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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Groupe Hogh, cours n°4

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Kaünis Gil'Ozh
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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Dim 15 Juin 2014, 18:06

- J'ai été invitée à voir les Mentaïs. Puis, j'ai voulu aider toi et Naïs, j'ai insisté, et je l'ai retrouvée. On a été embarquées dans cette histoires de Mentaïs contre Mentaïs, mais Fried s'est fait passer pour un allié à mon père et m'a emmené dans le camp de Samoan. Je l'ai tué, on s'est retrouvés dans des couloirs souterrains, et ce salaud s'est échappé car l'Imagination y était inaccessible...

[ Soupire ]

- Enfin, pour faire court.
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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Jeu 19 Juin 2014, 22:50

[Désolée pour l'attente ! J'ai été très occupée, j'aurai pu répondre par de simples paroles mais j'avais envie de prendre le temps de répondre alors... et bien, j'ai pris le temps ^^]


Gil fronça les sourcils. Fried ? Cet idiot qui était venu interrompre son cours avec une nonchalance irritante ? Un sentiment proche de la victoire étreignit le cœur de l’Envoleur, juste avant d’exploser comme une bulle de savon. Silencieux, il observa Kaünis, qui semblait plongée dans ses pensées. Ce jour-là, ils s’étaient disputés au sujet du garçon. Gil se souvenait de sa propre jalousie à l’encontre de ce jeune blanc-bec qui tournait autour de son élève comme une grosse mouche bourdonnante. A l’époque, elle ne paraissait pas pressée de l’envoyer balader. Qu’avait-il pu bien se passer pour qu’elle mette un terme à leur entente aussi radicalement ? Et comment pouvait-elle vivre avec ce sombre souvenir  en tête ? Au fond, t’es comme moi : toujours lâchée par la chance, hein… Libertée n’avait peut-être pas exagéré en leur trouvant un petit air de ressemblance. Mais le moment n’était pas aux confidences, même si Gil devait bien avouer qu’il commençait à y prendre goût ; l’endroit était redevenu parfaitement calme mais il ne valait mieux pas s’y attarder. Les charognards allaient bientôt être attirés par les corps qui gisaient dans l’herbe.

- Samoan ne refilerait pas sa sale besogne à un Marchombre, dit-il en se redressant péniblement.

Soit il avait pris un méchant coup de vieux, soit le marchombre en question avait tapé fort. Les muscles raides, il fit quelques pas puis s’étira précautionneusement. Des bleus et des bosses fleurissaient déjà sur sa peau, rien qui ne sorte vraiment de l’ordinaire, et si les coupures de son bras méritaient quelques points, elles attendraient qu’ils se soient trouvé un lieu sûr. Plus sûr que celui-ci. Ils retournèrent à l’endroit où le cheval de Gil était tombé. En chemin, ils croisèrent un certain nombre de cadavres qu’ils soulagèrent de leurs bourses et de quelques armes : l’envoleur récupéra l’arc de l’archer qu’il avait tué, ainsi que les flèches qui emplissaient son carquois. Il trouva également une dague effilée, à l’équilibrage léger et d’ornement raffinée. Il la tendit à Kaünis lorsqu’elle passa près de lui.

- Jolie, efficace et fatale. C’est aussi ce que je pense de toi après cet exercice improvisé, et c’est plus utile qu’un tatouage !

Il haussa les épaules pour dissimuler son embarras, parce qu’il n’était toujours pas très à l’aise avec ce genre de discussion, et s’accroupit près du cheval. Il s’assura d’un rapide coup d’œil que Kaünis ne le regardait pas, et fit glisser ses doigts le long de l’encolure de l’animal.

- Vraiment désolé, murmura-t-il avec regret.

C’était une belle bête, quoi qu’un peu stupide sur les bords et absolument pas obéissante pour un sou ; il avait prévu de la remettre à son propriétaire un jour où il passerait près à nouveau près de la ferme, mais c’était un détour désormais inutile… Sa besace était à moitié coincée sous la selle. Il la délogea et récupéra aussi sa couverture, mais son regard tomba soudain sur quelque chose qui gisait dans l’herbe, à quelques pas du cheval : c’était sa flûte. Elle avait glissé de sa ceinture pendant sa chute et le bois avait cassé net. Il ramassa les deux parties de son instrument et les contempla longuement. Puis il les balança au loin. Tant pis, j’en trouverai une autre… C’était vrai, mais alors qu’il s’éloignait en direction du Poll, juché sur Voyage et un bras passé autour de la taille de Kaünis, il avait le cœur étrangement lourd.



*



Il existe un passage, tout à fait au nord de la forêt de Barail, qui permet de franchir la chaîne du Poll à cheval. L’accès est introuvable pour qui ne prend pas la peine d’ouvrir les yeux et le sentier qu’il faut emprunter pour passer le col est sinueux et très souvent périlleux. Seuls de bons cavaliers peuvent s’y déplacer, et lorsque c’est le cas il faut tout de même rester extrêmement vigilant : un mauvais pas, un geste trop ample, une distraction mal venue et c’est la chute assurée. Droit au fond d’un gouffre vertigineux dont le fond est adroitement dissimulé par des nuages bas, gris et lourds de pluie. Plus on avance et moins la lumière est vive, comme si les rayons du soleil n’osent pas s’aventurer dans cet endroit que certains jurent maudits ; les éleveurs de siffleurs qui habitent à l’entrée de la passe aiment raconter toutes sortes d’histoires pour effrayer les voyageurs parmi les plus téméraires, mais seuls les fous et les chasseurs de rêves les imaginent toutes fausses.

Gil savait, lui, qu’au moins un quart de ces vieilles légendes était fondé sur la vérité. Il arrivait parfois qu’une goule quitte les désertiques plateaux d’Astariul pour s’aventurer dans les hauteurs rocheuses du Poll. Quelques ours, quand ils n’hibernaient pas au fond d’une grotte, descendaient vers la vallée pour rejoindre l’Ombre et faire provision de poisson. D’autres prédateurs écumaient cet endroit hostile, mais les Raïs n’en faisaient pas partie : à cet endroit de la chaîne montagneuse, le royaume des guerriers cochons se heurte aux limites de Gwendalavir, mais touchent également les frontières du pays Faël. Gil avait ainsi expliqué à Kaünis que les Raïs préféraient encore se frotter à la redoutable férocité des Frontaliers, bien plus à l’est du Poll, plutôt que de risquer une rencontre avec les très étranges habitants de l’ouest. A ce moment de son récit, il avait anticipé la question de son élève et un sourire plein d’ironie avait dansé sur ses lèvres.

- Les Faëls détestent les Raïs, avait-il dit, mais tu peux être sûre qu’ils ne risqueraient jamais une guerre contre eux. Et ils regardent bien trop les Alaviriens de haut pour seulement envisager de rejoindre les rangs des Frontaliers au nord…

Ils avaient délaissé l’Ombre quatre jours plutôt et n’avaient pas rencontré d’autre incident depuis, mais ils avaient longuement débattu du pourquoi et du comment de cette bataille. La présence d’un Marchombre expérimenté parmi de simples bandits toutefois suffisamment doué pour les mettre en danger, était préoccupante et Gil avait repris la leçon en redoublant de vigilance. Il restait constamment sur ses gardes, son regard bicolore scrutant le paysage avec attention, choisissant des endroits à couvert pour les haltes quotidiennes et dormant la nuit d’une seule oreille, ses armes à portée de main. Si Kaünis avait vu juste, si Samoan s’était brusquement mis en tête de lui faire payer son affront, il valait mieux être prêt à réagir à tout moment… Mais ces quatre derniers jours avaient été étrangement calmes et l’entraînement de Kaünis avait repris avec une rigueur que leur complicité, toute neuve et incroyablement solide, permettait largement. Chaque soirs ils se mesuraient au corps à corps, Gil repoussant sans cesse les limites de son élève ; depuis la bataille sur la rive de l’Ombre, il ne retenait plus du tout ses coups. Chaque matin, ils couraient pendant deux à trois heures à une allure soutenue avant de terminer par une course qui avait rarement le même gagnant. Kaünis progressait toujours, mais de façon moins visible, et Gil réalisa qu’il ne lui restait plus beaucoup de choses à lui enseigner. Plus ils avançaient et plus cette idée s’enfonçait comme une épine dans son cœur.

Le cinquième jour, alors qu’ils approchaient sensiblement de l’autre versant de la chaîne, du côté du royaume Raï, ils s’arrêtèrent sur un plateau rocheux relativement plat qui donnait sur une cavité circulaire, trop petite pour être qualifiée de grotte mais trop grande pour qu’on la confonde avec une faille. Gil décida de s’y arrêter le temps pour Voyage de se reposer. Il laissa Kaünis soigner son cheval et explora rapidement les alentours du regard. Un léger brouillard envahissait l’espace et rendait l’humidité omniprésente. L’air froid et épais les avait obligés à se couvrir chaudement ; Gil portait une chemise et un pourpoint de laine sous son tabard de cuir, dont le col était constamment relevé, et ses mains, comme celles de son élève, étaient gantées. Il en glissa une sur la paroi rugueuse de la cavité rocheuse, soudain pensif, et un léger sourire creusa une fossette dans sa joue gauche.

- Tu te souviens de cette journée dans les Dentelles ? lança-t-il soudain.

C’était le jour de leur rencontre et il n’avait jamais pu l’oublier. Kaünis et une fille un peu bizarre, avec un masque sur le visage, s’étaient lancées dans l’escalade d’un flanc particulièrement dangereux ; il était déjà trop tard lorsqu’elles s’en étaient rendu compte et elles avaient eu de la chance qu’il se soit trouvé dans les parages…  Gil tourna la tête et croisa le regard vif de Kaünis. Dans ses prunelles sombres, il vit briller l’éclat du souvenir : elle non plus n’avait pas oublié. C’était pour ainsi dire la première fois qu’ils se grognaient dessus !

- Si j’avais su que tu allais devenir mon élève, j’aurai peut-être sauté dans le vide pour m’épargner tout ça ! plaisanta-t-il sur un ton qui démentait la rudesse de ses paroles.

Il contempla un instant la nappe de brouillard qui flottait paresseusement sous leurs yeux, jusqu’à ce que son regard s’illumine soudain. Voyage grignotait les feuilles de pissenlit qu’ils avaient emportés pour lui et Gil lui jeta un coup d’œil songeur, tandis que sous son crâne, les rouages de ses pensées tournaient à toute allure.

- Il ne risque pas de se détacher et de dévaler la pente ? Bon, alors suis-moi.

Il s’approcha du vide, si près du gouffre que le bout de ses bottes dépassaient dans le vide. Mais il n’avait pas l’air d’avoir peur de perdre l’équilibre. Au contraire, il souriait comme un enfant sur le point de faire une grosse bêtise… Il tendit le bras et désigna le brouillard.

- Tu vois ça ?

Ça, c’était si difficile à apercevoir qu’on pouvait très bien se demander s’il n’avait tout simplement pas rêver. Mais à y regarder d’un peu plus près, on se rendait compte alors que son doigt pointait quelque chose dans le brouillard : une ligne mince et délicate, presque aussi fragile d’apparence qu’un fil qu’un simple coup de vent casserait net… sauf qu’il ne s’agissait pas d’un fil mais d’un pont. Ou plutôt une passerelle, toute faite de pierre et qui s’élançait dans le vide, perçant le brouillard pour s’y enfoncer et y disparaître complètement. Gil planta son regard dans celui de Kaünis.

- J’ai bien envie d’aller voir ce qu’il y a de l’autre côté…

Cinq minutes plus tard, ils se lançaient dans une traversée des plus périlleuses et des plus insensées qui soient. Les premiers pas étaient relativement faciles mais très vite, le petit pont de pierre s’amincissait pour ne plus permettre qu’à un seul pied de se tenir en entier sur sa largeur ; l’équilibre était donc plus dur à conserver et il était, en outre, la proie du vent qui soufflait plus fort au fur et à mesure de leur progression. Gil suivait Kaünis.

- Enfer, tu pourrais pas avancer plus vite ? Je vais finir par m’endormir…

Comme pour lui enjoindre de se taire, le vent souffla de plus belle.

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Kaünis Gil'Ozh
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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Ven 20 Juin 2014, 11:06

Kaünis observa avec attention la réaction de Gil.
Il semblait… c’était quoi cette lueur de victoire dans son regard ? Elle ne comprenait pas, jusqu’à finalement penser à Yan : oh, il devait confondre l’Envoleur avec Fried.
Elle chercha à se justifier l’espace d’un instant, puis haussa les épaules : qu’il croit ce qu’il veut, non ?

- Samoan ne refilerait pas sa sale besogne à un Marchombre.

Et l’Envoleur n’avait pas tort.
Se mordant la lèvre, Kaünis ne put s‘empêcher de dire :

- Non, et à un Envoleur non plus. Fried était un Mentaï, Gil. Yan est un Envoleur.

Haussant les épaules, la jeune femme prit une grande inspiraiton, et son regard glissa sur le paysage. Finalement, elle se hissa sur la selle et Gil se plaça derrière elle, histoire qu’ils ne perdent pas trop de temps non plus. A un seul cheval, cela allait nettement moins vite, c’était un fait.

Jolie, efficace et fatale.
Efficace et fatale, elle pouvait comprendre.
Mais jolie ?


* *

Kaünis se lança corps et âme dans les exercices que Gil lui proposait. Parce qu’il ne les imposait plus, enfin, elle n’en avait en tout cas pas l’impression.
Elle se battait contre lui tous les soirs, elle courait, elle sautait, elle faisait tout ce qu’il fallait pour continuer à progresser, et elle avait cette impression poignante que si sa progression n’était plus aussi visible, elle devenait durable.
Plus durable que jamais.

C’était ce à quoi elle pensait en pansant Voyage, qui appréciait d’autant plus ces instants qu’elle commençait à en avoir marre de porter deux cavaliers. La jument appréciait toutes les petites attentions que Kaünis avait à son égard, et à sa propre surprise, la jeune fille prenait de plus en plus de plaisir à lui donner cette attention qui semblait combler sa monture. Une certaine amitié s’était tissée entre elles, et Kaünis était certaine que la jument, si elle restait une jument et donc imprévisible, commençait à réellement l’apprécier non pas parce qu’elle était un distributeur de nourriture, mais au-delà des besoins qu’elle lui permettait d’assouvir.

- Tu te souviens de cette journée dans les Dentelles ?

Relevant la tête, Kaünis jeta un regard à Gil, et reprit son travail.

- Oui.

Oui, elle s’en souvenait, et elle se souvenait également d’Elya, la jeune femme dont elle était devenue relativement proche. Pas autant que Nana dans le temps. Pas autant que Khamill. Mais quand même, elle l’appréciait et ne l’avait pas revue depuis plusieurs mois au Domaine.
Soudain, Kaünis réalisa qu’elle avait malgré tout des amies, au Domaine. Des gens qu’elle appréciait. Même si Yan avait été promu un tout petit plus haut que « ami », c’était pareil pour elle, puisqu’elle ne nourrissait plus aucun sentiment pour lui. Juste une attirance physique inexplicable.

- Il ne risque pas de se détacher et de dévaler la pente ? Bon, alors suis-moi.

- Elle,
ajouta Kaünis, machinalement, avant de suivre Gil après avoir vérifié quand même l’attache de Voyage.

Ils s’approchèrent du gouffre qui se dressait à leurs pieds, et un formidable sentiment de puissance prit Kaünis aux tripes quand elle regarda en bas. Elle eut très envie de voir si elle pouvait voler, mais se reprit rapidement pour porter son attention sur Gil.

- Tu vois ça ?

Elle hocha la tête en plissant les yeux pour mieux distinguer la ligne rocheuse qui s’élançait par dessus le vide, mais surtout dans le brouillard.
Aller de l’autre côté ? Pourquoi pas.
S’avançant vers le pont de pierre, qui n’était pas réellement un pont, Kaünis flirtait avec le vide et le vent, le brouillard était présent partout autour d’elle, et le risque d’elle prenait à chaque pas lui faisait tambouriner le cœur dans sa poitrine.
Mais là, tout de suite, elle était aprfaitement confiante.

- Enfer, tu pourrais pas avancer plus vite ? Je vais finir par m’endormir…

Il fut soutenu par le vent, dont une bourrasque les bouscula à ce moment précis.
Les cheveux de Kaünis claquèrent dans son dos, et elle éclata de rire.

- Tu veux faire la course ?

Alors, d’une impulsion, elle s’élança en avant.
En équilibre parfait sur ce sentier en l’air, sur ce passage défiant toutes les lois physiques imaginables.
En dansant, chorégraphie avec le vent, qu’elle sentait s’engouffrer dans ses cheveux et sous sa chemise trop grande.
En riant.

__________________________________________



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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Dim 22 Juin 2014, 15:58

Ils firent la course.

C’était absolument, complètement, totalement insensé, parce que le vent ne les lâchait pas d’une bourrasque et le vide, sous leurs pieds, était promesse d’une mort certaine si jamais il faisait un seul faux pas. Mais il suffisait simplement de ne pas en faire, et alors, le danger passait au second plan, cédant la place à l’ivresse de l’instant. Kaünis courait devant lui, légère, aérienne même, ses longs cheveux noirs dansait derrière elle au rythme de sa foulée. Gil la suivait de près, la talonnant sans la dépasser – il n’avait pas la place de la doubler sur le mince pont de pierre qui semblait osciller tant il était fragile, dérisoire face aux éléments déchaînés : de minuscules flocons de neige se mêlaient au vent, illuminant le brouillard et piquetant leurs visages de mille baisers glacés. Un rire jaillit, suivi d’un deuxième, qui se prolongea dans un écho improbable dans ce désert de roche froide. Rapides et confiants, ils jaillirent l’un après l’autre du brouillard et bondirent pour s’accrocher en même temps à la paroi qui s’élevait devant eux.

Un regard, échange silencieux et complice, puis Gil se mit à grimper. Vite, si vite que ses mouvements étaient difficilement décelables, comme s’il ne prenait pas le temps de réfléchir aux prises à choisir, à la façon de tracter sur les bras et pousser sur les jambes : il grimpait, tout simplement. Et Kaünis grimpait à côté de lui. Le vent les plaquait contre la roche glissante, hurlait à leurs oreilles des encouragements qu’ils puisaient déjà dans leur engouement mutuel. Plus haut ! clamait le regard brillant de Gil. Toujours plus haut ! Il dansait sur la pierre, glissait sur la glace, et jamais ne ralentissait ni ne s’arrêtait. Pas besoin de tourner la tête pour jeter un coup d’œil à son élève. Elle était si près de lui qu’il pouvait sentir le tissu de sa chemise le long de son bras. Redoublant d’effort, ignorant le vide qui tentait de l’aspirer, de l’absorber dans son immensité vertigineuse, il s’éleva encore. Toujours plus haut. De toutes leurs courses, c’était la plus belle. Ils arrivèrent ensemble au sommet de l’à-pic qui dominait les nuages et tutoyait le soleil. Dans un même et ultime effort, ils se hissèrent sur la surface presque plane et s’effondrèrent à plat ventre, le souffle court mais hilares : Gil ne savait même pas comment il trouvait encore la force de rire. Ses muscles tremblaient, son cœur battait vite et fort contre ses côtes, ses pommettes étaient rouges, ses yeux plus brillants que jamais.

- Wahou, lâcha-t-il en recouvrant peu à peu ses esprits. C’est… presque aussi bon… que le sexe !

Le rire de Kaünis était incroyablement clair. Gil ne l’avait jamais vraiment entendu avant ces événements un peu tristes qui les avaient rapprochés, et à présent il lui semblait qu’il ne pourrait plus s’en passer. C’était un son léger, rassurant, qui trouvait sa place au fond de lui à la manière de la pièce d’un puzzle et lui donnait l’étrange impression d’être complet. Entier. Le jeune homme inspira deux profondes goulées d’air avant de se hisser sur ses avant-bras, puis il fit basculer son poids sur ses genoux et se redressa. Au-dessus d’eux, le ciel était clair, épuré, céruléen, et le soleil éblouissant l’obligea à mettre une main en visière sur son front. Son regard glissa sur la mer de nuages qui roulaient en contrebas, puis sur l’horizon calme, plat et lumineux.

- Regarde ça… Tu as déjà vu quelque chose d’aussi beau ?

Non. Rien ne pouvait être aussi beau. S’ils étaient arrivés là quelques minutes plus tôt, ils n’auraient pas eu droit au même spectacle. S’ils revenaient demain, ils assisteraient à une représentation différente. Chaque moment était unique, Gil s’en rendait compte maintenant plus que jamais ; il avait la sensation affolante de vouloir graver le moindre détail dans sa mémoire avant que les images changent sous les caprices du temps et de la nature. Gil se mit debout, garda les bras le long du corps, juste à côté de son élève. Ils étaient seuls au monde. Le vent jouait dans leurs cheveux et faisait claquer leurs vêtements, plus violent ici que partout ailleurs ; équilibre parfait entre l’harmonie du silence et le chaos des éléments. Impossible de déterminer le temps qu’ils passèrent là-haut, dans leur bulle, avant de redescendre vers la mince arche de pierre. Mais alors que Kaünis faisait un pas en avant, prête à s’élancer, il posa la main sur son épaule.

- Attends.

Il dénoua le bandana de tissu qui protégeait sa gorge du froid et le noua autour de la tête de la jeune fille, voilant ses yeux.

- On s’est mesurés l’un à l’autre à l’aller, je veux que tu te mesures à toi seule au retour, dit-il dans son dos, les lèvres tout près de son oreille. Tes yeux connaissent déjà le chemin, maintenant c’est au tour de ton cœur.

Il sentit son doute au léger mouvement de ses épaules et à sa moue perplexe. Répondit à sa question avant même qu’elle la formule à voix haute.

- Tu dois apprendre à regarder avec ton cœur, Kaünis. Pour que le jour où tu es plongée dans le noir, tu parviennes à trouver la lumière qui est en toi. Cherche-là, entend-là, trouve-là, et puise en elle toute la confiance qu’il te faut pour affronter les forces qui s’en prennent à toi : le vent, le vide, la mort.

Il parlait d’une voix douce, étrangement modulée, essayant de lui transmettre son assurance par son intonation. Ce qu’il lui demandait était bien plus difficile que tout ce qu’elle avait pu accomplir jusqu’alors. Un formidable défi.

- L’univers est un entrelacs de forces, la Voie du Chaos aussi. L’Envoleur se rit d’elles. Invisibles, il les voit. Impalpables, il les sent. Immatérielles, il les touche.

Gil se pencha légèrement et appuya la paume de sa main contre le cœur de Kaünis.

- Tout est là, alors fonce, ma belle…

Il la lâcha.

__________________________________________

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Lun 23 Juin 2014, 10:06

[ J'me suis un peu emballée x) ]





La course.
Une sensation grisante de dangerosité, de vide et de rafales de vent. Incensée, et pourtant terriblement vraie, et vivifiante. Ils firent la course, même si Kaünis savait parfaitement que Gil ne pourrait pas passer devant elle, même s’il l’aurait voulu : le sentier était bien trop étroit, bien trop aérien, pour se lancer dans une telle prouesse à une telle vitesse. Il aurait pu le faire, au final, mais le risque aurait été trop grand, et l’instant moins sensationnel.

Ils arrivèrent à un mur dressé devant eux, ne s’arrêtèrent qu’une seconde pour échanger un regard.
La jeune fille souriait toujours. L’adrénaline parcourait ses veines à une vitesse d’enfer, et elle ne faisait que grimper, grimper en riant, grimper en s’amusant.
Comme une petite folle.
Même si le vent faisait battre vigoureusement ses cheveux dans son dos, même si la roche se transformait parfois en givre ou en glace ; même si : ils grimpaient, à une vitesse impossible, et Kaünis utilisa toute les ressources de son corps et de son enseignement pour mettre un point d’honneur à suivre Gil dans ses derniers retranchements.
Jusqu’au sommet du monde.

– Wahou. C’est… presque aussi bon… que le sexe !

Kaünis grimaça à cette comparaison, et puis finalement un sourire matois étira ses lèvres.

- Non, moi je dirais que c’est encore mieux !

Mais bon, elle n’avait pas la même expérience que son Maître – ha ça, non ! – et peut-être que c’était mieux pour lui. Ou peut-être que c’était juste un homme, alors forcément, quand on pense à ça toute la journée…
Cette pensée la fit encore éclater de rire.
Rire de cristal.

Ils se redressèrent lentement, et le regard sombre de l’apprentie glissa sur l’horizon.

- Regarde ça… Tu as déjà vu quelque chose d’aussi beau ?

Elle ne répondit pas.
Elle ne répondit pas, car son souffle s’était coupé dans sa gorge, et son regard écarquillé devant la magnificence du paysage. Des pics de roche, un ciel turquoise aux multiples touches colorées, les nuages que l’on pouvait toucher du bout des doigts ; et puis ces couleurs dorées, et vertes, élancées dans leurs champs à l’infini, parfois bordées d’autres couleurs plus foncées…
Magnifique.

Alors qu’elle pensait qu’ils allaient redescendre, Kaünis se figea quand Gil lui demanda d’attendre.
Elle fronça même les sourcils quand il lui noua le bandana autour des yeux, n’osa pas protester cependant, sentant que c’était un moment particulier. Quelque chose vibrait en elle, quelque chose de nouveau, un écho lointain.

- Tes yeux connaissent déjà le chemin, maintenant c’est au tour de ton cœur. Tu dois apprendre à regarder avec ton cœur, Kaünis. Pour que le jour où tu es plongée dans le noir, tu parviennes à trouver la lumière qui est en toi. Cherche-là, entend-là, trouve-là, et puise en elle toute la confiance qu’il te faut pour affronter les forces qui s’en prennent à toi : le vent, le vide, la mort.

Descendre la paroi qu’ils venaient de gravir, sans ses yeux ?
Un instant, le cœur de Kaünis s’affola dans sa poitrine. Avant de se calmer, pour battre à grands coups réguliers. A grand coups confiants.

- L’univers est un entrelacs de forces, la Voie du Chaos aussi. L’Envoleur se rit d’elles. Invisibles, il les voit. Impalpables, il les sent. Immatérielles, il les touche.

Invisible.
Impalpable.
Immatérielle.

Un sourire fendit le visage de Kaünis, et quand Gil la poussa, elle était prête.
Pirouettant adroitement, elle laissa ses doigts trouver des prises, se plaqua contre le mur de roche pour mieux l’entendre.

Entendre l’inaudible.

Sa main droite se déplaça, trouvant un nouveau point d’ancrage, suivie par sa main gauche, qui ne fit qu’effleurer la surface rocheuse. Ses pieds se déplacèrent à leur tour, trouvant leur chemin eux aussi.
Un sourire étira les lèvres de Kaünis.
Elle se sentait infiniment bien, sur cette paroi, même les yeux bandés.
Elle se sentait infiniment libre.

Une bourrasque de vent vint lui lécher la joue.
Toucher l’immatériel.

La pesanteur venait s’exercer sur elle, effritait la glace sous ses doigts, la neige aussi. Quelques rochers se détachèrent sous son pied droit, mais elle retrouva l’équilibre par miracle.
Voir l’invisible.

Combien de temps descendit-elle ?
Il lui sembla que ce fut pendant une éternité. Pendant une seconde. Seconde éternelle, peut-être.
Le vent l’accompagnait, et elle devait retrouver le pont aérien.

Sentir l’impalpable.

Son pied se posa sur une surface presque plane, elle déplaça son centre de gravité, tâta des orteils la surface, et y posa son pied entier, puis le second. Lentement, elle lâcha ses prises, se redressa, sans même essayer de voir derrière elle. Au dessus d’elle.

Voir l’invisible.
Sentir l’impalpable.
Toucher l’immatériel.
Entendre l’inaudible.

Elle savait que Gil n’était pas loin.
Et elle s’élança sur le chemin en l’air.
Si pour l’aller, elle avait couru, elle avançait désormais à pas de loup, laissant le vent frotter contre son corps, soulever sa chemise, sans jamais l’emporter avec lui. Non, elle était comme lui, finalement : insaisissable et sauvage.

Un sourire étira ses lèvres.
Saisir l’insaisissable.
Adopter l’indomptable.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Mar 24 Juin 2014, 18:13

[Tant mieux ! J'aime quand tu t'emballes comme ça  Very Happy)


Il y a quelques semaines seulement, Kaünis aurait commencé par râler. Elle aurait voulu savoir pourquoi, voulu savoir comment ; elle aurait pris un malin plaisir à remettre en question le fondement de cet exercice – qui n’en était pas vraiment un, finalement. Quelques semaines, une poignée de jours… mais une éternité pourtant. A cet instant précis, alors que la jeune femme s’élançait sans qu’aucun son ne franchisse ses lèvres étirées en un franc sourire, Gil mesura enfin toute l’évolution de son élève. Elle avait changé, non pas en apparence – quoi que, à bien y regarder, ses muscles se dessinaient plus nettement et son regard était plus grave, plus sérieux, sans doute à cause des événements qui étaient venus bouleverser sa vie récemment : l’Ahn-Ku, la greffe, et cet avortement… Intérieurement par contre, elle n’était plus la même. Plus grande, plus mûre, plus sûre d’elle. Confiante. Il faudrait être complètement fou pour obéir à un ordre aussi insensé, pour se jeter sans la moindre hésitation au cœur du vide et des éléments déchaînés, et ce dans l’aveuglement le plus complet ! Fou, ou bien…

Envoleuse !

Gil s’élança à la suite de Kaünis, autant pour veiller sur elle que pour faire taire cette petite voix insidieuse qui l’irritait prodigieusement. Il avait la désagréable sensation que son apprentie lui échappait déjà, à sa manière de fendre le brouillard d’un pas prudent mais assuré. Et il n’était pas certain d’avoir envie de l’encourager à continuer comme ça. Foutaise, mon grand ! Tu sais bien que c’est pour ça que tu te l’es coltinée pendant tout ce temps : pour la laisser partir un jour… Silencieux, les lèvres pincées, il la suivait sans la quitter des yeux. Il ne pouvait pas la quitter des yeux. Mais pas seulement parce qu’au moindre vacillement de sa part, il serait là pour la retenir, l’empêcher de tomber dans le vide. Non, il ne parvenait pas à détourner son regard à cause de l’éclat qui émanait d’elle. Kaünis était éblouissante. Radieuse, confiante et porteuse d’une toute nouvelle lumière, comme si désormais elle éclairait le chemin qu’elle suivait à sa façon. Comme si sa lumière à lui n’était plus autant indispensable qu’avant. Il secoua vivement la tête, au risque de perdre l’équilibre. Ressaisi-toi, imbécile ! Tu commences à réfléchir comme un Marchombre !

Voyage poussa un hennissement soulagé en les apercevant lorsqu’ils surgirent du brouillard. Gil s’approcha de Kaünis et ôta le bandana de ses yeux.

- Je te tire mon chapeau : je m’étais imaginé que tu ferais seulement trois pas avant de tomber – auquel cas, j’aurai été tranquille jusqu’à la fin de ce voyage ! … mais une fois encore, tu a déjoué mon plan machiavélique. Je n’en ai plus tellement en réserve.

Il avait voulu plaisanter mais il se rendit soudain compte qu’une certaine fatalité se profilait en filigrane derrière ses paroles, et il jura silencieusement avant d’enchaîner rapidement :

- Enfin, c’était pas mal. Tu ne t’es pas laissée déstabilisée par le vent. Si je ne m’abuse, tu as même joué avec lui. Tant mieux. Tu peux considérer le vent comme un ami, tant que tu n’oublies pas qu’à bien des égards, il peut se montrer traître et bien plus redoutable… Bon sang, je meurs de faim ! Cassons la croûte avant de nous remettre en route. Tu vas pouvoir me régaler avec tes impressions sur cette expérience, comme ça.

Ils s’installèrent donc, abrité du vent par la forme bombée de la cavité rocheuse, et déballèrent leur repas. Gil mordit dans son pain aux herbes et mâcha tranquillement, les yeux posés sur Kaünis. Il attendait qu’elle raconte. Parce que voir avec son cœur et jouer avec le vent, ce n’était quand même pas si évident.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Mer 02 Juil 2014, 10:20

Même si elle s’était amusée comme une petite folle, Kaünis ne put retenir un soupir de soulagement quand Gil lui ôta le bandana noir des yeux. Se frottant le visage, elle essaya de réveiller les muscles de ses joues endolories par le froid.

- Je te tire mon chapeau : je m’étais imaginé que tu ferais seulement trois pas avant de tomber – auquel cas, j’aurai été tranquille jusqu’à la fin de ce voyage ! … mais une fois encore, tu a déjoué mon plan machiavélique. Je n’en ai plus tellement en réserve.

Un sourire moqueur étira les lèvres de la jeune fille : bah oui, heureusement qu’elle s’était améliorée ! Sinon, comment aurait-elle pu réussir son Ahn-Ku ? Comment aurait-elle pu prétendre se présenter devant les Mentaïs pour sa greffe, hein ?
Et puis, elle déjouerait tous les plans diaboliques de l’homme pour se débarrasser d’elle par la force : non, elle ne partirait que lorsqu’il lui demanderait.

- Enfin, c’était pas mal. Tu ne t’es pas laissée déstabilisée par le vent. Si je ne m’abuse, tu as même joué avec lui. Tant mieux. Tu peux considérer le vent comme un ami, tant que tu n’oublies pas qu’à bien des égards, il peut se montrer traître et bien plus redoutable… Bon sang, je meurs de faim ! Cassons la croûte avant de nous remettre en route. Tu vas pouvoir me régaler avec tes impressions sur cette expérience, comme ça.

C’étaient… des compliments, vraiment ?
Kaünis en resta interdite quelques secondes, simplement parce qu’elle ne s’y attendait pas : Gil était toujours taciturne et avare de mots encourageants ou de compliments. Deux phrases qui se suivent avec des encouragements et des compliments, cela faisait beaucoup à avaler !
Un sourire étira cependant ses lèvres quand il changea de sujet pour parler de nourriture, et son estomac profita de cet instant pour montrer son accord avec l’Envoleur en grognant vivement.

Ils s’installèrent avec leurs victuailles sur le sol, et Voyage vint même poser ses naseaux contre le dos de la jeune fille, lui tirant un sourire.
Devant le regard insistant de Gil, Kaünis haussa d’abord les épaules. Lui donner ses impressions ? Cela avait été si éphémère !
Elle ne pouvait cependant pas se dérober, alors elle eut une petite moue de réflexion, avant de commencer.

- Je… je me suis amusée. Juste amusée. C’était grisant, de sentir les éléments qui influaient sur moi, sans pour autant être des obstacles… Je… J’ai pas arrêté de penser à ce que tu as dit : Voir l’invisible, sentir l’impalpable, toucher l’immatériel. Dans ma tête, j’ai trouvé d’autres évidences : Entendre l’inaudible. Adopter l’indomptable.

Elle s’arrêta un instant, pour planter son regard dans celui de Gil.

- Ca fait super cliché dit comme ça !

Elle rit en haussant les épaules, avant de croquer dans le pain aux herbes que lui avait donné Gil. Une douce onde de chaleur monta de son estomac, comme une gratitude absolue.
Inspirant un grand coup, elle ferma les yeux.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Mer 02 Juil 2014, 11:20

- Oui, un peu, mais on s'en fiche pas mal, n'est-ce pas ?

(Il mâche tranquillement, pensif, avant de lâcher dans un sourire amusé)

Entendre l'inaudible, adopter l'indomptable... ça me fait penser à toi. Pour t'apprivoiser, j'ai dû passer outre ta colère, entendre ce que tu avais à me dire au milieu des cris et des injures, tendre l'oreille et écouter ce qu'il était difficile de percevoir. J'imagine que la réciproque est valable !

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Mer 02 Juil 2014, 11:47

- C'est pas faux !

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Mer 02 Juil 2014, 18:29

- Mouais, tu te fous bien de savoir ce que j'en pense, hein ! Tu vois bien que je ne suis pas fait pour être le bavard de l'équipe...

Mais dis-moi : si le Mentaï que tu as tué n'est pas Yan... Il devient quoi, ce crétin-là ? Tu le vois toujours ?

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Mer 02 Juil 2014, 18:54

- On se fréquente toujours, oui, aux dernières nouvelles...

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Mer 02 Juil 2014, 19:12

- J'ai passé presque un an à éviter le Domaine, alors les dernières nouvelles, tu sais... Bon, et bien du moment que cet idiot ne débarque plus comme une fleur pour interrompre le cours, ma foi, tu fais ce que tu veux, hein !

Mais... Kaünis ? J'ai quand même une question sérieuse. Ce marchombre, est-ce que tu vas le revoir ? Et lui dire, pour...


(Il désigne son ventre d'un geste du menton)

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Mer 02 Juil 2014, 19:17

- J'en ai pas l'intention, non. A quoi bon ?

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Mer 02 Juil 2014, 19:50

- Bah, j'en sais rien moi... Je me dis qu'il voudrait peut-être savoir... Et puis d'un autre côté, si vous ne vous voyez plus, tu as raison, ça ne sert pas à grand chose.

Comment tu vis cette expérience, avec un peu de recul ? Excuse-moi si je t'ennuies avec mes questions mais j'ai besoin de savoir, et toi aussi... Où en es-tu, Kaünis, maintenant que quelques jours se sont écoulés ?

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Mer 02 Juil 2014, 20:15

- Je vis avec. Y'a que ça à faire de toutes façons. Continuer à avancer. Je peux pas nier que ça m'a secouée, mais c'est comme ça.

[ hausse les épaules ]

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Sam 12 Juil 2014, 11:05

Gil cessa de mâcher un bref instant et fixa Kaünis tandis qu’elle haussait les épaules, balayant la question d’un geste évasif. Trop évasif à son goût mais au fond, c’était elle qui avait raison : tout ce qu’elle pouvait faire – non, ce qu’elle devait faire – c’était avancer, encore et toujours. Haussant les épaules à son tour, il termina son repas et réunit ses affaires en silence. Ils quittèrent leur abri pour s’enfoncer à nouveau dans le brouillard froid et humide, cinglé par un vent qui ne les lâcha pas d’une bourrasque jusqu’à ce qu’ils atteignent un passage étroit, presque fermé, qui descendait en pente douce vers une masse sombre et uniforme : la Forêt Maison. La nuit était tombée depuis une paire d’heures lorsqu’ils s’approchèrent des premiers arbres. Leurs troncs étaient si imposants qu’il fallait bien dix hommes se tenant par la main pour en faire le tour. Mais ils ne pénétrèrent pas au sein de l’immense jungle. La traversée du Poll les avait épuisés : Gil n’aspirait plus qu’à fermer les yeux et il avait l’impression que Kaünis dormait debout. Il n’y eut même pas de « castagne » ce soir-là, juste un campement dressé sommairement et deux voyageurs qui se glissèrent sous leurs couvertures pour s’endormir aussitôt !

Comme de coutume, Gil s’éveilla un peu avant son élève. La luminosité avait changé, preuve que le jour avait fait place à la nuit, mais le ciel était bizarre : gris terne, presque brun, parfaitement uniforme et sans le moindre nuage ni rayon de soleil… Il s’étira avec aisance et s’ébroua à la manière d’un chat. Il connaissait bien ce ciel. C’était celui du royaume Raï. Leur périple touchait presque à son but… Repoussant cette idée qui ne l’enchantait pas des masses, Gil secoua l’épaule de Kaünis avant d’attraper son outre d’eau pour se désaltérer un peu. Sous les yeux de la jeune femme, il se mit à répartir leurs affaires respectives : d’un côté celles de Kaünis, de l’autre les siennes, qu’il accrocha à la selle de Voyage. Il détacha le fourreau de l’une de ses lames courtes et la déposa sur le tas « Kaünis » avant de baisser les yeux sur elle. Elle n’avait pas posé une seule question et c’est la raison pour laquelle il décida de formuler une sorte de réponse.

- On va se séparer un petit moment, annonça-t-il d’un ton tranquille. Dans trois jours, je serai aux abords des Marais d’Ankaï, au nord de la Forêt Maison. On se retrouvera là-bas.

Gil laissa filer quelques secondes de silence tout en continuant à trier leurs affaires. Cette séparation était bien plus courte que toutes celles qui avaient eu lieu entre les cours, et pourtant elle lui faisait un mal de chien.

- Tu peux passer par la forêt si ça te chante, mais ne crois pas que c’est un endroit plus sûr que la plaine et les marécages : elle pullule d’Ours élastiques et de Trodds. Les Raïs sont moins agaçants… mais ici ils sont chez eux, donc plus nombreux.

Le message était clair : vigilance constante. Le danger était partout. Mais Gil était serein : la méfiance était presque une seconde nature chez Kaünis. Il se hissa souplement sur le dos de Voyage et posa un regard très calme sur son élève.

- Bienvenue dans le royaume Raï ! Et à dans trois jours, dans les marais. Un gage t’attendra si jamais tu es en retard…

Il avait trois jours pour y réfléchir et cette simple idée lui tira un sourire amusé. Il salua Kaünis d’un signe de tête accompagné d’un clin d’œil puis s’éloigna tranquillement dans la lumière grise du jour.



*



La lame glissait sur sa peau dans une redoutable lenteur. Froide et tranchante, elle glissait le long de ses joues et sur sa gorge avant de remonter tout doucement. Un geste brusque, et une perle de sang jaillit soudain. Gil jura et reposa son couteau pour passer les doigts sur son menton. Il avait horreur de se raser. Il ne savait pas le faire sans se couper, il était bien trop maladroit pour cela. Mais il ne pouvait pas se contenter de faire les choses à moitié, alors il reprit son ouvrage, plus concentré que jamais. Dix minutes et deux coupures plus tard, il rinçait son visage, qui avait perdu un peu de son côté patibulaire, et s’habilla rapidement. La température était très instable dans ce pays. Ici, dans la mangrove, elle était humide et presque trop chaude, mais il soufflait parfois un vent à décorner les bœufs. Ou tout animal y ressemblant dans cette faune étrange. Gil noua son bandana autour de son cou et passa distraitement les doigts sur sa peau redevenue douce. Son regard glissa sur l’étendue marécageuse qui se déployait autour de lui. Kaünis n’était pas encore arrivé.

Il n’était pas particulièrement inquiet. Lui-même avait essayé de prendre de l’avance, comptant sur sa connaissance des lieux et sur sa détermination pour faire le trajet en moins de trois jours, mais il avait rencontré quelques difficultés au moment de traverser l’Agankaï. Il n’était arrivé au point de rendez-vous qu’en fin de matinée et il avait décidé de profiter de ses derniers instants de solitude pour se raser. A présent, il ne savait pas comment passer le temps. Imaginer un piège dans lequel Kaünis pourrait tomber ? Amusant mais épuisant rien que d’y penser. Se balader un peu au hasard et croiser quelques Raïs pour se défouler ? Tentant, mais Gil n’avait pas envie d’anticiper sur le menu qui les attendait. Assis sur une pierre plate, il glissa la main à sa ceinture et grimaça en se souvenant qu’il n’avait plus sa flûte. Enfer, il était bon pour patienter sans rien faire. Ou presque. Il était tranquillement en train de tresser la queue de Voyage quand il entendit un léger bruit dans son dos.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Mar 15 Juil 2014, 09:47

La jeune fille leva sa main devant ses yeux en guise de protection, pour essayer de voir un peu plus loin que les deux mètres devant elle. Dressée sur une roche affleurant au dessus des autres, près de la lisière de la forêt Maison, elle pensait à ce que lui avait dit Gil le matin-même.

« Dans trois jours, je serai aux abords des Marais d’Ankaï, au nord de la Forêt Maison. On se retrouvera là-bas. »

Il lui restait désormais deux jours et demi pour rejoindre le nord de cette fichue forêt. Elle ne savait pas trop si elle pouvait y rentrer, mais elle était très tentée par cette idée. Cependant, la perspective de rencontrer des ours élastiques..

« Tu peux passer par la forêt si ça te chante, mais ne crois pas que c’est un endroit plus sûr que la plaine et les marécages : elle pullule d’Ours élastiques et de Trodds. Les Raïs sont moins agaçants… mais ici ils sont chez eux, donc plus nombreux. »

Elle n’avait absolument aucune idée de ce qu’était concrètement un ours élastique et un Trodd. Et même pire : si elle avait pu déjà entendre parler des Ours élastiques, qui vivaient principalement dans Hulm en Gwendalavir – pas très loin du village où elle avait grandi – par contre elle ne savait même pas à quoi pouvait ressembler un Trodd.
Haussant les épaules, la jeune femme réajusta son sac sur son épaule droite, et son regard se planta sur les immenses arbres de la forêt Maison, avant de naviguer vers la plaine.
Une idée germa dans sa tête.

Si elle se déplaçait à la lisière de la forêt, sur les derniers arbres, les Raïs ne pourraient pas l’attaquer en hauteur – ou ne la repèreraient pas – et les ours élastiques ne s’approcheraient pas de la fin de la forêt comme ça, non ?
Kaünis décida que non, et que donc c’était une très bonne idée.
Elle se hissa souplement dans un arbre, avant de commencer ses déplacements de branches en branches.


* *


Un grondement sourd et bas attira son attention, à la fin du second jour.
Parce que jusque-là, elle s’était plutôt bien débrouillée, et n’avait rencontré aucun problème. Et même rencontré aucune créature dotée de mauvaises intentions. Elle avait repéré dans la journée une troupe de Raïs à plusieurs kilomètres de la lisière de la forêt, mais ils ne se déplaçaient pas vers cette dernière.

Jusqu’à ce grondement.
Et surtout ces bruits dans les branches.
Une sonnette d’alarme s’activa sous son crâne, et elle eut le réflexe de descendre prestement de son arbre pour se réfugier dans la plaine qui était en train de se transformer en marécage. Les herbes étaient hautes, mais ce n’était pas des arbres, et l’ours s’arrêta à la lisière de la forêt Maison, laissant tout le loisir à Kaünis de le détailler.
Il était grand, et son corps était fin et délié. Ses membres n’étaient pas raccourcis comme ceux des autres ours, et ses griffes, affreusement longues, claquaient les unes contre les autres dans des cliquetis inquiétants, alors qu’il posait son regard enfoncé dans ses orbites sur elle en grognant.
Sa mâchoire inférieure était légèrement plus petite que celle du haut, et des crocs impressionnants dépassaient de ses babines contractées.

- Ahah, saloperie, tu oses pas venir ici hein ! lança Kaünis en sortant son poignard pour le pointer devant elle, vers l’ours.

Mais le grognement contrarié de l’animal s’arrêta soudain, et il s’ébroua la tête avant de faire demi-tour pour repartir dans les ramures des arbres, étonnamment gracieux dans cet environnement.
La jeune fille fronça les sourcils, ne comprenant pas l’attitude du plantigrade… Jusqu’à ce que des bruits de groins s’élèvent dans son dos. Se figeant, elle se retourna très lentement, pour tomber nez-à-nez avec une douzaine de Raïs, qui la fixaient de leurs yeux porcins et malsains.
Kaünis avala lentement sa salive, et leva encore une fois son poignard devant elle, lame en avant.

Ils se ruèrent soudain vers elle.
Expirant, elle bougea. Son poignard trouva une carotide, un sang poisseux jaillit, et elle virevolta entre les humanoïdes regroupés. Ils ne savaient pas se battre de manière concertée, mais étaient quand même plus rapides que des humains, ce qui ne leur portait du coup pas de préjudice.
Elle se glissait entre eux, coupait des membres, entaillait des visages… et alors qu’elle s’était presque débarrassée de cette horde, une seconde arriva, attirée par les cris de leurs compatriotes.
Kaünis sentit une vague de peur déferler dans ses veines, avant que la colère ne prenne le dessus. Ces bestioles bipèdes étaient vraiment affreuses, et rien que le fait de se battre avec lui donnait des frissons de dégoût. Sauf qu’une autre douzaine venait d’arriver, et qu’elle était loin d’en avoir fini.

Elle se rendit compte qu’elle fatiguait quand une hache déchira sa tunique, et encore plus quand une épée courte lui entailla la cuisse droite. Serrant les dents, elle se maudit, et voulut se lancer avec plus de forces dans la bataille.
Sauf qu’elle fatiguait, et qu’ils avaient l’avantage du nombre. Encore dix Raïs…. Neuf. Mais c’était encore beaucoup trop ! L’apprentie sentit quelque chose flamboyer en elle, et elle stoppa malgré elle ses mouvements l’espace d’un instant. Deux Raïs s’engouffrèrent dans cette faille, et elle ne dut qu’à un réflexe improbable de ne pas se faire amputer d’un bras.
Un sourire étira ses lèvres.
Elle se coula contre une lame, et abattit sa main sur le groin de l’humanoïde, qui se congela instantanément, alors que le givre se propageait à toute sa tête. Une vague de puissance déferla dans le corps de Kaünis, qui cria, comme un cri de guerre. Non, un cri de victoire.
Elle tenait la glace au bout des doigts. Il suffisait d’un effleurement, et son froid s’insinuait chez les Raïs, dans leur corps, les ralentissait… les faisait paniquer. En quelques minutes, il ne resta plus que des corps sur le sol, et les trois guerriers cochons qui étaient encore en vie détalèrent comme des lapins.

Poussant un soupir, Kaünis baissa les yeux sur ses mains aux paumes ouvertes, et dirigées vers le ciel.
Une seule pensée tournait dans sa tête.
Wahou.


* *


Elle était entre la forêt et les Marais, et se demandait réellement comment elle allait trouver Gil quand le bruit d’un renâclement attira son attention. Ça ressemblait affreusement au bruit d’un cheval, et elle s’approcha lentement de l’endroit d’où le son provenait, se glissant entre les roseaux pour vérifier qu’elle n’allait pas vers une nouvelle horde de Raïs.

Non, c’était bien un cheval, et même mieux : c’était sa jument !
Un soupir de soulagement passa les lèvres de la jeune fille, et elle sortit de derrière les plantes mixtes derrière lesquelles elle se cachait pour s’avancer vers le campement que Gil avait fait à cet endroit.

- Ah, merci, tu n’as pas tué aussi ma jument.

Puis, surprise de voir Gil rasé de près, elle s’arrêta en écarquillant les yeux, avant d’éclater de rire.

- Wahou, ça fait bizarre, t’as perdu dix ans ! Enfin, t’as pas un truc à manger, je meurs de faim !

Elle dispensa une petite caresse sur le chanfrein de sa jument, et se tourna vers Gil à nouveau. Voyant son regard interrogateur sur sa tunique déchirée et imbibée de sang, elle haussa les épaules.

- On va dire que j’ai rencontré quelques Raïs…

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Mar 15 Juil 2014, 17:04

- Ah, merci, tu n’as pas tué aussi ma jument.

Les doigts enfoncés dans les crins de Voyage, Gil sourit.

- Et bien non. J’ai tenté de la livrer en pâture à une horde de Raïs pour créer une diversion mais cette satanée bestiole m’a collé au train sans broncher.

Kaünis éclata de rire et il se retourna vivement.

- Wahou, ça fait bizarre, t’as perdu dix ans ! Enfin, t’as pas un truc à manger, je meurs de faim !

L’Envoleur ne répondit pas. Son regard s’était arrêté sur le sang qui maculait les vêtements de son élève, laquelle se contenta de hausser les épaules avec une désinvolture qu’il connaissait bien – c’était la sienne…

- On va dire que j’ai rencontré quelques Raïs…

Les pauvres, songea Gil à  l’égard des guerriers cochons. Sans un mot, il attrapa sa besace et en sortit ce dont il avait besoin pour soigner Kaünis. Puis il fit asseoir la jeune femme sur une pierre et commença à palper délicatement ses membres. Rien de cassé, mais des bleus et des bosses qui fleurissaient comme des pâquerettes sur sa peau et deux balafres sans gravité et qui saignaient toutefois beaucoup. Gil déchira un peu le tissu du pantalon pour atteindre celle de la cuisse. Le vêtement était déjà dans un tel état qu’il ne serait plus mettable par la suite, alors il n’eut aucun scrupule. Ses doigts s’activèrent avec une douceur insoupçonnée, nettoyant puis pansant la blessure avec une assurance et une efficacité qui témoignaient d’une grande expérience. Au moment de nouer le bandage, son regard croisa celui de Kaünis. Profond et marécageux, et pourtant infiniment lumineux.

- T’as aimé ça, murmura-t-il. Te battre contre un ennemi encore inconnu et passablement dangereux, ça t’a plu.

Ce n’était pas une question, juste une remarque qui réveilla quelque chose en lui – l’ombre d’un souvenir frémissant et lointain, celui d’un jeune homme dont la formation s’achevait à peine et qui combattait les Raïs aux côtés d’une poignée de Frontaliers… Chaque chemin était unique, Gil le savait, mais il était heureux que d’une certaine manière, celui de Kaünis se rapproche un petit peu du sien. Heureux de constater que les coups n’avaient pas entamé sa bonne humeur et que, en dépit de l’hostilité des lieux, elle gardait le sourire. Lui-même avait un creux de sourire dans la joue lorsqu’il se pencha sur la seconde entaille. Ah, ils avaient fière allure, tous les deux ! Couverts de sang séché, les vêtements déchirés mais la mine gouailleuse, prêts à poursuivre un périple des plus risqués… Baissant les yeux sur les mains de Kaünis, Gil remarqua le bout de ses doigts marqués d’engelures. Elle avait donc utilisé sa greffe, mais visiblement elle s’en était bien mieux sortie que les fois précédentes car les dégâts étaient moindres. Son dernier pansement achevé, il regarda la jeune femme et lui tapota le bout du nez.

- Tu es peut-être comme ta jument : capable de t’accrocher, d’avancer coûte que coûte, et impossible à semer… mais je n’en ai pas encore fini avec toi, face de Raï !

Il lui laissa le temps de se restaurer et en profita pour balayer les environs du regard. A droite s’étendait la plaine déserte et fichtrement hostile du Kur N’Raï ; à gauche, les marécages puants et dangereux d’Ankaï glougloutaient paisiblement, attendant qu’un fou vienne se perdre dans son labyrinthe mortel. Et derrière, les montagnes aux étranges nuances ocre et pourpres qui délimitaient des frontières qu’il valait mieux ne pas franchir. Un sourire espiègle se dessina sur les lèvres de Gil.

- Ça te dit de faire la fête avec d’autres faces de Raïs ? lança-t-il joyeusement.



*


Pour faire la fête, ils firent la fête.
Une fête sanglante, épuisante et dévastatrice, qui sema une franche pagaille dans les hordes qu’ils croisèrent en poursuivant tranquillement leur route vers le nord. Gil continuait d’émailler leurs batailles de conseils et de remarques : perçois le temps comme un pas, un pas qu’en tant qu’Envoleuse tu dois franchir afin de faire le suivant, un pas pour se glisser dans le temps du combat… Tu ne peux pas attaquer par devant ? Attaque par derrière. Tu ne peux pas non plus ? Fais-le quand même, espèce de nouille ! Mais plus le temps passait, plus les combats s’accumulaient et moins Gil parlait. Il n’avait plus grand-chose à dire. Kaünis avait adopté un style personnel et efficace qui ne laissait pas l’ombre d’une chance à ses adversaires. Il se rendit compte de cette prodigieuse avancée lorsqu’il cessa de garder constamment un œil sur elle. Il pouvait désormais lui faire confiance pour qu’elle surgisse au bon moment dans un combat particulièrement difficile. Il n’avait qu’à tendre le bras pour attraper une dague qu’elle lui avait lancé, sans se concerter. Leur tandem était parfaitement huilé et fonctionnait si bien qu’un bref instant, Gil envisagea une continuité sans limites à cette nouvelle relation. Après tout, pourquoi mettre un terme à une telle complicité, une telle symbiose pourtant improbable ?

Mais un matin, alors que les flancs rouges des montagnes se dressaient devant eux dans la lumière grise et permanente de la région, Gil se réveilla avec une drôle de sensation dans le ventre. Une intuition poignante qui lui nouait les tripes et paradoxalement, qui faisait battre son cœur d’excitation. Il tourna la tête vers la forme allongée non loin de lui. Kaünis avait remué dans son sommeil et s’était emmêlée dans sa couverture ; son visage était à moitié dissimulé par un voile de cheveux sombres, mais les traits qu’il distinguait étaient détendus. Enfantins, alors que la jeune femme qui dormait sous ses yeux n’était plus la gamine têtue, impulsive et agaçante qu’il avait commencé à entraîner, trois ans plus tôt. Elle était toujours gênée ou surprise lorsqu’il faisait un commentaire sur son physique, et pourtant Kaünis était jolie, qu’elle dorme, qu’elle se batte ou qu’elle soit en colère après lui…

Gil repoussa tant qu’il le put le moment de la réveiller. Non pas par égard pour elle mais parce que c’était un geste coutumier qui allait beaucoup lui manquer. Il rompit un pain de viande pour le petit-déjeuner et la regarda papillonner des yeux, émergeant de ses rêves pour retomber dans une réalité qui avait une odeur de marais pas frais et la couleur de la cendre. L’Envoleur croqua dans sa portion, grimaça à cause du goût fade et de la texture farineuse de son pain, puis leva la tête et désigna une direction de sa main tendue.

- Voici notre objectif du jour, dit-il d’un ton parfaitement calme.

Un peu trop, peut-être. Surtout quand on suivait son doigt pour découvrir ce qu’il désignait. Une montagne plus haute que les autres, plus sombre aussi, et dont le sommet laissait échapper un épais nuage noir.

Un volcan.



*



Ils avaient laissé Voyage en contrebas des premières pentes, à l’abri d’une sorte de combe rocheuse avec de l’eau, de quoi manger et un nœud coulant qui lui permettrait de se détacher au moindre danger. Ils s’étaient également débarrassés de tout ce qui pouvait les encombrer, pour ne garder que le strict minimum et une solide paire de gants. Et ils avaient commencé à grimper.

Au début ce fut très facile, un véritable jeu d’enfant. D’ailleurs, Gil ne se priva pas de taquiner Kaünis et de lui lancer des défis complètement idiots. Mais très vite, l’atmosphère s’alourdit, en partie à cause du souffle chaud et puissant du volcan qui grondait sourdement au-dessus d’eux. C’était comme si l’air avait soudain adopté une consistance épaisse et irritante, qui brûlait la gorge et piquait les yeux tandis que les deux grimpeurs s’élevaient le long des flancs abruptes. Ils ne parlaient plus, préférant économiser leur souffle et leurs forces en prévision de ce qui les attendait un peu plus haut. Une escalade vertigineuse, impossible même, à cause des minces filets de lave qui serpentaient dans des rigoles creusées à même la roche, de la cendre qui fragilisait dangereusement les prises, de la fumée qui obscurcissait considérablement la vision et gênait la respiration. Du vide, aussi, qui mesurait dans un combat inégal la force humaine à celle, écrasante et défiante, de la pesanteur. Impossible, oui, mais pas pour un Envoleur. C’est ce qu’expliqua Gil à son élève lorsqu’ils s’arrêtèrent un bref instant pour reprendre leur souffle, en équilibre au-dessus du gouffre, les muscles tendus de fatigue.

- Si tu rates une prise, si tu te laisse distraire et bascule dans le vide, que tu sois Envoleuse ou non ne changera rien à l’affaire : tu t’écraseras en bas comme une crêpe sans même avoir le temps de dire « aïe ». Sauf que tu ne tomberas pas.

Comment, pourquoi ? Il ne jugea pas utile de le préciser. La vérité vibrait dans ses paroles et le concept devenait une certitude qui battait en rythme avec les pulsations de son cœur. Sans un mot, Gil lâcha prise d’une main et plongea la main dans le rabat de son tabard. Il en sortit une corde soigneusement enroulée qu’il défit lentement, sans paraître se préoccuper de la précarité de sa position. Il sentait le regard de Kaünis sur ses mains mais ne lui fournit aucune explication. Il se déplaça ensuite contre la paroi et contourna la jeune femme avant de se rapprocher d’elle, comme pour l’attraper dans ses bras. Au lieu de ça, il fit passer une boucle de cordes autour de ses minces poignets et les lia ensemble, suffisamment serrés pour que la corde fasse pression sur sa peau au moindre mouvement. Mais elle pouvait les bouger et se servir de ses doigts pour crocheter des prises. Sauf qu’elle allait devoir se hisser vers le haut à la vitesse d’une fourmi malade, et qu'elle allait énormément souffrir en le faisant. Physiquement et mentalement.

- Cinq mètres à la verticale, annonça Gil en désignant la pente qui s’offrait à eux. Ensuite, tu t’orienteras vers la droite. Tu vois la sorte d’arche ? Elle est trop mince pour avancer dessus en marchant, il faudra donc franchir le précipice en t’y suspendant. Avant cela, je te lierai aussi les chevilles.

Gil perçut l’objection de Kaünis et s’empressa de la devancer, d’un ton qui restait étonnamment calme :

- Il y a de la lave en fusion en dessous. Si tu te rates, ton sort sera pire que celui d’une crêpe.

Sauf que tu ne tomberas pas, Kaünis.
Tu ne tomberas jamais.


Sans attendre de commentaire de sa part, il reprit son ascension.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Mer 16 Juil 2014, 21:38

Un volcan.
Gil lui avait désigné le volcan d’un index sûr, et Kaünis n’avait pu qu’écarquiller les yeux de surprise. Elle n’en savait pas énormément à propos de ces montagnes cracheuses de feu, mais rien que l’immense nuage noir, et l’air plein de souffre, n’étaient pas très accueillants ni très rassurants…

Voyage avait été attachée long autour d’un arbre qui se dressait contre le pied du volcan, et si Kaünis n’aimait pas laisser sa jument seule au milieu des Royaumes Raïs, elle n’avait pas non plus envie que sa jument se casse une jambe sur les pentes. Au moins, si elle était attachée, elle pouvait filer en tirant fort devant une trouve de Raïs.

La chaleur était torride. Puissante, elle prenait aux tripes, faisait monter les larmes dans les yeux pour les protéger de l’air vicié, et Kaünis avait l’impression que chaque parcelle de son corps avait été transformé en liquide, littéralement. Certes, le corps humain était composé en majorité d’eau, mais elle n’avait jamais réalisé à quel point avant de se rendre compte que même en marchant – juste marcher ! – elle perdait au moins un litre de sueur par heure !
Une immense paroi se rapprochait, d’heures en heures, et l’apprentie avait la fâcheuse impression que cela ne serait pas de tout repos. Plus elle s’approchait, et plus elle voyait la nervure de la roche, friable, et se demandait ce qu’ils allaient pouvoir faire une fois arrivés au pied du mur.
L’escalade évidemment !
Un sourire déterminé étira les lèvres de la jeune femme, alors qu’elle pressait légèrement le pas. Elle avait hâte de se mesurer à cette paroi brûlante et noire, friable et dangereuse !

- Si tu rates une prise, si tu te laisses distraire et bascule dans le vide, que tu sois Envoleuse ou non ne changera rien à l’affaire : tu t’écraseras en bas comme une crêpe sans même avoir le temps de dire « aïe ». Sauf que tu ne tomberas pas.

Kaünis se contenta de hausser les épaules comme elle savait si bien le faire. Elle ne tomberait pas ? Très bien, dans ce cas, c’était gagné ! Elle n’avait aucune intention de tomber, de toutes façons.
Et au pire, elle l’aurait bien mérité.

Mais le mouvement de Gil attira son attention alors qu’il cherchait quelque chose dans son sac… Une corde ? Elle releva un sourcil en signe d’interrogation, mais l’homme ne lui répondit pas. Ne voulut pas lui répondre, sans doute. Serrant les dents, elle le regarda faire, s’approcher d’elle et lui attacher les poignets.
Ah, il voulait jouer à ça ? Elle ne lui ferait pas le plaisir de dire quoi que ce soit. Hors de question de montrer ou d’avoir un moment de faiblesse : elle n’allait pas tomber ! Elle la grimperait cette fichue paroi, avec ou sans les bras, avec ou sans les pieds, avec ou sans les dents !

- Cinq mètres à la verticale. Ensuite, u t’orienteras vers la droite. Tu vois la sorte d’arche ? Elle est trop mince pour avancer dessus en marchant, il faudra donc franchir le précipice en t’y suspendant. Avant cela, je te lierai aussi les chevilles.

Serrant plus fort les doigts, Kaünis ne fit qu’un léger mouvement de menton pour dire qu’elle avait entendu et intégré ce qu’il venait de lui dire.
La colère flamboyait dans son regard.
Elle n’allait pas refuser un défi de Gil. Pas maintenant. Plus jamais. Pas après tout ce que ces dernières semaines avaient contenu.

- l y a de la lave en fusion en dessous. Si tu te rates, ton sort sera pire que celui d’une crêpe.

Refusant de regarder l’Envoleur une seconde de plus, la jeune fille serra les dents plus fort, et se mordit même la langue. Le goût métallique du sang envahit sa bouche, renforçant sa détermination.
Et elle escalada.

A chaque mouvement les cordes frottaient contre ses poignets, et brûlaient sa peau.
A chaque fois, elle butait sur la longueur des liens qui lui enserraient les mains, et elle devait repenser sa manière d’aborder la paroi. La roche était de plus en plus chaude, devenait brulante par endroits. Elle transpirait par tous les pores de sa peau, et heureusement : sinon, ses poignets auraient été carrément à vif à cause des cordes.
Elle ne regardait pas en arrière. Ne regardait pas Gil. Ne voulait surtout pas poser ses yeux sur lui et le découvrir fringuant, en train de l’épier, d’épier ses gestes, la moindre de ses esquisses de mouvement. Ne voulait surtout pas le voir escalader tranquillement, avec facilité, cette putain de paroi qui lui brûlait les doigts et collait ses cheveux contre sa nuque de manière très désagréable.

Arrivée à moins d’un mètre de l’arche, elle se laissa lier les pieds sans protester.
Le regard rivé vers l’avant. Toujours devant elle.
Black star, black star
Forever you will be
A shining star, shining star
Be whatever you can be

A rock star, rock star
You will always be
A black star, black star, black star
Black star, black star, black star
Elle avait mal. Partout. Elle souffrait, et chaque parcelle de son corps protestait, tremblait, lui hurlait de lâcher prise. La supplier de laisser tomber. De se laisser tomber. Ses muscles la brûlaient, son souffle se hachait, ses yeux s’embuaient, mais jamais elle ne céda à ses pulsions.

La porte, dans le fond de son esprit, vibrait sous les assauts d’une nouvelle tempête.
Et alors qu’une vague de découragement balayait sa conscience, dans un ultime sursaut, en crochetant une infime prise du bout des doigts, elle ouvrit la porte.
Contrairement à ce qu’elle s’imaginait, la tempête ne s’engouffra pas sauvagement par son ouverture. Au contraire, un froid lent mais tendre, presque doux avant de devenir piquant, s’insinua en elle. Elle sentit même les gouttes de sueur se glacer sur son échine, et un long frisson remonta le long de sa peau pour se perdre dans son cuir chevelu.

Elle s’était arrêtée.
Suspendue par les pieds, dominant la lave qui bouillait si puissamment sous elle.
Le froid s’engouffra partout. Dans chaque recoin de son esprit. Le froid se réchauffa, pour devenir tempête, pour devenir catastrophe naturelle… Pour devenir volcan en éruption.
Peu importait les épreuves. Peu importait les conditions. Peu importait.
Elle était libre. Libre, et puissante.
Libre, et elle-même.
Juste elle-même.

Sous ses doigts, la roche passa soudain à une température presque normale.
Tournant la tête, elle croisa le regard de Gil. Une seconde.
Échange parfait.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Mer 16 Juil 2014, 23:37

Plaqué contre la paroi par un vent brûlant, Gil prit une profonde inspiration. L’air qui pénétra dans ses poumons l’irrita au point de lui embuer les yeux de larmes, mais c’était ça ou se laisser mourir d’asphyxie… S’arrêtant un instant, il jeta un coup d’œil à Kaünis. Il faillit ouvrir la bouche et lui lancer une pique, mais il remarqua soudain le tremblement de ses muscles et la crispation de ses traits, et il retint son commentaire. Ce n’était pas le moment. Ce n’était plus le moment. D’ailleurs Kaünis ne lui prêtait aucune attention : elle s’élevait péniblement, centimètre par centimètre, luttant contre le vide qui béait sous elle, le moindre de ses mouvements gêné par la corde qui l’entravait. Gil regarda une goutte de sueur rouler le long de la tempe de la jeune femme et se perdre dans son cou. Au cours de sa formation, il l’avait souvent poussée à bout. Il avait testé ses limites, l’avait enjointe à jouer avec elles, à les repousser encore et toujours ; c’était sa seule et unique élève, et pour cette simple raison il lui avait donné du fil à retordre. Trop, sans doute, et n’importe qui d’autre aurait probablement abandonné depuis longtemps. Pas Kaünis.

C’était une Gil’Ohz, une battante. Elle avait de qui tenir, c’était évident. Pourtant, si elle se trouvait là maintenant, suspendue au-dessus d’un torrent de lave en fusion, pieds et poings liés, suivant les ordres d’un type complètement taré, c’était à elle qu’elle le devait. Seulement à elle. Parce qu’elle n’avait pas fui son maître en dépit de son injuste sévérité, son égoïsme et son insouciance, parce qu’elle s’était accrochée comme elle s’accrochait à présent à un mur de roche friable et dangereuse… parce qu’elle était restée elle-même, une sale gamine fonceuse et déterminée, qui ne savait pas baisser les bras ni retenir sa langue et qui filait sur sa propre voie avec une facilité déconcertante. Elle était elle-même et elle n’en avait pas encore pleinement pris conscience. La raideur de ses muscles en témoignait. Bien sûr, l’énorme difficulté de l’exercice – pouvait-on encore parler d’exercice ? – demandait à son corps de fournir un effort extrême ; seule la rigueur de sa formation, en renforçant et conditionnant son anatomie, lui permettait de réussir aujourd’hui. Mais pour l’instant Kaünis ne cherchait pas à comprendre, à ressentir l’importance cruciale de cette fichue corde qui l’empêchait de bien escalader le volcan. Tu t’entêtes, pas vrai ? comprit Gil en la voyant serrer les dents. Là, c’est la force de ta volonté contre la mienne…

Elle ne le regardait pas. Elle ne cherchait pas non plus à s’expliquer avec lui, sans doute parce que l’effort lui coupait le souffle, ou bien parce qu’elle estimait qu’il ne méritait même pas une volée d’insultes bien senties. Elle haletait mais ne gémissait pas, continuait de monter sans broncher, en dépit du vent chaud qui dansait dans ses longs cheveux noirs, de la cendre qui volait devant son nez, de la sueur qui coulait dans ses yeux, de ses doigts qui glissaient sur la paroi, de la lave qui grondait sous elle… Elle continuait. Il continuait aussi. Gil n’était qu’à deux pas de son élève. Avait-elle conscience qu’il s’élevait au même rythme qu’elle ? Qu’il accordait ses mouvements sur les siens, sa respiration sur la sienne ? Pas encore… Il ne la regardait pas lui non plus, mais il ressentait sa présence, bouillante d’incompréhension et de colère. Tout comme le volcan qu’ils gravissaient, elle était prête à exploser. Il était difficile de dire qui, de la montagne de feu ou de la fille, Gil devait-il craindre le plus ! Merde, qu’est-ce que… ?

Gil écarquilla les yeux. De la glace ? Sous ses doigts ? Oui, là, sur les craquelures de la roche qui subissait d’ordinaire les assauts d’une chaleur monumentale, une couche très, très mince et très, très froide se dessinait tout doucement. Il la contempla un instant avant de tourner la tête vers Kaünis. Son apprentie s’était arrêtée, tout comme lui, mais non pas par surprise : c’était elle qui était à l’origine de cet étrange phénomène. Enfer, tu ne vas quand même pas geler le volcan tout entier ?! s’inquiéta silencieusement Gil – parce qu’il la savait capable d’une telle folie. Mais non. Kaünis ne bougeait plus et la glace non plus. Elle fixait le sommet du volcan d’un air extatique, comme plongée dans une réflexion profonde et lumineuse, projetée dans l’univers inaccessible de ses pensées, là où il ne pouvait pas l’accompagner ; mais lorsqu’elle ouvrit la petite porte de son âme, à l’instant même où elle réalisa enfin ce qu’il avait mis trois ans à lui enfoncer dans le crâne, Gil vit son visage s’illuminer. Il se figea à son tour, le cœur battant, conscient d’assister à un moment unique. Bon sang, regarde-toi, gamine…

Mais ce fut sur lui qu’elle posa son regard.
Accord parfait.
Echange.

Lentement, très lentement, Gil sourit. C’était le sourire lumineux et complice qu’il n’offrirait jamais qu’à elle seule, et il était aussi beau qu’éphémère, mais des années plus tard ils s’en souviendraient encore, de ce sourire, à des mètres d’altitude au-dessus de la lave en fusion et sous le cratère fumant d’un volcan. Puis il cligna des yeux. On continue. Toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus libres.

Envoleurs...



*



Ils atteignirent le piton rocheux exactement en même temps. L’élève avait rattrapé le maître et la prochaine fois, il le dépasserait. La prochaine fois… Grimaçant de fatigue, Gil roula sur le dos, soulevant un nuage de fumée et de cendre. Il se força pourtant à se redresser sur les coudes, puis sur les genoux pour s’approcher de Kaünis. La chaleur avait formé des cloques sur sa peau et la sueur collait ses cheveux à son visage. Avec une douceur insoupçonnée, il dégagea une mèche de son front, puis se pencha pour attraper ses mains. Il commença par lui ôter ses gants, raidis par le froid et usé par les frottements contre la roche. La corde avait entamé la chair tendre de ses poignets. Tirant un poignard de sa botte, il les trancha d’un coup sec et les balança dans le vide. Le même sort fut réservé aux liens de ses chevilles. Alors, toujours à genoux devant Kaünis, Gil leva les yeux vers elle et planta son regard dans le sien. Comme en bas, contre la paroi, il perçut le lien qui les unissait tous les deux, si fort, si puissant qu’il en avait la gorge nouée d’émotion. Le dernier qu’il lui restant à couper.

- Et voilà, tu es libre… lâcha-t-il d’un ton miraculeusement assuré. Et en meilleur état qu’une crêpe brûlée, quelle chance !

Il tremblait. Bordel…

- C’est drôle, même si je ne suis pas un grand bavard, je ne me suis jamais retrouvé à court de mots… Pourtant, là, j’ai du mal à dire ce qu’il faudrait que tu saches. Alors…

Il se racla la gorge.

- Alors autant te parler franchement. Tu te souviens de cette question que tu m’as posée il y a quelques jours ? Tu m’as demandé si j’aimais enseigner, et je t’ai répondu un truc ultra philosophique, pas naturel du tout, une sorte de « oui, mais non »… La réponse, la vraie réponse à cette question, c’est que j’ai aimé enseigner pour toi. J’ai aimé te guider sur mes pas, même si je me suis cassé les dents plus d’une fois. J’ai aimé t’apprendre ce que je sais, te montrer ce que je suis. Qui je suis.

Gil se redressa sans quitter Kaünis des yeux. Son cœur battait tellement fort dans sa poitrine que ç’en était douloureux.

- Maintenant, tu sais qui tu es, et jamais je n’aurai pu espérer vivre un moment aussi fabuleux que celui que tu viens de m’offrir en faisant cette jolie découverte. Je…

Sa voix se brisa, il se tut.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Ven 18 Juil 2014, 08:39

Elle avait chaud.
Elle avait mal.
Elle avait les poumons qui la brûlait, et ses yeux qui la piquaient. Son dos n’était qu’une immense flaque de sueur. Ses doigts étaient fatigués par l’escalade sur la roche brûlante, ses lèvres craquelées par la chaleur et pourtant…
Pourtant, elle continuait de monter.
Pourtant, elle se sentait heureuse.
Irrémédiablement heureuse. En accord avec elle-même.

Combien de temps est-ce que cela leur prit, d’atteindre le sommet ?
Kaünis n’en savait fichtrement rien. Mais ce furent des minutes, peut-être des heures, qui se gravèrent en elle, bien plus profondément qu’elle ne l’aurait admis.
Et quand enfin ils atteignirent la plateforme qui dominait le volcan entier, ils s’écroulèrent tous les deux sur le sol, essoufflés, les poumons encrassés de souffre, la bouche pleine de son goût désagréable.

Soulagée que Gil pense si rapidement à lui enlever les cordes autour des poignets et des chevilles, Kaünis poussa un petit soupir de contentement, un sourire serein sur les lèvres. Son regard descendit vers la lave en fusion, sous eux, et les larges bulles de chaleur qui y pullulaient.

- Et voilà, tu es libre… lâcha-t-il d’un ton miraculeusement assuré. Et en meilleur état qu’une crêpe brûlée, quelle chance !

Kaünis sourit, sans répondre.
Parce que là, dans son cœur, un fol espoir venait de naître, et elle se contenta de fixer toute son attention sur l’Envoleur devant elle. Planter son regard dans le sien, pour essayer de comprendre. Juguler l’espoir, cette envie si puissante que cet espoir se réalise enfin.

- C’est drôle, même si je ne suis pas un grand bavard, je ne me suis jamais retrouvé à court de mots… Pourtant, là, j’ai du mal à dire ce qu’il faudrait que tu saches. Alors…

Le coeur de la jeune fille accéléra encore, et elle avala sa salive lentement. Cela faisait presque mal à la gorge, sa gorge irritée par l’air pollué, mais elle s’en fichait.
Elle attendait, tendue.

- Alors autant te parler franchement. Tu te souviens de cette question que tu m’as posée il y a quelques jours ? Tu m’as demandé si j’aimais enseigner, et je t’ai répondu un truc ultra philosophique, pas naturel du tout, une sorte de « oui, mais non »… La réponse, la vraie réponse à cette question, c’est que j’ai aimé enseigner pour toi. J’ai aimé te guider sur mes pas, même si je me suis cassé les dents plus d’une fois. J’ai aimé t’apprendre ce que je sais, te montrer ce que je suis. Qui je suis.

Un sourire étira les lèvres de Kaünis, alors qu’elle sentait ses yeux briller de larmes. Prenant une inspiration, elle jugula l’émotion qui lui montait au nez, et se contenta de hocher la tête doucement.
Il n’était pas le seul à s‘être cassé les dents, c’était un fait. Et si elle l’avait détesté autant qu’apprécié, selon les moments, les cours, et le contexte, elle était heureuse de constater qu’il n’était pas qu’un ours mal léché. Il était aussi beaucoup plus que cela, au fond.
Envoleur.

- Maintenant, tu sais qui tu es, et jamais je n’aurai pu espérer vivre un moment aussi fabuleux que celui que tu viens de m’offrir en faisant cette jolie découverte. Je…

Un sourire compréhensif passa sur les lèvres de Kaünis, qui se redressa pour s’approcher de Gil.
Alors, contre toute attente, et parce que c’était complètement improbable, elle le prit dans ses bras pour le serrer. Fort. Longtemps. Combien de temps exactement ? Elle ne savait pas. Elle sentait, non, elle savait que c’était la seule et unique fois qu’une telle chose pouvait arriver.

Finalement, elle se détacha de lui. Fidèle à elle-même.

- Ouais, je t’aime moi non plus, lança-t-elle un creux de sourire dans la joue, et les yeux flamboyants. Et merci, ajouta-t-elle dans un murmure.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Ven 18 Juil 2014, 11:41

Gil serra les poings, enfonçant douloureusement ses ongles dans la chair tendre de ses paumes. Il avait envie de se gifler. Pourquoi fallait-il qu’au moment le plus beau, le plus important de la formation de Kaünis, il flanque tout par terre ? Depuis quand était-il devenu aussi sensible, lui, l’homme qui n’avait pas hésité à laisser son propre père s’étouffer avec son sang ? Ressaisis-toi, merde ! se morigéna-t-il en s’efforçant de retrouver le fil de ses paroles. Que disait-il, déjà ? Enfer, il avait déjà oublié ! Mais c’est pas possible, espèce d’abruti… La faute à son cœur, qui tambourinait dans sa poitrine. Au sang qui martelait ses tempes. Aux bourrasques chaudes et fumeuses qui l’enveloppaient férocement. Et au regard de Kaünis, plus grand, plus lumineux que jamais. Elle avait compris, malgré les nœuds qu’il faisait avec sa langue. Elle n’était pas idiote, même s’il l’avait souvent prétendu. Sale gosse, boulet, andouille, face de Raï avaient également fait partie du lot. Mais de tous, il ne gardait désormais qu’un seul nom.

Envoleuse.

Gil déglutit péniblement. Il fallait qu’il termine sa phrase, bon sang ! Où diable était passé ce foutu discours qu’il avait préparé soigneusement pendant qu’il escaladait la pierre pourpre du volcan ? Allez Gil, dis-lui que tu es fier d’elle, maintenant. Qu’elle a su dépasser tes espérances, que tu n’as plus rien à lui apprendre. Que vos routes se séparent mais que, si vos chemins sont désormais différents, ils sont parallèles et suivent une direction commune. Qu’elle va te manquer. Même si tu vas enfin goûter à la tranquillité, la vraie ! Dis-lui tout ça, Gil, parce qu’elle le mérite, au fond. Et parce que tu vas finir par étouffer si tu ne laisses pas sortir tout ça ! Ho, Cabochard, tu te réveille, oui ? Dis-lui. Maintenant ! Il réussit sans savoir comment à puiser un soupçon de courage, et il ouvrait la bouche pour achever son misérable discours lorsque, tout à coup, Kaünis bougea. Elle s’approcha de lui et sans crier gare, elle encercla sa taille de ses bras et appuya son visage contre sa poitrine.

Stupéfait, Gil écarquilla les yeux et retint son souffle. Il resta parfaitement immobile durant une ou deux secondes, le temps que son cerveau embrumé réalise enfin ce qu’il était en train de se produire. Lorsque ce fut le cas, son cœur tomba comme une pierre dans sa poitrine, écrasé par un mélange de bonheur, de chagrin, de mélancolie, de fierté, de surprise et de tendresse. Trop d’émotions pour un seul organe pas si vaillant que cela. Jamais Gil n’avait été si bouleversé. Incapable de dire quoi que ce soit, il referma les bras sur Kaünis et la serra contre lui, acceptant avec honneur cette marque d’affection qu’elle lui témoignait de la plus jolie des façons, et refusant de se dire qu’il s’agissait-là d’un cadeau d’adieu. C’était pourtant le cas. Elle se dégagea tout doucement de son étreinte et il la lâcha. Planta son regard dans le sien, plus vif et flamboyant que la lave grondant sous leurs pieds. Elle était couverte de suie, ses cheveux étaient emmêlés, ses vêtements déchirés et tâchés de sang séché, mais elle était plus belle que jamais, debout sur ce volcan, prête à s’envoler pour de bon.

- Ouais, je t’aime moi non plus, railla-t-elle.

Il parvint à sourire, intérieurement satisfait de constater qu’elle aussi avait du mal à conserver un timbre neutre et assuré.

- Et merci.
- Ah, enfin,
marmonna-t-il. J’ai même réussi à t’apprendre les bonnes manières, alors…

Sans détacher son regard du sien, Gil tendit le bras, désignant le vide, la fumée qui dissimulait ce que leurs cœurs pouvaient quand même percevoir : un monde semé d’embûches, parsemé de dangers, de gens mal intentionnés, de soucis en pagaille et de pièges risqués. Un monde magnifique, propice à l’aventure, à la liberté et aux rencontres. Un monde qui s’offrait à eux. A elle !

- Allez file, gamine, ordonna-t-il sans pouvoir s’empêcher d’employer à nouveau ce surnom familier. Et fais attention où tu mets les pieds, d’accord ?

Sans attendre de réponse, il se détourna et commença à s’éloigner. Il n’avait pas besoin de la regarder avec ses yeux pour la voir prendre son envol ; savoir qu’elle partait avec le sourire lui suffisait et le rendait heureux. Formidablement heureux. Alors pourquoi est-ce qu’il avait des larmes dans les yeux ? S’essuyant le visage d’un geste du bras, Gil se mit à trottiner, puis à courir, avant de s’élancer dans le vide, traversant comme un fantôme les tourbillons de fumée. Il tendit le bras au dernier moment, crocheta une prise, puis une seconde lorsque la première s’effrita, et ses bottes raclèrent la pierre couverte de cendre ; il glissa sur plusieurs mètres avec une certaine classe, conscient pourtant qu’il n’avait plus personne à épater, lorsque soudain ses muscles se tendirent et il s’arrêta brusquement. Après tant de vitesse, son immobilité était tout simplement sidérante. Quelques pierres continuèrent à rouler autour de lui mais il n’en avait cure. Ses pensées étaient tournées vers un détail. Un souvenir. Lorsque Kaünis et lui s’étaient séparés pour contourner la Forêt Maison, il lui avait laissé l’une de ses deux lames courtes. Et…

Sans paraître se soucier d’être suspendu au-dessus du vide dans une position pour le moins précaire, Gil lâcha prise d’une main et glissa les doits à sa ceinture. Sourit lorsqu’ils ne rencontrèrent qu’un fourreau vide. Il avait complètement oublié de la lui reprendre. Mais au lieu de jurer comme il savait si bien le faire, l’Envoleur eut un grand sourire triomphant. Il n’avait jamais douté de croiser un jour à nouveau la route de son élève… A présent, c’était une éventualité qui devenait parfaitement réelle. Il la reverrait un jour. Ne serait-ce que pour récupérer ce qui lui appartenait. Levant les yeux, il observa un instant la fumée noire et sombre qui s’entortillait comme un serpent dans l’air chaud et vicié. En accord parfait avec son humeur, un infime rayon de soleil plus audacieux que les autres parvint à percer un instant ce carcan sombre et brûlant, illuminant brièvement son visage avant de disparaître. Satisfait, Gil reprit sa descente, emportant ce petit rayon de lumière dans le cœur.

A un de ces jours, Kaünis !




*



Plus tard, bien plus tard, au pied des montagnes acérés qui bordaient le royaume des Raïs, seul au beau milieu d'une nuit épaisse comme de la purée de poix, Gil se passa la main dans les cheveux. Il venait seulement de réaliser qu'il n'avait plus d'apprentie...

... et plus de cheval, non plus.

- Enfer de bordel de... Bon ! Très bien, c'est d'accord. Je vais m'en acheter un, alors. Quand je serai de retour en Gwendalavir. Dans deux ou trois mois.

Avec tout ce retard, Libertée allait forcément le tuer.
Il n'avait pas idée...





[Et bien voilà, c'est fini... Et une chose est sûre : ces cours complètement explosifs, ou rien de prévu ne se produit, vont affreusement me manquer ! Bienvenue chez les Envoleurs Kaünis. Sois gentille, ne détruis pas l'Empire tout de suite...  Wink]

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   Lun 25 Aoû 2014, 18:02

[ J'en ai mis du temps à pouvoir écrire ça ! Désolée ! ]



- Yan ?

La voix de Kaünis résonna dans la pièce très peu meublée. Presque froide, s’il n’y avait pas eu cette immense peau d’ours étalée sur le sol, tapis chaud et douillet sur lequel elle s’était souvent allongée. Où elle ne voulait plus s’allonger.

- Kaünis ? Tu es rentrée !

Le jeune homme sortit de derrière une armoire, celle contre laquelle il faisait quelques exercices physiques tous les matins, et s’approcha de la jeune femme les bras ouverts, et un large sourire sur le visage.
Il était heureux de la revoir, elle le savait, et même sans cela, cela se voyait. Son regard flamboyant, son sourire presque béat, ses mains ouvertes et paumes offertes, il voulait la prendre dans ses bras.

Kaünis recula d’un pas.
Yan, pas franchement stupide, stoppa immédiatement son avancée vers la jeune femme, et ses sourcils se rejoignirent au-dessus de son nez, froncés à un point que l’on n’aurait pas pu croire. Il ouvrit la bouche, mais l’Envoleuse l’arrêta. Parla à sa place.

- Je suis libre. Libre, parce que j’ai fini mon apprentissage. Libre !

Un sourire avait attrapé les commissures de ses lèvres pour les relever, et ses yeux brillaient. Elle était profondément heureuse, et Yan pencha légèrement la tête sur le côté, soudain très méfiant.
Il avait de quoi.

- Je suis une Envoleuse. Je suis libre. Je ne veux plus de ça, Yan. Je ne veux plus de toi. Je ne veux plus de nous. Il n’y a que moi, pour l’instant. Parce que je suis libre.

Chaque mot avait été asséné dans un rythme parfait, comme on enfonce un clou méthodiquement. Un clou que l’on ne pourrait pas retirer.
Le cœur de Yan s’emballa. Kaünis pouvait le voir par son pouls qui battait dans son cou, complètement affolé. Il ouvrit la bouche, la referma. Essaya de parler, resta sans voix.
Et puis, ses yeux s’embuèrent, et ses doigts se tordirent. Il voulut s’avancer vers elle, et elle esquiva ses mains, pour se faufiler contre son torse. Chaque centimètre était pourtant tel une centaine de mètres.

- Non. Je ne changerai pas d’avis, et tu le sais. C’était inévitable. Tu le savais, bien plus que moi. Je suis libre, Yan. Tu devrais l’être aussi.

Dans un souffle, elle effleura la joue du jeune homme de ses lèvres, et sourit. Une dernière fois.

– Ne te retourne pas, Yan. Il ne faut jamais cesser d’avancer.

Elle disparut dans l’entrebâillement de la porte de la chambre de l’Envoleur.


* *

« Et fais attention où tu mets les pieds, d’accord ? »

Un sourire en coin étira les lèvres de Kaünis.
Sa main se posa sur son ventre.
Elle pensa aux jumeaux. Elle pensa à Darwen.

Levant le menton, elle sourit au soleil qui jouait sur sa peau, et au vent qui la caressait.
Elle pensa à Gil. A Naïs. A Libertée.
Son sourire s’élargit.

Oui.
Elle était libre.

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MessageSujet: Re: Groupe Hogh, cours n°4   

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