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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]

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Papillon Til'Maavon
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MessageSujet: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Mer 26 Fév 2014, 00:01

J'ôtai une dernière feuille de mes cheveux.
La jungle d'Hulm avait été réellement étouffante.
Mais ce n'était pas la principale raison pour laquelle j'en étais partie en courant, sans m'arrêter jusqu'à en être sortie, et même jusqu'à avoir trouvé une présence humaine. La fin de mon apprentissage avait brisé quelque chose en moi. Mais je n'étais pas blessée, non, juste déboussolée, oui, c'est cela : j'avais perdu tous mes repères. Un monde bien trop grand s'ouvrait sous mes pieds, et il ressemblait à s'y méprendre à un gouffre...

Je regardai un instant la petite feuille.
Elle me rappela une autre rencontre, celle de la première envoleuse que j'ai rencontrée, qui m'avait même défendue contre un brûleur, avant de me montrer la direction du Domaine. Il s'en était passé des choses, depuis. Beaucoup, trop pour que je me prenne à tout retracer en détail : entre les différents cours dispensés par Dolce et, entre ces derniers, mes propres voyages, ces trois dernières années s'étaient révélée denses en histoires de toutes sortes.

Et certaines dont je n'avais aucune envie de me rappeler.
Après être sortie de la jungle, je ne m'étais pas dirigée vers le Domaine.
J'avais passé les montagnes de l'est par une passe déserte et vallonnée. Quasi-paradisiaque. L'envie de s'arrêter pour y réfléchir fut forte, mais l'envie d'avancer, de ne pas rester bloquée ici en ascète, l'envie aussi... d'être en contact avec d'autres êtres humains, furent les plus fortes. Cela ne m'était encore jamais arrivé, de ressentir ce besoin-là. Au cour de ma vie, j'avais plutôt eut tendance à fuir les gens plutôt qu'à les chercher.

Et là, je m'étais posée sur une rive du Pollimage, près de l'Arche.
Loin des humains et à la fois proche d'eux... délicate insociable sociabilité.
Comme si je pensais ne pas être capable de retourner au Domaine des envoleurs avant d'avoir terminé cette sorte de "voyage intérieur" –peut être plus important encore que celui, le dernier de mon apprentissage, que je venais de parcourir avec Dolce. C'était une bonne idée qu'il avait eut, finalement, de ne pas avoir prit les chevaux. Ainsi, je pouvais prendre mon temps.

Du temps.
Cela faisait longtemps que je n'avais pas... prit le temps.
De ne rien faire, de ne penser à rien. Ou plutôt, de me concentrer, de me demander ce que je voulais réellement. C'était tout de même étrange, pour moi, de me rendre compte que j'avais des pensées étrangères à ma logique interne habituelle, j'avais toujours cru que c'était un truc idiot, de s'attarder sur ses pensées, ses choix, sa vie. D'habitude, je préférais de loin vivre l'instant présent.

Mais pas aujourd'hui.
J'avais désespérément besoin de réponses, avant de pouvoir reprendre un semblant de vie "normale", ou tout du moins, la vie normale d'une envoleuse. Car j'étais réellement envoleuse à présent. Libre. Incroyablement, totalement libre. Je fermai un instant les yeux. Cela faisait plusieurs mois que Dolce nous l'avait dit pour la première fois "vous êtes des envoleuses à présent". Mais c'était la première fois que je commençai à comprendre et cerner ce mot.

Envoleuses.
Voleuse de vie... mais pas seulement.
Envoleuse est aussi synonyme de liberté. Cependant, cette liberté si revendiquée, maintenant qu'elle m'investissait toute entière, j'avais... j'en avais un peu peur...

Elle était trop avide, trop absolue.
Elle me mettait devant un gouffre en m'enjoignant de sauter.
Et je n'avais ni le droit d'hésiter, ni celui de reculer. Je soupirai avant d'ôter une racine à la forme indéfinissable de ma tignasse, à présent à mi-chemin entre tressée et dénouée –quoique dénouée reste un bien grand mot appliquée à ma chevelure.

Je levai les yeux vers l'Arche.
Ce pont qui me surplombait d'au moins une centaine de mètres.
Construction aérienne des dessinateurs, elle devait évoquer la grâce, l'harmonie entre l'eau, les rives et le ciel, mais elle ne réussissait à m'inspirer qu'une certaine lassitude. Les hommes se croient libres car ils ferment les yeux pour ne pas voir leurs barreaux. Ils bâtissent des constructions aériennes pour se sentir plus près des oiseaux qui sont à leur sens le synonyme de la liberté, mais ils sont aussi incapables de se libérer de leurs chaînes que, s'ils étaient libres, de le rester.

Je continuai à regarder l'Arche fixement.
Sans vraiment le regarder, mais sans totalement laisser divaguer mes yeux, puisque le pont était largement au-dessus de leur ligne d'horizon. Pendant ce temps, mes pensées naissaient, se développaient, se brisaient, s'entrechoquaient sans limites mais dans le chaos le plus parfait.

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Nuhadu Darkmoon
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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Mer 26 Fév 2014, 00:56

De grands yeux surpris, effrayés, écarquillés. Pouvait-on imaginer visage plus décomposé que celui de Nuhadu à ce moment ? A ce terrible moment où il comprenait que c'était trop tard.. Que la chute n'était plus évitable. Même avec le meilleur équilibre du monde, le choc avait été trop violent, trop inattendus.
L'avait-on.. Ce n'était pas la question, il devait s'accrocher à quelque chose, sauver sa vie, appeler son insolente chance. Mais même alors qu'il jetait sa main en arrière, il n'espérait pas attraper quoi que ce soit, il n'y avait que lui pour se pencher sur le bord de l'Arche, personne ne pourrait le sauver. Personne ne se risquerait à être entraîné.
Son ventre se serre et la gravité lui semble soudain mille fois plus terrible et ses doigts ne font que déchirer l'air.

C'était donc ça la fin ? C'était donc là tout ce que valait son histoire ? Mourir d'une telle chute ?

*J'ai déjà fait un tel saut, j'ai déjà affronté et le vent et l'eau, je les ai déjà aimé, je les ai déjà rejoins. Où est la différence ?*

Il avait beau s'exhorter, le courage ne voulait plus venir à lui. La différence était trop évidente, qu'importe le vent, qu'importe les fleuves qu'il a connu, le Pollimage était seigneur et serait son saigneur. Jamais une goutte d'encre n'aurait pu entacher sa gloire, jamais un Homme ne sera accueilli en son sein. Fut-il même marchombre, fut-il même chanceux, fut-il même vaillant. A la fin, on dira qu'il fut et l'on n'y ajoutera plus rien.
Ne serait-ce donc pas son dernier moment ? Cette interminable chute et pourtant sans échappatoire, était-elle le moment de se souvenir et de regretter ?

Regretter de n'avoir jamais revu ses parents, de ne leur avoir jamais montré l'homme qu'il était devenu ?
Regretter de n'avoir jamais dit à Roy combien il admirait et le respectait malgré que leurs voies étaient si distinctes ?
Regretter de n'avoir pu profiter assez de Lacrya.. De ne pas avoir su en profiter assez.
Regretter de n'avoir pas rendu Kishi à l'Académie ? Abandonné dans ce village, a qui sera-t-il livré ?
Regretter.. De mourir comme un pleutre ? Jamais !

Qu'importait l'inévitable, qu'importait l'impossible. Il était fier d'être un marchombre, fier d'avoir accompagné Libertée jusqu'à ce sablier. Fier d'avoir échappé aux facéties du destin tant de fois. Il avait toujours eut la tête haute, défié la mort de face et accepté de la rejoindre. Il aurait bien sûr préféré mourir dans un combat, comme Roy le souhaitait pour lui même, ou de la main de Lacrya, au moins son cœur aurait-il été libéré de ses doutes. Ici, ni gloire, ni dernier baiser ne l'attendait, mais ce n'était qu'une raison de plus de lutter.

Un dernier bras d'honneur au destin était de mise ! Une dernière démonstration de ses convictions.
Une belle et ultime preuve de panache ?

L'homme tombait, il ne pouvait que tomber, la gravité était sans appel et le Polimage n'était plus qu'une immense et chaotique gueule béante, n'attendant que lui.
L'homme tombait, droit, les bras tendus sous sa tête, comme on le lui avait appris, comme s'il espérait percer la vorace surface sans encombre. Comme s'il ne faisait que plonger dans un lac, comme lorsque son maître était près de lui.

Sa dernière pensée revint à sa première rencontre avec Lacrya, avec la stupide noyade dont-il avait failli être victime, et il ne put s'empêcher de sourire tristement à ce dernier et beau souvenir.

L'homme allait toucher la surface, quand une imposante vague se referma sur lui.
Quand la nuit vint l'engloutir.

Ainsi, il méritait au moins une fin.

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Papillon Til'Maavon
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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Mer 26 Fév 2014, 02:49

Les nuages succédaient aux nuages.
Mes pensées succédaient à d'autres. L'eau du fleuve continuait de lécher mes orteils.
Une orbe de pensées, plus nostalgiques que les autres, m’emmena vers mon enfance. Cela faisait bien longtemps que je ne m'étais pas simplement... baignée. Non pas immergée, comme pour passer une rivière sans gué, ou pour satisfaire les velléités d'entraînement de Dolce, mais comme ce que je faisais, étant enfant, sur les plages de l'océan du sud chaque fin d'été, après la moisson.

Il faisait bon pour la saison, mais pas assez pour que les gens aient envie de piquer une tête. Et de cela, j'étais parfaitement aise. Je préférais passer pour une originale que me faire bousculer par un nageur maladroit, voire sur le point de se noyer. À vrai dire, je détestais cela, les gens qui ne savaient pas nager. C'était tellement naturel pour moi, que je ne pouvais pas comprendre les gens qui n'y arrivaient pas ou qui –pire !– avaient peur de l'eau.

Me débarrasser de mon armure de cuir ne prit qu'un instant.
L'instant d'après, les remous du fleuve mi-indolent –car immense–, mi-menaçant me prenaient par les chevilles, les genoux, la taille et les côtes, puis par les bras et les épaules. Mais c'était l'une des premières leçons d'un envoleur. Savoir se jouer des éléments, ou s'en faire des alliés, s'approprier leur centre et voler leur force. Éventuellement pour s'en servir contre autrui.

Mais, en l’occurrence, je n'avais pas d'ennemis sur qui déverser cette force colossale.
Et je n'en avais pas besoin. Je fermai les yeux quelques secondes. Cela ne valait pas les vagues parfois furieuses de l'océan, mais qu'est-ce que ça faisait du bien ! Je plongeai à la fois sous l'eau et dans mes souvenirs les plus doux, flous, les plus vieux souvenirs de mon enfance. Mon rythme cardiaque se ralentit, mes mouvements se réduisirent au minimum et mon cerveau se mit en mode "pilotage automatique".

Mes yeux le captèrent dès les premiers mètres de la chute.
Mais il fallut un peu plus de temps à mon esprit pour l'assimiler.
Un homme tombait... de l'Arche ! Était-ce un suicide ? Un accident ? Un meurtre ?
Quel malade pouvait bien avoir envie de mourir en sautant d'aussi haut –pour être sûr de ne pas se rater, peut être– ? Quel crétin pouvait se rapprocher assez du bord pour tomber par inadvertance ? Et quel lâche laissait faire un gouffre à sa place, au lieu de planter un poignard dans le cœur de sa cible ?

Je suivis un instant le chute des yeux, à la fois étonnée et incrédule.
Jusqu'à ce que, sortant de mon indolence, je me mette en mouvement. D'accord, je tuais souvent des gens, mais ma méditation ne pourrait être reprise dans de bonnes conditions après avoir vu quelqu'un mourir, alors autant tenter de le sauver. En plus, quelqu'un pourrait me regarder en ce moment précis, ce ne serait pas une bonne idée de montrer trop d'indifférence au sort d'un être humain, même inconnu. Il paraît que c'est ce que font les gens normaux.

Je nageais vers le point de chute.
Ma vie d'humaine post-chaotique me semblait si loin...
Presque un rêve –et c'était bien ce que j'avais fait en me rappelant mon enfance : rêver. L'homme n'était plus très loin de la surface, une vingtaines de mètres à peine, et du choc terrible et inévitable de son corps avec l'eau. De ce que j'avais vu, il n'était pas tombé du milieu de l'Arche, j'avais donc une chance relative de le récupérer avant que les trombes d'eau déplacées par sa chute ne le happent et l'entraînent avec elles vers les profondeurs.

Je piquai un sprint en crawl.
J'étais encore trop loin du point où il toucherait l'eau.
Quinze mètres. Encore un peu trop loin. Dix. Ça devrait aller...
Cinq. Quatre, trois, deux, un...

Mon cœur battait bizarrement dans ma poitrine, comme s'il voulait s'en échapper.
Mais c'était sans doutes à cause du sprint un peu trop long que j'infligeais à mes muscles. Soudain, mes pensées cessent. Une gerbe d'eau immense éclate. Menace de me submerger. Je ne me débats pas contre elle et au contraire plonge sous la surface. L'eau n'est pas limpide, loin de là, mais je distingue une silhouette non loin, entourée d'une galaxie de bulles, d'immenses à minuscules.

J'attrape le corps inerte, l'agrippe comme si c'était ma vie qui en dépendait.
Et me propulse vers le haut en me servant de mes jambes, de mes sens et en retournant la formidable puissance du fleuve contre lui. Nos deux têtes crevèrent enfin la surface. Mécaniquement, je me mis dans son dos, passai une main sous son aisselle et posai sa joue contre la mienne pour le maintenir hors de l'eau tout en nageant vers le bord.

Il me fallut plusieurs minutes pour arriver sur la rive puis nous y hisser.
Plusieurs minutes pendant lesquelles il pouvait mourir, je le savais. Et je n'avais pas envie qu'il meurt tout de suite. Si je l'avais extirpé des mâchoires du fleuve, ce n'était pas pour qu'il meurt sur la rive, cela n'aurait servit à rien et n'aurait plus aucun sens. Je collai mon oreille sur ses lèvres, cherchant un souffle, même infime.

Mais rien.
Je déchirai sa chemise, prise par l'urgence.
Maladroitement, je posai mes mains en bas de sa cage thoracique.
Merde... ma mère me l'avait montré, mais... c'était il y a longtemps, et je n'avais pas vraiment eut l'occasion de m’exercer depuis, ayant plus tendance à tuer qu'à sauver. Je m'échinai sur les poumons de l'homme jusqu'à le voir se recroqueviller de côté pour cracher l'eau qu'il restait dans ses poumons –heureusement en petite quantité.

J'expirai longuement, sentant un soulagement inattendu m'envahir.
Mais quelle idée il avait eut, cet imbécile, de plonger les bras réunis devant lui ?
Il s'était enfoncé de plus de sept mètres, et tête la première, encore ! Cela ne m'étonnerait pas qu'il se soit déchiré les tympans, et il a de la chance d'avoir encore des cervicales ! Non mais je vous jure...

Une visite chez les rêveurs s'imposait.
Même si je détestait l'atmosphère qui régnait dans les monastères, je ne pouvais faire autrement que de l'y emmener si je voulais toujours qu'il survive. Et puis... Je jetai un coup d'oeil de part et d'autre. Et puis comme personne ne le cherchait ou ne faisait mine de venir voir comment il allait, j'imagine que je pouvais en conclure qu'il voyageait seul.

C'était bien ma veine.
Mon dernier espoir de le voir sortir de ma vie aussi rapidement qu'il y était entré venait de s'éteindre. Je haussai les épaules. Au moins ne risquait-il pas de parler beaucoup, ainsi, je pourrai continuer ma méditation. Du moins l'espérais-je.

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Nuhadu Darkmoon
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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Jeu 27 Fév 2014, 07:11

Au commencement, tout n'était que ténèbres.
Ténèbres et douceur infinie. Une douce chaleur berçait son corps, comme une étreinte qui lui promettait l'éternité. Comme un rêve qui aurait du toujours durer.

Et puis, vint la lumière.. et la douleur.
D'un seul coup elle l’étreignit de toute part, le faisant se recroqueviller, lui donnant l'envie de hurler. Mais il ne le pouvait pas, cela se coinçait dans sa poitrine, une poitrine douloureuse, et remontait dans sa gorge. Finalement, il toussa, si fort que son corps en était ébranlé et qu'il en souffrait d'autant plus. De l'eau s'en fut de sa bouche et de l'air entra, le parcouru dans une intense brûlure.
Il avait si mal..
Les ténèbres étaient bien plus plaisantes et il y retourna presque immédiatement.
Profiter de leur chaleur, encore un peu. La douleur aurait tout le temps de s'en prendre à lui plus tard.


Les yeux d'un homme se sont ouvert sur une nuit d'encre piquetée d'étoiles. Quelle merveille, pensa-t-il en contemplant la voûte céleste. Qui avait pu peindre pareille toile, par quel miracle et en quel honneur ? Était-ce pour rendre honneur à cette reine solitaire qui brillait si fort à ses yeux ? Lune, belle et ronde, Lune blanche et lointaine. Il ne savait pourquoi, mais il avait l'impression qu'elle avait toujours été là pour lui, qu'elle se présenterait toujours à son regard.
Belle et argentée.
Un profond sentiment de détresse étreignit son cœur. N'était-elle pas trop loin ? S'il suffisait de tendre la main..

-Aaah..hnng

Il n'avait pas fait que le vouloir, il avait levé son bras dans le vain espoir de s'en saisir, mais il n'avait fait que tirer son corps hors de sa torpeur et lui rappeler son état déplorable. Son bras droit n'avait pu quitter le sol, à peine avait-il tiré dessus qu'il s'était mis à l'élancer sévèrement. Par tout les Raïs de la terre, que c'était douloureux. Et ce n'était rien, sa gorge le brûlait, ses côtés le piquaient et à tout cela s'ajouta rapidement une terrible migraine.
Pourtant, son cerveau marchait encore et il lui en était bien reconnaissant. Déjà, une rapide analyse de son état se commença, comme un réflexe tout naturel. Il lui semblait évident que ses os étaient en grande partie cause de ses maux, il devait y avoir quelques fractures de ses côtes à son bras. Ses muscles semblaient bien vouloir lui répondre, bien que lui arrachant des gémissements de douleur. En fait, il n'avait pas souvenir d'avoir été aussi mal au point.
Toutefois, l'analyse ne s'arrêta pas à son état physique.
S'aidant de son bras gauche, il se redressa maladroitement pour observer le lieu de sa convalescence. Un feu crépitait chaleureusement près de lui, une couverture était retombée sur sa taille et d'autres indices lui apprirent qu'il se trouvait dans un campement. Campement qu'il n'aurait pu monter dans son état. Il devait donc y avoir quelqu'un pour prendre soin de lui mais ce quelqu'un semblait ailleurs.
Mis à part le feu, la nuit régnait en douce et intolérante maîtresse. Les ombres paraient le monde et s'agitaient, pleines de mystères et de secrets. Profondes et impénétrables. Bien trop sombres. Son cœur se serrait d'inquiétudes irrationnelles. Les nuits avaient-elles toujours été ténébreuses ? C'était impossible, il était persuadé qu'elles ne l'étaient pas et la peur s'empara de lui.
Ce n'étaient pas ses nuits.
Pourtant, il n'arrivait pas à savoir quelles étaient ces nuits qu'il chérissait tant. Elles s'échappaient toutes à ses souvenirs. Il savait qu'elles n'étaient pas semblables, mais il ne pouvait dire en quoi.
De même, il n'avait ni souvenir de la manière dont-il s'était ainsi blessé, ni de la personne qui avait du monter ce feu de camps. En fait, plus il cherchait quelque chose pour s'y raccrocher, plus il s’apercevait de l'étendu de son ignorance.
Et le verdict de l'analyse tomba.


-Qui suis-je?

Il ne le savait pas. Son nom lui échappait, son passé lui était inconnu, sa vie toute entière venait d'être éparpillée en des lieux qu'il ne pouvait atteindre. Toute la douleur du monde n'était plus rien devant cette terrible révélation. Il était perdu. Définitivement perdu.
Et les ombres se faisaient toujours plus épaisses, profitant du déclin du feu de camps. Il pourrait le raviver, il savait comment, mais s'il ne savait pas pourquoi il le savait. Il n'en faisait rien, il ne le pouvait de toute façon. Même son bras épargné ne pouvait en faire trop sans lui arracher des larmes de douleur.
Et l'ombre s'étirait sans crainte, consumant lentement le peu de lumière qui lui était offert, rapprochant ses mystères, attisant ses craintes. Le jeune homme avait honte, honte d'être aussi effrayé qu'un enfant à l'idée de voir s'éteindre la flamme et honte de son état de totale inaction. Mais il ne savait pas d'où lui venait cette bouffée d'orgueil brisé, il ne pouvait le savoir, c'était juste en lui. De même, qu'il savait que quelque chose lui manquait, sans savoir quoi, sans savoir pourquoi.
Il ne savait pas qui il était, mais il savait qu'il n'était plus lui-même.

Et qu'il n'était plus seul.
Il sursauta presque sans raisons. Si, il y en avait une mais elle lui semblait bien peu de choses. Il avait cru entendre quelque chose. Certes, les choses ne manquaient pas, mais il savait que cette chose se démarquait des autres. C'était quelque chose qu'il n'aurait pas du entendre..
Il ne se comprenait pas. Il y avait forcément quelque chose qui clochait ! Comment pouvait-il faire des conclusions sans comprendre le moindre des indices qu'il avançait ?
Mais, malgré la douleur, sa main gauche se faufila jusqu'à sa hanche pour ne trouver que le vide. Ses yeux surpris observèrent celles-ci avec la plus grande suspicion du monde.
Qu'avait-il encore voulu faire ? Se saisir de quelque chose, il en était sûr. Une arme, à n'en pas douter. Mais quelle arme ? Il n'en n'avait pas, ou plus, sur lui.


-Je crois que.. j'ai besoin d'aide.

C'était un terrible fait. Quelque chose en lui enrageait à cette idée, comme s'il eut été préférable que jamais il ne s'abaisse à dire ces mots. Mais il fallait se rendre compte d'une évidence, il n'était plus capable de rien, si tant était qu'il su faire quelque chose un jour. Il avait besoin qu'on l'aiguille et qu'on l'aide.

-S'il-te plaît.

Ses derniers mots s'étaient brisés sur ce qui ne semblait être que le vide. Il y avait beau ne sembler y avoir personne, il n'arrivait pas à repousser ce qu'il avait ressenti plus tôt. Après tout, son corps était tout ce qu'il lui restait de son passé.

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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Jeu 27 Fév 2014, 14:12

Après cet instant de soulagement, je regardai autour de moi.
L'après-midi était passée, et la lumière, à l'instar du soleil, commençait à baisser.
Je regardai avec des sentiments partagés le jeune homme étendu sur l'herbe. Il dormait. Après avoir craché et toussé l'eau qui restait dans ses poumons, il s'était endormi. Je ne savais pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Devais-je le laisser dormir, au risque qu'il ne se réveille plus jamais ? Ou devais-je tenter de le tenir éveillé et l'empêcher de récupérer pleinement ?

Il décida pour moi.
Je tentai de le réveiller par tous les moyens à ma disposition...
...et n'arrivai à rien du tout. Même la claque je lui avais administré –en faisant attention à ses cervicales– n'avait eut aucun effet. Je haussai les épaules. J'avais fait ce que j'avais pu, s'il ne voulait pas se réveiller, tant pis pour lui. Mais cela voulait aussi dire que nous allions devoir passer la nuit ici.

En soupirant, j'enfilai de nouveau mon armure de cuir et déballai mes affaires.
Le lieu, exposé aux intempéries, assez loin de la ville pour que personne ne nous vienne en aide au cas où des bandits attaqueraient, et en même temps assez proche pour qu'un feu soit repérable était à mon sens le pire lieu pour dresser un camp, cependant je n'avais pas le choix, déplacer le jeune homme, en pleine convalescence, était encore plus dangereux.

Je pris une couverture dans mes affaires, et la posai sur lui.
Ce faisant, je remarquai qu'il était armé. J'hésitai une seconde, puis choisit de les ôter pour éviter qu'il ne se blesse si il se mettait à bouger dans son sommeil, ou si, revenu à lui, sa raison lui manquerait encore et qu'il décidait de m'attaquer. Certes, je savais me défendre, et dans son état il ne pourrait pas me faire grand mal, mais sait-on jamais. Je remis la couverture en place et rangeai les armes –deux superbes lames jumelles et un poignard– à côté de mon sac.

Puis je partis chercher du bois dans le bosquet d'à côté.
Je revins quelques minutes plus tard. Tout semblait normal, rien n'avait changé.
Il dormait toujours, figure paisible au milieu du chaos du monde et de mon esprit.
Je pris mon briquet à amadou et, quelques minutes plus tard, un feu flambait haut et fort. La nuit était, elle, réellement tombée cette fois. Sans couverture, je frissonnai un peu, mais j'avais déjà vu pire. Je m'installai confortablement, car vraisemblablement, j'allai passer la nuit ici.

Ayant peu envie de dormir, je tentai de nouveau de méditer.
Mais j'avais du mal, peut être à cause des émotions de la journée.
Je haussai les épaules pour moi-même, et me laissai simplement aller.
Une ou deux heures plus tard, je me réveillai soudainement. J'avais somnolé, mais je ne me souvenais plus de quoi j'avais rêvé. Le feu avait baissé, ne ressemblait plus qu'à un petit tas de braises muni de quelques flammes et une poignée de branches à-demi consumées.

Cela n'allait pas être facile, de chercher du bois dans le noir.
Je me maudis en songeant que je n'avais pas fait de tas de secourt, pas même une ou deux branches au cas où. Grinçant des dents, je me levai. Je jetai un dernier coup d'œil au dormant... il n'allait pas mourir maintenant, quand même. Par prudence, je choisis de ne pas trop m'éloigner, et me dirigeai vers le bosquet. Heureusement, la lune était ronde et haute, et aucun nuage ne se risquait à la cacher.

Quelques minutes plus tard, j'avais réuni un bon fagot.
Alors que je me baissai pour prendre une dernière branche, je relevai vivement la tête.
Un bruit. Venant du campement. S'est-il réveillé ? Est-ce le dernier râle d'un mourant ? A-t-on profité de mon absence pour s'en prendre à lui ? Arrivée à la lisière du bosquet, je le vis, essayant de se lever sur un coude. Échouant.

À le voir en cet état de faiblesse, une grimace tordit mon visage.
En général, à voir quelqu'un comme ça, j'ai plutôt tendance à l'achever qu'à tenter de le sauver. Je haïssais la faiblesse, chez moi comme chez les autres. Alors qu'avais-je donc, aujourd'hui, à jouer à l'infirmière ? Je haussai les épaules.

Je me fichais pas mal de savoir le pourquoi.
De toutes façons, dès qu'il sera remit, qu'il ne compte pas sur moi pour rester.
Un mouvement attira mon attention. Je le vis se relever alors que le bruit qu'avait fait une des branches dans mes bras était infime. Qu'est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ? Pour confirmer le fait que ce n'était pas qu'une impression, je le vis porter la main à son côté, là où je lui avais retiré ses armes. Je me mordillai la lèvre en réfléchissant. Un guerrier, et sans doutes bien entraîné, avec ça...

J'avais bien fait, finalement, de lui ôter ses armes, pour le moment.
Je m'aventurai jusqu'au camp, mis quelques branches dans le feu tout en le surveillant du coin de l’œil. Soit il était trop mal en point pour tourner la tête vers moi, soit il ne parvenait pas à voir où j'étais, tout en percevant une présence. Je manquai de sursauter quand une voix rauque déchira le silence rythmé jusqu'à présent par les crépitements du feu.

Je tournai la tête vers lui.
Oui, c'était bien lui qui venait de parler.
Je me rendis compte à quel point ces mots avaient dû lui coûter.
Non seulement physiquement, car dans son état il devait être difficile et douloureux de faire fonctionner poumons, gorge et tête afin d'articuler quelques mots, mais aussi mentalement. Je sais combien il m'aurait coûté, moi-même, de prononcer précisément ces mots-là. Il n'y eut aucune pitié dans mon regard, à peine une vague compassion, qui s'effaça aussitôt.

– Et qu'est-ce que je suis en train de faire, selon toi ?

Un sourire amusé étira mes lèvres, s'y accrocha.
Peut être sentait-il confusément qu'il avait besoin de plus d'aide ?
Il ne me semblait pas que je me sois encore résolue à lui en donner beaucoup plus.
Mais après tout, tout dépendait du type d'aide qu'il demandait.

– De quoi as-tu besoin ?

Le sourire n'avait pas bougé.
Je me rendis compte que dans tout ça, je n'avais pas pu méditer un seul instant, mais, souris-je, je trouvai tous comptes faits cela plutôt bien, finalement, d'avoir quelque chose à faire, quelqu'un sur qui veiller, s'occuper. Je me sentais importante, et même indispensable aux yeux de quelqu'un, et finalement, je trouvais ça plutôt bien. Ça m'évitait aussi de regarder le vide qui s'était ouvert sous mes pieds...

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Nuhadu Darkmoon
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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Jeu 27 Fév 2014, 15:24

– Et qu'est-ce que je suis en train de faire, selon toi ?

La voix était à côté de lui, ce qui était aussi étonnant que de découvrir une voix. Il y avait bien quelqu'un et avec une jolie voix de femme. Bien sûr, il aurait été bien en peine de dire ce qu'était une jolie voix, il lui semblait que la seule comparaison possible était la sienne et elle était aussi horrible qu'elle lui brisait la gorge. Mais au delà de cela, c'était une voix qui lui plaisait parce qu'elle était chaude et amusée et même la moquerie qu'il y percevait était agréable à entendre. Et puis, c'était une voix qui lui parlait familièrement, il y avait une chance pour que cette personne sache des choses sur lui.
Autant de raisons pour lui de sourire et de se rasséréner un peu. Il n'était pas tout seul.


– De quoi as-tu besoin ?

Il avait besoin de soins, sans doute de plus de soins qu'elle ne pouvait lui en offrir, d'informations sur son passé, de soutient.. et de compagnie. Il s'était bien rendu compte qu'amoindri comme il était, il devenait impressionnable par le plus petit des bruissement. Il n'était qu'un petit garçon effrayé par son ombre, mais s'il avait quelqu'un pour lui parler, ça irait mieux. On avait toujours moins peur à plusieurs, non ?
L'homme jeta un coup d'oeil de côté à la personne qui avait parlé. C'était une très belle jeune femme, il n'avait pas besoin de points de comparaison pour l'affirmer cette fois. Une jeune femme qui semblait aussi très débrouillarde. Cette fois encore il ne savait pas trop comment il en était arrivé à cette conclusion. Sans doute à cause de ses vêtements, une tenue de cuir qui semblait plus tenir lieu de protection qu'autre chose. Et puis, elle savait y faire avec le feu et elle était sûrement celle qui s'occupait de lui. Depuis combien de temps cela-dit ?
Il se senti désespérément gêné d'être un tel poids à cette pauvre femme. Était-il déjà ce genre de parasite avant ? C'était vraiment la dernière chose qu'il souhaitait entendre.

-Je.. J'ai visiblement besoin de beaucoup de choses, mais si tu veux bien qu'on parle un peu..

Sans doute n'était-il pas totalement dans le faux, car sa gorge se remettait un peu avec ces exercices. Elle brûlait toujours un peu, mais elle lui semblait moins brisée. En revanche, il n'y avait rien à faire pour cette douleur dans sa poitrine, respirer lui était pénible et le resterait sûrement longtemps.
Pour le moment, il pouvait au moins s'accrocher à quelque chose de plus réactif que le vide. Et ce même s'il se sentait particulièrement gêné de vivre au dépend de quelqu'un et pas mal aussi d'être en présence d'une ravissante créature. D'ailleurs, il eut un peu de mal à se lancer par la suite. Il avait peur de la vexer en lui disant qu'il ne la reconnaissait pas, se serait terrible si elle s'occupait de lui depuis longtemps. Et puis, il fallait avouer qu'il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il allait pouvoir dire.. Alors il pouvait poser toutes ces questions qui lui brûlaient la langue.. mais il en revenait à nouveau à avouer qu'il ne la reconnaissait pas..
Dans la situation où il était.. ne ferait-il pas mieux d'être franc ?

-Est-ce que.. l'on se connaît ? Je ne me rappelle pas de grand chose.. a vrai dire de rien. Je ne sais pas d'où je viens ni même comment je m'appelle.. Et je suis vraiment désolé de m'imposer à toi.

Ce n'était en effet pas très gentleman d'attendre de l'aide d'une dame, même s'il pouvait difficilement se permettre ce genre de frivolité. Était-il seulement un gentleman ? Il n'avait absolument aucun moyen de le savoir. Encore que sa propre mise n'avait pas l'air particulièrement luxueuse. C'était drôle, il était encore capable de jauger une personne aux vêtements qu'elles portaient, mais il n'arrivait pas à trouver quelque chose d'aussi naturel que son nom.

-Je suppose que je te suis redevable de beaucoup.. Et j'ai bien peur de n'avoir rien à offrir.. malgré cela, je risque d'avoir l'audace de mendier ton nom.. Si cela arrive, je supplie.. hum.. je suppose que j'allais supplier un quelconque personnage connu, mais son nom m'échappe.. je crois qu'il était barbu, ça doit mieux passer quand ils sont barbus.. Enfin, je supplies un barbu-quelconque  que tu ne t'offusqueras pas de mon manque de bonnes manières.

Il avait beau se sentir timide quelques instants plus tôt, il avait maintenant l'impression que parler était quelque chose de tout a fait naturel, voir de bien plus efficace pour noyer son embarras. Il n'avait qu'une question simple en tête et pourtant c'était un flot de bêtises qui en sortait. Il en vint même à sourire plus largement et à risquer un coup d’œil vers elle pour voir si elle se laissait prendre aussi.


-Après, je ne sais pas non plus comment tu t'offusques. J'ai l'impression que ça pourrait valoir le coup d'oeil. Je ne vois pas quelle expression serait capable de rendre ce visage disgracieux..

Silence gêné. Il semblerait qu'à trop se laisser aller, il pouvait empirer d'autant plus son embarras. A croire qu'il fallait savoir freiner un peu cette aisance qui l'a saisit.. D'autant que, ne savant rien de la jeune femme, il devait lui bassiner les oreilles à parler autant.
Mais il devait quand même reprendre la parole, juste un tout petit peu avec une voix fragile d'inquiétude.


-Donc.. tu as un nom?

Il en avait de toute façon un peu trop fait, sa poitrine s'était resserrée et il devait prendre le temps de respirer profondément pour calmer son cœur qui frappait à toute vitesse dessus. Il devait essayer de se mesurer un peu plus quand il parlait. Mais c'était sûrement quelque chose qu'il aimait beaucoup faire avant.

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Papillon Til'Maavon
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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Jeu 27 Fév 2014, 19:28

La réponse ne fut pas longue à venir.
Comme si il avait un réel et immense besoin de parler.
Ce qu'il confirma.

–  Je t'en prie. Je serais déjà partie si tu me gênais, souris-je, toujours amusée.

Puis il se mit à parler d'un vieux barbu tout en me demandant mon nom.
Je souris à sa blague, si c'en était bien une. En tous les cas, il semblait aller de mieux en mieux, ce qui était une bonne chose en soi. Plus vite il serait remit, plus vite j'en serai débarrassée. J'ouvris de grands yeux étonnés quand il commença à me faire du charme sans en avoir l'air. Mais c'est qu'il serait beau-parleur, lui ! Un noble...? Non, il serait mieux vêtu que ça... Un noble en fuite ? Il leva ses grands yeux pleins de l'inquiétude de me vexer ou de m'ennuyer, vers moi.

-Donc... tu as un nom?

J'eus un sourire.
Il était presque mignon, à être si fragile.
Sa voix n'était déjà plus si rauque, mais on sentait l'effort sous ses paroles.
Il devait souffrir. Mais le besoin de savoir était plus fort que la souffrance que parler lui infligeait. Je n'étais pas particulièrement compatissante envers cela. Il devrait savoir où s'arrêter. Quand parler lui ferait trop mal, il arrêterait, et se rendormirait. En tous cas, il aimait parler.

– Je m'appelle Papillon.

Hésitation.
Quelques secondes.
Puis...

– Mais... à vrai dire, moi non plus je ne te connais pas. Je suis désolée, je ne peux pas t'aider sur ce point.

Je me rendis soudain compte de l'absurdité de ma position.
Cet homme avait besoin de quelqu'un qui le connaissait pour retrouver ses souvenirs, et moi qui ne le connaissais ni d'Eve ni d'Adam, c'était pourtant moi qui m'occupait de lui... D'un autre côté, quelle idée, de tomber devant moi ! Je caressai un instant un doux regret : j'aurais sans doutes pu et dû le laisser se noyer... Quelle gageure que de s’apitoyer sur un banal humain ! Je me fis la promesse de ne plus jamais en sauver, même si l'un d'eux se noyait devant moi.

Mais son regard me fixait, s'attachait à moi comme à une bouée de sauvetage.
Un regard entièrement noir, aux yeux ourlés de longs cils ébène. De fines tresses, très nombreuses sur son crâne, encadraient un visage dont la peau métisse captait cependant la lueur de la lune... tout comme ses prunelles. On aurait dit le regard d'un chat. Comme eux, serait-il nyctalope ? Je secouai mentalement la tête. Quelle idiote je faisais, avec mes suppositions fantaisistes ! Jusqu'où irai-je ? Lui trouver des griffes et une queue de chat ? Mon imagination me jouait des tours, il faudra que je pense à la refréner.

En attendant, le pauvre semblait nager en pleine confusion.
Je soupirai, adoucie malgré moi, et tâchai de l'informer au mieux... ce qui, venant d'une personne qui ne savait rien de lui, consistait en peu de choses :

– Pour résumer... cet après-midi, j'étais en train de nager dans le fleuve qui est derrière toi, le Pollimage, quand je t'ai vu tomber du pont, l'Arche, tout là haut. C'était il y a une poignée d'heures tout au plus. Tu as fait une sacrée chute... tu ne t'en souviens pas ?

C'était à peu près tout ce qu'il s'était passé...
Ça et le fait que je l'avais sauvé. Je tentai de m'éclaircir la voix. Contrairement à mon interlocuteur, je parlais peu et rarement, préférant le silence, le chant des oiseaux, le souffle du vent, le hurlement des loups et le ressac de l'océan. Je soupirai, plaçai une dernière branche dans le feu, regardai la lune. La moitié de la nuit était passée.

– Tu ne te rappelles vraiment de rien ? Tu venais bien de quelque part, et pour aller autre part, sur cet Arche, non ? En tous cas, tu devais voyager seul, puisque personne n'est venu voir ce qu'il t'était arrivé...

Je me triturai un instant les mains, hésitante.
Je me demandai un instant si je faisais bien d'aider cet inconnu à retrouver ses souvenirs. Et si il était dangereux ? C'était un guerrier, tout en lui le clamait. Beaucoup de gens dans l'empire ne portaient pas les mercenaires du chaos dans leur cœur... et si il était en route vers le domaine, à la recherche de quelqu'un de précis ? Quelqu'un que je connaissais, voire... moi-même ?

Je me donnai mentalement une claque.
Ça va, Papillon ? Tu vas arrêter de faire ton théâtre maintenant ?
Tu as sauvé cet homme, tu ne lui dois rien, certes, mais tu ne vas pas le tuer sur un simple doute, de plus il ne se souvient de rien ! Et Dolce, Elya, à peu près tous ceux que tu connais, tous seraient capables de se débrouiller contre lui, surtout dans cet état. Et si jamais tu as des preuves de ce que tu avances, tu pourras toujours le tuer à ce moment-là.

Bon, très bien...


– À part ça... ta couleur de peau pourrait être un indice, non ? Tu n'aurais pas un parent faël, par hasard ? Et puis, tu as des tresses étranges. Ça doit bien te venir de quelque part.

Enfin, j'avais beau réfléchir, je ne voyais pas où, dans l'Empire, j'avais pu voir quelque chose qui ressemble à cette coiffure peu commune. Je haussai les épaules. Silence. Je détournai les yeux, mon visage était redevenu grave.

J'eus soudain envie de dire :
« De toutes façons, ce n'est pas mon problème. Dès que tu pourras marcher, je t'emmène chez les rêveurs. Après, tu pourras tracer ou retracer ton chemin. J'ai d'autres choses à faire que de m'occuper d'un amnésique. »
Mais, je ne sais pourquoi, je n'y arrivai pas.

Au lieu de cela, je dis simplement :
– Dès que tu seras en mesure de marcher, nous irons jusqu'au monastère de Fériane, là-bas, les rêveurs soigneront tes blessures.

Soudain, je me mis à regretter de ne pas avoir prit mon cheval pour ce voyage.
Vu son état, sans monture, on allait mettre beaucoup de temps à aller jusqu'à Fériane...

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Nuhadu Darkmoon
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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Ven 28 Fév 2014, 17:17

Papillon, quel nom inattendu. Bien sûr il ne pouvait pas s'en moquer, ne sachant même pas le sien, mais de là à porter le même nom qu'un insecte. Comment pouvait-il savoir ce qu'était un papillon sans même avoir pu en croiser un ? Ce serait comme douter de l'apparence d'un arbre ou d'une fleur, c'était juste impossible. Ces choses, il avait dû les voir durant toute sa vie, bien qu'il ne pu dire à quel point elle était longue. Comme c'est étrange, pourtant, de savoir tant de choses et de ne pouvoir mettre vraiment d'images dessus.
Malheureusement, il ne pouvait en apprendre plus de la belle rouquine puisqu'elle ne semblait pas le connaître. Il aurait été bien difficile de cacher sa déception, c'était effrayant de rester perdu ainsi, sans n’absolument rien savoir de ce qu'il était avant. Peut-être pas rien finalement, Papillon avait tout de même quelques informations à lui offrir, des détails qui lui en apprenaient long sur son état, bien qu'absolument rien sur son passé.
L'Arche lui échappait un peu, à part imaginer un grand pont, il ne voyait pas trop ce qu'il en était. En revanche, le Pollimage lui était familier et lui ramena une image plus précise à la tête : la carte de l'Empire. Il la revoyait, un peu floue, mais assez globalement. S'il était au bord du Pollimage et que l'Arche n'était pas loin, ça voulait dire qu’il ne devait pas être à plus de deux jours d'Al-Jeit. A une allure normale tout du moins, ce qu’il était loin de pouvoir tenir en son état actuel. Et même s’il s’y rendait, il doutait que l’on puisse grand-chose pour lui là-bas.
Se remettre de ses blessures était une chose, mais les dégâts semblaient surtout internes. Et malgré son savoir en miettes, il savait que cela n’était pas réparable sans séquelles. Plus il pensait à son état, plus il se demandait si la mort n’aurait pas été préférable. Ce qui était étrange.
Pourquoi l’idée de ne pas s’en remettre pleinement le révulsait-il autant ?

- Tu ne te rappelles vraiment de rien ? Tu venais bien de quelque part, et pour aller autre part, sur cet Arche, non ? En tous cas, tu devais voyager seul, puisque personne n'est venu voir ce qu'il t'était arrivé...

Elle disait terriblement vrai, toutes ces questions il se les était posées avant qu’elle n’arrive et il se les posait encore. Qui, d’où, vers où, pourquoi ? C’était là le seul but qu’il pouvait se fixer, mais il n’avait pas les moyens de l’atteindre. Déjà qu’il avait entraîné dans sa chute, et c’était le cas de le dire, la pauvre jeune femme, il ne pouvait pas lui en demander beaucoup plus. Il lui fallait juste trouver un endroit où essayer de se remettre, ou au moins essayer d’étouffer toutes ses douleurs.
Pour le moment, il n’osait pas le lui demander. Peut-être qu’il était à l’aise, sans doute un peu trop, pour débiter des banalités et des idioties, mais demander de l’aide lui était beaucoup plus douloureux. Pire encore, l’idée de paraître pitoyable l’insupportait et en même temps il avait vraiment besoin qu’elle daigne l’aider.

– À part ça... ta couleur de peau pourrait être un indice, non ? Tu n'aurais pas un parent faël, par hasard ? Et puis, tu as des tresses étranges. Ça doit bien te venir de quelque part.

Sa couleur de peau était inhabituelle ? C’est vrai qu’il ne s’était pas tant regardé jusqu’à présent, mais il avait une peau à croquer, en tout cas elle lui rappelait le chocolat. Quant à ses cheveux.. il n’y avait pas fait le moins du monde attention, mais ils pendaient en innombrables tresses autour de lui. Il voulut en attraper une, mais se souvint à temps que son bras droit n’était plus opérationnel du tout. Il ne doutait pas un instant qu’il fut droitier, il pensait toujours à ce bras en premier. Mais passer à l’autre ne lui paraissait pas tant gênant. Bien sûr, attraper une tresse et tirer dessus était le plus simple du monde et aussi étrangement familier. Cependant, il était prêt à se saisir de quelque chose avec cette même main, quelque chose qui aurait dû lui être rassurant et utile pour se défendre.
Pourtant.. il n’avait rien alors..
Quoiqu’il en soit, rien de tout cela n’avait beaucoup d’indices. Mais l’idée de la jeune femme n’était pas mauvaise. Il se souvenait de ce qu’était un faël, un petit homme à la peau sombre pensait-il. Il y avait de bonnes chances pour qu’il y ait quelques origines. Le pays Faël n’était toutefois pas proche du Pollimage. Et elle l’avait dit plus tôt, personne n’était venu à son aide. Donc personne ne l’accompagnait. Donc..
Pourquoi ce terrible vide dans son cœur ?

– Dès que tu seras en mesure de marcher, nous irons jusqu'au monastère de Fériane, là-bas, les rêveurs soigneront tes blessures.

Des rêveurs ? Qu’est-ce que cela pouvait bien être ? Le terme ne lui était pas inconnu, mais tout ce qu’il arrivait à en imaginer c’était un homme endormi. Cela devait relever d’autres choses, surtout qu’elle avait parlé de monastère et de soins. Il devait en plus s’agir de quelque chose d’assez connu vu comme elle en parlait. Combien de chose avait-il pu oublier ainsi ?
Plus important encore, ne venait-elle pas de s’engager à le soigner, en quelque sorte ? Elle lui avait déjà sauvé la vie, il lui était immensément redevable. Quoiqu’il fut, il était certainement le genre de personne à payer ses dettes, mais comment y parviendrait-il cette fois ?

*Si mon état s’améliore, je saurais la remercier.*

C’était une étrange pensée et sûrement prétentieuse. Mais au-delà de cela, c’était une conviction fermement ancrée en lui. Il en serait capable.
Pendant un instant où il glissa son regard sur la jeune femme, il eut l’impression de voir vraiment. Chaque détail s’ancra dans son esprit et  il était maintenant certain qu’il n’oublierait jamais sa sauveuse.
Toutefois, une pointe de doute assombri son regard et son humeur. Dire que l’espace d’un instant, il avait cru que la nuit s’était faite plus accueillante.

-Tu ne devrais peut-être pas m’aider. Je sais que ce n’est pas moral, mais je ne suis qu’un poids sur ta route. Je ne peux même pas dire si je l’aurais fait si nos rôles avaient été inversés, si je t’aurais sauvée, ou si je t’aurais lâchement laissée à ton sort. Je ne sais pas qui je suis et tu ne le sais pas non plus. J’ai besoin de toi.. mais tu n’as pas besoin de m’aider.. Alors pourquoi ?

Quelle étrange et horrible émotion. C’en était si écœurant qu’il en avait la gorge plus enrouée que douloureuse. Mais qu’avait-il à la fin ? La chance lui souriait de son plus beau visage, mais il commençait à se morfondre et à douter. Etait-il vraiment le genre de personne à ne penser qu’à elle-même ? C’était un risque, après tout il avait difficilement pu tomber tout seul de l’Arche si elle était si grande. Il devait y avoir une raison pour qu’on l’y pousse. Faisait-il bien de survivre ?

-Tu n’as pas à répondre. Tu n’as pas à avoir de raisons de me sauver ou du moins à m’en donner. Je n’ai que des mercis à t’offrir pour le moment, mais j’espère pouvoir trouver mieux plus tard. Je te le promets tout du moins.

Il parlait trop pour n’en souffrir que plus, sa gorge en avait assez et son corps aussi. Il avait beau n’avoir quitté sa léthargie que quelques poignées de minutes auparavant, il n’en restait pas moins épuisé. Ce que s’était éreintant d’être un poids.
Il avait juste besoin de s’allonger.
Peut-être avait-elle voulu lui répondre. Peut-être s’était-elle offusquée finalement.
Quoi qu’il en fût, il ne le sut pas. Les ténèbres avaient fini par le rattraper.

Et le bercer de leur douce chaleur.

Au matin, il eut la joie de la voir encore près de lui. Elle avait beau n’avoir aucune raison de l’aider, ça ne l’empêchait pas de le faire merveilleusement bien. Elle lui offrait à boire et à manger et l’aidait même à se relever. Il ne pouvait pas échapper à la douleur, mais c’était important que les choses avancent. Papillon était visiblement du genre à savoir s’en sortir et tant qu’elle l’accompagnait il était sûr d’arriver à destination. La destination était en revanche une toute autre histoire. Il n’avait pas la moindre idée d’où se trouvait ce monastère, mais lorsque Papillon lui en reparla, il était question de deux à trois jours. Le temps qu’ils mirent à atteindre le village jouxtant l’Arche, merveille que le poisson rouge n’avait que très peu envie d’observer étonnamment, était fortement décourageant. Ils n’avaient pas besoin de concerter pour savoir qu’acquérir au moins un cheval serait une fameuse idée. Toutefois, il n’osait pas le lui proposer, à son souvenir ils n’étaient pas donnés, loin de là. Ils allaient certainement devoir passer outre, mais c’était oublier l’insolente chance d’un certain jeune homme.

-Monsieur! Monsieur!

Ils n’avaient fait qu’approcher de l’écurie qu’un garçon se précipitait déjà vers eux en hélant la loque que Papillon aidait à marcher. Venait-il par inquiétude pour le tressé ou le connaissait-il ? C’est ce que ses propos leur apprirent très vite.
Visiblement, il n’était pas très apprécié que l’on disparaisse soudainement en oubliant de payer l’asile à son cheval. Hors, il n’était pas prévu que la bête passe une nuit dans l’écurie et il était question de frais supplémentaires aussi pour cette journée. Cela allait un peu vite et le jeune homme n’avait pas la moindre idée du cheval dont on parlait et inutile de demander soutient à Papillon, elle ne devait pas en savoir plus sur la matière. En revanche, ils avaient besoin d’un cheval, c’était une certitude.

-Eh bien, oui. J’en suis vraiment désolé. Je pense que je vais vous payer ça. J’ai sans doute laissé ma bourse à l’auberge..

Il avait dit cela sans réfléchir, mais en y repensant.. s’il avait laissé son cheval ici, n’y avait-il pas de fortes chances pour qu’il se soit arrêté à l’auberge du coin ? C’était là l’occasion de voir s’il n’y avait pas quelque chose ou quelqu’un pour l’aider à se souvenir. Et s’il y avait vraiment une bourse, ce ne serait pas une mauvaise chose. Ça éviterait que sa bienfaitrice paye tout pour lui.

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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Mar 22 Avr 2014, 14:31

Je me mis à fixer les flammes.
Il n'avait pas tord, mais je n'étais pas non plus à plaindre.

– Tu sais... en ce moment, je suis presque aussi déboussolée que toi...  Un cycle de ma vie s'achève, et j'oserai t'avouer avoir peur de l'allure et de la direction que prendra le prochain. En fait, je ne suis sûre de presque rien, mais ce que je peux te dire, c'est que je pense qu'en ce moment j'ai encore plus besoin de t'aider que tu n'as besoin de mon aide.

À la fin de ma tirade, je tournai la tête vers lui.
Surprise, je m'aperçus qu'il s'était endormit. Après un instant d'étonnement, un fin sourire se mit à éclore sur mes lèvres. Je me rapprochai pour étendre de nouveau sur lui la couverture qui avait glissé à sa taille. Évidemment, qu'il était fatigué. Et finalement, c'était peut être une bonne chose qu'il ne m'ait pas entendue.

Je frissonnai et me calai plus près du feu.
Bien que ce frisson ne puisse être imputable au froid ambiant.
Des pensées en apparence contradictoire m'habitaient : à la fois des pensées tendres, de protection, comme ce que je venais de faire, et à la fois des images de cette peau couleur chocolat... déchiquetée. Tachée de pourpre. J'étais une envoleuse, mais j'étais aussi, en quelque sorte, une sociopathe. Je le savais et, si je laissai souvent libre cour à mes pulsions, je n'avais pour une fois pas envie de gâcher cette belle nuit à les assouvir.

Je somnolai encore jusqu'au matin, refusant de dormir réellement, alternant veille, méditation, somnolence et un sommeil très léger, donc peu réparateur. Mais cela importait peu, en tous les cas moins que la sécurité du campement.

¤

Je me levai peu avant l'aube. Le soleil jetait des reflets roses sur les nuages bas.
Et jetai un coup d’œil sur le jeune homme qui dormait toujours, calme, le visage paisible dans le sommeil. Je me demandai un court instant s'il aurait le même visage si son cœur ne battait plus. Puis secouai la tête, sans arriver à ôter cependant le sourire que ces pensées soufflées par mes pulsions destructrices avaient fait éclore sur mes lèvres.

L'air de rien, je continuais à démonter le camp.
Je versai le contenu de ma gourde dans un bol en fer, pris une galette de niam dans mon sac, fis bouillir le tout avec quelques herbes et des bouts épars de pâté de termites, qui se dissolurent dans la mixture avec un parfum alléchant. Ben ouais, quand on n'a plus de quoi respirer, et presque plus de quoi parler ou penser, on n'a pas forcément de quoi mâcher. Dans le doute, je préférais éviter de l'étouffer. Je me serais sentie profondément stupide avec son cadavre sur les bras.

Une fois la "cuisine" faite, je jetai de la terre sur le feu pour l'éteindre.
Je l'entendis se réveiller avant qu'il n'ouvre les yeux. Sa respiration qui change de cadence, d'infimes mouvements qui se créent alors que ses muscles se réveillent... je me tourne vers lui avec un sourire. Malgré le peu de sommeil dont j'ai bénéficié, je suis de bonne humeur.

Je le laissai émerger du sommeil, puis l'aidai à se redresser, et à manger.
Je comptais lui laisser le temps de reprendre ses esprits et ses muscles avant de tenter de le relever, mais il voulait absolument se lever, et je ne cherchai pas à l'en dissuader. Bientôt, nous nous mîmes en route pour le bourg agglutiné au pied Est de l'Arche. Nous n'étions qu'à un jour d'Al'Jeit, deux en marchant à cette allure-là, mais encore à plus de trois jours de marche de Fériane... à une allure normale.

Et il était évident que dans l'état du jeune amnésique, nous n'allions pas aller aussi vite. De un, ça m'embêtait de devoir passer des semaines à le traîner sur la route, de deux, son corps n'allait certainement pas résister, et il mourrait probablement avant. Deux raisons qui semblaient justifier l'achat ou au moins la location d'une monture... ou le vol avec liquidation du propriétaire.

C'est drôle comme les morts ont tendance à moins se plaindre.
C'est alors que la voix d'un jeune garçon nous fit relever la tête dans un ensemble presque comique. Le garçon se mit à parler d'un air très contrarié au jeune homme, qui au vu de son expression, n'y comprenait rien. Je n'arrivais pas à comprendre comment un tel coup de chance était possible, mais il semblait que le jeune homme était très, très chanceux.

Chanceux d'être tombé du tiers du pont.
Chanceux que je me sois trouvée là, déjà dans l'eau.
Chanceux que j'ai décidé pour une fois de sauver quelqu'un.
Chanceux que j'ai réussit à l'attraper avant qu'il ne se noie, que je sache ôter l'eau des poumons d'un noyé. Qu'il ne soit pas mort dans son sommeil. Ni de blessures internes. Bref... d'une chance insolente.

– Il y a quelque chose que je ne comprend pas... Pourquoi avoir mit ton cheval à l'écurie, tes affaires à l'auberge, puis être allé sur le pont ? Tu comptais rester ici ? Tu avais prévu de voir quelqu'un ?

Quelqu'un qui aurait tenté de te tuer.
Le sous-entendu était aussi visible que des coutures en fil blanc sur un vêtement noir. Mais comme il n'avait pas été prononcé, je n'étais pas en tord. Nous nous dirigeâmes vers l'auberge, tandis que je le soutenais, son bras sur mes épaules, le mien sous la sienne, pour éviter qu'il tombe. J'avais mit mon sac sur une seule épaule pour ne pas frapper ses côtes, déjà cassées, avec. Je sais ce que vous vous dîtes, et croyez-moi, je m'étonnais moi-même de tant de précautions.

Nous passâmes la porte de la seule auberge du bourg.
Avisant quelques chaises, je le déposai sur l'une d'elles avant de me diriger d'un pas ferme et direct vers la femme d'un âge mûr postée derrière son comptoir. Je discutai avec elle quelques instants, et si elle eut l'air sincèrement bouleversée de l'état du jeune homme, elle n'hésita pas à me dire que, ne le voyant pas rentrer, ils avaient prit ses affaires, les avaient rangé dans un cellier et avaient loué la chambre à quelqu'un d'autre, car il y avait du monde hier soir.

Elle eut cependant la bonne idée de ne pas me réclamer de payement.
Sans doute le jeune homme l'avait-il d'ailleurs déjà payée. Je remerciai assez froidement la femme quand elle m'apporta le sac qu'il avait laissé hier, vérifiait en lui posant une question et en analysant l'expression de son visage qu'elle n'avait rien "oublié", puis me dirigeai de nouveau vers mon blessé, toujours assit.

– Aller viens, on passe prendre ton cheval et on s'en va, fis-je doucement.

De fait, nous retournâmes à l'écurie, il insista pour que je paye avec quelques pièces que je sortis de sa bourse –plutôt bien garnie–, et je pris la bride du cheval pour les emmener dehors. Le cheval avait un sale caractère, mais un sifflement et un claquement de langue plus tard, et il marchait droit, docile, vers la sortie. Je tournai de nouveau la tête vers celui que j'aidais à marcher.

– J'imagine que si tu as un cheval, c'est que tu sais monter... tu t'en sens capable ?

Une question rhétorique somme toute.
À sa place, je n'en serais sans doute pas sentie capable non plus.
J'attachai le cheval à une barrière, et scrutai le jeune homme avec peu de compassion. De toutes façons, il montera sur ce canasson. Qu'il le veuille ou non, de préférence avec mon aide, mais il n'était pas question qu'on se traîne à cette allure jusqu'à Fériane. De toutes façons, il en était incapable.

Sur-ce, je mis sur le dos du cheval tapis et selle, avant de me retourner vers lui.

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Nuhadu Darkmoon
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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Mar 01 Juil 2014, 17:22

– Il y a quelque chose que je ne comprend pas... Pourquoi avoir mit ton cheval à l'écurie, tes affaires à l'auberge, puis être allé sur le pont ? Tu comptais rester ici ? Tu avais prévu de voir quelqu'un ?

Elle avait beau lui avoir posé la question, il n'avait pu que secouer la tête de dépit.

L'impensable chance du jeune homme avait de quoi l'amuser, même alors que son état ne cessait de peser sur sa bonne humeur. Non seulement il avait retrouvé un cheval qui devait être le sien, mais en plus il avait bien pris une chambre en ces lieux.

S'il pouvait se rappeler ce qu'il était venu faire ici, il se souviendrait sans doute de ce qui l'a poussé à piquer une tête dans le Pollimage. Pourtant, alors qu'on lui restituait ses possessions, il ne trouvait rien qui l'eut rattaché à un quelconque métier.

Un simple sac de voyage et un arc qui y trouvait sa petite attache composaient l'ensemble de ses possessions. Autant dire que ça n'apportait pas grandes significations. Dans l'état actuel des choses, il était en passe à se demander s'il n'y avait pas quelques objets que l'on avait omis de lui remettre, mais sa protectrice semblait sûre d'elle aussi n'osa-t-il pas émettre de doutes. Aurait-il seulement été bien placé de le faire alors qu'il ne pouvait reconnaître la moindre de ses affaires ?
Au moins, il se découvrait bien moins démunis que l'on aurait pu le craindre d'un possible suicidé. Sa bourse, puisqu'ils avaient l'agréable surprise de la retrouver, était gonflée et pourrait certainement payer les services de son ange gardien, ainsi que leurs frais de voyage. Et puis, en y regardant de plus près, l'arc était plutôt coquet avec son bois d'un blanc qui frôlait l'immaculé. Une merveille qu'il aurait aimé se remémorer. Où avait-il pu trouver cela ?


– Aller viens, on passe prendre ton cheval et on s'en va.

Sa voix était douce et son expression jolie, mais malgré l'agréable apparence de la jeune femme, Nuhadu n'avait pas l'impression de voir le moindre sentiment quitter sa personne. Comme si elle s'efforçait de montrer en permanence un calme absolu. Cela avait le don d'attiser sa curiosité et d'éveiller un soupçon de crainte en lui.
Son cœur à lui était un amas de sentiments et de sensations qui se répandaient dans son corps avec force et réclamations. A tout moment il pouvait sentir le désir de bouger.. non pas celui de se traîner, mais celui de courir, de sauter, peut-être même de danser.. Il avait juste envie de vivre la plénitude de son corps, de l’utiliser. Et il en aurait tiré de violentes douleurs s'il avait écouté ce cœur trop téméraire. Par ailleurs, il avait l'impression de sauter de pensées en pensées et à moins de les attraper au vol, elles s'évaporaient dès qu'elles étaient remplacées. Et si l'une de ces pensées avaient été importantes ? Devait-il se risquer à toutes les énoncer pour les graver dans quelque chose de plus consistant que son esprit ? Lorsqu'il en vint à se dire que la peau de Papillon devait être merveilleusement douce, il en conclut qu'il valait mieux s'en garder.

Et puis.. il y avait bien des souvenirs.. mais si court et impossible à situer qu'ils ne lui permettaient pas d'en tirer quoi que ce soit. Parfois il y avait des ombres de visages, des rires qui réchauffaient son cœur et surtout des sensations qui étaient visiblement parties entière de sa vie.
Et quand il revenait à se concentrer sur le moment présent, il se découvrait démuni de la plupart de ces choses.

Pourtant, il y a une des sensations qui lui est revenue presque immédiatement. L'affection qu'il éprouve pour sa monture. Car plus il regardait ce cheval et plus il lui plaisait. Un fier animal qui se faisait prier mais se révélait malgré tout fiable. Papillon l'avait rapidement rappelé à l'ordre quand il avait mine de se rebiffer. Elle semblait si connaître et s'était sans doute tant mieux car Nuhadu n'était pas en état de se débattre la bête.
Aurait-il vraiment eut à en arriver jusque là ? Alors même qu'ils étaient maintenant tout proches, le cheval vint à cogner doucement sa tête contre le bras de l'amnésique. Avait-il reconnu son maître ou cherchait-il juste la petite friandise que celui-ci avait l'habitude de lui donner ?


– J'imagine que si tu as un cheval, c'est que tu sais monter... tu t'en sens capable ?

A l'entendre, il n'était pas possible qu'il réponde par un non. De toute façon, pourquoi l'aurait-il fait ? Il ne pouvait pas rater cette chance d'écourter le voyage, même si cela signifier serrer les dents
pendant de longues heures et aggraver son état. Il savait que les rêveurs étaient d'exceptionnels soigneurs, peut-être parce que Papillon l'avait dit, peut-être était-ce de ces rares choses qu'il savait encore. De ce fait, il était près à payer les conséquence de son empressement, tant qu'il pouvait quitter cet état au plus vite.


-Seul je ne pourrais pas, mais si tu m'offres ton dos pour ce voyage cela devrait bien se passer.

Il y avait mis une certaine détermination, mais cette petite crainte à refait surface. Risquait-il de se la mettre à dos s'il faisait preuve de trop d'émotions ? S'ils étaient trop différents, allait-elle l'abandonner de dégoût ? Jusqu'à présent elle semblait s'accommoder de sa présence, mais plus les choses allaient et plus il pouvait voir la charge qu'il représentait.. si en plus de cela il venait à s'attirer sa haine...
Parviendra-t-il seulement jusqu'à Feriane ?

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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Mar 01 Juil 2014, 19:13

– Seul je ne pourrai pas, mais si tu m'offres ton dos pour ce voyage cela devrait bien se passer.

Je haussai un sourcil.
C'était la première demande qui traversait ses lèvres depuis ce matin.
Et elle n'était même pas totalement explicite... je songeai que cela démontrait de la volonté un brin orgueilleuse de ne dépendre de personne. Mais au fond, qui étais-je pour le juger ? J'étais moi-même un modèle d' orgueil et souvent de fierté ou de vanité –la limite entre les deux était mince.

Finalement, un sourire mi-figue mi-raisin étira mes lèvres de côté, et je posai une main qui se voulait rassurante sur l'épaule du jeune amnésique.

– Évidemment.

Je lui souris, l'aidai à monter, et me hissai devant lui, ainsi que nos sacs.
J'espérai que le cheval n'aurait pas de mal à nous supporter tous les deux jusqu'à Férianne, mais il avait l'air robuste. Si en cours de route, je voyais qu'il faiblissait, je n'aurai qu'à descendre. Je venais de parcourir la moitié de l'Empire en courant, je n'étais plus à cela près. Dès que nous fûmes installés, je tournai la bride, et nous nous élançâmes... à un pas modéré, vers la confrérie.

¤

Nous partîmes donc au matin du premier jour.
La journée fut passée sur la route, et le soir, nous nous arrêtâmes au bord d'un bosquet, et je montai le camp à l'abri des arbres. Le lendemain matin nous vit repartir, et là encore nous passâmes la journée sur la petite route de pierres qui menait à Fériane.

Nous discutâmes un peu, mais principalement de banalités.
Je tentai de savoir ce qu'il aimait, ce qu'il n'aimait pas, de lui faire reconquérir son esprit, mais j'avais l'impression que plus j'essayais de le rendre à lui-même, plus sa mémoire se rétractait, comme un escargot dans sa coquille, hors de portée.

Deux jours passèrent ainsi.
Une petite routine s'était installée, pas bien méchante ni trop envahissante.
C'est pourquoi je ne la chassai pas. Et puis, une routine peut être quelque chose de bénéfique pour quelqu'un en mauvais état mental. Cette routine me fit l'effet d'un petit nid construit au fil de nos actes, nos gestes et nos paroles. Une zone confortable. Mon esprit s'y reposa, et fit machinalement la plupart des actions quotidiennes.

Si bien que le soir du troisième jour arriva plus vite que je ne l'avais cru.
Je m'étais posé quelques questions sur l'arc que j'avais ramené de l'auberge avec le sac du jeune homme. Il était de facture incontestablement faëlle. Avec ça et la couleur de peau de notre jeune ami, la déduction logique serait qu'il se rende en pays Faël dès qu'il en aurait l'occasion, quelqu'un là-bas aurait peut être des réponses à ses questions. En fait, à part cela, il restait quelque chose qui me trottait dans la tête depuis que nous étions partis : je ne lui avais toujours pas avoué que je lui avais confisqué les lames que j'avais trouvé sur lui quand je l'avais sauvé.

Au bout d'un temps, je n'y tins plus.
Pendant qu'il finissait de manger, je partis vers mon sac, et revins avec une étoffe d'assez mauvaise facture, qui emmaillotait des objets effilés au bruits métalliques. Je posai sur le jeune amnésique un regard empreint d'émotions que j'avais soigneusement refoulées jusque-là. Honte, remords, et même un léger soupçon de défiance.

– Désolée pour ça, je sais qu'elles ont dû te manquer, peut être de façon inconsciente. C'est que, je t'ai vu plusieurs fois porter la main à ton côté, et ne trouver que le vide... Je sais pertinemment que ça fait du mal de se retrouver séparé de ses lames, et je serais probablement dans le même état de confusion que toi si on m'ôtais mes armes. Je suis désolée de ne pas t'en avoir parlé plus tôt, mais j'avais peur que tu sois... non, enfin, j'avais surtout peur que tu ne fasses qu'empirer ton état en transportant ça, et en les utilisant. Si ça ne te gêne pas, j'aimerais les conserver jusqu'à ce tu te rétablisses entièrement.

Un petit sourire désolé éclot sur mes lèvres.
– Si tu préfères, je peux les attacher à la selle derrière toi. Comme ça, si il arrivait quelque chose, tu pourrais les trouver assez rapidement...

En disant cela, je ne me faisais aucune illusion.
Dans cet état, même avec un petit brigand de campagne devant lui, il ne tiendrait pas deux minutes. Déjà, le fait de dégainer lui ferait mal, le fait de les tenir aussi, sans parler de se déplacer avec. Mais c'était aussi un support psychologique que je ne pouvais me permettre d'ignorer, si je souhaitais son rétablissement.

Pour un guerrier, ses armes sont souvent sacrées, sinon imputables à son honneur.
Les lui ôter ou "confisquer" était déjà assez cruel, inutile en plus de lui faire croire qu'elles étaient perdues au fond du Pollimage. Je lui tendis le paquet, lui laissant les découvrir, ou les redécouvrir, et puis faire son choix. Ce ne serait pas mon problème s'il voulait recommencer à les porter et abîmer encore plus son joli corps. Amusée par l'audace de mes pensées, je secouai la tête et me rassis derrière le feu, le regard rivé sur le jeune homme, guettant sa réaction.

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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Mar 01 Juil 2014, 23:36

Les sourire sont-ils toujours aussi resplendissants ? Ou bien les préservait-elle pour les rendre d'autant plus précieux ? Un talent incroyable qui redonne confiance au jeune tressé. Elle en a déjà fait tant pour lui, tout portait à croire que son altruisme la pousserait à l'aider jusqu'au bout. Tant qu'elle était là, il pouvait se sentir en sécurité. Pourtant, une part de lui avait envie de croire qu'il pourrait s'en sortir seul, qu'il trouverait la force d'y parvenir s'il le fallait.. mais que pouvait-il espérer faire dans cet état ? Alors qu'il était incapable de marcher seul.
Qu'importe, pour le moment il peut se reposer sur elle. Il viendra bien vite le moment où il sera réellement seul, à la recherche de ses origines.

Bien des nuages ont défilés au-dessus de leur tête, bien plus que de distance sous les sabots de ce cheval. Bien que d'un certain point de vu il s'agisse du sien, il avait du mal à se faire à cette idée. Il avait l'impression de l'avoir acquis ce jour même de leur départ. Imaginer qu'il avait pu voyager des jours, sans doute des semaines, peut-être des mois avec ce cheval lui semblait juste impossible.. Comment pourrait-il alors s'émerveiller de sa puissance et de la couleur de sa robe ? S'il y avait été habitué, ne devrait-il plus y prêter qu'une vague attention de temps en temps ?
Pourtant.. il savait monter. Il ne pouvait pas le démontrer dans son état actuel, mais il devinait les mouvement de la bête et envisageait même de les accompagner. Cependant, les dégâts sur son corps dépassaient de loin ce qu'il pouvait voir et il se forçait malgré tout à une certaine immobilité. C'est bien à cause de ce manque de souplesse qu'il aurait pu tomber mille et une fois sans l'appui salutaire de Papillon.

Qui aurait cru qu'un grand garçon comme lui se trouverait un jour dépendant d'une jeune femme. A croire que les choses ne doivent pas tourner rond autour de lui.

Au moins, il avait le joie de profiter d'une bonne compagnie. Papillon n'était peut-être pas la femme la plus ouverte qu'il eut rencontré, mais elle savait des choses, ce dont il avait du mal à se vanter récemment, et notamment c'était une voyageuse aguerrie. Grâce à elle, ils ne manquaient jamais de rien et Nuhadu se sentait toujours plus redevable des bon soins qu'elle lui offrait. Qui plus est, leurs discussions, bien que trop rares, étaient d'un grand réconfort. Il n'en tirait jamais grand chose de ses souvenirs, mais cela le confortait dans l'idée qu'il avait tout de même était quelqu'un avant. La preuve en était qu'il y avait des sujets sur lesquels il arrivait encore à mettre des images et des noms.  Par exemple, quand il leur arriva de parler de Thüls, il s'était remémoré le visage jovials de grands hommes roux. Il savait aussi que les Frontaliers étaient pratiquement des légendes vivantes tant il était impensable d'en vaincre un au combat.

Pourtant, rien de ce qu'ils disaient ne semblait lui être particulièrement familier. Ils avaient pourtant parlé de nombreuses régions et cultures. Ses connaissances étaient à la fois trop vastes et trop pauvres pour situer son origine dans l'empire. Pourtant, Papillon semblait s'être fait quelques idées, même si elle n'en faisait pas part. Il avait la certitude qu'elle ne voulait pas le presser mais cherchait tout de même à l'aider.

Peut-être avait-elle honte de le ménager autant. Ou bien était-ce un autre de ces sentiments qu'elle avait garder trop longtemps en elle. Le fait est qu'un soir elle vint à lui avec un tissus recouvrant ce qui semblait être des épées. Il n'y avait rien de bien impressionnant à le deviner, cela sonnait métallique et la forme allongée aurait difficilement pu avouer autre chose, ou si cela avait été le cas ce n'était pas quelque chose qui lui aurait parlé.
Elle avait bien vu ces gestes qu'il avait lui même peiné à comprendre. Des mouvement qui n'aboutissaient pas parce qu'il lui manquait évidemment quelque chose. C'était donc des armes qui devaient se trouver là, prête à être tirée et le défendre. Mais étrangement, la forme de ces armes éveillait en lui une certaine curiosité. Peut-on se faire une idée d'un homme aux armes qu'il porte ? Pour peu qu'il les ait choisis, on pouvait bien espérer qu'elles aient une signification pour lui.. ou du moins à leur travail pouvait estimer la richesse du propriétaire. Mais sur ce dernier point il se savait déjà bien munis. Il ne savait pas comment, mais il savait qu'il parvenait à gagner sa vie.

Alors.. qu'elles étaient ses armes ? Il peinait à répondre à Papillon avant de le savoir. Il avait la certitude que l'impression que lui donnerait les lames seraient déterminantes sur sa vision de l'ancien lui.
Et pourtant, n'aurait-il pas déjà du s'inquiéter d'être aussi familier au port des armes ? Quand on en arrive à se rassurer de porter une épée, n'est-ce pas le signe que l'on mène une vie dangereuse ? Eh bien pour lui, c'était pratiquement quelque chose de naturel. C'était en fait exactement ce qu'avait décrit Papillon et loin de s'en inquiéter il se sentait déjà un peu plus fier de lui en se découvrant des similitudes avec cette femme à qui il devait la vie.

Et donc ces lames ? Deux jumelles d'acier brillant. Fine et élégante, il se demandait si elles étaient vraiment faîtes pour le combat. Ne risquaient-elles pas de se briser sous un choc trop important ? En fait, elles lui paraissaient bien plus belle qu'autre chose, mais il ne doutait pas du mordant de leur fil. Allons donc, ces armes n'allaient pas l'arranger sur son idée de lui même. Il faudrait qu'il puisse les essayer, il n'y a pas d'autre moyen de s'en faire une bonne idée.

Finalement il les renveloppe du tissus, tant bien que mal sa seule main libre et les retourne à Papillon.


-C'est si frustrant d'avoir de si belle lame et de ne pas savoir si je peux les utiliser.. Du moins si je pourrais dans un meilleur état.

Il gloussa légèrement à sa remarque, il pouvait difficilement faire plus sans risquer de souffrir.

-Tu as bien fait de les garder loin de moi et, malgré le vide que me cause leur absence, tu aurais encore raison de m'en garder éloigné. Pour le moment c'est ta présence qui me garde en sécurité et, n'en déplaise à l'homme que je fus, j'ai bien plus confiance quand c'est toi qui est armée.

Et puis, ne se sentirait-elle pas plus en sûreté si cet homme qu'elle a sauvé n'est pas armé ? On ne sait jamais de quoi est capable un homme au bord du désespoir. Même alors qu'il n'arrivait pas à comprendre le sens de cet expression, il savait qu'elle n'était pas totalement fausse.

Et à combien de pas était-il du désespoir ?
Beaucoup ! Plus ils se rapprochaient de Feriane et plus ses convictions se renforçaient. Même s'il pouvait sentir son corps protester contre le voyage. Papillon n'avait pas pu rater les plaintes qui lui échappaient parfois, pas plus que son visage serré quand elle l'aidait à descendre du cheval. Alors qu'il pensait s'habituer petite à petit à la douleur, quelque chose lui murmurait que ça n'allait qu'en s'aggravant. Heureusement que son guide prenait grand soin à ne pas forcer l'allure.

Il était au moins sûr d'une chose, ses blessures ne pouvaient être mortelles, sinon il en serait certainement déjà mort. Et même s'il se trompait, cette idée était plus qu'encourageante pour poursuivre sans se plaindre. Et puis, ses nuits étant difficiles et étrangement entre-coupées de nombreux réveils, il lui arrivait de s'endormir durant le voyage et donc d'échapper à la douleur. Encore une fois, sans la belle rouquine il serait juste tombé la tête la première sur la route.

Heureusement, ils finirent par atteindre Feriane, alors même que la respiration du jeune homme s'était faite plus douloureuse et compliquée la veille. Son corps entier lui paraissait être un amas désorganisé d'organes et de nerfs torturés. Alors que le rêveurs les accueillaient au sein de leur cloître, il n'était plus qu'une loque essoufflée pesant sur le dos de la jeune femme.

On l'aida à mettre pied à terre et dans l'instant qui suivit il ne faisait plus que nuit noir dans son esprit. Rien de plus qu'un formidable cocon de ténèbres où il ne connaissait rien d'autre que la chaleur de l’inexistence la plus totale. Il aurait pu être mort.. mais une impression de déjà-vu le tiraillait et lui murmurait la certitude que ce n'était pas le cas.

C'était son refuge, son domaine sans douleur.

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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Mer 02 Juil 2014, 01:35

Je regardais attentivement le jeune homme de l'autre côté du feu.
Pendant un instant, ses prunelles avaient brillé comme si il retrouvait des amantes adorées, ou des souvenirs chatoyants. Peut être les deux. Je le laissai admirer les épées jumelles avec un pincement au cœur –de l'en avoir privé–, mais sans faire un bruit. Finalement, à ma grande surprise, son visage se referma, et il enroba de nouveau les lames.

Je ne pus m'empêcher de remarquer que ses yeux brillaient encore.
Mais peut être plus pour les mêmes raisons... Il parla de frustration, et je ne pouvais que lui donner raison. Puis, à ma grande surprise, il me rendit les lames, se mit à glousser, et son visage reprit sa bonne humeur. Comme il abandonnait vite les sentiments désagréables pour ne se consacrer qu'au reste... je l'enviais presque pour son optimisme à toutes épreuves.

Son discours me surprit encore plus.
Le machisme n'était pas une chose si courante dans l'Empire, mais encore assez pour que le mot subsiste encore. De fait, il était rare pour un homme d'avoir ce genre de paroles pour une femme. Mais ce n'est pas ce qui me surprit le plus. Le jeune homme que j'avais prit pour un gamin orgueilleux et oisif, héritier d'une quelconque famille fortunée, semblait en fait posséder une maturité rare, et beaucoup plus de capacité de jugement que bien des hommes –et des femmes.

Je pris les lames avec un sentiment tout neuf dans la poitrine.
Je crois que c'était... du respect. Je le fixai dans les yeux, inclinai la tête vers lui pour le remercier, et repartit ranger les épées. Plus tard dans la soirée, je repensai à cette conversation, et me dis que j'avais peut être eut tord de me méfier de ce jeune homme. Je crois que je souhaitais sincèrement l'aider, et ce depuis le début. Et... je ne l'avouerai jamais, mais ça me contrariait.

Ben, oui, que voulez-vous, les habitudes ont la vie dure...

¤

Le lendemain devait être le dernier jour du voyage.
Et heureusement, parce je ne sais pas si le blessé aurait pu attendre bien plus longtemps. Comme pour confirmer cela, il tomba dans mes bras, inconscient, au moment où je le descendais de cheval, accompagnée de deux rêveurs. Aussitôt, ils prirent la relève, m'enlevant le corps des bras pour l'emmener au plus vite à leurs frères.

De nouveau seule, je jetai un coup d’œil au canasson.
Il me fixait comme si il voyait clair dans mon jeu, et qu'il se gaussait de ma situation.
– Qu'est-ce que t'as, toi ? lui lançai-je avec aigreur.

Une poignée de secondes s'écoulèrent, comme une joute de regard électrique entre humain et animal, puis il s'ébroua avec entrain, et poussa mon bras de son chanfrein, pressé. Il voulait sa brassée de foin et d'avoine.
– Pff, quel goinfre tu fais...

Mais je le pris par la bride et le conduisit vers un page qui attendait respectueusement à plusieurs pas de là, de savoir si je restais ou non. À cette vision, je m'arrêtai. Qu'est-ce que je faisais ? Je m'apprêtais à rentrer dans cette confrérie ? Mais pourquoi, enfin ? C'est bon, c'est finit, j'avais sauvé le jeune homme, qu'attendais-je de plus pour partir, pour laisser nos chemins se séparer ?

Le chanfrein de l'étalon qui vint me pousser dans le dos sembla décider pour moi.

¤

Je patientais dans une cour intérieure, probablement pour la première fois de ma vie.
C'était une expérience assez étrange, mais qui ne manquait pas d'intérêt. L'apaisement, les passages d'énergies, la méditation, tous ces trucs de rêveurs ne m'avaient jamais intéressée, et à présent pas plus qu'avant ; cependant je pouvais avouer que la chaleur du soleil sur les murs et les dalles couleur sable autour de moi, la douceur de l'air et la fraîcheur de l'eau de la fontaine formaient un mélange saisissant.

Un univers minéral, d'air, d'eau, de soleil.
Étrangement apaisant.

En fait, cela faisait près d'une heure que je tournais autour de cette fontaine.
Je savais ce qu'il me restait à faire. Dégager de cette confrérie puant la charité et les bons sentiments en courant, quitte à la fuir à toutes jambes, m'éloigner de ce jeune amnésique à qui je ne devais rien et dont je ne souhaitais pas la reconnaissance, et retourner au Domaine, renouer avec le lieu et avec les personnes, peut être faire quelques petits boulots, des vols, des embuscades ou des assassinats, pendant un temps.

Je soupirai en trempant mes doigts dans l'eau limpide de la vasque.
Pour la énième fois, je me disais que voler de ses propres ailes était mille fois plus difficile que je ne l'avais prévu. Mais si Dolce disait que j'étais prête, je n'avais pas de doutes à avoir. Mon regard dériva vers la porte de la pièce dans laquelle les rêveurs, une heure plus tôt, s'étaient affairés comme une nuée d'abeilles.

Et maintenant, plus rien. Je serrai les dents.
Un des rêveurs était venu me dire qu'on me préviendrait dès que mon ami se réveillerait. Mon... ami. Je ne l'avais jamais vraiment considéré ainsi. Mais alors, qu'est-ce qu'il représentait vraiment, à mes yeux ? Un moyen de racheter une infime partie de mes fautes ? Non, c'était un raisonnement bien trop spirituel pour moi.

Je ne savais pas ce qu'il représentait pour moi.
Je n'étais même pas sûre qu'il y représentait quelque chose.
Ou était-ce ce dont je voulais me convaincre ? Quoi qu'il en soit, malgré tous mes efforts de volonté, je n'arrivais pas à partir. À fuir. Qui aurait cru qu'il fallait tant de courage pour prendre la fuite ? Finalement, je rendis les armes avec un soupir : après tout, je pouvais peut être envisager attendre son réveil...

Et je partirai juste après.
Comme ça au moins, je lui aurai fait mes adieux.
N'est-ce pas ?

¤

À la fin du jour, j'étais toujours dans la cour intérieure.
Le soleil était descendu depuis longtemps derrière les murs de pierre.
Mais cela ne faisait que quelques minutes que les étoiles avaient commencé à moucheter le ciel encore rouge et violet, emplit de nuages pourpres. C'est ce moment que choisit le rêveur qui était déjà venu me parler, qu'un repas et une chambre étaient à ma disposition.

L'un comme l'autre furent frugaux, voire spartiates, mais remplissaient parfaitement leurs rôles respectifs.

¤

Au matin, je me dirigeai directement à la chambre du jeune homme, mais aucun bruit n'en sortait. Il devait encore dormir. J'aurais de nouveau pu partir, et mes pensées de fuite revinrent à la charge, mais j'étais encore plus démunie de volonté que la veille, et je retournai à la cour intérieure où j'avais attendu jusqu'au soir. J'avais emporté mon sabre et une pierre à aiguiser, et bientôt le bruit caractéristique résonna contre les dalles des murs et du sol.

Les moines qui passèrent dans le déambulatoire qui entourait la cour me regardèrent qui avec un air méfiant ou en colère, qui avec une expression discrètement fascinée. Cela m'était totalement égal, même si je prenais presque plaisir à les embêter dans leur méditation. J'ai toujours trouvé cette manière de réfléchir un peu idiote et parfaitement stérile. Mais passons, c'est mon avis et si je ne suis définitivement pas faite pour devenir rêveuse, cela n'engage que moi.

Soudain, je relevai la tête.
Une personne avançait vers moi.
Silencieuse et souple.

Mon cœur rata un battement.
C'était une femme, très belle, ses yeux bleu acier contrastant avec sa chevelure châtain. Ses vêtements de cuir allant des teintes marron à brunes moulaient chacun des muscles ciselés à la serpe de son corps, entraîné à la perfection. Comme toujours. Un poignard long battait sa hanche, et un autre était attaché le long de sa cuisse. Mais je savais qu'elle en avait d'autres, dans la doublure et les manches de sa veste, ainsi que je savais qu'elle n'avait pas besoin de lame pour tuer.

Je me tétanisais tandis que ma poitrine se serrait douloureusement.
Elle n'avait pas changé. Sa démarche fluide, son regard acéré, même sa façon de respirer clamaient au monde entier sa nature. Marchombre. Entièrement, résolument. Marchombre, ça, elle l'était. Du bout de ses cheveux tressés en cinq nattes ramenées en arrière par un stylet de bois, au plus petit orteil, en passant par ses yeux d'un calme singulier.

Je n'avais pas bougé. Je crois que j'en étais incapable.
Tout le charme, toute la paix de cet endroit venaient de se figer, glacés, prisonniers d'une gangue de glace, annihilés par son regard de la même couleur, et par sa présence incroyable. Elle était encore à plus de dix mètres de moi, mais ce n'était pas assez. Il y a longtemps, j'avais voulu mettre énormément de distance entre elle et moi. Dix mètres, c'était beaucoup trop peu. Mon épée était dans ma main, ma pierre à aiguiser dans l'autre, et pourtant je savais que rien de cela ne me garantissait la victoire...

Mon cœur rata un autre battement.
Non, il ne fallait pas m'affoler, rester calme, si je perdais ce calme, s'en était finit de moi. J'avais très peu de chances de m'en sortir, mais si je paniquais, je n'en aurais plus aucunes. Il fallait que je fasse quelque chose, mais je n'y parvenais pas. Je restais là, figée, pendant que ma mort approchait à pas graciles et silencieux.

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Nuhadu Darkmoon
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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Mer 02 Juil 2014, 16:30

Il y a une fin à tout, surtout aux bonnes choses. Normal, sinon on ne pourrait plus les désirer, les redécouvrir, les apprécier toujours plus. Toutefois, il y a des bonnes choses que l'on ne regrette pas toujours. Par exemple, prenons ce cher garçon tressé en défaut de mémoire. Alors qu'il abandonne le petit refuge de son esprit pour revenir au monde, au vrai, il est bien loin de le réclamer à nouveau.

Pourquoi donc ? Tout d'abord, parce qu'il en a assez de dormir, son cœur est à autre chose qu'à la douceur de la paresse. Il le pense déjà depuis longtemps, ce qu'il veut c'est bouger à volonté et son vœu s'est enfin exaucé. Lorsqu'il glisse une main sur son visage, il a la surprise de découvrir un bras droit sans douleurs. Magie !
Un rapide et prudent diagnostique le fait tester toutes ses articulations et mêmes celles qu'il ne peut pas nommer. C'est un fait, il est comme neuf ! Il n'a même pas un bleu pour l'inquiéter. Allons donc, cela se peut-il vraiment ? Combien de temps a-t-il pu dormir pour recouvrer autant ? Trois jours, une semaine.. un mois ? Ou bien le talent de ces rêveurs dépasse tout ce qu'il peut imaginer.

Ses yeux dérivent dans la cellule où il repose. Un lit, des murs, une porte, une chaise, une fenêtre. Désespérément impersonnel comme pièce, mais s'était déjà plus que ce dont-il avait besoin. Dehors, le ciel était d'un bleu ravissant, une journée dont il devait profiter ! Le premier jour qu'il pouvait passer sans aide.. du moins le premier dont-il pouvait se souvenir.
Sans plus attendre il dépose ses pieds sur le sol de pierre et frissonne à son contact glacé. Ah tient, il est nu.. Où a-t-on pu laisser ses vêtements ? Se n'est certainement pas ces tissus pliés sur la chaise, mais sans doute lui a-t-on laissé cela en remplacement. De toutes les façons, ça peut valoir le coup d'y jeter un œil.

Pour la première fois depuis trop longtemps, ses muscles s'actionnent de concert pour lui permettre de se relever. Il y va tout de confiance et d'assurance, quoi de plus naturel que de marcher ? Surtout quand il sentait son corps l'appeler à de folles courses durant tout le trajet. Alors pourquoi, pourquoi rencontre-t-il violemment ce sol froid ? Il semble que ses jambes ne peuvent le porter. Lorsqu'il pousse sur ses bras pour se redresser, c'est tout tremblotant qu'il y parvient. Et à peine encore.

A-t-il toujours été aussi faible ? Cela ne se peut pas ! Il le sait, il n'est pas une larve qui peine à tenir debout. Sinon pourquoi ce cheval, pourquoi ces armes ? Quelque chose cloche chez lui, il y a sûrement une raison à sa faiblesse..
La réponse apparaît dans un grondement terrible et prolongé. Le garçon regarde son ventre avec la plus grande curiosité. C'était donc ça ? La faim est la raison de son manque total d'énergie ? Par toutes les barbes des personnages les plus importants de l'empire, comment parvient-on à un tel état en manquant un repas, peut-être trois.. peut-être...
La question revient d'elle-même : Depuis combien de temps est-il inconscient ?

Tant pis pour les habits et tant pis pour la balade, cela attendra, il lui faut d'abord se remettre dans ce lit avant que quelqu'un ne le découvre si misérable sur le sol..
La porte s'ouvre soudain sur un homme en bure. Leurs regards se croisent avec curiosités et hontes. Dire qu'il pensait avoir de la chance.


-Mais que s'est-il passé ? Finit par demander l'homme en se précipitant pour aider son patient.
-Je .. j'ai .. je voulais juste me lever et... et puis..

Impossible qu'il en dise plus, la honte et la gêne le tiraillent tant qu'il ne peut même plus regarder l'homme dans les yeux. Il est faible, incapable de quoi que ce soit et nu par dessus le marcher, forçant un autre homme à l'aider à remonter sur son lit. Le peu de dignité qui lui reste l'empêche de se cacher le visage sous la couverture. Encore une chance que ce ne soit pas Papillon qui l'eut vu, il aurait été incapable de lui adresser la parole par la suite, alors même qu'il doit lui exprimer son immense gratitude pour tout ce qu'elle a fait pour lui.

-Il est encore un peu tôt pour se lever. Nous avons du travailler toute la nuit sur ton rétablissement. Il n'y avait peut-être pas de blessure grave, mais guérir tout ça d'un coup demande de l'énergie. Maintenant, il faut récupérer.

L'idée de rester encore immobile des jours durant lui est cependant insupportable, bien plus que la gêne qui a précédé les paroles de l'homme. Le jeune tressé lève un regard désespéré vers l'homme et s'empresse de le questionner.

-Combien de temps encore?
-Tout dépend, trois jours ne seraient pas.., commence l'homme avant de  découvrir la mine décomposée de son patient. Enfin peut-être moins, ça dépend des gens..
-Ce soir?

L'homme ne peut s'empêcher d'éclater de rire, révélant à l'amnésique un sourire très attachant. En fait, l'homme est assez vieux, mais son état n'en laisse rien paraître, pas plus que son comportement. Il passe presque pour père bienveillant, mais pour le moment le jeune homme ne souhaite que recouvrer son état d'origine.

-Si tu manges bien, peut-être. Mais il faut me promettre de ne pas te lever sans mon accord.
-Je ne peux pas promettre ça!
-Et pourquoi pas?
-Parce que je me lèverais ce soir avec ou sans accord.
-Ah ! Et si tu tombes alors ? Il faudra encore que je te ramasse?

L'homme touche juste et le jeune homme re-détourne le regard en se remémorant la scène.

-Je peux promettre de me relever tout seul si c'est le cas.

Le vieux rêveur secoue la tête avec un sourire qui en dit long sur ce qu'il pense de ces jeunes fougueux qui courent les routes. De vrais têtes de mules bien trop téméraires pour leur bien.

-Soit, je ne peux décemment pas t'attacher au lit de toute façon. Attend un peu que je t'apporte ton repas.

Le vieil homme se dépêche alors de sortir de la chambre, laissant le jeune homme à sa solitude. Il se rend compte que la pièce est vraiment vraiment petite. Petite et vide. Vivement qu'il puisse se lever. Où peut bien se trouver Papillon pendant ce temps? Si ça se trouve, elle a préféré partir sans même lui dire au revoir. Voilà qui causerait bien de la peine au jeune homme.

Finalement, le vieux rêveur revient avec une assiette et un cruchon. A peine l'a-t-il déposé devant son patient que l'eau coule à la bouche du tressé. Il a si faim que son ventre se met à nouveau à gargouiller. Le vieil homme le presse de manger et il ne se fait pas plus prier pour dévorer la platée.


J'ai entendu dire que tu souffrais d'amnésie. Tu te souviens de ton nom?

Entre deux cuillère de ce qui semble être un délicieux ragoût de il ne sait plus quoi, le jeune tressé secoue la tête négativement. Il s'étonne un peu de ne pas s'être reposé cette question depuis qu'il s'est réveillé à côté de Papillon. A croire qu'il avait trop à penser.

-Allons ! Ça ne s'oublie pas si facilement un nom. Fait donc un effort, je suis sûr que tu vas le retrouver.
-C'est facile à dire quand on a pas perdu la mémoire..
-Et qu'est-ce qui prouve que c'est plus difficile à faire qu'à dire?

Il faillit répondre avec colère au vieil homme, mais la phrase trouve un écho étrange dans son esprit. En fait, il ne peut s'empêcher de penser que l'homme a raison. En fait, il a presque honte de ne pas s'être dit ça tout seul. Après le voyage qu'il vient de faire, est-ce vraiment un gros effort de réfléchir sur son passé ? De plus c'est un peu triste de ne pas se souvenir de son nom..
Alors comment s'y prendre ?
Juste penser à son nom ne donne rien, il a déjà essayé. Mais après tout, ce n'était pas tellement lui qui devait utiliser son nom le plus souvent. Dans ses bribes de souvenirs il devait bien y avoir quelqu'un qui l'appelait.. mais de quels souvenirs pouvait-il parler ? Ils ne venaient jamais sur commande et repartaient tout aussi au hasard.


-Et si on sait pas comment chercher, comment trouve-t-on?
-Tout le monde sait chercher voyons !
-Ben c'est quand même dur.
-Eh bien tant pis, ça devrait revenir tôt ou tard.
-J'espère.

Que dire de plus ? Le ragoût est bon, alors il pouvait manger dans le silence qui ne fait que s'appesantir. Et puis finalement, il n'y a plus rien à manger et l'homme est encore là.
Attend-t-il quelque chose de lui?


-Est-ce que vous avez une idée d'où je viens ? Je veux dire.. tout les corps doivent se ressembler.. mais si il y avait.. un détail?
-Je ne peux pas te dire ça, mais je peux affirmer que tu as un corps bien formé, mais je ne veux pas prendre le risque de t'induire en erreur. Il n'y a vraiment rien dont tu de souviens en particulier ?
-Je trouve les nuits trop sombres.. est-ce que c'est normal?
-Pas vraiment, mais c'est intéressant!

La discussion n'avance pas particulièrement et pourtant l'homme ne se décourage pas. En fait cela ressemble un peu aux tentatives de Papillon, les sujets varient jusqu'à n'avoir plus de points communs. Et finalement l'homme s'en va, laissant le tressé dans sa solitude et ses questions.

Qu'importe, ce soir il ira marcher. En fait, il aurait du demander à l'homme si elle était encore là.
En fait, pourquoi attendre ce soir ? Il a mangé, il a autant de murs qu'il le désire comme appuis et, cette fois, il sait à quoi s'attendre.

Sans plus attendre, le jeune homme quitte son lit et teste ses appuis contre le mur proche. C'est encore un peu faible.. mais il commence à se reprendre. Le vêtement sur sa chaise est visiblement une bure de rêveur.. absolument pas le genre de vêtement qu'il aime porter, mais en attendant qu'on lui restitue les siens, il fera avec.

Habillé et presque sûr de son équilibre, le jeune loup entame l'exploration de son nouveau refuge, suivant les murs au hasards mais ne pouvant les quitter sous peines de perdre tout équilibre.
Ce n'est pas une course, mais se dégourdir les jambe lui fait le plus grand bien.

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Papillon Til'Maavon
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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Mer 02 Juil 2014, 20:51

Je pose la pierre sur le banc avec des mouvements calculés, et me lève lentement.
Mon sabre reste sagement le long de ma jambe. Innofensif ? Ce serait une erreur de le croire. J'écoute mon cœur gronder dans ma poitrine, à l'instar du moment où cette femme m'a dit que la Voie n'était pas faite pour moi. Sa voie. La voie des marchombres.

Je soutins son regard, mes yeux vert feuille dans la glace et l'acier des siens.
J'avais l'impression d'être redevenue cette jeune fille que j'étais alors, à peine sortie de l'enfance et qui sillonnait déjà les routes en compagnie d'une marchombre adulte, très forte, magnifique... et très exigeante.

Je la regardais s'avancer vers moi.
Toujours à la même vitesse. C'était son grand truc, ça.
Toujours à la même allure, et pourtant jamais ni en avance, ni en retard.
Et mesurée en toutes choses. En particulier dans ses paroles.

Mon premier "avantage" était ma lame déjà sortie.
Mon deuxième, le fait qu'elle ne m'ait pas simplement assassinée dans une ruelle sombre ou un bosquet anonyme. Ce qui veut dire qu'elle voulait me parler. Enfin peut être. Sinon, pourquoi avoir attendu que je me trouve dans cette abbaye ? Enfin, si elle pensait que le fait d'être ici m'empêcherait de me battre avec elle pour sauver ma vie, elle se fourrait le doigt dans l’œil jusqu'au trognon.

Un envoleur n'avait que faire des abbayes de rêveurs.
Un marchombre, un peu moins, du moins dans le principe... n'est-ce pas ?
Je la voyais réduire la distance qui nous séparaient avec –je le croyais impossible– une appréhension croissante. Quand elle ne fut plus qu'à deux ou trois mètres de moi, elle s'arrêta enfin. Je me rendis compte que j'avais agrippé le bord de la fontaine à m'en faire blanchir les phalanges.

Je déglutis.
Et me forçai à desserrer les doigts, avant de faire un gros effort de volonté pour esquisser une ombre de sourire qui se voulut assuré. Il ne dû pas faire illusion plus d'une demi-seconde face au regard acéré de mon ancien maître, mais c'était mieux que rien.

– Bonjour, Papillon, fit-elle avec un sourire irréprochable –elle.

De l'extérieur, on aurait pu croire que j'étais une amie de longue date qu'elle retrouvait. Du moins si on ne voyait pas le bras qui tenait mon sabre trembler dans une infime mesure tant les muscles étaient bandés.

Tout à l'heure, j'avais eut l'impression d'être redevenue la jeune fille d'alors.
Mais c'était faux. Je n'étais plus une enfant. J'avais grandit. J'avais expérimenté, m'étais entraînée dur, pendant trois ans, je m'étais battue et j'avais tué. À de nombreuses reprises. Dolce m'avait fabriqué des ailes, et je m'étais envolée. Certes, ce n'était pas les ailes que cette femme avait imaginé pour moi, mais cela dit, elle m'avait laissé chuter au beau milieu du ciel (du moins en haut d'une tour), alors... Je ne lui devais rien.

J'étais devenue une femme libre, indépendante... et puissante. Sans son aide.
Et même, je dirais, en me battant contre la douleur qu'elle m'avait laissé en souvenir.
Il m'avait fallut du temps et de l'expérience pour le comprendre, mais ce jour-là, c'était elle qui avait échouée. Pas moi. Aujourd'hui, j'étais une envoleuse, une mercenaire du chaos, assurée, achevée, dangereuse.

Et j'avais la conviction qu'elle savait très exactement ce que j'étais devenue.
Cependant, je me rassurai –ou tentai de le faire– en me rappelant que s'il y avait quelqu'un qui devait avoir peur, c'était elle, pas moi. C'était moi, l'envoleuse, la chasseuse de marchombres. Et elle, elle était marchombre. Cette fois, j'affichai un vrai sourire, assuré et accompagné d'un regard qui en disait long sur ce que je pensais d'elle.

– Bonjour, susurai-je à mon tour, mielleuse.

Mon ton n'était ni amène ni particulièrement froid.
J'étais fière de moi. Je n'avais pas bougé d'un pouce : ni reculé, ni avancé.

– Cela fait longtemps... tu as fait du chemin. Il t'a mené loin de ce que tu cherchais au départ, non ?
– Sur ce fait-là, je pense que vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous,
rétorquai-je assez sèchement.

Elle m'offrit un énième sourire. Qu'avait-elle donc à sourire comme ça...?
– Tu as beaucoup changé.

...et à dire des banalités ?
– Vous en revanche, vous êtes exactement comme dans mon souvenir.

Comprenez-moi bien.
J'avais bien conscience que ma vie était en danger.
Et qu'elle ne tenait peut être plus qu'à un fil : celui de ma discussion avec cette femme. Cependant, je ne pouvais refréner la douleur de mes souvenirs, l'impression d'échec, de chance gâchée, et caetera. Je ne pouvais pas faire comme si rien ne s'était passé, comme si elle ne m'avait pas brisé le cœur et les espoirs, ce soir-là.

Aussi, si je paraissais amère, il me semble que c'était parfaitement légitime.
De même, avoir l'air heureuse de la revoir aurait pu être interprété comme de la faiblesse. Et c'était la dernière chose à laquelle je devais ressembler : une chasseresse apeurée et sans défense. Finalement, elle se fendit d'un rire léger et clair comme un carillon de cloches, au son aussi doux que dans mon souvenir.

En l'entendant, je sentis un goût à la fois amer et acide se déposer sur ma langue.

– Tu es bien différente de ce à quoi je m'attendais.
– Et... à quoi vous attendiez-vous exactement ? demandai-je, assez surprise de sa remarque pour ne pouvoir réprimer un haussement de sourcil. À un monstre ?
– Peut être. Je me demandais ce que tu faisais depuis hier dans cette abbaye. Ce n'est pas le lieu où je m'attendais à te voir, à part peut être pour tes propres... blessures.


C'est ça, fais semblant.
Fais semblant de ne pas m'avoir suivie jusqu'ici.
De ne pas avoir épié le moindre de mes faits et gestes depuis un ou deux jours, sinon plus ! De ne pas avoir choisit précisément ce moment –on ne sait pourquoi– pour venir me trouver, et me parler.

D'ailleurs peut être même... peut être même... Non.
Je divaguais. J'ai un instant envisagé qu'elle ait fait tout cela pour me tester.
Qu'elle ait même... poussé ce jeune homme du pont. Pour analyser à quel point j'étais devenue le monstre qu'elle soupçonnait. Malheureusement, ou heureusement, je n'avais pas vraiment montré ma face la plus sombre, ces derniers jours. J'avais sauvé et escorté un blessé jusqu'à Fériane. Cela plaidait-il en ma faveur ? J'ignorais ce qu'il pouvait bien se passer dans la tête de cette femme.

Ou peut être étais-je en train de devenir paranoïaque –j'avais déjà eut certains tendances...

– Croyez-le ou non, j'attends quelqu'un.
– Quelqu'un comme toi ?
questionna-t-elle en me fixant comme si elle cherchait quelque chose dans mes yeux.
– Non, fis-je plus doucement, en baissant le regard pour la première fois.

Ce jeune homme n'était pas comme moi, et ne le serait sans doutes jamais.
De plus, il était drôle, optimiste, généreux, immature. Bref, mon contraire parfait.
Il n'avait pas l’étoffe d'un mercenaire du chaos, et pas l'envie de les rejoindre, je n'en doutais pas un seul instant.

Je vis du coin de l’œil la marchombre hausser un sourcil d'un air intéressé.
– Que représente-t-il pour toi alors ?

Rah, mais qu'avaient-ils tous à me poser cette question ?
D'abord les voix dans mon crâne, puis la sienne ! Sauf que là, elle attendait une réponse... Je savais que je n'en avais aucune à lui donner. Je cherchai un instant les mots qui n'existaient pas pour décrire mon troubler, échouai, et finis par hausser les épaules sans répondre. Elle haussa une deuxième fois son sourcil, l'air étonné.

– Tu essayes de me faire croire que tu te préoccupes du sort d'un parfait inconnu ?
– Je me contrefiches de ce que tu crois ou penses,
rétorquai-je un peu plus brutalement que nécessaire. Je ne suis pas là pour subir ton interrogatoire. Sois tu veux ma peau et tu tentes de t'en emparer, sois tu t'en vas. Tu as faillis détruire ma vie, je ne veux plus te voir.

Je vis le rire s'insinuer dans ses yeux, mais elle eut assez de jugeote pour ne pas le laisser éclater. Grand bien lui fit. Elle ne démentit rien de ce que je lui dis, et se contenta de faire un pas en arrière, puis deux, un sourire insupportable accroché aux lèvres, avant de me tourner le dos. Et de partir. Je me sentis tout d'un coup très faible, et attendis qu'elle ne soit plus visible pour me raccrocher au bord de la fontaine.

J'observai un instant mon reflet, visage rongé par deux cernes moins prégnantes que d'ordinaire, yeux brillants de larmes ou de colère, sourcils froncés par la défiance et la rage. Je détendis chaque muscle de mon visage, avant de plonger mes mains dans l'eau pour la jeter sur ce dernier. Je n'arrivais pas à croire ce qui venait de se dérouler.

Une discussion avec mon ancien maître marchombre, que je n'avais pas croisée depuis plus de trois ans, débarquait comme ça, après ma formation d'envoleuse, me posait quelques questions et s'en allait comme une fleur ? J'avais du mal à croire que ce fut aussi simple. Je finis par baisser la tête pour permettre à mes longs cheveux de cacher mon visage, et laissai les larmes rouler doucement sur mes joues, évacuer la tension que je venais de vivre sans y être prête psychologiquement.

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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Mer 02 Juil 2014, 23:47

Étrangement, ou plutôt heureusement, les inquiétude de ce rêveurs étaient fort mal placées. Loin d'être fatiguant, l'exercice est vivifiant. La mécanique reprenait peu à peu sa place et, s'il se sent toujours faible, il sollicite de moins en moins les murs pour ses déplacements. Parfois, sa tête tourne un peu et il est obligé de s'arrêter. Mais ce sont des occasions qui se font de plus en plus rares.
Il le sent, ce désir d'aller plus vite. Marcher ne peut pas suffire, il faut qu'il sente la limite de ses muscles. Cependant, il n'est pas assez téméraire pour tenter une course ou même de grimper sur le toit. Grimper.. pourquoi diable irait-il sur un toit ?

Il est assis, les jambes dans le vide, contemplant une ville comme on en verra jamais deux. La vue est splendide, mais il souffre, pourquoi déjà ? Le fait est qu'il souffre et qu'il a trouvé refuge en haut de cette bâtisse. Et puis, un bruit de pas attire son attention, il se retourne, prêt à découvrir l'intru, sachant déjà qui c'est et..
Et puis rien. Le souvenir s'est désisté sans plus de pitié.

Un souvenir bien plus vivace que les autres. Pourquoi diable était-il monté sur un toit ? Avait-il l'habitude de le faire ? A qui pouvait être ces pas ? Il a l'impression que les réponses à toutes ces questions sont à portée de main, mais glissent entre ses doigts. C'est plus compliqué encore que d'attraper de l'eau à main nue.
Mais l'on peut attraper l'eau entre ses mains, il suffit de savoir si prendre.

Ainsi, il lui suffit d'envisager l'escalade des bâtisses des rêveurs pour se remémorer un simple passage de sa vie. Lui qui cherchait comment trouver quelques temps plus tôt, la solution lui semble maintenant évidente. Tant pis pour la raison et le bon sens, ce qu'il cherche est bien plus important que le risque de se rompre le cou. Enfin, il est sûrement trop fatigué pour établir une échelle d'importance logique, mais l'important c'est qu'il a une piste. Il faut battre l'acier tant qu'il est chaud !

Cependant, il ne risque pas d'escalader grand chose en restant dans des couloirs. Par ailleurs, jusqu'à maintenant il n'a pas attiré trop l'inquiétude des rêveurs qu'il a croisé, mais s'il commence son nouvel objectif, pas de doute qu'on l'arrête en plein essaie. En fait, sa tenue n'est pas non plus adaptée à de telles gymnastiques. Finalement, l'entreprise devra bien être reportée jusqu'à ce que les conditions se fassent plus clémentes.

Le repérage des lieux reste toutefois à sa porté, aussi poursuit-il son exploration. Les lieux ne lui rappelant rien, il en a vite déduis qu'il n'a pas du y mettre les pieds, ou alors ça n'a pas du le marquer. Au bout de ce qui lui semble être une bonne vingtaine de minutes de vagabondage, il découvre enfin la cours intérieur. Ouvertes et pleine d'air frais, agrémentée de ses jardins et potagers en plus d'une ravissante fontaine, l'espace se montre des plus charmants.
Si toutefois il devait manquer une raison pour pousser le jeune amnésique à y pénétrer, ce serait à n'en pas douter la présence de sa sauveuse.

Une grande inspiration et un bel effort de concentration plus tard, le jeune homme parvient à trouver un équilibre fragile sur ses jambes. C'est peut-être un du à un sursaut d'orgueil, mais il n'a pas envie de se montrer aussi misérable que la dernière fois devant elle. Un pas prudent entame sa marche dans les jardins, il n'a plus d'appuis jusqu'à atteindre la fontaine. Décidément, il doit ressembler à un nouveau né avec sa démarche hésitante. Voyant que ni ses jambes ni sa tête ne s'apprêtent à le lâcher, il enchaîne sur une allure plus vive et moins hasardeuse. Ce n'est pas encore très naturel, mais ça va revenir !

-J'avais peur que tu ne sois déjà partie.

Sa voix, elle, est toute naturelle. Pas de respirations saccadées pour l'entrecouper, pas de gorge trop sèche, pas de petite voix affaiblie non plus. Il a eut le temps de la reforger pendant son dialogue avec le vieux rêveur aussi est-il fier d'en user pleinement. Afin de ne pas trop montrer les difficultés qu'il a encore à marcher, il s'appuie nonchalamment sur la fontaine, juste à côté d'elle.
Il n'est pas expert en femme, ou peut-être l'eut-il été avant, mais la mine de Papillon ne semble pas être des plus joyeuses au premier abord. Pour une femme qui lui avait donné l'impression d'être réservée, cette tête là est bien trop facile à lire. La fatigue est peinte sur son visage comme la douleur devait l'être sur le sien durant leur voyage. Pourtant, voilà un jour qu'ils sont ici, n'en a-t-elle par profité pour dormir pleinement?


-Tu sais, j'aurais été bien embêté que tu partes. J'ai conscience que tu as beaucoup donné de ton temps pour moi et peut-être même plus. Il va donc de soit que je dois te récompenser. J'ai bien de l'argent dans ma bourse, mais je ne pense pas que ça vaille ce tout ce que tu as fait. Je n'étais peut-être pas quelqu'un de très honnête avant, comme tu le sais je ne sais pas grand chose, mais je me plais à croire que je n'étais pas un rustre. Sans toi, je serais peut-être mort mille fois.. je n'aurais jamais assez de toute une vie pour te remercier, sans doute pas même de trois..

Il s'était douté, au fil du voyage, qu'il devait être un grand bavard. Maintenant que plus une douleur ne vient s'interposer, ses mots glissent sur sa langues avec une fluidité qui l'étonne. Il n'a que le temps de penser que déjà des paroles sont prononcées. Ne risque-t-il pas de dire des choses regrettables à agir si spontanément ?
En fait, peut-être pas, puisque tout ce qu'il dit est en accord avec ce qu'il ressent. Ce qu'il dit à Papillon en ce moment, ne peut-être mauvais, ni pour lui ni pour elle, il ne voit pas comment cela se pourrait.


-.. Pourtant, c'est bien le stricte minimum que je puisse faire. Si tu as le cœur d'attendre un jour.. non disons plutôt une nuit, moi je ne peux pas imaginer un jour de plus dans ce trop grand calme. Donc, si tu as le cœur d'attendre une nuit de plus ici, je te promets de te suivre et de t'épauler jusqu'à ce que par trois fois je t'ai sauvé la vie. C'est bien peu vis à vis de tout ce que je te dois, mais j'ai encore mon passé à trouver et je pense que de te sauver la vie une fois ne sera déjà pas si simple.

Il découvre tout ce qu'il dit avec Papillon et pendant un instant il doute même de l'avoir fait. Pourtant, il sent au fond de lui qu'il peut le faire. Mieux encore, si ses lames retrouvent rapidement leur places à ses côtés, il sent qu'il n'y a rien qu'il ne peut faire. Comme une immense bouffée d'arrogance qui s'échappe de son cœur pour donner de la conviction à ses mots et des étincelles à ses yeux.
Toutefois, ce n'est qu'une bouffée passagère, puisque l'instant d'après il se retrouve sur les fesses. La passion de ses mots l'a poussé à se redresser et , oubliant son état de faiblesse, l'a fait perdre tout équilibre. Tant mieux en un sens, puisque cela a finit par le faire taire, mais il ne devait pas paraître bien crédible aux yeux de la jeune femme.


-Aïe.. Tu ne vas pas le croire, mais je crois que j'avais oublié l'effet que ça fait de tomber..

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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Jeu 03 Juil 2014, 00:51

Je l'entendis avant qu'il n'entre dans la cour.
Lui seul pouvait avoir un pas si désordonné. Je souris malgré moi.
Malgré les mauvaises nouvelles, malgré la peur et la fatigue qui s'étaient d'un seul coup abattues sur moi. Je souris parce que ce jeune homme venait de prendre une place étrange dans ma vie, et que bizarrement, je ne voulais en aucun cas l'en chasser. Il le fallait pourtant. Mon sourire s'évanouit, et je replongeai dans la contemplation de mon reflet dans l'eau limpide.

Il parla beaucoup, longuement.
Et je l'écoutais, faisant de mon mieux pour cacher le reste de mes larmes sur mes joues et dans mes yeux. Finalement, je baissai la tête, surprise, vers un jeune homme qui venait de se retrouver le postérieur sur les dalles. Je ne pus m'empêcher de laisser échapper un petit rire, avant de lui tendre la main pour l'aider à se relever.

Malgré le rire nerveux qui avait désamorcé en partie la tension, ce fut la gorge serrée de peur de laisser échapper un sanglot, que je ne pus m'empêcher de répondre en partie à sa demande. Je me rendais compte que j'avais vraiment envie qu'il m'accompagne. Malheureusement, cela signerait son arrêt de mort, et sans doutes le mien par la même occasion.

Quoique mon destin se jouera probablement au fil de mon sabre dans les jours qui vont suivre, de toutes façons, alors pour mon arrêt de mort, il faudra repasser quand il y aura moins de monde, hein. Ce que je voulais dire, c'est qu'il avait une chance, lui, d'échapper à cela, alors que moi, selon toutes vraisemblances... non.

– Je m'en veux presque de t'avouer cela, mais je crains que si ton nouvel objectif est de me sauver la vie, il vient à l'instant d'être sérieusement compromis.

Je ferme un instant les yeux.
D'habitude, je n'aime pas les pauses théâtrales, ni ceux qui en font.
Mais je ne sais pas comment continuer à parler, m'expliquer sur ce qui vient de se passer me semble au-dessus de mes forces, notamment parce que je ne l'ai pas comprit moi-même... Devançant sa question qui flotte dans ses yeux, je lui lance un bref regard, avant de revenir à mon reflet.

– Je... je viens d'avoir une discussion avec une femme que j'ai connu... et qui m'en veux de ce que je suis devenue. Elle a été très sibylline, mais la connaissant, je m'attends au pire... Honnêtement, je pense que dès que j'aurais passé les portes de cette confrérie, je ne pourrai plus répondre de mes chances de survie. Et des tiennes si tu viens.

Je levai la main vers mon vis-à-vis, devançant ses réponses et nouvelles interrogations.

– Non. Ma réponse est non. Pour l'instant, tu n'es en état de sauver personne. Si elle te trouve avec moi, elle ne te tuera probablement pas, mais elle risque de t'assommer, dans le meilleur des cas. Et au vu de ton état, tu as des chances d'y passer.

Ou dans le pire des cas, te demander de rejoindre les marchombres.
Le pire dans tout ça, c'est que cette voie lui correspondrait sans doute plutôt bien.
Une fois remit sur pieds, cela va de soi.

– Je ne veux en aucun cas être responsable de ta mort... ou de ta vie. Imagine qu'il nous faille nous enfuir ? Même si je parviens à lui échapper, toi... Elle t'utilisera forcément contre moi ensuite. En menaçant de te tuer par exemple... Non, tu ne peux pas venir. Je viens de te sauver, ce n'est pas pour te voir mourir deux jours plus tard.

Je le regardai avec un soupçon de pitié.
Si j'étais à sa place, je m'en ficherai probablement, de ce que disais l'autre.
Il faut dire que j'étais très têtue. Si j'avais décidé d'accompagner quelqu'un, je l'accompagnerai. Un point c'est tout.

– Je sais très bien ce que tu dois ressentir... tu dois te dire que tu viendras quand même, et que tu me sauveras... Je ne peux pas t'en blâmer. Je... arfh ! Je n'aurais jamais dû te parler de ça, c'est juste que... je ne m'y attendais pas, cette intrusion était si soudaine que... je...

Ma voix avait dérapé sur la fin.
Je me tus, tenaillée entre deux parties de moi si différentes... et complémentaires.
Celle qui se fichait qu'il meurt ou qu'il survive, et qui proposait notamment de l'utiliser comme bouclier humain, ou d'autres choses du même style. L'autre qui voulait le protéger, lui éviter d'avoir à souffrir la mort de sa "sauveuse" et lui donner l'occasion de vivre... Vous aurez comprit, pour l'instant c'était la seconde qui menait la danse.

Je m'étonnais de me trouver aussi prolixe.
Cette logorrhée était sans doute le résultat de ma tension et... de ma peur.
Je lui en voulais beaucoup, à cette peur. Elle allait et venait comme bon lui semblait depuis que j'avais terminé ma formation. Moi qui croyait être enfin libre, je n'arrivais même plus à la contrôler, ou du moins à la changer en d'autres sentiments à volonté : colère, haine, rage.

– Écoute... je ne peux pas t'empêcher d'aller ou bon te semble, mais s'il te plaît... ne me suis pas. Je veux bien t'attendre un jour ou deux, mais ensuite je partirai. Et –à moins que tu ne me prouves que tu es plus fort que moi par exemple–, ce sera sans toi.

Je ne souhaitais pas me montrer aussi brusque et dure avec le jeune blessé, mais je n'avais pas le choix. Si il choisissait de venir –sans être, en effet, complètement rétablit, et assez fort pour se défendre contre mon ancien maître– ce sera un carnage.

– Peut être que tu trouves que j'en fais un peu trop, mais cette femme... je soupirai, hésitante, ne sachant comment continuer sans passer pour une folle. Dis-moi, as-tu déjà entendu parler... du mot Marchombre ?

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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Jeu 03 Juil 2014, 01:09

-Je crois bien l'avoir déjà entendu, mais je ne dois pas être bien au fait de sa signification s'il te met dans un tel état.. Tu sais, je ne t'ai pas dit tout ça pour le simple plaisir de voyager en ta compagnie. J'ai vraiment le sentiment que je te dois quelque chose et je n'aurais pas de repos avant de te l'avoir rendu, ou d'être mort en essayant. Chasse tes tristes pensées, et surtout oublie cette histoire de faiblesse!
D'ici demain matin je t'aurais prouvé qu'il n'y a pas à me protéger. Et si j'ai promis de te sauver la vie trois fois, je le retire. Je n'aurais de cesse de t'épauler tant que par trois fois je ne t'aurais pas offert une vie, que ce soit en sauvant la tienne, en perdant la mienne ou en prenant celle de ces marchombres qui t'inquiètent tant.
Et puis, je ne sais même pas qui je suis, comment pourrais-je m'inquiéter de la mort alors que je n'ai même pas d'identité à perdre!

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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Jeu 03 Juil 2014, 11:10

Je souris presque malgré moi.
Je l'écoutais, et les larmes qui avaient embué mes yeux vert feuille n'étaient plus qu'un souvenir. Si le renouvellement de sa promesse sous une forme différente me donna du baume au cœur, car je l'avais à la fois espéré et redouté, certaines phrases de sa tirade m'étonnèrent, et la dernière me choqua. Je plongeai dans ses prunelles noires mon regard assombri par la colère.

– Je t'interdis de dire que tu te fiches de mourir ! Je suis certaine que beaucoup de gens tiennent à toi alors que tu ne le sais pas, et qu'ils seraient dévastés si tu disparaissais ! Ne parles pas comme ça alors que tu ne connais rien à ton ancienne identité ! Et puis... moi aussi je serais triste que tu disparaisses.

Je parus prête à continuer, mais finalement les mots restèrent dans ma gorge.
Je savais que j'avais du mal à assumer mes sentiments, mais de là à en perdre la parole...

– Enfin, passons, terminai-je, embarrassée.

Pour ce qui était de la dernière remarque...

– Les marchombres... Certes, pour la plupart des gens, ce mot n'a pas de consonance particulièrement "terrifiante". Mais pas pour ceux qui sont à la fois leurs ennemis séculaires, leurs parfaits opposés et ceux qui leur ressemblent le plus... J'hésitai à parler du chaos et des mercenaires. Même pour un non initié, ces mots sonneraient sans doute... pas très bien. Les envoleurs.

J'hésitais également à faire prendre aux miens le rôle de... victimes.
Ce n'était vraiment pas notre genre, et puis... c'était surtout très faux. Les victimes des envoleurs, ce sont les marchombres. Et même si c'était parfois l'inverse, il était rare qu'un marchombre traque un envoleur pendant des années pour parvenir à le tuer. Alors que l'inverse était déjà... plus courant. J'optai pour une petite omission.

– Certes, personne ne sait qui a lancé les hostilités, et aucun des deux camps n'est vraiment innocent. Ce qui est vrai. Mais, dans ce cas particulier, je pense que je n'ai rien fait pour mériter la colère de cette femme.

Elle pense que je l'ai trahie, alors que c'est elle qui m'a abandonnée.
– Pour résumer, j'ai été... l'apprentie de cette marchombre, et puis un jour, elle m'a dit de partir. Qu'elle ne pouvait rien m'enseigner parce que la voie n'était pas faite pour moi, ou que moi je n'étais pas faite pour la voie. Ce qui revient au même. Elle a brisé mes espoirs et n'a même pas voulu me donner d'explications.

En prononçant ces mots, je sentis le goût amer des souvenirs déchus envahir ma bouche.
– Alors, je suis repartie sur les routes, essayant de fuir celle qu'avaient prévu pour moi mes parents. Et finalement, au moment où j'étais en passe de renoncer, j'ai croisé la route d'une autre personne... je ne le savais pas, mais c'était une envoleuse. Elle m'a sauvée la vie face à un monstre qui s'apprêtait à me déchiqueter, et puis elle m'a parlé des envoleurs, et de leur Voie.

Ce combat avec un brûleur avait été mon souvenir le plus prégnant pendant longtemps.
– Après cela, je me suis rendue à leur quartier général, et je me suis inscrite en tant qu'apprentie. J'ai eut un maître, Dolce, pendant trois ans, et deux camarades, dont l'une est partie tôt, sans terminer sa formation, et l'autre plus tard. J'ai finit le dernier voyage seule avec mon maître, il y a à peine une semaine. C'est pour ça que je méditais et nageais dans le Pollimage, quand... je t'ai trouvé.

Quand tu as faillit mourir.
Quand je t'ai vu tomber de ce pont.
Mais inutile de remuer le couteau dans la plaie.
Je lui offris un petit sourire.

– Viens, allons manger, tu en as besoin, ensuite nous ferons un tour.

¤

Le jour passa au rythme des chants méditatifs des rêveurs.
Nous nous étions un peu entraînés, avec lenteur et en faisant attention à chacun des mouvements du jeune tressé. Il mangeait bien et beaucoup, à chaque repas, et reprenait des forces rapidement. Lors d'une courte pause, je n'y tins plus, et lui posa la question qui me tenaillait depuis un jour ou deux.

– Tu ne te souviens toujours pas de ton prénom, n'est-ce pas ? Est-ce que cela t'irait si... on t'en donnait un autre, en attendant ? Pour le côté pratique, assurai-je.

Après sa réponse, nous reprîmes l'entraînement avec l’enthousiasme de jeunes enfants. Oubliant presque ce pour quoi nous nous entraînions.

¤

De temps à autres, je prenais quelques instants pour m'entraîner "plus sérieusement". Certes, ce que faisait le jeune homme convenait parfaitement à une remise en forme après une convalescence, mais pour ma part, je n'étais pas convalescente, et mon corps avait besoin de ces mouvements quotidiens appris auprès des envoleurs pour ne pas régresser.

Le deuxième jour, nous commençâmes les combats.
Il était déjà beaucoup plus en forme que les jours précédents, mais nous prîmes tout de même des bâtons taillés, des espèces de sabres en bois, dans un premier temps. Le matin, puis l'après-midi déclinèrent lentement au rythme de nos passes et de nos touches. Je n'utilisais pas toute ma force pour le frapper, car je le touchais encore beaucoup trop souvent, et je n'avais pas envie de le couvrir de bleus.

Je laissai soudain fuser un éclair de ma vraie valeur.
Sinueuse, rapide, dangereuse, ma lame (de bois) fusa vers le flanc droit, exposé, du jeune homme avec une vivacité sans égales. J'ignorais pourquoi je tentais une telle botte qui aurait pu lui faire assez mal, alors qu'il n'était peut être pas encore complètement rétablit. Enfin, il m'avait dit qu'il me prouverait qu'il était en pleine forme pour se battre, alors pourquoi retenir mes coups ?

Aurait pu.
Le jeune homme avait réagit avec encore plus de vivacité.
En un pur réflexe, son bras s'était reculé pour poster sa lame entre la mienne et la sienne, et je rompis ma garde d'un pas en arrière, étonnée.

– Whao. Est-ce que tu sais comment tu as fait ça ?

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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Jeu 03 Juil 2014, 17:29

Il espérait bien la réconforter avec ses paroles, toutefois c'est lui qui se sent le plus heureux quand elle se met à le gronder sur la valeur de sa vie. Malgré lui, un sourire refuse de quitter ses lèvres, même alors qu'il sait que Papillon s'attend à le voir désolé de ses dernières paroles. Mais elle ne s'en offusque pas, elle semble avoir ses problèmes et à sa grande surprise elle lui en fait part.

Elle lui explique tout d'abord qu'il n'y a pas que les marchombres dans l'histoire, il y a aussi les envoleurs. Ce mot n'est pas tout à fait inconnu du jeune homme, mais son sens lui échappe. La seule chose qui lui vient à l'esprit quand il y tourne et retourne les syllabes est le doux visage d'une jeune femme aux cheveux blancs comme la neige. Une vision angélique qui lui semble correspondre à la douceur du mot sur sa langue. Les envoleurs doivent être des personnes aussi formidable que Papillon et cette jeune femme qui a parcourut son esprit. Et au dires de la rouquines, ils sont aussi les opposés des marchombres.
Pour lui, ce mot-ci lui rappelle la dénomination que l'on accorde parfois aux voleurs, parfois à des acrobates.. Mais il a aussi la lourde impression qu'il cache bien plus de mystères que cela. Et puis, il a du mal à envisager ce mot sous une allure maléfique. Surtout que s'ils ressemblent aussi aux envoleurs, il devait être difficile de les démarquer si simplement.

Pourtant, il semble que la guerre les sépare et que sa sauveuse ait goutté aux deux camps avant de choisir les envoleurs. Elle raconte beaucoup de chose et c'est un torrent d'informations duquel le jeune homme ne sait quelle conclusion tirer. La chose lui paraît toutefois simple. Elle a un ennemi juré. Qu'importe ces histoires de Voies et d'apprentissage. Il s'agit là de combattre et de risquer sa vie. Ce ne peut-être plus que ça pour lui, malgré que ce soit l'histoire d'une vie pour Papillon.
Quelle que soit l'histoire, il sait qu'il a déjà choisi son camps.


Malgré qu'il lui ait promis de se remettre sur pied en une nuit, il ne parvint pas à totalement récupérer en si peu de temps. En revanche, il n'a pas oublié son défi personnel. Ayant récupéré ses vêtements quand les rêveurs se sont aperçus qu'il était parvenu à se traîner dans tout le monastère sans aide, il pu se lancer à de l'escalade nocturne.
Il n'en a parlé à personne et pour cause, Papillon en était encore à le considérer avec une âme protectrice et il ne veut en aucun cas l'inquiéter avec ses idées téméraires. Ainsi, à la nuit tombée, il s'est glissé hors de sa chambre et à rejoins la cours à pas de loup. Depuis sa première escapade, il s'était enrichi de deux repas et d'un bon repos, autant dire qu'il ne se sent plus le même homme. Une énergie toute neuve courre dans ses membres et son cerveau lui semble travailler à toute vitesse. Bien qu'il ne puisse se défaire de ce profond malaise que lui inspire la nuit -pourquoi diable s'étonne-t-il encore qu'elles soient si sombres, c'est là le principe même de la nuit- il s'y déplace sans crainte et lui trouve une beauté surnaturelle. Les choses se parent des mêmes nuances de couleur la nuit, le monde semble moins vaste et bien plus mystérieux et, surtout, il a l'impression de retrouver ce domaine de non douleur où il s'immergeait il y a peu.
Parcourir la nuit, c'est comme parcourir un rêve éveillé.

Et puis, il n'y a que la nuit que l'on peut admirer toute la beauté de la lune. C'est un fait qu'il sait depuis plus longtemps qu'il ne peut s'en souvenir.
Un peu comme cette furieuse envie de se percher au-dessus d'un toit.

Au premier coup d’œil, il peut dire que le bâtiment n'est pas un problème pour grimper. Il lui suffit de s'approcher de la façade pour voir de nombreuses prises possibles. Il s'étonne cependant d'en considérer certaines qui ne doivent pas être aisées à utiliser. Pour un premier soir-est-il pas déjà en train d'envisager de le faire chaque nuit qui s'offrira à lui ?- il décide de ne rien faire de trop audacieux. Grimper le mur avec les prises les plus évidentes et les faciles à atteindre.
Bien que prudemment exécuté, l'exercice ne lui prend pas bien long. Ses bras lui semblent fort et ses jambes puissantes, son corps répond instinctivement à ses demandes et parfois de façons surprenantes mais efficaces. Pas besoin d'être devin pour le comprendre, il sait grimper comme il sait monter à cheval. C'est un savoir gravé dans sa chair.

Et maintenant que les tuiles sont sous sous ses pieds, que la lune est au dessus de lui et que le vent agite ses tresses, une autre envie le tiraille. Souffler et inspirer. Profondément, sincèrement. Se vider de toutes ses pensées et de tous ses doutes. Les yeux clos, il répète un moment l'opération, mais elle est incomplète.
Bouger, il aime désespérément bouger. Alors ses bras se meuvent d'eux même.

Plus tard, alors qu'il est enfin apaisé et qu'il rouvre les yeux, il découvre la nuit comme il l'avait désiré depuis le début. Belle et claire.


Le jour qui suivi, bien qu'il se passa toujours dans ce havre de quiétude, s'est avéré bien plus amusant. Papillon s'est décidée à l'entraîner. Visiblement, elle n'a plus de scrupules à le laisser l'accompagner, sinon son doute quant à ses capacités. Il en a tiré de bonnes choses, notamment une impression de déjà vu, ensuite l'éveil de ses muscles endormis. Bien qu'elle ne voulu pas lui en faire faire trop, il ne rata pas une occasion dans la nuit pour s'adonner à des exercices plus complexes et fatiguant.
Au cours de cette journée entraînements, Papillon a soulevé un point important et dérangeant. Le fait est qu'il ne se souvient toujours pas de son nom et qu'il est difficile de s'adresser à quelqu'un que l'on ne peut pas nommer. L'idée d'en choisir un de rechange étant sans conteste la meilleure, ils se mirent à en chercher tout en échangeant leurs coups. Beaucoup de noms ont défilés et la plupart ont été rejetés. Tout les prétextes sont apparus pour les repousser, ça sonne moche, ça a été inventé par un Raïs, ça ressemblait à un nom de vieillard, c'était sûrement un nom de fille, c'est trop commun.
Pourtant, ils n'ont pas manqué d'idées, et même lui a pu en citer un bon nombre, malgré le fait qu'il n'ait jamais plus d'une esquisse de visage en tête pour les y associer.
Finalement, l'un s'est montré assez plaisant tout en restant peu commun. Lope. Sa consonance particulière lui donne un air exotique qui ne peut que plaire au jeune homme.

Enfin, vint le deuxième jour d'entraînement. Papillon lui a donné un bâton à tailler, jusqu'à ce qu'il ressemble  à un sabre. Elle même munie d'un, ils ont pu ainsi s'amuser à se combattre. Au début, Lope ne fit rien de bien fameux. Il prenait des coups sans parvenir à en donner. A vrai dire, il essayait de trouver une bonne façon de combattre.. mais rien ne lui venait. Au bout d'un moment, las de penser, il s'est juste laissé aller. Déjà il voyait les choses changer. Faute de rester attentif sur le sabre de Papillon, il se surprit à la contempler dans sa globalité.
Le moindre mouvement devint alors sensation et son souffle marqua le rythme. Il pouvait maintenant dire quand elle s’apprêtait à agir et sans même y penser il suivait son mouvement. Au bout d'un moment il fini par se faire à ces sensations et lorsqu'un coups plus vif que les autres vint menacer son flanc, il réagit d'instinct et sans l'ombre d'une hésitation.
Son bras droit vole sur son flanc, en défense solide et déterminée et sa mains gauche se referme sur.. sur le vide. De surprise, il s'arrête dans son élan, de même que Papillon qui recule d'un pas. Pendant un instant, il était sûr de pouvoir lui porter un coup décisif.. mais en fait il n'avait rien qui le lui aurait permis.

Il regarde sa main gauche avec curiosité. Il avait senti son corps prêt à bondir vers l'adversaire et y abattre son sabre, mais de la main gauche qui était malheureusement désarmée. Maintenant qu'il y pense, s'il possède deux épées, c'est bien qu'il doit pouvoir en manier une dans chaque main. Est-ce qu'il peut toutefois se battre avec une seule aussi efficacement ?


– Whao. Est-ce que tu sais comment tu as fait ça ?

-C'est un peu comme si tu me demandais si je sais comment je fais pour marcher.. C'est .. naturel ? L'instinct ? L'habitude ? Je crois que je le fais parce que je sais le faire, mais je ne sais pas pour autant comment je le sais... On recommence ? Je crois que je comprends un truc!

Quelqu'un lui a-t-il dit un jour que  le corps aussi est une arme ? Si c'est le cas, il ne sait pas qui, mais sa voix et cette phrase s'ancrent dans son esprit. Il n'a pas besoin de deux épées pour porter un coup, il a un poing, il a des jambes. Quel idiot se limite au tranchant d'un sabre ? Papillon ne doit pas être de ceux là et il se doute maintenant qu'elle le ménage encore.
Ne doit-il pas lui prouver qu'il est digne de l'accompagner ? C'est le moment de la surprendre.
Bien que ses deux mains tiennent le sabre, seule la droite a vraiment prise. L'autre n'attend que le bon moment pour s'envoler.. Il le sait maintenant, c'est sa façon de se battre.
Son sabre s'agite à nouveau, d'un mouvement aussi maladroit qu'avant. Il rencontre plusieurs fois celui de Papillon, mais elle semble un peu plus audacieuse, cherchant à le pousser de nouveau dans son retranchement. Et cela ne manque pas, a nouveau acculé, sa main gauche abandonne le sabre.
La bras droit interpose son bâton avec celui de papillon et Lope se rapproche sans attendre, saisit le bras de papillon pour tenter de lui faucher les jambes..
La jeune femme ne l'entend apparemment pas de cette oreille et avant qu'il ne puisse mettre son plan a exécution, elle se met elle aussi à bouger..

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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Dim 06 Juil 2014, 02:22

Je souris largement à la fin de sa tirade.
J'avais eut peur de l'emmener vers sa mort, mais je crois bien qu'il est en réalité apte à tenir sa promesse ! En y réfléchissant, cette promesse... je ne savais trop qu'en penser. Après tout, si je voulais qu'il s'en aille rapidement, j'aurais dû lui dire que je ne voulais pas de dédommagements, ou même aller jusqu'à accepter son argent, ou autre chose... une autre chose qui ne nécessitait pas qu'il m'accompagne.

En fait, je peinais encore à réaliser que je ne souhaitais pas cela. Qu'il parte.
Il le faudrait bien pourtant. L'admettre. Continuer à se mentir à soi-même ne donne que rarement de bons fruits. Nous échangeâmes de nouveau quelques coups, mais le fracas de nos lames de bois avait un son plus... juste. Sa positon, sa garde, ses appuis et ses pas, étaient beaucoup plus justes qu'avant, comme si il se souvenait enfin de comment il faisait pour se battre.

J'exultais, un peu comme si c'était moi qui l'avait entraîné.
Il avait parlé d'habitude et d'instinct, et j'avais l'intuition que c'était exactement cela.
Dès qu'il tentait de réfléchir à comment frapper, il échouait assez lamentablement. Mais dès qu'il se laissait guider par son instinct, il arrivait à me mettre en danger. Pour l'instant, il ne parvenait pas vraiment à aller plus loin et à me porter des coups, parce qu'il n'était pas encore au top de sa forme, mais je ne doutais à présent plus qu'il ait été avant sa chute un combattant adroit, agile et dangereux.

Je ne retins bientôt plus mes coups.
Je voulais voir jusqu'où je pouvais le faire aller.
Je le poussai encore dans ses retranchements, cherchant à faire se manifester son cerveau reptilien, ses réflexes les plus profondément enfouis par son amnésie et sa convalescence, qui ne se révéleraient que lorsqu'il serait réellement en danger.

C'est ainsi qu'acculé, il fit une chose curieuse.
Sa main gauche quitta le manche de son sabre qu'il tenait jusqu'alors à deux mains.
Mon sabre se retrouva arrêté par le sien, qu'il tenait de la main droite, et je vis mon adversaire se rapprocher, saisir vivement mon bras et tenter de me déséquilibrer.

Si je ne réagis pas aussi vite que je le faisais d'habitude, c'est parce que je fus extrêmement surprise par ce brusque changement de technique. Malheureusement pour Lope, j'étais bien trop entraînée pour mettre plus d'une seconde à m'en remettre. De plus, Dolce n'avait jamais négligé nos aptitudes au combat à mains nues. Selon ses dires, nous ne devions pas avoir besoin d'armes, nous devions "être" des armes. Alors que Lope tente de me faucher les jambes, je bloque mes appuis, parfaitement espacés et équilibrés, dans le sol, et retourne sa prise contre lui.

Bientôt, il se retrouve cloué au sol.
Une clef de bras et mon genou posé sur sa colonne vertébrale l'empêchent de bouger et à posteriori de se relever. Je laissai passer une poignée de secondes avant de lâcher son bras pour le laisser s'asseoir. Puis, avec un sourire à la fois amical et un peu amusé, je lui proposai ma paume pour se relever...

Il la prit, mais je ne m'attendais pas à ce qu'il advint ensuite.
Aussi vif que je l'avais été, peut être plus, il se servit de ma main comme d'un levier, posa son pied sur mon ventre et me fit rouler par-dessus lui pour finir par peser de tout son poids sur moi. Je restai un instant interdite, le souffle coupé, puis j'éclatai de rire, me rendant compte que Lope était aussi fort à mains nues qu'à l'épée. Ou fut. Il ne restait plus qu'à le laisser reconquérir tout ce qu'il avait oublié !

La bagarre terminée, nous discutâmes un peu.
D'abord de combat, où j'avouai que je ne craignais presque plus de le laisser affronter les marchombres, puis de la suite des événements. Nous tombâmes assez vite d'accord pour ne pas partir à cette heure –nous étions un peu fatigués qui plus est–, et prendre la route le lendemain matin à l'aube, après une bonne nuit de sommeil.

C'est ainsi qu'après un délicieux ragoût de silfleur, nous repartîmes dans nos chambres respectives, après avoir prévenu les rêveurs de notre départ imminent.

¤

Pourtant, au beau milieu de la nuit, je me surpris à me lever.
Je n'arriverais pas à dormir tant que je n'aurai pas fait quelque chose, n'importe quoi, pour me rassurer. Je décidai qu'une balade nocturne ne serait pas de trop, et enfilai mon armure de cuir.

Les questions se bousculaient dans ma tête.
Est-ce que je devrais prendre la fuite maintenant pour que Lope ne puisse pas me suivre ? Est-ce que je devrais partir seule affronter mon ancien maître maintenant, face à face ? Je ne savais pas trop. Je finis par me lever pour une balade nocturne sans emporter mes affaires, à part mes armes.

Une fois dans la nuit, échappée par la fenêtre de l'abbaye, je fixe la lune.
C'est toujours un honneur, belle dame, ma complice, songeai-je à son intention.
Je lui souris et laissai mon regard dériver sur le paysage nocturne. Malgré le maigre croissant de lune, je me sens parfaitement chez moi dans la nuit. L'obscurité est mon domaine, comme elle l'est pour chaque envoleur.

C'est alors que mes yeux se posent sur une faible lueur, sous les arbres, loin de là.
Mais finalement très près, trop près. Pourquoi des voyageurs choisiraient-ils de passer la nuit autour d'un feu de camp à la belle étoile au lieu de profiter de l'hospitalité des rêveurs ? Une évidence qui s'impose : parce que ce n'était pas n'importe quels voyageurs. Ou plutôt voyageuse.

Pendant de longues minutes, je suis la lueur à travers les arbres, tâchant d'être aussi discrète et invisible qu'une simple brise. Après tout, cette fois-ci, c'était une marchombre que je traquais... Je me rendis compte que je n'en avais encore jamais tué un seul, alors que j'avais été formée dans ce but. Tuer des marchombres.

J'arrivai enfin au campement, à la lueur du feu entre les branches.
La scène semblait paisible. Deux silhouettes se parlaient, l'une et l'autre de chaque côté d'un feu haut et fort, comme pour tenir les ténèbres et la fraîcheur nocturne à distance. L'une d'elle était mon ancien maître, et l'autre...

Je me rendis compte que pas une seule fois je n'avais envisagé que la marchombre pouvait ne pas être venue seule. Mais évidemment, sa vie ne s'était pas arrêtée entre temps, et elle avait eut un autre apprenti. Un apprenti qui était assit en face d'elle, parfaitement à l'aise, comme moi j'avais pu l'être du temps où...

C'était un jeune homme de taille moyenne, à l'ossature fine et aux muscles déjà saillants. Il devait avoir dix-sept ou dix-huit ans, guère plus, avait les cheveux hésitant entre le blond et le châtain, et les yeux gris-vert. Il portait une tenue de cuir qui dénudait ses bras et ses épaules, et qui n'aurait pu être qualifiée d'armure tant elle semblait fragile. Cependant, elle devait parvenir à le dissimuler et possédait de nombreuses poches. Utilitaire, somme toute.

Il pensait sans doutes ne pas avoir besoin d'armure.
Je me fis la réflexion que ceux qui pensent ne pas pouvoir être blessés sont souvent les premiers à mourir. Au vu de sa dégaine et de ses paroles, il ne devait pas être son apprenti depuis plus d'un an. Mais en fait, je m'en fichais pas mal, de lui. Celle que je voulais voir, c'était mon ancien maître qui pour l'instant m'était cachée par les branches basses.

Je m'approchai pour la voir et arriver à entendre leurs paroles.
Je n'étais pas forcément là pour me jeter sur eux et tenter de les tuer.
J'étais surtout là parce que je ne parvenais pas à dormir.
Parce que j'avais besoin de réponses.

– Mais qu'est-ce qui ne va pas avec cette fille ? Vous auriez au moins pu m'expliquer ce que nous faisons ici, à attendre on-ne-sait quoi ! Je n'ai rien dit pendant tout le trajet et les trois jours que nous avons passés ici, mais là j'en n'en peux plus ! Si encore il y avait des choses à faire ici, mais y'a juste ces indolents de rêveurs, des abrutis à moitié endormis à longueur de journées, tout juste bons à...

Il se tut soudain en apercevant l'expression orageuse de son maître.
Il fit sans doutes bien. Dans mon souvenir, Lysean n'était pas très patiente quand je disais de telles âneries –à ses yeux. Elle finit par s'adoucir un peu, et secoua la tête avec un sourire triste figé sur l'expression lasse de son visage.

– Il se trouve que cette jeune femme, que tu as entrevue en te glissant sur le toit de l'abbaye pour tenter de surprendre notre conversation...

Je laissai un sourire amusé étirer mes lèvres.
Ainsi donc il nous avait espionnées ? Après tout, je n'en avais pas grand chose à faire. Cet échange avait été si sibyllin qu'aucun néophyte n'y aurait comprit quoi que ce soit. Ce qu'il s'était sans doutes passé, car l'apprenti n'aurait pas posé cette question dans le cas contraire. Le jeune homme ouvrit la bouche pour nier ou pour tenter de se trouver des excuses, mais la marchombre l'arrêta d'un geste.

– ...a été mon apprentie pendant cinq mois. Et ça a été l'une des plus grandes erreurs de ma vie...
– Quoi ?
la coupa-t-il, le fait de l'avoir prise pour apprentie ?
– Non, le fait de l'avoir découragée en lui disant qu'elle n'était pas faite pour la voie ou que la voie n'était pas faite pour elle.
– Je vois ! Parce qu'ensuite, elle est devenue quelque chose que vous n'aviez pas prévu, c'est ça !
– En partie, oui, mais surtout, parce qu'elle aurait fait une marchombre exceptionnelle. Vois-tu, il était courant comme méthode d'apprentissage, à l'époque, de tester son apprenti en lui tenant de tels propos, en tant qu'épreuve de volonté.
– Ah,
s'étonna-t-il ; visiblement, il ne l'avait pas subie, lui, cette épreuve. Et... cette jeune fille n'en avait pas ? Elle n'a pas réussit l'épreuve ?

Lysean avait perdu son sourire depuis plusieurs minutes, et elle riva son regard sur l'herbe à ses pieds, comme si elle hésitait à répondre. Je ne perdais pas une miette des propos échangés. Je n'en croyais pas mes oreilles. Une épreuve ? Tout ce qu'elle m'avait dit n'était qu'une mise-en-scène ? Pourquoi ? Comment avait-elle osé jouer avec les espoirs d'une jeune fille aussi crédule que je l'avais été ?

Je me retins de justesse de me jeter sur elle pour passer mes nerfs avec les poings.
Sans doutes que j'y arrivai grâce à son expression honteuse et navrée, mais ce fut quand même de justesse –d'habitude pourtant, les remords de mes victimes ne sont rien pour moi... Je fixai son visage avec peu d'aménité. Je crois que je lui en voulais encore plus maintenant que je connaissais la vérité sur la raison pour laquelle elle avait refermé la voie qu'elle m'avait fait miroiter.

– Bien au contraire. Elle l'a... en quelque sorte dépassée. Elle avait une telle volonté qu'elle n'a pas supporté de se voir ainsi coupée de tout espoir de changement, de voie ou d'autre chose, qu'elle a trouvé d'autres personnes pour lui enseigner une voie à la fois parfaitement opposée, extrêmement sombre et pourtant très proche.

Le jeune homme, si prolixe une minute plus tôt, était bouche-bée.
– Elle a rejoint les mercenaires du chaos par dépit ? Et vous n'avez rien fait pour l'en empêcher ?
– Après l'avoir laissé s'enfuir, je l'ai suivie pendant un peu plus d'une semaine, attendant le moment où je serai sûre, comme on me l'avait conseillé, qu'elle souhaitait sincèrement devenir marchombre, pour lui dire que c'était une simple épreuve et que je voulais la reprendre comme apprentie... Malheureusement, à partir du moment où elle a rencontré cette envoleuse aux cheveux blancs, qui s'est battue à ses côtés contre un brûleur, elle avait perdu toute envie de me voir revenir.
– Comment le savez-vous ?
– Ce sont ses propres mots.
– Oh...
– Et cette femme l'a tellement impressionnée qu'elle est s'est empressée d'aller directement au foyer général des envoleurs, où je n'ai pas pu la suivre. Ensuite... il était trop tard.
– Je vois. Mais... vous auriez tout de même pu la trouver à un moment où elle était seule, et lui dire que vous étiez désolée et que cela avait été une erreur ? Peut être qu'elle vous aurait écoutée... Ce que je ne comprends pas en fait, c'est pourquoi revenir la voir maintenant ? Et pourquoi l'attendre depuis trois jours devant cette abbaye ?
– Parce que... je pensais sincèrement qu'elle ne viendrait pas.
– Comment ça ?
– Tu te souviens qu'il y a quelques jours, nous nous sommes arrêté dans le bourg ouest au pied de l'Arche, n'est-ce pas ?
Elle continua dès que son apprenti eut hoché la tête avec circonspection. Eh bien, tu étais parti confier nos chevaux au palefrenier, quand j'ai vu quelqu'un tomber de l'Arche. J'étais trop loin pour lui venir en aide, mais j'étais prête à plonger quand j'ai vu une flamme rousse danser à la surface de l'eau. Je l'ai tout de suite reconnue (bien que j'ai mit du temps à assimiler qu'il s'agissait d'elle), Papillon avait un rapport spécial avec l'eau... elle a toujours nagé à la perfection, à sa manière à elle.
– D'accord, vous l'avez reconnue à sa façon de nager,
l'interrompit l'apprenti, visiblement impatient et un peu agacé... de la jalousie ? Et ensuite, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
– Elle a sauvé celui qui était tombé de l'Arche.
– C'est possible, ça ?
fit-t-il dans un souffle, avec des yeux ronds comme des soucoupes.
– Il n'était tombé que du tiers de la hauteur, à peu près, mais elle l'a fait. Je savais ce qu'elle était devenue, c'est pourquoi je n'en ai pas cru mes yeux. Une envoleuse qui risque sa vie pour sauver un inconnu ? C'était totalement irréaliste. C'est pourquoi je n'y ai pas cru une seule seconde, et que je t'ai demandé de te débrouiller pendant quelques jours.
– Et vous l'avez espionnée... et qu'est-ce que vous avez déduit ? Pourquoi a-t-elle fait une chose pareille ?


Le regard de la maître marchombre se fixa dans le feu rougeoyant devant eux.
– Je... je ne sais pas. Elle avait l'air sincère, finit par dire Lysean, troublée.
– Comment ça ?
– Elle semblait vraiment s'être fixée pour objectif de permettre à cet... amnésique de guérir.
– Un amnésique ?
s'étonna-t-il à son tour. Alors c'est qu'elle le connaissait, sinon ce n'est pas possible ! Quoi, elle court après son argent, ou un autre de ses biens ?
– Non, elle dit qu'elle ne le connaissait pas. Et si son but était l'argent de la victime, elle ne se serait pas donné la peine de l'aider, elle l'aurait tué et volé, ou l'inverse,
affirma Lysean en secouant la tête.
– À part si elle court après une fortune familiale !

La marchombre dodelina un instant du chef, semblant réfléchir à cette possibilité.
– Je ne l'ai pas senti dans son attitude et dans ses paroles, quand je lui ai posé la question... mais peut être que tu touches juste, Hadris.

Un silence suspendu les enveloppa un moment.
Le dénommé Hadris sembla hésiter un instant à le briser, mais il finit par reprendre la parole après s'être éclaircit nerveusement la voix.
– Cette fille... elle vous en veut ?
– Oui, beaucoup,
fit-elle en souriant tristement. Mais elle a aussi peur encore de s'attaquer à moi, ce qui me donne un avantage... pour l'instant.

De nouveau, un léger silence les enveloppe, avant d'être de nouveau brisé par l'apprenti.
– Et vous, vous lui en voulez d'être devenue...?
– Une mercenaire du chaos ? Pour ça, je m'en veux surtout à moi-même, mais... un peu à elle aussi, c'est vrai.
– Maître...
commença-t-il, avant de s'arrêter brusquement.
– Qu'est-ce qu'il y a, Had' ? T'ai-je jamais empêché parler ?
– Non, mais, ma question pourrait vous sembler... Enfin, je me demandais si... si cette Papillon est devenue... forte, pendant ces trois années passées à suivre la voie des envoleurs ?


Lysean sembla hésiter quelques secondes.
Était-ce parce qu'elle ne voulait pas donner de mauvais espoirs à son apprenti en titillant par exemple une soif de puissance déjà présente chez lui, ou avait-elle... elle-même peur de la réponse ?

Je retins mon souffle.
J'avais eut peur que pendant ces silences, elle n'entende mon cœur battre –et elle aurait sans doute pu si elle avait été concentrée–, mais sa concentration du moment était focalisée sur ses pensées et sa discussion avec son apprenti. Une chance s'il en était.

– Eh bien... en effet, elle est aujourd'hui aussi forte que bien des marchombres. C'est malheureux à dire, mais je pense qu'elle a finalement eut ce qu'elle désirait : une vie de liberté et de force. Cependant très différentes de celles qu'elle aurait pu obtenir en suivant la voie des marchombres.

Mon cœur bondit dans ma poitrine. De colère.
Pour qui se prenait-elle ? J'étais bien plus libre que n'importe quels marchombres, tenus en laisse par leurs beaux principes débiles, par leurs convictions erronées et par leurs sentiments. Des sentiments qui les rendaient faibles. La liberté absolue ne pouvait être vécue que par un esprit dénué de ces laisses, de ces attaches, de ces chaînes.

Je ne suis pas une fanatique du Chaos comme ses adorateurs, voire certains mentaïs, mais je sais que cette Liberté est une chose que je n'ai pu atteindre qu'en suivant la voie du chaos aux côtés de Dolce. Je me rendis alors compte que cette femme aurait été un maître tellement plus... fade. J'étais finalement heureuse qu'elle n'ait pas tenté de me récupérer comme elle l'avait déploré, un peu plus tôt dans sa conversation avec son élève.

Cet élève, je le trouvai plutôt mignon, quoiqu'un peu présomptueux.
Je me demandai un instant s'il était corruptible... avant de secouer la tête.
Je n'étais pas là pour ça.

Perdue dans mes pensées, je faillis rater la question du jeune homme.
– ...lez-vous réparer votre erreur ?
– Comment ça ? Explique-toi.
– Eh bien... comptez-vous vous battre contre elle ? Réparer votre erreur en l'effaçant ?
– C'est... c'est mon devoir.


Elle semblait en douter.
Pour ma part, j'avais sentit mon cœur se serrer.
J'avais beau lui en vouloir, j'avais beau avoir eut des envies de meurtres depuis qu'elle m'était réapparue dans cette cour intérieure de l'abbaye, j'avais secrètement espéré qu'elle n'était pas revenue pour me supprimer, mais plutôt par curiosité. À présent, j'en avais la confirmation.

Elle continua à parler, comme si elle tentait de se convaincre elle-même de la justesse de son "devoir" :
– Je ne peux pas la laisser dans la nature, libre de tuer des innocents. C'est pour ça que nous attendons ici qu'elle sorte de cette abbaye.
– Je comprend. Mais... vous avez commencé à douter de votre devoir quand vous l'avez vue sauver cet homme, n'est-ce pas ?
– Peut être,
éluda-t-elle en regardant ailleurs.

Je grimaçai, écœurée par autant de sentimentalisme.
C'est en partie pour cela que je reste convaincue que notre liberté est mille fois plus absolue que la leur. Moi, je n'ai aucun "devoir" qui m'appelle, tandis qu'elle, elle doutait du sien mais se devait de poursuivre sa mission. Moi, je n'ai aucun principe à respecter, rien qui me lie à un quelconque "devoir à accomplir". Elle, son devoir la contraint à quelque chose qu'elle ne veut pas faire, et cela fait d'elle ni plus ni moins qu'une esclave.

Qu'elle garde sa pitié, et qu'elle tire son épée.
On verra bien qui sortira vainqueur de cet affrontement.
Quand je m'extirpai sans bruit des buissons alors qu'ils continuaient leur conversation que je n'avais plus besoin d'écouter, la lune était encore haute. Quant à moi, j'avais enfin les idées claires... et plus aucun doute. Je regagnai l'abbaye de la confrérie à pas de loup, silencieuse et invisible dans l'obscurité.

Enfin, c'est ce que je croyais.
Je ne perçu pas la paire d'yeux bleu acier qui me suivirent à travers les arbres jusqu'à ce que je disparaisse complètement. Les mêmes que ceux qui ont permit à son apprenti de faire un joli feu, visible de loin. Des yeux d'une douceur et d'une tristesse sans égales, dignes d'une marchombre... ou d'une mère.

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Nuhadu Darkmoon
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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Dim 05 Juil 2015, 17:54

Il ne prit vraiment conscience d'avoir perdu ce match que lorsqu'il se retrouva au sol et dans l'incapacité total de bouger sans s'attirer de vives douleurs. Une petite voix lui dit qu'il aurait été vain de chercher une échappatoire, aussi se mut-il à l'immobilité et avoua sa défaite entre deux respirations saccadés.
Elle était bien trop forte, dans tout les sens qu'il aurait pu trouver au terme. Enfin, il pensait pouvoir prendre le dessus sur des questions de force pures, mais il n'en aurait tiré aucun plaisir et cela n'aurait servit que son orgueil. L'entraînement auquel ils se prêtaient avait pour lui bien plus d'importance que la victoire. S'il veut l'accompagner, il faut qu'il soit capable de se défendre et au vu de son attirail il devait bien l'être avant son accident dans le Pollimage.
Quand enfin il fut délivré de la prise de Papillon, le jeune homme pu bouger, bien qu'encore un peu endolori. Il se mit sur le dos, prenant le temps de prendre une bonne inspiration. Fallait-il vraiment reprendre l'entraînement tout de suite cependant ? Le sourire amusé de papillon, alors qu'elle lui tendit une main amicale pour le relever, suffit à ranimer son désir de combattre. Soit, ne serait-ce que pour l'orgueil !

Il saisit sa main, acceptant humblement son appuis, mais avant de tirer dessus pour se relever, sa botte vint se poser sur le ventre de la jeune femme et il se laissa tout entier basculer en arrière. Il est bon d'être plus lourd que son adversaire en certaines occasions, Papillon ne pu s'opposer à son élan et bascula par dessus son adversaire pour atterrir sur le dos. Avait-il toujours été capable de ce genre d'acrobatie ? Pouvait-il en faire plus ? Le fait est qu'une souple roulade l'amena par dessus la jeune femme. Un immense sourire fendait ses lèvres tandis que son orgueil allumait des feux d'artifices et se lançait dans une fête terrible.
C'était traître.. mais c'était amusant ! Sa victime du penser de même car elle éclata de rire.

Étrangeté. Le jeune homme s'écarte d'elle, toujours heureux de sa farce, mais quelque peu gêné. Il ne s'était jamais caché que Papillon était une jolie, ou plutôt séduisante, femme. Il avait combattu avec elle assez souvent pour la toucher plusieurs fois et n'y avait pas prêté plus d'attentions jusqu'alors. Mais maintenant que la tension de combat était retombée, il se sentait mal à l'aise. Comme s'il y avait quelque chose d'injuste qui se passait en ce moment.
Chassant ses pensées, il tend à son tour la main à Papillon, bien qu'inquiet qu'elle ne prenne sa revanche..

Finalement, ils repartiront ensemble. Il ne peut que se réjouir de la voir s'inquiéter de moins ne moins pour lui. Quelque part, il se disait qu'il devait être quelqu'un sur qui l'on pouvait compter par le passé, mais peut-être avait-il juste envie de ressembler à la jeune femme qui lui a sauvé la vie. Où se trouve sa personnalité, où se trouve la limite entre l'admiration et la copie ? Peut-il seulement espérer être quelqu'un sans savoir qui il était ?

Au milieu de la nuit, au cœur des ombres, sous le regard d'une nouvelle lune si fine qu'elle en paraît fragile au milieu des nuages qui la masquent et la révèlent au grès de leurs envies. Il est encore sur les toits, profitant de son corps quelque peu usée par ces entraînement, mais tout autant revigoré. Il se prête encore à ces gestes qui ne peuvent être qu'une part de lui tant ils l'apaisent.
La nuit est toujours aussi belle et claire. Elle ne saurait lui cacher cette chevelure rousse qui traverse labbaye pour la cacher.

Il s'en étonne, a-t-elle décidé de partir sans lui et sans cheval ? Cela lui semble trop peu probable, pourtant elle ne semble pas être sorti pour une simple balade.

Curiosité. Il est étreint par le désir de la suivre, de voir ce que cache cet océan de mystères qu'elle transporte. Il n'hésite pas un instant à lui emboîter le pas. Un pas silencieux et prudent. De peur de la vexer s'il se faisait remarquer en train de la suivre il décide d'emprunter des voies détournées et de garder ses distances. Approchant d'un feu de camp qui semble être la cible de Papillon, il se hisse au sommet d'un arbre. La chose n'est pas plus difficile qu'escalader les murs des Rêveurs et il découvre même un certains plaisir à voyager entre les feuilles sans les faire bruisser. Il a comme la sensation d'être un de ces prédateurs en chasse, qui avancent avec une lenteur mesurée pour se rapprocher d'une proie inconsciente du danger.
Sauf qu'il n'avait pas vraiment de proie. Papillon était arrivé à un campement d'où s'élevait quelques voix. Il ne pouvait en voir les propriétaires sans risquer de s'exposer à papillon ou à eux, aussi attendit-il malgré que sa curiosité allez grandissante. Mais tout de même, cette situation était bien plus qu'ironique. Il espionnait une jeune femme qui espionnait la conversation d'un couple de personne , car c'était bien ce qu'elle semblait faire en écoutant leur conversation à l'abri de leur vision. Il ne manquerait plus que quelqu'un le surveilla lui.

Par acquis de conscience, il observa méticuleusement les alentours. Aussi bien qu'il put voir, personne d'autres n'était là. Il ne pouvait pas se douter que bien peu d'yeux étaient capables d'une telle précision au cœur de la nuit, mais il était tout de même confiant sur sa conclusion.

Il tendit alors l'oreille pour attraper des mots au vol et à sa surprise plusieurs d'entre eux lui parlaient, sans qu'il ne pusse réellement les accrocher à quoi que ce soit. Si seulement il pouvait se rapprocher pour les remettre dans leurs contextes, peut-être parviendrait-il à leur redonner un sens.
Mais non, la prudence voulait qu'il se tienne immobile et silencieux. Fâcher Papillon ne serait pas une bonne chose et si elle ne voulait pas attirer l'attention des deux autres personnages, c'est qu'elle devait avoir une raison.

D'ailleurs.. comment faisait-elle pour se déplacer dans cette végétation sans faire plus de bruissement qu'une brise n'en aurait laissé ? Peut-être moins d'ailleurs ?
Un regard autour de lui lui fit se demander s'il n'était pas temps de se poser la question à son sujet. A vrai dire, il savait comment procéder, mais il n'avait pas la moindre idée de pourquoi, ni de comment il le savait.

Papillon du en apprendre assez, car elle s'en fut, aussi silencieuse et discrète qu'à l'aller. Toutefois, elle n'échappait toujours pas au regard de son ami. Il était tout de même heureux de l'avoir gardée en vue tout du long, car s'il n'avait pas su où chercher, il n'aurait sans doute jamais pu la retrouver. Finalement elle  se redirigea vers l'abbaye. Il attendit un long moment qu'elle s'en fut allée avant de s'oser à quitter son perchoir. Bien sûr, il fut tenté d'aller voir à qui appartenaient les voix, mais il sentait que c'était une très très mauvaise idée. Mieux valait pour lui qu'il reste à l'écart et qu'il demande directement à son amie de quoi il pouvait s'agir.
Encore que pour lui demander, il faudrait lui avouer qu'il l'avait espionnée.

Il hésita sur tout le chemin du retour. Devait-il lui demander ou garder le silence et attendre de voir ? Il pensait pouvoir lui faire confiance, elle lui avait sauvé la vie après tout, mais il ne la connaissait pas et ne pouvait savoir s'il allait sauter les deux pieds sur sa queue ou si elle allait le prendre calmement.

Il en était encore à se questionner quand il fut rentré et choisit de se décider après une bonne nuit de sommeil.

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MessageSujet: Re: Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]   Sam 08 Aoû 2015, 22:34

Je n'avais pas bougé lorsque j'avais senti une présence alors que j'espionnais.
Je m'étais ramassée pour bondir, avais bandé mes muscles au cas où j'aurais à me défendre... Mais, étonnamment, il n'avait rien tenté, alors je n'avais moi-même pas bougé d'un cil. Trop absorbée de toutes façons par ce qu'il se passait devant moi.

Ce n'est donc que bien plus tard que je pus voir de quoi, ou plutôt de qui il s'agissait.
Je manquai de m'étrangler quand enfin je le retrouvai –le cherchant, je l'avais loupé et il était passé devant moi. Ces vêtements, cette démarche, cette peau aussi foncée que le kla, la boisson amère.

Impossible, et pourtant...
Aucun doute n'était permit, c'était Lope.
Comment ? Et surtout, pourquoi ?

Lope m'avait suivit...
Quelle galère... tout changeait de place, de sens.
Toute la nuit –ou ce qu'il en restait– mes pensées tournèrent en boucle sous mon crane.
Que pensait-il de moi à présent ? Avait-il enfin comprit que le groupe dont je faisais partie n'était pas aussi dénués de reproches que j'avais pu le sous-entendre ? S'était-il finalement rallié aux idées de ces marchombres qui ne s'étaient pas taris d'
éloges envers les envoleurs, cette nuit ?

Au matin –aux aurores en fait–, j'avais si peu dormi que je l'attendais devant sa porte.
Parce que l'attente est dix fois plus insupportable que l'action. Parce que le doute est dix fois plus douloureux que les mauvaises nouvelles ou que les disputes.

L'abbaye des rêveurs était fort calme peu avant l'aube.
Mais on pourrait noter qu'à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, l'abbaye était calme. Les rêveurs ne dormaient plus depuis quelques minutes, mais ils s'étaient réunis dans le prieuré. Nous étions seuls. Ma voix résonna entre les pierres taillées et polies du couloir désert.

– Alors comme ça, tu m'as espionné.

Mon ton était un peu sombre, mais ni énervé, ni menaçant. Pour l'instant.
C'était une constatation. Une affirmation pas très chaleureuse ni très heureuse, et pour cause. Puisqu'il m'avait espionné, il avait aussi entendu le maître et l'apprenti converser cette nuit. Et donc, il avait apprit les éléments qui lui manquaient pour savoir ce qu'était un envoleur, ou plutôt un mercenaire du chaos.

Et ça me rendait...
Je ne sais pas. Ça m'attristait, me troublait et m'énervait, indubitablement.
Mais je n'étais pas vraiment en colère contre le jeune homme, plutôt en colère contre les deux marchombres, et contre moi. Bon, d'accord, je lui en voulais aussi un peu parce qu'il avait été très discret –trop discret– et que je ne l'avais remarqué que trop tard.

– Écoute, je n'ai pas voulu te mentir, tout ce que je t'ai dit était vrai. J'ai juste fait... quelques omissions.

Quelle buse.
Qu'est-ce que je racontais ?
Mais comme souvent, quand j'étais partie, je ne pouvais plus m'arrêter.

– J'ai fait ça parce que je ne voulais pas... je ne voulais pas que tu me prennes pour un monstre. Ou, à vrai dire, que tu vois le monstre que je suis.

Mon regard se voila.
Au diable les mensonges. Cela avait été absurde de vouloir cacher ma nature.
Aussi absurde pour un canard que de se prendre pour un cygne.

– J'ai... tellement tué, fis-je d'une voix atone qui semblait sans émotions. Les humains normaux ne peuvent accepter les monstres comme moi, alors en te sauvant, peut être... que j'avais l'impression... j'étais comme...

Je ne terminai pas.
Je ne voyais plus comment traduire mes pensées en mots.
Je ne m'étais pas rendue compte auparavant de la raison pour laquelle j'avais sauvé ce jeune homme, mais à présent tout s'éclairait. Mes raisons avaient été purement égocentriques.

– C'était égoïste, résumai-je sobrement. C'est pourquoi je te délivre de ta promesse. Ne te sens plus obligé de me suivre. Je vais affronter mon passé, et ni toi ni personne ne m'en empêchera.

J'étais une envoleuse et j'avais eut tord de l'oublier.
J'étais ce que j'étais et je n'avais pas à avoir honte de cela.
De plus, ma définition ne se résumait pas à être envoleuse ou mercenaire.
J'étais une humaine, avec ses bassesses et ses générosités, sa joie et sa tristesse, sa patience et sa rage. J'étais humaine, remplie de paradoxes et de contradiction. C'est ce qui faisait quelque part la profondeur et la beauté du genre humain.

Je rivai pendant quelques secondes mon regard dans celui de Lope.
Pendant quelques jours, j'avais ressenti quelque chose qui ressemblait à de l'amour fraternel. Quelque part, il me rappelait mes frères, avec cette impétuosité, cet humour et cette joie de vivre. Parce que je l'avais sauvé, j'avais probablement cru au fond de moi, de façon égoïste, que ce jeune amnésique "m'appartenait" même si le mot est mal choisi.

Je n'étais qu'à deux ou trois mètres de lui.
Je lui tournai le dos, et me mis en marche vers la sortie.
S'il veut essayer de m'arrêter, je l'affronterai, même si je n'y prendrai aucun plaisir.
J'espérais juste que je n'avais pas tout foiré, mais c'était peu probable.

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Malgré ses crocs et son fier museau, ce n'est qu'un poisson rouge [Nuhadu/Papillon]
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