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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]

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Kaünis Gil'Ozh
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MessageSujet: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Sam 31 Jan 2015, 04:50

- Kaünis !

La concernée se retourna vivement, alors qu’elle était atablée dans une auberge, et son regard lança immédiatement des éclairs noirs. Entre ses doigts, elle sentit le verre refroidir légèrement, et prit une grande inspiration.
Oui, c’était bien Yan.
Mais bordel, qu’est-ce qu’il foutait là ? Elle n’avait pas été assez claire avec lui ? Pourtant, il lui semblait qu’il avait compris, sur le coup : il n’avait que très peu protesté, incapable de parler, et s’était finalement rangé à son avis, non ? De toutes façons, il fallait être deux pour avoir une histoire, non ?

Apparemment, non.

- Quoi ?! répondit-elle d’un ton extrêmement agressif et dédaigneux, qui figea Yan sur place. Pourtant, ce dernier ne sembla pas effrayé par la jeune femme, et rien que pour cela, elle bouillonnait sur place.
- Oh, bonjour charmante demoiselle ! Moi aussi je suis content de vous retrouver…
- Arrête ton cinéma, Yan ! Qu’est-ce que tu me veux ? J’ai pas été assez claire ?!
s’emporta-t-elle, posant ses couverts de chaque côté de son assiette avec application, avant d’ouvrir ses paumes pour les placer de part et d’autre de son plat qui fumait légèrement.
- Mais Kaünis, tu ne le pensais pas vraiment hein ? Tu as juste été subjuguée par ta liberté nouvelle, c’est normal, je te comprends. Moi aussi j’étais si fier d’être enfin libre, enfin un Envoleur ! Mais je ne suis pas d’accord, je ne veux pas que tu partes.
- Et il t’a fallu sept mois pour t’en rendre compte ?!
- Non, mais je me suis dit que tu avais besoin d’un peu de temps pour réfléchir. Et puis, tu ne peux pas m’échapper ! Regarde, je t’ai retrouvée, et facilement en plus. Allez, écoute au moins ce que j’ai à dire !
- Non ! Tu la fermes, et tu dégages. Tout de suite !


Un sourire étira les lèvres de Yan.
Malgré les avertissements de Kaünis, il se rapprocha un peu plus, et posa même sa main sur son épaule. L’Envoleuse sentit sa colère monter d’un cran, attisée par sa propre colère, mais aussi par celle qui était venue à travers sa greffe. La porte dans son esprit vibra, mais résista à l’assaut.
Mais alors qu’elle voulut se tourner, impossible d’amorcer le moindre geste. Impossible de bouger. Comme si une coque invisible venait d’entourer son corps tout entier. Elle pouvait cligner des yeux, bouger les lèvres, respirer… Mais c’était tout. Fronçant les sourcils, elle voulut parler, mais Yan se pencha au dessus d’elle, son souffle se perdant sur sa joue.

- Tu vois, tu ne peux pas m’échapper…

La rage s’embrasa soudain en elle, alors que Yan se penchait pour croiser son regard, et approcher ses lèvres des siennes. Elle pinça la bouche pour l’empêcher de l’embrasser contre son gré, mais ce dernier ne lui demandait de toutes façons pas son avis. Devant les autres clients de l’auberge, ils avaient peut-être l’air de se réconcilier… Ils n’imaginaient même pas la haine et la rage qui tempêtaient sous le crâne de Kaünis.

Mais alors que les lèvres de Yan se faisaient pressantes, la forçant à ouvrir la bouche, un sourire étira les lèvres de Kaünis.
Et son regard, planté dans celui de Yan, brilla un instant.
Ce dernier comprit qu’il se passait quelque chose, mais fut trop long à réagir. Pourtant, un Envoleur n’est pas censé avoir des réflexes : un Envoleur est réflexe.

Tout se passa très vite.
Laissant la rage et la haine se déverser lentement en elle, dans tout son corps, jusque dans son visage, Kaünis chancela un instant sous le pouvoir à l’état brut qui déferla en elle. C’était extatique.
D’abord, les lèvres de Yan bleuirent en moins d’un quart de seconde. Puis, ses joues se recouvrirent de givre, alors que ses doigts et ses avants-bras aussi, explosant ses veines et éclatant tous les vaisseaux sanguins au passage. Kaünis ne s’arrêta pas là, et, loin d’être effrayée par ce qu’elle était en train de faire, emportée par la rage et le pouvoir, elle poussa même les frontières qu’elle pensait exister. Elle poussa sa greffe vers Yan, dont la peau vira au translucide en un instant.

Il réussit à s’arracher à elle une demi-seconde trop tôt.
Trop tôt pour Kaünis, trop tard pour lui. Parce que déjà à moitié gelé, il chancela avant de s’écrouler par terre, les yeux exorbités, incapable de se traîner un peu plus loin.
Ce fut au tour de Kaünis de sourire et de s’approcher tout près de lui. Et cette fois, il trembla alors que le visage de la jeune femme s’approchait du sien.

- Je n’ai pas peur de toi, Yan, articula-t-elle alors que son haleine fraiche glissait sur le visage de l’Envoleur.
- Non, Kaünis, non ! Ta mere l’apprendra…
- Ahah, comme si j’en avais quelque chose à faire. C’est toi qui a commencé, Yan !
- Non, je t’en supplie !
- Trop tard. Apparemment, tu as déjà oublié tes leçons ! Ne pas se laisser piéger par un regard… Utiliser la force de l’adversaire… Ne pas le sous-estimer…  C’est ou toi ou moi, apparemment. Désolée, je suis ma propre priorité.
- Ka.. !


Son dernier souffle s’éteignit brusquement dans sa gorge alors que l’Envoleuse plaquait sa main droite au milieu de son torse, et il cessa immédiatement de respirer, la peau ayant viré à une couleur entre le gris et le bleu glacial.
Se relevant brusquement, Kaünis essuya ses mains sur ses vêtements et jeta un coup d’œil circulaire autour d’elle.
Tous s’étaient tus, et aucun n’avait raté la scène. Ils ne devaient juste pas avoir compris ce qu’il s’était vraiment passé : comment deviner qu’il l’avait piégée avec un pouvoir qu’il ne pouvait pas « normalement » avoir ? Comment admettre qu’elle avait tout simplement gelé son cœur ?
A part la terrible froideur de l’endroit, rien n’était visible ou palpable.

- Quoi ?! Vous voulez ma photo ?

Les petits groupes retournèrent rapidement à leur assiette, et l’Envoleuse poussa un soupir, avant de s’avancer vers le bar. Elle vit clairement le mouvement de recul de l’aubergiste, mais décida de l’ignorer. Le corps de Yan était toujours au milieu de la salle.

- Je vous donne trois pièces d’or pour le dégager d’ici et une chambre pour la nuit.

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Darwen Ehsoleim
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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Sam 31 Jan 2015, 14:36

[Oh, mon dieu, ça vient à peine de commencer et c'est déjà la cata ! Kaünis, tu gères x)]



Ses cheveux bruns enfouis dans le cou de Sayo, 'Wen embrassa l’épaule de la jeune femme, qui eut un sourire mutin. Du bout des doigts, elle dessinait des arabesques légères sur le torse de l’apprenti marchombre. Ils se trouvaient dans une chambre d’une auberge à Al-Chen, et venaient tout juste de se réveiller, quelques heures après de brûlants ébats... Darwen s’était en effet rendu jusqu’à la ville, sur le dos de Nyu, pour rendre une petite visite à son amie. Il ne l’avait pas trouvée très facilement, car elle n’était désormais plus serveuse à La Carpe Dorée, mais apprentie chez un sculpteur de branches ; il était heureux qu’elle ait pu trouver sa voie. Apparemment, elle n’avait pas de petit ami en ce moment, et ça tombait bien parce que cela faisait plusieurs mois qu’il n’avait pas pu satisfaire ses... besoins sexuels.

- J’ai faim, ‘Wen... Pas toi ?

Le jeune homme leva les yeux au ciel et eut un petit rire, parce qu’il comprenait très bien la moue de Sayo : elle lui demandait clairement d’aller commander un repas, et de lui amener le plateau dans la chambre.

- Prends les pièces dans ma veste, ça devrait suffire...

Acquiesçant d’un clin d’œil, le jeune homme se leva souplement - à regret - pour aller prendre l’argent. En effet, c’était déjà lui qui avait payé la chambre, et ils avaient l’habitude de se partager les frais quand ils se voyaient, parce que c’était clair pour tous les deux qu’ils n’occupaient pas chacun un rôle particulier dans leur "couple occasionnel". Ils avaient une relation d’amitié d’égal à égal, même si elle n’excluait pas quelques heures au lit passées ensemble... Darwen passa sa tête sous l’eau pour achever de se réveiller, ébouriffa ses cheveux puis enfila rapidement son pantalon et sa chemise noire, avant de lancer un nouveau sourire à sa compagne.

- Je reviens dans cinq minutes, n’en profites pas pour filer...
- Aucun risque, j’ai trop faim pour ça, rigola la jeune femme en lui tirant la langue, comme à son habitude.

Souriant tout seul - il connaissait bien la tendance de Sayo à s’envoler sans prévenir, dans sa conception toute particulière de la liberté - ‘Wen sortit de la chambre, refermant doucement la porte derrière lui, et se dirigea vers les escaliers de pierre qui conduisaient à la salle principale de l’auberge. Soudain, alors qu’il descendait les premières marches, il s’immobilisa... et crut tout bonnement que l’escalier se dérobait sous lui.

En jetant un coup d’œil circulaire à la salle en contrebas, il venait de reconnaître Kaünis.

Il mit quelques secondes à réaliser qu’il s’agissait bien d’elle - pourquoi, ici, à Al-Chen, pratiquement au même endroit où ils s’étaient rencontrés ? - et quelques autres à calmer le trouble qui s’était emparé de tout son corps. Déjà parce qu’il avait plusieurs fois rêvé de retrouver l’envoleuse, et qu’il finissait par retomber sur elle par hasard au bout de presque deux ans, et ensuite parce qu’elle n’était pas seule.

Un homme lui faisait face, grand, blond, un peu plus vieux que lui, et pour ne rien gâcher, une attitude de charmeur parfait qui sautait aux yeux jusqu’au plafond. Du calme, mon vieux, tu n’es pas du tout avec elle, tu l’as juste croisée un jour, et tu n’aurais pas dû la revoir. Ses affaires avec ce mec ne te concernent en rien. Mais que faire alors ? Aller la saluer ? Avec ce grand blond penché sur elle ? Ou bien faire comme s’il ne l’avait pas vue et aller chercher son repas le plus discrètement possible ? Se mordant les lèvres, Darwen restait complètement immobile en cherchant la solution, une main sur la rampe de l’escalier, le regard fixé sur la jeune femme. Sa rencontre avec l’envoleuse lui repassait à toute allure dans la tête : Nana, l’histoire floue à propos des Mentaïs, sa transformation catastrophique et les hommes qu’il avait tués pour la première fois, la réticence de Kaünis envers lui du fait qu’il était apprenti marchombre, et, finalement, leur attirance mutuelle, leur bout de nuit torride passé ensemble, et pour finir, l’altercation avec les ivrognes qui avait précipité leur séparation.

Agrippant la rampe nerveusement pour ne pas perdre pied sous le flot d’émotions contradictoires qui l’assaillait, Darwen ne put faire autrement que d’observer le dragueur échanger avec la jeune femme. C’est alors qu’il s’aperçut que quelque chose n’allait pas, et pour cause : Kaünis n’était pas heureuse de voir l’inconnu, et elle paraissait même sacrément en colère. Comment cet imbécile faisait-il pour ne pas s’en rendre compte ? A moins qu’il n’y place pas d’importance ? ‘Wen le vit insister en posant une main sur l’épaule de l’envoleuse, et un sourire finit par étirer ses lèvres, tandis qu’il la voyait bouillir littéralement. Même un aveugle s’en rendrait compte, et ce couillon allait l’embrasser ! Mais pourquoi Kaünis ne bougeait-elle pas ?

Il se produit alors quelque chose de tellement fou que l’apprenti se demanda s’il ne rêvait - ou ne cauchemardait - pas. Tandis que leur lèvres se rencontraient, le corps de l’homme se mit à virer au bleu subitement : il était en train de geler, littéralement ! Chancelant, il tomba au sol. En un instant, la jeune femme était sur lui, et, posant une main sur son torse, elle acheva de... geler son cœur ?!

Le souffle coupé, Darwen était encore plus perdu qu’avant. Un silence total alourdissait considérablement l’atmosphère auparavant joyeuse de l’auberge.

- Quoi ?! Vous voulez ma photo ?

Abasourdi, le jeune homme vit les gens recommencer à manger comme si rien ne s’était passé. Il n’y avait donc personne pour réagir, appeler des gardes ? L’envoleuse se dirigea tranquillement vers l’aubergiste. Elle non plus n’avait pas peur de se faire arrêter d’ici peu ?

L’image d’elle qu’il avait gardé en tête était certes celle d’une jeune femme cinglante, provocatrice et fière, qui se fichait plus ou moins de tuer des hommes, contrairement à lui, Darwen se refusait de croire que Kaünis ait pu faire une chose pareille. Assassiner un homme en public ! Et quelle manière d’assassiner ! Décidément, elle avait changé. Ou bien, et c’était le plus plausible bien qu’il ne voulait pas l’admettre, il ignorait tout d’elle, tout simplement. Et, brusquement, cette prise de conscience le percuta au ventre de plein fouet.

La gorge serrée, il ferma brièvement les yeux.

Il était un marchombre.
Elle était une envoleuse.

Une envoleuse qui s’était déjà envolée depuis longtemps.

‘Wen se retint de trembler.

Il n’avait toujours pas bougé.

Soudain, des bruits de pas retentirent dans le couloir, et Sayo déboula derrière lui, lui tirant les cheveux à la base du cou.

- Eh bien, qu’est-ce que tu fiches planté là ? Et mon repas alors ?

Ses yeux se posèrent alors sur le corps inerte et glacé qui gisait trois mètres plus bas, et elle porta une main à sa bouche, tandis que ses yeux s’agrandissaient de stupeur. Aussitôt, elle se précipita dans la grande salle et s’exclama, furieuse :

- Alors, il n’y a personne pour se bouger le cul ?! Il y a un type mort, je vous signale ! Il faut tout de suite prévenir la garde, qu’est-ce que vous attendez !

Repérant la seule personne qui ne s’était pas retournée suite à son intervention, elle se dirigea à grands pas vers Kaünis et la secoua violemment par l’épaule, l’obligeant à se retourner.

- Et toi alors, tu t’en fiches ?! Mais faut soit être bouchée, soit complètement conne !

Accablé, Darwen passa une main sur son visage en fermant les yeux. Puis il croisa le regard de Kaünis, et là, tout de suite, la seule pensée cohérente qui lui vint à l'esprit était qu’il aurait voulu être n’importe où, sauf là où il se trouvait.

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Kaünis Gil'Ozh
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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Sam 31 Jan 2015, 19:01

[ Petite spécialité de Kaünis : le foutage de mer*e ! ]




Accoudée tranquillement au bar, Kaünis s’autorisa à pousser un petit soupir.
En effet, personne ne l’avait invectivée, et à vrai dire sans doute qu’elle leur avait fait trop peur pour cela. Ou alors, ils n’avaient tout simplement rien compris, ce qui lui allait aussi. Elle ne jeta pas un seul regard à Yan, qui elle le savait devait désormais avoir viré au gris. Elle s’en fichait. Elle n’avait aucun regret : ah, parce qu’il comptait l’obliger à le suivre ? L’obliger à le suivre par peur de lui ? L’enfermer alors qu’elle était désormais libre ? Ne penser qu’à lui comme un sale et hypocrite égoïste ?! Ce n’était pas ça l’amour, et de toutes façons la jeune femme n’avait jamais vraiment aimé le garçon. Il y avait eu un certaine connivence entre eux, une proximité, peut-être même une affinité, mais pas de grands discours et de regards dérobés. Et aucun manque.

Elle haussa les épaules et fronça les sourcils quand une voix retentit dans son dos.

- Alors, il n’y a personne pour se bouger le cul ?! Il y a un type mort, je vous signale ! Il faut tout de suite prévenir la garde, qu’est-ce que vous attendez !

Un sourire mauvais étira les lèvres de l’Envoleuse, qui ne daigna même pas se retourner : après tout, pour quoi faire ? Cependant, elle entendit clairement les pas de la fille qui était intervenue se diriger vers elle, et elle poussa un long soupir déjà ennuyé.

- Et toi alors, tu t’en fiches ?! Mais faut soit être bouchée, soit complètement conne !

- Lâche-moi,
dit Kaünis d’un ton glacial et infiniment menaçant. En tout cas suffisamment pour que la fille qui venait de la retourner par l’épaule recule de plusieurs pas.

Plissant légèrement les yeux, l’Envoleuse la fixa plusieurs secondes, attendant qu’elle réagisse ou qu’elle reprenne ses esprits pour l’invectiver. Elle n’avait pas l’air d’une fille qui abandonne si facilement, ceci dit dans tous les clients de l’auberge personne ne s’était levé pour protester ou essayer de l’arrêter.
Relevant le menton fièrement, Kaünis sourit presque méchamment.

Et soudain, un regard bleu et clair attira son attention, dans l’escalier.
Un regard qu’elle connaissait. Des cheveux qu’elle connaissait. Un visage qui était gravé dans son esprit, et des lèvres qu’elle avait embrassées sans retenue, des lèvres qui… qui lui avaient manquées. Qu’elle ne connaissait qu’à peine pourtant.
Pinçant les siennes, Kaünis vit qu’il observait la fille qui était venue la pousser, et ne put s’empêcher de pousser un long soupir contrarié.

Bon, très bien.
Elle planta son regard dans celui de l’autre, qui recula légèrement le menton.

- Ouais, t’es complètement conne en fait ! Tu te rends compte que c’est complètement pas hygiénique un mort ? Ca te donne pas envie de vomir ?

Un sourire étira les lèvres de Kaünis, qui se leva pour s’approcher d’elle. Dangereusement, de sa démarche fluide et féline.

- Non. C’est plutôt ce qu’il m’a fait juste avant qui me donne envie de vomir. Vas-y appelle les gardes, appelle qui tu veux. Y’aura personne pour regretter ce mec. Et au pire, j’en prends la responsabilité,  assena-t-elle d’une voix glaciale. Puisque c’est moi qui l’ai tué, ajouta-t-elle, un éclat dans le regard, s’avançant encore d’un pas vers la fille.

Cette dernière bredouilla un instant, avant de reculer de plusieurs pas et de chercher le regard de quelqu’un.
Et Kaünis vit clairement que ce quelqu’un était Darwen, qui n’avait pas bougé, se contentant de regarder la scène de loin, sans intervenir. Un petit sourire triomphant étira les lèvres de l’Envoleuse.

- Ton petit copain ne peut rien contre moi. Et même s’il pouvait c’est même pas sûr qu’il le fasse, hein Darwen ? provoqua-t-elle en haussant le ton.

Son ventre la brûlait.
Son ventre la brûlait, des bébés qu’elle avait portés de lui. Quelque semaines, à peine, mais cela suffisait. C’était une perte qui faisait partie d’elle désormais ; et elle n’avait rien à se reprocher.
Finalement, elle se tourna vers l’aubergiste, qui était en train d’écrire sur son calepin le numéro de la chambre et la recette de cette dernière pour Kaünis.

- Laissez tomber. Gardez la monnaie. Je me tire. Mais faudra quand même vous occuper de ce truc., dit-elle en désignant le cadavre de Yan du bout du menton.

Son regard croisa celui de Darwen, et un long frisson remonta le long de sa colonne vertébrale.
Trop fière pour admettre qu’elle était plutôt contente de le recroiser enfin, trop fière pour lui adresser directement la parole, l’Envoleuse se contenta d’un léger mouvement du menton, avant de louvoyer entre les tables pour sortir enfin de l’auberge.

Dehors, le soleil se levait depuis peu, et les étals commençaient à fleurir dans les rues. Plutôt que de s’éloigner de la foule, pour être trop facilement repérée, Kaünis se glissa entre la masse de gens qui commençait à affluer, et acheta une tranche de jambon avec une large miche de pain : avec toutes ces histoires, elle n’avait pas mangé !

Elle espérait secrètement que Darwen allait essayer de la suivre.
Même si elle ne le vérifiait pas. Même si au final, qu’est-ce qu’elle pourrait bien lui raconter ? Elle n’avait rien à lui dire.
Absolument rien.

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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Dim 01 Fév 2015, 19:30

En fait, il avait même peur que Kaünis s’en prenne à Sayo. Avec ce qu’elle venait de faire, sous ses yeux, il pensait désormais que l’envoleuse était capable de tout. Si elle avait tué un homme en public, pourquoi ne réitérerait-elle pas la chose ? Avec une jeune femme, qui venait de l’insulter qui plus est ? Calme-toi, n’arrêtait-il pas de se répéter. Calme-toi. Kaünis est certes une envoleuse, elle est lucide et elle n’est pas sadique. On ne tue pas les gens comme ça, pour une insulte...

Incapable de faire un geste - que pouvait-il faire, de toutes façons ? Il passait en revue tous les moyens d’intervenir - Darwen vit se dérouler la suite comme dans un état second. Kaünis ordonna - car c’était un ordre - à Sayo de la lâcher, et puis elle l’aperçut, lui. ‘Wen se mordit les lèvres une nouvelle fois, en essayant de comprendre ce qu’il voyait, dans ce regard noir. Pourquoi cela se passait-il de cette manière ? Son amie apostropha Kaünis à nouveau, malgré le regard de mise en garde qu’il venait de lui lancer. Elle n’avait pas compris que c’était elle qui avait tué le type étendu en plein milieu, et l’envoleuse ne se gêna pas pour le lui annoncer, en s’avançant vers elle de manière menaçante, évoquant irrésistiblement une panthère à ‘Wen. Ou une louve.

Personne pour le regretter, ce type ? Mais n’avait-il pas de famille ? Et qui était-il, d’abord ? Elle le connaissait depuis longtemps ? Les questions s’enchaînaient à tout allure dans l’esprit du jeune homme, ne finissant pas de s’additionner. Comment pouvait-on prendre la responsabilité de la mort de quelqu’un ? Lui qui avait déjà eu du mal après avoir mis en charpie, sous sa forme de loup, quelques mercenaires qui poursuivaient Kaünis... Il en rêvait même, encore maintenant.

L’apprenti vit Sayo chercher son regard, et il ne put que lui renvoyer une moue angoissée.

- Ton petit copain ne peut rien contre moi. Et même s’il pouvait c’est même pas sûr qu’il le fasse, hein Darwen ?

L’interpellé sursauta. Sa première émotion identifiable se rapprocha fort du désespoir, parce qu’il savait que Kaünis avait raison, et il savait qu’elle le savait. Non, il ne pouvait rien faire parce qu’il n’était encore qu’un apprenti ; et non, il ne pouvait rien faire parce qu’il ne voulait pas. Comment pourrait-il s’en prendre à la jeune femme alors que le souvenir de leur rencontre le brûlait encore certaines nuits ? Comment pourrait-il lui faire du mal alors que ses mains l’avaient caressée, que ses lèvres avaient embrassé les siennes ?

Puis, Darwen sentit quelque chose d’autre l’envahir, quelque chose de si puissant qu’elle submergea aussitôt le désespoir. ‘Wen était en colère. D’abord contre lui-même parce qu’il se sentait faible, lâche et impuissant ; mais aussi contre Kaünis parce qu’elle n’avait pas le droit de le traiter comme ça. Il y avait des limites à la provocation, et c’était quand cette dernière pouvait faire mal. La jeune femme ne l’avait même pas regardé en disant cela, toujours dans son optique d’intimidation face à Sayo, et l’apprenti marchombre sentit, en plus de la colère, une vague de frustration l’envahir. Il n’avait donc été que ça pour elle ? Elle croyait l’avoir soumis à ses désirs ? Il l’avait quand même sauvée en tuant ces hommes, non ? Et puis non, ce n’était pas elle qui avait décidé de tout ! Il détesta son sourire de triomphe... et, pourtant, il était incapable de la détester, elle. Parce que rien que sa démarche féline, la flamme dans ses yeux verts, le contour de ses lèvres, rien que la forme de ses pommettes lui rappelaient leur nuit, et lui donnaient envie d’elle. Maintenant, tout de suite.

Mais Kaünis, devant son silence et son manque de réaction lamentables, venait de se décider à quitter l’auberge. Elle le quittait, lui. Encore.
Et avant même de l’avoir retrouvé.

Tiquant devant la façon dont elle désigna le cadavre, le jeune homme sentit sa boule d’émotions contradictoires se resserrer dans sa gorge. Là, sur le moment, il ne savait absolument pas ce qu’il ressentait pour Kaünis. Il ne parvenait pas à distinguer qui elle était vraiment. Et, en même temps, il ne pouvait ignorer la chaleur qui s’était emparée de son ventre... Une chaleur qui amplifia d’un cran une seconde, le temps qu’il croise à nouveau le regard de la jeune femme. Une seconde bien trop courte pour qu’il puisse déchiffrer ce qu’il y avait dans ce regard. De la moquerie ? De la provocation ? Du regret ? Du désir ? Du bonheur peut-être, même ?

Lorsque la jeune femme franchit la porte de l’auberge, ‘Wen sentit tout son corps le tirer en avant.
Pourtant, il ne bougea pas d’un millimètre.

L’état second dans lequel il se trouvait se brisa tel un bloc de glace lorsque Sayo remonta l’escalier, pour le tirer doucement par le bras et l’obliger à descendre. Elle passa une main sur sa joue mal rasée en soupirant, et un sourire finit par éclairer son visage.

- Décidément, cette fille n’est vraiment pas commode, une vraie tigresse ! J’avoue qu’elle a réussi à me faire peur. Je me demande bien comment tu as fait pour la séduire, et ne pas te faire étriper ensuite !

Ça alors, moi aussi !

- C’est la fille de l’autre fois, pas vrai ? Je ne l’ai pas reconnue immédiatement.

Elle marqua une pause, mais son interlocuteur comprit qu’elle n’avait pas terminé.

- Écoute, ‘Wen... Cette fille est juste complètement tarée, et en plus de ça elle a l’air sacrément chiante. Et vachement égocentrique.

Ça, je ne te le fais pas dire... Et alors ? Je dois laisser tomber, c’est ça ?

- ...Mais, à mon avis, tu ne perdras rien à essayer de la rattraper, parce que j’ai bien vu qu’elle n’attendait que ça !
- Tu...
- Non, je ne crois pas, j’en suis sûre !

Darwen ne sut pas quoi répondre, et il désigna le cadavre du doigt. Sayo lui lança un clin d’œil.

- Ne t’inquiète pas, on va s’en occuper ! Je crois que l’aubergiste a déjà alerté la garde. Je vais me débrouiller pour qu’ils ne vous courent pas après, alors dépêche-toi d’aller la retrouver !

Nouveau clin d’œil, et elle le poussa vers la sortie. ‘Wen eut juste le temps de se retourner avant qu’elle ne rentre à nouveau dans l’auberge.

- Merci Sayo... Tu es vraiment une fille géniale, tu sais.
- Je sais, je sais, répondit la jeune femme en lui claquant un baiser sur la joue. A la prochaine !

Et elle s’éloigna dans une envolée de cheveux noirs, laissant l’apprenti sur le pas de la porte.

Darwen soupira. Il commença à marcher dans la direction où il avait vu partir Kaünis, et c’est alors qu’il sentit la colère remonter en lui. Il se mit à marcher plus vite, puis à courir, et il finit par repérer l’envoleuse devant un étal de viande. Comment pouvait-elle s’acheter à manger après tout ce qui s’était passé ? Soupirant, le jeune homme s’arrêta de courir, pour s’approcher lentement d’elle. Il essayait de préparer ce qu’il allait dire, mais rien ne sortait. Mais quand il se retrouva derrière elle, posant une main sur son épaule - il savait qu’elle l’avait sentit venir, pourtant - les mots vinrent tout seuls. Droit du cœur.

- Kaünis, est-ce que tu crois vraiment que je vais passer ma vie à te courir après, à te retenir ? On vient à peine de se retrouver, merde, et tu t’enfuis déjà ! Et me dis pas que tu partais juste parce que tu en avais envie, parce que tu es libre ou je ne sais quoi ! Tu t’enfuyais, c’est tout. Tu me fuyais, moi. Ok, je n’ai pas réagi tout à l’heure, quand tu as tué ce type, ni quand Sayo est descendue, parce qu’elle n’avait pas vu la scène, ni quand tu m’as adressé la parole. Et oui, tu avais raison, je ne pouvais rien faire, je ne savais pas quoi faire. Mais ce n’était pas une raison pour me parler comme ça ! Et après, tu pars comme si rien ne s’était passé ! Et même pas  à cause de ce meurtre !

Darwen se rendit compte qu’il criait presque, et il se força à parler plus doucement. Mais la colère, et toutes les autres émotions, brillaient encore dans ses yeux clairs.

- Comment tu peux avoir fait ça, d’ailleurs ? Il n’y avait pas que cette solution, c’en n’est même pas une, de solution ! Je sais que ça te pose pas de problème de tuer des gens, mais là... enfin bordel ! en public en plus ! T’as pas de conscience ou quoi ?

Le jeune homme se mordit les lèvres. Non, ce n’était pas ça que tu voulais lui dire... Il se radoucit soudain, et serra un peu plus fort l’épaule de Kaünis.

- Je... en fait, ce n’est même pas ça. Je m’en fous que tu l’ai tué, ça me regarde même pas, et puis de toutes façons il me revenait pas, ce type. Enfin, non, je m’en fous pas, mais... putain, Kaünis, pourquoi tu m’as ignoré comme ça ? J’aurais tout aussi bien pu ne pas te suivre ! Qu’est-ce qu’il se passe avec toi ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Je...

Il ferma les yeux un instant.
Non, c’était chez lui que ça n’allait pas. Ça n’allait même pas du tout...

Alors Darwen ouvrit les yeux, et, se rapprochant de Kaünis, il la prit par la taille... et l’embrassa.
Sans retenue.

Parce qu’après tout, il n’y avait plus que ça à faire, non ?
Et surtout, il n’en pouvait tellement plus d’attendre !





[Quand notre propre personnage nous surprend... Rolling Eyes Je crois que ses sentiments pour Kaünis sont allés beaucoup trop loin, et ça, c'était pas prévu ! >.<]

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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Lun 02 Fév 2015, 19:24

[Aaha, je connais ça, Kaünis me le fait tout le temps Rolling Eyes ]



Elle n’avait rien à lui dire.
Non, plus elle y réfléchissait, et plus cela lui semblait absurde. Ca faisait quoi ? Presque un an qu’ils ne s’étaient pas vus. Et ils ne s’était croisés qu’une fois. Une toute petite fois, de quelques heures, même pas une journée et une nuit d’affilée. Non, rien de tout ça. Juste une entrevue.
Ce n’était rien. Absolument rien.
Elle avait oublié des tas d’autres personnes qu’elle avait entrevus autant de temps. Et en moins d’un an, elle les avait oubliés, ceux-là ! Pourtant, régulièrement, Darwen refaisait irruption dans ses pensées. Même quand elle était avec Yan. Même à des moments improbables. Surtout quand elle croisait des femmes mères ou des enfants. Elle ne regrettait pas son geste, mais elle ne pouvait s’empêcher de penser « et si… ? »

Elle haussa les épaules toute seule, alors qu’elle mordait dans son bout de viande.
Soudain, une odeur envahit ses narines, faisant frémir sa peau jusqu’à son cuir chevelu. Et une main se posa sur son épaule.
Et là… elle fut submergée par une tempête de mots. De phrases.
Elle s’était attendue à plein de chose, si le Marchombre la rattrapait. A une leçon de morale, à de la colère, de la rage, de la haine même ! Mais pas à ce qu’il l’engueule parce qu’elle avait filé.

- Kaünis, est-ce que tu crois vraiment que je vais passer ma vie à te courir après, à te retenir ? On vient à peine de se retrouver, merde, et tu t’enfuis déjà ! Et me dis pas que tu partais juste parce que tu en avais envie, parce que tu es libre ou je ne sais quoi ! Tu t’enfuyais, c’est tout. Tu me fuyais, moi.

Non, elle ne fuyait pas ! Sinon, elle ne l’aurait pas laissé la rattraper : quel intérêt ?
Se contentant de hausser les épaules, sans ouvrir la bouche, la jeune femme planta son regard dans celui du jeune homme. Elle sentait son corps qui irradiait de colère, et pourtant elle ne pouvait s’empêcher aux muscles cachés par cette chemise noire ; elle ne pouvait s’empêcher de sentir la puissance de ce corps jusque dans son ventre ; et son cerveau qui s’emballait à cette odeur musquée et sauvage…

- Ok, je n’ai pas réagi tout à l’heure, quand tu as tué ce type, ni quand Sayo est descendue, parce qu’elle n’avait pas vu la scène, ni quand tu m’as adressé la parole. Et oui, tu avais raison, je ne pouvais rien faire, je ne savais pas quoi faire. Mais ce n’était pas une raison pour me parler comme ça ! Et après, tu pars comme si rien ne s’était passé ! Et même pas à cause de ce meurtre !

Euh…
Là, elle ne comprenait pas trop. Ce n’était pas directement à lui qu’elle s’était adressée, et puis bon, c’est pas comme s’ils se connaissaient vraiment non ? Pourquoi ça l’atteignait tellement cette histoire ? Elle partait, parce qu’elle en avait marre de l’endroit et de cette fille qui voulait appeler les gardes ; et elle n’avait pas envie de se faire choper, même si elle pouvait s’en sortir les doigts dans le nez face à ces incompétents.

- Comment tu peux avoir fait ça, d’ailleurs ? Il n’y avait pas que cette solution, c’en n’est même pas une, de solution ! Je sais que ça te pose pas de problème de tuer des gens, mais là... enfin bordel ! en public en plus ! T’as pas de conscience ou quoi ?

Elle n’avait pas à se justifier, et surtout pas face à lui !
Serrant les dents, Kaünis lança un regard noir à Darwen. Elle n’avait pas de conscience ? Si c’était vraiment le cas, elle aurait trucidé sa petite copine sans hésiter ! Qu’est-ce qu’il savait au fond ? Avait-il la moindre idée de ce que Yan lui faisait ? Voulait lui faire ? Il la manipulait depuis le début, ou presque. Enfin, non, ils se manipulaient mutuellement. Mais là, il était allé bien trop loin, à vouloir la contrôler grâce à sa greffe ! Greffe dont il n’avait pas voulu lui parler en temps voulu d’ailleurs, ce qui voulait en partie dire qu’il envisageait déjà cette solution de secours pour lui-même.
Elle l’avait tué car c’était le seul choix plausible et à long terme qu’elle pouvait faire à ce moment-là : si elle ne le tuait pas, il aurait recommencé, et il n’aurait jamais cessé de la harceler. Et il était hors de question qu’elle vive en se demandant qui la suivait derrière son épaule, à avoir peur de savoir qui c’était, à appréhender.

Elle bougea son épaule pour se dégager de l’étreinte de la main de Darwen alors que ce dernier la serrait plus fort. Mais alors qu’elle allait ouvrir la bouche pour le remettre à sa place, il la prit de court.

- Je... en fait, ce n’est même pas ça. Je m’en fous que tu l’ai tué, ça me regarde même pas, et puis de toutes façons il me revenait pas, ce type. Enfin, non, je m’en fous pas, mais... putain, Kaünis, pourquoi tu m’as ignoré comme ça ? J’aurais tout aussi bien pu ne pas te suivre ! Qu’est-ce qu’il se passe avec toi ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Je...

Hein ?
Donc finalement, ce n’était même pas Yan le problème. Ce n’était même pas qu’elle l’avait tué – en même temps, lui n’avait pas hésité, lors de leur rencontre, à s’en prendre à des ivrognes qui n’auraient rien demandé sinon. Mais il avait avancé sur sa Voie aussi, elle pouvait très bien le voir dans son assurance et sa manière de se tenir.
Pourquoi elle l’avait ignoré ?
Ça, il était hors de question qu’elle lui réponde. Parce qu’elle n’avait aucune envie de lui dire la vérité. Elle n’avait aucune raison de le faire non plus, d’ailleurs. Et puis elle nel’avait pas vraiment ignore, sinon elle n’aurait même pas voulu croiser son regard, et elle ne l’aurait pas fait !
Oui, il aurait pu ne pas la suivre ; et ça elle le savait parfaitement. Elle ne s’était pas échappée, puisqu’elle l’avait laissé la rattraper. Mais elle lui avait laissé une chance… Pourquoi ? Parce que malgré tout, elle était contente de le revoir. De le recroiser. Pas seulement physiquement, mais dans sa tête aussi.
Il ne se passait rien. Rien de plus que ça, au final. Qu’est-ce qu’il voulait inventer ? Qu’est-ce qu’il voulait dire ? Là, elle n’y comprenait plus rien.

Le dos parfaitement droit, le menton relevé, son regard planté dans celui de Darwen, elle serra les dents quand il ferma les paupières. Ah, parce qu’en plus, il ne pouvait pas la regarder dans les yeux quand il lui reprochait des trucs ? Quand il se rendait compte que c’était lui au final qui n’était pas cohérent ?!

Mais alors qu’elle allait répliquer vertement, elle fut complètement prise de court.
Par le baiser de Darwen. Ses lèvres se posèrent sur les siennes, d’abord hésitantes, puis plus sans aucune retenue. Elle ne put s’empêcher de répondre à ce baiser sauvage, à la saveur musquée et boisée.
Le monde sembla tourner tout autour d’elle. La rue n’était plus à sa place, les gens se succédaient et balançaient, tourbillonnant gaiment. Occultant les passants, Kaünis ferma les yeux, et s’abandonna à ce baiser. Ses mains attrapèrent le visage de Darwen, glissant sur sa barbe de quelques jours pour saisir la base de ses cheveux dans la nuque. Elle sentit son corps se coller contre celui du jeune homme, et pensa difficilement à respirer.

Non !
Sursautant intérieurement, Kaünis se détacha brutalement de Darwen, encore essoufflée, et lui lança un regard à la fois révolver et perdu. Sa conscience se réveilla, la faisant trembler de tout son corps.
Non, elle ne devait pas se jeter dans ses bras comme ça ! Même si apparemment son attirance physique et improbable était réciproque, même si dans son ventre ça explosait en petites bulles chatoyantes. Même si elle l’aurait bien déshabillé là, tout de suite, au milieu de la rue.
Prenant une inspiration, l’Envoleuse se mordit la lèvre inférieure, et planta son regard dans celui de l’apprenti Marchombre.

- Je peux savoir ce que tu fais ? Ce que ça veut dire ? Et pourquoi ça t’affecte autant ? Je te ferai remarqué qu’on ne s’est croisés qu’une seule fois, quelques heures à peine, y’a presque un an ! En quoi je t’intéresse ? A part physiquement j’entends. Trouve-toi quelqu’un d’autre, qui n’est pas censé nuire à ton ordre ! dit-elle alors que sa gorge se resserrait subitement. Et puis t’abandonne ta copine comme ça, juste pour une nana que tu as croisé un jour ? Explique-moi, je comprends pas. Ouais, on a passé du bon temps. Ouais, tu m’attires c’est un truc de fou. Mais après ? On ne peut pas avoir d’avenir, et en réalité on ne se connait même pas !

S’appuyant sur la vérité, sur la réalité surtout, sur les faits, Kaünis espérait faire entendre raison à Darwen. Même si elle sentait que c’était un peu peine perdue, car en le regard, lui et ses grands yeux bleus, en sachant qu’il y avait ce loup dans son ventre, ce qui la balayait n’avait absolument rien de rationnel.
De toutes façons, elle avait raison : ils ne se connaissaient pas. Pour envisager quelque chose de plus sérieux, de plus durable, si c’était vraiment ce qu’il voulait, ils devaient se connaître. Et là, ça risquait de ne pas marcher du tout ! Non, même, c’était presque certain que ça ne marcherait pas : elle était Envoleuse, il était Marchombre.

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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Mer 04 Fév 2015, 00:37

Il prenait des risques. Il avait très bien vu comment Kaünis avait gelé le corps de cet homme alors qu’il l’embrassait - ou tentait de le faire. Il avait très bien vu qu’elle n’avait pas hésité une seule seconde avant de le tuer. N’était-ce justement pas ce qu’il était en train de faire ? L’embrasser, sans lui demander son avis ? Mais il y avait quand même une différence, et même plusieurs. Déjà, le type de tout-à-l’heure avait prémédité son geste, et en plus il était conscient de la réticence de la jeune femme. Alors que lui, Darwen, n’avait pas réfléchi un quart de seconde avant de poser ses lèvres sur les siennes ; c’était quelque chose qu’il avait sentit, et de plus fort que lui. Et puis, il ne savait pas si Kaünis allait approuver ou non.

Et la deuxième différence, c’était justement ça : il sentit l’envoleuse répondre à son propre désir, presque instantanément. Elle l’embrassait en retour ! elle s’abandonna, en fermant les yeux ; sa main glissa sur la joue du jeune homme, sur sa nuque ; son corps répondait au sien, comme un véritable écho ; et comme elle, il avait le souffle coupé, non seulement à cause du baiser, mais surtout parce que les sensations qui déferlèrent sur lui furent si fortes, si pleines, si nouvelles, comme si elles avaient attendu trop longtemps avant de pouvoir éclore, qu’il ne savait plus vraiment où il se trouvait. Plus rien d’autre ne comptait désormais que ce baiser, cet échange. Elle contre lui. Tout simplement.

Oubliant complètement qu’ils étaient en plein milieu de la  rue, Darwen sentit qu’il s’emballait ; la prise de conscience de toutes ces émotions l’enhardit, et il voulu l’attirer plus contre lui encore, et... et Kaünis s’écarta brusquement. ‘Wen ouvrit les yeux, et se rappela d’un seul coup où ils se trouvaient. Se mordant les lèvres - ces lèvres qui venaient tout juste d’en embrasser d’autres - le jeune homme observa l’envoleuse comme s’il ne comprenait pas. Même si, au fond, il comprenait très bien, trop bien même. Mais il refusait de l’accepter, tout simplement. Alors il ouvrit la bouche, voulut s’excuser... mais cette fois, ce fut elle qui le devança. Son regard noir de reproches accrocha celui, perdu mais encore enflammé, de l’apprenti marchombre. Pour ne plus le lâcher.

Et chacun des mots de Kaünis l’atteignit comme autant de flèches bien ajustées, là où ça faisait déjà mal.

- Je peux savoir ce que tu fais ? Ce que ça veut dire ? Et pourquoi ça t’affecte autant ? Je te ferai remarquer qu’on ne s’est croisés qu’une seule fois, quelques heures à peine, y’a presque un an ! En quoi je t’intéresse ? A part physiquement j’entends. Trouve-toi quelqu’un d’autre, qui n’est pas censé nuire à ton ordre ! Et puis t’abandonne ta copine comme ça, juste pour une nana que tu as croisé un jour ? Explique-moi, je comprends pas. Ouais, on a passé du bon temps. Ouais, tu m’attires c’est un truc de fou. Mais après ? On ne peut pas avoir d’avenir, et en réalité on ne se connaît même pas !

Là, Darwen était vraiment perdu.
Pire qu’en pleine mer un jour de tempête.

Ce qu’il faisait ? Ce que ça voulait dire ? Mais simplement qu’il mourrait d’envie de lui faire l’amour, là, tout de suite ! C’était si compliqué à comprendre ? Il était vraiment heureux de la retrouver, et il voulait en profiter, rien de plus. Non, vraiment, rien de plus... Et pourquoi ça l’affectait autant ? Qu’est-ce qu’il en savait ? Elle avait raison, ils ne s’étaient vu qu’une fois - non, deux maintenant, ne put-il s’empêcher de penser - et puis alors ? On commence toujours par rencontrer les gens avant de les connaître !

Il se rendait compte que les réponses qu’il trouvait reflétaient une certaine mauvaise foi, mais il n’avait pas vraiment tort non plus, si ? Le fait qu’ils ne se soient vu qu’une fois auparavant pouvait-il modifier quelque chose à son attirance pour elle ? Pas qu’il sache, non. Et quand on est attiré par quelqu’un, c’est normal de se sentir blessé lorsqu’il nous parle mal ou nous ignore... comme elle l’avait fait à l’auberge. En quoi ça l’étonnait ? Ça l’amuserait, elle, qu’il la dénigre ? Après ce qu’ils avaient vécu ? Parce qu’il n’y avait pas eu que ce bout de nuit. Il y avait aussi eu le combat avec les mercenaires, et sa transformation. Mis à part Uliwëne, Kaünis avait été la première et la seule femme à être au courant de l’existence de son double... et à l’accepter. Et à l’aider à l’accepter à son tour - parce qu’il était sûr que si Erwan et Ylléna avaient réussi à lui faire percevoir le loup autrement, c’était aussi un peu grâce à sa rencontre proche avec l’envoleuse, grâce à ce qu’elle lui avait dit. A ce qu’il avait vécu avec elle.

Chacun de ses mots le blessait, parce qu’il se rendait compte qu’elle ne pensait pas comme lui. Que, malgré son attirance réciproque, elle le considérait comme un coup d’un soir. Qu’elle n’était pas consciente d’avoir joué un rôle dans son progrès relationnel au loup. Qu’elle semblait considérer leur rencontre comme quelque chose de lointain, de flou, à oublier. Qu’elle ne voyait rien au-delà de l’attirance physique. Qu’elle... Non, non, il était en train de s’aventurer trop loin dans ses pensées, et commençait à avoir peur de ce qu’il pourrait finir par y trouver. Il essaya alors de rationaliser, de penser comme elle. Mais il y avait toujours quelque chose qui l’en empêchait. Même s’il savait - oh, combien ! - qu’elle était une envoleuse et lui un marchombre. Même s’il savait que, oui, elle était censée nuire à son ordre. Autrement dit, qu’en temps normal elle aurait dû le tuer, tout simplement. Et qu’elle aurait même dû le faire depuis longtemps.

Quand à l’histoire avec Sayo, s’il n’y avait eu que ça... Tous deux savaient très bien qu’ils n’étaient que des amis, même avec un peu d’attirance. C’était tout simplement l’une des personnes les plus géniales qu’il connaissait, et il l’adorait, c’était un fait. Mais ce n’était pas sa petite copine, non. D’ailleurs, quand elle sortait vraiment avec quelqu’un, ils ne couchaient pas ensemble, parce qu’elle n’en avait pas forcément envie, et par pudeur. Par respect pour «l’heureux élu», et même pour eux deux. Vraiment, s’il n’y avait eu que ça à expliquer à Kaünis...

Elle reconnaissait quand même avoir «passé du bon temps», et qu’il l’attirait. Bon, c’était déjà ça... Mais après ? Après... qu’est-ce que ça voulait dire, après ? Qu’est-ce que ça voulait dire, ne pas avoir d’avenir ? S’ils voulaient être ensemble, ils n’avaient qu’à l’être ! Pourquoi fallait-il toujours penser au futur ? Pourquoi se torturer pour rien ? Il suffisait de vivre dans le présent, prendre les choses comme elles venaient ! Et si dans un mois, dans un an, ils n’avaient plus envie de se voir, eh bien ils ne se verraient plus, et ce serait terminé ! Et au moins, ils en auraient profité !

Darwen soutint le regard de l’envoleuse pendant un certain temps, puis il lâcha un soupir.

Il ne savait plus trop si c’était la colère qui l’inspirait, ou le désespoir de se faire comprendre, ou autre chose. Mais il fallait qu’il lui réponde, de toute façon, puisque c’était ce qu’elle attendait.
Alors, il inspira, et recommença à parler. Avec une boule dans la gorge.

Oui, c’était tout à fait ça, d’ailleurs.
Il avait les boules.

- Je ne vois pas ce que tu ne comprends pas, Kaünis. J’avais envie de te retrouver, je t’ai retrouvée, et comme par hasard dans des circonstances que je n’ai pas vraiment comprises. J’étais paumé, la situation m’a pris de court, j’ai essayé de te parler quand même, mais... je n’y suis pas arrivé, et voilà, j’ai eu envie... de t’embrasser. Parce que je n’ai pas oublié ce qu’on a vécu ensemble, même si c’était même pas un jour, quelques heures. Et peut-être justement parce que ce n’était que quelques heures, pendant lesquelles il s’est passé tellement de choses ! Tu es la deuxième personne qui a été au courant pour le loup, tu sais. Et la première à vraiment l’accepter, sans juste faire comme s’il n’était pas là. Et...

Il ne parlait pas de ses parents, évidemment.
Il ne parlait pas de tout ce qui était arrivé avant sa rencontre avec Uli.

- ...je crois que ça m’a aidé. A l’accepter aussi. Mais il n’y a pas que ça, évidemment... Tu me demandes en quoi tu m’intéresse ? Mais qu’est-ce que tu veux que j’en sache ! C’est juste une évidence, c’est tout, il n’y a pas de question à se poser... Peut-être même que le fait que tu sois une envoleuse - pas le fait que je le sache, mais que tu sois comme ça, que tu sois toi, tout simplement - fasse partie de ce qui m’attire chez toi. Tu es en même temps ce que je ne connais pas, et ce que j’ai connu, avant que je ne trouve les marchombres.

Ses yeux brillèrent une seconde quand il pensa à tout ce que leur avait dit Syndrell, à lui et à Lynn, à la fin de leur premier cours. Et au "duo" qu'avait proposé Lynndiara, qui ne lui semblait plus si absurde...

- Mon Maître m’a dit un jour qu’il n’y avait pas d’harmonie sans chaos, et vice-versa... Je me suis rendu compte que ça pouvait bien résumer ma vie, jusqu’à présent. Et sûrement celle de beaucoup d’autres gens..., ajouta-t-il dans un léger sourire. Quant à ma «petite copine», comme tu dis, je te rassure, elle ne l’est pas. On est juste amis, elle et moi. De vrais amis, mais rien d’autre. Voilà, je... je crois que j’ai tout dit... Ah, non, y’a encore cette histoire d’avenir. De quoi est-ce que tu me parles ? Je n’ai jamais dit qu’on allait vivre ensemble ! Et après, c’est moi qui me fait des histoires ! Mais on n’a pas encore quarante ans, ma vieille ! Qu’est-ce qui t’as fait dire ça ? Juste parce que j’ai pas aimé la façon dont tu m’a traité à l’auberge et que je t’ai embrassée ? Mais ça n’a rien à voir ! On peut pas juste parler, faire l’amour et être ensemble au présent ?

C’était vrai quoi, à la fin !
Pourquoi lui avait-elle parlé de leur avenir ?




[C'est vrai ça... pourquoi ? Rolling Eyes Bon ok, je sors...]

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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Mer 04 Fév 2015, 01:03

- Non, on ne peut pas ! Parce que nos actes ont des conséquences ! Parce que coucher ensemble, ça peut avoir de sales conséquences, couillon !

Parce que non, moi, j'baise pas avec le premier venu normalement ! Parce que tous les mecs qui se sont intéressés de près ou de loin à moi avaient TOUS sans exception des idées derrière la tête à plus ou moins long terme, espèce de face de Trodd ! Et parce que j'ai toujours fini par devoir les tuer !

C'est ça que tu veux ? Que je te trucide ? Vas-y, dis-le, c'est carrément négociable !!




[ Oulala... Rolling Eyes ]

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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Mer 04 Fév 2015, 18:16

(Fronce les sourcils, puis soupire)

- Ah, parce que moi j’ai l’habitude de coucher avec le premier venu peut-être ? J’ai pourtant cru comprendre que c’était de cette manière que tu avais perçu notre rencontre, contrairement à moi...

Et tu penses que, comme tous ces mecs, j’ai une idée derrière la tête ? Je sais même pas ce que t’entends par là ! Ça fait dix minutes que j’essaye de te faire comprendre que je tiens à toi, et le seul truc que tu trouves à me répondre c’est que j’ai juste envie de profiter de toi ? Mais il faut que je te le dise en quelle langue, bordel ? Je n’attends rien de spécial, j’ai juste envie d’être avec toi ! Je suis pas tous ces mecs, moi ! Si tu fonctionne comme ça, ça veut dire que tu ne pourras jamais sortir avec personne ! C’est sûr que pour avoir une relation, faut avoir un minimum de confiance en soi et en l’autre ! Si dès le début, tu as peur de ce que l’autre peut penser, ou de ce que ça va donner, c’est sûr qu’on ne va jamais y arriver ! Parce que là, j’ai surtout l’impression que t’as juste la trouille d’avoir une relation, qu’elle soit avec un envoleur, un marchombre, ou n’importe qui d’autre...

Et si tu as tué ces types ensuite, c’est que dès le début tu ne voulais pas d’eux, non ? Que tu ne ressentais rien pour eux...


(Soudain, se rappelle les premières phrases de Kaünis, et pâlit)

- Comment ça, des conséquences ?




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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Mer 04 Fév 2015, 18:44

- Et comment tu peux tenir à moi alors qu'on se connait pas, tu m'expliques ?!

Puis je te ferai remarquer que ça fait très douze ans " sortir avec quelqu'un", comme si on allait se faire que des bisous ! N'importe quoi !

Et qu'est-ce que j'en sais que je ne ressentais rien pour eux ? Et qu'est-ce que tu en sais ?! Désolée, moi je vois le long terme, je peux pas juste me contenter d'être dans l'instant présent, parce que je me projette ! Parce que tous les choix ont toujours des conséquences sur le futur ! Parce qu'on ne peut pas agir sans penser à ce que ça peut engendrer, c'est complètement inconscient !

On ne vit pas dans le monde des bisounours !

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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Mer 04 Fév 2015, 19:45

- Kaünis... tu es vraiment désespérante, tu sais...

(petit sourire au creux de la joue, un peu triste)

- Si tu vois tout en noir, si tu fais partie de ceux qui pensent que le monde est seulement une jungle et qu'il faut faire avec, sans essayer d'ajouter un peu de couleurs, je crois que je ne pourrais pas te faire changer d'avis.

C'est juste... dommage.

En ce qui me concerne, j'ai juste besoin de positiver, de profiter de ce que la vie peut m'apporter. J'ai déjà eu assez mal comme ça. Et ça n'a rien avoir avec les bisounours, parce que j'ai largement pu être au courant qu'on ne vivait pas dans ce monde-là, figure-toi ! C'est simplement savoir profiter de sa liberté, en tant qu'être humain. Peut-être qu'il faut avoir le courage de le faire...

Mais tu sais, si personnellement je te reviens pas, t'as juste à me dire que je peux aller me faire voir et je me tirerais, ça sera plus simple...

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Kaünis Gil'Ozh
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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Mer 04 Fév 2015, 20:09

[ Bon... Je crois qu'on a perdu Kaünis... ^^' ]





- Si tu vois tout en noir, si tu fais partie de ceux qui pensent que le monde est seulement une jungle et qu'il faut faire avec, sans essayer d'ajouter un peu de couleurs, je crois que je ne pourrais pas te faire changer d'avis.

Elle ne voyait pas tout en noir !
Enfin, elle ne le pensait pas, en tout cas. Parce que sinon, elle aurait été mal barrée. Peut-être qu’elle n’avait pas encore le recul nécessaire, peut-être qu’au final sa greffe avait fait quelque chose d’elle qu’elle ne voulait pas, dont elle ne se rendait pas compte.

Non, ce n’était pas sa greffe.
Et elle le savait très bien. Elle se cherchait des excuses. Elle ne regrettait pas son choix, à aucun niveau ! Pourtant, alors qu’elle était là, en face de Darwen, ça remuait un peu trop ses entrailles.
Elle était décidée à ne pas le lui dire, car ça changeait quoi au final ?
En même temps, il ne pouvait pas comprendre ou essayer de comprendre si elle ne le lui disait pas. Ou si elle ne le lui suggérait pas.

Serrant les dents, la jeune fille se mordit la joue.

- En ce qui me concerne, j'ai juste besoin de positiver, de profiter de ce que la vie peut m'apporter. J'ai déjà eu assez mal comme ça. Et ça n'a rien avoir avec les bisounours, parce que j'ai largement pu être au courant qu'on ne vivait pas dans ce monde-là, figure-toi ! C'est simplement savoir profiter de sa liberté, en tant qu'être humain. Peut-être qu'il faut avoir le courage de le faire...

Elle n’avait même pas entendu la suite.
Bouillonnant de colère, elle s’avança vers Darwen et tapa sur sa poitrine avec son index levé, pinçant les lèvres pour contenir sa colère qui ne demandait qu’à se déchaîner.

- Si tu as eu déjà assez mal comme ça, alors il ne vaut mieux pas que tu essayes d’en savoir plus ! Parce que c’est pas à l’homme de prendre les décisions des conséquences d’une baise ! Vous vous en tapez tous, ça ne vous concerne pas, et surtout vous ne pouvez juste PAS comprendre !

Une tempête balayait son crâne, et elle sentit son avant-bras picoter. Baissant les yeux, elle vit clairement les traces d’un givre qui n’aurait pas dû être là sur son avant-bras droit, et récupéra ses mains en les secouant. Il y avait des chances pour que l’homme eut senti la vague de froid, mais là, tout de suite, elle s’en tapait.
Tournant les talons vivement, l’Envoleuse croqua dans sa viande férocement et commença à s’éloigner d’un grand pas. Cependant, au bout de quelques mètres, elle s’arrêta.

Planta ses yeux dans ceux de Darwen.

- C’est moi qui ai pris la décision de tuer ces bébés. Pas toi. C’est mon avenir qui a été compromis. C’est mon corps qui a été compromis. C’est moi, toute entière ! Alors viens pas me parler de positiver !

Et elle le planta là.
Bondissant dans une rue adjacente, elle sauta par-dessus une balustrade, évita un énorme tas d’ordure, se servit d’un bout de poutre pour se hisser sur les toits et courir à toute allure.

Des larmes baignaient ses joues, brouillaient sa vision, et pourtant elle continuait de courir.
Jusqu’à ce qu’elle s’écroule littéralement après s’être pris un pied dans une tuile mal placée. Allongée sur le toit, se redressant sur ses coudes jusqu’à s’asseoir les jambes repliées sous elle, elle plongea son visage dans ses mains et se laissa aller à ses sanglots.

Au final, elle était faible… Quoi qu’en dise Gil.

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Loving her is a splendid adventure
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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Ven 06 Fév 2015, 19:31

[Je n'ai pas pu résister... C'était inévitable, et c'est de votre faute, voilà ! Comme d'habitude je me suis emballée, il me fallait quand même un bon prétexte pour débarquer dans votre... hum... bazar    Je n'ai strictement rien fait avancer de votre côté, je laisse la porte ouverte à l'imagination de celui/celle qui va prendre la suite et tout, je dis bien TOUT peut arriver désormais xD (Comme des modifications si besoin est --> MP)]





- Arrêtez cet homme !
- Hein ?!


Daïna Cil’Tameryn leva le menton, le regard dur et froid. Un sourire fourbe, en parfaite contradiction avec ce qu’elle avait incarné jusqu’ici, déforma ses traits lorsqu’elle prononça sa sentence avec une lenteur jubilatoire.

- Il a assassiné mon époux et tenté de dérober sa fortune. C’est un meurtrier doublé d’un voleur de la pire espèce.
- Saisissez-vous de lui,
ordonna Mal’Bruin.

Gil regarda l’officier, puis les gardes qui s’avançaient vers lui, main sur la poignée de leurs armes.

- Je suis désolé, messieurs, dit-il en reculant doucement.
- Pour quoi ?
- Ça !

L’Envoleur lança le coffret dans les bras du soldat, puis il offrit à Daïna Cil’Tameryn un sourire éblouissant.

Et fit volte-face pour s’enfuir en courant.



* * *


La nuit était tombée depuis longtemps sur le Domaine lorsque Gil ouvrit la porte de sa chambre et se glissa dans le couloir obscur. Il ne fit aucun bruit lorsqu’il se faufila dans les escaliers qu’il descendit dans un souffle. Il parcourut l’étage dans un silence absolu et s’arrêta devant la dernière porte du couloir. Posant un genou à terre, il glissa la main à l’intérieur de son tabard tout en jetant un coup d’œil autour de lui, puis il entreprit de crocheter la serrure. Une poignée de secondes plus tard, il s’introduisait dans la chambre et refermait doucement le battant derrière lui. Plongé dans l’obscurité la plus totale, il tâta ses poches et finit par trouver une allumette qu’il craqua et leva à hauteur de son visage ; la petite flamme vacillante fit briller ses yeux vairons et dessina ses joues dans un savant contraste entre ombre et lumière qui lui donna un air plus mystérieux que jamais. Gil s’approcha du bureau, alluma la lampe et souffla son allumette avant de se retourner pour parcourir les lieux du regard.

La chambre était à l’image de toutes celles qui occupaient le Domaine : petite, sobre et refroidie par le vent du nord qui soufflait sur la pierre des murs. Le lit était vide et impeccable, aucun objet ne conférait à la pièce une touche personnelle, comme si la chambre n’appartenait à personne et attendait son prochain propriétaire. Gil se pencha sur le bureau et ouvrit quelques tiroirs qu’il referma presque aussitôt. Rien, absolument rien : celui ou celle qui vivait ici s’était absenté depuis longtemps déjà et n’avait rien laissé dans son sillage… Refusant d’y croire, l’Envoleur fit le tour de la pièce, ouvrit un placard, se mit à plat ventre sur le parquet pour jeter un coup d’œil sous le lit. Rien. Rien ? Ses sourcils se froncèrent et il plongea à nouveau sur le sol, passant cette fois son bras sous le sommier. Il l’en sortit couvert d’une poussière qui le fit éternuer, mais il tenait quelque chose dans son poing serré. Un bout de papier froissé. Il le posa sur le bureau, en pleine lumière, et se pencha pour déchiffrer l’écriture en patte de mouche. Il s’agissait d’un petit bout de parchemin, probablement déchiré et jeté dans une corbeille qui avait été vidée, mais en faisant un effort d’accommodation et de concentration il était possible de distinguer trois mots.

...par deux rossignols.

L’incompréhension scintilla dans le regard bicolore de Gil. Il caressa du pouce les mots sibyllins qu’il murmura pour se les approprier. Puis il se redressa, souffla la lampe et quitta la chambre.

Sans le moindre bruit.


*


Al-Chen.
La journée était bien entamée et le soleil faisait profiter la ville d’une chaleur toute relative à cause du vent froid qui balayait la région ; toutefois il était agréable de déambuler dans les rues, chaudement vêtu afin de ne pas se laisser surprendre par la température mais le cœur léger, rassuré par la promesse d’une saison printanière imminente. L’immense jardin, au cœur de la cité, offrait un havre de paix qui attirait les passants, petits et grands, dans une atmosphère joyeuse et détendue. Assis sur un banc dans une flaque de soleil, un homme regardait pensivement les oiseaux qui picoraient quelques miettes abandonnées par quelque grand-mère bien intentionnée. Il était entre deux âges, les cheveux grisonnant aux tempes et quelques rides marquant le coin de ses yeux. Il avait l’air fatigué. Epuisé, même.

- Pelgan Cil’Tameryn ?

L’homme leva les yeux vers l’inconnu qui venait de l’interpeler. Celui-ci s’assit à côté de lui.

- Oui ?
- Je suis Giliwyn SangreLune.
- Vous avez vu ?
fit Pelgan Cil’Tameryn en pointant du doigt les oiseaux qui piaillaient gaiment devant eux. Ce sont des rossignols.
- Je sais.

Un silence, puis Pelgan leva les yeux et croisa le regard bicolore de son interlocuteur.

- Pouvez-vous m’aider ?

Sourire éblouissant.

- Ouaip. C’est pour ça que je suis venu !


*


Les Cil’Tameryn vivaient à Al-Chen depuis des générations. Leur nom était aussi important dans cette cité que l’était celui de l’Empereur, principalement pour des raisons de gloire et d’argent : après s’être illustrée sur les champs de bataille contre les Raïs, cette famille avait bâti son propre empire sur d’excellentes relations avec les plus grands de Gwendalavir et ses lettres de noblesse n’étaient plus à prouver depuis des décennies. Il y avait toujours eu un Cil’Tameryn au palais ou dans la Légion Noire, des membres occupant un poste prestigieux et un rang qui avait fait pâlit d’envie la plupart des nobles de la ville… Mais ces dernières années avaient compté parmi les plus sombres de la famille. Accidents, maladies, le sort semblait s’acharner à ternir une gloire intemporelle et faisait peser sur les épaules des derniers héritiers un poids considérable. La disparition de la jeune Nora avait porté un coup presque fatal à l’homme dont le nom n’était désormais plus qu’un parmi tant d’autres : Pelgan avait sacrifié sans scrupules les derniers tenants de sa fortune pour retrouver sa fille, sans succès. Et il était clair désormais que l’une des plus grandes familles de l’Empire, fièrement représentée par le symbole du Rossignol, allait s’éteindre dans la douleur et la décadence.

A moins qu’un Envoleur s’amuse à forcer le destin.

Planté devant un imposant buffet finement sculpté dans du bois de rougeoyeur surmonté d’une plaque de marbre, Gil observait avec une curiosité presque enfantine les riches décorations entreposées comme s’il se trouvait dans un musée. Il lui avait fallu du temps, du courage et beaucoup de patience pour qu’un simple bout de papier le mène enfin sur une piste solide. Approcher Pelgan Cil’Tameryn avait été une formalité, se mettre à son service un véritable jeu d’enfant. Gil avait passé les trois dernières semaines à chercher Nora tout en veillant sur Libertée. Il avait conscience de sacrifier sa présence à ses côtés et cette mission dont il lui avait parlé à demi-mots avait été source de coups de vent dans leur maison, mais au final il en revenait toujours à la même conclusion : c’était nécessaire. Toutes ces recherches, son retour au Domaine, cette mission insensée étaient nécessaires pour se rapprocher de cette ombre qui le suivait depuis trois ans maintenant. Insaisissable, invisible mais dangereuse : elle avait déjà volé la vie de gens qu’il aimait. Comment Gil, qui était sur le point de devenir père, pouvait-il se permettre de laisser cette homme, ou cette femme, menacer ainsi sa famille ?

Il n’avait croisé « l’ombre » qu’une seule fois, lorsque celle-ci l’avait blessé en lui transperçant le bras d’une flèche. Depuis, Gil la traquait sans relâche ; il avait longtemps tourné en rond avant de saisir des indices et capter des informations qui l’avaient mené sur des pistes. Chacune conduisant à une autre, jalonnée de mystères et de questions, comme si tout  ceci n’était finalement qu’une gigantesque énigme. Un jeu dangereux auquel il se prêtait volontiers. Ainsi, la piste d’Aile de Corbeau qui l’avait contraint à endosser à nouveau le rôle de maître au Domaine lui avait valu de devenir une sorte de détective privé à la solde des Cil’Tameryn. Et aujourd’hui, il avait enfin des éléments tangibles à apporter à ses employeurs.

- Giliwyn !

Gil détourna son attention de la sculpture qu’il était en train d’observer pour lever la tête vers le grand escalier. Pelgan et son épouse descendaient les marches avec toute la grâce et la prestance de leur rang. Lui avait toujours cet air fatigué même si, dans cette tunique brodée et reluisante, il avait plutôt fière allure. Mais à côté de sa femme il semblait n’être qu’une ombre. Daïna Cil’Tameryn était un joyau. Grande, mince, elle ressemblait à une poupée avec son teint pâle et ses traits bien dessinés ; retenus en un chignon des plus sophistiqués ses cheveux blonds étaient parés de perles qui scintillaient sous la lumière du soleil filtrant à travers les fenêtres, mais moins encore que ses yeux bleu cobalt. Son sourire était renversant et celui qu’elle offrit à Gil en s’arrêtant devant lui aurait mis à genou n’importe quel homme. Il se contenta de lui sourire en retour.

- Madame, vous êtes radieuse.
- Et vous bien matinal ! Pelgan m’a dit que vous aviez des nouvelles… positives à nous communiquer ?

Il y avait de l’espoir dans ses grands yeux, celui d’une mère qui mourrait d’envie de serrer sa fille dans ses bras.

- En effet, j’ai quelque chose pour vous.
- Allons mon ami, dites-nous ce que vous avez trouvé !
supplia Pelgan. C’est Nora ? Vous savez où elle est en ce moment ?
- J’ai une assez bonne idée concernant ce point, mais autant commencer par le début. C’est assez riche en rebondissement et je suis assez fier de mon travail, je pense que vous allez apprécier ! Hem… Daïna, vous devriez vous asseoir. Vous aussi, Pelgan.


Surpris tant par la proposition que par le ton enjoué de Gil, le couple hésita avant de prendre place sur l’un des somptueux sofas de la demeure. Gil se mit à faire les cent pas devant eux, les mains dans les poches de son long manteau de cuir. Il en avait fait l’acquisition quelques semaines plus tôt et le vêtement, à la fois simple et élégant, avait petit à petit remplacé son éternel tabard qu’il affectionnait tant. Ses cheveux étaient plus longs sur le dessus du crâne et constamment ébouriffés. C’était un nouveau Gil, plus sensible et plus expansif… mais aussi plus audacieux et téméraire que jamais. Il savait très bien, lorsqu’il commença son récit, à quel point il était en train de jouer avec le feu.

Et il adorait cela.

- Il était une fois une jeune fille issue d’un milieu modeste, pour ne pas dire pauvre, et dont le rêve le plus cher était de changer de vie pour devenir plus riche qu’on ne saurait l’imaginer. Un jour, elle rencontra un certain Heudoine Cil’Tameryn – votre père, Pelgan – et tomba désespérément amoureuse de sa fortune. Miracle ! Heudoine avait justement un fils du même âge… enfin, à quinze ans près. Un détail ! Car la jolie et ambitieuse jeune fille était prête à tout pour réaliser son rêve. Elle réussit, en se faisant passer pour une autre, à accéder aux cercles mondains de la ville et c’est ainsi qu’elle rencontra Pelgan Cil’Tameryn, détenteur de l’une des plus grosses fortunes de tout Gwendalavir. Le coup de foudre fut certain, pour l’un des deux du moins, et…
- Giliwyn, qu’est-ce que signifie…
- Laissez, mon ami,
intervint doucement Daïna sans quitter Gil des yeux. Je veux connaître la suite.
- Une histoire passionnante, n’est-ce pas ? Bref, coup de foudre, mariage, bébé. Nora est votre plus belle réussite et elle maintient une atmosphère paisible dans une maison qui ne résonne pourtant pas beaucoup de rires. C’est que la belle épouse est en plein désarroi : au fil des ans, elle se rend compte que la fortune des Cil’Tameryn est surtout faite de légendes… Mais il reste encore un espoir, car l’une d’entre elles, peut-être la moins connue, surprise au détour d’une conversation intime je suppose, révèle l’existence d’un coffret d’une valeur inestimable, renfermant le dernier joyau de la fortune des Cil’Tameryn. Pour le trouver, une seule solution : faire pression. C’est là que Nora entre en scène.
- Ma fille a été enlevée !
s’écria Pelgan.

Gil hocha la tête.

- Bien sûr. Enlevée en plein jour, dans votre propre demeure qui est constamment surveillée par les plus fines lames de la Légion Noire. J’ai envisagé cette possibilité jusqu’à ce que je fasse le lien entre Nora et une personne à laquelle je m’intéresse depuis plusieurs mois déjà. Là, j’ai eu la puce à l’oreille… et puis voilà qu’une rançon, transmise hier soir par le biais d’un messager à plumes que j’ai réussi à intercepter avant la Légion, m’a révélé ce que j’avais besoin de savoir. Problème résolu, mon cher Pelgan ! Votre fille se porte comme un charme et attend que vous tombiez dans le piège pour profiter elle aussi de ce qui se trouve dans le coffret que vous a remis votre père juste avant de mourir.

Pelgan pâlit brusquement.

- Comment… c’est… balbutia-t-il d’une voix tremblante. C’est impossible, comment pouvez-vous connaître l’existence de ce… ce…
- Oh, vous parlez de ce coffret ?
[/color]

Gil plongea la main à l’intérieur de son manteau et en sortit le fameux coffret, grand comme une main d’homme et dont l’apparition fit tressaillir Daïna Cil’Tameryn. Pelgan, lui, se contenta de fixer Gil d’un air hébété.

- Peu importe comment j’ai réussi à mettre la main dessus, poursuivit Gil en reprenant ses circonvolutions. Ce qui importe en réalité, c’est que ce coffret ne tombe pas entre de mauvaises mains, n’est-ce pas, Pelgan ? Vous n’aviez aucun moyen de vous douter de cette histoire et j’en suis vraiment navré, mais il s’agit d’une sombre mascarade destinée à vous dépouiller de tout ce qu’il vous reste de votre famille. En un mot : vous avez eu raison de faire appel à moi !

Satisfait, Gil sourit de toutes dents et écarta les bras.

- Fin de l’histoire ! Hélas pour la jeune fille, elle ne se termine pas exactement avec une fortune sur les bras. Désolé, Daïna.
- Inutile de vous excuser, SangreLune,
répliqua cette dernière d’un ton cassant. Vous avez fait du bon travail, c’est indéniable.
- Merci.
- Et à présent, que comptez-vous faire exactement ?


L’Envoleur haussa un sourcil.

- Moi ? Rien. L’officier Mal’Bruin va arriver d’un instant à l’autre pour vous mettre aux fers, nous allons l’attendre tranquillement.
- Je ne crois pas, non. Voici plutôt ce qui va se passer…


Daïna bougea si vite que Gil eut à peine le temps de battre des cils. La seconde suivante, Pelgan s’effondrait, un poignard planté dans le cœur. Gil se précipita pour le rattraper et l’allongea doucement sur le sol, mais il n’eut pas besoin de tâter son pouls pour comprendre qu’il était mort.


- Vous venez de vous condamner, Daïna, murmura Gil en passant la main sur le visage figé de surprise de Pelgan pour fermer ses paupières.
- A votre place, je n’en serai pas si sûre.

Quelque chose, dans le ton de sa voix, alerta Gil et il se redressa avec méfiance. La Légion choisit précisément ce moment-là pour faire irruption dans la pièce, conduits par Mal’Bruin, un homme de valeur, peu caustique mais efficace. Gil poussa un soupir de soulagement… qui se bloqua dans sa gorge lorsque Daïna Cil’Tameryn prit la parole d’un ton glacial.

- Arrêtez cet homme !
- Hein ?!


Daïna Cil’Tameryn leva le menton, le regard dur et froid. Un sourire fourbe, en parfaite contradiction avec ce qu’elle avait incarné jusqu’ici, déforma ses traits lorsqu’elle prononça sa sentence avec une lenteur jubilatoire.

- Il a assassiné mon époux et tenté de dérober sa fortune. C’est un meurtrier doublé d’un voleur de la pire espèce.
- Saisissez-vous de lui,
ordonna Mal’Bruin.

Gil regarda l’officier, puis les gardes qui s’avançaient vers lui, main sur la poignée de leurs armes.

- Je suis désolé, messieurs, dit-il en reculant doucement.
- Pour quoi ?
- Ça !

L’Envoleur lança le coffret dans les bras du soldat, puis il offrit à Daïna Cil’Tameryn un sourire éblouissant.

Et fit volte-face pour s’enfuir en courant.

Tandis que les légionnaires se lançaient à ses trousses, Daïna arracha le coffret des mains de Mal’Bruin et l’ouvrit fébrilement. Son sourire se transforma en épouvantable rictus lorsqu’elle trouva, pour toute fortune, un vulgaire bout de papier sur lequel étaient inscrits ces quelques mots :

Le Rossignol : un (diamant absolument magnifique, il faut le reconnaître).
La pie voleuse : zéro.

- Trouvez-le moi ! hurla Daïna en jetant rageusement le coffret sur le sol. Trouvez-moi ce sale rejeton de Raï !!



*



Gil courait à toute vitesse dans les rues bondées de la ville, les pans sombres de son long manteau flottant dans son sillage. Il avait réussi à sortir de la demeure des Cil’Tameryn d’extrême justesse et les légionnaires qui le talonnaient étaient de redoutables soldat dont la réputation valait clairement qu’on la prenne au sérieux. Leur échapper allait demander une sacrée dose d’audace et un soupçon de chance, un cocktail qui réussissait généralement à Gil. Généralement. L’Envoleur réussit à prendre un peu d’avance en maîtrisant parfaitement sa course, ralentissant à peine pour franchir un obstacle ou éviter un passant. Il connaissait bien le quartier et savait comment disparaître aux yeux de ses poursuivants mais l’entreprise n’était pas simple en plein jour et avec autant de monde dans les rues. Dès qu’il en eut l’occasion il se hissa sur un toit et reprit sa course folle ; son agilité prit le dessus sur la rapidité et lui permet de passer de toits en toits avec une facilité déconcertante. Il s’éloignait petit à petit du centre lorsqu’au détour d’une cheminée, il aperçut un peu plus loin devant lui une silhouette.

Une fille était assise sur les tuiles branlantes d’un toit qui n’avait pas été entretenu depuis un certain temps. Une fille qu’il aurait reconnue entre mille et même davantage, sans la moindre hésitation. Une fille qu’il n’avait pas vue depuis des mois et qui ne quittait pourtant jamais véritablement ses pensées. Une fille qu’il avait vu grandir, évoluer, s’envoler. Une fille exaspérante, désespérante et franchement chiante.
Elle s’appelait Kaünis.

Qu’est-ce qu’elle fiche là ?! Gil lui arrivait droit dessus et derrière lui, une poignée de légionnaires déterminés à mettre la main sur le présumé assassin de Pelgan Cil’Tameryn. La situation n’était pas propice à la conversation et Gil était trop essoufflé pour pouvoir prévenir la jeune femme. Il se contenta donc de lui attraper le bras lorsqu’il passa devant elle et l’entraîna dans son sillage.

Comme avant, lorsqu’il étant encore son maître…

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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Darwen Ehsoleim
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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Sam 07 Fév 2015, 11:16

[Bon, eh bien bienvenue dans notre... bazar (j'avoue que c'est carrément n'importe quoi ^^') ! J'avais écrit ma réponse avant de voir que tu avais posté, donc j'ai juste rajouté un paragraphe à la fin, mais je n'ai pas fait avancer grand chose... désolée Razz]




Décidément, il ne comprenait rien à la jeune femme. Alors qu’il faisait tout son possible pour lui montrer qu’il tenait à elle, Kaünis trouvait toujours quelque chose qui n’allait pas. Le simple fait qu’il restait devant elle à vouloir la convaincre ne lui suffisait-il pas ? Parce qu’il pouvait très bien décider de partir aussi, et sans qu’elle ne le lui demande ; il avait quand même été sacrément patient jusque là. Mais c’était justement parce qu’il ne pouvait se décider à la laisser qu’il continuait encore à lui répondre, alors qu’elle rejetait tous ses arguments à chaque fois, mais sans non plus le jeter, lui...

Darwen sentait depuis un moment que quelque chose clochait ; quelque chose que l’envoleuse lui cachait, c’était certain. Elle avait parlé de conséquences, et il avait cru qu’elle parlait directement d’elle, mais elle s’était éloignée du sujet ensuite. Mais il ne pouvait s’empêcher d’y repenser, et l’idée tournoyait dans sa tête sans qu’il ne puisse vraiment la saisir. Sans qu’il ne veuille la saisir. Et pour l’instant, alors qu’il venait de jeter l’éponge en énonçant à la jeune femme qu’elle pouvait carrément lui dire de se barrer, elle semblait juste retenir sa colère. Et tandis qu’elle s’avançait vers lui, les yeux jetant des éclairs, il comprit qu’elle ne l’avait même pas entendu. Mais c’était presque le plus important, au final ! Parce que ça ne servait à rien qu’ils continuent de s’engueuler et de vouloir se persuader mutuellement d’il ne savait quoi si elle ne voulait pas de lui, tout simplement ! Et pourtant, elle ne lui avait toujours pas dit cela carrément. Et puis il y avait eu ce baiser... Alors quoi ? Que devait-il faire ? Qu’attendait-elle de lui, au final ?

- Si tu as eu déjà assez mal comme ça, alors il ne vaut mieux pas que tu essayes d’en savoir plus !

Mais non, je ne parlais pas de toi en disant ça... mais de mes parents, du loup...

- Parce que c’est pas à l’homme de prendre les décisions des conséquences d’une baise ! Vous vous en tapez tous, ça ne vous concerne pas, et surtout vous ne pouvez juste PAS comprendre !

Oh que si ! Le jeune homme comprenait très bien maintenant, tandis que ses yeux s’agrandissaient de stupeur. Le mauvais pressentiment qui le hantait depuis qu’elle lui avait parlé de conséquences prenait enfin tout son sens. Il n’était quand même pas con à ce point ! Darwen sentit son cerveau s’emballer, en même temps que son cœur, dans sa poitrine. Et il ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil au ventre de Kaünis, qui évidemment était parfaitement plat.

- Kaünis, tu...

...veux dire qu’on a eu un gosse ensemble ?!

Il commença à faire des calculs dans sa tête. Depuis la fois où il s’étaient rencontrés, il s’était passé assez de temps pour que l’envoleuse ait pu... accoucher. Normal que son ventre soit plat, désormais. Mais aucun petit bout d’homme ne l’accompagnait. L’esprit de Darwen commença à bouillonner de questions : est-ce qu’elle l’avait abandonné ? Où l’avait-elle confié à quelqu’un ? Ou bien, elle n’avait tout simplement pas accouché, et elle avait décidé... d’avorter. Et c’était même carrément le plus plausible, oui !

L’apprenti marchombre tiqua en sentant un brusque courant d’air froid partir de son torse, là où Kaünis avait posé son doigt, et il eu le temps d’apercevoir des traces de givres sur son bras... C’était comme ça qu’elle avait tué le type ? Elle pouvait produire de la glace ? Mais comment faisait-elle ça ? Il était certain que lors de leur première rencontre, elle n’était pas encore capable de ça. Même s’il pouvait toujours se tromper, parce que rien ne le lui prouvait vraiment...

Est-ce que cela voulait dire qu’elle avait eu envie de le tuer aussi ?

Et ses pensées revinrent d’elles-même à... l’enfant. La manière dont Kaünis avait lancé ses reproches, c’était évident qu’elle les avaient elle-même vécues, les conséquences, non ?

‘Wen crut qu’il n’allait pas en savoir davantage, parce que la jeune femme avait tourné les talons. Mais elle ne pouvait pas partir là-dessus ! Il ne pouvait pas la laisser partir là-dessus ! Sur ce doute qui le hanterait le restant de sa vie s’il n’essayait pas d’en savoir plus !

Mais Kaünis se retourna, et là Darwen pensa qu’elle avait raison. Il aurait sûrement mieux valu qu’il n’en sache pas plus...

- C’est moi qui ai pris la décision de tuer ces bébés. Pas toi. C’est mon avenir qui a été compromis. C’est mon corps qui a été compromis. C’est moi, toute entière ! Alors viens pas me parler de positiver !
- QUOI ?!

Il n’avait pas pu s’empêcher de crier.
Mais elle partit en courant dans une rue proche, et le jeune homme resta seul.
Seul au milieu de la foule.

Les gens le regardaient, en colère, compatissant, moqueurs, mais il ne le remarqua même pas.

Kaünis avait attendu non pas un, mais deux bébés. De lui. Et elle les avait tués.
Qu’est-ce que ça voulait dire, les avoir tués ? Qu’elle l’avait fait après avoir accouché ? Parce qu’elle avait bien parlé de bébés, non ? Et avorter, ce n’était pas vraiment tuer des bébés, parce qu’ils ne l’étaient pas encore à ce moment-là !

Quelqu’un posa une main sur son épaule, mais ‘Wen se dégagea en grognant et courut dans la rue où Kaünis avait filé. Elle n’était plus là. Évidemment. Mais de toutes façons, il ne pouvait pas passer son temps à courir après elle. Il ne savait même pas si elle attendait des excuses de sa part, où si elle voulait être seule. Et puis, en quoi devait-il s’excuser ? Il ne l’avait pas forcée à coucher avec lui, après tout ! Ils étaient aussi responsables l’un que l’autre.

Et puis, il ne s’en tapait pas, au contraire. Ça le mettait hors de lui, ces généralités sur les hommes ! Bien sûr, il existait des connards qui s’en foutaient royalement de laisser tomber une femme enceinte d’eux, mais tous n’étaient pas comme ça ! Et surtout pas lui ! Il se sentait bien plus concerné qu’elle ne le croyait, et davantage aussi puisqu’il tenait à elle. Et, au même titre, il pensait que la jeune femme avait tort : c’était à l’homme, tout comme à la femme, de prendre la décision des conséquences. Ou, du moins, de l’aider à prendre la décision. Tous deux avait leur responsabilité, tout comme leur mot à dire, même si au final c’était la femme qui décidait de ce qu’elle faisait de son corps. Mais un bébé, ce n’était pas rien, et Darwen ne comprenait pas que l’envoleuse ne lui ai rien dit. Enfin si, vu comment elle était, ça ne l’étonnait pas qu’elle ai voulu tout garder pour elle, mais ça ne se faisait pas. Il avait quand même failli être père, et il n’était pas au courant avant qu’elle ne pète son câble ! Comment pouvait-elle l’accuser de quoi que ce soit alors que c’était elle qui ne lui avait rien dit ? Après tout, ça ne lui était jamais arrivé, ces fameuses conséquences, comment aurait-il pu imaginer avoir mis Kaünis enceinte ? Justement elle, une envoleuse ! En plus, il avait été occupé par le loup pendant tout ce temps - enfin, ce n’était pas vraiment une raison, mais quand même !

Son corps avait été compromis, d’accord - et il ne pouvait pas le supporter non plus, parce que c’était à moitié de sa faute à lui - à moitié seulement. Son avenir avait été compromis, certainement, et le sien alors ? Et elle l’avait prise toute seule, la décision de les tuer - même s’il ne savait pas ce qu’elle entendait par là. Bon, d’un autre côté, il était certain de ne pas être prêt pour être père, élever un enfant, habiter une maison en famille où il ne savait quoi. Il avait vingt-deux ans ! Mais elle, est-ce qu’elle était prête ? S’il n’avait pas été marchombre, aurait-elle décidé de garder les bébés, de les élever ? S’il n’avait pas été marchombre, lui aurait-elle dit, qu’elle était enceinte de lui ? S’il n’avait pas été marchombre, aurait-elle voulu vivre avec lui ? Lui-même, il n’arrivait pas à s’imaginer vivre avec elle. Il était trop jeune pour penser à ce genre de relation, non ?

Incapable de rester en place, Darwen commença à marcher au hasard dans les rues, sans regarder où il allait. Il ne savait pas où était passée Kaünis, il ne savait même pas s’il la cherchait vraiment. Pour quoi faire, en plus ? La réconforter, lui reprocher de ne lui avoir rien dit ? Et prendre le risque d’en savoir plus ? Mais il ne pouvait pas ne pas en savoir plus non plus !

Là, il était juste complètement perdu, et il avait mal.
Vraiment mal.

Il sentit que les larmes commençaient à couler, et les essuya d’un geste rageur.
Jamais, même face au loup, il ne s’était sentit aussi perdu et impuissant.

Soudain, un homme passa à toute allure devant lui, forçant l’apprenti à s’arrêter et à relever la tête. Quelques secondes passèrent avant qu’il ne recommence à avancer, mais une troupe de soldats armés jusqu’aux dents défila à son tour, lui coupant à nouveau la route ; il dut bondir en arrière pour les éviter. Grommelant tout seul, Darwen réalisa alors qu’il ne s’agissait pas de n’importe quels soldats : c’était des légionnaires ! L’homme ne devait pas être le premier venu, pour se faire poursuivre par une troupe entière de la Légion Noire...

Soupirant, le jeune homme se remit à marcher au hasard - après tout, qu’est-ce qu’il en avait à faire, de ce type ?
Il avait failli être père, bordel !

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Kaünis Gil'Ozh
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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Sam 07 Fév 2015, 22:21

[Tadaaam ! Bon, pas trop long, j'ai fait un peu bouger Gil, s'il y a un soucis MP ^^ ] 


Elle sanglotait.
Encore les encore.
Les larmes traçaient des sillons d’acide sur ses joues, et elle ne parvenait pas à stopper ses sanglots. Ne pouvait pas s’empêcher de hoqueter bruyamment, de serrer plus fort ses genoux, de garder le menton dans ces derniers. Ses longs cheveux tombaient en désordre sur ses épaules et devant son visage, et elle était complètement déconnectée du monde.

Même les éclats de voix ne lui firent pas lever la tête : après tout, les gens s’en fichaient d’elle, non ? Pourquoi s’arrêteraient-ils, pourquoi l’invectiveraient-ils, alors qu’elle n’avait rien demandé à personne ?

Ainsi, elle fut complètement désemparée quand elle sentit une main se saisir de son bras et l’entrâiner dans son sillage. Elle mit même plusieurs minutes à comprendre ce qu’il se passait, son corps ayant pris le relais sur son cerveau embrumé.

Jusqu’à ce que derrière le film flou et presque opaque de ses larmes, elle comprenne qui la tenait comme ça.
Jusqu’à ce que, tournant légèrement la tête, elle voit le corps de légionnaires qui les poursuit.
Non. Qui poursuit Gil.

Prenant une inspiration, elle s’efforça de revenir à l’instant présent et orienta toutes ses pensées sur la course-poursuite. Sur l’endroit où elle posait les pieds, où elle s’élançait pour passer par-dessus le vide entre les toits.
Dégageant son bras de celui de Gil, elle sauta par-dessus une balustrade, lui jeta un coup d’œil, et fronça les sourcils.

- Qu’est-ce que t’as encore fait ? lança-t-elle en saisissait une barre de métal pour s’élancer par-dessus une rue large dans une courbe harmonieuse.  
Ils s’engouffrèrent dans une maison par une fenêtre ouverte, renversèrent une table, passèrent par la porte d’entrée en l’enfonçant, déboulèrent sur une rue pleine de gens.

Kaünis s’arrêta immédiatement, pour se fondre dans la masse des piétons, et jeta un coup d’œil à Gil qui avait fait de même. Lumineux dans la lumière et ombre dans l’obscurité.. Un sourire étira en coin les lèvres de l’Envoleuse, et elle secoua la tête de gauche à droite.

- Tu cherches toujours autant les ennuis hein ? lui lança-t-elle en envoyant gentiment son poing dans l’épaule de celui qui avait été son Maître.

Elle ne l’avait pas vu depuis longtemps – sept mois – et elle devait avouer qu’au final, elle était plutôt contente de le retrouver.
Pourtant, elle se renfrogna immédiatement en voyant dans son dos la tignasse noire de Darwen, et son visage changea d’expression en une demi-seconde, passant d’un sourire amusé à une expression fermée et énervée.


-Gil ! lança-t-elle abruptement. J’ai recroisé le marchombre. Je comprends pas, il me colle… Je… Je veux pas. J’ai trop peur. Je fais quoi de lui ?

C’était sans doute la première fois qu’elle abordait un tel sujet avec lui, c’était aussi sans doute la première fois qu’elle lui demandait conseil, en réalité.

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Sam 07 Fév 2015, 23:18

[ Voilà voilà, Lib qui débarque, pour encore plus de bordel Rolling Eyes hihi !] 





Cela faisait plusieurs jours que Libertée se sentait étrange.
Etrangement bizarre. Bizarrement étrange. Quelque chose avait changé, quelque part. Non, pas quelque part. . Là, dans son ventre, dans son corps.
 
D’abord, elle avait eu du mal à comprendre. A appréhender la chose.
Puis, doucement, une certaine excitation l’avait envahie. Rilend était libre depuis déjà plusieurs jours quand c’était arrivé.
Elle ne devait pas rester chez elle. Elle avait besoin de voir Gil, déjà. Surtout.
 
A son rythme, lentement, elle avait rassemblé quelques affaires, avant de fermer la porte de leur maison, et de prendre la direction d’Al-Chen à pieds.
A son rythme.
Parce que son ventre pesait, mais surtout parce qu’elle sentait que si elle forçait trop, si elle allait trop vite, il allait y avoir une catastrophe.
 
Lorsqu’elle sortit du marais pour prendre la route principale, une carriole s’arrêta à sa hauteur.

- Hé alors ma belle dame, vous êtes toutes seule dans un tel état ? C’est pas très prudent !
- Oh, ne vous inquiétez pas pour moi, je me débrouille très bien !
répondit-elle dans un clin d’œil.
- Si j’m’inquiète ! Vous allez où ? A Al-Chen ? Montez voyons ! Y’a plein de place sur ma vieille charrue, et le vieux Tornado sera ravi de transporter une aussi belle dame, et son bébé !
 
Remerciant chaleureusement le fermier, Libertée se glissa à côté de lui en souriant, et ils prirent la direction d’Al-Chen dans un pas énergique.
 
 
♥ ♥ ♥
 
 
- Voilà voilà ma belle dame ! J’espère que vous trouverez votre homme, mais soyez prudente !
 
- Merci encore Guernai, oui, je fais attention, promis !

 
Plantant un baiser sur la joue du vieux fermier, Libertée se glissa hors du siège et fit un petit signe de la main. Elle dit un dernier au revoir d’un petit signe de la main et se coula dans la grande rue marchande d’Al-Chen.
 
Elle n’était pas sûre de pouvoir trouver Gil, mais elle savait qu’il était dans la ville, ce qui constituait un avantage non négligeable. Le marché regorgeait de monde, et la marchombre laissa son regard errer sur la foule pour trouver un élément familier.
 
Des gardes passèrent en trombe devant elle, visiblement en colère contre eux-mêmes, et elle sourit en s disant que Gil s’était sans doute encore fourré dans les ennuis.
Elle se glissa à la droite d’un garçon aux cheveux noirs de jai, planté au milieu de la rue, et ne put s’empêcher de le dévisager. Interdite un instant, elle reconnut un apprenti de l’académie, et finit par sourire.
Relevant le menton, soudain, elle vit une silhouette qui lui dit quelque chose…. De longs cheveux noirs, plus grande qu’elle… Elle fronça les sourcils, avant de reconnaître juste à côté….
 
Gil !
Un sourire sur les lèvres, la marchombre avança d’un pas.
Soudain, son monde vacilla, devint douleur, rouge, et incontrôlable. Elle se sentit défaillir, se rattrapa à l’épaule de l’apprenti marchombre, une main sur son ventre affreusement douloureux.
Les petites contractions qui s’égrainaient depuis la veille venaient de prendre une nouvelle ampleur. Relevant la tête, elle posa son regard dans celui du jeune homme, puis chercha Gil des yeux.

 
- Gil ! Ahh !
 
Elle n’avait pas pu s’empêcher de crier, et soudain elle sentit ses cuisses ruisseler, et surtout ses pieds être détrempés, arrosant au passage le garçon sur lequel elle s’était appuyé.
 
Elle cligna plusieurs fois des yeux, alors que dansaient devant elle des points rouges et noirs.
Son corps se contracta violemment une seconde fois, et elle en oublia de respirer un instant. Elle glissa une main sous son ventre tendu à craquer, et gémit doucement.

 

- Je…. Il faut appeler un rêveur…

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Darwen Ehsoleim
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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Dim 08 Fév 2015, 21:10

[Génial ! Bienvenue Lib'  Razz Et voilà, je sais pas ce qui m'arrive en ce moment, mais je suis plutôt inspirée ! Si quelque chose ne va pas, vous savez quoi faire ^^ (Et je me suis permise de poster avant toi, Gil Wink)]



Les mêmes pensées tournaient et retournaient dans la tête de l’apprenti, tandis qu’il avançait dans Al-Chen sans savoir où il allait. Sans but précis. Il avait complètement oublié l’homme et la troupe de légionnaires, l’esprit toujours fixé sur Kaünis et les deux bébés. Il ne comprenait pas ce qu’elle ressentait pour lui, ne savait même pas ce qu’il ressentait pour elle - parce que tout en étant tellement attirante, elle était sacrément chiante, à ne pas chercher à le comprendre, lui, et à toujours trouver des arguments qui la plaçaient complètement dans le déni de tout. Et il sentait qu’elle n’avait pas forcément une très bonne influence sur son propre état d’esprit, même si en même temps, elle pouvait le rendre heureux juste en étant là - enfin, quand ils ne s'engueulaient pas...

Mais ce qui revenait toujours dans sa tête, c’était surtout la pensée qu’il aurait pu avoir des enfants. En colère contre Kaünis qui ne lui avait même pas parlé de son choix de les supprimer, il savait très bien que si elle avait décidé de les garder, il se serait tout aussi bien trouvé dans l’incapacité à trouver une solution. Il s’imagina contraint d’être père, et se demanda ce qu’il aurait fait dans ce cas. Il n’aurait pu ni se résoudre à élever les enfants, ni à les abandonner, c’était certain. Alors quoi ?

Darwen se torturait toujours l’esprit, entre la situation présente et celle qui aurait pu avoir lieu, quand il se rendit compte que quelqu’un l’observait, juste à ses côtés. Levant son regard clair - et désespéré - il vit qu’une jeune femme blonde, un peu plus vieille que lui sûrement, le dévisageait comme si elle le connaissait. Et, brusquement, il crut se retrouver en face d’Uliwëne, et faillit se jeter dans ses bras. Puis, il se rendit compte que malgré sa longue crinière blonde et ses magnifiques yeux roses, l’inconnue ne lui ressemblait pas plus que ça, même si l’idée qu’elle puisse être une parente à elle lui traversa furtivement l’esprit. Il se demanda alors s’il l’avait déjà vue, pour qu’elle l’observe de cette manière, mais il ne parvint pas à trouver où ils auraient pu se croiser.

En tous cas, s’il n’avait pas eu les pensées complètement accaparées, il en aurait sans doute profité pour lui adresser directement la parole, parce qu’il pouvait quand même constater qu’elle était tout simplement magnifique. Avec ce regard rose et ce léger sourire en coin, ce petit nez en trompette et ce corps parf... mais - et les yeux du jeune homme s’agrandirent de surprise - elle était enceinte, et pas qu’un peu ! ‘Wen se mordit les lèvres, et ferma les yeux, alors qu’il sentait le monde tanguer autour de lui. Fallait-il donc qu’il se retrouve toujours ramené à ses angoisses ?

Il ne croyait pas si bien penser. Soudain, alors qu’elle s’était détournée, la jeune femme se mit à vaciller, et se raccrocha à l’épaule de l’apprenti marchombre, qui se sentit rattrapé par la réalité à ce contact. Les réflexes lui revinrent, et il soutint comme il put l’inconnue qui semblait de plus en plus mal en point. Croisant son regard profond, empli de douleur, il eut le pressentiment que quelque chose allait arriver. Quelque chose qu’il n’osait pas imaginer, là, tout de suite. Levant le regard pour rechercher de l’aide, il aperçut soudain... Kaünis. Alors qu’il était en plein de milieu de la foule, il fallait qu’il retombe sur elle ! Il repéra un homme à côté d’elle, mais n’eut pas le temps de se poser des questions parce que la jeune mère venait de lâcher un cri, et, sentant un liquide chaud ruisseler sur son pantalon et ses bottes, il comprit, complètement paniqué, qu’elle perdait les eaux.

Pourquoi, mais pourquoi cela devait-il tomber sur lui ?! Et pourquoi maintenant ? Déjà qu’il n’aurait pas forcément su quoi faire un autre jour, mais là, Darwen, alors qu’il venait d’apercevoir Kaünis, ne pouvait s’empêcher de faire un parallèle entre les deux femmes, et il lui sembla que c’était l’envoleuse qui allait accoucher ; son esprit se mit à tourner à tout allure, il secoua la tête pour revenir à la réalité, mais c’était plus fort que lui, il se sentait complètement dépassé par les événements, et était plongé dans une espèce d’état second, parallèle, dont il n’arrivait pas à sortir ; et il ne réagissait toujours pas, alors qu’il voyait bien la jeune femme souffrir contre lui. Il se força à la regarder, elle, et non l’envoleuse qui se trouvait à quelques mètres de là.

Fais comme si elle n’était pas là. Ne la regarde pas. Ne la regarde pas. Ne la regar...

- Je…. Il faut appeler un rêveur…

‘Wen se mordit les lèvres une fois de plus, et s’efforça de répondre d’un ton rassurant, tout en regardant autour de lui

- Je... Ne vous inquiétez pas, je vais le faire. Mais on peut pas rester là, je vous emmène là-bas.

Il désignait une rue proche, un peu à l’écart, où l’on pouvait apercevoir l’entrée d’un entrepôt. Tant bien que mal, l’apprenti prit la jeune femme dans ses bras, le plus délicatement possible, et l’emmena jusqu’à l’intérieur du bâtiment, qui était en fait une grange ; il put alors allonger l’inconnue dans le foin. Ce n’était pas terrible, mais toujours mieux que de la laisser en plein milieu de la rue !

Il évitait de la regarder, pour ne pas s’imaginer l’envoleuse à la place. Un bruit de course ne tarda pas à se faire entendre, et le jeune homme vit un homme rentrer avec précipitation dans la grange - il reconnut alors celui qui lui avait coupé la route, quand il se faisait poursuivre par la Légion noire - et réalisa que c’était le même qui se trouvait aux côtés de Kaünis, quelques instants plus tôt... Darwen se tourna de nouveau vers la jeune femme qui n’allait pas tarder à accoucher, s’efforçant de lui sourire.

- Je me dépêche d’aller chercher de l’aide. Tenez bon...

Et il se dépêcha de sortir de la grange, sans regarder Kaünis qui arrivait à son tour en sens inverse.

Il courut dans les rues à la recherche d’aide, en tentant d’ignorer la boule qui s’était formé dans sa gorge. Il avait très envie de se transformer, mais devait à tous prix s’en empêcher avant d’être sûr que la jeune femme ait pu avoir de l’aide. Une femme l’arrêta soudain, posant la main sur son épaule.

- J’ai vu ce qu’il s’est passé. Conduisez-moi à cette jeune fille, je peux l’aider à accoucher.

‘Wen lui jeta un regard éperdu, et se méprenant sur ses pensées, elle ajouta :

- Je suis guérisseuse. Ça fait partie de mon métier.

Darwen écarquilla soudain les yeux, parce qu’il venait de reconnaître Angela, une ancienne habitante de son village natal. Il n’avait que douze ans quand elle avait décidé de partir pour aider l’Empire à lutter contre les guerriers-cochons, et elle ne le reconnut pas immédiatement, même s’il put voir une petite lueur dans ses yeux  pétillants, l’un d’un vert foncé et l’autre d’un marron presque orange, comme si elle se rendait compte qu’il lui disait quelque chose. De plus en plus perdu, l’apprenti marchombre se contenta d’acquiescer de la tête, et la conduisit en courant jusqu’à la grange, les épais cheveux roux de la femme sans âge battant dans son dos.

Une fois arrivé devant le bâtiment, il la laissa entrer, et se laissa glisser contre un mur extérieur, levant les yeux vers le ciel et poussant un profond soupir. Récapitulons, se dit-il. Juste derrière toi, une inconnue va bientôt accoucher, qui connaît un homme qui connaît Kaünis. Et tu viens de tomber sur Angela, qui va aider à l’accouchement, alors que c’est elle-même qui a aidé ta mère à te mettre au monde. Et qui t’a donné ton nom.

Il avait de plus en plus envie de se transformer, mais ne pouvait se résoudre à partir.


***


- Poussez-vous, vous deux, s’exclama Angela en passant devant l’homme et la jeune femme aux cheveux noirs, sans se soucier de leurs éventuelles protestations.

Elle retroussa ses manches, attacha ses épais cheveux lisses et roux foncé en un chignon rapide, avant de se pencher sur la jeune femme blonde, en train d’agoniser, et commença à lui murmurer des paroles douces.

- Du courage, miss, je suis là pour vous aider. Vous avez de la chance, j’ai même sur moi un baume tranquillisant exprès pour ce genre d’événements, une fabrication de ma part... Vous m’en direz des nouvelles, c'est la première fois que je l'utilise !

Appuyant ses dires d'un clin d’œil malicieux, elle saisit aussitôt une petite boîte dans sa sacoche pleine de tout un tas d’herbes, d’onguents, et d’objets insolites en tout genre, et la dévissa rapidement, mais sans agitation. Elle appliqua doucement et fermement la pommade sur le ventre et le bas-ventre de la jeune femme, sans lui demander son avis. Puis elle lui fit un large sourire, faisant apparaître des petites fossettes au creux de ses joues.

- Ça devrait aller mieux d’ici quelques minutes. Prête pour le travail ?

Elle tourna ensuite la tête vers l’homme - constatant ses yeux vairons - et le dévisagea de son regard perçant et malicieux, mais impressionnants de sérieux et de sagesse.

- Vous êtes le père, j’espère ? Venez vite remplir votre rôle, qu’est-ce que vous attendez !



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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Lun 09 Fév 2015, 22:24

[Non non, c'est juste parfait Very Happy Vous gérez !! Et moi je m'amuse toujours autant. Héhéhé.]




- Vous êtes le père, j’espère ?
- Heu…
- Venez vite remplir votre rôle, qu’est-ce que vous attendez ?


Gil s’approcha de l’énergique rouquine avec une gaucherie qui ne lui ressemblait pas du tout. L’Envoleur audacieux, celui qui était capable de se jouer de la Légion en un tour de main, avait laissé sa place à un homme très légèrement dépassé par la situation. Et il y avait de quoi ! Libertée se tordait de douleur et, s’il était capable d’affronter des créatures de la pire espèce pour la protéger, il ignorait en revanche ce qu’il pouvait bien faire pour l’aider à aller mieux. Il voulut lui caresser la main et sentit une poigne de fer broyer aussitôt la sienne…



*


Kaünis dégagea sa main de la sienne et prit son élan pour atteindre une balustrade qu’elle escalada sans effort.

- Qu’est-ce que t’as encore fait ? lança-t-elle avant de bondir souplement pour atteindre le toit suivant.
- Hé ! Pourquoi est-ce que je serai forcément celui qui a fait quelque chose ? répliqua Gil en la suivant de près.

Il souriait. Qu’ils puissent avoir ce genre d’échange en pleine course-poursuite avec la Légion Noire… Comment décrire le sentiment qui l’animait ? Il était encore sous le coup de la surprise et à la fois secoué par une bonne dose d’adrénaline, un avant mélange qui le laissait vaguement euphorique et légèrement essoufflé. Kaünis passait de toit en toit aussi aisément que si elle changeait simplement de trottoir ; sept mois seulement s’étaient écoulés depuis qu’il avait mis un terme à sa formation mais la jeune femme qui progressait à ses côtés n’avait déjà presque plus rien à voir avec l’apprentie qu’il avait laissé s’envoler. Cesserait-elle un jour de l’étonner ? Enfer gamine, on dirait bien que non ! Gil jeta un rapide coup d’œil par-dessus son épaule : les légionnaires perdaient du terrain. C’était le moment pour disparaître. Comme si elle pouvait lire dans ses pensées, Kaünis s’engouffra dans une maison par une fenêtre ouverte ; ils la traversèrent à toute allure, heurtant meubles et bibelots au passage ; Gil passa devant elle et ouvrit la porte d’un puissant coup d’épaule. Ils se retrouvèrent dans une rue bondée de monde… l’endroit rêvé pour devenir invisible. Il fallut moins d’une minute aux deux Envoleurs pour se fondre parmi la foule et échapper à leurs poursuivants.

Gil soupira de soulagement. Il n’avait pas prévu ce retournement de situation et s’estimait plutôt chanceux d’échapper à un mauvais moment en compagnie de la Légion ; à en croire les rumeurs, il n’était pas si simple de s’évader des prisons impériales… Un brusque coup de poing sur son bras gauche le ramena instantanément à l’instant présent.

- Tu cherches toujours autant les ennuis, hein ? railla Kaünis.
- Allez, c’était plutôt marrant, non ?

Il prit enfin le temps de la regarder vraiment et sentit l’émotion lui pincer le cœur. Elle était exactement comme dans ses souvenirs, toujours aussi belle et inaccessible… et elle lui avait manqué. Mais aucune chance qu’il le lui dise, alors il se contenta de lui décocher son fameux demi-sourire, assortit d’un clin d’œil complice, avant de lui rendre son « coup de poing de l’amitié ».

- Qu’est-ce que tu deviens, dis-moi ?

Il voulait qu’elle lui parle de sa vie, de ses premiers pas en tant qu’Envoleuse, mais il comprit avant même d’avoir achevé sa question qu’il avait touché un point sensible. Visiblement, il n’était pas le seul à chercher continuellement les ennuis…

- Gil ! J’ai recroisé le marchombre. Je comprends pas, il me colle…  je… Je veux pas. J’ai trop peur. Je fais quoi de lui ?

Le marchombre… il ne fallut guère plus qu’une poignée de secondes à Gil pour se souvenir du jour où Kaünis l’avait évoqué pour la première fois. Elle venait de perdre ses bébés… parce qu’elle l’avait décidé. Une décision bien trop dure pour une femme aussi jeune. Mais Kaünis n’était pas vraiment une femme comme les autres, et si elle avouait ses craintes avec une telle franchise, alors l’affaire était grave. Troublé, Gil se passa une main dans les cheveux et fronça les sourcils en découvrant les traces de gerçures sur les poignets de son ancienne apprentie. Il était en train de se demander si elle n’avait pas congelé son fameux marchombre lorsque soudain, quelque chose attira son regard.
Non, pas quelque chose.
Quelqu’un.

- Lib… ? marmonna-t-il, s’attendant presque à ce que son pauvre cerveau d’amoureux transi lui joue des tours avec une illusion – une très, très belle illusion.

Mais alors son illusion cria son nom et il sentit son sang ne faire qu’un tour dans ses veines. Il voulut se précipiter, un vendeur ambulant lui rentra dedans de plein fouet et s’écroula dans un amas de fruits et légumes, retenant momentanément son attention. Gil l’aida à se redresser sans rien écouter de ses jérémiades et chercha sa marchombre du regard, le cœur battant à tout rompre. Là… Elle était là, au beau milieu de la foule, dans les bras d’un jeune homme qui semblait franchement sonné. Alarmé, Gil attrapa la main de Kaünis.

- Viens !

Ils coururent pour rattraper le garçon. Celui-ci n’était pas allé très loin. Il y avait, à l’angle de la rue dans laquelle ils se trouvaient, une sorte de hangar qui servait essentiellement au stockage de provisions ; Libertée était allongée sur d’épais ballots de foin. Gil la rejoignit en courant et posa la main sur son ventre rond. Il crut mourir de soulagement en l’entendant balbutier son prénom.

- Je suis là, mon cœur…
- Je me dépêche d’aller chercher de l’aide. Tenez bon…


Gil leva la tête et croisa brièvement le regard troublé du jeune homme. Il hocha la tête, la gorge nouée par l’appréhension, et le suivit des yeux tandis qu’il s’élançait hors de la grange. Un gémissement de Libertée le fit tressaillir, il s’installa sur la botte de foin de façon à pouvoir la tenir dans ses bras sans lui faire trop de mal.

- Tiens bon, supplia-t-il en la serrant contre lui. On va s’occuper de toi. Bon sang !

Il la sentait trembler et il ne pouvait rien y faire. Frustré, impuissant, il regarda Kaünis, comme si elle pouvait lui donner la solution… Kaünis. Merde ! songea-t-il en réalisant soudain ce que la présence de l’Envoleuse pouvait signifier. La dernière fois que Libertée et elles s’étaient croisées, l’atmosphère avait été légèrement… tendue. Et leur rencontre s’était soldée par une menace de son ancienne élève. Une promesse de mort à l’encontre de la marchombre. Sachant celle-ci tout à fait capable de se défendre seule, cela ne l’avait pas inquiété mais dans son état actuel, les choses étaient différentes ; comment allait réagir Kaünis ? Perplexe, Gil se redressa légèrement et retint son souffle. Mais Kaünis n’avait pas l’air de se soucier de cette histoire. En fait, elle avait l’air préoccupée par quelque chose.
Il aurait pu mettre le doigt dessus si seulement Libertée n’accaparait pas toute son attention. Lorsque le garçon réapparut dans la grange, Gil résista tant bien que mal pour ne pas l’embrasser de soulagement.

- Poussez-vous, vous deux.

La femme qui accompagnait le garçon noua ses longs cheveux roux et retroussa ses manches, puis s’approcha de Libertée et posa la main sur son front en sueur.

- Du courage, miss, je suis là pour vous aider. Vous avez de la chance, j’ai même sur moi un baume tranquillisant exprès pour ce genre d’événements, une fabrication de ma part... Vous m’en direz des nouvelles, c'est la première fois que je l'utilise !

A contre cœur, Gil s’éloigna pour la laisser s’occuper de la jeune femme. Cette personne, qui que cela puisse être, était douée : ses gestes étaient doux, précis, efficaces, son esprit vif et ses mains agiles ; Gil était tout simplement fasciné par autant de savoir-faire. Mais alors qu’il se croyait restreint au simple rôle de spectateur, l’inconnue se tourna soudain vers lui.

- Vous êtes le père, j’espère ?
- Heu…
- Venez vite remplir votre rôle, qu’est-ce que vous attendez ?


Gil s’approcha de l’énergique rouquine avec une gaucherie qui ne lui ressemblait pas du tout. L’Envoleur audacieux, celui qui était capable de se jouer de la Légion en un tour de main, avait laissé sa place à un homme très légèrement dépassé par la situation. Et il y avait de quoi ! Libertée se tordait de douleur et, s’il était capable d’affronter des créatures de la pire espèce pour la protéger, il ignorait en revanche ce qu’il pouvait bien faire pour l’aider à aller mieux. Il voulut lui caresser la main et sentit une poigne de fer broyer aussitôt la sienne.

- Enfer… !
- Ce n’est pas le moment de jurer !
s’exclama la femme qui s’occupait de Libertée. Aidez-là plutôt à pousser.

Et je fais ça comment, moi ??
Un rien paniqué, Gil croisa le regard de Kaünis. Elle ne pouvait rien faire pour lui mais sa présence, quoi que complètement incongrue dans un instant pareil, lui réchauffa le cœur. La mine compatissante du garçon debout à ses côtés faillit réduire en miette ce qu’il venait de récupérer comme petits morceaux de courage, mais alors Libertée serra plus fort sa main et il baissa la tête pour la regarder, elle. Ses yeux étaient démesurés et brillants de douleur… mais aussi d’autre chose, un éclat incroyable qu’il n’avait jamais vu auparavant.

Contact.

Quelque chose en lui se brisa – ou se remit en place alors que toutes ses peurs et ses interrogations étaient balayées d’un seul coup puissant. Gil posa son autre main sur celle de Libertée et approcha ses lèvres de son oreille.

- Ça va aller, murmura-t-il.

Puis il recula légèrement et eut ce demi-sourire bourré de charme et de malice tandis qu’une lueur de défi passait dans ses yeux vairons.

- Prête, ma belle ?

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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Mar 10 Fév 2015, 19:12

[ Kaünis qui en fait encore et toujours qu'à sa tête... C'est pas ma faute hein ! x) ]





Oui, c’était bien la première fois qu’elle demandait ainsi de l’aide à Gil.
Si vivement. Si clairement. Directement.
Elle détestait demander de l’aide, à vrai dire, surtout pour des choses qui atteignait son elle-psychologique. Parce qu’elle pensait sincèrement que personne d’autre qu’elle ne pouvait savoir ce dont elle avait besoin, ce qu’elle ressentait réellement, ce qu’elle était, tout simplement.
Sauf que Darwen avait balayé certaines certitudes d’un revers de manche. Non, en réalité, ce n’était pas Darwen. C’étaient les jumeaux qui avaient grandi l’espace de deux mois dans son ventre. Mais que pouvait-elle faire ?
Elle se sentait affreusement faible. Affreusement vulnérable. Même si quelques instants plus tôt elle avait échappé à une phalange de la Légion Noire.

Sauf que celui qui avait été son Maître ne répondit pas.
Est-ce qu’il hésitait ? Il fallait donc qu’elle le tue ?

- Lib.. ?

Kaünis fronça les sourcils et se retourna, essayant de voir la Marchombre dans la rue. C’était à cause d’elle que Gil affichait encore cet air béat ? Mais qu’est-ce qu’elle foutait là encore, bordel ? Elle n’avait pas une vie ? Serrant les dents, Kaünis la chercha du regard, mais un marchand ambulant passa à ce moment fatidique et un Gil sans cervelle lui rentra dedans.

Et puis soudain, il s’énerva.
Non, ça ressemblait plus à de la panique en fait !
N’y comprenant plus rien – elle n’avait pas encore ne serait-ce qu’entrevu la silhouette de la Marchombre – Kaünis se laissa entraîné par un Gil complètement à l’ouest et soudain pressé. Pourquoi cette ruelle ? Et ce hangar ?
Et…

Darwen !
Secouant son bras brusquement quand elle reconnut le garçon, Kaünis fronça les sourcils et protesta vivement.

- Je suis là, mon cœur…

Par Merwyn, mais c’était quoi ce truc absolument niais qu’il venait de sortir, à se pencher sur elle, lui prendre la main pour…
Les yeux de Kaünis s’écarquillèrent.
Libertée était enceinte. Et même plus que ça : enceinte jusqu’au cou, avec un ventre digne d’un bébé ours ! Non, encore pire que ça : elle était déjà en plein travail, sur le point d’accoucher.

Sonnée, l’Envoleuse mit un certain temps à réaliser que c’était Darwen qui l’avait rattrapée. Décidément, tout concourrait à la faire encore plus paniquer ! Serrant les dents, elle observa le jeune homme qui semblait éviter soigneusement son regard.

- Je me dépêche d’aller chercher de l’aide. Tenez bon…

Fermant les poings, Kaünis essaya de juguler l’émotion qui montait en elle. Les émotions qui montaient en elle.
Parce que sous son crâne, elle n’y comprenait plus rien. Elle était tellement effrayée par ce que Darwen représentait, elle pensait tellement aux jumeaux dont elle avait avorté, elle ne voulait plus penser bébé, ou enfant, ou même fœtus. C’était improbable, elle était bien trop jeune, et elle n’avait aucune envie d’avoir des gosses ! Surtout pas ! Peut-être un jour, et encore, il fallait qu’elle trouve la bonne personne pour ça. Et ça, ce n’était pas gagné !

Parce qu’elle avait beau être attirée par le Marchombre, l’attirance ne faisait pas tout, non ?
Ses propres parents s’aimaient profondément, et l’aimaient elle profondément également. Elle avait toujours été plus proche de son père, mais elle aimait sa mère tout autant. Ils étaient tous les deux du côté du Chaos, avec les mêmes aspirations, la même vision du futur. C’était cela, être un couple. C’était dans ces conditions que l’on pouvait engendrer des héritiers. Non ?!

Pourtant, Gil penché sur Libertée en plein travail, Envoleur et Marchombre… Cette image venait ébranler sérieusement toutes ses convictions. Et elle se sentait encore plus perdue. Les deux futurs parents avaient quelque chose dans le regard, à la fois de la peur et de l’émerveillement, comme si tout leur monde tournait autour de l’autre… Ca aurait donné envie à Kaünis de tirer la langue en signe de dégoût si elle n’avait pas vu les changements s’opérer pendant les mois de son apprentissage sur son Maître. Celui qui avait été son Maître.

La jeune fille ne réalisait même pas ce qu’il se passait, que déjà l’apprenti Marchombre revenait avec une femme rousse qui voulait aider Libertée à accoucher.
Fronçant les sourcils, Kaünis se prit le visage dans les mains, et s’éloigna de quelques pas.

Qu’est-ce qu’elle faisait là bon sang ?
Et Darwen aussi était toujours là.

- Ce n’est pas le moment de jurer ! Aidez-là plutôt à pousser.

Ramenée à la réalité par la voix énergique de la femme, Kaünis secoua la tête vivement, et son regard tomba sur Darwen. Lui aussi semblait sonné. Etait-ce encore à cause d’elle, et de son annonce ? Ou à cause de Libertée ? Ou les deux ?

Décidant de laisser Gil, Libertée et la femme seuls pour l’instant, l’apprentie prit la porte, et saisit le bras de Darwen au passage pour le traîner derrière elle. Une fois à l’extérieur, elle referma doucement la porte et planta son regard dans celui du jeune homme.

- Voilà le type de parents que des gosses devraient avoir. Des parents qui s’aiment. Des parents qui aiment leur enfant, inconditionnellement. Des parents qui envisagent le futur et ont chéri à deux l’idée d’avoir un micro-être.

Sauf que je ne suis pas comme ça. On ne se connaît pas. Tu ne veux pas voir plus loin que ce soir. On n’aurait pas su quoi en faire. J’ai avorté. Ils avaient deux mois.


Elle avait réussi à ne pas faire fléchir sa voix, cependant cette dernière chancela lors de ses deux dernières phrases. Parce que c’était toujours difficile d’en parler, parce qu’elle n’en avait jamais vraiment parlé, et qu’elle avait décidé d’avancer sans oublier. Mais que la cicatrice n’était pas encore refermée.

- Non, laisse-moi finir ! coupa-t-elle le jeune homme qui semblait vouloir parler. C’était une horrible épreuve. Je ne veux pas en reparler, ça m’a fait suffisamment mal comme ça.

Elle jeta un coup d’œil par la porte de la grange entrebâillée, entendant des cris, et prit une inspiration.

- Et dire que Gil a été mon Maître… et dire que cette femme est Marchombre. J’y comprends rien, souffla-t-elle finalement en baissant le menton. Finissant par hausser les épaules, elle se hissa sur la pointe des pieds pour déposer un très léger baiser sur les lèvres de Darwen.

Et rentra dans la grange sans attendre de réaction de sa part.
Parce qu’elle était complètement perdue, et qu’elle n’avait absolument aucune idée de ce qui lui arrivait vraiment. Impossible de faire le tri, elle se mettait à redouter même ses propres réactions…

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Ven 27 Mar 2015, 01:12

[ Je me suis absolument complètement emballée, mais j'avoue que Lib m'a juste transportée et emprisonnée avec elle ! ]



Libertée avait à la fois une conscience accrue de ce qui était en train de se dérouler et à la fois elle se sentait à des centaines de kilomètres de là, dans un autre monde. Un monde où son ventre était le centre de l’univers.
Lorsque le jeune homme la rattrapa en chancelant, elle hocha doucement la tête. En effet, elle n’allait pas rester au milieu de la route, c’était un fait !

Quand elle vit la grange et la paille, la marchombre ne put s’empêcher de pousser un soupir de soulagement. D’abord, elle essaya de s’allonger sur l’épais matelas que formaient les épis et le jeune homme fila, sans doute pour trouver de l’aide.
Mais la position allongée était bien trop douloureuse, elle sentait son bébé appuyer horriblement dans son dos, tout près de sa colonne, et instinctivement elle roula sur le côté dans une position fœtale qui la soulagea quelques instants. Respirant mieux, elle réussit à calmer son cœur affolé et ferma les yeux pour mieux sentir les contractions.

Les contractions étaient des vagues.
De larges vagues, des vagues de l’océan en furie. Des vagues contre lesquelles il ne faut pas se dresser, mais au contraire, les suivre, les aimer, les enlacer. Comme dans une tempête, comme dans une rivière tourbillonnante, il faut s’imprégner de leur puissance pour ne pas crouler sous leur force.
Parvenant à cette conclusion instinctive, Libertée prit le temps de laisser passer plusieurs contractions, qui s’étaient encore intensifiées alors qu’elles étaient déjà très rapprochées, pour essayer de sentir son bébé, son périnée, de visualiser son utérus. Oui les contractions étaient puissantes et proches – elle ne pouvait s’empêcher de lâcher un cri rauque à chaque fois – mais est-ce qu’elle pouvait pousser ?
Elle sentait que oui.
Elle pouvait pousser.

Cette certitude amena un vent de panique dans sa tête, s’immisçant dans sa sérénité, et elle sentit de larges larmes envahir son visage.

Puis, des bras.
Non, ses bras !

- Tiens bon. On va s’occuper de toi.

Prenant une grande inspiration, Libertée sentit la panique refluer, et elle enfouit son nez dans le cou de Gil pour s’ennivrer de son odeur. Oui, elle avait besoin de lui, là. Elle avait besoin de lui, et elle voulait tellement voir leur fille ! La sentir dans ses bras, dans leurs bras, découvrir sa bouille, son odeur…
A chaque contraction, elle serrait le ventre, sans pour autant pousser non plus. La position n’était pas adéquate et elle ne ressentait plus la même urgence que quelques minutes plus tôt. Non, tout s’était mis en place, maintenant il fallait juste laisser le temps faire son cours. Son instinct lui disait d’aider les contractions, mais de ne pas forcer. Même si ça faisait mal. Mais là, à demi allongée sur le côté, les genoux contre le ventre, la douleur n’était pas si forte…


- Poussez-vous, vous deux.

Le temps de réaliser ce qu’il se passait, Libertée sentit que Gil s’était arraché à elle…
Non ! Non, elle ne voulait pas, elle voulait qu’il soit là, elle avait besoin du contact de sa peau !


- Du courage, miss, je suis là pour vous aider. Vous avez de la chance, j’ai même sur moi un baume tranquillisant exprès pour ce genre d’événements, une fabrication de ma part... Vous m’en direz des nouvelles, c'est la première fois que je l'utilise !

Libertée fronça les sourcils, mais la femme ne lui demanda pas son avis et la mit sur le dos. Soudain, la douleur se décupla, et elle sentit un truc froid sur son ventre. A moitié étourdie, la marchombre trouva cependant la force d’attraper vivement les mains de la femme et d’asséner très fermement – presque violemment :


- Non, je veux pas de votre truc. Laissez mon bébé tranquille. Gil !

Heureusement, la femme sembla ne pas lui en tenir rigueur et laissa tomber sa pommade pour s’adresser à Gil. Elle serra ses doigts de toutes ses forces, et en relevant la tête réussit à retrouver cette malice qu’elle aimait tant.

- Prête, ma belle ?

Elle hocha la tête doucement, et alors que la femme lui écartait les jambes, elle sentit son bassin partir en retroversion. Serrant les dents, elle agrippa la main de Gil en lâchant un nouveau cri, et lorsque la contraction s’éloigna doucement, elle donna un petit coup de genou dans la main de la femme.


- Je… le sens pas. Pas cette position… Sur le côté…

La femme hocha la tête et l’aida à se tourner avec Gil. La tempe sur les genoux de l’homme, Libertée soupira de soulagement quand sa colonne cessa d’être compressée et que la douleur s’atténua grandement.

Combien de temps passa, alors qu’elle était là, à moitié sur les genoux de Gil, avec la femme lui massant le périnée ? Elle ne le savait pas. Peut-être une heure, peut-être plus. Peut- être beaucoup moins.

Et puis, d’un coup, elle sentit son corps s’alerter.
Ouvrant les yeux brusquement, elle prit une inspiration et leva le menton vers Gil. Elle sentait là, tout de suite, qu’il fallait qu’elle pousse, qu’elle pousse désormais de toutes ses forces !

Mais quelque chose n’allait pas.
Elle ne se sentait pas bien, pas à l’aise, pour pousser dans cette position. Sur le dos, c’était bien pire. Soudain, elle comprit de quoi elle avait besoin, et posa comme elle le pouvait sa main sur l’épaule de Gil.

- Il faut que.. je sois debout !

Elle sentit bien que l’idée choquait l’homme, et chercha du soutien du coté de la femme qui était venue et qui l’aidait efficacement depuis le début.
Elle vit cette dernière hocher la tête et inciter Gil à l’aider à relever la marchombre tout en lui expliquant.


- La mère sait toujours comment se placer au mieux. On les met la plupart du temps sur le dos pour faciliter notre travail, mais c’est beaucoup plus intuitif et instinctif debout ou accroupie.

- Oui, accroupie ! Aaah !!


Une fois sur ses deux pieds, Libertée sentit que la petite dans son ventre était beaucoup plus à son aise, et elle s’appuya sur les épaules de Gil en face d’elle – même s’il la soutenait – pour s’accroupir.

Oui, oui, c’était ça !
Elle contracta une fois, poussa de toutes ses forces. Elle entendit distinctement le cri de joie de la femme, mais n’arrivait pas à écouter ce qu’elle disait. Concentrée sur ses sensations, elle lâcha l’épaule droite de Gil pour placer sa main entre ses cuisses, et sentit avec émotion le crâne de sa fille. Des guilis lui remontèrent dans le ventre, et elle prit une inspiration pour pousser encore.

Une fois.
Elle pouvait sentir son front, ses cheveux courts collés.

Deux fois.
Le haut de sa tête, l’affleurement de son front.

Trois fois.
Ses oreilles et son nez, son petit cou délicat.
Les mains de la femme autour de la sienne, qui découvrait le bébé qui sortait de son ventre…

Quatre fois.
Les épaules passèrent, et soudain Libertée eut la sensation étonnante de ne plus rien avoir dans le ventre. Les deux dernières contractions passèrent toutes seules, et Gil la rattrapa, épuisée, tout contre lui, alors que la femme posait la petite Suviyo contre elle. Contre eux.

La petite avait chouiné, et la maman sentait sa respiration rapide mais régulière contre son sein, qu’elle dégagea pour le lui donner. Un intense soulagement la traversa, avant que le bonheur n’explose soudain.

Le bonheur...
Si puissant, si intense, qu'elle en oublia de respirer plusieurs secondes. Sur un petit nuage et pourtant dans cette grange, sur cette paille mais avec Suviyo... Avec Gil...

Se blottissant contre lui, la marchombre sentit les larmes glisser sur ses joues sans qu’elle ne puisse les arrêter. Elle ne voulait pas les arrêter !

- Je t’aime Gil… Regarde cette merveille. Notre merveille… Notre petite Suviyo...

Poussant un soupir, elle sentit les doigts frais de la femme se poser sur son coude et leva les yeux, le visage barbouillé de larmes, rouge de l’effort, mais un sourire immensément lumineux sur les lèvres.

- Merci…

- Ne me remerciez pas, vous vous seriez aussi bien débrouillée toute seule, et sans aide! Vous avez un bon instinct mademoiselle. Bon, par contre, il va falloir couper le cordon.

– Oh…

- Est-ce que le papa se sent de le faire ?


Une main tenant le petit corps de leur fille et l’autre sur l’arrière de sa tête, alors qu’elle était collée tout contre elle, soulageant ses seins douloureux, Libertée leva les yeux vers Gil, béate.

A vrai dire, elle était dans sa bulle.
Avait complètement oublié Kaünis comme l’apprenti de l’académie.

Dans leur bulle, dans leur bulle familiale…
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Darwen Ehsoleim
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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Dim 05 Avr 2015, 20:02

[C'est reparti ! Je précise juste que Darwen n'est pas rentré dans la grange mais est est resté à l'extérieur - vous l'imaginez vraiment assister à l'accouchement d'une inconnue ? Razz Au fait, la couleur d'Angela est darkorchid (même si c'est pas très important) Wink Kaünis, tu me dis si quelque chose ne te va pas, mais normalement je n'ai pas fait bouger ton personnage ! ^^]





Il avait enfoui la tête entre ses bras, croisés sur ses jambes repliées, les mèches de ses cheveux bruns dissimulant ses poings serrés à s’en rompre les doigts. Elle était là, dans la grange juste derrière son dos, derrière la porte de bois fermée. Avec cette femme qui allait accoucher, qui devait être en train d’accoucher. Et avec Angela, la sorcière. Darwen mourrait d’envie de se transformer. C’était un besoin presque vital, qui brûlait son ventre et asséchait sa gorge. Mais malgré ses progrès, il doutait fortement être capable de reprendre forme humaine ensuite. Alors il attendait. Il ne savait pas quoi, mais il attendait, et les cris de la jeune mère, dans le bâtiment, parvenaient à ses oreilles comme des sons déplacés et étranges, presque insupportables.  

Une seconde ou une éternité plus tard, il entendit le grincement de la porte à sa droite, et leva son regard vers celle qui se tenait désormais face à lui.
Vers Kaünis.

Conscient de la nullité de sa position - recroquevillé contre le mur comme un enfant qui aurait fait une bêtise - le jeune homme se releva maladroitement, avec l’étrange impression d’être dans un rêve. Il cligna des paupières et planta ses yeux verts dans les deux gouffres noirs qui le dévisageaient, sans parvenir à trouver les sentiments qui s’y cachaient.

- Voilà le type de parents que des gosses devraient avoir. Des parents qui s’aiment. Des parents qui aiment leur enfant, inconditionnellement. Des parents qui envisagent le futur et ont chéri à deux l’idée d’avoir un micro-être.

Sauf que je ne suis pas comme ça. On ne se connaît pas. Tu ne veux pas voir plus loin que ce soir. On n’aurait pas su quoi en faire. J’ai avorté. Ils avaient deux mois.


La voix de la jeune femme flancha un instant, et ‘Wen esquissa un geste vers elle, ouvrit la bouche. Mais l’envoleuse ne le laissa pas s’exprimer, heureusement ! Il était simplement incapable de savoir quoi dire et cela lui évitait de proférer une bêtise... Les derniers mots de Kaünis l’avaient quand même rassuré, instillant un rayon de chaleur dans la noirceur qui l’entourait : elle n’avait pas à proprement dit tué les bébés, elle avait avorté, alors qu’ils n’avaient que deux mois ; à ce stade, ils n’étaient pas encore vraiment des bébés, n’est-ce pas ?

Sa main retomba le long de son corps, comme dénuée de vie, et il écouta la suite, ne pouvant se détacher du regard de l’envoleuse. Il était hanté par ses derniers mots. C’était une horrible épreuve. Elle avait donc tant souffert et il n’avait pas été au courant ? Il n'avait pas été présent pour l'aider ! Serrant les poings, il se contraignit à ne pas s’enfuir. A ne pas crier. A juguler son envie terrible de laisser la place au loup.

- Et dire que Gil a été mon Maître… et dire que cette femme est Marchombre. J’y comprends rien...

Une décharge électrique frappa l’esprit de l’apprenti marchombre, et un frisson violent lui secoua le corps. La femme blonde était une marchombre ? C’était ce que l’on appelait la cerise ou la goutte d’eau ! Et de plus, ce... Gil était le Maître de Kaünis.
Un envoleur.
Un envoleur et une marchombre.
Et un enfant.


Malheureusement, le jeune homme ne put voit l’expression de son interlocutrice, qui avait baissé la tête, ses longs cheveux de nuit dissimulant son visage. Elle semblait tout à coup beaucoup moins catégorique. Et beaucoup plus vulnérable.

Comme pour lui donner raison, Kaünis releva soudain le visage et déposa un baiser sur les lèvres du marchombre. Un très, très léger baiser, mais un baiser quand même.
Deuxième frisson.
Darwen ne bougea pas d’un millimètre, autant parce qu’il était scotché par le geste de l’envoleuse que parce qu’il était tout simplement incapable d’une quelconque réaction. Il était devenu statue de glace.

Et puis, comme reprenant conscience de ce qu’il se passait, et de tout ce qui s’était déroulé jusqu’à présent, il se dégagea vivement. Non ! il ne pouvait pas la laisser faire ! Il ne pouvait pas la laisser faire, après tout ce qu’elle lui avait craché au visage ! Après tout ce qu’il avait ressenti ! Il voulut crier son désaccord et sa colère, malgré le désir qui affluait en lui, mais la jeune femme était déjà rentrée dans la grange. Peut-être n’avait-elle même pas vu sa réaction - et il ne savait pas si c’était une bonne chose ou non. En tous cas, sa gorge était encore plus sèche qu’avant, et son ventre encore plus brûlant. Il ignorait si Kaünis y était pour quelque chose, mais il comprit, dans tous les cas, qu’il ne pourrait plus résister très longtemps à la métamorphose.

Refusant de penser à l’envoleuse et aux conséquences de sa transformation, Darwen contourna lentement le bâtiment pour atteindre un coin plus sombre où étaient entreposées des caisses de bois. Il retira un à un ses vêtements et les dissimula sous une caisse.
L’instant d’après, un loup à la fourrure sombre se tenait à sa place.
Un loup qui franchit le mur d’un bond puissant avant de disparaître dans les ruelles sombres d’Al-Chen.


***



- Est-ce que le papa se sent de le faire ?

Angela n’attendit pas la réponse du jeune père. Elle avait fait son travail, le moment était venu que les deux parents se débrouillent et se retrouvent seuls - avec leur petite fille - quelques minutes - d’ailleurs elle voyait bien l’expression de bonheur simple et pourtant éblouissant peinte sur le beau visage de la jeune femme blonde. Pour elle, elle n’était sûrement déjà plus là. Un sourire léger sur les lèvres, la guérisseuse s’éloigna donc du couple, et se dirigea calmement vers la jeune fille aux cheveux noirs, qui était reparue dans la grange quelques instants après en être sortie.

Depuis le début, elle avait bien vu, et sentit, que quelque chose n’allait pas pour elle. En aidant la jeune mère à accoucher, elle s’était brusquement rappelée qui était le jeune homme à qui elle avait proposé son secours : Darwen ! La dernière fois qu’elle l’avait vu, il devait avoir à peine douze ans ; il en avait maintenant une dizaine de plus, et avait eu le temps de bien évoluer, c’est pourquoi elle ne l’avait pas immédiatement reconnu. Pourtant, il était presque comme un fils pour elle, et elle n’avait eu aucun mal à comprendre que quelque chose clochait. De plus, elle avait immédiatement sentit le loup en lui, ce loup qu’elle avait toujours soupçonné et qu’elle n’avait jamais eu l’occasion de voir.

Elle avait également très bien compris que Darwen et la jeune femme se connaissaient, et que cette relation était intimement liée à l’état dans lequel le jeune homme se trouvait... tout comme à celui de la jeune femme. Elle marchait donc vers elle, et, dénouant ses cheveux roux qui retombèrent sur ses épaules, elle planta son regard bicolore dans le sien.
Un regard empli d’une malice et d’une sagesse immenses.
Un regard qui incitait instantanément à lui dédier une confiance absolue.
Un regard, enfin, dont l’autorité écrasante était tout simplement incontestable.
Même pour une jeune femme envoleuse pour qui obéir à une inconnue était juste hors de question, et, qui plus est, était complètement perdue.

Un sourire doux et lumineux étira les lèvres d’Angela.

- Nous ferions mieux de les laisser tous les trois... ça tombe bien, nous avons à parler !

Elle n’attendit pas la réponse de son interlocutrice et saisit doucement son bras, l’entraînant hors de la grange. Elle la conduisit au même endroit où Darwen s’était transformé quelques instants plus tôt, et s’assit sur une caisse de bois, l’invitant à faire de même, sans s’occuper de sa réaction.

- Je me présente : je m’appelle Angela et on dit souvent de moi que je suis une sorcière ; je n’ai cependant pas la prétention de le confirmer.

Un clin d’œil orangé accompagna son sourire, et elle redevint sérieuse en continuant, ses deux yeux vibrant de douceur et d’autorité posés sur la jeune femme - consciente pourtant qu'elle pouvait être incroyablement dangereuse.

- Maintenant que je me suis présentée, dis-moi ce qui te tracasse, jeune fille.


***



Une palette impressionnante de sons et d’odeurs s’offrant désormais à lui, le loup trottinait dans Al-Chen, alors que le soleil couchant plongeait la ville dans une pénombre croissante et complice.
La langue pendante, il était à la recherche de quoi se nourrir, tout en essayant de ne pas se faire voir ; il en était convenu ainsi avec sa partie humaine, et cela était plutôt pour l’arranger outre-mesure. Il n’était pas pressé de se faire repérer par des humains, qui n’étaient pas capable de voir plus loin que le bout de leur truffe - pour ce qu’elle était, presque inutile - et essayeraient tout de suite de le capturer ou de l’abattre.
Il empruntait donc des petites rues sombres, et se dissimulait derrière des caisses ou un mur dès qu’il entendait une personne approcher. Puis il repartait, en quête de son repas. Il était toutefois conscient qu’il ne le trouverait pas en restant caché dans ces rues, et se demandait comment procéder.
C’est alors qu’un délicieux fumet caressa son museau, une odeur de viande grillée, appétissante à souhait. Ses deux yeux bleu-vert brillant devant la perspective de nourriture, le loup s’élança dans une rue adjacente, ses muscles jouant à la perfection sous sa fourrure sombre.


Adjina s’essuya les mains sur son tablier en souriant. Le siffleur qu’elle venait de cuisiner était parfait - et elle n’avait pas l’habitude de se complimenter, mais ce soir-là, elle était vraiment contente d’elle. La viande était dorée à souhait, semblait délicieusement craquante et juteuse, et une farce aux herbes magiques qu’elle savait excellente, pour l’avoir goûtée quelques instants plus tôt, reposait à l’intérieur de la volaille. Songeant, heureuse, au moment de bonheur rare et simple qu’elle allait bientôt partager avec ses quatre enfants et son mari lorsqu’ils rentreraient tous de leur travail - Ehmi, le plus petit, avait à peine onze ans - la jeune femme repoussa la mèche sombre qui lui barrait le front et saisit le brûlant plat de siffleur pour le faire reposer sur la fenêtre, le temps que son petit monde arrive.

Chantonnant un air doux et joyeux, Adjina se détourna ensuite de la fenêtre pour vaquer à ses occupations.

Quelques minutes plus tard, alors qu’elle venait chercher la viande, elle poussa un cri en voyant que le bord de la fenêtre était dénué de toute présence du siffleur.

Elle se précipita dans l’encadrement pour tenter d’apercevoir le voleur, mais la rue était complètement vide. Vidée de toute joie et de toute énergie, la jeune femme se laissa tomber sur une chaise et prit son visage entre ses mains, sur lesquelles coulèrent bientôt de grosses larmes chaudes. Il y avait si longtemps qu’ils n’avaient pas tous partagé un si bon repas ensemble...


Terminant le gibier jusqu’à la dernière miette, le loup se lécha longuement les babines, puis se détourna de la carcasse pour reprendre son exploration de la ville, l’abandonnant au bord de la ruelle.
Il cherchait en fait le moyen de sortir d’Al-Chen. Il sentait que sa moitié humaine ne l’en empêcherait pas, et même elle semblait s’en accommoder parfaitement.
Il comptait donc bien en profiter !

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Lun 06 Avr 2015, 15:55

[Pareil, si vous avez besoin de changer quoi que ce soit, sonnez-moi !]



Ce n’était pas la première fois que Gil assistait à un la naissance d’un enfant. Sans être un expert, il connaissait les étapes, le rythme du flux et du reflux de douleur qui suscitaient les contractions et les cris, l’effervescence autour de la maman… Il avait déjà vu tout cela, et pourtant, alors que Libertée s’arc-boutait contre lui pour mettre au monde leur enfant, Gil avait l’impression d’être plus vulnérable encore qu’un débutant. Il comprenait vaguement les ordres brefs lancés par la rouquine et sentait son cœur s’emballer chaque fois que les doigts de Libertée se refermaient sur les siens avec une force décuplée par la souffrance. Il détestait la sentir trembler contre lui, détestait trembler lui aussi, détestait cette peur panique qui lui nouait les entrailles. En réalité, c’était comme s’il se retrouvait lui-même allongé sur ce fichu tas de paille, en train d’enfanter ! Hébété, il sentit confusément sa compagne changer de position. Combien de temps lui fallut-il batailler ? Dix minutes, une heure ? Une éternité qui fila en un battement de cils.

Et puis soudain, l’apaisement. Le calme fiévreux qui suit les ultimes efforts d’un combat très rude. Essoufflée, Libertée se fit brusquement toute molle dans les bras de Gil ; il se redressa pour la maintenir, mais ses yeux ne quittaient pas la petite chose violette et fripée que leur ange-gardien aux cheveux roux venait de poser sur le ventre de la marchombre. Le murmure épuisé de Libertée se fraya avec  peine un chemin dans son esprit embrumé par un mélange de surprise, de curiosité et de soulagement intense. Toute son attention était tournée vers ce drôle de petit être, minuscule et néanmoins déjà plein de vie qui hurlait à pleins poumons. Il était émerveillé parc ce vagissement quasiment inhumain qui lui perçait les tympans et déclenchait d’étranges guillis dans le creux de son ventre. Stupéfait, il tendit une main hésitante, osant à peine effleurer du bout de son doit la peau incroyablement fine du nouveau-né. Je suis papa ! songea-t-il, incrédule.

- Est-ce que le papa se sent de le faire ?

Faire quoi ?
Oh.

Couper le cordon. Avec du recul, Gil ne parviendrait jamais à comprendre d’où lui était venu le courage de trancher ce lien unique entre une mère et son enfant. Lorsque ce fut fait, il expira lentement un souffle tremblant et appuya un bref instant ses paumes contre ses paupières. La fatigue lui tomba dessus sans prévenir et il se félicita d’être resté assis, sans quoi il se serait sans doute évanoui comme un bleu… Pas question de se montrer aussi faible alors que Libertée souriait vaillamment quand elle venait de lutter sans relâche pour donner la vie. Un exploit qui allumait des étoiles de tendresse et d’admiration dans le regard de Gil. La femme qui les avait aidé dans cette épreuve sourit à son tour ; alors seulement, Gil remarqua qu’elle avait les yeux vairons. Elle se retira sans bruit, quittant la grange désormais silencieuse. C’était le moment de faire connaissance.


- Bonjour, murmura Gil en dévorant du regard le petit être qui tétait avec application. Alors c’est toi, le petit haricot que je pouvais sentir gigoter sous ma main ?

Il était tout simplement fasciné. Comment une chose aussi minuscule pouvait-elle être aussi jolie ? Ses oreilles, la courbe de ses lèvres, son nez, tout était délicat, comme dessiné par le talent d’un artiste. Impossible d’envisager que cette merveille puisse être le fruit de leur travail, et pourtant…

- Elle est tellement jolie, soupira-t-il avant de déposer un baiser sur le front de Libertée.

Il ferma les yeux et se laissa emporter par cette vague de bonheur, intense, dévastateur, qui déferla enfin en lui.


*

Kaünis.
Gil reprit connaissance dans un sursaut. Il ne s’était assoupi qu’une poignée de minutes, mais il avait la sensation d’avoir dormi des heures sans bouger. Un poids le retint lorsqu’il essaya de bouger. Baissant les yeux, il découvrit Libertée dormant à poings fermés, son bébé blotti contre sa poitrine. Gil se figea un bref instant et contempla sa fille en se demandant s’il aurait l’impression que son cœur allait exploser chaque fois qu’il poserait les yeux sur elle, ou s’il s’habituerait un jour à cette étrange sensation. Puis il se dégagea lentement, le plus délicatement possible pour ne pas les réveiller, et ôta son long manteau pour les en recouvrir. Juste avant de partir, il déposa les lèvres sur le petit crâne duveteux de Suviyo. Un geste qu’il savait désormais profondément ancré en lui, aussi vital que respirer pour vivre. Le cœur léger mais complètement fourbu, il sortit de la grange et plissa les yeux lorsque le soleil l’éblouit.

Il reprenait doucement contact avec la réalité, comme si les dernières heures – ou bien minutes, il ne savait pas vraiment – l’avaient coupé du reste du monde et maintenu enfermé dans un rêve. Il passa ses mains sur son visage et secoua la tête. Réveille-toi, mon vieux ! Il avait besoin de boire quelque chose de fort. Mais lorsqu’il balaya la ruelle du regard, il n’y avait personne. Kaünis, le garçon qui était avec elle et la gentille rouquine qui leur avait offert son aide avaient disparu. Indécis, Gil fit quelques pas au hasard, ne sachant pas où aller ni quoi faire. Il ignorait si Libertée était capable de se déplacer. Il allait devoir leur trouver une chambre, puis à manger. Non. L'inverse ? Déboussolé, il contourna la grange et s’aventura dans un quartier désert. Il ne connaissait pas cet endroit de la ville, mais qu’importe : il avait besoin de se dégourdir les jambes et de s’aérer l’esprit avant de trouver un endroit où passer la nuit. Plongé dans ses pensées, il faillit ne pas les remarquer. Pourtant c’était un spectacle incroyable, et lorsqu’il s’en rendit compte, il s’arrêta de marcher. De respirer, même.

Les yeux écarquillés, il regarda la fille, tout là-bas, à plusieurs mètres de lui. Ses longs cheveux noirs brillaient sous l’éclat du soleil. La lumière du jour dansait également dans le pelage du loup qui lui faisait face. La présence de l’animal était incongrue mais Gil ne s’arrêta pas à cette particularité. Tout ce qu’il voyait, c’était un animal sauvage et fichtrement puissant, planté devant une Kaünis qui semblait s’être statufiée. Son sang ne fit qu’un tour dans ses veines. Il fit un pas en avant, près à se précipiter au secours de la jeune femme, lorsqu’une main ferme se posa sur son avant-bras, le freinant dans son élan aussi efficacement qu’un mur qui aurait brusquement surgit devant lui.

- Attends, fit la rouquine aux yeux vairons.
- Mais…
- Il faut leur faire confiance. Crois-moi, ils sont  capables de se débrouiller seuls pour l’instant.



Gil fronça les sourcils. Quelque chose lui échappait. Il ne comprenait pas… mais cette main sur son bras, et cette certitude dans la voix de cette femme… Il se laissa convaincre.

- Qui êtes-vous ? murmura-t-il en plissant les yeux pour la détailler.
- Une sorcière pour certains, et pour d’autres bonne fée ! répondit-elle dans un rire joyeux. Mais tu peux m’appeler Angela.
- Kaünis…


Inquiet, Gil tourna la tête en direction de son ancienne élève.

- Est-ce qu’elle court un risque ?
- Nous courons tous un risque. Cela s’appelle vivre. Allez, jeune papa, suis-moi ! Tu as du pain sur la planche…



*


Angela ne croyait pas si bien dire. Pourtant, grâce à ce petit bout de femme énergique et généreux, Gil réussit à conduire Libertée et Suviyo dans la modeste mais chaleureuse demeure de la fée. Sorcière. Il n’avait pas encore statué et peut-être que cela n’était tout simplement pas nécessaire : Angela était un véritable rayon de soleil. Elle paraissait avoir vingt ans pendant quelques minutes, en particulier lorsqu’elle éclatait de rire, puis soixante quand elle le sermonnait avant d’aller s’affairer dans sa cuisine. Une drôle de bonne femme qui réussit presque à apaiser son anxiété. Presque. Alors que la nuit s’installait sur la ville et que leur hôte allumait des bougies dans la pièce de vie, Gil se mit à faire les cent pas. Kaünis n’était toujours pas rentrée. Bien qu’il ne sache d’où lui venait cette conviction, Angela lui avait affirmé qu’elle saurait trouver la maison. Elle avait refusé de répondre à ses questions, sous prétexte qu’elle était trop occupée à leur concocter un bon repas, et il tournait désormais comme un lion en cage…

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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Mer 08 Avr 2015, 01:22

[ Euuuuh... Alors moi aussi je me suis complètement emportée. J'avoue que je ne contrôle plus grand chose, mais je me régale à découvrir à quel point Kaünis est complexe et prend autant de profondeur ! ]




Kaünis n'avait pas voulu attendre la réaction de Darwen. Parce qu'elle n'était pas certaine qu'elle apprécierait cette réaction, mais aussi par peur.
Oui, par peur. Par peur de réagir stupidement à son tour, après ça. Par peur de laisser ses sensations physiques l'emporter en tourbillon comme cela avait failli être le cas déjà plus de trois fois ce jour-là. Par peur d'elle-même, surtout.
Grinçant des dents, la jeune femme serra les poings à s'en faire blanchir les phalanges et sentir des gouttes de sang perler sous ses ongles. Prenant une inspiration, elle tenta de détendre ses doigts et ses mains et leva le menton vers le fond de la grange.

Gil et Libertée étaient là.
Avec un bébé si petit qu'elle retint son souffle sans s'en rendre compte. Un bébé calé contre la poitrine de la Marchombre qui était encore à moitié nue – en même temps être à moitié nue semblait être sa spécialité habituellement, mais elle cachait un minimum les endroits stratégiques, mais sûrement pas par pudeur.
Le regard de l'Envoleuse glissa sur son ventre et ses jambes dénudée, et elle ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux. Même si c'était fait pour, elle ne comprenait pas comment la minuscule chose – pas si minuscule en réalité – pouvait être passée par un endroit pareil.
Sentant le rose lui monter aux joues, Kaünis se détourna brusquement en croisant ses bras sous sa poitrine, et s'appuya sur le mur le plus éloigné du couple – non, de la famille.

La silhouette de la femme qui avait aidé Libertée se rapprocha d'elle, et Kaünis leva les yeux vers son visage.  Elle cligna des paupières un instant quand elle croisa son regard bicolore, et pencha légèrement la tête sur le côté. Elle sentait perler dans son décolleté des gouttes de sueur alors qu'il ne faisait pas si chaud. Son coeur palpitait dans sa poitrine et elle sentait son pouls douloureusement battre dans son cou, affolé.
Ce n'était ni Darwen ni le couple qui lui faisaient un tel effet. C'était elle-même. Prenant son visage dans ses mains, elle sursauta quand la femme lui posa ses doigts frais sur l'épaule et releva la tête pour planter ses yeux dans les siens.

- Nous ferions mieux de les laisser tous les trois... ça tombe bien, nous avons à parler ! dit-elle en l'entraînant fermement hors de la grange. Kaünis se laissa emporter, d'abord réticente, puis plus détendue quand elle vit que Darwen n'était plus à l'extérieur. Je me présente : je m’appelle Angela et on dit souvent de moi que je suis une sorcière ; je n’ai cependant pas la prétention de le confirmer. Maintenant que je me suis présentée, dis-moi ce qui te tracasse, jeune fille.

Kaünis haussa un sourcil, et se dégagea brusquement de la poigne de la femme. Croisant ses bras sous sa poitrine, elle la détailla plusieurs secondes, les lèvres pincées.

- C'est pas parce que vous avez l'air sympa que j'ai envie de vous parler.

La jeune fille n'avait en effet aucune envie de parler à cette Angela, qui qu'elle soit. En fait, elle n'avait envie de parler à personne, parce que personne ne pouvait comprendre, et à vrai dire elle n'avait pas envie que quelqu'un la comprenne : elle n'avait pas besoin de compassion pour vivre, et elle s'en sortait très bien seule ! Ce n'était pas parce qu'elle avait passé une dure épreuve qu'elle allait devenir vulnérable, il ne manquerait plus que ça ! Et même devant l'expression calme, douce et sincère de la sorcière, Kaünis ne céda pas. Mais par contre, une première, elle eut très envie de se justifier...
Elle ne le fit pas, se contentant d'hausser les épaules d'un mouvement gracieux qui voulait tout et rien dire.

Se détournant de la femme, Kaünis prit une grande inspiration, et ferma les yeux un instant.
Elle avait envie de retrouver Darwen, et en même temps elle le redoutait. Elle avait envie de lui dire que l'attirance ne suffisait pas. Elle avait envie de lui dire qu'elle aurait bien aimé plus le connaître. Elle savait, au fond d'elle, qu'ils étaient incompatibles et pourtant elle se sentait attirée par lui comme un papillon était attiré par la flamme d'une bougie.
Un papillon finissait par s'y brûler les ailes.

– C'est quoi le pire : vivre avec des remords ou avec des regrets ?

La question était destinée à Angela. Kaünis laissa passer quelques secondes avant de chercher son regard, et elle se sentit happée par ce dernier.

- Quel est le mieux : agir avec la certitude de faire le meilleur choix, ou choisir l'option la moins pire ?

Kaünis ne put s'empêcher d'éclater de rire, et pendant quelques secondes ce son s'éparpilla dans l'air. Quand elle redevint sérieuse, elle planta son regard sombre dans celui d'Angela. Elle finit par hocher la tête, et se tourna pour avancer dans la ruelle.

Quelle était le meilleur choix ?
Il n'y en avait pas. Parce que dans tous les cas, ils finiraient par souffrir, l'un ou l'autre, l'un et l'autre. Mais n'était-ce pas encore plus dur de s'oublier sans avoir essayé, au final ? De voir l'autre comme un idéal, comme une image immobile et statique, qui n'évoluait pas, sauf en fonction de ses propres désirs ? Comment savoir ?

Quel était le choix le moins pire ?
Est-ce qu'elle pourrait vivre avec le remords de n'avoir jamais essayé de donner une chance à Darwen, alors que tout son corps l'appelait, alors qu'il ne quittait pas son inconscient, alors que depuis un an elle ne l'avait pas oublié lui, alors qu'elle avait passé à peine quelques heures avec  ? Alors qu'elle avait oublié tellement d'autres personnes croisées ?
Mais si cela se passait mal, pourrait-elle vivre dans le regret de savoir qu'elle avait eu raison dès le début ? Pourrait-elle accepté qu'elle avait ouvert son coeur une fois, pour qu'il soit brisé et jeté au loin ? Pouvait-elle accepter l'incertitude d'une telle relation, et l'idée qu'en se lançant dedans, elle pourrait souffrir encore plus ?

Sa vision était devenue floue et ce n'est qu'en écrasant ses larmes de son bras sur ses joues qu'elle s'aperçut qu'elle pleurait. Prenant une grande inspiration, elle continua son chemin dans les ruelles d'Al-Chen, se contentant de laisser ses pas la porter.
Soudain, elle entendit un grognement étrangement familier.
S'arrêtant par automatisme, elle leva le menton et les yeux, et quelques gouttes de larmes perlèrent doucement sous ses paupières, s'accrochant à ses cils pour finalement carresser sa joue. Ce furent les dernières larmes qui passèrent ses yeux, parce que devant elle, le grand loup la regardait avec intensité.

Darwen.
Elle le reconnaissait, même après tout ce temps. Elle se rendait compte que cette apparence animale s'était gravée dans son esprit. Déglutissant lentement, la jeune fille planta son regard dans celui du loup, et sentit sa peau vibrer au rythme de son grondement.
Un léger sourire étira ses lèvres, et elle s'accroupit doucement et calmement à moins d'un mètre de la truffe du loup. Elle savait qu'il pouvait être extrêmement rapide, comme le sont tous les prédateurs. Il pourrait lui déchiqueter la peau, lui arracher la gorge, la tuer en un clin d'oeil, mais elle ne le laisserait pas faire. Elle n'était plus suffisamment en colère pour sentir sa greffe dans son corps, mais elle savait qu'elle pouvait aller la chercher à la vitesse d'une pensée, ou presque.
Mais elle n'avait aucune intention d'agression.

Plaçant ses deux mains devant elle, les coudes appuyés sur les genoux, elle ouvrit ses paumes vers le ciel, doigts presque complètement dépliés. Penchant la tête sur le côté, elle observa le loup devant elle.

– Je ne me comprends pas moi-même tu sais, commença-t-elle d'une voix basse et douce. Elle parlait à Darwen, mais elle parlait aussi au loup. Je ne veux pas me contenter d'un "on couche ensemble quand on se croise" Je n'arrive pas à t'oublier. Je ne peux pas croire que ça pourrait être juste simple. Je veux plus. Je veux qu'on apprenne à se connaître, à s'apprécier, à être des amis. Etonnamment, c'était beaucoup plus facile de parler à un animal. Elle sentait que le loup l'écoutait. Elle avait une furieuse envie de passer sa main dans son pelage qui avait l'air si doux, si soyeux, de caresser ses couleurs chatoyantes et voir comment leurs reflets s'épanouissaient selon la lumière. J'ai peur, Darwen. Je n'ai pas peur de toi, ni du loup. Je n'ai pas peur de toi, entier. C'est de moi que j'ai peur. Comment faites-vous pour contrôler ? J'ai peur de perdre le contrôle. J'ai peur de l'effet que le pouvoir a sur moi. J'ai peur de ma propre puissance, de cette partie de moi qui est extatique quand je l'utilise, quand ça me submerge. Ça fait de moi un monstre...

Kaünis baissa les yeux et ramena ses mains entre ses cuisses, tandis que ses cheveux passaient devant ses épaules comme un voile, cachant son visage.
Son visage encore parsemé par les larmes...


♪♪
You!
You don't really want to stay, no
You!
But you don't really want to go-o
You're hot then you're cold
You're yes then you're no
You're in then you're out
You're up then you're down
♪♪

__________________________________________



"She is delightfully chaotic ; a beautiful mess.
Loving her is a splendid adventure
"

Steve Maraboli (alias Syles Rolling Eyes )
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Darwen Ehsoleim
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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Mar 14 Avr 2015, 23:50

[Bon, désolée Lib et Gil, Lib m'a demandé de répondre avant elle, mais je n'ai toujours rien fait avancer de votre côté... mais je le sentais vraiment comme ça ^^' Peut-être que Kaünis peut aussi répondre avant vous ? Et désolée pour l'attente au fait !]



Tandis que les ombres des maisons, devenues violettes, s’allongeaient au fur-et-à-mesure que le soleil tendait vers l’horizon, le loup filait silencieusement dans les rues d’Al-Chen. La brise caressait sa fourrure et apportait un nombre infini d’odeurs et de sons, parfois connus, parfois ignorés, et la lumière décroissante, orangée, jouait avec la teinte sombre de son pelage. Sentant les humains à plusieurs dizaines de mètres à la ronde, il parvenait facilement à les éviter, se glissant souplement dans les ruelles.
Cependant, il avait beau être à l’affût du moindre indice, il ne trouvait toujours pas les portes de la cité. Cette dernière était aussi vaste qu’une petite forêt, et les repères n’y étaient pas du tout les mêmes. Il était pourtant déjà venu ici, mais ce n’était pas suffisant pour que les différents endroits n’évoquent pour lui davantage que quelques échos lointains.
Et, même en sachant dans quelles rues il était déjà passé ou non, il avait la désagréable impression de tourner en rond. Loup ou humain, loup et humain, il voulait à toux prix sortir de la ville, échapper à la peur, à l’incompréhension, et s’enfoncer dans un bois en solitaire, randonner sous les étoiles et chanter à la Lune.
Loup et humain.
Marchombre et loup.

Des mots naquirent soudain de son esprit bivalent, perçant à travers toutes les informations qu’il recevait par ses sens lupins.
Des mots humains.
Des mots qu’il aurait souhaité tracer s’il avait possédé des doigts et non des griffes.
Il se contenta de les laisser s’imposer à lui, vibrant de force et de vérité.



Un gouffre de détresse, incompréhensible
Alors un appel, lancinant
Libre



C’est alors que, parmi toutes les odeurs, il en perçut une. Sauvage et humaine à la fois.
Une odeur qu’il aurait reconnu entre mille.
Loup et humain réagirent en même temps ; le canidé fit volte-face pour renifler l’air, oreilles plaquées en arrière. C’était bien elle. Avait-il envie de la retrouver ? Devait-il seulement revenir encore vers elle ? En avait-il le droit ? Et le courage ?
D’un autre côté, pouvait-il la laisser passer sans le voir ? Si elle était là, c’était bien qu’elle connaissait la possibilité de tomber sur lui. Peut-être même le cherchait-elle ?
Il en doutait fortement, mais les portes de la ville n’étaient toujours pas en vue, et de toutes façons, à moins qu’il ne file en vitesse, elle allait bientôt le repérer.
Pourtant, la tête baissée, elle avançait sans paraître le voir.
Conscient qu’il n’y avait personne d’autre autour, le loup se découvrit un peu plus en avançant dans la grande rue illuminée par le soleil couchant.
Elle ne réagit toujours pas ; un léger grognement s’échappa de la gorge du canidé.
La jeune femme leva la tête et s’immobilisa. L’un des derniers rayons de soleil accrocha une larme brillant sur sa joue, tandis qu’elle se baissait pour être à sa hauteur et planter son regard dans le sien.
Un regard empli de détresse.
Il comprit qu’elle allait lui parler et ne bougea plus. Devenant attente.
Une certitude pulsait en lui : s’il voulait qu’elle s’exprime, il ne devait pas se transformer. Pas maintenant.
Comme pour confirmer ce sentiment, elle commença à parler.


– Je ne me comprends pas moi-même tu sais. Je ne veux pas me contenter d'un "on couche ensemble quand on se croise". Je n'arrive pas à t'oublier. Je ne peux pas croire que ça pourrait être juste simple. Je veux plus. Je veux qu'on apprenne à se connaître, à s'apprécier, à être des amis.

Le loup écoutait, tendu. Les sons réveillaient des échos en lui, profondément.
Atteignant sa partie humaine, ils devinrent mots... puis implosèrent sous le sens.
Loup et humain s’étaient mués en un seul être, tous les deux submergés par ce que la jeune femme disait.
Bouleversés, ils s’étaient réunis pour devenir écoute.


– J'ai peur, Darwen. Je n'ai pas peur de toi, ni du loup. Je n'ai pas peur de toi, entier. C'est de moi que j'ai peur. Comment faites-vous pour contrôler ? J'ai peur de perdre le contrôle. J'ai peur de l'effet que le pouvoir a sur moi. J'ai peur de ma propre puissance, de cette partie de moi qui est extatique quand je l'utilise, quand ça me submerge. Ça fait de moi un monstre...

Le loup laissa échapper un léger grognement.

Il comprenait toujours les mots, limpides, et pourtant ne comprenait plus rien.

De quel pouvoir parlait-elle ?
Une lueur de lucidité le traversa soudain alors que des images lui revinrent : un corps mort, gelé. Des mains d’une teinte bleutée, capables de générer de la glace...
D’où venait ce pouvoir ? Elle ne pouvait donc pas le contrôler ?

Il ne comprenait pas, et pourtant comprenait très bien.

Il le connaissait, lui, ce pouvoir. Le pouvoir de se transformer, de passer de l’homme au loup. Il connaissait cette puissance extatique qui l’envahissait lorsqu’il changeait de forme, cette puissante invincible, irrésistible, qui le submergeait sans qu’il ne puisse rien faire, toujours spectateur...

Et pourtant non. Désormais, il n’était plus seulement spectateur ; ou plutôt, il avait compris qu’il ne l’avait jamais été. Le pouvoir de se transformer et la force qui en résultait étaient certes d’origine inconnue et inexplicables, c’était bien à lui de décider quand il les utilisait. C’était de lui que venait l’envie de devenir loup ou homme. Il commençait seulement à le percevoir, et il comprenait que la jeune femme était dans la même situation que lui... un cran en arrière.
Mais pouvait-il seulement l’aider, alors qu’il avait déjà tant de mal à se comprendre, à se découvrir lui-même ?

Un monstre.
C’était bien ce que ses parents croyaient.
C’était ce que les gens auraient tous cru s’ils avaient été au courant.
Il avait fini par comprendre qu’ils avaient tort, ou bien, même s’ils avaient raison, que cela ne faisait pas de lui un être à rejeter. Il était peut-être un monstre parce qu’il pouvait changer d’apparence et de sensations, pourtant ni l’homme ni le loup n’était monstrueux. Même si le pouvoir en lui-même pouvait paraître terrifiant et étrange, cela ne faisait pas de lui quelqu’un de méchant.
Il était lui, et cela seul comptait.
Et c’était la même chose pour elle.

Il avait très envie de l’aider à se comprendre, soudain.
La solution était peut-être-là... Pouvaient-ils avancer ensemble sur un même chemin, se soutenir mutuellement, chercher à deux comment apprendre à contrôler et utiliser leurs pouvoirs respectifs ?
A deux, on repousse plus facilement la peur.
A deux, on avance beaucoup plus vite...
Et peut-être que le fait qu’il soit loup autant que marchombre aiderait l’envoleuse à accepter cette possbilité...

Incapable de communiquer avec des mots, le loup la dévisagea un long moment de son regard bleuté. Il perçut bientôt une présence, non deux, tout près, mais ne s’en formalisa pas. Elles n’étaient pas menaçantes et d’ailleurs s’en allèrent bien vite.
L’animal se concentra à nouveau sur son interlocutrice, et, ne sachant que faire d’autre, mu par une force inconnue, il avança son museau vers elle, l’enfouissant dans son cou parfumé, et donnant des petits coups de tête contre le menton de la jeune femme. Il lécha les larmes sur ses joues, s’assit juste en face d’elle, posa une patte sur son genou et ne bougea plus. Ses yeux toujours posés sur elle, comme l’incitant à glisser les doigts dans sa fourrure.
Il pouvait bien sûr choisir de se transformer mais sentait que ce n’était pas le moment de se retrouver contre la jeune femme sous sa forme humaine, complètement nu. Il ne pouvait plus se le permettre, après ce qu’elle lui avait dit.
« Je veux qu'on apprenne à se connaître, à s'apprécier, à être des amis. »
Elle avait enfin compris ce qu’il voulait lui dire depuis le début ! Enfin, il devait reconnaître qu’il n’avait pas vraiment dit ça, qu’il n’avait pas été très clair. Finalement, elle arrivait à dire les choses beaucoup plus simplement que lui.

Il n’avait plus envie de sortir d’Al-Chen, désormais. Ou alors, pas sans elle.
Il attendait qu’elle l’emmène où elle voulait, pour qu’ils puissent enfin se parler.
Mais si elle préférait qu’il retrouve sa forme humaine, il fallait d’abord qu’il récupère ses vêtements... même s’il sentait que pour l’instant, rester loup était peut-être la meilleure chose, bien qu’ils ne puissent pas vraiment communiquer.

Un loup peut-il sourire ?
La tête légèrement penchée sur le côté, c'était en tous cas l'impression qu'il donnait...

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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Jeu 16 Avr 2015, 01:57

[ Du coup, j'ai répondu ! Je pense qu'on peut plus ou moins reprendre notre ordre de passage initial Wink ]








Pourquoi est-ce qu'elle parlait à un loup ? Un animal ne pouvait pas comprendre les paroles, n'est-ce pas ? Il ne pouvait pas avoir conscience du sens des mots, de la tournure des phrases... Si ? Elle ne savait pas trop, et elle s'en fichait : elle se sentait un peu plus légère, même si un chouilla honteuse de s'être confiée à un canidé.

Pourtant, quand elle leva les yeux vers le loup au pelage gris, elle détecta dans le fond de ses prunelles une intelligence presque humaine. Non, Humaine. Parce que Darwen devait être là, quelque part ; elle espérait au moins qu'il l'avait entendue...

Non, elle n'espérait pas.
Elle se sentait soudain imbécile, à genoux devant le grand prédateur, et cligna plusieurs fois des paupières. Tout ce qu'elle avait dit était vrai, mais elle regrettait de l'avoir dit : en quoi cela pouvait l'aider d'en parler ? Personne ne pouvait vraiment la comprendre. Personne n'avait eu à faire avec un pouvoir qui le dépassait, qui n'était pas vraiment lui, qui pouvait se retourner contre lui, sans qu'il ne soit soi-même.

Parce que pour elle, Darwen et le loup étaient les deux faces d'une même pièce. Ils étaient nés ensemble, avaient grandi ensemble, s'étaient sans doute détestés, mais au final, ils n'étaient qu'un, et avaient toujours existé tous les deux, envers et malgré l'autre.
Sa Greffe n'avait jamais existé avant qu'elle sorte de la pièce avec le Mentaï. Ce n'était même pas une extension physique d'elle-même : elle aurait peut-être préféré avoir quelque chose de plus classique... Non. A l'instant où cette pensé traversa son esprit elle comprit que ce n'était pas le cas.
Parce qu'au final, cela la représentait bien, et elle sentait un certain écho dans tout son corps. Parce qu'elle aimait être capable de faire cela. Elle avait simplement peur d'elle-même justement, elle avait peur de trop aimer cela. De devenir un monstre qui ne rechignerai plus devant aucun sacrifice, aucune méthode, sans conscience ni culpabilité. Une sociopathe ou quelque chose comme ça. Déjà qu'à la base elle n'était pas spécialement assaillie par les remords et que tuer ne lui faisait même pas faire de cauchemards !

S'ébrouant, Kaünis prit une grande inspiration. Mais alors qu'elle allait se redresser, un contact humide la surprit. C'était la truffe du loup qui venait de se glisser dans son cou, elle sentait sa respiration tranquille contre sa peau et se figea. Mais l'animal se contenta de lui donner de petits coups de tête qu'elle aurait qualifiés d'affectueux, avant de la lécher doucement pour avaler ses larmes.
Hoquetant d'étonnement, l'Envoleuse tourna son regard vers le grand canidé alors qu'il s'asseyait devant elle et lui posait une patte sur son genou.
Lentement, la jeune femme leva le bras droit et glissa ses doigts dans la fourrure soyeuse du loup. Un long frisson la parcourut quand sa paume rencontra le duvet doux contre la peau de l'animal, et elle ferma les yeux pour apprécier ce moment. Ses doigts glissèrent contre les poils du loup, caressant d'abord son flanc puis son échine, s'invitant quelques secondes sur le sommet de son crâne puis le long de sa truffe, avant de repartir dans les poils fournis de sa joue. Sous ses carresses, des reflets bleutés jouaient avec le peu de lumière qui restait dans les rues d'Al-Chen.

Elle poussa un long soupir, se rendant compte que les larmes avaient repris de plus belle sur ses joues. Mais ce n'étaient plus les mêmes larmes, et le contact soyeux de la fourrure du loup sous ses doigts était ennivrant. Prenant une inspiration, elle réussit à finir par se détacher, et adressa un sourire à l'animal.

- Merci...

Revenant à sa position initiale, assise sur ses talons, Kaünis se redressa lentement. Malgré l'humidité de ses yeux, un large sourire illuminait son visage.

- J'aimerais retrouver Gil. Tu veux faire quoi ?

Elle venait de prendre la résolution d'être au moins parfaitement directe avec Darwen ou le loup. Pour être sûre qu'il n'y ai pas de malentendus, que tout soit clair pour elle, et peut-être pour lui. Même si elle savait qu'elle pouvait être contradictoire avec elle-même en quelques secondes à peine : elle n'était pas forcément logique, mais sûre d'elle.

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"She is delightfully chaotic ; a beautiful mess.
Loving her is a splendid adventure
"

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]   Jeu 16 Avr 2015, 19:45

Libertée avait l'impression de flotter. De flotter doucement, se laisser porter par les vagues de bonheur qui ne cessaient de s'écraser contre elle, contre son corps, contre son esprit, qui submergeaient langoureusement sa respiration et toutes les autres sensations qui auraient pu lui paraître plus réelles.
Elle baignait dans un bain de félicité, se sentait à la fois épuisée et excitée, en pleine forme et pourtant cassée jusque dans son ventre.

La sensation de Suviyo contre sa poitrine, contre son sein, celle de ses petites lèvres, de ses gencives édentées contre elle, buvant son premier lait… Il y avait quelque chose d'indescriptible, de complètement fou. Libertée pouvait sentit les petits battements de son coeur, si rapides, comme ceux d'un petit oiseau que l'on vient de cueillir entre ses doigts, dans ses paumes.
La courbe du crâne de la petite était toute douce, recouverte d'un fin duvet encore légèrement poisseux, mais la jeune maman s'en fichait. Elle posait ses lèvres sur cette petite tête, tenait sa fille contre elle… Et c'était juste ça.

Relâchant les muscles de sa nuque, elle laissa sa tête aller contre le torse de Gil, un sourire épanouis et éblouissant sur les lèvres. Elle entendit la femme sortir de la grange, et lorsqu'elle disparut dans l'encadrement de la porte, l'homme se pencha vers sa fille.


- Bonjour, alors c’est toi, le petit haricot que je pouvais sentir gigoter sous ma main ? 

Le sourire sur les lèvres de Libertée s'agrandit encore, et elle tenta de se redresser. En vain. Elle sentait qu'elle n'avait plus aucune force, et pour la première fois de sa vie elle ne s'en soucia pas. Elle se sentait en sécurité, Gil à ses côtés.

- Elle est tellement jolie...

Libertée opina, imcapable de parler : sa bouche était pâteuse, sa langue râpeuse. Mais elle serra un peu plus la petite contre elle, et quand Gil déposa un baiser sur son front, elle se laissa aller.

Des larmes de bonheur brillèrent dans l'obscurité de la grange.


♥ ♥ ♥



Libertée se réveilla doucement, mais elle eut l'impression que quelque chose l'avait éveillée quand même. Ouvrant une paupière puis l'autre, elle se demanda un instant ce qui aurait pu la tirer de son sommeil alors qu'il n'y avait personne dans la grange autour d'elle.
Puis, un tout léger gémissement, un tout petit souffle, la réveilla complètement, comme si un tremblement de terre venait d'ébranler le monde entier. Suviyo serra sa petite main autour de l'index de la marchombre, si fort qu'elle en fut surprise, mais ne tenta pas de se dérober. Une nouvelle vague de chaleur palpitait dans son ventre, et elle sourit doucement.

Ce fut à cet instant que Gil et la femme – Angela donc – entrèrent à nouveau dans le bâtiment, et Libertée adressa un sourire épuisé à l'envoleur malgré sa sieste improvisée.
Ils rejoignirent la maison d'Angela tant bien que mal. Finalement, c'était Gil qui avait pris Suviyo, et Libertée s'accrochait désespérément à lui pour ne pas tomber, bien que la femme essayait de la tenir de l'autre côté pour ne pas gêner le papa.

La nuit avait fini par tomber, et Libertée, confortablement écroulée dans un fauteuil, observait Gil qui ne cessait de s'agiter. Il faisait les cents pas, et à vrai dire, malgré la respiration tranquille et profonde de sa fille contre son torse, il l'angoissait.


- Gil, s'il te plait, assis-toi. Ça m'épuise de te voir t'agiter comme ça…

Sa voix fatiguée illustrait sans doute parfaitement son état émotionnel, mais elle sourit tendrement à son compagnon.


- Ne t'inquiète pas. Kaünis s'est toujours parfaitement débrouillée toute seule. Ils vont arriver.

Pouquoi ils ?
Parce que Libertée avait l'intime conviction, instinctivement, que le jeune apprenti marchombre serait avec elle. Avec le recul, elle se rendait compte que les deux jeunes gens semblaient se connaître, et qu'il y avait un malaise entre eux : ils devaient régler leurs problèmes entre eux.
Evidemment, elle ne se doutait pas une seule seconde que Gil avait vu Kaünis face à un loup. Mais bon, cela ne changeait pas grand-chose : elle savait que l'envoleuse se débrouillerait seule.

Aucun doute là-dessus.

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Le froid est pour moi le prix de la liberté... [ PV Darwen, Gil & Lib ]
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