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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 [-16] Libérée, délivrée [Gil]

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Naïs Jol
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MessageSujet: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Mer 11 Juin 2014, 14:31

≈≈≈ Atal ≈≈≈

Un mois plus tôt



- « Alors ? » pressais-je le garçon qui aura désormais bientôt quinze ans.

Le regard doré de Seth est perdu dans le vide depuis que nous avons pénétré dans Ombreuse. L’affrontement qui avait eu lieu quelques heures plus tôt, il s’y était préparé depuis longtemps déjà – un jour ou l’autre, l’un de ses deux parents mourraient, il en avait été conscient toute sa vie – mais l’éventualité de perdre sa mère si brutalement l’avait soudainement rendu muet. Il serre un peu plus Makeno qui s’était endormi dans ses bras. On n’a pas réussi à retrouver leur trace résonne encore la voix de Taram dans ma tête tandis que je fais encore forcer l’allure à Brise, ma fidèle jument. Je suis désolé répétait-il en boucle. La nuit tombe peu à peu, mais pas question de s’arrêter avant d’avoir laissé Ombreuse derrière nous. Seul le vent, joueur cette nuit, répond à ma question. Seth, lui, reste muré dans un mutisme inquiétant. Je ne l’avais encore jamais vu de la sorte.

≈≈≈ Seth ≈≈≈

La lune est déjà très haute dans le ciel lorsque la silhouette d’un petit hameau se distingue, juste à la lisière d’Ombreuse. Il ne nous faut pas plus de vingt minutes pour le rallier. Les écuries sont vides lorsque nous arrivons avec mon oncle. Sans un mot, il offre quelques pièces au palefrenier qui nous dévisage d’un regard étrange – eh bien quoi ? Avait-on une tête aussi misérable ? Probablement et c’est sûrement la raison pour laquelle il garde le silence tandis que nous nous éloignons des écuries.

La Bougie du Voyageur est la seule auberge du village. A cette heure avancée de la nuit, tout est calme quand nous pénétrons dans l’établissement qui ne payait pas mine. Seul, un homme aux larges épaules s’affaire derrière le comptoir. Sa barbe noire et épaisse lui donne un air quelque peu patibulaire. Je me sens sondé un instant par son unique œil valide, aussi sombre qu’une nuit sans lune. Sans attendre qu’Atal ait fini de payer, je prends les clés que me tend l’aubergiste et monte à l’étage sur la pointe des pieds, mon petit frère endormi sur mon épaule. Pour m’arrêter devant le seuil de la chambre 15. Cette pièce n’est pas spécialement grande, mais pour une nuit, cela suffirait amplement – surtout que je n’ai pas la moindre envie de dormir. Contournant le lit deux places, j’ouvre la fenêtre et m’installe sur le rebord tandis qu’Atal pénètre à son tour dans la chambre.

- « Ta mère a plus d’un tour dans son sac » tente-t-il de me rassurer en me libérant du poids de Makeno.

Cela, je n’en doutais pas. Mais comment aurait-elle s’en sortir, cette fois-ci ? Le combat avait été bref et particulièrement violent. Sérieusement blessé par le poignard de ma mère, Samoan avait trouvé la force de se jeter sur elle, la poignarder juste sous les côtes avant de disparaître d’un pas sur le côté. A partir de ce moment là, les autres Mentaïs qui, avec l’aide de ma mère, avaient attiré Samoan dans ce piège ont tenté de retrouver leur trace. En vain. Je ne sais pas comment cela avait été possible dans son état, mais Samoan avait pu deux, voire trois, pas sur le côté ce qui avait embrouillé les Mentaïs. Je me souviens ensuite avoir croisé le regard de Nwëlla, horrifiée. Puis celui de Pan, complètement abasourdi.

* *
*

Finalement, on n’avait pas mis très longtemps avant de retrouver ma mère. C’était un vieux couple de pêcheurs et leur fils qui avaient trouvé ma mère et Samoan gisant sans vie sur la rive nord du lac Chen. Lorsqu’ils nous avaient annoncé qu’ils avaient enterré le corps de l’homme là où ils l’avaient découvert, nous avions presque sauté de joie avec Atal – ce qu’ils avaient tous trois observé d’un drôle d’œil – mais nous avions aussitôt déchanté quand nous avions su que ma mère avait perdu une grande partie de ses souvenirs. Ca m’avait fait mal de voir que j’étais presque un étranger pour elle. Heureusement qu’après presque une semaine passés ensembles, la mémoire lui est revenue petit à petit même des progrès restaient encore à faire.

* *
*

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Le soleil matinal est déjà haut dans le ciel, réchauffant l’atmosphère après une nuit fraiche de ses rayons brûlants. Pénétrant dans la chambre de Seth et Makeno, je réveille doucement mes fils. Leurs odeurs sucrées mais si différentes me rappellent chaque un peu plus à quel point mon amour pour eux est sans limites. Chaque je retrouve un peu plus mes souvenirs – et même s’ils sont lourds à porter, je suis heureuse que la mémoire me revienne lentement car l’histoire que j’ai vécu a totalement défini celle que je suis maintenant. Makeno, parfaitement réveillé, babille un instant puis demande à être pris à bras. En revanche, Seth a bien plus de difficultés à se lever. Repoussant une mèche rebelle de son front d’un geste tendre, je dépose une bise légère sur sa joue. L’odeur du chocolat chaud ne tarde pas à réveiller le reste de la maisonnée et lorsque Seth débarque en sautillant, Elma éclate de rire derrière ses fourneaux.  

- « Regardez-moi ce grand gaillard ! » s’exclame-t-elle en déposant une généreuse part de gâteau ainsi qu’une tasse de lait devant Seth.

Comme tous les jours, le petit déjeuner se déroule dans la bonne humeur et la simplicité. C’est vraiment agréable, il faut le dire ! Et puis, comme l’avait promis la veille, seule avec Seth et Makeno, j’emprunte ce sentier que je connais bien maintenant pour l’avoir souvent emprunté depuis que je suis arrivée ici. Des herbes sauvages poussent en travers du chemin ce qui le rend difficile à suivre, car mal tracé. Mais, tous les trois, nous atteignons bientôt les rives du lac Chen. Sans même prendre le temps de se déshabiller complètement, Seth est le premier à se jeter à l’eau. Les températures estivales rendaient agréable sa fraicheur. Complètement nue, j’apprécie un instant la chaleur des rayons du soleil sur ma peau avant de soulever Makeno qui s’était accroché à ma jambe – il ne tarderait plus à marcher, c’est certain ! Lentement, j’entre à mon tour dans le lac, entrainant Makeno avec moi qui riait comme un petit fou.

Combien de temps passons-nous, là, comme ça, sans nous soucier de rien d’autre que de l’instant présent ? Je n’en sais trop rien, mais bientôt, la désagréable impression d’être observée m’envahie. Ce n’est abord qu’infime puis crois lentement jusqu’à devenir une évidence. Il y a quelqu’un sur la rive. Confiance Makeno à Seth, je nage à brasse lente vers le rive, m’empare de mon poignard, me redresse de toute ma hauteur et lance l’arme d’un geste d’une redoutable précision tandis que la voix de Seth s’élève au même moment.

- « Maman ! Non ! » s’écrie-t-il.

Seth semble connaître l’homme. Ce n’est pas Atal, de cela, j’en suis sûre, mais alors qui ? Sa démarche m’est drôlement familière. Et son odeur me rappelle incroyablement celle de Makeno, éveillant en moi d’étranges sensations. Cet homme, je le connais aussi, mais la porte de mes souvenirs refusait de s’ouvrir cette fois-ci comme elle l’avait faite avec Makeno, Seth et Atal – et beaucoup d’autres également.

- « Je te connais… » suis-je seulement capable de dire.

Pathétique !  

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Dernière édition par Naïs Jol le Dim 06 Juil 2014, 10:30, édité 2 fois
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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Ven 13 Juin 2014, 12:11

Quelque chose lui piqua les côtes et Gil s’agita brièvement avant de s’immobiliser complètement tandis qu’autour de lui, des rires moqueurs éclataient. A moitié étouffé par le sac qu’on lui avait mis sur la tête, il devinait vaguement la silhouette de ses ravisseurs à travers la toile, comme des ombres chinoises qui se multipliaient sans fin. Ces types-là ne faisaient pas dans la finesse et l’un d’eux, sans doute trop fébrile, lui envoya son pied dans le creux du genou, lui faisant plier la jambe en un semblant de révérence qui suscita de nouveau l’hilarité générale. Gil se redressa en vacillant légèrement. Ses mains étaient entravées devant lui (première erreur) et attachées à une corde que l’un des bougres s’amusait à tendre brusquement pour le faire tomber (deuxième erreur). Ils l’avaient capturé une heure plus tôt, aux abords d’Al-Far ; ils avaient pris soin de le délester de toutes ses armes (troisième erreur) et de lui fourrer un sac qui empestait le poireau (quatrième erreur) sur le crâne. Ils le traînaient depuis en s’amusant comme des fous (cinquième erreur), attendant celui qui les dirigeait pour lui montrer leur trouvaille.

Gil trébucha soudain sur quelque chose et s’étala de tout son long dans la poussière. Il se mordit la langue lorsque son menton heurta le sol dur et sentit un goût cuivré envahir sa bouche. Comme rien ne se passait, il replia un genou pour se redresser ; alors, les coups de botte se mirent à pleuvoir. Il en reçu une bonne demi douzaine dans les côtes et quelques-uns dans le creux des reins, mais il parvint à protéger son entrejambe et personne ne sembla s’intéresser à son visage, peut-être parce qu’il avait toujours un sac sur la tête. Ce passage à tabac fut terrible. Pas à cause des coups et de l’humiliation, non ! Mais parce que plus le temps passait, moins Gil parvenait à conserver son calme… Tout doux, vieux ! se dit-il alors qu’un coup plus violent que les autres lui coupait le souffle. Il eut une brève pensée à l’égard de tous ceux qu’il avait un jour torturés – et qu’il torturerait à l’avenir : vu d’ici, le temps paraissait bien plus long que dans la peau du bourreau ! Les yeux fermés pour se contenir, il se mit à respirer par la bouche afin d’atténuer légèrement la douleur. Une éternité plus tard, les coups cessèrent et une voix nasillarde trancha le silence qui pesait soudain autour de lui.

- Qu’est-ce que c’est que ça ?
- On l’a choppé près de la rivière, Nô ! Il dit qu’il connait la petite.
- C’est son père ?
- M’étonnerait beaucoup, il ne lui ressemble pas du tout. Sauf pour les yeux.
- Riche ?
- Pas vraiment. On lui a pris sa bourse et ses armes, et on s’est amusés un peu…
- Je vois ça.


Gil sentit le bout d’une botte le secouer légèrement. Il gémit faiblement.

- Enfermez-le avec elle. Il travaillera pour moi ou alors on le vendra dans un marché noir.
- On pourra s’amuser encore un peu avec lui, Nô ?
- Ouais, on verra.


On verra rien du tout, mon joli ! eut le temps de penser Gil avant qu’on ne le remette d’autorité sur ses jambes. Le brusquement changement de position lui retourna l’estomac et il serra les lèvres pour refouler la nausée qui lui tordait soudain les trippes : pas question de vomir alors qu’il avait un sac sur la tête ! Il se laissa emmener puis jeter sans douceur ; encore une fois, son corps rencontra la surface dure du sol avec violence. Mais il avait pris soin de serrer les dents cette fois-ci. On lui retira ce foutu sac, non sans lui asséner un ou deux coups supplémentaires au passage, et enfin, on le laissa tranquille. Allongé sur les dalles de pierre gelées, Gil ouvrit prudemment son œil bleu. L’endroit où il se trouvait était plongé dans le noir. Il y régnait un froid de canard et un parfum acre, mêlé d’urine et de souffre, lui chatouillait les narines. Un bruissement, plus léger encore qu’un murmure, attira son attention et il sonda la pénombre, jusqu’à ce que sa vision s’accommode et qu’il discerne les contours d’une silhouette.

- Gil ? fit une petite voix vibrante d’espoir.

Le nez dans la poussière, Gil sourit.

- Salut Brindille. Comment ça va ?



*



Nô écarquilla les yeux avant de glisser lentement contre le mur dans un gargouillis sanglant. Gil essuya sa lame sur le pourpoint du mort, puis glissa le poignard dans sa manche et se tourna pour chercher Brindille du regard. Elle était accroupie près d’un corps.

- Qu’est-ce que tu fais ?

Elle ne répondit pas mais lorsqu’elle se redressa, il vit les petites bourses de cuir entre ses doigts.

- Allez, viens. Je n’ai rien contre une bonne bagarre, mais je ne tiens pas particulièrement à me frotter au reste de la bande.

Gil fit passer Brindille devant lui et ils quittèrent rapidement les lieux. Dehors, la nuit était claire et douce. Ils traversèrent le quartier avant de déboucher dans une ruelle occupée par quelques mendiants. L’un d’eux marmonna quelque chose à l’attention de Brindille, et Gil se rapprocha de la gamine pour glisser sa main sous son coude. Il l’entraîna vers une place déserte, au beau milieu de laquelle il s’arrêta pour l’attraper par les épaules.

- Ils t’ont fait du mal ? demanda-t-il en glissant un doigt sous son menton pour examiner son visage.

Elle lui avait dit avoir une quinzaine d’années (elle-même n’en était pas certaine), mais sa maigre constitution et des années de mauvais traitements lui donnaient l’apparence d’une fille de douze ans. Et elle ne ressemblait pas, mais alors pas du tout à une fille, avec ses cheveux courts, ébouriffés sur le sommet du crâne, et sa poitrine presque aussi plate qu’une planche à pain. Elle portait bien son nom – le seul qu’on lui ait jamais donné – à cause des ses bras et de ses jambes, fins comme des bâtons. Pour cette raison, on ne pouvait pas dire qu’elle était jolie, mais elle avait en revanche des yeux fabuleux : un vert émeraude, un bleu turquoise. Des yeux vairons. Comme lui.

- Ils m’ont battue, mais maître Studd me battait plus fort.

Réprimant un juron, Gil s’éloigna de quelques pas avant de revenir vers elle.

- Qu’est-ce que tu fiches à Al-Far ?! Je t’avais dit de te trouver un coin tranquille !
- J’ai pas trouvé de coin tranquille.
- T’as pas cherché, oui ! Tu sais ce que ces types auraient fait si je ne t’avais pas retrouvée ?


Contre toute attente, elle acquiesça. Gil observa un bref instant de silence avant de soupirer longuement. Puis il se pinça l’arête du nez avant de se passer la main dans les cheveux.

- D’accord. Bon. Je t’ai trouvée alors… n’en parlons plus. Tu sais où aller ?
- Tu vas où, toi ?


Nouveau soupir.

- Attends-moi là, lança finalement Gil. Et arrange-toi pour qu’il ne t’arrive rien dans les cinq prochaines minutes, tu veux ?

Cinq minutes plus tard, il revenait juché sur un cheval. Il tendit la main pour que Brindille prenne place derrière lui et attendit qu’elle ait passé les bras autour de sa taille avant de s’enfoncer dans la nuit.



*



- Pourquoi tu m’emmènes à Al-Chen ?
- Parce que…
- C’est bien, là-bas ? Tu connais bien ? C’est mieux qu’Al-Far ?
- Moins pire, en tout cas…
- Tu sais où je pourrais trouver du travail ? Je peux tout faire, tu sais, même des travaux costauds ! Maître Studd me faisait porter des choses plus lourdes que moi, des fois.
- Arrête de l’appeler comme ça. C’est plus ton maître.
- Maintenant, c’est toi ?


Gil tira sur les guides de sa monture pour s’arrêter au beau milieu de la piste. Ils avaient contourné Ombreuse et s’approchaient désormais du lac Chen ; le sentier qu’ils suivaient était peu fréquenté, bordé de hautes herbes et de fleurs sauvages qui sentaient bon l’été. Une brise sucrée les rafraîchissait encore malgré le soleil qui ne les quittait pas d’un rayon depuis trois jours. Trois jours durant lesquels Brindille n’avait pas cessé de parler, de poser des questions. Sans forcément attendre la réponse. Mais celle-ci était différente des autres et avaient allumé un éclat brûlant dans le regard de Gil. Il sauta à terre et leva la tête pour dévisager la jeune fille.

- Non, Brindille. Je ne suis pas ton maître. Personne ne doit l’être, tu comprends ? Tu n’es pas née pour servir quelqu’un, accéder à ses désirs, à ses caprices ; tu es née pour être libre. Libre de vivre comme bon de te semble. Libre d’être ton propre maître.
- Je n’ai jamais été libre.
- Je sais.


Il l’avait tirée des griffes d’un marchand quelques mois plus tôt. C’est comme ça qu’ils s’étaient rencontrés. Depuis, il l’avait sortie au moins une demi douzaine de fois d’un bien mauvais pas. Cette gamine ne savait absolument pas se préserver des dangers de ce monde. Voilà pourquoi il l’emmenait à Al-Chen. Il connaissait là-bas quelqu’un qui serait en mesure de veiller sur elle.

- Une baignade, ça te dit ? lança-t-il en attrapant le cheval par la bride pour avancer de quelques pas. Le lac n’est plus très loin, maintenant.
- Je ne sais pas nager.
- Pas grave, je vais t’apprendre.
- Tu nages bien, toi ? Tu n’as pas peur de l’eau ? Est-ce que tu as déjà nagé dans le Pollimage ?


Et c’est reparti…

Gil lui prêta une attention distraite tandis qu’ils avançaient tranquillement vers le lac. Il était plongé dans ses pensées, il se demandait comment il avait fait son compte pour s’attacher à une gamine aussi particulière ; elle l’assommait avec ses questions et ses babillages, il passait presque tout son temps à lui sauver la vie, et il ne parvenait pas vraiment à comprendre pourquoi. Leur relation n’avait en outre rien à avoir avec celle qu’il avait entretenue avec Kaünis, ou avec celle qu’il entretenait désormais avec Yauna et Syles. Il ne s’agissait pas d’une formation. De quoi, alors ? D’une… collaboration ? Au cours des six derniers mois, Brindille l’avait épaté en lui démontrant ses talents de cambrioleuse. Elle était suffisamment petite pour se faufiler dans les passages les plus étroits, et assez habile pour subtiliser des objets bien gardés. Le problème, c’est qu’il se surprenait à vouloir lui apprendre ce qu’elle ignorait : deux mois plus tôt, il avait commencé lui apprendre à lire, et voilà qu’il s’apprêtait à lui apprendre à nager… C’était extrêmement déroutant, surtout pour lui. A tel point qu’il fallait bien ne pas remarquer les éclats de rire qui firent s’agiter les oreilles de son cheval. Levant la tête, il arrêta celui-ci avant de balayer les environs du regard.

- Tu as entendu ? souffla Brindille.
- Oui. Reste-là.

Gil quitta la piste et se faufila entre les arbres. Il ne faisait aucun bruit. Tout doucement, il s’approcha de la berge du lac, qui scintillait sous le soleil, calme et tranquille ; trois silhouettes s’y baignaient. Il s’approcha encore, tendit l’oreille, capta les rires, les voix : une femme, deux enfants. Un jeune garçon et un bébé. Il se détendit ; aucun danger à redouter de ces trois-là, il allait pouvoir emmener Brindille se baigner. Il s’apprêtait à se détourner pour aller la chercher lorsque soudain, il se figea. Son cœur rata un battement et un long frisson remonta le long de son échine. Pas possible… Brusquement attirée en avant, il franchit la limite des arbres et s’avança vers l’eau. Il ne quittait pas des yeux la femme qui se baignait avec ses enfants. Elle était nue, et le soleil rendait éclatante la couleur ambrée de sa peau, le noir d’encre de ses cheveux. Si belle que son ventre se crispa. Telle que dans son souvenir, alors que leur dernière rencontre remontait à plus d’un an. Mais alors… Gil baissa les yeux vers le bébé qui babillait joyeusement dans l’eau.

- Maman, non !

Surpris, Gil réagit avec une seconde de retard ; le poignard entailla la peau nue de son bras et tomba dans le sabre dans un bruit mat. Stupéfait, l’Envoleur observa un instant le sang qui perlait de la coupure, puis il leva la tête et croisa le regard doré de la jeune femme. Un regard qui voyait sans voir.

- Je te connais, murmura Naïs.

Il en resta sans voix. Que pouvait-il dire sans risquer de se faire égorger ? Moi aussi, je te connais ! Tu es la fille que j’ai abandonnée il y a longtemps, la mère de mon enfant, celui que je n’ai pas eu le courage de reconnaître et d’élever parce que j’avais la trouille ! Mais Seth profita de ce lourd silence pour jaillir de l’eau et se précipiter dans ses bras. Il le serra si fort que Gil eut un hoquet de douleur. Ses côtes étaient encore sensibles.

- Désolé ! s’exclama le garçon en le lâchant précipitamment. Tu es blessé ?

Il désignait les hématomes qui marquaient la peau de son torse nu. Gil haussa les épaules.

- Ça pique un peu, c’est tout… Enfer, Seth ! Combien de centimètres tu as a pris depuis la dernière fois que je t’ai vu ?
- J’ai grandi, hein !


C’était peu dire. Non seulement Seth avait grandi, mais il avait pris du muscle et de la finesse, adoptant la morphologie d’un adolescent svelte et en pleine croissance ; sa voix avait mué pour devenir rauque et grave, comme celle d’un homme, et un fin duvet ombrait ses lèvres. Ce fut au tout de Gil de sourire.

- Tu parles, j’ai du mal à en croire mes yeux !

Il jeta un coup d’œil à Naïs. Elle avait l’air perdue, mais il ne savait pas bien si c’était parce qu’elle avait tenté de le tuer lorsqu’il s’était approché du lac ; dans le doute, il préféra tourner son attention vers l’enfant qu’elle tenait entre ses bras. Il braquait ses yeux vairons sur lui, des yeux brillants de curiosité, de malice et d’intelligence. Gil déglutit… puis tendit une main timide vers lui.

- Salut, toi…

Il ne savait même pas son nom. Son cœur se serra. Il avait soudain envie de disparaître, de s’en aller d’ici, loin de ces êtres qui lui avaient tellement manqué…

- Gil ?

La voix le fit sursauter. Brindille ! Elle se tenait à quelques pas d’eux, tenant son cheval par la bride, et les observait avec incertitude. A regret, Gil lâcha la petite main du bébé pour faire signe à la gamine de le rejoindre. Après quelques secondes d’hésitation, elle s’exécuta.

- Voici Brindille, elle m’accompagne jusqu’à Al-Chen.

Gil remarqua le regard surpris de Seth ; comme tout le monde, il avait pris Brindille pour un garçon. Soudain mal à l’aise, le garçon lui adressa un vague signe de tête.

- Brindille, je te présente Seth, Naïs, et…

Et qui ? Comment s’appelait ce petit bonhomme qui ressemblait tant à sa mère et à son frère ?

- Makeno, fit Seth, compatissant.
- Makeno… répéta Gil dans un murmure.

Il regarda Naïs. Pourquoi ne disait-elle plus rien ? Le silence qui s’était installé était lourd, chargé d’une tension presque palpable ; il aurait nettement préféré qu’elle se mette en colère, qu’elle se jette sur lui pour l’attaquer, plutôt que de rester muette.

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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Sam 14 Juin 2014, 16:05

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Mon cœur cogne fort dans ma poitrine tandis que mes pensées s’entremêlent et s’entrechoquent violemment. Abandonnant Makeno dans mes bras – toute son attention était braquée vers cet homme – Seth sort de l’eau comme une fusée pour étreindre l’homme qui venait de sortir des buissons. Fort. C’était de plus en plus évident à chaque seconde qui passe : je le connaissais. Et la discussion que mon fils entame avec l’étranger – pas si inconnu que cela – comme s’il le connaissait depuis des années, ne fait que me confirmer cette intuition si ténue et pourtant si puissante. Mais qui pouvait bien être cet homme qui avait ce don de faire s’affoler les battements de mon cœur et s’emballer mon corps tout entier comme une adolescente en chaleur. Apparemment, si j’en crois toutes ces réactions qui se produisent en moi, déclenchant un véritable brasier dans mon ventre, mon corps se souvenait bien de lui. Mais en cherchant dans ma mémoire, impossible de mettre un nom sur cet homme qui s’avance dangereusement vers moi à pas lents et mal assurés, comme s’il craignait quelques représailles.

Il ne s’arrête qu’à quelques centimètres de moi. Si proches. Comme subjugué, l’homme avance une main vers Makeno, effleurant ma peau au passage ce qui me fait l’effet d’un électrochoc, littéralement. Princesse susurre une petite voix en moi. Je veux la retenir, mais elle n’est déjà plus qu’un écho. Princesse ? Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier ? Secouant la tête, j’essaye tant bien que mal de faire abstraction du contact de sa peau contre la mienne quand une deuxième personne s’approche timidement. Et invective l’homme. Pas l’homme. Gil. Alors qu’il nous présente maladroitement à la fillette – car c’est une gamine, à n’en pas douter – Seth, Makeno et moi, je hoche la tête distraitement. Incroyablement troublée, je reste muette tandis qu’un lourd silence s’installe durant de longues secondes qui me paraissent une éternité. Sentant un certain malaise croitre lentement, Seth finit par briser le silence. Attrapant l’une des serviettes que nous avait prêté Elma, mon fils entraine Gil un peu plus loin.

- « Il faut que tu sache » murmure-t-il sans que je ne perde une miette de la conversation « Samoan est mort. Mais l’affrontement a bien failli tuer Maman aussi » continue Seth d’un ton hésitant « Sous le choc de ses blessures, elle a fait une sorte d’amnésie. C’est juste passager et elle se remémore très vite, mais il y a encore une semaine, j’étais encore un inconnu » conclut-il, incertain de la réaction de Gil.

Fermant les yeux un instant, je déglutit difficilement. Encore une fois, je n’étais pas passée loin de la mort. La narguer, cela semblait être ma spécialité plus encore que les situations fabuleusement compliquées dans lesquelles je me fourraient – ou plutôt, selon les propres mots d’Atal, j’attirais les catastrophes comme des aimants. Je me souviens parfaitement de ce que Seth m’avait avoué trois jours plus tôt. Non, Maman, Makeno et moi n’avons pas le même père. Il était le fruit de cet homme – Mentaï – que j’avais tué quelques semaines auparavant tandis que Makeno, lui, était né bien plus tard, d’une relation tumultueuse avec un Envoleur. Princesse susurre de nouveau cette petite voix dans ma tête, si douce et familière, instillant en moi l’idée que Gil pourrait bien être le père de Makeno. Mais pourquoi n’arrivais-je pas à m’en souvenir alors ? Relevant presque brusquement la tête, je serre un peu plus le bébé contre moi tandis que de ma main libre, j’effleure légèrement mon poignet à l’endroit exactement où la peau de Gil était entrée en contact avec la mienne. Sans que je n’en sache la raison, je sais qu’il faut que je crée un contact physique avec Gil pour me souvenir de lui – même si je ne suis pas certaine de le vouloir vraiment car une étrange impression me souffle que nous étions liés par un amour plus dévastateur et destructeur qu’autre chose. Mais la curiosité me démange trop.

- « Seth » appelais-je l’adolescent qui revient d’un pas tranquille
- « Oui ? » répond-t-il aussitôt
- « Prends ton frère et éloigne toi d’ici » lui commandais-je d’un ton presque pressant.

J’ai besoin de savoir et Seth le compris immédiatement car il prend Makeno qui s’amuse tout seul à faire des bulles et s’éloigne d’un pas tranquille, entrainant également Brindille avec lui qui suit mon fils sans un mot. Debout dans le lac, l’eau m’arrive juste au dessous du nombril. Étaient-ce les rayons d’un soleil estival ou la chaleur de mon ventre qui se distille peu à peu dans mon corps qui me donne l’impression de bouillir littéralement ? Quoi qu’il en soit, je ferme un instant les yeux pour apprécier cette agréable sensation. Un sourire mutin étire le coin de mes lèvres alors que j’ouvre à nouveau les yeux pour faire face au regard de Gil sans ciller. D’un signe de tête, je l’invite à me rejoindre dans le lac ; l’eau est d’une température parfaite.

- « Toi et moi, on était proches comment ? » demandais-je finalement, devant me contenir pour ne pas lui sauter dessus littéralement.








[Bon, bah court, mais sacrément intense Very Happy]

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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Dim 15 Juin 2014, 11:59

Makeno. Les yeux rivés sur l’enfant, Gil faisait rouler le prénom dans son esprit et sur sa langue, s’imprégnant des sonorités, de la chaleur qui se dégageaient des trois voyelles et des trois consonnes. Il y avait un peu de Manaël dans Makeno, réalisa-t-il soudain. Et pourtant, seule Kaünis connaissait sa véritable identité. Il cligna fort des paupières, deux fois, maudissant le silence pesant qui flottait désormais sur eux, sur lui. Au point qu’il commence à regretter de s’être montré. Réagis, bon sang ! pria-t-il en fixant Naïs qui demeurait impassible. Dis quelque chose ! N’importe quoi ! Il avait envie de la prendre par les épaules et de la secouer comme un prunier pour la réveiller. Il avait brusquement surgit de nulle part, d’accord, après une séparation brutale, en dépit de ses efforts pour adoucir l’instant, et elle avait toutes les raisons du monde de le détester. De le haïr. A sa place, il n’aurait pas attendu plus longtemps avant de passer à l’action. Elle n’avait qu’un geste à faire. Il ne l’en empêcherait pas. Sur son épaule, la coupure avait cessé de saigner ; si Naïs le blessait à nouveau, il ne s’enfuirait pas. Pas cette fois. Alors qu’est-ce qu’elle fout ?!

Seth posa soudain la main sur son coude, et Gil se laissa entraîner à l’écart. Quelques pas seulement, mais il était clair que le garçon voulait lui avouer quelque chose d’important. Il avait un regard vif et pétillant de malice, qui s’illuminait lorsqu’il souriait et qui s’assombrissait quand le pire était venir ; en découvrant les nuages orageux dans ses prunelles, l’Envoleur fronça les sourcils.

- Il faut que tu saches… commença Seth d’une voix tendue.

Mais il s’interrompit soudain, cherchant ses mots, et Gil sentit l’inquiétude se frayer un chemin en lui.

- Quoi ?
- Samoan est mort. Mais l’affrontement a bien failli tuer Maman aussi.


Instinctivement, le regard bicolore de Gil vint se poser sur Naïs. Il l’observa en silence, cherchant des yeux une blessure, une cicatrice qui aurait pu témoigner des violences de l’affrontement. Mais en dehors d’une silhouette un peu trop menue, la jeune femme paraissait aller bien. Alors quoi ? Pourquoi cette sourde angoisse, palpable dans le timbre de Seth ? Gil ouvrit la bouche pour presser le garçon, celui-ci annonçait déjà la suite.

- Sous le choc de ses blessures, elle a fait une sorte d’amnésie. C’est juste passager et elle se remémore très vite, mais il y a encore une semaine, j’étais encore un inconnu…

Gil déglutit. Bon sang, c’était donc ça… L’incertitude dans le ton de Naïs, sa réaction violente et instinctive, la peur qui brillait encore dans les yeux de Seth : tout se mettait en place à la lumière des révélations du garçon. Naïs ne se souvenait plus de lui. Il soupira. Impossible de décider si oui ou non, il s’agissait d’une bonne chose. Il avait envie qu’elle oublie leur derniers instants, lorsqu’il lui avait annoncé qu’il s’en allait retrouver Libertée. Et il avait envie qu’elle se rappelle de tout ce qu’ils avaient pu vivre ensemble. Absolument tout, depuis la lueur qui filtrait à travers les persiennes de leur chambre miteuse, la nuit de leur rencontre, jusqu’aux larmes qui avaient brillé dans ses yeux au moment de le quitter. Il voulait qu’elle s’en souvienne, même si cela faisait mal, même si c’était odieux.

- Seth ?
- Oui ?
- Prends ton frère et éloigne-toi d’ici.


Le garçon observa Gil un bref instant et eut ce petit sourire compatissant qui signifiait on est avec toi, foire pas tout cette fois, bonne chance ! puis il s’éloigna, attrapa Makeno dans ses bras et proposa à Brindille de le suivre. Elle leva aussitôt un regard interrogateur vers Gil, qui haussa les épaules et cligna des yeux. Finalement, la jeune fille suivit Seth au bord de l’eau, non sans avoir jeté un regard curieux en direction de Naïs par-dessus son épaule. Gil attendit qu’ils soient hors de portée de voix, même si les rires de Makeno, tandis que Seth le chatouillait, leur parvenait toujours. Puis il regarda Naïs… et baissa vivement les yeux. L’eau lui arrivait à la taille mais elle ne dissimulait rien de sa poitrine, de la courbe de ses seins, de la ligne de ses épaules, là où il avait aimé poser les lèvres autrefois… Il était humain, bon sang ! et il se trouvait face à une femme incroyablement attirante avec sa peau caramel et ses longs cheveux noirs, si jolie dans la lumière du soleil… Il était humain et immanquablement, son corps réagit en conséquence. Gil fourra aussitôt les mains dans les poches de son pantalon et laissa son regard glisser vers les enfants qui s’amusaient un peu plus loin. Il cherchait à s’occuper l’esprit mais la voix de Naïs le ramena d’autorité au présent.

- Toi et moi, on était proches comment ?

Comme deux aimants, songea Gil, avant d’oser lui jeter un coup d’œil. Elle attendait qu’il entre dans l’eau mais il ne le pouvait pas… il se rappela toutefois que Naïs était aveugle, un détail qui s’évaporait très vite lorsqu’on apprenait à la connaître, mais qui, en l’occurrence, lui était profitable ; il n’avait pas très envie qu’elle se rende compte de l’intensité de son désir. Il déboucla son ceinturon, le laissa choir sur les galets, puis abandonna bottes et pantalon pour entrer dans le lac. Il frémit lorsque ses côtes encore sensibles entrèrent en contact avec la fraîcheur de l’eau, mais s’enfonça complètement et garda la tête sous l’eau jusqu’à ce que ses poumons en feu le supplient de reprendre une inspiration. Il émergea à côté de Naïs, qui n’avait pas bougé, et passa la main dans ses cheveux mouillés pour les ramener en arrière. Puis il se gratta la nuque, nerveux.

- On s’entendait bien, dit-il prudemment, tout en surveillant ses réactions.

Elle paraissait troublée – moins que lui, bien sûr, mais troublée quand même ; de quoi se souvenait-elle au juste ? Se rappelait-elle seulement quelque chose de lui ? Sa voix, peut-être ? Son nom lui disait-il quelque chose ? Peut-être lui évoquait-il une impression légère mais poignante, un peu comme une impression de déjà-vu, qui échappe à la mémoire mais reste aussi fort qu’un mot sur le bout de la langue… Gil décida de creuser un peu. Même si c’était complètement idiot.

- Notre duo était un peu particulier, en fait. Tu passais ton temps à te fourrer dans des situations impossibles et moi, je débarquais pour te tirer de là…

Il avait envie de glisser les doigts dans ses cheveux, sur sa joue satinée. Trop proches. Il recula légèrement, glissant dans l’eau sous l’éclat du soleil qui scintillait à la surface et dorait sa peau. On était beaucoup trop proches, princesse. Immobile, il étudia pensivement son profil, ses traits bien dessinés, la petite moue qui lui allait si bien et qui lui avait tant manqué. Son expression était toutefois différente, plus grave, plus lointaine. Samoan est mort, mais l’affrontement a bien failli tuer Maman aussi… Gil serra les poings sous l’eau. L’enflure. Il aurait volontiers ressuscité ce salaud pour le seul et unique plaisir de le tuer à nouveau.

- Je constate que pour ce qui est de tomber dans les ennuis, tu n’as pas tellement changé, ajouta-t-il doucement.

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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Lun 16 Juin 2014, 08:15

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

On s’entendait bien. C’est tout ? Voilà que je suis presque déçue de la réponse que Gil venait de m’apporter. Ces trois petits mots ne m’avancent décidément à pas grand chose, surtout que les réactions en chaine de mon corps tandis que l’homme s’approche de moi doucement, comme s’il avait peur de m’effrayer d’un mouvement trop brusque, clament une toute histoire, elles. Dans les ennuis ? Hein ! T’as pas idée songeais-je un instant en souriant à la remarque de Gil, teintée d’une légère moquerie. Cependant, c’est loin d’être une situation amusante ; c’est même rageant que d’autres me connaissent mieux que moi même. Seth. Atal. Et maintenant, lui. Gil. Sans trop savoir pourquoi, j’ai la nette impression qu’il ne me dit pas tout et que l’on avait probablement fait plus que de s’entendre bien. Sinon, pourquoi émanerait-t-il une certaine gêne ?

Secouant la tête toute seule, je disparais quelques longues secondes sous la surface de l’eau pour crever la surface quelques mètres plus loin. Dans un geste des plus naturels mais qui, selon les mots de mon propre frère, me rend incroyablement sensuelle, je ramène mes cheveux humides en arrière. Avant de me tourner vers Gil, sourire aux lèvres. Il ne voulait pas m’en dire plus, très bien ! Je finirai de toute façon par découvrir ce qu’il me cachait – et s’il me connaissait assez bien, il saurait que je ne reculerait devant rien pour obtenir ma réponse. Rien du tout. Levant le menton fièrement, je brise le silence.

- « On s’entendait bien donc… » commençais-je « A quel point ? »

Un instant plus tôt, Gil avait fui un contact physique. Pourquoi se demande une petite voix dans ma tête. Ca aussi, je le découvrirai. En trois brasses, je rejoins Gil qui n’avait pas bougé. Son silence en dit long, son regard que je sens posé sur moi – sur ma peau brûlante que même l’eau ne parvenait pas à apaiser – me dévore en silence. Dans un vieux réflexe, je lève les yeux au ciel, m’approchant encore un peu plus de l’homme.

- « Oh allez ! Tu ne voudrais pas m’aider ? » questionnais-je Gil.

A mesure que j’avance vers, l’homme recule comme s’il craignait clairement que les éléments se déchainent si par malheur nous étions trop proche. Il maintient une certaine distance que je diminue toujours un peu plus. Nous ne sommes plus qu’à moins d’un mètre l’un de l’autre lorsque je plaque une main sur son torse aux muscles agréablement bien dessinés. Oh par la sainte culotte de l’Empereur ! A la seconde où mon corps réagit à ce contact, si insignifiant soit-il, une nouvelle décharge d’énergie me coupe le souffle et manque de me plier en deux. Littéralement. Gagné murmure quelqu’un sous mon crâne bouillonnant. Retrouvant mon souffle, je m’avance un peu plus et cette fois – pourquoi ? – Gil ne recule pas. Nous ne sommes plus qu’à quelques centimètres. Nos souffles s’entremêlent un instant.

- « Donne moi juste un indice » suppliais-je, presque essoufflée tandis que les battements de mon cœur s’affolent.

Combien de temps restons-nous là, sans bouger, l’un contre l’autre n’osant presque plus respirer dans une tension palpable. Je crois même avoir sentie son sexe dur alors que nos lèvres s’effleuraient dangereusement, comme attirés par une force invisible. Comme des aimants. Mais des grognements et des voix étouffées au loin, et si proches à la fois, me sortent soudain de ma torpeur. Je tourne la tête brusquement tous les sens en alerte. Des bandits ! Et ils s’en prennent aux enfants. A Seth et Makeno. Mes enfants ! Bondissant hors de l’eau, j’attrape mon poignard et file comme une flèche, suivie de très près par Gil. Sans doute en réponse à une menace de Seth pour dissuader la dizaine d’homme qui l’encercle de le détrousser, j’entends l’un deux se moquer clairement. Je vais lui faire la fête à ta mère moi raille-t-il, gonflant ma colère plus qu’autre chose. Il n’allait pas être déçu, c’est certain ! Brisant le cercle des bandits, je m’interpose entre les enfants et eux,  les toisant avec une lueur sauvage au fond de mes yeux aveugles.

- « Ce sont mes fils à qui tu t’en prends » grondais-je en saisissant le premier par le col « Mauvaise idée mon ami ! » ajoutais-je en lui brisant la nuque sans état d’âme.

Surpris par la furie qui venait de perturber leurs plans, les hommes hésitent une seconde. Une seconde qui leur est fatale car, ni moi ni Gil ne leur laissons le temps de réaliser dans quel merdier ils se sont fourrés. Fauchant leurs vies sans le moindre remords, glissant sous leurs rapières sans même n’avoir été en danger une seule fois, je virevolte dans la mêlée qui ne dure finalement pas si longtemps. Cinq ou peut-être dix minutes. Juste une petite éternité. Et bientôt, alors que les corps jonchent le sol autour de moi, je me retrouve dos à dos avec autre homme. Réagissant à une vitesse hallucinante, je me retourne vivement – grimaçant au contact râpeux de l’écorce d’un arbre dans mon dos – pour abaisser ma garde aussitôt. C’était juste Gil. Juste Gil. L’adrénaline me fait légèrement trembler tandis que je me demande un instant pourquoi il n’avait pas hésité à venir m’aider à défendre des enfants qui n’était vraisemblablement pas les siens. Enfin, bien sûr, si l’on avait fait que bien s’entendre, Makeno ne risque sûrement pas d’être son fils, non ? Poussée par la même force invisible qui nous avait rapproché dangereusement dans les eaux du lac Chen à peine un instant plus tôt, je décide de tenter le tout pour le tout. J’agrippe ses cheveux derrière sa nuque et l’attire plus près. Si près que nos lèvres entrent finalement en contact avec une force insoupçonnée.

C’est alors qu’avec les souvenirs, la vague déferle douloureusement. Rompant l’échange la première – tandis que Seth, Makeno dans les bras, recule d’un bas avec Brindille – je porte une main à mon ventre pour tenter de juguler vainement cette vague de douleur invisible qui me plie en deux littéralement. D’un geste approximatif, je me raccroche à l’arbre derrière moi pour ne pas m’effondrer complètement. Je ne sais où je trouve pourtant la force de parler sans que ma voix ne devienne rauque.

- « Seth, rentre tout de suite. Je… » commençais-je « On vous rejoindra plus tard » finis-je en levant mes yeux vers Gil.

Seth s’exécute aussitôt, en silence, emmenant Brindille à sa suite. Il savait pertinemment que j’avais besoin d’être seule avec cet homme qui était parti plus d’un an auparavant. Parce qu’il était parti sans autre excuse que d’avoir un cap à suivre. Doucement la colère monte en moi. Pourquoi n’avait-il pas continué à le suivre alors ? De toute façon, une fois que sa marchombre aurait un gosse il ferait la même chose ! Il fuirait lâchement ! Mais la seule présence de l’Envoleur, aujourd’hui et maintenant suffit tout bonnement à souffler ma colère, ma déception. Je lui en avais voulu, c’est vrai. Et je lui en voulais encore. Car jamais je n’avais voulu qu’il s’en aille – même si notre relation était incroyablement compliquée, surtout depuis que j’avais Pan et qu’il avait Libertée – et que pour moi, en dépit de tout, il représentait bien plus qu’une ombre. Un silence gêné avait suivi le départ des enfants et tandis que je me redresse, toujours adossée à l’arbre, je lève fièrement le menton.

- « Ca va ! Tu m’as déjà vue nue » raillais-je « Je croyais que tu avais un cap à suivre ? » demandais-je, l’air de rien.

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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Mar 17 Juin 2014, 09:55

Gil s’efforça d’ignorer la moue contrariée de Naïs. Il était clair qu’elle s’était attendue à une autre réponse ; il avait peur de demander laquelle. Il ne bougea pas lorsqu’elle s’enfonça dans l’eau clair et suivit des yeux sa progression gracieuse. Certaines personnes auraient sans doute craint de se noyer à sa place, mais uniquement parce qu’ils considéreraient leur cécité comme un handicap ; ce qui faisait toute la différence avec Naïs, c’est que sa cécité à elle n’était pas un inconvénient mais un atout. Naïs… Il avait presque fini par s’habituer à son  absence, mais la revoir le laissait étrangement pantois. Franchement perturbé, même. Gil sentit son cœur bondir dans sa poitrine lorsque la jeune femme creva la surface. La lumière du soleil glissa sur elle comme une seconde peau, un voile léger, tout scintillant de petites gouttes d’eau irisées ; quand elle glissa la main dans ses cheveux avec nonchalance, il songea brusquement à Libertée : elle aussi faisait ce geste à la fois naturel et sexy en diable. Gil se mordit aussitôt la langue. Penser à sa petite marchombre alors qu’il ne quittait pas Naïs des yeux… C’était odieux. Kaünis aurait probablement qualifié ça de façon plus crue. Bordel, il faut que je sorte de là !

- On s’entendait bien, donc… A quel point ?

Gil sursauta en se rendant brusquement compte que Naïs avait bougé. Elle s’était rapprochée de lui et l’observait à sa manière : ses grands yeux dorés n’étaient pas fixés sur lui mais il devinait presque ses autres sens braqués sur sa personne, en quête d’un mouvement, un signe, une réponse… Il n’y arrivait pas : les mots se bousculaient dans son esprit, véritable raz-de-marée qui emportait toute logique sur son passage et s’évanouissait au moment de franchir la barrière de ses lèvres. Sortir de la-sortir de là-sortir de là-Trop près-Sortir de là-Naïs-Rappelle-toi-Naïs-Beaucoup trop près-Bordel il faut que je-Tu m’as manqué-Sortir de là-Vite-Vite-VITE-Mais pourquoi tu ne te souviens pas, merde à la fin ! C’est qu’il devait avoir l’air fin, l’Envoleur, droit comme un i au bord du lac, l’eau lui arrivait à peine au-dessus des hanches et la mine déconfite…

- Oh allez ! Tu ne voudrais pas m’aider ? insista Naïs en se rapprochant davantage.

Il recula. Elle avança. Si c’était une danse, il ne la menait pas. Mais Naïs n’avait visiblement pas l’intention de se tenir tranquille, car elle se rapprochait toujours, toujours plus près. Ou bien alors il ne battait pas en retraite assez vite, ce qui était possible aussi. Le voulait-il seulement ? Cette question ouvrit une porte en lui, à peine entrebâillée mais, pour le doute, c’était amplement suffisant ; tel un serpent, il se glissa insidieusement à travers cette petite faille et empêcha Gil de reculer davantage. Naïs fit encore un pas en avant, un dernier pas, puis ses paumes effleurèrent la poitrine du jeune homme. Il frémit à ce léger contact et ferma les yeux, serra les paupières très fort, inspira vivement.

- Ne fais pas ça... gémit-t-il dans un murmure. S’il te plaît.
- Donne-moi juste un indice.
- Naïs…


Il ouvrit les yeux, osa la regarder. Elle est belle, mince ! Et si près qu’il pouvait sentir son souffle chaud que son menton. Il n’avait qu’à baisser légèrement la tête pour… Il baissa la tête. Leurs souffles se mêlèrent, leurs lèvres s’effleurèrent… Un mouvement, en périphérie de son champ de vision, ramena brusquement Gil au présent. Il bouscula Naïs pour se précipiter vers la rive, elle le dépassa comme une flèche, défiant toutes les lois du possible en s’élançant comme si elle pouvait voir, comme si elle les voyait vraiment, les individus qui s’en prenaient aux jeunes : neuf hommes, une femme, vêtus comme des tranche-bourse et visiblement belliqueux. L’un d’eux bouscula Seth tandis que Brindille prenait Makeno dans ses bras. Mauvaise idée, mon gars, songea fugacement Gil en attrapant son pantalon. Il parvint à l’enfiler en courant, ce qui tenait clairement de l’exploit, mais lorsqu’il arriva dans la mêlée, Naïs avait déjà réglé leur compte à deux malfrats. Ils gisaient à terre, la nuque brisée et un petit air de franche surprise flottant encore sur le visage. Gil bondit par-dessus les corps et bloqua le bras que la femme avait tendu en direction de Makeno. D’un geste, il lui broya les doigts, puis il pivota sur lui-même, brisant le coude et déboîtant l’épaule dans le même temps. Le cri de la bougresse mourut sur ses lèvres lorsqu’il lui frappa la gorge d’un atémis.

- Bouge ! jeta-t-il à Brindille en l’écartant d’une bourrade.

Il n’était pas inquiet pour Naïs : devenue véritable furie, elle pirouettait, bondissait, s’accroupissait, tourbillonnait sans interruption. Danse mortelle d’une mère en colère. Je vous l’avais bien dit, les gars… Gil s’effaça pour esquiver un coup de lame et leva le genou pour frapper un homme au niveau des parties. Il n’avait jamais autant utilisé cette technique que depuis qu’il avait rencontré Kaünis. Primitif, mais efficace : son adversaire s’effondra dans un gémissement de douleur qui ne suscita aucune compassion chez l’Envoleur. Quiconque s’en prenait à des gosses méritait une bonne raclée. Il enfonça son talon dans la gorge du malheureux puis leva la tête et chercha les enfants des yeux. Brindille s’était éloigné des combats, Makeno toujours cramponné à elle ; Seth les protégeait en balançant coups de pieds et coups de poings. Il avait tout d’un chat sauvage en colère, remarqua Gil en le voyant mordre l’homme qui s’acharnait à vouloir les approcher en dépit des ravages de Naïs. Brindille poussa un cri, effrayée. Sans plus attendre, Gil tendit son bras et décocha une aiguille de métal. Elle se ficha dans la nuque de l’homme qui s’effondra aux pieds de Seth.

Il replia son bras, laissant son coude cueillir un quatrième rôdeur en plein visage, et attrapa celui-ci par le col pour le frapper plus durement. Les cartilages du nez explosèrent sous ses doigts. Il continua. Le genou de l’homme entra en contact avec ses côtes blessées. Il continua de frapper. Encore, encore, encore. Le visage de l’homme n’était plus que bouillie infirme lorsqu’il le lâcha enfin. Un silence chargé de fer – ce silence si particulier qui plane sur les champs de bataille après un combat – s’installa sur la rive ; Gil essuya sa main barbouillé de sang sur son pantalon, déjà sérieusement amoché par son séjour à Al-Far, et s’approcha de Naïs. Il aurait peut-être dû lui signaler sa présence, car elle se retourna brutalement, prête à lui régler son compte, comme elle avait mis hors d’état de nuire les six autres hommes de la bande. Elle s’immobilisa en le reconnaissant. Il soupira doucement. Son souffle se bloqua dans sa poitrine lorsque Naïs l’attira soudain vers lui et l’embrassa. Sauvagement. Enfeeeeeer. Gil enfonça ses doigts dans les hanches de la jeune femme pour ne pas perdre pieds, mais elle recula son visage et tourna la tête, le laissant pantelant, essoufflé, vidé. Par un putain de baiser.

- Seth, rentre tout de suite. Je… On vous rejoindra plus tard.

Seth ne dit rien mais son regard brilla avec intensité lorsqu’il croisa brièvement celui de Gil avant de se détourner. Ce n’était pas de l’animosité – Gil doutait que le garçon puisse en ressentir à son égard – mais quand même, il le tenait pour responsable de ce qui était arrivé à Naïs. Il n’admettait probablement pas le fait qu’elle ait dû affronter seul Samoan. Pourtant, il s’en allait sans protester, entraînant Brindille à sa suite et laissant Gil à demi nu avec sa mère, complètement nue, elle. Comme si c’était un détail, comme si rien ne pouvait être mieux qu’un baiser. Ou pire, songea l’Envoleur en laissant son regard glisser sur l’épaule de Naïs. Puis sa poitrine. Son ventre. Et… Il se gratta la nuque, il ne savait même plus quoi faire des ses mains, mais il savait que s’il ne les occupait pas d’urgence elles allaient retrouver leur place précédente – les hanches de Naïs.

- Ça va ! Tu m’as déjà vue nue…

D’où mon problème…

- Je croyais que tu avais un cap à suivre ?

Gil cligna des yeux. Il n’aurait peut-être pas prêté attention au véritable sens de ces paroles s’il n’avait pas reconnu cette intonation-là. Celle qui se voulait anodine alors qu’elle ne l’était absolument pas. Qui était tout sucre tout miel, mais qui promettait une déculottée au moindre écart. Du Naïs tout craché… avant qu’elle ne perde la mémoire. Il l’observa longuement avant qu’un fin sourire se dessine sur ses lèvres.

- Tu t’en souviens, alors…

Etait-ce récent ? Venait-elle de se rappeler leur amitié ? Merde, si c’est comme ça que tu vois les choses, tu ferais mieux de rejoindre les gosses…

- J’ai suivi mon cap, dit-il en glissant résolument les pouces dans son pantalon pour empêcher ses mains de fureter où elles ne devraient pas aller. Je suis avec Libertée.

Un ange passa, dans un sens puis dans un autre, avant qu’il se racle la gorge pour l’envoyer balader.

- Et toi ? Est-ce que tu as aussi… tracé ta route ?

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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Mer 18 Juin 2014, 13:06

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Il avait un cap à suivre avait-il prétendu un peu plus d’un an auparavant – sûrement pour se donner bonne conscience ! Alors pourquoi n’avait-il pas continuer à le suivre ? Je suis avec Libertée avait-il murmuré quelques secondes plus tôt. Alors pourquoi me dévore-t-il des yeux, avec une tension toute contenue comme s’il allait me sauter dessus soudainement ? Apparemment, l’Envoleur ne semble pas savoir beaucoup plus ce qu’il veut que lorsqu’il était parti sans retourner – avec étrangement plus de conviction d’ailleurs. Prodigieusement agacée, j’inspire profondément une grande goulée d’air frais pour tenter de diminuer la colère qui boue doucement dans mes veines. Levant les yeux au ciel, dans un réflexe vieux de presque quinze ans, je lui tourne le dos pour revenir vers la rive de l’imposant lac Chen d’une lenteur toute calculée.

- « Ca je m’en doute que tu est avec elle, merci ! » commençais-je d’un ton railleur.

Le silence qui suit ma remarque acide se peint d’une tension palpable. Repoussant une mèche rebelle derrière mon oreille, je ne laisse pas à Gil le temps de répliquer. De toute façon, un mot de travers de sa part suffirait largement à exploser cette colère qui croissait lentement et insidieusement en moi depuis quelques minutes maintenant. Je me retourne un bref instant pour faire face à l’Envoleur, une moue profondément contrariée sur les lèvres.

- « Oh ! Ravie de savoir que tu t’en soucie, après plus d’un an d’absence sans la moindre petite nouvelle ! » grinçais-je d’un ton sarcastique.

Arrivant sur la berge du lac, je me baisse pour attraper mon short court et usé pour l’enfiler résolument. Plutôt stupide puisque la colère me donne terriblement chaud – ou est-ce la présence de Gil ? – a tel point que j’allais inévitablement piquer une nouvelle tête dans l’eau.

- « Je n’ai pas fini ! » m’exclamais-je pour réduire Gil au silence.

Faisant face à l’Envoleur je le défie un instant de reprendre la parole. Le menton levé fièrement, je le toise en silence durant de longues secondes qui semblent durer une éternité. Il était parti ! Il s’était enfui ! Et il espère quoi ? Que je lui dise merci ? Ou que je fasse tout bonnement semblant d’avoir vécu son départ le plus parfaitement du monde ? Les souvenirs de ces derniers mois, et notamment cette mauvaise fièvre qui avait bien failli être fatale à Makeno l’hiver dernier – parce qu’il avait survécu à ses premières semaines de vie, j’en avais oublié qu’il était né prématuré et donc qu’il était plus sensibles aux maladies que les autres nourrissons de son âge. Gil le sait-il ? Probablement non ! Serait-il venu ? Un fabuleux doute m’assaille ! Bien sûr que non chuchote une petite voix en moi, il avait autre chose à faire que de penser une seule seconde à Makeno ou moi. Je suis avec Libertée. Serrant les dents, je me surprends presque à espérer qu’il se débine de la sorte lorsqu’elle lui annoncerait un beau jour qu’elle serait enceinte. Juste pour être rassurée. Que ce n’était pas de ma faute. Que c’est juste dans sa nature et que jamais il n’a vraiment changé. Je croise un instant les bras.

- « Ah ça, pour être une ombre, t’as jamais été aussi balèze ! » commençais-je d’un ton empli d’amertume plus que de colère « Est-ce que tu sais seulement que Makeno a bien failli être emporté par une putain de fièvre il y a à peine six mois ? » ajoutais-je, la gorge nouée par ce seul souvenir « Non ! Évidemment, t’étais bien trop occupé à faire des choses tellement plus intéressantes plutôt que de t’en soucier une seule seconde ! » continuais-je, d’une voix lourde de reproches.

J’avais une terrible envie d’hurler encore plus que je ne venais de le faire. De laisser libre cours à ce que j’avais gardé enfouit tout au fond de mon cœur durant ses longs mois d’absences. Je lui en voulais. Et je lui en veux toujours terriblement. Mais il faut bien que je me rende à l’évidence, lui crier dessus de la sorte m’avait vidée, complètement. Et avait soufflé ma colère comme un fétus de paille par la même occasion. Ne reste plus que le souvenir de cette sensation de vide permanente que m’avais fait l’effet de l’absence de Gil pendant toute cette année et demie. Et parce que je tiens énormément à lui, j’espère sincèrement qu’il finira par comprendre que je n’avais jamais eu besoin qu’il parte mais juste d’un peu de soutien. Juste que l’on se serre les coudes pour ce gosse qui était le notre. M’asseyant sur le tronc sur lequel j’avais abandonné le reste de mes vêtement – juste un débardeur qui dévoile généreusement ma poitrine – et entoure mes jambes repliées de mes bras.

- « Je n’ai jamais voulu que tu partes ! » murmurais-je d’une voix lointaine « J’aurais seulement voulu un peu de soutien. Mais est-ce que tu peux le comprendre ça ? » demandais-je, pas certaine du tout de vouloir en connaître la réponse « Être amoureux ne te dispense pas de réfléchir avec les bons neurones tu sais ! Je n’ai jamais voulu avoir ce gosse et crois moi, si j’avais pu choisir il ne serait probablement pas là aujourd’hui » ajoutais-je d’un ton plus léger.

Alors que l’Envoleur s’approche doucement, je tourne la tête dans l’autre sens. Mon cœur cogne dans ma poitrine. Soupirant, incroyablement frustrée, je pose mon menton contre mes genoux ramenés l’un contre l’autre.

- « Le pire c’est que je suis bien incapable de te détester ! Je t’aime trop pour ça Giliwyn SangreLune ! » le devançais-je encore « Tu m’as manqué » finis-je par murmurer en enfouissant ma tête entre mes bras, rattrapée par l’émotion.

Recroquevillée sur moi-même, là, maintenant, j’ai juste de sentir la présence de l’Envoleur m’envelopper d’une douce chaleur, qu’il me prenne dans ses bras et de m’y blottir comme nous avions l’habitude de le faire autrefois. Et tant pis pour les interdits !








[Non mais j'hallucine, même en rogne elle n'arrive pas à lui faire la gueule plus de cinq minutes ! C'est grave docteur ? xD]

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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Mer 18 Juin 2014, 16:28

Elle ne répondit pas tout de suite et c’est ce qui mit la puce à l’oreille de Gil. Il recula avant qu’elle ne le bouscule et la regarda avancer vers le lac, lentement, comme si le moindre mouvement brusque risquait de mettre le feu aux poudres de sa colère. Car Naïs était en colère, cela se voyait, cela se sentait. Il en avait presque froid dans le dos alors que paradoxalement, il avait envie de la rattraper. Attendait-elle qu’il s’explique sur ses choix ? Son choix, celui d’être parti vers Libertée au moment où Naïs avait le plus besoin de lui ? Sans doute. Mais il soupira. Il n’était pas doué pour ça : faire des choix et les analyser. Il avait toujours pensé que c’était un truc de femme, que ça ne le concernait pas, qu’il pouvait très bien s’en passer… Il ne s’était jamais autant trompé ! Perplexe, Gil passa la langue sur ses lèvres. Le goût de Naïs y était imprimé. Glissant les mains dans ses poches pour ne pas être tenté de faire basculer dans la réalité les images torrides qui lui traversaient l’esprit, il emboîta le pas à la jeune femme.

- Ça je m’en doute que tu es allé avec elle, merci !

Gil s’arrêta à quelques pas d’elle et attendit la suite. Il y avait toujours une suite.

- Oh ! Ravie de savoir que tu t’en soucie, après plus d’un an d’absence sans la moindre petite nouvelle !

Il serra les poings dans ses poches. Il ne pouvait pas lui en vouloir de lui reprocher ça, mais bon sang ce que ça faisait mal. Naïs ne comprenait pas. S’il s’était éloigné, c’était justement pour lui éviter de souffrir… parce qu’il était toujours tenté de franchir les limites avec elle, parce qu’il les aurait franchie sans la moindre hésitation en restant dans son entourage, parce qu’il lui aurait fait de la peine. Et il en aurait fait à Libertée aussi. Cela ne signifiait pas qu’il ne s’était pas fait du souci. Naïs était un véritable aimant à catastrophe, elle tombait généralement dans les ennuis la tête la première ; combien de fois s’était-il surpris à penser à elle, espérant qu’elle était en sécurité et non pas enfermée dans une geôle quelconque ou piégée au sein d’un conflit ? S’imaginait-elle qu’il l’avait oubliée, comme elle l’avait oublié, lui, à cause de son amnésie passagère ? Enfer, tu me crois vraiment capable d’une chose pareille, Naïs ??

- Ecoute…
- Je n’ai pas fini !


Gil pinça les lèvres. Personne ne pouvait se vanter d’être encore en vie après lui avoir coupé la parole et réduit au silence sur ce ton. Kaünis étant l’exception qui confirmait la règle. Frustré, il leva les yeux au ciel, fit quelques pas sur la grève, jeta un coup d’œil en direction des corps qui gisaient près de l’eau, sur les galets teintés de sang. La bagarre avait été aussi brève qu’intense et avait déclenché en lui une ivresse que la présence de Naïs était loin d’apaiser. Un bruit de tissu attira son attention et il tourna la tête juste à temps pour voir Naïs enfiler un short. Elle le fusilla du regard et il eut le malheur de baisser les yeux pour lui échapper. Il loucha sur sa poitrine et sentit sa bouche s’assécher en conséquence. Bordel de merde. Elle croisa les bras, comme pour l’empêcher de se rincer l’œil, et il remercia le ciel d’avoir eu la bonne idée de remettre son pantalon. Même si bien sûr, celui-ci dissimulait mal son désir. Apparemment, ce détail n’adoucit pas l’humeur de Naïs, car elle continua de l’invectiver d’une voix plus aigue que d’ordinaire et dans un débit plus rapide ; sa colère croissait et elle en venait à des arguments contre lesquels il ne pouvait pas se battre à armes égales. Makeno avait été malade, il n’avait pas été là pour veiller sur lui à ce moment-là puisqu’il était bien trop occupé à faire des choses tellement plus intéressantes. Il ravala la réponse acerbe qu’il avait sur les lèvres. Et Atal, alors ? Ne me dis pas que ton frère n’est pas complètement gaga de son neveu ! Et ce type qui avait des cornes sur le crâne, Pan… Il avait baissé les bras lui aussi ?

- Je n’ai jamais voulu que tu partes !

Nous y voilà.

- J’aurai seulement voulu un peu de soutien. Mais est-ce que tu peux le comprendre ça ?

Justement, oui…

- Etre amoureux ne te dispense pas de réfléchir avec les bons neurones tu sais ! Je n’ai jamais voulu avoir ce gosse et crois-moi, si j’avais pu choisir il ne serait probablement pas là aujourd’hui.

Tu te trompes, princesse. Si tu avais pu choisir, tu aurais eu ce gosse pour pouvoir l’élever avec moi. Voilà pourquoi il était parti. Pour Libertée, parce qu’elle avait conquis son cœur et lui avait offert la possibilité de faire son propre choix, mais aussi parce qu’elle avait perdu leur enfant ; il avait pris ça pour un signe, très triste mais néanmoins plein de vérité : ils n’étaient pas prêts, pas encore. Ils avaient encore le temps. Ils en avaient besoin. Ils enseignaient tous les deux, chacun de leur côté, ils se retrouvaient régulièrement pour une ou deux nuits incroyablement intenses et ils se quittaient en savourant cette douleur mêlée à l’ivresse particulière de la solitude et de l’aventure. Pas d’attaches, pas de contraintes. Voilà ce à quoi il aspirait, voilà ce pourquoi il était parti. Pour suivre son cap… et permettre à Naïs d’en faire autant.

- Le pire c’est que je suis bien incapable de te détester ! Je t’aime trop pour ça Giliwyn SangreLune ! Tu m’as manqué…

Elle s’était réfugiée sur une grosse souche, là où étaient réunies ses affaires. Les jambes repliées contre la poitrine et le visage enfoui dans ses genoux, elle demeurait désormais silencieuse après ce poignant murmure qui le laissait pantelant. Gil l’avait écoutée en préparant sa réponse, une défense solide et propice à relancer le débat mais, soudain, il n’avait plus envie de s’opposer à elle. Il avait laissé échapper cette possibilité en ne lui coupant pas la parole à son tour. Naïs non plus n’était plus en rogne. Elle faisait quelque chose qu’elle faisait très rarement : elle se montrait sous son jour le plus fragile, le plus démuni. Le plus humain. Il comprit que sa colère n’était qu’une façade, un moyen de se protéger de lui, de la peine qu’il lui avait fait endurer ; comment envisager de tourner les talons, de partir maintenant ? Il l’avait déjà fait pourtant. Un an plus tôt, il lui avait tourné le dos. Alors pourquoi ne lui disait-il pas tout simplement au revoir ? Salut Naïs, c’était sympa, à la prochaine !

- Je sais, dit-il plutôt en se penchant derrière elle.

Il enroula ses bras autour de ses épaules et appuya sa joue contre la sienne.

Je sais.



*


- Naïs…

Gil bougea imperceptiblement. L’air s’était rafraîchi et le soleil avait entamé sa descente à l’horizon. Combien de temps étaient-ils restés ainsi, parfaitement silencieux, joue contre joue sur cette vieille souche au bord de l’eau ? Il avait des crampes dans les épaules et des fourmis dans les bras. Longtemps. Peut-être le moment était-il venu d’aller chercher Brindille et de s’en aller… Dans l’absence d’une réponse, l’Envoleur rapprocha ses genoux pour modifier sa position et soulager son dos. La peau de Naïs était douce et chaude contre la sienne, et son parfum enivrait ses sens à la manière d’un alcool puissant. Un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale. Il la serra plus fort entre ses bras. Puis il tourna la tête et mordilla doucement le lobe de son oreille.

- On devrait retrouver les gosses, fit-il remarquer dans un souffle.

Retrouver les enfants, jeter Brindille sur son cheval et galoper à bride abattue jusqu’à Al-Chen. Là, se vider la tête dans une taverne, après avoir laissé la gamine entre de bonnes mains. Puis partir à la recherche de Libertée. La trouver et lui faire l’amour pendant des heures pour oublier. Oublier que là, maintenant, tout de suite, c’était Naïs qu’il voulait prendre et posséder. Déconne pas, couillon ! pensa-t-il désespérément alors que, dans sa poitrine, son cœur battait la chamade. Il se rendit à peine compte que sa conscience avait une intonation similaire à celle de Kaünis. Ses lèvres effleurèrent la joue de Naïs et glissèrent dans son cou, suivant la courbe de son épaule nue. Son souffle s’accéléra, il ferma les yeux.

Arrête-moi princesse ! Je t’en prie…

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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Ven 20 Juin 2014, 09:11

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Tandis que Gil s’assoit sur la vieille souche à son tour pour m’enlacer de ses bras, la muraille tremble dangereusement. Avant de se fissurer de toutes parts. Littéralement. Se stabilise quelques secondes pour exploser alors que le murmure s’élève dans l’air. Je sais. La chaleur de ce contact qui m’avait tant manqué me tire un petit soupir de bien-être. Non, tu ne sais pas ! Peut-être par peur que l’Envoleur ne se lève brusquement et s’en aille exactement comme un an auparavant, je me blottis un peu plus contre lui, enroulant mes bras autour de son torse nu pour l’empêcher de prendre la fuite. Ainsi joue contre joue, je laisse un bref murmure m’échapper, presque inaudible mais vibrant d’intensité et de ce vide immense qui m’avait profondément marquée lorsqu’il était parti.

- « Ne me refais plus jamais ce coup-là »

Combien de temps restons-nous là, assis face à l’immensité du lac Chen ? Enlacés de la sorte, l’on peut très bien ressembler à deux amants qui ne s’était pas vu depuis très – très – longtemps. Le silence nous avait enveloppé depuis un long moment maintenant – qui me parait une éternité. Mais clairement, nous n’avions pas besoin de mots pour exprimer ce que nous ressentions. J’ai besoin de toi, de ta présence ! Ne pars plus ! Pas comme ça ! Par la sainte culotte de l’Empereur c’est horrible comme tu m’as manqué suggéraient mes bras enroulés autour du torse de Gil. Promis, je ne le ferai plus ! Enfer ! Tu m’as encore plus manqué princesse semblaient me répondre les mains de l’Envoleur refermées autour de moi. Jamais je n’avais cru possible que le temps puisse s’arrêter, pourtant, tout autour de nous s’était arrêté de vivre. De respirer. Juste pour nous permettre de nous retrouver vraiment. Et puis, le soleil finit par entamer sa lente descente vers l’horizon et sa chaleur diminuant peu à peu nous sort soudain de notre torpeur.

Je ne réponds pas immédiatement au murmure de Gil, savourant encore ces derniers instants dans la chaleur de ses bras avant qu’il ne décide qu’il est temps pour lui de partir. Loin. Longtemps. Alors qu’il pivote légèrement pour modifier sa position, je l’imite, dépliant un instant mes jambes pour les soulager. Et puis, je lève le menton pour laisser mon regard se perdre à l’horizon. Les rayons brûlants du soleil ne parviennent pas à me faire plisser les yeux – c’était au moins un avantage que d’être aveugle, je ne risquais pas d’être gêné par l’éblouissement – et chauffent agréablement ma peau nue. Quelque chose chatouille mon oreille quelques secondes me tirant un petit soupir amusé avant que je ne comprenne qu’il s’agissait de Gil qui me mordillait avec envie. Et lorsque sa voix s’élève une nouvelle fois, il me faut un certain temps avant d’en comprendre le sens. Mes pensées s’embrument étrangement. Retrouver les enfants ? Bah, ils avaient attendu toute la journée, ils pouvaient bien attendre cinq minutes de plus non ? Pourtant, alors que j’ai terriblement envie de lui dire d’attendre encore un peu, un signal d’alarme éveille brièvement mon cerveau embrumé.

Et pour cause, les lèvres s’aventurent lentement dans mon cou, le dévorant avec avidité, puis descendent tout doucement le long de mon épaule nue. Les battements de mon cœur s’affolent déjà au rythme de la respiration saccadée de l’Envoleur qui continue sa douce exploration. Cependant, sans que je n’en sache trop la raison, mon instinct me susurre que nous ne devrions pas ! Dangereux ! Ne tourne pas la tête ! Ne tourne surtout pas – … ! Trop tard ! En voulant me reculer imperceptiblement pour échapper à cette délicieuse torture, j’avais tourné la tête – pas beaucoup – mais cela suffit à Gil d’happer mes lèvres avec autorité soufflant complètement le dernier éclair de lucidité qui s’évanouit dans mon esprit. Incapable de résister à cette force qui me poussait vers l’Envoleur, je m’abandonne avec un gémissement à peine étouffé lorsque les mains de l’homme se glissent dans mon short à la rencontre de ma fleur intime.

En même temps que mes pensées perdaient toute cohérence, je cédais à ce désir tendu et violent, de celui qui ravageait tout sur son passage avant d’avoir été complètement assouvi. Me jetant presque au sol – mon short avait volé en même temps que son pantalon – l’Envoleur m’attrape par les hanches pour m’attirer à lui et entrer en moi d’un mouvement du bassin d’une brutalité sauvage. Une douleur fuse un instant dans tout mon être pourtant, les doigts enfoncés dans le sable, je rejette la tête en arrière. La gorge offerte comme la louve que j’étais. Un éclair déchire le brouillard quelques secondes. Pirate, Envoleuse, Voyageuse ! Mais quelle femme tu fais ! Pour disparaître aussitôt alors que j'imprime à mon bassin le même mouvement endiablé que m’imposait Gil. Il n’y avait pas de douceur dans cet échange, juste l’intense violence du manque et du vide qui avait marqué nos vies pendant un an. Nouvel instant de lucidité et cette fois je sursaute presque. Ce bébé ne change rien… Ou peut-être que si. Je vais te surveiller d’encore plus près. Cette voix familière disparut dans un gémissement de plaisir mêlé à la douleur qui faisait perler quelques larmes dans le coin de mes yeux. Alors qu’elle revenait à l’assaut, réveillant d’autres sensations en moi alors même que je me sentais littéralement retournée comme une crêpe, les mains plaquées contre le sol. Je t’aime résonne-t-elle dans ma tête. Et ce n’était clairement pas Gil ! Je veux me relever, mais la main qu’il plaque sur ma fesse m’en empêche et tandis qu’il entre de nouveau en moi avec plus de force, je me mords les lèvres pour ne pas hurler – plaisir, douleur. J’ai envie d’être un père. Cette fois je ne retiens pas ce hurlement tandis qu’un nom déchire mes pensées. Pan ! C’était à Gil que j’étais en train de m’abandonner maintenant, tout de suite ! Il fallait que cela s’arrête ! Il fallait que je lui dise ! D’arrêter avant que l’on ne s’en morde les doigts ! Mais tout ce je parviens à prononcer ne sont que quelques syllabes sans cohérence ni logique.

- « Tu me… Je ne… »

Tu me fais mal ! Arrêtes ! Je ne suis pas Libertée ai-je envie d’hurler. Mais je n’arrive à prononcer rien de plus tandis qu’une onde de plaisir brute achève d’emporter le barrage que mon esprit tentait d’ériger.

* *
*


Cela fait peut-être une heure que la nuit a posé son voile sur la nature endormie. Nous avions fini par nous écrouler de fatigue l’un contre l’autre pour ne plus bouger du tout, mais ni Gil ni moi ne nous étions endormis. Toutefois, nous n’avions pas échangé un mot après cet échange aussi intense que je ne regrette pour rien au monde même si les souvenirs de Pan, de plus en plus nombreux, se bousculent désormais dans ma tête. Sa promesse d’être là – pour Makeno autant que pour Seth – vibrait en moi et d’un geste qui n’était pas arrivé depuis de long mois, je pose doucement la main sur mon ventre. Si Gil est incroyablement important dans ma vie – ça c’était une évidence que j’avais eu du mal à accepter – toutefois, la présence rassurante de l’Envoleur aux cornes pendant ces longs mois où Gil avait littéralement disparu de mon existence, Pan, lui, avait été là à chaque instant instillant une certitude puissante en moi qui avait pris les traits d’une famille. Une vraie famille. Gil remue légèrement contre moi, me tirant brusquement de mes pensées.

- « Nous voilà bien avancés ! » murmurais-je soudain « Tu comptes faire quoi maintenant ? » demandais-je, presque inquiète de la réponse.

Parce que connaissant Gil, il pouvait très bien répliquer qu’il s’en allait sur le champ. Salut ! On a passé du bon temps ! A la prochaine hein ! Ca lui ressemblait assez et c’est peut-être pourquoi mon estomac se tord quelques secondes dans le silence. Même après ça, je n’ai pas la moindre envie qu’il s’en aille. Du moins pas encore. J’avais encore ce besoin de profiter encore un peu de sa présence. De me confier. De lui parler. Allait-il s’en aller avant même d’avoir pris le temps de vraiment connaître Makeno ? Son fils qu’il n’avait jamais reconnu ? Allait-il enfin avoir un peu de courage pour rester un peu et prendre le temps de nouer un lien avec mon enfant – notre enfant ?








[Pour la peine, je te réponds ça !   ]

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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Dim 22 Juin 2014, 12:41

Gil avait juste assez de contrôle sur ses nerfs pour se plier à sa décision. Si elle le repoussait, si elle lui demander d’arrêter – qu’elle le fasse, par pitié !! – il n’irait pas plus loin. Il en deviendrait probablement fou mais jamais il ne la forcerait. Sauf que Naïs n’avait pas l’intention de calmer le jeu dangereux auquel ils jouaient depuis le moment où elle s’était souvenue de lui. Peut-être même avant. Non, alors qu’il était sur le point de reculer légèrement pour reprendre ses esprits, envisageant même de piquer une tête dans le lac pour étouffer le feu qui brûlait en lui, la jeune femme tourna brusquement la tête et l’embrassa à faire fondre ses neurones. Le peu de lucidité qui lui restait encore s’évapora, cédant enfin la place à une envie pure et sauvage. Déjà la main de Gil s’aventurait sous le short de Naïs. Il grogna en la sentant prête à l’accueillir ; fou de désir, il la fit voltiger par-dessus lui pour la plaquer dans le sable. Il batailla quelques secondes avant d’ôter leurs vêtements. Peau contre peau. Il voulait la sentir contre lui, l’emporter dans sa folie, la punir de lui faire perdre ses moyens en lui rendant la monnaie de sa pièce. Naïs remua sous lui et hoqueta, de douleur mêlée de plaisir, lorsqu’il se fondit en elle d’un puissant coup de rein.

C’était au-delà de tout ce qu’il pouvait imaginer. Une cascade de sensations s’abattit sur lui, en lui ; lumière dans son regard, chaleur dans son ventre, violence dans ses gestes. Gil attrapa les poignets de Naïs et les tendit au-dessus de sa tête tout en continuant à imprimer à leurs hanches un mouvement profond et puissant. Il ne parvenait plus à penser, à réfléchir, à se retenir, et la force brutale de son propre désir ricochait contre celui de l’Envoleuse avec une force insoupçonnée : très loin de leurs premières étreintes, douces et passionnées, cette danse était de loin la plus sauvage, la plus primitive qu’ils aient jamais exécutée. Gil sentait son cœur saigner. Trop de temps s’était écoulé sans qu’il puisse voir et toucher Naïs, beaucoup trop de temps, et chaque plongée de son corps dans le sien soulignait ce terrible manque. Elle soulevait son bassin pour venir à sa rencontre et lui griffait le dos, enfonçant avec force ses doigts dans ses muscles, comme pour le retenir, l’empêcher de partir… Gil grogna sourdement. Pas encore ! Il se retira et fit basculer la jeune femme sur le ventre et, d’une pression de la main sur le bas de ses reins, l’empêcha de s’échapper. Pas encore… Il la reprit de plus belle en lui tenant les hanches, si fort qu’elle aurait probablement des bleus, mais il s’en moquait. Il voulait que son corps se souvienne de lui. Il voulait lui faire oublier tous les hommes qu’elle avait pu connaître avant lui, et lui ôter tout désir d’en connaître d’autres à l’avenir ; à sa manière, brutale et sauvage, il apposait sa marque et la faisait sienne. Elle balbutia quelque chose, il pesa sur elle de tout son poids, enroula ses cheveux autour de son poing et les entraîna tous les deux aux confins du plaisir.



*



Il se sentait bien. Alors qu’il aurait dû être rongé par le remord après ça, Gil avait l’impression de flotter sur un nuage de douceur ; il y avait bien cette petite voix pleine de colère, tout au fond de sa conscience, qui l’insultait en boucle depuis au moins une heure, mais il ne lui prêtait pas attention. Le moment de culpabiliser viendrait bien assez tôt, même s’il n’était pas prêt à se dire qu’il regrettait quoi que ce soit. Comment le pourrait-il ? Ce qu’il venait de vivre était fabuleux, éblouissant, époustouflant ! Il avait possédé Naïs comme un forcené et, sitôt les premières brumes de la jouissance dissipées, il avait eu envie de recommencer. Etrange… mais pas impossible, et il ne s’était contenu que par souci envers la jeune femme. Il l’avait prise dans ses bras, elle avait laissé le silence s’installer entre eux. Il l’avait serrée contre lui jusqu’à ce qu’elle cesse de trembler et ne l’avait plus lâchée, pourtant il la sentait ailleurs, perdue dans ses pensées. Elle regrettait peut-être déjà leur étreinte. Ou alors elle pensait à lui – l’homme aux cornes. Malgré lui, Gil sentit une pointe de jalousie mordre son ventre, et il remua pour changer de position contre Naïs.

- Nous voilà bien avancés, murmura-t-elle alors, comme si ce geste l’avait tirée de sa réflexion silencieuse. Tu comptes faire quoi maintenant ?

Te faire hurler de plaisir jusqu’à l’aube.

- Sais pas, grogna-t-il en lui massant doucement la nuque.

Il se faisait du souci pour Brindille. Pas pour sa sécurité, car Seth devait veiller sur elle et il avait vu de quoi le garçon était capable, lorsqu’il s’était battu comme un lion pour la protéger. Mais elle l’attendait probablement et contrairement au fils de Naïs, elle ne savait rien de ce qui liait les deux Envoleurs. Et puis, il avait promis de l’emmener à Al-Chen. Il connaissait là-bas une vieille rebouteuse, un peu bizarre mais très gentille, qui accepterait sans doute de s’occuper de la gamine en échange d’un coup de main pour soigner ses patients. Gil soupira et leva les yeux, scrutant les petites étoiles qui tapissaient le ciel nocturne. S’ils partaient maintenant, ils atteindraient la cité avant l’aube….

- Je t’ai fait du mal, dit-il soudain.

Il ne parlait pas des marques qui constellaient désormais le corps de Naïs, jusqu’aux endroits les plus improbables, mais de ce qu’il avait fait un an plus tôt dans l’espoir de les préserver tous les deux.

- Je ne compte pas m’excuser pour autant. Nous avons trop à perdre, Princesse : tu as ton homme cornu (il grimaça légèrement en prononçant ces paroles) et moi, j’ai ma Libertée. J’aime tes enfants. Ils sont vifs, intelligents, courageux, et j’envie celui qui saura les élever correctement… mais ce ne sera pas moi. Je ne peux pas être cet homme. Tu le sais, n’est-ce pas ?

Bien sûr que oui. Sinon, pourquoi l’aurait-elle griffé jusqu’au sang ?
Gil se redressa sur un coude et observa le visage de la jeune femme. Elle était si belle, elle méritait qu’on l’aime sans limites, sans crainte et sans rien attendre en retour.

- Je peux être un frère pour eux. Je le suis déjà, ajouta-t-il en songeant à Seth. S’il te plaît, laisse-moi les voir grandir avec ce regard-là, complice et protecteur. Laisse-moi t’aimer comme ça, Naïs.

Pas facile de lui demander d’être plus proche qu’une sœur, mais moins qu’une amoureuse. Pourtant, son cœur n’était pas lourd : il voyait leur relation sous un jour nouveau. Pas impossible, juste… différente. Fusionnelle, ainsi qu’elle l’avait toujours été et le serait à jamais. Ils étaient liés pour la vie, parce qu’il l’avait fait sienne et parce qu’elle l’avait fait sien, ce soir, au bord du lac. Mais chacun avait son chemin à suivre, un chemin qui se parcourait à deux, mais qu’ils ne feraient pas ensemble. Naïs avait Pan, il avait Libertée. Et c’était très bien ainsi.

- Je suis soulagé de savoir que Samoan ne pourra plus jamais te menacer. Mais je te connais et je sais que tu te jetteras tête la première dans les ennuis dès que j’aurai le dos tourné. Alors je veux que tu me promettes une chose, princesse.

Il la regarda dans les yeux. Elle le voyait avec son cœur, alors il posa la main sous son sein, à l’endroit où il pouvait sentir les petites palpitations.

- Ne t’enfonce pas dans une autre galère sans moi. Même si je suis loin, fais-moi signe, viens me chercher, envoie Atal ou Nwëlla, n’importe quoi… mais laisse-moi t’aider. C’est quelque chose que je ferai toujours. Tu le sais déjà, mais je renouvèle ma promesse. A toi de faire la tienne.

Il se tut et attendit sa réponse.

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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Lun 23 Juin 2014, 09:22

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Alors que je commence à dessiner des arabesques sur le torse de l’Envoleur du bout des doigts pour tromper l’angoisse qui avait littéralement noué un nœud dans ma gorge, la voix de Gil s’élève d’un ton qui me rassure immédiatement, car suggérant subtilement qu’il ne partirait pas – du moins pas maintenant. Pas avant de t’avoir fait l’amour jusqu’au bout de la nuit clame sa voix un demi ton plus aigu que d’ordinaire. Ces deux petits mots ont aussitôt l’effet de raviver cette chaleur dans mon ventre, omniprésente mais indéniablement plus douce depuis que nous nous étions écroulés sur le sable, vidés de toute énergie, épuisés, mais incroyablement bien. Alors que les doigts de l’Envoleurs se perdent dans mes cheveux, la tête nichée au creux de son épaule, je soupire d’aise – alors même que Pan ne quitte pas complètement mes pensées ; où est-il ? Que fait-il ? Est-ce que je lui manque ? Pour autant, je ne regrette en rien ce moment incroyable que nous venons de partager avec Gil – et je récidiverais bien à vrai dire !

Lorsque la voix de Gil s’élève de nouveau, brisant le silence de la nuit fraiche, il me faut de longues secondes pour en comprendre le sens. Lentement, tandis qu’une vague de souvenirs douloureux me submerge un instant, je me redresse sur un coude, une main posée sur son torse délicieusement musclé et le visage tourné vers lui. N’osant rien dire, je me fais écoute totale. Les battements de mon cœur s’emballent doucement au même rythme que ma respiration. Je t’ai fais du mal. Ca, il ne pouvait s’imaginer à quel point et je me surprends un instant à espérer qu’il ait au moins autant souffert que moi, du vide et du manque. Ses paroles glissent sur moi – jamais il n’avait été aussi bavard je crois – et m’enveloppent d’une émotion toute nouvelle que je peine à contenir. Laisse-moi t’aimer comme ça, Naïs. Fermant les yeux très fort je lutte contre ces larmes qui me montent aux yeux. Mais d’un autre côté, la promesse de Pan résonne encore en moi – celle d’un chemin parcouru à deux, mains dans la main, jonché de surprises et d’aventures. J’étais partagée entre le rire et les larmes, l’envie de parcourir des sentiers plus sereins avec Pan et celle de ne jamais partir Gil – car, au fond, bien que je l’ais toujours nié, de le savoir dans les bras de sa marchombre me fait l’effet d’un pincement douloureux dans la poitrine. Les dernières paroles de l’Envoleur restent en suspens dans l’atmosphère tandis que je souris à travers un rideau de larmes. M’essuyant les yeux d’un revers de main, je me racle la gorge quelques secondes, cherchant mes mots.

- « C’est vrai… » commençais-je, hésitante « Tu m’as fais du mal, beaucoup. Mais tu vois, curieusement, je suis incapable de t’en vouloir vraiment alors que j’ai détesté Samoan exactement pour la même raison »

Soupirant un instant, je repose ma main sur le torse de Gil qui se soulève doucement au rythme de sa respiration calme. Et puis, tachant d’ordonner un peu le flot de mes pensées, je pose mes lèvres sur sa peau nue avant de relever le menton, redressée sur un coude et de chercher son regard de mes yeux aveugles.

- « Ca me fait terriblement mal de l’admettre – et c’est peut-être pareil pour toi - mais nous deux, ça n’aurait jamais pu marcher. Peut-être dans une vie où tu n’aurais pas été avec Libertée » continuais-je en grimaçant imperceptiblement à ce nom « et moi avec Pan » ajoutais-je en jouant des doigts dans la barbe naissante de Gil « Ce que je veux dire, je t’ai dans la peau, ça c’est clair, et sans toi pour veiller je ne serais plus vraiment moi, mais Pan m’a offert une vie que je n’osais même pas imaginer possible »

Déglutissant difficilement à cause de l’émotion qui m’empêche presque de respirer, je songe à cette année passée avec l’Envoleur aux cornes. Simple et pourtant pleine d’aventures, de rires et d’insouciance. Parce que grâce à lui, j’avais repris confiance, peu à peu, en l’avenir.

- « Que tu apprennes à connaître Makeno, que tu veilles sur lui comme tu le ferais avec n’importe lequel des enfants de Libertée » parce qu’inévitablement, elle finirait un beau jour par lui annonçait qu’elle attend un enfant de lui « C’est tout ce que je demande. Seth affirme qu’il te ressemble beaucoup »

C’est son portrait craché jurait même Atal, mot pour mot. Qu’il soit un frère, un protecteur pour Makeno – parce que pour Seth, il l’avait toujours été, et ce tout naturellement – suffirait à me combler. Parce qu’un père, il en avait déjà un. Songeant soudain à la promesse de Gil, d’être là, d’affronter des tempêtes pour me retrouver, me tirer d’ennuis monstrueux ou encore juste parler et partager un moment ensembles, je souris d’un air mutin, plissant légèrement le nez – comme si je m’apprêtais à lui jouer un mauvais tour. Me redressant un peu plus, je le toise d’un air de défi, sourire aux lèvres.

- « Et sinon, je risque quoi ? » demandais-je d’un ton presque innocent « Une fessée ? » ajoutais-je encore l’air de rien « Même pas cap ! » le défiais-je en tirant la langue.

La chaleur de sa peau contre la mienne, l’amusement qui me fait sourire bêtement comme une gamine et le brasier qui gonfle doucement dans mon ventre, devenant impérieux, chauffent agréablement ma peau. Baladant mes lèvres sur son torse nu avec langueur, je sens mon désir grimper en flèche en même temps que le sexe de Gil se durcit déjà d’envie à mesure que je trace un sillon de feu du bout de la langue sur sa peau. Suivant les lignes de ses muscles, je descends lentement plus bas, toujours plus bas, mordillant avidement sa peau par endroit. Les battements de mon cœur s’emballent, ma respiration devient de plus en plus saccadée tandis que je joue un instant du bout de la langue avec le sexe de l’Envoleur, tendu de désir. Un instant, seulement, car la minute d’après je l’accueille de nouveau avec un gémissement alors qu’il se fond en moi d’un puissant coup de rein, plus doux et plus lent. Mes pensées perdant toute cohérence, je le laisse mener cette nouvelle danse radicalement différente de celle que nous avions menée quelques heures auparavant. Pas violente, juste passionnée et sauvage. Explosion de sensations. Explosion de sentiments. Un cri de plaisir franchit mes lèvres tandis que nous nous abandonnons plus passionnément encore. Et encore.

* *
*


La nuit avait palie et laissé place à un soleil matinal timide mais généreux. Le souvenir de cette nuit était profondément gravé en moi et le serait à jamais. Les premiers rayons chauffent ma peau agréablement et c’était peut-être bien cela qui m’avait tiré du sommeil léger dans lequel j’avais sombré peu avant l’aube tandis que nous nous étions effondrés l’un contre l’autre, essoufflés, vidés comme après avoir couru un marathon – ce qui était plus ou moins le cas. Ouvrant un œil, je profite un instant encore du contact de ma peau tout contre celle de l’Envoleur, inspirant son odeur. Rechargeant en quelques sortes mes batteries pour longtemps. Souriant toute seule, je dépose une bise légère sur sa joue alors qu’il commence à se réveiller doucement. Puis, me levant silencieusement, je m’avance vers la rive du lac. Je frissonne un instant tandis que l’eau chatouille mes pieds. D’un bond, je plonge dans l’immensité du lac, appréciant la fraicheur de l’eau. Crevant la surface, je ramène mes cheveux en arrière d’un geste tout naturel. Me sentant soudain observée, je me fige et puis souris.

- « Je sais pas toi, mais moi j’ai faim ! De se dépenser comme ça, moi, ça m’a ouvert l’appétit » lançais-je à Gil qui vient à son tour de sortir des limbes du sommeil.

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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Lun 23 Juin 2014, 23:36

Il n’appréciait pas qu’elle le compare à cette ordure de Samoan, mais pendant que Naïs parlait, Gil ne l’interrompit pas un seul instant, les yeux rivés sur elle. Il ne dit rien lorsqu’elle lui parla de Pan, de son extraordinaire capacité à la rendre heureuse, à réussir là où, de toute évidence, il avait échoué. Ne bougea pas lorsqu’elle évoqua Makeno. D’une certaine manière, oui, il était un petit peu son père – biologiquement parlant déjà, mais aussi lorsque son cœur se gonflait d’un étrange sentiment et lorsqu’il se sentait perdre littéralement ses moyens en le regardant. De la même façon qu’il perdait les pédales en posant les yeux sur Naïs. Il les aimait, bon sang qu’il aimait cette famille écorchée par la vie et pourtant lumineuse de bonheur et d’insouciance – d’amour envers les uns et les autres, de complicité unique et si jolie qu’il avait envie de tendre les doigts pour lui toucher le bout des ailes… Et Naïs lui permettait d’en faire partie. A sa façon, c’est-à-dire dans l’ombre, un peu en retrait mais jamais loin non plus. C’était tout ce qu’il voulait. Tout ce qu’il pouvait avoir.

- Et sinon, je risque quoi ? Une fessée ? Même pas cap !

Gil eut un petit rire et pinça légèrement l’arrière-train de l’Envoleuse. Pour la peine. Mais très vite, son air goguenard disparut, remplacé par une expression extrêmement sérieuse, tandis que les lèvres de la jeune femme traçaient une ligne de feu sur son torse. Son regard s’assombrit et il se mit à respirer difficilement. C’était… ça lui faisait… Non. Aucun mot ne semblait pouvoir décrire la magie de cet instant. Alors il ferma les yeux et se laissa aller, doucement, tout doucement, alors que le plaisir, véritable bourrasque d’été, se mettait à souffler en lui. Il hoqueta lorsque, du bout de sa langue, Naïs se mit à jouer avec la partie la plus sensible de son anatomie.

- Enfer, princesse, je… Par tous les sous-vêtements possibles et imaginables de l’Empereur, je ne vais pas tenir très longtemps comme ça !!

Décida-t-elle d’exaucer sa prière, ou bien était-elle arrivée à son point de rupture, elle aussi ? Sans plus attendre, Naïs s’allongea sur lui et le laissa la prendre d’un brusque mouvement des hanches. Son souffle se bloqua dans sa poitrine. Mais les mains, les doigts, les lèvres de la jeune femme, qui allaient et venaient sur sa peau nue au rythme lent, presque tendre, de leur nouvelle danse, le retint un petit moment encore ; il l’entoura de ses bras et la serra très fort contre lui avant d’augmenter imperceptiblement la cadence. Conscient cette fois-ci de toute l’ampleur de cet instant, de toutes les conséquences qui n’allaient pas manquer de suivre. De l’accord qu’ils venaient de signer par leur engagement mutuel, et de ce que cela impliquerait désormais. Mais si c’était la dernière fois qu’il devait la tenir ainsi dans ses bras, alors Gil comptait bien faire en sorte que cette étreinte reste l’un de ses plus beaux souvenirs. Il roula sur elle tout en l’embrassant avec une douceur qui contrastait férocement avec les battements effrénés de son cœur, et ils glissèrent ensemble sur les vagues du plaisir. Les doigts entremêlés et des larmes au fond des yeux.



*



Gil rêvait qu’il dormait nu dans un champ de fleurs blanches et or. Un papillon coloré voletait autour de sa tête et frôla un instant sa joue.

- Mmh…

Il remua – tenta de remuer, mais ses muscles semblaient lourds comme du plomb. Il laissa tomber. Sommeil. Bien… Ce fut un bruit d’éclaboussement qui le réveilla complètement. Il battit des paupières dans la lumière du matin et attendit que sa vision s’accommode avec la réalité avant de s’étirer. Naïs n’était plus là mais, lorsqu’il tendit le bras, il perçut un reste de sa chaleur et son odeur de nuit d’été lui chatouilla un instant les narines. Il se surprit à sourire comme un idiot avant de secouer la tête, sourcils froncés. A quoi tu joues ? Tu as déjà oublié ce qu’il s’est passé cette nuit ? Son humeur s’assombrit d’un seul coup et il se redressa sur un coude pour sonder la surface plane, parfaitement lisse et scintillante, du lac endormi. C’est alors que Naïs refit surface, à quelques mètres de la rive, et ramena ses longs cheveux dans son dos. Bon sang, ce qu’il pouvait aimer ce geste !

- Je ne sais pas toi, mais moi j’ai faim ! De se dépense comme ça, moi, ça m’a ouvert l’appétit.

La seule évocation d’un repas fit gargouiller le ventre de Gil. Il posa distraitement la main sur son abdomen, mais resta allongé, son regard vairon fixé sur elle. Et maintenant ? La raison lui soufflait de partir sans tarder. Il avait déjà suffisamment traîné pour enchaîner deux « boulettes » qui, si jamais Libertée en connaissait un jour les détails, risquaient bien de causer sa perte. Et rester ne donnerait rien de bon – rien d’autre qu’une crampe à l’endroit du cœur. C’était certain. Mais Gil ne pouvait pas encore s’en aller. Pas avant qu’elle ait juré.

- Tu ne m’as pas répondu, hier. J’attends toujours ta promesse.

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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Mar 24 Juin 2014, 06:50

- « Je ne suis pas certaine que Libertée apprécierait vraiment que tu vole à mon secours à chaque fois que j'ai des ennuis... » (glisse une mèche rebelle derrière son oreille) « A vrai dire, je suis même à peu près persuadée qu'elle ne te laissera pas m'approcher à moins de quinze kilomètres dès qu'elle aura deviné ce qu'il s'est passé cette nuit. Parce que te fais pas d'illusion, elle le saura... Nous les femmes, on a un sixième sens pour ce genre de chose »

(S'approche de la rive et arrose Gil avec un sourire amusé)

- « De toute façon, prévenu ou pas, tu t'es toujours débrouillé pour être là au bon moment ! »

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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Mar 24 Juin 2014, 14:26

- C'est mon problème, Naïs. Je suis à peu près sûr que Libertée m'arrachera la tête avec ses dents, c'est quelque chose dont elle est tout à fait capable, mais j'ai moi aussi plus d'un tour dans mon sac...

Je veux juste que tu arrêtes de penser qu'en agissant seule, tu nous préserves tous. C'est faux. Chaque fois qu'il t'arrive quelque chose, on prend tous un sacré coup dans le coeur. Atal, Nwëlla, et même ce crétin de Juhen, on est là pour toi et parce qu'on t'aime. Je ne regrette rien de cette nuit parce que je t'aime, d'accord ? Alors voilà : tu me jures que la prochaine fois, tu entraîneras au moins l'un de nous dans ton sillage, et je te fous la paix. Enfin, je ne te noies pas dans ce fichu lac.

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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Mar 24 Juin 2014, 23:02

- « Je... »

(Elle recule d'un pas puis ses yeux s'agrandissent de surprise)

- « Justement si, Gil... » (croise les bras) « Je veux vous protéger - de moi - parce qu'un jour ou l'autre vous finirez par vous faire blesser, ou pire, tuer ! S'il vous arrivait quelque chose par ma faute, à eux... à toi... J'en mourrai... » (baisse la tête)


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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Mar 24 Juin 2014, 23:10

- Pour ça, c'est un peu trop tard ! Si je me souviens bien, quand on s'est rencontrés, tu m'as entraîné dans tes galères sans me laisser le temps de dire "ouf !"...


Enfin, si j'avais voulu dire quelque chose, ou si je n'avais pas voulu te suivre... je ne l'aurai pas fait. Parce que c'est mon choix, Naïs. Je ne te demande pas de faire cette promesse uniquement parce que je tiens à toi ; t'aider, c'est juste quelque chose que je peux faire. Que je veux faire. Pour une fois que je fais un choix raisonnable, bon sang, respecte-le !


(Il sourit, malicieux)

Et puis, il se trouve que je ne crains pas la douleur. Et je suis très difficile à vaincre, en plus... !

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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Mer 25 Juin 2014, 07:05

- « Par la sainte culotte de l'Empereur, ce que tu peux être borné alors ! » (lève les yeux au ciel et arrose Gil) « Tu ne laissera jamais rien t'empêcher d'être mon ange gardien hein ? »

(Entortille une mèche autour de son doigt tout en réfléchissant pensivement durant de longues secondes)

- « Tu as ma parole... Mais je veux que tu me promettes quelque chose, toi aussi » (se mord la lèvre inférieure) « Disparais plus jamais comme ça, aussi longtemps... parce que... » (retient son souffle un instant) « Parce que j'ai besoin toi dans ma vie, pour être complète et entière, et pas que quand j'ai des ennuis... »

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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Mer 25 Juin 2014, 18:26

Gil ne put s’empêcher de sourire. Borné, lui ? Indéniablement ! Il était un cabochard jusqu’au bout des ongles et ce surnom, né sur les lèvres de Seren, semblait lui coller de mieux en mieux à la peau. Mais il n’en fallait pas moins pour faire entendre raison à cette tête de mule, et lorsqu’elle prononça enfin les paroles qu’il voulait entendre, il ne s’autorisa qu’un bref soupir de victoire. Il avait sa parole et il savait que jamais elle ne la trahirait. Rassuré, il se leva et s’étira encore, grimaçant sous la douleur de quelques courbatures. Cette nuit n’avait pas été de tout repos. Pas besoin de miroir pour deviner qu’il avait sans doute une tête de déterré… Il bâilla à s’en décrocher la mâchoire et haussa les épaules. Il avait connu des insomnies plus désagréables ! Levant les yeux, il observa un moment les couleurs du jour naissant qui dansaient timidement dans le ciel, avant d’entrer doucement dans l’eau fraîche du lac. Les dernières paroles de  Naïs résonnaient dans son esprit. Un ange gardien, lui ? L’idée lui plaisait bien. Quant à sa demande…

- Une promesse pour une promesse, après tout, pourquoi pas… ? marmonna-t-il en s’arrêtant devant la jeune femme.

La fatigue n’altérait en rien la beauté exotique, presque sauvage de ses traits délicats. Avec ses cheveux en bataille et sa mine clairement épuisée, Gil sentit une pointe de jalousie l’effleurer. Mince alors, comment font-elles pour être à ce point si belles et désirables au réveil ? Après une nuit aussi mouvementée ? Un mystère de plus à ajouter dans le sac déjà bien lourd de la gente féminine… Naïs n’était pas seulement belle, elle était lumineuse. Comme si elle rayonnait de l’intérieur, véritable petit soleil vivant dont l’éclat doré scintillait dans les grands yeux de chat. Des yeux qui avaient le pouvoir de rendre un homme complètement fou. Gil réalisa soudain qu’il n’avait pourtant pas succombé à la tentation de ce regard, peut-être parce qu’il avait finalement trouvé son bonheur dans le rose intense des yeux d’une autre femme ; ce qui lui avait plu chez Naïs, dès leur première rencontre, c’était cette flamme vive et pure qu’il voyait brûler en elle et qui ne s’éteignait jamais. Quoi qu’il arrive – et il en était arrivé, des choses ! – elle perdurait, nourrie par une incroyable volonté. Tant que ce feu-là brûlerait, Naïs irait bien. Et Gil se portait garant pour veiller sur cette lumière si jolie et si vitale.

- D’accord princesse, je ne disparaîtrais plus comme un fantôme et lorsque nous nous verrons, ce ne sera pas uniquement pour que je te sauve la vie. Juré, promis !

Il tendit la main et attrapa celle de Naïs pour sceller leur pacte d’une pression franche et assurée. Mais il resserra les doigts autour du poignet de la jeune femme et se pencha en avant pour l’embrasser sur la joue.

- Tu sais, il va falloir surveiller Makeno de près, glissa-t-il dans un murmure amusé. Avec des gènes aussi têtus, il risque fort de n’en faire qu’à sa tête !



*



Ils s’étaient baignés en amis, ignorant l’un et l’autre les émotions contradictoires et pressantes qui les assaillaient ; Gil avait redouté qu’ils en souffrent au point de ne pas pouvoir rester dans l’eau sans être mal à l’aise, mais curieusement, les choses avaient pris un tout autre tour : un nouveau lien s’était créé, plus fort, plus puissant qu’avant, et ils avaient découvert qu’au-delà de l’attirance charnelle, le simple plaisir de la présence de l’autre valait tout. Absolument tout. Et Gil aurait voulu que ces instants s’éternisent, mais il devait retrouver Brindille et s’occuper d’elle. Epuisé, fourbu mais apaisé et souriant, il enfila son pantalon, ses bottes et boucla son ceinturon en silence. Il se demandait si Naïs allait évoquer cette nuit avec Pan. L’évoquerait-il en présence de Libertée ? Il n’était pas certain d’en réchapper vivant mais étrangement, il n’avait pas envie de lui mentir, même s’il s’agissait d’un aveu qui allait lui faire du mal. Quoique blessante, la vérité était le ciment d’une relation et le garant de la confiance entre les deux moitiés d’un couple. Cette certitude pulsait en lui, battement de cœur pour l’heure sage et raisonnable ; c’était toutefois plus facile à dire qu’à faire et il redoutait déjà sa confrontation avec la marchombre…

- Si jamais Pan décide de venir me casser la figure, tu veux bien lui demander d’épargner mon visage ? Tant qu’à faire, si je pouvais éviter de me retrouver défiguré…

Le ton badin qu’il avait employé dissimulait mal son inquiétude, mais alors qu’il hissait son sac sur son épaule, il laissa soudain tomber celui-ci pour attraper Naïs par les épaules.

- Je m’occupe de Libertée et toi, de ton homme cornu, dit-il gravement. Mais quoi qu’il advienne, je veux que tu saches… Je ne regrette rien de cette nuit, Naïs. Ni les actes ni les paroles. Et je suis heureux de t’avoir enfin retrouvée.

Tout doucement, il se pencha et l’embrassa à la commissure des lèvres – là où un ange gardien a le droit d’apposer sa marque. Puis il rangea une mèche sombre derrière son oreille et contempla un instant son visage avant de s’éloigner. S’éloigner seulement, et non pas disparaître. Parce qu’il serait son ombre désormais, parce que ça faisait un peu mal, là, au fond de son cœur, et parce que l’amitié, parfois, peut prendre un bien drôle de visage. Parce qu’il tenait à elle de tout son cœur, et parce que son cœur appartenait déjà à une autre. Parce que cet autre lui manquait affreusement, désespérément, passionnément. Parce qu’il était meilleur frère que père.

Et parce que je t’aime, princesse.
Promis, juré...





[Et voilà, je m'arrête-là ! Bref mais fichtrement intense : ce Rp était juste... woah  gaga Et teeeellement bouleversant ! Mais je pense qu'on a réussi, enfin, à trouver un juste compromis. Qui n'empêchera pas Lib de réduire Gil en pâtée pour chat (voire même moins que ça !), mais qui va nous permettre de nous éclater encore un moment ! Mirki ma belle, te laisse clôturer ça comme il se doit !!]

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MessageSujet: Re: [-16] Libérée, délivrée [Gil]   Sam 28 Juin 2014, 15:22

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

- « Alors ? » s’exclament Seth et Atal en cœur.

D’un pas tranquille, lent et serein, je rejoins mon fils et mon frère qui s’étaient levés d’un bond des marches de pierres sur lesquelles ils devaient surement attendre depuis des heures. Gil était probablement venu chercher Brindille pour continuer sa route jusqu’à Al-Chen mais, apparemment, il n’avait pas dit un mot de ce qu’il s’était passé entre nous cette nuit, ni à Seth, ni à Atal. Et frustrés au possible, je sais très bien que ni l’un ni l’autre n’avait quitté ces marches dans l’espoir de me voir arriver au détour du chemin ; pendant tout ce temps, moi, je m’étais prélassée comme un lézard sur le sable chaud, mon corps nu offert aux rayons d’un soleil d’été. Haussant les épaules, je souris toute seule tandis qu’Atal et Seth trépignent presque autour de moi, impatients de connaître les détails de cette nuit. Attrapant mon fils par les épaules, je lui frotte un instant les cheveux avant qu’il ne se dégage vivement de mon étreinte, hilare.

- « Gil et moi, on a… mis certaines choses au clair » hésitais-je.

Atal eut ce petit ricanement. Moi qui espérais garder les détails de cette nuit – courte, intense et magique – secrets, j’avoue que pour le coup, c’est complètement raté car déjà mon frère désigne mon débardeur à moitié déchiré. Il n’y avait que lui pour me connaître autant, impossible donc de lui faire des cachoteries. Il savait tout avant même que je ne le lui dise – même Ainhoa ne peut pas s’en vanter.

- « Je vois » commence-t-il, d’un ton faussement innocent « Et vous avez pris votre pied au moins ? » demande-t-il, hilare.

Par la sainte culotte de l’Empereur ! Ce n’est pas vrai ! Pour le coup, je ne sais même plus ou me mettre et tandis que Seth éclate de rire, rapidement imité par Atal, je glisse une mèche rebelle derrière mon oreille d’un air boudeur. Avant de leur tirer la langue.

- « Plus que jamais ! » rétorquais-je « Mais je sais maintenant que ce n’est pas avec lui que j’envisage l’avenir – même s’il n’a pas intérêt de disparaître de nouveau comme ça plus d’un an, sinon je le zigouille ! » continuais-je « Pan doit probablement s’être lancé à ma recherche. Je crois qu’il est grand temps de se mettre en route ! » finis-je avec un clin d’œil.
- « Je suis content de te l’entendre dire » souris Atal.
- « Chouette ! Quand est-ce qu’on part ? » demande Seth d’un ton joyeux.
- « Demain, au lever du jour… » annonçais-je

La soirée se déroule dans la bonne humeur et le partage tandis qu’Elma profite une dernière fois de couvrir Makeno de câlins pleins de tendresse. Atal, comme à son habitude, anime la petite tablée de ses récits extraordinaire ; je dois bien reconnaître que sous sa carapace de guerrier redoutable, mon frère est en réalité quelqu’un de tellement attachant, rayonnant de vie et de bonne humeur. Et j’avais toujours pu compter sur lui, en toutes circonstances. Parce qu’il est mon frère, ma chair, mon sang. Mais ce soir, quelqu’un manquait à cette table. Dans mon esprit qui vagabonde distraitement, cette personne prend les traits d’un Envoleur absolument incroyable et aux cornes hors du commun. Pan !

* *
*


- « Revenez nous voir s’il vous arrivait de passer par ici un jour » propose Elma tandis que je me hisse en scelle, Makeno solidement maintenu dans mon dos s’amuse à faire des nœuds monstrueux dans mes cheveux.

Je hoche la tête en silence, la gorge nouée par l’émotion, et laisse Atal promettre à ma place. Sans rien ajouter de plus, je mets ma monture au pas. Cela me paraît étrange de voyager avec un autre cheval qu’Océan mais celui-ci était resté au Domaine alors que Samoan nous avait perdu d’une succession de pas sur le côté non loin de la rive du lac Chen trois semaines plus tôt. Et puis, même si je n’ai pas très envie d’y penser, l’emmener pour de long voyage me serait de plus en plus difficile car, bien que d’une nature très solide, la vieillesse le faisait se fatiguer chaque jour un peu plus. Il avait été mon compagnon de voyage pendant si longtemps que l’idée de le céder à un éleveur pour finir sa vie tranquillement me déchire le cœur. Pirate renâcle un instant, comme pour me signifier que lui aussi ferait un tout aussi bon compagnon de route, ce qui me tire un léger rire. Je flatte un instant l’encolure du magnifique frison qui hennit de plaisir avant de le lancer dans un galop puissant et grisant tandis que la maison d’Elma et sa famille s’éloigne derrière les collines. Le vent s’engouffre dans mes cheveux ce qui fait rire Makeno aux éclats. Ma destination était toute tracée. Et elle portait le nom de cet Envoleur qui m’avait offert ce que jamais je n’avais osé espérer – une famille. Chaque foulée longue et rapide de mon cheval me rapproche un peu plus de Pan.








[Et voilàààààà ! Court et pas terrible pour une fin ! Pour ma défense je n'aime pas - mais alors vraiment, vraiment pas - les fins de rp ! Merci pour ce petit bout de chemin encore parcourus ensemble ! C'était géniaaaaal !  gaga  Intense ! Magnifique ! Bref, Gil et Naïs dans toute leur splendeur quoi xD]

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Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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