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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 [-16] Groupe Wolld - Cours n°2

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Jeu 31 Mar 2016, 21:13

La question de Pan sembla perturber encore plus Khamill, mais l’Envoleur se contenta de serrer les mâchoires malgré son premier réflexe de s’excuser. Parce qu’il sentait que la jeune femme devait parler. Même si ce n’était que quelques phrases, cela pourrait lui permettre de prendre un peu plus de recul.
Alors oui, elle essaya de parler, il la vit ouvrir la bouche, bouger les lèvres, sans qu’aucun son n’en sorte. Il savait à quel point il pouvait être difficile de parler de quelque chose que l’on avait refoulé tout au fond de soi, alors que l’on était encore sous le choc d’une nouvelle révélation.
La détermination de l’apprentie était toutefois bien louable, car elle parvint enfin à trouver la force et le courage de s’exprimer. Même un peu.

- C’est... celui qui... il m’a emprisonnée pendant deux ans. Deux ans pendant lesquels il m’a violée et vendue à d’autres hommes.

Pan serra encore plus fort les dents, les sentant grincer jusque dans son articulation mandibulaire. Son regard se vrilla dans celui de la jeune femme, mais cette dernière ferma les paupières, et Pan eut soudain la pulsion de vouloir s’approcher d’elle pour la prendre dans ses bras.
La réconforter.
Elle le coupa net dans son élan.

- Pan ? Est-ce que tu aurais un exercice vraiment dur, là, maintenant ? Un truc après lequel je me relèverai pas pendant longtemps... Un truc qui fait mal.

Il avait finalement utiliser le mot « affranchir » sans réfléchir, mais c’était exactement ça. Un long soupir franchit les lèvres de l’Envoleur : la douleur ne réglait pas tout. Il le savait. Mais parfois, la difficulté permettait de se détacher, de prendre du recul, suffisamment pour parvenir à remettre de l’ordre dans l’esprit.
Se grattant le menton, Pan finit par hocher doucement la tête.

- Très bien.
Sa voix avait été basse mais ferme et il bondit sur l’apprentie sans la prévenir, frappant du dos de la main sur son épaule droite suffisamment fort pour la surprendre et envoyer une décharge de douleur. Un sourire dur étira les lèvres de l’Envoleur.
- Trop lente.
Il frappa à nouveau, cette fois de l’autre côté.
Alors qu’il avait prévu de la laisser se reposer le soir-même, il se lança dans un exercice d’esquive plus ardu qu’il n’aurait sans doute dû l’être. Il laissait la jeune femme s’exprimer, autorisant son corps à se débarrasser des tensions psychologiques dans un combat sans issue grave, mais qui piquait, car il n’y allait pas de main morte.


§§


Les jours suivants, Pan poussa Khamill dans ses derniers retranchements. Déjà, à cheval, il l’obligea à gagner une assiette solide rapidement par des exercices de déséquilibre, poussant et tirant, emmenant les montures sur des difficultés de terrain.
Puis, en renforcement musculaire. Il ne se contenta pas de lui faire faire des exercices en sessions courtes et simples. Il l’obligea à se surpasser à chaque fois, jusqu’à ce que ses muscles crient grâce, la forçant à continuer encore sur quelques séries à chaque fois.
En course, où il lui imposa un rythme clairement plus élevé que le sien, violentant ses muscles dans des sprints poussés après avoir couru déjà une heure.

Il la fit hurler de douleur musculaire, s’écrouler inerte sur le sol, s’étouffer avec sa propre respiration.
Toujours plus loin, toujours plus vite, toujours plus fort.


§§


Il pleuvait. Des trombes d’eau.
Depuis qu’ils s’étaient levés le matin-même, les nuages noirs semblaient les suivre, les détrempant jusqu’aux os. Pan entendait Khamill geindre et grogner toute seule sur sa selle, et un sourire étirait ses lèvres.
Qu’elle se plaigne donc ! Cela faisait du bien au moral.

Chaombre finit par s’arrêter pourtant alors que le sol s’était transformé en sable tassé par les gouttes de pluie qui ne cessaient de tomber sans discontinuer depuis des heures. Invitant d’un signe de tête Khamill à le suivre, Pan descendit de cheval et amena sa monture plus loin, passant derrière une crête rocheuse qui s’enfonçait dans l’Océan au point que l’eau arrivait au poitrail de l’immense cheval noir.
De l’autre côté, une combe prenait place, et le sable se transformait rapidement en herbe haute. Désharnachant sa monture, l’Envoleur plaça ses cuirs plus ou moins à l’abri d’un rocher, avant de se tourner vers son apprentie, désignant les rochers autour d’eux.

- On va jouer un peu.

Un éclat de tonnerre retentit à ce moment précis, alors qu’un éclair fendait le ciel, au-delà de la ligne de l’eau grondante.
Se hissant sur un premier bloc rocheux, alors que l’eau ruisselait sur son visage, le long de ses cornes, mais aussi contre la roche, l’Envoleur incita Khamill à le suivre, avant de montrer le haut du piton rocheux s’élevant plus loin,
Ils devaient traverser d’abord un pierrier glissant, au milieu des vagues imprévisibles de l’Océan, sur une centaine de mètres, avant de s’attaquer à la verticalité de l’éminence noire qui montait sur une trentaine de mètres.

Un éclat passa dans le regard de Pan, alors qu’il faisait signe à son apprentie de passer devant.
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Khamill Norwël
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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Lun 11 Avr 2016, 10:23

- Très bien.

Les lèvres de la jeune femme s'étirèrent dans un fin sourire. On ne pouvait plus laconique comme réponse, mais ça lui allait très bien. Surtout que la suite ne tarda pas à venir. Encore prostrée sur le sol, les vêtements tachés de sang, le visage recouvert de larmes sèches, elle ne la vit pas arriver. Le tranchant de la main de Pan s'abattit sur son épaule avec une force non retenue, et son cerveau lui envoya un signal de douleur. Pas assez fort.

Mais elle était là pour se défendre, pas pour se laisser frapper, même si elle voulait avoir mal. Elle voulait surtout se fatiguer, encore plus qu'elle ne l'était déjà, et pour ça elle devait bouger. Se défendre, attaquer. Éprouver ses muscles, libérer la tension. Lorsque l'homme cornu attaqua une nouvelle fois, elle était prête. Il la frôla alors qu'elle bondissait en arrière, tirant sur ses abdominaux et ses autres muscles trop longtemps engourdis. Elle se redressa d'un bond sur ses pieds et se mit en garde, se faisant violence pour reprendre ses droits sur sa tête qui lui tournait. Le regard du Maître envoleur lui confirma ce qu'elle voulait : il ne se retiendrait pas.

Parfait.

Lorsque l'exercice prit fin, Khamill était au sol, incapable de bouger n'importe quelle partie de son corps, chacune d'elle irradiant de douleur. Elle n'eut pas le temps de penser à l'autre douleur, celle qui la terrassait plus efficacement encore. S'évanouissant plus que s'endormant, elle put enfin oublier. Pour quelques heures...



***



Les Grands Océans.

Le cœur battant la chamade, Khamill embrassa du regard l'étendue d'eau infinie qui s'étalait devait eux en vagues puissantes, qui s'écrasaient sur les rochers sombres. En dépit de ses grognements continuels depuis le matin, l'apprentie avait bien senti qu'ils se rapprochaient de plus en plus des falaises à l'extrémité sud de l'Empire, et une étrange angoisse s'était diffusée en elle.

Elle revenait chez elle.
Combien de temps ?

Depuis combien de temps était-elle partie ?
Dix ans. Le constat retentit violemment dans son esprit, la faisait presque vaciller sur sa selle.

Dix ans.

Ses parents étaient-ils toujours là ?

Elle repoussa bien vite la question. Elle ne voulait absolument pas y penser. Tout ça était une autre vie. Elle n'avait plus de parents, désormais.
Il y avait juste le Chaos, et le Maître qui lui permettait d'y goûter, y goûter autrement que dans tout ce qu'elle avait vécu jusqu'alors. La mort de son frère. La mort de Lehm. Al-Jeit... Oui, sa vie était déjà Chaos, depuis le début. Et si elle était venue au Domaine, c'était pour apprendre à le dompter, à le faire sien. Depuis le soir de sa crise, un changement s'était produit. Pan était beaucoup plus  intransigeant avec elle, elle avait atrocement souffert mais elle se sentait avancer si vite qu'elle en avait le tournis. Elle morflait, oh oui, mais c'était étrangement bon ! Et même si elle se plaignait à cause des trombes d'eau que le ciel déversait sur eux sans vouloir s'arrêter, elle ne s'était jamais sentie aussi bien, aussi entière.

Mais voilà qu'elle retrouvait les Océans. Elle ne savait pas trop si c'était une bonne ou une mauvaise chose – peut-être que c'était nécessaire qu'elle revienne ici, que cela faisait partie de sa lente guérison. Ici, elle avait un fantôme à affronter, et tellement de souvenirs...

Mais ce n'était pas le moment d'y penser. Imitant l'envoleur aux cornes, Kham descendit de cheval et le suivit entre les immenses rochers, reconnaissant certains endroits. Ils confièrent les chevaux sous la protection des crêtes rocheuses.

- On va jouer un peu.

Khamill cligna des paupières, alors qu'un coup de tonnerre retentissait.
Jouer. Comme elle et son frère, quinze ans plus tôt... Sauf que Kio avait peur de l'orage, et que leurs parents ne les avaient jamais laissés sortir par temps de tempête. Têtue comme une mule, elle y était parvenue, une ou deux fois, mais son père l'avait rattrapée avant qu'elle ne tente d'escalader les falaises par ce temps – elle se serait sûrement brisée les os, d'ailleurs. Mais elle n'était plus une petite fille.

Le cœur serré dans sa poitrine, l'apprentie envoleuse suivit son Maître sur les rochers glissants, avant qu'il ne lui demande de passer devant. Un sourire de défi étira ses lèvres et fit briller son regard, de la même couleur que l'Océan, tandis qu'elle s’exécutait. C'était exactement comme quand elle petite, finalement. C'était un jeu, elle toujours devant son petit frère...

Elle bondit souplement sur un premier rocher, le quitta à peine touché pour éviter la vague qui se jetait férocement dessus. Il lui avait fallu une poignée de secondes pour choisir son chemin, encore moins pour évaluer tous les risques. Elle les connaissait par cœur. Elle évolua rapidement d'un bloc rocheux à l'autre, glissant quelques fois mais transformant aussitôt son début de chute en élan pour s'élancer sur le prochain rocher. Elle prévoyait les vagues, s'accordait avec leur va-et-vient, bondissait au-dessus d'elles ou se coulait dessous lorsqu'elles étaient plus hautes qu'elle.

Elle jouait et s'amusait, littéralement.
Redevenue petite fille, elle aurait pu éclater de rire sans la nécessité de rester un minimum concentrée.

Cela faisait tant d'années qu'elle n'avait pas revu les Grands Océans !

L'apprentie arriva vite devant la falaise sombre que l'homme aux cornes lui avait désignée un peu plus tôt. Elle se plaqua contre le roche noire, appréciant son contact dur et lissé par la pluie et les vagues, froid et chaleureux à la fois. Elle adressa un sourire à Pan, toujours derrière elle, et se lança dans l'escalade. La main gauche ici, le pied droit là... Elle était dans son élément.

Malgré l'orage, malgré la pluie, elle avançait vite, en parfait accord avec la roche.
En osmose avec la falaise, le vent, l'Océan.

Comme avant.

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Jeu 14 Avr 2016, 21:25

Le changement s’effectua alors qu’ils se rapprochaient de l’Océan déchainé.
L’attitude de Khamill avait évolué alors que les embruns salés s’enroulaient autour d’eux, mais lorsqu’ils s’élancèrent sur les rochers en bas des falaises, Pan ne put retenir un sourire.
Parce que déjà, la jeune femme s’était grandement améliorée en gestion de son équilibre et de décisions sur un pierrier. En plus avec l’eau, certaines roches étaient carrément glissantes… Pas une fois elle ne dérapa ou tomba. Pas une fois elle ne perdit son équilibre.

Volant au-dessus des rochers, dans cette ambiance électrique et humide, la jeune femme semblait parfaitement dans son élément. C’était le cas, en réalité, l’Envoleur le voyait bien. Elle aimait l’eau, l’océan… Et de nouvelles idées s’invitèrent dans son esprit.
Quand elle arriva en bas de l’immense falaise balayée par la pluie et le vent, la jeune femme commença à monter rapidement.

Pan se trouvait près d’elle, continuant de l’observer avec intérêt. Et avec une étincelle dans le regard. Alors qu’elle prenait les décisions qui lui permettaient de s’élever facilement, il lui lança un nouveau défi.
- L’Envoleur a conscience de toutes les forces qui l’entourent. Il les sent, se les approprie pour s’appuyer dessus plutôt que de lutter contre. Chaque détail est un potentiel raccourci, chaque réflexion doit se faire à la vitesse d’une pensée. Ne pas laisser les circonstances extérieures couper court à cette dernière est essentielle…
Tu ne tomberas pas, Khamill…
Il sourit un instant. Le premier arrivé en haut !
Alors, Pan s’élança lui aussi.
Il gardait un œil sur son apprentie, mais cette fois-ci, il montra ce dont il était réellement capable, lui aussi. L’escalade, c’était son domaine de prédilection, et il bondissait littéralement de prises en prises, même infimes, parfois avec trois appuis seulement.
Pourtant, son apprentie n’était pas si loin derrière lui. Et même, elle tenait le rythme

Un sourire fier étira les lèvres de Pan, alors qu’il se hissait enfin sur le sommet de la falaise.
La pluie l’avait trempé jusqu’aux os, dégoulinait de ses sourcils, de ses cheveux plaqués sur son crâne. Ses vêtements étaient collés à sa peau, glacés et détrempés, mais un sourire irradiait de tout son être.
Comme de celui de Khamill.

Il lui tapa dans la main dans un éclat de rire.


§§


Ils avaient rejoint les chevaux et trouvé une sorte de caverne non débouchante sur le versant de la crique pour s’y installer. Ils mâchaient tous les deux des lamelles de viande séchée quand Pan prit la parole.

- Est-ce que tu as entendu parler de l’Ahn-Ku, Khamill ?

Question simple, mais il étudia avec attention la réaction de la jeune femme.

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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Lun 18 Avr 2016, 11:21

Elle avançait vite, oui, et davantage qu'à l'ordinaire, motivée par le défi de Pan ; mais pas autant que l'homme cornu, qui était aussi à l'aise qu'elle sur la falaise et se débrouillait bien mieux. Pourtant, il était immense, devait presque peser une centaine de kilos de muscles, et surtout ces deux grandes cornes sur son crâne devait affreusement le gêner... Mais ça, c'était seulement ce qu'elle avait pensé au début, lorsqu'il lui avait lancé le défi de la course. Elle savait qu'il était Maître, qu'il avait bien plus d'expérience et de pratique qu'elle... mais elle n'avait pas pu empêcher son regard gris de glisser un instant sur ses cornes épaisses, et l'espoir l'avait un instant gagnée. Avec ce poids sur sa tête, ça devait être plus difficile d'escalader rapidement, non ?

Elle avait vite compris qu'elle s'était fourvoyée. Pan n'escaladait pas, il semblait voler sur la roche,  s'élançait de prises en prises, donnant l'impression de dévaler la falaise à l'envers... Se demandait si lui aussi n'avait pas vécu dans un espace de falaises, avant qu'il n'arrive au Domaine, elle avait senti une bouffée d'admiration et d'adrénaline l'envahir. Et elle avait encore accéléré, jouant le jeu jusqu'au bout, repoussant sans cesse ses limites, prenant de plus en plus de risques, crochetant des prises parfois infimes...

" L’Envoleur a conscience de toutes les forces qui l’entourent. Il les sent, se les approprie pour s’appuyer dessus plutôt que de lutter contre. Chaque détail est un potentiel raccourci, chaque réflexion doit se faire à la vitesse d’une pensée. Ne pas laisser les circonstances extérieures couper court à cette dernière est essentielle… Tu ne tomberas pas, Khamill..."

Elle n'était pas tombée.

Et elle se sentait profondément Envoleuse.




***



Arrivée en haut, elle prit soudain conscience de l’effort qu'elle avait fourni durant toute l'escalade, surtout durant les derniers mètres – cela n'avait pourtant pas suffit, Pan était arrivée avant elle, mais elle s'en fichait bien au final – et faillit presque s'écrouler sur le sol. Ses muscles la faisait douloureusement mais délicieusement souffrir, la faisant se sentir incroyablement vivante.

Elle fut surprise de la complicité qu'elle lue dans les yeux de son Maître, et de la paume de sa main frappant contre la sienne.

Elle le fut bien plus encore en s'avouant que cette connivence ne lui déplaisait pas...




***



- Est-ce que tu as entendu parler de l’Ahn-Ku, Khamill ?

Mastiquant un bout de viande séchée – c'était vraiment loin d'être savoureux, ce truc, mais bon – l'apprentie leva les yeux vers l'homme aux cornes, l'interrogeant du regard.

- Mmh non j'crois pas. C'est quoi ?

Depuis qu'ils s'étaient installés dans la grotte, un mauvais pressentiment l'avait gagnée, elle ne savait pas pourquoi – peut-être parce que c'était vraiment bizarre, de revenir "chez elle". D'ailleurs, elle irait peut-être voir si sa maison était toujours là, elle ne savait pas encore si elle en avait envie ou non.

En tous cas, cette appréhension était vraiment désagréable... Heureusement qu'elle avait Pan à ses côtés.

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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Lun 18 Avr 2016, 21:17

- Un examen dispensé non pas par moi, mais par trois autres Maîtres Envoleurs. Qui permet de pouvoir devenir Maître par la suite, s'il est réussi...
Il donne également la possibilité de demander la Greffe aux Mentaïs...


[ Coup d'oeil interrogatif ]

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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Lun 18 Avr 2016, 21:27

- Je vois. Si tu m'en parles maintenant, je suppose qu'il y a une raison, non ? Ça à l'air sérieux...

(regard surpris)

Une greffe ? Comme celle des Marchombres ?

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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Lun 18 Avr 2016, 22:22

- Pas vraiment. La Greffe est liée à l'Imagination et créée par les Mentaïs. Je ne sais pas comment les Marchombres obtiennent la leur, mais ce n'est pas la même chose.


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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Mar 19 Avr 2016, 11:41

- Créée par les Mentaïs ?! Tu veux dire qu'on laisse des types nous modifier ?

(Lueur de peur et de dégoût dans le regard)

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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Mar 19 Avr 2016, 19:11

Pan secoua la tête face aux deux questions – légitimes, ceci dit – de Khamill.
- Ils ne nous modifient pas vraiment. C’est plus la révélation d’un talent naturel, on peut dire. Mais surtout, si tu réussis l’Ahn-Ju, tu peux demander ce que tu souhaites.
Prenant une inspiration, l’Envoleur se gratta un instant le menton, avant de reporter son regard dans celui de son apprentie, en lui adressant un sourire.
- Mais envoyer son apprentie aux Mentaïs est à la discrétion du Maître Envoleur. Ceci dit, pour éviter que tu te fasses une idée trop ancrée tout de suite, je vais te montrer.

Il se redressa souplement, avant de sortir de la grotte, dans la tempête qui avait encore forci. Le vent tenta de le déséquilibrer, mais il s’ancra dans le sol en s’avançant vers les chevaux. Chaombre leva la tête, avant de s’éloigner, alors que Pan continuait d’avancer vers l’immense rocher au milieu de la petite crique.

Tournant le regard, il chercha Khamill du regard. Elle était à peine sortie de la caverne, mais elle le fixait avec intérêt. Il lui sourit, avant de poser son pied sur le rocher.
Dans une inspiration, il leva le talon, et rassembla sa Greffe dans ce dernier… Un éclair zébra le ciel à cet instant.
Il frappa, libérant la puissance de son onde de choc.
Le tonnerre gronda en même temps que le rocher, qui se fendit en quatre sous le coup de pied. Un bout de l’immense caillou glissa même sur le côté, s’effondrant dans le sable pour s’y enfoncer d’une dizaine de centimètres alors que ce sable était déjà tassé par l’humidité et la pluie.
Son regard vogua un instant jusqu’à Khamill, et il frappa une seconde fois.
Cette fois, un autre éclair illumina la nuit au moment où son talon touchait le rocher, et ils purent distinguer le bruit tonitruant du roc se fendre et  les fissures exploser dans ses nervures.

Chaombre n’avait pas bougé, commençant à s’habituer à ce genre de démonstrations, mais le cheval de Khamill s’était réfugié derrière l’immense shire, qui semblait le rassurer en ronflant doucement.

Dans un soupir, Pan laissa le rocher fendu, comme si une météorite l’avait brisé, au milieu de la plage et se réfugia à nouveau dans la grotte auprès de son apprentie. Un léger sourire étirait ses lèvres.
- La Greffe n’est qu’un outil de plus, Khamill. Tu peux choisir de t’en servir, ou non, tu peux choisir comment t’en servir…

Il parlait autant de la Greffe parce que c’était ce qui avait le plus intrigué la jeune femme. Mais l’examen permettait surtout de pouvoir accéder un jour, elle aussi, au rang de Maître, c’était ce qu’elle devait retenir. La Greffe n’était qu’un potentiel « bonus ».

- Des apprentis meurent pendant ces épreuves. L’Ahn-Ku n’est pas une partie de plaisir, mais c’est ce qui permet de distinguer ceux qui pourront transmettre les valeurs des Envoleurs de ceux qui ne le pourront pas. Un tel privilège ne peut pas être incombé à n’importe qui…
Il fit une petite pause, plantant son regard dans celui de la jeune fille.
- Mais tu es prête. Un sourire éclaira le bleu de ses yeux.

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Khamill Norwël
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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Lun 20 Juin 2016, 11:55

[Pas terrible, mais voilà enfin ma réponse Razz]





Kham était moyennement convaincue par la réponse de l'homme cornu, à vrai dire. Révéler un talent naturel ? Elle pensait à la greffe de Syndrell. Pouvait-on dire qu'il s'agissait de quelque chose de naturel, ces morceaux d'acier sortant du corps ? Quand bien même, ce n'était pas des hommes qui lui avaient donné ces lames ; curieusement, ça lui paraissait moins étrange, moins insidieux surtout. Elle avait déjà assez donné de son corps, il n'était pas question qu'elle laisse encore un type le modifier, en entrant dans son âme ! Et puis si Cerman se débrouillait pour que ce soit lui qui s'occupe de sa greffe... il en était bien capable, il l'avait même sûrement déjà prévu !

La jeune femme secoua la tête avant que les larmes ne commencent à couler.
Ne pas y penser !

Plutôt se lever à son tour, et suivre Pan pour voir ce qu'il allait lui montrer. Parce qu'elle était quand même curieuse de voir ce à quoi pouvait ressembler une greffe d'Envoleur. Ou plutôt, comment était celle de son Maître. Elle était curieuse, intriguée, même si elle ne souhaitait pas bénéficier elle-même de cette... chose.

Elle s'arrêta à l'entrée de la grotte, tandis que l'Envoleur s'était avancé vers un énorme rocher, un peu à l'écart des chevaux. La tempête était encore forte, mais l'homme ne ployait pas d'un centimètre sous les assauts du vent, plus roc que le roc. Repoussant ses cheveux en arrière pour ne pas que les boucles lui viennent dans la figure et lui cache le spectacle, Khamill répondit au sourire de Pan et s'appuya contre la roche, son regard gris fixé sur son Maître.

Un éclair, un coup.
Spectaculaire – c'était le mot.

Sous la puissance de la greffe, le rocher se brisa en quatre.
Khamill écarquilla les yeux de stupeur.
Ce n'était pas terminé.

La talon de Pan percuta une seconde fois le rocher, qui éclata cette fois en plusieurs dizaines de morceaux. A la lumière des éclairs, l'apprentie put clairement distinguer les zébrures parcourir la roche avant qu'elle ne se fende.

Lorsque l'Envoleur revînt auprès d'elle, Kham avait encore du mal à se remettre de ce qu'elle avait vu, et son regard ne parvenait pas à quitter les bouts de rochers éparpillés sur le sable mouillé. La greffe de Pan lui correspondait tellement bien ! Autant les lames de la marchombre aux cheveux bleus étaient magnifiques de finesse et de dangerosité, autant le coup de pied de Pan était un parfait concentré de force pure. D'ailleurs, c'était quoi comme greffe, exactement ? Quelque chose comme une onde de puissance ? Invisible avant d'être utilisée, pas comme celle de Syndrell. Il pouvait donc y avoir des greffes aussi différentes, et adaptées à leur possesseur...


- Je reconnais que la tienne est impressionnante, en tous cas. Mais outil ou pas, ça ne modifie pas mon avis sur la façon dont on l'obtient.

De toutes façons, elle n'y était pas encore. Elle préféra arrêter d'y penser pour écouter la suite. Alors comme ça, on pouvait mourir pendant les épreuves de l'Ahn-Ku ? Et elle, avait-elle envie d'être Maître à son tour d'ailleurs ? Elle n'était pas sûre de partager assez les convictions de la majorité des Envoleurs pour ça, prête ou non.

- Donc tu comptes me faire passer l'Ahn-Ku après ce cours, si je comprends bien ?

Risquer de mourir durant l'examen, ça ne l'effrayait pas tant que ça, au final. Elle en avait vu d'autres... Tant qu'elle restait loin des Mentaïs, ça lui allait.

Laissant son regard voguer sur l'Océan un instant, la jeune femme reporta son attention sur Pan.


- J'ai quelque chose à te montrer, moi aussi.


***



Lorsqu'ils aperçurent la petite maison de pierres, la tempête s'était calmée. Le vent soufflait encore, mais doucement ; l'orage était parti. Les vagues étaient encore hautes mais plus menaçantes. Khamill sentit ses jambes trembler légèrement. La maison n'était plus habitée. Elle ne se demanda pas ce qu'étaient devenus ses parents et descendit la butte où Pan et elle se trouvaient, sentant les battements de son cœur accélérer au fur et à mesure qu'elle avançait.

Elle posa la main sur la poignée de la porte, fermée. Sortant une tige de métal de sa poche, elle parvint à crocheter la serrure sans mal - entrer ainsi dans sa propre maison avait quelque chose d'étrange et d'ironique à la fois... Kham fit signe à l'Envoleur d'entrer à son tour, tandis que ses yeux s'habituaient peu à peu à l'obscurité. Lorsqu'enfin elle put distinguer l'intérieur de la première pièce, elle sentit ses yeux s'embuer. Rien n'avait changé. Ses parents étaient peut-être partis, mais ils n'avaient rien emporté avec eux... Effleurant des doigts une statuette en bois de la Dame réalisée par son père et posée sur un meuble, la jeune femme se tourna vers son Maître avec un sourire un peu triste.


- Bienvenue dans ma maison...

Elle hésitait à se rendre à l'étage. Aller dans les chambres, ce serait affronter en face le spectre de son frère...

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Lun 20 Juin 2016, 20:17

[ Court, désolée, je ne voulais pas trop anticiper ! ]



Pan se contenta de hocher doucement du menton quand Khamill expliqua que cela ne lui faisait pas changer d’avis. Et elle avait raison, si elle n’en voulait pas et bien soit, c’était ainsi. Il n’allait pas aller à l’encontre de ses choix. Même si, de son humble avis, nager un peu plus ou un peu moins dans le surréalisme, en Gwendalavir, c’était un peu inutile.  Cependant, c’était le corps et l’avis de Khamill qui étaient importants, et si elle avait fait son choix, il ne l’obligerait pas à passer devant les Mentaïs.
Sincèrement, il pensait que son Cerman ne serait pas celui qui lui dispenserait la Greffe, si c’était le cas. Mais il n’en était pas certain : après tout, normalement, ce n’étaient que les plus puissants des Mentaïs, ceux dont le seul  égal au Don qu’ils avaient était leur objectivité.

L’Envoleur poussa un soupir, et adressa un léger sourire à son apprentie pour répondre par l’affirmative à sa question sur l’Ahn-Ku. Cependant, il fronça les sourcils, intrigué par le ton changeant soudain de Khamill, lui disant qu’elle voulait lui montrer quelque chose, elle aussi.

§§

Il suivait la jeune femme, intrigué par son pas à la fois déterminé et hésitant.
Pan voyait bien que son apprentie n’était pas exactement à l’aise, mais qu’elle suivait une sorte de décision intérieure et n’osa pas l’interrompre avant qu’ils ne soient arrivés où elle le souhaitait. Elle semblait connaître l’endroit, ou en tout cas le reconnaître. Et elle avait vraiment piqué la curiosité de l’homme aux cornes.

Ils finirent par passer le sommet d’une petite colline, qui dévoila une maison branlante sous le vent marin. La tempête s’était calmée, il ne pleuvait plus malgré la noirceur des nuages au-dessus de leur tête. L’Océan était loin d’être calme, mais il n’était plus aussi déchainé que quelques minutes plus tôt.  
Prenant une inspiration, Pan tourna les yeux vers Khamill, qui l’abandonna pour s’avancer vers la maison. Elle la connaissait, cela paraissait évident, et l’Envoleur se demanda si c’était celle dans laquelle elle avait grandi. Y retourner avec lui, cela voulait-il dire qu’elle lui faisait suffisamment confiance pour la rattraper si elle s’écroulait ? Car toute son attitude était hésitante, presque apeurée par cette maison.

Pourtant, elle ne se découragea pas et crocheta efficacement la serrure pour entrer. Il n’y avait eu personne dans cet endroit depuis longtemps, la couche de poussière sur les meubles en attestait. Quand Khamill entra, elle souleva un petit nuage de ce dernier, laissant des traces sur le plancher blanchi par la poussière. Pan nota la manière dont étaient disposés les meubles, agencées les pièces, au cas où. De toutes façons, rien n’était censé échapper à sa vigilance, non ?
- Bienvenue dans ma maison.
Pan cligna des paupières un instant. Ainsi, il ne s’était pas trompé, c’était bien l’endroit où Khamill avait dû grandir. Pourquoi la maison était-elle abandonnée ? Elle semblait s’être figée dans un instant lointain, où la vie s’activait encore en elle. Il y avait encore une casserole sur un plan de travail, là-bas, une chaise désaxée.

Figée dans le temps.
Plissant les yeux, l’Envoleur laissa son regard glisser tout autour de lui, notant chaque détail. Avant de reporter son attention sur Khamill qui s’était immobilisée à quelques mètres d’une volée de marche, menant sans doute vers un étage. Cela devaient être les chambres, au-dessus, car il ne voyait pas de portes autour de lui.
Prenant une inspiration, Pan s’approcha de Khamill et posa délicatement sa main sur son épaule.

Encouragement silencieux.

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Khamill Norwël
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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Mer 22 Juin 2016, 15:10

[Pas de problème ^^ Court aussi, et puis du coup... je crois que c'est le moment des confidences Razz]



La paume de Pan sur son épaule était clairement un encouragement, et Khamill cligna des paupières, toujours tournée vers l'escalier. Son Maître se rendait-il compte qu'il était, hormis Clarence – et encore, ça avait été exceptionnel – le seul homme à pouvoir la toucher ainsi sans qu'elle ne se retire vivement et qu'elle fasse éclater sa colère ? Le seul homme à pouvoir l'approcher sans qu'elle ne lui lance un regard noir d'avertissement ? Et presque la seule personne, même. Parce que l'Envoleur l'avait toujours regardée comme son apprentie, jamais autrement. Parce que même si les premières semaines avaient été difficiles, elle s'était habituée à sa présence et avait appris à lui accorder sa confiance. Et parce qu'il réagissait toujours de manière calme et appropriée à chaque situation.

Prenant une inspiration, Kham commença à monter les premières marches. Tout était vraiment comme dans ses souvenirs, et les éclaircissait même davantage – car en plus de dix ans d'absence, elle avait oublié certaines choses. Elle avança en laissant traîner ses doigts sur la peinture craquelée des murs, retrouvant son ancien foyer plongé dans l'ombre à moitié par la vue, à moitié par le toucher. Brusquement, elle eut tout de suite envie de voir la chambre qu'elle partageait avec son frère, passa devant celle de ses parents et la salle de bain sans un coup d'oeil, et traversa la pièce pour ouvrir, non sans peine, les volets, laissant la faible lumière extérieure l'éclairer.

Sa chambre elle aussi,
leur chambre, était toujours la même. Elle n'avait rien modifié, rien changé de place avant de partir pour Al-Jeit. Seule l'épaisse couche de poussière qui recouvrait tous les meubles et les objets témoignait d'une longue absence d'êtres animés dans la pièce. Soudain, la jeune femme aperçut un morceau de papier, posé sur le bureau où elle aimait dessiner lorsqu'elle était petite, et son coeur rata un battement au moment où elle devinait ce qui y était inscrit. Elle s'en approcha lentement, très lentement, et saisit la feuille entre ses doigts sans parvenir à en maîtriser les tremblements. Levant enfin les yeux du croquis à l'encre noire, elle regarda Pan qui était toujours derrière l'encadrement de la porte... et lui sourit, les yeux brillants.

- C'est Kyo, mon frère... je l'avais dessiné quelques jours avant que l'Océan ne le prenne. Il venait d'avoir neuf ans.

***



- Bon, si c'était à ton tour, maintenant ? D'où est-ce que tu viens, pour avoir ces cornes sur la tête ?

Ils étaient assis dans la cuisine, et venaient de boire une sorte de tisane faite avec des herbes spécifiques à l'environnement océanique, que Kham avait trouvé près de la maison. Un étrange sentiment de nostalgie l'avait envahie pendant qu'elle avait fait chauffer de l'eau et préparé la boisson, gestes anciennement habituels qu'elle retrouvait, mais ce n'était pas comme de la tristesse. En fait, elle était heureuse de retrouver le lieu où elle était née, où elle avait grandi, et où elle n'était encore jamais revenue.

Elle avait alors tout raconté, ou presque, à l'homme aux cornes – la mort de son frère, l'abandon de ses parents, sa décision de partir à Al-Jeit, sa vie de voleuse choisie avec Lehm et de prostitution forcée avec Cerman, la haine qu'elle lui portait et sa fuite, sa rencontre avec Clarence, mercenaire du Chaos qui lui avait indiqué le Domaine. C'était la première fois de sa vie qu'elle parlait autant, et qu'elle parlait autant d'elle. Elle n'était pas rentrée dans les détails et ça lui avait pris moins d'une dizaine de minutes, en comptant les brèves interventions de Pan, mais elle était surprise de se sentir beaucoup mieux.

Gênée d'avoir autant parlé et curieuse d'en savoir plus sur son Maître, elle l'observait avec un léger sourire en coin en attendant qu'il parle.
Chacun son tour, pas vrai ?

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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Sam 10 Sep 2016, 19:03

[ Je suis infiniment désolée pour tout ce retard (2 mois ! affraid ) ]






[ Sourire ]

- D'un autre monde. Littéralement. Il s'appelle Gazalawmahqj, et tu comprends donc d'où vient ce que les Alaviriens appellent mon "nom de famille".
Je vivais dans une tribu où mon père était plus ou moins le chef. Appelons ça plutôt un Leader. Là-bas, le rang des mâles est défini par le volume des cornes, et les siennes étaient deux fois plus grandes que la moyenne des autres... Je dépasse à peine cette moyenne.

J'ai grandi choyé par la tribu et par ma mère, mais jamais le système ne m'a convenu et j'ai toujours été particulièrement attiré par l'aventure. Le Chaos a toujours été un moteur chez moi, mais ce n'est pas exactement la même chose que le Chaos tel que l'entendent les Alaviriens ou même les Envoleurs...

Comment j'ai attéri ici ?
Je cherchais une porte. Et je l'ai trouvée. Je me suis réveillé un jour à côté de l'Oeil d'Otolep, ici. La suite, ça a été de rencontrer mon Maître...

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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Ven 02 Juin 2017, 00:03

[Et voilà Giloooouuuu ! Very Happy Encore une personne à aller sauver, je crois qu'après la création de psychopathes, c'est ta deuxième spécialité ! On devrait aussi te donner le titre de "Specialist in damsel in distress" ou quelque chose du genre (je te laisse tourner ça comme tu veux, je suis nulle en anglais). D'ailleurs, je suis curieuse de voir si Kham va aussi devenir une psychopathe à tes côtés x) En attendant, j'y suis allée à peine fort donc j'ajoute un -16 (mais je suis sûre de ne jamais dépasser Kaü et Syles dans ce domaine... c'est encore très gentil en fait Razz) Et puis voilà : ENFIIIIN  court ]






- Kham ! Kham ! Dépêche-toi !
- Hmm, hmm...
- Allez ! Le soleil va se coucher dans quatre minutes il a dit Papa !
- J'arrive, je te dis.

La petite fille ne parvenait pas à détacher ses yeux gris du coquillage qu'elle ne se lassait pas d'observer depuis qu'elle l'avait trouvé sur la plage, deux jours plus tôt, à moitié enfoncé dans le sable, coincé entre deux rochers. Large et lisse comme sa main, d'un rose orangé, il se teintait de différents reflets mauves, violacés et même bleutés selon la lumière qui venait le frapper. Khamill passait des heures entières à le faire tourner au dessus-d'elle pour admirer les changements improbables de couleurs, seule dans sa petite grotte secrète, trop petite pour que ses parents puissent s'y glisser, trop haute pour que son frère puisse l'atteindre. C'était sa planque, son jardin secret. Et ce jardin fait de roches claires, de sable, de sel et de calcaire regroupait tous ses trésors : une pince de crabe, un bout déchiré du drapeau d'un navire pirate inconnu, une écaille de sirène, un morceau de corail rouge, et maintenant ce coquillage si fascinant. Elle était persuadée qu'il abritait un secret, et qu'elle réussirait à le découvrir, toute seule.

- Khamilleeuuh !

Mais son stupide frère persistait à l'appeler, et elle reposa à regret le trésor multicolore à côté de ses compagnons, dans un creux de la roche. Après avoir replacé quelques cailloux devant la cachette, en prenant soin que l'ensemble fasse naturel, elle s'engouffra dans le boyau lisse et étroit qui la conduisait vers la sortie, et désescalada les trois mètres de falaise à toute allure.

- Papa et Maman t'ont déjà dit que tu descendais trop vite ! Un jour, tu vas tomber et mourir !

Alors qu'elle mettait pied à terre, la petite fille releva sa tignasse de cheveux bouclés d'un mouvement souple et tira la langue au garçon, tout juste âgé de quatre ans.

- N'importe quoi. Je mourrai pas avant d'avoir trouvé le secret !
- Quel secret ?
- C'est pas tes affaires.

Le petit garçon fit la moue.

- Tu dis toujours ça...
- Bon, on va voir le coucher de soleil ? Ils nous attendent, là.
- Mais c'est ce que je dis depuis tout-à-l'heure !

Sans se préoccuper des protestations du gamin, Kham enleva ses chaussures et s'élança d'un pas vif dans le sable, aussitôt poursuivie tant bien que mal par son petit frère... Elle s'arrêta brusquement et lui plaqua la main sur la bouche pour le faire taire lorsque deux silhouettes se détachèrent sur le ciel déjà orangé, assises sur un large rocher.

- Beurk, regarde, ils sont en train de s'embrasser...

Les deux enfants éclatèrent de rire et coururent vers leurs parents, pressés de voir le soleil plonger dans l'océan.



***




La jeune femme étendue sur le lit eut un léger sourire dans son demi-sommeil. Cette fois, c'était un beau rêve qui l'avait entraînée loin, très loin dans son passé... Son ventre gronda. Elle devait se lever et trouver quelque chose à manger. Il fallait qu'elle sorte de cet état morbide où elle restait engluée depuis... des heures ? Des jours ? Elle ne savait même pas. Il fallait qu'elle aille dehors, qu'elle marche sur la plage, qu'elle se dénoue les muscles dans l'eau salée ou sur les falaises blanches...

Il fallait qu'elle se lave, aussi. Mais elle savait que ça ne servirait à rien. Elle était sale, elle avait toujours été sale et le resterait toujours. Aucune eau ne pouvait rien, ni aucun morceau de savon. Même en frottant sa peau jusqu'à ce qu'elle saigne, jusqu'aux os, la saleté ne partirait pas.

Car c'était à l'intérieur qu'elle est salie, et même si elle l'avait cru à un moment donné, avant qu'il ne revienne, après des années de travail sur elle-même, même si elle l'avait espéré de toute son âme, elle savait désormais que ça ne partirait plus jamais.

Alors autant rester ici, et continuer à se noyer dans les rêves.
Continuer à vivre dans les souvenirs d'avant... Avant tout ça...


***




- Bon, si c'était à ton tour, maintenant ? D'où est-ce que tu viens, pour avoir ces cornes sur la tête?
- D'un autre monde. Littéralement. Il s'appelle Gazalawmahqj, et tu comprends donc d'où vient ce que les Alaviriens appellent mon "nom de famille".

L'apprentie ouvrait de grands yeux au fur-et-à-mesure du récit que lui livrait son Maître. Un autre monde ? D'un côté, ça paraissait incroyable, et pourtant... pourtant, que pouvait-il y avoir de plus incroyable qu'un homme avec des cornes sur la tête ? Pan était la preuve vivante que tout ce qui pouvait paraître incroyable pouvait pourtant être vrai. Et depuis son enfance, depuis l'époque des sirènes et des monstres marins, Khamill refusait de penser que ce qu'on avait tendance à prendre pour impossible l'était vraiment. Le monde était si vaste...

Elle l'écouta attentivement, retrouvant un peu l'époque où son père lui racontait les îles où il avait accosté, la faune et la flore qu'il y avait découvert, les coutumes des habitants. Un sourire narquois étira cependant ses lèvres et elle eut un petit rire ironique lorsque Pan parla de la taille des cornes des “mâles”, qui définissait leur rang.

Au final, les hommes étaient partout pareils... non ?

Elle sourit à nouveau, mais différemment, lorsqu'il évoqua sa vision du Chaos, et se rappela brièvement Kaünis qui lui avait expliqué la sienne. Y avait-il autant de visions différentes que de mercenaires du Chaos ? Elle n'était pas certaine que la sienne fut encore bien déterminée...


- Comment j'ai atterri ici ? Je cherchais une porte. Et je l'ai trouvée. Je me suis réveillé un jour à côté de l’œil d'Otolep, ici. La suite, ça a été de rencontrer mon Maître...

Pan laissa sa phrase en suspens, et Khamill sentit aussitôt une foule de questions envahir son esprit. Elle brûlait de lui demander qui était son Maître, comment avait été son apprentissage, et mourait d'envie d'avoir plus de détails sur cet autre monde, quand un léger bruit, à l'extérieur de la maison, se fit entendre. Le Maître comme l'apprentie tendirent leurs sens, tout leurs corps en écoute. Il y avait bien des sons de pas dehors, légers mais audibles, indiquant que quelqu'un s'avançait lentement vers l'habitation. Depuis que le faux envoleur s'était révélé à eux, quelques semaines plus tôt, Khamill était sans cesse sur le qui-vive, tendue, le ventre noué par un mauvais pressentiment...

Pressentiment qui prit forme humaine lorsqu'accompagnée de Pan, elle se dirigea vers la porte d'entrée, la main posée sur le manche de son poignard.

Cerman était là, à quelques mètres d'eux. Il s'arrêta lorsqu'il les vit sortir de la maison, un sourire tranquille sur le visage.

Khamill resta d'abord stupéfiée.
Elle ne comprenait pas pourquoi cet homme était là.

L'espace de quelques secondes, elle crut qu'il s'agissait d'une hallucination.

Puis, brusquement, de le voir comme ça, la colère et le dégoût surgirent violemment dans son esprit, davantage que la peur. Son cœur battît soudain à toute allure, mais ce fut de la haine pure qui fit flamboyer son regard lorsqu'il effleura la silhouette en face d'elle et que l'homme, un sourire mielleux sur les lèvres, prononça quatre mots empreints d'une sincérité non feinte.

Elle comprit alors combien la folie l'habitait.


- Je t'ai retrouvée...

Jamais elle n'aurait pensé le revoir en plein milieu d'un cours, aux côtés de son Maître. Jamais elle n'aurait pensé le revoir ici, près de cette maison où elle était née et où elle avait grandi. Ici, l'unique lieu où elle gardait, précieusement, ses seuls bons souvenirs. Avant qu'il ne vienne détruire sa vie.

- C'est donc là où tu vivais avant notre rencontre ? Plutôt sympa, comme coin.

Elle serra les poings si fort qu'elle crut que les jointures allaient se briser. Sans détacher son regard de celui qu'elle haïssait tant, ce fut pourtant à Pan qu'elle s'adressa. D'une voix rendue forte par la colère mais rauque et tremblante à la fois.

- C'est lui... Lui dont je t'ai parlé.

Mais l'Envoleur n'avait pas attendu qu'elle le lui dise pour le comprendre. Les paroles de Khamill à propos de cet homme étaient encore brûlantes en lui, et la colère l'avait envahi aussi violemment que son apprentie.

- Reste derrière, murmura-t-il. Et regarde bien.

Et il fonça droit sur le Mentaï.



***





Jamais Pan ne lui avait offert plus belle leçon de combat.

Un combat qui dura longtemps, et dans lequel Khamill mourait d'envie d'intervenir et craignait de le faire en même temps. Elle répugnait à se rapprocher de Cerman et à risquer un quelconque contact physique avec lui.

Le mercenaire n'hésita pas à utiliser ses pouvoirs de Dessinateur, et plus d'une fois l'apprentie laissa un cri s'échapper de sa gorge en voyant une boule de feu foncer sur Pan, avant qu'il ne l'évite au dernier moment. L'homme aux cornes était vraiment impressionnant ; jamais Kham ne l'avait jamais vu ainsi, et elle sentait toute la gratitude qu'elle avait envers lui se mêler à l'angoisse profonde qui serrait sa gorge.

Il y avait beaucoup trop d'émotions différentes en elle au même moment, et elle se sentit vaciller. Pour ne pas alarmer et gêner Pan, elle finit par s'asseoir contre le mur de pierres de sa maison, les bras entourant ses genoux repliés contre elle. Fascinée par le combat qui se déroulait sous ses yeux et incapable d'analyser ce qu'elle devait faire, elle ne sentait même pas les tremblements qui secouaient tout son corps.

Et puis...


***




…Et puis soudain, plus rien.

Plus rien, parce que Cerman avait attrapé le bras de Pan... et qu'ils se volatilisèrent. Tous les deux.






Moins d'une minute plus tard, une silhouette réapparut.
Seule.



***





Un coquillage aux reflets bleutés.
Un morceau de drapeau pirate.
Une pince de crabe.
Une écaille de sirène.
Un fragment de corail rouge.

Carbonisés par une Étoile, bien plus rouge encore.





***





Tétanisée, Khamill fut incapable du moindre mouvement alors que Cerman s'avançait lentement vers elle. Comment Pan avait-il pu disparaître ainsi ? Où le Mentaï l'avait-il emmené ? Mais ce qui importait le plus maintenant, c'était qu'elle se retrouvait seule. Seule face à lui.

Cette prise de conscience lui insuffla un désespoir tel qu'elle se releva soudain, toute droite sur ses jambes tremblantes, les poings serrés à les faire saigner, le regard vrillé sur cet homme qu'elle haïssait comme elle n'avait jamais rien haï d'autre. Un regard si sombre et éclatant à la fois qu'elle crut le voir vaciller un instant. Avant qu'il ne s'arrête, une dizaine de mètres en face d'elle, un léger sourire flottant sur les lèvres.


- Tu m'as beaucoup manqué, Khamill.
- La ferme !!!

Elle avait hurlé si fort et avec une telle violence qu'il se tut. Mais son sourire n'avait pas disparu, et il ne disparut toujours pas lorsqu'elle se rua vers lui à toute allure, et qu'elle enfonça profondément son poignard – quand l'avait-elle dégainé ? – dans sa poitrine. Il cilla à peine, mais elle ne le remarqua pas.

- Qu'est-ce que tu fous là ?! Pourquoi t'es revenu ?! Je veux plus jamais te revoir, enfoiré !!

Elle continuait à donner des coups encore et encore, pleurant et hurlant, sans se rendre compte que le sang ne coulait pas, et que la lame de son poignard était devenue toute molle, transformée par un Dessin du Mentaï.

- Où est-ce que t'as emmené Pan ?! Va tout de suite le chercher ! T'en n'as pas marre de me pourrir la vie ?! C'était déjà fait de toutes façons ! Il me reste plus que lui, bordel !! Plus que... lui...

Elle sentit toutes ses forces la quitter en réalisant ce qu'elle venait de dire. Le dégoût s'empara d'elle quand Cerman saisit doucement son poignet, mais elle ne parvînt pas à faire un mouvement pour se dégager.

- Calme-toi Khamill.

Elle avait l'impression d'être devenue tout molle d'un coup, et se sentit incapable de répliquer.

- Calme-toi, Kham. Je ne te veux pas de mal, je ne t'en ai jamais voulu... Voilà, doucement... ça va aller... chhhttt...

Il avait posé son autre main sur son épaule, là où il y avait l’Étoile. Mais pire que ce contact à travers sa chemise, elle sentait quelque chose s'engouffrer lentement dans sa tête. Quelque chose qui venait étouffer sa rage, et paralyser sa résistance. Elle se rendit compte que la voix de Cerman résonnait à la fois dans ses oreilles et dans son esprit, infiniment douce et insidieuse à la fois.

Irrésistible.


- Tu te souviens de cette marque, n'est-ce pas ? Tu as essayé de l'enlever, tu t'es blessée pour ça, mais elle n'est pas partie. C'est parce que je l'ai dessinée. Elle est éternelle, et elle signifie que tu es à moi. Pour toujours. Ma petite souris...

Était-ce comme cela qu'il avait pu l'envoûter, la première fois ? Était-ce pour cela qu'elle ne s'était pas méfiée ? Mais elle n'avait rien senti alors... La voix résonnait toujours, et la présence dans sa tête se faisait de plus en plus douce, brisant ses résistances une à une.

C'était elle qu'elle devait combattre ! Cette présence étrangère dans son esprit, irrépressible et ensorcelante. Alors Khamill banda toute la force mentale qui lui restait pour la contrer, l'empêcher d'aller plus loin. Mais elle n'était pas Dessinatrice, elle ! Comment était-elle supposée se défendre contre ça ?


- Ma petite souris est devenue un tigre... un tigre au visage brûlé. Mais pas assez puissant encore.

Des gouttes de sueurs perlèrent sur son front tandis qu'elle tentait de résister, toujours. La présence se muait en torpeur. Vaporeuse, elle ignorait les barrières que lui opposait Khamill. L'apprentie envoleuse avait lâché son poignard, qui gisait dans le sable rendu gris et compact par la pluie qui avait recommencé à tomber, trempant leurs vêtements. Le bruit des vagues était devenu lointain, lointain... La voix de Cerman vibrait toujours en elle et autour d'elle, accompagnée par la main sur son épaule, devenue caresse.

- Je... Je... ne... veux... pas.

Chuchotement noyé dans la voix. L'autre main lâcha son poignet pour s'emparer de ses cheveux bouclés ; Cerman l'attira contre lui, la plaquant contre son torse. La voix murmurait tout contre son oreille, et résonnait toujours dans sa tête. Elle ferma les yeux, sans que les larmes n'arrêtent de couler le long de ses joues.

- Tu es à moi. Depuis le début, tu n'as rien décidé. Je t'ai marquée, de différentes manières. Je t'ai laissée t'enfuir, le jour où tu t'es réveillée. Je t'ai surveillée, pour vérifier que tu allais bien au Domaine. Heureusement pour moi, tu as rencontré ce mercenaire du Chaos, qui t'y as emmenée... même déchu, il s'est avéré bien utile. Et puis j'ai attendu. J'ai attendu que tu évolues parmi nous, aux côtés de ton Maître. J'ai attendu le bon moment pour me présenter à nouveau à toi. Je t'ai envoyé ce messager, que tu as tué. J'ai alors pensé que tu étais devenue très forte. Et j'ai pensé que cet endroit, où tu étais née, m'offrait ce bon moment que j'attendais pour te retrouver... Mais sans ton Maître, tu es encore trop faible, pas vrai ? Quel dommage...

Oui, il avait raison. Elle était trop faible. Elle n'était pas du tout à la hauteur de l'enseignement de Pan. Elle n'avait pas changée, au fond. Sans son frère, sans ses parents, sans Lehm, et maintenant sans son Maître, elle était toujours seule et faible. C'était sa faute, incapable de les garder auprès d'elle, de les retenir, ou de les sauver. Elle n'était qu'une petite chose inutile et...

Il n'y avait que cet homme, au fond.

De deux doigts, Cerman lui releva la tête, et elle sentit ses lèvres s'écraser contre les siennes.

Et elle s'abandonna.




***





Les rêves se transformaient parfois en cauchemar. Dans ces moments-là, elle sentait le besoin de mourir l'étouffer. La fièvre la gagnait, pendant des heures. Et puis dans son demi-sommeil, elle appelait à l'aide les souvenirs d'avant, la maison, son frère, la mer et les sirènes, la pêche sur les rochers et les crabes cachés sous le sable. Et parfois, les rêves revenaient. Jusqu'au prochain cauchemar...



***




Elle s'abandonna. Le Mentaï sentit qu'il avait gagné pour de bon, et il renforça son emprise autour d'elle. Toujours une main agrippant ses cheveux et la maintenant contre lui, il lâcha le menton de la jeune femme pour déboutonner sa chemise, sans cesser de mordiller ses lèvres et de goûter sa langue. Il la sentit frémir lorsque ses doigts glissèrent sur son ventre, frémir à nouveau lorsqu'ils effleurèrent le bout de l'un de ses seins, frémir encore lorsque sa bouche les remplaça. Il lui arracha complètement sa chemise pour la jeter sur le sable, et souleva Khamill dans ses bras pour la porter dans la maison, monter les marches et entrer dans sa chambre. Il la déposa sur le lit, son lit de petite fille puis d'adolescente. Par précaution, il dessina une corde fine autour de ses poignets, puis il s'allongea à côté d'elle, après avoir retiré sa propre tunique. Il l'embrassa encore, tout en lui retirant ses bottes puis son pantalon. Il goûtait à nouveau cette peau qu'il avait tant connu. Sept ans étaient passés depuis la dernière fois qu'ils avaient fait l'amour. Sept ans durant lesquels il avait goûté d'autres peaux pour tromper son impatience... qui était en ce moment même enfin comblée. Sa bouche descendit le long de sa gorge, joua à nouveau avec ses seins, effleura la peau de son ventre, puis trouva son sexe. Il sentit le corps de la jeune femme se tendre, et planta ses ongles dans ses hanches pour l'empêcher de trop se débattre. Mais même s'il pouvait toujours ressentir de la réticence en elle, dans son esprit, son corps était désormais comparable à une poupée de chiffons. Les pouvoirs d'un Mentaï pouvaient décidément être utiles dans bien des choses ! Incapable d'attendre davantage, il se redressa pour s’enfoncer brusquement en elle. Khamill cria et tenta de se relever, en vain ; Cerman appuya sa main sur son visage pour écraser violemment sa tête contre le matelas. Et il commença à bouger...




***





Khamill ouvrit soudain les yeux, le souffle court, le corps couvert de sueur. Dans son cauchemar, elle avait revécu la scène exactement comme si elle se déroulait une seconde fois. Ou plutôt une énième fois. Cerman était resté avec elle pendant plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois peut-être... elle avait perdu la notion du temps dès le premier jour, et, pendant tout ce temps, elle savait seulement qu'il l'avait violée à plusieurs reprises, dans sa propre chambre, dans sa propre maison, sur la plage de son enfance. Elle s'était pourtant promis de ne jamais revivre les deux ans qui avaient précédé son entrée chez les Envoleurs...

Et puis un matin, il était parti, la laissant seule et nue sur le lit défait, après lui avoir chuchoté quelques mots à l'oreille. J'ai eu des nouvelles du Domaine, Kham. Ils ont su que ton Maître t'avait laissée tomber il y a quelques semaines, mais il a fallu le temps d'en trouver un autre, tu comprends. Il va bientôt arriver. Je crois que tu le connais déjà, mais je te laisse le découvrir... De mon côté, j'ai des choses à régler en tant que Mentaï, mais ne t'inquiète pas, je te reverrai. Je reviendrai te trouver quand tu seras devenue une Envoleuse accomplie. Je veux te donner une chance contre moi... parce que je t'aime, ma souris.

C'était peut-être la veille, ou l'avant-veille... depuis, elle n'avait pas bougé. Seule la fièvre agitait son corps. Et là, alors que ces paroles lui revenaient une nouvelle fois en mémoire, elle commençait à croire tout ce qu'elles contenaient. Ils ont su que ton Maître t'avait laissée tomber... Pour la première fois, le doute, énorme et terrible, se forma dans son esprit. Et si Pan était vraiment parti ? Si Cerman l'avait juste débarrassé d'elle ? Après tout, il n'était pas revenu la chercher depuis. Il ne pouvait quand même pas avoir été tué par le Mentaï ! Peut-être qu'il avait eu des affaires plus urgentes qu'elle. Il avait bien une compagne, un enfant. Et puis Cerman l'avait dit, elle était trop faible. Pan l'avait sûrement trouvée indigne de lui, de son enseignement. Elle n'avait que ce qu'elle méritait, après tout. D'ailleurs, son Maître était peut-être même le complice du Mentaï ! Celui-ci l'avait dit lui-même, lui faire intégrer le Domaine après ses deux ans de prostitution et d'enfermement faisait partie de son plan. Que Pan, et même Clarence, en fassent partie aussi n'était pas du tout impossible !

Des gémissement sourds s'échappèrent de sa gorge. Soudain, elle avait terriblement mal. La fièvre la gagna davantage, et elle se recroquevilla en position fœtale. Après tout, si elle mourrait maintenant, Cerman ni personne d'autre ne pourrait revenir la faire souffrir.

De nouveau plongée dans une semi-conscience, elle était loin d'entendre les bruits de pas, au rez-de-chaussée.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Dim 04 Juin 2017, 20:39

[VOUIIII c'est trop BIEEEEEEN   Je suis vraiment ravie de retrouver Khamill. Et honorée de te compter à nouveau parmi mes apprentis  calin Bon, ce cours (re)démarre fort, hein ! Ce sont de bien amères retrouvailles. Mais voyons le bon côté des choses : Gil n'a plus du tout envie de se débarrasser de sa nouvelle élève, maintenant !]



La salle des maîtres du Domaine était à l’image de l’école : grande, froide et légèrement glauque. En tout cas, c’était l’avis de Gil. Il l’évitait autant que possible mais cette fois-ci, il avait eu besoin d’y faire un tour. La plupart des maîtres présents ne l’avaient jamais vu et lui jetaient des regards curieux qu’il ignora avec superbe, feignant d’être occupé par le cahier qu’il feuilletait. En fait, il ne feintait qu’à moitié. Il était réellement en train d’éplucher ce maudit journal à la recherche de… Ah. Voilà. Il posa son doigt sur son nom, le fit courir sur la ligne, s’arrêta une demi-seconde sur le nom de Khamill Norwëll et se figea sur la date et l’horaire consignés juste après. Aujourd’hui. Donc, je ne me suis pas planté… Pensif, Gil se mit à tapoter la feuille. C’était son genre à lui de rater un cours, pas celui de Khamill… pour ce qu’il en savait. Il ne la connaissait pas si bien que ça, au fond. Il l’avait seulement croisée quelques années plus tôt. Elle lui avait donné un coup de main dont il se serait bien passé mais qu’il ne pouvait pas oublier, même s’il essayait. Il fronça les sourcils. Pourquoi n’était-elle pas là ? Il aurait toléré un retard, mais une absence ? Enfer, je ne suis pas son père, ronchonna-t-il intérieurement. Il n’allait certainement pas lui courir après !! Simplement, il aurait bien aimé savoir pourquoi elle n’était pas venue. Après tout, peut-être qu’elle n’en avait pas eu envie. Peut-être qu’elle préférait Dolce Ysil, l’Envoleur Parfait, à Giliwyn SangreLune, le Vilain Petit Canard…

- Tiens ! Toujours vivant, toi ?

Gil leva les yeux et soupira en découvrant Gregor Bil’Salystian. Génial. Il ne venait ici qu’une fois tous les cinq ans et il fallait que ce soit le jour où ce connard traîne aussi ses savates. Ce type était agaçant au possible. Noble jusqu’au bout des ongles et fier de l’être. Même Seren était plus sympathique à côté de cette enflure. C’était dire…

- Et toujours aussi caustique, à ce que je vois…
- Salut, Greg,
marmonna Gil sans quitter des yeux son cahier.
- Tu cherches ton apprentie ?

Gil leva la tête et fixa son « collègue » un instant.

- Tu l’as vue ?
- Non. A mon avis, elle a abandonné la partie en découvrant que tu étais l’illustre remplaçant de son maître. Pas de chance, mec… Remarque, ça doit te faire bizarre, d’habitude c’est toi qui prend la fuite, pas vrai ? Qu’est-ce que ça fait d’être celui qui reste ?
- Ta gueule.


Le cahier traversa la pièce et s’écrasa contre un mur. Furieux, Gil quitta la pièce. Il serrait les poings à s’en faire mal et ce n’est qu’une fois à l’extérieur de l’école qu’il s’exhorta au calme : adossé contre un mur, à l’ombre d’un hêtre feuillu, il inspira et expira longuement. Il tremblait. S’avisant qu’il était seul, il détacha prestement le bracelet de cuir qui ceignait son poignet gauche, dévoilant la peau marquée et gonflée. Le souffle court, comme s’il peinait à respirer convenablement, il sortit de sa poche un flacon à moitié rempli d’un liquide mordoré et l’ouvrit en attrapant le bouchon entre ses dents. Il fronça les sourcils et frémit lorsqu’une aiguille se fraya péniblement un chemin hors de son poignet droit. Il la saisit, la trempa dans le liquide du flacon et, sans la moindre hésitation, la planta dans son poignet gauche. Un peu de sang perla. Il n’y prêta pas attention. Rien ne comptait plus que le feu liquide qui envahissait son bras. C’était une onde puissante et salvatrice qui, en croisant la Bête en train de se réveiller dans son ventre, calma celle-ci instantanément. La fureur de Gil retomba doucement. En nage, il renversa la tête en arrière et l’appuya contre le mur.
Soupira.

Fait chier…


*


Al-Far.
Deux mois plus tôt.


Gil faisait les cent pas dans une ruelle mal éclairée. La nuit était sombre, l’endroit mal famé. Il était sur ses gardes. Ce n’était pourtant pas le coin qui l’effrayait mais ce qu’il sentait s’agiter en lui, de plus en plus ; la Bête était plus vivace que jamais et chaque jour, il craignait de ne pas réussir à la réfréner davantage. Il avait cru s’en débarrasser après la mort de Suviyo, mais… c’était faux. La Bête s’était tapie en lui, condensé de rage pure qui éclatait à la moindre occasion, menaçant de tout emporter sur son passage. Y compris lui. Or c’était quelque chose qu’il ne pouvait pas se permettre. Impossible de demeurer plus longtemps une bombe à retardement. Il avait des choses à faire et une vie à vivre. Cette vie impliquait d’autres vie que la sienne. Lib, Naïs, Syles, Kaünis, Tsukia, Aivy… Si jamais il perdait le contrôle en leur présence, s’il leur faisait le moindre mal, il ne se le pardonnerait jamais. Alors... Une ombre bougea. Gil se figea, porta la main à sa ceinture, où dormait sagement sa lame… et se détendit en reconnaissant la silhouette boiteuse de Jax.

- Salut mon pote.
- Salut Jax.


Ils se saluèrent d’une poignée de main particulière ; un observateur attentif aurait reconnu celle du gang le plus dangereux de la ville. Et, s’il avait poussé son analyse plus loin encore, il aurait probablement reconnu en Gil un ancien membre de la bande… comment, déjà ? Ah oui. Œil Double. A cause de la couleur de ses yeux sans doute.

- Tu as ce que je t’ai demandé ?
- Vise un peu…


Jax glissa la main à l’intérieur de sa veste et en sorti un petit flacon contenant un liquide mordoré. Il l’agita doucement sous le nez de Gil, mais le ramena à lui quand celui-ci fit mine de s’en saisir.

- Une minute.
- C’est bon, j’ai ton fric…
- Je sais. C’est pas ça.
- Alors quoi ?
- Tu connais vraiment ce truc, mec ?
- L’Anarysine ? Bien sûr, quelle question !
- Alors j’imagine que tu sais ce qui t’attend…


Oui, il savait, merci. Et il n’avait pas vraiment envie d’y penser maintenant. Agacé, Gil sortit la bourse pleine à craquer, la fourra dans les mains de Jax et attrapa le flacon.

- Reviens me voir quand tu auras besoin d’une autre dose. Celle-ci devrait faire ton affaire pendant quatre mois, à peu près.

Précisions inutiles…
… Gil avait déjà disparu.


*


L’Anarysine faisait du bon travail. Chaque piqûre endormait la Bête, anesthésiant sa colère et, en même temps, la douleur qu’il ressentait perpétuellement depuis la mort de sa fille. C’était pile poil ce dont il avait besoin… si l’on oubliait les terribles effets du manque. Ils avaient commencé à se faire sentir dès la troisième semaine : crampes violentes, déshydratation, hallucinations… il fallait qu’il prenne sa dose quotidienne, sous peine de passer un sale quart d’heure. Ce n’était pas tout. La drogue n’endormait pas seulement sa rage : elle endormait aussi sa greffe. Voilà pourquoi il pouvait cacher les marques de ses aiguilles avec le bracelet de son père. Il ne se servait plus de son poignet gauche. Le droit lui donnait du fil à retordre, il fallait parfois qu’il attende vingt minutes avant d’obtenir une aiguille. Et c’était douloureux. Mais c’était le prix à payer pour rester humain et c’est tout ce qui comptait à ses yeux. N’est-ce pas ? Fichue conscience, toujours là quand il n’en avait pas besoin… Gil s’apprêtait à la rembarrer vertement quand il tira brusquement sur les rênes de Chante-Brume. Ses yeux étaient rivés sur la maison blottie dans une combe.

Il était arrivé.


*


Il l’avait trouvée dans ce fichu cahier. En tant normal, il aurait haussé les épaules et ce serait dit « chouette, pas d’élève, je suis liiiiibre ! ». Ou quelque chose comme ça. Mais voilà, sans qu’il ne sache bien pourquoi, il avait sauté sur le dos de Chante-Brume et l’avait talonnée jusqu’ici, dans le sud de l’Empire. Là où vivait Khamill. Enfin, là où elle avait grandi, plutôt. Il n’était sûr de rien, même pas de la trouver mais il se disait que, peut-être, il rencontrerait quelqu’un qui saurait lui dire où mettre la main sur cette stupide rouquine. Une fois qu’il l’aurait attrapée, il lui passerait un savon à la SangreLune, histoire de lui apprendre à se moquer de lui, puis il la laisserait tranquille. Si elle ne voulait pas de lui, il ne voulait pas d’elle. C’est dans cet état d’esprit qu’il frappa quelques coups contre le battant clos de la maison. Clos ?

Non.

La porte était entrouverte et Gil, intrigué, passa la tête dans l’entrebâillement.

- Y’a quelqu’un ?

Silence. Agacé, l’Envoleur entra franchement et appela de nouveau, plus fort cette fois. Il obtint le même résultat : rien. Que du vide. Il n’y avait personne, ici. Alors pourquoi la porte était-elle ouverte ? Conscient qu’il était en train de s’introduire chez des inconnus, Gil fit quelques pas dans le salon. Hormis quelques coussins désordonnés et un livre tombé sur le sol, il ne vit rien de particulier. Même chose dans la cuisine. Une tasse vide, dans l’évier, prouvait cependant que quelqu’un était passé par-là seulement quelques heures plus tôt. Un quelqu’un probablement parti se promener, ou bien faire quelques emplettes en ville. Pour ce qu’il s’en cognait… Dépité, il fit demi-tour et s’apprêtait à sortir lorsque quelque chose attira soudain son attention. Il s’approcha des escaliers qui menaient à l’étage, se pencha vers le mur, et effleura du bout des doigts les traces de griffures. Il y en avait partout. Et elles continuaient jusqu’en haut des escaliers. Pâlissant soudain, Gil monta les marches quatre à quatre et se rua dans la première pièce – vide. Il tenta la deuxième, enfonçant pratiquement la porte, et…

Elle était là. Allongée sur le lit défait, totalement nue. Sa peau était marbrée d’hématomes, ses poignets étaient à vif, comme s’ils avaient été ligotés longtemps. Elle était immobile, les yeux grand ouverts – et s’il n’avait vu sa poitrine se soulever légèrement, il l’aurait crue morte. A cause de sa pâleur, accentuée par ses cheveux roux étalés sur l’oreiller comme une couronne de feu autant que par la trace de brûlure qui marquait son visage. Il aurait fallu être idiot pour ne pas comprendre, et Gil n’était pas idiot. Juste complètement remué. Il jura et s’approcha d’elle. Passa la main dans sur son front. L’appela. Si elle l’entendait, elle ne réagissait pas. Alors, il l’enveloppa dans une couverture et la souleva dans ses bras.

- Tout va bien, murmura-t-il quand il la sentit se raidir. Tu es en sécurité, maintenant.

Parce que je suis là.


*


Il avait galopé jusqu’à Al-Jeit, où il était sûr de trouver un Guérisseur confirmé. Par chance, c’était une femme qu’il avait trouvée ; âgée d’une soixantaine d’années, Hilda avait pris Khamill en charge et lui, Gil, il s’était retrouvé à faire les cent pas dans le couloir. Comme un lion en cage. Un lion qui retenait difficilement sa colère. Il ne cessait de songer aux traces de griffures sur le mur, au lit défait. Aux blessures de Khamill. Celui qui avait fait ça paierait. Parce qu’il allait le retrouver. Il allait le débusquer et lui éclater la tête, avant de lui ouvrir le ventre pour sortir ses boyaux et…

La porte s’ouvrit, coupant court aux pensées morbides et affolantes de la Bête. Gil se précipita vers Hilda.

- Alors ?
- Alors elle est choquée. Visiblement, celui qui lui a infligé ces sévices n’y est pas allé de main morte.


Fureur.
Intense.

- Elle va s’en sortir ?
- Je ne sais pas.
- Comment ça, vous ne savez pas ? Vous avez fabriqué quoi pendant tout ce temps, hein ?
- J’ai fait mon travail,
répliqua Hilda d’un ton sec. C’est à elle de faire le reste. Je ne peux pas l’aider si elle refuse de s’alimenter.
- Quoi ?


Comme Hilda haussait les épaules, Gil s’engouffra dans la chambre. Il se planta devant le lit où était installée Khamill. Encore une fois, il fut frappé par son apparence, son visage pâle et sans âme, à mille lieux du souvenir qu’il avait d’elle. Un plateau était posé sur ses genoux. Il n’y avait pas grand-chose dessus, un bol de soupe fumante, un morceau de pain, un petit bout de fromage et une pomme. Mais c’était mieux que rien. Et ça lui ferait du bien.

- Mange, ordonna Gil.

Son ton était sans appel.

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Khamill Norwël
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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Mar 06 Juin 2017, 22:29

[Gniaaah tada Oui, mais... voilà...]




Lorsqu'elle ouvrit complètement les yeux pour la première fois depuis que le Mentaï était parti, Khamill fut bien incapable de savoir si elle rêvait ou non. Elle avait cependant décidé depuis longtemps que la première éventualité était bien plus commode. C'était en suivant le maigre fil de cette idée qu'elle n'avait jamais cherché à réagir, depuis qu'elle avait senti quelqu'un la prendre dans ses bras, puis les vibrations du galop effréné d'un cheval, le contact d'une eau tiède et de mains qui frottaient sa peau, et celui, à nouveau, d'un matelas. Les voix qui lui parvenaient lui étaient égales et elle ne prêtait aucune attention à ce qu'elles auraient pu dire.

Dès l'instant où elle s'était abandonné à Cerman, sur la plage, elle avait abandonné la vie, tout simplement.

Et elle ne vivait plus que dans ses cauchemars.

Alors quand elle vit le visage d'une vieille femme lui faire face, elle ne ne ressentit ni surprise, ni peur, encore moins de soulagement.


- Te voilà réveillée. Comment te sens-tu ?

Comment elle se sentait ? Comme une page blanche peut-être. Ou une page arrachée, qu'on avait roulée en boule et déchirée en tout petits morceaux. Répondre à la question signifiait replonger dans la réalité. Elle resta silencieuse et voulu refermer les yeux. Se rouler en boule à nouveau. Oublier...

- Je suis guérisseuse, tu peux me faire confiance. Tu dois manger, jeune fille. Si tu manges et que tu mets un peu de volonté, tu n'auras aucun mal à vivre.

Ces mots... N'étaient-ce pas ceux, à quelques différences près, que Clarence lui avait dit lorsqu'il avait tenté de la sauver, sept ans plus tôt ? Elle avait fini par y croire. Par vouloir y croire. Mais Cerman lui bien fait comprendre que c'était peine perdue : vivre faisait bien trop mal. Et ça lui était désormais interdit.

Elle entendit le soupir attristé de la femme, le froissement des draps lorsqu'elle se leva du lit, le grincement d'une porte, et les échos d'un dialogue à l'extérieur de la pièce. Si seulement elle avait eu la force de se tuer, avant qu'elle ne se retrouve là ! Elle était surveillée maintenant ! Enfin... sauf si c'était bel et bien un nouveau rêve. Alors elle pouvait encore se réveiller, aller chercher un couteau dans la cuisine et se trancher les veines, avant que quelqu'un ne vienne vraiment la chercher. Mais ce rêve jurait tellement avec tous les cauchemars qui l'avaient envahie... A moins qu'elle ne fût déjà morte, à force de se laisser aller ? Morte dans sa crasse et cette odeur nauséabonde de sexe qui ne voulait pas la quitter. Est-ce qu'on sentait encore le contact des choses, quand on était mort ? Est-ce qu'on entendait encore les bruits et les voix ? Est-ce qu'on voyait encore ?

Malgré elle, elle ouvrit à nouveau les paupières lorsqu'un nouveau son de pas se fit entendre dans la pièce. Parce que c'était un pas masculin et que son corps avait recommencé à trembler, instinctivement, à cette seule pensée.


- Mange.

Elle mit du temps à reconnaître cet homme qui lui faisait face. Elle l'avait déjà vu, certainement... sa voix ne lui était pas inconnue, non plus. Ce fut l'éclat de ses yeux dépareillés qui lui remit son nom en mémoire, dont elle murmura la première syllabe d'une voix rauque et sans émotion.

- Gil.

Un Maître envoleur. Un fils du Chaos, lui aussi. Quelle était la situation dans laquelle elle l'avait rencontré déjà ? Ah, oui... Un couteau sous la gorge. Cela lui rappela que Clarence et Pan l'avaient  sûrement trahie. Comment était-elle même supposée se fier à des mercenaires du Chaos désormais ? Se fier à quiconque ?

- Dis-moi... que c'est encore un rêve.

Même si c'en était un, il pouvait peut-être l'informer à propos de son Maître disparu ?

- Où est Pan ?

Cette fois, elle avait parlé d'un ton dur, avec de la douleur et de la colère dans sa voix, une colère sourde. Avant de mourir, elle voulait quand même savoir ça. Si celui qui avait été son mentor l'avait vraiment trahie. Où il se trouvait. S'il était encore en vie...

Après...


- Giliwyn, tu aurais dû me tuer la première fois. Alors vas-y, fais-le. Maintenant, ajouta-t-elle avec la même dureté.

Ce n'était pas une plainte, ni une demande ou même un ordre...
C'était un constat.

Si elle se souvenait bien, il avait une dette envers elle, non ?

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Dim 11 Juin 2017, 14:55

Khamill leva lentement les yeux vers lui et, l’espace d’un instant, il crut qu’elle ne le reconnaissait pas. Aucune émotion ne brillait dans ses yeux. Ce regard était aussi vide que possible.

- Gil.
- Ouais.
- Dis-moi que… c’est encore un rêve.


Il resta silencieux mais sa mâchoire se contracta. Oh, si seulement il avait pu avoir cet enfoiré devant lui… qui que cela puisse être, il aurait adoré le démolir à cet instant-là. Le souvenir qu’il avait de Khamill n’était finalement pas si flou que cela ; il se rappelait une jeune fille dynamique, pleine de vie, de doutes aussi, mais néanmoins brillante, vive et malicieuse… la Khamill qui était allongée dans ce lit n’était même pas une pâle copie. Celle-ci était immobile, amorphe, dépossédée de cette petite flamme qu’il avait vu scintiller au fond de son regard lorsqu’ils s’étaient rencontrés la toute première fois.

- Où est Pan ?

Aucune idée. Il ne s’était pas renseigné. Ce genre de chose lui passait toujours au-dessus de la tête. Avec du recul, il culpabilisait un peu : Pan était un peu plus qu’une simple connaissance depuis qu’il était devenu le père adoptif de Mak…

- Giliwyn, tu aurais dû me tuer la première fois. Alors vas-y, fais-le. Maintenant.

La colère flamba dans les yeux dépareillés de Gil et son regard s’assombrit brusquement. Posant la main sur le montant du lit, il se pencha vers Khamill et nota son mouvement de recul. Kaünis avait eu exactement le même après que ce salaud de Shun l’avait… Du calme, mon vieux. T’as pas encore pris ta dose. Il avait encore le temps mais, en accord avec ses émotions, la Bête frémissait en lui. C’est pourtant avec une douceur peu habituelle, le concernant, qu’il glissa deux doigts sous le menton de la jeune femme pour qu’elle lève les yeux vers lui.

- Je ne suis pas patient et on a des choses à faire, ma belle. Ta formation est loin d’être achevée. Alors tu vas manger un peu, histoire de moins ressembler à un épouvantail, et puis tu vas dormir, parce qu’ensuite on va partir. Loin. Et longtemps. Pigé ?

Il avait parlé d’une voix grave et ferme. La psychologie, c’était pas son truc. Du tout. Mais il en savait assez pour deviner que Khamill avait à la fois besoin d’être soutenue et secouée. En matière de « secouage » il était plutôt doué. C’était son rayon. Quant au soutien… Il attrapa la pomme, sur le plateau, et se leva en soupirant. S’arrêta sur le seuil, un instant.

- Je veux bien te laisser le temps de récupérer un peu, jeta-t-il par-dessus son épaule. Mais je ne vais pas te ménager pour autant. A toi de choisir ce que tu veux vraiment faire de ta vie, maintenant. Se morfondre ou reconquérir tes rêves ? Ce sont tes cartes. Joue bien.

La porte se referma doucement.


*


- Vous n’êtes pas tendre, hein…

Haussement d’épaules. Assis sur une chaise, Gil allongea ses jambes et croisa les chevilles, puis il se mit à jouer de son couteau sur la pomme. Tout en l’observant du coin de l’œil, Hilda préparait son thé quotidien. Drôle d’oiseau que ce grand gaillard avachi avec nonchalance dans sa cuisine ! Ce n’était pas un patient ordinaire, guère plus que la petite qui occupait la chambre voisine.

- Vous avez réussi à la faire manger ?
- Aucune idée.


Sa voix rocailleuse était exempte d’émotion mais il ne cessait de s’agiter avec sa pomme. Alors, Hilda haussa un sourcil.

- Vous êtes amis ?
- Pas vraiment,
marmonna Gil.

Après tout, ce n’était pas pour cela qu’il l’avait retrouvée. Il n’était pas supposé être autre chose qu’un genre de guide, pour elle. Alors, pourquoi se sentait-il aussi frustré ?

- Parents ?
- Encore moins.
- Amants ?


Les yeux de Gil plongèrent un instant dans ceux, malicieux, de la guérisseuse. Elle porta innocemment sa tasse à ses lèvres et il en profita pour se remettre à sa tâche.

- Non plus. Je suis son… professeur.
- Professeur de quoi ?
- De chant.


Hilda reposa sa tasse. Elle n’en croyait pas un mot, en dépit de la flûte qui dépassait de la ceinture de cet étrange bonhomme. Mais, parce qu’elle était de bonne constitution, elle n’insista pas.

- Il faudra me chanter quelque chose avant de partir, alors, dit-elle seulement.

Ouais.
Compte là-dessus.



*


Le jour tombait lorsque Gil se faufila dans la chambre de Khamill. Elle dormait. Sans bruit, il s’approcha du lit et jeta un coup d’œil au plateau posé sur le sol. Intact. Un bref instant, il envisagea de la réveiller pour la nourrir de force, mais c’était la dernière chose à faire. Alors, il s’assit par terre, croisa les jambes, et soupira. Enfer, qu’est-ce que je vais faire de toi ? se demanda-t-il en regardant sa nouvelle apprentie. Il en voulait à Pan de lui avoir refourgué pareil fardeau sur les bras. D’avoir laissé tomber son élève au moment où elle avait le plus besoin de lui. Pourtant, il refusait de croire que Pan ait pu abandonner son devoir, parce que ça ne collait pas avec sa personne et puis parce qu’au fond, il l’appréciait sans doute un peu, cet abruti cornu. Il en voulait à Khamill, aussi. Pourquoi n’avait-elle pas réussi à repousser son agresseur ? Pourquoi l’avait-elle laissé entrer chez elle ? Pourquoi ne se ressaisissait-elle pas ? Je vais t’apprendre à te défendre, jura-t-il. A castrer le prochain taré qui voudra te toucher sans ton consentement. Il réalisa soudain qu’il était prêt à tout pour ça. Y compris la former contre son gré s’il le fallait. Ce serait plus dur et plus long. Alors remue-toi, l’épouvantail, pria-t-il en se redressant souplement. Remue-toi et fais le bon choix. Il remonta légèrement la couverture sur elle, puis quitta la chambre sur la pointe des pieds.


*


Sur la table de chevet, une pomme veillait sur le sommeil de Khamill.
La lame habile d’un couteau lui avait dessiné deux yeux, un nez.

Et un sourire espiègle.

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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Jeu 15 Juin 2017, 23:45

Il faisait nuit noire lorsque Khamill se réveilla en sursaut. Un vent frais se glissait par la fenêtre et le volet entrouverts qui laissaient apercevoir un croissant de lune et une poignée d'étoiles dispersées dans un ciel nuageux. La jeune femme se trouvait toujours dans la même chambre, chez la guérisseuse, et cela la conforta un peu dans l'idée qu'elle ne rêvait pas. Elle se souvint du regard de Giliwyn, quelques heures plus tôt, de ses mots, du contact de ses doigts sous son menton... Elle frissonna en repensant à l'absence de réponse face à sa question sur Pan, et tenta de rassembler ses idées, plus que jamais embrouillées dans ce qui semblait lui rester d'esprit.

Elle avait encore fait un cauchemar. Cerman était entré dans cette chambre, avait jeté les couvertures sur le sol, l'avait prise par les cheveux et l'avait regardée en face en souriant, avec le même regard qu'il avait eu, lorsqu'il l'avait retrouvée devant sa maison, avec Pan. Et il avait prononcé les mêmes mots.

« Je t'ai retrouvée... »

Sauf que cette fois, le cauchemar avait changé. Elle avait saisit un poignard qui était glissé sous son oreiller, le poignard offert par son Maître, et elle avait frappé, droit dans sa poitrine, frappé et encore frappé. Mais quand l'homme avait levé le regard vers elle, alors que le sang coulait de sa bouche et de l'affreuse plaie sur son torse, au lieu de deux yeux verts, elle avait vu des yeux de couleurs différentes. Un bleu et un marron. Et elle s'était réveillée, le cœur battant à cent à l'heure.

Kham se redressa complètement dans le lit, inspirant lentement. Elle avisa le plateau posé sur la petite table à côté, et se rendit compte qu'elle avait faim. Vraiment faim. Et plus soif encore.

« A toi de choisir ce que tu veux vraiment faire de ta vie, maintenant. Se morfondre ou reconquérir tes rêves ? Ce sont tes cartes. Joue bien. »

Se mordant la lèvre inférieure, elle réalisa qu'elle devait à tout prix sortir de là. Suivre Giliwyn ou reprendre la route seule, elle ne savait pas, mais elle devait partir. Elle ignorait combien de temps elle était restée allongée en tout, mais il était hors de question de rester comme ça plus longtemps. Même si elle n'avait plus de rêves à reconquérir.

Elle devait juste retrouver le Mentaï et le tuer, pour de vrai.
Et sûrement mourir ensuite.

Elle sortit du lit en vitesse, enfila la tunique posée sur une chaise, but la tisane amère qu'on lui avait préparé en grimaçant, prit la pomme qui reposait sur la table de chevet... avant d'apercevoir le sourire qui y était gravé. Elle eut un petit rire nerveux et plongea la pomme dans sa poche, avec le pain aux herbes et le morceau de fromage. Elle constata alors qu'il lui manquait ses armes : le poignard offert par Clarence, celui offert par Pan ainsi que la paire de poings en métal et l'arbalète pliable, également cadeaux du Maître envoleur. Tout cela, avec ses vêtements, devait être resté dans sa maison. Que les deux envoleurs l'aient trahie ou non, elle devait le récupérer.

Après avoir plié les couvertures et les avoir déposées sur le bord du lit, sans parvenir à faire cesser le léger tremblement qui agitait ses mains, elle se glissa hors de la chambre, refermant la porte sans un bruit. Elle ne tarda pas à trouver la porte d'entrée de l'appartemment, qu'elle ouvrit et referma tout aussi silencieusement. Et elle s'arrêta soudain, tandis qu'une légère brise faisait doucement voler des mèches de cheveux bouclées, dans son cou.

Même dans une nuit où seul un croissant de lune argenté était visible, elle avait tout de suite reconnu une rue d'Al-Jeit, et son cœur s'était serré lorsque différents souvenirs avaient afflués en elle. Mais ce n'était pas ce qui l'avait fait s'arrêter si brusquement.

Gil était là, assis sur un banc de pierre contre le mur couvert de lierre de la petite maison, son cheval juste à côté, déjà – ou encore – harnaché. Prenant une inspiration, Khamill se retourna vivement et planta ses yeux gris dans le regard bicolore.


- Je dois retourner là-bas. Récupérer des affaires.

Et tout laver, compléta-t-elle en pensée. Parce qu'elle ne pouvait même pas supporter la simple idée que Cerman avait fait un seul pas dans sa maison, alors celle qu'il avait... sali chacune des pièces, de la même manière qu'il l'avait salie elle, la brûlait de l'intérieur.

Son regard à elle était vide encore, et à la fois rempli de douleur. Mais un éclat déterminé venait d'y apporter un peu de vie.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Dim 18 Juin 2017, 10:39

[Bon, c'est court et ça ne fait pas avancer grand chose mais je préfère laisser Kham aviser, en fait ^^ Tiens d'ailleurs, est-ce qu'elle a un cheval, chez elle ?]



Gil avait basculé sa chaise jusqu’à ce que son dossier s’appuie contre le mur. Jambes tendues, chevilles croisées, il croquait dans une pomme – celles d’Hilda étaient vraiment délicieuses – et attendait tranquillement que la nuit touche à sa fin. On en était encore loin. Les étoiles scintillaient là-haut et la lune jouait à cache-cache avec les nuages. Il faisait bon. Trop bon. Trop chaud. Un orage n’était pas loin et l’envoleur guettait le grondement sourd du tonnerre. Ce fut un autre bruit qui lui parvint : celui d’une porte qui s’ouvre puis se referme doucement. Immobile, il laissa un sourire fugace s’inviter sur ses lèvres. Il devina la présence de Khamill avant de la voir, silhouette menue qui se figea en l’apercevant. Bouh ! Gil était content qu’elle se soit levée. La nuit était belle. Il faisait trop chaud mais c’était un temps à voyager. Et un orage n’empêche pas le soleil de revenir, n’est-ce pas ? Il resta silencieux. Il attendait que Khamill dise quelque chose. Lui, il avait été assez clair : marche ou crève.

- Je dois retourner là-bas. Récupérer des affaires.

Ainsi donc, tu marcheras…

- D’accord, dit-il simplement tout en croquant dans sa pomme.

Il sentit sa surprise et s’en amusa le temps de basculer sa chaise en avant pour se redresser. Elle lui avait parlé d’un ton incisif, comme pour le mettre au défi de la dissuader d’une telle entreprise. Oh, c’était complètement idiot, cette idée de retourner dans cet endroit, mais c’était aussi quelque chose qui demandait du courage et une sacrée volonté ! Un bon mélange, qu’il ne tenta pas d’empêcher. Au contraire. Il s’étira, bâilla, jeta son trognon dans l’herbe et se jucha d’un bond souple sur le dos de Chante-Brume qui patientait en broutant tranquillement. Alors, Gil tendit la main vers Khamill. Quand il sentit les doigts fins s’enrouler autour de son poignet, il banda ses muscles et la fit grimper derrière lui, puis émit un claquement de langue qui fit réagir la jument : elle oublia l’herbe tendre et se mit en route. C’est ainsi qu’un maître et son apprentie quittèrent Al-Jeit, au beau milieu de la nuit et dans le plus grand silence.


*


Ils atteignirent la maison un peu avant l’aube. Gil prit le temps de s’occuper de sa jument avant de rentrer dans la maison. Il ne monta pas à l’étage, où se trouvait Khamill ; il se doutait qu’elle avait besoin qu’on lui fiche la paix. Ça lui allait. Lui non plus n’avait pas envie de discuter. Il alla dans la cuisine et entreprit de fouiller les placards pour mettre la main sur de quoi manger. Il n’y avait pas grand-chose, mais c’était suffisant pour voyager jusqu’à un village pour refaire le plein de vivres. Tout en s’activant, il se demanda où étaient les parents de Khamill. Il y avait eu de la vie dans cette maison, c’était certain – mais c’était il y a longtemps… Est-ce que la petite vivait seule ici ? Est-ce qu’elle connaissait l’enfoiré qui…

*BING*

Le verre qu’il tenait dans sa main venait d’exploser. Protégé par sa mitaine, Gil ne fut pas blessé mais il y avait du verre partout. Il soupira avant de lever les yeux vers le plafond. Bon, ça suffit maintenant. Chargé de ses sacs, il sortit de la maison et harnacha Chante-Brume, puis il retourna dans l’entrée, se posta au pied de l’escalier et prit une profonde inspiration :

- On dégage ! lança-t-il.

Pas de réponse.

- Ho, l’épouvantail ! J’te parle ! Faut qu’on bouge, là !

Cause toujours, tu m’intéresses… c’est ainsi que Gil interpréta le silence qui lui répondit. Il commença à gravir les marches en marmonnant dans sa barbe. Convalescente ou pas, traumatisée ou pas, il allait lui apprendre deux, trois choses à cette gamine…

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Khamill Norwël
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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Lun 19 Juin 2017, 11:51

[C'est dangereux de la laisser aviser haha xD Mais tu sais, je crois bien que Gil est vraiment l'un de mes personnages préférés du forum x) Tu as ta réponse pour le cheval : Kham n'en a pas à elle, elle est arrivée avec Impal mais depuis le temps, il a disparu. Va falloir qu'elle s'en dégotte un autre et en attendant, elle peut monter avec Gil héhé Razz Promis, elle se calme bientôt et les choses sérieuses pourront commencer Wink]






Lorsque Gil lui tendit la main, Khamill hésita l'espace de quelques secondes. Pouvait-elle encore accorder sa confiance à un membre du Chaos ? Elle avala sa salive en se rappelant les mots de Pan, qui firent écho à ceux que lui avait offerts Clarence.

« Attention au doute : il n’est pas mauvais en soi, il faut simplement savoir en tirer le meilleur parti. La vie est risquée, mais le doute doit toujours te pousser à donner le meilleur de toi-même. Objectiver tes choix. »
« Le doute est une force, Khamill. Veille simplement à ce qu'il te pousse toujours en avant. »

Sauf que ce n'était pas d'elle-même qu'elle doutait, en cet instant. C'était des autres en général, comme la vie lui avait toujours appris à faire.

« Objectiver tes choix. »

Après tout, elle n'était pas obligée de donner sa confiance à ce Maître envoleur ; en ce moment-même, elle avait besoin de son aide, besoin de son cheval, c'était le principal. Elle verrait bien ensuite... Elle saisit avec fermeté la main qu'on lui tendait et se hissa derrière Gil, grognant alors qu'elle sentait tous ses muscles la tirer durement et que l'homme dû se pencher pour la rattraper – il y avait tellement longtemps qu'elle n'avait pas ne serait-ce que marché un peu, et tout son corps était désespéramment faible. C'était tellement rageant et pitoyable qu'elle se promit de reprendre l'entraînement en donnant au moins le double de ce qu'elle faisait déjà avec Pan.


***



Ils étaient repassés vers les rochers où elle et son Maître – ancien Maître – avaient laissé Impal et Chaombre avant qu'elle ne lui montre sa maison ; évidemment, les deux chevaux n'y étaient plus. Elle se fichait comme d'une guigne – ou presque – d'avoir perdu sa monture, puisqu'elle appartenait au Domaine, mais elle espérait seulement que l'animal allait bien, et s'était demandé si Pan avait pu retrouver sa monture... Mais punaise, elle s'en fichait complètement, en fait !

Par contre, elle avait été rassurée en constatant que la boîte qui renfermait ses armes était toujours dans la cuisine. Après avoir pris une inspiration profonde et ignorant ses yeux qui piquaient, elle avait monté l'escalier et se trouvait maintenant dans sa chambre. Maintenant qu'elle était bien réveillée, la colère et la haine étaient bien plus fortes que le désespoir. Inspirant à nouveau, elle ouvrit en grand les battants de la fenêtre pour laisser entrer l'air frais et humide, puis elle se retourna et... s'arrêta en voyant son reflet dans le grand miroir de la pièce.

Elle même ne se reconnut pas. Ses cheveux étaient devenus ternes, sa peau était extrêmement pâle ; mais le plus déstabilisant, pour elle qui avait naturellement des formes plutôt prononcées, c'était à quel point elle avait maigri – elle pouvait le voir parfaitement même avec la tunique qu'elle portait. Si elle se fichait complètement de son apparence depuis qu'elle savait qu'elle n'était qu'un morceau de chair pour certains, elle prit brusquement conscience de la manière dont ces semaines, ces mois l'avaient atteinte physiquement. Il y avait aussi des marques de griffures encore visibles, dans son cou, des bleus, et... Ce fut la voix de Gil qui la tira de sa stupeur.


- On dégage !

Khamill tiqua. Quoi, il commençait à lui donner des ordres ? Quand est-ce qu'elle avait accepté de devenir son élève ?! Sans répondre, elle entreprit d'arracher tous les draps de son lit et de celui de son frère ; puis, avisant son poignard qui avait été jeté dans un coin de la pièce, elle les déchira lentement avec, ainsi que les deux matelas. Le geste lui offrit une sorte de satisfaction étrange : bientôt, ce serait le corps du Mentaï qu'elle déchiquèterait ainsi, morceaux par morceaux...

- Ho, l’épouvantail ! J’te parle ! Faut qu’on bouge, là !

Putain mais qu'est-ce qu'il avait à gueuler, lui ? Un tigre lui sautait dessus ou quoi ! Haussant les épaules, elle passa dans la chambre de ses parents. Sa gorge se serra et elle sentit les larmes lui monter aux yeux, mais n'y prêta pas la moindre attention et fit subir le même sort aux draps et aux matelas. Elle hésita à peine une seconde en voyant ses propres vêtements roulés en boule sur le sol, et les prit avec les bouts de draps, descendit l'escalier en ignorant l'envoleur au passage, sortit de la maison et se dirigea vers l'Océan, où elle lança tout le plus loin possible. Revenant dans la cuisine qui faisait aussi office de salon, elle continua son œuvre en éventrant le canapé, les fauteuils... Elle sentait que les larmes coulaient pour de bon cette fois, et ça l'énervait encore plus. Alors elle se mit à fouiller dans les placards, en renversant des objets au passage, finit par trouver trois vieilles bouteilles d'alcool, et commença d'en vider le contenu sur la grande table en bois, le parquet... Tant pis si c'était la maison où elle avait vécu, et où elle avait tous les souvenirs de sa vie avec son frère et ses parents ; il valait mieux tout brûler maintenant, ça irait plus vite, et de toutes façons plus personne ne viendrait y habiter.

- Bah allez ! Aide-moi si tu veux qu'on se barre ! cria-t-elle à l'envoleur, sachant qu'il était derrière elle.Ou bien t'as qu'à partir tout seul !

Parce que même s'il était utile, elle ne lui avait rien demandé, au final !

Et puis soudain la faiblesse de son corps la rattrapa, et elle sentit ses jambes se dérober sous elle.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Hier à 06:37

[Tu m'dis si quelque chose t'ennuie, ok ? Razz]



Gil s’arrêta au milieu des marches en apercevant Khamill. Enfin ! On va pouvoir p… Elle passa devant lui sans le regarder, les bras chargés de linges rapiécés. Il la suivit des yeux, hésitant entre un bon coup de colère et une perplexité profonde ; finalement, ce fut la curiosité qui l’emporta et il descendit les quelques marches pour s’appuyer contre un mur. Et regarder le va-et-vient nerveux et incessant de la gamine. C’était à vous donner le tournis. Elle passait dans une pièce, puis dans une autre, lardait les coussins de coups de couteau, brisait babioles et vaisselle sans le moindre état d’âme. Encore que… si elle ne ressentait vraiment rien, pourquoi pleurait-elle ? Gil croisa les bras sur la poitrine. Il resta immobile et se contenta de ne pas la lâcher des yeux. C’était comme avec Kaünis. Elle aussi, elle avait connu cette phase destructrice incontrôlable et pourtant nécessaire. Bon, lui, ça lui passait un peu au-dessus de la tête. Il avait envie de partir. Il n’en fit rien. Il savait qu’il ne quitterait pas cet endroit sans elle, et puis elle allait bien finir par… ah non ! Pas touche à l’alcool !!!

- Bah allez ! Aide-moi si tu veux qu’on se barre ! Ou bien t’as qu’à partir tout seul !

Me tente pas.

Gil attrapa une bouteille et vit une drôle de lueur traverser le regard sombre de Khamill. Mais au lieu de la vider par terre il porta le goulot à ses lèvres et avala une gorgée qui le fit grimacer. Qu’est-ce que c’est que ce truc dégueu ?? Bon. Tout bien considéré, mieux valait flanquer cette piquette aux oubliettes. Il était en train de la vider quand il vit Khamill vaciller. C’est pas trop tôt, ronchonna-t-il pour lui-même. Il prit le temps de poser la bouteille et de frotter ses mains sur son tabard avant de tendre les bras pour rattraper la gamine. Dans un soupir, il la souleva et l’emporta dehors. Chante-Brume piaffa d’impatience en les apercevant mais Gil secoua la tête.

- J’ai encore un truc à faire, tu peux bien attendre quelques minutes de plus, non ?

Enfer. Voilà que je me mets à parler avec mon cheval. C’est la fin des Cabochards ! Dépité, Gil déposa son paquet dans un tapis d’herbes folles, touchant au passage quelques pissenlits dont les petits cotons blancs s’envolèrent doucement. Il passa une main sur son front pour s’assurer qu’elle n’était pas en train de lui claquer entre les doigts et ouvrit un peu son col pour qu’elle respire plus facilement.

- J’te jure, marmonna-t-il. Va falloir arrêter de me coller des fillettes dans les pattes, hein. C’est trop fragile ces choses-là.

Il avait réussi à rendre Kaünis bien plus solide qu’un Thül en colère. Mais, et si c’était une exception ? S’il n’arrivait pas à secouer les puces de cette rouquine, à lui enfoncer dans le crâne deux ou trois choses essentielles, à faire d’elle une Envoleuse respectée par le Chaos et crainte par le reste du monde ?

- Voilà, c’est malin : tu me fais déprimer ! Je vais te faire payer ça, face d’épouvantail. Crois-moi !

Gil se redressa et retourna dans la maison. Il fit un dernier tour, histoire de vérifier qu’ils n’oubliaient rien… et son regard dépareillé s’arrêta sur un petit objet qui scintillait dans la lumière du jour. Une broche abandonnée sur le tapis d’une chambre. Gil la prit dans sa main et observa la silhouette fine de l’oiseau qui était représenté. Ses plumes allaient du turquoise au gentiane le plus sombre, et le résultat, sans être tape-à-l’œil, était éblouissant. Il la glissa dans sa poche, décidé, puis fit demi-tour, descendit les escaliers, répandant de l’alcool sur les marches, vida encore une bouteille et fit faillir l’étincelle qui allait emporter tous les souvenirs. Les bons comme les mauvais. Le feu prit rapidement.

Cela n’empêcha pas Gil de sortir tranquillement.


*


Gil était assis dans l’herbe. Ses yeux étaient fermés mais il devina que Khamill se réveillait en percevant une variation dans son souffle. Il attendit qu’elle se redresse pour se lever et lui demander de la suivre. Ils contournèrent un petit bosquet et se retrouvèrent devant la maison. Enfin, ce qu’il restait de la maison : quelques ruines calcinées. Elles fumaient encore et empestaient la mort. Gil insista pour que Khamill s’approche encore. Il s’arrêta à quelques pas des décombres et tendit le doigt pour lui désigner quelque chose… un bout de bois planté dans le sol. Quelqu’un s’était amusé à y attacher un genre d’affreuse peluche et de la grimer à en faire un épouvantail. Sur le bois, une main habile avait tracé quelques mots :

Ici repose un fragile et innocent petit épouvantail débile.
Sa vengeance sera terrrrrible.




Gil glissa les mains dans ses poches.

- Fragilité et innocence sont parties en fumée avec cette baraque, lâcha-t-il d’un ton presque doux. Toi, t’es vivante. Et forte. Enfin, presque.

Si, un peu, c’est vrai… reconnut-il. Pan n’avait sans doute pas fait du mauvais travail en entraînant cette gamine. Mais c’était à lui, désormais, de poursuivre sa formation.
Et de l’achever.

- Alors, on craque une allumette et on tourne la page. Le temps fera le reste. Il épongera la douleur et renforcera ta motivation : vivre libre, appliquer tes propres règles. Les tiennes. Pas celles d’un connard.

C’était quoi ça, une promesse ? Dubitatif, Gil laissa filer quelques secondes avant de se détourner.

- Allez viens, face d’épouvantail. On s’arrache.

Pour de bon, cette fois.


*


La nuit, au bord de l’Océan, était douce et calme. Plus sereine que nulle part ailleurs dans l’Empire. Gil réalisa soudain qu’il avait passé presque tout son temps ici, sur la côte, depuis la mort de Suviyo. Comme chaque fois que cette pensée lui effleurait l’esprit, il frissonna. Parfois, il avait du mal à se dire qu’un tel drame s’était réellement produit. Son regard tomba sur Khamill. On a tous les deux vécu des trucs qu’on n’aurait jamais dû vivre. Ça nous fait au moins une chose en commun… Ils avaient peu parlé dans la journée. Pas du tout, en fait. Gil s’était contenté de grogner quand il avait eu besoin de lui signifier quelque chose. Il ouvrait le chemin, elle suivait, mais en dehors de cela, rien ne disait qu’il était le maître et elle, l’apprentie. Ils se cherchaient encore.
N’arrivaient pas à se trouver.

Ils s’étaient installés en haut d’une plage. Leur feu n’avait d’autre utilité que de faire cuire le poisson fraîchement pêché que Gil avait marchandé un peu plus tôt dans la journée ; il faisait une chaleur étouffante et la lune brillait si fort que l’on y voyait comme en plein jour. L’air chargé d’embruns emplissait leurs poumons à chaque respiration. Derrière eux, dans les bruissons de chardons qui envahissaient les dunes, les grillons donnaient un récital, mi-bruissement, mi-chuchotement énergique et agréable. Gil soupira d’aise. Il avait ôté son tabard et l’avait roulé sous sa tête. Bras croisés derrière la nuque, il était allongé dans le sable, ses longues jambes étendues vers l’océan qui allait et venait en un rythme tranquille. Comme toujours lorsque son regard se noyait dans les étoiles, il pensa à Libertée. Il se demandait ce qu’elle faisait, où elle se trouvait… si elle allait bien. Aller bien. Nul autre concept ne peut devenir aussi relatif ! Mais il ne fallait pas sous-estimer les capacités du mental, la force de la volonté : il suffisait à Gil de trouver l’étoile de Suviyo pour que son souffle se fasse moins douloureux dans sa poitrine, et qu’un fantôme de sourire s’accroche à ses lèvres. D’aucuns diraient que c’était bien peu. Certes. C’était pourtant mieux que rien.

Est-ce que Khamill allait trouver son « mieux que rien » ? Gil se mordit pensivement la lèvre inférieure. Il devinait sa présence, de l’autre côté du feu. Khamill n’était plus que silence. Cris et larmes avaient laissé place à un mutisme duquel elle ne souhaitait pas sortir pour l’instant. Gil n’avait rien contre le silence, qui apportait un calme, une tranquillité dont il s’accommodait fort bien ! Toutefois, là, ça commençait à lui taper un peu sur le système. Il savait que c’était à lui de faire ou dire quelque chose. Il aurait bien voulu qu’on le tuyaute à ce sujet. Genre « tiens mon pote, c’est ça qu’il faudrait poser comme question, maintenant ! ». Ou qu’on lui file le manuel La psychologie des nanas pour les nuls. N’importe quoi pourvu que ça l’aide ! Et bon sang, ce qu’il avait chaud ! Sollicitant ses abdominaux, parfaitement visibles sous sa peau, il s’assit et observa les vagues avec envie. En fait, il voulait que Khamill se baigne aussi. Elle en avait besoin. Besoin de se rafraîchir les idées et le cœur, d’oublier sa peur, et tout le reste, pour ne plus se concentrer que sur la magie d’un instant précis. Si cela n’avait tenu qu’à lui, il l’aurait déjà jetée sur son épaule pour aller la balancer à la flotte. Il n’était quand même pas si idiot. Khamill avait été malmenée par un homme. Il allait lui falloir du temps pour accorder de nouveau sa confiance à tout individu de sexe masculin. Et lui, en plus, il s’incrustait dans sa formation, prenant la place d’un type qui rendait très dure toute concurrence. C’est fou c’que j’ai de la chance, moi, en ce moment !

- Je ne sais pas où est Pan.

Mouvement, derrière les flammes. Gil secoua la tête.

- Crois-moi, j’aurais préféré qu’il soit resté avec toi… On m’a juste demandé de le remplacer pour une durée indéterminée. J’aurais tranquillement désobéi si je n’avais pas vu ton nom sur mon ordre de mission.

Il se renversa en arrière, en appui sur les coudes, et laissa son regard vaguer à l’horizon.

- Je me suis dit que je t’en devais une. Tu sais, pour m’avoir filé un sérieux coup de main quand on s’est vus la première fois. Sauf que j’sais pas comment t’aider, là. J’sais pas quoi faire.

Oh, décidément elle était spéciale, cette fille, parce qu’il se confiait très rarement aussi précisément ! Gil fronça les sourcils, lui-même surpris par cette idée, puis accepta finalement cette ouverture et poursuivit d’un ton léger :

- Je prétends pas faire aussi bien que Pan. Juste, je vais faire de mon mieux. Comme maître, je suis pas tendre. Je râle, je grogne, je m’énerve, j’exige, je pousse dans les retranchements. Au-delà des retranchements. Mais je n’abuse pas de mon statut ni de mon expérience. Jamais, Khamill.

Est-ce que c’était vraiment rassurant ? Il soupira. Enfer, que quelqu’un me sorte de là, je vais…

Il se redressa soudain, les yeux fixés sur l’Océan. Puis il se leva et fit quelques pas vers l’eau.

- Viens voir !



*


Il est là, les pieds dans l’eau, les bras le long du corps.
Elle est là, à côté de lui, immobile.

Ils regardent, stupéfaits, les couleurs roses, bleues et violettes qui scintillent sous les vagues qui roulent vers eux. Tout l’Océan brille, soudain phosphorescent, et c’est d’une beauté à couper le souffle.

- Des méduses, murmure Gil, ébahi.

Puis il se tait, et profite de cet instant un peu magique.


*


Les couleurs n’étaient plus là. Combien de temps s’était écoulé ? Il lui semblait que des heures venaient de s’égrainer. Une petite éternité. Gil se dit qu’il allait falloir récupérer le poisson avant qu’il crame. Il préféra se pencher, plonger la main dans l’eau fraîche… et envoyer une gerbe d’eau vers Khamill. Puis s’éloigner d’un pas en sifflotant, les mains dans les poches de son pantalon.

Parfaitement innocent.

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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Hier à 16:57

[Non c'est trooop bien <3 Moi j'ai rien à dire, c'est Khamill qui parle Rolling Eyes]





Ce fut la chaleur anormale qui réveilla Khamill, puis la lueur rougeoyante des flammes. Instinctivement, elle porta une main à sa joue brûlée. Il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte qu'elle ne se trouvait pas dans cet incendie qu'elle avait elle-même déclenché, quelques années plus tôt, mais allongée sur le sol, au pied d'un tas de rochers. Au bord des Grands Océans. Son regard accrocha alors la lumière du feu, sur sa gauche.

C'était... c'était sa maison qui brûlait. Avec tout ce qu'il y avait dedans.

Un léger sourire sur les lèvres, elle referma les paupières.


***



Cette fois, elle fut tirée du sommeil par une brise fraîche, et par la sensation d'une présence, à ses côtés. Le souvenir de sa maison qui brûlait acheva de la réveiller complètement, et elle se redressa un peu trop brusquement. Gil était à côté d'elle. Toujours là. Ignorant les étoiles noires qui dansaient devant ses yeux, elle se leva aussitôt, et suivit l'envoleur, devinant ce qu'il allait lui montrer.

De la voir ainsi, ça lui fit quand même un coup dans le ventre, et elle s'arrêta soudain.

De sa maison où elle avait habité ses quatorze premières années, il ne restait que des ruines couvertes de cendre et suintant de fumée. Des flammèches couraient encore ça et là, tentant de grignoter les rares morceaux de meubles qui restaient. Sur l'insistance de Gil, et parce que cette vision la fascinait, elle s'approcha encore. Il lui semblait distinguer le dessin des différentes pièces, selon les pierres agglutinées sur le sol. Elle ressentait un mélange indescriptible de tristesse, de joie, de soulagement et d'excitation que même la plaisanterie de l'homme ne réussit pas à briser. Lorsqu'elle aperçut la petite planche de bois agrémentée de la peluche – tellement transformée qu'elle ne sut dire si elle avait été à elle où à son frère – le désappointement la gagna davantage que l'agacement. Oh si, ça l'énervait que ce type prenne tout ce qui lui était arrivé à la légère, mais en même temps, elle se sentait un peu plus légère, justement.

Alors un sourire fugace éclaira son visage, l'espace d'une seconde, et elle écouta les paroles de l'envoleur, tandis que son regard revenait sur les décombres de la maison.

Fragilité et innocence ? Il y avait bien longtemps qu'elle ne l'était plus, innocente ! Quant à la fragilité, elle l'avait cru disparue, elle aussi. Tout avait flanché lorsque Pan avait disparu, qu'elle s'était retrouvée seule face au Mentaï, et qu'il avait utilisé son truc de rentrer dans la tête des gens. Rien que d'y repenser, un long frisson lui parcourut le dos. Est-ce qu'elle aurait davantage essayé de se défendre, sans cette technique de lâche ? Évidemment ! Ou ça aurait signifié que tout son chemin parcouru aux côtés de l'envoleur aux cornes ne lui servait à rien !

« Le temps fera le reste ». Elle n'en était plus certaine, désormais, mais elle s'en fichait. Elle devait juste retrouver ce « connard », comme Gil disait, et l'exterminer aussi bien que cette maison, voire plus. Et ce ne serait pas juste une « terrrrible » vengeance : tant qu'elle ne serait pas certaine de sa disparition, elle ne serait jamais tranquille, elle le savait. Lui-même lui avait fait la promesse de la retrouver, à la fin de son apprentissage ; eh bien, elle prendrait les devants !

Et le simple fait qu'elle était encore là, vivante, relevée et déterminée à le retrouver, montrait bien qu'elle ne l'était déjà plus, fragile.

Après un dernier regard sur les ruines, elle se détourna enfin et rattrapa l'envoleur.


« On tourne la page. »

***



- Je ne sais pas où est Pan.

Tirée de ses pensées par la première parole que Gil lui adressait depuis qu'ils avaient laissé les ruines derrière eux, Khamill cessa de contempler les vagues pour lever les yeux vers lui. Il avait déjà répondu à cette question, mais la jeune femme devinait qu'il y avait autre chose derrière... qui ne tarda pas à venir.

- Crois-moi, j’aurais préféré qu’il soit resté avec toi… On m’a juste demandé de le remplacer pour une durée indéterminée. J’aurais tranquillement désobéi si je n’avais pas vu ton nom sur mon ordre de mission. Je me suis dit que je t’en devais une. Tu sais, pour m’avoir filé un sérieux coup de main quand on s’est vus la première fois. Sauf que j’sais pas comment t’aider, là. J’sais pas quoi faire.

Les yeux de la jeune femme brillèrent à la lueur de la lune. Tu m'as déjà aidé, là, face de Trodd. Sans toi je serais peut-être morte à l'heure qu'il est.

- Je prétends pas faire aussi bien que Pan. Juste, je vais faire de mon mieux. Comme maître, je suis pas tendre. Je râle, je grogne, je m’énerve, j’exige, je pousse dans les retranchements. Au-delà des retranchements. Mais je n’abuse pas de mon statut ni de mon expérience. Jamais, Khamill.

Mouais... Kham avait reporté son regard sur l'Océan, et l'homme ne put voir le léger sourire qui flottait sur ses lèvres. Qu'il abuse de son pouvoir, il avait pas intérêt de toutes façons. Quant au reste... Ça lui allait parfaitement, en fait. Parce qu'elle était comme lui, au fond : râlant, grognant, s'énervant parfois – même si la calme et puissante assurance de Pan avait presque fini par la vaincre, sur ce plan là, on ne changeait pas un caractère. Et surtout, elle était plus que prête à pousser au-delà de ses retranchements, comme il disait. Elle avait déjà commencé avec son ancien Maître, et elle voulait aller encore plus loin maintenant. De toutes façons, elle avait déjà tellement souffert qu'elle savait qu'un entraînement d'envoleur serait presque du plaisir, face à ça.

Son sourire disparu lorsqu'elle réalisa que pour la première fois, elle avait naturellement pensé à Pan comme son « ancien Maître ». Et que pour la première fois, elle envisageait Gil comme celui qui le remplacerait. Enfin, elle préférait penser à un guide. Le mot de « maître » était beaucoup trop ambigu, et ça lui donnait l'impression de se soumettre encore à quelqu'un. Or, elle voulait que Gil comprenne bien que s'il prenait la relève pour la guider sur la Voie du Chaos, ça ne serait pas parce que le Domaine lui avait demandé de le faire. Ni même parce que lui l'avait accepté. Ce serait bien parce qu'elle l'aurait décidé !

Elle essayait de formuler sa réponse dans sa tête, lorsque l'envoleur se leva et l'appela. Ce n'était pas comme un ordre, c'était vraiment un appel ; Khamill se leva à son tour et le rejoignit au bord de l'eau.

Pour ouvrir les yeux en grand, émerveillée.

Les bancs de méduses flottaient doucement au gré des vagues, recouvrant toute la surface de la mer, étalant à la lumière crue de la lune leurs couleurs luminescentes. La beauté de la scène lui coupa le souffle, tandis qu'elle se rappelait avoir observé pareil spectacle lors de balades du soir le long de la grève, en compagnie de son père. La voix de Gil, juste à côté, ne fut qu'un murmure, mais elle hocha la tête doucement en réponse.


- Quand j'étais petite, mon père me disait que c'était les âmes des noyés qui ressortaient de l'océan pour voir une dernière fois la terre.

Elle se mordit aussitôt la lèvre inférieure. Il fallait qu'elle arrête de se référer tout le temps au passé : en ce moment-même, elle n'était pas avec son père, mais avec ce Maître envoleur.

L'instant n'en était pas moins unique.




***



Le regard toujours plongé dans l'Océan malgré la disparition des méduses, Khamill fut – encore une fois – tirée de l'espèce de torpeur dans laquelle elle baignait par l'intervention de Gil. Le temps reprit son cours lorsqu'elle sentit la pluie de gouttes salées mouiller sa tunique. Curieusement, ça ne l'énerva pas du tout ; le contact rafraîchissant de l'eau lui donna même une furieuse envie d'aller plonger dans les vagues.

Elle se tourna vers l'homme, légèrement déroutée par ses yeux vairons, alors qu'elle le regardait vraiment pour la première fois depuis qu'il l'avait emmenée chez la guérisseuse. Il fallait bien lui dire ce qu'elle pensait de tout ça à un moment ou à un autre, et la vision des méduses et de l'Océan l'avait considérablement apaisée.


- Je veux bien te suivre.

Bon. C'était dit, plus moyen de retourner en arrière, hein ?

- Mais c'est complètement indépendamment du Domaine. Je veux devenir une envoleuse, mais pas pour eux, ni pour Pan ou pour toi. Juste pour moi.

Serrant les poings, elle continua sans parvenir à contenir la colère dans sa voix.

- Celui qui m'a fait ça... Ce n'est pas la première fois. Avant de venir au Domaine, j'ai vécu la même chose pendant deux ans, à Al-Jeit. Il m'a retenue enfermée et... vendue à d'autres hommes, jusqu'à ce que je parvienne à m'enfuir. Et... j'ai appris durant mon cours qu'il appartenait aussi au Domaine. C'est pas juste un connard, Gil. C'est aussi un Mentaï.

Elle vit la lueur dans le regard bicolore, et un sourire dur étira ses lèvres.

- Il a attendu que je revienne ici, chez moi, au bord des Grands Océans, pour se présenter à nouveau. J'avais déjà tout raconté à Pan et il l'a combattu pour moi, mais l'autre a fait un pas sur le côté et...

Elle ne termina pas sa phrase. L'envoleur avait bien compris. Après quelques secondes, elle reprit plus doucement, mais sa voix était toujours emplie de haine.

- Il a utilisé des trucs de Mentaï pour m'avoir. Je sais pas si t'as déjà vécu ça, quelqu'un qui rentre dans ton esprit et qui parvient à briser toutes tes barrières, de l'intérieur. Ben crois-moi, c'est encore dix fois pire que de se faire violer physiquement. Alors non, je suis pas fragile. Il était juste bien trop fort pour moi, même après tant de temps passé en tant qu'apprentie envoleuse. Et il a mis toutes les chances de son côté, en me disait qu'il m'avait surveillée depuis tout ce temps, et en venant jusque dans ma maison... Je me croyais libre, tu comprends ? Je croyais que j'étais devenue plus forte. Eh ben voilà, toutes ces certitudes se sont envolées d'un seul coup.

Silencieusement, elle commença à retirer sa tunique. Très vite, son cœur battît à cent-à-l'heure alors qu'elle se retrouvait complètement nue, dévoilant une fois de plus sa maigreur et les traces de coups et de griffures, sur sa peau. Mais elle se força à rester là, et elle désigna à l'envoleur sa marque rouge, entre sa poitrine et son épaule.

- Ça aussi, c'est lui. J'avais essayé de la faire disparaître, je me suis lacéré la peau pour ça... Mais ça sert à rien. C'est un Dessin, et tant qu'il vivra, ça partira pas.

Sans ajouter autre chose, Kham laissa le Maître envoleur à ses réflexions et se retourna vers l'immense étendue d'eau, avançant lentement dans les vagues. Cela faisait tellement longtemps qu'elle ne s'était pas baignée dans les Grands Océans ! Elle eut bientôt de l'eau jusqu'au ventre, puis jusqu'au dessus des épaules, et elle commença à nager doucement pour se chauffer les muscles. Elle s'arrêta une dizaine de minutes plus tard, et, après s'être rapprochée du rivage, elle s'adossa à un rocher, le niveau de l'eau au-dessus de sa poitrine, et attendit que Gil la rejoigne.

Elle ne put s'empêcher de se crisper lorsqu'il arriva presque à sa hauteur, mais encore une fois, elle se força à rester calme et à contrôler ses émotions. Elle devait à tout prix arriver à se sentir à l'aise en présence d'un homme aussi à poil qu'elle, et évacuer la sensation effroyable qu'il allait forcément lui sauter dessus. Tout en sachant rester sur ses gardes.


- Je sais très bien ce que tu as pensé, quand tu m'as récupérée. Une fille faible qui s'est faite avoir, elle aurait pu se défendre quand même ! Et je me doute bien de ce que tu penses des femmes en général : des créatures bien différentes des hommes, mystérieuses et impossibles à comprendre, tellement que parfois ça en devient trop chiant pour des couillus comme toi.

Elle s'approcha de l'envoleur, jusqu'à se retrouver à deux ou trois mètres de lui.

- Et bien je vais te dire un secret... Les femmes sont pas différentes des hommes, elles sont pareilles. Comme eux, elles ont aussi des différences entre elles, et elles fonctionnent pas toutes pareil non plus. Des êtres humains, quoi. Elles sont pas plus fragiles, et je te jure qu'un mec qui se fait violer le supporterait pas mieux. La seule différence, c'est qu'on apprend toujours aux hommes à être plus fort et à se battre. Et tu sais quoi ? Je crois que j'ai connu seulement deux mecs qui arrivaient à penser autrement. L'un deux, c'est Pan. Il m'a toujours considérée simplement comme une élève, femme peut-être, et pas comme une élève mais femme. Et c'est pour ça que j'ai réussi à lui faire confiance, au final.

Elle appuya son index sur le torse de Gil, et plissa les yeux en plantant son regard dans le sien.

- Je sais pas comment tu fonctionnais avec Kaünis, et je m'en fous. Mais si tu veux toujours me prendre pour apprentie, tu dois d'abord piger ça. Alors je te suivrai.

Elle recula à nouveau dans l'eau sans cesser de le regarder... et lui renvoya la monnaie de sa pièce en lui envoyant une grande gerbe d'eau salée dans la figure.

- Bon, c'est pas tout ça, mais j'ai faim moi !

Et elle se remit à nager à toute vitesse vers la plage, heureuse de retrouver cette sensation de l'eau qui ondulait tout autour d'elle. Elle arriva rapidement sur le sol, saisit une couverture fine sur le cheval de l'envoleur pour se l'enrouler autour – elle se sentit mieux, quand même – et se rassit près du feu, attrapant un gros morceau de poisson grillé pour y croquer à pleines dents.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-16] Groupe Wolld - Cours n°2   Aujourd'hui à 08:31

- Je veux bien te suivre.

Gil, qui s’apprêtait à piquer une tête puisqu’il était mouillé jusqu’aux genoux, s’arrêta dans son élan. Il aurait sans doute laissé filer une remarque gouailleuse s’il n’avait pas croisé le regard terriblement sérieux – et décidé – de Khamill. Bien ! Tant mieux ! J’me serais vite fatigué si j’avais dû te traîner derrière moi…

- Mais c’est complètement indépendamment du Domaine. Je veux devenir une envoleuse, mais pas pour eux, ni pour Pan ou pour toi. Juste pour moi.

Ben, tant mieux aussi, en fait... Gil ne cherchait plus à dire quelque chose à voix haute, elle ne lui en laissait pas le temps. C’était vaguement pénible mais d’un autre côté, il sentait que Khamill avait besoin de vider son sac. Sa demi tonne de sacs, même. Et puis elle n’avait pas ouvert le bec de la journée, il pouvait bien lui accorder sa minute de blabla, non ? Quand elle évoqua celui qui était responsable de son état, Gil prêta une oreille toutefois très attentive. Il guettait un indice qui lui permettrait de mettre la main – et les aiguilles – sur cet enfoiré. Alors, au mot « mentaï », il plissa les yeux. et son regard s’assombrit dangereusement. Pendant que la jeune femme relatait les sévices qu’elle avait subi avec ce type, Gil envisagea de foncer au Domaine et de forcer le bureau de Voïkamas pour annoncer qu’il avait clairement l’intention de tuer l’un de ses potes. A ce moment-là, deux choses l’étonnèrent. La première, c’était qu’il ne croyait pas un seul instant qu’il puisse s’agir de Voïkamas lui-même. Le père de Kaünis était infernal, mais quand sa fille avait été malmenée par Shun, il avait demandé de l’aide à Gil alors qu’ils ne pouvaient pas vraiment se piffrer. La deuxième chose qui le troublait, c’était qu’il prenait très à cœur cette histoire, alors que ça ne le concernait pas. Pas directement, du moins. Il y a une minute à peine, Khamill n’était pas encore véritablement son apprentie !

Eh bien… si. En la regardant se dresser face à lui, en la voyant ravaler sa peur pour lui montrer l’origine de ses tourments, Gil réalisa qu’il s’était lié à cette drôle de gamine depuis longtemps. Leur rencontre s’était faite de des circonstances particulières et, aurait-il su à cette époque qu’il devrait la former, il aurait éclaté de rire avant de tourner les talons. Seulement maintenant, ça prenait tout son sens… Khamill avait raison quand elle se disait forte. Elle était blessée, à l’intérieur et à l’extérieur. Physiquement et mentalement. Affaiblie par des jours de captivité auprès d’un dingue. Secouée par la disparition de Pan. Pourtant, elle le défiait presque, et il vit dans son regard brûlant qu’elle ne cèderait pas. Elle n’était pas brisée, contrairement à ce qu’il avait pu penser. C’était intéressant, ça ! Et prometteur, aussi. Mais Gil demeura silencieux. Il avait encore besoin de réfléchir, de soupeser la chose. De digérer une sacrée dose d’informations qui le fichaient en rogne. Elle en profita pour s’éloigner, glissant dans l’eau comme un poisson. Les poissons ! Gil jeta un coup d’œil vers le rivage, hésita une seconde… soupira et se laissa tomber dans l’eau. Mouvements lents et puissants. Il refit surface près de Khamill.

- Je sais très bien ce que tu as pensé quand tu m’as récupérée. Une fille faible qui s’est faite avoir, elle aurait pu se défendre quand même ! Et je me doute bien de ce que tu penses des femmes en général : des créatures bien différentes des hommes, mystérieuses et impossibles à comprendre, tellement que parfois ça en devient trop chiant pour des couillus comme toi.

Je confirme. Là, tu deviens un peu chiante, face d’épouvantail. Gil pensait réellement cela, mais un sourire se dessina sur ses lèvres parce que… parce qu’elle n’avait pas tort. Elle l’avait bien cerné même si elle se trompait quand elle affirmait savoir ce qu’il avait dans la tête. C’était trop aléatoire que d’essayer d’imaginer ce qui pouvait se cacher dans ce crâne de cabochard ! Son sourire s’élargit quand il vit Khamill s’approcher de lui. Il s’était débarrassé de son pantalon, elle de ses vêtements. Il n’envisageait pas une seule seconde de lui sauter dessus, même si elle était plutôt jolie, avec ses grands yeux clairs et ses cheveux de feu. Mais c’était la preuve qu’elle avait de sacrées tripes pour affronter sa peur aussi vite. Et ça, ça lui plaisait.

Beaucoup !

- Je crois que j’ai connu seulement deux mecs qui arrivaient à penser autrement. L’un d’eux, c’est Pan. Il m’a toujours considérée simplement comme une élève, femme peut-être, et pas comme une élève mais femme.

L’insistance sur le « mais » était évidente. La grandeur de Pan, aussi. Sérieux mec, tu fais chier. Comment tu veux que je passe après toi, hein ?! Gil cessa toutefois d’être vexé quand Khamill appuya son doigt sur sa poitrine.

Il écarquilla les yeux.

- Je sais pas comment tu fonctionnais avec Kaünis, et je m’en fous. Mais si tu veux toujours me prendre pour apprentie, tu dois d’abord piger ça. Alors je te suivrai.
- Comme si c’était toi qui posais les condi…


*SPALTCH*

Cette fois c’était sûr.
Où que Pan puisse se trouver en cet instant et s’il les voyait, il était mort.

Mort de rire.


*


Gil laissa Khamill regagner la plage. Il lui offrait cette avance seulement ce soir, parce qu’elle avait marqué un point et aussi pour lui permettre de souffler un peu. Il disparut sous l’eau, les paroles de la gamine en tête. Cette attitude frondeuse, têtue et pleine de culot, il la reconnaissait : c’était celle de Kaünis, à peu de choses près. Mais elle était aussi bavarde que Syles. Est-ce qu’il pouvait survivre à ce mélange des deux ?? Quand il émergea dans un rayon de lune qui fit scintiller les gouttes autour de lui, il se dit que oui. Ça allait être difficile mais il était partant pour relever ce défi. Surtout un défi lancé de cette façon… !


Quelques minutes plus tard, il était de retour sur la plage. Il enfila son pantalon de rechange, ignora le trou ouvert dans le tissu au niveau de son genou gauche, et s’assit dans le sable avant de passer une main dans ses cheveux mouillés. Depuis qu’il les avait coupés, ils avaient repoussé. Ils n’étaient pas aussi longs qu’avant mais assez pour qu’en séchant ils s’ébouriffent complètement. Son torse nu, mince mais musclé, était couturé de cicatrices. Les plus petites étaient déjà longues comme un doigt. La plus grande barrait son ventre et rappelait son combat à mort avec son demi-frère, Ezrine ; sans l’aide de Giliwyn et de sa greffe, il ne serait pas là. Khamill non plus. A quel point le destin avait-il son emprise sur sa vie et celles de ses proches ? Pensif, Gil mordit dans son poisson. Un peu trop grillé sur les bords, mais fichtrement délicieux ! Il soupira. Le silence avait repris ses droits, semblait-il… Il jeta un coup d’œil vers Khamill.

- Avant de connaître Kaünis, je n’enseignais rien. J’avais pas envie. D’abord parce que, comme toi, je ne dépends absolument pas ni du Chaos, ni du Domaine, et d’ailleurs les seules missions que j’accepte, je les mène comme bon me semble… Ensuite parce que ça me gonflait. J’voulais pas m’occuper de morveux. Et c’est une morveuse qui m’a atterri dans les pattes. Au début, j’avoue, j’ai pensé que c’était un boulet. Pas discrète pour un sou. Lente au possible. Elle tombait dans les pommes au bout de deux baffes. C’était chiant.

Ah oui ? Pourquoi se sentait-il vaguement nostalgique, brusquement ?

- Ahem… bref, j’étais pas content de me coltiner une fille, c’est vrai. Mais Kaünis m’a donné une foutue bonne leçon. Elle a commencé à me tenir tête et à poser ses conditions. Comme toi. J’avais pas l’habitude, j’ai eu du mal et puis… elle m’a prouvé mes erreurs en dépassant mes espérances. Elle m’a démontré que les nanas ont plus de couilles que les hommes. J’en suis persuadé, Kham.

Il ne remarqua pas qu’il venait de l’appeler par son diminutif. Trop occupé à communiquer !

- Alors c’est toi qui te trompes, parce que quand je t’ai vue sur ce lit, j’me suis pas dit que tu étais faible. Même si t’avais l’air d’un cadavre pas frais. Sans vouloir t’offenser, hein… Non, ce que je me suis dit c’est « merde, mais quel est l’abruti qui n’a pas eu envers toi le respect, la dignité que tu mérites ? » et franchement, ça m’arrange bien que ce soit un mentaï. J’peux pas les sentir ces types. Tu m’offres une bonne raison d’aller en cogner un ou deux.

Il plaisantait à moitié seulement. Il avait quand même passé plusieurs mois à fuir et l’Empire, et le Chaos, qui avait lancé une tripotée de mentaïs à ses trousses… Gil SangreLune était probablement le pire envoleur qui soit. Khamill n’était peut-être pas si mal tombée, finalement… Ils faisaient une drôle de paire mais, à bien y réfléchir, c’était une paire qui pouvait fonctionner.

- Enfin, te fais pas trop d’illusions quand même, marmonna-t-il en mordant dans son poisson. Kaünis est une sale gosse et pour l’instant, tu lui arrives pas à la cheville, face d’épouvantail.

Les vieilles habitudes ont la peau dure…


- D’ailleurs je sais même pas ce que tu vaux. Ça te dit de me montrer ?

Khamill n’avait pas entièrement récupéré et il n’était pas crétin au point de l’oublier. Mais il avait besoin d’en avoir le cœur net. Pan n’aurait jamais accepté d’apprentie qui ne valait rien. Lui, il avait le souvenir d’une gamine qui n’avait pas froid aux yeux. Et ce soir ? Qui était Khamill Norwël, ce soir ? Une face d’épouvantail qui parlait bien mais sans plus ? Ouais, compte là-dessus mon vieux… songea-t-il en se redressant. Il s’éloigna un peu du feu de camp et campa solidement ses pieds dans le sable.

- Pas de bobos, j’suis nul en couture. L’idée n’est pas de taper fort mais de taper bien, en fait. Montre-moi ta technique. Applique-toi.

Un souffle d’embruns joua dans ses cheveux humides tandis qu’il calquait sa respiration sur le bruit des vagues. L’endroit était idéal, le moment parfait pour un beau commencement ! Face à son élève, le maître cligne d’un œil.

Game on !

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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