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Le Pacte VS L'Ordre
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 When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]

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Naïs Jol
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Citation : Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !
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MessageSujet: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Mer 15 Oct 2014, 12:54

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Quelques jours plus tôt, Fériane



- « Entrez vite » murmure un homme en m’invitant à entrer.

Me frottant les mains l’une contre l’autre pour les réchauffer, je ne me le fais pas dire deux fois et pénètre dans ces couloirs qui me sont presque familiers tandis que le vieux Rêveur referme la lourde porte de bois dans un grincement sinistre. Voilà longtemps qu’il n’avait pas fait aussi froid, si bien que le bout de mes doigts s’en trouve presque réduit à l’état de glaçon. Aux couleurs dont se pare l’automne, l’hiver s’annonçait d’ores et déjà plutôt rude cette année. Dehors, dans la campagne alentour, tous les paysans s’y préparaient comme ils le pouvaient mais ici, à l’abri des murs de la confrérie de Fériane, il règne comme toujours une étrange chaleur. Sans un mot, je suis l’homme qui m’entraîne dans le dédale de pierre.

- « Brrr, quel froid, vous ne trouvez pas ? » demande-t-il d’un ton doux et bienveillant, tentant d’engager un semblant de conversation « Vous êtes là pourquoi déjà ? » ajoute-t-il sans avoir même eu le temps de reprendre sa respiration.  
- « Je dois voir Moryqane Vlanuire, je l’ai prévenu de mon arrivée » répondis-je aussitôt pour rassurer le vieil homme.

Le Rêveur ne cesse de jeter des coups d’œil furtifs dans son dos, peut-être dans l’espoir de percer le mystère de ma tranquille assurance et de ma démarche féline. Ces murs de la confrérie devaient probablement avoir accueilli plus d’une fois d’étranges personnages ; l’homme devait donc avoir ses raisons de se méfier. Par les temps qui courent, nul n’est jamais trop prudent. Au bout de quelques longues minutes, le vieillard finit par s’arrêter devant une porte fermée. Hésitant un instant, il y frappe trois petits coups secs. Presque aussitôt, Moryqane se matérialise sur le seuil, saluant silencieusement son collègue.

- « Naïs, entres » m’invite-t-il sans tarder « Tu as fait bonne route ? » demande le jeune Rêveur en débarrassant précipitamment son bureau.
- « Ça va, oui, même si Makeno voudrait bien pouvoir gambader à sa guise » plaisantais-je avant de redevenir soudainement sérieuse « Tu as eu mon message ? » m’enquis-je, l’air grave.

Une gêne s’installe dans l’air tandis que le jeune homme se racle la gorge, tout en se grattant l’arrière du crâne. Traversant la pièce de long en large plusieurs fois, Moryqane semble chercher ses mots. Il finit toutefois par s’arrêter brusquement et relever la tête pour reprendre son souffle.

- « Oui, je l’ai eu » commence-t-il d’une voix rauque « Tu sais, tu t’inquiètes peut-être pour rien Naïs… » tente-t-il de dédramatiser.
- « Je l’espère, mais je veux savoir si je l’ai ou pas » répliquais-je d’un ton plus dur que je ne l’aurais voulu « Cette maladie a tué ma mère, il faut que je sache… » ajoutais-je dans un murmure qui s’évanouit dans le silence.


Aujourd’hui, Al-Jeit



Mes pieds m’avaient guidée dans ce modeste quartier de la capitale où je n’avais pas mis les pieds depuis au moins dix ans. Pourtant, je me souviens encore parfaitement de chaque coin de rue, des couleurs du marché de la place, des gens – notamment la vieille voisine qui adorait nous gâter de friandises. Cet endroit m’avait vue grandir et renferme aujourd’hui encore de sombres secrets de mon passé. Makeno s’était aussitôt tût lorsque je m’étais figée devant une petite maison qui hante encore mes cauchemars certaines nuits. Ses grands yeux que je sens posés sur moi, brillants d’une intense curiosité, me donnent la force de ne pas m’enfuir en courant. De ne pas céder à cette force destructrice qui menace à chaque instant d’exploser dans mes veines. Secouant la tête toute seule, je prends une grande inspiration avant de machinalement avancer à pas lents. D’une main tremblante, je pousse la grille d’entrée desservant la cours intérieure – exactement là où j’avais l’habitude de garder Océan lorsque je revenais de mes voyages.

Un froid soudain semble s’être abattu sur la maison abandonnée, comme peuplée par les fantômes du passé. Ici, le silence lourd et douloureux me traverse le corps de part en part, me coupant littéralement le souffle au passage. Alors que je me tiens précisément là où mon fils et mes parents avaient été sauvagement tués dix ans auparavant, il me faut plusieurs longues secondes avant de retrouver une respiration normale, jusqu’à ce que la petite voix de Makeno me fasse relever la tête avec un faible sourire.

- « A bobo maman ? » demande-t-il d’une douce innocence.
- « Maman va bien… » le rassurais-je aussitôt en posant une bise sur le haut de son crâne.

Avec une force dont j’ignore même l’origine, je m’aventure dans les escaliers en vis grinçant sinistrement, fragilisé par les années. Tout m’est familier et pourtant étrangement lointain. J’avais l’impression que ma famille allait surgir d’un moment à l’autre au bout du couloir pour me serrer dans leurs bras. Comme autrefois. J’hésite un instant avant de m’aventurer plus loin et retrouver sans mal le bureau interdit de Thiméo – l’homme qui m’avait aimée et élevée, celui que j’appelais encore mon père. Je souris distraitement en constatant que l’odeur n’avait pas beaucoup changé depuis toutes ces années ; une puissante odeur de résine mêlée à une autre, plus lointaine, d’encens, plane dans l’atmosphère. Pénétrant dans cette bulle longtemps demeurée figée et inviolée, j’assoie prudemment Makeno sur le bureau. Gardant une main sur le genou mon fils, je m’accroupie et ouvre les tiroirs un à un, ne trouvant que de vieux parchemins inutilisés, des carnets de compte qui n’ont pas servi depuis dix ans et qui ne serviront plus jamais. A mesure que je vide les tiroirs, la déception grandit ; mon père semble ne m’avoir rien laissé. Aucun indice. Aucune preuve. Aucun souvenir. Rien. Alors que je soupire, résignée, Makeno s’amuse avec une enveloppe, la brandissant presque sous mon nez. Attrapant le papier dans les mains de l’enfant, je souris en effleurant les quatre lettres tracées en relief sur le parchemin. Naïs. Finalement, peut-être aurais-je mes réponses. Soulevant mon fils d’un bras qui eut un hoquet de surprise, je le serre quelques secondes contre moi.

- « Mon petit génie ! » l’embrassais-je.

C’est d’un pas plus serein que je quitte la pièce et redescends les escaliers branlants. Posant Makeno sur ses pieds, qui trop heureux de pouvoir se dégourdir les jambes file comme une flèche vers le salon ouvert sur la cours. Prêtant une oreille attentive à mon fils dans la pièce voisine, je me mords la lèvre inférieure. Mon cœur bat la chamade. Mes mains tremblent tandis que j’ouvre l’enveloppe grossièrement. De savoir la vérité de celui qui m’avait élevée et vu grandir allait probablement changer les choses à jamais. Des vérités que je pensais alors immuables avaient été ébranlées un an et demi plus tôt et si je l’avais d’abord nié, aujourd’hui je ne suis plus certaine de rien. Plus certaine de savoir à qui faire confiance. Ni d’avoir vraiment eu une famille un jour. Pourtant, au fond, je le sais, les mots de Thiméo apaiseraient mes craintes comme il avait toujours su le faire auparavant. Je ne sais trop combien de temps je reste ainsi, assise sur le rebord de la première marche de l’escalier, perdue dans mes pensées et n’osant trop parcourir la lettre du bout des doigts.

Au bout de longues minutes toutefois, l’absence de bruit dans la pièce voisine réveille ma méfiance et me sort de ma bulle. Fronçant les sourcils, je me lève d’un bond gracieux et, posant le parchemin sur la table de la cuisine, poussiéreuse, en trois enjambées j’arrive dans le salon et appelle Makeno d’une voix rauque emplie d’inquiétude. Seul le silence me répond, glacial et mortel. Prenant deux ou trois inspirations profondes pour refluer la panique qui monte lentement en moi, je réfléchis à toute vitesse tout en faisant les cents pas dans la pièce tel une lionne en colère. Un bruit de papier froissé glissant sur le sol avec le vent attire rapidement mon attention, et je plonge en avant pour l’empêcher de s’envoler. Ce qui était inscrit en grandes lettres inclinées me glace le sang alors que je reconnais l’auteur de ces quelques mots. Une gamine désespérée d’avoir perdu son père quelques mois plus tôt. Une gamine criant vengeance. Une gamine qui ignore probablement tout du passé de son père. Serrant les dents, je retiens un hurlement de rage et d’impuissance à la fois.

Un bruit sourd, comme quelque chose que l’on ferait tomber, me fait lever la tête éveillant mes instincts de prédatrice. Je referme mes doigts sur le petit morceau de papier usé. Cela provenait de la cours. Me glissant dans le silence, tel un rêve, je rase les murs. Sortant les griffes, dos au mur, cachée dans l’ombre de l’entrée, je retiens presque ma respiration tandis que l’intrus pénètre plus en avant dans mon monde. Tout se passe alors très vite. En moins de trois secondes, je bondis, plaquant la personne avec force contre le mur froid, prête l’égorger sans le moindre remord. Mais la voix qui s’élève me stoppe tout juste dans mon geste tandis que je reconnais le fameux intrus.  








[Et c'est reparti pour un tour Very Happy]

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I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Mer 15 Oct 2014, 14:25

Levant les yeux vers le soleil, Libertée sourit largement, les deux mains sur son ventre rond.
Oui, rond. Parce qu’il avait déjà commencé à s’arrondir quelques semaines auparavant, et qu’il ne cessait de grandir, grossir, prendre du volume ! Étonnamment, par contre, elle avait cette sensation prenante et réelle d’avoir un ballon uniquement devant le nombril, sans avoir trop élargit sa taille.

Un petit soupir satisfait étira ses lèvres et passa la frontière de sa bouche.
Assise dans un rocking-chair devant la cheminée de la maison qu’elle avait retapée avec Gil, elle se reposait, juste tranquillement. Mais cela faisait trop longtemps qu’elle ne faisait plus rien, et le départ de ses parents, deux jours plus tôt, lui avait donné l’envie de balader. Parce qu’elle ne tenait pas en place, malgré tout ! Sa mère s’était inquiétée pour le bébé, parce que justement la petite marchombre ne s’arrêtait jamais. Mais Libertée se disait qu’elle était bien accrochée, cette petite chose.

Suviyo.

C’était comme cela qu’elle le ressentait, depuis plusieurs semaines également. Depuis que son ventre avait pris du volume, quelques semaines plus tôt, quand son nombril avait basculé hors de sa cavité, créant cette petite boule bizarre à sa place, alors que son ventre tendu l’empêchait de garder sa place.
Leur fille.
Un nouveau sourire étira les lèvres de la marchombre, qui se redressa. Apprivoisant encore son centre de gravité qui ne cessait de changer, la future maman se tint un instant à l’accoudoir de sa chaise pour garder l’équilibre, avant de se diriger vers la cuisine pour se verser un grand verre d’eau.

Et alors que la porte d’entrée s’ouvrait doucement, dans un grincement très léger, elle se tourna vers l’entrée.


- Gil, je veux aller à Al-Jeit.


♥ ♥ ♥


Libertée n’avait aucune envie de se cacher.
Et en même temps, quand elle y réfléchissait, il y avait déjà pas mal de « gens du camp ennemi » qui savaient, pour Gil et elle : Naïs, Pan... Elle n’était pas certaine que Nwëlla sache qu’elle soit marchombre. Mais cela faisait déjà pas mal. Et puis, ce n’était pas comme si Gil n’avait pas été recherché pendant des mois dans les plus grandes villes…

Mais peu importait.
Alors qu’elle arpentait les rues de la capitale de l’empire, une main dans celle de l’envoleur et une autre sur le sommet de son ventre, elle se sentait parfaitement à sa place. Juste avec ses doigts entrelacés à ceux de Gil, rien que cette sensation, et la sensation du poids de son ventre, le fait qu’il soit juste là…

Elle tourna dans une ruelle, fronça le nez, et s’arrêta un instant.
Tournant son regard pour trouver celui de Gil, elle lui dit dans un murmure :


- J’ai l’impression qu’il y a un truc bizarre par ici…

En levant les yeux, elle vit une silhouette courir de l’autre côté de la rue avant de disparaître dans les ombres. La journée était bien entamée, mais le soleil encore haut ! Fronçant les sourcils, Libertée s’avança en lâchant la main de l’envoleur, pour s’avancer lentement dans une petite cour fermée.

Elle sentait clairement qu’il y avait quelque chose, tout son corps le lui disait, et elle posa ses deux mains sur son ventre, redressant légèrement ses cheveux, prête à toute éventualité…
En effet, dès qu’elle posa un pied dans la cour, on la plaqua violemment contre le mur, elle amortit le choc comme elle le pouvait, les deux bras sur son ventre, une mèche saisissant un cou vivement. La douleur naquit juste sous son estomac pour se propager comme une flèche de douleur le long de son nombril et dans le bras de son dos, lui tirant un petit son plaintif.


- Ouch.. !

Et puis, son regard croisa celui de son attaquant. Attaquante. Doré.

- Naïs ? C’est Lib… Gil ?


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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Mer 15 Oct 2014, 18:48

[En effet, ça démarre fort ! Pan n'a plus qu'à flanquer un grand coup de cornes dans tout ça et on sera (re)partis pour un tour... Enjoy, les amis !]



La corde se détendit et la flèche siffla brièvement avant de toucher sa cible. Un éclat satisfait traversa le regard bicolore de Gil. Il dégagea son front des mèches sombres qui avaient glissé à cause de son mouvement, puis il passa son arc en bandoulière sur son épaule et jaillit des fourrés pour trottiner jusqu’à sa proie. C’était un jeune daim qui n’avait pas encore son pelage d’adulte mais qui était suffisamment gros pour assurer le repas de toute une semaine. Lib va être contente, songea-t-il dans un sourire tout en extrayant sa flèche du cou de l’animal. Plus les jours passaient et plus l’appétit de sa petite Marchombre était féroce. Il rivalisait désormais avec le sien ! Voilà pourquoi il s’était éclipsé de la chaleur du lit et la douceur des bras de sa compagne à l’aube, résistant contre l’envie de la regarder s’éveiller – un truc de fille qu’il s’était curieusement approprié… et dont il pouvait difficilement se passer. La perspective de ramener du gibier à la maison l’avait tenu en alerte toute la matinée, sa volonté d’acier compensant les sautes d’humeur ou d’impatience, et il avait filé ce daim jusqu’à saisir sa chance. Une seule flèche avait suffi, mais le soleil était déjà haut lorsqu’il hissa sa prise sur le dos de Chante-Brume. Il était temps de rentrer.

L’endroit où Liberté et lui s’étaient installés avait l’immense privilège d’être paisible. Enfin, excepté à la tombée du jour, lorsque les grenouilles entamaient leur joyeux concert de croassements endiablés, mais c’était une mélodie à laquelle ils s’étaient habitués. Al-Chen était à une heure de galop et comme aucun voyageur n’aurait la drôle d’idée de traverser le marais, ils étaient aussi tranquilles qu’ils pouvaient l’imaginer. Cela étant, il était difficile de trouver autre chose que des grenouilles et des anguilles dans le marais. Il fallait gagner la forêt pour débusquer du gibier ou bien faire le voyage jusqu’à Al-Chen afin de faire le plein de vivres. Une balade qui n’était contraignante ni pour elle, ni pour lui, mais ces derniers temps Gil partait chasser seul de plus en plus souvent. Loin d’être totalement impotente, Libertée s’épuisait plus rapidement qu’auparavant, et depuis que son ventre s’arrondissait, Gil devenait inquiet. Il craignait qu’elle se blesse, qu’elle trébuche sur une racine ou se fasse charger par un sanglier, et même s’il avait conscience de sa résistance, bien plus évidente qu’aucune autre femme, il ne pouvait s’empêcher de redouter le pire. Bien sûr, il veillait à ne pas laisser entrevoir cette inquiétude, parce que si jamais elle s’en rendait compte, il ne donnait pas cher de sa peau…

Un sourire mi-figue, mi-raisin sur les lèvres, Gil fixa le daim à la selle de sa jument puis grimpa à son tour, d’un bond souple et élégant, avant d’émettre un claquement de langue. Chante-Brume réagit immédiatement et se mit en route au petit trot, traversant le bois encore tout humide de la dernière averse et parfumé de champignons. Il y en avait dans la besace de l’Envoleur, qui se balançait en rythme contre sa hanche. Libertée allait pouvoir inventer une nouvelle recette. Ses talents de cuisinière étaient parfois effrayants mais lorsqu’elle bataillait avec un plat, Gil la trouvait toujours incroyablement craquante. Et bigrement excitante. Galvanisé par cette idée, il lança Chante-Brume au galop à travers le marais, se jouant des crevasses d’eau dissimulées par les hautes herbes ; il était tombé très souvent au début, plongeant parfois complètement dans l’eau verte sous le regard moqueur de Libertée, puis il avait appris à se déplacer sans se perdre et à reconnaître les passerelles de terre ferme, là où il pouvait passer sans crainte. Et lorsque la petite maison biscornue, retapée à la sueur de leur front et au gré de leurs envies, apparut dans un rayon de soleil, nichée dans un écrin de toutes les teintes de vert possibles et imaginables, une légère volute de fumée s’échappant de la cheminée, Gil se sentit parfaitement à sa place.

Il arrêta Chante-Brume devant l’enclos qu’il lui avait construit et sauta à terre, mais là encore, il lui fallut résister à l’envie de se précipiter à l’intérieur de la maison pour rejoindre sa compagne. Il déchargea la jument, laquelle se fit un malin plaisir de lui asséner un coup de queue en plein visage, et à ce signal, rituel inviolable et précieux, Gil commença à l’asticoter. Un quart d’heure plus tard, essoufflé comme s’il avait couru pendant des heures, il observait la taquine demoiselle, perché sur le portail de l’enclos ; elle caracolait joyeusement sous ses yeux, se donnant en spectacle parce qu’elle le savait bon public, et il finit par l’apaiser en lui offrant une pomme dans laquelle il avait croqué une bouchée. Cette complicité unique était nouvelle pour lui comme pour elle ; Gil se demandait encore comment il avait fait pour s’attacher aussi vite à cette jument. Il la repoussa en grognant pour donner le change, mais Chante-Brume n’était pas dupe et son hennissement résonna dans l’air comme un rire moqueur tandis que l’Envoleur posait la main sur la poignée de la porte.

Il l’ouvrit doucement, désormais attentif, cherchant à percevoir l’imperceptible – un souffle, un froissement de tissu, murmure de la vie qui l’attendait chez lui ; ce fut la voix de Libertée, piquée de ce ton toujours un peu frondeur, qui l’accueillit.

- Gil, je veux aller à Al-Jeit.

Elle avait cette façon de prononcer son nom qui déclenchait en lui toutes sortes de choses étonnantes. Un fourmillement d’émotions qui illuminaient son regard et dessinaient un sourire sur ses lèvres. Gil referma la porte dans son dos et s’appuya contre le battant. Ses yeux s’étaient posés sur la jeune femme qui se tenait sur le seuil de la cuisine, un verre d’eau à la main, l’autre posée sur le renflement de son ventre. Wahou, s’entendit-il penser avant de se racler la gorge afin d’éviter que sa voix ne parte immédiatement en vrille.

- Al-Jeit…

Tout autre que lui aurait pu être décontenancé, surpris par cette curieuse demande – ce vœux formulé avec assurance, mais Gil avait appris à vivre avec cette dose d’imprévus qui émaillaient désormais son quotidien. Libertée n’était pas une femme très… linéaire. Tout en elle était mouvement, bouillonnement, énergie pure ; elle pouvait très bien lire paisiblement un roman, lovée contre lui dans leur fauteuil préféré, et bondit la minute suivante, soudain pressée d’aller courir dans la lande comme un feu follet à la nuit tombée. Il lui semblait d’ailleurs que plus le temps passait, plus la marchombre avait besoin de bouger, comme si elle avait peur de l’immobilité. Gil baissa les yeux sur le ventre rond qui abritait le petit haricot. Cet enfant allait-il hériter de la vivacité de sa mère ? Mieux valait qu’il muscle son endurance, au cas où… Puis le regard de Gil remonta vers le visage de la jeune femme, glissant sur la courbe de sa mâchoire, l’ourlet satiné de ses lèvres, le dessin subtil de son nez, jusqu’à plonger dans le rose incroyable de ses yeux. Noyé, vaincu, il réussit à lui décocher un sourire ravageur avant de se décoller de la porte pour avancer tout doucement dans sa direction.

- D’accord, allons-y ! mais avant, j’ai quelque chose d’extrêmement important à faire...

Sensible à la lumière qui naquit dans les yeux de la marchombre, Gil sentit les battements de son cœur changer de rythme. Cadence fiévreuse qui résonna joyeusement à ses oreilles au moment où il attrapa Libertée dans ses bras et la fit pivoter pour la soulever et la conduire dans leur chambre.

Ne jamais se soustraire à une exigence sexuelle.



*



Il s’était méfié dès qu’il avait sentit Libertée se raidir contre lui. Leurs échanges se passaient aisément de mots, puisqu’ils se comprenaient d’un seul regard, et les paroles qu’elle laissa échapper témoignaient davantage d’une réflexion personnelle que d’un avertissement ; lorsque la marchombre lui lâcha la main, Gil écarta les doigts et projeta son attention autour d’eux, prêt à utiliser sa greffe au moindre problème. Ils étaient à Al-Jeit, capitale de l’Empire et des ennuis ; pour y avoir croisé la plupart des siens ici, Gil était paré à toute éventualité. Libertée aussi. C’est la raison pour laquelle elle pénétra dans la petite cour sur ses gardes, et peut-être cette prudence lui sauva-t-elle la vie au moment où une ombre jaillit brusquement pour la plaquer violemment contre le mur. Déjà les redoutables cheveux de la jeune femme étaient passés à l’action, liens plus solides que l’acier s’enroulant autour d’un cou gracile et commençant à serrer, serrer pour menacer, serrer pour se protéger…

- Ouch… Naïs ? C’est Lib… Gil ?

Il avait réagi avant même d’entendre le grognement de douleur de Libertée. On aurait dit que tout son être s’était mué en machine de guerre prête à tuer quiconque oserait faire du mal à la femme qui portait son enfant. Son bras s’était levé, sa main avait à peine tressauté lorsqu’une aiguille de métal, longue, fine, infiniment pointue avait jailli de son poignet pour glisser le long d’une joue et tracer une ligne de feu vermeille sur une peau caramel. La seconde suivante, à l’instant où Libertée reconnaissait son agresseur, il écartait celui-ci d’un geste puissant et le plaquait à son tour contre la pierre froide du mur, son avant-bras pressé contre une gorge déjà ceinte par les cheveux de la marchombre. Alors, Gil se figea, son regard prisonnier de celui, aveugle et doré, de Naïs.

Temps mort.


*


Tu l’aime, tu la désires, qu’est-ce qui va t’empêcher de recommencer, au fond ?

Choc.

Pourquoi t’es allé voir Naïs d’abord ? Pourquoi t’as fait ça ? Tu n’as pas pensé à moi ?
Vacillement.

Je suis prêt à faire le grand saut. Prêt à voir grandir ce petit haricot.

Rétablissement.

Je t’aime, Lib… je t’aime vraiment.

Equilibre.
Total.


*


Gil plissa les yeux et relâcha sa prise.
Légèrement.

- Qu’est-ce que tu fais ici ? murmura-t-il à l’attention de Naïs.

C’était elle, c’était bien elle, mais elle avait attaqué Libertée, quelque chose que désormais Gil ne permettait pas. Pas de la part d’une Envoleuse.

Ni même de la part d’une amie.

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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Dim 19 Oct 2014, 22:59

(Désolée pour la qualité moyenne et les possibles fautes... J'étais tellement impatiente de répondre que je l'ai fait depuis mon téléphone ! XD)

Le soleil se levait lentement sur le Domaine. Pan observait l'astre de feu jaillir dans le ciel et ne pouvait s'empêcher de penser à Naïs. La jeune femme était partie un matin en lui disant qu'elle avait un groupe d'apprentis à prendre en charge, qu'elle le reverrait le soir... Sauf que quelques jours plus tard elle attrapait encore des ennuis à pleines mains - comme à son habitude !
Si elle s'était contentée de retrouver Samoan, cela aurait été, mais cette fiente de raï avait réussi à la blesser, à s'enfuir, à tromper les mentaïs... Avant d'enfin essayer de repiéger Naïs.

Heureusement l'Envoleuse avait réussi à s'en tirer... Certes elle avait eu des séquelles, notamment une perte de mémoire momentanée. Ah, et sans doute des petits écarts.

Mais cela, Pan n'en tenait pas rigueur. Non pas qu'il ne soit pas sensible à l'infidélité, mais simplement pour lui ce n'était pas quelque chose d'impardonnable - et il était incapable d'en vouloir à la belle Envoleuse. Il avait été élevé dans l'idée que les femmes étaient libres et avaient besoin de plaire. Pour certaines, cela tenait simplement du flirt et du charme, pour d'autres cela allait jusqu'à s'assurer qu'elles pouvaient mettre réellement un homme dans leur lit, et pour d'autres encore c'était simplement suivre les pulsions de leur corps. Inutile de leur en vouloir, c'était dans leur nature. Comme à tous les autres... Mais si ce concept semblait avoir du sens pour Pan vis-à-vis de Naïs, parce tout ce qu'il souhaitait c'était la voir heureuse, fière, épanouie, il n'appliquait cependant pas ce principe pour d'autres qui aimaient faire du mal et torturer les autres...

Un soupir passa les lèvres de l'Envoleur. Il avait appris par hasard quelques heures plus tôt que Naïs voulait rejoindre Al-Jeit, et sa résolution était prise : il allait la rejoindre.
Descendant des toits, l'homme passa dans les écuries pour récupérer une nouvelle fois la jument de trait qui y était depuis longtemps. Elle y avait été laissée par sa précédente propriétaire, de ce qu'il en savait, et répondait au nom peu gracieux de 'Grosse'.

$$

Arrivé dans la capitale de l'Empire, Pan posa sa monture aux écuries avant de s'enfoncer dans les rues bondées. Il faisait jour et le marché battait son plein.

Alors qu'il cherchait aussi bien avec ses yeux qu'avec son instinct la gracile silhouette de Naïs, Pan repéra deux silhouettes familières qui tournaient dans une petite rue adjacente.
Fronçant les sourcils, l'Envoleur s'engagea un peu par hasard, écoutant plutôt son instinct que sa raison, et reconnut les silhouettes une fois de dos : clairement, la jeune femme aux cheveux blonds si longs était Libertée et l'homme à ses cotes... Gil !
Sentant monter une bouffée de colère jaillie d'il ne savait où, Pan prit plusieurs inspirations pour se calmer.

Il les observa alors, main dans la main, semblant filer le parfait amour... Jusqu'à ce que Libertée se tourne légèrement et qu'il puisse clairement voir le renflement de son ventre. Alors, comme par magie, sa colère s'évapora et il ne pût s'empêcher de s'attendrir devant ce tableau...

Mais la jeune femme lâcha la main de Gil quelques secondes plus tard, et passa un portail. Au vu de la réaction de Gil - protecteur, féroce, déterminé - Pan s'avança rapidement et sortit de l'ombre pour tomber...
Nez-à-nez avec Naïs, menaçant Libertée, mais menacée par Gil.

- Qu’est-ce que tu fais ici ?

L'homme cornu déboula, ses deux poings fermés sur les hanches, menton rentré et donc cornes présentées par leur bout perçant. Il était véritablement soulagé d'avoir trouvé Naïs, heureux de pouvoir la contempler... Mais il en serait d'autant plus reconnaissant si elle pouvait rester en un seul morceau.

- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? lança-t-il de sa voix grave et tonitruante.

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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Mar 21 Oct 2014, 00:34

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Libertée !

Par la sainte culotte de l’Empereur, c’est bien elle. Et enceinte jusqu’au cou selon toute vraisemblance ! Alors que je desserre lentement ma prise sur son cou tout frêle, il me faut bien quelques secondes pour me ressaisir et ordonner à nouveau mes pensées de façon cohérente. Juste le temps pour me retrouver percutée de plein fouet et plaquée contre le mur opposé par une force inouïe. Gil ! Mon cœur rate un battement alors que je reconnais le son si familier de sa voix. Son murmure se teinte à la fois d’étonnement et de méfiance tandis qu’il desserre légèrement sa prise. Juste assez pour que, après l’avoir toisé en silence durant quelques secondes qui me paraissent durer une éternité, je puisse échapper à ses doigts et me glisser sous sa garde. Reculant de trois pas, tous mes muscles restent toutefois bandés et je suis prête à réagir si l’un ou l’autre vient à tenter de m’approcher. Mes veines en ébullition semblent sur le point d’exploser littéralement. Une véritable tempête s’est déclenchée dans mon corps tout entier, menaçant de tout dévaster sur son passage. Gil avait ce don pour débarquer toujours à des moments où j’avais de nouveau des emmerdes et Libertée celui de se mêler de ce qui ne la regardait pas. L’or de mon regard s’enflamme presque tandis que je serre les poings.

- « Je vous retourne la question vous deux ! » répliquais-je à la question de l’Envoleur d’un air frondeur « Vous avez rien à faire ici, vous feriez mieux de partir ! » ajoutais-je d’une voix vibrante.

Tournant le dos à la marchombre et à l’Envoleur, je referme un peu plus mes doigts sur le parchemin laissé par celui qui venait d’enlever Makeno. Mais qu’est-ce qu’ils attendent donc pour partir et me laisser seule ? De toute façon, même s’il savait, Gil n’accepterait sûrement pas d’embarquer sa petite Libertée dans une situation aussi dangereuse et l’entraînerait aussi loin que possible de ce lieu maudit. C’est même certainement la décision la plus sage qui puisse étant donné l’état de la marchombre, non ? Et puis n’avait-il pas dit lui-même qu’il ne voulait pas être le père de Makeno ? Qu’il ne pouvait pas ? Mais par tous les enfers, que lui fallait-il pour comprendre le message ? Les bras croisés sur ma poitrine, je réfléchis à toute vitesse, murée dans le silence.

Soudain, une voix incroyablement familière me fait relever la tête tandis que je pivote sur moi-même lentement. Pan ! Me mordant la lèvre inférieure jusqu’au sang, je retiens ma respiration durant un long moment pour tenter de juguler l’émotion, mêlée à l’angoisse, qui s’étaient logées en boule dans ma gorge. Je lâche finalement un soupir de soulagement, simplement heureuse de le savoir là, à mes côtés. Toutefois, je me retiens de toutes mes forces de me jeter dans ses bras ; il ne faut surtout pas que je craque, je dois garder les idées claires. Massant un instant mes tempes entre mes mains, je ramène une mèche rebelle derrière mon oreille d’un geste qui me confère un charme fou. Telle une lionne en colère je commence alors à faire le cent pas à travers la pièce et je peux clairement sentir l’inquiétude et la tension monter d’un cran. Les deux Envoleurs me connaissent trop bien pour leur cacher que quelque chose ne tourne pas rond. La rage et l’impuissance pulsent profondément en moi et tourner en rond dans cette pièce ne résoudrait rien. La fille de Samoan, rongée par le chagrin, n’en veut qu’à moi. Pas à Pan. Pas à Gil. Encore moins à Libertée. Juste à moi. De rage, je m’en prends alors au miroir poussiéreux, qui ornait sobrement notre salon autrefois, le brisant en mille éclats d’un formidable coup de poing.

- « Man’ ! » s’écrit soudain la voix de Seth qui arrive en trottinant à hauteur de Pan « Ça va ? » s’inquiète-t-il tandis que je relève vivement la tête.
- « On vient de se frotter à quelques mercenaires, on voulait juste s’assurer que… » commence Atal, qui arrive à son tour d’un pas tranquille, avant de s’interrompre soudain « Qu’est-ce qu’il se passe ? » s’enquit mon frère.

Presque vidée, je laisse tomber au sol le petit morceau de parchemin usé et me rattrape au mur pour ne pas vaciller. Au moins, Seth n’avait rien, ne risque rien. Mais la vie de Makeno reste menacée et je ne peux contenir ma détresse plus longtemps.

- « Makeno vient d’être enlevé » murmurais-je d’une voix éraillée « J’étais là, juste là, à côté » continuais-je, tremblante « Ça s’est produit juste sous mon nez… »

Dans le silence qui vient de s’abattre, je m’adosse doucement au mur et me laisse glisser au milieu des éclats de verre. Perdue. Vélane n’en voulait à personne d’autre que moi. Les quelques mots griffonnés rapidement sur le parchemin résonnent en boucle dans ma tête. Sa vie pour la tienne. Tu as 72 heures ! Instinctivement, je remonte mes genoux contre ma poitrine et enfoui ma tête dans le creux de mes bras pour cacher ces larmes silencieuses qui coulent le long de mes joues. Trop, c’était trop ! Je suis au bord de l’implosion. Comme si toute la souffrance accumulée entre ces murs, et trop peu exprimée, remonte avec une rare violence. Et dire que j’étais simplement venue en quête de réponses !

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Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Mar 21 Oct 2014, 12:00

Gil était loin d’avoir oublié de quoi Naïs était capable. Au contraire, il la connaissait mieux que personne et, lorsqu’elle se glissa souplement sous son bras, il ne tenta pas de la retenir. Mais la colère durcissait ses traits et dès que l’Envoleuse fut hors de sa portée, il se détourna d’elle pour s’occuper de Libertée. Instinctivement, il posa sa main gauche à la base de sa nuque, à l’endroit précis qui l’apaisait toujours, et sa main droite prit sa place sur son ventre rond. Il ne lui posa aucune question. Il y avait bien longtemps qu’ils se passaient de mots pour dialoguer, tous les deux. Mais ses yeux exprimaient toute l’inquiétude qu’il avait ressentie au moment où une grimace de douleur s’était dessinée sur le visage habituellement serein de la marchombre. Le ton mordant de Naïs s’éleva dans son dos tandis qu’il appuyait son front contre celui de sa compagne.

- Je vous retourne la question vous deux ! Vous avez rien à faire ici, vous feriez mieux de partir !

Gil prit une profonde inspiration et sa mâchoire se contracta tandis qu’il s’efforçait de juguler sa colère. Déjà ses doigts s’entremêlaient à ceux de Libertée et il était prêt à l’entraîner ailleurs, n’importe où mais loin d’ici ; et puis son tempérament de feu refit surface, et Gil se tourna vers Naïs, bien décidé à lui faire connaître le fond de sa pensée. Rien à faire ici, vraiment ? C’était ridicule ! Il ouvrit la bouche, fermement décidé à remettre cette petite peste à sa place, lorsqu’un déplacement d’air lui fit tourner la tête. Ce qu’il vit lui coupa net le sifflet. Et la respiration. Et peut-être qu’il pâlit légèrement, aussi. Et merde… Il se raidit et fit un pas sur le côté, rien qu’un pas, mouvement imperceptible qui le plaça devant Libertée, puis il ferma les yeux et remercia en silence son cher ami le hasard qui se débrouillait toujours aussi bien pour le fourrer bien profond dans les ennuis.

- Qu’est-ce qu’il se passe ici ?

Il y avait longtemps qu’il n’avait pas entendu cette voix, grave et puissante. Gil choisit de garder les yeux fermés encore un petit moment. Il n’avait pas envie de loucher sur les cornes, excroissances improbables et extraordinairement dangereuses, de l’homme qui avait au moins trois bonnes raisons de l’embrocher sans aucun état d’âme. Une petite voix lui souffla que Pan n’était pas ce genre de personne-là, mais il s’efforça d’ignorer ce qu’il prenait pour un espoir de fou. En fait, il se mettait à la place de Pan et tout lui paraissait incroyablement limpide : t’as couché avec ma nana ? D’accord, pas de problème. Laisse-moi t’éventrer et on sera quittes ! Gil n’avait aucun moyen de deviner les pensées de l’Envoleur, mais ça devait ressembler à quelque chose de ce goût-là, non ? Pourtant, c’est un silence pesant qui s’installa autour de lui, le forçant à entrouvrir les paupières pour jauger la situation. Naïs était rentrée dans la maison et tournait en rond dans le salon, comme une panthère enragée qui chercherait le meilleur moyen de s’échapper de sa cage. Pourquoi lui donnait-elle l’impression d’être enfermée dans une cage ? Surpris, Gil ouvrit grand les yeux et oublia momentanément Pan et ses cornes pour se concentrer sur Naïs. Quelque chose clochait, il commençait à le réaliser, quelque chose de terrible et qui lui échappait totalement. Il en eut la confirmation lorsque son amie  fracasse de son poing le miroir finement ouvragé qui reflétait toute sa détresse.

Seth arriva à l’instant où une pluie de verre étincelant s’éparpillait sur la commode et le tapis qui couvrait les dalles du sol. En le voyant, Gil eut l’impression de prendre dix ans dans la figure, tant le garçon avait changé. Sa voix était rauque, vacillante à cause de son timbre neuf et de l’inquiétude qui se lisait dans ses grands yeux pailletés d’or ; il avait pris en muscle, en carrure et en assurance, et lorsqu’il se précipita vers sa mère, Gil vit s’envoler définitivement le petit garçon qu’il avait rencontré quelques années plus tôt. Mais alors, si Seth était ici… Tournant la tête, Gil sourit intérieurement en voyant Atal s’approcher d’eux avec la tranquillité qui le caractérisait si bien. Plus jeune que Naïs, il possédait cette même beauté sauvage, mélange de la délicatesse des traits et des nuances de sa peau, mais c’était son neveu qui lui ressemblait de manière frappante. Atal sourit en découvrant Gil, Libertée et Pan, puis son expression s’assombrit lorsqu’il vit Naïs au milieu des débris de verre.

- Qu’est-ce qu’il se passe ?

Il avait posé la même question que Pan, et comme Gil se la posait aussi, il pivota pour regarder l’Envoleuse. Qu’est-ce qui ne va pas, Princesse ? A cet instant-là, Naïs vacilla et se rattrapa d’extrême justesse à la commode. Gil avait déjà amorcé le geste de la rejoindre, mais Seth était plus près ; il posa la main sur l’épaule de sa mère et attendit, le visage crispé par l’anxiété, qu’elle daigne enfin leur expliquer à quoi rimait toute cette histoire. Gil, lui, comprit juste avant qu’elle prenne la parole d’une voix tremblante. Il avait enfin mis le doigt sur ce qui clochait depuis le début. En parcourant la pièce du regard, il avait réalisé qu’il manquait quelque chose – non, quelqu’un.

Makeno n’était pas là.

- Makeno vient d’être enlevé. J’étais là, juste là, à côté… Ça s’est produit juste sous mon nez…

Gil ferma les yeux à nouveau. Mais cette fois-ci, ce n’était pas à cause de la honte ; un souffle de peur se répandit lentement dans ses veine, glacial, mortel, et le fit frémir au moment de se refermer comme un poing d’acier sur son cœur. Makeno. Enlevé. Il n’y a pas si longtemps, cette nouvelle aurait touché une corde sensible en lui, qui se défiait pourtant d’éprouver des sentiments pour un enfant, quand bien même il s’agissait du sien ; à présent qu’il surveillait jour après jour, minute après minute le ventre de Libertée, essayant d’imaginer le petit haricot qui grandissait tranquillement à l’intérieur, c’était comme si tout son être avait changé. Un instinct qu’il croyait inexistant s’était éveillé, le plus beau et le plus puissant de tous les instincts, et à la vague d’angoisse qui l’avait envahi répondit une véritable tempête de feu. Alors que le regard de tous s’était assombri à cette affreuse nouvelle, celui de Gil étincela, sauvage, dangereux.

Meurtrier.

Sans lâcher la main de Libertée, il fit un pas en avant et se baissa pour ramasser la boulette de papier que Naïs avait froissé dans sa main avant de le laisser échapper. Jetés avec froideur sur le grain, les quelques mots adressés à l’Envoleuse se fichèrent dans le cœur de Gil aussi sûrement que des pics de glace. Sa vie pour la tienne. Tu as 72 heures ! Naïs étouffa un sanglot dans ses bras. Incapable de tenir en place, Seth se précipita dans la cour, puis dans les pièces voisines à la recherche de son petit frère. Atal subtilisa le papier des doigts de Gil, le parcouru rapidement des yeux et se passa une main sur le visage, visiblement harassé. Sa lassitude était compréhensible : voilà des années qu’on se prenait à sa famille, à sa sœur et à ses neveux. A croire qu’il ne leur serait jamais possible de vivre en paix… Pan, quant à lui, restait étrangement silencieux. Depuis le début, il était catapulté dans toutes ces histoires jonchées de drames et de dangers, lui qui était tombé amoureux d’une femme dont les enfants n’étaient pas de lui. Comment allait-il réagir ? Il demeurait difficile à cerner, même pour Gil. Surtout pour Gil.

L’Envoleur baissa les yeux et croisa le regard rose de Libertée. Elle non plus ne disait pas grand-chose. Sa situation était au moins aussi délicate que celle de Pan. Ironie du sort, ces deux-là se ressemblaient beaucoup alors qu’ils appartenaient chacun à un camp foncièrement opposé. Mais Gil savait que c’était encore bien plus compliqué que cela. Il était certain que la détresse qu’il ressentait, elle la ressentait aussi, pour la simple et bonne raison qu’elle attendait un enfant, leur enfant, et qu’aucun parent au monde serait insensible à un acte aussi violent qu’un enlèvement. Mais Gil savait aussi que sa décision allait peut-être la heurter.

- Je dois le retrouver, murmura-t-il.

Et je dois empêcher Naïs de donner sa vie pour celle de son fils. C’était hors de question ! Même si pour cela, il devait risquer la sienne. Posant les mains sur le ventre de Libertée, Gil planta son regard dans le sien et attendit.

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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Mer 22 Oct 2014, 22:33

Libertée, surprise, resserra imperceptiblement ses cheveux autour du cou de Naïs. Prête à se défendre même si Gil n'intervenait pas... Parce que, malgré tout, c'était Naïs et si elle avait compris - en tout cas Gil le lui avait dit - que l'envoleur avait choisi sa vie et la femme avec laquelle il voulait la passer, elle savait aussi qu'il n'avait pas revu Naïs depuis qu'ils s'étaient retrouvés, à Al-Chen. Comment allait-il réagir ? Allait-il vraiment agir en fait ? Parce que malgré tout, et même si elle le cernait un peu plus, il restait un peu... Imprévisible.

Elle sentit clairement la prise de Naïs se desserrer, et poussa un petit soupir alors que l'envoleuse la reconnaissait.
Cela sembla la surprendre, mais alors que Libertée comptait sur cet instant de stupeur pour se dégager complètement de l'emprise de l'envoleuse, Gil agit.
Elle avait eu l'impression qu'il avait mis une éternité... Même si cela n'avait pris qu'une seconde, peut être deux... Un léger soupir s'échappa de sa gorge quand Naïs fut séparée d'elle. Et malgré elle un sourire étira ses lèvres quand elle vit que Gil avait bloqué l'envoleuse. * Et toc ! *
Ce sentiment s'évapora bien vite cependant quand l'envoleur revint vers elle dans des gestes tendres et rassurants. Une caresse, un échange de regards, elle sentit et compris bien au delà des mots ce qui la liait désormais à l'homme. Ils n'avaient plus forcément besoin de mots pour communiquer ou se comprendre, mais la petite marchombre restait une pipelette. Et surtout, elle se rendit compte que si pendant des mois elle avait vécu avec, elle n'avait pas pardonné à Gil son écart. Jusqu'à cet instant. Elle se sentait désormais prête à le pardonner, et cette évidence lui sauta à la figure littéralement.

Et alors que Libertée allait rétorquer une phrase presque venimeuse à Naïs pour la remettre à sa place - parce qu'ils avaient autant le droit d'être là qu'elle, et puis que ça ne la regardait pas non plus ce qu'ils faisaient ! Pourquoi elle s'énervait comme ça bordel ? Et puis c'était SON Gil - une voix grave et puissante résonna.

Un léger frisson parcourut la marchombre lorsqu'elle vit le colosse à cornes en plein exercice d'intimidation.
Les cornes pointées en avant, il était vraiment impressionnant et intimidant. Cependant, la marchombre ne s'attendait pas non plus à ce que Gil se place entre elle et le colosse, et rien que ce petit geste de rien du tout lui mit la boule à la gorge.
Nouvelle claque.
Nouvelle évidence.

Mais si quelque chose se passa dans le regard de Naïs - une ombre ou une étincelle - lorsque Pan intervint, l'envoleuse sembla soudain perdue, et rentra brusquement dans la maison pour faire les cents pas. Pas besoin d'être intime - ou de l'avoir été - avec la jeune femme pour comprendre que quelque chose n'allait pas : son langage corporel parlait pour elle, et à sa place. Comme une lionne en cage...


- Man' ! Ça va ?

Le fils de Naïs, Seth, venait d'arriver talonné de près par son oncle, Atal. Ce dernier s'enquit de la situation actuelle avec les exacts mots qu'avait utilisés Pan quelques minutes plus tôt.

A vrai dire, Libertée n'y comprenait pas grand chose. Elle sentait bien qu'il y avait un truc qui clochait, mais finalement n'avait pas envie d'en savoir plus... Pas envie de s'en mêler. Les laisser se débrouiller et emmener Gil loin de là. Elle sentait venir encore des emmerdes et n'avait aucune envie de s'y fourrer - pas avec sa fille dans le ventre. Leur fille.


- Makeno vient d’être enlevé. J’étais là, juste là, à côté… Ça
s’est produit juste sous mon nez…


Lib serra les dents.
Non ! Naïs avait l'air extrêmement inquiète - ce qu'elle comprenait totalement justement maintenant qu'elle avait elle aussi un haricot dans le ventre - mais elle ne voulait pas que...
...trop tard.
Elle venait de croiser le regard de Gil et la détermination de laquelle il brillait. Il avait lu le morceau de papier que Naïs avait lâché, et quand elle avait fondu dans les bras de l'envoleur, une envie de meurtre avait balayé les émotions de Lib, malgré la detresse dans laquelle elle se trouvait.
Quoi encore ? Gil allait devoir faire son chevalier servant ?! Mais elle avait pas Pan ?!

Peut-être que c'étaient les hormones, mais dans tous les cas Libertée n'était pas du tout, mais alors pas du tout prête à laisser Gil repartir avec la femme qu'elle avait en face d'elle ! Quitte à se battre avec, peut importait... Si elle perdait Gil, elle ne voulait pas de son enfant, elle avait déjà été tres claire à ce sujet. Et même si elle avait appris à l'aimer avec Gil au fil des mois...
Non. En y réfléchissant, elle ne pourrait pas le faire. Elle aimait déjà beaucoup trop ce bébé pour ça.
Frustrée, la marchombre se mordit l'intérieur de la joue. Juste avant de croiser le regard de l'envoleur.


- Je dois le retrouver...

* Non ! Ne me fais pas ça... Pas encore...  *
Libertée resta silencieuse.
Parce qu'evidemment, au fond, Gil avait le devoir de le chercher et de le trouver. Parce qu'évidemment c'était malgré tout son enfant. Parce qu'évidemment elle comprenait désormais ce besoin de protéger la chair de sa chair...
Mais elle avait elle aussi le besoin de garder ce qui était une partie de la chair de sa chair... Et malgré elle, elle sentit la détresse se mêler à sa colère contre Naïs.

Ses yeux étincelerèrent de ses émotions contradictoires : jalousie, frustration, colère, détresse... Et ses joues prirent une teinte plus rose qu'habituellement, et elle fronça légèrement les sourcils en baissant le menton.


- Ouais, je m'en rends compte... Mais ne compte pas sur moi pour te laisser partir avec... elle.

Oui, c'était sans doute bas, mesquin, et affreusement possessif... Mais là tout de suite elle ne pouvait pas réfléchir. Elle se fichait comme de sa première culotte de ce que Naïs, Pan ou Atal pouvaient bien en penser ! Il était hors de question qu'elle rentre à nouveau dans ce jeu.

Croisant les bras, elle planta son regard dans celui de Gil.

- Ne compte pas sur moi pour te faciliter la vie. Je suis enceinte jusqu'aux dents, mais je te suis. Donc tu as double boulot. Enfin, sauf si tu délègues !

Elle se rendit compte qu'elle en devenait méchante juste avant d'aller plus loin. Se mordant la lèvre inférieure, elle sentit malgré elle les larmes emplir ses yeux et les détourna en fermant les paupières très fort.
Qu'ils fassent ce qu'ils veulent après tout !

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Ven 24 Oct 2014, 17:32

A peine eut-il prononcé sa question que plusieurs têtes se tournèrent vers lui. Il ne put réprimer un petit sourire en voyant le visage de Gil se décomposer durant deux secondes, alors qu'il faisait un pas léger sur le côté pour protéger la mère de son futur enfant.
C'était indéniablement mignon.
Mais la lueur d'incompréhension qu'il vit passer dans le regard bicolore de l'envoleur le satisfit encore plus : il ne comprenait sans doute pas son point de vue sur les femmes, et c'était tant mieux. Pan n'aimait de toutes façons pas être comme les autres. Surtout que, par nature, il ne l'était pas.

Originaire d'un autre monde, il avait eu beaucoup de mal à trouver sa place. Comme il était impossible pour lui d'y retourner - car impossible de se rapprocher de l'Oeil d'Otolep - il essayait depuis des années de trouver sa place.
Un équilibre était né quand il avait commencé à vraiment connaitre Naïs et à en tomber amoureux. Il s'était consolidé au fil des mois et des années, jusqu'à ce qu'il eut la réelle sensation d'être à cet endroit qui était fait pour lui. Cela faisait quelques temps qu'il sentait clairement qu'il se passait quelque chose chez Naïs, mais l'Envoleuse était relativement secrète et il respectait sa volonté de conserver un jardin secret : sinon, cela n'aurait plus été Naïs, cela l'aurait blessée également. Il préférait attendre que cela vienne d'elle, tout simplement parce qu'elle était sauvage et libre et que c'était ainsi qu'il l'aimait.

Un équilibre qu'il vit briller dans les yeux de Naïs quand elle croisa son regard, même si elle ne fit aucun pas vers lui. Elle était en un seul morceau, c'était le principal. Et même si elle ne disait rien, même si elle ne bougeait pas, il devinait dans son regard qu'elle était aussi heureuse de le voir.

Concentré sur l'envoleuse, Pan la vit paniquer intérieurement. Pourquoi se mettait-elle dans cet état ? Était-ce le ventre de Libertée ? L'attitude de Gil ? Non... Quelque chose manquait au tableau.
Et quand Seth déboula, alors que Pan se précipitait vers Nais qui venait de briser un miroir pour vérifier qu'elle n'avait rien, il comprit : Makeno !
Naïs vacilla dans ses bras, alors qu'Atal et son fils s'avançaient vers elle. Avant de balbutier, se rattrapant au mur, que son plus jeune fils venait d'être enlevé.
Pan sentit tout le sang quitter son visage.
S'approchant de l'Envoleuse, il la prit par le bras pour lui permettre de se raccrocher à quelque chose... Mais Gil avait déjà récupéré Naïs dans ses bras où elle s'etait effondrée, et là...

Là, par contre, une boule de rage et de colère explosa dans son ventre.

- Je dois le retrouver...

- Ouais, je m'en rends compte... Mais ne compte pas sur moi pour te laisser partir avec... elle. Ne compte pas sur moi pour te faciliter la vie. Je suis enceinte jusqu'aux dents, mais je te suis. Donc tu
as double boulot. Enfin, sauf si tu délègues !


- Non !
s'exclama le colosse aux cornes. Non, je ne veux pas de toi avec nous, Gil. Tu as fait un choix, le choix de laisser Makeno aux soins de Naïs. Je l'aime cet enfant, je m'en occupe tous les jours depuis plus d'un an ! Reste loin de moi !

Il avait serré de plus en plus fort le bras de Naïs alors qu'il parlait, et sa voix vibra très bas et profondément.
La lâchant vivement, il planta son regard dans celui de Seth, qui haussa les épaules. Serrant les dents, l'Envoleur prit une inspiration avant de récupérer le morceau de papier qui avait déjà fait le tour.
Froissant et déchirant la feuille en lambeaux, il ne tenta meme pas d'avoir l'aval de Naïs avant de sortir de la maison pour trouver des indices.

Et surtout s'éloigner de Gil, sinon il allait lui refaire le portrait ! Non pas parce qu'il avait couché avec Naïs, mais parce qu'il avait juste abandonné son fils.
Parce que désormais il considérait le bonhomme comme le sien, de fils...

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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Ven 24 Oct 2014, 19:25

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Quelques jours plus tôt, Fériane



Le jeune Rêveur pousse un long soupir en se grattant un instant l’arrière du crâne, hésitant. Au bout d’un long moment, il pose ses deux mains à plat sur son bureau pour se racler la gorge d’un air grave. Il redoutait probablement, comme moi, de découvrir quelque chose qu’il n’aimerait pas du tout. Il fallait pourtant que je sache.

- « Bien, si tu es sûre… » accepte-t-il en débarrassant frénétiquement son bureau « Allonge-toi et détends-toi » m’invite-t-il.

Acquiesçant silencieusement, je m’allonge doucement sur le petit bureau en bois d’ébène, le cœur battant à rythme fou. Mes veines menacent littéralement d’exploser tandis que je laisse mes jambes pendre mollement dans le vide. Posant la tête sur le bois avec un bruit sourd, j’inspire longuement pour calmer la peur qui me déchire presque les entrailles à présent. Tournant une dernière fois le menton vers Moryqane, je hoche la tête d’un signe entendu. Tandis qu’il place ses deux mains au-dessus de moi, une chaleur se répand dans tout mon corps, comme un véritable nuage de douceur. Soupirant d’aise, je ferme les yeux pour mieux profiter de ce cocon de soie. Je me suis peut-être même endormie car lorsque la voix du Rêveur brise à nouveau le silence, j’ai l’étrange impression de me réveiller d’une nuit particulièrement agréable, sans rêves ni cauchemars. Sereine. Sérénité que le retour à la réalité brise durement en mille petits morceaux.

- « Tu l’as, Naïs… » murmure faiblement le Rêveur « Tu es malade » annonce-t-il d’une voix rauque.
- « Combien de temps ? » demandais-je aussitôt en me redressant avec précaution « Combien de temps il me reste ? » réussis-je à demander sans que ma voix ne tremble – ce qui relève clairement du miracle.
- « Je n’en sais rien » commença-t-il « Certaines, qui n’ont pas ta force, connaissent de longues et belles années ; d’autres sont terrassées en quelques mois, voire quelques semaines pour les plus faibles. Tout dépend de toi et de ta volonté » tente-t-il de me rassurer en posant une main amicale sur mon épaule.

Réfléchissant à toute vitesse, je glisse mes doigts dans mes cheveux sombres et rebelles. Thiméo m’avait caché la maladie de ma mère – sans parler de l’identité de mon père – et un goût d’amertume se répand dans ma bouche. Aujourd’hui, alors que Samoan était mort et que j’avais enfin l’occasion d’avancer dans la vie, le sort s’abattait encore sur moi. Condamnée. Je suis condamnée à mourir à petit feu sans même savoir si je pourrais vivre assez longtemps jusqu’à ce que Seth et Makeno puissent voler de leurs propres ailes. Jugulant une vague de colère, je me mords la lèvre inférieure tandis que Moryqane brise à nouveau le silence.

- « Hem, ce n’est pas tout… » hésite-il un instant, redoutant ma réaction, lorsque je relève la tête, l’air impassible.  
- « Quoi ? » m’enquis-je aussitôt d’un ton plus dur que je ne l’aurais voulu.


Aujourd'hui, Al-Jeit



Il n’avait fallu qu’une seconde pour Seth, puis Pan m’entourent de leurs présences rassurantes. Les bras de l’Envoleur possédaient cet étrange pouvoir de m’apaiser en toutes circonstances. Cependant, je reste encore un long moment recrocquevillée sur moi-même, la tête enfouie dans mes bras pour cacher les larmes qui coulaient en silence le long de mes joues. Le murmure de Gil, aussi imperceptible soit-il, me parvient soudain et je relève la tête brusquement en fronçant les, sourcils, prête à répliquer une remarque acerbe et à lui exprimer un refus catégorique – eh bien quoi, il ne savait plus ce qu’il voulait ou quoi ? Un jour il affirmait ne pouvoir assumer son rôle de père auprès de Makeno (ça ne semble pas le déranger, au contraire, pour l’avenir de l’enfant que porte la marchombre, montrant des signes d’inquiétude presque exagérés au moindre petit heurt) ; le lendemain, voilà qu’il veut voler au secours de mon fils. J’allais répliquer, les lèvres brûlantes d’amertume, mais le caprice de Libertée m’en empêche radicalement – parce que oui, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un véritable caprice. Sa voix un peu trop aigue, comme si elle allait soudainement se mettre à sangloter, me tire un haussement de sourcil sidéré. Sans doute était-ce dû aux hormones, mais la petite marchombre de Gil montre aujourd’hui un aspect très gamin de sa personnalité que je ne suis pas certaine d’apprécier. Par la sainte culotte de l’Empereur, même Seth, du haut de ses quinze ans, sait faire preuve de plus de maturité qu’elle !  

Lorsque la voix de Pan s’élève à nouveau dans l’air, teintée de colère et de rage, je sursaute presque, surprise de ce soudain élan de colère. Jamais auparavant il ne s’était emporté de la sorte ; l’Envoleur aux cornes est probablement l’homme le plus doux que j’avais rencontré. Alors que sa main puissante se resserre lentement sur mon bras, je pose ma propre main sur la sienne d’un geste tendre, approuvant ses paroles d’un hochement de tête imperceptible. Le silence régnant désormais dans la pièce était impressionnant et, ni les uns, ni les autres, n’osent retenir Pan qui sort en fulminant littéralement. Séchant mon visage d’un revers de bras, je me relève doucement au milieu des débris des verres. Caressant un instant le visage de Seth, autant pour le rassurer que parce que j’étais heureuse qu’il soit saint et sauf, je fais mine de sortir à mon tour, mais m’arrête devant Gil et le toise durant de longues secondes.

- « Je ne te laisserai pas venir, Gil ! C’est hors de question ! » commençais alors, d’une voix glaciale « J’ai tué son père, c’est moi que cette gamine veut ! Pas toi ! Ni personne d’autre ! » ajoutais-je en faisant mon possible pour contenir une vague de colère, parce que malgré tout, je ne lui avais pas vraiment pardonné d’être parti et maintenant que Libertée attendant leur enfant, la sensation de revivre le même cauchemar en boucle menacent de me submerger à nouveau « De toute façon, il me semble que tu as déjà TA famille à protéger et Makeno n’en fait pas parti aux dernières nouvelles, puisque tu ne l’as jamais voulu ! Faut savoir ce que tu veux à la fin ! » m’emportais-je cette fois pour de bon « Tu ferais bien d’écouter Libertée avant qu’elle ne te fasse une crise de jalousie ! » conclus-je du même sur le même ton glacial, consciente de mes propos blessants.

Ecartant Gil de la main avec une facilité enfantine, je m’avance d’un pas vers la marchombre et me dresse face à elle en silence durant de longues secondes. Avant de lui exprimer le font de ma pensée.

- « Et toi, ouvres les yeux : t’auras jamais à craindre que ton gosse grandisse sans père ! T’auras toujours quelqu’un sur qui compter, qui ne fuit pas devant la moindre responsabilité qui lui ferait peur ! Tu ne sauras jamais ce que c’est que d’être seule ! Alors fermes-là et réfléchis avant de parler ! » l’invectivais-je d’un ton incroyablement dur.

Et avant qu’elle ou Gil ne puisse ouvrir la bouche pour répliquer, je leur tourne le dos, rejoignant Pan à l’extérieur qui se calme doucement, cherchant le moindre indice pour retrouver Makeno. Arrivant dans le dos de l’Envoleur aux cornes, j’effleure doucement son bras et attrape ses deux larges mains dans les miennes, entremêlant mes doigts aux siens avec un faible sourire.

- « J’ai tué son père, c’est qu’une gamine perdue et malheureuse… » avouais-je en évoquant ce que je savais de la fille de Samoan « Elle est à peine plus âgée que Seth, je dois la trouver, même si je dois mourir pour ça… » ajoutais-je en posant un doigt sur les lèvres de Pan afin qu’il me laisse révéler ce qui me pesait sur le cœur depuis de longs mois « Aujourd’hui ou demain, de toute façon, je suis condamnée. Je suis malade, et ça va me tuer… »

Durant de longues minutes, alors que nous sommes seuls dans la petite cours de ce qui avait été autrefois la maison où je vivais, je révèle alors les détails de ma rencontre avec Lehane, sur la plage alors que nous profitions encore du soleil des Alines – la maladie de ma mère et la vérité sur mon père – que j’avais d’abord nié pendant plusieurs semaines. Mais les doutes avaient surgis, puissants, et ma visite à Fériane quelques jours plus tôt m’avait confirmé les paroles de la vieille marchombre. En clair, je ne voulais pas être sauvée. Je ne pouvais pas être sauvée.

- « Il faut que je la trouve » hésitais-je un instant « Seule » continuais-je « Et si… Si je ne reviens pas, il faut que tu veilles sur Makeno » finis-je d’une voix au moins aussi tremblante que mes jambes.

Il fallait que je sauve mon fils – quitte à mourir pour cela. Et rien ni personne ne m’en empêcherait. Mais ça, c'était sans compter la détermination de mes compagnons qui étaient tous au moins aussi tête de mule que moi...







[Alors, une bonne dose de jalousie, un soupçon de colère, une poignée de rage, trois Envoleurs et une Marchombre, le mélange est explosif j'ai l'impression xD Bon sinon, je vous rassure de suite, ma petite Naïs a encore de longues et belles années devant elle hein Razz ]

__________________________________________




Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Sam 25 Oct 2014, 00:49

[Et biiim, débrouillez-vous avec ça maintenant !  Razz Bon sang, ce Rp me plaît déjà... Mais je crois que maintenant c'est officiel : Naïs, t'es sponsorisée par VDM  Rolling Eyes]




Ça n’allait pas, mais alors pas du tout. Complètement désemparé, Gil essuya d’abord le refus incisif de Libertée, puis celui, catégorique, de Pan, et alors qu’il pensait avoir fait le tour, ce fut Naïs qui, avec une brutalité qu’il ne lui connaissait pas encore, rejeta sa décision. La moindre de ses paroles le toucha en plein ventre, comme autant de coups bas qui lui coupèrent le souffle aussi efficacement qu’une série de coups de poings bien ajustés. A tel point que ses joues perdirent ses couleurs sous sa barbe naissante – il se la taillait moins souvent depuis que Libertée lui avait avoué qu’elle le trouvait vachement plus viril avec. En l’occurrence, sa petite marchombre le fixait dans un silence presque aussi blessant que les trois discours qui s’étaient enchaînés en totale opposition à ces propres paroles. C’était la première fois qu’elle n’était pas d’accord avec lui. Non, c’était faux, elle était régulièrement en désaccord, souvent pour des broutilles, parce qu’elle était franche, et lui attaché à ses principes, si bien que des conversations musclées émaillaient leurs journées depuis qu’ils vivaient ensemble. Mais à chaque fois, ils goûtaient l’un et l’autre l’immense plaisir, unique et incroyablement riche en sensations, d’une réconciliation sous la couette. Ou dans la salle de bain dont la grande baignoire communiquait avec un étang du marais. Ou dans le salon. Il en perdait le compte et les lieux, mais le plus important, c’était qu’à la fin de leurs disputes, Libertée et lui trouvaient toujours le moyen de faire un compromis.

Quel compromis pouvait-il y avoir dans la situation présente ? Avant de quitter la pièce dans une rage terrible, Naïs avait ouvertement insulté la marchombre. Ou du moins, elle lui avait asséné une sacrée diatribe, ce qui revenait quasiment au même : en soufflant à ce point sur les braises, cette fichue tête de mule avait pris l’énorme risque de provoquer un terrible incendie. Ravageur, destructeur et indomptable. Ce feu, Gil en était tombé amoureux fou. Il le réalisait chaque fois qu’il plongeait dans le regard de Libertée, là où les plus belles étincelles brillaient d’une lueur sauvage. En réalité, c’était sa réaction qui le surprenait le moins. Il s’était attendu à ce qu’elle ne soit pas emballée par sa décision et il avait redouté qu’elle lui pose un ultimatum de ce genre. Le suivre dans cet état ? Certainement pas ! Rien que d’imaginer Libertée en train de se battre avec son ventre rebondi le fit frissonner. Elle ne tenait déjà pas en place, tant et si bien que Voëlle et Min, les parents de la jeune femme, lui avaient demandé – après s’être assurés que leur fille ne pouvaient pas les entendre – de la surveiller et si possible, de l’empêcher de faire les quatre-cent coups alors que son ventre s’arrondissait de jour en jour. Conscient qu’il avait très peu de chance de réussir, Gil avait donné sa parole.

Habituellement, il ne faisait pas de promesse qu’il se savait incapable de tenir. Sauf que là, on ne pouvait pas dire qu’il avait eu le choix… et voilà que ça lui retombait dessus, et violemment en plus. En fait, Gil n’avait jamais douté qu’un jour où l’autre, la bombe qu’il avait amorcée en mettant involontaire Naïs enceinte allait lui exploser à la figure. Il ne savait juste pas quand. Il fallait croire que ce jour fatidique était finalement arrivé. Ses chances de survie étaient relativement minces. Il y avait d’abord Pan : contre toute attente, le puissant guerrier cornu ne l’avait pas transpercé de ses appendices, ce que Gil avait évidemment apprécié, mais sa réaction prouvait que l’idée lui avait tout de même traversé l’esprit et qu’il pouvait encore mettre cette menace à exécution. Super. Ensuite, il y avait Naïs. Non contente de lui flanquer une trouille monumentale à chaque fois qu’elle lui tombait dessus, il fallait en plus qu’elle s’entête à s’attirer des ennuis en pagaille. Et tant qu’à faire, elle ne choisissait jamais les plus petits. Génial. Pour finir, quelle que soit sa décision concernant Libertée, il allait passer un sale quart d’heure, soit parce qu’elle lui reprocherait d’essayer de la laisser de côté / de s’occuper de Naïs / de risquer sa vie pour un enfant qui n’était le sien que par le sang. Ou bien elle allait l’accompagner et il allait mourir d’inquiétude, au sens propre du terme. D’ailleurs, entre Naïs et elle, c’était un vrai miracle si certains de ses cheveux ne viraient pas carrément au blanc avant la fin de la journée. Merveilleux. Il soupira, se passa une main sur le visage et la laissa glisser sur sa nuque, à la fois pour se redonner contenance et pour masser les muscles que la situation avait relativement tendus.

- Enfer, Lib… commença-t-il avant d’être brutalement interrompu par une véritable bombe humaine.

Seth était toutefois plus grand et plus costaud que la dernière fois qu’il l’avait vu, et lorsqu’il asséna une violente bourrade à l’Envoleur, celui-ci vacilla avant de lui tourner un regard surpris.

- Ne me dis pas que tu vas la laisser te rembarrer comme ça ?! s’écria le jeune homme avec une vivacité étonnante. Tu connais maman, quand elle est paniquée et fatiguée, elle est encore plus dangereuse que Juhen quand on lui marche sur les pieds, mais si elle tente quoi que ce soit dans son état, c’est elle qui va avoir des ennuis. De gros ennuis. Gil, tu peux pas la laisser y aller toute seule !
- J’ai cru comprendre que tout le monde était d’accord sur ce point, pourtant,
rétorqua Gil d’un ton pincé.

Seth jura si vertement que même Atal, pourtant peu impressionnable, tressaillit légèrement. Le garçon écarta les bras.

- Tout le monde est d’accord sur le fait que tu es un vrai con, okay ! Mais même si on a tous de bonnes raisons de t’en vouloir, et jusqu’à preuve du contraire, on ne serait pas là si tu n’avais pas été là pour nous tirer d’un mauvais pas. Je ne sais pas combien de fois tu as sauvé la vie de maman, la mienne aussi, et celle de Nwëlla, et d’Atal, de presque tout le monde ici ! On te doit beaucoup et on ne te le montre pas de la plus belle des façons, c’est sûr… mais tu dois nous aider à retrouver Makeno. J’ai peur de ce qui va arriver à maman si tu ne viens pas avec nous.

C’était un sacré discours long discours pour un gosse, et bien ficelé en plus, qui laissa Gil silencieux. Seth en profita pour se tourner vers Libertée. Il s’empourpra légèrement en croisant le regard de la marchombre et dut déglutir avant de prendre la parole mais, têtu comme sa mère, il avait décidé d’aller jusqu’au bout de son plaidoyer :

- Je sais que tu ne veux pas qu’il suive encore maman. Surtout après ce qu’elle t’a dit. Et je comprendrais que tu ne veuilles plus jamais la revoir après ça, même si, pour être honnête, moi je trouve que vous vous ressemblez beaucoup, toutes les deux… Mais tu sais quoi ? Je le connais bien, Gil. C’est un peu mon grand frère, et je crois qu’il est devenu le grand frère de Makeno aussi. Et je peux t’assurer que c’est de toi qu’il est raide dingue. Ce serait vraiment bête de douter d’une chose aussi solide, non ?

Et il les planta là. Un discours, des arguments bien ajustés, un final admirable et hop ! Seth s’en alla retrouver sa mère et Pan qui discutaient dehors. Il fallut un petit moment à Gil pour s’en remettre. Ce surplus de surprises et d’émotions contradictoires avaient court-circuité son cerveau, l’empêchant de réagir, de réfléchir et de parler pendant plusieurs longues secondes. Il ne se rendit même pas compte qu’Atal avait lui aussi quitté la pièce, probablement pour les laisser seuls, Libertée et lui. Au bout de ce qui lui sembla une éternité, l’Envoleur finit par s’éclaircir la gorge.

- Hum… Bon, et bien voilà. Je viens de me prendre une claque monumentale et ce, par un gosse de quinze ans.

Un sourire creusa sa joue et si l’inquiétude assombrissait encore son regard, il parvint enfin à se détendre un peu.

- Il a raison, dit-il en attrapant les mains de Libertée dans les siennes. Pour Makeno, je veux dire. J’ai… Je n’ai jamais réussi à me considérer comme son père. Mon premier enfant a été celui que nous avons perdu tous les deux. Quant à celui qui se trouve là…

Il pressa tendrement ses paumes contre le ventre de la jeune femme.

- Tu ne peux pas imaginer à quel point j’ai hâte de faire sa connaissance. C’est terriblement frustrant de ne pas pouvoir partager ce que toi, tu vis avec lui, en le portant à l’intérieur de toi. Je serai même prêt à affronter les nausées et le mal de dos pour vivre un petit peu ce que tu vis. Alors ne crois surtout pas que je veux disparaître avant de le voir venir au monde.

Ce qu’il ressentait pour ce petit haricot dépassait tout entendement. La première fois que Gil avait vu Makeno, il avait été émerveillé, oui, mais là, c’était complètement différent. Différent, pas plus puissant. C’est là qu’était tout le problème.

- Makeno fait partie de ma vie, murmura-t-il, les yeux brouillés de larmes. C’est un peu ma famille, je l’aime autant que j’aime Seth. Je ne peux pas le laisser entre les mains de ceux qui l’ont enlevé.

Il recula et essuya ses larmes d’un revers du bras. Enfer, je me mets à pleurer comme une fille, moi… Foutus sentiments. Foutu hasard, qui le plaçait à nouveau au beau milieu d’un carrefour, écartelé entre des choix impossibles à faire sans subir de lourdes conséquences ! Mais peut-être fallait-il voir les choses sous un autre angle… Le regard de Gil glissa vers le ventre de Libertée avant de revenir s’ancrer dans le rose profond de ses grands yeux.

- D’accord. Tu viens avec moi. Tu viendras quand même si je te demande le contraire alors autant que nous soyons sur la même longueur d’ondes, hein ? Mais tu dois me promettre une chose. Et ce n’est pas négociable.

Le regard de Gil se durcit.

- Si jamais les choses tournent mal, si je t’ordonne de t’en aller, fais-le. Non pas pour moi, mais pour notre enfant. Promet-le moi, Lib.



*



Le soleil éblouit Gil lorsqu’il sortit de la maison. Une main en visière pour se protéger de la forte luminosité qui tranchait avec la semi pénombre de l’intérieur, il s’avança dan la cour devenue subitement silencieuse au moment de son apparition. Appuyé contre un mur, bras croisés sur la poitrine, Atal ne perdait pas une miette de ce qui se passait et attendait qu’une décision franche soit prise. Seth leva vers Gil un regard suppliant, les poings serrés pour réfréner les sentiments bouillonnants que sa jeunesse ne parvenait pas à maîtriser complètement. Naïs était parfaitement immobile. Elle l’avait entendu arriver, c’était certain, mais elle semblait s’être un peu calmée. Quant à Pan, il avait l’air d’avoir reçu un coup de poing en pleine figure. Comme aucune marque de ce genre n’était imprimée sur sa peau, Gil en conclut qu’il avait peut-être appris quelque chose, une nouvelle percutante, capable d’assommer un type aussi costaud que lui. Parfait. Gil décida d’en profiter pour lancer sa petite bombe à lui. C’était à son tour !

- Dites, vous êtes bien gentils mais je crois que vous oubliez tous un minuscule tout petit détail : l’union fait la force. Je sais, venant d’un type comme moi, solitaire comme personne et un peu con sur les bords – il croisa brièvement le regard de Seth, lequel lui retourna un sourire un peu gêné – ça peut paraître franchement débile. Pourtant, on forme une super équipe, là : on a déjà prouvé qu’ensemble on était capables de réaliser l’impossible. Et ce qui est débile, c’est de perdre du temps à se battre pour décider qui sera le plus fou pour affronter seul le fils de Raï qui a commis la bassesse de se servir d’un enfant pour faire chanter sa mère ; si vous avez des comptes à régler avec moi, très bien, nous les règlerons. Une fois que Makeno sera revenu chez lui. Alors moi j’y vais. Et qui m’aime me suive.

Sur ce, Gil attrapa la main de Libertée et sortit dans la rue, sans attendre de voir quel effet son discours avait eu sur les autres. Aucune importance. Il se fichait royalement de savoir ce qu’ils en pensaient. Tout ce qui comptait, c’était Makeno. Naïs pouvait bien piquer une colère noire et Pan le menacer de sa voix de stentor, Gil avait pris sa décision et personne n’avait le pouvoir de l’empêcher d’aller jusqu’au bout.

- J’espère quand même qu’ils vont me suivre, avoua-t-il à Libertée alors qu’ils arrivaient à un tournant. Parce que je ne sais pas toi, mais en ce qui me concerne, je n’ai aucune idée de l’endroit où peut être retenu Makeno !

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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Sam 25 Oct 2014, 19:04

- Tu as fait un choix, le choix de laisser Makeno aux soins de Naïs. Je l'aime cet enfant, je m'en occupe tous les jours depuis plus d'un an ! Reste loin de moi !

Libertée resta un instant interdite devant la réaction de l'envoleur aux cornes, avant d'émettre un petit soupir de soulagement : bon au moins, petite consolation, elle n'était pas la seule à penser que Gil ne devait pas partir. Mais elle savait également que quoi qu'on lui dise, c'était mal parti pour qu'il abandonne.
Parce que l'envoleur qu'elle avait connu et qui se carrapatait aux difficultés et à l'idee de faire un choix était un souvenir.

Par contre, l'intervention de Naïs lui fit froncer les sourcils, et quand les mots s'adressèrent directement à elle, elle rentra un instant le menton dans la poitrine.


- Et toi, ouvres les yeux : t’auras jamais à craindre que ton gosse grandisse sans père ! T’auras toujours quelqu’un sur qui compter, qui ne fuit pas devant la moindre responsabilité qui lui ferait peur ! Tu ne sauras jamais ce que c’est que d’être seule ! Alors fermes-là et réfléchis avant de parler !


Pinçant les lèvres, Libertée se rembrumit... Juste avant d'exploser. Sa main fila à une allure folle vers la joue de Naïs, et quand le plat de sa paume résonna sur la peau de l'envoleuse, Lib avait sortit ses cheveux pour préparer une riposte.
Elle lui en aurait craché dessus !


- Ah ben c'est sur que si c'est un critère de sélection pour toi, c'est gagné ! Et la remise en question tu connais ? Si ça arrive à chaque fois, il y a des questions à se poser !!

Elle avait continué en criant alors que Naïs s'éloignait d'un pas rageur dehors pour rejoindre Pan. Mais la marchombre était un peu surprise : l'envoleuse n'avait pas trop répliqué, et avait préféré s'enfuir...
Alors que Libertée froncait les sourcils, Seth débarqua pour sermonner Gil. La marchombre n'en pouvait plus de toutes ces remontrances, elle se sentait bouillir de l'intérieur. Sauf qu'elle ne pouvait pas, viscéralement, frapper Seth. Et puis lui avait un argumentaire, et ça tenait debout... Même si elle n'était pas d'accord avec tout.


- Je sais que tu ne veux pas qu’il suive encore maman. Surtout après ce qu’elle t’a dit. Et je comprendrais que tu ne veuilles plus jamais la revoir après ça, même si, pour être honnête, moi je trouve que vous vous ressemblez beaucoup, toutes les deux… Mais tu sais quoi ? Je le connais bien, Gil. C’est un peu mon grand frère, et je crois qu’il est devenu le grand frère de Makeno aussi. Et je peux t’assurer que c’est de toi qu’il est raide dingue. Ce serait vraiment bête de douter d’une chose aussi solide, non ?

Libertée se rembruma.
Oui, peut être que Gil était " raide dingue" mais n'empêche qu'il avait déjà aussi fait des erreurs, et il était loin d'être le seul coupable !  Elle avait très bien le droit d'être en colère contre Naïs, plutôt deux fois qu'une, alors qu'elle se rendait compte qu'elle ne pouvait que pardonner à Gil. Elle n'était pas prête à pardonner quoi que ce soit à l'envoleuse !

Mais l'adolescent avait déjà filé et même Atal venait de sortir.
Poussant un petit soupir, la marchombre leva les yeux vers Gil, en se mordant la lèvre inférieure, le regard brillant.

- Je n’ai jamais réussi à me considérer comme son père. Mon premier enfant a été celui que nous avons perdu tous les deux. Quant à celui qui se trouve là…
Tu ne peux pas imaginer à quel point j’ai hâte de faire sa connaissance.


Un sourire étira les lèvres de Libertée.


- Si jamais les choses tournent mal, si je t’ordonne de t’en aller, fais-le. Non pas pour moi, mais pour notre enfant. Promet-le moi, Lib.

La mine grave, Libertée hocha la tête en prenant une grande inspiration. Elle n'avait aucune envie de laisser Gil dans la panade, mais ne pouvait pas refuser cette promesse non plus.


- D'accord. Mais... C'est une fille Gil. Une petite Suyvo... dit-elle en souriant


♥ ♥ ♥

- Et ce qui est débile, c’est de perdre du temps à se battre pour décider qui sera le plus fou pour affronter seul le fils de Raï qui a commis la
bassesse de se servir d’un enfant pour faire chanter sa mère ; si vous avez des comptes à régler avec moi, très bien, nous les règlerons. Une fois que Makeno sera revenu chez lui. Alors moi j’y vais. Et qui m’aime me suive.


Libertée ne pu s'empêcher de sourire à ce petit discours, et haussa légèrement les épaules quand Seth la fixa avec surprise.
Serrant la main de Gil, elle prit une grande inspiration, se demandant à quelle sauce ils allaient être mangés...

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Dim 26 Oct 2014, 09:34

- J’ai tué son père, c’est qu’une gamine perdue et malheureuse… Elle est à peine plus âgée que Seth, je dois la trouver, même si je dois mourir pour ça…

Pan avait tressailli quand il avait entendu Naïs sortir de la maison à son tour pour venir lui prendre la main dans un geste rassurant.
Et, mécaniquement, l'Envoleur avait amené le dos de la main de la femme contre ses lèvres, juste pour goûter son odeur et sa peau. Frotter légèrement son menton contre sa paume...

La fille en question, celle qui avait sans doute enlevé Makeno, était en réalité la fille de Samoan. Ce monstre, en plus d'avoir tué un de ses propres fils, avait eu d'autres enfants sans jamais en parler à Naïs... S'il n'était pas mort, Pan l'aurait bien tué une deuxième fois !
En revanche, Pan doutait fort que la gamine en question soit perdue ou malheureuse, tout simplement parce qu'il ne voyait pas Samoan comme un père aimant alors qu'il avait tué le frère jumeau de Seth. 

- Aujourd’hui ou demain, de toute façon, je suis condamnée. Je suis malade, et ça va me tuer…

- Quoi ?
s'exclama-t-il, soudain confus et paniqué.
Naïs lui expliqua alors comment elle avait rencontré cette gamine et d'autres encore, ses doutes, ce qu'elle avait appris...

S'il écoutait avec attention, il se sentait vide. Comme congelé de l'intérieur. Naïs était malade.
Naïs était malade, et on ne pouvait rien y faire. Elle pouvait tout autant mourir demain que dans trente ans. Certes, l'Envoleur le savait déjà - ça fait partie des risques d'être Envoleur - mais mourir de maladie n'avait rien de glorieux ou de gratifiant. Pour un guerrier c'était un honneur de mourir sur le champ de bataille et pas dans le fond d'un lit mitté.

- Il faut que je la trouve. Seule. Et si… Si je ne reviens
pas, il faut que tu veilles sur Makeno.


Toujours aussi pâle, Pan dut prendre une inspiration pour trouver la force de répondre à l'envoleuse. Mais il fut pris de vitesse par Gil, qui déboula à cet instant précis en tenant fermement la main de Libertée.

- Dites, vous êtes bien gentils mais je crois que vous oubliez tous un minuscule tout petit détail : l’union fait la force. Je sais, venant d’un type comme moi, solitaire comme personne et un peu con sur les bords ça peut paraître franchement débile. Pourtant, on forme une super équipe, là : on a déjà prouvé qu’ensemble on était capables de réaliser l’impossible. Et ce qui est débile, c’est de perdre du temps à se battre pour décider qui sera le plus fou pour affronter seul le fils de Raï qui a commis la bassesse de se servir d’un enfant pour faire chanter sa mère ; si vous avez des comptes à régler avec moi, très bien, nous les règlerons. Une fois que Makeno sera revenu chez lui. Alors moi j’y vais. Et qui m’aime me suive.

Pan se prit la tête entre les mains pour se masser les tempes. Décidément, Gil semblait décidé à lui pourrir sa journée ! Mais le colosse croisa le regard de Seth. Il y vit clairement un éclair suppliant, qui lui fit fermer les yeux.

Bon après tout, la décision revenait à Naïs. Alors, il lui chuchota doucement :

- Pour que je puisse m'occuper de ce bout de chou, il faut le retrouver. Si tu y vas seule, personne ne saura où vous êtes, toi et lui. Je ne me permettrait pas de vous abandonner tous les deux. Je ne pourrai pas me le pardonner. Si je ne t'accompagne pas, où pourra atterrir Makeno si...? sa voix flancha et il ferma les yeux pour juguler ses émotions. Parce que là, cela devenait difficilement gérable !

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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Dim 26 Oct 2014, 19:02

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Je me mords un instant la lèvre inférieure tandis que les épaules de Pan s’affaissent d’un seul coup. J’en avais mal aux tripes de le faire souffrir ainsi alors qu’il veut simplement m’aider à retrouver Makeno – mon fils. Notre fils. Mais les mots étaient venus ainsi, naturellement, révélant un secret qui m’avait longtemps faite douter et que je ne pouvais plus cacher. Comment pouvait-il seulement me faire confiance si je m’évertuais à ériger des murs solides entre le reste du monde et moi. Entre lui et moi. Serrant les doigts de l’Envoleur entre les miens, d’un geste rassurant, je me retourne vivement alors que Gil débarque à son tour dans la courette d’un pas décidé. Et, évidemment, la marchombre l’accompagne fièrement. Sale gamine et niaise en plus de tout le reste, elle ne perd vraiment rien pour attendre celle-là ! Serrant les dents et les poings pour contenir cette envie de meurtre qui bout littéralement dans mes veines, j’écoute en silence le discours de Gil. Ce n’est que lorsqu’il s’éloigne lentement que je lâche une bordée de jurons colorés.

- « Par la sainte culotte de l’Empereur, mais ils sont sourds ou quoi ? » m’agaçais-je.

La fureur, qui menace d’exploser en moi, se dissipe presque immédiatement alors que la main de Pan se pose sur mon épaule. Tournant la tête vers Seth et Atal, qui semblent attendre que je prenne ma décision, je leur adresse un signe de tête entendu. Résigné, mon frère soupire imperceptiblement mais ne tarde pas plus à suivre Gil et la marchombre.

- « Rejoignez-nous vite… » nous presse-t-il toutefois sans se retourner.

Avant de suivre son oncle, Seth, dans mon dos, enlace ses deux bras autour de mon cou et chuchote à mon oreille quelques mots qui me tirent un petit sourire.

- « On va le retrouver Man’ » tente-t-il de me rassurer.

Correction : je vais le retrouver ! Déposant une bise légère sur ma joue, et adressant un clin d’œil complice à Pan, Seth se glisse à la suite d’Atal, trottinant quelques secondes pour rattraper mon frère. Le silence s’installe de nouveau alors que je réfléchis à toute vitesse ; j’étais totalement partagée entre la proposition de Pan, presque suppliante, m’offrant la possibilité de vivre un peu plus longtemps mais rongée par la maladie, et l’idée d’en finir une bonne fois pour toute avec cette blague qui avait assez duré. D’un côté, je me sens prête à tout affronter avec Pan ; de l’autre, je suis tellement fatiguée, que la vie de mes enfants et de ma famille soit sans cesse menacée. Epuisée de devoir me battre pour gagner le droit de vivre une journée de plus. Un choix. Ces deux solutions, radicalement différentes, me tentent. Mais lorsque je relève la tête, effleurant du bout des doigts la joue mal rasée de Pan, ma décision était prise.

- « Promets-moi de ne rien faire d’inconsidéré » acceptais-je « Je ne veux pas d’une vie si tu n’en fais pas partie » me justifiais-je en me mordant la lèvre inférieure « Par contre, j’ai deux mots à dire à Gil avant d’aller cherche notre fils si tu veux bien » ajoutais-je avec une moue contrariée en direction de l’intéressé.

Avec un sourire lumineux, je me hisse lentement sur la pointe des pieds et happe les lèvres de l’Envoleur des miennes, dans un baiser éphémère. Me détachant de lui presque à regret, j’échappe à son étreinte agilement, le laissant sur sa faim. En moins de quelques foulées, je rattrape à mon tour le petit groupe qui n’était pas encore arrivé au bout de la rue. Dépassant Seth et Atal, qui sursautent presque de me voir débarquer, suivie de près par Pan, sans un mot. Les lèvres pincées dans une moue furieuse, je toise Gil et Libertée quelques secondes, avant d’attraper l’Envoleur par le bras.

- « Toi, j’ai deux mots à te dire » grognais-je « Seule » précisais-je à l’attention de la marchombre d’un ton glacial et menaçant, traduisant les envies de meurtres que je nourris à son égard depuis de longues minutes.

Sans leur laisser, ni à l’un, ni à l’autre, le temps de protester, j’entraîne Gil au détour d’une ruelle, m’éloignant assez pour ne pas être entendue du reste du groupe. Fulminant littéralement, j’écarte les bras d’un geste exprimant tout un tas d’émotions contradictoires.

- « Mais bordel ! » explosais-je « Qu’est-ce que tu ne comprends pas dans ce que je t’ai dit ?! T’as fait le choix d’abandonner Makeno, et maintenant quoi ?! Tu vole au secours d’un gosse qui n’est même pas le tien et qui ne signifiera jamais rien, tout ça pourquoi ? Empêcher sa mère de faire une bêtise ?! » hurlais-je « Je vais te dire une bonne chose : je n’ai pas besoin d’être sauvée ! Je ne veux pas être sauvée ! Aujourd’hui ou demain, peu importe, de toute façon, je suis malade, condamnée et tu ne peux rien y faire ! » ajoutais-je d’air grave « Enfer Gil, fais ce qu’il y a de plus sage, emmène ta chérie et oublie-moi. Vis ta vie ! Sois heureux ! » achevais-je d’un ton presque suppliant.

Toute la colère s’était envolée, mais, tremblante, je recule de quelques pas pour m’adosser au mur, face à Gil. Je ne veux pas qu’il me voit dépérir de jour en jour, devenir l’ombre de moi-même pour finir d’une mort misérable. Hors de question de laisser mes proches, tous ceux qui comptent dans ma vie, de connaître pareil calvaire. J’en deviens même vraiment horrible alors que j’ai plus que jamais besoin d’eux. Hésitant, l’Envoleur s’avance d’un pas mais je cède à la panique et le repousse violemment avant de me fondre dans les ombres de la ruelle en courant. Pour réfléchir, pour oublier, pour me calmer. Et je laisse mes pas me porter à travers la ville.




- « T’en as mis du temps… » murmurais-je tandis qu’Atal se hisse sur le toit de la plus haute tour de la ville.
- « Je me suis dit que tu avais besoin d’être un peu seule » sourit-il en passant un bras autour de mes épaules.

Décidément, Atal était sans doute celui qui me connaissait le mieux. Je soupire un instant, calme et déjà plus sereine que durant les heures qui s’étaient écoulées. Une brise légère joue dans mes cheveux sombres et rebelles tandis que je relâche mes jambes dans le vide et pose ma tête sur l’épaule de mon frère. Nous restons ainsi enlacés pendant de longues minutes, silencieux dans la nuit claire.

- « Allez, il est temps » souffle Atal « Pan et Gil sont super inquiets. Si tu savais, j’ai eu un mal fou à les convaincre de ne pas se taper sur la tronche pour savoir lequel des deux grimperait jusqu’ici pour savoir si tu allais bien et te convaincre de redescendre » ajoute-il avec une pointe d’humour avant de me tendre un parchemin à peine déplié « Au fait, il me semble que tu étais venue chercher ça… »

Prenant la lettre d’un air médusé alors qu’Atal se lance dans une longue désescalade, je m’empresse de la déplier. Mais avant même que je ne commence à la parcourir du bout des doigts, hésitante, la voix de mon frère s’élève une dernière fois.

- « Traînes pas trop, je ne serai tranquille que quand mon petit neveu sera de nouveau en sécurité »

Levant les yeux au ciel toute seule, j’effleure le parchemin, le cœur battant à cent à l’heure dans ma poitrine alors que l’écriture si reconnaissable de Thiméo ancre en moi les derniers mots qu’il m’avait adressé avant d’être tué.

Ma grande fille, mon aventurière préférée, ma princesse…


Posant enfin le pied sur le sol dallé, je me masse les tempes un instant pour me redonner contenance. Je longe la rue quelques minutes avant de pénétrer dans l’unique taverne bon marché du quartier, certaine qu’Atal y avait entraîné nos compagnons en attendant que je daigne redescendre de mon perchoir. Le bruit des chaises traînées sur le parquet de bois, presque frénétiquement, me le confirme immédiatement ; Pan et Seth avait bondit brusquement, d’un même geste, vérifiant si je n’avais rien. Gil aussi s’était levé d’un coup. Mais Atal, lui, était resté assis, pas le moins du monde inquiet. Glissant ma main dans celle de Pan, je rejette, de l’autre, une mèche rebelle derrière mon oreille. Je ne compte sûrement pas m’excuser pour le comportement que j’avais eu – on avait tous droit à nos moment de faiblesse, non ? En revanche, une nouvelle détermination peint mes traits.

- « Je ne sais pas ce que vous comptez faire, mais moi, je vais récupérer mon fils » annonçais-je.




[Et vas-y qu'elle en rajoute une couche xD]

__________________________________________




Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Dim 26 Oct 2014, 22:44

Ce n’est que lorsqu’ils arrivèrent au tournant de la rue que Gil réalisa enfin. Il n’était pas particulièrement long à la détente, pourtant… enfin, pas lorsque la situation était aussi tendue qu’à présent. Il était même plutôt réactif, ou du moins suffisamment alerte pour établir des liens lorsque ceux-ci ne sautaient pas aux yeux. Or là, sa lenteur était d’autant plus évidente que ce qu’il venait de réaliser était en fait une véritable bombe. Un cataclysme de sensations, d’émotions, un tourbillon complètement fou qui l’arrêta net au beau milieu de la rue. Sa surprise était totale, son désarroi plus qu’évident. Certains passants le dévisagèrent avec curiosité tandis que Libertée, elle, se contentait de l’observer d’un air amusé. C’était sa bombe et elle en était très fière ! Gil, lui, ressemblait à un type qui se serait pris une enclume sur la tête. Avec les outils, la forge et le forgeron.

- Gheu.

Et voilà. Au beau milieu d’une rue pleine de monde, sous les yeux étonnés de ses amis et ceux, pétillants de malice, de Libertée, Giliwyn SangreLune venait de se ridiculiser avec une maestria remarquable. Pourtant, son discours avait été pensé initialement tout autrement : mince alors une fille on va avoir une fille je vais avoir une fille c’est une petite fille nom de nom le haricot est une fille !!! D’accord, c’était certes un peu trop débordant mais bien plus français que ce « gheu » affreux, lâché comme un pétard mouillé en réponse à cette formidable bombe qui n’en finissait pas d’ébranler tout son être. Curieusement, la secousse était plus impressionnante que lorsqu’il avait appris qu’il allait devenir père. Il fallait dire qu’à cause de la réaction dévastatrice de Libertée au moment de lui annoncer cette nouvelle, le choc avait été un peu différé dans le temps. Là, il s’en était fallu de peu pour que l’information  passe inaperçue, au vu de la crise qui, sous la forme d’une Naïs en colère, projetait des éclairs un peu partout dans le quartier ; mais alors que Gil avançait d’un bon pas tout en s’efforçant de faire bonne figure, ses doigts entremêlés à ceux de Libertée, les paroles de la marchombre avaient enfin fait tilt dans son esprit envahi par de pensées diverses et variées. Conscient d’être désormais planté au milieu de la rue et raide comme un piquet, Gil se passa la main dans les cheveux en un geste qui trahissait nettement sa fébrilité, et il posa un regard vitreux, complètement hagard, sur Libertée. Puis il déglutit et se pencha en avant, les mains sur les genoux, expulsant lentement l’air que ses poumons avaient emprisonné en cessant brusquement de fonctionner.

- Une minute, souffla-t-il, toujours plié en deux, en levant un doigt pour anticiper sur toute intervention de la part de sa compagne. Je reconnecte mes neurones et je suis à toi.

Il ne saurait jamais si Libertée avait décidé de lui accorder cette petite pause mentale ou si, taquine, elle allait lui faire remarquer qu’il avait l’air de ne pas se sentir très bien. Au moment où un sourire parfaitement béat se dessinait enfin sur ses lèvres – une fille, bon sang !!! – une main l’empoigna fermement par le col et il se sentit entraîné. Vite et loin.

- Eeeh !

Reprenant partiellement pied avec la réalité, Gil se débattit vaguement. Il cessa en reconnaissant Naïs, mais celle-ci le lâcha aussi brusquement qu’elle l’avait attrapé et se planta devant lui, tellement furieuse qu’il s’attendait presque à voir de la fumée s’échapper de ses narines. Du savon qu’elle lui passa, il retint seulement quelques mots – les plus durs, les plus méchants, ceux qui firent éclater les bulles de bonheur qui flottaient autour de sa tête. Il ne chercha pas à retenir l’Envoleuse lorsqu’elle s’éclipsa, hors de sa portée et de celle des autres. Il comprenait sa peur et sa douleur, maintenant. Et oui, une petite part de lui s’en voudrait toujours d’avoir refusé de devenir le père de Makeno. Mais ce n’était pas comme si cet enfant était tout seul, non ? Il fallait être aveugle pour ne pas voir à quel point Pan tenait à ce gosse. Gil ne l’était pas, mais Naïs ? Se pouvait-il qu’elle n’ait pas réalisé l’affection que Tronche de Buffle avait pour son fils, et pour elle ? Gil soupira. Naïs n’était pas idiote mais, enfermée dans sa souffrance, elle s’empêchait de voir tout cela. Il se sentait triste à l’idée que, pour elle, il ne valait plus grand-chose. Mais alors qu’il esquissait le geste de lui emboîter le pas, la formidable bombe, qui n’était décidément pas très loin, revint à la charge, et un sourire fendit à nouveau son visage. Radieux et un peu rêveur.

- Suviyo…

Murmure heureux.



*


- Alors ?

Atal prit le temps d’achever sa descente avant de répondre à la question impatiente. Il sauta souplement sur un muret de pierre et s’y installa, une jambe se balançant dans le vide, l’autre repliée contre sa poitrine. Son regard tranquille glissa de Gil à Pan, puis de Pan à Gil, et un sourire amusé dansa sur ses lèvres. Pas un pour rattraper l’autre…

- Elle ne va pas tarder à descendre.

Gil jeta un coup d’œil à Pan. Il avait encore très envie de lui refaire le portrait, même si ce type avait un dangereux avantage en forme de cornes sur le crâne, mais le calme d’Atal avait toujours un effet apaisant qui soufflait sur sa colère comme sur la flamme d’une bougie. Et l’éteignait tout aussi efficacement. En partie rassuré, Gil desserra les poings et s’éloigna de son rival pour rejoindre Libertée. Il s’étonnait qu’avec toute cette histoire, elle tienne à rester avec eux. Il n’avait pas encore compris qu’elle restait avec lui. Glissant un bras autour de sa taille, il se pencha vers elle et l’embrassa doucement.

- J’aime ce prénom, dit-il en s’écartant légèrement pour la regarder dans les yeux.

Suviyo. Il le lui avait soufflé lorsqu’ils étaient activement en train de se réconcilier, à Al-Chen, juste avant de dénicher leur petite maison. C’était un nom qui, lorsqu’il le prononçait, lui donnait l’impression de rouler sur sa langue, léger et pétillant, aussi doux que sa signification. Nuit d’été. Sous le charme, Gil fit glisser ses mains sur le ventre rond de la marchombre. Et soudain, un soupçon de doute se faufila dans les remous colorés de son bonheur ; il fronça les sourcils.

- Comment peux-tu être sûre que c'est une fille ? demanda-t-il avec perplexité.

Avait-elle consulté un Rêveur sans qu’il le sache ? S’était-elle inquiétée, pour avoir accompli cette démarche ? Avait-il raté quelque chose ? Naïs choisit cet instant-là pour descendre – enfin ! – de son perchoir. Lorsqu’elle s’y était réfugiée, ils s’étaient tous inquiétés. La tension était rapidement montée entre Pan et lui, à croire qu’une étincelle pouvait suffire à allumer un incendie entre eux, et Atal avait décidé de couper court à la dispute en rejoignant sa sœur. Ce type était vraiment doué pour les éteindre, les incendies… Car, à en juger par la tête de Naïs, celle-ci s’était finalement calmée. Elle avait même une expression vaguement honteuse sur le visage, détail que Gil s’empressa de ranger soigneusement dans un coin de sa mémoire afin de le ressortir au bon moment pour l’agiter sous le nez de l’intéressée. Il s’était redressé, tout comme Pan et Seth, mais il était resté là, tenant Libertée contre lui, se contentant d’observer Naïs avec attention… et une légère méfiance. Elle avait réellement l’air de s’être apaisée mais comme il n’avait pas envie de subir une nouvelle vague de fureur et de paroles blessantes, il préféra garder le silence.

Tu peux pas être malade, songea-t-il en la regardant glisser une mèche derrière son oreille. Ça, c’est hors de question, Princesse. Après tout, lui aussi pouvait se montrer têtu. Et il avait décidé que non, Naïs n’était pas malade. Elle était tendue, fatiguée, angoissée, énervée, terriblement chiante – Naïs, quoi – mais certainement pas en train de mourir à petit feu. Il y eut un petit instant de flottement lorsque, d’un ton qui s’efforçait d’être guilleret, elle annonça à la cantonade qu’elle partait à la recherche de Makeno. Gil la fixa pensivement, et puis un demi-sourire creusa sa joue et il hocha la tête.

- Pas trop tôt, marmonna-t-il. Je commençais à me dire que vous étiez tous complètement rouillés. Surtout Pan. Bon alors, quel est le programme ? Qui doit-on dérouiller, et pour quelle raison ?
- A ton avis ? fit Atal en sautant de son perchoir pour se rapprocher d’eux.
- Samoan ? Je croyais qu’il était mort ?

A en juger par le regard de Pan, c’était une chose regrettable dans la mesure où il n’était plus possible de le tuer à nouveau. Pour une fois, on est d’accord, compagnon…

- Même coupée, la tête du serpent peut encore mordre, soupira Atal. Le ravisseur de Makeno, en l’occurrence l’auteur du message adressé à Naïs, est en fait la fille de Samoan.
- Et elle veut venger la mort de son père…


Gil serra les dents. Décidément, cette famille était coriace… Il pressa doucement la main de Libertée dans la sienne et adressa mentalement des excuses à Min et Voëlle pour ne pas tenir sa promesse avant de s’adresser à Naïs :

- Bien, et par où on commence ? Tu sais où se terre cette vipère ? Sans vouloir reprendre tes expressions, Atal…
- J’ai des droits sur ces expressions. Tu vas me devoir de l’argent.
- Radin.


Seth gloussa et Atal leva les yeux au ciel. Pour ce qui était de détendre l’atmosphère, Gil n’était pas en reste…

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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Mar 02 Déc 2014, 09:26

[ Voilààààààààà, de retour ! Bon, j'ai pas beaucoup fait avancer tout ça mais je m'y remets doucement Razz ]




Un sourire en coin sur les lèvres, parce que le petit discours de Gil était mignon, certes, mais qu’elle attendait toujours sa réaction, Libertée laissa Naïs entraîner plus loin l’envoleur.
Même si elle aurait dû être fâchée, en colère, même rageuse, ce n’était pas le cas. Parce qu’un petit papillon volait dans son ventre, alors que son regard ne lâchait pas Gil, qui semblait ne pas écouter ce que Naïs lui disait.
Et le sourire en coin de la marchombre s’étira encore, alors que ses mains traçaient des cercles doux sur le sommet de son ventre.

Elle ne s’alerta même pas quand l’envoleuse s’éloigna en courant – non, fuit, tout simplement. Elle ne s’alerta pas non plus de l’immobilité de Gil. Parce que… elle savait.
Et un petit sourire triomphant éclaira son visage quand enfin il revint vers elle. Avec un sourire béat sur le visage.


- Et alors ? le taquina-t-elle gentiment.
Parce qu’elle ne voulait pas non plus déballer tout ça devant des gens qui visiblement ne pouvaient pas apprécier la nouvelle. Non, ce n’était pas tant qu’ils ne pouvaient pas apprécier la nouvelle qu’elle ne voulait pas le dire, c’était parce qu’elle avait cette conviction que cela devait d’abord rester entre elle et Gil. Comme un cocon qui les entourait.

La marchombre vit Atal qui s’en allait à la recherche de sa sœur, et son regard croisa celui de Seth.
Le gosse avait grandi, et ne méritait sans doute même plus le surnom d’enfant. Rien que sa carrure s’était déjà transformée pour devenir plus large, plus musculeuse. Il gardait cette impression dégondée du corps de l’adolescent, évidemment, mais son regard brillait d’une lumière douce et déterminée.
Et par là, il y avait une étincelle.
Une étincelle que Libertée repéra, et qui lui mit un coup de pied dans le ventre. Non, dans la gorge, car un nœud s’y noua. En écho à la lumière dans le regard du garçon.

Ombre et obscurité.
Lumière et luminosité.

Elle avait envie de s’avancer vers Seth, de glisser ses doigts sur son épaule pour l’encourager. Peut-être l’aider à choisir. Peut-être lui donner ce choix qu’il ne pensait pas avoir… Immobile, ils s’observaient tous les deux, et la marchombre se demanda un instant s’il avait compris.

La main de Gil autour de ses hanches la ramena à la réalité, et lui fit détourner le regard de l’adolescent. Immédiatement son air sérieux disparut pour faire place à un sourire béat, encore une fois. Levant les yeux vers Gil, elle contempla ses yeux vairons avant de déposer un baiser sur son menton recouvert d’une barbe de quelques jours – c’était bigrement sexy, et maintenant il savait qu’elle aimait ça et ne se rasait presque plus jamais de près.


- J’aime ce prénom. Comment peux-tu être sûre que c'est une fille ?

Un sourire énigmatique passa sur les lèvres de la marchombre, et elle enfouit son nez dans le cou de l’homme.

- Je ne sais pas. Je le sens, Gil. Ca doit être un truc à la mords-moi-le-nœud de marchombre ! lança-t-elle en pinçant le nez d’un air renfrogné, avant d’éclater d’un rire cristallin.

C’est l’instant que choisit Naïs pour reparaître enfin, et Libertée décida qu’elle n’allait pas se départir de ses humeurs. Mais malgré tout, son regard vogua de l’envoleuse à son fils, et elle ne put s’empêcher de prendre une petite inspiration contrariée.


- Je ne sais pas ce que vous comptez faire, mais moi, je vais récupérer mon fils.

- Pas trop tôt...


Donnant une petite tape sur l’épaule de l’envoleur, Lib se mordit l’intérieur de la joue pour ne pas éclater de rire à son expression. Mais elle se reconcentra sur la conversation, comprenant donc que c’était la fille de Samoan, qui avait tué son propre fils – le frère de Seth – qui voulait venger son père.
Mais les gens n’avaient aucune preuve de bon sens ou quoi ? Personne n’était équilibré mental dans toute cette foutaise !


- Radin.

Libertée ne put s’empêcher de glousser, et nota également que Gil avait réussi son coup de détendre un peu l’atmosphère.
Même si soudain, une sensation familière venait de l’envahir, enrobant son être d’une impression de sécurité. Fronçant les sourcils, elle chercha du regard, sans rien trouver, et finit par hausser les épaules.
Elle verrait bien.


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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Mar 23 Déc 2014, 22:02

- Promets-moi de ne rien faire d’inconsidéré. Un soupir de soulagement passa les lèvres de Pan, alors qu’il fermait les yeux. Il n’attendait que cela, qu’une réponse de ce type, une réponse qui le rassurerait un minimum. Que pouvait-il attendre d’autre de Naïs ? Il l’aimait trop pour lui demander autre chose, pour attendre autre chose d’elle que de profiter de la vie comme elle l’entendait. Mais de profiter de la vie, bon sang !
Je ne veux pas d’une vie si tu n’en fais pas partie. Il eut un pauvre sourire en posant son regard dans les yeux de Naïs. Et lui alors !
Par contre, j’ai deux mots à dire à Gil avant d’aller cherche notre fils si tu veux bien
Elle réussit à lui tirer un sourire, avec sa moue adorable mais agacée, et Pan ne put que hocher doucement la tête. Il n’eut même pas la force ou le courage d’essayer de retenir Naïs juste contre lui.

Vidé de son énergie, il avait l’impression de mourir à petit feu lui aussi.
Il l’aimait, tellement ! Il ne pouvait pas lui en vouloir d’être centrée sur elle-même, c’était ainsi qu’il l’aimait, belle, sauvage et inaccessible. Mais à côté de ça, dans des moments pareils, lui aussi souffrait. Et il ne voulait pas le lui dire. Déjà, parce qu’il était conscient qu’elle le savait, et ensuite parce que c’était le meilleur moyen de la faire fuir, non ?
Elle fuyait toute forme d’engagement depuis qu’il la connaissait. À cause de son passé, de ces expériences désastreuses – Samoan, et sa famille qui venait encore en avoir après elle ; et Gil – mais lui avait tellement envie de construire une vie entière avec elle !

Prenant une grande inspiration pour se calmer et relativiser, Pan observa Naïs qui avait entraîné Gil à l’écart pour… lui faire des remontrances ? Ce qui était sûr, c’était que l’homme ne semblait pas connecté du coup à la conversation, vu l’expression béate de son visage. Ou presque.
Fronçant les sourcils, Pan ne comprit pas du tout l’attitude de l’autre Envoleur, mais par contre il vit très bien Naïs s’en aller en courant dans les rues non loin, pour y disparaître.
Alors qu’il allait la suivre, Atal l’arrêta d’un mouvement léger de la main, mais surtout d’un regard.

- Non. Laissons-la seule un moment, j’irai la chercher.

Se mordant l’intérieur de la joue, Pan poussa un long soupir, fermant les yeux. Serrant et desserrant les poings, il sentit des fourmis lui courir le long des avant-bras et essaya de juguler ses émotions trop fortes… Mais tout son corps le démangeait.
Alors, il fit la seule chose qu’il pouvait s’autoriser : il frappa dans un mur.
Fort. Et lâchant toute sa puissance, sans se rendre compte à quel point il venait de concentrer l’énergie de sa greffe en un point très précis.

Le mur explosa.
Littéralement.
Les blocs de pierre se déchaussèrent, se brisèrent, et une poussière opaque monta de l’écroulement du bâtiment à côté de lui. Soufflant longuement, il s’éloigna à grands pas.


§§


Ses doigts pianotaient d’une puissance contenue sur le bord de la table en bois massif, la faisant vibrer régulièrement. Il avait mal au crâne, il puait la bière. Il le savait. Mais il n’avait pas pu s’en empêcher. Il fallait bien qu’il jugule d’une manière ou d’une autre tout ça !
Grommelant tout seul, et surtout parce que ni Atal ni Seth n’osaient l’embêter, et si Gil s’amusait à lui parler, il lui en retournerait une !

Soudain, la porte de l’auberge s’ouvrit, découvrant Naïs.
Un soupir de soulagement passa ses lèvres, alors qu’elle se dirigeait directement vers lui pour mettre sa main dans la sienne. Cela lui gonfla le cœur un instant.

- Je ne sais pas ce que vous comptez faire, mais moi, je vais récupérer mon fils .

Haussant les sourcils, Pan poussa un petit soupir. Bon, au moins, il n’y avait plus de malentendu : il allait avec elle. Et ils retrouveraient Makeno.
Il ne releva même pas la pique de Gil.

- Elle ne doit pas être très loin. Makeno n’est plus léger comme une plume, et surtout ça n’aurait aucun sens : elle veut qu’on la retrouve.


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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Dim 28 Déc 2014, 21:01

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

- « Tu veux me tuer, vas-y ! L’occasion ne se représentera peut-être pas… » incitais-je la jeune fille qui semble soudain hésiter « Venges-toi avant que le temps ne finisse par m’emporter avant que tu ne puisse t’en charger ! » la pressais-je presque, consciente de jouer à un jeu dangereux.
- « N’avance pas ! » menace Vélane, d’une voix empreinte de colère mêlée de peur.

Seule, face à la fille de Samoan, plus rien d’autre ne compte désormais que Makeno soit en sécurité. Et si je dois mourir pour qu’il puisse vivre en paix, alors je suis prête à affronter la mort la tête haute, avec fierté. Finit de me battre pour ma vie, chaque jour, chaque heure, chaque seconde. Finit d’aimer, de souffrir. Finit ! Alors pourquoi Vélane hésite-elle autant à détendre la corde de son arc pour laisser sa flèche fuser, se ficher dans mon cœur. Mes compagnons ne tarderaient plus me trouver et défoncer cette porte ; l’adolescente n’aurait alors plus jamais pareille occasion de venger son père et de mettre définitivement un terme à cette farce, qui avait assez duré. Mais alors que j’avance d’un pas, un gargouillis étouffé s’échappe de la gorge de la gamine. En un clignement de paupière, à peine, tout se déroule très vite sans que je ne réalise vraiment la gravité de la situation.



Quelques heures plus tôt


Malgré les questions qui subsistent, mon retour semble avoir ramené la bonne humeur au sein de notre petit groupe – sauf peut-être pour la marchombre dont le petit soupir dédaigneux ne m’échappe pas. Celle-là, elle ferait mieux de se regarder dans un miroir avant de donner de grandes leçons de remise en question. Soupirant imperceptiblement, je choisis d’ignorer superbement cette fille ; sans lâcher la main de Pan, je m’assoie sur le rebord de la table, dos à la marchombre et face à mes autres compagnons. Entortillant pensivement une mèche sombre autour de mon doigt, il me faut de longues secondes pour remettre de l’ordre dans mes idées. Toujours sur son perchoir, Atal croise les bras en silence, tandis que Seth s’appuie de manière nonchalante sur le dossier de la chaise de Gil. Je sens le regard des deux Envoleurs glisser sur ma peau, brûlant et presque pressant. Me mordant la lèvre inférieure, je relève la tête.

- « Cette gamine n’a ni l’expérience de son père, ni sa prudence » affirmais-je « Je ne suis certaine de rien, mais je ne serai pas étonnée qu’elle m’attende chez elle… » avouais-je.
- « Bien ! Qu’est-ce qu’on attend pour aller le vérifier alors ? » propose aussitôt Atal en bondissant presque sur ses jambes.
- « Une minute, j’ai jamais dit que ce serait si simple » répliquais-je d’un ton peut-être plus dur que je ne l’aurais voulu « En admettant que j’ai raison, on sera confronté à un comité d’accueil prêt à nous recevoir : les Vil’Vishyard ont toujours employés de redoutables combattants, parfois même des mercenaires. On ne risque pas de les impressionner ! » prévins-je, espérant sans doute décourager mes compagnons.
- « Au moins, ça ne nous changera pas par rapport à d’habitude… » gloussa Seth.

Levant les yeux au ciel d’un air agacé, je secoue toute seule la tête. Ni Atal, ni Seth ne semblent démordre de l’idée de foncer dans le tas ; à vrai dire, nous nous ressemblons considérablement sur ce point tous les trois – dans pareille situation, nous avons la fâcheuse tendance de nous précipiter d’abord et réfléchir ensuite. Or, pour une fois que j’avais mûrement échafaudé mon plan d’attaque – qui se résumait en fait à un pur suicide – je me confronte, là, à un véritable mur. Mais où était donc passée la Naïs d’autrefois, que personne n’aurait jamais eu l’affront de contredire ? Où était passé cette fille-là qui aurait refusé tout net qu’on lui tienne tête et aurait fait ce qu’elle aurait voulu ? Où s’était-elle cachée, celle qui n’aurait jamais flanché – ou du moins, celle qui n’aurait jamais laissé tomber le masque qui dissimulait ses peurs et ses douleurs ? Elle n’existait tout simplement plus ; et celle qui la remplace aujourd’hui doute de tout. Trahie et longtemps brisée au fond d’elle-même, avec son allure fière et sauvage, elle essaye de rester forte mais elle ne le pourra que si elle parvient à de nouveau accorder sa confiance, pleinement et totalement, en faisant taire les vieilles blessures qui la hantent depuis longtemps. Pinçant les lèvres dans une moue contrariée, je soupire un instant avant de bondir souplement sur mes pieds. Me tournant vers Gil, je le toise en silence durant de longues secondes.

- « Fait ce que tu veux, je m’en fiche » lâchais-je finalement d’une voix glaciale, qui en disait très long sur ma façon de penser.

Si mon regard d’or avait pu lancer réellement des éclairs, voilà longtemps que l’Envoleur ne serait plus qu’un petit tas de cendre insignifiant. Sans ajouter un mot de plus, j’entraîne Pan dans mon sillage. Pour sortir en trombe de la taverne qui ne désemplissait pas d’un chouia. Me mordant la lèvre inférieure presque jusqu’au sang, je sens les braises de ma colère se rallumer lentement au fond de moi. Dès le début cette journée avait mal commencé : d’abord j’avais appris quelques jours plus tôt que je suis touchée par une maladie incurable – et héréditaire de toute évidence puisque ma mère en était morte – ensuite, Makeno s’était fait enlevé juste sous mon nez, pour finir Gil débarquait avec sa petite amie marchombre enceinte jusqu’aux yeux. La cerise sur le gâteau ! Merveilleux, vraiment ! Quand je pense à toutes ces belles paroles, sa promesse d’être présent comme un frère, à défaut de ne pouvoir être un père. Et j’avais encore été assez idiote pour croire qu’il n’était simplement pas prêt. Sottises ! A présent que ce fils de Raï avait engrossé cette fille, il ne savait même plus comment il s’appelait – au point qu’il n’avait même pas eu l’honnêteté de me l’avouer en face. En vérité, c’était un lâche et un égoïste ; le pire c’est que ça faisait mal, que je perdais petit à petit toute confiance en moi-même, m’empêchant d’avancer sereinement avec Pan, mais comme une idiote, je persiste toujours à vouloir croire que Gil est différent – peut-être pour me rassurer, justement. Les doigts de Pan pressent délicatement ma main, me ramenant immédiatement à la réalité des ruelles de la capitale, sombres et désertes à cette heure avancée de la nuit.

- « Désolée, je suis un peu à cran… » m’excusais-je en haussant les épaules « Tu sais, j’ai croisé Gil il y a plusieurs semaines, ça doit remonter à trois mois, peut-être même quatre, je ne suis pas certaine » avouais-je en entremêlant mes doigts à ceux de l’Envoleur tandis que nous progressions vers les quartiers aisés de la ville « Si tu savais les grands discours qu’il m’a fait ! » ajoutais-je avec une pointe d’agacement « Je ne peux pas être un père mais je veux bien être un frère » imitais-je de façon plutôt théâtrale ce qui fit ricaner Pan « Mais l’enfoiré, il n’a même pas eu l’honnêteté de me dire que sa copine va avoir un gosse. Et bizarrement, ça ne lui pose pas de problème d’assumer ses responsabilités là » grinçais-je « Je sais que je peux compter sur toi, mais quelque part, en voulant croire que Gil était différent, je voulais me prouver qu’il n’y avait rien qui clochait chez moi. Que ce n’était pas entièrement de ma faute. C’était peut-être naïf… »

Passant une main dans mes cheveux, je laisse Pan m’attirer tout contre lui d’un geste tendre tandis que je pose doucement ma tête sur son épaule. Je voulais plus que tout au monde construire un avenir avec Pan – il était probablement l’homme le plus gentil, le plus doux, le plus calme, le plus compréhensif et attentionné que j’ai jamais rencontré – mais cette peur sourde qui pulsait au fond de moi, comme unique cicatrice de mon passé, m’empêchait d’avancer, me poussant à fuir et à blesser ceux que j’aime. Cependant, ils étaient tous là, toujours, tout le temps ; je ne méritais sûrement pas que l’on me pardonne si facilement. Que l’on me supporte. Que l’on m’apprécie. Que l’on m’aime.

A mesure que nous progressions vers les quartiers aisés, les rues s’élargissaient, devenant mieux éclairées et mieux entretenues. Pas un chat ne rôdait dehors, tout était incroyablement calme. Etant petite, je pensais toujours que des fêtes somptueuses animaient ces superbes demeures chaque soir. La petite fille que je fus aurait été tellement de déçue de constater que, malgré les dorures et les décors en marbre qui ornaient les façades, les nuits restaient désespérément silencieuses. De ce que j’avais appris grâce à Samoan, les fêtes et les bals n’étaient organisés qu’en de grandes occasions, car fort coûteux. L’espace d’un instant, je me surprends à imaginer la vie entre ces murs, prisonnières des bonnes manières, de codes et de gestes probablement superficiels. L’aristocratie était le monde du paraître, de l’apparence. Peut-être parce que je m’y étais déjà introduite par le passé, mes pas me guident sans mal jusqu’au palace des Vil’Vishyard. Grille fermée et étroitement surveillée de l’intérieur, hauts murs de pierres encerclent ce grand manoir. Lèvres pincées, je lève le menton comme pour jauger de la hauteur de ces murs, plus que jamais déterminée à récupérer mon fils. Me retournant pour faire face à Atal et Seth qui arrivent à leur tour, suivit de près par Gil et la marchombre.

- « Atal, arrange-toi pour toujours garder un œil sur Seth » demandais-je d’une voix grave.
- « Man’, je ne suis plus un petit garçon ! » protesta aussitôt Seth.
- « C’est comme ça et pas autrement Seth ! Comme si je n’étais pas assez morte d’inquiétude déjà ! » rétorquais-je d’un ton qui ne souffrait d’aucune réplique « Pan, trouve Makeno, je me charge de la fille » ajoutais-je d’une voix plus douce, en pressant sa grande main dans la mienne.

Ignorant parfaitement Gil et sa copine, je crochète une première prise et m’élève souplement le long du mur de pierre. En deux temps et trois mouvements, je m’assoie déjà au sommet dominant ainsi les deux gardes qui faisaient les cent pas de chaque côté du portail en fer forgé. Avec un sourire carnassier je bondis pour fondre littéralement sur l’un d’entre eux, telle une ombre mortelle. Une main sur la bouche de l’homme pour l’empêcher de crier, je lui brise la nuque d’un geste sec et précis avant même qu’il ne se rende compte de quoi que ce soit. Il était mort avant même de s’effondrer au sol dans un fracas métallique. Immédiatement alerté par le bruit, son acolyte s’approche avec méfiance.

- « Loam ? Tout va bien ? » murmure-t-il d’une voix légèrement tremblante.

Tapie dans l’ombre, telle une panthère à l’affût, je le laissais approcher. Si près que je pu clairement sentir sa surprise alors qu’il découvrait son camarade mort. Le malheureux n’eut pas le temps non plus de donner l’alerte, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, il gisait au sol à son tour, la gorge déchirée. La voie était libre.



La porte s’enfonce littéralement avec un grand fracas. Le temps presse. La corde de l’arc se détend soudain, vibrant dangereusement. J’ai à peine la force de tenir ma plume. Plusieurs voix s’élèvent dans l’air, comme un seul et même avertissement. Je n’ai plus beaucoup de temps. La flèche fuse. Quand tu trouveras cette lettre, je serai probablement déjà mort. Et la fille s’effondre lentement, morte avant même d’avoir touché le sol. Comme Louanne. La voix de Seth résonne dans l’air, déchirante. Comme Morgan. Je pourrais m’effacer de la trajectoire de la flèche d’un simple mouvement d’épaule. Ils n’ont pas eu le temps de souffrir, tu sais. Trop tard. Mais je n’avais pas ta force pour les protéger. Au moment même où je tente d’esquiver le mortel projectile, la pointe de fer s’enfonce profondément dans ma chair, juste au-dessus du cœur. Si seulement tu pouvais me pardonner…

La puissance de l’impact me coupe littéralement le souffle tandis que je vacille dangereusement. Il y a bien longtemps que j’aurais dû le faire. Les bras solides de Seth amortissent ma chute. Te révéler la vérité : sur ta mère, ton père. Chaque respiration devient une lutte, pourtant je n’ai pas mal. J’avais trop peur de te perdre. Je ne sens même plus rien du tout, c’en est presque agréable. Elle était d’une beauté sauvage, exotique, et toi, tu lui ressemble tellement. Les secondes s’étirent avec lenteur. Elle était malade depuis longtemps. J’avais l’impression de flotter sur un nuage de douceur. Elle vécut quelques semaines une passion intense. J’étais bien et pourtant, curieusement, je sentais que je m’enfonçais peu à peu. Je me souviens de ses yeux roses profonds étonnants. Je suis en train de m’éteindre et pourtant je n’ai pas peur. Je t’aime jusqu’aux étoiles, et plus encore. Les voix autour de moi paraissent lointaines mais je trouve encore la force de sourire avant de fermer doucement les yeux.







[Je crois que je vais m'arrêter de compter le nombre de fois où ma petite Naïs frôle la mort - je crois qu'on est d'accord là dessus, elle bat tous les records xD En attendant, tâchez de me la sortir de là...]

__________________________________________




Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Lun 29 Déc 2014, 12:35

Le radin en question adressa discrètement à Gil un geste peu recommandable, lequel lui répondit pas un sourire gouailleur tandis que Pan, comme toujours le plus sérieux des trois hommes, émettait sa supposition sur le ravisseur de Makeno.

- Elle ne doit pas être très loin. Makeno n’est plus léger comme une plume, et surtout ça n’aurait aucun sens : elle veut qu’on la retrouve.

Naïs acquiesça gravement.

- Cette gamine n’a ni l’expérience de son père, ni sa prudence. Je ne suis certaine de rien, mais je ne serai pas étonnée qu’elle m’attende chez elle…
- Bien ! Qu’est-ce qu’on attend pour aller le vérifier alors ?
- Une minute, j’ai jamais dit que ce serait si simple.


Gil, qui avait esquissé un mouvement lorsqu’Atal avait proposé de se mettre en route sans plus attendre, laissa échapper un petit grognement agacé. Ils perdaient du temps. Naïs perdait du temps ! Il mourrait d’envie de la prendre par les épaules et la secouer comme un prunier pour le lui faire comprendre mais, quand il l’observa plus attentivement, assise sur la table, raide comme un piquet et le souffle court, il fronça les sourcils et resta immobile. Il connaissait suffisamment l’Envoleuse pour deviner que quelque chose ne tournait pas rond – hormis le fait que son plus jeune fils venait tout juste d’être enlevé par la progéniture de leur pire ennemi. De quoi as-tu peur, Naïs ? se demanda-t-il pensivement. Comme si elle l’avait entendu, la jeune femme se leva et se planta devant lui. Sur son visage fermé, il pouvait lire une franche détermination mais aussi une froideur qui ne lui était pas coutumière. Lorsqu’elle s’adressa à lui, son ton fut glacial.

- Fais ce que tu veux, je m’en fiche.

Gil lui tira la langue avant de se souvenir qu’aveugle, Naïs ne pouvait pas remarquer ce genre de détail.

- Tu ne me le dirais pas si tu t’en fichais réellement ! lui cria-t-il avant qu’elle disparaisse, Pan dans son sillage.

Il poussa un long soupir et passa une main dans ses cheveux désordonnés. D’ordinaire c’était lui qui se comportait comme un gamin qu’il fallait raisonner. Il n’avait pas l’habitude de chercher le dialogue avec une personne qui se mettait à réagir comme lui. C’était… déstabilisant. Perplexe, il échangea un regard avec Atal, et celui-ci haussa les épaules avant de se redresser à son tour.

- C’est jamais simple avec elle, tu le sais aussi bien que moi, murmura-t-il en passant près de Gil pour s’élancer sur les traces de sa sœur et de l’Envoleur aux cornes.

- Sans blague ? fit Gil dans un rictus désabusé.

Le coude de Seth lui caressa méchamment les côtes.

- T’es pas doué, tu sais ?
- Ecrase, morveux, marmonna Gil en glissant un bras autour de la taille de Libertée.

Ils sortirent ensemble de l’auberge et Gil repéra la chevelure sombre d’Atal dans la foule qui se mouvait lentement sur les larges pavés de la rue. Seth les suivait de près et poursuivait sur sa lancée, visiblement désireux d’aider son frère de cœur.

- Quand ma mère est dans cet état-là, c’est pas la peine de discuter. Les paroles sont à peu près aussi utiles que des morceaux de coton que tu lui jetterais à la figure.
- Et qu’est-ce que tu suggères alors, monsieur « Je-sais-tout » ?
- La méthode forte : un duel à armes égales.


Gil laissa échapper un petit rire mais Seth poursuivit vaille que vaille :

- Vous êtes des Envoleurs tous les deux, vous devez régler cette histoire à la dure. C’est le seul moyen de faire entendre raison à maman. Elle aime Pan, vous savez ? Elle l’aime vraiment, et moi aussi je l’aime bien. Il est un peu bizarre parfois, mais ce type est super fort et en plus, il a des cornes.

Gil porta machinalement une main à son front et repoussa une pointe de jalousie qui cherchait à le piquer comme une abeille en colère. Il glissa une mèche derrière son oreille et jeta un coup d’œil en direction de Seth, attendant la suite.

- Elle sait très bien qu’elle ne pourra plus jamais être avec toi… comme avant. Je pense même qu’elle en est soulagée. C’est dingue, je sais, mais il n’y a rien de plus dur que de choisir entre deux personnes qu’on aime. Et maman, elle aime Pan. Toi, tu aimes Lib.

Un sourire effleura les lèvres de Gil. Malgré tous les efforts que Naïs déployait pour ignorer la marchombre, Seth semblait avoir adopté Libertée jusqu’à l’appeler par son diminutif. Ce gosse était vraiment spécial.

- Dooonc, la solution se trouve dans un duel. Vous vous refaites le portrait, ça lui fera du bien autant qu’à toi, il n’y aura plus de tensions et tout rentrera dans l’ordre. Bien sûr, ce sera moi l’arbitre.
- Futé, non ?
fit Gil en décochant un clin d’œil amusé à Libertée.

Il tendit la main et ébouriffa tendrement les cheveux de Seth avant de l’attirer brièvement contre lui.

- Merci bonhomme, souffla-t-il avant que le garçon se glisse sous son bras pour lui échapper.

Gil s’arrêta à quelques mètres d’Atal et leva les yeux sur l’imposante bâtisse qui se dressait devant eux. La demeure des Vil’Vishyard. Il laissa échapper un sifflement admiratif.

- Et ben, tu parles d’une baraque…
- Atal, arrange-toi pour garder un œil sur Seth,
ordonna Naïs.

Elle avait toujours ce ton froid et distant qui agaçait profondément Gil, et celui-ci fixa le dos de l’Envoleuse en plissant les yeux. Après avoir râlé parce qu’il détestait de plus en plus qu’on le prenne pour un enfant, Seth se retourna et fit signe à Gil avant d’écraser son poing droit dans sa paume gauche. Le duel. Ouais, c’est peut-être pas une si mauvaise idée, gamin…

- Pan, trouve Makeno, je me charge de la fille.

Déjà Naïs s’élançait à l’assaut du mur d’enceinte, plus souple qu’un chat et plus légère qu’une plume. Mais Gil s’arracha à la contemplation de son escalade pour se tourner vers Libertée. Il l’attrapa par la nuque et écrasa ses lèvres sur les siennes, refoulant dans ce baiser la peur qui sommeillait dans son ventre à l’idée de la laisser se jeter dans une telle aventure alors qu’elle attendait leur fille.

- Sois prudente, murmura-t-il en pressant son front contre le sien, les enfermant pour quelques précieuses secondes dans leur bulle d’amour et de sérénité. Je t’aime.

Il n’était plus étonné de constater que ces trois jaillissent avec une telle facilité de ses lèvres. Cette femme était son monde désormais, il n’avait plus aucune raison d’avoir peur de lui dire quoi que ce soit. Il l’embrassa encore une fois puis se détourna et s’élança à son tour sur la paroi verticale, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. Son amour pour Libertée le rendait définitivement plus fort mentalement parlant : il était prêt à la laisser se battre sans craindre de ne pas se trouver dans son sillage, parce qu’il admettait qu’elle n’avait pas besoin de lui. C’était une marchombre et elle était douée. Vraiment très douée. De plus, il savait que le petit haricot qui s’épanouissait en elle allait la contraindre à redoubler de prudence ; d’une certaine manière, ce bébé la protégeait mieux qu’il ne saurait le faire. Voilà pourquoi il se mit à grimper à toute vitesse, sans un regard en arrière, devinant la présence de sa compagne sans avoir besoin de tourner la tête pour s’assurer qu’elle était bel et bien sur ses traces. Il laissa cependant glisser son regard vers Seth et haussa légèrement les sourcils en le voyant s’élever souplement contre le mur. Ses gestes étaient encore ceux d’un enfant qui cherche ses marques mais il avait une allure folle et, plus fou encore, n’avait besoin de personne pour l’aider dans cet exercice. Désormais complètement rassuré, Gil banda ses muscles et bondit sur la coursive au moment où Naïs se laissait tomber près des hommes qui gardaient la grille de l’entrée.

Un battement de cils et ils s’écroulèrent sans un bruit, la gorge ouverte et le visage figé dans la surprise la plus totale. Gil se laissa tomber à son tour de l’autre côté du mur et s’accroupit près des deux corps pour les soulager de leurs armes. Il glissa un couteau dans sa botte droite et un autre dans sa ceinture avant d’en lancer un en l’air, sur sa gauche, sans même lever les yeux. L’arme tournoya et tomba dans la main ouverte de Pan. Gil le regarda bifurquer pour prendre une autre direction que celle empruntée par Naïs. Il partait chercher Makeno, véritable colosse dont les cornes brillèrent un instant dans la lumière du soleil. Gil hocha imperceptiblement la tête. Il acceptait de laisser cet homme prendre la place qu’il n’avait pas su honorer. L’Envoleur aux yeux vairons se redressa et balaya rapidement les lieux du regard. Tout était calme. Une fontaine glougloutait tranquillement au milieu du patio ensoleillé et parfumé par les plantes qui poussaient à droite et à gauche. Harmonie des odeurs et des couleurs. Il remarqua même une enjôleuse d’Hulm avant de s’élancer sur la piste de gravier qui menait à une porte entrouverte. Naïs était passée par là. Gil poussa doucement la porte et s’engouffra dans le couloir.


*


Naïs avait raison : qui que puisse être la personne qui avait enlevé Makeno, elle n’était pas très prudente. Gil croisa peu de monde sur son chemin, des hommes qui n’avaient pas l’étoffe des mercenaires du Chaos. Très vite, il rattrapa Naïs : elle se battait quelques mètres plus loin avec l’efficacité redoutable qui la caractérisait si bien. Gil résista à l’envie de la rejoindre. En tant normal, c’est ce qu’il aurait fait, ne serait-ce que pour se mesurer à elle dans l’un de leurs défis complètement fous, mais les choses avaient changé. Ils n’étaient plus des enfants. Ils n’étaient plus amants. Ennemis, clamait le visage fermé de Naïs. Amis, insistait le regard bicolore de Gil. Il ne s’approcha pas davantage, se contentant de tenir en respect quelques gardes qui semblaient tenir à protéger les doubles portes devant lesquelles Naïs se battait. La fille de Samoan est là-dedans, réalisa-t-il. C’est alors qu’un pressentiment lui étreignit le cœur. Sourcils froncés, il commença à se rapprocher de Naïs. Il l’avait presque rattrapée lorsqu’elle trouva le moyen de s’engouffrer dans la salle.

- Naïs, attend !

Les doubles portes se refermèrent inexorablement. Etouffant un juron, Gil bondit, posa la main sur la poignée… et se baissa pour éviter la lame qui aurait du le décapiter. Sans lâcher la poignée de la porte, il se retourna et bloqua une nouvelle attaque. Son genou remonta brusquement pour frapper son adversaire au ventre et son poing, balancé en pleine figure, l’envoya au tapis l’instant suivant. Mais lorsque Gil se retourna pour ouvrir la porte, deux mains puissantes se posèrent sur ses épaules et le soulevèrent sans effort. Gil s’envola et s’écrasa contre une colonne subtilement entourée de lierre. Sonné, il vit non pas un mais deux colosses s’approcher de lui à toute vitesse pour le soulever à nouveau et l’envoyer valser dans le décor. Cette fois il heurta la fontaine de plein fouet. Il se redressa péniblement sur ses genoux et cligna des yeux pour accommoder sa vision. Les deux colosses se fondirent en un mais, même seul, il restait franchement impressionnant. Pourquoi c’est toujours moi qui tombe sur ce genre de malade ? Gil retomba en arrière lorsque son imposant adversaire le frappa au visage. L’arrière de son crâne heurta la fontaine de granit et il sentit du sang envahir sa bouche. Mais lorsque l’armoire à glace se pencha pour poser ses deux mains sur le col de son tabard, Gil lui cracha un jet de salive mêlé de sang au visage et profita de cette distraction pour lui envoyer un méchant coup de tête. Ses dents s’entrechoquèrent sous le choc et sa vision se dédoubla à nouveau. Enfer, ça va faire mal… En écho à ses pensées le colosse le saisit par le col au moment où il se glissait sous son bras pour s’enfuir. Retour à la case départ. Gil embrassa de nouveau la fontaine, qu’il trouvait de moins en moins jolie, et se retrouva soudain la tête dans l’eau.

Oh, oh.

Il commença à se débattre pour se redresser mais une poigne de fer fit pression sur sa nuque, le maintenant sous la surface. Gil ouvrit les doigts, prêt à décocher une aiguille dans le ventre de cette ordure, mais celui-ci bloqua ses poignets et lui maintint les bras dans le dos. Dans cette position, il lui était impossible d’utiliser sa greffe ! Et il commençait à manquer d’air… Il commençait à tourner de l’œil lorsque la formidable pression qui pesait sur lui disparut soudain. Une main plus légère l’empoigna par le col et le tira en arrière. Gil bascula sur les graviers et roula sur le côté, toussant et crachant l’eau qui remplissait ses poumons. A quatre pattes près de la fontaine, il leva les yeux vers Atal. Celui-ci récupéra sa lame, fichée dans la nuque du colosse, épousseta nonchalamment sa tunique et tendit la main à Gil.

- Tu penses toujours que je suis radin ? lança-t-il, moqueur, tout en aidant l’Envoleur à se remettre sur ses jambes.

Celui-ci n’était pas encore capable d’articuler un son, aussi se contenta-t-il d’asséner une claque mouillée dans le dos de son ami. Seth les dépassa en courant, droit vers les doubles portes toujours closes. Abandonnant Atal, Gil le suivit en titubant légèrement. Il rattrapa le garçon au moment où celui-ci entrait dans la pièce. Alors, tout se déroula très vite. Ou très lentement, selon l’angle de vue de chacun. Gil eut l’impression que son corps agissait plus vite que son cerveau alors qu’en réalité, c’était l’inverse. Il tendit le bras et plaqua Seth contre le mur alors que son autre main décochait une aiguille de métal. La pointe mortelle fusa au ralenti, caressa la joue de Naïs, croisa une flèche qui filait dans l’autre sens, et termina sa course dans la gorge de la femme qui tenait un arc entre les mains. Seth se dégagea sans mal et se précipita vers Naïs, qu’il rattrapa dans les bras avant qu’elle s’écroule sur les dalles de marbre.

- Maman !!

Gil vacilla et s’adossa contre le mur. Juste à côté de son oreille, la flèche plantée dans le battant de la porte vibrait encore. Il s’en était fallu de peu pour qu’elle trouve sa cible dans la poitrine de Naïs. C’est ce qu’il se serait passé s’il n’avait pas agi aussi rapidement. Sa première aiguille était partie alors qu’il repoussait Seth contre le mur pour lui éviter d’être frappé par la flèche. Elle avait cueilli Naïs dans le dos et le choc l’avait fait bouger, juste assez pour que le trait mortel qui lui était destiné glisse près d’elle sans la toucher. Il s’en était fallu d’un cheveu et cette seule pensée assommait Gil. Il ferma les yeux et renversa la tête en arrière.

- Naïs !

Atal se jeta à genoux près de son neveu et écarta les cheveux du visage de Naïs. Elle ne bougeait pas. Un léger sourire sur les lèvres, elle gardait les yeux clos, comme si elle se moquait bien des appels désespérés de son frère et de son fils. Gil grogna quand ce fut lui qu’on interpela. Il secoua la tête pour reprendre contenance et s’approcha d’eux. Ses cheveux mouillés étaient plaqués en arrière sur son crâne et il avait la lèvre fendue. Encore une fois, Naïs et lui avaient servi de défouloirs aux méchants…

- Elle respire mais elle ne… Je ne sais pas si… balbutia Atal.

Gil s’accroupit lentement et posa une main sur le front de Naïs.

- Elle va s’en sortir.

La certitude qui vibrait dans ses paroles intrigua Seth et son oncle. Ils regardèrent Gil attraper Naïs dans ses bras et la soulever légèrement pour dégager la pointe de métal plantée dans son dos. Un peu de sang coula mais il pressa la main sur la blessure et secoua la tête.

- Naïs, espèce d’idiote, tu n’es pas morte. Tu m’entends ?
- Mais qu’est-ce que…
- Tu t’en doutais aussi, pas vrai ? On a tous compris que si Naïs croisait la mort pendant cette mission de sauvetage, elle la laisserait voler la victoire de cette maladie qui la ronge. J’ai bien cru que je n’allais pas réussir à réagir à temps, mais…


Il jeta l’aiguille de métal, qui roula sur le sol jusqu’aux pieds d’Atal.

- J’ai visé un muscle. Ça va lui faire mal et elle va probablement m’arracher la tête quand elle se réveillera, mais c’est toujours mieux qu’une flèche dans cœur, n’est-ce pas ?

Seth éclata de rire et essuya les larmes qui maculaient ses joues.

- Tu le fais exprès, ma parole ! Si tu arrêtais un peu de lui sauver la vie, elle te pardonnerait plus facilement…
- On ne la laissera pas t’arracher la tête,
renchérit Atal, visiblement soulagé. On t’en doit une belle sur ce coup-là, mon vieux.

Mais Gil secoua la tête.

- C’est pas terminé. Je ne sais pas où est passée Libertée et Pan n’est pas encore revenu avec Makeno.

Il voulu se redresser mais le poids de Naïs, entre ses bras, conjugué à la vague d’épuisement qui s’abattit brusquement sur lui, l’empêcha d’achever son geste.

- Allez-y, dit-il en réponse au regard interrogateur de Seth et Atal. Je vais attendre que Naïs se réveille. Une ou deux claques devraient suffire à lui redonner ses esprits.
- Tu crois que…
commença Atal, mais Seth lui tapota l’épaule dans un sourire espiègle.

- Maman et Gil vont se battre en duel. Ça s’annonce plutôt bien.
- Un duel ?
- Je prends les paris, si ça t’intéresse.


Atal leva les yeux au ciel, puis caressa du dos de la main la joue de sa sœur et croisa le regard de Gil.

- Vas-y, répéta ce dernier. Je veille sur elle.
- On ne sera pas longs.


Gil les regarda disparaître et resta un bref moment plongé dans ses pensées. Puis il frissonna et baissa les yeux pour observer Naïs. Qu’est-ce qui t’a pris, hein ? Pourquoi est-ce que tu n’as pas esquivé cette putain de flèche, Naïs ? Tu veux vraiment mourir ?? C’était inconcevable et pourtant, la réaction de la jeune femme en était la preuve. Persuadée d’être frappée par cette flèche, Naïs s’était évanouie et son inconscient réagissait comme si elle était réellement blessée. Son organisme s’était « mis en veille » et il n’était pas certain qu’une claque suffise à la faire sortir de sa léthargie. Peut-être qu’un petit plongeon dans la fontaine… Il soupira. Pour l’instant, il était très bien comme ça, assis par terre dans ce qui semblait être une salle de réception. Une vague nausée l’incitait à ne pas bouger. Sans doute le contrecoup du choc, à moins que le colosse ait tapé trop fort sur sa pauvre caboche. Quoi qu’il en soit, Gil et Naïs étaient coincés ici jusqu’au retour de leurs amis. Et ce n’était pas un mal.

- On discutera un peu quand tu te réveilleras, Princesse. J’ai quelque chose à te dire.

Si jamais elle l’entendait, il espérait que ses paroles éveilleraient sa curiosité. En attendant un quelconque signe de sa part, il s’installa dans une position plus confortable et ferma les yeux. La patience n’était pas son fort, surtout lorsque sa petite marchombre était en train de risquer sa vie et celle de leur enfant. Mais il n’avait pas le choix…

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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Mar 30 Déc 2014, 23:46

[ Wouhou, je me suis un peu emballée, si jamais y'a un problème, MP ! Razz ]



Hochant distraitement la tête à l’intervention de Pan qui disait que la fille de Samoan ne devait pas être très loin puisqu’elle voulait qu’on la retrouve, Lib essayait de percer cette sensation qui venait de la prendre dans le ventre, plus profondément que ne l’était le petit être qui y grandissait.
Elle la connaissait cette sensation. Elle la connaissait. Et même si elle essayait de ne pas y penser, de ne pas y faire attention, quelque chose la titillait, n’arrêtait pas de l’asticoter, et elle avait du mal à se concentrer sur ce qu’il se passait autour d’elle. Ou plutôt sur ce qu’il se passait entre ses compagnons.

Quand ils sortirent de l’auberge, la sensation était encore plus poignante.
Elle en était sûre : on les suivait. Mais ce n’était pas agressif, ni plein de mauvaises intentions… Non. Elle se sentait vraiment… apaisée. Rassurée. Alors qu’on les suivait.

Libertée avait remarqué que depuis que le bébé grandissait en elle et qu’elle pouvait sentir sa vie entre ses doigts, dans sa chair, son instinct était encore plus fiable qu’à l’accoutumée. C’était comme si son sixième sens s’était considérablement développé pour enrober son bébé et elle de sa force, et les garder en sécurité. Elle ressentait beaucoup de choses à des puissances qu’elle n’avait jamais senties auparavant, parfois à en vaciller ou à en être totalement désorientée. Mais elle s’était toujours appuyée sur cet instinct, sur ce sens dont elle ne connaissait pas la réelle teneur mais qui l’avait toujours poussée en avant, et surtout poussée à faire les bons choix.

Elle avait beau être prodigieusement agacée de l’attitude de Naïs, qui était en colère et haineuse envers Gil, certes, mais surtout qui faisait comme si elle n’existait pas. Cela, à la rigueur, elle pouvait faire avec. Mais cette gamine capricieuse, juste par jalousie – parce que c’était purement de la jalousie, de la jalousie poussée à son extrême, où si elle ne pouvait pas obtenir ce qu’elle voulait, personne ne pouvait le faire – les trimballait encore tous dans son sillage.
Certes, il était juste hors de question qu’elle laisse Gil partir avec cette salope – parce que c’était ce qu’elle était : elle sautait sur tout ce qui bougeait en pensant que dès qu’un homme couchait avec elle, il lui appartenait ! et  le pire c’était qu’elle était même pas capable de voir que le problème venait d’elle, puisqu’il était carrément récurrent à tous les mecs dont elle était tombée enceinte ! C’était clair que faire des gosses dans le dos, ça plaisait jamais à personne !
Mais le pire, c’était qu’ils devaient aimer ça, être utilisés comme des poupées et se sacrifier pour sa cause, car ils en redemandaient à chaque fois ! A croire qu’elle leur faisait littéralement un lavage de cerveau pour qu’ils en perdent leur libre arbitre.

Enfin bon, Libertée avait beau être énervée, elle savait aussi que ses hormones jouaient beaucoup dans son humeur. Elle écouta d’une oreille distraite même le petit discours argumenté de Seth comme quoi Gil et Naïs devaient se péter la gueule mutuellement pour se réconcilier : et puis quoi encore ? Pour qu’ils rebaisent ensemble ? En mode
« c’était cool le corps à corps, on arrivait vachement mieux à communiquer ! »

Libertée réalisa qu’ils étaient dans les quartiers riches quand ils s’arrêtèrent devant le portail en fer d’une immense bâtisse, qui tira un sifflement d’admiration à Gil.


- Atal, arrange-toi pour garder un œil sur Seth.
-  Man’, je ne suis plus un petit garçon !


Un pincement de sourire étira les lèvres de Lib, qui se contenta de croiser les bras au-dessus de son ventre. Naïs donna encore quelques directives d’une voix froide et cassante, avant de se glisser sur le mur pour tuer les deux gardes et filer dans la maison.
Serrant  brièvement les mains de Gil quand il l’embrassa, elle lui répondit les mêmes mots en souriant, un instant encore déconnectée de ce qu’il se passait. Puis, elle vit l’Envoleur passer également par-dessus la muraille autour du jardin de la bâtisse, suivi par Atal, Pan, et Seth. Le regard de Lib se fixa sur le jeune garçon, et elle ne put s’empêcher de plisser le nez. Ses gestes étaient précis, mais manquaient encore d’assurance, et pourtant il était redoutable. Un petit sourire ironique passa sur les traits de Lib, qui se tourna soudain, les mains sur les hanches.


- Je sais que vous êtes là.


♥ ♥ ♥



Libertée avait tous les sens à l’affut.
Elle se dirigeait silencieusement mais résolument dans la bâtisse. Bâtisse qui était décorée selon des goûts aristocratiques, certes, mais beaucoup trop hautain et impersonnel pour elle. Elle préférait largement sa petite cabane sur pilotis qui s’étirait doucement sur un marais du Lac Chen.
Rassurée, sereine même, elle jouait avec son nouveau centre de gravité, qui semblait changer désormais à chaque fois que la petite bougeait dans son ventre. Un petit coup, comme le souffle d’une fée mais qui pourtant lui fit vibrer les entrailles, l’incita à poser ses doigts sur le sommet du rebond que formait la demoiselle, en souriant.


- Doucement, Suviyo. Tu ne voudrais pas déconcentrer maman ? lui murmura-t-elle doucement.

Un souffle rieur à sa droite fit tourner la tête à la marchombre et elle tira la langue à l’homme qui était juste là, les yeux brillants. D’un mouvement du menton, elle donna la direction des débris qui s’accumulaient dans certains couloirs, et passa à côté d’une fontaine défoncée, où quelques morceaux de tissus étaient accrochés.
* Le tabard de Gil *
Accélérant le pas, Libertée passa près d’une porte, et un souffle en écho attira son attention derrière le double battant. Son cœur accéléra, parce qu’elle pouvait reconnaître ce souffle entre mille.

Poussant doucement le battant, elle atterrit dans ce qui semblait être une pièce de réception, immense, avec des drapés rouges et dorés, parfois verts. Mais au milieu, il y avait…
Gil !
Le visage de Lib s’illumina.
Avant de virer à l’écarlate. Elle sentit tout son sang monter dans son visage, comme un récipient que l’on remplit trop d’un coup.

Gil !
Avec Naïs dans les bras !
Encore !

Mais alors qu’elle allait ouvrir la bouche pour crier, peut-être hurler, une main d’homme glissa sur ses épaules pour l’apaiser. Elle tourna vivement le visage vers lui, la mine tellement renfrognée qu’il se douta qu’elle allait devoir extérioriser cela. Mais il se contenta de sourire.
Avant de se décomposer à son tour en apercevant Naïs.


- Papa ? Papa, ça va ?

Les mains de l’homme s’affaissèrent sur ses épaules, et il s’éloigna d’elle pour s’approcher de l’envoleuse allongée dans les bras de Gil.
Ses doigts caressèrent avec une douceur extrême la joue de Naïs, et il fit glisser l’une de ses mèches derrière son oreille. Alors, le regard de Miïn chercha celui de Gil, puis de Lib, puis de Voëlle, qui s’était rapprochée de Lib pour la prendre dans ses bras elle aussi.

Le message silencieux qui passa entre eux valait sans doute mille mots, mais Libertée ne parlait pas leur langue. Elle sentit juste les doigts de sa mère serrer plus fort ses épaules.


- Tu lui ressembles tant… murmura-t-il en passa ses doigts sur l’angle de la mâchoire de Naïs.

- Hé ho ! Mais qu’est-ce qu’il y a bon sang ? Gil, pourquoi tu te retrouves encore tout seul avec elle ? demanda Libertée, sa voix montant encore dans les aigus à cause de sa colère, mais surtout parce qu’elle essayait de rester calme et que là… C’était pas facile du tout !

Du tout !

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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Mer 07 Jan 2015, 02:01

Au moins, Naïs était assez d’accord avec lui : la gamine voulait qu’on la retrouve, et elle ne devait en effet pas avoir la prudence ou la méfiance son défunt père. Et heureusement. Aussi, Pan ne fit-il que hocher la tête quand l’Envoleuse dit qu’elle ne serait pas étonnée que la fille l’attendît chez elle.
Et pour une fois, il était parfaitement d’accord avec Atal et son idée d’y aller, foncer tête baissée : il avait largement besoin de taper sur quelque chose, et autant que ça bouge et que ça crie ; au moins, c’était plus divertissant qu’un putain de mur.

- En admettant que j’ai raison, on sera confronté à un comité d’accueil prêt à nous recevoir : les Vil’Vishyard ont toujours employés de redoutables combattants, parfois même des mercenaires. On ne risque pas de les impressionner !

Pan ne put s’empêcher de pouffer en même temps que Seth, échangeant un clin d’œil avec lui. Décidément, ce gamin était comme sa mère ! Il ne comprenait qu’à moitié pourquoi Naïs ne voulait pas qu’ils se jettent dans la gueule du loup ; il pensait que c’était encore pour les protéger alors qu’ils n’avaient pas besoin de ça : après tout, c’était elle qui devait être protégée, car c’était toujours elle qui se fourrait dans les ennuis… Non, qui se faisait submergée par les problèmes, en fait. Parce qu’elle ne demandait pas trop, au contraire, généralement Pan avait l’impression qu’elle les attirait comme une lumière attire les papillons de nuit.

L’Envoleur ne put d’ailleurs pas s’empêcher de lever les yeux au ciel quand Naïs cracha à Gil qu’il faisait ce qu’il voulait, elle n’en avait que faire : il savait parfaitement que c’était faux, tout comme Naïs au fond. Et sans doute comme Gil aussi, puisqu’il lui répondit exactement ce que l’homme aux cornes pensait.
Suivant la jeune femme, Pan poussa un léger soupir. Il avait du mal à la suivre là tout de suite, et la douleur dans son ventre – après tout, elle lui avait jeté qu’elle risquait de mourir d’un instant à l’autre… mais pas dans un combat ! c’était sans doute le plus difficile à accepter pour lui – embrasait sa colère et son besoin de taper sur quelque chose. Parce qu’il n’avait pas envie de s’énerver contre Naïs, qui avait besoin de lui et de son calme, il le savait.

- Désolée, je suis un peu à cran… Tu sais, j’ai croisé Gil il y a plusieurs semaines, ça doit remonter à trois mois, peut-être même quatre, je ne suis pas certaine. Si tu savais les grands discours qu’il m’a fait ! « Je ne peux pas être un père mais je veux bien être un frère. » Mais l’enfoiré, il n’a même pas eu l’honnêteté de me dire que sa copine va avoir un gosse. Et bizarrement, ça ne lui pose pas de problème d’assumer ses responsabilités là. Je sais que je peux compter sur toi, mais quelque part, en voulant croire que Gil était différent, je voulais me prouver qu’il n’y avait rien qui clochait chez moi. Que ce n’était pas entièrement de ma faute. C’était peut-être naïf…

Le colosse aux cornes poussa un soupir.

- Ce n’est pas contre toi, mais tu sais, je pense que la relation entre toi et Gil est un peu trop passionnelle. Ca ne cesse d’osciller entre l’amour et la haine. Ce type de relation détruit à petit feu, jusqu’à ce que l’un des deux craque, dit-il doucement. Réfléchis-y : est-ce que c’est Gil qui t’attire, ou ce qu’il pourrait être ? faisant une pause, Pan haussa les épaules tout seul. L’amitié ou l’amour, cela se résume à accepter l’autre tel qu’il est. Pas à le façonner à la manière dont on voudrait qu’il soit. Enfin, c’est mon avis, ajouta-t-il doucement en portant le dos de la main de Naïs à ses lèvres pour l’embrasser, et ainsi atténuer sans doute un peu la dureté de ses paroles.


§§


Un crâne explose littéralement sous l’impact d’une large massue. Le sang gicle, et Pan ne peut s’empêcher de sourire alors que quelques tâches rouges s’écrasent sur sa joue gauche. Il a récupéré l’arme sur un homme quelques minutes plus tôt, et se dirige rapidement dans les couloirs de la grande bâtisse.

L’avantage d’être un colosse doublé d’une tête garnie d’immenses cornes, c’est que tous les gens que l’on croise restent figés une ou deux secondes, surpris, et cela suffit largement à décimer ces importuns qui tentent de barrer la route.

En même temps, cela a aussi l’avantage de donner la direction de la position de Makeno : à chaque intersection, il cherche les gardes. Et il les trouve. Et il les tue. Facile, non ? Parfois, il prend le temps de les effrayer suffisamment pour qu’ils donnent une direction plus précise, avant de les balancer durement contre les murs, leur brisant les cervicales au passage.

Soudain, il arriva au bout d’un couloir, avec une seule immense double porte.
Jetant un coup d’œil dans son dos, il contempla une seconde les cadavres derrière lui, avant de hausser les épaules et de pousser la porte doucement.
À l’intérieur, la pièce est tout simplement immense. Tapissé de tentures rouges et dorées, aux étagères chargées de bibelots en tout genre ainsi qu’en livres, l’espace semble à la fois confiné et spacieux. Chaque meuble, taillé dans un bois très foncé, ressort élégamment sur le rouge qui domine dans la salle.

Une série de sons bien particuliers attire son attention, mais Pan reste figé.
Oui, c’est clairement les babillements enfantins de Makeno qui résonnent dans la pièce. Plissant les yeux, l’Envoleur se déplaça lentement en explorant tous les recoins des yeux, avant d’enfin pouvoir apercevoir l’enfant en chair et en os. Soulagé, il s’avança vers lui lentement, mais aucune menace n’était perceptible. Pourquoi auraient-il laissé le petit sans surveillance ?

Alors qu’il se posait cette question presque saugrenue, un léger bruit, infime même, attira son attention sur la droite. Un réflexe improbable le fit se jeter en arrière pour rouler sur une épaule, emporté par le poids de ses cornes, mais une douleur cuisante traversa son bras. Une longue flèche noire était fichée dans son épaule, pile sous la coiffe des rotateurs.
Son bras ne répondait plus.
Serrant les dents et jurant dans sa barbe, le colosse se redressa vivement, pour charger directement l’endroit d’où était sortie la flèche. Un son rauque sorti de sa poitrine, chant de guerre, alors qu’enfin il voyait le visage de l’archer. Qui disparut soudain, déchiré et enfoncé par le bout de sa corne droite, alors qu’il secouait la tête et décapitait tout simplement l’homme.

Prenant une grande inspiration, Pan ferma les yeux un instant pour juguler l’intense douleur qui venait de son épaule. Impossible de retirer la flèche, il risquait de faire plus de dégâts qu’il n’y en avait déjà, et surtout d’avoir une hémorragie, alors que là il ne saignait qu’un peu.
Relâchant son souffle, l’Envoleur s’avança vers Makeno qui se trouvait derrière les barreaux d’un parc d’enfant, et l’attrapa sous les épaules pour l’en sortir. Surveillant les environs, Pan s’accroupit sur le sol pour dire au petit :

- Tu montes ? Et surtout, accroche-toi bien bonhomme.

Ayant l’habitude de ce genre de jeu, Makeno grimpa habilement sur le dos de Pan avant de s’accrocher à ses cornes, un pied de chaque côté de son cou. C’était la manière la plus simple et la pluss sûre de déplacer le jeune enfant, car à une main, s’il devait le soulever, il ne pourrait plus vraiment se défendre si nécessaire.

Sortant rapidement de la salle, mais en faisant attention à ses mouvements de torse – entre Makeno et la flèche dans son épaule – Pan revint vers l’entrée, où il s’était séparé de Naïs et de tout le petit monde. En y réfléchissant, il ne se souvenait pas d’avoir vu Libertée entrer dans la maison ni de l’avoir vue dans la mêlée ; mais c’était sans doute un peu normal, avec son ventre rond et le bébé qui grandissait en elle.
Ce qui était certain, c’était que la beauté de la vie mettait toujours du baume au cœur de Pan, qui ne pouvait s’empêcher de se réjouir pour la Marchombre et Gil, quoi qu’en dise Naïs. Parce que c’était dans sa nature, et puis qu’il adorait les enfants.

- Hé Pan ! Makeno ! Vous allez bien ?

La voix de Seth rassura Pan, qui s’approcha de l’adolescent avec une ombre de sourire.

- Ca pourrait aller mieux. Tu veux bien prendre ton frère ?

Le garçon ne protesta pas, au contraire, il serra son petit frère contre lui très fort, heureux de le retrouver en bonne santé. Mais Atal avait bien remarqué la flèche dans l’épaule de Pan.

- Et bien mon ami, cette flèche est plantée au mauvais endroit…
- Oui, mais je l’enlèverai quand je serai sûr qu’on a de quoi me soigner. Comment va Naïs ?


Les deux échangèrent un regard qui en disaient long, mais avant que Pan n’ai pu se renfrogner, Seth le rassura en lui disant qu’elle était choquée et pas réveillée, mais qu’elle n’avait rien de trop grave.

- Gil est avec elle.

Prenant une grande inspiration, Pan se mordit la langue, avant de lancer qu’il aimerait retrouver ces deux-là rapidement ! La petite famille le dirigea dans la maison qu’il ne connaissait pas, slalomant entre les cadavres pour se frayer un chemin. Il y avait eu de la casse, entre tous ces Envoleurs !

Ils arrivèrent bientôt près d’une fontaine explosée, et d’une porte ouverte sur une sorte de salle de réception.

Un homme était penché sur Naïs. Un homme que Pan ne connaissait pas, et qui avait dans son regard cette tendresse infinie que parfois on peut croiser.
Sauf que l’Envoleur n’était plus du tout d’humeur, et qu’il sentit la colère s’embraser littéralement en lui. S’avançant d’un pas lourd vers l’homme, il se planta devant lui en plantant ses poings sur ses hanches.
Mais alors qu’il allait ouvrir la bouche, la voix de Libertée s’éleva.

- Papa ? Papa, ça va ?

Pan vacilla, mais sans doute pas autant que Seth et Atal, complètement médusés.

-  Hé ho ! Mais qu’est-ce qu’il y a bon sang ? Gil, pourquoi tu te retrouves encore tout seul avec elle ?

Là, tout de suite, il était complètement d’accord avec Libertée ! Mais il ne put s’empêcher de détailler la femme qui tenait la Marchombre par les épaules, ainsi que l’homme penché sur Naïs. Le père, et sans doute la mère de Lib, apparemment.

Qu’est-ce qu’ils faisaient là ?
Et pourquoi l’homme semblait-il connaître Naïs ?

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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Jeu 08 Jan 2015, 22:06

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Fermer les yeux. Et me laisser aller. Ne plus rien entendre. Ne plus rien sentir, ressentir. Partir. Juste partir, sans aucun regret. Si seulement les choses avaient pu être aussi simples. Cette flèche aurait dû me transpercer. Me tuer. Mais tout semble si réel autour de moi, jusqu’aux légers battements de mon cœur. Jusqu’à ces bras qui me soutiennent et ces doigts qui effleurent ma joue dans un geste de tendresse. Cette voix à la fois si lointaine et perceptible, si forte et si douce. Tu lui ressemble tant. Ces mots résonnent comme un écho étrangement familier au fond de moi. Tu lui ressemble tellement. Thiméo avait écrit presque exactement les mêmes mots, noirs sur blancs, avant de mourir. Il me l’avait aussi souvent répété. Troublée, je garde un instant les yeux clos. Imaëlle n’avait jamais quitté son île et n’avait connu que peu d’homme lorsqu’elle est tombée enceinte. Lehane ne m’avait pas précisé grand-chose à propos de cet homme qui serait supposément mon père, si ce n’est qu’il était marchombre et qu’il avait une famille. Je me souviens clairement de ses yeux roses profonds étonnants. Sursautant presque en réalisant que rien que la possibilité d’avoir connu Imaëlle était si faible, je me redresse soudain, retenant l’homme par le bras.

- « Vous » lâchais-je dans un murmure à peine audible « C’est vous l’homme aux yeux roses ? » demandais-je d’une voix éraillée par le choc, la fatigue et l’anxiété.

Seul un profond silence me répond. Les regards se croisent, l’incompréhension plane dans l’air. L’homme hoche la tête doucement en silence et serre ma main dans la sienne. Une vague de nausée menace de me submerger et l’espace d’un instant, je me raccroche à Gil dans un réflexe – ainsi, c’est à lui que je dois la vie, je lui avais pourtant bien dit qu’il ne peut plus rien pour moi mais l’Envoleur s’entête à vouloir me sauver pour je ne sais quelle raison. Mon crâne menace littéralement d’exploser et je dois me forcer à inspirer longuement. Ce type a les yeux roses et il connaissait ma mère : cela fait évidemment beaucoup de coïncidences et il fallait qu’il débarque maintenant, au moment où je n’avais pas du tout la tête à me confronter à un énième problème.

- « Mamannnn ! » s’exclame soudain la petite voix de Makeno, tout enjoué et plein d’entrain, comme à son habitude.

Tournant immédiatement en direction de Pan, je soupire de soulagement alors que Seth et Atal débarquent à leur tour. De nouveau les regards se croisent, les mouvements se figent, chacun se jaugeant en silence, essayant de comprendre une situation improbable et compliquée. Au bout de quelques minutes infiniment longues, la remarque cinglante de Seth nous sort tous de notre léthargie.

- « Alors je ne sais pas ce qu’il se passe, ni pourquoi vous vous regardez dans le blanc des yeux, mais on ferait mieux de se tirer d’ici avant d’avoir d’autres problèmes, si vous voyez ce que je veux dire ! » s’exclama-t-il, immédiatement approuvé par Atal.



- « Bouge pas et serre les dents » prévient Atal d’une voix parfaitement calme.

La main posée sur l’épaule blessée de Pan, Atal saisit fermement la flèche entre ses doigts. Tandis qu’il glisse un tout petit instrument à l’intérieur de la blessure, je pose une main douce et rassurante sur l’épaule valide de l’Envoleur. Lèvres pincées, mon frère hoche un instant la tête, avant de retirer le long projectile de l’épaule de Pan d’un geste sec et précis. L’Envoleur ne lâche pas un son, pourtant je capte sa douleur comme si cela avait été la mienne. Atal émet soudain un petit rire victorieux et je n’ai aucun mal à imaginer cette petite lueur qui s’allume dans ses yeux lorsqu’il sourit.

- « Admirez et prenez-en de la graine » plaisante-t-il en tout en désolidarisant la pointe acérée de la tige.
- « Depuis quand tu sais faire ça toi ? » s’exclame Seth, médusé, avant de presser une serviette imbibée d’alcool sur l’épaule de Pan.
- « Depuis que j’ai dû m’improviser chirurgien pour l’un des informateurs de Nwëlla » explique Atal en haussant les épaules.
- « C’est bon à savoir » remarquais-je.
- « Ouais, enfin, je ne suis pas encore capable de faire des miracles, faut pas rêver non plus ! » rétorqua Atal d’un ton plein de reproche.

Parce qu’il avait complètement raison et que je l’avais bien cherché, cette fois-ci, à absolument vouloir affronter la mort en face, sans me soucier du mal que je pourrais causer autour de moi, je ne cherche pas à retenir mon frère qui quitte la pièce sans ajouter un mot de plus. Le silence que garde Seth en dit long également et je ne peux m’empêcher de me mordre la lèvre inférieure. Atal venaient l’un comme l’autre d’apprendre assez violemment cette maladie qui commence doucement à me ronger de l’intérieur. Cela faisait pratiquement quinze jours que j’étais au courant, et presque deux ans que je le soupçonnais. Pourtant, jamais je ne leur avais avoué quoi que ce soit. Ni aux uns, ni aux autres. Tout ça pourquoi ? Je pensais les protégeais ; en vérité, j’avais peur. Peur qu’ils me voient devenir un petit misérable. Peur de me voir devenir ce que je ne suis pas. Secouant la tête toute seule, j’adresse un sourire presque timide à Pan.

- « Qu’est-ce que je vais faire si tu deviens aussi imprudent que moi ? » plaisantais-je, en essayant de détendre l’atmosphère « Ou peut-être que je te porte la poisse, qui sais ? » ajoutais-je en levant les yeux au ciel.

Cela eut au moins l’effet de dérider Seth qui soupira, mi-figue mi-raisin.

- « Non, mais écoutez qui dit ça ! » réplique-t-il sur le ton de la plaisanterie « Man, tu crois que Miin est vraiment ton père ? » demande soudain Seth, d’un ton plus grave.
- « J’en sais rien Seth » mentis-je « Et même si c’était le cas, c’est Thiméo qui m’a élevée. On efface pas 35 ans de vie comme ça » expliquais-je, sans grande conviction.
- « De toute façon, je demandais juste comme ça » se justifia Seth en haussant les épaules « Vous venez, je meurs de faim ! Je sais bien qu’elle mange pour deux, mais il n’est pas question de laisser Lib tout rafler ! »

Alors que Seth parle de manger, mon estomac gargouille soudain méchamment, ce qui m’oblige à me rendre à l’évidence : je pourrais avaler un siffleur tellement j’ai les crocs. Le bruit de mon estomac criant au supplice me fait rigoler toute seule, mais je suis bientôt imitée par Seth et Pan. Me levant d’un bond, je tends une main à l’Envoleur pour l’aider à se relever tout en prenant soin de ne pas heurter son épaule déjà meurtrie. A peine arrivée dans l’immense salon de l’appartement de Nahomie – selon Atal, la mère de Nwëlla ne devait pas revenir avant quelques jours – le rire de Makeno s’élève dans l’air tandis que mon frère se moque gentiment de Gil.

- « Eh, ce n’est pas son oncle qu’il a demandé je te signale ! Et ça veut être père ! Démerdes-toi ! » s’esclaffe-t-il, tandis que Gil jure vertement.

Comme s’il n’avait pas mangé depuis huit jours, Seth se jette littéralement sur les petits fours. C’est presque si un couinement d’extase ne lui échappe pas alors qu’il engloutit le premier sans même prendre le temps de le mâcher correctement. Alors que je savoure à mon tour un morceau de charcuterie avec délice, les conversations se dissipent peu à peu et les regards se croisent de nouveau dans un silence presque gêné. Miin se racle soudain la gorge.

- « Et ta mère ? » se risque-t-il à demander en présence de sa compagne et de sa fille « Pourquoi est-ce qu’elle n’a jamais rien dit ? »
- « C’aurait été compliqué » soupirais-je en m’appuyant sur le fauteuil où s’était confortablement installé Pan « Elle est morte »
- « Oh » murmura-t-il pour seule réponse.
- « Je ne l’ai pas connue de toute façon… » tentais-je de rassurer.

Et c’était le cas. Même si Thiméo m’avait souvent parlé d’Imaëlle, et répété un nombre incalculable de fois que je lui ressemblais tellement, elle n’était en réalité pas plus qu’une étrangère. Elle était morte à ma naissance – et encore, elle avait eu la chance de vivre assez longtemps pour pouvoir me donner la vie. Je ne garde d’elle aucun souvenir. Rien. Rien du tout. Juste cette ressemblance troublante. Soudain, comme sortie de nulle part, une vague de douleur aigue me plie littéralement en deux. Ah ! Mon ami rêveur m’avait clairement prévenue que cela ne tarderait pas à arriver, ces crises de douleurs intenses – signe que la maladie se propageait lentement. La situation aurait été toute autre, j’aurais peut-être eu quelques années devant moi avant qu’elle ne se déclenche, ou plutôt ne s’intensifie. Me mordant la lèvre jusqu’au sang, je m’assoie sur l’accoudoir du fauteuil. Les yeux fermés, les mains posées sur mes genoux, je me force à respirer lentement. Voilà exactement ce que je voulais que personne ne voit : moi, partant en miettes.

- « Enfer, Moryqane me l’avait bien dit » trouvais-je la force d’articuler.  
- « Qu’est-ce qu’il t’a dit ? » questionne aussitôt Seth avant que je ne réalise mon erreur.

Et évidemment, ce n’en était pas une petite d’erreur ! Si je le leur avouais, ils allaient doublement me tuer pour avoir mis en danger une autre vie que la mienne. Une vie qui pourrait accélérer le processus de la maladie, m’achever, me tuer. Exactement comme ma mère. Pinçant les lèvres dans une moue légèrement contrariée, je croise les bras sur une réalité qui n’allait plus tarder à se voir. Gardant le silence, je les laisse tous mijoter dans l’incertitude.



[Je me suis un peu emballée aussi x)]

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Dernière édition par Naïs Jol le Lun 12 Jan 2015, 23:19, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Sam 10 Jan 2015, 06:28

[Naïs, "un peu emballée" avec toi c'est un euphémisme !
Lib, il semble que tu aies attribué à Mïin la couleur des paroles de Voëlle (si je me réfère au premier Rp où ils sont apparus) ; mais comme sa couleur originale est celle présentement utilisée pour Atal, je vous propose si toutefois vous souhaitiez faire intervenir Voëlle la couleur "darkmagenta] pour pouvoir quand même les différencier. A toi de voir, Lib, si cette modification te convient !
Pan : quel homme, non mais quel homme ! Si tu n'incarnais pas aussi Dolce et si Syn n'était pas aussi attachée à lui il y a longtemps qu'elle serait venue piquer Pan à Naïs xD]




Gil rouvrit les yeux en percevant un léger bruit dont l’intensité s’accroissait rapidement. Des pas ! Quelqu’un approchait de la salle dans laquelle Naïs et lui se trouvaient. Il modifia aussitôt sa position, dégageant l’un de ses bras de façon à pouvoir utiliser la force secrète de ses poignets et força ses muscles endoloris à se détendre pour être prêt à réagir au bon moment. Puis il attendit, l’Envoleuse toujours immobile contre lui. Mais l’attente fut de très courte durée et une silhouette se glissa entre les deux immenses battants de la porte, une silhouette qu’il identifia en une fraction de seconde. Libertée ! La Marchombre s’arrêta brusquement et sur le moment, Gil ne comprit pas pourquoi. Il s’était plutôt attendu à ce qu’elle se précipite vers lui et le prenne dans ses bras, s’inquiète de ses blessures et l’embrasse avec passion. Il réalisa seulement en voyant ses joues s’empourprer, signe infaillible d’une fureur immense, et baissa les yeux vers Naïs. Oh. Merde. Le voilà qui était pris en flagrant délit de… de quoi exactement ? Libertée pouvait-elle réellement lui reprocher de soutenir Naïs alors que celle-ci était inconsciente ? Certes, après ce qu’il avait fait endurer à la jeune femme sa méfiance était largement compréhensible. Mais même la méfiance avait ses limites et il avait l’impression que sa compagne était en train de les franchir. Fort de ce constant, Gil prit une profonde inspiration. Il s’apprêtait à lui couper l’herbe sous le pied en parlant le premier lorsque soudain, il se figea. Fauché en plein élan par l’irruption d’une deuxième personne dans la salle, suivi de près par une troisième. Et sa mâchoire se décrocha.

Saisi de surprise, il regarda Voëlle s’arrêter près de sa fille tandis que Mïin s’approchait de lui. Oooh merde. Pourquoi ne l’avait-il pas vue venir, celle-la ? Avait-il réellement cru qu’il pourrait entraîner Libertée au-devant du danger sans que ses parents le sachent ? Cela aurait pu fonctionner. Avec n’importe qui d’autre, cela aurait pu marcher… sauf que Mïin et Voëlle n’étaient pas n’importe qui. Il était un Marchombre. Elle était une Envoleuse. Antithèse parfaite et complémentarité absolue. Paradoxe bouleversant. Gil avait grandi et enterré son propre passé sans se douter qu’un jour il y serait de nouveau confronté ; le hasard s’était plu à lui faire un joli pied-de-nez et force était de constater qu’il n’y allait pas de main morte. Chaque fois qu’ils étaient tous les quatre réunis le danger était de la partie. La première fois que Gil avait rencontré les parents de Libertée, celle-ci avait été enlevée par un psychopathe… Pourtant, alors que Voëlle et Mïin avaient toutes les raisons du monde d’en vouloir à cet homme qui à lui seul était une menace pour la vie de leur fille, ils l’avaient accepté. Avec la gentillesse et la simplicité qui les caractérisait si bien. D’abord confus puis méfiant, Gil s’était petit à petit laisser apprivoiser par la patience et la générosité de ces deux-là. Ces deux belles personnes qui lui avaient accordé leur confiance sans la moindre hésitation. Voilà pourquoi Gil grimaça lorsque Mïin se pencha par-dessus son épaule : à force d’explorer les limites de cette confiance, il allait bien finir par les franchir et s’attirer les foudres du futur grand-père de son futur enfant !

- Tu lui ressemble tant…

Les yeux de Gil s’agrandirent de surprise. Mïin avait posé une main sur son épaule pour s’appuyé sur lui tandis que, de son autre main, il effleurait presque timidement le visage de Naïs. Mais qu’est-ce que… ?

- Hé ho ! intervint la voix sexy… et indubitablement furieuse de Libertée. Mais qu’est-ce qu’il y a bon sang ? Gil, pourquoi tu te retrouves encore tout seul avec elle ?

Sidéré qu’on l’interpelle sur une faute qu’en l’occurrence il était loin d’avoir commise, Gil sursauta et sentit sa mâchoire se décrocher une seconde fois. Sa répartie légendaire semblait avoir pris quelques vacances, probablement accompagnée d’une poignée de neurones anéantis par la violence du colosse qu’il avait affronté. Un formidable mal de crâne le tançait depuis plusieurs minutes, le poids mort de Naïs commençait à lui donner des crampes et la colère de Libertée n’arrangeait rien. Les hormones, avait expliqué Seren de son éternel ton placide la dernière fois qu’ils s’étaient croisés. Elles vont te faire morfler bien plus que tous les fils de Raïs que tu as pu affronter jusqu’ici ! Il fallait croire qu’une fois encore son ancien mentor avait eu raison… C’est alors qu’un mouvement, au fond de la salle, attira le regard de Gil. Qui s’assombrit davantage si cela était possible. Il soupira en dévisageant Pan, partagé entre le soulagement de découvrir Makeno juché sur ses larges épaules et le désespoir d’affronter désormais non pas un, mais deux amoureux transi ET jaloux.

- Mamannnn ! cria Makeno, l’empêchant d’avoir à répondre pour se tirer d’un bien mauvais pas.

Il baissa les yeux et cilla en s’apercevant que Naïs avait émergé de l’inconscience. Elle fixait Mïin de son regard aveugle et Gil savait qu’elle le voyait à sa manière. Il fut surpris du panel de sentiments contradictoires qu’il vit se succéder sur le visage de son amie. Il était à peu près certain que Mïin et elle se rencontraient et pourtant, il avait l’étrange impression que ces deux-là se connaissaient. Non. Qu’ils se reconnaissaient. Mais avant qu’il ait pu poser une question à ce sujet, Naïs eut un haut-le-cœur et il se redressa, faisant jouer ses muscles endoloris pour l’asseoir contre lui.

- Doucement, murmura-t-il.

Il glissa les doigts de sa main droite sous son épaisse chevelure et exerça une légère pression sur sa nuque tandis que les doigts de sa main gauche effectuaient le même geste sur le poignet de la jeune femme. Deux points précieux qu’il avait souvent manipulés avec Kaünis, la plupart du temps pour la sortir de l’évanouissement dans lequel il l’avait généralement plongée… C’était efficace. En quelques secondes il sentit les muscles de Naïs se détendre et devina ainsi que son malaise refluait. Seth choisit cet instant pour se manifester à son tour. Prononcée avec force et conviction, sa diatribe sembla sortir tout ce petit monde de sa léthargie : Atal saisit sa sœur par les épaules et l’aida à se remettre debout tandis que Mïin tendait une main vigoureuse à Gil. Celui-ci lui retourna un sourire reconnaissant, soulagé qu’en dépit de ses craintes le marchombre ne soit pas en colère contre lui. Sourire qui se transforma en grimace lorsque des doigts délicats pincèrent brusquement son oreille.

- Ça c’est pour avoir entraîné Libertée dans de sales histoires, fit Voëlle d’un ton que l’amusement adoucissait considérablement.
- Et ça pour avoir espéré t’en tirer sans dommages de notre part, ajouta Mïin en lui pinçant l’autre oreille.
- Aïe !!

Moins blessé que vexé, Gil s’éloigna en boitillant et en frottant ses oreilles sensibles. Il s’approcha ainsi de Pan, resté légèrement en retrait – comme toujours d’ailleurs. Ce type avait beau être un colosse à l’allure atypique, il était incroyablement discret. Il avait rendu Makeno à sa mère et se tenait bizarrement, une main pressée contre le haut de sa poitrine. Gil haussa un sourcil en découvrant l’empennage d’une flèche dépassant de la cuirasse de l’Envoleur.

- Joli, remarqua-t-il d’un ton gouailleur. Une nouvelle mode ?

L’amusement et non la moquerie pointait dans ses paroles, sa façon à lui de dédramatiser la chose et d’apporter son soutien à cet homme qui n’en avait pas vraiment besoin. Cela ne l’empêcha pas d’asséner une légère tape dans le dos de Pan, pas assez forte pour empirer son état mais suffisante pour lui arracher un grognement de douleur. Satisfait, Gil, chercha Libertée du regard. Sitôt trouvée il la rejoignit et l’enlaça puissamment dans ses bras. Il devina qu’elle allait prendre la parole et se l’accaparer sans lui laisser le loisir d’en placer une, alors il décida pour une fois de prendre les devants.

- Tais-toi, ordonna-t-il, la voix encore rauque.

Puis il l’embrassa.
Sauvagement.
Il ne s’interrompit que lorsqu’il sentit un goût de sang envahir sa bouche.

- Désolé, s’excusa-t-il en essuyant sa lèvre écorchée par son récent combat.
- On rentre, les enfants ! clama alors Atal en frappant dans ses mains. Y’a de la couture à faire alors bougez-vous et plus vite que ça !


*


Penché devant un petit meuble d’appoint, Gil observait avec fascination une collection de pierres aux tranchants irisés.

- Tu es vraiment sûr que la mère de Nwëlla ne va pas débarquer d’une minute à l’autre et nous trouver en train d’envahir sa demeure ?
- Etant donné qu’elle se trouve être en voyage au bord des grands Océans oui, j’en suis sûr,
rétorqua Atal en croquant dans un petit four avec délice. Maintenant, étant donné que tu attires les ennuis comme les mouches, ça ne m’étonnerait qu’à moitié de la voir débarquer ici…
- J’attire pas les mouches, idiot.

Mais les enfants, oui. Makeno s’était silencieusement approché des deux hommes qui discutaient dans un coin du vaste salon ; il attrapa le pantalon de Gil et tira doucement pour capter son attention.

- Gil ? Pipi !
- Hein ?
- Pipi !
- Ouais, alors heu… demande à tonton Atal, tu veux ?
- Eh, ce n’est pas son oncle qu’il a demandé je te signale !
s’écria l’interpelé en luttant vaillamment pour ne pas éclater de rire. Et ça veut être père ! Démerde-toi !

Gil laissa échapper une série de jurons qui lui valurent un regard courroucé de la part de Voëlle et il jugea bon de s’éloigner d’elle, ne serait-ce que pour préserver ses oreilles. Tenant Makeno par la main, il s’engagea au hasard dans un couloir et accompagna le petit garçon jusqu’aux toilettes, où il le laissa se débrouiller comme un grand en espérant vivement que son rôle allait s’en tenir à cette étape. Pendant ce temps il s’adossa au mur et croisa les mains derrière sa nuque. Il n’avait pas pu récupérer son tabard. Ce fou furieux de colosse l’avait littéralement réduit en charpie et il ne lui restait plus qu’à s’en trouver un neuf ; en attendant, Atal avait déniché pour une lui une chemise qu’il gardait ouverte sur sa poitrine et son ventre musclé, dévoilant une partie des meurtrissures qui constellaient son corps. Au bout de quelques secondes qui lui semblèrent plutôt des heures, Gil se rapprocha de la porte entrebâillée.

- C’est bon, tu as terminé ?
- Nan !!


L’Envoleur soupira, puis se passa une main dans les cheveux. C’est pas facile, concéda-t-il en retournant s’adosser au mur. Où Naïs trouvait-elle la patience d’élever deux garçons ? Où allait-il trouver la sienne lorsque Suviyo serait née ? Comme toujours lorsque cette pensée effleurait son esprit, Gil esquissa un sourire. Tant pis pour la patience et toutes ces questions qui le taraudaient régulièrement. Il ne désirait qu’une seule chose : pouvoir enfin tenir sa fille dans ses bras et lui procurer tout l’amour dont il était capable. Une pensée en entraînant une autre, son attention se tourna vers Libertée ; elle était troublée par les événements, même si elle déployait beaucoup d’efforts pour le cacher, et il s’inquiétait pour elle. C’était l’unique raison qui l’empêchait de l’emmener dans une chambre à l’étage pour lui prouver une fois encore qu’il l’aimait, elle, et personne d’autre sur cette terre.

- Fini !

Gil ne put retenir un soupir de soulagement en voyant que Makeno sortait de la salle d’eau correctement habillé. Au fond, ce n’était pas si terrible… Il attrapa l’enfant dans ses bras et se mit à le chatouiller. Voilà pourquoi le silence le frappa de plein fouet lorsqu’ils retournèrent dans le salon.

- J’ai manqué quelque chose ? demanda-t-il en libérant Makeno.

Et instinctivement son regard s’accrocha à celui de Libertée.

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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Jeu 22 Jan 2015, 17:48

[ Et /PAF/ ça a fait des choca... euh, une Libertée défigurée ? Razz ]






Quand Naïs se releva brusquement pour saisir le bras de son père, Libertée retint un couinement de frustration et d’incompréhension. Qu’est-ce qu’il se passait, vraiment ? Elle était sans doute trop perturbée pour comprendre seule, mais lorsqu’elle tourna son regard vers sa mère, elle finit par comprendre.
Parce que Voëlle avait le visage fermé, et les yeux si brillants. Parce qu’elle était aussi tendue qu’elle. Et à cause aussi de ce regard entre elle et Miïn.

Un mot traversa l’esprit de Libertée. Une fois, tout léger, et trop rapidement.
Puis une seconde fois, comme une plume qui redescent lentement vers le sol en quelques arabesques artistiques.
Demi-sœur.

Comment c’était possible ?!
Elles ne se ressemblaient en rien : rien que leur couleur de peau, de cheveux, d’iris… Et tellement opposées dans tout un tas de choses ! Non, Libertée n’avait pas le droit de  penser ainsi : après tout, elle aimait un envoleur, et ses parents étaient marchombre et envoleur. Cela ne voulait juste rien dire.

Une bouffée d’émotion particulièrement violente la traversa, faisant accélérer son cœur et lui monter le rouge au visage, surtout dans ses joues, qui prirent une teinte rose très soutenue, bien plus soutenue que celle de ses yeux. Tout son corps se contracta vivement, et seules les mains de sa mère sur ses épaules auraient pu la calmer.
Et c’est ce qu’elles firent.
En quelques petits mouvements précis et massages réguliers, elle parvint à la détendre suffisamment pour que Libertée se tourne vers elle, et se blottisse dans ses bras. Voëlle prit sa fille tout contre elle et posa ses lèvres sur son front, doucement. Tendrement.


- Mamannnn !

L’appel de Makeno pour sa mère les ramena toutes les deux à la réalité, et Libertée prit une grande inspiration, interrogeant son père du regard.

Rien que cet échange…
Non, il n’en savait rien avant ce jour.
Il les aimait toujours autant.
Naïs était plus âgée que Libertée d’au moins cinq ans.
Il la rassura rien que d’un regard, et la marchombre se sentit soudain plus à même de respirer normalement.

Et puis, tout se passa très rapidement, après le petit discours de Seth – qui avait encore une fois saisi l’occasion parfaite pour se faire entendre. Un sourire étira les lèvres de Libertée, alors qu’elle s’approchait de Gil. Atal avait relevé Naïs et Pan s’occupait d’elle aussi, donc elle pouvait bien retrouver l’envoleur, et son père.
Elle ne put s’empêcher d’éclater de rire quand ses parents prirent gentiment sa défense, et se blottit contre son père en lui plantant un baiser sur la joue.


- Je t’aime Papa. Merci.

Une étreinte,
Avant qu’il ne la pousse brusquement en avant, et cette fois-ci dans les bras de Gil, qui était revenue malgré les assauts de Voëlle et Miïn envers ses oreilles sensibles.

Mais alors qu’elle allait ouvrir la bouche, le
«  Tais-toi » résonna comme une douce musique à ses oreilles. Parce qu’elle était aussi consciente qu’elle allait trop loin des fois, mais que sur le coup, elle ne voyait pas d’autre solution, et ça montait, et elle réagissait en fonction de ses émotions instantanées. Et surtout parce qu’elle savait ce qui suivait ce genre de coup de gueule autoritaire.
Accueillant son baiser sauvage avec passion, elle se laissa emporter par l’instant. Oubliés, Papa et Maman juste à côté ; oubliés Pan et Naïs ; oublié Seth et Makeno !



♥ ♥ ♥



Assise dans un fauteuil de la maison dans laquelle Atal avait conduit tout le monde – la maison de ma mère de Nwëlla, apparemment – Libertée était en train de fermer les yeux, épuisée.
Pourtant, elle n’avait pas fait grand-chose, elle s’en rendait compte. Mais cette agitation la fatiguait énormément. Heureusement, ça s’était un peu calmé quand Atal avait dû se concentrer pour enlever la flèche de l’épaule de Pan, et il avait fait ça très efficacement.
Cela avait d’ailleurs rappelé à Lib la fois où elle avait cautérisé une méchante plaie à Gil. Cette fois précisément, oui, où il avait filé comme un voleur alors qu’elle était allée chasser ! Mais bon, elle ne lui en tenait pas rigueur, notamment parce qu’il avait laissé sa flûte, cette fois-là, signe pour elle qu’il avait quand même envie de la revoir.
* C’est chose faite !* pensa-t-elle joyeusement en passant sa main sur le sommet de son ventre rebondi.


- Vous venez, je meurs de faim ! Je sais bien qu’elle mange pour deux, mais il n’est pas question de laisser Lib tout rafler !

La concernée ne put s’empêcher de protester, mais sans grande vigueur : après tout, le garçon avait complètement raison, et elle avait déjà avalé une bonne partie de la nourriture… Faisant comme si de rien n’était, elle leva les yeux au ciel dans un petit sourire.
Sourire qui s’élargit quand Gil jura comme un charretier alors que Makeno lui demandait de l’accompagner pour faire pipi. Même si Lib voyait bien que ça ne plaisait pas à sa mère, elle ne put s’empêcher de rire joyeusement.


- Moi je suis d’accord avec Atal ! Et puis fais gaffe, avec une fille tu devras l’essuyer ! lança-t-elle joyeusement avant de rire encore une fois.

Mais alors que Gil partait avec le petit Makeno jusqu’aux toilettes, les conversations commencèrent à se dissiper. Libertée reconnaissait bien la contrariété de sa mère : même si elle ne le montrait pas, Voëlle avait raidit suffisamment sa nuque pour que ce soir largement perceptible par sa fille. Cependant, c’était le seul indice qui permettait de se rendre compte de son état d’esprit.

- Et ta mère ? Pourquoi est-ce qu’elle n’a jamais rien dit ?

- C’aurait été compliqué. Elle est morte. Je ne l’ai pas connue de toute façon…


Libertée relâcha sa respiration et leva les yeux vers sa mère, qui venait de se détendre complètement soudain. Un petit sourire étira les lèvres de la marchombre, quand elle songea qu’elle réagissait presque de la même manière que cette dernière. Non, en fait : elle était beaucoup plus impulsive et elle n’aurait sans doute pas gardé son calme aussi longtemps ! Quoique, elle faisait ça pour ne pas la perturber trop, elle, sa fille, qui était enceinte jusqu’aux dents : ça aurait pu être une mauvaise chose pour le bébé. Et Libertée lui en fut reconnaissante, mais elle attrapa malgré tout sa main pour lui montrer son soutien.

Oui, elle pouvait comprendre que sa mère soit soulagée : une belle-fille qui débarque comme ça, ça ne présage que des ennuis. Cependant, il était important de savoir que Voëlle était une envoleuse et que donc, même si elle n’avait jamais poussé Libertée à devenir soit envoleuse, soit marchombre, soit carrément autre chose, peut-être qu’elle avait moins de mal à appréhender la manière de penser de Naïs.
Enfin, ce n’était que des suppositions de la part de Libertée. Elle n’était pas dans la tête de sa mère non plus, et même si elle pouvait comprendre la plupart des choses, d’autres restaient inaccessibles à ses yeux ; peut-être par manque d’expérience, ou peut-être aussi parce qu’elle se protégeait.

Soudain tirée violemment de ses pensées par une réaction bizarre de Naïs – comme prise de soudaines douleurs violentes au ventre – Libertée haussa un sourcil. Elle avait voulu se lever, mais la main de sa mère la tint assise mieux que n’importe quelle chaîne.

Miïn se précipita vers Naïs, et Seth s’inquiéta de l’état de sa mère.


- Qu’est-ce qu’il t’a dit ?

Croisant le regard de Naïs, Libertée se prit un coup dans le ventre. Au sens littéral du terme comme au sens figuré. La petite chose dans son ventre commençait parfois à jouer des pieds et des mains, et elle le sentit comme si tout un univers venait de trembler de fond en comble.
Mais aussi cette lueur, dans le regard de l’envoleuse, lui donna un coup de pied dans la tête. Avant de lui tirer un petit sourire. Lançant un regard à son père, elle lut l’assentiment dans ses yeux.

Mais alors qu’elle allait ouvrir la bouche, Gil revint dans la pièce accompagné du petit garçon.

- J’ai manqué quelque chose ? demanda-t-il en cherchant le regard de Libertée. Cette dernière s’installa confortablement dans son fauteuil et eut un petit sourire en coin.

- Non, Naïs allait juste nous dire qu’elle est enceinte, apparemment.

Ou comment lancer un rocher dans la mare. [/i]

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Dim 25 Jan 2015, 21:51

- Bouge pas et serre les dents

Pan hocha la tête en lâchant un petit grognement d’assentiment. C’est particulièrement désagréable de sentir un corps étranger à l’intérieur de sa chair, notamment quand ce corps étranger promet un rétablissement pas instantanné. Heureusement, Naïs est juste là, à côté de lui, et sa main sur son bras l’apaise.
Elle est là.

Et malgré lui, ses pensées suivent un cours qui ne lui plait pas. Parce qu’elle avait dit qu’elle était malade, qu’elle était apparemment allée chez les Rêveurs pour en savoir plus.
A vrai dire, il aurait préféré ne pas savoir. Il en était certain.
Parce que depuis le début, il profitait de chaque instant auprès de l’Envoleuse comme si c’était le dernier. C’était sa manière d’être ; et surtout il ne pouvait pas l’imaginer comme acquise ou calme. Naïs était une casse-cou, et elle risquait sa vie à chaque mission. Cela lui suffisait pour en profiter au maximum, car depuis le début il était conscient qu’il n’y aurait pas forcément de lendemain.

Mais c’était encore pire de savoir qu’elle était malade.
Parce qu’elle avait l’air résignée. Et Naïs résignée, ce n’était plus vraiment Naïs, mais juste une ombre d’elle-même. Il le sentait déjà. Il le sentait déjà à cause de l’aiguille de Gil qui avait remplacé une flèche, et puis il la connaissait suffisamment pour savoir qu’elle se sentait elle-même perdue.

Hoquetant de surprise sous le coup de la douleur lorsque Atal lui enleva la flèche, il expira lentement, et leva les yeux vers l’homme avec un demi-sourire.

- Merci Atal. Tu te débrouilles comme un chef !
- Admirez et prenez-en de la graine !


Souriant un peu plus en retour à la plaisanterie du frère de Naïs, il posa sa main sur celle de cette dernière qui n’avait pas quitté son bras.

- Qu’est-ce que je vais faire si tu deviens aussi imprudent que moi ? Ou peut-être que je te porte la poisse, qui sais ?
- Non, mais écoutez qui dit ça !
- Et puis je n’ai pas été imprudent ! Juste… distrait.
 Man, tu crois que Miin est vraiment ton père ?


Pan tourna le visage vers l’homme qui était un peu plus loin, près de Libertée et de sa mère, Voëlle. Ces trois-là lui donnaient envie, c’était un fait ; il admettait être un peu jaloux. Ils étaient si différents et pourtant si proches, formant une famille unie et aimante. Presque paisible.

Presque, parce que la nouvelle semblait avoir autant ébranlé Miïn, Voëlle, Libertée ou Naïs.
Suite à la suggestion très tentante de Seth qui disait avoir faim, Pan se rendit compte que son estomac grognait lui aussi, et cela détourna ses pensées de la femme enceinte et de ses parents. Il prit même plusieurs plats, remplissant son assiette à ras bord, et devant le regard amusé de Seth, il lança :

- Hé, t’es peut-être en pleine croissance, mais moi je suis en plein rétablissement !

Souriant alors que le garçon éclatait de rire, il ne put s’empêcher de tendre l’oreille et de porter son attention sur Miïn qui venait de s’approcher de Naïs.

-  Et ta mère ? Pourquoi est-ce qu’elle n’a jamais rien dit ?
-  C’aurait été compliqué. Elle est morte.


Pan ne put retenir une légère grimace. Parce qu’il savait cela, et même si Naïs ne l’avait jamais connue personnellement, il se doutait qu’elle en avait une certaine représentation dans sa tête grâce à sa famille adoptive, en quelques sortes.

Mais soudain, cette dernière se plia en deux, Pan posa précipitamment son assiette pour la retenir au cas-où elle tombe. Miïn avait fait fait, et quand il croisa le regard de l’homme, l’Envoleur comprit que ce dernier était réellement inquiet pour Naïs, même s’il ne la connaissait qu’à peine. Était-ce cela, de sentir qui était le sang de notre sang ?

- Qu’est-ce qu’il t’a dit ?

Pan cligna des yeux un instant, et son coeur accéléra dans sa poitrine. Que se passait-il ? Était-ce la maladie qui progressait subitement ? Il ne vit même pas Gil entrer dans la pièce avec Makeno.

La voix de Libertée s’éleva, faisant exploser la gangue dans laquelle il était.

- Non, Naïs allait juste nous dire qu’elle est enceinte, apparemment.

- QUOI ?!
hurla Pan, complètement désemparé. Il chercha immédiatement le regard de Naïs, même si cette dernière ne pouvait pas vraiment le voir ; et puis, tout son corps se mit à trembler, et il serra les poings si fort que ses ongles entaillèrent ses paumes.

- Naïs, dis quelque chose ! la pressa-t-il d’une voix à la fois inquiète, beaucoup trop haute, et au timbre imprégné de colère.

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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: When violence causes silence [Lib, Pan, Gil]   Lun 26 Jan 2015, 03:03

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Alors que je retrouve peu à peu une respiration normale, tout se déroule très vite. La question de Seth reste encore en suspens dans l’air quelques secondes. Miin, apparemment inquiet, glisse une mèche derrière mon oreille d’une main tandis qu’il pose l’autre sur mon ventre encore plat. Et meeeerrrde ! Il venait de comprendre et un simple regard échangé avec Libertée – sa fille, ma demie sœur – suffit pour que la marchombre réalise à son tour la situation. Et évidemment, il fallait qu’elle ramène son grain de sel ! Je soupire d’exaspération la voix de de la jeune femme s’élève joyeusement pour annoncer que je suis enceinte, ce à quoi l’exclamation de Pan se teinte à la fois de surprise, d’inquiétude et de colère. Merveilleux ! Cette fille est vraiment incapable de réfléchir plus loin que le bout de son nez ! Une envie de meurtre brûle doucement au fond de moi, mais le silence tendu me ramène très vite à la réalité.  

- « Je le suis » murmurais-je en passant une main dans mes cheveux « Je suis enceinte »

En s’asseyant un peu trop brutalement sur la table sous l’effet de la surprise Seth manque de renverser toutes les assiettes. Rien que d’imaginer le petit sourire triomphant sur les lèvres de la marchombre, j’ai soudain très envie de lui tordre le cou. Si je n’avais rien dis, rien avoué à personne – pas même à Pan, pourtant le principal concerné – c’était parce que j’avais mes raisons ! Déjà, cette grossesse avait en quelque sorte accélérée l’apparition des symptômes – comme elle les avait aggravés pour Imaëlle. Ensuite, alors que la maladie commence à me ronger de l’intérieur, je ne suis même pas certaine de mener cet enfant à terme. Enfin, avoir ce bébé pouvait tout aussi bien me tuer, exactement comme ma mère. Si mes yeux avaient pu lancer des éclairs, il y a longtemps que Libertée aurait fini en petit tas de cendres insignifiant.

- « Hein ? C’est une blague là Naïs ? » intervint Atal avec une once de colère dans la voix « Non seulement tu risques ta vie, mais en plus celle de l’enfant que tu portes ! » s’emporte-t-il, coupant littéralement l’herbe sous le pied de Pan « Mais à quoi tu penses, merde ?! »

Pinçant les lèvres, je fronce un instant les sourcils, surprise que mon frère se mette à crier de la sorte. Aussi loin que remontent mes souvenirs, il ne s’était jamais mis en colère de la sorte, gardant un sang-froid que j’avais toujours admiré chez lui. Secouant toute seule la tête, je relève le menton.

- « Cet enfant, Atal, il peut aussi bien me tuer, comme Imaëlle » répliquais-je avec amertume en pesant chacun de mes mots.
- « Arrêtes, t’es plus forte que ça ! » rétorque aussitôt Atal d’un ton dur.
- « Je n’en sais rien » soupirais-je en me mordant la lèvre inférieure presque jusqu’au sang.

Parce qu’il n’y a rien de plus vrai. J’ignore totalement ce qui allait se passer, ni ce que j’allais devenir. Je sais juste que je meurs lentement et qu’il n’y rien que personne puisse faire contre cette fatalité. L’idée est insupportable que j’allais inévitablement devenir l’ombre de ce que j’avais été. C’est fou comme une foule de sentiments contradictoire lutte au fond de moi : d’un côté, je flippe à mort de finir seule et misérable tandis que de l’autre je ne veux pour rien au monde qu’ils me voient tous dépérir. Une boule se forme dans ma gorge tandis que Pan bout littéralement, tout prêt à exploser. Depuis que je le connais, lui non plus ne s’était jamais mis en colère. Et pourtant, aujourd’hui, tout vacille.

- « Et maintenant ? » lui demandais-je à Pan, en me tournant à peine vers lui « Tu vas faire quoi ? Me secouer ? Te mettre en colère pour avoir risqué ma vie et celle de notre enfant ? » questionnais-je avec une pointe d’appréhension « Ou alors tu vas partir, toi aussi ? Peut-être que c’est tout ce que je mérite au fond, non ? Quand on y réfléchit, à chaque fois que je me suis attachée à un homme, au point parfois d’en tomber amoureuse, c’est exactement comme ça que ça s’est terminé » ajoutais-je d’une voix vide, presque terrifiante.

Une vague d’émotions me tord les boyaux, m’englobant toute entière dans une bulle fragile au bord de l’explosion. J’avais oublié qu’être sans arrêt à fleur de peau fait partie intégrantes des joies de la grossesse – et ça ne m’avait pas trop manqué à vrai dire ! Quatre mois et demi que les hormones jouent avec mes nerfs, jour après jour, et le pire, c’est que c’est loin d’être fini ! Fermant un instant les yeux pour juguler les émotions qui menacent de me submerger, je déglutis avec difficulté.

- « Je ne sais pas ce que j’ai fait, je me le demande tous les jours. Surtout qu’apparemment je ne mérite ni respect » continuais-je en songeant un instant à Samoan « Ni honnêteté » achevais-je en tournant la tête vers Gil assez longtemps pour qu’il comprenne.
- « Naïs… » soupira Atal.

La voix vibrante et presque compatissante de mon frère fait remonter de nombreux souvenirs que j’aurais voulu garder enfouis pour l’éternité. Inspirant avec difficulté, je me lève brusquement et me précipite à la fenêtre pour laisser la brise d’hiver, fraîche et légère, effleurer mon visage.

- « Non, Atal, tais-toi ! » répliquais-je d’une voix rauque « Tu es toujours le premier à dire que je suis compliquée, mais tu devrais aussi te souvenir que J’AI enterré ceux qui m’ont élevé et aimé ainsi que mon fils. Morgan est mort parce que son père avait simplement décidé qu’un enfant de cinq mettait en danger sa réputation. Je peux encore sentir leur sang sur mes doigts » m’exclamais-je tandis que de chaudes larmes coulent désormais sur mon visage « Et Makeno ? » trouvais-je la force de demander à Gil en me tournant vers lui, toujours appuyé sur le rebord de la fenêtre « Qu’est-ce qu’il a de moins que le gosse de Lib ? Je ne voulais pas d'un autre gosse, pas plus que toi ! Je ne te demandais pas la lune, juste d’être présent pour lui. Parce que c’est qu’aurait fait un adulte responsable ! »

M’essuyant les yeux d’un revers de bras rageur, je relève le menton tandis que Miin s’approche doucement d’un pas hésitant. Sa main tendue, presque rassurante, achève de faire s’écrouler toutes mes murailles. Je recule, me dérobant à son contact.  

- « Mais par la sainte culotte de l’Empereur, arrêtez un peu d’essayer d’être compréhensifs ! Vous ne savez pas ce que ça fait de sentir son monde s’écrouler. Vous ne savez pas ce que ça fait d’être détruit de l’intérieur quand une partie de vous vole en éclats ! Vous ne savez pas l’effet que ça fait de perdre toute confiance en soi, ni à quel point ça fait mal de réapprendre à faire confiance, à aimer » hurlais-je presque « C’est moi qui suis condamnée à mourir lentement ! Pas vous ! »

Avec toutes ses larmes, j’ai presque du mal à respirer. Incapable de soutenir tous ces regards partagés entre l’inquiétude, la colère et la compassion, je m’engouffre par la fenêtre et me hisse sur le toit pour partir en courant, en laissant mes pas me guider instinctivement. Seule, j’avais besoin d’être seule un moment. Fichues hormones !



Etrange comme cette maison, qui avait hanté mes cauchemars durant de longues années, m’apaisait désormais. A peine arrivée, je m’étais affalée dans l’escalier de bois dont le grincement sonore m’était si familier. J’avais pleuré, longtemps. C’était sûrement mérité, ces saletés d’hormones me rendent vraiment odieuse ! Epuisée et entourée par la présence invisible et rassurante de Thiméo, Louanne et Morgan, à l’endroit même où je les avais trouvés gisants dans leur sang, je m’étais probablement assoupie car la nuit avait déjà étendu son voile sombre sur la ville. Dehors, les rues sont silencieuses, d’un calme parfaitement serein. Fermant les yeux un instant, je replie mes jambes sur moi-même. Un formidable mal de crâne bat mes tempes à force d’avoir trop pleuré. Génial ! Passant une main sur mon front, je relève soudain la tête alors qu’un bruit de pas s’approche tranquillement. Une démarche que je reconnais entre mille.





[Viveuuuuh les hormones xD Moi je dis, pour la peine, débrouillez-vous avec ça   ]

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Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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