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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Ven 30 Oct 2015, 13:30

Gil avait longtemps vécu seul.
A la mort de ses parents – et d’une certaine manière, de Manaël – il s’était renfermé sur lui-même, n’acceptant plus ni dépendance ni liens de la part de qui que ce soit. Seren n’étant pas un homme ordinaire, sa vision des choses rejoignait suffisamment l’état d’esprit morose de Gil pour qu’il ait fait le choix de le suivre. Certes, le maître et l’élève avaient tissé ce qui ressemblait vaguement à de l’amitié, mais ils avaient toujours fonctionné d’une façon très libre, comme si leur duo ne signifiait rien. Peut-être Seren avait-il compris à quel point Gil était une âme solitaire. Une fois libéré de sa formation auprès de l’Envoleur, Gil s’était appliqué à ciseler son monde de solitude. Il avait croisé beaucoup de monde, des gens souvent peu recommandables, et parfois – rarement – loyaux et sympathiques. Ceux-là, Gil les avaient côtoyé un petit peu… avant de reprendre sa route. Il avait toujours repris sa route, ne s’était jamais posé plus de quelques jours au même endroit, appréciant cette vie sans attaches, sans complications. Sans choix. Et puis…

- Bon, tu fais quoi, là, tu nous chies une pendule ou bien on peut y aller ?

Ramené au présent par l’impatience clairement visible de Juhen, Gil soupira. Et puis voilà, quoi. Maintenant, j’en suis là. Là, c’est-à-dire à l’est des collines de Taj, lancé une fois de plus dans une quête périlleuse, une course contre la montre et contre la mort… en compagnie de l’homme qui pouvait se vanter de lui taper sur les nerfs comme personne dans ce monde. A part Kaünis, bien sûr.

- Pars devant, je te rejoins.
- Mon œil. Tu vas en profiter pour me semer.
- Quelle bonne idée, tiens…


Gil glissa son pied dans l’étrier et se hissa sur le dos de Chante-Brume. Puis il grimaça et massa sa nuque raide, insistant à l’endroit où la pointe empoisonnée avait fait son sinistre travail.

- Allons-y, marmonna-t-il, redevenant soudain sérieux.

Il claqua doucement de la langue et laissa sa jument adopter un rythme tranquille. Son calme impressionnait Juhen, qui se contenta de hocher la tête avant de calquer son allure sur la sienne. A sa place, il n’aurait pas pu se résoudre à une telle sérénité ! Si c’était lui qu’on avait empoisonné, il aurait galopé à bride abattue jusqu’à l’antidote… Pas Gil. A raison, sans doute, car Juhen n’était pas complètement idiot : s’ils progressaient à cette vitesse, c’était justement pour économiser leurs chevaux. Ceux-ci ne pouvaient pas galoper indéfiniment. De son côté, Gil était bien loin de ressentir cette sérénité apparente. A l’intérieur, il bouillait littéralement. De colère et d’impuissance. Il ne digérait toujours pas d’être tombé dans un piège aussi grossier. S’il n’avait pas été distrait par la naissance de Suviyo, il aurait pu éviter l’embuscade qu’on lui avait tendue à Al-Jeit… A présent, il luttait pour repousser l’éventualité que la Silencieuse allait avoir raison de lui.

C’était un poison qu’il connaissait bien. Afin de lui enseigner comment reconnaître et combattre certains de ces produits dangereux, Seren n’avait pas hésité à les lui faire ingérer. Ce qui expliquait pourquoi il avait été si souvent malade au cours de sa formation… Il avait découvert la Silencieuse après deux ans passés auprès de son mentor. Cette saloperie l’avait fichtrement secoué, jusqu’à ce que Seren, dans un moment de clémence, ne lui donne l’adresse d’une herboriste à Al-Jeit. Herboriste qui se trouvait être une femme complètement folle à lier et qu’il avait passé un temps fou à chercher, avant de finalement la dénicher dans un quartier pauvre de la cité. Il se rappelait d’une vieille peau acariâtre et déjantée, qui avait pris un malin plaisir à marchander avant de lui soumettre l’antidote. C’est elle que Juhen et lui recherchaient depuis trois jours. Gil était retourné dans ce quartier d’Al-Jeit où il l’avait trouvée la première fois. Sa déconfiture avait été de taille lorsqu’il était tombé sur une note placardée sur la porte :

Partie me ressourcer dans l’ouest de l’ouest. Vous avez besoin de moi ? Et bien, venez me chercher ! Sinon laissez-moi un message, et je vous contacterai quand je rentrerai. Ou pas.
Ahah.


Vieille folle, songea Gil en serrant les dents. Il n’avait pas le temps de jouer à cache-cache, ses jours étaient comptés : il avait calculé qu’il lui en restait deux avant d’être épouvantablement malade. Les étourdissements avaient commencé la veille. Ce matin-là, il s’était levé fourbu comme après trois heures de course intensive. La Silencieuse faisait son effet. Et contrairement à la première fois, il n’en avait pas reçu une dose infime : ceux qui l’avaient empoisonné souhaitaient le faire souffrir. L’Envoleur n’avait eu d’autre choix que de mentir à Libertée pour la préserver. Il ne lui avait pas parlé du poison, redoutant davantage l’emportement de la marchombre que l’effet mortel de ce dernier ; c’était de bonne guerre, car sa compagne n’avait pas besoin de se mettre en colère ni de s’inquiéter outre mesure. L’accouchement de Suviyo, les complications qui s’étaient ensuivies l’avaient fatiguée. Pour qu’elle se repose vraiment, il l’avait ramenée chez eux, puis avait prétexté un cours avec Syles. C’était faux, il ne reverrait pas son apprenti avant que celui-ci ait passé son Ahn-Ku, mais c’était le seul moyen de quitter Libertée sans éveiller de soupçons. Et ça l’avait tué, parce qu’il aurait nettement préféré rester avec elle. Avec elles.

Suviyo lui manquait. Elle avait naturellement trouvé sa place en lui, au fond de son cœur, de sorte qu’il souffrait bien davantage de ne pas la voir que du poison qui coulait dans ses veines. Pour passer le temps, lorsqu’il n’était pas occupé à taquiner Juhen, il se représentait ses traits fins et délicats, ses oreilles minuscules, la courbe de son petit nez, l’ourlet de ses lèvres, la douceur de sa peau, sa fragilité. Jamais il n’aurait cru pouvoir s’attacher à un être aussi petit, ni ressentir pour lui un amour aussi démesuré. Gil ne vivait plus seul, désormais. Il faisait partie d’une famille, et c’est peut-être ce besoin de liens auxquels il s’était habitué qui l’avait poussé à trouver Juhen. Celui-ci n’avait pas été surpris de le voir, mais ce qu’il avait appris l’avait terriblement inquiété. Il n’avait pas hésité à l’accompagner dans cette quête insensée. Rassuré par sa présence à ses côtés, Gil secoua la tête et repoussa les sombres pensées qui l’assaillaient. Il n’était pas encore prêt à mourir, et il allait le prouver !



*



- Qu’est-ce que c’est ?
- Sais pas. Bouge pas, je vais voir.


Juhen mit pied à terre et s’approcha prudemment du tas qui leur barrait la route. Il se pencha et grimaça.

- Yerk !
- C’est vivant ?
- Je suppose que ça l’a été, mais plus maintenant. On dirait que ça a été mâchouillé un moment avant d’être recraché.


Tenant le cheval de son ami par la bride, Gil fit avancer Chante-Brume de quelques pas. La jument était nerveuse et lui aussi.

- Indigestion ? Le truc qui a bouffé ce machin ne l’a pas supporté ?
- Peut-être, mais j’aime mieux pas imaginer quel truc a bien pu faire ça,
soupira Juhen en se redressant.
- C’est pas les trucs qui manquent, ici, approuva Gil en balayant les environs du regard.

Comme pour lui donner raison, un rugissement retentit non loin de là. Du genre pas très amical.

- On devrait filer, murmura l’Envoleur en portant la main à sa ceinture.

Un groupe d’oiseaux s’envola, effrayant Chante-Brume qui recula et renâcla.

- Maintenant, gronda Gil.

Juhen bondit en selle et les deux hommes s’éloignèrent rapidement.



*



- Gil.

Il battit des paupières et redressa la tête ; près de lui, Juhen tenait les guides de Chante-Brumes et l’observait avec inquiétude. Gil comprit qu’il s’était assoupi en selle. La nuit tombait sur les collines. Devant eux, la forêt de Barail était une masse sombre et monstrueuse qui s’étirait sur tout l’horizon.

- Ça va ?
- Au poil,
répondit Gil en bâillant. On continue ?
- Tu as besoin de repos.
- D’un petit remontant, plutôt. Il faut continuer, Juhen.
- Pas ce soir,
répliqua ce dernier d’un ton ferme. Moi aussi je fatigue, je te signale. On va s’installer sous les premiers arbres.
- Fatigué ? Toi ? Tu ramollis, mon vieux.
- Et toi tu ferais mieux de la fermer avant que je t’assomme.
- Tu peux toujours essayer…


Moins d’une heure plus tard, les deux hommes atteignaient la lisière de la forêt. Gil s’occupa des chevaux pendant que Juhen récoltait de quoi faire une bonne flambée. Leur cohésion se passait de mots, hormis quelques boutades par-ci, par-là, et brillait par leur efficacité ; Gil s’adossa avec soulagement à la selle de Chante-Brume qu’il avait posée près du feu, et regarda Juhen s’affairer.

- Tu devrais te trouver une femme, lança-t-il en souriant à demi. Tu as déjà tout du parfait mari, qui sait coudre et cuisiner comme personne !
- Je devrais surtout te coller mon poing dans la figure,
marmonna Juhen, occupé à réparer l’un de ses sacs troués.
- Pourquoi ?
- Tu causes trop. T’étais plus silencieux, avant. C’est Libertée qui t’a appris à parler autant ?
- Syles,
répondit Gil.
- M’étonne pas. Ce gamin est un épouvantable bavard. Tu parviens à lui enfoncer quelque chose dans le crâne ?
- C’est plus facile qu’avec toi, oui…


Le sac – vide, heureusement – atterrit sur le visage de Gil, qui gloussa avant de le lui retourner. Son gloussement se transforma en une toux qu’il finit par contrôler, mais qui ne laissa pas Juhen dupe.

- Tu t’affaiblis, murmura-t-il en posant le sac sur le sol pour pouvoir retourner la broche sur le feu.

Gil haussa les épaules. Et alors ? C’était dans la logique des choses… Il allait sur cette voie jusqu’à ce qu’il mette la main sur cette fichue bonne femme et son fichu antidote.

- Réveille-moi dans trois heures, demanda-t-il à Juhen lorsque le moment fut venu pour eux de se reposer. Plus vite on repartira, plus vite on trouvera mon remontant.

Un peu moins de trois heures plus tard, Gil se réveilla en sursaut. Il se redressa à moitié sous ses couvertures et jeta un coup d’œil à sa gauche ; Juhen ronflait paisiblement. L’Envoleur se passa une main sur le visage en soupirant, puis il se glissa hors de sa couche et se leva. Si ne c’était pas son ami qui l’avait tiré du sommeil, alors qui ? Silencieux comme une ombre, il se faufila entre les arbres et s’éloigna de la lueur des flammes pour s’enfoncer dans la nuit. Il marchait à pas lents, tous ses sens en alerte. Un frémissement le fit s’arrêter un instant. Le cœur battant, il tira un poignard de sa ceinture et se remit à progresser à pas de loup dans le sous-bois.



[Eeeeet c'est reparti ! ordi]

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



[Absent du 20/10 au 03/11]
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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Mer 04 Nov 2015, 17:37

Giliwyn SangreLune. Là, juste là. Il était juste là, à quelques mètres à peine mais il ne le voyait pas. L’obscurité de la nuit jouait en sa faveur, malgré la faible lumière des flammes dansantes d’un feu crépitant doucement qui perçait entre les arbres. L’homme plissa les yeux, pivotant légèrement sur ses appuis. Serrant les dents, si fort qu’il sentit un léger goût de fer envahir sa bouche, il essayait de calmer la colère qui faisait bouillir ses veines. Le rythme de son cœur s’accéléra imperceptiblement alors qu’il hésitait. L’Envoleur aux yeux vairons était à sa merci et voilà des années qu’il rêvait de lui infliger une bonne raclée – juste pour lui apprendre le respect. Pour le punir d’avoir été un lâche. SangreLune était là, continuant de s’approcher à pas lents de sa cachette. Alors pourquoi hésitait-il ?



≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Deux semaines plus tôt




Ma fille blottie tout contre ma poitrine dans le porte bébé que j’avais improvisé quelques jours plus tôt, j’effleure du bout des doigts la poignée. La main tremblante, j’hésite un instant. Avant de prendre une profonde inspiration et finalement pousser la porte. Me mordant la lèvre inférieure, je pénètre alors dans un monde figé dans le temps. Une forte odeur de poussière règne dans cette chambre mais, surgissant soudain de lointains souvenirs, je peux entendre les rires de Seth et Morgan. Remuant doucement dans son sommeil, Soahary émet un petit couinement, me tirant un petit sourire attendri. Avant que je ne revienne à la réalité de cet endroit, aussi froid que la mort.

Je t’aime murmure la voix de Pan dans ma tête, tandis que je conserve un silence presque religieux. Si cette maison fut autrefois la mienne, elle ne renferme plus aujourd’hui que mes cauchemars les plus sombres. La présence de Morgan, Thiméo et Louanne imprègne encore ces lieux. Leur mort brutale avait ouvert une plaie béante au plus profond de moi, contribuant à forger celle que je suis devenue : une femme sauvage, méfiante, qui se targuait jusqu’il y a peu, de n’avoir besoin de personne. Une femme qui s’était longtemps murée dans sa forteresse de crainte et de souffrance. Mais les récents évènements – la naissance prématurée de ma fille – m’avaient fait comprendre une chose. Si je veux enfin avancer sereinement et prendre à nouveau le contrôle de ma vie, malgré la maladie qui me consume à petit feu, il faut que je tourne cette page définitivement.

Humant une dernière fois l’atmosphère, empreinte d’une odeur de poussière mêlée à celle du bois vieilli, je glisse ma main dans ma poche pour en sortir une boîte d’allumette. Non sans une boule d’émotions au fond de la gorge, c’est toutefois avec détermination que j’en craque une et la jette au milieu de la chambre, sans une once de remords. Aussitôt les rideaux s’enflamment, laissant échapper une épaisse fumée. Sans traîner, je rebrousse chemin dans le couloir afin d’éviter à ma fille d’être intoxiquée. D’un pas décidé, je dévale les escaliers quatre à quatre tandis que l’incendie se propage rapidement. Sans me retourner une seule fois en arrière, je quitte cette maison en arrière d’une démarche féline. Dans la rue, je sens déjà plusieurs regards éberlués se poser sur moi tandis que le brasier s’étend peu à peu, dévorant tout sur son passage.


- « Impressionnant ! » s’amuse Sen tandis que je vide ma pinte d’un trait « Vraiment très impressionnant, on peut voir la fumée depuis l’autre bout de la ville »

Haussant un sourcil, un léger sourire effleure mes lèvres alors que je repose mon verre vide sur la table. Comme chaque soir, l’ambiance à l’auberge du Chat débusqué bat son plein ; mais isolés dans un coin sombre de la salle, notre présence passe complètement inaperçue au milieu de la viande saoule. Secouant la tête toute seule, je soupire un instant.

- « De toute façon, cette maison ne manquera à personne… » fis-je en haussant les épaules d’un air nonchalant.
- « J’imagine que tu sais ce que tu fais » murmure mon ancien mentor « Si ça peut te permettre d’avancer enfin sans craintes… »

Il me reste quand même une dernière chose à régler avant que tout ne soit complètement derrière moi faillis-je corriger en songeant soudain à Gil. Notre histoire m’avait fait peur. Effrayée même, d’autant plus que je n’avais alors plus aucune estime de moi. Sans le dire à personne, j’avais eu l’impression de vivre un autre cauchemar, étrangement similaire à celui qui hantait mes nuits depuis de longues années. Et lorsqu’à la naissance complètement inopinée de Makeno, il avait lâchement fui au moment où j’avais le plus besoin de son soutien – pas nécessairement en tant qu’amant, mais au moins en tant qu’ami, adulte et responsable – cela avait ravivé des blessures que je pensais avoir oublié. Il a encore plusieurs mois, l’Envoleur se prétendait mon ami, mais comme d’habitude il avait disparu dans la nature sans donner le moindre signe de vie. Il fallait que je mette les choses à plat avec lui – j’avais commencé à m’ouvrir un peu avec Pan et l’arrivée mouvementé de Soahary avait fait sauter un verrou au plus profond de moi. Mais au fond, c’était avec Gil qu’il fallait que j’ouvre cette porte.

- « SangreLune, c’est lui qui te tracasse autant ? » demande soudain Sen, comme si de rien n’était « T’as toujours ce petit air grave quand tu penses à lui » ajoute-il dans un soupir.
- « Je ne peux rien te cacher… » confirmais-je avec une petite moue que Pan trouvait toujours absolument adorable.

Tapant brusquement du plat de la main sur la table, l’Envoleur se redresse quelque peu sur sa chaise, apparemment agacé.

- « J’arrive pas à croire que tu sois toujours autant attaché à cette face de Raï ! » s’exclame-t-il en essayant de contenir cet élan de colère faisant bouillir ses veines.
- « Et à ce que je constate, tu ne l’apprécie toujours pas » rétorquais-je d’un ton sec.
- « Quand je lui aurai expliqué la vie à grands coups de poings dans la gueule, je reconsidèrerais peut-être la question… » ironise Sen avant de reprendre plus sérieusement « Naïs, ce type ne va t’attirer que des ennuis »
- « Tu sais très bien que je n’ai pas besoin de Gil pour m’attirer des problèmes » plaisantais-je.
- « Je sérieux » souffle mon ancien mentor « Ecoute, j’ai infiltré un réseau il a plusieurs semaines, impliqué dans toutes les sales affaires de l’Empire. Or il se trouve que leur chef en a après SangreLune » murmura-t-il hâtivement.
- « Et alors ? En quoi cette histoire me concerne ? »
- « Ces types ont déjà eu vent de l’existence de sa fille à peine née… » avoue Sen tandis que je hausse un sourcil.
- « Et ? » interrompis-je d’un ton presque insolent.
- « Et il n’y a pas de doutes qu’ils aient aussi appris l’existence de Makeno ! » s’exclame-t-il.

Croisant les bras sur ma poitrine, j’observe quelques secondes de silence avant de lever le menton fièrement en signe de défi.

- « Si ces hommes sont si bien renseignés, ils devraient aussi savoir que Gil ne s’est jamais occupé ni inquiété de ce gosse ! » soupirais-je en me mordant la lèvre inférieure.



Gil ne s’est jamais occupé ni inquiété de ce gosse ! Les paroles de Naïs à l’auberge du Chat débusqué résonnèrent un instant dans sa tête. Refermant ses doigts autour de la garde de son poignard, Sen fulminait littéralement. SangreLune était là. Juste là. Pourtant, protégé par les ombres, l’Envoleur ne fit aucun mouvement. Ça le démangeait vraiment à tel point qu’il sentait pulser une excitation presque prédatrice dans ses veines. Mais il n’était pas là pour tabasser SangreLune – il en aurait l’occasion bien assez tôt ! S’il avait fait tout ce voyage, c’était pour Naïs – et seulement elle. Et il ne pouvait pas se permettre de perdre une seule seconde dans sa course contre le temps. Contre la mort.



≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Deux semaines plus tôt




Trois semaines se sont écoulées depuis la naissance de Soahary – cette nuit-là avait d’ailleurs bien failli m’emporter. Et si aujourd’hui je parviens à donner l’impression de retrouver tranquillement une bonne forme physique, je ne me fais toutefois pas d’illusion. Ma maladie est en train de progresser lentement mais sûrement. Je m’en suis rendue compte il y a deux jours – ou peut-être trois – lorsque j’avais commencé à cracher du sang. Oh, pas grand-chose, mais juste assez pour m’inquiéter. Heureusement, Pan était alors retourné au Domaine pour retrouver son apprentie – ainsi, il ne s’inquièterait pas outre mesure. Malgré tous mes efforts, Miin – de passage dans la capitale – ne fut toutefois pas dupe.

Il faut bien l’avouer, cet homme force mon respect. Et même si je ne le connais pas encore très bien, je lui voue une confiance sans faille. D’ailleurs, il est probablement le seul à pouvoir se vanter de m’avoir apprivoisée aussi rapidement et facilement – au point que j’en oublierais presque qu’il est aussi le père de la fille que j’apprécie le moins dans tout l’Empire.

Evidemment, le marchombre avait mené sa petite enquête, puisque les recherches de Moryqane dans la bibliothèque de sa confrérie n’avaient abouties à rien de concluant. Il avait fini par trouver, tout à fait par hasard, l’adresse d’une herboriste des bas quartiers de la ville. Dùnhild. Selon les rumeurs, c’était une vieille folle lunatique mais que personne n’osait contrarier car elle était un peu magicienne ; certains superstitieux craignaient même que Dùnhild ne les transforme en crapauds avec l’une de ses étranges potions.

Partie me ressourcer dans l’ouest de l’ouest. Vous avez besoin de moi ? Et bien venez me chercher ! Sinon laissez-moi un message, et je vous contacterai quand je rentrerai. Ou pas. Ahah.



Le léger espoir qui avait guidé mes pas jusque dans cette petite rue d’Al-Jeit se mue presque aussitôt en déception alors que je découvre la note placardée sur la porte de l’herboristerie. Soupirant, je pince un instant les lèvres en une moue contrariée avant d’être prise d’une quinte de toux formidable. Presque pliée en deux les mains sur les genoux, crachotant de petits caillots de sang, il me faut plusieurs longues secondes avant de réussir à reprendre mon souffle. Me redressant, non sans difficulté, je vacille un instant. Et alors que je sens le regard interrogateur de Makeno levé sur moi tandis que sa petite main se glisse dans la mienne, je perçois enfin leur présence. Trois hommes. Apparemment pas très pacifiques.



Une course contre la mort non seulement pour Naïs qui ne parviendrait pas à lutter longtemps contre cette maladie qui la rongeait, mais aussi pour Makeno qui se battait de toutes ses petites forces contre le poison qui coulait dans ses veines. Dùnhild, la vieille herboriste restait son meilleur espoir : c’était elle qu’il cherchait depuis un peu plus d’une semaine. Pestant en silence autant contre Giliwyn SangreLune que contre ceux qui en avaient après lui, l’Envoleur se massa doucement les tempes. Il ne savait plus trop quoi faire à vrai dire ! Il se souvenait encore de l’état dans lequel il avait ramassée son ancienne apprentie.

*


Deux semaines plus tôt



Il essayait d’être le plus doux possible, mais sous ses doigts la jeune femme frissonnait à son contact. Makeno s’était lové tout contre sa mère – il ne dormait pas, mais il était clairement épuisé. Sen fronça les sourcils et se racla la gorge en levant les yeux pour croiser les beaux yeux dorés de Naïs.

- « Qu’est-ce qu’il s’est passé bon sang ? » demanda-t-il, avec une pointe d’inquiétude dans la voix.
- « J’en sais rien… » soupira l’Envoleuse « J’ai pas trop compris ce qu’ils voulaient. Je crois qu’ils en voulaient à Gil » précisa-t-elle toutefois en essayant de rassembler ses idées comme elle le pouvait.

L’homme secoua tout seul la tête : si ce que Naïs disait était vrai, elle avait de la chance d’être encore en vie. Il l’avait pourtant prévenue, mais elle ne l’avait pas écouté. C’était un miracle qu’elle ne s’en tire qu’avec une côte fracturée et quelques hématomes. Mais Sen s’abstint de lui faire la remarque : elle devait s’en vouloir sans doute assez comme ça.

- « Maman, j’ai mal à la tête » se plaignit soudain Makeno.

Le petit garçon venait de lever ses grands yeux vairons sur sa mère. Sen observa son ancienne apprentie tâter le front de son fils avec une extrême douceur, du dos de la main. Elle se figea presque aussitôt. Et Sen sut que quelque chose n’allait pas.

- « Il est brûlant de fièvre… » murmura-t-elle en dégageant quelques mèche noires du front de Makeno.

Entreprenant d’examiner Makeno, Sen nota rapidement que l’enfant ne semblait pas avoir été blessé, si ce n’est une petite coupure sur l’avant-bras. Cherchant dans sa mémoire, le sang de l’Envoleur se glaça littéralement lorsqu’il comprit.


La Silencieuse.

*


Une demi-seconde. C’est ce qu’il fallut finalement à l’homme pour prendre une décision. Bondissant sur ses pieds, il fondit tel un boulet de canon sur SangreLune et le cueilli sous le menton d’un puissant uppercut. Tout se déroula en moins d’une minute et l’Envoleur aux yeux vairons se retrouva adossé contre un arbre, le fil de sa propre lame sous la gorge. Il était à sa merci et Sen n’avait plus qu’un geste à faire pour achever de soulager sa colère. Il allait le faire. Il était décidé à le faire. A l’égorger comme un porc. Mais une petite voix l’arrêta net dans son geste.

- « Sen… » gémit Makeno, les yeux brillants de fièvre « Maman est encore malade… »



[C'est reparti  ]

__________________________________________




Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Mer 04 Nov 2015, 20:57

[Je pars du principe que Juhen et Sen ne se connaissent pas, mais si quelque chose te gêne, dis-le moi !]



Gil se figea. Il ne percevait plus rien du tout. En alerte, il resta parfaitement immobile et scruta les ténèbres, l’oreille tendue, guettant ce qui l’avait tiré du sommeil et guidé jusqu’ici. Il pouvait très bien s’agir d’un animal, après tout cette gigantesque forêt en était infestée… Il allait finalement conclure sur cette évidence lorsque, tout à coup, quelque chose le percuta de plein fouet. Il sentit ses dents s’entrechoquer et partit en arrière ; son dos heurta le tronc d’un arbre alors qu’une poigne puissante se refermait sur son poignet armé. Il se retrouva coincé, sa propre lame pressée sur sa gorge, incapable de faire un seul geste sans se tuer dans la seconde. Son autre bras était solidement maintenu au-dessus de sa tête, poignet contre son crâne. Il ne pouvait pas utiliser sa greffe, si ce n’était pour en finir lui-même. Ce qui, au vu de la situation, était une éventualité non négligeable. Et merde. Le souffle coupé, Gil planta son regard dans celui, tout juste visible dans les ombres d’un large capuchon, de l’homme qui s’en prenait à lui. Un regard dur, déterminé. Un filet de sang perla le long de la carotide de l’envoleur.

- Sen… Maman est encore malade…

Makeno ??
Gil écarquilla les yeux, terrifié soudain à l’idée qu’il ne parvienne pas à s’en tirer pour protéger le petit garçon. Mais l’homme qui le tenait en respect avait lui aussi marqué un temps de surprise. Infime seconde de relâchement dont Gil profita immédiatement. Réagissant brutalement, il remonta son genou pour percuter le bas-ventre de son agresseur, le repoussant dans la foulée. Accompagna son geste d’un mouvement fluide et rapide ; il visait l’œil mais l’homme était véloce lui aussi, et l’acier du poignard déchira seulement le tissu de sa capuche. Pivota pour frapper de nouveau. Il aurait pu s’enfuir, regagner la lisière, chercher un terrain plus vaste, plus propice au combat… Pas sans Makeno. Décision inviolable qui brillait dans ses yeux tandis qu’il frappait son ennemi d’un coup de talon entre les côtes. Cet homme… Sa technique était parfaite, sans fioriture, sans ouverture. Une impression familière assaillit Gil, qui déployait lui aussi tout le savoir-faire acquis depuis des années. C’était un beau combat. En d’autres circonstances, il aurait été ravi de faire connaissance avec un guerrier aussi impressionnant. Mais la vie d’un petit garçon était en jeu. Ce dernier se retrouva soudain près d’eux.
Trop près.

- Eloigne-toi ! cria Gil en repoussant l’enfant d’une bourrade.
- Gil, attends… !

L’intervention n’avait pas duré plus de trois secondes, ce fut largement suffisant pour l’homme au capuchon. Avant de comprendre ce qui lui arrivait, Gil se retrouva durement plaqué au sol, l’homme à califourchon au-dessus de lui, l’un et l’autre luttant avec le poignard, Gil essayant de repousser la lame qui descendait inexorablement vers son œil…
Descendait encore…
Et encore…
Et…

- YAAAAAAAAH !

L’homme au capuchon leva la tête – trop tard. Lancé comme un boulet de canon, Juhen le faucha littéralement. Les deux hommes roulèrent au sol. Gil se redressa et attrapa Makeno dans ses bras.

- Tu n’as rien ? Tu n’es pas blessé ?
- Non ! Sen… C’est l’ami de Maman ! Il n’est pas méchant !
- Quoi ?


Perdu, Gil leva les yeux vers le nouveau duel en cours. Juhen était un excellent guerrier, rompu au combat au corps à corps depuis des années, mais la différence de niveau avec son adversaire était flagrante. Il aurait déjà pu mourir une dizaine de fois. Mais… Gil fronça les sourcils, troublé par ce qu’il distinguait dans l’ombre. L’homme au capuchon retenait ses coups – ceux qui étaient mortels, du moins. Il laissait Juhen lui tourner autour et attendait que ce dernier attaque le premier. Il ne se bat pas… il joue !

- Juhen !
- Occupé !
- Arrête.
- Deux minutes !
- Non, maintenant.


Juhen recula pour se placer hors de porter mais garda les poings levés, prêt à repartir à l’assaut. Gil chercha une dernière fois confirmation dans le regard de Makeno, puis se tourna vers l’homme au capuchon.

- Qui es-tu ?
- Sen Gil’Massek.


Gil sursauta. Il connaissait ce nom ! C’était celui d’un Envoleur à la sombre réputation. Un homme au moins aussi puissant, mystérieux et dangereux que Seren. La ressemblance de leurs prénoms était même troublante.

- Je n’aime pas qu’on se cache pour m’avoir, grogna Gil, soudain bouillonnant de colère.
- Et moi je n’aime pas les lâches dans ton genre, rétorqua aussitôt Sen.
- Espèce de…
- Gil !


Freiné dans son élan par le ton alarmé de Juhen, Gil se retourna ; son ami était agenouillé devant Makeno et soutenait le petit garçon.

- Il ne va pas bien…
- Makeno !
s’écria Gil en délaissant complètement Sen pour s’approcher d’eux. Qu’est-ce qui se passe ? Où est Naïs ?
- Dans la forêt… Elle est malade, et moi aussi je suis malade… J’ai mal à la tête…


Etait-ce parce que l’enfant venait de prononcer précisément ces paroles ? Gil ressentit soudain une violente migraine lui déchirer le crâne. Probablement le contrecoup du combat, songea-t-il en posant un genou à terre pour tâter le front de Makeno. Brûlant de fièvre.

- T’en fais pas bonhomme, dit-il en le prenant dans ses bras. On va soigner ça.
- Une seule personne le peut. Une femme du nom de Dùnhild. Nous la cherchons depuis plusieurs jours.
- Dùnhild ?


Gil tourna un regard surpris vers Sen. Celui-ci hocha la tête et fit glisser son capuchon en arrière, dévoilant enfin son visage et l’inquiétude qui brillait au fond de ses yeux.

- Makeno a été empoisonné par la Silencieuse. Nous avons très peu de temps.



*



Gil avançait entre les arbres. Dans ses bras, Makeno tremblait mais faisait tout son possible pour ne pas laisser transparaître sa souffrance. Les bras noués autour du cou de Gil, il avait posé la tête sur son épaule.

- T’étais où ? demanda-t-il d’une petite voix.
- De l’autre côté de l’Empire, là où les montagnes touchent le ciel et où la neige est aussi belle en été qu’en hiver.
- C’est pour ça que… tu n’es pas venu me voir ?
- Oui.


Gil réajusta la position du gamin dans ses bras, les dents serrés pour ne pas ralentir le pas. Il fixait les cheveux blonds de Juhen qui marchait devant lui et s’efforçait de suivre le rythme sans faiblir.

- Et toi, qu’est-ce que tu as fais de beau ? lança-t-il pour détourner l’attention de Makeno de la douleur qu’il pouvait lire sur ses traits.
- J’ai eu une petite sœur.

Gil trébucha et se rattrapa in extremis.

- Naïs a accouché ?
- Oui. Même que c’est Pan qui l’a aidée à naître, ma sœur.
- Bien joué, Monsieur Cornu !


Makeno gloussa et se mit à tousser. Soudain effrayé, Gil le serra un peu plus fort dans ses bras.

- Tiens bon, murmura-t-il en accélérant le pas.
- On arrive.

Sen avait surgit près de Gil, si soudainement que celui-ci sursauta et faillit tomber à nouveau. Enfer, ce type est aussi agaçant que Seren… Mais il était sincère et, cinq minutes plus tard, la lueur d’un feu de camp troua l’obscurité devant eux. Un campement de fortune avait été dressé dans une petite clairière.

- Maman…

Makeno s’agitait dans ses bras ; Gil le posa à terre et le regarda filer vers la première tente pour disparaître à l’intérieur. Juhen se tourna vers lui et le dévisagea un instant. Il avait un drôle d’air.

- Quoi ? grogna Gil.
- Rien. Juste…

Le guerrier secoua la tête, puis envoya son poing dans l’épaule de l’envoleur.

- Déconne pas, cette fois.

Gil ouvrit la bouche pour rétorquer qu’il ne voyait pas du tout ce qu’il entendait par-là, mais croisa alors le regard de Sen et se figea. Il y avait beaucoup de choses dans ce regard-là. Cet homme ne l’aimait visiblement pas. Gil soupira. Il en avait marre de se faire des ennemis partout où il allait… Il se dirigea vers la tente dans laquelle s’était engouffré Makeno mais s’arrêta devant l’entrée, soudain rattrapé par une vague d’appréhension. Puis il secoua la tête. Ce n’était pas le moment d’hésiter ! Soulevant le tissu de la porte, il se glissa à l’intérieur de la tente.

- Salut, Princesse…

__________________________________________

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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Jeu 05 Nov 2015, 17:51

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Une main appuyée contre un épais tronc d’arbre, l’autre posée sur mon genou, il me faut plusieurs longues secondes avant de retrouver souffle. Par la sainte culotte de l’Empereur ! Me redressant avec précaution, je passe doucement ma langue sur mes lèvres imprégnées de sang. Dépitée, je laisse échapper un petit rire nerveux en songeant que la vie n’est finalement qu’une vaste blague. C’est vrai, après tout, à chaque fois que les choses semblent aller mieux, elle nous prend par surprise au moment où l’on s’y attend le moins. Elle nous fait le pire des coups de pute. Envoleuse, guerrière et aventurière dans l’âme, c’est ironique de savoir que je suis probablement en train de mener mon dernier combat contre un ennemi invisible. Crachant encore un petit filet de sang, je passe une main sur mon visage pour me redonner un minimum de contenance.

Quelle n’est pas ma surprise, tandis que je me glisse dans la tente de constater l’absence de Makeno. Oh non ! Où a-t-il donc bien pu filer ? Passant mes doigts dans mes cheveux rebelles, je tente de calmer les battements de mon cœur qui venait de manquer de s’arrêter. Sen dans les parages, mon fils ne risque pas grand-chose, mais dans l’état où il est, il faut absolument que je le retrouve – qui sait ce que la Silencieuse peut avoir comme effet sur un enfant si jeune ? Toutefois, je n’ai pas le temps d’esquisser un pas pour sortir de la tente que le petit garçon s’y engouffre tel un boulet de canon.

- « Maman… » s’exclame-t-il d’une petite voix en enroulant ses bras autour de mes jambes.

Non sans stupéfaction – mêlé à une pointe d’inquiétude – je m’agenouille pour prendre Makeno par les épaules. Secouant la tête toute seule, je pousse un léger soupir de soulagement.

- « Mais où t’étais passé ? » demandais-je d’une voix peut-être un peu plus aigüe que je ne l’aurais voulu.
- « J’ai été chercher Sen » explique le petit garçon en baissant la tête d’un air penaud « Tu vomissais beaucoup, alors j’avais peur »
- « Hey » souris-je en prodiguant une douce caresse sur le front bouillant de l’enfant « Maman va bien, okay ? » mentis-je pour tenter de rassurer mon fils.

Croisant les bras, Makeno observe soudain un silence grave mais je n’ai pas le temps de me demander à quoi il pouvait bien songer à ce moment car la voix qui s’élève dans l’atmosphère me fait presque sursauter. Les yeux écarquillés de surprises, je me relève d’un bond. Gil !



Tu es ma meilleure amie. Ma seule et unique meilleure amie.
Deux petits mots si banals pouvaient-ils réellement définir une relation avec autant de nuances et de contrastes, au-delà de tout ce qu’il est possible d’imaginer ?


Gil ! Fermant les yeux, je n’ose pas me retourner immédiatement, partagée entre mes émotions et mes sentiments. D’un côté, je suis incroyablement heureuse de retrouver l’Envoleur – je mords la lèvre inférieure en réalisant qu’il m’avait manqué à un point que ça en faisait mal – mais de l’autre… Salut Princesse ? Retenant mon souffle, je fais brusquement volte-face. Non mais tu te fiche de moi ? Comme une force invisible qui m’attire en avant, j’esquisse un pas vers Gil. Tu disparais de nouveau dans la nature après tes belles promesses et tu reviens la bouche en cœur, comme si de rien n’était ? Plissant les yeux, je serre les dents pour tenter de juguler cette vague de colère. Mais ce n’est pas comme ça que ça marche ! Je ne suis pas ton bouche-trou bordel ! Il faut que je me calme. Il faut que… Il faut…

Trop tard ! La gifle avait fusé sans que je ne puisse la retenir. Si le claquement sonore de ma main contre la joue de Gil raisonne encore dans le silence de la nuit, ce geste apaise toutefois presque immédiatement ma colère. Et même plus, cela m’avait vidé. Levant imperceptiblement pour chercher le regard de l’Envoleur, le forcer à me regarder dans les yeux, je pince les lèvres dans une moue à moitié boudeuse.

- « Ça c’est pour avoir encore disparu pendant des mois, sans aucune nouvelle ! » expliquais-je avec aplomb.

Puis, le regard brillant, je lâche un petit soupir en me mordant la lèvre inférieure.  

- « Bordel, ce que tu m’as manqué ! » avouais-je d’une voix à peine audible en me jetant soudain dans les bras de Gil.





[Un peu court, mais j'aime ces retrouvailles court   ]

__________________________________________




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I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Sam 07 Nov 2015, 11:51

[En relisant tes réponses, je n'ai pas réussi à déterminer si Soahary était là ou pas ; du coup, je suis partie du principe que non. J'espère que ça te convient comme ça ? Je pense que c'est plus facile ainsi, mais si ça ne te va pas, tu me sonnes, okay ?]



Dans le cœur de Gil désormais, tout était parfaitement limpide. Il n’était plus amoureux de Naïs. Mais il était resté sous le charme de sa force et de sa beauté sauvage, de cette lumière qui émanait d’elle à chacun de ses mouvements, de la détermination avec laquelle elle accomplissait les choses. Charmé par son courage qui la poussait à avancer, toujours, et en dépit de tous les drames qu’elle avait déjà traversés. Par l’amour qu’elle avait pour ses enfants et sa façon bien particulière de sortir les griffes – dans tous les sens du terme – lorsqu’on osait s’en prendre à eux. Oui, il l’aimait, sa princesse, son Envoleuse au tempérament bien trempé qui la plongeait régulièrement dans ennuis ! Mais il n’avait jamais réussi à le lui prouver. Lui sauver la vie n’était visiblement pas suffisant…

Elle se tourna vers lui lorsqu’il entra et, lorsqu’il découvrit sa pâleur, sa maigreur, Gil sentit une poigne glacée se refermer sur son cœur. Naïs n’était plus que l’ombre d’elle-même ! Effrayé, bouleversé par cette image, il s’arrêta à quelques pas d’elle. Hésita. Soupira de soulagement lorsqu’elle s’approcha de lui, ouvrit les bras, et…

Vit quelques étoiles.



*



- Mais…

Sidéré, il porte la main à sa joue brûlante ; la claque résonne sous son crâne avec violence.

- Ça c’est pour avoir encore disparu pendant des mois, sans aucune nouvelle !

Silence.

- Bordel, ce que tu m’as manqué !

Il tressaille imperceptiblement lorsqu’elle se jette dans ses bras, pas certain de ne pas y perdre un œil ou une dent. Mais non. Cette fois, c’est bel et bien un câlin. Alors il referme les bras sur elle, pose le menton sur le sommet de son crâne, croise le regard perplexe de Makeno, lui fait comprendre, d’un seul regard, qu’il ne peut pas lui expliquer ce qui se passe parce qu’il n’y comprend absolument rien, ferme les yeux. Réalise. Comprend.
Murmure.

- Toi aussi, Naïs…



*



- Même si tu n’en crois pas un mot, ajouta-t-il en reculant juste assez pour l’embrasser sur la tempe.

Il fit un pas en arrière et, la tenant à bout de bras, l’observa un bref instant.

- T’as une sale gueule, lâcha-t-il finalement.
- Ça se dit pas !
- Non, pardon : t’as une vilaine gueule.


Makeno ouvrit la bouche, la referma… et éclata de rire. Un rire fragile, fatigué, mais qui ralluma des étoiles dans ses yeux brillants de fièvre. Mission accomplie, songea Gil en lui envoyant un clin d’œil complice. Enfin, presque.

- Naïs, je crois savoir où se cache cette vieille carne de Dùnhild. Mais nous devons nous mettre en route rapidement. La Silencieuse…

Gil regarda Makeno, qui s’était blotti contre sa mère. Il soupira.

- Enfin bref, faut se bouger. Juhen est dehors.

La surprise de Naïs amusa Gil. Oui, c’était intrigant, et alors ? S’il voyageait avec une face de Raï pareille, c’était bien pour passer le temps en le taquinant… Il lui emboîta le pas lorsqu’elle sortir, mais s’arrêta avant de passer le seuil pour frotter sa joue endolorie. Sale gueule peut-être, mais toujours autant de force dans le bras !



*



Le soleil qui se leva dans leur dos réchauffa un peu les voyageurs tandis qu’ils s’enfonçaient dans la forêt dense. Baraïl méritait bien sa réputation de bastion, de frontière végétale entre le territoire des Faëls et l’Empire ; moins sombre qu’Ombreuse elle était plus sauvage et bien plus dangereuse, habitée par des créatures qui, à cette heure matinale, avaient besoin de se mettre quelque chose sous la dent. Ou sous le croc. Les compagnons chevauchaient donc en silence, prêts à réagir si nécessaire. Juhen ouvrait la marche. Le guerrier aux mèches blondes et rebelles avait vertement rabroué Naïs lors de leurs retrouvailles, inversant les rôles : c’était à elle qu’on reprochait de n’avoir pas donné davantage de nouvelles. Même si, sous ses airs de brute et ses grognements d’ours, l’inquiétude de Juhen avait été nettement palpable au moment où il avait pris son amie dans ses bras. Elle le suivait le long du sentier, Makeno assis devant elle. Raide et silencieuse depuis qu’ils avaient pris la route.

Gil avançait juste derrière elle et ne la quittait pas des yeux. Il l’avait sentie si faible au moment de partir qu’il craignait à tout instant qu’elle tombe pour ne plus jamais se relever. Pas question, songea-t-il avec ferveur tout en repoussant les images qui lui traversaient l’esprit. Ça, je te l’interdis, Princesse ! Il se redressa légèrement sur sa selle et jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Seren lui retourna un regard dur, chargé d’une colère glaciale. Il ne fermait la marche que pour surveiller Gil, c’était clair. Et celui-ci n’appréciait pas du tout cette perspective. Il glissa machinalement les doigts vers le manche du poignard qui dépassait de sa ceinture. Seren eut un imperceptible haussement de sourcils. Bientôt, promis Gil en forçant les muscles de son bras à se détendre. On reprendra notre duel bientôt, Gil’Massen… Il se détourna de l’Envoleur et se concentra sur la trajectoire de Chante-Brume.

Il fallut s’arrêter en milieu de journée. Les hommes auraient voulu continuer sans halte, mais l’état de Makeno empirait et les forces lui manquaient : il avait besoin de se reposer. Naïs aussi, même si elle faisait comme si de rien n’était. En outre, les montures devaient faire une pause elles aussi.

- Cinq minutes, annonça Seren d’un ton sans appel.

Gil serra les lèvres pour ne pas laisser passer la réplique acerbe qu’il brûlait de lui sortir, mais Juhen s’approcha de lui pour lui glisser à l’oreille, suffisamment bas pour ne pas être entendu par Sen :

- Sans blague, il s’est autoproclamé chef de l’expédition ou quoi ?
- C’est un idiot,
lui répondit Gil sur le même ton. S’il y a bien une seule personne qui commande ici, c’est Naïs…
- Ouais. Les femmes ont ça dans le sang.


Un sourire mi-amusé, mi-catastrophé sur les lèvres, Gil fit un pas en avant, mais la main de Juhen sur son épaule l’arrêta dans son élan.

- Tu tiens le coup ?

Question à double sens, à laquelle l’Envoleur répondit d’un simple hochement de tête. Pour l’instant, oui, il tenait bon : son inquiétude pour Makeno et pour Naïs avait pris le pas sur sa propre peur de ne pas survivre à cette expédition. Il avait mal à la tête et sentait ses forces faiblir d’heure en heure, mais la douleur lui semblait lointaine et il parvenait en partie à l’ignorer. Il se dirigeait vers Naïs et son fils lorsque Sen se dressa devant lui. Gil se tendit.

- Quoi ?
- Comment se fait-il que vous cherchiez aussi cette femme ?
- Le hasard, je suppose…
- Un sacré hasard qui fait bien les choses. Et qu’est-ce que vous lui voulez ?


Ça te regarde ?

Du coin de l’œil, Gil vit Juhen hésiter. Il en profita pour lui couper l’herbe sous le pied.

- Cette vieille peau me doit de l’argent depuis pas mal de temps. Il se trouve que je suis en train de mettre de l’ordre dans mes comptes, alors…
- Je vois.


Evidemment, Sen n’était pas dupe. Mais Gil refusa de lui céder un millimètre de terrain lorsqu’ils s’affrontèrent du regard en silence, et quelques secondes s’écoulèrent sans qu’aucun des hommes de fasse le moindre geste. Puis Sen émit un petit claquement avec sa langue.

- On repart.

Gil le contourna pour rejoindre Naïs. Il passa la main dans ses longs cheveux noirs afin qu’elle le reconnaisse, et s’accroupit devant Makeno.

- Il faut continuer, bonhomme. Ça va ?
- J’ai mal…
- Je sais.


Moi aussi.

- On arrive bientôt, promit Gil en le soulevant dans ses bras. Il faut que tu sois fort et que tu tiennes bon d’ici là. Tu en es capable, tu crois ?
- Oui.
- C’est bien…
murmura l’Envoleur en le serrant contre lui.

Il attendit que Naïs soit montée en selle pour installer le garçon devant elle, s’attarda un instant, la main posée sur le mollet de la jeune femme.

- J’ai appris, pour ta fille, dit-il enfin. Je suis content. Moi aussi, tu sais, j’ai eu une petite fille…
- Elle s’appelle comment ?
demanda Makeno en ouvrant de grands yeux ébahis.
- Suviyo.
- C’est joli ! Et ça ressemble un peu à Soahary.
- Soahary,
répéta doucement Gil, appréciant les sonorités douces et chantantes.
- C’est ma demi-sœur, Suviyo ?
- Oui… heu, et ta cousine, aussi.


Voilà des liens bien compliqués ! Perplexe, Gil se demanda s’il n’était pas en train de s’emmêler les pinceaux, lorsque la voix sèche de Sen claqua comme un fouet dans son dos :

- Alors, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?

Mais je vais finir par te faire bouffer un arbre  si tu continues, toi, pensa Gil en fusillant l’intéressé du regard. Il se remit en selle et, après avoir échangé un regard entendu avec Juhen, reprit sa route. La conversation qu’il venait d’avoir avec Makeno tendit son esprit vers Libertée et Suviyo. Elles lui manquaient terriblement et le vide de leur absence était bien plus douloureux que le venin du poison qui coulait dans ses veines. Fatigué, il se força à redresser les épaules et à sourire pour Makeno. Il lui devait bien ça, après tout…

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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Lun 09 Nov 2015, 23:02

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

This is the end
Hold your breath and count to ten


Cela fait désormais plusieurs heures que Makeno dort d’un sommeil agité. Sa tête tout contre mon épaule, je peux sentir sa respiration faible et saccadée réchauffer imperceptiblement ma peau. La peur m’étreint un instant dans un étau glacé. Puissant. Et je serre les dents presque à m’en faire mal, plongeant la tête dans les cheveux en bataille de l’enfant pour respirer son odeur sucré. Des dizaines de questions se bousculent dans ma tête ; mais une seule revient toujours en boucle. Pourquoi ? Pourquoi Makeno ? Pourquoi mon fils et pas la fille de ma pimbêche de demi-sœur ?

Feel the earth moves and then
Hear my heart burst again

Secouant la tête toute seule, je serre un peu plus fort le petit garçon contre moi. C’est injuste ! L’espace de quelques secondes, le feu crépitant fait écho à ma colère, grondant sourdement au fond de moi. Frissonnant dans l’air frais de la nuit – une nuit sombre, sans lune – je m’assoie sur une grosse souche. Depuis le milieu de l’après-midi, l’ambiance de notre petit groupe s’était refroidi plus qu’elle ne l’était déjà. Sen avait jugé préférable de s’isoler quelques heures, histoire de pouvoir passer sa colère sur quelque-chose – n’importe quoi ! Juhen, lui, s’était muré dans un silence qui ne lui ressemblait pas – même s’il m’en voulait de ne pas lui avoir donné plus de nouvelles, cette attitude cachait assez mal son inquiétude. Et Gil…

For this is the end
I’ve drowned and dreamt this moment

Lâchant un léger soupir, je pose doucement ma tête contre l’épaule de l’Envoleur, ne serait que pour y trouver un peu de réconfort. Si Libertée était là, elle aurait probablement piqué une crise de jalousie monstrueuse et rien que cette pensée me tire un petit sourire satisfait. Parce qu’au fond, elle ne comprendrait jamais la force d’une telle amitié – indestructible et défiant les lois du temps. Complexe aussi, par la seule présence de Makeno. Le petit garçon est soudain pris d’une quinte de toux formidable, et, désarmée de le sentir aussi faible contre ma poitrine, je prodigue une douce caresse sur son front brûlant.

- « Ma… man… » gémit alors l’enfant sans se réveiller « Pa… pa… »  
- « Gil ? » murmurais-je, en me mordant la lèvre presque jusqu’au sang.

Let the sky fall, and it crumbles
We will stand tall
And face it all together


Quelques heures plus tôt


T’as une sale gueule répètent les voix de Gil et Juhen dans ma tête depuis le début de cette journée qui s’annonçait mouvementée. Je sais ! Merci d’en rajouter m’étais-je retenue de répliquer. Mon masque venait de voler en morceau. Littéralement. Cependant, la dernière des choses dont j’avais besoin c’était bel et bien que mes deux amis m’accompagnent juste par pitié. Oui, je ne vaux actuellement pas mieux qu’un macchabé en sursis ! Oui, Makeno est mourant ! Mais il n’est pas question qu’ils restent à me regarder mourir. Nous regarder mourir. Rien que cette idée me fait grincer des dents. Pas question !

Skyfall is where we start
A thousand miles and poles apart

Heureusement toutefois, je n’ai pas le temps de ressasser ces pensées négatives. Mon monde vacille, tremble et menace de s’effondrer à tout instant, tandis que je lutte contre la nausée et une douleur lancinante quasiment permanente. Au milieu de la journée, alors que Sen impose cinq minutes d’une voix ne souffrant aucune réplique, je n’ai pas vomi – pas encore du moins – et c’est une petite victoire. A l’inverse, l’état de Makeno empire d’heures en heures, augmentant dangereusement la tension clairement palpable entre les trois hommes. Secouant toute seule la tête, un léger sourire mes lèvres. Mais je fronce immédiatement les sourcils alors que j’intercepte l’échange entre mon ancien mentor et Gil. Je dois bien l’admettre, la question de Sen me taraudait l’esprit depuis un petit moment déjà. Me glissant à côté de Juhen, qui hésite à intervenir, je pose les mains sur mes hanches, perplexe. Et pas convaincue du tout par la réponse de Gil. Une histoire d’argent hein ? Menteur !

Where worlds collide and days are dark

C’est évident ! Gil ment ! Je le connais. Cette voix, le ton qu’il emploie, cette certitude pulse dans mes veines. Quelque-chose ne va pas ! Quelque-chose de grave, qui l’avait forcé à trouver Juhen. Qui l’avait forcé à partir sans Libertée – alors qu’il suivait la marchombre comme son ombre depuis des mois ! Mais quoi ?  

You may have my number
You can take name

S’agenouillant près de Makeno, l’Envoleur coupe court à mes interrogations. Me hissant sur le dos de Pirate, qui piaffe un instant, je ne perds pas une miette de leur échange. Bref, mais empreint d’une douceur et d’une innocence infinie, cela pourrait presque ressembler à une conversation banale entre un père et un fils. Presque. Une boule d’émotion roulée au fond de la gorge, je retiens ma respiration afin de juguler la douleur invisible qui me transperce le cœur. Parce que Gil ne s’était jamais comporté comme un père envers ce gamin, alors pourquoi cela devrait changer aujourd’hui ?

But you’ll never have my heart

Tournant la tête, évitant le regard de l’Envoleur, je manque de laisser échapper un soupir de soulagement lorsque Sen donne le signal du départ d’un ton sec et sans appel. Remerciant la Dame d’éviter de répondre à Gil des paroles empreintes d’une amertume qui me brûle la gorge, je laisse Pirate adopter un pas léger et régulier.


A la fin de la journée, alors que les derniers rayons du soleil tentaient vainement de percer les épais feuillages de Barail, le petit groupe était parvenu dans une petite clairière. Comme il s’y attendait, une modeste maison s’y découpait, jouxtant une petite mare. D’après ses sources, la vieille herboriste aimait venir se ressourcer dans cet endroit qui respirait le calme et la quiétude, à la lisière de la forêt. Et à environ une grosse demi-journée de cheval d’Illuin, l’une des deux capitales faëlles. Pratique pour pouvoir se ravitailler en plantes de toutes sortes. Faisant s’arrêter sa monture, Sen fronça les sourcils imperceptiblement avant de bondir au sol. Quelque-chose ne tournait pas rond ! Ce calme était bien trop suspect.

Fronçant les sourcils, l’homme poussa prudemment la porte d’entrée, déjà entrouverte. Le grincement sinistre du bois résonna dans toute la maison. Le temps que ses yeux s’habituent à la pénombre et Sen remarqua rapidement que tout était sans dessus-dessous à l’intérieur. Il réfléchissait à toute vitesse, cherchant le moindre indice qui pourrait expliquer ce qu’il s’était passé ici. Sur le sol, des herbes diverses et variées étaient étalées – l’Envoleur aurait pu en reconnaître certaines, mais d’autres lui restaient complètement inconnues. Plusieurs fioles étaient brisées, leur liquide répandu sur le parquet grinçant. Dùnhild était passée par ici, c’était certain – elle y avait probablement vécu quelques temps même. Mais l’endroit était désert désormais.

Sen releva soudain la tête, alerté par les vociférations du Thül.

- « On a de la visite ! » prévint soudain Juhen de sa voix de stentor.


*

Des Faëls ! Ils étaient tout un groupe – une bonne dizaine. Ils ne semblaient pas belliqueux, mais Sen préféra rester sur ses gardes. Les dévisageant un à un, il se demandait ce qui pouvait bien amener des êtres aussi discrets à confronter un groupe d’Alaviriens, comme eux. Jetant un bref coup d’œil à Naïs, qui portait Makeno dans ses bras, l’homme jura dans sa barbe. L’état du gamin empirait à vue d’œil. Celui de son ancienne apprentie n’allait pas en s’améliorant non plus. Et pour couronner le tout, SangreLune ne semblait pas non plus dans son assiette ; mais avec un peu de chance, si comme il le soupçonnait, ce type avait bien été empoisonné aussi par la Silencieuse, il pouvait bien mourir en chemin, il s’en fichait. Et même, ça l’arrangeait, comme ça il n’aurait pas à le tuer de ses mains. Cette pensée fit briller un instant le regard de Sen d’une lueur mauvaise alors qu’il croisait deux yeux vairons. Bleu et marron.

D’autorité, Sen s’avança vers celui qui semblait être le chef du groupe de Faëls. Levant le menton, il le toisa de toute sa hauteur.

- « Nous cherchons la femme qui habitait dans cette maison, l’auriez-vous vu ? » demanda-t-il sans détour.

Un long silence lui répondit et il sentit poindre l’agacement. Il s’apprêtait à saisir le Faël par le col, lorsque celui-ci se racla la gorge en plissant ses yeux profondément gris – presque argentés même. Sen se retint in-extremis.

- « Oui » répondit le Faël placidement.

Cette réponse aussi laconique eut le don de faire littéralement fulminer l’Envoleur, mais une large main se posa sur son épaule. Le Thül venait de lui couper l’herbe sous le pied, et c’était sacrément gonflé de sa part !

- « Génial ! Et où est-ce qu’on peut la trouver maintenant ? » s’exclama Juhen.

Le Faël ne sourcilla même pas face au géant qu’était Juhen. Mais un petit sourire effleura ses lèvres et Sen fut tenté un court instant de le figer dans le sang – mais il rejeta cette idée d’un revers de bras. Cela ne servirait qu’à envenimer les choses et à s’attirer des ennuis avec des êtres qui semblaient à priori plutôt pacifiques.

- « Il y a quelques jours, plusieurs hommes l’ont emmenée » soupira le Faël « Nous avons suivi leurs traces jusqu’à la lisière de la forêt : elles mènent à Illuin » avoua-t-il « Peut-être y sont-ils encore… »
- « Par la barbe de mes ancêtres, merci mon pote ! » remercia le Thül en portant une tape amicale sur l’épaule du Faël qui arqua un gracieux sourcil.

S’avançant à son tour de son allure féline, Naïs soupira. Ses yeux aveugles brillaient d’une légère lueur d’incompréhension.

- « Pourquoi nous aidez-vous ? » demanda-t-elle d’une voix un peu plus rauque qu’à l’accoutumée.
- « Pour l’enfant » répondit simplement le Faël.


*

La nuit était tombée depuis un moment maintenant. Sen ruminait tout seul depuis qu’ils avaient monté leur camp de fortune. Il enrageait, pestait contre SangreLune. Ce type lui sortait par les yeux. S’ils étaient dans cette galère, c’était bien à cause de lui. Makeno avait été empoisonné par la Silencieuse à cause de lui. Parce qu’il n’était même pas capable d’assumer qu’il n’avait non pas un mais deux enfants. Parce qu’il entraînait Naïs dans ses ennuis ! Parce que, tout simplement, il avait fait du mal à Naïs ! Il méritait qu’il le tue, pour ça. Les rumeurs qui couraient sur Sen Gil’Massek lui conférait l’image d’un homme froid, sans pitié, dénué de sentiments. Naïs était l’exception ! La seule et l’unique exception qui avait réussi à se frayer un chemin dans son cœur de pierre. C’est sans doute pour cela qu’il était si prompt à user de violence lorsqu’il s’agissait d’elle. Elle était ses deux yeux. Pas tout à fait comme un père et sa fille – ils avaient trop peu d’écart d’âge pour cela – mais plus comme un frère et une sœur.

Et c’est aussi pour cette raison qu’il ne tentait pas de tuer SangreLune. Parce qu’il savait pertinemment que Naïs l’aimait beaucoup – beaucoup trop. Mais l’envie était toujours là, et elle le démangeait incroyablement à cet instant. Il fallait qu’il se calme. Se levant d’un bond, Sen prit son arc et ses flèches et s’enfonça dans les profondeurs de la forêt.

- « Vais chasser » maugréa-t-il.

Il avait besoin d’être seul.



≈≈≈ Naïs ≈≈≈

- « Gil ? »

Where you go I go
What you see I see

Murmure qui se perd dans le silence de la nuit. Me blottissant un peu plus contre l’épaule de l’Envoleur, je m’emplis de son parfum rassurant et familier. Je frissonne un instant tandis que Makeno continue de gémir doucement dans son sommeil.

- « Qu’est-ce qu’on va faire ? » demandais-je d’une voix faible et éraillée.

La question était à plusieurs sens : j’avais tellement l’habitude que Gil se carapate au moment où j’avais besoin de sa présence et de son soutien, que la vraie question était plutôt qu’est-ce que tu vas faire ? Pas si on parvient à trouver Dùnhild. Mais plutôt si on ne parvient pas à la trouver à temps. Retournerait-il à sa petite vie sans affronter la réalité en face ?

I know I would never be me
Without the security
Of your loving arms
Keeping me from harm

- « Ces types » soufflais-je « Ils en avaient après toi… » avouais-je à propos de ceux qui avaient empoisonné Makeno à Al-Jeit, deux semaines plus tôt.

Put your hand in my hand
And we’ll stand

- « Pourquoi ils ne s'en sont pas pris à ta fille ou à Libertée, hein ? » ajoutais-je en serrant un peu plus fort Makeno contre moi « C’est injuste ! »  

__________________________________________




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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Mer 11 Nov 2015, 11:59

[J'ai déjà un "projet" concernant celui/celle qui s'en prend à Gil, je tte propose donc de ne pas faire intervenir quelqu'un pourrait être cette personne ; en revanche, tu as le droit d'utiliser les empoisonneurs de Gil, ou d'autres sbires si ce sont eux qui ont enlevé Dùnhild. D'acc ? ]




« Pa…pa… »

Gil remua légèrement, baissa les yeux sur l’enfant, sentit sa gorge se nouer d’une émotion intense, boule de joie entremêlée de doutes et de regrets. Il savait que Pan était le vrai, le seul père que méritait Makeno. Pourtant ces mots touchèrent une corde sensible en lui, toute neuve, qui vibra si fort qu’il sentit le souffle lui manquer – et la quinte de toux pointer. Il se reprit juste à temps et posa la main sur le front moite du petit malade. Ses doigts frôlèrent ceux de Naïs. Il devina son mouvement de recul et emprisonna sa main dans la sienne.

- Gil ?

Tellement de questions dans une seule… Il la laissa les lui poser.
L’écouta sans broncher.

Terrifié.



*



- J’aime pas ça, grogna Gil en voyant Sen disparaître dans la maison silencieuse.

Il glissa à terre et garda les guides de Chante-Brume dans sa main gauche pour porter la droite à sa ceinture. Il balaya du regard les environs du regard, son sixième sens en alerte. Juhen possédait peut-être un sens similaire, car il s’approcha de l’envoleur, lui aussi sur ses gardes.

- T’as pas la désagréable impression qu’on nous observe ? chuchota-t-il.
- Je crois que…

Gil se figea soudain et écarquilla ses yeux vairons.

- Ju’, souffla-t-il. Vise un peu ça…

Juhen n’eut pas le temps de s’emporter contre ce nouveau diminutif qui ne lui plaisait pas des masses. Son regard s’agrandit à son tour et il s’écoula quelques secondes avant qu’il ne prenne la parole d’une voix forte :

- On a de la visite !

Et quelle visite, songea Gil en se remettant doucement de sa surprise. C’était la première fois qu’il voyait des Faëls. La dernière aussi, peut-être, si l’on considérait la discrétion extrême de ces petits êtres à la peau chocolat noir et aux yeux de chat. Alors que Sen sortait prudemment de la maison, Gil se déplaça de façon à coller son dos contre celui de Juhen. Les Faëls les encerclaient. S’il devait y avoir une confrontation, mieux valait qu’ils se tiennent sur leurs gardes… Toutefois, ceux qui venaient de surgir des fourrés ne semblaient pas particulièrement prêts à se battre. Ils étaient sur le qui-vive, comme attendu de deux races qui se rencontrent soudainement ; mais ils restaient en retrait et semblaient attendre quelque chose. Une question que Sen fut le premier à poser.

- Nous cherchons la femme qui habitait dans cette maison, l’auriez-vous vue ?
- Oui.
- Génial ! rugit Juhen, si fort que Gil fit un bond de surprise. Et où est-ce qu’on peut la trouver maintenant ?
- Il y a quelques jours, plusieurs hommes l’ont emmenée. Nous avons suivi leurs traces jusqu’à la lisière de la forêt : elles mènent à Illuin. Peut-être y sont-ils encore…
- Par la barbe de mes ancêtres, merci mon pote !
- Juhen…
soupira Gil en se pinçant l’arête du nez.
- Pourquoi nous aidez-vous ? demanda Naïs.

Gil leva la tête et la regarda. Etait-ce parce qu’elle se trouvait à côté d’hommes à la peau si brune que la sienne paraissait soudain si pâle ? Pourtant, en dépit de la fatigue marquée sur ses traits, des hématomes imprimés sur sa peau, du poids de Makeno dans ses bras, elle ne faiblissait pas. Retrouvait même une vigueur dont il reconnaissait l’étincelle pour l’avoir aimée à compter de leur première rencontre.



*



Pour l’enfant, avaient répondu les Faëls, juste avant de disparaître aussi soudainement qu’ils avaient fait irruption dans la clairière. Le groupe avait repris sa route et le doute, poignant, lancinant, avait étreint le cœur de Gil : il n’avait pas prévu que son antidote se ferait enlever et qu’il lui faudrait le chercher jusqu’au cœur de la capitale faëlle ! Il sentait ses forces décliner d’heure en heure et n’osait même pas imaginer ce qu’il en était de Makeno… Avant de partir, il était entré dans la demeure de Dùnhild. L’intérieur était entièrement saccagé, le mobilier retourné, les fioles brisées. Il avait sentit une vague de découragement balayer sa volonté en songeant amèrement que l’antidote de la Silencieuse se trouvait peut-être parmi le contenu renversé des diverses potions fracassées sur le plancher. Sen n’avait fait aucun commentaire. Il avait repris la tête de l’expédition sans mot dire, mais la solide détermination qui se lisait dans son regard avait suffit à secouer Gil ; l’envoleur s’était repris. Il n’avait pas le droit de douter, pas avant d’avoir retrouvé Dùnhild.

Et ils la retrouveraient.



*



- Qu’est-ce qu’on va faire ?
- Ce qu’on sait faire de mieux : se battre. Pour Makeno, pour toi et pour moi.




*


La nuit les trouva épuisés. Sen avait longuement tergiversé avant de se décider à dresser le camp sous les arbres qui formaient la lisière ouest de Barail. Gil comprenait sa réserve : encore quelques pas et ils seraient en territoire Faël, lieu de mystères car très peu exploré par les Alaviriens. Ils agissaient de leur plein gré, sans l’aval de l’Empereur, et se risquaient ainsi à froisser une relation déjà fragile entre les deux peuples. Mais ça, Gil s’en fichait comme de sa première dent de lait. Il était près à déclarer la guerre à tous les Faëls de ce monde si cela était nécessaire pour retrouver Dùnhild. Vieille carcasse déglinguée, pesta l’envoleur en soignant Chante-Brume, un peu à l’écart du campement. Il fallait que vous vous fassiez enlever maintenant, hein ? Il caressa doucement l’encolure de sa jument, puis du cheval de Naïs, avant de rejoindre cette dernière. Elle ne quittait plus Makeno et le berçait dans ses bras tandis qu’il s’endormait, terrassé par la fièvre. Sen était parti chasser. Juhen faisait de son mieux pour nourrir la maigre flambée qui prenait timidement. Il leva la tête à l’approche de Gil et lui lança un regard qui en disait long sur sa façon de voir les choses : il n’approuvait pas le silence de Gil. Reproche qu’il camoufla sous un trait d’ironie :

- « Ju », hein… soupira-t-il en se servant de sa large main pour éventer le petit bois et attiser les étincelles qui rougeoyaient doucement.
- Je trouve que ça te va plutôt bien.
- Par la barbe de… tu es encore plus insupportable que Seth !


Gil eut un bref sourire en se laissait tomber sur une vieille souche morte. Il aurait volontiers poursuivi une joute enflammée avec le thül, mais il veillait désormais à économiser son souffle. Il ne dit rien lorsque Naïs vint s’asseoir près de lui, mais il posa le menton sur le haut de son crâne lorsqu’elle appuya sa tête sur son épaule.




*




- Ces types… Ils en avaient après toi. Pourquoi ils ne s’en sont pas pris à ta fille ou à Libertée, hein ? C’est injuste !
- Je sais.





*



Que pouvait-il ajouter ? Qu’il était désolé ? Qu’il n’avait pas voulu cela ? Naïs n’en croirait pas un mot, et puis elle avait besoin de se défouler sur quelqu’un, de projeter sa colère, sa frustration sur une personne qui pouvait encaisser sans broncher. Il était le sujet idéal. D’une certaine manière, c’était mérité : Makeno n’avait pas choisi d’être malade, pas plus que d’être le fils d’un… D’un couillon, murmura Kaünis dans son esprit. Ouais, un couillon, c’est ça. Mais il ne comprenait pas… Cette menace fantôme qu’il pourchassait depuis qu’elle s’en était prise à Libertée, cette ombre qui prenait un malin plaisir à surgir dans sa vie, qui avait égorgé Iselle, pourquoi ne prenait-elle pas la peine de le confronter directement ? Pourquoi le menacer de s’en prendre à Suviyo si c’était pour empoisonner Makeno ? Arrête de chercher, lui avait-on assené en le démolissant dans ce hangar d’Al-Jeit. Il avait arrêté. Cela n’avait visiblement pas suffit. Celui, celle qui était derrière tout ça semblait finalement n’avoir qu’un seul et unique objectif logique : le faire souffrir. Lui faire vivre un enfer. C’est réussi, comprit-il en se mettant à tousser. Il se leva pour ne pas réveiller Makeno et lutta un bref instant contre ce feu qui lui brûlait les poumons et s’évertuait à le priver d’air. Lorsqu’enfin il se calma, ce fut pour tourner un regard résigné vers Naïs.

- Ouais, dit-il d’une voix éraillé, je vais payer pour cette terrible injustice, en fin de compte. Mais pas avant d’avoir sauvé Makeno. Il ne mourra pas.

Cette promesse, il la faisait non pas à Naïs, qui n’avait de toute façon plus confiance en lui, mais à Makeno : qu’il soit son fils biologique ne changeait rien, il aurait promis la même chose à Seth si c’était lui qui avait été empoisonné. Les Jol étaient devenus sa famille, de la même façon que Libertée et Suviyo. Aucune différence, et c’était bien ce que son ennemi invisible avait réalisé. Gil leur avait ouvert son cœur et ainsi démontré sa plus grande faiblesse… Il se redressa et, tournant le dos à Naïs, il s’éloigna.




*




Ce fut Juhen qui le secoua par l’épaule pour le tirer d’un sommeil agité. La nuit n’avait pas encore pâlit à l’approche de l’aube, mais Sen voulait déjà mettre les voiles, et il avait raison. Ils devaient absolument rallier Illuin au plus vite. Ils s’activèrent en silence, replièrent les tentes, sellèrent les chevaux. Avant de partir, Gil alla trouver Juhen. Le Thül observa avec circonspection le rouleau de papier qu’il lui tendait.

- C’est quoi, ça ?
- C’est pour Libertée.


Le guerrier laissa filer quelques secondes de silence. Puis son poing jaillit et cueillit Gil sous le menton. Celui-ci tituba, sonné ; la main de Juhen se referma sur son col et le maintint debout.

- Tu lui donneras ça toi-même, espèce de rejeton de Raï ! Je t’interdis de crever pour de vrai, t’entends ?

Enfer, oui ! grimaça Gil en frottant sa mâchoire endolorie. Il rangea la lettre dans la doublure de son manteau et s’appuya un instant sur le bras de Juhen, le temps de retrouver son équilibre.

- Merci, souffla-t-il enfin.
- Pas la peine. C’est facile de te taper dessus et ça fait un bien fou.
- Profites-en bien, alors…
- Compte là-dessus.


Ils se remirent en route.

Ce matin-là, Gil savoura tout particulièrement cet instant de la journée qu’il affectionnait tant, cet entre chien et loup qui le laissait tout chose.

Comme si c'était le dernier.

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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Ven 20 Nov 2015, 17:42

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Je vais payer pour cette terrible injustice, en fin de compte.

Les mots de Gil résonnent en moi durant de longues secondes, sans que je n’en comprenne immédiatement le sens. Fronçant imperceptiblement les sourcils, plissant les yeux avec une petite moue que Pan trouvait toujours absolument adorable, je serre un peu plus mon fils contre moi. Makeno remue à peine, gémissant doucement. Terrassé par la fièvre. Mais pas avant d’avoir sauvé Makeno. Une boule roulée au fond de la gorge, je me mords la lèvre inférieure. Et puis, soudain, tout s’éclaire tandis que la toux aussi violente que subite de l’Envoleur couvre celle de l’enfant. Gil n’allait pas bien ! Pas bien du tout même !

- « Gil… »

Je n’ai que le temps de murmurer tout bas avant que l’homme ne s’éloigne lentement, sans un regard en arrière. Par la sainte culotte de l’Empereur ! Je jure un instant en silence. Non, mais comment ai-je pu être aussi stupide ?! Réajustant la position de Makeno dans mes bras, je me lève à mon tour. Hésite. Qu’est-ce que j’attends bordel ? Il faut que je le lui dise… Sen choisit ce moment précis pour revenir au campement. Sans un moment, il s’installe près du feu encore crépitant, les mains posées sur ses genoux. Et puis, il finit par décréter qu’il prend le premier tour de garde, d’une voix froide qui ne souffre d’aucune réplique. Secouant toute seule la tête, je soupire un instant. Me résignant pour cette nuit, je me rassoie, bien calée contre une vieille souche morte. Je m’enroule alors confortablement dans une large couverture en laine, Makeno tout contre moi. Bientôt les ronflements sonores de Juhen déchirent le silence de la nuit.

Je souris, un petit air amusé sur mes traits, lorsque mon mentor jette un morceau de pain au géant. Vaine tentation puisque les ronflements reprennent presque immédiatement de plus belle. Frissonnant quelques secondes dans la fraicheur de la nuit, je ne parviens pas à trouver le sommeil. Trop de pensées traversent mon esprit. Trop d’interrogations tournent en boucle dans ma tête. Et cette peur, latente, que ce voyage pouvait très bien être le dernier.



Sursaut. Me redressant presque d’un bond, je réalise que la main posée sur mon épaule n’est autre que celle de Sen. Depuis que notre route avait croisée celle de Juhen et Gil, il ne disait plus un mot – du moins, il ne parlait pas plus que nécessaire. Et ce matin, s’il n’avait rien dit, je n’ai toutefois aucun mal à deviner son intention. Il fallait se mettre en route. Et rapidement ! Toute la nuit, Makeno avait tremblé contre moi, malgré la chaleur de la couverture et du feu à proximité. Sa respiration était désormais faible et saccadée. M’étirant un instant, je passe une main sur mon visage pour tenter de me redonner un minimum de contenance ; je n’avais quasiment pas dormi de la nuit, veillant sur le sommeil agité du petit garçon. Son état avait encore empiré cette nuit.

- « Maman… » gémit l’enfant « Quand est-ce qu’on arrive ? » parvient-il à demander entre deux quinte de toux.
- « Bientôt, je te le promets » soupirais-je en passant une main sur son front brûlant.

Refoulant une vague de nausée, luttant un instant contre une douleur aigue qui manqua de me plier littéralement en deux, je sens un goût de fer m’envahir la bouche. Soulevant Makeno dans mes bras, je crache sur le sol un petit filet de sang. Un éclat de voix me fait soudain relever la tête. Juhen. Sortant de la tente, je retrouve les trois hommes dehors. Un léger silence s’en suit. Laissant glisser mon regard aveugle de Gil à Juhen, je les interroge en silence. Et la colère du Thül trouve un écho en moi. Bordel ! Makeno ne va pas bien ! Je ne vaux guère mieux qu’un mort-vivant ! Comme si j’avais besoin que tu baisses les bras toi aussi, Gil ! Pinçant les lèvres, je réalise toutefois très vite que l’Envoleur se trouve dans un état bien pire que ce que j’imaginais. La Silencieuse. Cette explication n’avait pas de sens – pourquoi empoisonner Gil si c’était ensuite pour s’en prendre à Makeno ? Pourtant c’était évident. Déglutissant non sans difficulté, je soupire un instant avant de me planter devant Gil. Juhen et Sen s’affairaient déjà à préparer leurs chevaux. Mais je m’en fiche éperdument.

Déterminée, je fais face à l’Envoleur, portant Makeno d’un bras contre ma hanche. Glissant mes doigts dans la tignasse épaisse et rebelle de Gil, je colle mon front contre le sien – fiévreux. Et laisse quelques secondes filer.

- « Même si ça doit être la dernière chose que je fais… » soupirais-je « Je ne te laisserai pas mourir » promis-je avec autant de force que d’aplomb.

Restant ainsi, dans cette position, encore de longues minutes, je me mords la lèvre inférieure jusqu’au sang. Puisant force et courage dans cet échange puissant, je profite encore de la chaleur rassurante de mon ami – meilleur ami. Alors que nous sommes si proches que nos deux souffles s’entremêlent un instant, je suis la première à rompre la beauté de cet instant. Reculant d’un pas, je me surprends à sourire toute seule en imaginant la réaction qu’aurait pu avoir ma pimbêche de demi-sœur en nous voyant aussi proches. Si Pan n’avait pas un tempérament possessif – en même temps, il n’était pas un homme comme les autres, et c’est bien pour cela que j’en étais tombé amoureuse – au contraire, Libertée aurait sûrement piqué une crise de jalousie phénoménale. Haussant les épaules toute seule, je me risque à un brin d’humour.

- « Au moins, tu ne risqueras plus d’essuyer les crises de jalousie de Libertée » fis-je avec plus de légèreté.

Bah quoi ? C’est vrai non ? Je vais probablement mourir, mais tout va bien ! Depuis une semaine, mes blagues stupides, mon sourire – de façade – empêchait mon entourage de se douter la détresse que je m’efforce de cacher derrière de hautes murailles. Vacillant un instant, je réalise soudain que ce masque je portais en permanence depuis de longues semaines vient tout juste d’exploser. De voler en éclat. Littéralement. Et avec autant de violence que ce boulet de canon qui me percute de plein fouet, me projetant soudain à plusieurs mètres en arrière.



- « Ça va ? » s’inquiète aussitôt Juhen en passant une main sur mon bras.

L’impact m’avait sonné. Mais je parviens lentement à porter deux doigts à mon front. Un liquide visqueux imprègne aussitôt ma main. Dans ma chute, je m’étais méchamment abîmée l’arcade sourcilière. Mais ce n’est pas ce qui m’inquiète le plus. Heureusement, je n’avais pas lâché Makeno et ma chute avait amortie la sienne.

- « Makeno ? » articulais-je d’une voix rauque.
- « Il n’a rien » grogna le Thül en serrant les points.

Hochant doucement la tête, je me redresse avec précaution, pestant dans ma barbe. Sen ! Face de Raï ! D’un signe de tête entendu, je confie le petit garçon au géant qui l’enserre de ses bras avec une extrême délicatesse. Le temps semblait s’être arrêté et Sen s’était figé, son poing effleurant la joue de Gil, en réalisant la violence de son geste alors qu’il avait toujours prétendu qu’il ne pourrait jamais me faire de mal. Posant une main sur l’épaule de mon ami de toujours, je peux sentir toute la tension accumulée dans les muscles de son dos, de sa nuque. S’il n’avait pas le poids de Makeno dans les bras, il aurait probablement bondit pour massacrer Sen. Une façon comme une autre de lui expliquer le fond de sa pensée. Ni Sen, ni Gil ne bougent alors que je m’approche à pas lent des deux hommes. Me plaçant entre eux deux afin de pouvoir réagir rapidement à la moindre éventualité, je toise Sen de toute ma hauteur.

- « Je peux savoir ce qu’il t’a pris, hein ?! » m’exclamais-je.
- « Après tout ce qu’il s’est passé, tu prends encore la défense de cette merde de Ts’Liche ! » gronda l’Envoleur « Je te laisserai pas te sacrifier pour ça ! » ajouta-t-il en désignant Gil d’un signe du menton, par pure provocation.

Serrant les poings à m’en faire mal, je glisse ma main dans celle de Gil.

- « Ouais bah bonne chance hein ! » raillais-je « Parce que cette merde de Ts’Liche, c’est… » coulant un regard vers Gil, j’hésite un instant « … Mon meilleur ami »

Mon seul meilleur ami. Encore toute étonnée que ces deux petits mots puissent définir une relation comme la nôtre – si particulière, si puissante, si belle, indestructible – je lève le menton en signe de défi.

- « Si tu veux le tuer, tu devras me passer sur le corps ! » clamais-je, haut et fort.

Croisant les bras sur son torse, Sen ne réplique rien. Mais je devine assez clairement le regard froid qu’il doit adresser à Gil. Plein de menace. Plein de haine. Je ne peux que comprendre qu’il s’inquiète pour moi, mais là, il allait trop loin. Beaucoup trop loin. Même si, au fond, il ne le tuerait pas. Il ne le pourrait pas, car il sait que je lui en voudrais pour le restant de ses jours. Et il regretterait de m’avoir perdue. Parce que c’est ce qui lui pend au nez à force de jouer avec le feu, malgré toute l’affection que je lui porte. Lâchant un soupir résigné, Sen nous tourne soudain le dos et s’éloigne à grand-pas.

Un instant, je me retrouve à nouveau seule face à Gil.

T’es mes deux yeux Gil ! Ma petite étoile ! Je ne peux pas te perdre, je ne te laisserai pas mourir. Ni maintenant, ni jamais ! Parce que je ne sais pas comment je pourrai continuer à vivre sans toi ! Sans savoir que tu es là, quelque part, heureux. Vivant. Sans savoir que je pourrai encore te serrer dans mes bras ! Et continuer de partager ces petits moments, ces petits riens qui n’appartiennent qu’à nous ! T'es mon meilleur ami et tu ne sais pas à quel point je tiens à toi !

- « Papa… » gémis la petite voix éraillée de Makeno « Veux papa… » toussa-t-il sans se réveiller dans les bras de Juhen.

Désemparée, je passe une main sur mon visage. Makeno commençait à délirer dans son sommeil. Jamais il n’avait appelé ni Pan, ni Gil par ce nom. Il comprend beaucoup de choses pour son jeune âge, mais en cet instant je suis bien incapable de savoir qui de Gil ou Pan il réclamait dans ses rêves agités par la fièvre. C’est bien ce qui me tord les entrailles. Secouant la tête toute seule, je me mords la lèvre inférieure.

- « Il faut y aller… »







[Okip, pas de soucis, c'était pas prévu que je fasse intervenir celui qui s'en prend à Gil de toute façon ^^ Mais c'eut été trop simple de trouver cette vieille Dùnhild du premier coup... Bref, en tout cas, j'aime ce rp Very Happy]

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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Sam 21 Nov 2015, 20:44

[Parfait ^^ Bon, par contre j'ai pas fait avancer grand chose, là... mais je suis bien d'accord, ce Rp est juste GENIAL !]




Je ne te laisserai pas mourir.

*


Pourquoi ? crie silencieusement Gil en appuyant son front contre celui de Naïs. Pourquoi est-ce que tu me dis ça alors que tu ne le penses pas ? Mais a-t-il seulement envie qu’elle le pense, au fond ? Les choses ne sont-elles pas plus simples ainsi, en sachant que sa mort pourrait ne pas trop affecter son amie ? Il souffre déjà à  l’idée de blesser Libertée pour l’éternité. De ne pas offrir de présence à Suviyo, à Seth, à Makeno. A Syles, aussi. De manquer leur envol. Il a toujours cet espoir en lui, cette petite étincelle qui scintille de toutes ses forces, mais chaque seconde qui passe raccourcit sa vie qui s’épuise… et puis… Naïs a raison, même si sa boutade n’est qu’une parade pour éloigner la douleur. La mort règle tous les soucis. Gomme les vaines inquiétudes. Libère des plus grands tourments. Il ne croit pas que Naïs lui ait pardonné ses erreurs, mais là, alors qu’elle se tient tout contre lui et partage enfin sa peine, il se surprend à espérer qu’elle ne le déteste pas autant. Il s’accroche à cette lumière, à cet espoir de fou, de couillon, parce qu’il faut bien s’accrocher à quelque chose. Parce qu’il faut se battre pour survivre.


*


Je ne te laisserai pas mourir.



*


Choc.

Encore piégé dans ses pensées, Gil n’eut guère le temps de comprendre et de réagir lorsque Naïs lui fut arrachée brutalement. Sen s’était jeté sur lui de toutes ses forces. Sa main gauche l’avait saisi par le col tandis que la droite, serrée en un poing dur et rageur, avait fusé vers son visage. Et Gil avait redressé le menton, sans aucune tentative pour esquiver le coup qui promettait d’être sérieux. Une part de lui bouillait de colère à l’égard de cet homme dont il connaissait peu de chose, et qui semblait veiller sur Naïs à la manière d’un père jaloux, mais il était trop las pour se défendre. Et il persistait à penser qu’il méritait une bonne correction pour les a avoir tous entraînés dans cette situation désespérée.

Le poing de Sen s’arrêta à un demi-millimètre de la pommette de Gil.

- Qu’est-ce qui t’a pris, hein ?!

Naïs s’interposa entre eux, obligeant Sen à reculer d’un pas. Gil surprit une drôle de lueur dans son regard lorsqu’il vit le visage blessé de l’Envoleuse, mais ce fut si fugace qu’il crut se l’être imaginé.

- Après tout ce qu’il est passé, tu prends encore la défense de cette merde de Ts’Liche ! Je te laisserai pas te sacrifier pour ça !

Ça, c’était Gil, qu’il pointa d’un doigt rageur. L’interpelé ne broncha pas. Juhen, lui, laissa échapper un juron bien coloré. En tant normal, Gil aurait répondu à la provocation par une bagarre monumentale à laquelle il se serait joint avec plaisir, même s’il avait pu expérimenter la puissance de Sen. Il se refusait toutefois à laisser Makeno, qui s’accrochait à lui comme s’il était une bouée qui le maintenait en vie. Mais il ne put s’empêcher d’intervenir.

- Qu’est-ce que tu connais des sacrifices, toi ? lança-t-il de sa voix puissante. T’as l’air de tenir à Naïs, mais t’étais où quand elle avait besoin d’aide, hein ? Quand elle était en danger ? Tu sais pas que ça lui arrive toutes les semaines, à cette triple andouille ? Tu sais pas qu’elle cherche les ennuis comme si elle ne pouvait pas vivre sans eux ? Tu sais pas qu’à chaque fois Gil a été là pour l’en sortir ? Et qu’à chaque fois il a sacrifié quelque chose pour la sauver ? Tu sais pas, alors tu la fermes, d’accord ?
- Ju’,
souffla Gil, sidéré par l’aplomb du Thül.

Naïs ne les écoutait pas. Son regard aveugle fixé dans celui de Sen, elle lui répondit d’un ton mordant.

- Ouais bah bonne chance hein ! Parce que cette merde de Ts’Lich, c’est…

Hésitation.
Qui s’évanouit lorsqu’elle glissa sa main dans celle de Gil.

- … mon meilleur ami.

Gil écarquilla les yeux.


*


Je ne te laisserai pas mourir.

*

Le défi que lança Naïs jeta un froid intense sur le groupe ; un abcès venait d’être crevé mais il en restait d’autres, et chacun savait que la tension qui augmentait n’était pas de bon augure. Contre toute attente, ce fut Sen qui capitula. Il s’éloigna. Juhen se détendit légèrement et secoua la tête.

- Dites, vous avez que ça à faire ? Vous bouffer le nez pour des broutilles ? On a un gosse à sauver, là !

Comme en écho à ses paroles, Makeno s’agita dans son demi-sommeil, prononçant à nouveau ce mot qui, tout comme ceux de Naïs un peu plus tôt, transperça le cœur de Gil. Qu’il s’agisse de Pan ou de lui-même ne changeait strictement rien au fait que ce petit bonhomme avait besoin d’aide.

- Il faut y aller…
- Oui.

Gil baissa les yeux sur leurs mains jointes. Pas possible… tu réalises enfin, alors ? Il fallait que simplement que je sois malade pour que tu comprennes que je tiens vraiment à toi, à nous ?

- J’aurai goûté à la Silencieuse bien plus tôt si j’avais su… murmura-t-il en ôtant doucement une mèche du front de Naïs.

Il tamponna de sa manche le sourcil blessé de la jeune femme, puis embrassa les doigts toujours emmêlés avec les siens.

- Allons-y, Princesse. Il faut qu’on gagne, cette fois. On ne peut pas se permettre de s’en aller tous les trois !

Ce serait bien trop bête...
… non ?



*


Je ne nous laisserai pas mourir.


*


Juhen ayant insisté pour porter Makeno, arguant qu’il serait bien mieux protégé entre ses bras puissants « plutôt que dans ceux de deux malades même pas fichus de régler leurs histoires comme des grands », Gil avait fait monter Naïs devant lui sur Chante-Brume. Ils avaient besoin l’un de l’autre pour lutter contre la douleur et repousser la mort. Cela fonctionnait. Gil avait l’impression que la brûlure du poison était moins ardente. Voilà pourquoi il ne se sentait pas coupable d’envelopper de ses bras la taille menue de Naïs : si Libertée les avait vus en cet instant, elle aurait compris. Ensemble, les amis sont plus forts.

Sen boudait derrière eux. Il tenait Pirate par la bride et n’avait pas pris la tête du groupe. Sur son visage, ses lèvres pincées et son regard sombre en disaient long sur son humeur. Gil n’était pas très tranquille de le savoir dans son dos. Il avait envie de se retourner pour le surveiller mais Naïs, assise devant lui, l’empêcher de bouger beaucoup. Il se contenta donc de poser le menton sur son épaule.

- Qui c’est, pour toi, ce type ? demanda-t-il dans un murmure. On dirait un vieux mari jaloux, mais…

… mais c’était impossible, n’est-ce pas ? Parce que Naïs aimait Pan, parce qu’un crétin comme Sen ne méritait pas une fille comme Naïs. Et parce que si jamais cet homme avait des vues sur l’Envoleuse, mourant ou pas, il allait lui tomber dessus. C’était son droit… non, son devoir de meilleur ami !

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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Sam 21 Nov 2015, 21:49

- « Qui ? Sen ? »

Haussement de sourcils un peu surpris.

- « C’était mon maître… » Pensive, elle glisse sa main au-dessus de celle de Gil « C’est pas de la jalousie. Enfin, je ne crois pas. Tu penses vraiment qu’il est jaloux ? » Se mord la lèvre inférieure « Mais, pourquoi ? »

Doutes

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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Sam 21 Nov 2015, 22:38

- Ton maître ?!

S'étrangle et du coup, se met à tousser.
Finit par se calmer.

- Je comprends mieux son attitude, alors... même si je ne l'approuve pas. Moi, je ne blesserai jamais Kaünis, ni Syles, parce qu'ils traînent avec des gens peu recommandables.


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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Sam 21 Nov 2015, 23:03

-
« C'est vrai qu'il a toujours eu ce côté un peu possessif et violent… »

Hausse les épaules.

- « Ah, parce que tu te considères comme peu recommandable, Gil SangreLune ? »

Sourire espiègle, fière de sa blague.

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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Dim 22 Nov 2015, 00:07

- "Un peu" ? C'est à ce demander comment tu as fait pour avoir des amis et faire ds gosses, avec lui dans les pattes...

... et oui. Indubitablement. Sinon, on ne serait pas là, hein. Enfer ! Si seulement j'avais pu savoir qu'ils s'en prendraient à vous...

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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Dim 22 Nov 2015, 11:18

Eclat de rire.

- « On dirait pas, mais il sait être sympa quand il veut ! »

Air soudain plus grave.

- « Tu pouvais pas le savoir Gil… » soupir « … Et puis, j’aurais dû être plus méfiante aussi. Mais Gil ? C’est qui ces types ? »

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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Dim 22 Nov 2015, 11:35

- Si je le savais, ils seraient déjà morts.

Silence.
Pesant.
Et puis...

- Trois ans. Je suis traqué par une menace invisible depuis trois ans. Quelqu'un m'en veut terriblement et s'est pris d'une passion monstrueuse : faire de ma vie un enfer en s'en prenant à ma plus grande faiblesse...

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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Dim 22 Nov 2015, 12:36

- " Ta plus grande faiblesse ? "








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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Dim 22 Nov 2015, 15:01

- Les personnes que j'aime.

Resserre ses bras autour de Naïs.

- Quand j'ai été empoisonné, Suviyo venait à peine de naître. Elle devait avoir trois, peut-être quatre heures, et ces types la menaçaient déjà... Il y a trois ans, Iselle a été égorgée. Et maintenant, Makeno...

Profond soupir. Qui se transforme en toux.

- Raah, j'en ai marre, je suis jamais malade en plus !

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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Dim 22 Nov 2015, 20:32

- « Mais, ça n’a aucun sens. Menacer ta fille. T’empoisonner. Pour s’en prendre ensuite à Makeno. Le pire c’est que Sen m’avait prévenue, et je ne l’ai pas cru… »

Se passe une main sur le visage.

- « Ce que j’ai pu être stupide ! Tout ça parce que je n’arrivais pas à croire que tu puisses aimer ce gosse… ou… ou moi… »

Hésitation.

- « Je peux t’avouer un truc ? » entremêle ses doigts dans ceux de Gil « Il me hante encore. Samoan. Quelques-fois, j’en dors pas la nuit. Tu sais, il m’a laissée seule, enceinte de deux gamins dont je ne pouvais plus me débarrasser. J’avais tout juste 19 ans et j’ai flippé. Vraiment. Et j’ai complètement perdu confiance en moi. On ne dirait pas hein ? » sourire nerveux « Quand Morgan est mort, il a achevé de me détruire. Je crois que c’est pour ça que je t’en ai beaucoup voulu d’être parti quand Makeno est né. C’est parce que j’ai eu peur. C’est bête, hein ? J’ai eu peur. C’est pour ça que me suis autant battue pour que tu sois un père pour lui. Parce que j’avais peur. Peur d’être… » retient son souffle un instant « … insignifiante »

Secoue la tête toute seule.

- « Merde ! Pourquoi tu me laisse dire n’importe quoi ? » glousse « Gil ? Si jamais je m’en sors, je veux être la première à botter les fesses de ce type qui a osé s’en prendre à Makeno » soupir « Et menacer ta fille »







[Naïs, bavarde ? Non, pas du tout xD Elle ne cessera jamais de me surprendre...]

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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Mer 25 Nov 2015, 18:01

Aucun sens… Le menton toujours appuyé sur l’épaule de Naïs, Gil secoua légèrement la tête. Non. Bien sûr que non ! Il ne comprenait pas, ne cautionnait pas une attitude aussi lâche que celle de cet ennemi invisible qui s’acharnait sur lui. En s’en prenant aux gens qui partageaient sa vie. Quelle logique pouvait-il y avoir là-dedans, hormis celle d’un fou furieux ?

- Ce que j’ai pu être stupide ! Tout ça parce que je n’arrivais pas à croire que tu puisses aimer ce gosse… ou… ou moi…

C’est moi qui suis stupide, songea Gil en se mordant la lèvre inférieure – un tic qu’il avait pris de Libertée. Parce qu’il n’avait pas su s’y prendre avec Makeno. Sa maladresse avait blessé Naïs assez profondément pour qu’elle se sente rejetée, alors qu’il avait tout fait pour que tel ne soit pas le cas. D’accord, fuir et rester dans l’ombre, ça n’était pas vraiment sa plus belle idée. Mais à l’époque, c’était ce qui lui avait semblé être le meilleur choix. Fallait-il vraiment le regretter, en sachant qu’une telle décision avait permis tant de choses, dont l’arrivée de Pan dans la vie de Naïs, Seth et Makeno ? Résigné, épuisé, Gil ferma les yeux et se laissa bercer par la voix douce de son amie. Elle l’emmena dans son passé douloureux, dont il avait eu un aperçu et qui le bouleversait chaque fois de la même manière ; cette fois, ce fut l’aveu poignant de Naïs qui lui pinça le cœur.

- Merde ! Pourquoi tu me laisses dire n’importe quoi ?
- Difficile d’arrêter une bavarde de ton niveau,
marmonna Gil, un vague sourire sur les lèvres.

Elle rit, d’un petit rire qui l’apaisa. Mais il la sentit soudain se tendre entre ses bras.

- Gil ? Si jamais je m’en sors, je veux être la première à botter les fesses de ce type qui a osé s’en prendre à Makeno. Et menacer ta fille.

Gil rouvrit les yeux.

- Tope-là, Princesse. Et y’a pas de « si » qui tienne : tu t’en sortiras. Ton prince tout plein de cornes t’attend, et tes enfants ont besoin de toi.

Il frissonna. La chaleur de Naïs ne parvenait plus à le réchauffer. Inquiet, il jeta un coup d’œil en direction de Makeno, blottit dans l’étreinte puissante de Juhen. Le Thül lui fit un signe de tête qui passait pour un geste rassurant ; tant que le petit dormait, il se tenait éloigné de la douleur. Un luxe que Gil ne pouvait s’offrir, pas avant d’avoir mis la main sur Dùnhild. Enfer, c’est parti… songea-t-il en réalisant qu’il commençait à trembler. Il desserra la prise de ses bras autour de la taille de Naïs pour qu’elle ne s’en rende pas compte, et laissa son regard vaguer sur un paysage totalement inconnu. Alors c’est ça, le pays Faël… En soi, rien de bien extraordinaire : une étendue verdoyante et vallonnée, moins toutefois que de l’autre côté de Barail, et plus sauvage que les contrées alaviriennes. Tu aimerais cet endroit, Lib… Gil sourit à l’image de Libertée qui s’était formée dans son esprit fiévreux. Un jour, il les y emmènerait, Suviyo et elle. Un voyage pour tous les trois, loin de toute forme de civilisation, sans attaches ni point de chute en particulier. Rien que pour savourer la force des liens qui les unissaient désormais. Ils ne prendraient pas Petit Gris, l’âne était trop vieux pour une aussi longue distance, mais les chevaux de ses parents feraient l’affaire pour eux trois. Ne surtout pas oublier sa flûte ! Il allait la coincer dans sa ceinture et ainsi, elle voyagerait également avec eux. Sa mère aimait tellement l’entendre jouer. D’ailleurs, pourquoi la faire attendre ?

Gil !

Il eut le temps de se demander à qui pouvait bien appartenir cette voix gutturale qui appelait son père, avant que la douleur n’éclate.

Brutale.



*


Gil !

Il sent la terre contre son visage, la douleur dans ses côtes, parfait écho à celle qui lui vrille la tempe gauche. Voudrait bouger pour essayer de comprendre ce qui lui arrivait, mais il n’est plus qu’un pantin désarticulé. Il ouvre un œil, sa vision est terriblement floue. Le referme en râlant intérieurement. Allons bon, quoi encore ? Il entend le hennissement des chevaux, des cris, une cavalcade. Ouvre les deux yeux, dans l’espoir que ça change quelque ch… Non plus. Bon. Et bien tant pis. Les referme avec l’intention de retrouver le fil interrompu de ses pensées. Non. De ses souvenirs ? Ses parents ne sont plus de ce monde depuis longtemps, n’est-ce pas ? Des voix résonnent autour de lui, l’empêchent de se concentrer. Chuintement de l’acier. Son inconscient tressaille, il sent le danger, la mort qui se rapproche, sournoise, et qui fond sur lui…

… une main se referme brusquement sur le col de son manteau.




*


- T’as pas intérêt à crever maintenant, fils de Raï.

Seren ?



*



Le réveil ne fut pas des plus élégants. Secoué par une violente nausée, Gil bascula sur le ventre et régurgita son maigre petit-déjeuner. En appui sur les avant-bras, il attendit que les spasmes se furent calmés pour redresser piteusement la tête et scruter les environs. Sa vision était encore floue sur les bords, mais il parvint à reconnaître l’homme qui était assis près de lui, le dos appuyé contre un large rocher.

- C’était toi ? croassa-t-il d’une voix ignoblement rauque.

Sen posa sur lui un regard froid.

- Hélas, oui.

Gil se redressa péniblement sur les genoux. Il se sentait plus faible qu’un faon et tremblait de tous ses membres. Sen secoua imperceptiblement la tête, visiblement navré de son état.

- J’ai… Qu’est-ce qui s’est passé ? Où sont Naïs, Juhen et Makeno ?
- On a été séparés.
- Quoi ?

L’Envoleur eut un soupir agacé. Il parlait à voix basse et jetait de fréquents coups d’œil derrière le rocher contre lequel il s’appuyait. Gil remarqua soudain que du sang tâchait sa tunique.

- Tu es blessé ?
- Nan. Ce sang n’est pas à moi.
- Naïs…
- Pas le sien non plus.


Et ça t’arracherait la bouche de m’expliquer la situation ?!

- Me regarde pas comme ça…
- Alors raconte-moi ce qui est arrivé.


Sen plissa les yeux.

- Tu t’es évanoui et tu es tombé de cheval. Tu ne répondais pas à nos appels, j’ai bien cru que t’avais rendu l’âme. Pas eu le temps de vérifier. Ces types nous sont tombés dessus, j’ai juste eu le temps de claquer l’arrière-train de ta jument pour la faire détaler avec Naïs. Juhen les a suivis, je pense qu’ils ont réussi à semer leurs poursuivants.
- Qui nous a attaqué ?


Haussement d’épaules.

- Aucune idée. Mais ce n’étaient pas des Faëls.
- Combien étaient-ils ?
Trois. Un vieux, une armoire à glace, une rouquine vraiment pas commode.


Gil ferma les yeux, sentit le monde vaciller autour de lui.
Oh non.
Non…


- Et nous ?
- Quoi, nous ?


Rouvrant les yeux, Gil écarta légèrement les bras pour désigner l’endroit où ils se trouvaient. Sen soupira. Apparemment, il n’aimait pas raconter des histoires.

- Quand ça à commencé à chauffer, je t’ai attrapé pour t’éloigner du danger. J’ignorais si tu étais encore en vie mais j’étais, comment dire ? Pressé. Je me suis caché ici et maintenant, j’attends.
- Tu attends quoi ?
- De savoir si tu vas vivre suffisamment longtemps pour me filer un coup de main.


Gil resta silencieux. Il se sentait au bout du rouleau. Sa chute ne l’avait pas aidé, il avait mal absolument partout, du sang avait séché le long de sa tempe et sur sa joue. Il le gratta pensivement, tâchant de faire le tri dans ses pensées. Ses empoisonneurs étaient dans les parages. Naïs, Juhen et Makeno étaient la Dame savait où. Et lui, il était mourant et coincé avec le pire partenaire qui soit. La situation pouvait-elle être plus désespérée ?

- Je vais t’aider.

Sen gratifia Gil d’un long regard peu convaincu, avant de hocher la tête.

- Merveilleux. Je vais enfin découvrir ce que Til’Sylverin a bien pu réussir à t’apprendre.


*


Gil s’arrêta pour s’appuyer un instant contre le tronc solide d’un chêne. Il essuya son front couvert de sueur et jeta un coup d’œil autour de lui, goûtant le silence comme il avait appris à le faire quelques années plus tôt. Réalisa sans surprise qu’il n’était pas seul. Quelqu’un se tenait là, dans l’ombre. Il soupira.

- Bon, je suis là maintenant. Vous attendez quoi, que je meure sous vos yeux ?

Ce ne sera plus très long, songea-t-il en priant pour que Naïs et Juhen aient retrouvé Dùnhild. Un léger froissement lui répondit, puis une silhouette féminine se découpa dans la lumière du jour. Il la reconnut à sa chevelure d’un roux flamboyant.

- Qu’est-ce que tu veux ? demanda Gil en appuyant son dos contre l’arbre. Est-ce que je t’ai fait du tord dans cette vie ou bien dans une autre ?
- Pas à moi.

Réponse laconique, mais Gil la rangea soigneusement dans sa mémoire. Ces gens-là travaillaient bel et bien pour quelqu’un. Ils étaient les marionnettes, où pouvait bien être celui qui les actionnait ?

- Pas la grande forme, hein, SangreLune !
- Est-ce qu’il t’arrive de dire des choses utiles ?


Le regard de la rouquine étincela. Elle n’aimait pas que sa proie s’amuse. Il n’en fallait pas moins pour que Gil se lâche.

- Allez viens, je vais pas te mordre, je tiens à peine debout. N’aies pas peur du grand méchant loup.

Elle feula comme un chat et bondit : sa main se referma sur la gorge de Gil et le plaqua durement contre le tronc rugueux.

- Tu ne me fais pas peur du tout, mon chaton, susurra-t-elle en faisant glisser l’un de ses ongles incroyablement long contre la joue de l’Envoleur.
- Et moi ?

La rouquine sursauta, voulut pivoter pour affronter… s’effondra aux pieds de Gil, la poitrine ouverte par un geste froid et assuré. Sen cracha sur son corps, puis rengaina sa lame et rattrapa Gil avant la chute.

- Fais un effort, merde…
- Désolé.
- C’est ça !


Tout en pestant contre lui, Sen glissa son bras sous celui de Gil et l’aida à avancer sur le sentier.

- Tu fais un appât intéressant.
- C’est tout un art,
grogna Gil, terriblement vexé.

Il ne vit pas le fantôme de sourire glisser furtivement sur les lèvres de Sen. Premier surpris par ce relâchement, l’Envoleur réajusta brutalement la position de Gil et accéléra l’allure. Il haïssait cet homme. Alors pourquoi lui avait-il sauvé la vie ? Il aurait très bien pu l’abandonner à son sort…

Un cri horrible qui jaillit à quelques mètres d’eux les fit tressaillir. C’était un cri de souffrance pure, d’agonie. Un cri définitivement humain. Sans lâcher Gil, Sen glissa la main à son poignard. Le silence qui s’éternisait était si lourd que ni l’un, ni l’autre n’osait respirer trop fort. C’est alors qu’elle surgit des fourrés en courant. Disons plutôt qu’elle trottinait, et c’était quelque chose de la voir s’agiter ainsi alors que sa lourde chevelure grise pesait sur ses épaules au moins autant que les rides du temps qui marquait son visage. On lui aurait donné un siècle sans hésiter alors qu’elle sautillait presque dans l’herbe humide, relevant ses jupons pour ne pas être gênée. Une besace visiblement pleine se balançait à son épaule.

- Enfin… soupira Gil tandis que Sen lui retournait un regard surpris.

Il ne prit pas la peine de lui présenter Dùnhild.
C’était inutile.
L'évidence...



*


- Ah oui, quand même…

Ils étaient tous les trois penchés sur le cadavre du deuxième empoisonneur de Gil et Makeno. Le plus sidérant étant qu’il s’agissait-là de l’armoire à glace, le colosse qui aurait donné du fil à retordre à Juhen… et que Dùnhild avait maîtrisé sans mal. D’ailleurs elle toussota d’un air très fier et crut bon d’en rajouter une petite couche, juste au cas où son exploit ne serait pas encore tout à fait gravé en lettres de feu dans la mémoire des deux hommes :

- Et encore, je me suis retenue de le faire souffrir comme je l’avais imaginé pendant que ces andouilles me trimballaient vers je ne sais où ! C’est que je suis pressée et puis, je ne sais pas du tout où sont passés les deux autres, alors…
- L’antidote de la Silencieuse,
l’interrompit Sen, agacé. Est-ce que vous l’avez ?
- C’est ce qu’ils cherchaient. Ils m’en ont volé deux fioles, les salaupiots ! Ah, mais ils n’ont pas su me fouiller consciencieusement…


Dùnhild plongea la main sous sa jupe et en sortit une petite fiole qui contenait un liquide mordoré.

- Toujours commencer par la culotte d’une femme ! s’exclama-t-elle joyeusement.
- C’est tout ? gronda Sen. Il ne vous reste que cette fiole ?
- Oui. Tu devrais la gober vite fait,
fit la vieille herboriste en regardant Gil. T’es déjà plus mort que vivant, mon grand.
- Elle n'est pas pour moi,
répondit doucement Gil en attrapant délicatement la fiole.

Sen resta silencieux.

Ils retournèrent sur le sentier qui menait à Illuin ; Juhen et Naïs les y retrouvèrent quelques minutes plus tard. Leurs montures avaient les naseaux brillants d’écume et leurs flancs se soulevaient à un rythme rapide, témoignant de la cours poursuite qui les avait complètement éreintés. Juhen dévisagea avec surprise la vieille femme qui continuait de parler toute seule de tout et de rien, mais Gil ne le laissa pas perdre de temps en questions inutiles. Puisant dans ses dernières forces, il lui prit Makeno des bras et s’agenouilla pour le maintenir contre lui.

- L’antidote ! s’exclama le Thül en se penchant sur eux. Tu as pris ta dose, Gil ?
- Oui,
mentit l’Envoleur avant que Dùnhild n’ouvre la bouche pour le trahir.

Il fit couler le précieux liquide entre les lèvres de Makeno et lui massa la gorge pour le faire déglutir. Puis il le serra contre lui.

Fort.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Jeu 26 Nov 2015, 16:22

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Je l’avais senti se crisper, lentement. Puis se relâcher bien avant qu’il ne tombe. Mais concentrée sur la vague de douleur aigue qui me submerge d’un seul coup, aussi violente que soudaine, je n’y prends d’abord pas garde. Les dents serrées, j’en ai presque la respiration coupée. Je manque même de laisser échapper un léger gémissement tandis que je refoule la nausée qui menace de me faire régurgiter mon petit-déjeuner. Fermant les yeux, et prenant plusieurs grandes inspirations pour calmer les battements de mon cœur, je laisse ma tête reposer un instant sur l’épaule de Gil. Juste avant qu’il ne glisse sur le côté, inanimé.

- « Gil ! » criais-je d’une voix rauque, sans avoir le temps de retenir l’Envoleur dans sa chute.



Sen émit un petit de claquement de langue agacé en voyant SangreLune s’effondrer et s’écraser dans la boue pitoyablement. Génial ! Soupirant, il flatta un instant l’encolure de sa noble jument qui renâclait nerveusement. Se laissant glisser au sol, l’Envoleur n’eut toutefois pas le temps de faire un pas en direction de l’homme inconscient. Le sifflement caractéristique d’une flèche le fit plonger au sol dans un réflexe surprenant. Le projectile fusa, effleura la joue de Naïs, et se planta dans un arbre quelques mètres plus loin.

Le regard gris glacé de Sen fit un large tour d’horizon, tandis qu’il essayait de détecter le moindre mouvement. Bondissant, il ne laissa pas le temps à son ancienne apprentie de réagir et claqua l’arrière-train de Chante-Brume qui partit au galop en hennissant. Jetant un regard sombre au Thül, il lui adressa un bref signe de tête entendu. Après un instant d’hésitation, le géant décida de lui faire confiance et partit à la suite de l’Envoleuse. S’agenouillant prudemment près de SangreLune, il l’observa quelques secondes.
On dirait bien que je n’aurais pas à te tuer moi-même songea-t-il, un sourire de satisfaction creusant sa joue. Secouant tout seul la tête, il attrapa finalement les pieds de l’homme pour le traîner à l’abri d’un gros tronc d’arbre mort, creusé par le temps.

*

- « Désolé, savait pas que c’était toi ! » grogna l’homme.

Sen arrêta son geste in-extremis.
Khil le Borgne ! Clignant des yeux, l’Envoleur relâcha légèrement sur la gorge du mercenaire. L’homme d’une soixantaine d’années ne cilla pas lorsqu’il croisa le regard gris acier de l’Envoleur. Cela faisait déjà plusieurs mois qu’il travaillait avec Sen Gil’Massek. Il connaissait sa sombre réputation parmi les siens. Mais il ne le craignait plus. Parce qu’il avait compris son petit jeu et que ce n’était pas à un vieux singe comme lui que l’on apprenait à faire des grimaces. Et puis, il connaissait son point faible.

- « Vous n’étiez pas censés rallier Illuin rapidement ? » gronda Sen en plissant les yeux.
- « Si, mais on n’avait pas tant d’avance que cela, figure-toi ! » répliqua Khil d’un ton mordant.

Serrant les dents, l’Envoleur relâcha sa prise et recula d’un pas en dévisageant le vieil homme avec suspicion. Ce type était imprévisible, c’était bien pour cela qu’il ne lui faisait pas confiance. Il ne l’aimait pas du tout même, et s’il ne voulait pas trahir sa couverture, il avait fallu qu’il se retienne, plus d’une fois, de figer son sourire torve dans le sang.

- « Vous l’avez ? » soupira-t-il « L'antidote ? » précisa-il.

Khil le Borgne hocha la tête en souriant d’un air victorieux, dévoilant sa dentition noircie par l’usure et l’âge. Celui qui en voulait à SangreLune ne tenait apparemment pas trop à ce qu’il mettre la main sur l’antidote de la Silencieuse. Il tenait vraiment à ce qu’il meure lentement. Doucement. Douloureusement. Bon, d’accord, ce n’était pas pour déplaire à Sen et c’est bien pour cela qu’il ne comptait pas le moins du monde empêcher sa mort. Si jamais elle l’apprenait, Naïs lui en voudrait, c’était certain ! Mais elle finirait bien par comprendre que tout ce qu’il faisait, c’était pour elle. Pour la protéger. Elle était sa seule raison de vivre.

- « Dégage ! » menaça soudain Sen en attrapant le col du mercenaire « Maintenant ! »
- « Et les autres ? Malina et Quärth ? » demanda-t-il en haussant un sourcil.
- « M’en occupe » grogna l’Envoleur « Toi, tu vas rejoindre les autres à Illuin, comme prévu ! » ajouta-t-il d’un ton qui ne souffrait pas de répliques.

Libérant Khil, Sen le laissa partir. Ne le quittant pas des yeux, il le regarda disparaître dans les fourrés. Un gémissement rauque retentit soudain et l’Envoleur tourna la tête. Ah ! Il avait presque oublié SangreLune. Dégainant sa fidèle épée, il la plante dans le sol à côté de l’homme inconscient. Un genou au sol, il lui saisit le col de son manteau et le secoue vigoureusement.

- « T’as pas intérêt de crever maintenant, fils de Raï ! »



≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Jurant entre mes dents, je parviens enfin à faire volter Chante-Brume. La petite jument émet un long hennissement effrayé et, pour l’empêcher de se cabrer, je lui prodigue une douce caresse sur son flanc qui se soulève au rythme saccadé de sa respiration. Faisant amorcer un demi-tour à ma monture, la main de Juhen se pose soudain sur la mienne, m’arrêtant dans mon élan mieux que des chaînes forgées en métal.

- « Qu’est-ce que tu fais ? » s’exclame-t-il.

Fronçant les sourcils, je laisse quelques secondes de silence filer. Hésitant longuement. Réfléchissant à toute vitesse. Par la sainte culotte de l’Empereur, Gil ne va pas bien ! Il faut y retourner ! Le Thül resserre sa prise autour de mon poignet, apparemment pas convaincue par ma moue contrariée. Soupirant, je m’éclaircis la gorge.

- « J’y retourne pardi ! » répliquais-je d’une voix vibrante de détermination « Sen et Gil ont besoin d’aide ! »

Emettant un petit claquement de langue désapprobateur, le géant secoue un instant la tête.

- « Sûrement pas ! » tonna-t-il de sa voix de stentor « Sen est peut-être un sale type, s’il y a bien quelqu’un capable de s’en sortir tout seul, c’est lui ! » grogna-t-il, comme si cela lui arrachait la bouche d’admettre que Sen était un guerrier hors pair « Et puis, t’as vu ta tête ?! Vu ton bol légendaire tu ne réussirais qu’à te faire massacrer… » finit-il par railler.

Pinçant les lèvres, je laisse échapper un petit son vexé mais je dois bien admettre que Juhen n’a pas tort au fond. Hochant la tête en silence, je me libère doucement de l’emprise de mon ami qui consent à me lâcher sans plus tergiverser. Dégoutée de me sentir aussi impuissante, je passe une main sur mon visage pour tenter de me redonner un minimum de contenance. Peine perdue. Prise d’une puissante quinte de toux je n’ai pas la force de lutter contre la nausée qui me mord brutalement l’estomac. Me courbant vivement sur le côté, je crache un jet de sang impressionnant.

- « Qu’est-ce que je disais… » s’amuse Juhen, sans parvenir toutefois à cacher son inquiétude.
- « Oh, la ferme ! » coassais-je d’une voix rauque tandis que je m’essuie la bouche d’un revers de bras.


Menteur ! Makeno toussote un instant, s’accrochant à Gil comme à une bouée de sauvetage. Menteur hurlais-je à nouveau en silence. Tu ne l’as pas pris ! Tout dans son attitude, son ton, sa voix le clame ; Gil n’a pas pris sa dose d’antidote. Pourquoi ? Le cœur serrée, je réalise soudain que je connais tellement bien l’Envoleur que je sais désormais quand il me ment – ou alors c’est ton sixième sens de femme aurait plutôt décrété Sen. La réponse m’apparaît évidente alors que je m’agenouille doucement à côté de Gil et Makeno. Et merde, cette vieille folle n’a plus assez de fiole d’antidote ! L’enfant gémit doucement, puis ouvre les yeux en papillonnant des paupières.

- « Berk ! » couina-t-il « Ce n’est pas bon… » précisa-il en s’essuyant la bouche.

Passant une main sur le front encore brûlant du petit garçon, je souris à travers un rideau de larmes. Tandis que la vieille Dùnhild s’approche en trottinant gaiement, j’essaye de refouler cette boule d’émotions contradictoire qui m’étreint la gorge douloureusement. Caressant un instant la joue mal rasée de Gil, je me mords la lèvre inférieure jusqu’au sang. Enfer Gil ! T’as pas intérêt de claquer ! Frissonnant un instant – de froid, de fièvre ou d’effroi, je n’en sais trop rien – je sens le regard vairon de Makeno nous dévisager étrangement. Tant de choses, d’émotions, de sentiments s’expriment dans ce simple geste. Tout petit geste. Je ne te laisserai pas mourir ! Je ne pourrais pas continuer ce voyage sans toi ! Je n’ai pas envie de continuer à vivre si tu n’es pas là ! Alors ne déconne pas !

- « Avec ça tu devrais vite aller mieux, bonhomme ! » sourit Dùnhild en ébouriffant joyeusement les cheveux de mon fils « Mais vous deux par contre… » constata-elle en levant la tête « … c’est pas la grande forme hein ! » finit-elle d’un ton hilare.
- « Perspicace… » grondais-je froidement.
- « Comment ça « vous deux » ? » intervint soudain Juhen d’un ton alarmé « Gil ? » dit-il, d’un ton suspicieux « Par le slip de Merwyn, espèce de face de Raï ! Tu ne l’as pas prise hein ! » s’emporta-t-il en serrant les poings.
- « Evidemment ! Il n’en restait qu’une fiole » l’interrompit Sen, en jouant innocemment avec la lame de son poignard.

Un long silence s’en suit. Pesant. Lourd. Grommelant dans sa barbe, le Thül se masse les tempes, réfléchissant à toute vitesse. Et puis invective la vieille herboriste, rompant le silence en premier.

- « Bon alors ? Est-ce que vous pouvez faire quelque-chose ou pas ? » demanda-t-il, en dissimulant son appréhension du mieux qu’il le pouvait « Parce que bon, les rumeurs qui courent sur vous, je ne les trouve pas très fondées pour l’instant ! Je ne suis pas sûr que ce voyage pour trouver une vieille herboriste soit disant talentueuse était une bonne idée ! » s’exclama-t-il en espérant titiller l’égo de la vieille sorcière.

Haussant un sourcil, je dois bien avouer que je suis séduite par l’audace de mon ami Thül. Et en plus, Dùnhild tombe dans son petit jeu. Vexée au possible, elle se lève d’un bond fulgurant s’avançant à grands pas vers Juhen. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, elle parvient à le faucher et à lui attraper l’oreille dans un geste colérique.

- « Sache, Petit, que je parcourais déjà ses terres alors que tu n’étais même pas encore sorti des jupes de ta mère ! » cracha-t-elle à la manière d’un chat en colère « C’est pas un rigolo dans ton genre qui remettra en question mes capacités d’herboriste ! Pigé ?! »

La vieille femme ne daigne lâcher l’oreille du Thül que lorsque celui-ci parvient à émettre un petit son approbatif. Manquant d’éclater de rire devant cette scène plutôt cocasse, je me ravise aussitôt tandis que je sens le regard de Dùnhild se poser sur moi. Effaçant aussitôt l’ombre de sourire sur mes lèvres, je retrouve sans mal mon sérieux.

- « Qu’est-ce que vous attendez ? » gronda-t-elle « Illuin est encore à une demi-journée de cheval et j’ai plusieurs ingrédients à acheter là-bas ! On a pas tout notre temps ! »







[Bon, je n'ai pas trop fait avancer le schmilblick, mais bon, en tout cas je m'amuse comme une petit folle xD]

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I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Ven 27 Nov 2015, 19:20

[Je ne fais pas avancer grand chose non plus, mais moi aussi je m'éclate ! ordi]





Gil ferma les yeux lorsque Makeno rechigna à propos du goût de l’antidote, et le serra plus fort contre lui. Je ne serai pas ton père, mais je te jure que veillerai toujours sur toi.
Promesse, scellée par les battements joints de deux cœurs.
Inviolable.


*



There could be a freak accident
There could be a fatal disease
I know we hate to think about it
But this as real as you and me
This as real as you and me



*




- Gil ? Par le slip de Merwyn, espèce de face de Raï, tu ne l’as pas prise hein !

Rouvrant les yeux, l’Envoleur toujours à genoux posa ses fesses sur ses talons et leva un regard mi-amusé, mi-résigné dans la direction de Juhen. Alors qu’il aurait dû être désespéré par la perspective tragique qui se profilait dans son horizon, Gil se sentait étonnamment serein ; savoir que Makeno avait désormais une chance solide de s’en remettre ôtait un poids considérable de ses épaules, et tant qu’il éloignait de ses pensées les visages de Suviyo et Libertée son moral remontait en flèche. Il n’aurait pas tout raté dans sa vie, en fin de compte… Un demi-sourire ironique accroché au coin des lèvres, il écouta distraitement Juhen et Dùnhild se chamailler comme deux enfants têtus. Il caressait doucement les cheveux de Makeno, toujours mussé contre sa poitrine. Il lui semblait que le garçon tremblait moins. A côté d’eux, Naïs restait silencieuse. Il l’observa un bref instant du coin de l’œil avant de soupirer. Ouais, je sais. Je suis irrécupérable dans mon genre. Mais tu n’es pas vraiment surprise, hein, Princesse ? Au fond, tu savais bien que j’étais prêt à donner ma vie pour la sienne…

- Qu’est-ce que vous attendez ?

Gil sursauta. Enfer, que cette femme pouvait être agaçante… !

- Illuin est encore à une demi-journée de cheval et j’ai plusieurs ingrédients à acheter là-bas ! On a pas tout notre temps !

Agaçante, mais aussi surprenante. Gil dévisagea l’herboriste avec des yeux ronds comme des billes. Comptait-elle réellement poursuivre cette quête insensée avec trois malades, dont deux mourants, et avec des assassins à leurs trousses ? En pays étranger, de surcroit ?

- Alors gamin, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?
- Ecoutez...
commença Gil en s’apprêtant à lui prouver en un temps record qu’elle était complètement folle.

La poigne puissante de Juhen l’arracha du sol et le redressa sur ses pieds dans une efficacité phénoménale. Pris de cours et un rien affaibli par les bouleversements de ces dernières minutes, Gil vacilla ; le Thül le soutint de toute son écrasante puissance et lui attrapa l’oreille – exactement comme Dùnhild l’avait fait avec lui un instant plus tôt. Il apprenait vite.

- Tu veux vivre ou pas, misérable rejeton de raclure de Raï dégénéré ? rugit Juhen.
- Je suis malade, pas sourd, grommela Gil en se contorsionnant de son mieux pour s’éloigner du guerrier.
- T’es sûr ? J’ai l’impression de m’répéter avec toi ! Alors maintenant bouge, ou j’te frappe !
- Moi aussi !


Les regards se tournèrent dans un bel ensemble en direction de Dùnhild. Bien sûr, elle ne s’en rendit pas compte et se mit à trottiner vers les chevaux.

- Bon ! Qui m’emmène, les jeunes ?


*



We could all fall down
Before our savior could return
I know we hate to think about it
But this as real as you and me


*



Je le crois pas…

- Eeeh ! Dùnhild, virez-moi vos mains de là-dessous ou bien je vous fais tomber de mon cheval…

Les joues rougies par la fièvre et la gêne, Gil soupira de soulagement lorsque l’herboriste retira les mains qu’elle avait innocemment glissées sous le manteau de l’Envoleur. Elle marmonna quelque chose qu’il n’entendit pas et réajusta sa position sur la selle qu’ils partageaient. Il s’était fait avoir. Comme chacun avait repris sa place initiale, Makeno s’était réinstallé devant sa mère. Et Dùnhild était désormais sa compagne de voyage. Cela faisait deux heures qu’ils luttaient, elle pour se coller à lui par quelque moyen que ce soit, lui pour lui échapper autant que possible. Une drôle de paire qui flanquait un sourire moqueur sur les lèvres de Juhen. Le Thül était visiblement soulagé de ne plus être la seule et unique cible dans la ligne de mire de cette épouvantable bonne femme.

D’un autre côté, son petit manège distrayait Gil de la douleur et le maintenait pleinement éveillé. Il avait fini par réaliser que, chaque fois qu’il se mettait à rêvasser, étreint par la fièvre qui le faisait frissonner, les mains baladeuses de la vieille femme le tiraient de sa léthargie. Plus tard, si jamais il survivait à cet enfer, il lui en serait reconnaissant. Pour l’heure, il s’efforçait de repousser ses marques d’affection du mieux qu’il le pouvait, tout en croisant les doigts pour qu’Illuin ne soit plus très loin. Sa respiration était désormais rauque et il avait remarqué que le bout de ses ongles commençait à bleuir. Dernière ligne droite, mon vieux.

- Il vous faut combien de temps pour créer l’antidote ? demanda-t-il d’un ton qu’il espérait léger.
- Ça dépend…

Il lui jeta un coup d’œil surpris par-dessus son épaule.

- De quoi ?
- De mon humeur. Du temps qu’il fait. De la qualité des ingrédients que j’ai sous la main. De leur facilité à se mêler les uns avec les autres.
- Ah…
- Mais ça dépend surtout de ma motivation,
ajouta Dùnhild en lui passant la main dans les cheveux.

Il lui flanqua une tape sur les doigts mais ne réussit qu’à lui tirer un gloussement amusé.

-       Quelle pudeur ! T’es vraiment un gamin, alors ?
- J’ai trente-six ans, quand même,
marmonna Gil.
- C’est ce que je viens de dire !

Il se renfrogna davantage tandis que Juhen, qui avait surpris la conversation, éclatait d’un rire tonitruant.

Le jour déclinait lorsqu’ils atteignirent Illuin. La tête de Gil dodelinait tandis qu’il luttait pour rester vaguement éveillé, les taquineries de Dùnhild étant sans effet sur lui depuis une paire d’heures. La vieille herboriste avait passé les bras autour de sa taille pour lui prendre les rênes des mains et guider Chante-Brume.

- Réveille-toi, p’tit gars, on arrive !

Gil ne répondit rien, préférant économiser son souffle, mais jeta un coup d’œil inquiet en direction de Makeno. L’enfant dormait entre les bras de sa mère, plus profondément qu’au cours des derniers jours, et ses traits étaient détendus. Rassuré, Gil posa la main sur le bras de Dùnhild.

- Vous pouvez la soigner ? demanda-t-il dans un murmure. Naïs ? Vous pouvez la sauver ?
- Pas avec un antidote, mais…
- S’il vous plaît.


L’herboriste dégagea son bras et avec une tendresse qui contrastait sérieusement avec son personnage, lui tapota l’arrière du crâne.

- Commence par rester en vie, gamin. Perdre un ami c’est épouvantable, et c’est une tristesse dont on ne guérit jamais.

Gil aurait voulu repousser sa caresse moins déplacée qu’affectueuse, mais un petit groupe de Faëls se porta à leur rencontre et accapara son attention. Il était fasciné tant par la couleur sombre de leur peau que par les plumes et les perles colorées qui composaient leur tenue. Petits et sveltes, les Faëls étaient réputés pour être des grimpeurs hors pairs. Ils possédaient tous un arc et l’intérêt de Gil pour ce type d’arme s’accrut lorsqu’il en distingua les lignes pures et bien différentes de la sienne. Sen échangea quelques mots avec eux. De là où il se trouvait, Gil n’en entendait que quelques bribes décousues. Il savait que les Faëls ne leur feraient aucun mal, à moins de vouloir déclencher une guerre entre leur deux peuples, mais le temps pressait : il sentait les mains froides et déterminées de la mort glisser sur ses épaules et s’approcher de son cœur. Ses yeux brillants de fièvre détaillèrent un instant le ciel rougeoyant et s’arrêtèrent sur les premières étoiles qui s’allumaient. Il en était certain, désormais. S’il n’absorbait pas l’antidote de la Silencieuse d’ici le milieu de la nuit, il ne verrait pas le jour se lever.



*



If I should go
Hold my hand
If I should leave
Time cover me, please

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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Mer 02 Déc 2015, 01:21

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Illuin. La célèbre capitale faëlle se découpe lentement dans le paysage tandis que les derniers rayons du soleil déclinent à l’horizon. Jamais je n’aurais cru y mettre les pieds un jour : cette ville éternelle avait nourrie les légendes et les histoires de mon enfance. Serrant un peu plus fort Makeno dans mes bras, je soupire un instant en songeant que si je survivais assez longtemps, j’y retournerais peut-être un jour avec Pan. Et Soahary. En famille. Un léger sourire se dessine sur mes lèvres à cette pensée, mais une brusque vague de nausée me ramène durement à la réalité. Le goût du sang dans ma bouche me tire une petite grimace, mais je parviens à refouler ce tsunami qui manque de me submerger. Juste à temps.

S’avançant vers un petit groupe de Faëls, paumes ouvertes vers le ciel en signe de paix, Sen échange quelques mots avec celui qui semble être leur chef. Je savais qu’il avait déjà voyagé en pays Faël avec son propre maître, toutefois l’entendre parler cette langue aux sonorités si chantantes me laisse une drôle d’impression. Prêtant une oreille un peu distraite à la conversation, je cherche à capter le regard de Gil. Depuis que nous avions repris la route, il essayait de ne rien laissait transparaître – tout comme je me refuse à montrer cette souffrance qui se distille insidieusement dans chacune de mes respirations, chacun de mes muscles. Dans tout mon corps. Depuis la naissance de Soahary, la maladie qui me consume de l’intérieur avait pris un tournant radical. Mortel. Makeno étant désormais tiré d’affaire, une seule chose me raccroche à la vie. Je ne te laisserai pas mourir…

D’un petit claquement de langue, Sen nous fait signe de le suivre. Bougonnant quelques mots incompréhensibles dans sa barbe, Juhen ne se le fait pourtant pas dire deux fois et pousse bientôt un petit sifflement d’admiration tandis que nous pénétrons l’imposante cité. Presque aussitôt, mille et une odeurs s’élèvent dans l’atmosphère, se mêlant agréablement dans une joyeuse agitation. De nombreux regards se tournent pour observer ces étrangers ; rares étaient ceux qui osaient s’aventurer au-delà de Barail. Pour la plupart des Alaviriens, cette forêt était considérée comme une frontière infranchissable.

- « Par ici les jeunes ! » s’exclame soudain Dùnhild en sautant à terre, sans prévenir.

Levant les yeux au ciel d’un air amusé alors que Sen émet un grognement agacé, je me laisse glisser souplement sur le sol pavé. Puis, réajustant sensiblement la position de Makeno dans mes bras, j’emboîte le pas de la vieille herboriste au moment même où elle s’engouffrait dans une étroite ruelle. Pirate renâcla un instant mais je parviens à le rassurer en prodiguant une douce caresse sur son chanfrein. Juhen, lui, soutient Gil en silence. La boule d’inquiétude qui m’enserre la gorge depuis le début de ce voyage augmente encore, m’empêchant presque de respirer. Secouant toute seule la tête, je parviens soudain dans une vaste cour intérieure, desservant plusieurs modestes maisons. Faisant tourner une petite clé dans une serrure, qu’elle récupéra sous un tapis disposé sur le seuil d’une porte, Dùnhild poussa une lourde porte avant de nous inviter dans son antre en gloussant joyeusement.

- « Hé ! Hé ! Ça vous en bouche un coin, pas vrai ! » ricana-t-elle « Bon, c’est pas le tout, mais si vous voulez sauver votre ami » prévint-elle en pointant Gil de son doigt biscornu par l’arthrose « Va falloir me donner un sérieux coup de main ! »



- « Par le slip de Merwyn, mais où est-ce qu’on va pouvoir trouver tout ça ? » s’écrie Juhen en relisant la liste que nous avait confié Dùnhild pour la dixième fois, au moins.

Ecorce de saule. Venin de vipère. Dent de tigre. Epices à base de… A base de quoi déjà ? Soupirant mes épaules s’affaissent tandis que je passe une main sur mon visage. Dùnhild nous envoyait chercher des ingrédients dans une ville que nous ne connaissions même pas alors que l’état de Gil empire d’heures en heures. Génial ! Pestant entre mes dents, je réfléchis à toute vitesse. Nous avions arpenté un marché immense pendant pratiquement une heure. Sans succès.

- « Je vais retourner lui dire deux mots, moi, à cette vieille folle ! » gronde Juhen en froissant le parchemin dans un élan de rage.
- « Attends » murmurais soudain, en attrapant l’avant du géant.

Avant même que mon ami n’ouvre la bouche pour demander ce qu’il se passait, je presse un doigt sur mes lèvres pour l’intimer au silence. Plus que le bruit à peine perceptible d’un pas léger et alerte, c’est ce regard, posé dans mon dos, qui attise ma méfiance. Et éveille mes sens. Titille mon instinct de chasseuse. Bifurquant sans prévenir dans une petite impasse, protégée par les ombres, j’entraîne le géant d’un geste brusque. Dos au mur, main sur la garde de mon poignard, articulations souples, appuis sûrs. Fermant les yeux un instants, je peux sentir mon cœur battre au même rythmes des pas qui se rapprochent. Encore et encore. Comme souvent, mon instinct ne m’avait pas menti. Nous étions suivis. Toutefois, d’une détente formidable, je plaque l’intrus avec force contre le mur froid.

Ma main se referme sur gorge frêle. La Faëlle n’avait pas crié. Au contraire, elle fait preuve d’un calme étonnant pour quelqu’un piégé, dos au mur, le fil d’un poignard posé contre sa gorge. Plissant les yeux, je desserre légèrement ma prise. De pas grand-chose, juste pour permettre à la Faëlle de reprendre sa respiration.

- « Qui es-tu ? » demandais-je avec froideur « Pourquoi tu nous suivais ? »

La fille glousse un instant, tandis que je fronce les sourcils.

- « Dùnhild m’a prévenue que vous auriez peut-être un peu de mal à trouver tous les ingrédients » expliqua la Faëlle sur un ton plutôt amusé, comme si de rien n’était.
- « Un peu de mal ? » rugit Juhen « On a encore rien trouvé ! »

Haussant un sourcil, je relâche enfin la fille et recule d’un peu en restant cependant sur mes gardes. Conservant quelques secondes de silence, elle époussette ses vêtements distraitement avant de relever le menton fièrement.

- « Je m’appelle Loam » annonça-t-elle en hochant la tête « Je suis la voisine de cette vieille chouette ! » précisa-t-elle « Bon, par où est-ce qu’on doit commencer ? » s’empressa-t-elle de demander, comme si elle s’apprêter à se lancer dans une quête périlleuse et passionnante.

D’un bref mouvement du menton, j’adresse un signe approbateur à Juhen qui tend le morceau de parchemin froissé à la Faëlle, en bougonnant dans sa barbe. Passant une main dans mes cheveux rebelles, je vacille dangereusement alors que l’adrénaline reflue dans mes veines. Heureusement, la poigne puissante du Thül me rattrape in-extremis, m’empêchant de m’effondrer littéralement. D’un geste à la fois empreint d’inquiétude et d’une tendresse extrême, contrastant avec sa brusquerie habituelle, il glisse une mèche sombre derrière mon oreille.

- « Hé ! Ça va ? » murmura-t-il tandis que Loam réfléchissait à voix haute.
- « T’inquiètes » mentis-je.

Non ! Je ne vais pas bien ! J’ai mal. Horriblement mal. Partout. J’ai l’impression que mon corps se décompose, se désagrège de l’intérieur. J’ai envie de vomir. Tout le temps. Je vais mourir, et j’ai peur. Mais, là, maintenant, il faut qu’on se dépêche car Gil ne tiendra pas éternellement. Et si dois je dois mourir en lui sauvant la vie, qu’il en soit ainsi.

La voix de Loam me ramène brutalement à la réalité et je me masse un instant les tempes, relevant le menton d’un air décidé. Je ne te laisserai pas mourir, Gil !

- « Suivez-moi »


- « Allez ! Cul-sec gamin ! » annonça soudain Dùnhild en brandissant une petite fiole du précieux liquide.

Bondissant vers la vieille herboriste, le cœur battant dans ma poitrine presque à me casser les côtes, je prends la fiole entre mes mains avec une extrême précaution. Puis, je me glisse, aussi légère qu’un courant d’air, près de l’Envoleur. Cela désormais plusieurs heures qu’il est plongé dans une torpeur semi inconsciente. Prodiguant une douce caresse sur la joue mal rasée mon meilleur ami, je fais couler l’antidote entre ses lèvres. Allez ! Avale ! Dans un silence quasiment religieux, sous le regard grave de Juhen qui réajusta sensiblement la position de Makeno sur ses genoux, je masse doucement la gorge de Gil pour l’aider déglutir. Les secondes s’égrainent. S’étirent. Longues. Incroyablement longues. Les plus longues de ma vie.

- « Mais putain, bois ça Gil ! T’as pas intérêt de mourir SangreLune ! Avale, merde… » criais-je d’une voix tremblante.

Lorsque, enfin, dans un réflexe de déglutition, Gil parvient à avaler l’antidote, je ne peux m’empêcher de soupirer de soulagement. Plaquant mon front contre sa joue moite de fièvre, un léger sourire effleure mes lèvres. Tu vas vivre ! Même Juhen laisse échapper un rire nerveux. Fais-moi plaisir, vis pour nous-deux ! Distraitement, je caresse le contour de sa mâchoire du bout des doigts avant de déposer un baiser sur sa joue, juste à la commissure de ses lèvres. Et veille sur Makeno. Passant une main sur mon visage, je ferme les yeux un instant.

Au bout de longues minutes, je me détache de Gil. L’air un peu hagard, je me lève d’un bond cherchant à respirer. De l’air. Il me fallait de l’air. Trop oppressée, je m’engouffre dans la fraîcheur de la nuit et m’enfonce peu à peu dans les ténèbres des ruelles étroites de la capitale faëlle. La respiration saccadée, je marche d’un pas vif. Je cours presque, sans trop savoir où je vais. Je tourne. Je bifurque. Encore. Et encore. Sans m’arrêter. D’un seul coup, sans prévenir, le tsunami revient. Dévaste tout sur son passage. Me pliant en deux, je m’appuie contre un mur et vomis la bile qui me tord l’estomac, mêlée à du sang. Secouée de spasmes incontrôlables, je sens des larmes creuser des sillons le long de mes joues. Seule, dans la nuit, je pleure. Libérant cette tension accumulée depuis trop longtemps. Je pleure de peur d’avoir si près de perdre mon fils et mon meilleur ami. Je pleure parce que je vais mourir sans même connaître ma fille.


Je ne sais pas trop combien de temps je reste ainsi, recroquevillée comme un petit tas contre le mur d’une petite ruelle. Essuyant mon visage d’un revers de bras, je me redresse lentement. Je tremble toujours – de froid, de fièvre, de peur, je n’en sais trop rien. Ravalant mes derniers sanglots, je passe une main sur mon visage pour me redonner un minimum de contenance. C’est à ce moment précis, alors que mon esprit est encore embrumé, qu’une main puissante se plaque soudain sur mon visage. Contre ma bouche et mon nez. M’empêchant de respirer. Je lutte quelques secondes, en vain. Je ne pas la force. Pas l’envie non plus. L’oxygène me manque.

Je sombre.







[Ce kidnapping n'était pas prévu, mais bon, c'est venu comme ça...]

__________________________________________




Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Sam 05 Déc 2015, 15:06

Un petit air de flûte résonne doucement quelque part. C’est un son diffus mais rassurant qu’il ne parvient pas à cibler, peut-être parce qu’il ne sait déjà pas où il se trouve. Du tout. Perplexe, il fronce les sourcils et s’arrête. Frotte pensivement l’arrière de son crâne. Se trouve soudain ridicule, parce qu’il n’a pas l’habitude de se perdre de cette manière. Ce carrefour ne lui est pas familier. Sous ses pieds, la route pavée parsemée de brins d’herbe rebelles s’élance à travers un petit vallon calme et ensoleillé. Il le suit pensivement des yeux. Aucune idée de la direction à suivre. Il ne sait même pas ce qu’il fiche là, en vérité. L’impression fugace mais dérangeante que quelque chose cloche le démange, il fait quelques pas en avant, s’arrête de nouveau, de surprise cette fois. Il y a des panneaux un peu plus loin. Il s’approche, avec un peu de chance il reconnaitre un nom de ville, ou…

Le bois est lisse et vide. Aucun nom. Aucune indication. Juste deux planches orientée chacune vers l’opposé de l’autre. Il secoue la tête, écarte les bras, impuissant. Et maintenant ? Il n’y a pas âme qui vive, juste cette route pavée, ces panneaux qui ne servent à rien, et lui, piégé dans l’indécision la plus totale. Laisser le hasard décider ? Oui, après tout c’est ce qu’il fait à longueur de temps. La chance et le hasard ne lui ont jamais fait défaut : il peut bien s’en remettre à eux encore une fois. Droite ou gauche ? Droite. Il pivote, fait quelques pas, plonge les mains dans ses poches, ferme les yeux pour goûter pleinement la chaleur du soleil sur la peau nue de ses bras. Ne pense à rien. Se contente d’être, d’exister, sans se poser de questions.

- Où vas-tu, Manaël ?



*



Gil ouvrit brusquement les yeux en sentant quelque chose de froid glisser sur son front. Deux yeux vairons le fixaient et il sentit son cœur s’emballer.

- Manaël ? souffla-t-il.
- Recule, Makeno. Laisse-le respirer.

Le garçon se redressa légèrement mais continua d’humecter les tempes brûlantes de Gil à l’aide de son linge mouillé. Désorienté, Gil balaya la pièce du regard en quête d’un quelconque repère familier. Sa vision était assombrie, à moins que la pièce ne soit plongée dans la pénombre ; c’était sans doute le cas vu le nombre de bougies allumées un peu partout. Il était allongé par terre, sur une sorte de matelas fin mais ferme. Quelqu’un lui avait retiré sa chemise, dévoilant les muscles déliés de son torse et les ecchymoses conséquentes de sa chute de cheval. Il était trempé de sueur, ses cheveux collaient à son front. Sa main pesait une tonne lorsqu’il la leva pour repousser doucement celle de Makeno.

- Fiche-moi la paix, grogna-t-il en esquissant le geste de se lever.

Le visage exsangue de Dùnhild apparut derrière celui de l’enfant.

- T’es réveillé, beau gosse ? Ben alors, qu’est-ce que t’es costaud ! Lutter contre la Silencieuse comme ça !
- Soif…
- J’imagine, oui ! Mais non. Tant que t’as pas pris l’antidote, tu ne boiras ni ne mangeras rien du tout.
- File-moi l’antidote, alors…
- Patience mon mignon, patience ! Tu sais bien ce qu’on dit : à qui sait attendre, le temps ouvre ses portes ! Je me souviens d’un homme, bel étalon comme toi, qui n’avais pas sa…


Gil referma les yeux.



*



- Où vas-tu, Manaël ?

Cette voix… Il se retourne et manque de trébucher, frappé en plein cœur par le sourire de sa mère. Elle se tient à quelques pas de lui seulement, vêtue, comme dans ses souvenirs, d’une tunique légère qui dessine sa mince silhouette et reprend les nuances océanes de ses yeux. Reflets flamboyants de ses cheveux. Blancheur nacrée de sa peau. Délicatesse des traits de son visage, des lignes de son cou. C’est elle, c’est vraiment elle. Il fait beau mais tout à coup, il pleut dans ses yeux.

- Maman ?

Il s’arrête devant elle, baisse la tête tandis qu’elle lève la sienne.

- Qu’est-ce que tu as grandi… murmure-t-elle.

Emue, elle tend la main et la pose sur la joue de son fils. Gil pose sa main sur la sienne, son cœur bat si vite dans sa poitrine qu’il s’attend à le voir éclater à tout instant. Son cerveau pourtant tourne au ralenti… non. S’est arrêté de fonctionné. Comme lorsque l’on tombe amoureux. L’amour a d’étranges pouvoirs. Celui qui vibre dans l’air est si fort, si beau que Gil cesse d’hésiter : il attrape Sinéad entre ses bras et la serre à l’en étouffer. La main dans ses cheveux, il ferme les yeux. Une larme roule le long de sa joue.

- Tu pleures ?
- Non,
répond-il en reprenant malgré lui l’accent d’un petit garçon prit en flagrant délit d’émotion.

Elle rit et il la serre plus fort encore.

- Je pensais ne plus jamais te revoir…
- Moi aussi.
- Alors qu’est-ce qui se passe ?


Sinéad recule légèrement pour croiser son regard. Il enroule un doigt dans l’une de ses mèches soyeuses, retient son souffle.

- Je crois que tu es en train de mourir.

Surprise.
Vite balayée.

- Il fallait bien que ça m’arrive un jour…
- Ne dis pas ça,
proteste-t-elle en secouant la tête. Tu es si jeune !

Gil la dévisage en silence. Elle est plus jeune que lui.

- Qu’est-ce que je dois faire ? demande-t-il finalement.
- Un choix.

Elle désigne les panneaux, il grimace. Déteste ce mot-là.

- Allez, au hasard : la vie ou la mort, c’est ça ?
- Est-ce qu’il t’arrive d’être sérieux, parfois ?
- Jamais,
répond-il dans un sourire frondeur.

Sinéad sourit à son tour. Un sourire un peu joyeux et un peu triste qui lui pince le cœur. Il la serre à nouveau dans ses bras. N’a pas envie de faire un choix.

- J’ai combien de temps ?
- Une heure.


Murmures.
Et quelques notes de flûte pour égrainer les secondes.



*



- Mmmh… Non…

Gil remuait. Il se débattait faiblement tandis qu’il luttait contre le poison, piégé dans un demi-sommeil brûlant de fièvre et parsemé de rêves insensés. Inquiet, Makeno lui tenait la main et guettait la moindre de ses réactions tandis que Dùnhild, pour une fois retranchée dans un silence parfait, s’affairait dans un univers de fioles et de décoctions. Le temps s’écoulait, s’étirait, s’étiolait. S’épuisait.

Enfin, la porte s’ouvrit. Naïs, Juhen, Sen et une faëlle aux courts cheveux blancs coiffés en bataille s’engouffrèrent dans la pièce. Makeno lâcha la main de Gil pour se réfugier dans les bras de sa mère tandis que Juhen se penchait sur le malade.

- Vous allez réussir à le sauver ? demanda-t-il en jetant un coup d’œil mi-perplexe, mi-anxieux vers Dùnhild.
- Si vous m’foutez la paix avec vos questions idiotes, oui !

Juhen marmonna quelque chose dans sa barbe et s’installa près de Gil. Sen s’appuya contre un mur et parvint presque à se fondre dans les ombres. Ignorant les menaces de la vieille herboriste, la faëlle entreprit d’aider celle-ci. Naïs et Makeno continuèrent de rafraîchir le visage de Gil. Et le temps poursuivit sa lente progression.



*



- A droite, c’est la mort ?
- Oui.
- Donc à gauche…
- Oui. C’est la vie.
- Je peux vraiment choisir entre les deux ?
- Seulement pendant une heure, Manaël. Passé ce temps, ce choix ne t’appartiendra plus.


Il soupire. Comment un choix aussi radicale, et donc si évident, peut-il être aussi difficile à faire ?

- Si je meurs, je reste avec toi ?
- Oui.


Pourquoi hésiter ? Pourquoi ne pas choisir la facilité ? L’amour d’une mère qui lui a tant manqué ? Gil se contracte en sentant Sinéad se dégager de son étreinte.

- Qu’est-ce que tu fais ?
- Je m’en vais.
- Mais…
- Tu dois prendre ta décision sans moi,
dit-elle avant de se hisser sur la pointe des pieds pour l’embrasser sur le front. Et tu ne dois pas la prendre pour moi.
- Je t’aime,
répond-il sans réfléchir.
- Je t’aime aussi, mon ange. S’il te plaît… décide-toi avant de perdre le droit de faire un choix. Tu n’aimes pas ça, je le sais, mais avoir le choix est sans doute l’une des plus belles chances que nous offre la vie. Tu ne peux pas laisser tomber cette chance. D’accord ?

Il hoche la tête, sourit à travers ses larmes, cligne des yeux.
Une fois.

Elle a déjà disparu.

Mais il n’est pas seul pour autant. Là-bas, juste derrière le panneau qui pointe la direction de la vie, se tient un homme. Intrigué, il s’approche avec cette impression saisissante de se trouver face à un mémoire : le reflet que celui-ci lui renvoie est fidèle, depuis la couleur et les boucles des cheveux jusqu’à la stature, au creux de sourire dans la joue et à la barbe de quelques jours. Un seul détail balaie l’idée du reflet : les yeux. Ceux de l’homme sont d’une seule et même couleur, chocolat tendre moucheté de paillettes d’or et de malice. D’une joie un peu triste, aussi, comme ceux de Sinéad.

Gil sent sa gorge se serrer en même temps que ses poings.

- Tu vas me casser la figure ?
- Tu te laisserais faire ?
- Je me laissais toujours faire quand tu étais petit, mais là, vu ta taille et ton poids… pas sûr, non.

Giliwyn se détache du panneau contre lequel il est appuyé, mais il ne bouge pas. C’est Gil qui fait le premier pas. Il avance et son poing cogne le visage de son père au niveau de la mâchoire.

- Joli droite.
- Merci.


Nouveau coup.  Le temps passe, les notes de flûte résonnent un peu plus fort. Giliwyn se laisse faire, finalement. Ou plutôt, il bloque les frappes qui pleuvent désormais sur sa personne mais n’en rend aucune. Au bout d’un moment, Gil s’épuise. Continue quand même. Son père profite d’une nouvelle attaque pour l’attraper dans ses bras…

… Gil enfouit le visage contre son épaule et pleure. Pour de vrai, cette fois. Il pleure la mort de sa mère, celle de son père, celle de Manaël aussi.

- Choisis la vie, murmure Giliwyn en passant doucement la main dans ses cheveux.
- J’ai pas besoin de toi, rétorque Gil en se dégageant brusquement. Si je reste, c’est pas pour être avec toi.
- Tu ne peux pas rester.
- J’ai le choix, je te signale.


Giliwyn le regarda tristement.

- Plus pour longtemps. Il te reste trois minutes.
- Merde !


Gil se prend la tête entre les mains et se met à faire les cent pas tandis que les notes de flûte, une chanson qu’il se souvient avoir jouée vingt ans plus tôt, retentissent autour de lui. Echo d’un compte à rebours dans toute sa radicalité.

- Merde…
- Je t’aime,
souffle Giliwyn.
- La ferme ! crie Gil en fermant les yeux.

Son père a déjà disparu. Il est de nouveau seul au milieu de la route, planté au beau milieu du carrefour, les panneaux le narguent, il gémit. N’est pas sûr d’arriver à choisir avant qu’il ne soit trop tard.

T’as pas intérêt de mourir, SangreLune ! Avale, merde…

Gil se fige. Il connait cette voix. N’arrive pas à mettre un visage dessus mais c’est une voix qu’il aime, c’est certain. Et pas celle d’une morte. Pas encore… Le cœur battant, Gil lève les yeux vers les panneaux. Encore quelques secondes. Le choix lui appartient pendant quelques secondes encore. D’un côté l’amour de sa mère, de son père aussi. Tout ce qui lui a manqué ces dernières années. De l’autre côté la force de cette voix qui a surgi de nulle part et qui l’a ébranlé. Une poignée de secondes…

Trois…

Deux…

Un…



*



Il s’élance.
A gauche.



*



Une main fraîche était posée sur son front. Les yeux clos, Gil prit une profonde inspiration.

- Maman ?
- Grand-maman conviendrait mieux mais ça me touche quand même, joli cœur ! Allez, dors. Tu vas avoir besoin de temps pour te remettre de la Silencieuse… et tu t’en remettras, Gil SangreLune. Oui, tu t’en remettras !


Gil perdit connaissance au moment où la porte s’ouvrait, laissant apparaître un Sen particulièrement mal luné. Il portait Naïs sur son épaule.

- Tu l’as trouvée ! s’exclama Juhen en bondissant sur ses pieds.

L’Envoleur ne répondit rien. Il avait été le maître de Naïs, l’avait guidée sur la voie du Chaos, l’avait éveillée à ce monde, l’avait libérée de son ignorance ; il la retrouverait toujours, quoi qu’il puisse arriver. Un Thül ne pouvait pas comprendre ce genre de chose. Il l’ignora donc et poussa Gil de son pied pour déposer Naïs sur le matelas.

- Hé ! protesta Dùnhild en levant les yeux vers lui. Va pas le tuer alors que je viens juste de le sauver !
- C’est elle que tu dois soigner, rétorqua-t-il d’un ton sec en désignant Naïs.
- Je peux rien faire.

Il attrapa l’herboriste par le col et la souleva sans effort : seule la pointe de ses pieds touchait désormais le sol. Juhen porta la main à son arme mais Sen l’arrêta d’un claquement de langue autoritaire. Loam l’avait déjà mis en joue et la pointe de sa flèche visait sa tempe : à cette distance, même l’Envoleur qu’il était ne pourrait pas l’esquiver. Sen se contenta de l’ignorer.

- Tu as réussi à sauver cet enfoiré, tu pourras la sauver elle aussi. Tu sais comment faire, pas vrai ?
- Dùnhild…
- Range ton arme, petite ! Il ne me fera pas de mal, il a trop besoin de moi… Dis donc, toi ! C’est pas la politesse qui t’étouffe, hein ! Ouvre grand tes oreilles de gamin mal élevé et écoute-moi attentivement : je ne peux pas soigner ton amie maintenant. Sa maladie est complexe et puis franchement, je ne suis pas la Dame, je n’ai pas le pouvoir de toucher le cœur et l’âme des gens juste parce que j’ai envie de le faire. Mais j’peux contrer les symptômes temporairement.


Sen resta immobile quelques secondes, puis reposa la vieille femme et recula.

- Fais ce que tu as à faire.
- « merci, dame Dùnhild, de vous casser la tête pour ces deux jeunots ! Sans vous ils seraient déjà morts depuis longtemps ! Et merci de nous offrir un toit pour la nuit ! »
railla-t-elle en retournant farfouiller dans ses ingrédients. Bon, j’vais pas faire tout ça toute seule, hein. Toi, le géant, tu vas m’éplucher quelques légumes.
- Vous avez besoin de ça pour faire une potion ?
s’étonna Juhen en écarquillant les yeux.
- Pour une potion non, mais pour une soupe, oui ! Allez, du nerf ! Loam, pose-moi cet arc et viens l’aider, tu veux ? Grincheux, reste pas planté là à jouer les méchants, j’ai besoin d’aide pour porter deux ou trois caisses.

Ni Sen ni Juhen n’étaient du genre à se laisser commander par une vieille femme. Ils s’exécutèrent pourtant sans un mot tandis que Makeno, fatigué et soulagé de retrouver sa mère, se pelotonnait entre elle et Gil pour s’endormir aussitôt.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Mer 23 Déc 2015, 16:34

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Peu à peu, le monde reprend consistance autour de moi. Mes paupières tremblent un instant, mais je les garde fermées encore quelques secondes afin de reprendre contact avec la réalité tout en douceur. D’abord, il y a cette odeur sucrée, si particulière, qui me titille les narines. Et puis une autre. Virile et sauvage, toute proche. Incroyablement proche. Ces deux parfums se mêlent subtilement au rythme de deux respirations profondes et régulières. Serait-ce Pan ? Et Makeno qui se serait glissé entre nous pendant la nuit ? En fouillant dans ma mémoire, je réalise très vite qu’il ne s’agit pas de l’homme aux cornes. Les souvenirs me reviennent : ma maladie avait pris un nouveau tournant, Makeno qui avait été empoisonné, le voyage vers l’est pour trouver une vieille herboriste lunatique, des retrouvailles inattendues, un combat contre la montre. Gil ! Il est vivant. Retenant de justesse un soupir de soulagement, je me mords la lèvre inférieure.

Soudain, une main effleure doucement ma joue et j’ouvre brusquement les yeux en me redressant d’un bond. D’un puissant réflexe je repousse cette main qui glisse dans mes cheveux, avant de marquer un temps d’hésitation. Infime. Et de soupirer. Murmurant pour ne pas réveiller Gil et Makeno, ma voix me paraît étrangement lointaine et rauque.

- « Sen ? » coassais-je
- « Schhh » souffla-t-il tout bas en posant un doigt sur mes lèvres « Bois-ça »

Hochant la tête imperceptiblement, j’englobe de mes deux mains une grande tasse de soupe encore chaude. Inspirant profondément la bonne odeur qui s’en dégage, je pousse un petit soupir d’aise. Mais alors que je trempe le bout de mes lèvres dans le précieux liquide, une vague de douleur me plie littéralement en deux et me tire un léger gémissement. Laissant filer quelques secondes, je m’autorise finalement à reprendre mon souffle. Aussitôt, la main de mon ancien mentor se pose sur mon front dans un geste presque tendre.

- « Tu es fiévreuse… » constata-t-il d’un ton qui reflétait son inquiétude.

Secouant toute seule la tête, je repousse la main de Sen. Aucune agressivité dans ce geste. Aucune violence. Juste une certaine volonté de le rassurer. Avalant une longue gorgée de soupe, je replie un instant mes jambes tout contre moi.

- « Je vais bien » mentis-je « Je suis juste vraiment fatiguée… »


- « Debout les jeunes ! » lança joyeusement Dùnhild.

Loam et la vieille femme s’affairaient déjà, en gloussant toutes les deux d’excitation. Un léger sourire étire mes lèvres tandis que Juhen grogne dans sa barbe quelques mots incompréhensibles. Makeno, lui aussi, est bien réveillé et saute sur le matelas pour reprendre sa place initiale entre moi et Gil, achevant ainsi de réveiller l’Envoleur. Attrapant le petit garçon avec vivacité, je plante une bise sur sa joue tandis qu’il éclate de rire.

- « Maman, Gil ! Loam et Dùnhild ont dit qu’aujourd’hui c’est un jour très spécial ! » s’exclama-t-il avec engouement.

Tournant la tête vers Gil, je fronce un instant les sourcils.

- « Comment ça ? » demandais-je en devançant mon meilleur ami.
- « Aujourd’hui, nous célébrons nos marins, spécialement ceux perdus en mer » répondit immédiatement Loam, les poings sur les hanches et un large sourire aux lèvres « C’est l’occasion de grandes festivités en ville. Il faut absolument que vous veniez voir ça ! » précisa-t-elle.

Lâchant un soupir imperceptible, je repousse une mèche rebelle tandis que Sen émet un léger claquement de langue pour signifier sa désapprobation. Levant mon regard aveugle vers mon ancien maître, je hausse un sourcil inquisiteur. Remontant fièrement le montant, je le défie silencieusement de prendre une quelconque décision pour moi, uniquement sous prétexte qu’il craint pour ma santé. Je ne suis pas une petite chose fragile, non mais !

- « C’est une bonne idée ! » fis-je en opinant du chef, avec un large sourire.



Magique ! Loam et Dùnhild n’avaient pas menti ! Les rues de la capitale faëlle sont emplies de rires, de joie et de musique. C’est un peu étrange de célébrer ainsi ses morts – en tout cas, les Alaviriens auraient plutôt tendance à être très solennels dans ce genre de situations. Déambulant tranquillement dans la foule compacte, le seul rire de Makeno contribue à redonner un peu d’énergie, de vigueur. Juché sur les épaules de Juhen, il s’émerveille des saltimbanques, des chanteurs, des acrobates, des conteurs d’histoire apparaissant à chaque coin de rue. Sen, tout seul derrière tandis que Loam et Dùnhild nous guide dans les rues d’Illuin.

La place du marché, située dans l’artère principale de la ville, est sans doute encore plus impressionnante. Au rythme d’une musique traditionnelle – avec ce côté un peu mystique et aérien que je n’ai jamais entendu ailleurs en Gwendalavir – des centaines de Faëls dansent sur la place. Fermant un instant les yeux, je sens ces notes si joyeuses trouver un écho en moi et pulser dans mes veines. Les battements de mon cœur accélèrent légèrement. Un large sourire fend mon visage tandis que j’entremêle mes doigts à ceux de Gil.

- « Viens » murmurais-je avec une lueur brillante dans le regard.

Sans même attendre de réponse, j’entraîne mon ami au milieu de la place tandis que je la musique s’incarne dans mes gestes avec une aisance naturelle. Je deviens alors danse hypnotique. Sensuelle. Passionnée.

Comme une certaine nuit à Fériane…



Les bras croisés sur son torse, Sen ne perdait pas une miette de ce drôle de spectacle. Les Faëls étaient décidément un peuple très étrange qu’il ne parviendrait jamais à comprendre. Ils célébraient leurs morts en dansant. En chantant. En s’amusant. Si ce n’était pas une preuve de bizarrerie ça ?! Il allait presque se laisser entraîner, lui-aussi, par autant de bonne humeur mais un mouvement à la périphérie de son champ de vision attira son attention. Et il la vit. Naïs. Qui emportait cet enfoiré de SangreLune à sa suite. Comme si de rien n’était. Et ils dansaient. Ensembles ! Plissant les yeux, l’Envoleur s’enfonça encore plus dans sa mauvaise humeur. Il s’imagina un bref instant le jour où il pourrait enfin tuer ce fils de Raï pour le mal qu’il avait fait à son ancienne apprentie. En attendant, il ne pouvait que fulminer. Bouder. Fusiller SangreLune du regard. Il se sentait impuissant et il détestait cela !

Soudain, sous l’effet de la surprise, il perdit violemment l’équilibre tandis que le Thül le poussait de sa grande main. Il manqua même de s’étaler par terre. Et d’emporter Loam dans sa chute, qui le dévisagea avec suspicion. Avant d’éclater de rire en échangeant un regard avec Juhen. Sen se renfrogna encore plus.

- « Bah dis-donc, ça t’arrive de t’amuser des fois ? » s’esclaffa le géant.
- « Refais encore une fois ça et tu verras comment je sais m’amuser » rétorqua-t-il froidement.
- « Espèce de… » tonna Juhen, très vite coupé dans son élan par une petite voix.
- « Dis Juhen ? » intervins Makeno.
- « Quoi ? »

L’Envoleur s’était tu. Et il observait le petit garçon. Une drôle de lueur illuminait son regard, aussi l’Envoleur pinça les lèvres avec humeur en attendant la suite.

- « J’aimerais bien les voir plus souvent ensembles. Comme ça. Maman et Gil… » soupira-t-il avec un brin d’espoir dans la voix.

Sen refusait d’en entendre plus. Il fallait qu’il aille se calmer dans son coin sinon il n’allait plus pouvoir se contrôler et il allait inévitablement arracher la tête de SangreLune. Littéralement ! Il voulait partir. Vraiment. Mais quelque-chose le retint. Pas quelque-chose. Quelqu’un. Naïs ! Elle avait d’abord vacillé, dangereusement. Puis elle s'était effondrée dans les bras de SangreLune, sans forces. Incapable de lutter contre une nouvelle vague de douleur qui venait de la terrasser. Plus puissante que les autres.




≈≈≈ Naïs ≈≈≈

- « Je vais bien » grognais-je en repoussant la main de Juhen sur mon épaule.
- « Manifestement, non » rétorqua Sen, une pointe d’agacement dans la voix.

Croisant les bras sur ma poitrine, je m’affale un peu plus dans le canapé. Juhen et Sen m’avaient tous deux interdit de me lever de ce fauteuil. Gil, lui, m’observait comme s’il craignait que je sois sujette à une autre crise de faiblesse aussi impressionnante. Un peu en retrait, dans un coin de la pièce, Loam et Dùnhild murmurent quelques mots entre elles. Refoulant une vague de nausée, je me crispe encore un peu plus. Je sursaute presque lorsque Loam s’avance soudain entre Juhen et Sen qui se chamaillent depuis de longues minutes.

- « Je crois que je sais ce que tu as » annonça la Faëlle le plus naturellement du monde.

Le silence retombe dans la pièce comme par magie tandis que mes traits se figent de surprise.

- « Ma sœur, elle est malade aussi. Elle a les mêmes symptômes que toi. Je pensais que seuls les Faëls pouvaient en souffrir… »
- « C’est le cas » corrigea Dùnhild en haussant les épaules « Je n’ai jamais rien vu de semblable en Gwendalavir » affirma la vieille femme « Il est probable que tu aies de lointains ancêtres Faëls ma grande » sourit-t-elle en m’ébouriffant les cheveux.
- « Hein ?! »
- « La bonne nouvelle, c’est qu’il existe effectivement un moyen d’atténuer les symptômes et de ralentir la progression de la maladie » sourit Loam.

Clignant plusieurs fois des paupières, fort, je déglutis avec difficulté. Soupirant, je me passe une main sur mon visage pour me redonner un minimum de contenance. D’abord le choc. Puis l’espoir. Des millions de questions se bousculent dans mon esprit. Teintées d’un avenir à nouveau possible – si j’en crois les propos de Loam.

- « Ok » murmurais-je d’une voix blanche « C’est quoi ce moyen ? »
- « C’est une fleur. Une fleur qui ne pousse que dans les montagnes au nord du pays. Dùnhild pourra te faire une potion. Mais il faut se dépêcher… »






[Sorry du retard, entre les exams et le début des vacances j'ai pas vu filer le temps ^^]

__________________________________________




Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Giliwyn SangreLune
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Signe particulier: Son prénom est celui de son père, son nom de famille celui de sa mère. Yeux vairons.

MessageSujet: Re: Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]   Mer 23 Déc 2015, 20:38

[Et moi je réponds tout de suite, histoire de te donner encore plus de travail et de bien te mettre la pression, gnéhéhé...  Twisted Evil  Wink]




- Debout les jeunes !

Gil grogna et se retourna, cherchant à se rendormir en dépit de l’agitation qui régnait autour de lui. Mais alors qu’il était sur le point d’y parvenir, une masse humaine s’affala sur lui de tout son poids et il sentit deux mains glisser le long de ses côtes pour le chatouiller.

- Arrête ça… marmonna-t-il aussitôt.

Contre lui, Makeno se figea, puis commença à reculer pour le laisser tranquille. Gil soupira. Sans ouvrir les yeux, il referma les bras sur le garçon pour l’empêcher de s’échapper et le fit rouler dans le lit pour se mettre à le chatouiller. Les rires de l’enfant achevèrent de l’éveiller complètement. Tout en continuant de torturer sa victime, il leva la tête et parcourut les alentours du regard. De jour, le séjour de Dùnhild était lumineux et chaleureux : tout était couleurs, formes improbables associations d’objets auxquelles il était curieux de songer mais qui, dans cet endroit, s’accordaient parfaitement ; les armoires étaient remplies d’ingrédients intrigants et de fioles plus ou moins remplies, des herbes tressées étaient accrochées aux poutres  et se balançaient doucement au rythme d’une brise qu’il était incapable de percevoir. Il régnait dans la pièce une douce chaleur, comme si un feu avait été allumé quelque part, alors qu’il n’y avait pas de cheminée. L’herboriste s’affairait quelque part dans sa cuisine, à en juger par le bruit des ustensiles s’entrechoquant inlassablement, et Gil ne put s’empêcher de se demander si elle vivait réellement dans cet endroit. Il avait vu sa demeure et sa boutique à Al-Jeit. Quelle raison Dùnhild avait-elle de vivre en pays Faël ?

- Maman, Gil ! Loam et Dùnhild ont dit qu’aujourd’hui c’est un jour très spécial ! s’exclama Makeno en reprenant son souffle.

Il avait les pommettes roses et le regard vif d’un petit garçon en bonne santé, même si la minceur de son visage témoignait de son récent empoisonnement. Gil leva les yeux vers Naïs.

- Comment ça ? demanda celle-ci en fronçant les sourcils.
- Aujourd’hui, nous célébrons nos marins, spécialement ceux perdus en mer.

Gil tourna la tête vers la jeune femme qui venait de répondre à la question de l’Envoleuse. C’était une Faëlle. Sa peau sombre tranchait avec le blanc très pur de ses cheveux dont les courtes mèches joyeuses encadraient le visage, ajoutant une touche enfantine à son expression déjà malicieuse. Donc c’est toi, Loam…

- C’est l’occasion de grandes festivités en ville. Il faut absolument que vous veniez voir ça !

Gil grogna, peu intéressé par la proposition alors qu’il avait seulement envie de dormir trois ou quatre jours encore, histoire de récupérer un peu du passage ravageur de la Silencieuse dans son organisme. Il fronça les sourcils en percevant un écho à son intervention et découvrit Sen, appuyé contre un mur. Les bras croisés et l’air renfrogné, il dévisageait la Faëlle avec la même affection que lorsqu’il le regardait, lui.

Autrement dit, aucune.

- C’est une bonne idée !

Du coin de l’œil, Gil vit que Naïs avait légèrement levé le menton. Le défi qu’elle lançait était indéniable, et à en juger par l’expression de Sen, elle était bien partie pour le remporter. Gil sourit intérieurement. Il n’avait absolument pas envie de se lever, il ignorait même si ses jambes étaient assez fortes pour le porter, mais rien que pour agacer l’Envoleur, il était prêt à danser une gigue endiablée.



*



- Alors ?

Un sourire jusqu’aux oreilles, Loam fixait tour à tour Gil, Naïs, Sen et Juhen en attendant qu’ils lui répondent. Ils se trouvaient dans une rue enfiévrée par tout un festival de saveurs, de couleurs et d’odeurs, symphonie de rires, de chants et de danses qui éloignaient jusqu’à l’idée même de la mort. Jamais encore Gil n’avait vu pareille cérémonie commémorative. Pourtant, ce qui aurait pu paraître décalé, voire offensant dans une célébration à l’égard des disparus était ici bien plus parlant et plus puissant que n’importe quelle prière affreusement lassante.

- Alors, le moins qu’on puisse dire c’est que vous savez faire la fête, répondit Gil en se décalant pour laisser passer un Faël qui transportait plusieurs pintes d’un liquide mordoré et visiblement chargé en alcool.
- Qu’est-ce que c’est ? s’enquit aussitôt Juhen en se démanchant presque le cou pour suivre les boissons des yeux.
- De la liqueur d’agrumes au miel.
- Il faut que je goûte ça !
s’écria le Thül avant de se tourner vers Gil. T’en veux une ?
- Merci, mais non,
grimaça l’interpelé. Je crois que mon estomac ne s’est pas encore remis de ses dernières émotions…

C’était peu de le dire : le moindre fumet qui émanait des étales présents un peu partout lui soulevait le cœur. Il faisait de son mieux pour ne pas montrer son dégoût, mais la simple pensée de boire de la liqueur lui donnait la nausée. Dùnhild l’avait prévenu qu’il allait rester sensible à toute forme de nourriture durant plusieurs jours. C’était toutefois un prix relativement léger à payer pour avoir la vie sauve… Juhen lui avait raconté à quel point il avait eu de la chance. Il s’en était fallu de peu pour qu’il ne prenne pas l’antidote à temps. Ils avaient d’ailleurs cru qu’ils l’avaient perdu et la nuit qui avait suivi avait été très longue pour ceux qui l’avaient veillé. Il avait dormi deux jours d’affilée, mais il se sentait toujours vaseux et épuisé. Il lui avait fallu un peu de temps pour parvenir à se tenir sur ses jambes seul et sans qu’elles ne tremblent à la manière de celles d’un faon. Agacé par cette faiblesse qu’il n’avait pas l’habitude de ressentir, Gil s’était muré dans un silence boudeur. L’animation ambiante ne suffisait pas à lui remonter le moral. Le sourire d Makeno, en revanche, lui mettait du baume au cœur. Comment décrire le soulagement qui l’étreignait à le voir courir d’un spectacle à l’autre, dévorer du regard les jongleurs, rire aux plaisanteries de Juhen, savourer ce que Loam lui faisait goûter ? Vivre, tout simplement ? Ils avaient été si prêts de le perdre, lui aussi…

- Viens.

Tiré brusquement de ses pensées, Gil sursauta et laissa Naïs entremêler leurs doigts. Il ne lui résista pas non plus lorsqu’elle l’entraîna à sa suite sur la place. Mais lorsqu’elle commença à danser, il recula d’un pas et secoua la tête.

- Naïs…

Cette musique… Il fronça les sourcils. Ce n’était pas une musique alavirienne et pourtant, il en reconnaissait quelques notes. Souvenir lointain qui refit surface avec la force d’un boulet de canon. A cet instant précis, ses doigts le démangèrent et il eut l’envie furieuse de jouer de la flûte pour accompagner cet air enjoué et fichtrement familier qui retentissait dans la ville. Devant lui, Naïs dansait, féline, merveilleuse. Il fut surpris de ne pas ressentir l’élan de désir qui l’avait animé quelques mois plus tôt. Ce qu’il vivait était différent. Indéniablement puissant, mais différent. Ce fut toutefois la force du lien qui les unissait qui poussa Gil à se rapprocher de l’Envoleuse pour passer un bras autour de sa taille. Il était trop faible pour danser avec la même passion que lors de leur première rencontre, mais pendant quelques secondes, il se laissa porter par le rythme de la musique et celui de Naïs.

Le poids d’un regard lui fit lever la tête et croiser celui, orageux, de Sen. Gil lui décocha un clin d’œil amusé et eut la satisfaction de voir le maître de Naïs se raidir, juste avant de trébucher sous le coup d’une bourrade de Juhen. Gil ricana. Bien fait, songea-t-il, juste avant de se dire que Naïs devenait de plus en plus lourde contre lui. Il baissa les yeux au moment où elle perdait connaissance, et la rattrapa pour la soulever dans ses bras. Sen était déjà planté devant lui.

- Naïs !
- Elle s’est évanouie.
- Je sais. Laisse-moi voir si…
- Gil’Massek !
gronda Gil en reculant d’un pas. Arrête un peu de croire que tu es le seul à t’inquiéter pour elle.

Piqué au vif, Sen soutint le regard de Gil. Ses doigts caressaient machinalement le manche de son arme.

- Tu n’es pas en état de la soutenir. Laisse-moi la porter jusque chez Dùn…
- On se retrouve là-bas.


Gil s’était exprimé d’un ton extraordinairement calme et sans appel. Tant et si bien que Sen, qui n’aurait pourtant eu qu’à lui souffler dessus pour le faire tomber, resta immobile et laissa Gil disparaître dans la foule.



*



- Je crois que je sais ce que tu as.

Ils se trouvaient de nouveau chez Dùnhild. Naïs avait repris connaissance et se tenait dans un large fauteuil, à la merci des regards inquiets posés sur elle. Sen avait surtout l’air de vouloir l’étrangler de ses propres mains, mais l’Envoleuse, comme à son habitude, n’en faisait qu’à sa tête. Elle sembla toutefois oublier ses projets pour se jouer de ses amis surprotecteurs lorsque Loam l’interpela d’un ton pensif. D’ailleurs, l’attention générale se porta sur la Faëlle.

- Ma sœur, elle est malade aussi. Elle a les mêmes symptômes que toi. Je pensais que seuls les Faëls pouvaient en souffrir…
- C’est le cas,
fit Dùnhild. Je n’ai jamais rien vu de semblable en Gwendalavir. Il est probable que tu aies de lointains cousins Faëls ma grande !
- Hein ?!
- La bonne nouvelle,
reprit Loam sans prêter attention à la surprise de Naïs, c’est qu’il existe effectivement un moyen d’atténuer les symptômes et de ralentir la progression de la maladie.

Surprise.

Espoir.

Gil se mordit la lèvre pour laisser Nais poser la question à sa place.

- Ok… c’est quoi ce moyen ?
- C’est une fleur. Une fleur qui ne pousse que dans les montagnes au nord du pays. Dùnhild pourra te faire une potion. Mais il faut se dépêcher…


Gil n’avait pas attendu la fin de la phrase pour attraper son manteau, mais la main de Sen se refera sur son poignet alors qu’il soulevait le vêtement.

- Qu’est-ce que tu fiches, SangreLune ?
- Je vais chercher la fleur.
- Dans cet état ?


Il fallait admettre que Sen avait raison de douter : les montagnes étaient à plusieurs semaines de voyage. Mais le regard que lui retourna Gil était suffisamment évocateur pour que l’Envoleur finisse par lui lâcher le bras. Il était déterminé.

- Si tu pars, je viens, décréta Juhen.
- Moi aussi ! s’écria Makeno.
- Hep hep hep, une minute, vous trois ! intervint Loam, mais Dùunhild l’interrompit en lui posant une main sur l’épaule.
- Tu ne vois donc pas qu’ils sont déjà décidés ? Un ouragan ne saurait les empêcher d’y aller…
- Mais… ils vont vraiment…
- Faire tout ce voyage ? Affronter les dangers qui vont leur faire obstacle ? Braver les éléments ? Oui. C’est évident.
- Incroyable…
- Loam ?
- Oui ?
- Tu devrais les accompagner. Sinon, ils vont encore trouver le moyen de se blesser.
- Et vous ?
- Si vous croyez que je vais vous laisser vous amuser sans moi, vous vous fourrez le doigt dans l’œil !




*



Assis sur le matelas, Gil achevait de préparer son sac lorsque Naïs vint le rejoindre. Comment avait-elle pu échapper à la surveillance de ses farouches gardiens ? Un sourire sur les lèvres, il secoua la tête.

- On dirait qu’on est repartis pour un tour, dit-il en se remettant à sa tâche.

Comme elle ne disait rien, il finit par s’interrompre de nouveau.

- Naïs ? Tout va bien ?

Question vide de sens en la situation, puisque l’Envoleuse était malade. Mais elle devait avoir compris ce qu’il voulait savoir. Est-ce qu’elle se sentait prête à faire ce voyage ? A tenir un peu plus longtemps, à narguer la mort pour trouver cette satanée fleur ?

A lui faire confiance, une fois encore ?

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



[Absent du 20/10 au 03/11]
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Vivre, ce doit être une formidable aventure ! [PV Naïs]
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