'avais pu l'attraper. Le temps de sortir brutalement de mes pensées, de comprendre qu'on venait de me lancer quelque chose et de songer le rattrap... Quoi ? Qu'on venait de me lancer quelque chose ? Je me tendis soudainement. Il était sûr qu'avec une telle vitesse et précision et surtout en vue de l'angle du "jet", ça ne pouvait pas venir d'en haut, ni d'un coup de vent.

    Je balayai des yeux les buissons noirs qui dansaient dans le vent. Il devait y avoir quelqu'un... Mon cœur s'était emballé et tout mon corps s'était tendu. Il fallait néanmoins que je garde mon sang-froid sinon je risquais de perdre toute lucidité. Déjà que j'avais bien du mal à me tirer du sommeil et que je sentais sur mes paupières le lourd poids de celui-ci, si en plus je commençais à paniquer... s'en était fini de moi.

    Je sortis les poignards d'Eloen. Suintement feutré. Rassurant.

    Je pourrais au moins les utiliser pour me défendre en les lançant, c'était déjà ça...

    Par contre, si la personne était armée, si des flèches allaient s'abattre sur moi dans la prochaine seconde, il faudrait mieux que je saute à terre. Oui, d'accord... mais si on avait voulu me tuer ça serait déjà fait. De quoi pouvais-je bien me méfier ? On essayait peut-être juste de me tester, d'attirer mon attention. Peut-être...
    Peut-être pas.

    Je me redressai légèrement, à l’affût. Je savais que j'accumulais les erreurs mais il y a des fois où on perd toute contenance et réflexion. C'était un des enseignements de la voie marchombre que de réussir à observer, analyser, réfléchir et agir de la meilleure manière qui soit et ce dans les pires conditions.

    Sauf que j'étais loin d'être marchombre. J'étais tout juste apprentie. Alors bien observer, bien analyser, bien réfléchir et bien agir, ça n'était certainement pas pour tout de suite. Je sautai à bas de l'arbre, poignards à la main, jambes fléchies. J'entendais les pulsations de mon cœur à l'intérieur de ma poitrine mais hormis cela il n'y avait que le vent qui sifflait dans les branchages et les hululements d'une chouette qui venaient échouer à mes oreilles.

    Les ombres dansaient devant mes yeux. Ce n'était pas possible qu'il n'y ait personne... Je ne pouvais pas avoir rêver, on m'avait véritablement lancée quelque chose. Mon regard passa sur un buisson silencieux, balayé par une brise fraîche et légère.

    Craquement sec.

    Je pivotai.

    Rien.
    Personne.
    Nom de...
    J'allais devenir folle -si ça n'était pas déjà fait.

    Je pris néanmoins mon courage à deux mains, pensant que la personne qui se trouvait là devait bien s'amuser...

    « Qui est là ? »

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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Cents milles pieds à parcourir, seulement deux pour se faire [PV Syndrell) - TERMINE   Jeu 24 Oct 2013, 11:59

Syndrell entendit le gland ricocher  sur les branches en tombant et se rencogna davantage dans l’ombre, silencieuse et attentive. En temps normal, elle n’aurait pas cherché à démasquer quiconque se trouvait dans les parages, mais son empressement à gagner Al-Vor ne changeait rien à sa mission : elle était là pour veiller sur Il’Morgen et sa famille, et elle entendait le faire en dépit de l’animosité qu’elle leur portait.

Elle perçut une agitation dans les branchages. La marchombre effleura du bout des doigts le poignard de Miss, sans toutefois le dégainer. Elle se savait capable de régler le compte d’un homme à mains nues, mais tant qu’elle ignorait à qui elle avait affaire, mieux valait ne pas se précipiter. Son impulsivité lui avait déjà coûté cher par le passé !

L’individu qu’elle avait frappé avec son gland fut le premier à réagir. Il quitta son perchoir et Syndrell fronça les sourcils ; à sa place, elle n’aurait pas quitté sa position avant d’être certaine de ne pas se faire cribler de flèches ou larder de coups de lames ! Ce qui la menait à deux conclusions, qui cependant n’excluaient pas d’autres possibilités : soit cette personne avait un sens très relatif du danger, soit elle se savait suffisamment puissante pour ne pas craindre une embuscade.

Dans les deux cas, Syndrell devait se montrer prudente. Tirant son poignard, elle le glissa dans sa manche avant de se déplacer afin d’avoir un meilleure angle de vue sur l’individu. Elle se mouvait avec souplesse et dans un silence parfait, mais la marchombre accomplie qu’elle était ne possédait pas une vision nocturne sans faille ; elle posa le pied sur une brindille dissimulée sous un voile de feuilles et malgré son poids plume, celle-ci émit un faible craquement.

Lorsque la personne qui se trouvait au pied de l’arbre pivota vivement dans sa direction, Syndrell se plaqua au sol. Elle était invisible, le noir de son manteau se fondant parfaitement dans les ténèbres et sa chevelure dissimulée par le capuche qu’elle avait rabattu sur sa tête. Mais elle était repérée.


- Qui est là ?

Un long silence accueillit la question. Immobile, Syndrell étudia le timbre clair et léger, indéniablement féminin, de la voix qui s’était élevée à quelques pas d’elle. Son regard ne quittait pas la silhouette menue qui se détachait à peine dans l’obscurité. Elle hésita une poignée de secondes encore, puis décida que, si grabuge il devait y avoir, elle était prête à y répondre.

- Moi, dit-elle en se redressant.

Syndrell fit tomber sa capuche, dévoilant son visage et ses cheveux bleus, puis fit un pas en avant pour émerger des fourrés. Elle ne s’approcha pas davantage, devinant la tension qui raidissait la personne qui lui faisait face. Prudente, elle avait transféré la majeure partie de son poids sur sa jambe droite, prête à réagir à la moindre alerte, mais sa garde était bien moins flagrante que celle de son interlocutrice.

Celle-ci avait les jambes fléchies et les bras écartés. Un poignard était placé dans chacune de ses mains, et la lune se refléta brièvement sur les lames adamantines. La menace était à peine voilée et Syndrell l’accueillit sans la moindre surprise. Après tout, elle avait lancé la première pierre… enfin, le premier gland.


- Je ne suis pas armée, affirma-elle en écartant les mains pour prouver ses dires.

Si le mensonge n’avait jamais séduit Syndrell au point de faire partie de sa vie, elle le maîtrisait parfaitement depuis qu’elle avait servi parmi les espions de l’Empereur. Le ton de sa voix exprimait ainsi une sincérité presque naïve. Elle avait envisagé d’utiliser cette fausse innocence pour en savoir plus sur cette personne.


- Désolée pour le gland, je ne savais pas à qui j’avais affaire...

Elle sourit et désigna du menton les mains armées de son interlocutrice.

- Jolies lames !

Puis elle se tut et attendit la suite. Là encore, plusieurs cas de figure étaient possibles. Syndrell n’en ignora aucun. Il n’y avait qu’un pas à faire pour que la certitude laisse place à la suffisance. La marchombre se tint donc sur ses gardes, ouverte à toute éventualité.

Bonne ou mauvaise.


__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


[Absente du 25/08 au 28/08]
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(Wëlle, merci... tout simplement)
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MessageSujet: Re: Cents milles pieds à parcourir, seulement deux pour se faire [PV Syndrell) - TERMINE   Lun 28 Oct 2013, 16:20


    Blanc.

    Silence.

    Je commençai à m’inquiéter. S’il y avait bien quelque chose qui faisait peur c’était la certitude de la présence de quelqu’un sans en avoir de preuves. Qui savait ce que l’imagination était capable de faire, de créer pour faire fabuler notre esprit. Les pulsations sourdes dans ma cage thoracique faisaient vibrer tout mon corps. Foutue brise qui balayait les buissons et les branchages, m’empêchant d’entendre quoique ce soit d’autre. Foutue obscurité.

    Je guettai les ombres quand quelque chose se redressa à l’angle de ma vue. Je pivotai d’un bloc, le coeur battant, le sang glacé dans mes veines. Quelque chose non, il s’agissait de quelqu’un. En témoigne la silhouette humanoïde drapée de noir qui venait de s’élever devant moi. D’un geste précis, une main rabattit le capuchon de son manteau, révélant à la nuit noire des cheveux d’un bleu étrange. Je n'avais pas eu le temps d'envisager le pire, c'était un visage doux et à la sérieux qui s'était offert à moi. Peut-être n’était-ce qu’une illusion créée par mon esprit, ces cheveux là. Je n’avais jusqu’à lors jamais vu une telle couleur capillaire… Mais l’obscurité devait surement tromper ma vue.

    « Moi. »

    C’était une voix de femme et ça n’avait beau ne rien prévoir de particulier, ça me rassurait. Il n’y avait rien de plus stupide. Ou alors était-ce le timbre de sa voix, calme, posé, amicale qui annonçait que rien n’était à craindre. Comme pour me conforter sur mes semblants de déductions, la jeune femme ouvrit lentement les mains devant elle. Vides.

    « Je ne suis pas armée. » m'assura t-elle d'une voix calme.

    Hum…

    « Désolée pour le gland je ne savais pas à qui j’avais affaire. »

    Ah, c’était donc un gland... J'esquissai une légère grimace. J'aurais préféré être abordée par quelque chose d'autre que par un gland lancé en pleine face, mais bon, on ne décidait pas toujours. L'être humain était de nature imprévisiblement prévisible, il ne fallait donc ne pas s'attendre à ce qu'il réagisse toujours comme on l'entend.

    Un sourire étira ses lèvres tandis que ces yeux étaient tombés sur mes poignards.

    « Jolies lames. » remarqua t-elle.

    Je glissai mon regard sur ces dernières, luisant sous la caresse d'un rayon de lune, en sentant le contact de la corne entre mes paumes. Bien belles comme armes il fallait avouer mais quand on ne savait pas réellement s'en servir elles perdaient de leur splendeur. Eloën m'avait montré de quoi était capable leur fil et je ne pouvais pas faire de même.

    « Il s'agit d'un présent. Je n'en connais pas l'artisan. »

    Une voix dans ma tête m'intimait de rester sur mes gardes, je les rangeai néanmoins dans leur fourreau. J'avais la certitude que, de toute manière, que je les ai en main ou non, si je devais me battre, je perdrais. Il n'y avait rien de plus dangereux que l'eau qui dormait et cette jeune femme semblait trop calme pour ne pas être dangereuse. Quiconque s'aventurait dans la région devait savoir se battre. Surtout en voyageant seul. Et les simples voyageurs n'entreprenaient pas ce chemin seuls à moins d'être aussi fous que moi, ou d'être poussés par une force inconnue. Et s'ils venaient à l'entreprendre, ils ne se risqueraient à aborder quelqu'un en lui lançant un gland dans la tête.

    « Mais peu importe. » lâchai-je en rejetant une mèche qui me tombait devant les yeux.

    Mon interlocutrice n'avait, de plus, rien d'une simple voyageuse. Elle en portait les vêtements, soit, mais d'elle se dégageait une aura particulière. Une aura que j'avais déjà vu quelque part mais que je n'arrivais pas à identifier. Sans la quitter des yeux, j'avais donc ainsi ranger les derniers remparts entre le monde et moi-même. Espérant qu'elle ne me veuille réellement rien de mal. Si ce n'était pas le cas, je pouvais m'en aller faire mes prières.

    « Et qui êtes-vous, plus précisément ? Je suis curieuse de savoir ce que fait une jeune femme, seule qui plus est, en pleine saison froide, ici même et en pleine nuit. »

    Je m'étais un brin détendue. Sachant pertinemment qu'elle pourrait me renvoyer la question. Ca nous faisait au moins un point commun...

    Décidant de lui accorder ma confiance -je n'étais de toute manière pas vraiment capable de me battre- je m'en retournai à mon pseudo campement, perché dans un arbre. Je grimpai de branches en branches et m'assis sur la plus épaisse avant d'attraper mon sac en toile, de plonger un bras dedans et d'en sortir un morceau de viande séchée. Je mordis dedans. La faim au ventre. Avant d'annoncer :

    « J'en ai d'autres, si jamais ça vous intéresse... »

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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Cents milles pieds à parcourir, seulement deux pour se faire [PV Syndrell) - TERMINE   Mer 13 Nov 2013, 19:40


- Il s’agit d’un présent, répondit l’inconnue. Je n’en connais pas l’artisan.

Syndrell songea au poignard de Miss dissimulé dans sa manche. L’arme était de facture simple et elle ne s’était jamais posé la question de son origine. C’était un détail qui, en comparaison avec le souvenir de son acquisition, n’avait pas grande importance. Mais son interlocutrice sembla croire que la situation ne requerrait pas l’appui de ses lames ; elle les rengaina, accroissant davantage la curiosité de Syndrell.

Suffisait-il de quelques paroles échangées pour que s’installe la confiance ? Elle n’en était pas certaine. Cette fille n’était peut-être frêle que d’apparence. Un bref instant, la marchombre se demanda si elle n’avait pas affaire à une tueuse mandatée pour assassiner l’homme qu’elle était chargée de protéger.


- Et qui êtes-vous, plus précisément ? Je suis curieuse de savoir ce que fait une jeune femme, seule qui plus est, en pleine saison froide, ici même et en pleine nuit.

Syndrell faillit sourire. D’abord parce que son interlocutrice n’avait certainement pas plus d’un an de différence avec elle, ce qui rendait sa remarque amusante, et puis parce qu’à bien y réfléchir, elle avait sans aucun doute passé la plus grande partie de sa vie à voyager seule, sans se soucier ni du froid ni du noir. La nuit était son élément depuis bien longtemps…

- Une simple voyageuse, probablement inconsciente des nombreux dangers de la région, répondit-elle évasivement.

Elle avait décidé de passer sous silence le convoi qu’elle accompagnait et qui bivouaquait un peu plus loin. Dans l’éventualité où cette fille n’était pas une redoutable guerrière doublée d’intentions meurtrières, elle préférait lui laisser croire qu’elle était une personne inoffensive et quelque peu naïve sur les bords.

L’obscurité l’empêchait de bien voir les traits de son interlocutrice et elle ne vit pas l’effet que sa réponse avait eu sur celle-ci. Lorsqu’elle tourna les talons pour retourner vers l’arbre, Syndrell fronça les sourcils. Avait-elle froissé cette personne ? Intriguée, elle la suivit jusqu’au tronc et la regarda se hisser avec facilité sur les larges branches évasées. Elle devina plus qu’elle ne vit l’inconnue fourrager dans ses affaires et s’apprêtait à s’éclipser pour la laisser seule lorsque la voix de la fille, douce et légère, s’éleva depuis les hauteurs :


- J’en ai d’autres, si jamais ça vous intéresse…

Syndrell s’immobilisa, soudain hésitante. Une part d’elle, probablement la plus raisonnable, la sommait de ne pas accepter cette curieuse mais généreuse proposition ; après tout, elle était censée établir un périmètre de sécurité autour du campement de ses compagnons ! Mais la curiosité la taraudait et elle se savait incapable de résister à l’envie de voir ce qui allait se passer. Une dernière fois, elle jeta un œil en direction de la lisière. Puis elle grimpa.

En un clin d’œil, elle se retrouva perchée sur la branche voisine de celle qui tenait lieu de siège à l’inconnue. Elle n’avait fait aucun bruit et n’en fit pas davantage en s’installant à califourchon sur la  ramification feuillue. Elle trouva immédiatement son équilibre et scruta en silence les ombres qui l’entouraient, pour finalement s’arrêter sur sa mystérieuse compagne.


- Je m’appelle Syn, dit-elle à brûle-pourpoint.

C’était là une façon de présenter la vérité sans la dévoiler complètement ; avec le temps, Syndrell avait appris à maîtriser sa méfiance et à faire la part des choses. Dans le cas présent, elle ne pensait pas qu’offrir son identité, même incomplète, représentait un danger direct pour la mission qu’elle était en train de mener. D’ailleurs, il serait bon pour elle de ne pas traîner si elle ne voulait pas qu’Hil’Vur ou un de ses hommes vienne ici en reconnaissance.


- Et toi ?

__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


[Absente du 25/08 au 28/08]
Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Cents milles pieds à parcourir, seulement deux pour se faire [PV Syndrell) - TERMINE   Mer 13 Nov 2013, 23:18

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Mes cheveux ruissellent dans mon dos ; avec mes folles mèches sombres collées à ma peau par l’humidité et mon air un peu sauvage, je ne dois guère inspirer la confiance. Pourtant le palefrenier des quartiers sud d’Al-Vor ne semble nullement s’en soucier, ni même s’en impressionner. D’un ton bourru, comme s’il voyait débarquer des voyageuses solitaires tous les soirs, il me réclame quelques pièces pour veiller sur Océan cette nuit. Prodiguant une dernière caresse sur le chanfrein de mon compagnon de route, je remercie l’homme. Pour toute réponse, il lance un « ouais, ouais » indifférent, presque blasé, avant de saisir les rênes de mon cheval et de s’éloigner à grands pas dans l’immense établissement envahit par des odeurs de crottin, d’avoine et d’humidité. Un sourire distrait étire mes lèvres. Son ton me rappelle indéniablement La Mirette, timonier du Maraudeur. Haussant toute seule les épaules, je m’enfonce dans les rues tortueuses de la ville d’un pas léger mais non moins décidé. A cette heure avancée de la soirée, seules les tavernes et les auberges restent ouvertes. Par expérience, je sais qu’elles accueillent souvent d’étranges spécimens, surtout dans cette partie de la cité.

Heureusement, je ne tarde pas à trouver l’établissement que cherche. Une ambiance bonne enfant semble régner dans l’auberge de l’Histoire ancienne. A en juger par la mélodie jouée par un formidable guitariste, mêlée au son léger d’une flûte et à celui, plus brut, de quelques percussions, il se tient là-bas un véritable concert. Rejetant une mèche rebelle derrière mon oreille, je me décide finalement à pousser la lourde porte de bois de l’auberge. Restant immobile quelques secondes, le temps de réfléchir un instant, je me coule entre les tables. Connaissant Sen, il se sera installé dans un coin sombre de la pièce, disparaissant presque aux yeux du monde. Parce que mon instinct me susurre que ce n’est pas encore ce soir qu’il aura décidé de changer ses habitudes, je ne tarde pas à le trouver en train de siroter sa pinte.

- « Alors, ce voyage dans les Alines ? » me questionne-t-il aussitôt en guise de « salut, je suis content de revoir ma vieille ! »

Question qui me laisse interdite l’espace d’un court instant avant que je ne fronce les sourcils tout en réfléchissant à une vitesse folle.

- « Comment ? Comment le sais-tu ? »
- « Un groupe de pirates dont j’ai croisé la route quelques semaines plus tôt. Ils croyaient avoir à faire à un sbire des Vil’Vishyard. Faut dire, avec le temps, je deviens excellent comédien. » plaisante-t-il.
- « Je te reconnais bien là ! » souris-je.

Mon mentor, croisant ses mains sur la table, soupire soudain sérieusement. D’ordinaire, c’était pour me rappeler que je me comportais comme une imbécile. Cependant, ce soir, comme il l’avait vaguement mentionné dans sa courte missive, la raison de cette soudaine gravité était tout autre.

- « J’ai su pour Ainhoa » commence-t-il « Par un certain Thül à la langue bien pendue » s’empresse-t-il d’ajouter avant que je ne lui pose la question « Je crois qu’il est sérieusement temps d’en finir »

Fronçant les sourcils, je reste muette. Je dois bien avouer qu’il m’agace quelque peu à commencer à tourner autour du pot ainsi. Mais d’un signe de tête je l’invite à continuer pour savoir où il veut en venir exactement.

- « Je suis récemment revenu au Domaine. En y laissant traîner mes oreilles, j’ai appris quelque chose qui devrait t’intéresser »
- « Raconte »
- « Je crois savoir que tu as déjà fais la connaissance d’Azeus, n’est-ce pas ? »
- « En effet. Où veux-tu en venir ? »
- « D’après ses collègues, il est loin d’adhérer aux crimes de ton taré d’ex. Mais j’ai trouvé plus intéressant encore, sa fille unique de quinze ans est retenue prisonnière par les Vil’Vishyard en personne »
- « Quoi ? Tu dis qu’un Mentaï de son envergure agirait sous contrainte ? Tu es certain que tes sources sont fiables ? » questionnais-je sans cacher ma surprise.  
- « Douterais-tu de moi ? » réplique-t-il, à demi amusé.
- « Bien sûr que non » fis-je en secouant la tête avant de poser la question qui me taraudait l’esprit depuis plusieurs longues secondes « Si tu es aussi renseigné, j’imagines que tu as une idée derrière la tête ? »
- « Enfin ! Tu sais très bien qu’avec toi je ne prévois jamais de plan pour la simple et bonne raison qu’ils tombent toujours à l’eau ! Rendez-vous demain, à l’aube, aux écuries du vieux Hugg » conclut-il en finissant sa pinte d’un trait.

Laissant sur la table largement de quoi payer sa consommation et la mienne, il s’éloigne de l’éternel pas aérien et tranquille que je lui connais. Seule dans l’ombre d’une pièce à l’ambiance chaleureuse, je souris férocement.

* *
*

« File ! Je vais les retenir »

La voix de Sen résonne dans ma tête tandis que le vent et la pluie fouettent mon visage. L’inquiétude me noue l’estomac. J’entends encore, comme une sourde musique d’horreur, la douce tinte de l’acier. Chassant ces idées noires qui me submergent par puissantes vagues régulières, je secoue la tête. Après tout, Sen Gil’Massek est un maître Envoleur de renom. Ce n’est pas une poignée de soldats qui viendront à bout de ce guerrier qui, de mémoire, ne connaît pas – ou peu – d’égal. Le grondement menaçant du tonnerre, retentissant si proche dans la vallée voisine, me ramène soudainement à la réalité. Le froid. Le vent. La pluie. Le déchainement des éléments. Cette folle chevauchée. Voilà de nombreuses heures qu’Océan galope d’un rythme soutenu ; épuisée, affamée, Laë s’est finalement laissée vaincre par un sommeil profond et réparateur. A chaque foulée de l’étalon, la tête de la gamine balance  mollement, malmenant mon épaule douloureuse. Chacune de mes incursions dans la capitale devenait de plus en plus risquée, comme un jeu dangereux avec la mort. A peine avais-je franchi le barrage des gardes qui me barraient la route, à proximité de la porte d’Émeraude, qu’une pluie de flèches d’une redoutable précision s’était abattue. J’avais eu bon jurer hargneusement, en réalité je suis plutôt soulagée que ces fichus pantins ne m’aient pas prise en chasse.

A mesure que le temps passe, la pluie s’affaiblit considérablement jusqu’à bientôt cesser complètement. Et à vrai dire, je n’en suis pas mécontente car je commence sérieusement à grelotter. Même mes doigts s’engourdissent par ce froid. Tandis que Laë se réveille doucement, Océan montre des premiers signes de fatigues. Décidant que nous avions suffisamment mis de distance entre Al-Jeit – Samoan – et nous, je laisse l’étalon ralentir tout naturellement. A l’abri du bois, je peux entendre un petit filet d’eau ruisseler. Mettant pied à terre, j’achève de réveiller complètement la gamine qui m’imite aussitôt. Tandis que je guide mon cheval jusqu’à la source, la voix de la fille s’élève dans mon dos, tremblante.

- «  J’ai froid »

Un léger soupir franchit mes lèvres dans un nuage de buée.

- « On vas faire un feu. Va chercher des branches, mais ne t’éloignes pas trop »

Acquiesçant silencieusement, Laë s’exécute tandis je guide mon cheval vers la petite source. Évidemment, j’en profite également pour nettoyer ma blessure à l’eau claire, la désinfecter et retirer du mieux que je peux les éclats de la pointe de la flèche qui s’était méchamment fichée dans mon épaule. Exécutant ces simples gestes machinalement alors que je me perds dans mes pensées, un cri me fait relever la tête vivement. Bon sang ! Laë ! En moins de temps qu’il ne faut pour dire « ouf », je bondis déjà ; tous mes muscles bandés, je suis prête à toute éventualité. Fonçant sans prendre le temps de réfléchir, je ne tarde pas à trouver un sentier mal entretenu. Et la gamine aux prises avec un imposant groupe de bandits.

- « Eh ma jolie, ta bourse ou la vie de la gamine ! »

Par la sainte culotte de l’Empereur, il ne manquait plus que ça !

- « Ah, je ne crois pas, non ! Je ne suis vraiment pas d’humeur : laissez partir la fille et vous pourrez passer votre chemin vivants ! » répliquais-je d’un ton presque blasée et non moins menaçant.
- « T’entends ça Passir, c’est qu’elle veut faire la maligne celle-là » ricana un autre.
- « T’as plutôt intérêt de faire ce qu’on t’dit ma belle ! »
- « Ouais, et je t’jure qu’tes derniers instants s’ront les meilleurs ! »

Haussant un sourcil, je me fais la réflexion que décidément ce genre de va-nu-pieds sont décidément tous les mêmes. Soudain, avant même que je n’esquisse le moindre mouvement, le sifflement d’un trait mortel fuse dans l’air, rapide et précis. Et lorsque un premier bandit s’effondre dans un gargouillis écœurant, aussitôt le chaos règne. Littéralement. Ne tergiversant pas plus, je virevolte déjà au milieu des bandits, semant la mort sans pitié.




[Hé hé ! Comme promis, me voili me voilou ! Je fais mon entrée théâtrale! mrred  J'espère que je ne débarque pas trop tôt, sinon faites moi signe ^^ ]

__________________________________________




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Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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MessageSujet: Re: Cents milles pieds à parcourir, seulement deux pour se faire [PV Syndrell) - TERMINE   Dim 24 Nov 2013, 17:49


    « Enchantée Syn » j’articulai.

    J’aimais déjà bien cette femme. Peut-être parce que sa façon de regarder, de voir, de marcher, de grimper, de s’assoir, de parler me rappelait quelqu’un. Peut-être parce que cette aura qui se dégageait d’elle, cette grâce féline entre maîtrise calculée et décontraction certaine, faisait remonter bien des souvenirs à ma mémoire. Ceux d’Eloën, trois ans auparavant. Sortit de derrière la dune de sable fin, ses pas s’enfonçant en silence, il s’était posté non loin de moi, sans que je ne soupçonne sa présence et alors que j’étais perdue dans des pensées moroses, à ressasser des interrogations sans réponses, il m’avait adressée la parole. Une voix posée, grave, au ton pourtant léger. S’il n’était pas passé là par hasard (si c’était bien le hasard qui avait conduit ses pas jusqu’à moi) ce soir-là, s’il ne m’avait pas remis en face d’un chemin et non plus ce vide étendu à mes pieds, s’il n’avait pas fait tout ce qu’il a fait pour moi, je ne pourrais pas répondre aujourd’hui que je m’appelais Lys.

    Que serais-je d’ailleurs ? L’imaginer me fit frissonner. Le désespoir avait suivi la déception et la douleur. Et le diable seul savait ce que faisait commettre comme actes la souffrance.

    J’avais beau m’être forcée au respect des premiers échanges en vouvoyant mon interlocutrice, cette dernière ne s’était pas encombrée de formalités en me tutoyant dès le départ. Peu m’importait à vrai dire. Ça passait tout de suite mieux quand c’était une femme qui le faisait et non un homme. Allez savoir pourquoi. Quoiqu’il en soit, je prenais ça comme une invitation à la suivre. C’était peut-être une manière pour me mettre à l’aise. Je n’étais pas forte en devinettes. Du moins, ne savais-je pas encore lire les visages, les attitudes des autres comme semblaient le pouvoir les marchombres.

    Pause.

    Si cette femme me faisait à Eloën, était-ce possible que…

    Un cri retentit.

    Une voix féminine.

    Je me raidis et jetant un coup d’œil à l’inconnue posée sur une branche à moins de deux mètres de moi je constatai que si ses yeux parcouraient les ombres, son ouïe avait l'air de faire le reste du travail. J’avalai la dernière bouffée de mon morceau de viande séchée en me laissant tomber à terre. Il y en avait des femmes dans les environs à cette heure si tardive, mais l’heure n’était pas à se demander pourquoi ça mais bien à s’interroger sur le danger proche.

    La première idée qui me traversa l’esprit fut celle d’un ours élastique mais il faisait nuit noire et à moins d’être tombée sur une exception, c'était fort probable puisqu'ils devaient dormir bien profondément à cette heure, cela ne pouvait pas être un ours élastique. Et si c’était un groupe de brigands ? Après tout, ils se multipliaient comme des pucerons au sein de l’Empire, ces abrutis d’incapables et ils n’avaient aucun scrupule à s’en prendre à une jeune demoiselle isolée, bien au contraire.

    J'interrogeai la jeune femme des yeux.

    Je n'avais plus aucun doute. Elle était bien plus expérimentée que moi en la matière. Ca se... sentait. Je n'avais pas de preuves formelles mais mon intuition m'affirmait qu'il fallait que je m'en remette à elle.


    Hors-Rp:
     
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Cents milles pieds à parcourir, seulement deux pour se faire [PV Syndrell) - TERMINE   Jeu 28 Nov 2013, 23:09


- Enchanté Syn.

Reconnaissant là une pirouette pour éviter de répondre à la question, Syndrell comprit que son interlocutrice était en réalité bien plus méfiante qu’elle le laissait paraître. Peut-être ne s’agissait-il pas d’une tranche-bourse embusquée, après tout. Elle soupira, à moitié amusée par sa propre bêtise, et tendait la main vers le sac de provisions lorsqu’un cri déchira le silence nocturne.

La marchombre se figea, tous ses sens en alerte ; elle pencha légèrement la tête de côté, comme pour écouter un murmure qu’elle seule pouvait percevoir, puis son regard s’éclaira et, l’instant suivant, elle n’était plus là. D’une roulade, elle amortit sa chute et se redressa couverte de feuilles dont elle se débarrassa rapidement. La fille la rejoignit alors qu’elle enfilait ses mitaines de cuir – un cadeau de Ciel, encore. Elle n’était pas certaine de pouvoir un jour le rembourser pour toute cette attention qu’il lui portait, mais ce n’était pas le moment de réfléchir à la question !

Syndrell ouvrit son manteau, préférant affronter le froid plutôt que d’être gênée si elle avait besoin de s’emparer de ses lames ; celle qui se trouvait toujours dissimulée dans sa manche retrouva sa place initiale. Comme la fille ne la quittait pas des yeux, elle s’empourpra légèrement.


- Un réflexe, marmonna-t-elle, consciente qu’il s’agissait-là de sa plus mauvaise excuse.

Tant pis. En d’autres circonstances, elle aurait trouvé un mot d’excuse pour avoir menti aussi effrontément à une inconnue, mais les bruits de lutte qu’elle percevait symbolisaient à eux-mêmes l’urgence de la situation. Elle fixa rapidement son carquois, empoigna son arc et siffla Vagabond. Dix secondes plus tard, l’étalon apparut sur le sentier. Il piaffa d’impatience lorsque sa cavalière l’enfourcha. De l’action, enfin ! pouvait-on lire dans son regard malicieux. Celui de Syndrell brillait tout autant lorsqu’elle le posa sur La Fille.


- Prête à voler au secours d’une autre demoiselle perdue ? lança-t-elle en réponse à sa question muette.

Elle tendait déjà sa main, devinant sans trop savoir comment qu’elle n’irait pas seule au combat…






*




Hil’Vur se pinça l’arête du nez pour conserver son sang froid. Lutter contre l’envie de tirer son sabre et de s’en servir pour se défouler était difficile, presque autant que supporter la voix nasillarde d’Astair Il’Morgen. Celui-ci poursuivait son pompeux monologue sans même se douter qu’il était à deux doigts de se faire assommer. Hélas, en tant que commandant des opérations, Hil’Vur ne pouvait se permettre que d’y penser très fort…

- … dégagent une odeur qui indispose mon épouse. D’ailleurs, mon fils est souffrant depuis l’aube, rendez-vous compte, il n’a pas assez dormi et bien sûr, nous non plus ! Je vous serai donc extrêmement reconnaissant de bien vouloir ralentir le rythme, demain, lorsque nous reprendrons la route. Je crois bien que…
- Chut !


Surpris, Astair cligna des yeux.

- Pardon ? Je n’ai pas saisi ce que vous…
- Oh, la ferme !
grogna Hil’Vur en plaquant sa main gantée sur la bouche du noble.

Peut-être jouait-il son salaire en agissant de la sorte, mais il préférant encore perdre sa paye plutôt que ruiner sa carrière. L’oreille tendue, le soldat tenta de discerner à nouveau ce qu’il avait cru entendre parmi les élucubrations de son protégé. Soudain, ses yeux s’écarquillèrent.


- Une bataille ! s’exclama-t-il, attirant l’attention de ses hommes. On se bat dans les bois !

D’une bourrade, il propulsa Astair vers les chariots.

- Enfermez-vous avec votre femme et votre enfant, ordonna-t-il d’un ton qui ne souffrait aucune réplique. Si on s’en sort, demain nous voyagerons à la vitesse que j’exigerai et le soir venu, nous nous arrêterons là où je le déciderai. Allez !

Enfourchant sa monture, Hil’Vur donna ses ordres ; quelques hommes restaient sur place pour protéger les Il’Morgen, les autres l’accompagnaient. Tout en s’élançant vers la masse sombre des arbres, il songea avec délice que cette embuscade tombait à point nommé.





*




La flèche de Syndrell frappa l’homme entre les omoplates. Comme il s’effondrait, elle en décocha une autre, droit dans l’œil du grand échalas qui retenait une jeune fille entre ses bras puissants. Dès qu’elle fut libre, celle-ci se précipita vers le ruisseau. Syndrell se tourna vers sa compagne.

- Occupe-toi d’elle !

C’était moins un ordre qu’une proposition mais elle vit avec soulagement La Fille se diriger vers la gamine. Reprenant sa position, un genou à terre, Syndrell tira une troisième flèche, puis une quatrième avant de réaliser quelque chose. Il y avait une femme, là-bas, qui se battait au milieu des bandits. Mince, de taille moyenne, elle se déplaçait souplement et chacun de ses mouvements était d’une précision doublée d’une efficacité féroce : elle était fabuleuse.

Marchombre ?

Sans pouvoir trancher à cette distance, Syndrell envoya quelques flèches supplémentaires. Un craquement la fit se retourner et elle se baissa juste à temps pour éviter un coup de taille qui aurait dû la décapiter. Lâchant son arc, elle se redressa vivement, pivota sur elle-même et envoya son talon dans la gorge de son agresseur. Comme il basculait sur le dos, elle le cloua au sol en s’asseyant sur sa poitrine et le fil de son poignard acheva son travail en un quart de seconde.

L’instant suivant, elle se coulait dans les ombres feuillues. L’homme qui s’était lancé aux trousses de La Fille et de la gamine ne vit pas la marchombre s’approcher de lui. Et lorsqu’elle lui tomba dessus, il était trop tard ; il y eut un bruit sourd, un sinistre craquement, et Syndrell s’éclipsa pour passer à l’étape suivante. Si elle ne prenait aucun plaisir à donner la mort, elle appréciait en revanche cette chasse à l’homme en pleine nuit ; les ombres jouaient en sa faveur et elle se servait autant des arbres que des fourrés pour combattre ses adversaires.

Elle finit par se retrouver à quelques pas seulement de la jeune femme qui créait un vide autour d’elle dans un style original et parfait. Il faisait trop sombre pour apercevoir distinctement les traits de son visage, mais Syndrell ne pouvait s’empêcher de jeter fréquemment des coups d’œil dans sa direction pour la regarder combattre. Un coup de lame plus audacieux que les autres glissa sur la doublure de son manteau et ouvrit sa chemise au niveau de la hanche, la forçant à se concentrer sur son propre combat.

Elle était en train de se demander comment celui-ci allait finir lorsque, soudain, un véritable remue-ménage sema la panique dans les rangs des tranche-bourses : surgissant des fourrés, des hommes en armure débarquèrent en hurlant, chacun armé d’un sabre étincelant. Les hommes d’Hil’Vur ! Soulagée, Syndrell se jeta à corps perdu dans la bataille, désormais rassurée quant à l’issue de celle-ci. Les bandits fuyaient déjà entre les arbres, impressionnés par l’allure et l’efficacité redoutable des soldats.

Le bruit des armes s’estompa et bientôt, le calme revint dans le bois. Syndrell balaya les environs du regard, s’arrêta sur Hil’Vur à qui elle adressa un signe, puis fit quelques pas vers l’inconnue qui s’était défendue avec brio. Elle s’arrêta à bonne distance, croisa les bras sur la poitrine et pencha la tête sur le côté, l’air intrigué.


- Beau boulot, dit-il avec sincérité. Ces bougres ne s’attendaient sûrement pas à une soirée comme celle-là !

Curieuse, Syndrell se tut et attendit la suite des événements. Son poignard était de nouveau glissé dans sa manche.

Par précaution.





[Une telle entrée fracassante, ça ne pouvait que me ravir ! Bienvenue Naïs !! Lys, par pitié, ne nous fais pas attendre trop longtemps - et bon courage avec ces vilains partiels !]

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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Cents milles pieds à parcourir, seulement deux pour se faire [PV Syndrell) - TERMINE   Jeu 17 Avr 2014, 15:02

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Deux bandits s’effondrent déjà lourdement sur le sol dans un gargouillis écœurant – morts, la gorge lacérée, avant même d’avoir touché terre. Apparemment, cette bande de nigauds ne s’attendait pas le moins du monde à se faire attaquer littéralement par la personne qu’ils avaient eu l’intention de détrousser. Sous le coup de la surprise, ils mirent plusieurs secondes avant de se ressaisir. Autant dire une éternité. Et ce temps joue clairement en ma faveur car à mesure que je crée le vide autour de moi, féroce et impitoyable, ils cèdent peu à peu à un vent de panique. Certains s’enfuient même déjà tandis qu’un mystérieux archer réduit sévèrement leurs rangs ! Par la sainte culotte de l’Empereur, songeais-je tandis qu’une troisième flèche fendant l’air d’une précision mortelle frappe l’homme qui retenait toujours Laë en otage, mais ses tirs sont d’une redoutable précision en plus ! Oui ! Chacune de ses flèches faisait mouche impitoyablement ! Attrapant le poignet de la gamine je la fais reculer juste derrière moi de quelques pas, le temps de parer in extremis un coup destiné à l’éventrer.

- « Reste pas là ! » lui ordonnais-je d’une voix forte – même si en vérité il s’agissait bien plus d’un conseil que d’un ordre.

La gamine s’éloigne sans se faire prier tandis que je lui permets un bref passage. Sans être complètement soulagée, je suis déjà plus sereine : et pour cause, mon précieux fardeau ne risque plus vraiment de se faire tuer bêtement par un coup de lame bien placé. L’un des bandits, un peu plus audacieux que les autres, se risque soudain à tenter une vaine feinte. Rapide et vif, il frappe chaque fois de manière différente. Tantôt à ma droite, tantôt à ma gauche. Il avait probablement dû remarquer que je suis aveugle car il essaye clairement de me désorienter. Hélas pour lui – ce qu’il ignorait – mes autres sens se sont développés au fil des années au point de presque remplacer la vue que j’ai perdu vingt ans auparavant. Au loin, dans les bois, de nouveaux combattants se mêlent aux combats et leurs cris menaçants retiennent mon attention un instant. Une demi seconde seulement. Mais juste assez pour que l’acier froid effleure ma peau, déchirant un pan de ma chemise. D’une esquive improbable, il ne me faut pas plus de cinq secondes pour le désarmer et le clouer au sol. Mort.

Me redressant tranquillement, je constate que l’arrivée de la petite troupe de soldats avait largement mis en déroute le groupe de bandits – du moins, ceux qui n’avaient pas déjà fui lâchement. Rampant péniblement, l’un des bandits tente de se relever. Le souffle rauque, il tousse presque à en cracher ses poumons. Alors qu’il jure tout bas, je reconnais immédiatement le son de sa voix. Lui ! Cette fiente de Raï ! C’était lui le chef de la bande ! Soupirant imperceptiblement, je le saisis par les cheveux et les lui tire en arrière d’un geste sec – et sans pitié car il venait tout juste de réussir à se redresser sur ses genoux sans vaciller. La lame froide de mon poignard posé sur sa gorge, je ne finis toutefois pas mon geste. Lâchant ses cheveux sans toutefois faiblir la pression sur sa gorge offerte à la mort, je le contourne le plus tranquillement du monde et m’agenouille à sa hauteur pour murmurer quelques mots. Terriblement menaçants.

- « Ne t’avise plus jamais de croiser mon chemin » murmurais-je telle une promesse.

Alors qu’il recule, s’éloignant de moi en poussant de petit couinements apeurés, je me relève souplement et me désintéresse finalement de l’homme. Essuyant distraitement la lame de mon poignard sur un peu de ma chemise je sursaute presque lorsqu’une voix féminine m’interpelle. Tandis que je relève doucement la tête, ma lame retrouve sa place habituelle le long de ma cuisse. Le ton de la femme semble enjoué ; elle respire force et tranquillité. Méfiance aussi. Méfiance, surtout. Je souris.

- « C’est certain, ils ne sont pas prêts d’oublier cette leçon ! » acquiesçais-je « Au fait, merci du coup main » ajoutais-je en tendant une main amicale.

* *
*


Glissant une mèche douce et soyeuse derrière son oreille, je constate que Laë s’est finalement profondément endormie. Son souffle lent et apaisé, calqué sur le rythme léger des battements de son cœur, est à peine perceptible. Je reste un moment, là, accroupie juste à côté de la gamine, caressant sa peau de bébé du bout des doigts d’un geste presque machinal, avant de me relever en soupirant. La journée avait été éprouvante. Après le combat dans les bois, un peu plus tôt dans la soirée, Laë tenait à peine debout. Épuisée, choquée, malmenée depuis des jours – pour de ne pas dire depuis des semaines, voire des mois – elle s’était effondrée de fatigue avant même d’avoir avalé quoi que ce soit.

Tandis que je reviens m’asseoir près du feu crépitant joyeusement, prodiguant chaleur et lumière dans la nuit noire, les conversations s’arrêtent peu à peu et je sens peser sur moi nombre de regards curieux. Interrogateurs aussi. Plusieurs questions silencieuses planent dans l’air sans toutefois que personne se risque à en poser. Rejetant d’un geste de la tête une mèche rebelle, j’inspire profondément.

- « Alors, dites-moi » commençais en croisant les bras sur ma poitrine « Qu’est-ce qui amène une famille et son escorte rapprochée dans cette partie peu recommandable de l’Empire ? » questionnais-je pour relancer les conversations.

La question était tout à fait anodine en soi. En vérité, je m’en fiche pas mal de la raison de leur présence ici. En revanche, la jeune femme qui semble voyager avec m’intrigue beaucoup plus. Elle accompagnait l’escorte, cela même j’en étais à peu près certaine, mais elle est différente. Ce n’est pas un soldat, comme le reste de l’escorte, mais c’est une guerrière – redoutable avec un arc entre les mains. Qui est-elle cette fille qui me jauge en silence tout comme je le fais de la même manière.

Qui es-tu ?






[Sorryyyy comme on dit par ici ! C'est pas terrible tout ça et en plus avec plus de 4 mois de retard!]

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MessageSujet: Re: Cents milles pieds à parcourir, seulement deux pour se faire [PV Syndrell) - TERMINE   Ven 18 Avr 2014, 15:36


- C’est certain, ils ne sont pas prêts d’oublier la leçon ! Merci pour le coup de main.

Au moment de saisir dans la sienne la main tendue de l’inconnue, Syndrell découvrit avec surprise un regard infiniment doré - bien plus que le sien, en vérité. Les cheveux foncés et la peau hâlée de la jeune femme accentuaient ce contraste et la rendaient si jolie que la marchombre, subjuguée, ne put que la fixer sans rien dire. Et puis soudain, elle tressaillit.

Ce regard… Il ne voyait pas. L’évidence la frappa lorsque son interlocutrice lui sourit en donnant l’impression de poser les yeux dans le vague. Une étrange expression qui lui donnait un air rêveur, et pourtant Syndrell se sentit sondée avec attention au cours de leur rapide poignée de main. Cette fille, aveugle ? C’était impossible !


- Des blessés ? lança Vil’Hur à la ronde.

De grognements lui répondirent ; ses hommes s’étaient joués des bandits avec une redoutable facilité. Syndrell hocha la tête en palpant sa hanche avec précaution. L’estafilade qui courait sur son flanc ne saignait déjà plus et elle en était quitte pour redouter les reproches de Ciel : son ami n’allait pas manquer de râler en découvrant l’accroc sur le manteau tout neuf…


- On a une blessée grave, annonça soudain quelqu’un.

Refermant son manteau, Syndrell tourna la tête vers le petit groupe de soldats qui s’était formé et pâlit en apercevant une main gracile qui pendait mollement dans le vide. Oubliant la belle inconnue aux yeux de chat, elle se précipita et se faufila entre les guerriers en armure pour s’arrêter devant le corps de la jeune fille.


- Oh, non… murmura-t-elle en s’agenouillant près d’elle.

C’était la jeune fille qui l’avait accompagnée dans la bataille. Elle découvrait pour la première fois son visage, à la lueur vacillante des torches que les soldats avaient allumées ; il était mince et pâle, encadré par un flot de cheveux châtains. La gorge nouée, Syndrell tendit la main et dégagea une mèche que la sueur et le sang avait collée au front de la malheureuse, puis elle leva les yeux et interrogea Vil’Hur du regard. Accroupit en face d’elle, il avait tâté le poignet de la blessée et palpé avec une délicatesse extrême les membres ensanglantés.


- Elle respire, mais tout juste, dit-il dans une grimace. Elle a prit un mauvais coup sur la tête, sans parler des multiples fractures…

Il réfléchit un bref instant puis se redressa et appela deux de ses hommes.

- Déchargez le chariot de queue et conduisez celle jeune fille à Al-Chen. Elle ne survivra pas à un trajet jusqu’à Ondiane. Avec un peu de chance, vous trouverez là-bas quelques rêveurs…

C’était loin d’être certain, et Syndrell réprima son envie de partir à la suite des deux hommes pour les aider dans leur tâche. Elle voulait les accompagner, s’assurer que cette jeune fille dont elle ne connaissait pas le nom allait s’en tirer… mais elle était liée par un contrat à la caravane. Elle ne pouvait pas quitter son poste.

- Je vais donner un coup de main pour vider le chariot, dit-elle en laissant la blessée au soin des dames de compagnie de la famille Il’Morgen.

Elle jeta un coup d’œil en direction de la femme aux yeux dorés, puis quitta le bois avec la sensation d’un poids sur les épaules. Le poids de la culpabilité.





*




Les deux hommes choisis par Vil’Hur quittèrent la troupe au moment où le repas était servi. Morose, Syndrell avait regardé le chariot disparaître dans la nuit. Elle regrettait amèrement d’avoir proposé à cette jeune fille de la suivre. A quoi donc avait-elle pensé ? A rien, visiblement, réalisa-t-elle tristement en rejoignant le campement à pas lents. Elle avait mis une personne en danger volontairement. Aveuglée par son assurance, elle avait oublié un instant que les gens qu’elle côtoyait étaient rares : tout le monde n’était pas marchombre.

Cet oubli avait été fatal et soulevait une question qui lui faisait mal. Etait-elle apte à enseigner la Voie à de jeunes recrues ? N’allait-elle pas leur faire courir des risques inutiles, tout comme elle venait de le faire avec cette pauvre fille ? Perdue dans ses pensées, Syndrell failli se laisser gagner par le désespoir.

Mais alors, l’image de Darwen, souriant au sommet du toit de l’Académie, interrompit brutalement son auto-apitoiement en surgissant dans son esprit. Suivit celle de Lyke, profondément endormi dans son lit. Non, ce n’était pas vrai : elle n’était pas irresponsable. Poursuivie par la malchance, peut-être, et rien ni personne n’aurait pu prévoir les événements de cette soirée ; elle avait fait une erreur en quittant la jeune fille des yeux, mais peut-être aurait-elle commis la même bêtise en quittant la clairière. Ses flèches n’avaient pas chômé. Une autre personne aurait pu être blessée.

Syndrell n’était pas vraiment en meilleure forme lorsqu’elle rejoignit le groupe, mais elle était résolue à poursuivre cette mission avec une vigilance redoublée. Pas question qu’un incident de ce genre se reproduise à nouveau ! Déterminée, elle s’assit entre deux soldats, complétant le cercle qui s’était formé autour de la joyeuse flambée qui montait haut et éclairait les visages. Secoués par les événements de la soirée, les Il’Morgen s’étaient bouclés dans leur chariot. L’atmosphère était donc plutôt détendue du côté des hommes d’Hil’Vur, même si tous les regards convergeaient vers l’inconnue et la petite fille qui l’accompagnait.

Syndrell croqua dans un pain de thermites et se mit à l’observer à son tour. Encore une fois, elle fut frappée par la beauté sauvage, féline, qui émanait de cette femme ; elle avait la même aura fascinante que Miss. Il n’y avait qu’à voir la tête que faisaient les hommes en la dévisageant ! Pour un peu, on voyait presque leurs bouches s’assécher complètement. Elle sourit intérieurement en se rappelant que, parfois, Dolce avait cette expression-là en la regardant.


- Alors dites-moi, qu’est-ce qui amène une famille et son escorte rapprochée dans cette partie peu recommandable de l’Empire ?

Décontraction, assurance… et un brin d’insolence. Syndrell plissa légèrement les yeux tout en continuant de manger sa ration. Tout commandant de l’expédition qu’il était, ce fut Hil’Vur qui répondit.

- Des affaires de nobles qui ne vous regardent pas, dit-il d’un ton dénué d’animosité. Guère plus que nous, en fait. Nous aurions évité cette contrée peu recommandable si seulement nous en avions eu la… possibilité.

Il jeta un coup d’œil appuyé en direction du chariot investi par son employeur et sa famille, avant d’échanger un regard entendu avec Syndrell. Celle-ci prit le temps de se lécher soigneusement les doigts avant de poser sa question. Avec décontraction, assurance… et un brin d’insolence.

- Comment avez-vous dit que vous vous appeliez, déjà ?

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MessageSujet: Re: Cents milles pieds à parcourir, seulement deux pour se faire [PV Syndrell) - TERMINE   Lun 09 Juin 2014, 14:53

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

La fille me dévisage en silence. Je sens posé sur moi son regard brûlant de curiosité. Je hoche distraitement la tête à la réponse de celui qui semble être le capitaine de cette petite garde rapprochée. Croisant les doigts sur mes genoux, j’observe un instant le silence très vite brisé par cette jeune femme. Son ton léger et un peu désinvolte – mélange subtil de décontraction, d’assurance et d’un brin d’insolence – me fait sourire imperceptiblement. Sa question est d’une simplicité déconcertante – j’en serais presque déçu – pourtant, je le sais, c’est une façon de me jauger. Repoussant une mèche rebelle derrière mon oreille, j’inspire longuement.

- « Je ne me suis pas présentée ? J’ai oublié mes bonnes manières… » commençais-je d’un air parfaitement innocent « Je m’appelle Naïs, aventurière dans l’âme ! » ajoutais-je.

Et Envoleuse à plein temps ! L’ambiance autour du feu se détend légèrement à mesure que l’odeur de viande grillée se propage dans l’air. Quelques discussions s’élèvent peu à peu dans l’atmosphère, réchauffée par la petite flambée. La morosité, causée par les évènements survenus un peu plus tôt dans la soirée, ne semble plus qu’une ombre lointaine et insignifiante. Ah ! Ah ! Ils se souviendront de cette leçon ! s’exclament les uns, ravis d’avoir repoussé avec brio cette horde de bandits un peu plus tôt dans la soirée. Pauvre fille, elle n’était qu’une gamine ! s’apitoient d’autres, pensant à la jeune fille qui avait dû être emmenée d’urgence à Al-Chen – si elle survivait à ce voyage, ce serait un miracle. Tu aurais dû voir Louve se battre au milieu de la mêlée, elle était redoutable ! affirme un soldat. Et cette femme à la peau sombre était d’une efficacité incroyable, je n’aurais pas aimé me trouver en travers de son chemin ! renchérit immédiatement un autre homme.

- « Eh bien, Naïs l’aventurière, cela vous arrive souvent d’arpenter les routes de l’Empire seule avec une enfant ? » demande soudain Hil’Vur au milieu des conversations.
- « En règle général, je voyage en solitaire, mais je ramène ma nièce à son père » mentis-je effrontément.
- « Solitaire hein ? Les sentiers sont dangereux pour les femmes seules… » s’étonne le capitaine.
- « Oh, mais je ne suis pas une femme ordinaire » souris-je.
- « J’avais remarqué » répond Hil’Vur, un soupçon d’admiration mêlée à de la méfiance dans la voix.

Cette fille – Louve ? – semble ne pas avoir perdue une miette de la conversation. Elle sortait de l’ordinaire, elle aussi. Son silence en dit long. Elle est sur ses gardes, comme si elle me savait capable de tuer un homme aussi simplement que de dire Raï – ce qui était le cas, en fait. Elle m’intrigue vraiment. Comme si de rien n’était, je l’apostrophe par ce qui doit être son surnom.

- « Louve ? » commençais-je alors que la fille relève la tête, totalement surprise « Je suis curieuse de savoir d’où te viens ce surnom ? »

* *
*


La nuit, fraiche et claire, est parfaitement calme. Nous prenons le premier quart avec Louve, au grand soulagement de la troupe de soldats qui ne tardent pas à s’effondrer, littéralement épuisés. Il faut dire que la bataille survenue quelques heures plutôt a mis leurs nerfs à rude épreuve – et les miens aussi d’ailleurs. Perchée sur une branche d’arbre, je joue pensivement avec mon poignard qui se plante dans le bois avec un bruit sourd. Toc ! Toc ! Toc ! Toutefois, au moindre bruit suspect, je suis prête à réagir avec une rapidité hallucinante. Les heures filent rapidement et bientôt, deux hommes en armure viennent nous relayer. M’allongeant confortablement près du feu mourant, je ne m’endors pas pour autant. Trop de choses se bousculent dans ma tête. Trop de souvenirs se mêlent et s’emmêlent. La perspective d’en finir avec Samoan une bonne fois pour toute, d’un côté le départ de Gil qui fuyait lâchement des responsabilités qui le terrorisaient et d’un autre la présence rassurante et protectrice de Pan, les rires de Makeno et Seth me tenaient incroyablement éveillée.

Alors aux premiers rayons du soleil, las d’attendre un sommeil réparateur qui ne viendrait plus, je me lève et scelle Océan. Sortant une pomme de ma sacoche de voyage, j’en croque un bon morceau avant d’offrir l’autre moitié du fruit à l’étalon qui n’en fait qu’une bouchée. Avançant à pas silencieux dans le campement endormie je réveille doucement Laë qui gémit un instant, sortant difficilement des brumes du sommeil. J’aide discrètement la gamine à se lever puis à se mettre en scelle. Deux voix attirent soudain mon attention à la lisière du camp de fortune. Je m’approche tranquillement, tenant Océan par la bride, et salue Hil’Vur et Louve qui étaient réveillés, eux aussi.

- « Il est temps pour moi de partir » murmurais-je à l’attention du premier « Merci de nous avoir laissé partager votre feu » ajoutais-je en lui tendant une main amicale.
- « Eh bien route alors ! Et soyez prudente ! » répond-t-il en serrant ma main avec force.

Je me tourne vers Louve et l’ombre d’un sourire étire mes lèvres.

- « J’espère que nos routes se croiseront de nouveau un jour prochain » lui dis-je en guise d’au revoir.

Me hissant à mon tour en scelle, je lance Océan au galop. Le vent fouette mon visage et s’engouffre dans mes cheveux me procurant un sentiment de liberté incroyablement vivifiant. Bientôt, ces collines ne sont plus qu’un souvenir.

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MessageSujet: Re: Cents milles pieds à parcourir, seulement deux pour se faire [PV Syndrell) - TERMINE   Lun 09 Juin 2014, 19:11

Naïs… Un nom exotique que Syndrell fit rouler sur sa langue afin de ne pas l’oublier de sitôt ; elle ne croyait pas à la théorie de l’aventurière, bien trop flagrante pour être vraie. Surtout pour une aveugle. Mais il n’y avait aucune animosité, aucune émotion particulière dans les paroles de la jeune femme à la peau basanée, et la marchombre se détendit légèrement.

- Et bien, Naïs l’aventurière, cela vous arrive souvent d’arpenter les routes de l’Empire seule avec une enfant ? s’enquit Hil’Vur.

Syndrell savait que son ton badin dissimulait une curiosité nécessaire à la protection de son employeur.


- En règle général, je voyage en solitaire, mais je ramène ma nièce à mon père.

Les regards convergèrent vers la fillette, qui s’empourpra aussitôt ; comme elle semblait chercher un soupçon d’aide en regardant désespérément dans sa direction, Syndrell sourit et lui répondit par un clin d’œil complice.

- Solitaire, hein ? Les sentiers sont dangereux pour les femmes seules… insista le commandant par-dessus son verre.
- Oh, mais je ne suis pas une femme ordinaire.
- J’avais remarqué !


*Oui, moi aussi…*

Pensive, Syndrell accepta un verre servi par l’un des soldats et but distraitement une gorgée. La brûlure du liquide ambré, lorsqu’il glissa dans sa gorge telle une langue de feu, la fit tousser, tirant quelques éclats de rire parmi les hommes d’armes réunis autour de la flambée. L’un d’eux eut la gentillesse de lui taper dans le dos pour l’aider, et elle l’en remercia d’un signe de tête avant de défier cette assemblée masculine d’un sourire. Ils voulaient rire ? Elle vida son verre d’un trait et le posa devant elle.

- Louve ? Je suis curieuse de savoir d’où te vient ce surnom ?

Syndrell s’essuya la bouche d’un revers du bras et tourna la tête vers Naïs. Une excellente mémoire, cette fille, en plus de tout le reste. Elle aurait bien esquivé la question d’une parade audacieuse, mais Hil’Vur la fixait en silence. Alors, elle attrapa une pomme dans la corbeille posée devant elle et se mit à jongler avec le fruit.

- J’ai travaillé quelques années dans le réseau d’espionnage de l’empereur. Un jour, ou plutôt une nuit, alors que je rentrais d’une mission, un type m’a coincée au fond d’une impasse et a tenté de me violer. Il n’a pas pu accomplir son œuvre parce que, sitôt son engin à découvert, je le lui ai mordu jusqu’au sang. Et lorsque mes compagnons sont arrivés en renfort, ils n’ont pas eu besoin d’administrer une bonne correction à cet homme…

La marchombre croqua tranquillement dans sa pomme.

- Ils n’ont eu de cesse de m’appeler Louve et depuis, ce surnom m’est resté.

Hil’Vur sourit en voyant la plupart de ses hommes dévisager la jeune femme avec une fascination non feinte. Puis la fillette qui accompagnait Naïs bâilla et il en profita pour envoyer tout le monde dormir, attribuant le premier quart de garde à Syndrell.

- Garde un œil sur elle, souffla-t-il à l’attention de l’aveugle, qui se hissait sans effort sur une branche basse.
- Pas de problème.

Il régna bientôt un silence tranquille sur le campement tandis que les premiers ronflements s’élevaient dans la nuit. D’un pas léger, Syndrell avança jusqu’à l’arbre dans lequel était perchée Naïs et s’adossa au tronc. Ni l’une, ni l’autre n’ouvrit la bouche durant cette veille nocturne, peut-être parce qu’elles n’avaient rien de plus à se dire. Lorsque deux hommes arrivèrent pour prendre la relève, Syndrell s’allongea près des braises de leur feu qui rougeoyaient dans l’obscurité et s’enroula dans son manteau, mais elle ne dormit que d’une oreille et fut la première levée – avec Vil’Hur, bien sûr.

Elle rejoignit le commandant près de la bordure des arbres tandis qu’il buvait une infusion en lorgnant une carte chiffonnée. Il la salua d’un signe de tête et lui montra l’itinéraire du jour, en désignant de son doigt ganté les endroits où elle devrait se poster. Un frémissement leur fit lever la tête, et Syndrell haussa un sourcil en découvrant Naïs. Elle s’en allait. Hil’Vur lui serra la main et lui souhaita bonne chance, puis la jeune femme posa son regard doré et aveugle sur Syndrell ; la marchombre s’accroupit doucement pour l’observer attentivement.


- J’espère que nos routes se croiseront de nouveau un jour prochain.
- C’est bien possible, en effet.


L’espérait-elle ? Difficile à dire, mais Syndrell éprouvait une drôle de curiosité à l’égard de cette femme. A la lumière du jour, elle paraissait encore plus belle et plus mystérieuse, féline dans sa démarche, souple sur ses appuis, gracieuse dans ses gestes ; on oubliait facilement qu’elle était aveugle, mais pas Syndrell. Qui voyait en Naïs bien plus qu’une aventurière.

"Envoleuse", chuchota une petite voix à son oreille.
Déjà, la jeune femme à la peau sombre s’éloignait sur son cheval, en compagnie de la petite fille. Toujours accroupie, Syndrell la suivit des yeux. Pour l’heure, elle lui accordait le bénéfice du doute. C’était le moins qu’elle puisse faire, après tout.


- Je les réveille, ou tu t’en charge ?

Hil’Vur désignait le chariot occupé par la famille qu’il leur fallait encore escorter – et supporter – un petit moment ; Syndrell se redressa et s’étira langoureusement.

- Je m’en occupe, grand chef.

Mais, en se dirigeant vers le chariot, Syndrel ne put s’empêcher de jeter un dernier regard dans la direction empruntée par cette Naïs.

Un jour prochain…


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