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Le Pacte VS L'Ordre
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 Groupe Nudii - Cours n°2

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Gracieuse Dûbudchev
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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Lun 02 Juin 2014, 11:23

- Où se situe l’aine ?

Gracieuse tourna la tête vers son apprentie, avant de lui sourire, pour lui répondre que c’était le bord de la cuisse interne, à la jonction entre le tronc et la jambe, où passait une artère importante du corps. La peau est plus tendre à cet endroit, et en plus cela entraîne une mort rapide.

D’ailleurs, la jeune fille sembla se livrer un peu, expliquant d’une voix basse :


- J’ai déjà essayé le tir à l’arc la semaine dernière : un jeune mercenaire nommé Shan m’a montré la position de base et m’a laissé essayer pendant qu’il chassait avec les faëls. Je me débrouille mieux qu’au lancer de poignard. Je trouve qu’il y a beaucoup de ressemblance entre ça et le lance-pierre, que je connais beaucoup mieux.

Bon, si elle avait déjà un peu touché au tir à l’arc, c’était tant mieux. Mais le « jeune » accompagnant le « mercenaire » fit légèrement tiquer Gracieuse : cela devait être un apprenti, ce Shan. Et donc, elle espérait qu’il ne lui avait pas raconté que des bêtises.
Elle sentait Alaia se refermer sur elle-même tandis qu’elle parlait, alors qu’elle avait commencé en étant plutôt détendue : pourquoi cette gêne, soudain ? Elle préférait l’apprentie quand elle s’ouvrait un peu plus à elle ; cela lui permettait dans un premier temps de mieux la cerner et donc de pouvoir s’adapter à ce qu’elle savait, et à la manière dont elle comprenait les choses, mais cela lui permettait également d’en savoir un peu plus sur elle.
Après tout, elles allaient passer sans doute les trois prochaines années ensemble, autant que cela se passe dans de bonnes conditions, car ces conditions allaient être mises à mal par les exercices et ce qu’elle exigerait de la jeune fille. On apprend toujours mieux quand on respecte et qu’on admire son Maître, mais on apprend toujours mieux quand on sent qu’il est aussi à notre écoute, en général. Parfois, les froideurs étaient toutes calculés, pour mettre un coup de pied dans les fesses !


- Et je sais tailler des flèches aussi.

Tailler des flèches, hein ?
En cas de pénurie pour chasser, cela pouvait être bien, mais tailler une flèche n’était pas quelque chose de facile : il fallait prendre garde à l’équilibre de la flèche, son centre de gravité, le bois dans lequel on la taillait. Les plus efficaces étaient celles avec une pointe métallique ; et les pointes métalliques n’étaient pas forgeables facilement. Et si Gracieuse savait tailler des flèches totalement en bois, elle préférait les acheter, car elles étaient mieux travaillées et plus efficaces.


- Et comment as-tu appris à tailler les flèches ? Quand ?

Ecoutant la réponse, Gracieuse finit par hausser les épaules, et observa les deux chevaux qui les suivaient. Ils semblaient avoir récupéré leur souffle, aussi l’envoleuse s’arrêta-t-elle et attacha son cheval à une branche de buisson, pour revenir vers son apprentie.

Sortant un arc démontable de son sac, elle le tendit à Alaia, avant de prendre le sien également, démontable lui aussi. Ces arcs coûtaient les yeux de la tête, mais ils étaient extrêmement pratiques, et n’encombraient pas les chevaux et les selles, au moins.  Ils n’étaient pas aussi puissants que les arcs en un seul morceau, mais pour apprendre ou se sortir de situations délicates, c’était largement suffisant.

Elle tendit trois flèches à son apprentie, en pris une de plus dans son carquois attaché à la selle, et l’empenna lentement.


- La situation de tout à l’heure n’était pas très pratique pour récupérer les flèches, mais celles-là sont avec une pointe en métal : elles sont bien plus résistantes et réutilisables, et surtout plus efficaces que celles juste en bois. On va donc commencer avec ces flèches, qui sont parfaitement équilibrées. Il faudra aller les chercher.

S’avançant, Gracieuse chercha une cible des yeux, avant que son regard ne tombe sur une souche morte, tendant des branches décharnées et sèches vers un ciel parfaitement bleu.

- Comme avec le poignard, il faut essayer de te détendre, mais de rester alerte. Relâche les épaules, vise avec les deux yeux, et relâche la corde dans une expiration.

Joignant le geste à la parole, Gracieuse lâcha sa corde qui vibra, et sa flèche fila à toute vitesse vers la souche, à cinq mètres de là, s’y enfonçant profondément dans un bruit mat.


- Allez, montre-moi ce que tu sais faire, dit-elle à l’attention de son apprentie.
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Alaia Tendor
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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Mar 03 Juin 2014, 14:03

Gracieuse semblait dubitative face à ce dernier talent et lui demanda d’où elle le tenait. Y avait-il une technique pour s’enfoncer dans le sol en marchant ?

« Eh bien, à la base, je suis ébéniste donc je connais un peu le bois... Alors quand j’ai cassé une des flèches de Shan, je lui ai proposé de lui en refaire alors un faël m’a montré. Elles ne sont pas parfaites mais ça me suffisait pour répéter le geste... «

Après un petit flottement, son maitre haussa les épaules et Alaia laissa sortir l’air qu’elle retenait jusqu’alors. Elle était toujours vivante, entière et accompagnée, aussi pouvait-on considérer que son cas n’était pas perdu... Et puis, après tout, Gracieuse avait jugé le peu qu’elle connaissait de l’escalade tout à fait acceptable et elle s’y sentait moins à l’aise qu’à l’arc.
Après quelques temps, elles firent halte près d’une souche qui allait sûrement constituer sa cible d’entrainement. Elle desserra les sangles de sa selle pour qu’Impal se sente plus à l’aise – il le méritait bien, le pauvre ! – avant de se tourner vers son maitre qui sortait des arcs de son sac. D’étranges arcs dont elle lui montra le montage avant de lui en tendre un qu’elle prit après un instant d’hésitation. Ses poils se hérissaient toujours lorsqu’elle s’approchait de cet objet qui lui rappelait tant un jour funeste et, pour se distraire, elle s’attacha à relever les détails de construction – ceux que seuls les initiés peuvent remarquer et comprendre – qui marquaient le bois.

- La situation de tout à l’heure n’était pas très pratique pour récupérer les flèches, mais celles-là sont avec une pointe en métal : elles sont bien plus résistantes et réutilisables, et surtout plus efficaces que celles juste en bois. On va donc commencer avec ces flèches, qui sont parfaitement équilibrées. Il faudra aller les chercher.

Son attention put se tourner avec soulagement vers les traits qu’elle tenait en main : droit, fins, équilibrés, ils étaient bien meilleurs que ces essais et elle s’en serait volontiers inspiré... dans une précédente vie.

- Comme avec le poignard, il faut essayer de te détendre, mais de rester alerte. Relâche les épaules, vise avec les deux yeux, et relâche la corde dans une expiration.

Un léger sourire flotta sur son visage en entendant ces mots : combien de fois n’avaient-ils pas franchi les lèvres de Shan, son premier instructeur en la matière, lorsqu’il corrigeait sa position. Dans le corps de Gracieuse, en revanche, pas de place à l’erreur : elle semblait si bien maitriser chaque geste que le moindre frémissement paraissait prévu. Sans surprise, la flèche fila pour se planter à hauteur d’homme au milieu du tronc : Alaia ne doutait pas qu’il s’agirait là de sa cible, de son point de repère, pas plus qu’elle n’ignorait qu’elle n’allait pas briller dans ses premiers essais.

- Allez, montre-moi ce que tu sais faire,

Une moue peu assurée montra bien à son maitre quel cas elle faisait de ses talents sans l’empêcher de prendre sa place. Plantant ses traits dans le sol, elle relâcha une longue expiration pour détendre ses épaules et recula un pied pour mimer le geste à vide. Elle avait déjà brisé une flèche, pas question de recommencer ici, et il valait mieux retrouver la bonne position avant de se risquer sur des chemins plus périlleux. Décomposant lentement chaque geste, Alaia tenta de percevoir les indications de son corps comme le ferait un indicateur extérieur et elle entendait presque la voix de Shan lui murmurer d’ouvrir les deux yeux, de ne pas bloquer son inspiration, de rester droite sans tendre complètement le bras... Tous ces détails lui revenaient sans suite logique, comme une nuée de papillons dont elle ne pourrait saisir que les plus proches, les moins agiles, mais qui à ces yeux représentaient des trésors : une occasion de prouver à Gracieuse qu’elle n’était pas seulement un boulet.

Une fois certaine d’avoir retrouvé l’ensemble de ses maigres connaissances sur le sujet, elle se saisit délicatement d’une flèche qu’elle encocha avant de bander son arc dans une inspiration. La souche qu’elle devait atteindre était deux fois plus fine que sur ses premiers essais – mais aucun arbre en Gwendalavir ne pouvait rivaliser avec la forêt dense des faëls – mais elle tâcha de ne pas se focaliser sur ce détail et de garder en tête que son seul objectif était d’atteindre l’écorce. Tâchant d’ignorer les protestations de ses bras, elle maintint la pose de longues minutes durant lesquelles elle s’assura de son objectif avant de laisser le trait voler. Après une course brève, la flèche finit par se planter dans une branche basse qui gémit. Bon, trente centimètres d’écart pour un premier tir, c’était acceptable – à son sens – mais elle devait faire attention à ne pas surcompenser la distance qui la séparait de l’arbre et qu’elle n’appréhendait que de manière imparfaite – la flèche de son maitre était au moins deux mains plus bas que la sienne. Respirer, détendre ses épaules, reprendre une flèche, fixer sa cible en préparant son tir, amener les plumes de l’empennage jusqu’à sa joue, juste en dessous de son œil... Et relâcher après l’expiration. L’air siffla au passage de l’arme qui effleura le tronc – presque – à hauteur de la flèche de son maitre avant de se planter quelques dizaines de pas plus loin, entre les hautes herbes. Une moue déforma les lèvres de l’apprentie tandis qu’elle priait pour que le trait ne soit pas abîmé mais elle chassa cette inquiétude d’un haussement d’épaules pour se concentrer sur son troisième essai. Une légère appréhension naissait au creux de son estomac : elle qui espérait enfin montrer à Gracieuse qu’elle n’était pas une incapable, elle devrait au moins atteindre le tronc !

Mais bon, pour cela, il n’y avait pas de miracles : la pratique seule comptait, et de ce côté-là, avec moins d’une semaine d’entrainement au tir, la jeune femme en manquait cruellement et cela se voyait comme le nez au milieu de la figure. Heureusement pour elle, les grands espaces des collines s’étaient gardés de lui ajouter la difficulté supplémentaire des vents capricieux qui les parcouraient fréquemment durant cette période de l’année.... mais aucun doute que cette période d’accalmie n’était que temporaire. Néanmoins, celle-ci était clairement en sa faveur puisque, retour de quelques habitudes au lance-pierres ou simple coup de chance, le troisième trait se planta avec un bruit mat dans l’écorce sèche, légèrement désaxée et une main trop bas, mais elle ne put s’empêcher de bondir de joie... intérieurement.
Après un coup d’œil à son maitre, elle courut rechercher les traits, soupirant de soulagement en constatant qu’aucun n’était brisé, avant de revenir vers son maitre qui avait visiblement quelques commentaires à lui faire...

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Gracieuse Dûbudchev
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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Mer 04 Juin 2014, 09:52

- Attention à tes épaules, avant de tirer, tu es trop tendue. Plante tes pieds dans le sol, et n'essaye pas de basculer quand tu relâches la corde de ton arc : cela te fait perdre en précision. Et surtout, visualise la trajectoire de ta flèche. Tu ne dois pas relâcher ton attention tant que ta flèche ne s'est pas plantée dans l'arbre : comme avec le poignard, tu dois être avec elle, car ton lancer ne prend fin que lorsque la cible est atteinte.

Recommence.

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Alaia Tendor
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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Mer 04 Juin 2014, 14:05

[j’ai un peu fait avancer les choses, pour ne pas me contenter de trois paragraphes, s’il y a le moindre problème mp-moi Wink]

Bon, rester immobile mais pas tendue, accompagner la flèche comme le poignard...
Etrangement, elle était contente d’elle-même malgré le fait que Gracieuse ne lui avait fait remarquer que les points à améliorer car ce qu’elle avait entendu et compris relevait d’elle du détail. Pas que ceux-ci ne soient pas importants, la preuve en était qu’elle n’avait pas fait mouche à tous les coups, mais elle se sentait rassurée concernant ses performances : dans un domaine au moins, elle avait les bases. Inconsciemment, elle se détendit et pu se concentrer plus aisément sur l’exercice maintenant que la peur du jugement de son maitre était passée. Replaçant les flèches dans le sol, elle recommença à vérifier sa posture dans le vide avant de décocher une nouvelle volée qu’elle espérait plus précise que la précédente. Penser à tous ces détails lui demandait beaucoup de concentration, aussi s’en remit-elle à son maitre pour s’occuper de leur environnement et des éventuels dangers qu’il pouvait receler. Expirant doucement, elle tenta de s’imaginer les pieds plantés dans le sol. Comme l’arbre qui lui faisait face, pensa-t-elle.

Elle attrapa une flèche et l’encocha avant de se redresser. Comme un arbre... Les jambes immobiles, fermement plantées dans le sol, le tronc – tient donc, étrange ressemblance... – droit pour lui assurer équilibre et précision ; au final seuls ses épaules, ses bras et sa tête pouvaient encore bouger. Comme des branches en quelque sorte. Bon, ce n’était sans doute pas la meilleure chose à faire lorsqu’elle devrait affronter une cible mouvante – notamment à la chasse – mais... elle le sentait bien. Sans vraiment savoir pourquoi, cela collait avec ce qu’elle avait compris des paroles de son maitre : anticiper c’était en partie se mettre à la place de la cible. La flèche vola pour se planter à la base d’une branche, à l’épaule pensa-t-elle. Comme l’envoleuse le lui avait demandé, elle tenta de rester concentrée jusqu’à ce que la flèche arrive à se ficher dans l’écorce, demeurant immobile et en position de tir comme si chaque pas parcourut par le projectile était encore dépendant de sa volonté après le tir. Elle ne recommençait à respirer que lorsque la corde finissait de vibrer et que toute l’énergie qu’elle avait mise dans le tir était dissipée, autant au niveau de l’arc que de la flèche.

Sa sœur la suivi de près, se plantant dans un cou imaginaire si la flèche de son maitre était fichée dans le ventre. Maintenant qu’elle avait figé sa position, elle tirait coup sur coup sans trop bouger pour voir les résultats. Et elle était en progrès si elle considérait que ses traits étaient de plus en plus dans l’axe de sa cible. Elle enchaina ainsi cinq volées, marquant le sol de son talon afin de se placer exactement au même endroit et réveillant au passage les courbatures de la veille. Petit à petit, elle essayait de doser sa force, sa précision, testait différentes approches pour essayer de se rapprocher de sa cible et les points de chute s’éparpillèrent, marquant la base du tronc ou les collines alentours. Viser plus haut en mettant moins de force, viser en face en tirant la corde jusqu’à ce que ses muscles gémissent – mauvaise idée, avait-elle déterminé, car elle devenait moins précise à son sens – bref, elle tentait de tracer un nouveau chemin sans être toujours accrochée aux injonctions de Gracieuse. Cela ne voulait pas dire qu’elle l’écoutait moins – au contraire ! – mais elle tentait de mettre de la bonne volonté à l’ouvrage en interprétant de multiples façons ce qu’on lui disait. Et le vent, son nouvel ami qui accompagnait le réchauffement de l’air sous l’effet du timide soleil de ce début d’hiver, qui commençait à faire voler les chevelures, lui proposait un nouveau défi qu’elle avait un peu de mal à appréhender.

Elle n’était pas un génie et préférait explorer une manière de faire à la fois avant d’attaquer certains aspects plus en profondeur. Et la prochaine étape était la coordination. D’après son maitre, ses jambes ne devaient pas seulement l’ancrer dans le sol, elles devaient aussi participer au tir, de même que la terre, le vent, tous les éléments qui l’entouraient. Si ce nouvel éclairage la laissait perplexe, la jeune femme fit de son mieux pour essayer de comprendre. Elle était un arbre comme l’arbre qu’elle visait : immobile et fermement ancrée au sol, elle ne laissait bouger que ses branches-mains. Mais si elle devait attendre que le vent le fasse à sa place, autant prendre directement la place de sa cible ! Si le fait de prendre en compte les paramètres de son environnement – qu’elle avait occulté le temps de se concentrer sur elle-même – pour anticiper la trajectoire de la flèche, comme on le lui avait demandé, lui semblait plutôt censé, elle ne comprenait pas vraiment ce que Gracieuse entendait par tout son environnement. Surtout en ce qui concernait le sol. La terre, dure et lisse sous ses semelles, ne déterminait que la distance – et il était sur que de ce côté-là elle avait des progrès à faire, mais elle ne voyait pas où Gracieuse voulait en venir. Elle n’était pas, comme le vent ou elle-même, un élément mouvant dont il fallait surveiller les réactions, c’était juste, et bien de la terre voilà tout. Son maitre, percevant son trouble, avait apparemment une idée pour remédier à cela...

[je m’arrête là avant d’aller trop loin mais je peux continuer si tu veux (imagination, quand tu nous tiens !) j’avais pensé à faire monter Alaia sur Impal maintenu immobile pour lui faire comprendre cette histoire de fluctuation d’environnement
C’était l’apprentie qui voulait devenir maitre à la place de son maitre >> *sort*
Édité! ]

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Dernière édition par Alaia Tendor le Sam 07 Juin 2014, 12:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Ven 06 Juin 2014, 11:19

[ Pas de soucis ! J'ai eu un peu de mal, car les concepts dont tu as parlé ne sont pas exactement ce qu'aurait réellement dit Gracieuse, mais comme je sais ce qu'elle pense uniquement quand j'écris et pas avant, c'est un peu compliqué de te faire éditer x)
Par contre, trop tôt, clairement, pour le tir sur le cheval ! Razz]


La jeune fille ne se débrouillait pas trop mal, en réalité.
Si elle avait déjà tiré, cela ne devait pas être énormément de fois, car sa position laissait à désirer, tout comme sa précision – mais cela allait de pair. Mais elle cherchait des solutions d’elle-même, et même si Gracieuse lui donnait quelques conseils pour trouver ce qui semblait être le mieux pour la jeune fille – parce que tout le monde n’est pas conformé de la même manière, chacun a son propre corps qu’il appréhende et maîtrise d’une façon différence.

Les premiers lancers furent assez rigides, dans sa position : Alaia gardait absolument la même position, le même ancrage, la même distance, et modifiait méthodiquement les autres données une à une pour s’en imprégner et sans doute se souvenir de leurs conséquences à court terme. Aussi, Gracieuse la laissa faire, se contentant de lui donner quelques corrections parfois, ou de commenter sa nouvelle approche par rapport à ce qu’elle induisait dans son tir.

Si le vent avait été calme jusque-là, faisant oublier les mouvements de l’air qu’il s’amusait à provoquer, il se leva doucement alors que la jeune fille s’en sortait plutôt bien. Une bonne chose, puisque on n’est jamais dans un environnement idéal pour tirer ; pour commencer à apprendre, oui, on fait au mieux pour donner de bonnes conditions de tirs, mais il faut pouvoir appréhender son environnement pour pouvoir être précis et efficace dans n’importe quelle situation : à pieds, en courant, sur le dos d’un cheval, alors que l’on est attaqué… Chaque situation proposait ses problèmes, et avait des solutions, changeantes.

- Le vent se lève, tu vas devoir ajuster tes tirs. Parce que tu n’auras pas toujours l’environnement idéal pour pouvoir encocher et décocher tes flèches. La plupart des situations ne sont pas idéales. Essaye pour voir, tu vas te rendre compte que ça change des choses, le vent.

Elle la laissa donc expérimenter avec cette nouvelle contrainte, lui expliquant qu’elle devait composer son tir avec, mais aussi en s’inspirant de la terre et de tout le reste.


- Tout peut arriver, tu ne dois pas être seulement concentré sur ta cible. Essaye de sentir la terre, l’air mais aussi les insectes qui bourdonnent, ma position...

Ce n’était pas quelque chose de facile, de tenter d’y voir clair autour de soi tout en restant concentrée sur ce que l’on était en train de faire. Il fallait des mois d’entraînement pour aiguiser ses sens et son cerveau vers des fonctions multitâches, Gracieuse le savait bien pour l’avoir expérimenté des années plus tôt.

Quelque chose semblait troubler Alaia, pourtant, et Gracieuse mit un certain temps à comprendre qu’elle avait du mal avec le concept de prendre en compte le sol sous ses pieds. Pourtant, cela avait son importance !
Réfléchissant rapidement, l’Envoleuse se dit qu’elles avaient quand même bien travaillé sur le tir à l’arc, et que trop de notions d’un coup pouvait être compliqué à être enregistré, aussi proposa-t-elle un dernier exercice pour essayer de faire comprendre à Alaia ce qu’elle entendait par puiser la stabilité de la terre.


- Très bien, on va changer quelque chose. Enlève tes chaussures, lança-t-elle en hochant la tête pour elle-même. Maintenant, réessaye de tirer. .

Parce que le sol était loin d’être régulier, et que la jeune fille comprendrait peut-être mieux le principe d’ancrage, grâce aux perceptions de ses plantes de pieds.
Le sol n’était pas confortable, mais le vent restait doux, n’ajoutant qu’une difficulté relative à l’exercice.

Et Gracieuse regarda encore Alaia tirer.
Encore des dizaines de fois.



ф ф ф




Le soleil se couchait lorsque Gracieuse s’estima satisfaite des tirs de la jeune fille.
Elle avait le bon instinct pour le tir à l’arc, contrairement au lancer de couteau, aussi Gracieuse avait-elle plus insisté là-dessus. Mais elle ne négligerait pas l’un pour l’autre, au contraire. Exploiter les forces, et combler les faiblesses était sa devise.

Elles mangèrent des sticks de viande séchée autour du feu, avant que Gracieuse ne se lève pour un nouvel entraînement. Elle  sortit cinq rubans de son sac et les tendit à Alaia.


- Attache-les où tu veux sur toi. Ton but va être d’essayer de protéger les rubans, en évitant mes attaques. Et puis allez, si tu tiens suffisamment longtemps, tu auras droit à une gorgée de liqueur. Ça t’aidera à dormir.

Souriant à son apprentie, Gracieuse s’écarta d’elle, et se plaça à environs trois mètres du feu. Les flammes dansantes faisaient bouger les ombres de la nuit, mais elle n’en avait cure : c’était ce qui était si beau et agréable, lorsque le soleil était couché.

Plantant son regard dans celui d’Alaia, elle lui demanda :
« Prête ? » avant de commencer à lui tourner autour.
Le but n’était pas de dépecer trop rapidement l’apprentie de ses rubans. Le but était de voir ses réflexes, ses vrais réflexes. Parce qu’agir et réagir, ce n’est pas du tout la même chose, et que Gracieuse était là pour développer toutes les capacités de la jeune fille.

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Alaia Tendor
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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Lun 09 Juin 2014, 21:47

[Dommage, ça aurait été drôle de la traumatiser du cheval  ]

[- Très bien, on va changer quelque chose. Enlève tes chaussures, Maintenant, réessaye de tirer.

D’abord désarçonnée par cette nouvelle consigne, la jeune femme s’exécuta prestement : son maitre-mot était obéissance.
L’herbe rase où étaient disséminées quelques pierres lui chatouillait la plante des pieds, ce qui était plus dérangeant qu’autre chose et elle haussa un sourcil surpris à l’encontre de son maitre : quel était l’intérêt ? Cela allait juste la déconcentrer et, vu son niveau, elle ne pouvait pas vraiment se le permettre. Dubitative, Alaia répéta ses volées, résistant à la tentation de déblayer le sol sous ses pieds : Gracieuse ne lui avait pas ôté son confort pour qu’elle le retrouve aussi facilement ! Etrange, tout de même, comme quelques pierres peuvent changer ses résultats : ses tirs se faisaient moins précis et elle ne faisait plus vraiment confiance à ses appuis. Tâchant de s’abîmer le moins possible la plante des pieds, elle ne gardait qu’un équilibre précaire durant ses premiers tirs, étonnée de constater combien son environnement était déterminant. Elle finit par céder à la tentation de dégager un peu son espace et, en contrepartie, fit particulièrement attention à son équilibre. Changeant d’endroits régulièrement, aucun relief ne lui échappait et, peu à peu, elle retrouva un niveau acceptable... Qu’elle perdit ensuite, ses épaules et son dos, peu habitués à ce genre d’effort, commençaient à lui rappeler que sa nuit avait été courte et ces derniers jours, éprouvants. Quand ses bras commencèrent à trembler, Gracieuse lui octroya une petite pause déjeuner, mais les espoirs de sa jeune élève s’écroulèrent lorsqu’elle annonça que sa technique, si elle était meilleure que celle du lancer de poignard, comportait de nombreuses failles qu’elles allaient corriger l’après-midi. Un très long après-midi...

Le soleil caressait l’horizon quand son maitre eut pitié d’elle et l’envoya chercher de quoi faire du feu pendant qu’elle s’occupait des chevaux. Après un repas frugal qu’elle n’avait, cette fois-ci, pas eu besoin de chasser – tant mieux, car elle n’aurait sans doute rien ramené dans son état – mais, quand Gracieuse n’en avait pas finit avec elle...
Elle lui tendit cinq morceaux de tissus en lui disant :

- Attache-les où tu veux sur toi. Ton but va être d’essayer de protéger les rubans, en évitant mes attaques. Et puis allez, si tu tiens suffisamment longtemps, tu auras droit à une gorgée de liqueur. Ça t’aidera à dormir.

Elle pinça les lèvres pour ne pas laisser échapper un couinement de dépit et préféra hausser un sourcil ironique : avec tout ce qu’elle avait fait aujourd’hui, elle n’avait pas de soucis à se faire concernant son sommeil... Elle se leva avec difficulté, s’étirant de tout son long en réfléchissant : cet exercice ressemblait trop à celui de la clochette pour qu’elle puisse se méprendre sur ses enjeux : réflexes et anticipation.
Quelles seraient les parties de son corps les plus faciles à défendre ?
Celles qui bougent beaucoup, sur lesquelles elle a une certaine maitrise. Les extrémités de ses membres donc. Alors qu’elle nouait le premier ruban à son poignet droit, réfléchissant furieusement aux autres points défendables de son propre corps, elle eut un instant d’hésitation : il lui fallait au moins une main pour parer les attaques de Gracieuse et, le gauche étant déjà prit, autant laisser l’autre libre. Elle s’attaqua donc aux chevilles, qu’elle emprisonna de manière à ce que le nœud soit du côté de ses talons, tout en s’imaginant les stratégies possibles pour les récupérer : si elle-même devait les attraper, comment ferait-elle ? Sans doute chercherait-elle à faire tomber son adversaire, mais elle ne savait pas si ce genre de coups faisaient partie des règles : où étaient les limites de ce jeu ? Gracieuse avait-elle défense de frapper, comme elle-même la première fois ? Elle hésitait à poser la question, et préféra finalement rester alerte et ne pas faire le premier pas : autant ne pas provoquer le tigre endormi... Et ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Distraitement, elle ajouta coordination à la liste des éléments sur lesquels elle devrait porter une attention particulière. Après tout, il s’agissait d’un test, et non d’un vrai combat.

A cours d’idée avec encore deux rubans dans la main, elle jeta un œil à Gracieuse qui s’était un peu éloignée et l’observait calmement. Avait-elle eu ce même regard lorsqu’elle préparait son propre assaut dans la salle d’entrainement ? C’était fort possible ; et la jeune apprentie ne pu s’empêcher de se sentir mal à l’aise. Le souvenir de sa carapace coupée fit jaillir en elle une idée qu’elle mit en pratique immédiatement : attrapant une mèche de cheveux, elle se servit du morceau de tissu comme d’un chouchou dont elle se servit pour se faire une mini-queue de cheval au sommet arrière du crâne. Si elle ne doutait pas un seul instant que son maitre n’aurait aucune hésitation à arracher les cheveux avec le reste, elle savait aussi que les meilleurs réflexes, de ceux qui étaient innés, protégeraient sa tête. De plus, elle restait un endroit très mobile de son corps... Alors pourquoi pas, elle verrait bien.
Restait le problème du dernier ruban. Elle rechignait à le nouer autour de sa main libre, persistant à croire qu’il y serait plus exposé qu’autre chose, mais n’arrivait pas à trouver un meilleur endroit... Le cou ? Elle le trouvait trop proche de l’autre... Et n’avait que très peu envie de mourir pour l’instant... La taille ? Pourquoi pas, mais elle doutait de pouvoir faire un nœud aussi solide et compliqué que les autres avec aussi peu de tissu...
« Prête ? »
Il n’était plus temps de tergiverser : le prédateur commençait sa chasse, aussi la jeune femme se dépêcha-t-elle de nouer le dernier morceau, décalant l’ouverture sur la hanche droite afin de pouvoir la défendre plus facilement, et ne se concentra plus que sur celle qui commençait à lui tourner autour.

La démarche féline, souple et silencieuse, de Gracieuse, la mit tout de suite en alerte. Elle se rapprochait lentement au fil de ses cercles, tandis qu’elle-même qui en était le centre tentait de l’orienter pour les éloigner du feu. Le feu. Elle devait prendre garde au moment où son maitre serait entre elle et la source de lumière, elle pourrait très bien attaquer à ce moment là. L’attente avait tendance à scier les nerfs de la jeune femme : elle préférait mille fois un travail long mais dont elle voit chaque étape qu’à cette tension qui naissait et contre laquelle elle ne pouvait rien. Inconsciemment, ses muscles déjà bien sollicités par la journée se tendaient et commençaient à tressauter, et elle prit de longues inspirations pour se calmer.
Geste fluide, précision draconienne, la première attaque est un avertissement : rester concentrée. Le lien visé par son maitre ne tient plus que par un nœud, et elle ne peut croire que sa maigre amorce de protection, si lente par rapport à l’attaque, ait suffit à le préserver.
Regarder les yeux. La fatigue aidant, les barrières mentales qu’elle avait construite autour de son passé laissaient filer quelques phrases, dont celle que lui avait offerte A... son amie d’enfance lorsqu’il l’avait un peu entrainée au couteau. Les yeux aident souvent à prévoir une attaque, surtout dans une ville telle qu’Al-Vor où la criminalité dérivait de la pauvreté de certains quartiers où personne n’avait de réelle formation. Mais ce n’était pas le cas de Gracieuse, aussi ne pouvait-elle pas se fier uniquement à ça. Mais à quoi s’attendre avec un maitre envoleur ?

Lentement, une sorte de panique commençait à l’envahir... De celles qui vous font perdre vos moyens, qui rendent votre souffle irréguliers et vos membres tremblants, qui entravent vos pensées d’un flot d’informations inutiles tout en vous cachant l’essentiel : elle n’avait plus que trois rubans, et pas la moindre idée de la façon dont elle pourrait les protéger. Il lui fallait un fil conducteur, un axe de rotation, car tout était si nouveau pour elle dans ce domaine qu’elle se sentait écrasée par les autres. Et particulièrement par son maitre.

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Gracieuse Dûbudchev
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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Jeu 12 Juin 2014, 10:34

Observant ce que faisait Alaia avec les rubans, Gracieuse put très clairement voir les rouages du cerveau de la jeune fille se mettre en marche pour essayer de trouver les endroits les plus faciles à défendre pour elle, et les plus difficiles à atteindre pour l’Envoleuse.
Peine perdue, certes, mais au moins l’intention y était, et c’était ce que voulait Gracieuse : que la jeune fille pense par elle-même, avant tout. Et qu’elle obéisse, certes, mais pas en mettant de côté son propre avis. Elle n’aimait pas les apprentis trop sages, elle préférait quelque chose de plus piquant et dynamique.

Lorsque la jeune fille fut enfin prête, Gracieuse s’élança.
D’abord lentement, lui tournant autour, elle vit la tension se ficher dans les muscles de son apprentie, la rendant moins efficace. Un premier assaut, et elle récupéra un premier ruban au passage. Et alors qu’elle allait en saisir un second, elle réalisa que soudain, la gamine irradiait la peur.

La peur ?
De quoi ?

Fronçant les sourcils, cependant, Gracieuse ne fit pas de cadeau : elle attrapa son second ruban.
Mais elle n’allait pas s’en tenir à cela : Alaia avait des réflexes, certes, mais ses émotions prenaient le pas sur son efficacité.


- Détends-toi, tu seras plus efficace. Si tu pars avec une tension dans les muscles, tu ne seras pas aussi rapide que si tu es plus souple. Attention à tes appuis. Ne perds pas de vue ton assaillant. Plie un peu plus tes genoux. Les mains, devant le torse, ne ferme pas les poings.

Elle continua à lui donner des conseils, des tas de conseils, à les répéter plusieurs fois. Peut-être dix, peut-être vingt, mais peu importait. Ce qui comptait, c’était le chemin parcouru, et Alaia venait de s’y engouffrer.
Elle pouvait parfaitement y avancer, voire y courir.



ф ф ф


Elles continuaient d’avancer vers le Sud, longeant les Dentelles Vives. Gracieuse, qui avait prévu d’aller directement à Al-Vor, avait finalement changé d’avis : elle avait beaucoup de choses à faire découvrir à son apprentie, et en longeant les Dentelles Vives elles pouvaient escalader un peu, mais surtout elles croiseraient les petits lacs près de Ondiane, et elles arriveraient à Al-Vor par l’Est.

Tous les jours, Gracieuse faisait courir et chevaucher Alaia pendant au moins une heure, pour chaque activité. Puis, elles enchaînaient les assouplissements, les exercices de tir – à l’arc ou au poignard - et de combat, de réflexes. Gracieuse discutait aussi beaucoup, partageant son savoir, ses connaissances sur les Collines de Taj, sur les plantes, le gibier et les prédateurs qui s’y développaient.

Doucement mais sûrement, l’apprentie prenait de l’assurance, et s’améliorait. Elle allait à son rythme, mais Gracieuse ne doutait pas qu’elle finirait par avoir des déclics sur des choses dont pour l’instant, elle ne semblait pas apprécier la juste valeur – le lancer de poignard ou les tentatives de combats.

Le dixième jour, elles arrivèrent enfin près de la multitude de petits lacs qui creusaient le paysage, entre Ondiane et les Dentelles Vives alors que le soleil parvenait au plus haut de sa course.
Descendant de cheval, Gracieuse demanda à son apprentie de faire de même, et elles montèrent un camp succinct à une vingtaine de mètres de la rive du plus grand des lacs.

Laissant les chevaux se reposer et les affaires à l’abri d’un buisson, Gracieuse entraîna Alaia vers le lac et lui demanda :


- Est-ce que tu sais nager, Alaia ?

Autant commencer par le commencement. La jeune fille avait grandi en ville, a priori, et donc il n’était pas du tout garanti qu’elle ait déjà essayé de nager.


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« Botero
C'est beau
Aller coupe coupe coupe moi les hanches
Au pinceau bleu en fines tranches
Si tu es sage je tombe le haut
Botero
C'est ça qui manquait tant à tes tableaux
Pas une moustache pour faire le beau
Si tu es sage je monte le dos »





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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Lun 16 Juin 2014, 12:08

- Détends-toi, tu seras plus efficace. Si tu pars avec une tension dans les muscles, tu ne seras pas aussi rapide que si tu es plus souple. Attention à tes appuis. Ne perds pas de vue ton assaillant. Plie un peu plus tes genoux. Les mains, devant le torse, ne ferme pas les poings.

La voix de son maitre, impérieuse, déchira le voile qui commençait à couvrir ses yeux, la ramenant à la triste réalité de ses piètres capacités. Réglée comme une horloge, elle obéit dans la seconde, trop heureuse de trouver une corde à laquelle se raccrocher. Plier les genoux, ouvrir les mains, détendre les épaules, faire le minimum de mouvements... Face à elle, son maitre oscillait entre panthère et serpent, entre renard et oiseau de proie... Et face à son maitre, une souris.
Mais qui a dit que les souris ne pouvaient pas mordre ?

Elle commençait à comprendre... Pas besoin d’aller loin, si elle se déplaçait rapidement. La petite souris commençait à prendre des initiatives. Après tout, il ne lui restait qu’un ruban, qu’avait-elle à perdre ? Au fur et à mesure que les mots étaient sortis de la bouche de son maitre, elle avait repris contact avec la réalité et mise de côté l’inquiétant aura qui se dégageait d’elle et lui donnait envie de rentrer sous terre. Concentration : elle voit la main droite bouger. Se décaler vers en arrière pour retrouver son équilibre, un arc de cercle et un deuxième pas en arrière pour être hors de portée puis passer dans son dos... Ne pas voir la main gauche arriver à tant, tenter de dévier sa course...
Tu as de l’espace, utilise-le. Elle se sent si maladroite face à l’envoleuse...
Ne pas ressentir : agir. Elle traversait une sorte de cycle, entre expérimentation, fuite et confiance... Instable, elle oscillait entre toutes les techniques, obligeant son maitre à répéter certains conseils lorsqu’elle se déconcentrait, ce dont elle avait horreur. A chaque conseil, elle se sentait à la fois grandir et rapetisser.
*Ah oui, il faut faire comme ça, c’est mieux.
Ca fait trois fois qu’elle le dit, quand est-ce que tu vas le mettre en pratique ? *



Le lendemain, elles se levèrent de nouveau avec les premiers rayons du soleil, courant une heure avant le petit déjeuner – une habitude que son maitre appelait « décrassage matinal ». Elle commençait à s’habituer aux courbatures qui l’accompagnaient à chaque réveil, accueillant avec une sorte de gratitude la course qui allait échauffer son corps et la débarrasser des douleurs. Cette répétition, loin de la lasser, lui procurait un sentiment de confort et de sérénité : aucune surprise, aucun changement... Toujours l’équitation après ou pendant le repas, la répétition des anciens mouvements avant d’attaquer les nouveaux, les mouvements d’Impal sous la selle qu’elle percevait de mieux en mieux. Ses jambes commençaient à se former et elle tenait de mieux en mieux en selle, ce qui leur permettait de parcourir une plus longue distance. L’animal aussi comprenait mieux sa cavalière, à présent qu’elle avait cessé de lui broyer le dos, qu’elle avait commencé à faire plus attention à lui, il se montrait plus patient et obéissant aux rênes, se méfiant moins des ordres qu’il recevait.

La jeune femme, quand à elle, appréhendait de mieux en mieux son corps dont elle découvrait les limites et les repoussait à chaque leçon. Mieux se connaître pour appréhender le monde. Le poignard, pour commencer. Si elle progressait beaucoup moins vite dans ce domaine que dans le tir à l’arc, elle pouvait se venter de le planter dans sa cible quatre fois sur cinq, ce qui était pour elle un record. Observant la trajectoire et la vitesse de sa lame, elle parvenait presque toujours à déterminer la cause de ses échecs, ce qu’elle considérait comme une victoire, car ainsi Gracieuse n’avait pas à la lui expliquer. Elle qui détestait dépendre des autres, elle n’avait jamais vraiment titillé les frontières de ses capacités jusqu’à sa fuite, restant dans sa zone de confort pour être sûre de ne pas avoir à solliciter une intervention extérieure pour s’en sortir. Mais ce comportement n’avait pas droit de cité dans un apprentissage, et Gracieuse le lui fit bien vite comprendre : elle était là pour la mener plus loin, plus haut, ce qui comportait forcément des échecs, des moments où elle devrait assurer son rôle de maitre et l’aider. Elle voulait progresser, non ?

De fait, l’envoleuse se montrait intransigeante dans les domaines où elle semblait avoir des facilités, à savoir l’escalade et le tir à l’arc, l’entrainant dans des ascensions qui la laissait sans force, à des hauteurs qui dépassaient de loin celle du Domaine puisque ces montagnes semblaient n’en plus finir et qu’elle abandonnait toujours avant d’avoir atteint le sommet. Ce pourrait-il qu’un dessinateur de génie ait fait en sorte que la roche grandisse au fur et à mesure qu’elle progressait, de telle sorte à ce qu’elle ne finisse jamais de grimper ? Quand elle voyait avec quelle facilité son maitre dansait sur la pierre, elle ne doutait pas un instant qu’elle aurait atteint les étoiles sans son apprentie pour la tirer vers le bas. Car, si elle avait descendu sans aide l’immense Domaine, avec ses prises régulières et propres ; elle ne comptait plus les fois où l’envoleuse lui avait sauvé la vie en la rattrapant ou en l’avertissant qu’elle mettait les mains en terrain dangereux. Atteindrait-elle jamais son niveau ? Rien n’était moins sûr.
Dans ses moments de déprime, elle se disait qu’elle lui avait promis trois ans de sa vie et qu’elle n’en était qu’au premier mois : elle avait le temps de progresser... Même si elle se trouvait toujours trop lente.

Et cette certitude quelque peu rassurante, elle en avait besoin comme d’une réserve de dioxygène lorsqu’elles s’éloignaient de quelques pas du feu pour reprendre leur combat. A chaque ruban qui partait pour une erreur d’inattention, elle se donnait une claque mentale qui résonnait d’autant plus que les conseils pleuvaient. Ne pouvait-elle donc pas s’enfoncer dans le crâne toutes  ses recommandations ? Souplesse et rapidité, concentration et réflexes, la formule tenait en quatre mots, que lui fallait-il pour arriver à l’appliquer ? La colère qui grondait en elle et contre elle était autant son alliée que sa pire ennemie, car ses sentiments avaient tendances à se manifester de manière violente, la faisant perdre sa concentration pour des broutilles... Elle n’était vraiment pas faite pour ce type de combat.
Mais son maitre refusait catégoriquement qu’elle se repose sur ses capacités et la poussait à continuer. Ces trois prochaines années allaient certainement être longues. Très longues. Il lui semblait qu’elle était séparée du reste de la route par un mur qui montait jusqu’au nuages et contre lequel ses récentes compétences en escalade ne lui étaient d’aucun secours. A quoi lui servaient toutes ces connaissances théoriques si elle ne savait pas les appliquer ?

Car Gracieuse lui en donnait dans tous les domaines : plantes, chasse, animaux, il lui semblait qu’il n’y avait pas un sujet utile qu’elle ne maitrisait sur le bout des doigts. Restreinte dans son apprentissage à la transmission orale, Alaia faisait preuve lors de leurs balades d’une concentration qu’elle mettait au service de sa mémoire, ravivant et corrigeant des souvenirs  qu’elle avait glanés par hasard – le pavot ? Oui, elle connaissait, on en avait donné à mâcher à sa sœur lorsqu’elle faisait ses dents. Des vertus calmantes, vraiment ? Ceci expliquait cela...  Si elle partait avec un maigre bagage, nul n’aurait pu prétendre qu’elle manquait de zèle, et quiconque aurait tendu l’oreille le soir l’aurait sans doute entendue murmurer la liste des plantes qui poussaient aux abords des collines et des montagnes pour s’aider à dormir.


Le dixième jour, leur chevauchée anormalement longue mis la puce à l’oreille de la jeune apprentie et fit remuer sur sa selle – au grand agacement d’Impal -, impatiente de voir quelle surprise les attendait au bout du chemin. Lorsqu’une partie de l’horizon se mit à scintiller, elle laissa échapper un sifflement surpris et se dévissa le coup pour tenter d’en apercevoir la source. Sentant son agitation, son maitre fit partir les chevaux au petit galop, profitant de l’occasion pour lui faire travailler son assiette et sa coordination, et elles arrivèrent sur les berges du lac sur les coups de midi. Descendant de cheval à la suite de son maitre sans pouvoir détacher son regard de la surface argentée, la jeune femme ne revint aux côtés de son maitre que lorsque celle-ci fit éclater la bulle de fascination de son apprentie. Par une question, une simple question.

- Est-ce que tu sais nager, Alaia ?

Comme lors de son premier cours, celle-ci demandait une réponse négative. Mais de longues et nombreuses journées étaient passées depuis, et une sorte de lien s’était formée entre elle, de telle sorte à ce qu’elle répondit sans hésitation.

« Non... mais rien qu’à voir ça,ajouta-t-elle en montra l’eau miroitante,j’ai déjà envie d’essayer. »

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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Lun 16 Juin 2014, 13:46

[ Désolée, c'est court ! ]





Comme elle s’en doutait, Alaia ne savait pas nager.
Mais l’intérêt tout neuf qu’elle porta à l’exercice fit sourire Gracieuse, et donc la jeune femme amena son apprentie près de l’eau.

- Tu devrais enlever tout ce qui n’est pas nécessaire, avant de rentrer dans l’eau. Ca va t’alourdir, et ça sera plus compliqué pour bouger.

Joignant le geste à la parole, l’envoleuse, elle, se déshabilla complètement.
Si elle portait la plupart du temps des tenues fermées sur son décolleté, ce n’était pas par gêne, mais plutôt par conviction : faire deviner les choses, et les faire s’imaginer, c’était d’autant plus érotique et entraînant que de tout montrer à tout bout de champ. Mais elle n’avait pas honte de son corps, au contraire, et donc elle n’éprouvait aucune gêne à se déshabiller entièrement alors qu’on aurait pu les surprendre : avec ou sans habits, elle en restait tout aussi efficace.

Elle entraîna son apprentie dans l’eau, jusqu’à un niveau où l’eau leur arrivait dans le creux de la taille. Alaia était plus grande qu’elle, aussi l’eau lui montait jusqu’aux hanches, mais cela suffisait. S’immergeant jusqu’au cou en pliant les genoux, Gracieuse invita la jeune fille à faire de même, avant d’expliquer :


- Bon, pour commencer, tu vas te mettre à genoux dans l’eau. Et tu vas faire ces mouvements, juste avec les bras, pour essayer de te faire avancer, dit-elle en donnant l’exemple. Commencer par la brasse était la meilleure chose à faire, et c’était aussi l’une des nages les plus discrètes. Même si elle n’était pas très efficace en termes de vitesse.

Elles commencèrent donc par le mouvement des bras, puis Gracieuse attrapa les mains de son apprentie et lui fit faire les mêmes mouvements avec les jambes, en lui tenant les mains. Puis, lentement, elle commença à montrer le mouvement des jambes et des mains coordonnées, pour pouvoir avancer, toujours à un endroit où elles avaient pied.

L’envoleuse insista longuement sur les brasses tranquilles, jusqu’à ce que l’apprentie arrive à faire plusieurs mètres sans reposer les pieds sur le fond du lac.


- Bon, c’est pas mal. On va travailler ça sans prendre de risques, pour commencer : on va faire le tour du lac à la nage, là où tu as pieds.

Mais elle l’éloigna quand même un peu du bord pour l’emmener à une hauteur d’eau lui arrivant aux épaules.

- Allez ! C’est pas trop long, il doit y avoir cent mètres, on est dans un des plus petits lacs là, l’encouragea-t-elle avec un ton énergique. Tu dois sentir le mouvement de l’eau sur ta peau, c’est ce qui te rendra plus efficace. Mais n’oublie pas de nager, essaye de bien respirer aussi, en sortant un peu plus la tête.

Pour une première fois, Gracieuse savait qu’elle était exigeante, mais la jeune fille semblait motivée, alors elles continueraient jusqu’à ce que le soleil ne réchauffe plus l’atmosphère. Comme ça, cela préparerai ses muscles pour le lendemain.


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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Mar 17 Juin 2014, 11:58

Le sourire qui accueillit ses paroles lui fit chaud au cœur et renforça sa détermination : Gracieuse était en passe de faire entrer dans sa tête hermétique les bases de l’escalade et du tir, elle pouvait tout aussi bien lui apprendre la natation !
La calme surface de l’eau semblait l’attendre patiemment.  

[- Tu devrais enlever tout ce qui n’est pas nécessaire, avant de rentrer dans l’eau. Ca va t’alourdir, et ça sera plus compliqué pour bouger.

Montrant l’exemple, son maitre commença à se déshabiller. Elle fit de même, ne s’arrêtant qu’en constatant que Gracieuse, elle semblait vouloir aller jusqu’au bout. Et ce n’était pas qu’une impression...
Désarçonnée par le naturel désarmant avec lequel l’envoleuse offrait son corps aux rayons du soleil et aux regards des passants, elle ne put se résoudre à faire de même et conserva ses sous-vêtements et un haut. Heureusement pour elle, l’hiver naissant l’avait encouragé à porter plusieurs couches d’habits, aussi pouvait-elle se permettre d’en garder quelques-uns...
Dans l’eau, son maitre lui envoya un regard limpide, sans provocation ou remarque face à la pudeur de son apprentie : comme toujours, elle allait à l’essentiel. Elle entra à sa suite, plus précautionneuse que son maitre, découvrant calmement la caresse de l’eau froide, les sensations du tissu mouillé sur sa peau qui se hérissait... Elle sentait au fond d’elle que ce lac était un monde à part entière, qui ne répondait à aucune des lois qu’elle avait coutume de respecter... Et la simple idée de le découvrir l’enchantait.

Lorsqu’elle se mit à genoux, le liquide cristallin vint lécher la base de son cou, compressant sa poitrine dans un étau glacé et lui tira un petit cri de surprise. Sa respiration s’accéléra et elle du attendre de longue minute avant de retrouver son calme : malgré le fait que la journée était bien avancée, le soleil de ce début d’hiver ne chauffait pas assez l’eau pour dépasser la quinzaine de degrés. Une raison de plus de s’activer : elle commençait déjà à claquer des dents.

[- Bon, pour commencer, tu vas te mettre à genoux dans l’eau. Et tu vas faire ces mouvements, juste avec les bras, pour essayer de te faire avancer,

De larges mouvements qui repoussaient l’eau derrière elle firent naitre des remous qui se propagèrent sur la surface lisse du lac, attirant l’attention d’Alaia qui les suivit du regard, fascinée. Elle n’aurait jamais cru qu’un seul mouvement puisse avoir autant de répercussions... Voilà qui la faisait considérer d’un autre œil tous les exercices qu’elle avait exécutés ces derniers jours... Et sans doute était-ce le but.
Elle accorda donc une attention toute particulière à ses gestes, variant la force qu’elle y mettait pour en recueillir les modifications en termes de vitesse et de remous. Ses muscles commençaient à se réchauffer et elle prit note que le dos aussi travaillait afin d’éviter de le solliciter outre mesure ce soir. Cette rotation dans l’effort avait déjà porté ses fruits ces derniers temps, lui évitant les pires courbatures au réveil.
Le plus dur restait à faire, puisqu’elle attaqua ensuite la coordination des jambes qui l’obligeait à arquer le dos pour garder la tête hors de l’eau : cette partie là s’avérait nettement moins évidente puisqu’elle ne voyait pas ce qu’elle faisait et devait se fier à sa seule proprioception. Bien qu’elle reste dans une zone où elle avait pied, elle se sentait peu rassurée par le fait de ne plus toucher le sol et de sentir l’eau sous son menton. Elle avait tendance à remplir ses poumons le plus possible et à ne relâcher qu’un peu d’air à la foi, l’obligeant à respirer plus vite qu’à l’ordinaire pour renouveler sa réserve. Gracieuse ne lui en fit pas la remarque, sans doute consciente qu’il s’agissait là d’un réflexe de débutante et que celui-ci passerait lorsqu’elle serait plus assurée. Elles prirent leur temps pour progresser tranquillement, franchissant chaque étape sans accros en décomposant la nage de telle sorte à ce qu’elle ne se trouve pas perdue.      

[- Bon, c’est pas mal. On va travailler ça sans prendre de risques, pour commencer : on va faire le tour du lac à la nage, là où tu as pieds.

Elle acquiesça doucement, hésitante, la suivant à petits pas pour contrôler où l’eau lui arrivait si elle devait mettre le pied au sol.

[- Allez ! C’est pas trop long, il doit y avoir cent mètres, on est dans un des plus petits lacs là, fit-elle joyeusement. Tu dois sentir le mouvement de l’eau sur ta peau, c’est ce qui te rendra plus efficace. Mais n’oublie pas de nager, essaye de bien respirer aussi, en sortant un peu plus la tête.

La fatigue allant, elle avait du mal à arquer le dos mais fit de son mieux. Les premiers mètres se firent sans trop de soucis, car elle commençait à s’habituer au mouvement et commençait à se concentrer sur la caresse de l’eau afin de voir si elle arrivait à avancer sans y mettre toutes ses capacités. Le mouvement était très naturel, aussi commençait-elle à prendre de l’assurance malgré ses muscles fatigués. Tant qu’elle conservait la tête hors de l’eau, elle se sentait relativement bien dans ce liquide à l’état sauvage et savourait le cadre idéal : les calmes collines n’abritaient que de petits animaux en ce début d’après-midi ensoleillé, aussi seul les chants des oiseaux résonnaient dans l’air. Se laissant bercer par le mouvement simple et régulier sur lequel elle avait travaillé une heure déjà, la jeune femme laissa ses pensées vagabonder.
Du temps où elle était encore à Al Vor, ses parents installaient souvent le repas dehors lorsqu’il faisait beau, n’ayant de toute façon pas souvent l’occasion de gâcher du bois en repas chauds et devant se contenter de fruits et de légumes crus la plupart du temps, avec de temps à autre des œufs de coureurs à la coque avec du pain. Bien qu’ils restent suffisamment proche de leur demeure pour la surveiller, ces pique-niques avaient pour les enfants un goût d’aventure et il n’était pas rare que les provisions deviennent un trésor inestimable à garder à tout prix contre une armée ennemie invisible qui tentait de prendre d’assaut un château impénétrable. Amy elle-même, encore trop petite pour jouer, devenait une princesse sans défense qu’ils protégeraient au péril de leur vie...

Ce cadre aurait vraiment été idéal pour ce genre de jeu... Une sorte de douloureuse nostalgie l’envahit, lui compressant la poitrine et rendant ses membres tremblants, alors que des larmes commençaient à faire briller ses yeux. Déséquilibrée, incapable de retrouver le rythme lent de ses brasses, elle commença à s’enfoncer et voulut remettre le pied au sol, s’immergeant un court instant, ce qui chassa tout l’air de ses poumons et cacha ses larmes. Le liquide sur sa peau lui semblait poisseux comme du sang et elle se hérissa. Elle retrouva aussitôt l’air libre, tremblante, les bras serrés contre la poitrine, larmes et eau du lac mêlés sur son visage... Et Gracieuse qui s’était arrêtée à quelques pas de là et la regardait en lui demandant ce qui n’allait pas.
Elle la dévisageait avec ce regard perçant qui semblait voir en elle comme si elle avait été d’eau et non de chair et de sang, ce regard qui l’envahissait et la fit détourner le regard. Elle ne voulait pas que son maitre la voit aussi petite, aussi vulnérable... Elle qui s’était tellement investie dans les derniers jours pour ne plus se laisser le temps de penser, son esprit était fatigué de toujours travailler et elle s’était laissée avoir.
Dans l’air, les cris joyeux des enfants avaient remplacés ceux des oiseaux, et les reflets miroitants du lac semblaient lui montrer les yeux apeurés de sa sœur...

Inspirant profondément, elle murmura un "Rien, rien..." peu convainquant avant de reprendre sa nage... en espérant que Gracieuse ne lui pose pas plus de question.

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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Mar 17 Juin 2014, 15:15

- Alaya, dis-moi ce qu'il ne va pas. Ca ne sert à rien de garder ce genre de choses pour soi. Ca te fera du bien, tu verras.

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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Mar 17 Juin 2014, 15:16

Les Mots n'y changeront rien...murmura-t-elle amèrement.

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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Mar 17 Juin 2014, 15:22

- Les mots ne changent rien aux faits, oui. Mais ils soulagent du poids des secrets, et permettent de pendre du recul.

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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Mar 17 Juin 2014, 15:24

Ça n'a plus rien de secret, et partager ma peine n'a fait que répandre le malheur...
Quand au recul...


[sourire crispé qui montre bien quel crédit elle lui accorde]

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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Mar 17 Juin 2014, 15:30

- Tu vas finir par stagner si tu gardes ça pour toi. Regarde aujourd'hui : tu t'es incroyablement bien débrouillée. Et soudain, tout s'écroule. Il ne faut pas garder la peine pour toi. Répandre le malheur ? Comme si tu allais m'impressionner avec ça !

[ Clin d'oeil ]

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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Mar 17 Juin 2014, 15:31

Ça passera...


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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Mar 17 Juin 2014, 15:38

- Bon, très bien. Alors, nage ! On n'a même pas fait la moitié. Tiens, pour la peine, tu vas faire le tour entier sans t'arrêter, cette fois.

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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Mar 17 Juin 2014, 21:21

Soulagée que Gracieuse ait finit de lui poser des questions auxquelles elle ne voulait pas répondre, Alaia acquiesça en silence et reprit une brasse énergique qui avait pour mérite de la réchauffer et de lui changer les idées. Restant à une distance respectable de la berge, elle s’empêchait de penser aux récents évènements en se concentrant sur chacune des parties de son corps qui travaillait, ce qui eut pour effet de la rendre plus efficace mais aussi plus fermée à tout ce qui l’entourait. Utilisant l’exercice comme un bouclier, elle s’empêcha de penser  aux oiseaux dont les rires risquaient de la faire pleurer, aux poissons dont les écailles renvoyaient un éclat mouvant si semblable à celui de l’acier ou au contact humide de l’eau qui mêlait dans son esprit les larmes et le sang. Ce paysage était si beau à ses yeux quelques instants plus tôt que la métamorphose lui tira une grimace aigre : la beauté n’allait sûrement  plus faire partie de son quotidien. Elle accueillait la douleur de ses muscles avec joie et poussa son corps jusqu’à ce que, tremblante de fatigue et non plus de froid, elle repose pied près de l’endroit où elles avaient laissé les chevaux. Cette « peine » que son maitre lui avait infligé était en réalité tout à fait ce dont elle avait besoin pour se changer les idées et reprendre pied dans la réalité.

La sollicitude de son maitre avait beau être sincère et teintée de bonne volonté – si semblable à celle d’une mère et son enfant qu’elle ne pouvait le supporter-, elle gardait sa blessure comme un trésor maudit qui la détruisait autant qu’il lui donnait la force d’avancer : n’était-ce pas pour tuer cet archer qu’elle s’était enfuie ? Qu’elle avait demandé à devenir mercenaire et qu’on l’avait guidée vers Gracieuse ? Aurait-elle eut le courage de poursuivre sa route si Aodren lui avait dit que la garde avait arrêté l’assassin et que celui-ci allait être pendu, comme tous ceux de son espèce ?
Elle en doutait. Malgré ses cinq années d’apprentissage dans le bois, elle avait toujours gardé un lien très fort avec sa famille – et particulièrement sa sœur, qu’elle chérissait comme un trésor inestimable – et sa perte sous ses yeux avait creusé son âme comme un vers vicieux. L’absence d’Eden ne se faisait jamais autant ressentir que dans ces moments où il lui semblait que le monde entier l’agressait, que le vent voulait la déchiqueter et que le regard même de son maitre était un poignard qui creusait les méandres de ses pensées et de son cœur.
Dans ces moments là, elle avait envie de se rouler en boule et de ne penser à rien, d’accueillir la petite boule de poil dans le creux de son thorax et de caresser sa douce fourrure qui avait le don de la calmer. La chaleur sous les poils, le léger mouvement de sa peau rythmé par les battements de son cœur... Son chat était un univers à par entière où tout n’était que paix et douceur. Exactement ce dont elle avait besoin.
Ce qu’on lui avait ôté.
Ce que l’on n’était pas près de lui rendre.

Car Gracieuse n’en avait pas fini avec elle. Que ce soit par « vengeance » ou en réponse à son besoin d’action, elle enchaina les exercices avec la même attention que lorsqu’elles grimpaient : si son apprentie se débrouillait bien dans un domaine, aucune raison de lui faire des cadeaux. Et même les nuages qui titillaient les Dentelles n’eurent raison de sa détermination à faire progresser son apprentie que lorsque l’après-midi fut bien avancé : elles avaient des bosquets entiers à proximité pour faire provisions de bois pour le feu, inutile de se presser... D’autant que le coin regorgeait de petit gibier, le terrain était idéal pour chasser...

Mais, à peine avaient-elles eu le temps de se sécher et de se rhabiller qu’un jeune homme monté sur un étalon alezan aux crins délavés faisait son apparition à l’horizon. Alertée par ses sens aiguisés, ce fut Gracieuse qui s’aperçut la première de sa présence, Alaia ne tournant la tête vers l’inconnu que lorsqu’elle voulut chercher du combustible pour le feu. Surprise par la présence d’un cavalier seul – surtout aussi jeune – en ces lieux, elle mit une main à son poignard, restant deux pas derrière son maitre. Le cavalier avançait au petit trot, la même allure qu’elles avaient tant travailler, et le remarquer fit sourire la jeune femme... Des cheveux blonds et courts encadraient un visage hâlé qui témoignait d’une habitude des routes tandis que son assiette quelque peu hasardeuse laissait douter de son habitude de l’équitation. Sa monture, quand à elle, n’était plus de la première jeunesse mais semblait bien nourrie... D’où venait-il ?

« Bonsoir ! lança-t-il d’une voix enjouée, visiblement ravi de croiser de nouvelles têtes.Excusez-moi de vous déranger, je suis Ido, éclaireur de la caravane de maitre Saïr. Cela vous dérangerait-il que nous nous installions près de ce lac ? Les ânes sont fatigués et elle est idéalement proche de la passe de la goule... »

Bien bavard ce garçon, mais, seul avec l’étalon, il n’avait sans doute pas souvent l’occasion de délier sa langue. Trônant sur sa monture comme un roi, il attendait la réponse de ces belles un sourire aux lèvres, déjà certain de la réponse. Car quelles voyageuses isolées refuseraient le cocon protecteur d’une caravane protégée par un solide cordon de Thul ? L’idée que ces frêles demoiselles n’étaient pas aussi faibles qu’elles le paraissaient ne lui traversa même pas l’esprit... Qui se méfie de la flamme qui danse ?
Les caravanes partaient souvent d’Al Vor au début de l’hiver : les rêveurs d’Ondiane – la première destination des caravaniers – en profitaient pour se procurer les objets - tels des outils ou des habits – qu’ils ne pouvaient produire eux-mêmes et l’échangeaient contre des herbes médicinales qui étaient finalement acheminées vers Al Chen, le cœur économique de l’Empire. Ils en profitaient pour passer dans tous les villages qu’ils croisaient, apportant des nouvelles de l’extérieur aux plus isolés. Peu d’Alaviriens avaient l’occasion de voyager, aussi étaient-ils toujours bien accueillis, et parfois même escortaient-ils le temps d’un voyage vers une ville plus grande. Les parties agricoles de l’Empire profitaient chichement de ce commerce, mais il permettait surtout de maintenir la coalition de l’ensemble, et de donner l’occasion aux jeunes de se frotter un peu au monde extérieur. Certains des plus enthousiastes pouvaient ainsi se donner une illusion de liberté, sûrement durement négociées avant les récoltes, et rapportaient de quoi épaissir la soupe à leur famille.
Quand ils ne croisaient pas de trop gros prédateurs en chemin...  

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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Mer 18 Juin 2014, 11:01

Elle ne comprenait pas ce qui empêchait Alaia de lui dire ce qui n’allait pas.
Elle ne comprenait pas, ou elle comprenait trop bien : elle n’avait pas confiance en elle, et en son Maître. Alors, elle cherchait à fuir absolument un moment de sa vie qui malgré tout définissait qui elle était et pourquoi elle avait cette volonté farouche d’avancer.
Gracieuse comprit également que si Alaia ne protestait que rarement, c’était parce que les exercices qu’elles lui faisaient subir lui permettaient d’avoir l’esprit occupé. Là, qu’elles étaient juste en train de nager sans rien dire de plus, ou peut-être que c’était aussi l’environnement, l’avait mise dans un état déplorable.
Alors, elle voulait ne plus y penser ? Ne pas en parler ?
Le meilleur moyen pour cela, c’était de faire du sport. De s’occuper l’esprit. D’enchaîner les exercices.

Alors, l’envoleuse ne se fit pas prier, et fut d’autant plus exigente avec Alaia. Elle voulait aider son apprentie, et pour l’instant elle avait besoin de se tenir loin de ses souvenirs ; il y aurait un moment où il faudrait que cela sorte, c’était un fait, mais ce n’était pas exactement à elle qu’incombait cette décision. C’était aussi, en partie, une décision d’Alaia.

Lorsqu’elles sortirent du lac, après son tour à la nage, Gracieuse s’étira longuement. Elle sentit ses muscles rouler sous sa peau, et elle aimait cette sensation, sentir que chaque muscle était prêt à l’action, à n’importe quel moment. Les étirements aidaient énormément pour cela, et c’était pour cela qu’elle insistait dessus : un chat s’étire toute la journée, et au vu de ses performances physiques, cela ne pouvait pas être inutile !

Un bruit de sabots attira cependant l’attention de Gracieuse, qui leva la tête vers l’homme et son cheval qui se dirigeaient vers elles. La bête était ventrue, mais jolie, et le garçon pas très âgé.


- Bonsoir ! Excusez-moi de vous déranger, je suis Ido, éclaireur de la caravane de maitre Saïr. Cela vous dérangerait-il que nous nous installions près de ce lac ? Les ânes sont fatigués et elle est idéalement proche de la passe de la goule...

Une caravane ?
Gracieuse allait hausser les épaules pour montrer le peu de cas qu’elle faisait de l‘arrêt pour la nuit d’un quelconque Maître, quand soudain une sonnette d’alarme sonna dans son esprit, et elle se figea le temps d’une seconde.
Saïr. Ce nom lui disait quelque chose… Oui, c’était cela : elle avait tué son fils quelques mois plus tôt, pour une mission grassement payée. Et il l’avait vue, alors qu’elle vérifiait que son fils était bien mort ; heureusement elle était parvenue à s’enfuir avec sa tête pour pouvoir prouver qu’elle avait bien fait son boulot. Mais elle était certaine que s’il la croisait, il la reconnaîtrait.

Elle était toujours à moitié nue quand la caravane commença à apparaitre en haut d’une petite colline, une cinquantaine de mètres plus loin.


- Allez-y, nous comptions partir.

- Dans la nuit ? Mais ce n’est pas une région sûre. Vous aurez la protection de trois Thüls en restant avec nous, et un peu de compagnie fera plaisir à maître Saïr !

- Oui, nous sommes pressées.


N’ajoutant rien de plus, elle fit un petit signe d’adieu au jeune homme, et entraîna son apprentie un peu plus loin, pour retrouver le camp qu’elles avaient monté quelques heures plus tôt.


- On remballe tout, et on va chevaucher de nuit. Dépêche toi.

Son ton était sans appel, et ne souffrait d’aucune protestation.
Quelques minutes plus tard, elles étaient remontées en selle et Gracieuse fit un détour pour éviter la caravane, et s’élancer vers l’Ouest, sur une piste large.

- On va trotter un peu, mais après, on marchera, et tu pourras dormir en selle.


ф ф ф


En chevauchant toute la nuit, elles arrivèrent en vue d’Al-Vor le lendemain en milieu d’après-midi, et Gracieuse décida qu’il était temps pour son apprentie de se dégourdir les jambes avec une course.
Elles coururent donc jusqu’à l’entrée de la ville, et passèrent les gardes avec les chevaux tenus par la bride. L’envoleuse emmena la jeune fille dans les écuries de la ville pour qu’elles y laissent leurs montures, et entraîna ensuite Alaia dans les rues de la cité.

Comme la journée était bien avancée, les marchés étaient en train de fermer et les marchands de remballer leurs produits. Mais Gracieuse avait une très bonne idée pour la suite, et elle rallia une petite ruelle. Désignant le mur d’une haute bâtisse, elle fit escalader son apprentie en passant derrière elle, lui prodiguant quelques conseils durant la courte escalade de cinq ou six mètres, et elles se hissèrent sur les toits.


- Bien, on va se déplacer par les toits. Montre-moi ce que tu sais faire !

Et elle l’entraîna encore dans un exercice de souplesse, d’anticipation, et cardiaque. Les toits, de ce côté de la ville, étaient tous plus ou moins reliés, il y avait des ponts branlants à traverser, mais des tuiles qui glissaient, des rebords à franchir ; et puis, les maisons s’espacèrent, il fallait sauter et se réceptionner, cela devenait de plus en plus physique.

Arrivant devant une rue qui devait faire un peu plus de deux mètres de larges, et les toits étaient donc éloignés de deux mètres environs, Gracieuse s’arrêta et lança un clin d’œil à la jeune fille.


- On traverse. Attention à tes appuis, réceptionne-toi en roulant.

Et elle s’élança, pour donner l’exemple, et bondir si cela devenait nécessaire.

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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Mer 18 Juin 2014, 23:48

Alaia s’était détendue en constatant que le jeune homme n’était pas agressif, mais l’évocation des caravanes lui fit tendre l’oreille : y avait-il parmi eux quelqu’un pour la reconnaître ? Elle ne connaissait ce jeune homme que de vue – la ville était grande, et les clans d’amis souvent fermés – mais elle ne pouvait pas en dire autant de Saïr, à qui son mentor vendait régulièrement des outils et des petits meubles pour Ondiane... – d’ailleurs, n’avait-il pas perdu un fils récemment ? Aodren et elle avaient souvent eu pour projet de les accompagner après leur apprentissage, dans ce qu’ils auraient considérés comme les dernières vacances entre amis avant leur future vie. En amis... ou plus, qui sait ? Son cœur se mit à battre à toute vitesse en songeant que son ami était peut-être parmi ces gens qui apparaissaient à l’horizon.
Si cela n’avait tenu qu’à elle, elle serait partie immédiatement, et elle retenait son souffle en espérant de toutes ses forces que Gracieuse ferait se choix. Etant derrière elle, ses expressions lui étaient inconnues, mais son dos parlait bien mieux que son visage et elle décela dans la tension subite de ses épaules qu’elle allait refuser. Soupirant de soulagement, elle put réfléchir aux paroles du jeune homme lorsqu’ils discutaient. La caravane suivait un chemin immuable dont ils avaient longuement discutés... Si elle arrivait par ici, cela voulait dire qu’ils étaient à moins de trois jours de marche d’Al Vor ! Jamais elle n’aurait cru revenir aussi près de sa ville natale en si peu de temps... Un frisson glacé courut le long de sa colonne vertébrale : elle devrait être plus discrète à l’avenir.

C’est avec empressement qu’elle suivit son maitre et rangea le campement, prestement emballé et accroché aux selles, avant de mettre le pied à l’étrier. Impal, sensible à l’agitation de sa maitresse, ne rechigna pas à retrouver le petit trot qu’il pouvait tenir des heures. Après un large détour dans les collines, elles rejoignirent une large route constellée de marques de sabots et de roues et l’apprentie sentit sa gorge se nouer en comprenant quelle serait leur destination. Elle ne pouvait pas s’en inquiéter auprès de Gracieuse sans attirer son attention et, après la scène de l’après-midi, mieux valait pour elle de faire profil bas : elle n’était pas prête à accepter de laisser derrière elle sa douleur, à partir de là, elle devrait se débrouiller seule. Serrant les dents, elle se mit à réfléchir furieusement aux moyens d’entrer dans la ville sans qu’elle soit reconnue. Heureusement pour elle, la nuit fut des plus inconfortables et elle eut du temps à loisir. Le dos broyé par les cahots de la route, elle finit par se décider à noueur un morceau de tissu sur ses cheveux pour en cacher la couleur : sa frange avait longtemps été son seul visage, autant changer du tout au tout en dégageant son visage. Ces yeux si particuliers n’avaient révélé leur couleur qu’à un nombre limités de menuisiers – puisqu’elle devait attacher ses cheveux pour travailler -, aussi ses chances d’être démasquées seraient minimes. D’autant plus qu’elle était partie précipitamment et sans le sou, et qu’elle revenait sur un cheval – marque de fortune par excellence...
Ces considérations n’étaient pas sans l’inquiéter et, de toute la nuit, elle ne put fermer l’œil.


Lorsque les murs de la ville commencèrent à déchirer l’horizon – une vision aussi effrayante que réconfortante -, Gracieuse eut pitié de ses jambes et de son dos et se décida à mettre pied à terre pour l’entrainer dans une course qui fit monter en elle un flot d’adrénaline propre à la réveiller. Le peu qu’elle avait somnolé cette nuit, allié aux courbatures de la natation, avait achevé de l’épuiser et elle eut du mal à tenir la distance. Inflexible, Gracieuse la poussa une nouvelle fois dans ses retranchements et ne cessa de courir qu’une fois les portes de la ville bien en vue. Le ventre noué par l’inquiétude, la jeune femme, dont les jambes tremblantes et la démarche raide n’était pas que du à la fatigue, se plaça entre les deux montures, se servant de leur haute carrure pour dissimuler ses traits. Passer les gardes – qu’elle connaissait assez peu en vérité – n’était que la plus simple épreuve, et sa cage thoracique ne se desserra pas durant tout leur trajet : heureusement pour elle, les écuries n’étaient pas très loin des portes de la ville et se situaient dans un quartier riche qu’elle ne fréquentait jamais. Toujours dans l’ombre protectrice des deux montures épuisées, elle regardait obstinément le sol, jetant de temps à autres quelques regards furtifs vers les visages des passants, en quête de quelqu’un qui aurait pu la reconnaître. Dans son esprit craintif, chaque prétexte était bon pour que le peu de monde qu’elle avait fréquenté régulièrement se retrouve aux milieux des maisons les plus huppées de la ville : une commande urgente pour un meuble neuf, un soudain sourire de la chance... Elle avait beau être plus riche que bien des gens qu’elle croisait – car un cheval était d’une valeur inestimable à ses yeux -, elle tremblait de peur sous ses habits de cuir. Aucunes de ses nouvelles connaissances ne lui semblaient utile face à ce genre de situation, où il lui fallait se mêler à la lumière pour devenir invisible, une réalité qu’elle n’imaginait même pas.

Le pire fut quand, une fois les chevaux laissés dans des box confortables où ils s’endormirent bientôt, fourbus par leur longue chevauchée, les deux jeunes femmes se dirigèrent vers la ville basse. Sans le couvert de sa monture, La jeune femme se sentait fragile, exposée aux regards qui, la plupart du temps, ne faisaient que glisser sur elle, et restait collée aux pas de Gracieuse. Sans qu’elle en eut vraiment conscience, elle avait beaucoup changé extérieurement en deux semaines : ses traits, autrefois discrets, s’étaient creusés par le chagrin et de grandes cernes mangeaient son visage, héritage d’un entrainement aussi douloureux qu’exténuant. De plus, elle avait troqué sa tenue de toile contre un ensemble en cuir – que Shan avait eu la gentillesse de lui offrir – et la lame qui pendait à sa ceinture était de bien meilleure qualité que ce qu’elle aurait jamais pu se permettre.
Ainsi, en dehors de son air de bête traquée qui collait parfaitement bien à son visage pâle, elle aurait pu passer pour une voyageuse à quiconque ne la connaissait pas. Son « crime » étant trop isolé pour nécessiter une recherche active, seuls quelques traqueurs avaient été mis sur sa piste et étaient bien vite rentrés bredouilles, refusant de s’aventurer en pays faëls pour affronter une tueuse qui avait abattu une escouade entière, chiens compris – car ils ignoraient tout de la présence de Shan à ces côtés à ce moment là. Ainsi, même si le nombre de meurtre anormalement croissant ces derniers temps avait incité le gouverneur de la cité à doubler la garde et à instaurer un couvre-feu, aucune affiche ne portait son visage comme elle l’aurait craint.

Heureusement pour elle, Gracieuse ne voulait pas se contenter de suivre des ruelles qui se vidaient de leurs passants – d’autant plus que le marché fermait, ce qui évitait qu’elle croise le regard de trop de connaissances – et s’engagea dans une ruelle étroite au grand soulagement de son apprentie. Encore deux embranchements, et elles seraient passées devant son ancien atelier et là...

[- Bien, on va se déplacer par les toits. Montre-moi ce que tu sais faire !]

Rassurée par l’ombre humide de la ruelle, l’apprentie passa sa main sur les pierres afin de tester leur accroche avant de se mettre en mouvement. Ces derniers cours, pour le moins intensifs, lui avaient donnés suffisamment de bases pour que ces pierres, bien qu’humides, recèlent les prises dont elle avait besoin pour avancer. Ses muscles noués par la fatigue et la peur n’étaient pas des plus réceptifs à ses ordres, si bien que Gracieuse du l’aider pour quelques passages, mais elle s’en sortait plutôt bien, à sa grande fierté. Elle découvrit les toits avec émerveillement, grisée par la caresse du vent et le sentiment de puissance qui montait en elle : dans les hauteurs, elle était à l’abri des regards tout en maitrisant ses déplacements.
Ce regain d’énergie lui fut très utile par la suite, puisque Gracieuse n’attendait pas moins que le maximum qu’elle pouvait fournir. Echo de la veille passée à travailler, elle noya son esprit dans la douleur et l’effort pour ne plus contempler, au bord des larmes, sa ville natale. Elle ne devait plus se concentrer que sur les balcons à escalader, les rues à franchir et les barrières qui lui barraient le chemin. Devant elle, Gracieuse évoluait avec une souplesse féline qui collait bien avec son prénom : elle dansait sur ces toits comme dans une salle de spectacle, et le soleil qui se couchait doucement ne faisait que sublimer le spectacle qu’elle offrait. Tel un oiseau, elle volait de toit en toit, défiant les lois de la gravité dans un silence tel qu’Alaia se demanda une fois si elle n’était pas faite de nuages.

Au fur et à mesure qu’elles remontaient vers les beaux quartiers, l’effort se faisait plus soutenu et la jeune apprentie commençait à s’essouffler. Les trésors des hauteurs n’étaient pas donnés à tout le monde, et elle commençait à en percevoir le prix. Ses cuisses la faisaient souffrir à force d’amortir, et ses doigts étaient écorchés et transits dans le froid de la nuit qui approchait. Jamais elle n’avait abordé d’aussi près les maisons de la ville haute, et elle ne pouvait s’empêcher de jeter un regard par les fenêtres des bâtiments qui, pour certains, appartenaient à des dessinateurs et contenaient des raretés sans doute protégées magiquement. Elles restaient toutefois à bonne distance des demeures des nobles qui étaient gardées en permanence : inutile de se jeter directement dans la gueule du loup, il valait mieux pour elle de commencer par s’habituer au vertige des hauteurs et au vent qui soufflait bien plus fort là haut. Avec le coucher du soleil, celui-ci se renforçait, apportant son lot de nuages qui titillaient la demi-lune qui se levait. Heureusement pour elle, elles avaient encore une bonne heure de lumière solaire devant elles...

Alors que l’air devenait brûlant dans ses poumons et ses membres tremblants, Gracieuse lui présenta un nouveau saut, plus grand que les précédents, qu’elle lui présenta d’un clin d’œil.

[- On traverse. Attention à tes appuis, réceptionne-toi en roulant.

En roulant ? La démonstration de son maitre ne suffit pas à la convaincre du bien fondé de l’exercice : elle n’avait travaillé les roulades qu’à l’échauffement de leurs combats amicaux, et en gardait un souvenir assez douloureux pour mettre cette perspective de côté pour l’instant. Prenant deux grandes inspirations et trois pas d’élan, la jeune femme s’interdit formellement de regarder le sol – désespérément loin – et, après une paire de claques mentales, s’élança avant de risquer de trop penser... Sous peine de ne pas sauter du tout.
Sans avoir le vertige, elle préférait largement sentir la pierre contre son corps entier que juste sous ses pieds, et n’arrivait pas à s’empêcher de penser à la route qui les attendait, quatre étages plus bas. S’étendant comme une danseuse au dessus du vide, elle réussit son saut de justesse mais se tordit la cheville entre les tuiles, s’écroulant de tout son long et ne parvenant à rester sur le toit que grâce aux réflexes incroyablement développés de son maitre qui l’agrippa à temps. En nage, allongée sur les tuiles humides, elle se tenait la cheville en grimaçant, lançant un regard d’excuses à son maitre devant sa pitoyable prestation.
Elle titillait ses limites depuis trop longtemps déjà, et celles-ci se rappelaient à elle.

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Gracieuse Dûbudchev
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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Jeu 19 Juin 2014, 10:47

Le malaise qui planait sur Alaia s’était fait de plus en plus fort tandis qu’elles s’avançaient vers la cité, et une fois les portes franchies, il était à son comble.  Gracieuse le sentit bien plus qu’elle n’aurait voulu l’admettre, sans doute parce qu’au fond, elle appréciait cette gamine, après ces semaines passées ensemble.
Mais la jeune fille ne voulait pas en parler, et elle sentait clairement que ce n’était pas le bon moment. Alors, et bien, elle lui noya l’esprit avec ses exercices, puisque c’était ce qui semblait le mieux marcher.

Et elle fut agréable surprise de voir comment Alaia se débrouillait sur les toits : ce n’était ni fluide, ni précis, mais cela avait le mérite d’être franc, et surtout elle eut l’impression que la jeune fille s’amusait un peu, quand même, et c’était quelque chose d’important, malgré tout.

Gracieuse entraîna son apprentie dans des acrobaties urbaines qu’elle-même affectionnait particulièrement, mais s’efforçait d’attendre et de laisser la jeune fille se débrouiller seule pour s’en sortir.
Elles étaient bientôt arrivées à destination quand elle demanda à Alaia de rouler en se réceptionnant. Elle avait vu l’hésitation sur le visage de la jeune fille, et se tenait prête à intervenir… Intervint quand elle vit que la distance ne serait pas totalement couverte par l’apprentie, l’attrapant par les poignets pour l’empêcher de glisser en bas du mur.

Elle s’était faite mal.
Elle s’était faite mal, et elle lançait à Gracieuse un regard d’excuse, en tenant sa cheville. L’envoleuse ne put s’empêcher de pousser un soupir, et regarda autour d’elle, cherchant une solution. Un escalier extérieur se trouvait à cinq mètres de l’apprentie blessée, et elle le lui désigna, la supportant pour qu’elles puissent descendre sans plus de casse.
Une fois en bas, Gracieuse entraîna Alaia deux rues plus loin : elle avait un ami, là-bas, qui pourrait les aider. Parce que l’onguent dans son sac n’était efficace que contre les bleus, et l’autre que contre les plaies ; or, il n’y avait ni l’un ni l’autre sur la cheville de l’apprentie.

Elles arrivèrent donc clopi-clopant devant cette immense maison avec un jardin extérieur, et Gracieuse toqua à la porte. Un homme d’une cinquantaine d’années vint lui ouvrir, toisa Alaia en premier, puis elle, avant d’ouvrir les yeux comme des soucoupes.


- Quoi, tu ne me reconnais pas, Tilun ?

- Euh, si si, mademoiselle. Entrez, je vais chercher monsieur.


Il avait retenu la leçon et l’avait appelée mademoiselle. Depuis combien de temps Gracieuse n’était-elle pas rentrée dans cette maison ? Trois mois ? Six mois ? Entre les deux, probablement. Et le domestique semblait croire qu’elle ne reviendrait plus : grave erreur ! Surtout qu’elle savait qu’elle était toujours la bienvenue dans cette maison.

Tilun les installa dans le salon richement décoré, de meubles en marbre ou en verre. Un immense miroir prenait la place de tout le mur, en face d’elle, et Gracieuse fit poser son pied sur la table à Alaia, pour aider au retour veineux. Elles n’attendirent pas longtemps, car quelques minutes plus tard un homme de haute stature, aux épaules carrées et aux cheveux savamment décoiffés entrait dans la pièce, un immense sourire sur les lèvres.


- Gracieuse ! La plus belle ! Comment vas-tu ? Que me vaut le plaisir de cette visite ?

Gracieuse sourit à l’homme, puis son regard tomba sur Alaia.

- Je vais bien, moi. Judth, voici Alaia, mon apprentie. Je dois t’avouer que ma visite est totalement intéressée ! dit-elle dans une moue provocatrice. Elle s’est fait mal à deux rues d’ici, et je sais que normalement Thomm est là, tu crois qu’il pourrait regarder ça ?

Sans se départir de son sourire – comme si rien de lui faisait plus plaisir que d’avoir Gracieuse chez lui – Judth salua Alaia d’une légère courbette, en lui soufflant qu’il était enchanté, avant de porter son attention sur son pied sur la table, puis sur Gracieuse.


- Cela aurait été avec plaisir, mais il vous faudra attendre demain : il s’est rendu à Ondiane avec son dernier patient, parce  qu’il ne parvenait pas à faire le nécessaire pour une personne qui s’est coupé la jambe elle-même.

Il se tourna vers Alaia, un sourire toujours sur les lèvres.
Il semblait être le plus heureux du monde, mais Gracieuse savait parfaitement pourquoi… Et la suite le lui confirma.


- Restez donc ici pour lafin de la journée et la nuit. Thomm devrait arriver demain dans la matinée. Cela vous permettra de vous reposer un peu !

Son regard brillant n’échappa pas à Gracieuse, qui battit des cils vivement, jouant avec les émotions de son hôte comme un chat l’aurait fait avec une souris.

- C’est très gentil ça ! Je pense qu’Alaia a besoin de repos, en effet, confirma-t-elle en tournant la tête vers l’intéressée. N’est-ce pas ?

- Parfait ! Je vais demander à faire couleur deux bains, dans ce cas ! Deux bains brûlants, cela vous dit ?


Gracieuse hocha la tête, captant le regard de l’homme qui glissait sur la courbe de ses seins et de ses hanches, rit sous cape et tendit son bras à Alaia pour qu’elle l’attrape.


- Allez, jeune fille, viens, je t’emmène dans la salle de bain. Adressant un clin d’œil à Judth, elle ajouta : Je te retrouve juste après. Quelle salle de bain ?

- La blanche.

- D’accord.


Entraînant Alaia à l’étage, l’aidant à monter les escaliers, elle lui montra la salle de bain dans laquelle l’eau brûlante était déjà en train de monter.

- Allez, repose-toi, tu l’as bien mérité. Et vide ton esprit, je sens que tu es contrariée.

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C'est beau
Aller coupe coupe coupe moi les hanches
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C'est ça qui manquait tant à tes tableaux
Pas une moustache pour faire le beau
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Alaia Tendor
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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Jeu 19 Juin 2014, 15:56

Le soupire qui s’échappa des lèvres de Gracieuse lui fut mille fois plus douloureux que sa cheville qui commençait à s’engourdir. Humiliation suprême, elle dut même l’aider à marcher car sa cheville se dérobait fréquemment sous son propre poids. Ce devait être une entorse... Ce qui voulait dire plusieurs semaines d’immobilisation. La gorge serrée, la jeune femme se demanda avec effroi ce qui lui arriverait durant ces semaines : rester aussi longtemps ici lui semblait suicidaire, et repartir impossible...Même si leur destination était aussi proche qu’Ondiane. Pourtant, Gracieuse se dirigeait sans hésitation dans la ville, sachant visiblement très bien où aller dans ce genre de cas. Heureusement pour elle, leur destination n’était qu’à deux rues et il ne s’agissait pas de la prison... Mais plutôt d’une demeure immense – dont elles avaient foulé le toit, non ? – dont la porte ne tarda pas à s’ouvrir sur un homme aux cheveux poivre et sel et qui ressemblait tellement à son mentor qu’Alaia eut un instinctif mouvement de recul qui la fit chanceler. Mais le regard de celui-ci ne fit que glisser sur elle avant de rejoindre la silhouette de Gracieuse.

- Quoi, tu ne me reconnais pas, Tilun ?

]- Euh, si si, mademoiselle. Entrez, je vais chercher monsieur.


Au moins n’avait-il pas appelé la garde... Le fait de découvrir que son maitre n’était pas mariée ne surpris qu’à moitié Alaia qui ne s’était jamais interrogée sur la vie privée de Gracieuse – après tout ce n’étaient pas ses affaires – mais elle ne l’imaginait pas attachée à une maison. Alors pourquoi ce regard de la part du dénommé Tilun ?
Si celui-ci ne semblait pas apprécier la présence de la jeune femme, il ne se fit pas prier pour les conduire dans un salon dont un seul mur aurait suffit à sa famille pour vivre confortablement pendant dix ans. La pièce écrasait la jeune apprentie par son luxe ostentatoire, mais son maitre semblait s’y sentir comme chez elle et lui prit la cheville de force pour la mettre sur la table qui lui faisait face, un geste si familier qu’un doute s’insinua dans l’esprit d’Alaia....
Quelques minutes plus tard, celui qui devait être le propriétaire de toute cette richesse entra dans la pièce, tout aussi imposant que son intérieur dans lequel il se mouvait avec orgueil. Le regard possessif et brillant qu’il posa sur son maitre la fit se tendre et détourner les yeux vers un meuble en verre tel qu’elle n’en avait jamais vus.

- Gracieuse ! La plus belle ! Comment vas-tu ? Que me vaut le plaisir de cette visite ?

Ces simples mots eurent pour effet de confirmer ses pires craintes et de la faire s’agiter, ce qui attira l’attention sur elle... Ce qui la fit rougir jusqu’à la racine des cheveux.

- Je vais bien, moi. Judth, voici Alaia, mon apprentie. Je dois t’avouer que ma visite est totalement intéressée ! dit-elle avec un regard qui était tout sauf innocent. Elle s’est fait mal à deux rues d’ici, et je sais que normalement Thomm est là, tu crois qu’il pourrait regarder ça ?

Son sourire dominateur fit s’hérisser les poils de la nuque de la jeune femme, qui eut soudainement envie de disparaître au fond d’un trou de souris – qui n’existait sûrement pas dans une maison pareille.

- Cela aurait été avec plaisir, mais il vous faudra attendre demain : il s’est rendu à Ondiane avec son dernier patient, parce  qu’il ne parvenait pas à faire le nécessaire pour une personne qui s’est coupé la jambe elle-même.

Cette phrase avait été prononcée avec tant de naturel – était-ce son imagination qui avait placé un soupçon de rire dans la voix de cet homme ? – que, blessée ou non, elle avait une soudaine envie de fuir. En prison, au moins, les gens étaient un minimum sains d’esprit. Etait-ce la richesse qui avait fait perdre à cet homme tout sens commun, tout respect envers la vie et al souffrance d’un homme ? Elle jeta un regard presque suppliant à Gracieuse qui, elle, faisait du charme à cet homme... Et réciproquement.
Pourquoi avait-il fallu qu’elles s’arrêtent dans cette ville ?

- C’est très gentil ça ! Je pense qu’Alaia a besoin de repos, en effet, confirma-t-elle en tournant la tête vers l’intéressée qui aurait donné tout ce qu’elle avait sur elle – ce qui se résumait à pas grand-chose – pour se trouver très loin de cet endroit. N’est-ce pas ?

Elle ne réussit à lui répondre que par un sourire crispé, mais leur ôte avait déjà décidé pour elles et s’exclama d’un ton enjoué.

- Parfait ! Je vais demander à faire couleur deux bains, dans ce cas ! Deux bains brûlants, cela vous dit ?

Puisque l’histoire avait décidé de s’écrire sans elle, elle se contenta donc d’éviter de laisser ses émotions transparaitre – ce qui était impossible avec des yeux aussi expressifs que les siens – et suivi Gracieuse sans une remarque, même lorsqu’elle apprit que cet homme avait plusieurs salles de bains. Alors que la plupart des familles qui vivaient entassées dans trois pièces, la caste la plus riche se payait des palais et regardaient ceux qui les entouraient mourir de froid l’hiver... sans doute avec une joie morbide. Pour quelle autre raison restaient-ils dans une ville aussi pauvre et éloignée de la capitale sinon ? Soudainement, dormir ici lui semblait être une très mauvaise idée...

- Allez, repose-toi, tu l’as bien mérité. Et vide ton esprit, je sens que tu es contrariée.

*C’est le cas de le dire ! *
Ne pouvant décemment se permettre de répondre, la jeune femme se contenta d’une grimace qui, à la base, devait former un sourire. Heureusement, Gracieuse ne tarda pas à sortir, sans doute pour retrouver... l’homme de la maison ; et Alaia put détendre ses muscles noués dans un bain délicieusement chaud. Cette pièce était, comme toutes les autres, décorée avec un goût poussé du luxe et méritait bien son nom de « blanche ». Le marbre qui composait le sol était d’une teinte ivoire très pure, tandis que les meubles en verre étaient surmontés de miroirs et d’onguents dans des petits pots d’un bois ouvragé à merveille – et, dans ce domaine au moins, elle s’y connaissait.

Alors qu’elle fouillait les lieux du regard – à défaut de pouvoir marcher – en profitant du premier bain chaud depuis... de son premier bain vraiment chaud en fait – on toqua à la porte et elle approcha sa main de sa lame, réflexe de ces récents entrainements, avant de dire d’une voix qu’elle voulait ferme mais qui montrait bien sa suspicion.

« Entrez ! »

La jeune femme qui entra, tête baissée, apportant sur un plateau d’argent une série de petits pots qui devaient contenir des savons et des crèmes, et une assiette où étaient disposées des pâtisseries qui lui donnèrent l’eau à la bouche, était la jeune sœur d’Aodren, elle en aurait mis sa main au feu. Elle entendit sa voix sans comprendre les mots, abasourdie et tétanisée : que devait-elle faire ? La renvoyer de telle sorte à ce qu’elle ne lève pas les yeux ou compter sur son amitié avec son frère pour la questionner sans qu’elle la dénonce ? Le silence qui durait depuis quelques secondes semblait la mettre mal à l’aise, et entrainait trop de risques pour que l’apprentie puisse les prendre. Tournant s’enfonçant un peu plus dans l’eau en tournant son visage, elle s’efforça de se composer la même attitude que le maitre de maison et dit d’une voix sèche :

« Très bien, laissez-les ici et sortez »

Son cœur battait la chamade : elle comptait sur la gène qu’elle lisait dans tout le corps de la jeune femme pour la dissuader de rester et le futur lui donna raison puisqu’elle entendit distinctement le tintement du métal sur le sol et la porte qui se fermait. Après une longue minute, elle tourna doucement le visage et soupira de soulagement en constatant qu’elle était seule. Ses muscles se détendirent et elle se laissa doucement submergée par l’eau chaude, profitant de chaque instant où elle le serait encore pour réfléchir furieusement sans se préoccuper de son corps.
Fouillant sa mémoire, elle tenta de se rappeler de ce qu’Aodren lui avait dit sur sa petite sœur. Elle était sa cadette de cinq ans, assez frivole, et avait tendance à fuir les ennuis comme la peste. Maintenant, elle se souvenait que le jeune homme lui avait dit, quand ils s’étaient retrouvés à la fin de leur apprentissage, qu’elle avait été embauchée dans une grande maison, comme aide de chambre. Son ton était amer, et son visage crispé : il était clair que la situation ne lui plaisait pas... Pourquoi ? Sa jeune sœur était une très belle femme en devenir, et, avec les regards que le maitre de maison avait porté sur Gracieuse, elle ne se posa pas la question très longtemps...

Un long frisson parcourut son échine lorsqu’elle sortit tant bien que mal de la baignoire, et elle s’empara d’une serviette pour frictionner fermement son corps fourbu : elle ne devait pas penser à Gracieuse, celle-ci s’en sortait sans doute très bien... Contrairement à son incapable d’apprentie qui immobilisa sa cheville à l’aide d’un tissu avant de sautiller douloureusement vers l’assiette qu’elle ramena miraculeusement intact sur la table de chevet avant de s’allonger pour reposer sa cheville. Ôtant le linge, elle constata qu’un hématome couvrait l’articulation et grimaça : c’était bien une entorse. Elle ne connaissait pas le niveau de ce Tomm, mais elle espérait qu’il serait suffisant pour lui éviter des semaines de convalescence : elle était arrivée depuis une heure à peine et sursautait déjà à chaque pas qu’elle entendait dans le couloir, redoutant plus que tout au monde de voir entrer la sœur de son meilleur ami.
Car elle n’avait toujours pas trouvé comment elle allait se débrouiller de sa présence : elle n’avait rien à lui offrir contre son silence, ne l’avait même jamais vraiment connue puisqu’elle en gardait l’image d’une petite fille craintive qui préférait rester chez elle avec sa mère que venir jouer avec eux... A peine l’avait-elle entr’aperçue lorsqu’elle raccompagnait Aodren chez lui, autant dire qu’elle avait déjà de la chance de l’avoir reconnue.
Laissant son regard errer sur le mobilier extraordinaire, elle se demanda avec douleur comment les évènements allaient tourner... Son cœur battait plus vite à la pensée de son ancien meilleur ami, et l’idée de le contacter par l’intermédiaire de sa sœur lui était plus douce que les draps sur lesquels elle reposait...

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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Ven 20 Juin 2014, 09:46

Oui, Gracieuse avait bien senti le malaise d’Alaia, qui n’était plus tout à fait le même que lorsqu’elles étaient rentrées dans la cité. Elle avait vu le regard effarouché qu’elle réservait à Judth, voire carrément effrayé, telle une proie devant un prédateur. Pourtant, l’envoleuse savait parfaitement que l’homme ne tenterait aucune approche de la jeune fille, et pour cause : il ne lui avait adressé que quelques regards de quelques secondes, histoire de rester poli et de ne pas avoir l’air de trop la négliger, mais son attention était restée braquée sur elle-même.

Un petit soupir s’échappa de ses yeux alors qu’elle s’enfonçait un peu plus dans l’eau brûlante de son bain, mouillant sa nuque et ses cheveux. Ses muscles se dénouèrent presque instantanément, et quand quelqu’un frappa à la porte, elle émergea pour observer la jeune femme qui entra.
Cette dernière semblait perturbée, elle aussi, tête baissée, menton rentré, regard fuyant. Fronçant les sourcils, Gracieuse l’arrêta avant qu’elle ne franchisse la porte dans l’autre sens, délestée du poids de son plateau de nourriture.


- Attends !

La gamine s’immobilisa, et se tourna avec une lenteur exagérée. Gracieuse pouvait voir ses yeux écarquillés malgré son visage baissé, et elle plissa les yeux.


- Qu’est-ce qu’il se passe ?

- Rien madame.

- Oh, pas de chichis, hein. Tu es passée voir Alaia ?


Cette fois-ci, la gamine ne put retenir un mouvement de surprise, et leva les yeux vers Gracieuse, qui arbora un sourire triomphant.


- Tu la connais c’est ça ?

- Je… euh… non, pas bien. Je n’étais pas sûre que c’était elle, jusqu’à ce que vous disiez son nom.

- Mmm ?

- C’était la meilleure amie de mon frère.


Ah. Ceci expliquait les regards à la dérobée que lançait Alaia dans toute la ville. Mais pourquoi était-elle partie ? La veille, elle avait senti le poids d’un immense chagrin sur les épaules de la jeune femme… elle n’avait pas toutes les pièces du puzzle, mais cela viendrait. Elle était sans doute trop curieuse, et aurait dû attendre que l’apprentie lui dise la vérité, mais elle décida à cet instant précis qu’elle allait faire sa petite enquête, une fois revenue à l’Académie.


- Tu es encore là, toi ? Sors, dépêche-toi.

La gamine jeta un regard éperdu à Gracieuse, qui capta une frayeur dans ce dernier. Elle eut un imperceptible mouvement du menton, et cligna des paupières, pour faire passer son message. La fille fit de même, et sortit sans un mot de la salle de bain.
Judth posa son regard sur Gracieuse, et l’envoleuse sentit clairement son regard brûlant sur elle, alors qu’elle était dans le bain, dans son plus simple apparat.


- Tu lui fais quoi, à cette gamine ?

L’air avide qui était dessiné sur le visage de l’homme se figea, et soudain la surprise lui lissa les traits. Il eut un petit mouvement du menton, et s’assit sur le rebord de la baignoire, le regard dans le vague.

- Oh, rien de bien méchant. J’ai besoin qu’elle soit consentante.

- Laisse tomber. Trouve-lui une autre maison, et trouve-toi un mec pour faire son boulot.

- Oh, et pourquoi je t’écouterai ?

- Parce que si tu ne la congédies pas ce soir, tu n’auras rien du tout !


Il l’observa un instant, se demandant sans doute si elle était capable de lui résister. Et Gracieuse ne put s’empêcher d’avoir un sourire cynique sur les lèvres, car il ne savait pas de quoi elle était capable. Il sembla s’en apercevoir, poussa un soupir, et se leva du bord de la baignoire pour ouvrir la porte de la salle de bain.

- Libun ? S’il te plait, prépare les valises de la gamine, mets-lui trente pièces d’or, et fais-la sortir. Après, tu trouveras un homme à tout faire.

- Bien monsieur.


Même de l’intérieur de la salle de bain, Gracieuse entendit la surprise dans la voix du valet, et un petit sourire entendu étira ses lèvres.
* Parfait *



ф ф ф


Gracieuse quitta les draps de Judth délicatement, sans le réveiller.
Elle regarda la boule de ses vêtements sur le sol, et haussa les épaules, avant de se lever souplement pour avancer dans la maison endormie. La lune était haut dans le ciel, la nuit en était au moins à sa moitié, peut-être un peu plus.
Se glissant telle une ombre entre les meubles en pierre, en marbre et en verre, elle arpente les couloirs jusqu’à trouver la chambre où Alaia dormait.

Un sourire étira ses lèvres, et elle poussa la porte sans bruit, pour entrer dans la pièce.
Observant son apprentie dormir, elle glissa l’une de ses mèches derrière son oreille, souffle d’air sur la joue de la jeune fille.
Souffle d’air.



ф ф ф


Thomm arriva alors que Gracieuse et Alaia prenaient leur petit déjeuner dans le salon.
Libun leur avait amené des pâtisseries et viennoiseries des cuisines, qui sentaient cette odeur de beurre doré si délicieuse. Du lait, du café, une table entière de victuailles se dressaient devant elles, et Gracieuse ne put conseiller qu’une seule chose à son apprentie :


- Profite !

Judth était parti tôt le matin, juste avant que le soleil ne se lève, trouvant Gracieuse assise sur le rebord de son lit. Il lui avait demandé ce qu’il se passait, mais elle ne lui avait absolument rien répondu, se contentant de hausser les épaules et de se lever elle aussi.

Mais alors que l’envoleuse finissait son croissant et son café, la porte d’entrée claqua, et elle adressa un clin d’œil à Alaia.


- Je crois que notre sauveur est là. Thomm ?!

- Oho, je connais cette voix !


Se levant souplement, Gracieuse accueillit le guérisseur en le serrant dans ses bras, et lui planta un baiser sur la joue.

- T’as pas changé dis-moi.

- Toi non plus. Ou si, mais en bien.


Riant, Gracieuse tira l’homme vers la table où Alaia déjeunait, et lui expliqua :

- Nous sommes arrivées hier, et Judth nous a dit que tu rentrerais ce matin. Alaia, ici présente, s’est faite mal à la cheville, tu penses pouvoir y faire quelque chose ?

Thomm hocha la tête, et s’approcha de la jeune fille en souriant.

- Je peux voir ? Oh, ce n’est pas bien grave. Je peux même réparer ça pendant que tu manges.

Un soupir de soulagement passa les lèvres de Gracieuse.

- Oh, merci beaucoup.

- Tu devrais faire attention, son corps est en train de lui dire stop.


Haussant un sourcil, Gracieuse observa son apprentie quelques secondes, et finit par hocher la tête :

- D’accord.

La jeune fille s’était pas mal débrouillée jusque-là, mais pour que Thomm lui dise que son corps la lâchait, c’était qu’il y avait des signaux qu’elle ne savait soit pas interpréter, soit qu’elle ne voulait pas entendre.
Gracieuse penchait pour la seconde solution.
Elle n’allait pas pouvoir la noyer sous les exercices, donc, elle devait la ménager. Et elle aurait le temps de penser à ce qui la rendrait triste.
Peut-être n’était-ce pas une chose si mauvaise, en fait !



ф ф ф


Le soleil était haut dans le ciel, quand elles arrivèrent devant l’immeuble délabré.
Un petit sourire étira les lèvres de Gracieuse, et elle entraîna Alaia à sa suite, dans les couloirs où toutes les portes étaient fermées, même si toutes les pièces étaient abandonnées.


- Tiens, dit-elle en lui donnant deux épingles. Tu as deux épingles pour déverrouiller toutes les portes de ce couloir. Le plus vite possible ! Il faut être rapide, et efficace.

C’était un exercice qui ne sollicitait pas trop sa cheville, qu’elle devait ménager pendant les quatre prochains jours.
Croisant les bras sous sa poitrine, Gracieuse observa l’apprentie, un sourire aux lèvres.

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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Dim 22 Juin 2014, 10:50

-Aodren! Aodren réveille-toi!

Mylla avait été à la fois surprise et soulagée d’apprendre qu’on l’avait renvoyée. Surprise car elle ne pensait pas que le pouvoir de cette femme soit si grand sur son ancien maitre, soulagée car la vie commençait vraiment à être infernale en ces lieux. Elle qui s’était obligée à rester pour continuer à fournir sa paie à sa famille – elle-même n’en avait pas besoin puisqu’elle logeait sur place -, elle vivait cette liberté retrouvée comme une délivrance, surtout qu’elle ne revenait pas les mains vides. Tout au long du trajet qu’elle avait parcourut en courant – car, si elles ne valaient pas Al Far, les rues d’Al Vor pouvaient s’avérer dangereuses pour une jeune fille seule la nuit -, elle n’avait cessé de serrer la bourse qui contenaient les trente pièces d’or – plus d’une année de salaire ! – qui allaient leur permettre de passer l’hiver sans problème, et de lui trouver un meilleur parti que ce riche pervers. Mais ce n’était pas le plus important...

- Mylla?fit-il d’une voix endormie avant de se redresser, surpris. Mylla ? Mais qu’est-ce que tu fais là ? Il t’est arrivé quelque chose ? Que je suis content de te revoir !
 
Dès qu’il avait ouvert les yeux, il l’avait saisie et dévisagée avec attention pour s’assurer qu’elle n’était pas un fantôme avant de la presser contre sa poitrine. Il avait toujours été très protecteur envers elle, surtout depuis qu’il était revenu de son apprentissage et avait perdu Alaia. Presque tous les jours, il s’arrangeait avec son employeur pour avoir ses heures de libres quand elle était au marché et discutait avec elle, lui apportait son soutien... S’il avait tout abord grincé des dents en apprenant ce qui se passait là-bas, l’exhortant à démissionner, une dispute plutôt violente avait conduit à ce qu’il cesse de la démoraliser et devienne pour elle un soutien indéfectible.

-Tu ne t’es pas enfuie j’espère, fit-il en fronçant les sourcils avant qu’elle n’ait eu le temps de parler. Tu sais que je ne t’obligerai pas à y retourner, ricana-t-il, mais si tu dois partir, autant préparer tes affaires maintenant.

Le rire frais et calme de sa sœur résonna dans la pièce, plus précieux à ses yeux que les pièces qu’elle étala sur le lit dans un tintement sonore. D’une voix pressante, elle lui raconta rapidement l’arrivée des deux inconnues – dont elle avait saisie quelques brides dans les cuisines avant qu’on ne lui commande deux bains – dont sa sauveuse et...

-Mais tu ne devineras jamais qui était la seconde personne..

Et, en effet, le jeune homme se serait attendu à tout sauf au nom que forma les lèvres de sa jeune sœur : que diable Alaia venait-il faire ici, si tôt après... le drame. Certes, il était soulagé de la savoir en vie, et visiblement protégée par une femme qui avait du pouvoir dans la région – qui était-elle ? Mylla ne l’avait vue que rarement, mais elle ne travaillait là-bas que depuis un an -, mais surpris aussi, extrêmement surpris qu’elle accepte d’être à nouveau sur les terres qui avaient vues grandir et mourir toute sa famille. La gorge serrée, il tenta de se rassurer en se disant qu’elle n’avait sans doute pas eu le choix – où le maitre va, le serviteur n’a rien à dire – et pria sa jeune sœur de ne pas dévoiler cette dernière nouvelle à qui que ce soit.



Les draps étaient trempés de sueur et ce n’étaient pas les fenêtres fermées pour protéger la pièce de la fraicheur de cette nuit de début d’hiver qui allaient calmer la jeune femme. Le corps brûlant et agité malgré sa faiblesse physique, la jeune Alaia se battait contre elle-même dans une lutte inégale où elle ne voyait aucune échappatoire. Contrairement aux autres nuits où elle s’était endormie comme une massa, littéralement épuisée physiquement et moralement par son entrainement, le confort et l’inquiétude qui étaient nés depuis quelques heures avaient définitivement abattu ses barrières et elle se retrouvait de nouveau devant une maison en flammes. La ville qui avait accueillie ses plus heureuses années était en train de reprendre cette vie et cette joie à la jeune femme.
Pourtant, une caresse fraiche arriva au milieu de la nuit, décolorant les yeux suppliants de sa sœur en dégageant son visage trempé de sueur et de larmes. Elle hoqueta, comme un nageur en manque d’air qui retrouve enfin la surface et cherche à vider l’atmosphère de son air salvateur, et s’accrocha désespérément à ce vent de fraicheur qui venait étouffer les flammes qui rongeaient sa nuit.

Le soleil vint la cueillir dans son lit moite le lendemain, et elle ouvrit un œil vitreux, peu reposée par cette nuit qui n’avait fait qu’exacerber la douleur dans tout son corps. Le bandage dont elle avait entouré sa cheville pour la maintenir en place n’avait pas été très efficace et, une fois encore, elle dut sautiller sur un pied pour retrouver la salle de bain où elle se passa de l’eau fraiche sur le visage. Son regard tomba alors sur les crèmes parfumées qui attendaient sagement dans des petits pots et une idée lui vint...
Elle trouva un pot dont la pâte rouge et poisseuse adhérait bien tout en dégageant une odeur minime et dissimula sa trouvaille parmi ses vêtements de rechange, tout au fond de son sac. Elle doutait que les serviteurs aient l’audace de retourner ses affaires et, ainsi, cela lui assurait de ne pas partir sans. Alors qu’elle aurait voulu rester dissimulée dans sa chambre le plus possible afin d’éviter de croiser Mylla, Libun vint frapper à sa porte pour l’inviter à petit déjeuner et elle n’eut pas le courage de dire non. Son corps n’était pas reposé et réclamait de l’énergie, sans quoi elle ne pourrait suivre Gracieuse.
L’alléchante odeur des victuailles l’accueillit dans la salle à manger où une table débordante de pâtisseries attendait les convives. Elle salua son maitre d’un signe de tête et d’un murmure avant de s’asseoir discrètement, soulagée de ne pas avoir à supporter une fois de plus la présence du propriétaire de toute cette richesse. Gracieuse, visiblement pleine d’entrain, lui répondit par un « - Profite ! » qui acheva d’abattre sa retenue et elle se servit sans remords, goûtant à tout ce qu’elle ne connaissait pas – donc à une grande moitié des plats – sans se priver. Alors qu’elle sirotait distraitement une tasse de lait chaud tout en lorgnant un croissant du coin de l’œil, un homme d’âge mûr entra, précédé de peu par l’annonce de son maitre.

- Je crois que notre sauveur est là. Thomm ?!

- Oho, je connais cette voix !


Ne sachant pas comment réagir face à la conversation joyeuse et complice qui se déroulait, Alaia se contenta d’abandonner la chasse aux croissants et tâcha de se faire la plus discrète possible, ce qui lui fut impossible à partir du moment où Gracieuse la désigna et qu’il commença à s’occuper de sa cheville. N’osant pas continuer à manger alors qu’elle était objet de son attention, elle s’immobilisa et continua à être spectatrice de leur conversation.
Rougissant jusqu’aux oreilles sous le regard de feu de son maitre qui fit remonter en elle une vague de culpabilité dont elle se serait bien passée, elle passa le reste du repas matinal à détailler la nappe ornée de motifs complexes. Ces derniers jours, en effet, elle avait poussé son corps dans ses derniers retranchements en faisant tout pour détourner ses pensées de ce paysage familier – car toutes les collines se ressemblaient  à ses yeux – et le stress et la fatigue qu’elle avait accumulée dernièrement avaient fini par montrer des traces. Heureusement que ce rêveur était là...
La jeune femme était finalement à peine étonnée que son maitre ait des contacts parmi tous les cercles de la ville et de ses environs, car elle semblait si à l’aise partout que l’Empire entier semblait être son village natal.


Aodren se plaqua contre le mur en voyant la porte d’entrée de la demeure indiquée par sa sœur, laissant couler quelques longues secondes avant de jeter un œil sur les deux silhouettes qui, sac sur l’épaule, saluent leur hôte avant de partir vers les bas quartiers. Un frisson hérissa sa nuque en constatant de ses propres yeux que la jeune femme aux cheveux couverts d’un foulard bleu foncé était bien Alaia. Malgré toutes ses précautions, elle ne pouvait changer le bleu si particulier de ses yeux où des nuages d’inquiétude s’amoncelaient. Le fait qu’elle marche derrière la femme aux formes soulignées par sa tenue de cuir confirma au jeune homme qu’elle la suivait, mais le fait que le maitre porte ses propres affaires laissait suggérer un rapport plus complexe que le simple asservissement d’un domestique. Dans quelles affaires sa tendre amie était-elle encore allée se fourrer ?
Désireux d’en savoir plus, il la suivit comme son ombre, perdu dans la foule qui commençait à envahir les rues, et tâchant de détourner l’attention des gens qui la connaissaient assez pour la reconnaître. Son attitude fuyante lui montrait assez qu’elle n’était pas là de gaieté de cœur et avait pleinement conscience du danger, mais elle dut plus d’une fois son salut aux interventions de son ami d’enfance. Un salut, et le tailleur tournait la tête dans la direction du jeune homme pour lui répondre amicalement ; une pierre, et le potier se retrouvait à jurer devant sa marchandise abîmée – ruiner ainsi le travail d’un autre artisan lui faisait mal au cœur, mais c’était pour elle... - ; quelques piécettes de cuivre, et la maraichère qui lui faisait les yeux doux depuis que la concurrence avait disparue lui accordait toute son attention. C’est ainsi qu’il suivit les deux femmes jusqu’au bâtiment désaffecté – mais pas forcément désert – qui semblait être leur destination, et le jeune homme se plaça à proximité de la fenêtre d’une des pièces pour jeter un œil à l’intérieur, avant de se glisser dans la pièce froide et nue et de plaquer son oreille contre la porte, tâchant de deviner au son où se dirigeaient les deux femmes. Heureusement pour lui, le bois mité laissait très bien passer les sons en provenance du couloir.



Alaia attrapa les aiguilles que lui tendaient son maitre et répondit à son sourire encourageant par une ébauche discrète de grimace confiante. Le couloir dont elle lui parlait comportait six portes, trois de chaque côté, de modèle identique si l’on se fiait au bois, mais deux serrure étaient visiblement plus récentes que les autres – et donc sans doute différentes. Faisant rouler l’outil entre ses doigts, la jeune femme s’agenouilla devant la première et prit une grande inspiration pour remettre sur le devant de sa mémoire sa courte expérience en la matière. Le nombre réduit d’aiguilles l’incitait à agir précautionneusement – plus que rapidement – pour ne pas les casser, et elle sonda l’intérieur du trou. Celle-ci était à peine plus complexe que celle qui menait au toit, et fut parfaite pour dérouiller la jeune femme qui tâtonnait. Gravant mentalement l’image qu’elle percevait par le biais de ses antennes de métal afin d’être plus efficaces sur les portes suivantes, l’apprentie commença à essayer de faire tourner sans un sens ou dans l’autre chaque partie de la serrure qui lui semblait indépendante. Au bout de cinq minutes sans résultat probant – une partie a basculé mais ce n’était visiblement pas suffisant – elle prit le risque de tordre une épingle pour accéder au fond d’un creux et là, victoire, le « clac » plus sonore que les autres qu’elle attendait tellement se fit entendre et elle put pousser la porte. Adressant un demi-sourire plus large à son maitre, elle ne perdit pas de temps et se dirigea immédiatement en face où la serrure, d’après ses fioritures, était identique. Un rapide examen intérieur le lui confirma et les dix minutes qu’elle avait passées sur le premier obstacle en devinrent rapidement deux, et elle ne regretta pas le temps qu’elle avait passé sur la première pièce. A la moitié des portes arrivèrent les deux différents, qu’elle sauta pour déverrouiller celle du fond, de risque que les serrures suivantes ne l’obligent à tordre différemment ses aiguilles, mais elle y revint rapidement et se remit au travail.

 
Sourcils froncés par la concentration, Aodren était complètement perdu. D’après ce qu’il entendait, les deux femmes étaient en train d’ouvrir les portes du bâtiment, mais il n’’en comprenait pas l’intérêt. Ce n’est que lorsque les cliquetis se firent entendre dans la serrure de la porte qui le séparait du reste qu’il comprit qu’elles n’avaient pas les clés. Et qu’elles crochetaient les serrures... Complètement perdu, il tentait d’imaginer – sans succès – le concours de circonstance par lequel Alaia était amenée à crocheter une serrure. Resté immobile durant de longues minutes, il ne prit conscience du danger que lorsque le premier « clac » retentit et se précipita vers la fenêtre qu’il escalada avant de se plaquer contre le mur sous l’ouverture, n’osant pas bouger un sourcil tout en espérant de toutes ses forces qu’aucune des deux n’aient une soudaine envie de prendre un bol d’air frais...


Cette serrure là était en effet pensée différemment, et comportait trois creux qui lui étaient inaccessibles sans tordre ses aiguilles et où, malheureusement, se trouvaient les enclenchements. Si celui du milieu ne lui posa aucun souci particulier, demandant juste à bien viser l’encoche qui devait normalement accueillir la clé, les deux autres refusaient de tourner  malgré tous ses efforts et ses sondages, et elle avait peur d’appuyer plus fort et de risquer ainsi de les casser. Elle se mordit les lèvres, rechignant à appeler Gracieuse à l’aide alors qu’elle l’avait déjà contrainte à changer son programme sportif à cause de sa stupide blessure. Se penchant à nouveau sur le problème en retenant un soupir. Évidemment, elle ne pourrait pas constamment rester au niveau le plus bas : progresser nécessitait d’affronter des difficultés et elle devait le faire seule, sans quoi elle gênerait toujours son maitre. Elle tenta donc différentes combinaisons, essayant de pousser le cran du milieu dans un second tour ou de contourner les obstacles de peur qu’ils ne cachent les véritables enclenchements. Au bout de longues minutes, elle fut prise d’une soudaine inspiration et tenta de tourner les deux en même temps, ce qui lui demandait une certaine attention pour ne pas les bloquer ou les casser et poussa un petit cri de victoire en entendant le claquement qui retentit. Retirant délicatement les deux aiguilles, elle poussa la porte avec une certaine fierté et, alors qu’elle allait se relever, elle s’immobilisa : quelque chose n’allait pas...

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Gracieuse Dûbudchev
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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Lun 23 Juin 2014, 11:09

Depuis qu’elles étaient sorties de la maison de Jutdh, Gracieuse avait senti qu’elles étaient suivies. Plusieurs fois, elle avait vu la silhouette de ce garçon se dessiner, et elle le surveillait du coin de l’œil, pour savoir ce qu’il voulait réellement. Quelque chose lui disait qu’il connaissait Alaia, et qu’il attendait quelque chose d’elle, en tout cas qu’il voulait la voir. Et lui parler, évidemment, sinon il ne les aurait pas suivies.

La jeune fille mit un certain temps à déverrouiller la première serrure,mais les autres furent bien plus rapides, quand elle eut compris que les verrous étaient les mêmes, ou sensiblement les mêmes. Cela alla très vite, et Gracieuse entendit clairement un souffle derrière la porte à droite du couloir, qui restait à ouvrir. Alaia commença par l’autre, et l’envoleuse tendit l’oreille. Un grincement sur le parquet lui indiqua également que le garçon était dans la pièce d’à côté, et qu’il devait s’être caché en comprenant qu’elles allaient arriver.

Un petit soupir d’exaspération passa ses lèvres.
Mais l’apprentie ne sembla rien remarquer, et continua à crocheter la serrure, pour finalement y parvenir, avec une certaine fierté dans le regard. Gracieuse hocha la tête, et s’immobilisa, un sourire mi-figue, mi-raisin sur les lèvres : ah, enfin ! Elle avait remarqué qu’il y avait quelque chose dans la pièce.

Sauf que la pièce en elle-même était vide, et les deux meubles qui y étaient disposés – une table et une armoire ouverte – ne permettaient pas de s’y cacher. Le regard de l’envoleuse se posa sur la fenêtre, ouverte, et un sourire triomphant étira ses lèvres.

En trois pas, aussi légers que l’air, elle fut à la fenêtre. Parfaitement silencieuse, elle se pencha au-dessus de la balustrade, et découvrit en effet un corps recroquevillé contre le mur. Un petit sourire moqueur étira ses lèvres, et elle ne put résister à l’envie de lui tapoter contre le dos pour qu’il se redresse.
Il sursauta, et elle ne put s’empêcher de lâcher un petit rire.
Sautant souplement hors de la chambre, elle se plaça directement devant le jeune homme, les poings les hanches, un sourire joueur sur les lèvres, et leva les yeux vers le garçon, puis vers Alaia.

- Je pense que vous vous connaissez, tous les deux, puisque ce garçon nous suit depuis ce matin. N’est-ce pas, Alaia ?

Elle souriait, parce qu’elle allait peut-être en savoir un peu plus sur son apprentie, et parce qu’elle était fière de pouvoir surprendre et le garçon, et la jeune fille.
Cela mettait un peu de piment, tout ça !


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C'est beau
Aller coupe coupe coupe moi les hanches
Au pinceau bleu en fines tranches
Si tu es sage je tombe le haut
Botero
C'est ça qui manquait tant à tes tableaux
Pas une moustache pour faire le beau
Si tu es sage je monte le dos »





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Alaia Tendor
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MessageSujet: Re: Groupe Nudii - Cours n°2   Mer 25 Juin 2014, 15:39

Un soupir, un regard insistant, Gracieuse était agitée et ce n’était pas normal. La grimace qu’elle lui adressa lorsqu’elle tourna enfin un regard interrogateur dans sa direction le lui confirma : quelque chose n’allait pas. Mais quoi ? Si Gracieuse faisait cette tête, c’était qu’elle attendait qu’elle le trouve par elle-même, alors elle devait y arriver. Des meubles vides, une fenêtre cassée, ... Alors qu’elle détaillait chaque coin de la pièce, son regard tomba sur des traces de boues encore luisantes d’humidité, juste derrière la porte. Elle esquissa un sourire, même si elle était certaine que ce n’était pas ce genre de détail qui aurait du la mettre sur la voie – après tout on ne détecte pas les traces de boue à travers les portes – et suivit son maitre qui, de sa démarche féline, avait traversé la pièce vers la fenêtre et le sourire carnassier qui étira ses lèvres juste avant un cri horrifié montra bien combien elle s’amusait de la situation. D’un bond que beaucoup d’écureuils lui auraient envié,

[- Je pense que vous vous connaissez, tous les deux, puisque ce garçon nous suit depuis ce matin. N’est-ce pas, Alaia ?

La tête d’Alaia, à la fois surprise, effrayée et soulagée aurait suffit pour cette déduction. Celle-ci dévisageait Aodren avec la même peur qu’il avait dans le regard en posant les yeux sur Gracieuse. Il n’y avait qu’une chose à faire : fuir.
Cette réaction était aussi inutile que stupide : il l’avait vue, il l’avait même suivie, sa sœur lui avait sûrement dit qu’elle était chez ce noble répugnant ; mais, en posant son regard sur lui, elle avait retrouvé toute l’horreur de cette nuit qui désormais hantait les siennes, et les souvenirs heureux qu’ils avaient partagés ne faisaient que contraster cette noirceur, la rendait plus insoutenable encore. Le cri de surprise qui avait suivi son geste désespéré avait été repris à l’infini dans l’écho des pièces vides, tout comme les bruits de course. Elle devait sortir d’ici. De cet immeuble. De cette ville.
Même si courir n’était pas la meilleure des choses à faire en termes de discrétion – d’autant plus que la cheville encore fragile la faisait grimacer à chaque pas –, elle ne pouvait s’en empêcher. Sans même prendre le temps de récupérer son sac qui trainait toujours au sol, elle s’engouffra dans les ruelles qui encerclaient le bâtiment, courant au hasard des embranchements.

Son visage était trempé de larmes et son fichu avait été emporté par le vent lorsqu’elle arriva près de la rue principale. Essoufflée, la cheville douloureuse, elle s’arrêta pour s’appuyer contre le mur d’une demeure qui portait des traces récentes de brûlures. Ses vêtements et la moitié de son visage se couvrirent de suie, ce fut sans doute ce qui empêcha le garde de la reconnaître les quelques secondes qui lui durent nécessaires pour retrouver ses récents réflexes. Lorsque la main énorme s’était abattue sur son épaule dans un cliquettement d’acier, elle avait étranglé son souffle dans sa gorge et s’était retournée d’un bond en se dégageant sans ménagement. L’énergie de la course brûlait encore dans ses veines, et ses mouvements fébriles la faisaient ressembler à une biche effarouchée. Après quelques instants de surprise, qui lui furent juste assez suffisants pour reconnaître sous son casque de cuir le garde de la porte sud qui la saluait tous les matins autrefois – que faisait-il là ? Il avait sans doute été réquisitionné pour sillonner les rues qui devenaient dangereuses ces derniers temps – avant de passer sous sa garde.
Dans sa seconde peau de métal et de cuir, l’homme lui semblait maladroit, si bien qu’elle n’eut aucun mal à esquiver son bras tendu vers elle pour reprendre sa fuite, le cœur battant : avant la fin de la nuit, toute la ville saurait qu’elle était de retour.
Qu’elle idiote...

Le vent fit sécher ses larmes. Elle était sur un toit : que faisait-elle là ? Elle se souvenait vaguement de quelques prises humides et d’un tonneau vide... Aucune importance. Des rues en contrebas montait la clameur d’une ville vivante où chacun vaquait à ses occupations. Des odeurs de viande fumée envahissaient l’air, sans qu’elle ne ressente la faim qui commençait à agiter son estomac. Sans qu’elle ressente la douleur dans sa cheville. Sans qu’elle ressente la fatigue dans ses muscles. Sans qu’elle ressente autre chose qu’une peine immense qui la fit se recroqueviller sur les tuiles chaudes et les tremper de ses larmes.

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