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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Groupe Zoxx - Cours n°2

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Naïs Jol
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MessageSujet: Groupe Zoxx - Cours n°2   Dim 30 Nov 2014, 23:06

≈≈≈ Naïs  ≈≈≈


- « Cela m’étonne que tu sois revenue au Domaine avec tes enfants, Naïs. Tous ses habitants ne verront probablement pas cela d’un bon œil ; de plus, c’est quand même l’antre du loup »

Les mains dans le dos, Fin avait adopté un air faussement surpris. Mais le Mentaï étant un homme intelligent et calculateur, je doute fort que quelque chose ne puisse jamais l’étonner ou le surprendre. Alors que nous marchons, côte à côte, dans les couloirs du Domaine, je laisse filer quelques secondes de silence. De sa démarche lente et assurée, semblable à celle du prédateur prêt à bondir sur sa proie, cet homme forçait le respect. Lorsque je tourne la tête vers le Mentaï, une esquisse de sourire en coin se dessine sur mes lèvres.

- « Plus maintenant non, Samoan est assez futé pour savoir qu’il a plutôt intérêt à se faire oublier. Il y a longtemps que le Domaine n’est plus son fief et je ne l’ai compris que récemment » lui répondis-je d’un ton tranquille.

Fin émit un petit ricanement, à peine étouffé. Et alors qu’il s’approche imperceptiblement de moi de manière proprement aguicheuse, je hausse un sourcil.

- « Ainsi donc la panthère s’est appropriée le territoire du loup, le faisant fuir la queue entre les jambes. Tu es vraiment une femme étonnante » plaisante-il en glissant une mèche sombre derrière mon oreille.
- « Et prise aussi » répliquais-je aussitôt d’un ton mordant pour calmer les ardeurs du Mentaï « Tu t’es peut-être décidé à mettre un terme aux folies de Samoan, mais toi et ta clique, il y a longtemps que vous auriez dû réagir ! Mais évidemment, tant que cela ne vous pose pas de problème directement, vous n’en avez rien à foutre de former des psychopathes à devenir des machines à tuer, puis de les relâcher dans la nature ! Vous êtes tous les mêmes ! » ajoutais-je d’une voix glaciale mais parfaitement calme.

Alors que nous dévalons les escaliers de l’imposant hall d’entrée, je me surprends à espérer que Fin perde littéralement son sang-froid – ou tout du moins lance une réplique cinglante. En le provoquant de la sorte, je cherchais à me persuader qu’au fond, les Mentaïs – élite même de notre ordre – ne sont pas tous opportunistes, guidés par la soif de pouvoir. Mais l’homme demeure silencieux durant de longues secondes, tête baissée, tandis que l’écho de ma colère résonne encore entre les murs du Domaine ; soupirant imperceptiblement, je secoue la tête toute seule. Alors que j’inspecte d’une main le fond de ma sacoche de voyage – même usée par les ans, elle sent toujours aussi bon ce mélange particulier de cuir et de bois d’hiver – pour y trouver un petit morceau de parchemin, Fin se racle la gorge. Haussant alors un sourcil, je lève la tête vers le Mentaï.

- « Si nous sommes donc tous les mêmes, je suis curieux de savoir la raison qui te pousse à faire confiance à Azeus, finalement… » demande-t-il d’un ton mielleux et tout innocent.
- « Samoan retenait sa fille prisonnière pour le faire chanter : je l’ai libérée et rendue à son père. Il a une dette envers moi et j’ose espérer que certains d’entre vous ont tout de même des principes »

Avec une légère moue, j’épingle le message sur le vieux tableau d’affichage en me demandant comment diable j’allais bien pouvoir garder mon sang-froid durant ce long voyage, qui m’attendait, avec mes deux apprenties. Lamn et Sakinail, l’une comme l’autre possédait ce don de mettre mes nerfs à rude épreuve, chacune à leur façon ;  hélas, un jour elles se rendront compte que ma patience a des limites mais se sera alors trop tard. D’ailleurs, si ces gamines parviennent à finir leur formation d’Envoleuse en vie et en un seul morceau, ce sera un petit miracle. Fin émit un ricanement à peine étouffé.

- « Ah, c’est donc toi qui a hérité de cette fille, d'après ce que j'ai entendu, elle a une fâcheuse tendance à se croire meilleure que tout le monde » s’amuse-t-il.
- « C'est rien de le dire ! Je soupçonne tes chers collègues d’avoir fait exprès de m’avoir confié une psychopathe pareille ! Quant à l’autre gamine, elle n’a pas la moindre notion de l’autorité, difficile d'en tirer quoi que ce soit ! » soupirais-je en haussant les épaules.

Cette fois, Fin éclate d’un rire franc mais bref, avant de secouer la tête tout seul.

- « C’est sans doute pour cela qu’elles feront l’une comme l’autre des Envoleuses exceptionnelles ! » s’exclame-t-il joyeusement « Naïs, c’est ici que je te laisse, mais je ne doute pas que nous nous reverrons d’ici peu »  achève-t-il de son ton tranquille habituel.

Hochant la tête, je le salue en silence tandis que le Mentaï disparaît d’un pas sur le côté aussi simplement que d’un claquement de doigts. Alors que les derniers échos de notre conversation s’évanouissent entre les murs du grand hall de l’entrée orientale du Domaine, mes pensées s’envolent vers Lamn et Sakinail, que j’avais prévu de retrouver d’ici quelques jours – le temps qu’elles prennent connaissance de mon message affiché sur le tableau.

*


Le soleil se lève tout juste, ce matin, éclairant de sa lumière timide les hauts remparts du Domaine. Voilà une paire d’heure que j’avais ouvert l’œil et que je n’avais pas trouvé le moyen de me rendormir. Seule dans mon lit – la présence de Pan me manquait désormais cruellement – je m’étais retournée plusieurs fois avant de me lever finalement, lasse d’attendre la douce caresse sommeil qui ne viendrait plus. Sachant pertinemment qu’une longue route m’attendait avant de pouvoir retrouver la douceur d’un lit et le plaisir d’un bain, je me glissais sur la pointe des pieds dans la salle de bain des maîtres pour profiter d’une douche chaude et agréable, savourant avec plaisir l’eau ruisselant sur ma peau nue. Peine perdue puisque l’odeur forte de la paille mêlée à celle du crottin imprègne déjà mes vêtements.

Soudain, alors que j’ajuste les sangles de la selle d’Océan, celui-ci piaffe en secouant vivement la tête. Un demi-sourire se dessine sur mes lèvres : les filles arrivaient enfin et l’excitation de ce voyage pulse littéralement dans mes veines. Prodiguant une caresse rassurante sur le chanfrein de l’étalon, je laisse les apprenties s’approcher lentement avant de me retourner, les mains posées sur les hanches, ce petit sourire énigmatique toujours accroché aux lèvres. D’un hochement de tête, je les salue.

- « Je vous ai prévenu la dernière fois, on va voyager » annonçais-je sans détour «J’espère que vous savez monter à cheval, sinon on va reprendre les bases ! » ajoutais-je « Allez, en selle, je veux savoir de quoi vous êtes capables avant d’y aller ! » précisais-je.

Soupirant bruyamment, Océan pose sa grosse tête sur mon épaule, par-dessus la porte de son box. Entremêlant mes doigts dans sa longue et folle crinière, je reste particulièrement attentive au comportement des deux apprenties face aux chevaux – il faut bien avouer qu’avec ces gamines, je me suis préparée à toute éventualité.

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Lanthane Manganèse
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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Mer 07 Jan 2015, 00:29

Ce matin, ce fut la douleur dans son côté gauche qui la réveilla. Encore une fois. Grognant contre cet envoleur, sa propre faiblesse, Sakinail et Nais- qu'elle allait malheureusement revoir puisque son cours qui reprenait aujourd'hui - et le reste du monde pour faire bonne mesure. Elle avait vraiment besoin de tuer quelqu'un... N'y avait-il aucun mercenaire qui tienne peu à la vie?
Elle descendit de son arbre, un oiseau dans une main et son sabre dans le dos. Elle ne connaissait qu'un seul lieu capable de soulager cette soif de sang qui montait parfois en elle. C'était rageant de constater qu'à peine deux mois et demi après son arrive elle se trouvait coincée sous le chapeau d'un humain stupide dans un lieu où elle ne pouvait tuer personne. Sûr qu'avec une boulet aux cheveux roses, elle allait attendre avant de passer aux choses sérieuses! Il ne manquerait plus qu'elle soit végétarienne et pacifiste avec ça.
Si seulement elle pouvait avoir abandonné entre temps! Une petite chute et une semi-noyade, que fallait-il de plus pour la pousser dehors? Elle pouvait toujours tenter de l'assassiner, mais avec Nais sur le dos ça n'allait pas être pour demain!
Et dire qu'elle avait retourné le Domain sans la trouver, cette petite humaine horripilante, dans un endroit suffisamment désert pour pouvoir s'en occuper!
Mais elle avait pu trouver un petit endroit bien sympathique, dont elle ignorait jusqu'à l'existence, une sorte de salle aux statues poussiéreuse comme il le faut, mais où elle avait pu retrouver une image lointain de son royaume Ts'liche natal... Au point qu'elle avait douté que ces œuvres d'art proviennent de simples humains. Peut-être un cadeau des siens, au commencement, lorsque le Domaine avait une réelle direction. Elle s'y serait même installée si les bruyantes allées et venues des mercenaires ne l'en avait dissuadées.
L'herbe nouvelle était légèrement humide sous ses semelles, qui s'enfonçaient pas à pas dans le sol, avant que la pierre ne fasse son apparition. Au fur et à mesure qu'elle se rapprochait de la masse rougeoyante qui faisait concurrence à l'aurore qui tutoyait les cimes. La douce chaleur faisait monter un petit frisson satisfait dans son dos. Seuls les extrêmes lui convenaient: une chaleur torride, pareille à celle qui régnait dans les grottes près des volcans, la détendait tandis que la fraîcheur de l'air hivernal lui rappelait celle de l'acier, et ne faisait que renforcer sa détermination. Le reste lui paraissait fade, à peine bon à satisfaire ces humains si douillets.
Une fois à quelques pas du magma indolent, elle s'assit en tailleur et, son sabre sur les genoux, sorti ses outils et commença à réaffuter le fil de son arme. Faire jouer les reflets de la lave sur le métal, sentir sa légère résistance à chaque passage et sa fraîcheur sous ses doigts, toutes ses sensations l'enchantaient, la plongeant dans une sorte de rêve éveillé qui suffisait souvent à étouffer la voix de ses pulsions destructrices. Tour à tour elle voyait le Domaine remplit de ts'liches, des fermes à humains en plein air - cela aidera sans doute à en améliorer le goût... certains en ont vraiment besoin! -, la chasse et l'abatage de petits biscuits apéritifs que l'on savoure en riant de la délicieuse sensation de pouvoir qui déferle lorsque l'on prend une vie. Le monde retrouvait sa cohérence et sa faim s'apaisait en même temps que celle du corps était comblée par la chair réchauffée de l'oiseau. Pas grand chose à manger sur celui-là, mais elle ne doutait pas de pouvoir trouver autre chose lorsque le besoin s'en ferait de nouveau ressentir.
Lorsque le soleil dépassa de par-dessus les cimes, elle laissa échapper un grognement déçu. C'était l'heure de son rendez-vous... Il est des nouvelles, comme ça, qui vous coupe l'appétit.
Elle se leva prestement, rangea ses affaires, hésitant à prendre un sac avant de décider que, Nais aillant parlé de tour de garde, elles allaient sans doute s'ennuyer quelques heures, alors autant prendre de quoi dormir et s'occuper. L'idée de veiller lorsque d'autres dorment lui plaisait assez, car une humaine endormie, quels que soit sa formation, sera incapable de l'empêcher de tordre le coup à Sakinail. Ou l'empoisonner, selon l'endroit où elles iraient... Loin de tout humain, ça lui allait bien.
Rajustant sa veste, qu'elle avait prise une taille plus grande pour qu'elle ne gène pas ses mouvements, elle calla sa besace dans un creux de sa hanche et se dirigea lentement vers le Domaine, regrettant déjà les quelques jours de tranquillité qu'elle avait pris ici. Après son trop long séjour parmi les humains puants d'Al Chen et son escapade interrompue aux pieds des Dentelles, une semaine sans voir personne - ou presque... - lui avait permis de se reposer et de retrouver une assurance trop bien ébranlée par les petits coups de coude de ces maitres mercenaires. Elle avait bien noté qu'un séjour top long en compagnie de ces mangeurs d'herbe faisait tomber ses crocs, et s'était promise de ne pas recommencer.
Ce n'est qu'entre Ecailles qu'on trouve un équilibre.
Elle entendit les bruits des mercenaires avant de voir le camp d'entrainement. Une trentaine de personnes grognaient et suaient en cœur, qui en combat au corps à corps, qui transperçant des cibles avec des bâtons pointus, qui encore courant à toutes jambes. Aucune mèche rose dans toute cette agitation, mais restons prudents... d'autant plus qu'elle apercevait Nais près d'une vache, à l'entrée de ce qu'elle savait être un hangar à montures puantes dont elle ne s'était pas approchées depuis celle de Nuage. Elle s'en était toujours bien porté mais, à voir l'attention que la mercenaire portait à l'animal, elle ne doutait pas un instant que cet écart nécessaire allait se voir drastiquement raccourcit. Bah, il suffira de se montrer ferme: les herbivores n'ont aucune volonté, il suffit de leur imposer la sienne propre. Elle prit une longue inspiration, sentant arriver la journée de tensions où sa main devra se retenir de sortir le sabre, et s'avança dans la foule en veillant à ne pas se faire embrocher.
Arrivée à quelques pas de son objectif, elle s'arrêta devant le petit sourire en coin qu'affichait Nais. Elle semblait contente, ce qui n'augurait rien de bon, mais au moins n'avait-elle pas encore vu Sakinail... Cette paix relative ne fut que temporaire, mais la jeune ts'liche mit un point d'honneur à ne pas tourner les yeux vers la gamine.

« Je vous ai prévenu la dernière fois, on va voyager. J’espère que vous savez monter à cheval, sinon on va reprendre les bases ! Allez, en selle, je veux savoir de quoi vous êtes capables avant d’y aller ! »

Oh joie!


"J'ai déjà monté..." se contenta-t-elle de dire, évasivement.

Son visage devait parler pour elle: l'unique expérience n'avait pas vraiment été concluante, et elle n'en attendait plus rien depuis. Elle suivit la silhouette de Sakinail dans l'ombre du bâtiment avant de s'arrêter à quelques pas de deux bêtes déjà harnachées, et qui les attendaient visiblement. Des différents compartiments s'élevaient des bruits de chocs ou de mouvements qu'elle ignora autant que l'odeur désagréable qui acheva définitivement de lui couper tout appétit. L'animal de droite, d'une couleur improbable entre le blanc et le rouge, avec de petites taches plus foncées, leva vers elle un regard placide. Quelques secondes filèrent sans qu'il ne baisse les yeux, semblant attendre quelque chose, si bien qu'elle montra les dents: un peu de respect tout de même, c'était à lui de servir !
Une longue et belle amitié qui s'annonçait là...
Lanthane posa son sac contre une porte pour éviter qu'il ne la gène, avant de s'avancer sans détour vers la bête attachée. Celle-ci piaffa à son approche, secouant la tête pour l'empêcher d'attraper sa corde, n'ayant visiblement pas conscience de sa place dans la chaîna alimentaire. Elle jeta un coup d'œil à Sakinail: il fallait vraiment être un humain pour supporter de tels animaux...


[je précise qu'elle sait monter en selle et tenir dessus, mais que ça s'arrête là...
autre chose: Impal est avec Alaia pour une durée indéterminée...
J'ai choisi Thunder, parce que je pense que Nais n'aurait pas prêté un cheval difficile à ses apprenties pour une première fois et que Potru va trop bien à Saki' X) ]

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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Ven 23 Jan 2015, 16:50

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Je secoue toute seule la tête toute seule, soupirant pour me faire à l’idée que Sakinail ne viendrait plus désormais. Comme Lilith avant elle, puis Douceur et Zu. Peut-être était-ce pour cette raison que je garde toujours une certaine distance avec les apprentis – parce qu’ils ne savent pas vraiment ce qu’ils veulent, ils sont simplement perdus dans un monde bien trop grand pour eux. Au moins, Lanthane était là aujourd’hui, avec son insolence habituelle. Peut-être que j’arriverai à en faire quelque-chose de cette fille après tout.

Tandis que je finis de préparer Océan pour le voyage, accrochant mes dernières affaires à l’arrière de la scelle, je reste attentive au moindre geste de l’apprentie. Son choix se porte vite sur Thunder, une petite jument rapide – quoi que moins qu’Océan – relativement docile et taillée pour les longs voyages. Plutôt bon choix, surtout qu’elle ne semble pas dans ses habitudes de monter à cheval. Mon intuition se confirme aussitôt alors que Lanthane cherche à attraper les rênes de la jument avec autorité et humeur. Pour un premier contact, cela commence plutôt mal. Avec un sourire en coin, je laisse mon apprentie galérer quelques minutes avec Thunder, qui s’ébroue dans tous les sens, frappant dangereusement le sol de ses sabots – sans doute une façon d’intimider, voire de menacer Lanthane. Aussi loin que remonte ma mémoire, la jument n’avait jamais aimé se sentir dominée. Elle allait inévitablement finir par cabrer et je sais d’avance que l’apprentie ne serait pas assez rapide pour éviter les sabots de Thunder ; non pas que l’idée ne me plaise pas, mais je préfère tout de même que Lanthane ne se fasse pas amocher avant même d’avoir entamé le voyage.

- « Lanthane, stop ! » ordonnais-je d’un ton qui ne souffrait d’aucune réplique « Lâche Thunder et recule un peu, j’aimerais que tu restes en un seul morceau pour l’instant »

Je m’approche de l’apprentie qui s’exécute en grognant dans sa barbe. Emettant quelques intonations douces du bout de la langue pour calmer la jument, je me tourne vers Lanthane qui avait croisé les bras pour me dévisager de son air hautain. Une main posée sur ma hanche, je lui adresse un sourire en coin.

- « Tu t’y prends très mal ! Un cheval ce n’est pas un objet, encore moins un jouet ni quoi que ce soit d’autre » remarquais-je sans détour « La jument que tu as choisi s’appelle Thunder – je suis sûre que tu n’as même pas regardé ! Elle a son petit caractère et ne t’y trompe pas, si elle sent que tu ne la respecte pas, elle ne t’obéira pas » expliquais-je sans être persuadée que la fille ne me prenne réellement au sérieux.

Si Lanthane ne veut pas m’écouter, tant pis pour elle ; quelques mauvaises chutes auront tôt fait de lui ramener les pieds sur terre. Après tout, elle ferait ce qu’elle veut, mais n’avait pas intérêt à venir se plaindre ensuite. Piaffant un instant, Thunder secoue sa grosse tête avant de la poser délicatement sur mon épaule comme pour chercher un peu de réconfort – et sans doute avait-elle repéré la pomme dans ma poche.

- « Tu vois » ajoutais-je en désignant la jument déjà plus calme « Laisse-là venir à toi, allez approches un peu » encourageais-je Lanthane en restant toutefois à proximité de l’apprentie et de la jument.

L’effort incommensurable que doit faire l’apprentie pour ne pas montrer son dégoût profond envers Thunder me fait sourire. Ça ne s’annonce décidément pas simple et à l’idée de toute la passion qu’il va me falloir déployer, je soupire imperceptiblement. Heureusement, je constate tout de même un mieux et la petite jument se laisse déjà apprivoiser un peu plus facilement, bien que nerveuse. Avant de laisser Lanthane faire d’autres bêtises, je lui montre comment prendre soin de son cheval avant de lui expliquer la meilleure façon de placer sa selle, juste derrière le garrot, ajuster la sangle, qui doit passer environ à une largeur de main en arrière du coude de sa monture, et enfin régler ses étriers qui devaient lui permettre à elle, ainsi qu’à Thunder, d’être à l’aise à toutes les allures.

- « J’espère que tu as bien écouté, demain c’est toi qui prépare Thunder ! Allez en selle ! »

Une fois certaine que l’apprentie ne tomberait pas du dos de la jument, je retrouve Océan qui piaffe d’impatience. Comme d’habitude, il est excité comme un petit fou à l’approche d’un voyage. D’un geste souple je me hisse sur la selle avant de rejoindre Lanthane à l’extérieur des écuries. Cette fois, ça y est, nous partons ; mais avant de mettre l’étalon au pas, je prodigue quelques conseils à l’apprentie.

- « Tu es trop crispée, détends-toi un peu » conseillais-je en passant derrière la gamine pour lui redresser un peu les épaules « Relâche un peu les rênes et ne serre pas autant ses flancs tu vas lui faire mal » ajoutais-je.

Dès que Lanthane parvient à mieux se tenir sur la selle, je presse légèrement le flanc d’Océan pour l’inciter à se mettre au pas, ce qu’il fait immédiatement. L’apprentie m’imite aussitôt et je veille à rester à son rythme. Si nous nous connaissions parfaitement l’un l’autre avec Océan, c’est encore loin d’être le cas pour Thunder et Lanthane qui paraissent nerveuses l’une comme l’autre. Pas évident donc de parvenir à décoder certains codes ; mais nous n’arriverions pas à la Citadelle avant trois bonnes semaines, ces deux-là auront donc tout le temps de s’apprivoiser l’une et l’autre. Je ne passe au trot que lorsque l’apprentie commence à se sentir parfaitement à l’aise au pas, puis un long moment après, au galop. La matinée s’étire ainsi lentement tandis que j’impose différents rythmes de chevauchée à Lanthane, modifiant sa position quand il le fallait et prodiguant quelques conseils utiles.








[Et voilààà, on reprend... ]

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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Sam 31 Jan 2015, 20:24

- « Lanthane, stop ! »

La voix de Nais claqua comme un fouet entre deux bêtes sauvages.
Celles-ci se fixaient en chien de fusil, chacune défendant ses positions à grand renfort d'intimidation. Le stupide animal n'avait cessé de secouer la tête dans tous les sens, visiblement peu au courant de sa place dans la chaine alimentaire, allant jusqu'à exaspérer Lamn au point qu'elle montra les dents.

« Lâche Thunder et recule un peu, j’aimerais que tu restes en un seul morceau pour l’instant »

Reculer devant une proie? Elle n'était pas sérieuse!
Un coup d'œil suffit pour lui démontrer le contraire, et ce n'est qu'en l'honneur de ses maitres qu'elle fit quelques pas en arrière sans cesser de fusiller Thunder du regard. Les premières notes d'un sifflement mélodieux attirèrent son oreille, mais il ne s'agissait pas d'une tentative de communication avec des êtres supérieurs telles que des serpents - dont après tout elle ne connaissait même pas l'existence - mais avec la stupide jument. La colère sourde qui grondait dans son estomac décupla au point qu'elle tremblait presque devant cet affront.
Elle parlait aux cailloux, soit, aux chevaux passait encore - car entre proie une petite entente était toujours possible - mais qu'elle imitait aussi médiocrement les intonations coupantes des êtres de sa race était au-delà de ce qu'elle pouvait supporter. Et son sourire moqueur, sang vert! Il lui fallait mobiliser tout son calme pour ne pas lui sauter dessus, sabre au clair, pour se faire battre une nouvelle fois. Ses côtes ne s'étaient toujours pas complètement remises de sa dernière rencontre avec un Envoleur.

« Tu t’y prends très mal ! Un cheval ce n’est pas un objet, encore moins un jouet ni quoi que ce soit d’autre. La jument que tu as choisi s’appelle Thunder – je suis sûre que tu n’as même pas regardé ! Elle a son petit caractère et ne t’y trompe pas, si elle sent que tu ne la respecte pas, elle ne t’obéira pas »

Ils ne méritent pas plus de respect que vous! faillit-elle rétorquer, mais elle se contenta de pincer les lèvres sans qu'aucun son n'en sorte. Elle ne se laissera pas avoir une seconde fois...
La jument lui mangeait littéralement dans la main, c'était pathétique, mais tellement prévisible de la part de ces stupides animaux qui, comme les humains, avaient besoin d'une poigne de fer pour les mener.

- Tu vois... Laisse-là venir à toi, allez approches un peu

Avec sa voix de pseudo professeur et sa manie de rester à deux pas cette envoleuse marquait tellement son territoire que les poils de sa nuque se hérissèrent: je ne t'appartiens pas, avait-elle envie de hurler sans rien laisser paraître... Et toujours ce sourire! Elle avait presque envie de le lui sculpter par le fer.
Incapable de regarder en face cet insolent animal qu'elle imaginait déjà passer à la casserole, elle se contenta de fixer un point au loin et finit par attraper les rênes. Enfin, dix minutes de perdues à cause de cet animal, il aurait été tellement plus simple de partir en courant! Elles avaient des jambes, c'était pour s'en servir! La viande se gâte lorsqu'elle ne bouge pas... Non! il fallait arrêter de les voir comme des proies potentielles, où elle ne tiendra pas ces trois années sans en manger un, ou deux, ou dix. La suite du cours - qui consistait surtout à faire plaisir à cet animal, alors qu'au final personne n'y faisait attention! - lui permit de se concentrer sur autre chose, aussi écouta-t-elle le monologue de Nais - presque - entièrement. Elles mirent enfin pied à l'étrier ce qui entrainait toujours chez elle une étrange sensation qu'elle n'arrivait pas à identifier. Elles partirent au pas à travers le camp d'entrainement puis traversèrent un bras de la forêt Ombreuse avant de tomber sur une route pavée. La balancement de sa monture la rendait nerveuse car elle n'arrivait pas à le contrôler; alors que Nais, toujours à ses côtés, semble tellement à l'aise que cela la faisait grincer des dents.

- « Tu es trop crispée, détends-toi un peu. Relâche un peu les rênes et ne serre pas autant ses flancs tu vas lui faire mal. »

Ces commentaires l'exaspéraient mais elle tenta de les appliquer pour ne pas avoir à les subir plus longtemps... et puis un peu parce qu'il fallait reconnaître que c'était la vérité. Il fallut attendre la sortie de la forêt pour qu'elle appréhende un peu mieux les mouvements de Thunder mais il restait toujours une barrière entre elle: la jument ne faisait au final que suivre l'étalon de Nais sans vraiment réagir aux ordres qu'elle tentait de lui prodiguer, ce qui avait pour conséquence de l'exaspérer d'autant plus lorsque l'envoleuse y allait de son petit commentaire. Ses côtes commençaient à la faire souffrir, mais ce n'est que lorsqu'elles passèrent au galop que la douleur la fit hoqueter. Elle tenta de faire s'arrêter Thunder, mais il fallut que Nais interviennent pour qu'elle obéisse. Recroquevillée, elle serait tombée si on ne l'avait pas retenue, tout en maudissant sa faiblesse et sa jument qui l'avait révélée. Il fallut que Nais insiste pour qu'elle finisse par lui dire qu'elle avait une côte cassée tout en taisant avec fureur qu'un envoleur l'avait mise dans cet état. Qu'elle croit ce qu'elle voudra, cette stupide humaine!

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Dernière édition par Lanthane Manganèse le Mer 22 Avr 2015, 20:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Jeu 16 Avr 2015, 17:03

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Clairement, ces trois semaines de voyages vers la Citadelle des Frontaliers en compagnie de Lanthane ne s’annonçaient pas comme une partie de plaisir. Nous n’avions même pas quitté le Domaine depuis une heure que mes nerfs sont déjà mis à rude épreuve. Je ne sais même pas pourquoi je m’évertue à donner des conseils à cette gamine écervelée qui ne semble pas prendre au sérieux ce que je lui dis. Pourquoi donc était-elle venue trouver les Envoleurs si elle ne voulait rien apprendre ? Qu’elle parte donc si elle le voulait tant – pour sûr, je ne la retiendrais pas ! Enfin heureusement, alors que nous nous apprêtons laisser définitivement la forêt Ombreuse derrière nous pour emprunter la piste longeant le Pollimage, un peu plus au nord est, l’apprentie se tient déjà de manière moins crispée sur sa selle. Ainsi, cela permet à Thunder d’adopter un mouvement nettement plus fluide.

Dès que Lanthane paraît assez à l’aise au trot, je montre à la jeune fille les bons gestes à faire pour passer au galop avec une impulsion franche. Rien de bien compliqué en somme, ce qui n’est pas tout à fait le cas d’une décélération qui demandait des signaux plus subtils de la part du cavalier. Océan avait à peine accéléré l’allure, pourtant une bonne dizaine de mètres me séparent désormais de mon apprentie. Fronçant légèrement les sourcils, ses gémissements à peine étouffés ne m’échappent pas. Ralentissant immédiatement le rythme, j’attrape au vol les rênes de Thunder pour forcer la jument à s’arrêter.

Quelque-chose n’allait pas chez Lanthane. Incroyablement fière et orgueilleuse, se plaindre ne fait toutefois pas partie de la longue liste ses défauts. Il me faut donc insister lourdement – et même la menacer – avant qu’elle ne finisse par m’avouer qu’elle avait une côte cassée. Levant les yeux au ciel dans un vieux réflexe, je secoue toute seule la tête en soupirant.

- « C’est malin ! » émis-je pour tout commentaire dans un murmure franchement désabusé.

Me mordillant la lèvre inférieure, je réfléchis à toute vitesse. Mais pourquoi n’avait-elle pas été voir un Rêveur ? Cela aurait été quand même bien plus simple ; mais non, c’est à croire qu’en plus de tout le reste, cette fille n’a pas une once de jugeote ! Nous ne pouvons assurément pas repartir au galop, ce qui empirerait son état à tous les coups. Me massant un instant les tempes, je fouille dans ma sacoche de voyage, accrochée à la selle d’Océan. Pour en sortir un bandeau de tissu avec un sourire satisfait.

- « Bon, on va y aller doucement alors » indiquais-je à l’apprentie « Attache-toi ça sur les yeux, retire tes pieds des étriers et lâche les rênes » ajoutais-je en tendant à Lanthane le tissu « On va travailler sur ton équilibre à cheval » précisais-je enfin.

Alors que la gamine s’exécute, bougonnant comme à son habitude, je règle la hauteur de ses étriers pour qu’elle ne soit pas gênée par ces derniers. Laissant Océan se placer légèrement devant la petite jument, nous commençons d’abord au pas. Conseillant à l’apprentie d’ouvrir lentement ses bras, non seulement pour ne pas être tentée de s’accrocher aux rênes à la moindre secousse mais aussi pour s’en servir comme balancier, j’explique également à Lanthane que le bandeau sur ses yeux lui permettrait de mieux ressentir les mouvements de Thunder sous ses jambes. De se concentrer sur ses autres sens qui, je le sais assez, peuvent être d’une efficacité redoutable avec de l’entraînement.

- « Il faut ouvrir tes sens, pour mieux appréhender ton environnement » lui répétais-je plusieurs fois, dans l’espoir que cela finisse par pénétrer dans sa cervelle de moineau « Peut-être pourras-tu entendre, au loin, le grognement d’un ours élastique. Ou alors sentir cette odeur fraîche et parfumée qui annonce le printemps et ce vent léger qui annonce une belle journée pour demain » souris-je pour illustrer mon propos.

Bien sûr qu’elle ne pourrait pas immédiatement percevoir tout cela à la fois, mais au bout d’un certain temps, cela deviendrait tellement naturel qu’elle ne s’en rendrait même plus compte. Toute l’après-midi nous enchaînons ainsi le pas et un trot pas franchement rapide non plus afin de ne pas risquer d’empirer l’état de l’apprentie. Et à la tombée du soir, les rives du Pollimage s’étendent déjà devant nous.


- « Soulève ta tunique » ordonnais-je à Lanthane sur un ton qui ne souffrait pas de réplique.

Ouvrant un petit pot d’onguents cicatrisants, que Moryqane m’avait donné lors de notre dernière rencontre, j’en applique une petite dose sur la côte blessée de l’apprentie. La gamine frémit légèrement au contact de mes doigts sur sa peau meurtrie. Bon, il allait probablement falloir y aller tranquillement sur les exercices pour ces deux ou trois prochains jours, juste le temps que l’onguent fasse son effet.

- « Mais à qui as-tu été chercher des noises ? » soupirais-je en secouant toute seule la tête « J’espère au moins que ça t’a servi de leçon et que ça t’a mis un peu plus de plomb dans la tête » ajoutais-je aussitôt sans attendre de réponse.

Le feu crépite joyeusement, réchauffant une atmosphère tendue. Rares sont les mots que l’apprentie daigne m’adresser, pourtant je sens continuellement posé sur moi son regard dédaigneux. Bah, elle peut bien me détester si elle le veut ; mais en attendant, si elle était toujours là aujourd’hui, c’est parce qu’elle ne manquait pas de détermination. Sinon, il est fort probable qu’elle soit carrément masochiste. Rangeant l’onguent dans ma sacoche, je me racle la gorge un instant.

- « Tu sais, une côte cassée, ça peut te perforer un poumon. Et avec un poumon perforé, tu ne vis en général pas longtemps » remarquais-je sur un ton dénué d’animosité mais un brin sarcastique « T’es pas obligée de m’apprécier, mais tu peux au moins avoir confiance en mon expérience » ajoutais-je avec un sourire en coin.

Face au silence de l’apprentie, je hausse les épaules avant de m’asseoir sur une grosse souche plein de mousse. La chaleur du feu me tire un imperceptible frisson de bien-être.

- « Je prends le premier tour de garde, tu ferais mieux de dormir. On a une grosse journée demain »



Lanthane dormait tellement bien que je n’avais finalement pas eu le cœur de la réveiller. Notre feu avait suffi à tenir les animaux sauvages à bonne distance de notre campement et même si je m’étais laissée finalement emporter par le sommeil, heureusement je ne dormais toujours que d’une seule oreille. Les premiers rayons d’un soleil timide réveillèrent l’apprentie mieux que je n’aurais pu le faire. Le temps de lui laisser avaler un rapide petit-déjeuner – quelques fruits secs et deux galettes de niam – et je l’entraînais vers le rivage du Pollimage.

Le premier plongeon de Lanthane dans une rivière n’avait pas particulièrement été une réussite. Elle comme Sakinail avaient littéralement manqué de se noyer et il avait fallu que je reprenne avec elle les mouvements de bases qui leur permettraient de se débrouiller dans l’eau. Par chance, cette partie du fleuve semblait relativement calme et peu agité – ce qui était loin d’être le cas quelques dizaines de kilomètres plus nord, lorsque le Pollimage serpentait dans le relief tortueux des plateaux d’Astariul. Une occasion inespérée donc pour vérifier si l’apprentie n’a rien oublié de ce que je lui ai appris quelques mois plus tôt.

Me déshabillant, j’invitais la gamine à m’imiter et à me suivre dans l’eau à la fraîcheur mordante. Si elle marqua une minute d’hésitation, elle me rejoignit toutefois sans broncher – ce qui relevait du miracle. Toute la matinée, Lanthane enchaîna des exercices variés dans l’eau destiné à améliorer son endurance. Peu à peu, son appréhension envers cet élément diminuait –sans pour autant disparaître complètement. Et au milieu de la journée, ses mouvements dans l’eau paraissaient déjà beaucoup plus fluides et assurés. Je ne lui donnais l’autorisation de sortir de l’eau que lorsque ses dents commencèrent à claquer aussi bruyamment l’une contre l’autre qu’un troupeau de Raïs enragés.

L’après-midi fila également à une vitesse incroyable. Comme je le lui avais promis la veille, l’apprentie dû s’atteler à brosser et bouchonner Thunder. Puis, elle installa encore et encore sa selle, réglant les sangles au centimètre près, jusqu’à ce que ces gestes deviennent quasiment naturels pour la gamine. Lorsque la lumière du jour commença à décliner en fin de journée, Lanthane manqua presque de lâcher un cri de joie lorsque je lui intimais de se préparer pour aller chasser, cessant aussitôt de râler comme une vieille chouette. Pister, couvrir son odeur, se déplacer sans un bruit j’offrais à l’apprentie de précieuses astuces pour débusquer une proie. Et lorsque nous étions revenues au campement avec deux gros lièvres, un sentiment de satisfaction planait dans l’air. Je me trompais peut-être, mais il semblait que je commençais à gagner le respect de la gamine. Peut-être ce voyage se déroulerait-il mieux que je ne le pensais finalement.



Les jours se suivirent et se ressemblaient plus ou moins. Toutefois, dès que Lanthane en fut capable, nous avions repris un rythme plus soutenu à cheval. Ainsi, il ne nous avait pas fallu plus de deux jours pour arriver au pied des plateaux d’Astariul. Là, le Pollimage y gagnait en puissance et en force et nous avions dû faire traverser les chevaux à gué. Invitant l’apprentie à mettre pied à terre, nous attachons les chevaux à l’abri d’un petit bosquet, non loin du rivage du fleuve. Cet endroit serait parfait pour y passer la nuit.

Rebroussant chemin en direction de la rivière déchaînée, je m’arrête un instant sur le rivage, attendant que la gamine me rejoigne. Elle se débrouille nettement dans l’eau désormais qu’il y a quelques jours seulement et elle nageait même aussi bien que quelqu’un qui aurait appris à nager depuis sa plus tendre enfance. Cependant, je ne me fais aucune illusion, elle allait probablement manquer de se noyer des dizaines et des dizaines de fois avant de pouvoir de se tenir au milieu des flots en furie. Un sourire en coin se dessine sur mes lèvres tandis que je commence à me déshabiller, laissant glisser mes vêtements sur la rive sans la moindre gêne. Mon regard d’or aveugle brille un instant avant que je ne m’enfonce lentement dans l’eau, grondant sa colère et sa force. Un jeu d’enfant ! Tandis que je me tiens debout au milieu des courants qui tentent de m’emporter comme un vulgaire fétu de paille, j’invite Lanthane à me rejoindre.

- « Un Envoleur sait s’adapter en toutes circonstances. Vivacité dans le calme, il peut être à la fois rapide comme le vent et immobile comme une statue » expliquais-je à Lanthane « Viens maintenant »






[Sorry pour le retard...]

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Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Ven 01 Mai 2015, 22:51

« C’est malin ! »

La voix désabusée de Nais vint grincer à ses oreilles comme en écho à la douleur qui irradiait dans son flanc. Déterminée à garder le silence, elle détourna la tête pour laisser libre cours à sa colère silencieusement. Heureusement pour elle, elle n'alla pas jusqu'à la toucher, car alors la jeune ts'liche n'aurait plus répondu de ses actes... Elle entendait ses pas au travers du filtre d'un voile sombre qui couvrait ses sens et finit par la regarder lorsqu'elle fut assurer d'avoir repris le contrôle de ses traits. Incroyablement tendue, elle résistait avec peine à l'envie dévorante de faire ravaler son petit sourire mesquin à cette envoleuse décidément bien impertinente!

- « Bon, on va y aller doucement alors »

"Je ne suis pas une petite chose fragile!" eut-elle envie de crier, mais elle n'en fit rien, se contentant de serrer les lèvres jusqu'à ce qu'elles soient réduite à une mince ligne pâle.

« Attache-toi ça sur les yeux, retire tes pieds des étriers et lâche les rênes » continua-t-elle, semblant n'avoir rien remarqué de sa réaction « On va travailler sur ton équilibre à cheval »

Sur ces mots, elle lui tendit un morceau de tissu - propre, oui, il fallait le faire remarquer - dont Lamn s'empara tout en cliquetant à mi-voix. Se rendant compte de son erreur, elle mêla des grognements d'animaux à ses insultes – en espérant que cette illuminée ne parle pas au chats et chiens en plus de pierres – , tout en s’exécutant rapidement: il fallait faire diversion. Heureusement, l'envoleuse semblait occupée à saboter se étriers - les régler, constata-t-elle après une rapide inspection - et ne releva pas, se contentant de lui subtiliser les rênes avant de monter sur sa propre monture. Ce fut la seule chose qu’elle vit avant de fermer les yeux pour le reste de l’après-midi. Le contact râpeux du tissu était semblable à celui de chaînes grinçantes, mais elle ne fit aucun commentaire.
Un goût de sang empli sa bouche alors qu'elle se hissait avec difficulté sur la selle, et une rapide inspection de l'intérieur de sa joue lui confirma que ses dents aiguisées avaient percé la peau jusqu'au sang lorsqu'elle avait retenu son gémissement de douleur. Se concentrant sur sa respiration, elle repris le contrôle de son corps avec l'efficacité aiguisée qui avait toujours été sienne et pu mettre à exécution les fantaisies de celle qui se voulait être son maître. En quoi écarter les bras de l'axe de son corps allait l'aider à garder l'équilibre? Un léger soupir franchit ses lèvres...
Se priver de l'un de ses sens pour développer un autre était une technique classique - bien que reposant sur une logique obscure pour elle - qu'elle avait déjà eu le loisir d'expérimenter. Après des heures d'errance dans des couloirs de pierre brute où la notion même de lumière semble être annihilée par les ténèbres gloutonnes, on apprend vite le sens de l'orientation... Et de la proprioception. De ce côté-là, elle ne pensait pas avoir beaucoup à apprendre - à peine quelques souvenirs à réveiller - mais elle découvrit que l'osmose entre son corps et celui de sa monture était un état très différent... Intérieurement, elle maudissait cet animal pour sa gesticulation si peu efficace mais se retenait d'exprimer tout haut son sentiment... Mais après tout, pourquoi ce devrait-il être elle qui se plie aux mouvements de son animal, et non l'inverse? Une atmosphère tendue commençait à naître entre les deux partenaires, l'une voulant assurer son pouvoir sur l'autre, cette dernière trouvant simplement son cavalier des plus malpoli.
- « Il faut ouvrir tes sens, pour mieux appréhender ton environnement. Peut-être pourras-tu entendre, au loin, le grognement d’un ours élastique. Ou alors sentir cette odeur fraîche et parfumée qui annonce le printemps et ce vent léger qui annonce une belle journée pour demain »

Mais combien de fois allait-elle répéter ce crédo dénué de sens ? Qui s’intéressait aux prévisions météo ? La jeune ts’liche sentait dans la voix de Nais un léger sourire qui ne trouva certes pas son écho sur ses lèvres. Pour l’instant, la seule chose qu’elle percevait était le frottement désagréable du tissu sur sa peau : le son était assourdi par l’étoffe, son équilibre perturbé par le balancement anarchique de sa monture et elle sentait une pointe de malaise monter dans son estomac. Non, vraiment, courir des heures était hors de sa portée au point qu’elle lui fasse subir ça ? Quel genre de professeur était-ce ? Plus le temps passait, plus elle devait prendre sur elle pour ne pas simplement quitter cet ersatz de cours qui n’avait ni queue ni tête.
Au bout de quelques heures à engloutir les kilomètres, elle sentit au changement de température et à la caresse plus vive du soleil que l’heure du repas approchait, mais Nais ne semblait pas considérer la nourriture comme aussi importante que son jeu de chat perché. Sérieusement, elle était censée apprendre à renverser l’empire et elle n’avait même pas approché d’une lame digne de ce nom depuis le début de son cours. Et le poignard qu’elle lui avait offert, c’était pour décorer ? Une sorte de rythme invisible semblait donner la mesure de cette journée qui lui parut si longue qu’elle finit par jouer à compter les pas de son cheval. Une mélodie qui, au bout d’un moment, sonnait presque comme une berceuse : elles allaient continuer comme ça longtemps ? Avant qu’elle ne s’en rende compte, un léger vent froid la fit frissonner et elle en déduisit que la nuit était proche. Elle découvrit en retrouvant la vue que la fraîcheur n’était pas seulement due à la disparition de l’astre solaire, et que le grondement sourd qu’elle entendait depuis quelques minutes déjà n’était pas seulement du à son estomac..

A quelques dizaines de pas de leur halte, un serpent énorme glisse doucement entre les herbes. Ses écailles renvoient la lumière du soleil couchant en un millier d’éclats qui cachaient mal sa véritable nature : c’était un serpent d’eau. Une sorte de glissement de terrain qui menaçait d’emporter les limites du monde connu vers on ne sait quel rivage lointain. Elle se méfiait de cette eau qu’elle avait déjà croisée de loin et qui avait failli l’emporter, car une limite aussi mouvante ne pouvait cacher qu’un ennemi redoutable. La réalité elle-même pouvait-elle supporter cette force indescriptible qui emportait sans distinction navires immenses et arbres morts, voyageurs imprudents et terre molle ? Lanthane n’aimait pas ce qui n’était pas clairement limité, car cette énergie pure était si incontrôlable qu’elle pouvait, si l’envie l’en prenait, sortir de son lit pour dévaster le monde. Et quel puissant ainsi armé allait se contenter de sagement rester chez soi ? Assurément, son apparence tranquille ne pouvait que mal dissimuler un noir dessein. Une telle menace dans son jardin était une épée de Damoclès qu’elle préférait largement tenir éloignée de sa tête. Oui, à présent repartir pour une nuit de voyage ne l’aurait pas dérangé, si elle était portée par l’assurance d’aboutir en sécurité, loin de cet infini vorace et imprévisible.  
Malheureusement, Nais ne semblait pas de cet avis – ou peut-être faisait-elle simplement cela pour la gêner – et décréta qu’elles monteraient ici leur campement pour la nuit. Un frisson remonta sa colonne vertébrale, sans que le froid n’en soit à l’origine, cependant elle s’exécuta – presque – sans broncher, imitant les gestes de l’envoleuse sans y mettre autant de douceur, ce que Thunder lui rendit bien en ne lui facilitant pas la tâche. Elles se séparèrent sans un regard l’une pour l’autre tandis que la jeune ts’liche rejoignait sa compagne de voyage pour un repas frugal composé essentiellement d’une tranche de pain et une lanière de viande séchée. Un repas de lapin, idéal pour perdre des forces et tomber plus facilement dans les griffes d’un prédateur. Fallait-il donc tout revoir dans leur comportement ? Comment voulez-vous que les Maîtres Serpents se nourrissent correctement avec une chaire de si piètre qualité ? Même chez ses cochons abrutis ils trouvaient une pitance plus riche ! Aucun de ses commentaires internes ne transparu sur son visage alors qu’elle ne faisait qu’une bouchée de son dîner. Ce fut après que les choses se compliquèrent…
Tel le parasite insupportable qu’elle était, Nais voulu faire son intéressante en imposant sur son côté meurtri une pâte à l’odeur forte, mais qui ne semblait pas contenir de poison. Quelque peu réticente, Lamn se laissa faire sans pouvoir s’empêcher de frissonner au contact froid de l’onguent qui contrastait avec la chaude caresse du feu. Ce genre de mixture est sans doute des plus délicates : un mélange rend certes impossible l’indentification précise de ses composants, mais de nombreuses interactions entre ceux-ci peuvent en fausser le résultat.

« Mais à qui as-tu été chercher des noises ? »

L’intervention exaspérée de l’envoleuse tira la jeune ts’liche de ses pensées, sans qu’elle ne daigne répondre. Ce n’était pas ses affaires. Sans doute l’avait-elle compris, car elle enchaîna :

« J’espère au moins que ça t’a servi de leçon et que ça t’a mis un peu plus de plomb dans la tête »

La ferme, ou c’est de l’acier qui remplira la tienne !

« Tu sais, une côte cassée, ça peut te perforer un poumon. Et avec un poumon perforé, tu ne vis en général pas longtemps »

Ahaha, non, sans blague?

« T’es pas obligée de m’apprécier, mais tu peux au moins avoir confiance en mon expérience »

Leur conversation à sens unique prit fin, car elle n’avait rien à répliquer à ce commentaire… Sauf peut-être un grand éclat de rire moqueur qui se serait vite transformé en gargouillis pathétique, aussi s’abstenu-t-elle. Le regard perdu dans les flammes, elle sentait ses muscles se détendre sous l’effet de la chaleur et laissait son esprit revenir sur la journée qui s’était écoulée. L’absence du puceron à l’eau de rose faisait un bien fou à ses nerfs : elle pouvait supporter un boulet mais deux, ça commençait à faire beaucoup ! Surtout qu’au rythme où elles avançaient, le voyage serait long… où qu’elles aillent. A vrai dire, tout ce qui n’était pas un endroit infesté de parasites lui irait, aussi allait-elle profiter de ces jours de calmes qui s’offraient à elle. Avec un peu de chance, elle pourra sans doute même se trouver un moment lors d’une de ses veilles pour poser ses pièges et trouver un vrai repas !

« Je prends le premier tour de garde, tu ferais mieux de dormir. On a une grosse journée demain »

Sa seule réponse fut un hochement d’épaules, cependant elle obtempéra et se coucha face à la nuit, savourant l’étreinte bienveillante du feu qui crépitait joyeusement dans son dos. Il ne lui fallut pas plus d’une dizaine de minutes pour sombrer dans les bras d’un Morphée écailleux…


L’illusion de son monde de grottes retrouvé se leva avec le soleil, dont les rayons acides vinrent percer la coque de rêve sombre et humide qu’elle s’était forgée. Le retour à la réalité fut aussi dur que la roche de son petit paradis, si bien qu’il ne fallut pas longtemps pour qu’elle se redresse et adresse une moue dépitée au paysage froid de ce début de printemps. Un léger vent froid en provenance du nord chassa les dernières brides de sommeil qui lui embuaient l’esprit durant le petit déjeuner, si bien que c’est vive et alerte qu’elle fit face à l’Ennemi. Punition ou simple hasard, Nais semblait décidée à la livrer sans défense à la masse liquide dont elle pouvait presque voir les doigts avides se tendre vers elle, prêts à l’engloutir dans les abysses. Le soleil ras se réfléchissait sur la surface étale si bien qu’elle ne pouvait que baisser les yeux sous peine d’être aveuglée. Lentement, elle se déshabilla tout en se remémorant ses heures à narguer le lac Chen. Tu es peut-être un gros serpent, mais je suis plus maligne que toi…
Décidée à ne pas perdre la face devant l’envoleuse, elle s’approcha à pas lent de l’eau qui l’hypnotisait de ses remous imprévisibles et y plongea doucement un pied, puis l’autre, particulièrement attentive à la sensation du liquide contre sa peau nue. Elle s’immobilisa un instant, remis en place sa tresse de telle sorte à ce qu’elle couvre totalement ses écailles avant de reprendre sa marche, esquivant les trous qu’elle sentait sous ses orteils, jusqu’à ce que l’eau lui atteigne la taille. Le courant était relativement peu fort ici, si bien qu’elle pu se concentrer sur ce que lui disait Nais plutôt que sur le nœud qui lui enserrait la poitrine. Ses muscles s’échauffèrent rapidement au rythme des exercices qui lui étaient imposés, tandis qu’elle s’habituait peu à peu à la température et aux mouvements de son nouvel environnement. Cette onde liquide n’était au final qu’un cheval malpoli : il suffisait de s’imposer à elle avec confiance pour la voir plier et suivre ses ordres. Rassurée, elle était d’autant plus efficace.
Après une matinée en effet chargée en exercice, elles prirent un déjeuner aussi frugal que les repas précédents alors qu’elles se séchaient au soleil. La chaleur envahissait de nouveau ses veines, Lamn se sentait revivre : l’eau n’était décidément pas son élément. Comme un écho à ses pensées, elles passèrent l’après-midi à s’occuper des chevaux – mais qui avait décrété qu’autant de temps devait être accordé à des quadrupèdes ? Elle espérait vraiment qu’il ne faudrait pas faire la même chose avec les humains, car elle n’avait certes pas quatre heures à perdre par tête de son cheptel… Qu’ils se débrouillent un peu ! Il fallut attendre que les heures les plus chaudes ne passent pour que le cerveau atrophié de l’envoleuse se réveille enfin pour se concentrer sur des choses utiles. Sa déclaration de chasse fut pareille à une douce symphonie à ses oreilles alors qu’elle réprimait avec peine un cri de joie qui flotta dans les airs sous la forme d’un sourire radieux. Sa main caressa un instant le manche de ses armes tandis qu’elle suivit Nais au petit trot…
Cette après-midi, elle découvrit avec surprise – bonne ou mauvaise ? – que cette humaine était apparemment capable de faire bien plus que de plier le genou face à une proie encore plus misérable qu’elle. Devrait-on aller jusqu’à dire qu’elle remontait dans son estime ? Presque… Un prédateur en respecte un autre, et la jeune femme avait incontestablement sa place sur le podium de la chaîne alimentaire. Dans ses gestes et paroles flottaient une maîtrise de sa science que beaucoup lui envieraient, aussi Lamn ouvrit-elle grand ses oreilles pour enregistrer ses conseils. Elle qui privilégiait la pose de pièges en appris beaucoup sur la traque cet après-midi, et ressortit de cet entraînement avec un beau lièvre à la main. Le fait que son frère se trouva la celle de sa compagne de voyage n’était pas pour doucher sa fierté… et son impatience ! Malheureusement, elle ne put s’opposer à la décision de gâcher la viande sur le feu, cependant elle prit – au hasard bien sûr – les parties les plus saignantes de la bête pour la fin, si bien qu’un goût agréable lui resta dans la bouche tandis que son ventre soupirait de satisfaction. Peut-être y avait-il vraiment quelque chose à tirer de ta compagnie…  


Si Lamn avait douté des compétences de Nais même après ses premiers jours parmi les envoleurs et sa rencontre au pied des Dentelles, ce jour-là devait la décider à changer. Alors qu’elles suivaient depuis deux jours le même rythme de travail – non, sérieusement, ces quadrupèdes méritaient-ils vraiment qu’elles passent chaque jour quatre heures à leur faire les yeux doux ? ils n’étaient même pas assez intelligents pour s’en apercevoir ! –, elles finirent par aborder une plaine désolée à l’herbe rase. C’était étrange de se dire qu’à si peu de distance se côtoyaient une forêt luxuriante et des plateaux où le vent faisait loi. Le fleuve lui-même semblait être charmé par l’atmosphère du lieu et ses timides remous s’étaient transformés en torrents déchaînés. Charmant. Et d’autant plus rassurant. Si la ts’liche avait été un chat, ses formes auraient disparues sous un nuage de poils hérissés de peur. Heureusement pour elle, ce n’était pas le cas, et seuls ses tremblements intermittents et sa respiration mécanique pouvait trahir son tourbillon de sensations.
Une première épreuve l’attendait lors de la traversée des flots. Une série de pierres plus ou moins plates formaient une sorte de chemin pareil à celui qui traversait la lave. Seulement là, Lamn se sentait nettement moins rassuré… Quel était le pire : descendre et se débrouiller par ses propres moyens ou confier sa vie à un herbivore ? Le dilemme cornélien qui s’offrait à elle se résolut de fait lorsque Thunder suivit bêtement le cheval de Nais, entraînant sa cavalière tétanisée dans la gueule imaginaire d’un serpent vorace. Chaque éclaboussure était à ses yeux un jet d’acide et elle s’attendait à tout moment à disparaître, avalée par les flots ou simplement rayée de l’univers d’un coup de crayon invisible. Les dix minutes de traversées lui parurent une heure, mais elle eut au moins le plaisir de constater que le Pollimage ne constituait pas vraiment une fin du monde. Juste une cicatrice dans la Réalité. Mais bon, c’était mieux qu’une amputation !
Poser pied à terre fut comme l’éveil d’un rêve… d’un cauchemar. Elle se sentait trempée de sueur glacée et perçu dans le regard de Thunder comme une once de rire qui la fit se redresser et lui adresser un regard noir. Titiller son égo : mauvaise idée. Son élan fut coupé net lorsqu’elle vit Nais se déshabiller. Incrédule, elle suivit chacun de ses pas comme si elle allait disparaître d’un instant à l’autre… mais non, l’envoleuse de tenait le plus naturellement du monde au milieu d’une rivière grondante. Simple fétu de paille, elle résistait à la force indestructible de l’eau avec une aisance qui la fit douter de ce qu’elle voyait. Si elle n’avait pas déjà eu confirmation de sa réalité tangible, sans doute en aurait-elle douté… Mais non, ce n’était pas un fantôme, mais bien une humaine, une faible, pathétique et pitoyable humaine, qui faisait ronronner pour elle un fleuve déchaîné. Intérieurement, la jeune ts’liche mit un genou à terre. Extérieurement, son corps ne lui appartenait plus assez pour qu’elle puisse formuler une demande si complexe.

- « Un Envoleur sait s’adapter en toutes circonstances. Vivacité dans le calme, il peut être à la fois rapide comme le vent et immobile comme une statue »

Sa voix sembla transpercer un nuage de poix qui entourait ses sens et la saisir à bras le corps pour la ramener en Gwendalavir.

« Viens maintenant »
« Viens maintenant »
« Viens maintenant »

Immobile. Il lui semblait qu’un écho particulièrement vicieux avait reprit la dernière phrase de son maître, comme pour la narguer. Les bords de son champ de vision commençaient à devenir troubles, mais elle se contraint à rester lucide en enfonçant ses ongles dans la chair de ses paumes. La douleur autant que la chaleur et l’odeur du sang achevèrent de la ramener dans le monde des vivants. Autrement dit : en enfer. Ses poumons réclamèrent violement de l’oxygène, si bien qu’elle prit une grande inspiration, comme un plongeur revenant des profondeurs. Elle n’ira pas là-dedans.  
Avance et apprend.
A aucun prix.
Fais tienne cette force.
Même sous la menace.
Retourne-la contre eux.
Elle n’ira pas là-dedans.
Telle est ta mission.
Son sens  du devoir se disputait violement avec ses bas instincts humains. Sa logique elle-même semblait être balayée par cette rivière, dont les flots l’avaient envahie sans même la toucher. Elle était réduite au terrain de jeu de deux forces internes qui se disputaient le contrôle de son corps. Elle. Devait. Gagner. Se servant de sa volonté de fer comme d’un levier, elle fit basculer la pierre de son devoir qui dévala la pente abrupte de sa peur pour écraser le fantôme grimaçant de la rivière. Je. Suis. Plus. Forte. Que. Toi.
Lentement, elle glissa une main glacée sous le tissu de sa tunique pour l’ôter à son tour. Combien de temps avait duré son combat intérieur ? Nais la regardait toujours, égale à elle-même. Offerte aux morsures du vent, elle s’approcha à pas de loup de la rivière, ses plantes de pieds glissant sur la terre nue jusqu’à atteindre les première vagues. Elle sentait ses sens exacerbés exercer une pression contre sa conscience, mais elle les repoussa avec force. Complètement déconnectée, elle se contenta d’avancer.
Et se fit emporter.

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Mante religieuse Ts'liche powa!!!
Merci à Erwan pour ces magnifiques images Smile
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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Ven 24 Juil 2015, 14:06

≈≈≈ Naïs  ≈≈≈

Evidemment ! Evidemment que l’apprentie se fit emporter par les flots en furie. J’avais senti sa peur –une peur viscérale – avant même que je ne l’invite à me rejoindre dans la rivière déchaînée. Elle était restée paralysée sur place durant de longues minutes, luttant intérieurement, à tel point que je me suis demandée un instant si la jeune fille n’allait pas finir par défaillir. Mais non, Lanthane avait fini par se déshabiller à son tour pour entrer lentement dans l’eau. C’est pourquoi j’étais déjà prête à bondir lorsque la gamine se fit happer par la puissance du courant. Jouant avec la rivière, il ne me faut pas trois brasses pour attraper vivement le bras de l’apprentie et la remonter à la surface. Un léger sourire se dessine sur mes lèvres alors qu’elle recrache en toussotant toute l’eau qu’elle avait pu avaler. La maintenant solidement pour ne pas que Lanthane se fasse emporter à nouveau, je sens l’apprentie s’agripper littéralement à mon bras.

- « Ne lutte pas Lanthane ! Sens le courant, accepte-le, joue avec lui, sert-en »


*



La jeune fille se fit malmener par le courant encore un long moment. Si elle avait manqué de se noyer au moins une demi-douzaine de fois en une heure, elle commençait toutefois à comprendre qu’il fallait qu’elle accepte le courant pour pouvoir s’adapter à lui et utiliser sa force en sa faveur. Les deux jours suivants, nous longeâmes la rivière toujours plus loin vers le nord, ce qui nous permettait de faire un saut dans la rivière qui ne cessait de gronder furieusement. A chaque fois que nous nous apprêtions à nous remettre à l’eau, j’entendais la gamine pester dans sa barbe, ce qui me faisait rigoler doucement. Mais en réalité, Lanthane avait bon ne pas aimer ces bains forcés, elle s’améliorait à chaque fois un peu plus et lorsque nous avions finalement bifurqué vers l’est pour rattraper la piste qui menait à la Citadelle des Frontaliers, un déclic s’était produit chez l’apprentie qui ne craignait désormais plus d’affronter cette partie du Pollimage en furie.

Ce matin-là, lorsque nous nous étions levées, un épais brouillard s’était abattu. La température avait également chuté d’un seul coup dans la nuit et il ne faisait guère plus chaud qu’un matin d’automne dans les montagnes du Poll. Comme à l’accoutumée, nous avions commencé la journée par une série d’assouplissements et d’abdominaux avant de lever le camp et de nous mettre en route. La bruine qui tombait de manière incessante depuis le début de la nuit avait rendu la piste boueuse et difficilement praticable. C’est pourquoi, pour soulager les chevaux, nous avions mis pied à terre approximativement au milieu de la journée. A mesure que nous avancions, je redoublais de vigilance et d’attention. Si les incursions de Raïs jusqu’ici étaient rarissimes, cela pouvait toutefois arriver. En revanche, les bandits qui sillonnaient les routes de l’Empire étaient nombreux, eux. Ils étaient là, quelque part. Je le savais. Je le sentais. Car tout semblait bien trop calme autour de nous. S’ils pensaient que le brouillard jouait en leur faveur, ils se trompaient !

Un sourire effleure mes lèvres tandis que je perçois un mouvement dans les fourrés, un peu plus loin. Continuant à avancer d’un pas tranquille, comme si de rien n’était, je parviens à en compter quatre hommes. Et pas très discrets de toute évidence, à en croire leurs chuchotements et leurs mouvements désordonnés dans les fourrés. Même Lanthane avait fini par les repérer ! Je soupire imperceptiblement alors que les pillards percent soudain la végétation pour nous barrer le chemin – ou du moins, ils semblaient le croire.

- « Hé regardez-moi ça » ricana celui qui semblait être le chef de ce petit groupe « Aller mes minettes, votre bourse et je vous jure que votre mort sera la plus douce possible ! »

Haussant un sourcil, je pose une main sur ma hanche sans lâcher la bride d’Océan, qui s’ébroua un instant. A côté de moi, Lanthane paraissait ravie : son regard posé sur moi semblait me demander pourquoi nous ne leur sautions pas tout bonnement à la gorge de ces hommes comme les misérables cafards qu’ils sont. Affichant un sourire en coin, je porte doucement ma main à ma ceinture tout en défiant de mon regard aveugle les trois hommes qui nous toisent dangereusement. Puis, dans un geste aussi rapide que mortel, je lance l’une de mes étoiles de jet, qui effectue une belle courbe avant de se ficher dans la gorge du quatrième homme qui était resté à l’abri des fourrés. Un archer.

- « Ah vous voulez jouer à ça ! Très bien ! » fulmina le chef des bandits, aussi surpris qu’en colère.

Satisfaite, je me tourne vers Lanthane tandis que les trois hommes dégainent leur sabre.

- « Ils sont tout à toi » souris-je « Ne réfléchis pas, vis le combat » ajoutais-je en m’effaçant sur le côté.

Croisant doucement les bras sur ma poitrine, je laisse Lanthane s’avancer. L’apprentie jubile presque. Ces types-là ne savent pas encore ce qui va leur tomber dessus…





[Désolée du retard : avec la fin des exams + le boulot, j'ai un peu perdu l'inspiration, mais je vais tâcher de me reprendre ^^]

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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Dim 26 Juil 2015, 21:40

Les remous étaient autant de mains qui lui appuyaient la tête vers le fond du Pollimage ; mais lorsqu’elle tentait d’y prendre appui, elles se dissolvaient et la laissaient désemparée, tourbillonnant dans une danse ridicule et vaine pour tenter de refaire surface. Elle sentit une main lui agripper le bras, puis la tirer. Ainsi donc, une force extérieure à celle du Pollimae parvenait à subsister ? Idée impossible pour son esprit, mais que son corps saisi comme une bouée. Si elle eut été un tigre, elle lui aurait labouré le bras et le flanc de ses griffes. Mais, pitoyablement, ses ongles ne faisaient aucun dégât à sa peau alors qu’elle s’accrochait à son bras tel un chaton noyé. Flottant au gré du courant, pareille à un drapeau balloté par un vent liquide et que seul l’appui sûr de Nais empêchait de dériver, au loin, à la merci des eaux furieuses de voir leur royaume envahi. Crachant toute l’eau qui s’était infiltrée dans ses narines et sa bouche, elle entendit à peine les paroles de son maître.
Elle lui demandait de ne pas lutter ?
Ce n’était pas une rivière, ni même un fleuve, mais une troupe de Rais enragé, lancée dans une charge furieuse : le grondement de leur course qui broyait les boyaux, tandis que le sol semblait se dérober à leur approche. Comme au centre de toutes les forces de destruction du monde, elle se sentait réduite en morceaux et, dans son ventre, la peur, aussi glacée que l’eau, lui intimait de fuir, de se débattre comme une folle, de tout détruire sur son passage pour partir vite, loin. Un sentiment abject, qu’elle maudit rétrospectivement, mais qui présentement la contrôlait aussi sûrement que les fils d’un marionnettiste.
Elle lui demandait de ne pas lutter ? Autant dire l’impossible.
Nais la porta presque jusqu’à l’ombre d’un rocher, où les remous la mettait quelque peu hors de portée de la montagne liquide qui s’avançait, imperturbable. Ce n’est que là, l’esprit partiellement éclaircit par la relative sécurité du lieu, qu’elle s’aperçut que le combat continuait sans elle. Les flots déchaînés continuaient leur course destructrice sans plus guère lui porter d’attention : elle était comme un civil sur un champ de bataille, tant qu’elle ne se mettait en travers du chemin de personne, ils seraient trop occupés pour penser à elle. Elle avait une chance de rejoindre le rivage. La révélation la fit presque défaillir : elle n’était pas condamnée à une mort certaine, il existait une voie, quelque part entre ces gouttes, dans laquelle s’engouffrer, et la mènerait où elle voudrait.
Parler aux cailloux comme à la rivière. Une idée stupide qui avait éclaté telle une bulle dans son cerveau, avant de se faire balayer par les flots. Ridicule. Insensé. Les cailloux, la rivière, les arbres et les bêtes, jusqu’où la conduirait ce mysticisme si elle en empruntait la voie ? Elle ne ploierait pas devant une nature stupide qu’elle se voyait si aisément dominer. Elle cherchait les failles de l’armure de ce chevalier de fer qui bleuissait son corps de ses coups rageurs, fouillait dans les pas de son cheval pour l’en faire tomber, et se faisait immanquablement piétiner. Il lui semblait que son combat avait duré des heures quand, enfin, Nais la prit par la main pour la reconduire sur la rive, comme un enfant capricieux que l’on traine derrière soi.
Les lèvres bleues et les dents claquant à un rythme endiablé, elle tenta de se précipiter – sans parvenir à contrôler réellement ses jambes – vers la couverture qui l’attendait, accrochée à sa selle, et lui promettait une étreinte réconfortante. Elle ne sentait même plus les petites pierres et les brindilles qui s’enfonçaient dans ses plantes de pieds, seules les aiguilles de glace que le vent plantait dans sa peau la faisaient réagir. Il lui avait paru impossible que la température chute encore, elle qui avait passé son enfance dans des couloirs de pierre réchauffés par la proximité d’un volcan, pourtant les bourrasques sporadiques qui la narguaient lui démontraient sadiquement le contraire.
Tunder leva un regard désintéressé sur sa pitoyable personne, et à ce moment-là elle fut à un cheveu d’empoigner son sabre pour la transformer en couverture – mais encore aurait-il fallu qu’elle en soit encore capable. La viande encore gorgée de sang chaud, quoi de mieux pour se réchauffer et reprendre des forces ? Ses doigts gours eurent toute la peine du monde à défaire les liens de cuir, et il lui fallut de longues minutes pour transformer ses tremblements incontrôlables en contractions sporadiques. Le repas, un peu plus copieux qu’à l’accoutumé, apparut comme une véritable bénédiction, mais la timide flamme de gratitude qui avait commencé à naître fut mouchée aussi sec lorsque Nais lui annonça qu’elles remontaient en selle. Les heures, puis les jours, qui suivirent mirent ses muscles à rude épreuve et ses nerfs au martyr.  

Immobile dans une fausse aux serpents, les laissant glisser sur son corps. Elle tenta de s’imaginer que les griffes qui lacéraient sa peau étaient des écailles, aussi froides et lisses que celles qui s’étaient occupées d’elle durant ses premiers jours. Elle chercha au fond d’elle-même un reste de souvenir enfantin, un instinct maternel, une langue faite de grondements et claquements grâce à laquelle elle pourrait se faire comprendre de ces … Comment nommer ces formes indistinctes sur lesquelles elle plaçait l’image fugace d’un corps écailleux, parfois armé d’une rangée de pics dorsaux ? Revint en sa mémoire le souvenir de cet humain, rencontré sur les bords du lac Chen… Juste avant que les cailloux ne roulent sous ses pieds et ne lui fassent perdre une sempiternelle fois l’équilibre.

C’était un miracle qu’elle ne soit pas déjà tombée malade, une chance qui menaça de s’envoler le jour où, à l’aube, un épais brouillard s’était affalé sur le monde – le don météorologique de Nais avait donc ses limites, avait-elle ricané intérieurement lorsque la pluie fine mais incessante l’avait réveillée en pleine nuit – et la glaçait jusqu’aux os malgré ses épaisses couches de vêtements et elle accueillit avec joie les exercices physiques qui la réchauffèrent quelques peu. Le sol, non protégé, semblait lui aussi malade et c’est avec une grimace qu’elle mit pied à terre : allons donc, ces quadrupèdes étaient-ils incapables de faire leur travail en temps de pluie ? Sa relation avec Thunder avait viré au statu quo, chacune acceptant la présence de l’autre comme un mal nécessaire – ce qui ne les empêchait pas, par de petits gestes, de se manifester leur inimitié réciproque.
Alors qu’elles traversaient une sorte de petite forêt, un éclat métallique à la périphérie de son champ de vision attira son attention et elle jeta un coup d’œil à Nais qui, pourtant, continuait son chemin. Soit elle se faisait des idées soit… Non, un mouvement ici, un semblant de voix là, tous ses instincts de chasse allumaient des voyants rouges : des gens se cachaient dans les fourrés, et ils ne paraissaient pas vraiment amicaux. A force de regards insistants, elle finit par voir poindre l’ombre d’un sourire sur les lèvres de son maître : un test donc, qu’elle avait visiblement réussi.  Alors, quelle était la suite des événements ? Allait-elle enfin pouvoir manier une lame ? L’irritation c’était teintée d’une note d’espoir, qui ne fut pas déçu – pour une fois !

- « Hé regardez-moi ça » ricana celui qui semblait être le chef de ce petit groupe « Aller mes minettes, votre bourse et je vous jure que votre mort sera la plus douce possible ! »

Elle pouvait sentir à cinq mètres la puanteur de cet humain crasseux qui, à peine avait-il ouvert la bouche, lui inspira dégoût et mépris, et un petit sourire étira ses lèvres à l’idée de le saigner comme le porc qu’il était. Elle jeta un énième coup d’œil à Nais, demandant implicitement les mains libres pour tailler ces imbéciles prétentieux en pièces et fut enchantée de la couleur de sang de son petit sourire. L’éclat du métal, tel un soleil éphémère qui vendit l’air jusqu’à disparaître dans les buissons et, d’après le gargouillis qui s’en suivit, dans une gorge, fut comme une promesse. Ses sens en éveil, exacerbés par l’adrénaline qui commençait à monter en elle, pouvaient presque distinguer le doux fumet entre tous reconnaissable du sang chaud, et elle dut contracter violemment ses abdominaux quotidiennement sollicités pour éviter que son estomac ne la trahisse d’un gargouillement joyeux.
Elle mourrait d’envie de déchiqueter ces macaques pouilleux, mais en même temps elle n’était pas sûre de résister à la soif de sang qu’elle réprimait depuis trop longtemps. Ici, aucun regard, aucune présence ne l’arrêterait avant qu’elle n’eut fait un massacre. De tous ses instincts, elle considérait celui pour le combat comme le plus noble et plus digne d’être assouvis, mais le baiser glacé des écailles qui ornaient sa nuque était comme un rappel tangible de la pression qui s’exerçait tout de même.
Ne perd pas la tête ma belle, se murmura-t-elle en pensée.

- « Ah vous voulez jouer à ça ! Très bien ! » aboya celui qui semblait être à leur tête.
- Oh oui, lui murmura-t-elle en réponse, si bas qu’elle était sûre qu’il ne se doutait de rien.

Nais, elle, avait peut-être perçu sa réponse, un sentiment confirmé par ses paroles, auxquelles elle répondit par un sourire franc aussi froid que la mort qu’elle allait faire s’abattre.

- « Ils sont tout à toi » fit-elle, cet éternel petit sourire collé aux lèvres « Ne réfléchis pas, vis le combat »

L’instant d’après, Lamn mit pied à terre, enleva sa veste épaisse qui risquait de gêner ses mouvements et n’accorda plus la moindre attention à l’envoleuse, savourant pleinement le poids de son propre sabre et le chuintement feutré qu’il fit en se révélant aux yeux du monde. Plus aiguisé que les crocs d’un loup, il semblait rire des pitoyables lames qui s’étaient dressées contre sa combattante et se réjouir autant qu’elle du massacre qu’ils allaient perpétrer ensemble. Elle fit quelques pas de danseuse vers eux pour se mettre dans le rythme du combat, ne leur accorda même pas un sourire amusé en les voyant tenter de l’encercler et, immédiatement, fit deux pas rapides vers celui de droite avant de se fendre dans un coup de taille qui contraignit celui du milieu à reculer précipitamment.
Elle était entrée dans leur cercle et l’avait brisé d’un revers de la main, profitant de la surprise qu’elle avait créée par son attaque fulgurante : seule face à trois brigands, elle n’était, dans leur esprit, pas censée montrer une telle confiance en elle. Le troisième assaillant s’attendait à être le prochain sur sa liste, aussi ne lui accorda-t-elle pas un regard et para la contrattaque venant de sa droite. Leur stratégie était limpide à ses yeux.
Leur technique, beaucoup moins. Etait-ce dû à leur incompétence ou les humains avaient-ils développé leur propre art du sabre ? Elle n’avait pas le temps de se poser la question et esquiva d’un saut sur le côté le sabre qui, venant de derrière, n’allait pas tarder à s’abattre, elle le sentait. Leur chef s’était remis en garde la seconde précédente. Allons bon, il attendait sagement son tour ? Elle vint le chercher.
Ramenant sa lame en un arc de cercle qui n’avait pour lui que sa vitesse, elle le regarda parer l’attaque fantoche une demi-seconde avant que son poing ne vienne lui ranger toutes les dents du même côté. Il lui avait ouvert sa garde et le payait maintenant, même si elle était pertinemment consciente qu’il était loin d’être hors d’état de nuire et que, tout stupides et bouffis d’orgueil qu’ils étaient, ces adversaires étaient nombreux et avaient pour eux leur haute taille et leur force.
Cependant, ils maniaient leurs armes comme des petites cuillères auxquelles ils s’attachaient fermement, alors qu’un véritable guerrier sait laisser jouer sa lame. Une des leçons qu’elle avait apprise en dernier mais qui s’était solidement gravée dans sa mémoire dans les petites rues d’Al Chen, où elle n’avait absolument pas la place de donner toute sa mesure à son talent de bretteuse et avait soigneusement appris tous les coups tordus qu’on avait pu lui faire.
Le cercle se refermait, il était temps d’en sortir. Au prix d’une mèche de cheveux et d’une ligne de feu sur sa cuisse, elle parvint à s’en extraire et, contrairement à eux, ne prit pas la peine de se mettre en garde : pourquoi s’immobiliser et leur laisser le temps de s’organiser alors qu’elle avait pour elle l’espace et le mouvement ? Elle fit en sorte de toujours garder un des trois brigands comme barrage pour qu’ils ne puissent l’attaquer qu’à deux à la fois et fit jouer ses réflexes face à la danse étrange de leurs lames.
Au bout de quelques minutes, le moins endurant fut repéré et assaillit de coups sporadiques jusqu’à sa chute, le flanc transpercé et les boyaux à l’air. Sa mort déstabilisa suffisamment son second vis-à-vis pour qu’elle puisse marquer sa mâchoire d’une ligne de feu mais, bientôt, le combat reprit de plus belle. Etait-ce la peur ou un éclair de lucidité qui poussait ces hommes à combattre ainsi ? Elle l’ignorait et n’en avait cure, car le combat était devenu un poil plus intéressant : si leur technique était toujours obscure à ses yeux, ils avaient enfin commencé à convertir la force en un semblant de précision qui rendait leur déhanchements moins pathétiques.
Le début de leur combat – ainsi que le fait qu’ils soient toujours en vie – avaient clairement montré qu’ils n’étaient pas habitués à rencontrer une résistance aussi vive, car ils marquaient régulièrement des temps d’arrêts inexplicables. Ce n’est qu’au bout de quelques coups qu’elle se remémora l’homme des fourrés, sans doute un archer, et appris à repérer le tempo de ces pauses pour asséner ici ou là quelques coups de poings ou de pieds qui étaient autant d’avantages futurs. Mais, à présent qu’ils étaient clairement rentrés dans le combat, ils avaient resserré leurs attaques qui pourraient presque paraître coordonnées. Presque, parce qu’un rien suffisait à les dévier pour se gêner mutuellement, ce qu’elle ne se privait pas de faire.
Il fallut attendre la toute fin de leurs échanges pour qu’elle se trouve en difficulté : alors que sa lame était profondément enfoncée dans la gorge du chef de leur bande, elle perçu du coin de l’œil une lame se lever et sa main gauche plongea vers sa ceinture avec un temps de retard… quelle était la probabilité qu’il lui coupe le bras ? La question jaillit dans son esprit. Elle était de profil, son membre serait donc son bouclier, mais placé ainsi elle avait des chances de s’en sortir avec une simple blessure. Sévère, certes, mais c’était toujours mieux que de finir manchot. Elle amorça néanmoins une bascule de ses hanches pour se reculer un peu plus et, alors que sa main atteignait enfin le pommeau de la petite lame qui pendait à sa ceinture – trop tard pour une parade, mais pas pour une contrattaque – elle vit filer un éclair de métal qui stoppa net son assaillant dans sa course.
Celui-ci n’avaient même pas achevé sa chute qu’elle se tournait déjà vers Nais avec un regard assassin.

- Tu m’avais dit qu’ils étaient à moi ! lança-t-elle an dégageant son sabre de son fourreau de chair.

Elle nettoya sa lame avant de la rengainer et, pour se divertir de leur odeur entêtante puisqu'elle ne pouvait pas passer à table, en profita pour faire un bilan de ses erreurs et succès lors de ce combat – fluidifier les déplacements, ne pas accorder autant d’importance au dernier souffle malgré l’appel du ventre, belle observation de leur rythme. Elle n’était pas vraiment en colère contre l’envoleuse, qui n’avait fait ça que pour lui épargner une blessure qui aurait ralenti son entrainement, mais sa fierté avaient été blessée de cette intrusion dans son combat. Une affaire de lames, c’était une affaire de cœur !


[pas de soucis, tu restes très inspirante Very Happy Je me suis permise de te faire intervenir, mp s'il y a un problème!]

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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Sam 31 Oct 2015, 16:40


- « Pourquoi crois-tu que je suis intervenue ? » [soupir] « Tu as hésité. Si tu dois faire un choix, réfléchis, mais réfléchis rapidement. Autrement tu laisserais à ton adversaire un précieux avantage »

Sourire en coin

- « Ne crois surtout pas que je t’apprécie, sale gosse ! Quand je t’aurai libéré de ton apprentissage, tu pourras te faire découper en rondelles si ça te chante. D’ici là, je tiens quand même à ce que tu restes entière. »








[Pfiou, tout ça pour ça ! J'ai honte...]

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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Dim 01 Nov 2015, 19:58

[court, mais ta réponse l'a tellement fait réagir que je ne voulais pas me contenter d'une ligne... ]

Personne. N’avait. Le droit. De lui parler. AINSI.
La barrière mentale qui séparait en elle sa raison du tourbillon vertigineux de ses émotions était déjà mise à mal par l’adrénaline du combat et l’ivresse du sang qui noyait ses sens, et le gigantesque épieu de sa rage faillit la transpercer de part en part lorsque les mots acerbes de Nais atteignirent sa conscience. Elle la décrivait littéralement comme faible et stupide, et ne dut qu’à un miracle de ne pas finir comme ces hommes.
Non, Lanthane ne dut qu’à un formidable élan de volonté ancré dans le souvenir encore trop vif de sa lamentable défaite d’être toujours en état de la maudire. Elle était la plus forte, elle était le maître, seuls les forts peuvent s’exprimer, les faibles n’ont qu’à ramper. Tels étaient ses principes qui aujourd’hui se retournaient contre elle. Elle avait très envie de partir, maintenant, de laisser cette folle insolente parler aux cailloux pour demander un maître qui aurait la tête sur les épaules et le bon sens de lui parler dignement… Mais sa froide logique lui répondit très justement que la côtoyer le plus longtemps possible lui ouvrirait ses failles ; et alors, lors de leur affrontement, elle pourrait jouer avec elle. L’image de Nais la suppliant de l’épargner… non, de l’achever plutôt, fit des miracles, et lorsqu’elle posa de nouveau les yeux sur l’envoleuse, son regard n’étaient plus aveuglés par la rage mais bien acéré par une formidable colère froide. Son élan. Sa force.
Sa seconde réplique lui tira un frisson dans le dos. Un jour, Nais ne sera plus le maitre et elle sera la plus forte.

« Un jour, grand-mère, je te tuerai. »

La réponse avait jailli, sans même qu’elle ne réfléchisse aux conséquences éventuelles ; et reflétait tellement bien ce qu’elle pensait en son for intérieur qu’elle ne put même songer à la regretter. Les forts parlent, les faibles se taisent. Tant qu’elle parlerait elle resterait forte.
Les mots sont des armes.

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Dernière édition par Lanthane Manganèse le Mar 27 Sep 2016, 22:53, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Dim 01 Nov 2015, 22:54

Haussement de sourcil inquisiteur

- « D'ici là, gamine, j'arriverais peut-être à faire rentrer deux ou trois choses dans ta caboche ! »









[Je suis curieuse de voir comment cette joute verbale va se terminer. En attendant, je marre toute seule devant mon écran xD]

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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Lun 02 Nov 2015, 18:02

"Pour cela grand-mère, il faudrait qu'une étincelle d'intelligence arrive à percer le mur de ta sénilité"



[moi je vois très bien comment ça va se finir: Lanthane + poings de Nais dans la figure = fin de la discussion X) ]

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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Mer 04 Nov 2015, 17:50

- « Ou celui de ta stupidité, microbe ! »

Pointe d'agacement dans la voix







[Ca, c'est fort possible xD Mais cela dit, je crois ma petite Naïs est en train d'apprendre la vertu de la patience avec Lamn...]

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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Mer 04 Nov 2015, 20:22

[railleuse]

" Si tu te considères intelligente je prends ça pour un compliment! Ecoute-toi parler d'un vulgaire rocher comme d'un être conscient, d'un animal comme d'un humain! C'est un gâchis..."

Comment peux-tu être plus forte que moi...



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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Jeu 10 Déc 2015, 14:04

≈≈≈ Naïs  ≈≈≈

Plissant les yeux d’un air agacé, mains posées sur les hanches, je soupire un instant. L’idée m’effleure soudain, aussi éphémère et fugace qu’un éclair illuminant un ciel d’orage. Secouant toute seule la tête je me surprends à sourire à cette douce tentation. Douce pulsation dans mes veines. Retenant ma respiration quelques secondes, je serre les poings à m’en faire mal aux doigts. Juste pour me retenir, ne pas le faire. Tuer Lamn ! Massacrer cette gamine insolente ! La réduire en chair à pâtée ! Enfer, douce image ! Qu’est-ce tu y risques en plus ? Une petite voix, enfouie dans un coin de ma tête, susurre cette question en boucle. Encore et encore. Sa mort passera facilement pour un accident, après tout, cela arrive si régulièrement que les Mentaïs ne posent même plus de questions ! Dépitée, je me masse les tempes d’une main, me mordant la langue pour ne pas lancer une réplique cinglante. Oh par la sainte culotte de l’Empereur, cette fille finira par me rendre folle !

Me redressant de toute ma hauteur, je roule des épaules pour soulager mes muscles tendus. Cette gamine ne le sait probablement pas, mais elle me pousse dans des retranchements que je n’imaginais même pas possibles, pas réels. Fermant les yeux, je réfléchis à toute vitesse. Quelques secondes, tout au plus. Avant de jaillir, sans prévenir, et envoyer dans la mâchoire de la gamine. Fort. Assez pour l’assommer durement. Assez pour qu’elle perde connaissance sous l’impact du coup et de la douleur. Assez pour avoir la paix quelques heures.

Plaquant mes deux mains sur mes hanches, je laisse échapper un petit soupir de satisfaction. Puis, attrapant l’apprentie sous les aisselles, je la soulève quasiment sans effort. Thunder et Océan broutaient tranquillement quelques mètres plus loin, sans se soucier de ce qui se passait autour d’eux. Mais alors que je hisse Lamn sur le dos de Thunder, la jument émet un petit hennissement agacé. Une fois assurée que la gamine ne glisserait pas au sol pendant la chevauchée qui nous rapprocherait toujours un peu plus de la Citadelle des Frontaliers, je prodigue une douce caresse sur le chanfrein de Thunder qui secoue doucement sa grosse tête. Avec ses mouvements d’humeurs, la jument en paraîtrait presque humaine par moments. Eclatant de rire, je me hisse à mon tour sur ma scelle et, tandis que j’émets un petit claquement de langue, Océan part tranquillement, adoptant un trot régulier.


- « Debout ! » ordonnais-je d’une voix froide, qui ne souffrait d’aucune réplique.

Poussant l’apprentie du pied, j’achève de la réveiller totalement. Elle allait probablement râler. Jurer. Pester. Mais elle allait finir par comprendre ! Cela allait s’imprimer dans sa caboche au fer rouge ! Elle m’avait cherché ; elle m’avait trouvé ! Elle allait s’en mordre les doigts. Cette gamine avait titillé les limites de ma patience. Et la suite du programme allait beaucoup moins lui plaire ! Le soleil n’est même pas encore levé et ne le serait pas avant au moins deux ou trois bonnes heures. Sans même lui laisser le temps de manger un peu, pour reprendre des forces, je lui désigne une branche d’arbre pas trop haute. Juste assez pour pouvoir s’y accrocher aisément.

- « On va faire des séries d’abdos avant de se remettre en route » annonçais d’un ton sans appel.

Laissant Lamn se mettre dans la position du cochon pendu, je l’imite aussitôt et, ramenant mes mains derrières mes oreilles, j’impose dès le départ un rythme soutenu à la jeune fille. En quelques minutes à peine, elle s’essouffle. Mais, au contraire, je maintiens un mouvement régulier. Encore et encore. Sans pitié, je ne peux même pas m'empêcher d'afficher un sourire alambiqué lorsqu’elle se rétame, face contre terre, au bout d’une petite demi-heure. M’arrêtant un instant, je ne prends même pas la peine de descendre de mon perchoir.

- « Encore ! » grondais-je « Allez, en place ! » ajoutais-je « Un, deux, trois… »



Il nous fallut un peu moins de deux jours pour atteindre la fameuse Citadelle des Frontaliers. Les rumeurs et les légendes se mêlaient pour lui prêter une allure impérieuse, telle une frontière infranchissable, perchée au cœur des montagnes du Poll. Les Frontaliers conservaient un statut de redoutables combattants à travers tout l’Empire. Les rencontrer ne pourrait que faire énormément de bien à Lamn. Sa fierté et son ego en prendra encore un sale coup, c’est certain. Mais elle en tirera quelques bonnes leçons.  

Il fait déjà nuit depuis un long moment lorsque nous pénétrons dans l’enceinte, jalousement gardée, de la Citadelle. L’apprentie n’a même plus la force de bougonner toute seule dans sa barbe. J’imagine assez bien à quel point son corps doit être endolori ; ses abdos douloureux, ses muscles en feu, son corps se souviendrait encore longtemps de ces deux derniers jours. J’avais pris un malin plaisir à la malmener. Abdominaux et course d'endurance le matin avant de partir, par dizaine de séries de cinquante. Puis, techniques de combat au corps à corps. Pas une seule fois elle ne m’avait effleurée ; mais percluse de bleus et d’hématomes sur tout le corps, elle commence à comprendre l’importance de se servir de la force de son adversaire. Surtout lorsque l’adversaire en question est beaucoup plus fort qu’elle. Au bout de sa vingtième raclée, son attitude avait légèrement changé, et elle combattait avec un peu plus de subtilité, essayant de me prendre à mon prendre jeu. Evidemment, elle avait encore des progrès à faire, mais la Citadelle des Frontalier fournissait un vaste terrain d’entraînement.

Laissant nos deux chevaux dans l’une des écuries du centre de la cité, je souris un instant avant de désigner du menton une auberge, juste de l’autre côté de la rue, dont émane un joyeux brouhaha. Glissant une mèche rebelle derrière mon oreille, je me tourne vers Lamn avec une assurance tranquille.

- « Un bon et vrai lit, ça te dit ? » proposais-je, à peu près certaine que la jeune fille ne refuserait pas le confort que réclamait ses muscles douloureux.






[Punaise, ta dernière réponse m'a donné du fil à retordre ! Mais j'ai finalement réussi à trouver un compromis avec ma petit Naïs... Sans qu'elle ne tue Lamn xD]

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Lanthane Manganèse
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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Ven 04 Mar 2016, 23:41

Une douleur sourde palpitait entre ses tempes, lui rappelant comme un éclat de rire tonitruant le coup diabolique de celle qu’elle… devait reconnaître comme lui étant supérieure. Mais maître, vraiment ? Raaah, il n’y avait pas de mots dans cette langue barbare pour désigner ce que cette Naïs incarnait pour elle. Ce débat intérieur faisait rage dans ses yeux, seule partie de son corps qui présentait encore un peu de vitalité tant le moindre de ses muscles était réfractaire à l’idée même de mouvement. Quand l’envoleuse annonça une halte pour la nuit, elle dut serrer les lèvres de toutes ses forces pour ne pas laisser échapper un petit soupir de soulagement – hors de question de lui faire ce plaisir !


Elle regretta amèrement de s’être levée le lendemain.
Comme – non, pas comme : pour ! Pour se venger de leur altercation d’hier, l’impitoyable femme avait visiblement décidé de lui faire regretter son serment de la suivre. Elle espérait la faire fuir peut-être ? Bah ! C’était peine perdue. Elle l’avait supportée dans son infinie bêtise, ce n’étaient pas quelques menus exercices qui allaient l’abattre ! Il existait un différence entre être forte et savoir user de sa force, et si l’envoleuse voulait étaler la première, cela ne voulait pas dire qu’elle possédait l’intelligence nécessaire pour l’exercer.
A force de se le répéter à chaque fois que, les muscles tétanisés au point que même sa volonté dont elle se vantait si souvent n’arrivait plus à les convaincre de la relever pour continuer, l’idée sembla se planter en elle.

Pas au point de provoquer une remise en question, il manquait encore un élément essentiel pour cela… Mais nul doute que lorsqu’elle aurait de nouveau la force de penser, le tourbillon que ce cours amorçait en elle prendrait des proportions cataclysmiques.
En attendant, elle accumulait la frustration de se voir supplantée par une humaine sous les yeux goguenards de cette saleté de canasson qui ne manquait jamais une occasion de dévier de sa course pour venir lui couper la route et l’obliger à un détour qui puisait un peu plus dans ses forces lorsqu’elles couraient après un frugal petit déjeuner.
Courir, cela Lanthane savait faire, même durant des heures s’il le fallait. Mais tenir des dizaines de kilomètres le ventre presque vide en variant les allures alors qu’elles passaient toutes leurs journées à enchainer les exercices plus éprouvants les uns que les autres, elle devait bien avouer qu’elle avait du mal.
Alors qu’à côté d’elle, la jeune femme semblait tenir le rythme sans problème, s’amusant même à la lever à des heures indues pour ne faire aucune vraie pause avant que la Lune ne soit indubitablement la reine des cieux.
Et cela la faisait enrager, d’autant plus qu’un immense soulagement avait la mauvaise idée de s’inviter lorsque Naïs annonçait qu’elles remontaient en selle après qu’elle ait une fois de plus échoué.
Non ! Elle ne pouvait pas laisser cette humaine hargneuse balayer sa détermination ! Elle refusait de dépendre de cet animal puant, quel que soit son état. Si elle ne pouvait pas avancer elle-même, elle resterait là. C’est ce qu’elle annonça la première fois à Naïs, ne récoltant qu’un haussement de sourcil moqueur, accompagné d’un mouvement des épaules très évocateur sur son opinion concernant les capacités de son apprentie. Elève qui, mine de rien, tint encore une bonne heure avant que sa main tremblante ne retouche le cuir d’une bride. Epuisée au-delà du possible, elle avait bataillé tout le reste de la journée pour ne pas tomber de selle, trop à bout de force pour calomnier qui que soit. Mais le lendemain, ses désirs d’indépendance avaient fait naître un brasier au creux de ses pupilles tel que nul n’en avait jamais vu.


Combien de temps s’était écoulé depuis leur altercation ? Elle n’en avait aucune idée mais pour elle cela faisait une éternité. Sans doute deux. Après une épuisante journée qui l’avait une nouvelle fois laissée somnolente sur le dos de Thunder, elles finirent par arriver au pied d’un bâtiment dont la seule vue suffit à la réveiller plus efficacement qu’un coup de poing au creux du ventre. Ainsi donc, ces monts enneigés qu’elles apercevaient au loin… Et ce fleuve qu’elles avaient traversé… La Citadelle.
Bastion inexpugnable de ceux qu’elle considérait à raison comme les pires ennemis de son espèce, elle se dressait avec une morgue insupportable le long de la pierre, semblant se délecter de la toute puissance qu’elle exerçait sur les terres alentours. La Citadelle. Leur destination. Lanthane rentra la tête dans les épaules et adressa un regard assassin au dos qui la précédait. Et derrière les étincelles qui animaient son regard, le feu dévorant semblait lécher les toits des maisons et annoncer la ruine et la mort dans l’enceinte de la cité.
Etrangement, sa colère noire s’atténua lorsqu’elles passèrent les portes, remplacée par un ironique amusement : que diraient ces honorables soldats s’ils apprenaient qu’une vipère avait fait son nid dans leur demeure ? Plus qu’une vipère, une Ts’liche ! Se passant distraitement la langue sur les lèvres, elle se promit de trouver, au milieu de l’emploi du temps sans doute anarchique et démentiel que Naïs lui avait prévu, une place pour laisser une marque de son passage, comme un pied de nez fait à ces cloportes. Elle voulait leur apprendre ce qu’il en coûtait de défier la puissance écailleuse, les voir s’agiter, se méfier, se déchirer jusqu’à ce que la folie règne en maitresse absolue et qu’enfin ses troupes puissent glorieusement conquérir cet espace qui leur revenait naturellement.
Sa rêverie amusée laissa place à une profonde méfiance lorsque leurs chevaux firent halte devant ce qui avait tout l’air d’une aussi innocente que charmante auberge accueillant en contrepartie de quelques piécettes les voyageurs éprouvés. Elle était une voyageuse éprouvée n’est-ce pas ? Telle était la traduction des paroles de Naïs.
Et au fond d’elle se redressa une fierté qui fit barrage à ses émotions, une fierté et un barrage qu’elle accueillit avec entrain. Il ne s’agissait pas de plonger tête la première dans un piège tenu par cette énergumène. Elle lui semblait à cet instant comme une hyène rieuse qui n’attendait qu’une seule chose : qu’elle-même cède, avoue que son corps lui faisait souffrir le martyr au point qu’elle ait cessé de compter les heures et les jours. Elle ne lui ferait pas ce plaisir !

« Si j’ai moins à perdre qu’à y gagner… » lâcha-t-elle simplement en redressant les épaules dans un ultime effort pour ne pas passer pour une épave.

Presque immédiatement elle regretta sa formulation malheureuse… Elle qui voulait paraître détachée s’était simplement mise à la merci du bon vouloir de l’envoleuse.
Elle serra les dents.

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Mante religieuse Ts'liche powa!!!
Merci à Erwan pour ces magnifiques images Smile
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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Sam 20 Aoû 2016, 23:15

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

La réponse de Lamn me tira un sourire carnassier. Malgré son insolence incroyablement agaçante par moment et son attitude hautaine envers le monde entier, elle commençait clairement à perdre de son assurance qui la rendait si antipathique et désagréable. Cela ne pourrait que lui faire du bien et l'aider à ouvrir les yeux sur ce qu'elle était réellement : ni plus ni moins qu'humaine. Et donc pas invicible ! Apprentie Envoleuse, certes, mais pas invicible. Haussant toute seule les épaules, je pousse la porte de l'auberge de l'Etoile du Nord, sans doute l'une des plus réputées de la Citadelle.

« Quoi ! » m'exclamais-je d'un ton provocateur en tournant à peine le menton sur le côté pour que Lamn puisse m'entendre au milieu de ce brouhaha « Serais-tu déjà fatiguée gamine ? Les choses sérieuses ne font pourtant que commencer » raillais-je en sachant pertinnemment l'effet que mes paroles allaient produire sur l'apprentie.

Alors que la jeune fille grommelait entre ses dents une réponse inintelligible, cela me tira un bref éclat de rire. Au fond, je commençais à m'y attacher à cette sale gamine mal élevée ; et la titiller, l'embêter, l'agaçer était devenu l'un de mes passe-temps favoris. Tirant une chaise en arrière, je frotte un instant le haut du crâne de Lamn comme je pourrais le faire avec une enfant de cinq ans, avant de m'asseoir avec un air rieur.

« Madame boude ? » la taquinais-je à nouveau « Hé, détends-toi, qu'est-ce que tu veux manger ? » demandais-je à l'apprentie, avant même que la jeune serveuse munie de son carnet, plantée devant notre table, ne le fasse.



Le lendemain matin, je tirais du lit mon apprentie avant même que les premières lueurs du jour ne fasse pâlir l'horizon. Elle avait d'abord grogné – alors comme ça, madame prenait goût au luxe d'un bon lit ? Avant de se lever en râlant tout son soûl ! Mais elle avait vite compris, lorsque je l'entraînais d'une foulée régulière et puissante sur les toits de la ville. Notre petite mise en jambe matinale dura au moins deux bonnes heures à courir, sauter de toits en toits. Et tandis que la ville s'éveillait doucement, je décidais que notre échauffement venait de prendre fin. Dans une capitale d'une telle envergure, les possibilités d'apprentissage étaient nombreuses. Incroyablement riches aussi. Et je ne manquais pas d'imagination, loin de là, pour pousser Lamn dans ses retranchements. Peu à peu, elle comprenait ce que cela signifiait vraiment d'être Envoleuse. Et il me semblait qu'elle appréciait cet avant-goût de liberté absolue.



Aujourd'hui, c'était jour de marché sur la place principale de la Citadelle. Les étals se succédaient sous l'étroite surveillance de la garde frontalière. Les marchands pouvaient commerçer ici la conscience tranquille : les vols étaient sévèrement réprimandés au sein de la Citadelle des Frontaliers et la punition était la même pour tous les chapardeurs. La main fautive était tranchée, ni plus ni moins ! Déambulant entre les différents étals, Lamn me suivant de près, je repérais enfin ma cible – ou du moins, la cible de mon apprentie. L'exemple même du type sournois et calculateur, qui ne jurait que par le profit. Il sentait la sueur à plusieurs mètres à la ronde et il gueulait comme un putois plus qu'il ne parlait. Littéralement. Son attitude révulsante me tira une légère moue de dégoût. Tout cela pour quelques fruits et légumes exotiques. C'était clair et net, il n'était pas commode ! Il allait falloir que l'apprentie mette en pratique ce que je lui avait appris jusque-là et je me réjouissais d'avance de l'animation qui allait bientôt régner sur cette place.

Un petit sourire sur les lèvres, je me tournais vers Lamn en posant mes mains sur mes hanches.

« Bon, voilà notre petit-déjeuner » annonçais-je, hilare « Tu vas aller voler quelques fruits, évidemment, tu ne te fais pas attraper ! » ordonnais-je avant à mon apprentie avant de lui donner quelques précieux conseils « Ombre parmi les ombres, remarquable dans lumière, en tant qu'Envoleuse tu dois savoir passer inaperçue en toutes circonstances. Toujours. Tout le temps. »

Agitant une bourse juste sous le nez de Lamn, qui n'était ni la sienne, ni la mienne, je décoche un clin d'oeil à la jeune fille au même moment où une voix lointaine se lamentait qu'on lui ait volé son porte-monnaie. Tandis que je dissimulais la petite bourse en cuir à ma ceinture, j'attrapais le poignet de mon apprentie avant qu'elle ne s'éxécute.

« Parce qu'il est discret, un Envoleur ne connait absolument aucune limite. Aucune barrière. Aucune frontière. »

Et puis, je lâchais Lamn pour me fondre dans la foule. Et la laisser à l'oeuvre.








[Désolée du retard, j'ai eu fort à faire ces derniers temps ^^ Et je crois que Naïs commence à apprécier Lamn Very Happy Quoi ? Qui aime bien, châtie bien, non ? xD]

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MessageSujet: Re: Groupe Zoxx - Cours n°2   Mar 27 Sep 2016, 20:06

Et elle trouve encore le moyen de la moquer ! Cette humaine ne perd rien pour attendre… Sa langue est bien le seul muscle qui ne soit perclus de courbatures, et elle compense rageusement la faiblesse du reste de son corps en s’agitant derrière ses dents, modulant un sifflement assassin qui tire un rire à sa tortionnaire. Une autre attaque, physique cette fois, sous la forme d’une main la décoiffant comme si elle eut été un chiot reçu une parade trop lente et maladroite pour la gêner, ce qui ne fit qu’exacerber sa colère, chauffant son sang aussi sûrement que le faisait l’âtre.

Un gigot de ta carcasse, l’ancêtre.

La serveuse, arrivée souriante et pleine de bonne volonté, ne se laissa pas décontenancée par l’atmosphère électrique qui régnait entre les deux jeunes femmes. Ne sachant pas très bien jusqu’où irait la « discussion » mais souhaitant avant tout préserver la tranquillité – et le mobilier – de l’auberge, elle nota vivement avec une voix enjouée.

Les tranches de gigot pour mademoiselle, et pour vous madame ?

Si elle repartit un peu vite et amena les couverts en même temps que les plats, ce devait être car la salle était surchargée de monde… La qualité de la cuisine ne les privèrent pas de se lancer des piques, duel qui se finit par une victoire par forfait lorsque l’apprentie, malgré toutes ses promesses et sa bonne volonté, succomba au chant de l’édredon de plume qui lui offrit ses bras.


Elle n’arrivait pas, le lendemain, à se décider : avait-ce été une bonne ou une mauvaise chose ? D’avoir profité de chaque seconde de confort que lui avait offert ce véritable lit puisque visiblement Naïs n’avait aucune notion du temps ; ou d’avoir tendu une telle perche pour se faire battre dans le dos par l’envoleuse qui prenait un malin plaisir à la torturer de la sorte. Somme toute leur halte avait été une bonne chose car, alors que le soir précédent elle avait peiné et souffert pour descendre de cheval, elle réussissait sans trop de mal à tenir le rythme de course et de sauts imposé par l’infatigable qui la devançait. L’obscurité, la proximité d’une haute chaine de montagne et l’architecture de la ville l’aidait à repousser l’angoisse sourde provoquée par la vision de la plaine qui s’étalait aux pieds de la ville ou du ciel céruléen qui étendait ses griffes au-dessus du monde, et elle mis ses dernières ressources dans l’effort. Somme toute, sentir ses muscles jouer sous sa peau alors qu’hier encore ils criaient grâce, voler au vent sa vitesse, aux toits leur contact, et au sentiment de sécurité de ces habitants endormis sa certitude… Cela avait quelque chose de plus chaud que l’auberge, de plus grisant que le goût de la viande fraîche, de plus gratifiant qu’un oreiller de plume.
Quand Naïs s’arrêta, à l’extrême bord d’un toit irrégulier, pareille à une gargouille perchée au-dessus de la tête de la petite foule qui commençait à investir les rues, Lanthane se sentait pleine d’une énergie électrique et grisante qui valait mille fois le fleuve indolent de tranquillité qui l’avait bercée quelques heures auparavant. Laissant son regard courir sur les silhouettes colorées, elle se surprit à trouver que ce monde-ci tournait au ralenti, comme entrainé par les forces sur lesquelles elle-même courrait. Sa respiration se fit plus régulière, et son sourire s’étira, suffisant et rieur. Une douce caresse à son orgueil que l’envoleuse s’empressa d’écarter : quoi qu’elle puisse penser des mollusques qui se trainaient sous elles, elle ne gagnerait rien à se comparer à la fange. Son véritable adversaire était sous ses yeux, insolente d’aisance et de légèreté, ne prenant même pas la peine de la regarder alors qu’elle se glissa le long du mur, plus liquide que l’eau, pour prendre sa place dans la foule. Pas vraiment une place, non, plus un chemin. Comme une multitude de possibilités offertes à une pièce maitresse d’un jeu de conquête. Un jeu qu’elle ne comptait pas perdre.
Tentant sans vraiment réussir d’imiter son mouvement, elle s’écarta prestement de la trajectoire d’une matrone pressée avant de se couler dans l’ombre de l’envoleuse, serpentant derrière elle entre les bâtiments puis les étals du marché qui se lovait dans un recoin de la cité. Naïs n’avait pas encore dit un mot, mais rien que ce changement de décor mit la puce à l’oreille de la ts’liche qui ouvrit ses sens afin de percevoir le maximum de son environnement avant d’être entrainée dans elle ne savait quelle situation dantesque. Encore. Aussi, quand elle se trouva face au regard doré, limpide, elle était prête. A courir, sauter, se battre, grimper, lancer, attraper…
Voler ?
Une ridule apparut au milieu de ses sourcils, seul signe de contrariété qui accompagna l’assombrissement de son regard. S’abaisser au rang de ces vermisseaux de crève-la-faim qui courraient les rues des villes insalubres de l’Empire ? Pourquoi voler alors qu’elle pouvait le prendre de force ? Pourquoi se cacher pour prendre ce qui lui était dû ?
Elle avait déjà fait beaucoup de choses insensées auprès de cette envoleuse volage, mais là plus que lors de n’importe quelle chute sa dignité montrait les dents. Son monde était la lumière, sa vocation de briller, jusqu’à brûler ceux qui oseraient la regarder : pourquoi aller cueillir l’ombre alors que la moindre de ses écailles attendait le soleil ?
En quoi les demandes de cette excentrique étaient-elles plus légitimes, vraies, que son instinct ? L’absolue certitude d’être obéie illuminait les prunelles de la brune, trouvant son écho dans les reflets ennuyés et assassins de sa vis-à-vis. Quand une bourse apparut entre elles, brisant la tension de leur face-à-face, elle porta inconsciemment la main à la propre ceinture, geste qu’elle regretta dans la seconde : un aveu de faiblesse. Son honneur fut sauf grâce au cri plaintif de la victime de l’envoleuse qui retentit un peu plus loin, amenant un éclair de compréhension pour Lamn. Sûre de sa force, elle n’avait pas à réclamer, pas à montrer, juste à prendre. Elles se trouvaient sur un autre plan, pourquoi perdre leur temps avec ceux qui se trainaient ? Ce serait leur accorder trop d’importance que de leur permettre de la voir, alors que tel le vent invisible qu’ils appelaient « destin » et tenaient en si haute estime elle pouvait semer le doute, le trouble, la confusion, la peur, n’importe quelle petite graine qu’elle voudrait voir s’épanouir.
Un élan la poussa à porter sa main à l’encontre de la bourse de l’envoleuse, comme attirée par une lumineuse certitude qui se confirma lorsque ses doigts passèrent à un souffle – infiniment loin – de leur objectif : là résidait le défi. Ce qui l’englobait n’était qu’un passe-temps, un jeu. Immobile, elle regarda la silhouette de son interlocutrice s’évanouir dans le flot humain.
Elle est pareille à un poisson qui se faufile au travers des mailles d’un filet. Alors même que le filet est une mer de badauds.
Elle fit claquer ses dents avant de profiter de l’élan d’un homme d’armes pour trouver son chemin au milieu du marché. Lors de ses coups d’œil préalables, sa cible n’avait que peu attiré son attention : son attitude laissait trop clairement transparaître son caractère pour qu’elle fasse plus que le glisser dans une catégorie. Il n’était pas vraiment intéressant : trop facilement manipulable. N’importe qui peut japper, mais il faut des crocs pour mordre. Son attitude ne lui inspirait rien, mais tant qu’à devoir s’y pencher autant s’amuser un peu…
Tentant sans y parvenir tout à fait d’imiter la nonchalante invisibilité de Naïs, Lamn se glissa parmi la foule et, pour tâter le caractère de sa proie, n’hésita pas à l’encercler en passant par les ruelles adjacentes et les toits. Elle ramassa en chemin de la pierraille qu’elle n’hésita pas à lancer de temps à autre directement sur l’individu ou sur ses marchandises, allant même jusqu’à agacer quelques clients jusqu’à ce qu’ils abandonnent le stand, au grand dam de son propriétaire dont le visage commençait à prendre une teinte plus vive.
Bientôt à point.
De nerveux, il était devenu franchement antipathique, allant jusqu’à se défouler sur sa clientèle qui se raréfia, sans doute alertée par le tic qui agitait son sourcil et le plissement de mauvais augure qui déformait sa bouche. Ne restait que les derniers acteurs. Les deux bambins qui jouaient non loin n’avaient pas fini de s’extasier devant la graine qu’ils faisaient s’envoler puis planer de proche en proche, portée par ses membranes sèches. Ces humains font vraiment une scène de pas grand-chose… Mais pour le coup ça l’arrangeait. Partant de la ruelle qui faisait l’angle juste à côté de sa cible, elle sema des ordures – fleurs, trognons de fruits, plumes, n’importe quoi qui lui paraissait susceptible d’attirer l’attention des deux simplets – en marquant le chemin d’un trait blanchâtre sur les murs et le sol à l’aide du caillou qu’elle avait ramassé. Espérons que ces moineaux aient assez d’esprit pour comprendre le message… Arrivée à quelques pas de leur terrain de jeu, elle déposa un éclat de tuile cassée sur le sol au début de son jeu de piste et grimpa souplement le long d’un mur luisant d’humidité. Après un dernier coup d’œil à son travail, elle fit jouer la poignée de cailloux qu’elle avait récoltée au cas où il faille aiguiller ou motiver ses assistants improvisés et lança le premier.
Après un coup sur la tempe du blondinet et deux rebonds qu’elle n’aurait pu mieux réussir si elle les avait voulus, la pierraille ricocha contre l’argile mêlé de terre séchée qui tinta aux oreilles des petits, attirant immédiatement leur attention. Tapie tel un chat contre les poutres de son perchoir, se servant de son ouïe plutôt que sa vue pour repérer leurs mouvements, elle déploya des trésors de souplesse afin de se montrer la plus discrète possible. Les babillements et l’émerveillement des bambins l’aidèrent bien dans son entreprise, si bien qu’après quelques temps elle n’hésita pas à faire quelques allers-retours pour maintenir la pression sur ce pauvre marchand qui ne savait plus où donner de la tête. Le voir ainsi s’agiter comme une poule avait vraiment quelque chose de risible, si bien qu’un petit sourire mutin taquinait la commissure de ses lèvres lorsqu’elle aperçut ses appétissants associés à quelques pas du dernier « trésor ».
Au moment où leurs doigts se refermèrent sur le petit éclat de verre qu’elle avait arraché à l’encadrement d’une fenêtre brisée, deux pierres faisaient mouche sur la nuque de sa victime qui se retourna d’un bond, rouge de colère, le visage comiquement déformé par l’exaspération, si bien qu’après un petit temps de frayeur provoqué par ses cris les deux petits éclatèrent d’un rire nerveux qui acheva de le mettre hors de lui. Saisissant le bâton qui lui servait à protéger ses biens des mains des chapardeurs, il s’élança à la poursuite des innocents sans avoir conscience qu’à l’autre bout du bâtiment une silhouette se coulait le long d’une gouttière et, d’un élan calculé, s’élança sur les deux pas qui suffisaient à la laisser dans l’ombre de la ruelle pour bousculer le petit voleur qui avait profité de l’aubaine, le poussant dans l’étalage qui se renversa sur le sol, provoquant un mouvement de foule chez les passants. Suivant leur rythme, elle en profita pour récupérer quelques fruits et légumes qui n’avaient pas été écrasés avant de se dissoudre dans le flot humain, son butin enfoui dans les replis de sa tunique, les yeux brillants du sourire qui n’éclairait pas son visage alors qu’un tonnerre de cris  et de gémissements s’élevaient quelques mètres derrière elle : sonné, le petit voleur n’avait su s’éclipser avant de retour du vendeur, qui n’avait fait que quelque mètres – pas fou le vieil homme ! – et était revenu au triple galop, explosant littéralement de colère et ravi d’avoir pincé sinon un responsable au moins quelqu’un sur qui se défouler. Chaque tête qui se tournait, entrainant à sa suite une infime rotation du corps, créait pour elle des portes entre lesquelles elle louvoya pour s’éloigner du lieu du drame. Pas si loin cependant, car à deux pâtés de maison, elle prit un tournant et revint sur ses pas par la voie des airs – qu’elle commençait à maitriser aussi bien que le sol – pour profiter du spectacle.
Ce repas ne valait pas la bonne viande qu’elle avait mangée la veille, mais il fallait bien dire que la scène qui se jouait sous ses yeux valait le détour et savoir qu’elle en avait été la metteuse en scène et actrice principale, quoiqu’invisible aux yeux des mortels, donnait à la chair de sa pomme un goût qu’elle appréciait presque autant que celui du sang.

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Mante religieuse Ts'liche powa!!!
Merci à Erwan pour ces magnifiques images Smile
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