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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Groupe Hogh, cours n°4

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Groupe Hogh, cours n°4   Ven 06 Juin 2014, 14:47

Gil n’eut aucun mal à trouver le village dont lui avait parlé Kaünis.
Il s’était éloigné du Pollimage – et de Libertée – pour suivre la piste qui remontait vers le nord. C’était une route très fréquentée, comme en témoignaient les nombreuses traces sur le sol poussiéreux, et le premier réflexe de l’Envoleur avait été de la quitter rapidement pour couper à travers champs. Puis il s’était rappelé son entrevue avec Voimakas, le père de Kaünis : il était libre, désormais, de voyager à découvert. Et la solitude avait été sa plus fidèle compagne depuis trop longtemps pour qu’il renonce à ce soudain revirement de situation. Il cheminait donc tranquillement sur la voie qui reliait Al-Far et Al-Poll par l’ouest du Pollimage, saluant les convois marchands qu’il croisait régulièrement ; la douceur de la saison profitait au commerce, et les itinérants voyageaient allègrement au sein de l’Empire. La plupart étaient avenants et les plus bavards échangeaient volontiers quelques paroles avec Gil, qui se contentait généralement d’un hochement de tête en guise de réponse. Mais un tisserand qui descendait vers le sud attira son attention.

C’était un homme dont la corpulence soulignait à la fois le confort de vie et l’absence d’activité physique ; il était chaudement vêtu en dépit de la douceur printanière, et il était clair qu’il endurait la chaleur conséquence uniquement pour mettre sa richesse en valeur. Il avait un visage rougeaud, de petits yeux porcins et une calvitie qu’il protégeait au moyen d’un ridicule couvre-chef. Assis sur le dos d’un âne déjà lourdement chargé de paniers et de tapis, il était très occupé à invectiver son apprenti. Ou son serviteur. Car l’enfant qui faisait avancer l’animal était dans un état tel que Gil ralentit l’allure en le découvrant. Les cheveux emmêlés, les vêtements sales et déchirés, il marchait péniblement sur le sentier, accablé tant par l’épuisement que par les injures de son maître. Il avait peut-être bien quinze ans mais, à le voir, on lui en donnait à peine dix. Ce n’était pas le premier gosse que Gil voyait aussi misérable, et il n’était sûrement pas le dernier, mais celui-ci attira son attention à cause d’un détail pour le moins intriguant.

Il avait des yeux vairons.

Lorsqu’ils se croisèrent, l’enfant leva la tête dans sa direction et posa brièvement son œil bleu et son œil vert sur lui. Il cligna deux fois des paupières, remarquant probablement la particularité physique de Gil, mais il ne s’arrêta pas. Comment aurait-il pu, avec ce grossier personnage qui le traitait de tous les noms en le menaçant de le vendre s’il ne se dépêchait pas un peu ? Gil, en revanche, s’immobilisa. Devant lui, niché au creux d’un petit vallon, s’étendait le village dans lequel Kaünis l’attendait. Il leva les yeux vers le ciel et observa un bref instant les couleurs du jour qui s’installait tranquillement. Puis il se retourna et, en quelques enjambées, rattrapa le marchand.

- Combien ? demanda-t-il à brûle-pourpoint.

L’âne s’arrêta de lui-même et le gros homme tourna un regard surpris vers cet inconnu surgit de nulle part.

- Hein ?
- Combien pour le gosse ?
- Il vous intéresse ?
- Oui.


Le marchand tira un éventail de sa poche et se mit à l’agiter devant son visage.

- C’est que j’ai encore une longue route à faire, dit-il avec le ton de celui qui a déjà pris sa décision. Et cet abruti m’aide un peu à faire avancer cette fichue bourrique.

Il s’interrompit lorsque Gil lui lança sa bourse ; la vivacité avec laquelle il s’en empara rappela à l’Envoleur celle d’un faucon fondant sur sa proie.

- C’est suffisant ?
- Pour ce bon à rien, c’est bien trop ! Vous auriez dû me laisser annoncer un prix, mais il est trop tard pour ça, maintenant. Il est à vous.


Gil fit signe au garçon de s’approcher, ce qu’il fit en prenant bien soin de garder la tête baissée. Déjà le marchand reprenait sa route, en passant désormais ses nerfs sur sa monture.

- Tu t’appelles comment ?
- Brindille,
souffla l’enfant.

Parce qu’il gardait résolument la tête basse, il ne vit pas Gil hausser un sourcil perplexe. Qu’est-ce que c’est que ce nom, encore ? songea l’Envoleur en plissant les yeux pour détailler ce gosse étrange. Etrange, oui, c’était bien le mot : il était aussi chétif que son nom et quelque chose, dans son attitude, poussa Gil à glisser un doigt sous son menton, afin de lui relever le visage.

- Une fille, murmura-t-il, estomaqué.

Une fille, et non un garçon ; une fille dont la peau était marbrée de coups et qui portaient dans ses yeux bicolores une souffrance sans nom. La mâchoire de Gil se durcit. Sans un mot, il posa son sac à terre et l’ouvrit pour en sortir son arc ; sous le regard désormais curieux de Brindille, il en assembla les parties, puis il se redressa et encocha une flèche.



*



- Pourquoi vous ne l’avez pas tué ?

Gil jeta un coup d’œil à la gamine. Assise sur le dos de l’âne qui répondait au nom de Selg, elle le regardait avec une fascination mêlée d’un soupçon de crainte. Comme si elle attendait de voir sur quel maître elle était tombée, cette fois-ci.

- Ce serait lui accorder trop d’honneur, tu ne crois pas ?

Imaginer le gros marchand suer sang et eau pour rallier la ville la plus proche à pied plaisait à l’Envoleur, mais il savait que Brindille, elle, ne pensait pas comme lui. Il y avait bien longtemps que son enfance avait été piétinée et réduite en miettes. Gil reporta son attention sur le village dont ils venaient de passer les premières maisons. La bourgade était petite mais accueillante. Repérant l’auberge des yeux, Gil arrêta Selg et tira de sa ceinture la bourse généreuse du tisserand, qu’il avait récupérée en même temps que la sienne. Il la fourra dans la main salle de Brindille.

- Va t’acheter de quoi manger, et trouve-toi un endroit où rester. Si on te cogne, va voir ailleurs. D’accord ?

Elle le fixa un instant de ses yeux de chat, l’un bleu cobalt, l’autre vert émeraude ; puis elle hocha la tête et claqua de la langue pour faire avancer l’âne. Gil les suivit des yeux un moment, avant de rejoindre l’auberge. Elle était encore déserte, et Kaünis n’était nulle part en vue. Elle s’était peut-être lassée de l’attendre, mais il en doutait sérieusement : le jour se levait à peine et l’établissement ouvrait tout juste ses portes. Si elle y avait passé la nuit, elle devait encore être dans sa chambre. Un bref instant, Gil songea à l’en tirer sans façon, mais il balaya l’idée d’un haussement d’épaules. Elle l’avait quitté dans une colère noire, il n’était pas sûr qu’une nuit ait suffi à apaiser celle-ci. Il retourna donc à l’extérieur et s’appuya contre le mur couvert de lierre de l’auberge pour attendre son apprentie.

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Kaünis Gil'Ozh
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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Ven 06 Juin 2014, 15:25

Toc. Toc. Toc.
La pointe du poignard venait frapper avec régularité la tête de lit, juste au-dessus du crâne de Kaünis. Plusieurs trous y étaient déjà présents, alors quelques-uns de plus ou de moins, cela ne se verrait pas.

De la tête de lit, le poignard glissa dans la main de l’apprentie Envoleuse, et vola dans les airs. Jonglant avec l’arme, allongée sur le lit, la tête à peine relevée par les oreillers miteux de l’auberge, Kaünis fulminait.
Littéralement.
Parce que la veille, elle avait été si surprise qu’elle en avait oublié ce que Naïs lui avait dit, des mois plus tôt, avant son Ahn-Ju. Gil trompait Libertée. Et elle ne semblait pas s’en douter un instant. Oh, il savait embobiner, le bougre, parce que tout ce qu’il avait dit vibrait d’affection profonde pour la Marchombre, alors qu’il était allé coïter avec une Envoleuse. Et qu’il avait un gosse avec elle.

Schraaff.
Soudain, le poignard dans la main, Kaünis enfonça la lame dans le matelas, brutalement.
Mais qu’il était con ! Et qu’elle le détestait ! Comment pouvait-elle avoir hérité d’un tel Maître pour un entraînement qui devait l’amener à la cime des plus hauts des sommets ?

Je rêve je m'enferme
Je sais qu'au fond de moi
Des milliers de combats
S'enflamment et se terrent
Tout ce que j'ai vécu
A forgé mon foutu caractère.

Le soleil avait déjà passé l’horizon, et la tentation était grande de s’enfuir, tout simplement. Exiger un Maître à son père, et continuer à filer sur la Voie du Chaos, sans Gil. La rage était presque palpable tant elle avait enflé d’heures en heures. Et alors qu’elle avait très envie de lui laisser libre-cours, encore une fois – c’était la troisième depuis la veille – la sensation de froid envahit ses avant-bras, et elle s’efforça de respirer lentement.
Quelques heures plus tôt, elle avait réussi à congeler le drap, mais le pire était que ce froid qu’elle était censé contrôler se retournait contre elle dès qu’elle essayait de relâcher l’emprise qu’elle avait sur sa colère et sa rage. Une greffe à double tranchant, on avait tout vu ! Il était allumé, ce Mentaï, quand il la lui avait faite, c’était pas possible tout ça !

Elle avait l’impression d’être en colère contre le monde entier.
Non.
Elle était en colère contre le monde entier.

Et si, comme elle l’avait dit au Mentaï, la rage faisait partie d’elle depuis toujours, et qu’elle la malléait grâce à sa volonté, elle prenait désormais une telle ampleur, une telle force, une telle puissance que la contenir relevait du miracle. Ou de la nécessité. Parce qu’elle ne voulait pas finir congelée par sa propre faute ; remarque que cela aurait été une belle mort, au fond.
Il était hors de question de perdre le contrôle, encore une fois. De perdre vraiment le contrôle. Mais elle savait très bien que la présence de Gil, et rien que sa présence – s’il ouvrait la bouche, cela risquait d’être pire – mettrait d’autant plus ses nerfs en pelote, à fleur de peau, à fleur de sang.

Fermant les yeux, elle s’efforça de respirer calmement, et lentement. La respiration, ça l’aidait. Et ne pas penser à ce qui fâchait aussi. Sauf que Gil allait sans doute arriver rapidement – à part s’il avait préféré sauter toute la nuit cette petite Marchombre blondasse et préféré encore une fois oublier ses responsabilités – et qu’elle était bien décidée à ne pas s’abaisser à son niveau et à être en retard. Et s’il n’était pas là, elle le traquerait, et elle le tuerait. Maintenant, elle en était capable. Pas de manière conventionnelle, mais peu importait les moyens : seule la fin comptait.

Se redressant brusquement dans le lit au matelas déchiré, elle bondit sur ses pieds et claqua la porte de la chambre à son passage, dévalant les escaliers de l’auberge à toute vitesse et sans bruit. Arrivée dans la salle principale, ne voyant pas Gil, elle poussa un soupir qui ressemblait à un grognement, attrapa une pomme dans la panière à fruits, et sortit en croquant rageusement dedans.
Bon, il était où là ?

Ah.
Juste à la sortie. Adossé nonchalamment au mur, il posa son regard bicolore sur elle, comme s’il se demandait qu’est-ce qu’elle avait bien pu faire pendant tout ce temps.

- Cette blondasse, elle sait que tu as un enfant avec son ennemie jurée ?

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Ven 06 Juin 2014, 17:23

- Oui.

C’est tout ce que Gil avait envie de répondre pour l’instant. Il n’était pas idiot, il savait très bien que, d’un point de vue qui n’était pas le sien – ou celui de Libertée – cette histoire pouvait avoir l’aide d’une connerie fumeuse ; lui-même, à bien des égards, n’en était pas fier. Mais il avait déjà tiré sa part d’erreurs et il estimait qu’elles ne concernaient que lui. Plus tard, peut-être, si Kaünis était plus attentive, il lui raconterait comment il avait réussi à se fourrer dans une situation pareille. Et pourquoi, jour après jour, il en payait chèrement le prix. Pour l’heure, impossible d’envisager une conversation aussi intime ; pas avec une interlocutrice qui avait des envies de meurtre. Ça se lisait dans son regard couleur marécage. S’il avait pu tuer pour de bon, il y avait bien longtemps que Gil n’aurait plus été qu’un vulgaire petit tas de cendres. Au lieu de quoi, il soutint son regard sans rechigner – mais sans le moindre soupçon de colère non plus. A croire que les mots de Libertée avaient apaisé sa fureur au même titre que ses doutes. Toujours appuyé contre le mur de pierre, il observa attentivement Kaünis et remarqua les cernes qui soulignaient ses yeux. Elle n’avait guère plus dormi que lui. Mais toi, tu n’as pas passé une nuit aussi agréable que la mienne, hein ?

Son regard glissa vers sa main qui tenait la pomme dans laquelle elle mordait rageusement, comme si elle s’imaginait planter les dents dans son cou à lui plutôt que dans le fruit. Il scruta ses doigts, desquels avait jailli ce froid mortel qui avait bien failli le tuer la veille. Il lui avait promis de l’aider à comprendre ce phénomène, principal fautif dans coup d’éclat qui les avait opposés – et les opposait encore. Kaünis avait peut-être une montagne de reproches à lui faire, dont la plupart se tenaient, elle n’en était pas moins terrifiée par sa greffe. Il le devinait rien qu’à sa façon de se tenir, raide comme un piquet. Il leva les yeux pour croiser à nouveau son regard. Oui, elle avait peur, et il se maudit de n’avoir pas compris cela plus tôt. A côté de quoi d’autre était-il passé, encore ? Il faut trouver le bon mode de fonctionnement, avait dit Libertée. Il côtoyait Kaünis depuis suffisamment longtemps pour savoir comment elle fonctionnait, non ?

- Viens.

Une proposition. Pas un ordre, encore moins une question, mais une main tendue, peut-être la première depuis qu’il avait rencontré Kaünis ; Gil n’attendit donc pas de réponse, il se décolla du mur et se mit en route, le cœur battant. Si elle ne le suivait pas, alors sa formation s’arrêterait là. Il ne pouvait pas l’emmener où elle ne désirait pas le suivre, c’était comme ça. Triste, mais comme ça. Et puis, alors qu’il tournait à l’angle de l’auberge, un léger frôlement dans son dos lui tira un sourire, rapide mais sincère. Et les battements de son cœur s’apaisèrent. Un peu plus loin, il y avait une ferme ; il l’avait repérée en arrivant avec Brindille. En dépit de ses efforts, Gil avait u mal à se sortir la gamine de la tête. Il revoyait son regard bicolore et les marques violacées sur ses bras. Ton cœur se ramollit, SangreLune. Tu sais bien, pourtant, que ça ne t’attire jamais que des ennuis… La ferme était calme et silencieuse ; sans doute le maître des lieux était-il occupé dans un champ des environs. Gil sauta par-dessus la barrière qui délimitait le domaine et fit quelques pas avant de se figer si brusquement que Kaünis lui rentra dedans.

Le chien qui arrivait vers eux devait bien peser dans les quarante-cinq kilos au bas mot. Il n’aboyait pas mais grondait de manière très significative : ils étaient des intrus, et ils étaient sur son terrain, à lui. Quelle autre raison meilleure que celle-ci pour leur faire tâter de ses crocs ? Les oreilles plaquées sur le crâne, le molosse fit claquer sa mâchoire en guise d’avertissement. Il n’y en aurait pas d’autre, Gil le savait. Sans quitter le chien des yeux, il s’accroupit doucement et tendit la main, index et majeur tendus. Un drôle de bruit s’échappa de sa gorge, entre le murmure et le sifflement ; intrigué, le gardien de la ferme s’immobilisa, sans cesser toutefois de grogner. Gil modula son étrange gargouillement et plongea la main dans sa poche, pour en tirer un gâteau de miel, subtilisé dans la réserve personnelle du gros marchand à qui il avait acheté Brindille. Il le tendit avec son autre main et cette fois, le chien dressa les oreilles. Il cessa de gronder et se mit à humer l’air, captant les effluves sucrées de la pâtisserie. La curiosité prit le pas sur la prudence, et le bruit qui provenait de la gorge de Gil acheva d’annihiler sa colère ; il s’approcha doucement et chipa le gâteau pour s’asseoir et le dévorer en un coup de langue efficace. Puis il observa Gil, qui s’était tu, et pencha la tête sur le côté.

- J’en ai pas d’autre, mon vieux, fit l’Envoleur en se redressant.

Il lui tapota le sommet du crâne et se dirigea vers l’écurie. Le chien sauta sur ses pattes et l’accompagna, moins pour le surveiller que pour obtenir d’autres gâteries, mais Gil avait dit la vérité : il avait laissé à Brindille toutes les sucreries que possédait le tisserand. Celle-ci, il l’avait gardée pour Kaünis, mais il n’était pas certain qu’elle aurait apaisé sa fureur comme elle avait soufflé celle du molosse ! Il y avait deux chevaux dans l’écurie. Gil choisit le plus robuste, un hongre bai qu’il sella rapidement avant d’attraper par la bride. Il sentait le regard de Kaünis sur lui, lourd et brûlant.

- Rien à voir avec un tour de passe-passe marchombre, jura-t-il en se hissant sur le dos du cheval. C’est un langage que j’ai appris d’un dresseur, il y a bien longtemps. A la base, c’est censé fonctionner sur des ours élastiques… Je t’apprendrais.

Il lui tendit la main pour qu’elle monte derrière lui. Il se doutait qu’elle était venue dans la région à cheval, mais pour rejoindre l’endroit où elle avait laissé sa monture – probablement l’écurie de l’auberge – il préférait la savoir avec lui. Au cas où le chien déciderait de revenir à ses intentions premières, ou si le fermier revenait dans les parages. Il la sentit hésiter dans son dos ; dans un claquement de langue agacé, il lui saisit les mains et les accrocha à sa taille, bien décidé à lui prouver qu’il ne craignait pas son étrange faculté. Le chien les regarda partir sans broncher, en se léchant les babines, et Gil arrêta sa monture devant l’auberge.

- Va chercher ton cheval. Il est temps de partir.

Loin d'ici...



*



Ils voyagèrent en silence une petite heure, laissant les champs cultivés derrière eux pour se fondre dans la lande sauvage et inhospitalière des Plateaux d’Astariul. La plaine s’étendait à perte de vue, à peine émaillée de quelques bosquets qui, Gil le savait, ne leur offrirait pas un abri sûr pour la nuit. C’était pourtant bien le cadet de ses soucis. Estimant qu’ils s’étaient suffisamment éloignés de toute forme d’habitation, il arrêta son cheval et mit pied à terre. Il entrava sa monture à proximité des broussailles et fit quelques pas vers le nord ; l’herbe déjà sèche craqua sous ses bottes. Mains sur les hanches, il suivit des yeux un vol de crissanes, dans le ciel qui se couvrait de nuages peu engageants. Il tourna la tête vers Kaünis ; elle était toujours en colère. Parfait.

- Allez, montre-moi ce que tu sais faire.

Devant la perplexité de son regard, il se racla la gorge.

- Ta greffe, Kaünis. Montre-la moi.

C’était contraire aux règles, du moins à celles que cette insupportable gamine semblait s’être fixées ; mais s’il avait raison, et sa désastreuse mésaventure de la veille tendait dans ce sens, la greffe de Kaünis était dangereuse. Pour ses ennemis autant que pour elle. Il ne comptait pas lui apprendre à s’en servir. C’était impossible et parfaitement inutile. Non, ce qu’il voulait, c’était lui apprendre à ne plus en avoir peur. Il voulait gommer cette angoisse qu’il voyait briller dans ses yeux verts. Et pour cela, il n’y avait qu’une seule et unique solution : la confiance.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Ven 06 Juin 2014, 17:48

La réponse, laconique et d’une simplicité insultante, de son Maître fit bouillir un peu plus la colère dans ses veines. Mais il se contenta de la fixer, tranquillement, et s’il semblait se méfier un minimum, il semblait croire qu’il n’avait rien à craindre d’elle. Mais au contraire ! Elle en avait marre, vraiment, qu’il la prenne pour une gamine écervelée. Elle n’était pas une gamine, et c’était à cause de lui qu’elle était devenue si cynique – même s’il y avait pas mal de naturel là-dessous. Alors, bon, pourquoi restait-il planté là, comme ça ? Il allait lui sauter dessus ? Qu’il le fasse !
Croquant violemment dans sa pomme, elle la finit en quelques bouchées. Défiant Gil du regard, la jeune fille se demanda ce qu’il comptait faire. Apparemment pas lui sauter dessus – il avait eu sa dose pour la nuit, haha ! – alors qu’attendait-il ?

- Viens.

Fronçant les sourcils, Kaünis songa qu’elle ne s’attendait pas à le trouver si calme. Alors qu’elle, elle était si rageuse, si en colère ! Pleine d’émotions violentes qui prenaient la forme de fils glacés sous sa peau, grimpant au-dessus du coude parfois. Serrant les poings, elle s’efforça de respirer lentement, et de trouver le même calme que celui de Gil.
Mission impossible.
Cependant, elle décida qu’elle pouvait bien le suivre : elle attendait qu’il prenne ses responsabilités, et elle n’allait pas lâcher ses siennes, même si elle en crevait d’envie ! Et elle ne voulait pas rater cela, si l’Envoleur prenait enfin du plomb dans la tête.

Ils marchèrent jusqu’à une ferme, dans laquelle Gil pénétra et se débarrassa du chien grâce à la bouffe en grande partie. Même si ce sifflement bizarre devait y être pour quelque chose. D’ailleurs, elle n’avait pas compris sa remarque sur les Marchombres. Comme si elle ramenait tout à cela ! Pff, le monde était bien plus vaste que l’opposition des Marchombres et des Envoleurs, de l’Harmonie et du Chaos. Bien plus complexe !

Quand ils pénétrèrent dans les écurie pour récupérer les chevaux, Kaünis voulut protester : Voyage l’attendait dans les écuries de l’auberge ! Mais apparemment, Gil l’avait compris, puisqu’il l’invita à monter derrière lui. Fronçant les sourcils, la jeune fille douta de l’idée : elle était trop en colère, et les traits glacés revenaient sans cesse, parfois plus puissants, mais jamais inoffensifs. Sauf que Gil ne l’entendait pas de cette oreille, et en posant ses mains sur lui d’un geste sec, il lui montra qu’il n’avait pas conscience du tout de ce dont elle était capable…

- Va chercher ton cheval. Il est temps de partir.

Hochant la tête, Kaünis glissa du dos du cheval de Gil pour aller chercher sa jument dans les écuries. Voyage l’accueillit d’un son grave et ronronnant, et elle la harnacha rapidement pour pouvoir suivre ce qui lui servait de Maître…


* *


- Allez, montre-moi ce que tu sais faire.

Levant les yeux vers Gil, Kaünis fronça les sourcils. Pas certaine de comprendre. Qu’est-ce qu’il voulait ? Qu’elle se batte ?

- Ta greffe, Kaünis. Montre-la moi.

Pinçant les lèvres, la jeune fille le fusilla du regard.

- Non. Trop dangereux.

Elle serra les poings, si fort que ses ongles lui entaillèrent les paumes.
Baissant les yeux et le menton, elle se mordit la langue, et serra très fort les dents jusqu’à sentir un goût de sang dans sa bouche. Elle ne voulait pas essayer. Elle allait se tuer elle-même si cela continuait.
Et puis, comment il pouvait l’aider, hein ?

Essayant de déplier les doigts, la jeune fille se rendit compte que ses doigts avaient bleuit. Non pas parce qu’elle avait serré trop fort les poings, mais parce qu’elle était tellement en colère et tellement en train de se faire mal à la gencive qu’elle n’avait pas senti le froid insidieux qui envahissait ses doigts.
Secouant brusquement les bras pour essayer de rétablir sa circulation, elle s’efforça de respirer lentement, et de calmer les battements rageurs de son cœur.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Ven 06 Juin 2014, 19:17

Le refus de Kaünis claqua dans l’air comme un fouet ; Gil se contenta de cligner des yeux. Il s’y était attendu. Je te connais un peu quand même, hé ! Le jour où Kaünis accepterait docilement une proposition n’était pas près d’arriver… Il la regarda baisser les yeux, un geste qui n’était cependant pas habituel chez la jeune fille. A ce moment-là, et même s’il n’en avait jamais douté depuis qu’elle avait utilisé malgré elle sa greffe contre lui, Gil compris qu’il avait raison sur son compte. Jamais encore il n’avait vu Kaünis dans cet état-là. Il fronça les sourcils, forçant sa mémoire à remonter à ce jour où il avait fait son passage dans le bureau des Mentaïs. C’était loin, comme si cet événement avait eu lieu dans une autre vie, mais il parvint à se rappeler quelques émotions en pagaille : incompréhension, doute, surprise, inquiétude… et sa greffe à lui était « classique » ; que Kaünis pouvait-elle bien ressentir, avec au sein de son corps une arme pareille ? Du froid, évidemment. Et de la colère, c’était certain. Les deux étaient-ils inextricablement liés ? Elle eut soudain un hoquet et agita les bras, comme si elle venait de se brûler. Mais Gil remarqua le bout de ses doigts : ils étaient bleus.

- Du calme. Enfer, ne me regarde pas comme ça ! Je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire, mais je crois que… cette colère que tu as en toi, que tu éprouves contre moi, c’est ton arme. Ta greffe. Elle se matérialise par le froid, c’est tout.

Il voyait bien que ses paroles n’avaient aucun effet sur elle ; les mots rebondissaient sur la carapace de glace qu’elle s’était bâtie depuis longtemps déjà. Le Mentaï qui avait dessiné cette greffe pour elle avait très bien perçu la nature de Kaünis, à tel point que, l’espace d’un instant, Gil sentit la jalousie lui mordre le cœur. Mais ce n’était pas à lui d’être en colère, pas maintenant. Une furie suffisait largement ! Décidé, il fit un pas en avant. Un regard dangereusement sombre l’arrêta… le temps qu’il lui réponde par un demi-sourire. Ah ! Tu t’attends à ce que je perde patience, pas vrai ? Tu penses que je vais me mettre en rogne, moi aussi ? Crois-moi, c’est pas l’envie qui m’en manque, mais… Mais il y avait plus urgent à faire : désamorcer cette bombe glacée. Gil fit un autre pas en avant. Il ne la quittait pas des yeux, cette bombe humaine qui semblait sur le point d’exploser de colère. Il songea que c’était une émotion qui lui allait bien.

- C’est ta force, dit-il en choisissant pour une fois d’exprimer ses pensées à voix haute. Cette rage qui bouillonne au fond de toi et qui te propulse de l’avant, c’est ce qui caractérise ta force.

Un autre pas en avant. Un courant d’air glacé effleura la peau de Gil. Il l’ignora.

- Pour l’instant, tu la combats parce qu’elle te fait mal. Là, je parle en connaissance de cause, je me souviendrai toute ma vie de cette douleur glaciale, dans mon sang et dans mon cœur ! Tu oublies juste que cet incroyable don fait partie de toi, maintenant. Ta colère, ton pouvoir. Ta greffe.

Encore un pas.

- Je sais que tu m’en veux, et je sais aussi que tu as raison en grande partie. Je l’ai bien cherché, au fond, peut-être parce que je suis un vrai couillon. Je ne tolère pas ton manque de respect à mon égard, et tu peux être sûre que, jusqu’à la fin de ta formation, je vais te garder à l’œil pour m’assurer que tu ne réitères pas cet affront. Mais s’il y a une chose que je refuse, une seule chose, c’est bien que tu laisses cette colère te tuer. Car elle va te tuer, Kaünis, si tu ne t’imposes pas à elle comme tu t’imposes au reste du monde.

Il se tenait juste devant elle, à présent. Accroché à son souffle saccadé, perdu dans les ombres de son regard, il lui parlait avec toute la force de son amour pour elle. Il en avait la gorge serrée tant il était soudain envahi par cette affection trop longtemps repoussée ; là, tout de suite, il avait très peur pour elle, mais il ne le lui montrait pas parce que ce dont la jeune fille avait besoin, c’était un point d’ancrage. Une bouée à laquelle s’accrocher le temps que la tempête passe. Un but à atteindre pour ne pas se laisser abattre. Et il s’autorisa le seul geste qui puisse briser la carapace de Kaünis, en la surprenant tout autant que lui pour contrer sa colère : il attrapa une mèche de ses cheveux et la glissa derrière son oreille. Tout doucement. Un courant glacial remonta le long de son bras, mais c’est à peine s’il le sentit. Toute son attention était tournée vers elle.
Son élève.

- C’est un combat que toi seule peut mener, souffla-t-il enfin. Et je sais que, si tu parviens à faire le vide, comme je te l’ai appris, tu parviendras à le remporter. Personne d’autre ne saurait mieux y arriver…

Alors, Gil s’éloigna. Pas très loin, juste assez pour permettre à Kaünis de reprendre le contrôle. Non. Elle devait prendre le contrôle, parce que c’était une première, un rite de passage, plus difficile sans doute que la plupart des mercenaires de son âge. Ce crétin de Mentaï avait jugé qu’elle était capable de maîtriser un don aussi puissant, et lui n’en doutait pas non plus ; la seule qui doutait encore, c’était Kaünis. Gil grimpa au sommet d’une petite butte broussailleuse et s’assit dans l’herbe sèche. Il était toujours à portée du regard de Kaünis : c’était important qu’elle comprenne qu’il était là pour elle. Et qu’il ne comptait aller nulle part sans elle. C’est toi et moi, face de Raï, songea-t-il en la regardant lutter pour comprendre sa greffe. Pour le meilleur et pour le pire !

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Ven 06 Juin 2014, 20:03

- Du calme.

Du calme ? Il lui demandait de se calmer ? Elle faillit s’étouffer en ricanant, face à ces deux petits mots. Elle s’efforçait au calme, mais l’attitude de l’Envoleur était loin de l’aider ! Il n’y comprenait rien, après tout, et puis comment pouvait-il imaginer ce qu’elle avait dans le corps, maintenant, hein ?! Lui jetant un regard noir, Kaünis essaya de respirer.

Enfer, ne me regarde pas comme ça ! Je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire, mais je crois que… cette colère que tu as en toi, que tu éprouves contre moi, c’est ton arme. Ta greffe. Elle se matérialise par le froid, c’est tout.

Oh, mais c’était qu’il était perspicace, ce jour-là ! Libertée lui avait donc rendu son cerveau ? Ou peut-être qu’en migrant plusieurs fois, ce dernier avait retrouvé tout seul le chemin du crâne de l’Envoleur ?
Il essaya de s’avancer, et elle voulut l’en dissuader en le fusillant du regard, encore. Décidément, elle n’était même plus bonne à répliquer quelque chose d’acide, elle ne pouvait qu’essayer de respirer. Si elle s’arrêtait, elle avait peur de perdre ses deux bras.

- C’est ta force. Cette rage qui bouillonne au fond de toi et qui te propulse de l’avant, c’est ce qui caractérise ta force.

Oui, et cela avait toujours été le cas. Quand elle était en elle, bien cachée, et juste prête à jaillir. Là, elle bouillonait, et il suffisait de lui laisser un peu d’air pour qu’elle explose, cela n’avait absolument plus rien à voir.
Cette colère n’était pas la sienne, pas totalement. Elle appartement à un autre monde, et il lui semblait qu’une porte entre son esprit et ce monde de rage avait été forcée, ouverte, et qu’elle était incapable de la refermer.
Oui, la métaphore marchait excellemment bien.

- Pour l’instant, tu la combats parce qu’elle te fait mal. Là, je parle en connaissance de cause, je me souviendrai toute ma vie de cette douleur glaciale, dans mon sang et dans mon cœur ! Tu oublies juste que cet incroyable don fait partie de toi, maintenant. Ta colère, ton pouvoir. Ta greffe.

Mais elle ne la percevait pas comme une partie d’elle ! C’était un surplus, une couche qui l’enrobait, qui n’était pas vraiment elle, mais qui n’était pas vraiment autre chose non plus. Une porte démolie entre la colère et son âme, et la première se déversait à grands flots dans la seconde, sans que rien ne puisse la retenir à par les limites de son corps.
Elle n’écoutait plus Gil, ou à peine, toute concentrée qu’elle était sur ces deux émotions, telles des raz-de-marée, qui poussaient sur les frontières du physique. Du perceptible.

- Mais s’il y a une chose que je refuse, une seulechose, c’est bien que tu laisses cette colère te tuer. Car elle va te tuer, Kaünis, si tu ne t’imposes pas à elle comme tu t’imposes au reste du monde.

Comme si elle ne l’avait pas deviné !
Réussissant à trouver assez de force et de volonté pour répliquer, cette fois-ci, Kaünis redressa le menton.
Mais le geste de Gil l’arrêta net dans son élan, alors qu’il glissait une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Elle cligna des paupières, plusieurs fois, eut l’impression qu’un certain calme l’envahissait, avant qu’à nouveau la tornade brutale de sa colère embarque avec elle cette émotion plutôt positive.

- C’est un combat que toi seule peut mener. Et je sais que, si tu parviens à faire le vide, comme je te l’ai appris, tu parviendras à le remporter. Personne d’autre ne saurait mieux y arriver…

* Tu parles ! *
Mais malgré ses doutes, Kaünis fronça les sourcils, et prit une grande inspiration. Faire le vide ? Il y avait beaucoup trop de choses dans sa tête pour réussir à ranger cela toute seule.
Elle revoyait le visage de Fried, alors qu’elle le tuait. Elle se revoyait dans les bras de Yan, et l’abandonna dans les draps. Elle se revoyait avec Naïs, se disputant au milieu de Mentaïs.

La tempête gronda.
Elle n’avait pas conscience que Gil s’était éloigné, non, il n’y avait plus que l’herbe qu’elle parvenait à sentir sous ses doigts, la terre dans ses paumes, le caillou sous son genou droit, et cet ouragan émotionnel.
Un ouragan, qu’elle essaya de combattre, avant de tenter de s’en éloigner pour le toiser. Le toiser, oui. Elle vit ces émotions, tel un vent meurtrier, sortir de cette porte, cette porte qui avait été forcée, détruite, démolie alors qu’elle avait passé toute sa vie à la construire méthodiquement. Une porte qu’elle ne pouvait pas refermée, tant elle était en mauvais état.
Une porte qu’elle était capable de reconstruite.
Une porte.

Alors, elle chercha des planches. Des émotions stables, solides, durables, qu’elle façonna longuement, se cachant de la tempête en se collant derrière le mur, juste à côté de la porte.

Détermination. Volonté. Affection.
Elle pensa à son père, et à sa mère. Les deux seules choses stables qu’elle avait dans la vie.
Non. Elle pensa surtout à son père. À son affection, à son amour. A la tendresse qu’elle éprouvait pour lui.
* J’ai besoin d’une porte, solide et inébranlable, que je pourrais ouvrir avec l’entrebâillement que je voudrais. *
Une porte. Elle avait besoin d’une porte.


* *


Quand elle ouvrit les yeux pour prendre une grande inspiration, le cœur battant à cent à l’heure et le souffle court, Kaünis ne put s’empêcher de sentir la peau de ses joues lui tirer, ses yeux êtres gonflés et collants, ses lèvres sèches et son nez bouché. Et son regard sombre se planta sur le soleil, haut, si haut dans le ciel.

Combien de temps avait-elle pleuré ? Combien de temps s’était-elle débattue contre elle-même ?
Mais là, un étrange calme l’habitait. Celui du calme après la tempête, quand tout a volé, quand les dégâts sont partout, mais qu’on peut commencer à chercher des survivants.
Un toit s’était écroulé, elle s’était réfugiée dans la cave.

Se redressant lentement sur les coudes, elle s’essuya le visage d’un revers de bras, et chercha Gil du regard.
Il n’était pas loin, assis à une cinquantaine de mètres d’elle, sur une colline. Que regardait-il ? Pourquoi était-il encore là ? Est-ce, réellement, il l’attendait ?

Se relevant brusquement, la jeune fille s’avança d’un pas rapide et déterminé vers l’homme qui était censé être son Maître, et elle s’arrêta à quelques pas derrière lui.
Elle sentit la chaleur familière de sa colère dans son ventre, mais ce n’était plus qu’un coup de vent agile comparé au cyclone qui l’avait ébranlée. Baissant les yeux sur ses doigts, elle remarqua alors seulement les vaisseaux de ses mains tous explosés, ceux de ses avant-bras aussi, et la peau de la pulpe de ses doigts crevassée. Son épiderme recouvert de craquelures blanches.

- Pourquoi tu n’as jamais voulu juste m’expliquer tes retards ?

Parce que si la colère s’était calmée, les questions subsistaient.
Et qu’elle avait besoin d’explications.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Sam 07 Juin 2014, 09:49

Quand, exactement, s’était-il attaché à cette gamine ? Pouvait-il déterminer un moment, un instant fatidique où la simple relation du maître envers l’apprenant s’était transformée en quelque chose de plus concret, de plus puissant ? Ou avait-il simplement suffit qu’il ouvre enfin les yeux ? N’avait-il pas toujours su, au fond ? Il se souvenait très bien de ce jour-là, lorsqu’il avait rencontré – et tiré d’un bien mauvais pas – Kaünis et la fille au masque, au cœur des Dentelles Vives. Il se rappelait sa curiosité à son égard, doublée, évidemment, d’un fort sentiment d’agacement ; ce sentiment avait pris tant d’ampleur qu’il avait fini par l’aveugler, au point qu’il en oublie le plus important : la confiance. Un soupir franchit les lèvres de Gil ; il leva un instant les yeux pour observer le ciel qui s’assombrissait, et presque aussitôt, les reposa sur Kaünis. La confiance. Il l’avait aperçue brièvement dans le regard brillant de souffrance de la jeune fille. Comment avait-il pu faillir à ce point ? S’il ne se souvenait pas du moment où il s’était pris d’une certaine affection pour elle, en revanche, il avait carrément raté celui où elle avait perdu confiance en lui.

Il avait merdé… mais il n’était plus temps de se lamenter. Peut-être était-ce grâce à Libertée, ou bien à cause de cette lueur qu’il avait aperçue fugacement dans les yeux de son élève, mais Gil était déterminé à reconquérir cette dernière. Il avait su l’apprivoiser, une fois, il pouvait l’apprivoiser à nouveau. Non, il le devait. Plus tard, bien plus tard, il se souviendrait, non sans un certain amusement, de cette première fois où le véritable sens du mot « responsabilité » s’était fait jour en lui ; pour l’heure, il était trop occupé à démêler l’écheveau de ses sentiments pour mesurer l’importance de cette prise de conscience. Combien de temps demeura-t-il ainsi, plongé dans ses pensées, assis dans l’herbe à quelques pas d’une dangereuse et glaciale lutte intérieure ? Les secondes, les minutes filaient sans que plus rien ne bouge. Seule la légère brise qui venait danser dans ses cheveux trop longs l’empêchait de se croire dans un rêve étrange. Malgré tout, il ferma les yeux, soudain attentif aux battements de son cœur, qui rythmait une cadence lente et paisible.

Il ne les rouvrit que lorsqu’il perçut, dans ce silence presque mystique, le frémissement d’un pas énergique. Kaünis arrivait vers lui à toute allure. Il crut qu’elle allait lui sauter dessus, mais elle s’arrêta à un mètre de lui environ, et le toisa d’un regard qui avait retrouvé sa teinte vert marécage, limpide et assurée. Son visage et ses bras conservaient les traces du combat qu’elle venait de mener – et de remporter : engelures, marbrures à cause des vaisseaux sanguins qui avaient cédé sous la pression du froid. Mais elle était saine et sauve, et c’était tout ce qui importait à ses yeux. Tout ce qui comptait réellement. Il nota aussi, non sans une certaine satisfaction, qu’elle était toujours remontée contre lui. Mais cela n’avait plus rien à voir avec la dangereuse fureur qui l’animait quelques minutes plus tôt ; elle était calme, et apaisée. Prête à croiser le fer avec lui, mais en toute normalité, et avec la vivacité d’esprit qui taillait ses mots comme des flèches aiguisées. Il avait retrouvé la Kaünis qu’il avait su entraîner un petit peu dans son sillage.

- Pourquoi tu n’as jamais voulu juste m’expliquer tes retards ?

Elle avait fait feu la première, retrouvant les habitudes bien rôdées de leurs joutes verbales. Et il entendait bien répliquer avec la même cadence.

- Pourquoi tu n’es jamais d’accord avec moi ? lança-t-il, sachant très bien que, en lui répondant par une question, il acceptait de jouer le jeu selon ses règles.

Et l’asticotait davantage…

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Sam 07 Juin 2014, 10:27

- Des fois, je le suis. J'ai besoin d'arguments et de raisons valables pour me forger mon avis, je ne suis personne aveuglément, jamais. Tu devrais le savoir. C'est aussi pour ça que j'ai besoin d'explications, plutôt que d'ignorance.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Sam 07 Juin 2014, 14:18

- S'agit-il vraiment d'ignorance, Kaünis ? Je veux dire, tu sais comment je suis : têtu, impulsif, allergique aux règles les plus simples... C'est ma nature. Je peux faire des efforts, je crois que j'en ai fais quelques uns depuis qu'on se connaît, non ? Mais changer radicalement, pour correspondre à un idéal de maître... Non. Désolé, ça, je ne peux pas. Pas plus que je ne peux te changer, toi, en une élève modèle, docile et douce comme une agnelle !

Tu dois me faire confiance. Même si je t'ai déçu, ce dont je ne te demande pas de m'excuser. Mais si tu veux progresser encore, continuer à avancer sur ta propre voie, tu dois accepter de prendre ce risque. Moi, je le prends.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Sam 07 Juin 2014, 15:43

- Ouais, ça je sais. Mais une explication, c'est trop demander ? Normalement, tu es censé m'expliquer plein de choses, non ?

Pourquoi tu as pris des élèves, à la base ?

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Sam 07 Juin 2014, 15:58

- Hum...

(Il plisse les yeux et l'observe un instant, vaguement soupçonneux)

Tu ne vas pas me transformer en glaçon si je te le dit, hein ?

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Sam 07 Juin 2014, 16:02

[ grogne ]

- Non. Vas-y, balance.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Sam 07 Juin 2014, 16:15

- Je n'ai jamais voulu enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit.

(Silence)

Par bravade, j'ai voulu prouver que j'étais capable de semer le chaos au sein même du Chaos. Je n'ai jamais voulu rentrer dans le rang, et il faut croire que c'est toujours le cas... Tu es mon premier élève.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Sam 07 Juin 2014, 16:22

- C'était donc ça. Encore une fois pour emmerder ton monde...

[ cligne des paupières, et finit par sourire ]

- Et tu aimes enseigner ou ça te fait chier aussi ?

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Sam 07 Juin 2014, 16:25

- Je ne sais pas...

(Il l'observe pensivement ; une lueur traverse son regard)

Je crois que ce que j'aime, au fond, c'est que l'enseignement ne se fait pas dans un seul sens. Il s'agit moins d'une transmission que d'un partage. Tu ne crois pas ?

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Sam 07 Juin 2014, 16:31

- Oui, c'est vrai. Mais je pense que le Maître apporte plus à l'élève que le contraire quand même.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Sam 07 Juin 2014, 17:00

- Et qu'est-ce que je t'ai apporté, à part des ennuis ?

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Sam 07 Juin 2014, 18:05

- Bah justement, je m'attendais à autre chose qu'à des ennuis. Plus de connaissances, surtout.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Dim 08 Juin 2014, 11:33

Les paroles de Kaünis résonnèrent étrangement dans le silence qui les enveloppait. Gil leva les yeux vers elle et observa longuement son visage ; il avait du mal à croire ce qu’il entendait. Des connaissances ? Elle voulait réellement qu’il lui en apporte ? Après l’avoir presque tué avec sa greffe, après toutes ces choses qu’elle lui avait dites, des choses qui pour la plupart étaient vraies, elle attendait encore quelque chose de lui… Il n’en aurait rien cru si la jeune fille n’avait pas souri de cette façon-là. C’était à peine perceptible, tout juste un tressaillement au coin des lèvres, qui formait une ombre de pli dans sa joue gauche, et Gil le reconnut alors : ce sourire, c’était le sien.

- Ah… murmura-t-il seulement.

Le bonheur lui tomba dessus sans prévenir, en une vague qui le secoua tout entier et enveloppa son cœur dans un cocon, chaud et frémissant. Il hocha la tête, comme pour se persuader qu’il ne rêvait pas ; puis il se redressa et Kaünis, qui jusqu’alors le surplombait en était debout et lui assis, redevint petite – mais uniquement en apparence ; Gil baissa les yeux pour croiser son regard.

- Allons-y, alors ! Il doit bien me rester encore une ou deux choses à faire rentrer dans ta caboche de face de Raï…

Ils se remirent en route au moment où les premières gouttes de pluie mouillaient le sol broussailleux de la plaine.



*



Les averses se succédèrent sans répit et, fatigués de chevaucher sous la pluie qui s’infiltrait insidieusement sous leurs vêtements, ils se mirent à l’abri dans le premier bosquet qu’ils trouvèrent : une poignée d’arbres biscornus, dont le feuillage n’offrait qu’une maigre protection au-dessus de leur tête, mais c’était mieux que rien.
Gil décida d’en profiter pour mettre son élève à l’épreuve. Il la laissa s’occuper des cheveux, parce que c’était une tâche qu’elle aimait accomplir ; pendant ce temps, il se débarrassa de son tabard, qu’il suspendit à une branche basse, et dégaina ses lames courtes pour les observer un bref instant. Il les possédait depuis si longtemps qu’il lui était difficile de se souvenir de leur acquisition : trouvaille dans un marché ? Prise de guerre après un combat acharné ? C’étaient pourtant les seules armes de main qu’il possédait et qui ne le quittaient jamais. Il devait reconnaître que leur utilité n’était plus à prouver, vu le nombre de fois où elles l’avaient sortis d’un bien mauvais pas. Mais c’était la première fois qu’il s’en servait au cours d’un entraînement. Lorsque Kaünis s’approcha de lui, il lui en lança une ; elle n’était pas plus longue que l’avant-bras de la jeune fille, et si légère que l’on pouvait douter de son authenticité. Qu’on ne songe pas à glisser un doigt sur son tranchant pour le vérifier, toutefois, au risque de se couper méchamment !

- Voyons un peu ce que tu as retenu de mon enseignement – ennuis compris.

Gil bougea avant d’avoir terminé sa phrase. Un mouvement vif, rapide et puissant qui ne porta toutefois pas ses fruits. Sans se démonter pour autant, il pivota sur lui-même et l’acier fouetta l’air ; une mèche de cheveux sombres s’envola dans un bouquet de gouttes de pluie.

- Attention à tes appuis.

Nouvelle attaque. Cette fois les lames s’entrechoquèrent dans un chuintement feutré. Il constata qu’il y avait de la force dans les bras de Kaünis – mais pas autant que dans le regard qu’elle posait sur lui.

- Sors de l’axe. Voilà.

Gil se battait sans retenir ni ses coups, ni ses mots ; ils jaillissaient instinctivement lorsqu’il décelait un défaut, une faiblesse dans la position de son élève. Ils lui laissaient un drôle de goût dans la bouche et il mit un moment à réaliser que c’était celui de la nouveauté. Mais les vieilles habitudes avaient la peau dure…

- Bouge, bon sang !! Un vieux plein d’arthrite serait plus en forme que toi !

Lentement, mais sûrement, Gil commença à faire peser sur elle une légère pression. Il jouait de sa lame comme s’il avait fait cela toute sa vie et le tranchant de son épée commençait à faire quelques dégâts, déchirant le tissu et traçant des lignes de feu sur la peau. Ses conseils se firent plus rares tandis que ses parades s’enchaînaient, toujours plus rapides et violentes. Autour d’eux, la pluie chantait dans les feuilles et tombaient des arbres en un rideau de cristal ; les gouttes tourbillonnaient en suivant leurs mouvements, plaquaient leurs cheveux sur leur front, leurs vêtements sur leur peau. Une estafilade se dessina sur le torse nu de Gil une fraction de seconde avant que l’épée de Kaünis s’envole dans les airs. Et retombe entre la main libre de l’Envoleur. Terminé, déjà ? Et bien non : le véritable exercice commençait enfin !

- Les armes sont futiles. C’est ton corps qui est une arme, plus puissante et plus dangereuse que celles-ci. Mets-moi hors d’état de nuire, demanda tranquillement Gil à Kaünis.

Une épée dans chaque main, il se jeta sur elle.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Dim 08 Juin 2014, 14:14

Il pleuvait.
Il pleuvait désormais depuis plusieurs heures, et Kaünis en avait marre de toute cette eau. Elle s’infiltrait dans ses vêtements, faisait coller à sa peau sa chemise blanche trop grande, et la transperçait jusqu’aux os. Heureusement, il ne faisait pas vraiment froid, mais ce n’était pas non plus agréable.

Quand ils finirent par s’arrêter dans un bosquet pour se mettre à l’abri, autant Kaünis que Voyage en soupirèrent de contentement.
La jeune fille avait fini par avoir une vraie relation avec la jument. Cela prenait du temps, elles ne se connaissaient pas encore entièrement, mais elles s’adoptaient mutuellement petit à petit. Kaünis qui n’aimait à la base pas spécialement les chevaux se surprenait à parler à sa monture, et à la brosser longuement en y prenant du plaisir. Mais les habitudes de Gil n’avaient pas changé : elle s’occupa des deux animaux quand ils s’arrêtèrent.
Quand elle eut fini de bouchonner les chevaux, elle s’approcha donc de son Maître, lui adressa un regard interrogatif.

Saisissant le poignard léger qu’il lui tendit, elle fut surprise un instant par sa manufacture si légère et si efficace. C’en était un comme cela, dont elle avait besoin, même si elle avait toujours été plus à l’aise avec des armes plus longues : elle n’avait pas une grande allonge, et elle était plus à l’aise avec un peu de distance entre son adversaire et elle.

- Voyons un peu ce que tu as retenu de mon enseignement – ennuis compris.

Dans un réflexe qu’elle ne pensait pas avoir, Kaünis rompit d’un pas lorsque Gil lui sauta dessus avant même d’avoir fini sa phrase. Réagir est toujours plus facile qu’agir, elle s’en rendit compte car la veille, lorsqu’elle avait fondu sur Libertée, elle ne l’avait même pas surprise, trop lente.
Un rictus passa sur ses lèvres, et elle tenta de répliquer. Non, elle répliqua. Gil était plus grand qu’elle, et donc son allonge était plus importante. Elle faisait encore des erreurs de débutante, et les conseils qu’il lui lançait à tout va, comme des pièces à saisir au vol, confirmaient ce qu’elle pensait : elle avait encore beaucoup à apprendre. Elle ne parvenait pas à percer sa défense, et il ne cessait de l’asticoter en traçant des lignes de feu sur sa peau, qui lui brûlait maintenant, même avec les gouttes d’eau épaisses qui tombaient des ramures des arbres, au-dessus de leurs têtes.

Mais elle ne se laissa pas abattre : la veille, encore une fois elle y repensait, elle était parvenue à le surprendre, lui. Mais c’était en combat à mains nues, et la rage leur faisait faire n’importe quoi. Il était temps de savoir ce dont elle était vraiment capable, et elle mit toute sa technique dans ses assauts suivants, dans le but de réussir à attendre celui qui était son Maître.
Et elle y parvint, l’espace d’un instant. Sauf qu’elle avait pris trop de risques, et que son poignard vola à peine eut-elle réussi à tracer un sillon sur la poitrine de Gil.

Il n’en avait pas fini pour autant.

- Les armes sont futiles. C’est ton corps qui est une arme, plus puissante et plus dangereuse que celles-ci. Mets-moi hors d’état de nuire,

Le mettre hors d’état de nuire alors qu’avec un poignard elle n’y était pas parvenue ?
Malgré elle, Kaünis recula, prit une garde de combat, un instant, le temps de réfléchir et de toiser son Maître.
Les armes sont futiles, mais elles compensent des faiblesses, des faiblesses qui peuvent venir de la conformation de celui qui les utilise – par exemple, quelqu’un de petit aura une petite allonge – ou de la technique. Mais généralement, les faiblesses de technique se font quand même ressentir armé.
Plissant les yeux, Kaünis chercha une faille dans l’attitude de Gil, n’en trouva pas.

Il fallait donc qu’elle agisse. Ce qui était différent de réagir, comme quelques minutes plus tôt.
Bondissant soudain en avant, elle jaillit sur son Maître, feinta à droite, à gauche, réussit à passer sous son poignard, mais un coude vint la chercher dans le bras gauche, l’endolorissant quelques secondes. Elle virevolta sur la gauche, pour compenser cette faiblesse momentanée, revint à la charge en passant sous le bras non armé de Gil, voulut frapper du tranchant de la main, fut repoussée avant de commencer son geste, tournoya une autre fois pour changer d’angle d’attaque.

Face à un adversaire que tu sais habile, réduis au maximum ton allonge. Sinon, tu as toutes les chances que ton opposant vienne au contact, où il aura l’avantage.

Réduire l’allonge, désormais, elle n’avait que ce choix : elle devait aller au contact, bien plus qu’elle ne l’aurait fait autrement. Elle tenta tant bien que mal, sans vraiment parvenir à faire quoi que ce soir. Elle devait délester l’homme de son arme.
Doucement mais sûrement, la chaleur de la colère enfla dans son ventre.

Un jour, Gil lui avait dit que la colère devait se cultiver, se maîtriser, mais jamais elle ne devait la laisser la dominer. S’était-il douté, un jour, que la greffe de son apprentie lui donnerait tellement raison ?
Alors, cette colère qui était la sienne prit de l’ampleur, et elle la modela. Elle sentit l’autre colère gronder derrière la porte, mais la verrouilla plus efficacement mentalement.

Et elle attaqua.
Vive et agile, elle donna tout ce qu’elle pouvait, pour réussir à désarmer Gil. Par une pirouette improbable et un coup de pied bien placé, elle finit par réussi à envoyer son arme à quelques mètres d’eux, bondit en arrière pour se placer hors de portée, et lança :

- Avec ce que tu viens de me dire, te désarmer ne veut pas dire te mettre hors d’état de nuire. Je suis censée aller jusqu’où au juste ?

La présence rassurante de sa propre rage tournait dans sa poitrine, et elle ne put s’empêcher de sourire.
Entière.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Dim 08 Juin 2014, 15:57

La nuit tombait doucement sur la plaine, mais il pleuvait toujours. De grosses gouttes tombaient sur le toit du lavoir, glissaient le long de la gouttière défoncée et se rejoignaient en un filet qui chantait doucement en coulant au sol. Dans la cour déserte et saturée de flaques, une bassine renversée émettait un « pong » rythmé, chaque fois qu’une goutte de pluie la frappait. A l’intérieur du lavoir, dans le renfoncement du toit qui fuyait à divers endroits, un pépiement se mettait en colère contre le mauvais temps : il fallait avoir de bons yeux pour distinguer dans les ombres le nid d’hirondelles, lové entre deux poutres humides. C’est cette humidité qui dérangeait le plus Gil. Assis par terre, le dos appuyé contre la pierre froide du mur qui formait le fond du lavoir, il frissonnait dans son tabard mouillé. Sur la peau de sa poitrine, les coupures avaient cessé de saigner. Ses mèches sombres ondulaient en séchant, lui donnant un air patibulaire qui aurait plu à Libertée ; il regrettait de ne pas lui avoir demandé de les lui couper. Il n’en avait pas eu le temps. A qui la faute ?

L’Envoleur tourna la tête en direction de la fautive. Allongée à l’endroit le moins humide et recouverte de sa couverture, Kaünis dormait. Voilà pourquoi il pouvait se permettre de rejeter la faute sur elle. En définitive, cette gosse n’était sage qu’une fois inconsciente… Elle ne s’était pas réveillée lorsqu’il l’avait hissée sur son dos pour sortir du bosquet. Il l’avait alors installée sur la selle de son hongre pour pouvoir la tenir pendant qu’il remontait vers le nord. La pluie avait fini par avoir raison de sa patience, et c’est alors qu’il avait déniché une ferme abandonnée. Les champs qui l’entouraient étaient en friche, il n’y avait pas âme qui vive, et pour cause : le corps de ferme n’était plus qu’un tas de cendre et restes carbonisés d’une bâtisse qui, jadis, avait sûrement été très belle. Un vieux lavoir en ruines avait attiré l’attention de Gil ; il s’y était installé pour la nuit, préférant encore dormir au sec, fut-ce dans un lieu tel que celui-ci, plutôt qu’à la belle étoile et à la merci de la pluie. Du reste, les étoiles apparaissaient au-dessus de sa tête, là où les tuiles manquaient – quand un voile de nuages ne les dissimulait pas.

Il avait mis deux heures à faire partir un feu à cause de l’humidité qui imprégnait le bois qu’il avait trouvé. Son entêtement valait bien son impatience, et à présent les flammes jetaient des ombres folles sur le mur de pierre, dans son dos et tout autour de lui ; Gil en approcha ses mains pour les réchauffer. Il n’avait pas chômé. Une fois les chevaux nourris et bouchonnés, il avait soigné les blessures de Kaünis, en commençant par les engelures qui marquaient ses bras et ses mains. La graisse animale qu’il conservait dans un petit pot y était passée en totalité. Ensuite, il avait pansé les plaies les plus ouvertes et appliqué un baume sur les bleus les plus marqués ; mais il avait fait tout cela en sifflotant tranquillement, parce qu’il n’était absolument pas inquiet pour elle. Une bonne nuit de sommeil, et Kaünis serait d’attaque pour la suite. Prête à reprendre la leçon là où elle s’était arrêtée. A cette pensée, Gil baissa les yeux et examina sa main droite ; les phalanges étaient écorchées et ses doigts n’avaient pas tout à fait dégonflé. Il sourit. J’ai tapé fort, mais crois-moi, gamine : ça en valait la peine !



*



Kaünis ignora la pique et se mit en garde. Une garde parfaite, qui témoignait à elle seule du chemin déjà parcouru par la jeune fille… et de celui qui lui restait à parcourir encore. Lorsqu’elle s’élança, Gil la laissa feinter une première fois pour qu’elle s’enhardisse, mais il riposta au moment où elle se frayait une issue sous sa lame, et son coude la frappa assez fort pour la faire reculer. Non, Kaünis ne recula pas, elle pivota souplement et sa main remonta vivement… Moins vivement que la sienne, toutefois. Repoussé à l’aube de son geste, le bras de l’apprentie retomba. Pour chercher une autre ouverture. Il devait bien lui reconnaître ceci : quoique désarmée, elle n’abandonnait pas la partie et faisait face à son maître, en dépit des lames qu’il avait en sa possession. Cette fille avait une volonté d’acier. Mais ce n’était pas là que résidait sa force. Lorsqu’elle rompit le pas, le regard sombre, Gil comprit immédiatement ce qu’elle était en train de faire ; il n’eut toutefois pas le loisir de s’inquiéter, car elle ne lui en laissa pas le temps. Son talon frappa sa main armée et il sentit l’épée lui glisser entre les doigts.

Il se figea un instant tandis que Kaünis bondissait en arrière, hors distance de toute riposte de sa part ; elle souriait et intérieurement, il fit de même. Parce que l’exercice était réussi, et parce que la jeune fille avait vraisemblablement trouvé le moyen d’être en harmonie complète avec elle-même. Il ne lui en fallait pas tant pour être fier, même s’il n’avait pas envisagé que son élève puisse le désarmer aussi rapidement. La pluie tombait dru et glissaient sur son torse, se mêlant aux gouttes de sang qui perlaient de sa coupure ; il passa la main dans ses cheveux, les ramenant en arrière pour dégager ses yeux, et soutint le regard de son apprentie. Elle avait relevé le menton vers lui, le défiant comme elle seule savait si bien le faire.

- Avec ce que tu viens de me dire, te désarmer ne veut pas dire te mettre hors d’état de nuire. Je suis censée aller jusqu’où au juste ?
- Jusqu’au bout.

Démonstration. Gil fondit sur elle avec toute la rapidité dont il était capable, et son poing serré cueillit Kaünis au visage avant même qu’elle réalise ce qu’il était en train de faire. Il la rattrapa avant qu’elle ne touche le sol et constata, soulagé, qu’il s’était retenu juste assez pour ne pas lui casser de dents. Puis il la jeta en travers de son épaule, comme il avait l’habitude de le faire avec son sac, et quitta le bosquet.



*



- Debout les morts ! Il fait jour, et miracle : il fait beau ! s’exclama Gil d’un ton exagérément joyeux.

Mais il avait raison : quelques rayons de soleil se glissaient à l’intérieur du lavoir, à travers les trous du gruyère qui faisait office de toit, et l’un d’eux frappait directement le visage de Kaünis. Penché sur elle, Gil grimaça légèrement en examinant l’hématome qui bleuissait sur sa mâchoire.

- Enfer… A ta place, j’avalerai mon petit-déjeuner au lieu de le mâcher.

Et, comme si le sujet était clos, il se releva pour enjamber les restes du feu et sortir du lavoir. Les flaques scintillaient sur les pavés de la cour, mais les nuages qui avaient fait tant de mal la veille s’étaient éloignés, laissant place à un ciel bleu vif ; Gil mit la main en visière pour observer les circonvolutions d’un rapace puis, estimant que Kaünis avait eu assez d’intimité, rentra la tête dans le lavoir. Comme prévu, elle fulminait. Il rit doucement. Autrefois, il n’y a pas si longtemps, il se serait contenté de se moquer, sans prendre le temps de lui expliquer son geste ; mais elle lui avait demandé d’être plus accessible et moins couillon, alors il chercha son regard et attendit qu’elle l’écoute attentivement.

- Crois-le ou non, je ne t’ai pas frappée par plaisir. Promis, juré ! Mais les meilleures leçons viennent toujours des plus gros échecs. C’est bien connu… Tu as compris comment faire de ton corps une arme redoutable, la seule et unique dont tu aies réellement besoin face à ton adversaire. Les épées, les dagues, les poignards sont un bonus dont un Envoleur ne s’encombre que par orgueil. Sauf que sans l’esprit, le corps n’est rien. Ils sont liés. Ils sont fusionnels. Si, lorsque tu engages le combat, ton esprit n’est pas déterminé à aller jusqu’au bout, ton corps ne suivra jamais assez.

Gil ne lâchait pas Kaünis des yeux, et sa voix se fit plus basse, sur le ton de la confidence – de maître à apprentie :

- Tu dois toujours aller jusqu’au bout.

Puis il eut ce fameux demi-sourire qui rompit la gravité de l’instant.

- On recommencera ce soir, le temps de laisser les bobos guérir. En attendant, tronche de cake, emballe tes affaires et rejoins-moi dans la cour.

Ils sellèrent et harnachèrent les chevaux mais ne montèrent pas sur leur dos ; à la place, ils prirent la direction du nord en courant, laissant derrière eux les ruines de la ferme et les nuages qui roulaient doucement vers le sud, poussé par un vent tout droit venu du Septentrion des Géants. Ils adoptèrent une foulée soutenue qui leur permit d’avaler les kilomètres sans effort, suivis par leurs chevaux qu’il fallait parfois siffler pour empêcher d’aller papillonner à droite et à gauche. Gil progressait à côté de Kaünis et la poussait, par sa propre présence, à garder le rythme. Deux heures plus tard, ils couraient toujours, et le silence paisible qui les accompagnait n’était interrompu que par leur souffle. Soudain, Gil donna un coup de coude à son élève ; il attendit qu’elle tourne la tête vers lui pour lui désigner du doigt une tâche à l’horizon. Un arbre mort, frappé par la foudre, qui se découpait dans la lumière du jour.

- Trois sous que j’arrive le premier, jeta l’Envoleur avant de s’élancer.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Lun 09 Juin 2014, 13:19

Elle avance.
Elle avance dans le noir. Elle avançait, et elle se sentait devenir de plus en plus lourde. De plus en plus pesante. Son corps se désaxait, elle perdait son équilibre, commençait à marcher en canard.
Elle leva les mains devant son visage, et ses doigts avaient doublé de volume.
Elle baissa les yeux sur son ventre, mais il avait pris une énorme forme rebondie.
Et quand elle posa ses mains dessus, quelque chose bougea sous ses doigts.


- Debout les morts ! Il fait jour, et miracle : il fait beau !

- Aaaahh !


Kaünis se redressa en hurlant, avant de se mettre à couiner avec la douleur qui se réveilla dans son visage.
Une douleur réelle. Pas comme ce rêve. Un long soupir franchit ses lèvres, alors qu’un intense sentiment de soulagement la traversa. Levant les yeux vers Gil, elle essaya de se remémorer comment elle était arrivée sous le toit de cet endroit – un lavoir de ferme, apparemment – mais rien ne lui vint.

- Enfer… A ta place, j’avalerai mon petit-déjeuner au lieu de le mâcher.

A ce moment-là seulement, elle passa ses doigts sur sa joue bouffie, et en mâchouillant seule pour avaler sa salive, elle sentit clairement le goût rouillé du sang dans sa bouche.
Mais elle n’en voulait pas à Gil.
A vrai dire, son rêve la préoccupait plus que l’état de son visage, tant qu’elle n’avait pas le nez cassé. Ce n’était qu’un peu de douleur, elle avait pris l’habitude de sortir des joutes avec Gil dans de tels états. Même si cela faisait des mois que cela n’était pas arrivé.

Clignant plusieurs fois des paupières, elle posa sa main droite sur son ventre parfaitement plat, et elle prit une grande inspiration avant de porter son attention sur Gil, qui sembla se méprendre sur ses intentions.

- Tu dois toujours aller jusqu’au bout.

Elle hocha la tête, distraite. Elle ne releva même pas que l’Envoleur lui avait parlé d’une autre séance le soir-même. Elle ne releva pas non plus l’insulte qui sortit de la bouche de son Maître, trop préoccupée.
Pourquoi avait-elle rêvé d’une telle chose ? Peur ou prémonition ?
Devenant soudain fébrile, elle chercha dans son sac le petit papier sur lequel elle cochait les jours, soupira en se rendant compte qu’elle n’avait pas encore de retard, et songea soudain à Naïs.

« Je n'ai jamais été au courant d'avoir été enceinte... Jusqu'à sa naissance. »

Une sourde angoisse s’empara d’elle, et l’habitat toute la matinée. Même si leur course s’éternisa, elle ne lui vida pas la tête, et quand Gil lui lança un défi, elle releva à peine la tête, s’efforçant d’activer pour ne pas arriver trop en retard par rapport à lui, mais pas du tout connectée à l’exercice. Ses jambes et son souffle étaient devenus automatiques, et ses pensées dérivaient.

Quand elle arriva près de l’arbre, elle s’arrêta, prit quelques secondes pour récupérer un peu son souffle, et planta son regard dans celui de Gil.

- Gil ? Est-ce qu’on va passer près d’une Confrérie ?

Une peur sourde était en train de naître en elle.
Elle devait être sûre. Et seuls des Rêveurs pourraient dire ce qu’il en était, et faire le nécessaire si la situation l’exigeait.
Oui, elle devait passer dans une Confrérie. Mais elle n’avait aucune envie de donner les détails à Gil.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Lun 09 Juin 2014, 16:36

Elle se foutait de lui, ou bien alors il était plus rapide qu’il ne l’avait imaginé. Penchant pour la première option, Gil pivota sans ralentir l’allure et se mit à courir à reculons pour observer Kaünis. Avait-il cogné trop fort, finalement ? Possible, mais peu probable : il savait doser sa force quand il le fallait, et il s’était arrangé pour que ses blessures cicatrisent vite. Que la douleur disparaisse, mais que la leçon reste à jamais gravée dans sa tête de pioche. Alors quoi ? Elle n’aimait plus le défier à la course ? Elle n’avait quand même pas déjà tiré un trait dessus, si ? Perplexe, Gil se retourna et accéléra le rythme, avant de ralentir à nouveau. A quoi bon arriver le premier si Kaünis ne jouait pas le jeu ? La mine songeuse, il attendit qu’elle arrive à sa hauteur et calqua son pas sur le sien. Courir de concert, c’était bien, aussi. Moins amusant, mais bien. L’arbre mort les attendait au sommet de sa petite butte herbeuse, le tronc fendu par l’éclair qui l’avait frappé de plein fouet et les branches noircies par les flammes qui l’avaient alors dévoré. Ils s’arrêtèrent à côté de lui. Un soleil de plomb les narguait, comme s’ils devaient regretter la pluie qui les aurait sans aucun doute rafraîchis ; Gil détacha sa gourde de la selle de son cheval et commença par verser un peu d’eau sur la nuque de Kaünis.

- Gil ? Est-ce qu’on va passer près d’une Confrérie ?

Il avala quelques gorgées tout en réfléchissant à la question. Il s’était plutôt attendu à ce qu’elle s’inquiète de leur destination. En fait, il avait préparé une réponse toute cabocharde, pleine de mystère et propice à son exaspération ; il n’avait pas songé qu’elle puisse à nouveau le surprendre. Pourtant, avec cette gosse, il fallait s’attendre à tout… Il lui tendit la gourde et l’observa attentivement. Non, il en était sûr : ce n’était pas à cause de la leçon de la veille que Kaünis avait posé la question. Il y avait autre chose. La greffe ? Impossible. Kaünis était bien la dernière personne en ce monde qui accepte de faire confiance à un étranger au sujet de ce farouche secret. Gil plissa les yeux. Oh, bien sûr, il aurait pu lui demander quelques explications. N’était-ce pas lui, le maître ? Mais lorsqu’il récupéra la gourde, il sut qu’il n’en ferait rien. C’était aussi ça, la confiance. Il se hissa en selle et laissa Kaünis en faire de même avant de croiser son regard.

- On y sera ce soir.

Ils piquèrent un galop, laissant l’arbre foudroyé derrière eux.
Et un défi en cours.



*



Tintiane.
Debout devant les hauts murs de la Confrérie, Gil se sentit soudain mal à l’aise. Etait-ce parce que ce lieu lui en rappelait un autre, similaire, dans lequel se trouvait peut-être encore l’enfant de Naïs ? Son enfant ? Il détourna les yeux et maudit silencieusement cette fichue frousse qui le prenait à la gorge pour une raison aussi stupide. Mais il n’était pas question qu’il rentre là-dedans. Il se laissa glisser de sa selle, prit les rênes de sa monture dans la main et, de l’autre, attrapa la bride de Voyage. Puis il leva la tête et regarda Kaünis dans les yeux.

- N’y passe pas la nuit, on a un programme à suivre, dit-il simplement.

Ce qui pouvait se traduire par : si tu as besoin de moi, je reste dans le coin. Pensif, Gil regarda la jeune fille entrer dans la Confrérie. Il se mordilla la lèvre en se demandant s’il n’aurait pas pu en profiter pour lui demander de dérober quelque chose, un objet sans valeur ni importance particulière, histoire de vérifier qu’elle n’avait pas perdu la main en matière de crochetage de serrure. Puis il haussa les épaules et entraîna les chevaux à l’ombre des murs de la guilde des Rêveurs. Ce détour par Tintiane l’obligeait à revoir son itinéraire. Il avait pensé franchir le Poll par l’embouchure du Pollimage, mais s’il restait sur cette idée, ils allaient perdre une semaine. Appuyant son dos contre mur, il ferma les yeux et se mit à réfléchir à la question. Suivre l’Ombre et contourner la Forêt Maison ? Voilà un projet qui était tentant. Il y avait des années qu’il ne s’était pas approché de la forêt qui abritait les Petits. A une époque où il espérait croiser un membre du petit peuple, il était tombé sur un détachement de Frontaliers et s’était joint à eux le temps de casser du Raï ; qui sait ce qu’une nouvelle expédition dans un tel lieu de perdition pouvait bien lui rapporter, cette fois-ci ?

Qu’est-ce qui se passe, gamine ?

La pensée intrusive lui tira un grognement. Il n’en avait rien à faire, après tout. Kaünis lui avait suffisamment prouvé qu’elle était capable de gérer sa vie toute seule. Il n’était là que pour lui apprendre à filer des beignes sans trop en recevoir, ce qui n’était déjà pas si mal ! Voilà pourquoi il avait prévu de sortir des limites de l’Empire, en dépit du danger qui régnait en maître de l’autre côté de la chaîne du Poll ; il était grand temps que Kaünis se fasse la main sur quelques guerriers cochons. Un passage obligatoire pour une face de Raï, non ? Les yeux toujours clos, Gil sourit fugacement. Allez gamine, qu’est-ce que tu fabriques, hein ? Le sourire disparut, l’inquiétude revint. Il soupira. Que pouvait-elle bien faire pendant qu’il cuisait dehors ? Il aurait dû lui poser la question. Au diable la confiance. Il envisageait d’ailleurs sérieusement à aller la chercher pour la sortir de là par la peau du cou lorsqu’un léger toussotement lui fit ouvrir les yeux. Planté devant lui, un arrosoir à la main et un chapeau de paille protégeant son crâne rasé des rayons du soleil, un Rêveur le dévisageait avec surprise. Enfer…

- Vous accompagnez la jeune fille qui vient de rentrer, n’est-ce pas ? Vous ne voulez pas aller avec elle ?
- Je me porte comme un charme, j’ai aucune raison d’aller là-dedans,
grogna Gil.

Avec un peu de chance, sa rudesse allait décourager le Rêveur et le faire partir…

- Est-ce que cette jeune fille n’est pas une bonne raison ?

… raté.

- Sans doute, mais je vais quand même l’attendre ici. A moins que ça ne vous dérange ?
- Non, non…


L’homme au chapeau de paille commença à s’éloigner vers la porte et Gil, qui s’apprêter à crier victoire, se figea lorsque le Rêveur s’arrêta un instant pour tourner la tête dans sa direction.

- Parfois, l’amitié est le meilleur des remèdes, dit-il simplement.

Puis il disparut à l’intérieur de la Confrérie. Resté seul, Gil médita ces dernières paroles en silence. Il n’était pas question d’amitié dans cette histoire ! Alors pourquoi est-ce qu’on se permettait de lui faire la morale, hein ? Vexé, il repoussa la tête de Voyage, qui s’était mise à fourrager dans ses cheveux. Puis il leva les yeux vers le mur blanc qui lui faisait face.
Et le séparait de Kaünis.

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Kaünis Gil'Ozh
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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Lun 09 Juin 2014, 17:00

[ Je me suis "légèrement" emballée x) ]






Le rêveur ouvrit les yeux et ôta sa main de la peau du vente de Kaünis.
La jeune fille fronça les sourcils, essayant de déchiffrer l’expression de l’homme, mais elle ne savait pas comment l’interpréter. Alors, elle fit ce dont elle avait l’habitude : elle attaqua.

- Alors ?

Cette fois-ci, elle vit clairement qu’il était mal à l’aise, mais il eut assez de courage pour poser son regard pâle dans le sien, si sombre.

- La réponse est non. Vous n’attendez pas un bébé, mais deux.
- Quoi ?!


Elle avait hurlé.
Hurlé de surprise, hurlé de peur. Une peur sourde qui se transformait en terreur.
Impossible ! Comment ne l’avait-elle pas vu ? Elle était réglée comme une horloge.

- Depuis combien de temps ?
- Ca doit faire deux mois.
Impossible !


Cette fois-ci, le rêveur devint plus grave.

- Mademoiselle, parfois, le corps féminin joue des tours. C’est comme ça. Ne devriez-vous pas vous en réjouir ?
- Je veux que vous me les enveliez.


L’homme en resta interdit plusieurs secondes. Il l’observa longuement, comme s’il tentait de la percer à jour. Mais elle savait que c’était quelque chose de très difficile, encore plus quand on ne la connaissait pas : elle-même ne savait pas toujours comment elle allait réagir.

- Vous devriez attendre quelques jours, et réfléchir.

Elle l’attrapa brusquement par l’avant de son kimono et planta son regard dans celui de l’homme, alors que leurs visages étaient si près qu’elle pouvait sentir très clairement son haleine et son souffle.

- Non. J’ai un Maître qui m’attend dehors, je suis en pleine formation, je ne veux pas de ces bébés. Enlevez-les moi !
- Ma…Mademoiselle, voyons !
balbutia le rêveur en essayant de se dégager. En vain.
- Vous allez faire ce que je vous dis, et tout de suite, sinon je vous réduis en charpie, vous et les deux rêveurs qui attendent devant la porte. Je vous ouvrirai le ventre, vous trouerai la poitrine pour en sortir vos cœur et les lancer aux vautous qui rôdent. C’est bien compris ?


La voix de la jeune femme avait été douce, mais la menace était si tangible dans son regard – et comment avait-elle su pour les deux rêveurs devant la porte ? – que l’homme eut du mal à avaler sa salive. Il voulut parler, mais aucun son ne sortit de sa bouche, et il finit par hocher la tête.

- Et si jamais tu ne fais pas ça correctement, je reviendrai et vous crèverez tous !

Elle le lâcha brusquement, et d’un mouvement du poignet, l’envoya valdinguer contre le mur, qui sembla vibrer sous l’impact. Se relevant difficilement, le Rêveur s’approcha d’elle en tremblant, lui jeta un coup d’œil à la dérobée, et posa ses deux mains sur son ventre encore plat.


* *


- Il faut maintenant que vous l’évacuiez. Vos menstruations devraient commencer dans la journée. Essayez de vous reposer.
- Ca, c’est pas possible. Mais merci.


Kaünis bondit du lit dans lequel elle était allongée, passa rapidement dans les pièces de commodité, et sortit pour retrouver Gil, dehors.

Il tenait Voyage par la bride. Le soleil s’était couché depuis une heure, à vue d’œil.

- C’est bon.

Elle pouvait reprendre l’entraînement. Mais une petite voix, dans sa tête, gémit. Elle préféra la barricader derrière la porte, avec le reste de sa rage. C’était plus sûr..

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Lun 09 Juin 2014, 17:15

- J'ai le droit à un complément d'information ?


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