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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Groupe Fyrh - cours n°5

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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Groupe Fyrh - cours n°5   Mar 23 Fév 2016, 22:07

Appuyée contre une colonne qui, fin élancement délicatement taillé, soutenait une voute creusée dans la pierre par des mains prodigieuses, Syndrell se laissait bercer par le murmure de ses proches voisins. Elle écoutait les conversations sans y prêter attention, moins intéressée par leur contenu que par leur écho dans l’immense salle sous-terraine.

Bras croisés, la jeune femme mordillait pensivement une mèche rebelle de ses cheveux bleus, qui s’échappait de son chignon grossier. Il y avait un moment qu’elle n’était pas venue dans la salle du Conseil. La dernière fois, elle n’était qu’une jeune apprentie un peu dégingandée, trop sûre d’elle et qui suivait scrupuleusement les traces de Miss.

Un petit sourire amusé passa sur ses lèvres. C’était hier, non ? Elle se revoyait encore, dévorant les lieux du regard, subjuguée de découvrir autant de marchombres et fascinée par la prestance des membres du Conseil. Force indicible et rayonnante qui avait alors tu ses craintes tout en mettant son âme à nu. Comme appelé par cette pensée, le Conseil fit son apparition, nourrissant de nouveaux murmures autour de Syndrell.

Qui ne bougea pas. Elle n’avait pas besoin, avec la couleur de ses cheveux et de ses yeux, de faire signe à Valcyan pour qu’il la remarque. Il était déjà près d’elle, vif et puissant tout à la fois, souriant franchement sous une mèche de cheveux noirs comme l’ébène.


- Syndrell Ellasian ! C’est un plaisir de te revoir.
- Tout le plaisir est pour moi, Val’,
répondit Syndrell en plongeant son regard flamboyant dans celui, encre de nuit, de son interlocuteur.

Valcyan Enderra, l’un des plus grands marchombres de la Guilde. Sans âge avec ses pattes d’oie au coin des yeux et son sourire d’enfant, il siégeait au Conseil depuis quelques années déjà ; ami de Miss de longue date, il avait apprécié Syndrell en une poignée de secondes. Séduit par sa fraîcheur acidulée quand elle avait succombé à son aura calme et apaisante.

- Comment vas-tu ?
- Bien. Curieuse de savoir pourquoi le Conseil tient à me rencontrer.
- C’est moi qui souhaitais te voir.
- Intriguée, maintenant. C’est une mission ?
- D’une certaine manière, oui…


Syndrell haussa un sourcil et attendit la suite.
Elle fut prompte et sans détours.


- J’aimerai que tu reprennes la formation d’Eole Létoile.
- Moi ?
- Non, l’Empereur...


La marchombre fronça le nez pour montrer le peu de cas qu’elle faisait de cette boutade. En réalité, elle était en train d’assembler tous les morceaux qu’une proposition aussi grande avait fait voler en éclats. Surprise, puis réflexion. Valcyan se permit d’y mêler la sienne.

- Je sais que d’ordinaire les maîtres choisissent leurs élèves et c’est pourquoi tu es en droit de refuser ma requête. Ou de l’accepter telle qu’elle est.
- Eole est sur le point de terminer son apprentissage.
- En effet.
- Je n’ai encore jamais terminé la formation d’un apprenti.
- Je sais.
- Un autre maître, plus expérimenté et plus sage, ne serait-il pas plus qualifié ?


Le regard de Valcyan emprisonna le sien et sa voix, lorsqu’il lui répondit, était juste et ferme.

- Tu es qualifiée pour achever sa formation, Syndrell.

Certitude qui, alliée à un compliment dont il était pourtant avare, fit rosir les pommettes de la jeune femme. Une lueur amusée au fond des yeux, Valcyan poursuivit d’un ton léger :

- Tu verras, c’est une jeune personne vraiment étonnante. Et scintillante.
- Je sais,
sourit Syndrell en reprenant contenance.

Elle promena un instant son regard sur la foule, contemplant les marchombres qui se tenaient là, jeunes, moins jeunes, vieux – tous unis par un seul et même lien qu’elle sentait vibrer dans son cœur. Multitude d’individus mais une seule famille. Pouvait-elle seulement envisager de laisser tomber l’un d’entre eux ?


- Alors ? s’enquit Valcyan, devinant déjà la réponse qui brillait dans l’or pur des yeux de Syndrell.
- Alors je prends la mission.


Regard entendu.
Plaisir infini.
Etoilé.




*



Confortablement installée près d’une cheminée qui lui chauffait doucement le dos, Syndrell sirotait un nectar de fruits de saison. La nuit était tombée, L’heure tardive et la plupart des clients de la salle s’étaient plutôt penchés sur l’alcool mais, en ce qui la concernait, un jus bien frais valait mieux qu’une bière, aussi corsée et savoureuse soit-elle.

Parce qu’elle attendait Eole.

Dans une auberge hautement réputée, au cœur d’Al-Jeit. Ce cours était vraisemblablement placé sous le signe de la nouveauté ! Etant donné la situation, le Conseil s’était chargé de transmettre à Eole l’heure du rendez-vous. Syndrell n’avait fait qu’écouter les indications de Valcyan. Elle patientait donc, l’esprit en ébullition et pourtant extraordinairement calme.

Soudain, son regard flamboya.
La porte venait de s’ouvrir, et…


__________________________________________

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Éole Létoile
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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Mar 01 Mar 2016, 17:16

Éole quitté Al-Poll trois jours plus tôt. Elle avait choisit de descendre le Pollimage puis de traverser le Lac Chen en bateau pour gagner du temps. En effet, au lieu de mettre une semaine pour rentrer, elle n’avait mis que trois jours ! Bolshoï avait été un peu réticent au moment de l’embarquement ; il n’avait jamais pris le bateau et ne se sentait pas rassuré. Éole avait dû usé de mots calmes et apaisants et de caresses, malgré les protestations des marins qui avaient bien failli partir sans elle, pour finalement parvenir à convaincre son cheval de monter à bord.
Le voyage ensuite s’était plutôt bien passé. Elle était arrivé en fin de journée au niveau de l’endroit où le Pollimage devait le Lac Chen et avait pris le temps de manger un repas chaud avant de prendre le bateau de nuit qui traversait le lac. Elle avait eu cette fois ci beaucoup moins de mal à faire monter Bolshoï qui s’était habitué au sol instable du bateau. Le lendemain matin, elle débarquait à l’opposé du lac et, après un bon petit déjeuner, elle reprenait la route de l’Académie.

Sans nouvelle de la situation de son groupe depuis son Ahn-ju — c’est-à-dire depuis presque deux mois — elle s’était quand même décidé à rentrer, au cas où... Éole n’avait que peu d’espoirs, quand elle avait fait une halte à l’Académie deux semaines plus tôt, avant de partir pour Al-Poll, il n’y avait rien sur le tableau d’affichage. Pas même la mention du groupe Fyrh. Elle n’avait pas de nouvelle de Shalie et d’Ange non plus, pas d’information sur la mort de Pia. Mais est-ce que quelqu’un s’en souciait ? Les dirigeants de l’Académie, le Conseil... avaient-il vraiment le temps de s’occuper de cela ? La jeune danseuse commençait à en avoir un peu marre de l’Académie, de ses Maîtres qui ne tenaient pas leur promesse, du peu d’informations qu’ils donnaient... Même un mot qui disait “nous enquêtons sur la mort de Pia, mais nous n’avons rien trouvé” aurait été le bienvenu. Au lieu de cela, c’était comme si elles n’avait jamais existé, Shalie, Ange, Pia et elle... Éole avait du mal à croire que son apprentissage se terminerait un jour... Cela faisait quand même presque dix ans qu’elle était là !

*Je vous jure, le jour où je serai marchombre, j’irai dire deux trois mots au conseil moi... La communication n’est pas vraiment leur fort dans cette Académie... Et j’irai, moi, trouver des infos sur les circonstances de la mort de Pia.*

C’était donc avec toutes ces pensées négatives qu’Éole passa les portes de l’écurie. S’occuper de Bolshoï la détendit un peu. Elle le laissa au pré, il l’avait bien mérité, avant d’aller s’occuper d’elle.
Éole ne jeta même pas un regard au panneau d’affichage en passant devant. Elle ne voulait pas voir encore tous ces groupes qui se terminaient alors que les élèves n’étaient pas arrivés depuis plus de trois ans... Cela la déprimait, lui rappelant qu’elle avait déjà eu deux Maîtres avant Pia, qu’elle avait attendu et encore attendu ses cours et surtout... que Pia était morte. Qu’elle ne reviendrait plus. Et qu’Éole était une fois de plus condamnée à attendre... Un soupir franchit ses lèvres. Non, elle irait voir le panneau d’affichage plus tard, après avoir pris une bonne douche et s’être changée. Ce qu’elle fit donc avant de redescendre.

Une boule se forma dans son ventre alors qu’elle s’approchait du panneau d’affichage, dans le grand hall d’entrée de l’Académie. Éole n’avait peut-être que peu d’espoirs, pourtant, elle ne pouvait empêcher cette petite flamme au fond d’elle d’espérer qu’il y ait enfin un papier “Groupe Fyrh” suivit du nom de leur nouveau Maître et de leur trois noms à elles et de l’inscription “cours n°5” suivit d’un lieu et d’une date de rendez-vous... Mais non. Rien de tout cela... Éole laissa échapper un soupir, elle allait faire demi-tour quand une enveloppe punaisée sur le tableau accrocha son regard. Son nom était inscrit dessus, en lettres majuscules. “ÉOLE LÉTOILE” “confidentiel”. Éole décrocha l’enveloppe avec précaution, elle était cachetée. La jeune femme fronça les sourcils en brisant le sceau. Elle sortit une feuille très fine sur laquelle peu de mots étaient inscrits d’une écriture fluide et appliquée.

Rendez-vous à l’auberge de l’Etoile du Soir, à la nuit tombée, le soir de la nouvelle lune.
Ton Maître t’attend.
Le Conseil.

Rien de plus. Pourquoi n’y avait-il pas de lettres semblables pour Ange et pour Shalie ? Pourquoi le Conseil en personne la contactait-il ? Et qui était son Maître ?

*Bon, tu le sauras bien assez tôt, la nouvelle lune c’est demain ! Heureusement que je suis rentrée rapidement !*

Éole finit sa journée en préparant ses affaires. Elle avait décidé de partir la nuit même et de prendre la bateau de nuit une nouvelle fois. Au coucher du soleil, elle quittait l’Académie. Quand elle arriva au port où elle devait embarqué, on lui annonça que le dernier bateau était déjà parti et qu’il n’y en aurait pas d’autres cette nuit là. Éole dut se résigner à attendre le lendemain matin pour partir avec le premier bateau.

La jeune apprentie arriva à Al-Jeit à la tombée de la nuit. Cette ville ne cesserait de lui rappeler son enfance. Son père. Sa mère. Et tout ce qui allait avec. Mais cette fois ci était différente. Désormais, elle savait la vérité sur son père, sur la fuite de sa mère... Désormais, son passé était clair, elle pouvait passé à être chose et être en paix. Un sourire étira ses lèvres tandis qu’elle arrivait devant la porte de l’auberge.

L’Étoile du Soir. Le destin aimait lui jouer des tour en ce moment. Elle connaissait bien cette auberge : il s’agissait de celle dans laquelle travaillait son père. Mais elle savait aussi, qu’après l’assassinat de son père, le gérant — et ami de la famille — avait vendu la petite auberge et était parti s’installer près d’Al-Vor. L’auberge avait toujours eu une très bonne réputation et même le changement de propriétaire n’avait pas noirci cette réputation au contraire. Éole en était heureuse. Elle savait que son père s’était beaucoup investi dans cette auberge et il aurait été triste de la voir décliner.

Éole confia Bolshoï a un garçon d’écurie avant d’aller rejoindre la grande salle. Elle parcourut quelques minutes la salle du regard, cherchant un indice sur qui dans cette pièce pouvait être son Maître... Son regard fut attiré par un éclat bleu qu’elle connaissait bien. Syndrell. La jeune femme fut étonné de la voir ici et s’amusa du hasard qui la faisait encore croiser sa route... Elle allait se contenter d’un sourire envers son amie et détourner le regard pour continuer de chercher son Maître quand une lueur dans le doré des prunelles de Syndrell la retint. Éole ne comprit pas tout de suite. Ses yeux s’arrondir de surprise. Syndrell était une marchombre... Syndrell était même Maître... Syndrell était son Maître ! La jeune apprentie n’y croyait pas. Elle en était si heureuse qu’elle courut se jeter dans les bras de son amie.

- Syndrell ! Toi ! Je n’aurais jamais imaginé que... Ah ! Je suis trop contente !

Éole se détacha de la marchombre aux cheveux bleus, essuya des larmes de joie. Son sourire lui montait jusqu’aux oreilles. Syndrell, son Maître ! Le destin aimait vraiment lui jouer des tours en ce moment...

- Par contre, je crois que je vais avoir un peu de mal à t’appeler... Maître !

__________________________________________



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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Mar 01 Mar 2016, 19:51

… une Eole lui fonça dessus comme une étoile filante. Syndrell eut tout juste le temps de se lever pour la recevoir dans les bras. Elle lui rendit son étreinte, sincèrement ravie de la voir, puis éclata de rire lorsque celle-ci lui avoua avoir du mal à l’appeler « maître ».

- Pour toi, Syn suffira ! affirma-t-elle.

C’était la première fois qu’elle tronquait son nom de la sorte. A part Lyke, personne ne l’appelait ainsi. Mais elle ne regrettait pas son choix. Elle recula d’un pas et observa la jeune femme, enroulant son doigt dans l’une de ses mèches désormais courtes.


- Tu as vu le message du Conseil, alors… J’ai pensé que nous pourrions manger un morceau avant de passer aux choses sérieuses.

Dans un clin d’œil complice, Syndrell invita son… élève… à s’asseoir. Elle songea qu’elle aussi allait avoir un peu de mal à la considérer comme telle. Toutefois elle était confiante : la fraîcheur et la curiosité d’Eole allaient parfaitement s’accorder à sa malice et son imagination débordante.

Ce soir-là, elles se régalèrent de douceurs et d’anecdotes en tout genre. L
’Etoile du Soir était un lieu accueillant et chaleureux ; l’on s’y sentait chez soi et Syndrell ne manqua pas de remarquer l’attention que porta Eole aux arrangements simples mais choisis avec goût de la salle. La nuit était déjà bien avancée lorsqu’elles se levèrent enfin.

- Si tu n’es pas trop fatiguée, je crois qu’il est temps de nous mettre en route.

Ce n’était pas une image, non. Syndrell observait Eole d’un air plus sérieux que jamais. Se mettre en route, c’était abandonner la ville et la région. Partir à l’aventure, vers l’inconnu, les obstacles et les rencontres. Partir, tout simplement.
Ensemble.

Tout cela scintillait dans les yeux dorés de la marchombre. Et, dans ceux d’Eole, elle trouva sa réponse.
Lumineuse.





*



Al-Jeit.
Cœur de Gwendalavir et des Marchombres. Syndrell courait à toute vitesse dans les ruelles éclairées par des lumières tantôt bleues, tantôt violettes, tantôt roses. Elle ne faisait pas de bruit. Ombre parmi les ombres, son pas était celui du chat et son murmure, celui de la brise fraîche et nocturne.

Sans crier gare, elle bondit et ses bras crochetèrent la barre de bois d’un échafaudage ; elle se balança puis s’élança pour attraper la barre suivante, sur laquelle elle se hissa. Elle prit de la hauteur, vive et légère comme un singe, puis se laissa tomber pour se retrouver à la hauteur d’Eole. Elle avait envie de jouer !


- Tu sais jouer à chat ? lança-t-elle.

Espiègle, la marchombre profita de la surprise d’Eole pour tendre la main et lui toucher l’épaule.


- C’est toi l’chat !

Et elle s’élança. Vraiment, cette fois. Elle ne grimpait plus, elle volait. De barre en barre, d’échafaud en échafaud, de toit en toit. Eole sur les talons, elle courut, bondit, roula, courut encore, contourna d’imposantes cheminées, se percha sur l’une d’entre elle, se suspendit à des gouttières, traversa un muret en équilibre, sur la pointe des pieds.

Devint chat.
Etait chat.

Ils étaient deux sur les toits de la ville.




*



- Bon. Tu as deux épingles et trois crochets. Je t’accorde trois essais… et vingt secondes pour chacun d’entre eux. Prête ?

Elles se trouvaient dans la pénombre d’une pièce dans laquelle elles étaient entrées sans bruit. Dans la pièce voisine, un vieux couple dormait profondément. Il en fallait beaucoup pour qu’ils se réveillent et surtout, la fenêtre de leur salon était toujours ouverte : Miss l’avait emmenée bon nombre de fois ici et désormais, c’était elle qui entraînait ses apprentis à forcer une serrure.

Celle d’un petit coffre, en l’occurrence. Il contenait ce qui était le plus précieux aux yeux des deux personnes qui vivaient ici : des lettres. Syndrell ne les avait jamais ouvertes, ni emportées. Elle se contentait de jouer avec la serrure complexe du cadenas… et de câliner le chat, bien réel celui-ci, qui aimait se percher sur ses épaules en ronronnant.

- C’est parti !

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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Jeu 03 Mar 2016, 19:00

- Pour toi, Syn suffira !

Éole répondit à la marchombre en souriant et Syndrell l’invita à s’asseoir pour se restaurer avant de partir à l’aventure... Un aventure qui promettait d’être délicieuse ! Pour la première fois depuis longtemps, Éole se sentait confiante. Syndrell l’emmènerait jusqu’au bout, elle en était persuadée. Elle n’allait plus attendre.

Les deux jeunes femmes mangèrent tranquillement, en discutant de tout, de rien. Elles n’étaient pas restée loin l’une de l’autre pendant très longtemps, mais toutes les deux avaient une vie bien remplie et une montagne de choses à se dire.
Alors qu’elles discutaient, Éole ne put s’empêcher de jeter des coups d’œil à droite, à gauche. L’Étoile du Soir avait bien changée... Certes, Éole n’avait que peu de souvenirs de l’époque où son père y était cuisinier, mais elle remarquait les différences. Le mobilier était plus simple et disposé de manière très différente. La jeune danseuse se souvenait qu’à l’époque, il y avait des très grandes tables qui pouvaient facilement accueillir plus d’une cinquantaine de personnes chacune, aujourd’hui le patron avait opté pour plus d’intimité : des tables de tailles plus modestes et des tables rondes remplissaient désormais la salle. Celle-ci lui semblait d’ailleurs plus lumineuse qu’avant. Évidemment, si il y avait eu des changements, certaines choses étaient toujours à leur place depuis plus de dix ans. La cheminée par exemple, toujours la même en pierre, qui réchauffait les voyageurs fatigués. Le bar aussi n’avait pas bougé et Éole revoyait encore son père derrière, quand il venait leur faire un signe les soirs où la mère et la fille passaient... La qualité de l’auberge n’avait pas changé non plus, la nourriture était toujours aussi excellente et l’accueil toujours aussi chaleureux.

Quand Syndrell et Éole eurent enfin fini de manger, la nuit était très avancée. L’apprentie s’imaginait déjà un lit, une couette et un bon...

- Si tu n’es pas trop fatiguée, je crois qu’il est temps de nous mettre en route.

Fatiguée elle l’était et tous ses rêves de confort s’évaporèrent d’un coup avec ces quelques mots. Elles allaient dormir à la dur pendant plusieurs semaines — si ce n’était plusieurs mois — ne pouvaient-elles vraiment pas profiter d’un bon lit mœlleux juste une nuit ?

Éole retint un soupir. Oui elle était fatiguée, oui elle aurait bien aimé profiter d’une bonne nuit de sommeil — ce qui ne lui était pas arrivé depuis un moment soit-dit-en-passant — mais elle en avait assez d’attendre n’est-ce pas ? Une étincelle s’alluma dans le regard de la danseuse. Syndrell était son nouveau Maître et son cours venait de commencer. Elle était sur le point de partir à l’aventure, une nouvelle fois. Elle n’y aurait renoncé pour rien au monde !

~ * ~

Telle une ombre furtive et silencieuse, Syndrell courait devant elle. Éole tentait tant bien que mal de la rattraper, mais elle ne parvenait même pas à gagner du terrain. Et puis, aussi soudainement qu’elle s’était mise à courir, la marchombre aux cheveux bleus sauta sur le côté et se suspendit à un échafaudage, se balança et bondit à nouveau, escaladant la construction de bois tel un...

- Tu sais jouer à chat ?

Syndrell venait de se lâcher pour atterrir devant l’apprentie, surprise, qui ne comprenait pas où la jeune femme voulait en venir. Elle n’eut pas le temps de répondre, ni de demander ce qu’il se passait, Syndrell tendit la main pour lui effleurer l’épaule, criant « c’est toi le chat ! » avant de s’élancer de nouveau dans les échafauds, toujours plus haut.

Un peu sonnée par la vitesse à laquelle s’était déroulée l’affaire, et parce qu’elle se dit que c’était tout à fait le genre de jeu que Pia aurait pu lancer, Éole mit quelques secondes à reprendre ses esprits et à s’élancer à son tour, prenant ainsi un retard non négligeable.

La marchombre était devant, bondissant de toit en toit tel un félin, souple et silencieuse. Éole était agile et souple elle aussi, mais elle était encore loin de Syndrell. Elle la suivait sans jamais réduire la distance qui les séparait. La marchombre volait, en harmonie avec son environnement, en communion avec la nuit.

Ouverture. Éole s’ouvrit à la nuit, laissant les rayons de la lune la traverser. Elle bondissait elle aussi, au dessus de la ville. Al-Jeit. Elle y avait vécu toute son enfance, aujourd’hui, elle la redécouvrait d’un autre point de vue. D’un point de vue de marchombre.

Éole ne rattrapa Syndrell que quand celle ci s’arrêta enfin. Pour ne pas perdre la face, la jeune fille s’avança à la hauteur de la marchombre et lui effleura l’épaule et sourit de toutes ses dents.

- C’est toi le chat !

~ * ~

Une petite maison pleine de charme au cœur d’Al-Jeit se dressaient devant les deux jeunes femmes. Éole lança un coup d’œil en direction de Syndrell, fronçant les sourcils. La marchombre lui répondit d’un regard amusée. Qu’avait-elle donc en tête ? La jeune danseuse commençait à comprendre que son amie était aussi joueuse et farceuse que Pia. Éole observa Syndrell avec une pointe de nostalgie. Elle avait la même énergie et le même regard pétillant que la petite marchombre... Joueuse également. La jeune fille laissa échapper un soupir avant de secouer la tête pour chasser ces tristes pensées. Elle n’était pas là pour pleurer la mort de Pia — elle n’aurait pas aimé cela d’ailleurs — elle était là pour être marchombre et elle avait la chance d’avoir son amie pour Maître ! Déterminée, Éole suivit Syndrell qui contournait la petite maison.
La fenêtre du salon était ouverte et les deux jeunes femmes se glissèrent silencieusement à l’intérieur. L’apprentie suivit son Maître dans la pénombre jusqu’à une petite salle en face de ce qui devait être la chambre des occupants puisqu’on entendait leurs ronflements à travers la porte... Ils semblaient avoir un sommeil bien lourd ceux là...

- Bon. Tu as deux épingles et trois crochets. Je t’accorde trois essais… et vingt secondes pour chacun d’entre eux. Prête ?

Éole porta son attention sur le petit coffre que désignait Syndrell. Deux épingles, trois crochets... Vingt secondes et trois essais... Elle hocha la tête pour signifier qu’elle était prête et Syndrell lança le chronomètre.

La danseuse en avait crocheter des serrures, avec Aléa et avec Pia, mais celle-ci lui donna du fil à retordre. Son premier essai se réduisit à un échec total, le mécanisme de fermeture de ce coffre était complètement différent de ce qu’elle connaissait. Elle utilisa son deuxième essai pour chercher à le comprendre. Elle n’essaya pas d’ouvrir le coffre mais elle passa vingt secondes à tâtonner avec ses épingles pour comprendre comme l’intérieur de la serrure était fait. Au troisième essai, elle pensait avoir compris comment fonctionnait le mécanisme. Syndrell annonçait la fin des vingt secondes quand un déclic se fit entendre et le coffre s’ouvrit.

Il était rempli de lettres mais Éole savait très bien que ce n’était pas pour elles qu’elle était là, mais uniquement pour la serrure complexe. La jeune fille referma le coffre. Un chat sauta de l’épaule de la marchombre pour venir se frotter contre les jambes d’Éole. Elle releva la tête et plongea son regard de nuit dans les prunelles dorées de Syndrell. La suite ?

__________________________________________



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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Ven 04 Mar 2016, 19:47

[Court ! On peut partir sur du dialogue si tu veux Wink]



Eole était une jeune femme calme et réfléchie. Elle prit le temps de comprendre le mécanisme de la serrure avant de la forcer pour ne pas abimer ses outils ni gaspiller ses essais.

Syndrell ne fut donc pas surprise d’annoncer le « top » juste après que le coffre se soit ouvert. Elle hocha la tête tandis que son élève jetait un coup d’œil tant rapide que curieux à l’intérieur, avant de le refermer doucement.


- Bien joué ! murmura Syndrell.

Elle fit signe à Eole de la suivre et attendit qu’elles soient de nouveau à l’extérieur de la maison pour poursuivre, à voix haute et d’un ton enjoué cette fois-ci :


- Tu es douée ! Le crochetage n’est pas à la portée de tout le monde, mais c’est un simple passe-temps pour les marchombres. La prochaine fois, on passera à quinze secondes.

Elle leva le nez, observa les étoiles qui pâlissaient. Déjà ! Il était temps de se mettre en route.

- Allons récupérer les chevaux.

Le trajet se fit sans course-poursuite ni escalade ; il fallait se donner le temps de récupérer, s’économiser avant de voyager. Syndrell avait en outre certaines choses à aborder avec Eole.
Des choses qui ne se disent pas à la légère.

- Comment te sens-tu ? Attends, réfléchis bien à ma question avant de répondre. Je vois que tu es en forme même si tu sembles venir de loin. On va faire un bout de chemin ensemble, aussi j’ai besoin de savoir… Comment vis-tu ce nouveau cours ? Je sais que tu appréciais Pia.

Regard doré, profond, luminescent.
Empli de respect et de compréhension.

Syndrell savait. Elle avait dans le cœur ce vide impossible à remplir, cette plaie jamais véritablement guérie, causée par l’absence d’un maître – non, d’une amie.

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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Dim 06 Mar 2016, 21:04

- Je… [hésitation, surprise] Pia me manque. Tu sais, j’ai eu trois maîtres avant toi, mais Pia est celle que avec qui je suis restée le plus longtemps. Avec Aléa je n’avais fait qu’un cours et Notok est parti avant la fin du deuxième...
En fait, je me pose beaucoup de question sur sa mort. On ne nous a rien dit. Je ne sais pas si quelqu’un est au courant de quelque chose mais je me suis décidéeq d’éclaircir ce mystère.


[petit sourire]

- Après, au fond de mon cœur, je vais bien. Je veux dire que je peux enfin continuer mon apprentissage, et avec toi en plus ! Et ça me rend heureuse. Depuis un peu avant mon Ahn-Ju, j’ai un peu enchaîné les mauvaises nouvelles, mais bon, je continue d’avancer et puis il y a des choses que je ne peux pas changer alors autant me concentrer sur ce que je peux faire, sur mon chemin, plutôt que me morfondre sur des choses dont je n’y peux rien.

[clin d’œil]

- Au fait... Comment ça se fait que ce soit le Conseil en personne qui m’ait contacté pour mon cours ? Je pensais que c’était l’Académie qui s’occupait de cela...

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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Lun 07 Mar 2016, 22:16


- Je sais. Je n'ai pas beaucoup côtoyé Pia mais j'aurais aimé la connaître... J'ignore ce qui s'est passé. Et je ne suis pas sûre qu'il faille absolument le découvrir... Parfois, il est des vérités qui blessent ou qui auraient mieux fait de demeurer cachées.

Mais tu as raison ! Aller de l'avant c'est vivre, tout simplement. Ceux qui ne sont plus là continuent de vivre en nous, eux. Pia serait fière de te voir danser sur la Voie.

Le Conseil a des yeux et des oreilles un peu partout, Eole. Et surtout à l'Académie ! La disparition d'un marchombre affecte toujours ses membres, il a donc pris très au sérieux ton parcours. Et nous voilà toutes les deux...


(Sourire lumineux)

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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Sam 12 Mar 2016, 19:59

[sourire]

- Mais parfois, ça fait du bien de connaître la vérité, qu'elle blesse ou non, et ça peut aider à avancer.

[clin d'œil]

- Bon, on fait quoi maintenant ?

[grand sourire]

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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Lun 04 Avr 2016, 14:09

Syndrell hocha la tête, rassurée ; Eole avait la tête sur les épaules et elle était courageuse. Quoiqu’en vive et récente, sa peine ne la freinerait pas dans sa progression. Au contraire, elle s’en servait déjà comme une force qui lui permettait d’avancer. Impressionnée par autant de volonté, la marchombre sourit de la question qui ponctua cet échange. Il y avait un soupçon d’impatience et d’excitation dans la voix de la jeune femme.

- On part en voyage, ma belle ! Un long périple qui va nous faire traverser la moitié de l’Empire. Nous n’avons plus qu’à récupérer nos chevaux, j’ai déjà fait le plein de provisions.

Un creux de sourire se forma dans la joue de Syndrell lorsqu’elle repensa à l’état d’effervescence dans lequel son passage à la Dame du Chen avait mis la maîtresse des lieux, Mirya. Son amie avait tourbillonné dans tous les sens, allant d’un placard à un autre, allumant ses fourneaux pour se lancer dans de la cuisine à une heure indécente alors que tout ce que Syndrell voulait, c’était un peu de pain de termites et de gruau.

- Hors de question que tu manges ça pendant des jours ! avait rétorqué la cuisinière avec aplomb. Je vais te préparer de quoi te régaler, mon petit chat !

Impossible de l’arrêter et surtout, inutile de la contredire : Syndrell s’était même demandée si la vaillante tenancière n’avait pas quelques liens de parenté avec Mia, la cuisinière de l’Académie… Elle était repartie chargée de sacs dont le poids et la quantité allaient probablement déplaire à Vagabond, mais le fumet qui se dégageait de certains d’entre eux lui avait donné l’eau à la bouche. Merveilleuse Mirya !

Syndrell et Eole étaient arrivées à l’écurie qui jouxtait l’auberge dans laquelle elles s’étaient retrouvée plus tôt dans la soirée. Les yeux dorés de la marchombre aux cheveux bleus s’illuminèrent lorsqu’elle aperçut une grosse tête familière.


- Bolshoï ! s’exclama-t-elle en passant les bras autour de son encolure afin de le câliner.

Elle appréciait énormément ce cœur doux et vaillant qui suivait Eole partout où elle allait. Au bout d’une minute de tendresse, toutefois, un hennissement puissant la rappela à l’ordre : Vagabond s’indignait de ses infidélités ! Amusée, elle lui reprocha sa jalousie tout en piquetant son chanfrein de baisers qui finirent par rassurer l’étalon. Syndrell était sa cavalière et cela ne changerait jamais !

Les deux cavalières quittèrent Al-Jeit alors que la nuit pâlissait tout juste à l’horizon. Elles laissèrent derrière elles la cité de lumière pour suivre la route qui filait vers le nord, à travers d’immenses champs. Sur leur gauche s’élançait l’Arche ; l’arc scintillait de manière presque irréelle dans les brumes du matin et tira un soupir rêveur à Syndrell.

A une allure tranquille, les deux marchombres traversèrent quelques villages et quelques fermes qui s’éveillaient à peine. Un meunier aux cheveux ébouriffés et aux yeux encore gonflés de sommeil leur adressa un signe de la main auquel Syndrell répondit par un grand sourire et un clin d’œil doré. Le chant du coq résonnait un peu partout. C’était une belle journée qui commençait.

Petit à petit, le ciel prit des couleurs orangées tandis que les étoiles tiraient leur révérence dans un dernier scintillement. Le soleil tardait à se lever tandis qu’une brume humide et légère s’était installée. Syndrell remonta le col de sa cape de voyage et, d’un petit claquement de langue, fit accélérer Vagabond. Ravi de pouvoir enfin se dégourdir les jambes, l’étalon adopta un trot soutenu, très vite imité par Bolshoï.

La route sur laquelle ils évoluaient était belle et large, déserte en cette heure de la journée, mais trop linéaire au goût de Syndrell ; elle fit soudain tourner bride à son cheval et s’enfonça dans les hautes herbes perlées de rosée des prés laissés en friche. Eole la suivait, très à l’aise en selle ; décidant qu’il était temps de donner un peu de piment à leur chevauchée, Syndrell tendit le bras vers un bosquet qui se dessinait à travers la brume, droit devant.

- On fait la course ? Un gage pour le perdant !

Vagabond agita les oreilles : il connaissait le mot « course ». Et il l’appréciait énormément. Syndrell n’eut pas besoin de lui intimer le changement d’allure, il passa au galop tout seul. Il était rapide, et sa cavalière se coucha sur son encolure pour glisser encore plus vite dans le vent qui chantait à ses oreilles. Mais Bolshoï n’avait pas dit son dernier mot…




*




- Alors, quel est mon gage ?

Syndrell câlinait le grand gagnant. Très fier de lui, Bolshoï se laissait amadouer tandis que Vagabond, vexé, était parti bouder un peu plus loin.

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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Mer 13 Avr 2016, 23:33

- On part en voyage, ma belle ! Un long périple qui va nous faire traverser la moitié de l’Empire. Nous n’avons plus qu’à récupérer nos chevaux, j’ai déjà fait le plein de provisions.

Les yeux d’Éole s’illuminèrent au fil des mots que prononçait Syndrell. Un voyage, à l’autre bout de l’Empire... Ajoutez à cela une destination secrète et vous faites les bonheur d’une jeune danseuse. Ayant passé son enfance enfermée dans la capitale -certes, la capitale était plutôt vaste, mais pour Éole elle avait toujours ressembler à une prison dorée - elle adorait voyager, elle rêvait de découvrir tout l’Empire ! Bon, elle commençait à en avoir vu une bonne partie, enfin, les endroits principaux... Mais il en restait tellement à découvrir !

Des rêves pleins la tête, Éole suivi la marchombre aux cheveux bleus jusqu’aux écuries où elle avait laissé son fidèle compagnon...

- Bolshoï !

Le cri de Syndrell fit sursauter la jeune fille. La marchombre s’agrippa à l’encolure du cheval noir, visiblement heureuse de le retrouver. Bolshoï aussi semblait ravi de revoir les cheveux bleus de la jeune femme. Il se faisait vieux et cela commençait à se sentir, pourtant, il gardait une bonne forme pour un cheval de son âge. Éole se dit qu’elle devrait bientôt penser à lui offrir une retraite bien méritée... Mais elle n’avait pas du tout envie de se séparer de lui, elle ne voulait pas chercher une autre monture, cela faisait tellement longtemps que Bolshoï la suivait... Elle ne pouvait pas le remplacer comme cela ! Il était bien plus qu’un simple moyen de locomotion pour elle ; au fil des années, il était devenu un ami, un compagnon fidèle de voyage. Un partenaire.

Éole laissa échapper un petit soupir et s’approcha du grand cheval noir pour lui caresser l’encolure. Il n’était pas encore si vieux, il avait encore de l’énergie à revendre, elle aurait bien le temps de ressasser tout cela le moment venu. Un hennissement surprit les deux jeunes femmes. Le cheval de Syndrell voulait attirer l’attention sur lui pour quémander jalousement des caresses, ce qui fit rire Éole qui s’empressa d’aller les lui offrir.

Quand elles partirent, les premières lueurs rosées de l’aube pointaient déjà leur nez. Elles avaient passé la nuit à courir dans les rues d’Al-Jeit et la jeune fille sentait que Syndrell n’avait pas prévu de dormir tout de suite. Elle retint un baillement. Heureusement que Bolshoï, lui, était bien reposé et qu’il était en forme pour la porter... Peut-être que pendant le voyage elle pourrait se placer légèrement en retrait, dans le dos de Syndrell, pour somnoler un peu. Elle avait confiance en son cheval, il suivrait docilement Vagabond.

Syndrell avait pris la route qui partait vers le nord. Cela n’étonnait pas vraiment Éole puisque son amie avait bien précisé qu’elles allaient traverser l’Empire. Dur de le traverser en partant vers le sud quand on était déjà au sud...

L’apprentie marchombre jeta un coup d’œil sur sa gauche, en direction de l’Arche. Elle ne connaissait que trop bien cet immense pont créé par des Dessinateurs et pourtant, chaque fois qu’elle y passait, elle le redécouvrait. De jour ou de nuit, en été ou en hiver, que le soleil brille ou qu’il pleuve, l’Arche n’avait jamais le même visage. Elle changeait constamment et en même temps, elle serait toujours là, intacte, dans des millions d’années. Le temps n’a aucune emprise sur elle. Elle ne connaîtra jamais les ravages qu’il peut faire.

Ce jour là, l’immense Arche était baignée par la brume matinale, éclairée par la faible lueur du soleil qui se lève mélangée à celle de la lune qui se couche. Cela lui donnait des allures mystiques. Comme si elle n’était qu’une apparition, un mirage, qui allait s’évanouir dès que l’on tournerait la tête.

Tandis que le ciel se parait de rose et d’orange et que le soleil s’élevait à l’horizon, les deux jeunes femmes tranquillement, traversant les petits villages paysans. Éole parvenait parfois à se laisser légèrement distancer pa Syndrell, ce qui lui permettait de fermer les yeux quelques secondes jusqu’à ce que la marchombre ralentisse l’allure pour laisser Bolshoï revenir à sa hauteur. Elle remarqua d’ailleurs rapidement le “subterfuge” d’Éole et en rit.

La brume devint plus épaisse et plus humide et Syndrell choisit d’accélérer l’allure, lançant Vagabond dans un trot soutenu et Bolshoï le suivit. Mais soudain, la jeune femme aux cheveux bleus fit soudain faire un quart de cercle à sa monture pour s’enfoncer dans les herbes fraiches et pleines de rosée. Surprise, Éole la suivit, se demandant ce qu’elle pouvait bien avoir derrière la tête.

- On fait la course ? Un gage pour le perdant !

La jeune danseuse haussa un sourcil, suivant du regard la direction que son amie indiquait. Un bosquet, droit devant. La ligne d’arrivée donc. Éole esquissa un sourire malicieux et hocha doucement la tête. Vagabond était déjà passé au galop. L’apprentie n’eut pas à demander à son cheval de l’imiter, Bolshoï avait compris et il était encore joueur ! Il s’élança, bourré d’orgueil, l’air de dire « non mais, je ne me ferai pas battre par un poulain ! ».

Vagabond était rapide et avait encore la force de sa jeunesse dans ses pattes. Bolshoï vieillissait mais il n’était pas en reste, il avait encore de l’énergie à revendre ! De plus, il était plus grand et plus musclé. Plus puissant. Et sacrément têtu ! Il était bien décidé à sauver son honneur ! Éole qui l’avait connu quand il avait quatre ans, qui avait été sa seule cavalière et qui avait fait un sacré bout de chemin avec lui, le connaissait mieux que personne. À l’instar de Syndrell, elle se pencha sur l’encolure noire de son compagnon, les lèvres étirée d’un immense sourire, lâcha les rênes et laissa Bolshoï accélérer. Les oreilles dressée, il fendait l’air. Éole était euphorique. Elle sentait le vent fouetté le visage et la vitesse résonnait dans tous les pores de sa peau.

Cela faisait tellement longtemps qu’elle ne s’était pas lâcher ainsi et cela lui faisait un bien fou ! Bolshoï, qui accélérait toujours plus, semblait du même avis.

Oh non ! Il n’était pas prêt de partir à la retraite !

~ * ~


- Alors, quel est mon gage ?

Éole sourit en réfléchissant. Syndrell caressait un Bolshoï fière de lui, qui se laissait dorloter en essayant de grignoter les mèches courtes de sa maîtresse. Vagabond quant à lui, broutait un peu plus loin, certainement vexé de s’être fait battre par un “vieux”.

- Hum... Tu m’autorises à faire une sieste et tu me chantes une berceuse pour m’endormir !

Les lèvres d’Éole s’étirèrent dans un immense sourire et son regard pétillait de malice.

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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Dim 17 Avr 2016, 09:52

Rires. La réponse d’Eole plaisait à Syndrell. Une berceuse ? C’était un gage à sa mesure, oui ! Mais le mot « sieste » l’interpela et elle observa son élève avec attention. Eole était fatiguée. Elle veillait à n’en rien laisser paraître sans parvenir à tromper son maître : les traits tirés, les yeux brumeux comme la matinée qui s’étirait paresseusement, les muscles raides…

- Et bien, je vais honorer mon gage dans ce cas.

Syndrell siffla doucement pour appeler Vagabond, parti bouder à quelques mètres de là. Il ne fit que la moitié du chemin. Sa cavalière lui reprocha doucement sa bêtise en le déchargeant de ses sacs et il fit mine de n’en rien entendre. Il était au moins aussi têtu qu’elle. Une pomme signa la trêve et l’étalon ne réagit même pas lorsque Syndrell proposa un morceau du fruit à Bolshoï.

La marchombre étouffa un bâillement. Elle sentait elle aussi l’épuisement la gagner et avait bien envie de s’étendre, mais un coup d’œil à la démarche raide d’Eole lui fit réviser l’ordre de ses priorités.


- On va s’étirer un peu, avant. Sinon tu te réveilleras perclus de courbatures !

Il n’y avait pas d’étirements secrets ni de technique particulière. Chacun avait la sienne et celle de Syndrell était très simple. Elle ressemblait toutefois à une danse, comme si la jeune femme bougeait au rythme d’une mélodie qu’elle était seule à entendre. Elle laissa Eole faire travailler ses muscles sans intervenir ; un regard suffisait parfois à la rassurer quant à l’efficacité de sa méthode.

Elle déplia ensuite leurs couvertures et les installa sous les arbres du bosquet. Elle s’assit sur la sienne et appuya son dos contre un tronc. Sa voix s’éleva alors, douce, tranquille, et se mêla au doux pépiement des oiseaux qui se cachaient dans le feuillage. Syndrell chantait ni bien, ni mal, mais elle y mettait du cœur et sa chanson parlait de voyage. De rêves à portée de la main.
De fabuleux lendemains.





*




Deux heures plus tard, elle s’éveilla en sentant sa nuque douloureuse. Nom d’une toupie, elle s’était endormie contre l’arbre, dans une position qui allait gommer toute l’efficacité de ses étirements ! Dépitée, Syndrell se redressa et leva les bras au-dessus de sa tête pour étendre au maximum son corps fourbu. Eole dormait toujours.

C’était peut-être l’occasion de préparer le prochain exercice. Syndrell observa les alentours en quête d’une idée originale et intéressante. Elle prenait généralement son inspiration dans son environnement… Bolshoï lui donna un petit coup de tête, affectueux. Elle le caressa distraitement et son regard glissa sur leurs affaires entreposées au pied d’un charme bleu. L’idée qui lui vint alluma une petite étoile dans ses yeux.


- Debout ! lança-t-elle joyeusement, quelques minutes plus tard, en chatouillant Eole pour la tirer du sommeil. Fin de la sieste, on reprend l’entraînement !

Elle tenait son arc à la main et son carquois était passé en travers de son épaule. Quand Eole fut réveillée et prête à l’écouter, la marchombre désigna les arbres d’un geste du menton.

- Je suis prête à parier qu’en matière de tir à l’arc, tu te débrouilles comme un chef. Et sur le dos d’un cheval lancé à pleine vitesse ?

Il y avait une note de défi dans le ton de sa voix ; Syndrell eut un sourire frondeur, puis elle courut vers Vagabond et bondit littéralement sur son dos. Il s’élança aussitôt, rapide, fougueux, heureux de galoper sans rien d’autre que le contact de sa cavalière contre lui.

Pas de selle ! Syndrell dirigeait son compagnon à la seule force des jambes, et son équilibre était parfait tandis qu’elle bandait son arc. La flèche qu’elle décocha passa à moins d’un mètre d’Eole et vint se planter dans le tronc du petit charme, derrière elle.

Trois tirs plus tard, Syndrell s’arrêta près de la jeune femme. Elle se pencha en avant pour flatter l’encolure luisante de Vagabond, puis observa son travail avec satisfaction : les trois flèches étaient plantées au même endroit et se touchaient au niveau de la pointe.


- Tu vas voir, les sensations sont différentes lorsque tu tires alors que ton cheval avance. Il faut composer avec ses mouvements pour que les tiens ne soient pas aléatoires et surtout, pour que ton tir ne soit pas raté. Mais il faut un certain nombre de tirs ratés pour comprendre comment réussir…

Clin d’œil amusé. Elle ne lui dit pas que, lors de son propre apprentissage, elle avait passé des heures à réaliser cet exercice. C’était un défi qu’Eole devrait se lancer seule si elle le souhaitait. S’il lui plaisait.

Lui plaisait-il ?


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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Ven 29 Avr 2016, 16:52

Syndrell fut d’accord pour la sieste mais imposa à Éole une séance d’étirements au préalable. Oui bon, elle avait raison et Éole s’étira de bon cœur avec son amie. Elle ne tenait pas, en effet, à se réveiller pleine de courbatures.

Quand elle s’installa sur les couvertures qu’avait étendue Syndrell, la jeune fille ne put retenir un soupir de soulagement. Elle s’allongea et ferma les yeux, un sourire reconnaissant sur le visage. Une fois qu’elle aurait récupéré des forces et que ses paupière seraient moins lourdes, elle pourrait faire tout ce que la marchombre lui demanderait.

La voix de son amie s’éleva, douce et cristalline, dans le vent. Éole n’avait jamais entendu Syndrell chanter. Elle avait une voix magnifique. La chanson était calme et pleine de poésie. Éole n’entendit pas la fin, elle s’endormit avant, bercée par la douce voix de Syndrell, son esprit rejoignant le monde des songes où n’existait qu’aventures, voyages et lendemains heureux.

~ * ~

- Debout !

La voix de Syndrell — plus du tout ni douce, ni calme — la tira de son rêve. Éole ouvrit difficilement les yeux, éblouie par la lumière vive du soleil qui se rapprochait de son zénith. La marchombre aux cheveux bleus se tenait devant elle, un arc à la main et un carquois en tavers du dos. Éole s’extirpa de ses couvertures, heureuse d’avoir pu dormir un peu. Elle but une gorgée d’eau et s’en passa un peu sur la figure pour achever de se réveiller. Quand elle fut prête, elle s’avança vers son amie.

- Je suis prête à parier qu’en matière de tir à l’arc, tu te débrouilles comme un chef. Et sur le dos d’un cheval lancé à pleine vitesse ?

Éole retint un sourire. Syndrell savait-elle qu’elle avait perfectionné sa technique auprès des meilleurs professeurs ? Savait-elle qu’elle avait rencontré des faëls ? Et savait-elle que cet exercice qu’elle lui demandait, Pia lui avait déjà fait faire ?
La jeune fille ne dit rien, se contentant de hoche la tête en souriant. Elle avait décidé de faire la surprise à Syndrell.

Bon. Syndrell s’élança sur le dos de Vagabond, sans selle, au galop et planta trois flèches au même endroit dans le tronc de l’abre qu’elle avait désigné à Éole. Hum. Oui, bien sûr. Facile. Avec Pia, ils avaient fait le même genre d’exercice, mais avec une selle et les cibles étaient au sol. Au moins, Éole et Bolshoï avait déjà expérimenté le fait de se diriger sans les rênes, seulement avec le bassin et les jambes.

- Tu vas voir, les sensations sont différentes lorsque tu tires alors que ton cheval avance. Il faut composer avec ses mouvements pour que les tiens ne soient pas aléatoires et surtout, pour que ton tir ne soit pas raté. Mais il faut un certain nombre de tirs ratés pour comprendre comment réussir…

Tiens donc... Éole se rappelait bien le nombre de tire qu’elle avait raté pour planter une flèche dans le centre de la cible... Éole se souvient aussi du temps qu’elle avait mis à comprendre comment diriger son cheval. Au moins, cela lui était acquis — ou presque, le temps de retrouver ses marques — maintenant, il fallait qu’elle essaie sans la selle.

Éole sourit à Syndrell.

- Très bien ! Allons-y alors !

Elle se dirigea vers ses affaires, sortit son magnifique arc offert par Pia, ses flèches et grimpa sur le dos de Bolshoï, de manière plus conventionnelle et moins spectaculaire que celle de Syndrell.

Éole savait monter à cru, mais avec des rênes. Elle savait aussi monter sans rênes, mais avec une selle. Là, elle devait combiner les deux.

*Bon, Éole, n’oublie pas cette énorme chose que tous tes maîtres ton appris et qui t’a sorti de beaucoup de situation. Ne passe pas trois plombes à essayer quelque chose pour te rendre que, au final, il te manquait juste ça...*

Ouverture.

Éole prit une grande inspiration et expira longuement, ouvrant son esprit et son corps à Bolshoï. Cavalier et cheval ne devait faire qu’un. Un seul corps, un seul souffle, un seul rythme.
Éole commença par essayer de trouver un bon rythme avec sa monture, de s’accorder avec elle, au pas, au trot, et enfin au galop. Quand elle eut enfin trouver ce rythme avec Bolshoï, cette manière fluide de le guider, elle saisit une flèche et banda son arc.

Qu’avait dit Syndrell ? Qu’elle devait composer avec les mouvements de son cheval pour réussir son tire. Sans selle, elle n’avait pas l’appui des étriers et ne pouvait donc pas rester en équilibre comme elle l’avait fait avec Pia. Elle devait constamment bouger le bassin pour suivre les mouvements de Bolshoï et cela rendait son tir plus dur. Plus incertain puisque, forcément, tout son corps bougeait.

Ses premiers tirs ne furent pas fabuleux. Quelques flèches se perdirent, d’autres, plus rares, atteignaient le tronc, mais bien loin de la cible fixée et de manière bien trop aléatoires.

Éole descendit de son cheval pour récupérer ses flèches et recommença. Elle devait s’approprier les mouvements de Bolshoï et les faire siens pour avoir un tir fluide et précis.

Ouverture.

La résidait la clé. Elle savait monter à cheval, elle connaissait Bolshoï, elle savait tirer à l’arc... Il ne lui manquait plus que le lien entre tout cela. Mettre tout cela ensemble pour réussir.

Ouverture.

C’était le seul moyen. S’ouvrir et lier le cheval à elle, elle à l’arc, l’arc au vent, le vent à la terre et la terre au cheval.

Petit à petit, Éole devint plus à l’aise sans selle ni rênes et ses mouvements devinrent plus précis. Elle sentait de plus en plus les muscles puissants de Bolshoï sous ses cuisses, son sang chaud qui parcourait son corps et son souffle dans ses poumons. Elle sentait ce lien qu’elle avait avec lui se resserrer encore plus. Elle ne l’aurait jamais cru possible. Après plus de dix ans passé avec lui, qui aurait cru que le lien qui les unissait était encore capable de se renforcer ?

Petit à petit, ses tirs se faisaient plus précis. De moins en moins de flèches se perdaient, jusqu’à ce qu’elles finissent toutes par se planter de le tronc, se rapprochant de plus en plus de la cible.

Enfin, une flèche se planta exactement sur la cible, tirant un sourire satisfait et soulagé à Éole. La suivante s’écarta un peu. Les deux dernières se plantèrent au niveau de la pointe de celle qui avait touché la cible. Éole fit arrêté Bolshoï et descendit de son dos, observa ses dernières flèches, fière d’elle.

Elle tourna son visage souriant vers Syndrell, attendant sa réaction par rapport à ce qu’elle venait de faire.

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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Mer 18 Mai 2016, 21:48

Dès l’instant où Eole s’était élancée sur le dos de Bolshoï, Syndrell avait compris que sa jeune amie n’en était pas à son premier essai. Sa façon de tenir son arc, de viser, de garder la pose une fois sa flèche décochée, tout indiquait qu’il y avait eu un avant.
Et qu’il y aurait un après.

La marchombre ne s’occupait pas des cibles. Elle n’avait d’yeux que pour l’archère qui exécutait ses tirs sans ralentir l’allure. Elle connaissait Eole depuis un petit moment maintenant, mais elle n’avait pas eu la chance de guider ses premiers pas sur la voie et elle se demandait soudain si, en dépit de sa volonté, elle serait à la hauteur pour accompagner ses derniers.

La fin d’une formation signifiait le début d’une nouvelle histoire, plus belle qu’aucune autre ; ces trois ans n’étaient qu’une introduction et pour Syndrell, la suite dépendait beaucoup de la façon dont ce temps d’obéissance indissoluble, de patience et d’efforts allait s’achever.

Lorsqu’Eole revint vers elle en souriant, le souffle court et les yeux brillants, Syndrell hocha la tête.


- D’accord, c’était brillant, dit-elle, et il y avait dans sa voix une malice qui scintillait dans ses yeux. Mais briller dans le noir, tu sais faire ?

Briller dans le noir. En voilà une idée ! Goûtant avec satisfaction à l’étonnement de son élève, Syndrell anticipa sa question en lui lançant un clin d’œil. Il signifiait « chut, attends, tu vas voir ». Un sourire mystérieux au coin des lèvres, elle tira un foulard ocre de son sac, le plia et se l’attacha autour de la tête, appliquant le tissu léger sur ses yeux.

Voilà. Elle ne voyait plus rien désormais. Mais elle devinait la perplexité d’Eole et s’en amusa. Elle se rappelait ses propres réactions lorsque Miss la laissait sans réponses, ce mélange de frustration et d’excitation qui faisait battre le cœur et nourrissait l’impatience… Comme Miss, elle n’y céda pas et se contenta de se hisser sur le dos de son cheval.

Houlà, plus dur déjà. Sans selle et sans vision, assurer son équilibre n’était pas une mince affaire. Alors, galoper ? Syndrell enroula ses doigts dans la crinière folle de Vagabond. Elle se pencha en avant, s’allongea pratiquement sur son encolure et murmura quelque chose au creux de son oreille. C’était un secret.

Un secret qui fit jaillir l’étalon d’un bond en avant.





*




Elle ne voyait pas, et alors ? Elle entendait. Elle percevait.
Elle ressentait.
Le soleil sur sa peau, le jeu des muscles de Vagabond entre ses cuisses, la dureté du bois entre ses mains. Et surtout, le vent qui bruissait dans les arbres.
Elle ne voyait pas. Et alors ?
Elle tira.





*




Vagabond revint au pas et Syndrell en profita pour soulever son bandeau de tissu. Elle sourit en découvrant son résultat.

- Trois sur quatre, ça progresse !

Elle tourna la tête, croisa le regard d’Eole et ajouta, non avec fanfaronnade mais avec sagesse :

- La prochaine fois je ferai mieux que ça.

Le vent approuva en agitant ses mèches bleues.
D’un geste du menton, elle désigna l’arc que la jeune femme tenait encore à la main.

- Et toi ?




*




Plus tard, alors qu’elles avançaient tranquillement à pied, tenant leurs montures par la bride, Syndrell expliqua à Eole que le plus beau de tous les défis était sans doute de repousser sans cesse ses propres limites.

- Ce n’est que mon avis et il vaut ce qu’il vaut, précisa-t-elle en cherchant ses mots. Et je crois que si un jour il m’arrive de perdre l’envie de me mesurer à moi-même… Et bien, disons qu’il faudra que je fasse le point sur ma vie parce qu’elle n’aura plus les mêmes couleurs. Qu’en penses-tu ?

Elle observa un instant le profil de la jeune femme qui marchait à sa gauche. Elle savait qu’Eole allait s’entraîner à tirer les yeux bandés. Elle avait cette pugnacité dissimulée sous cette apparence calme et presque fragile.

- Il y a bien des façons d’apprendre à percevoir le vent, à l’écouter comme seul un Marchombre sait l’entendre. Ferme les yeux.

Syndrell attendit que son élève ait obéi avant de plonger la main dans l’un des sacs accroché à la selle de Vagabond. Elle en sortit une petite poignée de haricots et s’arrêta pour regarder tout autour d’elle. Des arbres, encore. Des chênes séculaires qui semblaient dormir paisiblement sous le soleil dont la lumière filtrait à travers leur feuillage.

- Ecoute. Différencie le bruit des haricots que je vais lancer de tout le reste. Sélectionne les informations que ton ouïe va te proposer. Au son des haricots, tourne-toi dans la direction du bruit. Tu es prête ?

Levant le poing, Syndrell laissa filer quelques secondes… puis elle tendit le bras et lança un haricot, droit sur le tronc qui se trouvait dans le dos d’Eole.

__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Dim 25 Sep 2016, 16:45

- D’accord, c’était brillant. Mais briller dans le noir, tu sais faire ?

Syndrell ponctua sa phrase d’un clin d’œil plein de malice. Éole fronça légèrement les sourcils... Qu’entendait-elle par “briller dans le noir” ? La marchombre ne répondit à sa question silencieuse que par un sourire mystérieux. Intriguée, la jeune danseuse suivait du regard ses mouvements. Quand elle tira un foulard de son sac et entreprit de le plier soigneusement, Éole comprit. Syndrell l’attacha autour de ses yeux, se retirant un sens essentiel pour viser. Briller dans le noir... L’expression prit tout son sens et Éole ne put s’empêcher de rire tandis que Syndrell se hissait sur son cheval comme si le bandeau qu’elle avait sur les yeux n’existait pas.

La marchombre aux cheveux bleus ne voyait rien, pourtant, elle mit trois flèches sur quatre dans la cible. Dans le centre de la cible.

- La prochaine fois je ferai mieux que ça. Et toi ?

Éole lui sourit. Briller dans le noir ?

- Je suis une étoile, ne l’oublie pas, répondit-elle avec une pointe de malice dans la voix, feignant une certaine assurance.

Éole adressa un sourire lumineux à son amie en saisissant le foulard qu’elle lui tendait. La danseuse le fixa sur ses yeux et chercha à tâtons le pommeau de la selle de Bolshoï. Elle se hissa sur le dos de son cheval plus difficilement que d’habitude et mit un certain temps à se stabiliser sur ses étriers. Il s’agissait du premier exercice qu’elle faisait privée de sa vue. Comment allait-elle faire pour guider Bolshoï, pour évaluer les distances, pour viser... ?

Éole prit conscience que, malgré tout ce qu’elle avait appris jusqu’ici, malgré tous ses efforts et malgré sa belle philosophie, elle n’avait jamais réussi à s’ouvrir réellement au monde. Jamais elle n’avait vraiment utiliser toutes les capacités de chacun de ses sens. En réalité, elle s’appuyait essentiellement sur sa vue, complétant les informations qu’elle recevait de ses yeux par peut-être dix ou quinze pourcent des informations reçues par ses autres sens.
La danseuse qu’elle était n’utilisait que sa vue pour garder l’équilibre et toutes les sensations intérieures qu’elle pensait avoir de son corps n’étaient que du pipeau, des sensations superficielles, illusoires. Maintenant qu’elle était privée de ce sens primordial, elle ne parvenait pas à tenir sur une selle !

*Il y a des choses qui vont devoir changer Éole... Sinon tu n’arriveras à rien.*

Inspirant un bon coup, la danseuse calma ses pensées et prit le temps de s’habituer à ces nouvelles sensations. Ne lui avait-on pas dit que les sens du marchombre étaient semblables aux fenêtres d’une maison ? Qui nous ouvraient sur le monde... Il était temps de toutes les ouvrir en grand !

L’ouïe. Qu’entendait-elle ? Le souffle de Bolshoï, le bruit des sabots de Vagabond dans la terre tandis qu’il s’impatientait. Elle entendait le vent qui sifflait dans les branches des arbres qui bordaient la piste et le chuchotement qu’il faisait en glissant sur l’herbe. Moins perceptible, la respiration calme de Syndrell qui l’observait attentivement, attendant patiemment le moment où elle s’élancerait.

L’odorat. En quoi l’odeur des arbres l’aiderait ? Peut-être qu’elle saurait qu’elle approche de l’un d’entre eux si l’odeur devient plus forte... Voilà de quoi méditer sur la question. Éole avait en fait toujours laisser de côté certain sens, ne voyant pas leur utilité... Mais peut-être qu’ils étaient plus important qu’ils ne le semblaient. Donc, l’odeur des arbres, oui, mais aussi l’odeur de Bolshoï, peut-être mélangée à celle de sa transpiration. Éole se promit que, à l’avenir, elle ferait plus attention aux odeurs parce que l’odeur de quelqu’un ou de quelque chose change forcément en fonction de son état... Un arbre ne sent pas la même chose si il est sec ou mouillé, de même qu’une personne a une odeur différente selon qu’elle ait peur, qu’elle soit triste, en colère ou joyeuse.

Le goût. Pareil pour ce sens, Éole l’avait souvent délaissé. Mais comment utilise-t-on le goût ? Elle n’allait quand même pas lécher — ou manger — tout ce qu’il y avait autour d’elle ! Outre le fait que ce ne serait pas très agréable ou que cela pourrait s’avérer dangereux — imaginez qu’elle goûte quelque chose de poison pour elle ! — cela prendrait un temps fou ! Ne trouvant pas de solution au problème, elle mit ce sens de côté. Elle en parlerait plus tard avec Syndrell.

Enfin, le toucher. Éole se concentra sur les sensations qui courraient le long de sa peau. Le vent calme et chaud dans sa nuque et sur son visage lui indiquant dans quel sens il allait. Elle sentait aussi la puissance de la musculature de Bolshoï entre ses jambes et, par lui, la force de la terre sous ses sabots.

La jeune apprentie esquissa un sourire. Elle n’avait pas qu’un seul sens, elle en avait cinq. La priver d’un seul d’entre eux ne la rendait pas aveugle, au contraire. Elle ne fermait qu’une fenêtre sur quatre. Il lui en restait bien assez pour voir.
Et puis... Bolshoï avait toujours ses yeux n’est-ce pas ?

Rien ne pouvait empêcher une étoile de briller dans le noir.

Éole s’élança enfin, guidée par, cette fois ci, ses quatre sens restant. Elle tira son arc et le banda. Le tir à l’arc était un de ses points forts, surtout depuis son séjour chez les faëls. Le problème qui se poserait serait pour savoir où était la cible et à quelle distance.

Les premières flèches partirent dans le décor mais cela permit à Éole de se situer à peu près par rapport aux arbres et aux cibles. Quand elle entendit le bruit claquant de sa flèche qui en avait heurter une, elle sut qu’elle était sur la bonne trajectoire.

Certes, Syndrell n’avait pas eu besoin de tout cela pour plantant ses trois flèches sur quatre. Mais son amie était Maître Marchombre et elle n’était encore qu’une apprentie, depuis dix ans certes, mais une apprentie tout de même.

Ouïe, odorat, toucher... et goût.
Ouverture.

L’odeur des arbres était plus forte et le son résonnait légèrement quand il traversait leurs feuilles. Éole suivit le parcourt de la force des muscles de Bolshoï, dans le sol puis jusque dans le tronc des arbres. La cible n’était pas loin. L’apprentie jaugea le vent avant de lancer sa flèche. Quand le son mat que cette dernière fit en s’enfonçant dans la cible, elle ne put retenir un sourire. Elle essuya son front du revers de sa main se rendant soudain compte de toute l’énergie qu’elle avait mise dans ce simple tire. Elle recommença. Encore et encore. Durant quelques tirs, elle ne planta pas de flèches, mais elle les sentait frôler les cibles pour aller se ficher dans le tronc de l’arbre derrière. Et puis enfin, une deuxième flèche se planta. Elle n’avait plus conscience du noir qui l’entourait. Son monde était désormais fait de sons, d’odeurs et de sensations. Une troisième flèche se ficha dans la cible.

Éole fit arrêter Bolshoï qui s’essoufflait à force de trotter, marcher, galoper. Elle aussi s’essoufflait et avait plus de mal à se concentrer. Elle avait tellement donné...

Elle descendit de son cheval et ôta le foulard. Des trois flèches qu’elle avait mises dans les cibles, une seule n’était pas dans le centre. Un sourire étira ses lèvres.

- Donc trois sur... Quinze mille ? C’est bien pour un début non ?

Elle offrit un grand sourire innocent à son amie et, intérieurement, elle se promit de ne s’entraîner plus que les yeux bandés. Il était temps d’utiliser le potentiel complet de TOUS ses sens.

~ * ~


- Je suis d’accord avec toi. J’ai fait beaucoup de danse et, même si c’est un monde où l’on se mesure en permanence aux autres parce qu’il faut être LA meilleure pour avoir le rôle, j’ai toujours pensé que c’était justement pour cela qu’il ne fallait jamais oublier de se mesurer avant tout à soi-même, pour être meilleure que nous-même. De un parce que sinon on peut ne jamais être meilleure que personne, ce qui est très frustrant, de deux parce que je pense qu’on ne peut pas être meilleur que quelqu’un si on n’essaie pas de se surpasser... Et puis comme tu dis, le monde n’aurait pas les mêmes couleurs. Dans le monde de la danse on oublie souvent que l’important c’est de se battre pour soi même et pas contre les autres. En tout cas, moi quand je danse, je danse d’abord pour moi, pour mon public... Pas pour des juges qui de toute manière ne me jugeront qu’à ma tête.

Les deux jeunes femmes marchaient côte à côte depuis quelques temps, discutant de tout et de rien quand Syndrell avait parler de ce qu’elle pensait être le plus beau de tous les défis : repousser sans cesse ses propres limites.

- Et puis, ajouta la danseuse, essayer d’aller toujours plus loin que ce qu’on sait faire nous permet d’évoluer. Si les premiers hommes n’avaient pas essayer de dépasser leurs limites, on serait toujours des primates non ?

Éole adressa un sourire à la marchombre aux cheveux bleus. Elle était vraiment contente que ce soit Syndrell qui la guide pour finir sa formation. Elle appréciait beaucoup la marchombre et avait déjà quelques aventure avec elle à son actif. Ce cours n’en était qu’une de plus. Et plus qu’un cours, c’était un merveilleux voyage à ses côtés.

Il y a bien des façons d’apprendre à percevoir le vent, à l’écouter comme seul un Marchombre sait l’entendre. Ferme les yeux.

Les derniers mots tirèrent un sourire à la jeune danseuse. Les yeux fermés. Encore. Elle qui s’était jurée de s’entraîner ainsi, elle était servie !

- Ecoute. Différencie le bruit des haricots que je vais lancer de tout le reste. Sélectionne les informations que ton ouïe va te proposer. Au son des haricots, tourne-toi dans la direction du bruit. Tu es prête ?

Éole hocha la tête, commençant déjà à ouvrir ses sens. Quelques secondes passèrent. Le silence s’était installé et l’on entendait plus que le léger chuchotement du vent. La jeune fille sentit son amie lancer un premier haricot, mais elle ne l’entendit qu’au moment où il émit un petit “tac” en se cognant contre le tronc dans son dos. Elle fit volte face. Syn en lança un deuxième, que la jeune fille n’entendit, encore une fois, qu’au dernier moment.

Au début, Éole tardait à se tourner, ne distinguant le bruit des haricots qui tombaient et non pas celui des haricots qui volaient ou, mieux encore, celui des haricots qui décollaient. Et puis, petit à petit, son ouïe s’affina et elle perçut le son des haricots qui fendaient l’air.

En s’ouvrant aussi à ses autres sens plutôt qu’à l’ouïe uniquement, Éole réussit à percevoir le moment où Syndrell lançait les haricots, dans quelle direction elle les lançait et, à la fin, elle parvenait même à prévoir là où ils tomberaient ! Un immense sourire étirait ses lèvres.

Le noir n’existe pas pour une étoile. Elle en était convaincue et elle allait tout faire pour devenir une VRAIE étoile.

Quand la marchombre arrête l’exercice, Éole souriait aux anges. Elle avait compris beaucoup de chose ce jour là et n’attendait qu’une seule chose : la possibilité de s’améliorer.

Apprendre. Encore et encore, parce qu’elle savait qu’il y aurait toujours des milliers de choses à découvrir.

__________________________________________



"C'est donc bien que la danseuse est dans un autre monde, qui n'est plus celui qui se peint de nos regards, mais celui qu'elle tisse de ses pas et construit de ses gestes"
- Paul Valéry -

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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Sam 08 Oct 2016, 10:39

Les haricots dansaient entre les doigts de Syndrell. Chaque fois qu'elle sentait les perceptions d'Eole s'ouvrir davantage, elle accélérait le rythme. Tout n'était plus qu'une question de secondes lorsqu'elle s'immobilisa enfin. Elle attendit qu'Eole ouvre les yeux pour ancrer son regard dans le sien.

- C'était génial, hein ? Tu seras bientôt en mesure de battre les haricots de vitesse, crois-moi...

Elle lui lança le tout dernier haricot et sourit.

- Ton esprit ne faisait qu'un avec ton corps, est-ce que tu l'as senti ? Pour autant, dire que tu as d'excellent réflexes serait une erreur. Monumentale. Un Marchombre est réflexe.

Ces nuances étaient infimes, inexistantes pour qui ne comprenait pas leur enjeu fondamental ; dans le sourire radieux d'Eole, toutefois, Syndrell sut que ses paroles avaient fait mouche. Elle hocha la tête puis siffla Vagabond.

Elles se remirent en route sous la caresse du soleil.



*



La piste s'élançait à travers la prairie. Les ornières qui la marquaient étaient signe d'un passage régulier, mais elles ne croisèrent pas grand monde, tout juste quelques marchands dont certains semblaient sur leurs gardes. Après avoir salué un homme qui effleurait nerveusement le manche de son arme, Syndrell soupira.

- J'ai l'impression que les choses ne vont pas en s'arrangeant, là-haut, murmura-t-elle.

Croisant un regard scintillant de questions, elle secoua la tête et enchaîna :


- L'état de nos frontières s'est dégradé, dernièrement. Les Frontaliers font ce qu'ils peuvent pour contenir les Raïs mais je pense qu'ils auraient besoin d'aide. Or les troupes impériales sillonnent déjà le sud pour tenir tête aux pirates alines. Résultat : le cœur de Gwendalavir est livré à lui-même, et les villages les plus éloignés sont la proie des pillards.

Syndrell remua sur sa selle. Deux marchombres voyageant de concert avaient des chances d'atteindre leur destination sans encombres, mais les itinérants qui traversaient la région étaient soit franchement audacieux, soit complètement fous. Son regard glissa à l'est, vers les montagnes qui dessinaient la ligne d'horizon. Elle pensa à Tanank.

Son ami avait bâti son domaine dans le creux d'une vallée paisible et reculée. Il vivait trop à l'écart d'Al-Chen pour obtenir l'aide nécessaire en cas de pépin, et elle ne put s'empêcher d'espérer qu'il se portait bien. Ils ne s'étaient pas quittés en très bons termes, la dernière fois, pour cause de sentiments non réciproques et difficiles à partager... Mais il lui manquait et elle caressa un bref instant l'envie de faire un détour pour aller le voir.

Avant de repousser cette idée. C'était pour Eole qu'elle avait entrepris ce voyage, un périple qui allait les mener bien plus loin que ce vaste plateau planté d'herbe sauvage ; en revenant, peut-être s'arrêterait-elle chez l'éleveur de siffleurs, mais pour l'heure il n'était pas question de perdre une seule minute, une seule seconde de cette aventure !

Elles observèrent une courte halte dans un petit bois, près d'un ruisseau dans lequel les chevaux se désaltérèrent avec bonheur, et reprirent la route en devisant joyeusement. S'il était bien question d'un maître et de son élève, c'étaient surtout deux amies qui progressaient côte à côté, genou à genou, et Syndrell réalisa brusquement que cette complicité lui était familière : c'était un peu celle qu'elle avait connue avec Miss. Une pensée qui lui pinça le cœur tout en dessinant un sourire éblouissant sur ses lèvres.



*



- Bien ! A présent, il est temps de me montrer ce que tu sais faire.

Syndrell se leva et épousseta sa tunique, puis elle contourna le feu. Eole et elle s'étaient arrêtées pour la nuit à quelques lieues seulement de Fériane, à flanc de coteau pour se protéger du vent. Elles avaient partagé un repas fichtrement apprécié par des ventres qu'une longue chevauchée avant affamés, laissant Vagabond et Bolshoï se reposer un peu plus loin. A présent, il était temps de reprendre la leçon.

Syndrell resta à portée de la lumière mouvante de leur flambée. Les ombres dansaient sur son visage et l'éclat des flammes scintillait dans ses yeux. Elle adopta une garde simple mais sans faille, et attendit qu'Eole, en face d'elle, fasse la même chose.


- Pas d'armes. Tout comme le Marchombre est réflexe, le Marchombre est une arme. Un seul objectif : m'empêcher de t'attaquer. Me mettre hors d'état de nuire.

Elle s'élança avant la fin de sa phrase, prenant de cours son élève, et son coude heurta durement les côtes non protégées de celle-ci. D'un bond, Syndrell se remit en garde, les mains ouvertes. Elle venait de lui signifier qu'il s'agissait d'un exercice mais qu'elle n'allait pas contenir ses coups ; cet entraînement était destiné à pousser Eole au plus loin de ses limites – non, de l'enjoindre à les franchir.

Seul le danger pouvait le lui permettre.

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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Sam 29 Oct 2016, 23:57

Quand les haricots cessèrent de danser autour d’elle, Éole ouvrit doucement les yeux. Elle avait l’étrange impression de sortir d’un autre monde. Elle cligna des yeux pour retrouver la réalité et les prunelles dorées de Syndrell vinrent accrocher son regard.
La jeune danseuse adorait ce regard pétillant et plein de malice. Il y avait dans le fond des yeux de la marchombre un mélange de sagesse et de folie.

- C'était génial, hein ? Tu seras bientôt en mesure de battre les haricots de vitesse, crois-moi...

Qu’est-ce qui faisait qu’avec elle tout devenait génial, amusant, intéressant... ? Par certain côté, elle lui rappelait Pia et son énergie débordante qui transformait chaque exercice en un jeu.

Le dernier haricot que Syndrell tenait dans la main — et qu’Éole n’avait pas remarqué — rebondit sur le front de la jeune fille qui sursauta, mais Syndrell n’y fit pas attention et continua sur sa lancée.

- Ton esprit ne faisait qu'un avec ton corps, est-ce que tu l'as senti ? Pour autant, dire que tu as d'excellent réflexes serait une erreur. Monumentale. Un Marchombre est réflexe.

Éole hocha la tête et les parole de son amie trouvèrent leur réponse dans le sourire radieux de la jeune fille. “Un marchombre est un réflexe”... Voilà une phrase qu’elle aimait bien.
La danseuse se souvint de ce qu’elle avait ressenti pendant l’exercice et fit le lien avec cette belle phrase. En effet, elle pourrait presque dire qu’elle avait commencé à bouger avant le haricot, comme si son corps tout entier réagissait au mouvement du haricot.

Syndrell remonta en selle et Éole s’empressa de l’imiter. L’aventure continuait.

~ * ~


Éole était plongé dans ses pensées, le regard perdu sur la ligne que formaient les montagnes à l’horizon. Le silence s’était installé depuis quelques minutes et beaucoup de choses avait envahi les pensées de la jeune fille.

Sa mère, d’abord. Étrangement, elle ne ressentait qu’un profond apaisement en pensant à elle... À sa mort. Elle n’était pas triste non, elle avait depuis longtemps dit adieu à sa mère. Ce qu’elle ressentait se rapprochait presque du soulagement, du sentiment qu’une histoire s’était enfin terminée. La boucle était bouclée. Elle avait découvert la vérité sur son père, sur sa mort et sur la fuite de sa mère. Elle était soulagée aussi de savoir qu’elle ne l’avait pas abandonnée mais qu’elle était partie pour la protégée. Peut-être que les membres de l’ancien gang de son père lui en voulait toujours — et peut-être même plus maintenant — mais elle n’avait pas vraiment peur. Bientôt, elle serait marchombre et elle saurait se défendre contre ces gens.

La deuxième chose qui occupait ses pensées, c’était la destination de ce voyage. Oui, oui, Éole était un peu (trop) curieuse, et elle avait hâte de voir où son amie la conduisait !

La route qu’elles suivaient n’était pas très fréquentée et Éole sursauta quand un homme passa devant elle.

- J'ai l'impression que les choses ne vont pas en s'arrangeant, là-haut.

Éole, brusquement sortie de ses pensées, adressa un regard interrogateur à Syndrell, qui s’empressa de l’éclairer.

- L'état de nos frontières s'est dégradé, dernièrement. Les Frontaliers font ce qu'ils peuvent pour contenir les Raïs mais je pense qu'ils auraient besoin d'aide. Or les troupes impériales sillonnent déjà le sud pour tenir tête aux pirates alines. Résultat : le cœur de Gwendalavir est livré à lui-même, et les villages les plus éloignés sont la proie des pillards.

- Ah ce point ?

Éole était sincèrement étonnée, mais finalement, elle se rendit compte qu’elle ne se tenait pas du tout au courant de tout cela. Elle connaissait la menace des Raïs et celle des pirates, mais elle pensait que c’était “sous contrôle”...

Éole porta son regard sur l’horizon devant elle... La situation là bas se dégradait... Et c’était là bas qu’elle se dirigeait ? Syndrell lui réservait-elle un ragoût de raï ? L’évocation d’un tel repas fit naître un sourire sur ses lèvres qu’Éole ne put retenir. Un ragoût de raï... Cela pouvait même être bon !

~ * ~


- Bien ! A présent, il est temps de me montrer ce que tu sais faire.

Éole venait de terminer son repas et retint un soupir. Elle ne pouvait pas, pour une fois finir de manger tranquillement ? Non. Syndrell était déjà debout, en garde. Ah. Était-ce vraiment une bonne idée que de se battre avant d’avoir fini de digérer ? Un sourire étira les lèvre de la danseuse. Elle adorait vraiment cette marchombre aussi déjantée que la couleur de ses cheveux.

L’apprentie se leva et se plaça devant sa partenaire, en garde, et attendit les instructions. L’envie de se jeter sur Syndrell avait qu’elle n’est pu dire un mot la démangeait... Mais elle se retint. Syndrell était quand même son Maître maintenant !

- Pas d'armes. Tout comme le Marchombre est réflexe, le Marchombre est une arme. Un seul objectif : m'empêcher de t'attaquer. Me mettre hors d'état de nuire.

Carrément ?

En fait, Éole ne put pas même formuler cette pensée, une espèce de monstre bleu venait de lui sauter dessus. Le coup qu’elle reçut dans les côtes la ramena à la réalité. Syndrell ne ferait pas les choses à moitié visiblement, elle avait décidé de pousser Éole jusqu’à ses limites.

Le visage soudain grave et sérieux, Éole se remit en garde. Syndrell ne comptait pas retenir ses coups ? Elle non plus. Et elle était bien décidée à montrer à son amie qu’elle n’est plus l’adolescente apeurée qu’elle a rencontré dans les Plateaux d’Astariul.

Cette fois ci, la danseuse attaqua la première, mais Syndrell était prête et n’eut qu’à se décaler pour éviter l’attaque de l’apprentie qui roula dans la terre. Éole se releva d’un bon et repartit à la charge. Nouvel échec. La marchombre choisit ce moment, où son élève était essoufflée, pour attaquer de nouveau. Une frappe parfaite qui atteignit le sternum d’Éole avant même qu’elle n’eut le temps de dire ouf. Et Syndrell enchaîna. Les coups pleuvaient, Éole n’arrivait même plus à attaquer, c’était tout juste si elle arrivait à les éviter. N’en pouvant plus, Éole profita d’un coup qui la fit chuter pour rouler le plus loin possible de Syndrell. Elle devait changer de stratégie, respirer un coup, et repenser la chose.

Syndrell n’avait pas bouger et l’observait, en garde, prête à recevoir sa prochaine attaque. Le visage sévère, Éole lui rendit son regard.

«Le Marchombre est une arme.»

Elle réfléchit à toute allure.
Que ferait-elle si elle avait une arme ? Elle la lancerait, à priori, sauf si elle tenait un sabre dans ses mains. Mais elle n’avait plus tenu de sabre depuis longtemps, alors si elle avait une arme, ce serait probablement un poignard. Ou un arc, mais en combat rapproché comme celui ci, ce ne serait pas très approprié.
Un poignard donc. Qu’elle lancerait droit sur son adversaire, calculant l’angle et l’énergie qu’elle donnerait au lancer pour qu’il soit précis et rapide.
Pour que son poignard file droit comme une flèche en fait. Un trait mortel — rassurez vous, elle ne désirait pas tuer Syndrell !

«Le Marchombre est une arme.»

Elle devait surprendre son amie, sinon elle l’éviterait aussi facilement que les autres fois.

«Le Marchombre est une arme.»

Sans crier gare — et puis quoi encore — Éole s’élança. Elle courut le plus rapidement possible pour franchir la distance qui la séparait de Syndrell. Cette dernière fit un bond sur le côté, mais Éole l’avait prévu. À deux centimètres de la marchombre, une seconde avant que ce qu’elle se décale, Éole prit son élan. Elle effectua ce qu’en langage chorégraphique on pourrait appeler un “barrel jump”. Concrètement, elle fit un espèce de roulé boulé en l’air, le corps à l’horizontal. Son saut décrivit un arc et, alors qu’elle tournait en l’air et son talon vint frapper l’épaule de Syndrell. Un Syndrell surprise certes — et Éole en profita pour lui asséner un nouveau coup au jarret — mais qui se reprit bien vite et envoya voler l’apprentie.

Loin de se laisser décourager, Éole retomba sur ses pieds et se remit en garde. Syndrell attaqua mais ce coup ci, la jeune danseuse était prête. Elle s’aplatit au sol et faucha la marchombre. Évidemment, cette dernière n’avait pas dit son dernier mot et réussit à se relever avant même d’être tombée.

Éole se redressa et essuya les gouttes de sueur qui commençaient à perler sur son front. Syndrell avait forcément une faille quelque part. Il fallait juste qu’elle la trouve.

La marchombre aux cheveux bleus ne laissait pas une minute de répit à son élève qui cherchait, en vain, à franchir sa garde sans trop récolter de bleus.

Et puis soudain, sans qu’Éole ne l’ait préméditer, sa greffe se déclencha. Depuis son aventure dans les Plateaux d’Astariul — c’était toujours là bas qu’elle finissait par croiser Syndrell — sa greffe n’avait pas refait surface et la jeune fille n’avait pas du tout penser à apprendre à la maîtriser, donc, au moment où elle se déclencha, Éole ne pensa qu’à utiliser cet avantage puisque, de toute manière, elle savait qu’elle ne durait pas très longtemps et qu’elle ne savait pas vraiment comment l’arrêter...
Légèreté, tel était le maître-mot de sa greffe et, même si cela ne durait quelques instants, cela lui procura un avantage certain. Son poids n’étant plus qu’un souvenir, elle sauta plus haut que jamais, se faufila avec plus d’aisance et ses mouvements se faisaient plus rapides. En moins de temps qu’il ne le fallait pour le dire, Syndrell était au sol avec une Éole qui avait retrouvé la totalité de son poids sur elle.

Devant la mine ahurie de son amie, Éole ne put se retenir de rire. Elle l’aida à se relever avant de lui avouer, les yeux brillants de malices, avec les sourire de celle qui n’avait rien fait.

- Bon, je t’avoue que j’ai triché... Sans le faire exprès hein ! Ça s’est déclencher tout seul je te le jure Syn’ ! Mais bon... J’en ai profité.

L’immense sourire qui étirait les lèvres de la jeunes filles était en totale contradiction avec son aveu et prouvait bien qu’elle n’était pas désolée du tout. À vrai dire, elle était même radieuse, comme un enfant qui découvre son nouveau jouet.

__________________________________________



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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Lun 31 Oct 2016, 09:04

Sndrell n'offrit pas le luxe de se reposer à Eole. Elle enchaînait les frappes, visait essentiellement les zones qui ne risquaient pas de blesser gravement la jeune femme, et sa longue tresse bleue tourbillonnait dans son sillage. Elle était si rapide... Insaisissable, légère comme une plume, elle était mouvement perpétuel, fulgurance de bleu et d'or, puissance et fluidité confondues.

Elle sourit intérieurement en lisant le doute dans les yeux de son élève. Ce n'était pas pour le plaisir de lui refaire le portrait ! D'ailleurs, elle évitait de la toucher au visage, preuve que ce duel n'était pas aussi sérieux qu'il en avait l'air. En revanche, elle aimait sentir les rouages du cerveau d'Eole s'activer – inutilement, bien sûr ; tout ce qu'elle avait à faire, c'était justement d'arrêter de penser.

Mais c'était à elle de le comprendre.

La nuit les enveloppait, les flammes du feu  faisaient danser l'ombre et la lumière sur leurs visages, suivant leurs déplacements comme dans un ballet silencieux. Syndrell était convaincue qu'il s'agissait davantage d'une danse que d'un combat. Chacun sa technique, même si la chorégraphie d'ensemble était unique. Ne manquait plus qu'un brin de musique et...

Syndrell écarquilla soudain les yeux en voyant Eole se ramasser pour bondir. Voilà qui était inédit dans son pas de danse à elle ! A tel point que la marchombre ne put éviter un coup de talon à l'épaule – touchée ! Ravie, elle ne lui laissa pas le loisir de pousser sa chance un peu plus loin et répliqua avec détermination.

Mais dès lors, elle perçut le changement qui s'était opéré en son apprentie : celle-ci ne réfléchissait plus, elle agissait, laissant son instinct prendre le dessus ! Ses gestes étaient plus rapides, ses frappes plus précises, elles n'étaient plus ralenties par des pensées parasites et Syndrell put enfin avoir recours à son ingéniosité pour bloquer certaines attaques vicieuses.

Jusqu'à ce qu'Eole bondisse à nouveau. Cette fois-ci, Syndrell ne réagit pas assez vite. Elle était rapide, pourtant, c'était l'un de ses points forts, en raison d'une taille petite et longiligne... Elle se trompait, Eole ne bondit pas, elle s'envola, défiant les lois de la pesanteur et du possible pour renverser son maître et la plaquer sur le sol.

Elles restèrent un bref instant dans cette posture, le souffle court. Puis Syndrell esquissa lentement un sourire et Eole sembla reprendre pied avec la réalité. Elle s'empourpra, puis éclata de rire et se redressa avant de tendre une main que Syndrell accepta volontiers.

- Dis donc, c'était sensationnel, cette parade !
- Bon, je t’avoue que j’ai triché... Sans le faire exprès hein ! Ça s’est déclencher tout seul je te le jure Syn’ ! Mais bon... J’en ai profité.

Syndrell cessa d'épousseter sa tunique pour observer attentivement son amie. Eole avait les yeux qui brillaient de mille feux sous l'éclat de leur flambée. Elle paraissait transcendée et seul un marchombre avisé était capable de deviner pourquoi. Syndrell secoua doucement la tête.

- La greffe n'est pas de la triche, Eole. C'est un don, offert par le Rentaï pour te permettre de te dépasser. De franchir les limites de l'imagination et, s'il le faut, dérober une vie pour préserver la tienne. Tu as agi au bon moment et comme il le fallait ! C'est ce que j'attendais de toi, ce soir.

Elle attrapa sa gourde et la lança à son élève avant de poursuivre :

- Au début, tu as eu du mal à trouver tes marques. Tu pensais trop et chaque pensée t'empêchait d'avancer. Et puis tu as commencé à comprendre...

Elle s'interrompit pour boire à son tour, puis acheva dans un clin d'oeil doré :

-... et finalement tu t'es envolée ! C'était bien joué. Calculé ou non, ce dernier coup était un coup de maître, ma belle.

En quoi pouvait bien consister la greffe d'Eole ? Même entre marchombres, il n'était pas d'usage de s'enquérir à ce sujet. Syndrell avait pourtant bien senti un changement dans la position d'Eole, comme si elle ne pesait plus rien du tout. Pour une fois, le terme « envol » n'était pas à prendre au sens figuré... fascinée, Syndrell leur accorda quelques minutes de pause, afin de récupérer.

- Souhaites-tu recommencer ? demanda-t-elle au bout d'un petit moment. Cette dernière parade, je veux dire ; veux-tu t'entraîner à la faire, pour comprendre comment cela fonctionne ?

Chaque greffe était différente, unique. Elle n'avait eu aucun mal à s'approprier la sienne, étant donné que les lames qui jaillissaient hors de ses bras supposaient simplement qu'elle porte des coups d'une certaine façon, selon ce qu'elle désirait obtenir – une blessure ou la mort... Dans le cas d'Eole, toutefois, c'était différent. Si sa greffe avait quelque chose à voir avec sa pesanteur, il fallait qu'elle prenne le temps d'essayer, de se tromper pour comprendre et s'adapter...

Joignant le geste à la parole, Syndrell se plaça en garde. Cette fois pourtant, elle ne jaillit pas comme une furie ; son déplacement fut lent et modéré. C'était un entraînement.
Non.

Une nouvelle danse.

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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Mer 17 Mai 2017, 23:55

- La greffe n'est pas de la triche, Eole. C'est un don, offert par le Rentaï pour te permettre de te dépasser. De franchir les limites de l'imagination et, s'il le faut, dérober une vie pour préserver la tienne. Tu as agi au bon moment et comme il le fallait ! C'est ce que j'attendais de toi, ce soir.

La jeune danseuse sourit à son amie. L’excitation qu’elle avait éprouvé quelques secondes plus tôt s’évanouit, laissant place à des émotions qu’elle ne parvenait pas à définir. Aux paroles de Syndrell, elle sentit que ce que représentait la Greffe était bien plus important que ce qu’elle avait imaginé. Que la Greffe était bien plus que... que ça. Bien sûr, Pia lui en avait parlé mais... mais le vivre c’était différent. Mais, étrangement, les paroles de la marchombre lui laissèrent un goût amer.
La Greffe était très loin de ce qu’elle avait imaginé. Ce n’est pas un jouet, ce n’est pas un pouvoir magique, ce n’est pas un truc “cool” ... C’est une arme. Une arme pour tuer. Encore. Pourquoi ?
Qu’est-ce qu’elle avait imaginé ? Que le Rentaï la doterait d’une paire d’ailes pour qu’elle puisse traverser l’empire en volant ?
Non, le Rentaï lui avait offert d’être plus performante, pour qu’elle puisse mieux se défendre, mais aussi tuer plus facilement.

Éole avait déjà tué et elle n’avait pas envie de recommencer. Heureusement me direz-vous, mais cela allait plus loin que cela. Elle ne voulait plus se retrouver dans ce genre de situation, dans ce dilemme de “tuer ou être tué”. Elle savait pourtant, que dans ce monde elle serait de nouveau face à cela, sur avec le chemin qu’elle avait choisi. Oui, elle avait fini par accepter le fait d’avoir tuer un homme pour sauver sa vie, qu’elle n’avait pas eu le choix... Bien sûr qu’elle était consciente de tout cela mais voilà, pourquoi ? Pourquoi cela faisait-il partie ainsi du monde ? Pourquoi la génération à venir ne choisissait pas de fonctionner autrement ? Étaient-ils donc à ce point là tous d’accord avec ce principe ?

*Je ne voulais pas que ma Greffe soit un moyen de tuer plus vite. Je voulais qu’elle m’aide à être une meilleure marchombre...*

Pourtant, sa Greffe était quand même singulière et n’était pas qu’une arme. Ce qu’elle ressentait quand elle s’activait, cette sensation de ne pas peser plus lourd qu’une plume, était bien au delà d’une simple arme qui peu tuer. Elle pouvait l’utiliser pour grimper plus haut, courir plus vite ou même pour danser plus grand ! Pourquoi ne voyait-elle que le côté meurtrier de la chose ? Pourquoi n’avait-elle retenu que « dérober une vie » dans les paroles de Syndrell ?

*Peut-être qu’il y a encore quelques chose que je ne digère pas par rapport à Al Far...*

Éole laissa échapper un léger soupir. Cela faisait un moment maintenant pourtant mais le souvenir restait là, comme un caillou dans la chaussure, gênant et un peu douloureux. Elle attrapa la gourde que son amie lui lança et but longuement.

- Au début, tu as eu du mal à trouver tes marques. Tu pensais trop et chaque pensée t'empêchait d'avancer. Et puis tu as commencé à comprendre... et finalement tu t'es envolée ! C'était bien joué. Calculé ou non, ce dernier coup était un coup de maître, ma belle.

L’expression enjouée et pétillante de Syndrell lui redonna le sourire. Elle s’était envolée oui, et c’était tout ce qu’elle devait retenir.
La marchombre lui proposa de recommencer pour essayer de comprendre comment fonctionne sa Greffe. La jeune apprentie hocha la tête. Bonne idée, il fallait qu’elle apprivoise cette nouveauté dans ses veines. Mieux la comprendre pour mieux l’utiliser. La Greffe est censée être une extension d’elle, et Éole ne voulait pas croire que son extension soit une machine à tuer. Les doutes la rongeaient, elle imaginait toujours le pire... Alors ce qu’elle avait de mieux à faire, c’est d’aller chercher la vérité. La vérité de ce qu’était sa Greffe.

Syndrell était déjà en place, Éole planta son regard sombre dans celui de son amie et se mit en garde. Elle ne savait pas vraiment comment procédé, elle ne sentait rien de différent dans son corps, n’avait pas l’impression d’avoir un bouton marche/arrêt... En réalité, Éole ne savait pas vraiment qu’elle était la véritable nature de sa Greffe, elle ne comprenait pas tout à fait en quoi elle consistait. Sa Greffe ne s’était déclenchée que deux fois, indépendamment de sa volonté. La danseuse avait alors l’impression d’être libérée de son poids, comme si les lois naturelle de la gravitation, de l’attraction terrestre, ne s’appliquaient plus à elle. Elle se sentait si légère... Elle bougeait comme si elle n’avait rien pesé, s’élevant plus haut, bougeant plus vite, n’étant plus freiné par ce poids — pourtant pas si énorme. Cependant, les deux fois, elle n’avait pas senti où cela s’était déclenché, ni sur quoi cela agissait concrètement. Les deux fois n’avaient été que des surprises.

« Tu pensais trop et chaque pensée t’empêchait d’avancer »

Syn avait raison. Elle devait arrêter de penser et agir.
Éole attaqua. Elle se jeta sur son amie qui attentait patiemment et qui esquiva aisément. Le combat entre les deux amies recommença. Syndrell était insaisissable et Éole ramassait les coups.
Son cerveau était comme divisé en 2 : un côté parcourait son corps de bas en haut et de haut en bas à la recherche de ce bouton, l’autre côté disait au premier de se taire et d’arrêter de s’agiter dans tous les sens. Cependant, ce côté ci gagna rapidement la bataille, faisant taire le côté qui pensait trop, et Éole commença alors à être bien plus performante.

Tous les capteurs que la jeune apprentie avait dans son corps étaient néanmoins tous à vifs et bien chauds. C’est pourquoi quand Syndrell se jeta sur elle avec un peu plus de violence que les autres fois, elle sentit sa Greffe. Un millième de seconde avant qu’elle ne se déclenche, elle la sentit s’activer dans son corps. Ce millième de seconde fut suffisant pour qu’elle anticipe et qu’elle prépare son esquive. Éole bondit au dessus de Syndrell et sa Greffe se déclencha. Elle bondit haut, très haut. Pendant un cours instant, elle crut que en effet, le Rentaï l’avait doté de deux ailes et qu’elle étaient train de voler. Elle atterrit souplement juste à côté de Syndrell, radieuse. La marchombre lui laissa une minute pour réfléchir à ce qu’il venait de se passer.

Éole n’avait pas sentit sa Greffe à un endroit précis de son corps, mais elle l’avait sentit partout, dans chaque muscle, dans chaque organe, dans chaque cellule. C’était comme un espèce de fourmillement et... et tout était plus léger. Tout. D’un coup, elle avait l’impression d’avoir été téléportée dans l’espace. Plus de gravité, plus de poids. Mais comment déclencher cela ? Encore une fois, l’activation de sa Greffe n’avait pas été volontaire. Comment pouvait-elle commander l’annihilation de son propre poids ?

Éole réengagea le combat, multipliant les coups, cherchant à comprendre. À chaque assaut, Éole imaginait son corps plus léger, elle pensait à ses os et à ses muscles, tentant de les rendre plus léger juste par le pouvoir de sa pensée. Mais rien ne bougeait. Pas grâce à sa volonté en tout cas. Dès que la jeune fille se retrouvait dans une mauvaise posture, dès qu’elle se trouvait dans une position où sa vie était en danger potentiel, sa Greffe se déclenchait. Elle agissait comme un réflexe, pour protéger Éole. Les réflexes c’est bien, mais c’est incontrôlable. Éole devait transformer ce réflexe en “mouvement” volontaire. Enfin, l’idée que sa Greffe fonctionnait comme un réflexe était extraordinaire ! Mais si elle pouvait aussi la contrôler avec sa volonté ce serait encore mieux !

Les deux amies marquèrent une pause pour souffler. Notre danseuse était perdue dans ses réflexions.

- Je ne comprends pas... souffla-t-elle pour elle même, comment contrôler mon poids ?

Elle se posa sur ses deux pieds, bien ancrée dans le sol, et ferma les yeux. Elle se concentra sur son corps, calmant sa respiration, expirant longuement. Elle visualisa son corps, de sa peau à ses os en passant pas ses muscles, ses tendons, ses organes... Elle imagina tous ces composants de son être libérer de leur poids, comme si chaque cellule de son corps s’ouvraient pour laisser s’échapper des petites bulles de poids.
D’un seul coup, elle sentit ce point, ce point de bascule... Elle n’avait plus qu’à décider de passer de l’autre côté et... Et son corps se souleva, ses pieds quittèrent la terre. Elle décolla de quelques centimètres et une seconde plus tard, ses pieds étaient de nouveau bien ancrés dans le sol. Un sourire étira ses lèvres. Éole adressa un clin d’œil plein de malice à Syndrell... Et se jeta sur elle sans crier gare. Syndrell n’eut pas le temps de bouger. Éole avait déclenché sa Greffe et, libérée de son poids, elle fut sur son amie trop rapidement pour que ses réflexes — même des réflexes de marchombre — la sauve. Les deux jeunes femmes roulèrent dans l’herbe et Éole se retrouva à califourchon sur Syndrell, hilare.

- J’ai compris ! lui annonça-t-elle fièrement.

La jeune danseuse adressa un grand sourire à son amie et l’aida à se relever, des étoiles d’excitation dans le regard. Elle savait ! Elle savait comment déclencher sa Greffe ! Elle pouvait — enfin — la contrôler !

Elle regarda Syndrell et d’un coup, sa joie redescendit en flèche. Elle avait réussi à déstabiliser la marchombre si facilement... Elle... Elle pouvait vraiment tuer quelqu’un plus vite. Comme un éclair, foudroyant, instantané... Pouf... Sa Greffe ne durait que quelques secondes, même pas, mais ces quelques secondes étaient largement suffisante pour prendre une vie. Largement.

Syndrell dut remarqua le brusque changement d’émotion de le regard d’Éole car elle planta ses prunelles dorées dans celle de la jeune femme et l’interrogea du regard.
Éole baissa les yeux.

- J’ai tué un homme Syn... Je sais que c’était lui ou moi, que je ne pouvais faire autrement mais... Mais je ne veux plus revivre ça. Avec la Greffe, j’ai une arme de plus à ma disposition et... je n’aime pas cette idée...

Non. Al-Far n’était pas encore qu’un lointain souvenir. Tout n’était pas fini, elle avait encore des choses à évacuer, à accepter pour pouvoir aller plus loin.









[Non non, tu ne rêves pas — et moi non plus ! — j'ai bien (enfin) réponduuuuuu !!!!!! cheers Petite réponse écrite en examen blanc d'anatomie — comme quoi ça sert hein x) — postée à moins de 48h de mon premier examen, mais purée qu'est-ce que ça fait du bien de retrouver mon Éole amoureux Bon, si jamais y'a un soucis tu me dis hein Razz arcenciel ]

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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Ven 19 Mai 2017, 23:12

Une plume.
Légère et délicate.

Eole était capable de bondir et de se mouvoir avec la légèreté et la délicatesse d’une plume en train de danser dans un souffle de vent. Fascinée, Syndrell enchaîna quelques techniques qui poussèrent son élève à solliciter sa greffe. Entre autre. Car si Eole était en pleine découverte, elle n’en restait pas moins une apprentie ayant réussi l’Ahn-Ju et percé le secret du Rentaï ; elle devait pouvoir repousser ses limites bien plus loin désormais.

Soudain, Syndrell sentit Eole s’envoler. Ou plutôt, elle ne la sentit pas, ce qui changea la donne : un instant plus tard, elle se retrouvait dans l’herbe, son élève au-dessus d’elle, essoufflée mais fichtrement fière. Il y avait de quoi ! Elle venait de comprendre un aspect fondamental de sa greffe. De faire un nouveau pas en avant. Un sourire illumina le visage de la marchombre. Eole n’était pas une simple étoile, c’était une véritable étoile filante qui traçait son chemin sans que rien ne puisse l’arrêter !

- Bien joué, lança-t-elle d’un ton joyeux, en acceptant la main que lui tendait la jeune femme pour se redresser. Est-ce que tu…

Syndrell s’interrompit en découvrant une ombre dans les yeux de son amie. C’était trop soudain pour qu’elle devine son importance et trop présent pour qu’elle n’y prête pas attention. *Qu’y a-t-il ?* formula-t-elle sans parole, dans ce silence complice qui permettait bien plus d’échange que le simple mode verbal. Eole baissa la tête.

- J’ai tué un homme Syn... Je sais que c’était lui ou moi, que je ne pouvais faire autrement mais... Mais je ne veux plus revivre ça. Avec la Greffe, j’ai une arme de plus à ma disposition et... je n’aime pas cette idée...

Syndrell hocha la tête. Pendant un moment, elle ne dit rien, cherchant dans sa propre expérience les mots justes, ceux qu’Eole avait besoin d’entendre.

- Tuer peut devenir une nécessité quand ta propre vie est en danger, dit-elle enfin. Cette formation que tu as choisi de suivre façonne ton corps, affine tes sens et aiguise tes réflexes de sorte que tu puisses te battre s’il le faut, et ôter la vie si tu le dois. Mais tout est question de choix, Eole. Un choix dont tu es la seule responsable. Tu es entraînée à percevoir le détail, et pourtant c’est dans ton cœur que tu trouveras la force, le courage et la dignité d’accomplir ce choix irrémédiable. La réflexion s’appuie sur le doute, le choix, lui, en est parfaitement exempt. Et ses maîtres mots sont pertinence et efficacité.

Elle s’approcha d’Eole et, doucement, glissa une mèche rebelle derrière son oreille, avant de sourire.

- Ne renie pas le talent ni les extraordinaires capacités dont tu fais preuve. Tuer n’apporte aucun plaisir à celui qui sait garder, au fond de son cœur, des principes qui font de lui un être humain. Ta gêne est normale. Elle s’estompera sans jamais disparaître véritablement. Quant à l’avenir…

Syndrell secoua la tête.

- Je ne peux pas garantir que tu n’auras plus à faire ce choix terrible. En revanche, je te promets que ta greffe est un élan formidable qui te propulse déjà sur la Voie.

Un vent frais se leva, dansa dans leurs cheveux, chanta à leurs oreilles. Un vent de liberté. Syndrell avait prévu d’épuiser Eole au combat mais, libre comme la brise nocturne, elle changea d’avis. Sans rien dire, elle ferma les yeux et s’immergea dans la gestuelle marchombre. Mouvements amples, gestes fluides. Harmonie de l’esprit et du corps.

Elle n’eut pas besoin d’ouvrir les yeux pour deviner qu’Eole l’imitait
.


*


- Hum.

Syndrell observa pensivement le pont qui, victime d’une tempête ou bien de l’usure, s’était brisé, et son regard dériva sur les courants vifs du Gour. Le fleuve prenait source bien plus au nord, dans les montagnes, et sa force était assez grande pour balayer toute personne assez folle pour essayer de le traverser à la nage. C’est ainsi que l’idée germa dans son esprit tandis qu’un mince sourire se dessinait sur ses lèvres.
Mince et mystérieux.

Elle mit pied à terre et, tenant Vagabond pas la bride, fit quelques pas en direction de l’eau qui rugissait entre les rochers. Il leur avait fallu trois jours pour atteindre le Gour. Trois jours durant lesquels Syndrell n’avait pas ménagé son élève, l’astreignant à trois heures de course par jour, puis à une série d’exercices qui sollicitaient tantôt ses muscles, tantôt sa réflexion, souvent les deux à la fois. Elle lui faisait réciter une liste de plantes aux vertus guérissantes tout en lui faisant travailler ses abdos. Elle lui lançait des défis complètement fous ou bien impossible à réaliser – sauf, peut-être, pour un marchombre…

Chaque soir, elle combattait Eole à mains nues, puis avec un bâton ou un poignard. Des armes qui laissent leurs marques, mais alors que les bleus et les coupures disparaîtraient avec le temps, les précieux conseils dont elle ponctuait chaque leçon étaient gravés dans la mémoire de la jeune femme. C’est en se remémorant les progrès réalisés en trois jours que Syndrell s’accroupit au bord de l’eau pour y tremper ses doigts. Glaciale ! Son sourire s’élargit.


- Allez hop ! la dernière à l’eau est une poule mouillée !

Ignorant le regard d’Eole, Syndrell laissa Vagabond brouter allègrement et entreprit de se dévêtir.

__________________________________________

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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Jeu 01 Juin 2017, 19:39

Plus que les mots, la voix posée de Syndrell réconforta Éole. Le son de la voix de son amie glissa sur elle come un baume réparateur. La jeune femme savait qu’elle avait raison, tout comme Gil d’ailleurs... Mais Syn était son amie, et elle avait cette douceur en plus, et ce sourire. Éole n’arrivait toujours pas à la considérer comme son Maître, en réalité, elle était bien plus que cela. Elle avait une telle confiance en cette marchombre au regard doré... Une confiance qu’elle n’avait jamais eu envers ses précédents maîtres marchombres. Elle leur avait fait confiance oui, mais jamais de cette manière. Jamais autant.

Un choix. Ce mot résonna dans le cœur d’Éole, très délicatement, l’enveloppant d’une vague de réconfort.
Un choix. La danseuse savait, au fond d’elle, que cet homme qu’elle avait tué n’était pas sa dernière victime, pourtant...
Un choix. Avait-elle eu le choix ? Tout s’était passé si vite... Avait-elle vraiment eu le choix de lui laisser la vie sauve ? Elle avait agi d’instinct, mue par ses incroyables réflexes de future marchombre...
Un choix. Oui. Elle avait eu ce choix. Personne ne l’avait forcée d’aller à Al-Far, de se promener seule dans les rues... Elle avait eu le choix. Et le choix de tuer cet homme, elle l’avait eu également, elle l’avait en une fraction de seconde, mais elle l’avait fait. Elle avait eu le choix de mourir, de ne pas contre-attaquer, mais elle n’avait pas choisi cette issue là.
Cependant... Était-ce la bon choix ? Sa vie valait-elle plus que celle de son assaillant ? Mais ce n’était peut-être pas une question de valeur... Et si c’était plutôt une question de rapidité ?
Lui, il ne s’était pas posé la question, il avait décidé en la voyant qu’il la tuerait. Point. Il ne s’était pas demandé si sa vie à elle avait de la valeur, si il avait le droit de la tuer, le pouvoir de décider si elle pouvait vivre ou non. Lui, il ne s’était pas embarrassé de tout cela. Il avait choisi, décidé, prévu de la tuer, avec la seule raison qu’elle était la fille de celui qui l’avait trahi. La vie d’Éole aurait-elle donc moins de valeur juste parce qu’elle était la fille de son père ?
Non, ce n’était pas une question de valeur. C’était une question de légitime défense, de défendre sa propre vie. Elle avait été plus vive que lui et avait défendu sa vie.
Un choix. Éole n’avait pas choisi de tuer cet homme, elle avait choisi de vivre.

Vivre.
Libre.
Tout a un prix.


Voilà le prix qu’elle avait payé, qu’elle payait pour vivre. Pour vivre libre. Elle savait se battre, elle était capable de se défendre et cela lui permettrait de vivre comme elle l’entendait, de tracer sa route selon ses choix et de continuer longtemps.
La soir du drame, elle était sortie seule parce qu’elle était sûre de pouvoir s’en sortir vivante si jamais elle tombait sur des personnes malveillantes. À ce moment là, elle n’avait juste pas mesuré l’ampleur de ce que signifiait « s’en sortir ».

Plus que les mots, la présence et le regard bienveillant de la marchombre aux cheveux bleus achevèrent de la réconcilier avec elle même. Éole sourit.

Elle avait choisi de Vivre.

~ * ~

La Gestuelle Marchombre.
À mi-chemin entre le vent et la terre et entre le feu et l’eau. Au carrefour entre Liberté et Harmonie, direction l’Envol.

La Gestuelle Marchombre.
Ni plus ni moins qu’une Danse.

~ * ~

Trois jours plus tard, les deux amies arrivèrent sur les berges de la Gour, face à un pont, enfin, ce qu’il en restait, c’est-à-dire quelques bouts de bois cassés et des lambeaux de cordes. Pas grand chose en fait. Éole était sur le point de demander à Syndrell comment elle comptait les faire traverser, mais ravala instantanément sa question en remarquant le drôle de sourire qui avait étiré les lèvres de son amie. Ce sourire lui fit froid dans le dos, la jeune apprentie ne put s’empêcher de grimacer en devinant les intentions de la marchombre. Cela ne lui plaisait pas du tout. Mais alors, pas DU TOUT...
Éole regarda du coin de l’œil cette drôle de marchombre aux cheveux bleus qui lui en faisait voir de toutes les couleurs depuis quelques semaines et qui n’allait pas tarder à lui demander de plonger dans l’eau froide. Cette femme était son maître, son guide et bien plus que cela. C’était une amie, une véritable amie. Les pensées de la danseuse remontèrent alors des années en arrière, le jour où elle avait rencontré pour la première fois cette jeune femme... Louve...

*Tient, pourquoi Louve ? *

Elle avait changé, elle avait pris de l’assurance et peut-être un peu de ce qu’on pourrait appeler la sagesse. Où était-elle sur la Voie quand elles s’étaient rencontrées ? Syn n’était-elle encore qu’une apprentie, était-elle marchombre ou était-elle déjà maître ? Et ce Dolce tient, avec qui elle semblait être si complice... Où était-il lui ? Était-elle encore avec lui ?

Éole repensa à ce qu’elle avait vécu au côté de la marchombre. Ses pensées allèrent de la Citadelle aux plateaux d’Astariul, dans cette espèce de ferme perdue... ce repère de mercenaires du chaos. Les plateaux d’Astariul, l’endroit où elle avait rencontré Syndrell... Tient ! Et Darwen ? Syn était son maître à l’époque, où en était-il lui ? Avait-il réussit son Ahn-Ju ? La jeune danseuse se promit de poser la question à son amie... Mais une fois de l’autre côté de cette petite rivière !

En parlant d’autre côté... Syndrell n’était plus sur son cheval, elle avait déjà mis pied à terre pour tremper ses doigts dans l’eau... Elle ne les laissa pas longtemps d’ailleurs, elle le retira rapidement et les secoua comme si l’eau était froide...

*Tient donc... Je ne m’en serais pas doutée...*

Un sourire malicieux s’était dessiné sur les lèvres de la marchombre. Éole ne put retenir un léger soupir de désespoir : elle savait trop bien ce que voulait dire ce sourire, et quand Syn avait une idée, elle n’en démordait plus. Surtout si il y avait de l’eau glaciale en jeu. Et son apprentie. Voilà.

- Allez hop ! la dernière à l’eau est une poule mouillée !

Éole regarda son amie l’air de dire « t’es sérieuse ? T’es vraiment sérieuse ? » mais ladite amie n’y fit absolument pas attention, au contraire, elle entreprit de se déshabiller.

*Ah très bien. Elle veut jouer ? On va jouer. Prépare-toi Syn, j’arrive !*

Éole bondit pour mettre pied à terre et ôta ses vêtement en quatrième vitesse. Elle pria la Dame, enclencha sa greffe et s’élança au dessus de la marchombre qui se rapprochait du bord de l’eau. Éole eut le temps de passer par dessus son amie avant que sa greffe ne cesse de fonctionner, provoquant sa chute libre à à peine un mètre de la rive. Elle pria de nouveau la Dame, son Héros et le monde entier, serra les dents et atterrit dans l’eau avec la grâce et l’élégance d’un trodd, projetant des gerbes d’eau partout autour d’elle. Syndrell, qui venait également d’entrer dans l’eau, fut totalement immergée sous la vague qu’Éole provoqua.

La jeune apprentie n’oublierait jamais ce choc dans l’eau. D’abord parce qu’elle n’était pas froide mais GE-LÉE, mais surtout parce que ce n’était pas si profond... et que grâce à sa greffe elle avait sauté haut... et que donc elle avait fait une sacrée chute... mais qu’il n’y avait pas la profondeur adéquate... Ce que, bien sûr, elle n’avait pas prévu. Et son coccyx lui en voulait beaucoup pour cette — petite — erreur de calcul.
Après son plongeon de trodd, Éole émergea de l’eau en poussa un cri digne d’un brûleur.

- Raaah ! Mais c’est supermégatropgelé ! Tu veux ma mort en fait Syn ?

Avec un grand sourire elle envoya une gerbe d’eau en direction de son amie... et grimaça aussitôt.

- Aoutch... Rappelle-moi de ne plus jamais utiliser ma greffe pour plonger avant d’avoir testé la profondeur de l’eau...

Éole rougit légèrement, riant de sa propre bêtise, une main sur son coccyx douloureux telle une petite vieille. Elle regarda autour d’elle. Là où elle se tenait, près de la rive, il n’y avait pas beaucoup de courant, mais un peu plus loin, au centre de la rivière, le courant devenait plutôt violent. Éole posa donc la question. Elle ne voulait pas connaître la réponse, mais elle la posa quand même...

- Bon... aïe... On se gèle ici et on se transforme en glaçons ou on bouge ? Enfin... j’imagine qu’on va pas traverser à la nage hein ?

Elle marqua une pause, adressant un grand sourire à Syndrell.

- N’est-ce pas... ? Aïe...

Elle n’avait pas l’air comme ça, mais le sourire qui étirait ses lèvres en disait long. Outre son coccyx, la fraicheur de l’eau et le courant... Outre toutes ses gérémiades, Éole avait hâte de jouer avec son amie. Oui, parce que, après tout, tout ceci n’était qu’un jeu, non ? Si elle avait été là, Pia aurait été d’accord avec elle.

__________________________________________



"C'est donc bien que la danseuse est dans un autre monde, qui n'est plus celui qui se peint de nos regards, mais celui qu'elle tisse de ses pas et construit de ses gestes"
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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Jeu 08 Juin 2017, 08:53

Eole était quelqu’un de volontaire ; plus docile que Narek et Darwen, mais non moins malicieuse pour autant, elle se lançait généralement à corps perdu dans les exercices que Syndrell proposait. Cette fois, son élève décida de mettre cette expression en pratique : elle se jeta littéralement à corps perdu dans la rivière. En la voyant passer au-dessus d’elle – nom d’une chiure de mouche, elle volait !!! – Syndrell ouvrit la bouche, mais…

*SPLATCH*

*Et ouch*, songea la marchombre en s’arrêtant pour croiser les bras sur la poitrine. Elle se mordit la lèvre pour ne pas éclater de rire devant la mine dépitée d’Eole.

- Raaah ! Mais c’est supermégatropgelé ! Tu veux ma mort en fait Syn ?
- C’est à peine froid,
sourit Syndrell en entrant doucement dans l’eau glaciale.
- Aoutch… Rappelle-moi de ne plus jamais utiliser ma greffe pour plonger avant d’avoir testé la profondeur de l’eau…

Inutile ! Cette leçon un peu douloureuse n’était pas de celles que l’on oublie facilement. Syndrell savait qu’Eole ne ferait pas deux fois la même erreur… Laissant son amie se réchauffer et chasser la douleur en babillant, la marchombre s’immergea complètement et ferma les yeux. Oui, c’était froid, très froid même, mais une fois à l’intérieur les perspectives changeaient complètement.

- … j’imagine qu’on ne va pas traverser à la nage, hein ? N’est-ce pas ? Aïe…

Syndrell rouvrit les yeux et croisa le regard brillant d’Eole.
Complicité absolue.


- Détrompe-toi, chère amie ! Nous allons traverser… et maintenant !



*



Elles quittèrent la zone relativement tranquille dans laquelle elles se trouvaient et, très vite, sentirent la puissance d’un courant vif les presser comme s’il cherchait à les emporter. C’était le cas. A cet endroit la rivière était dangereuse. Des rochers émergeaient un peu partout sur lesquels il était facile de se briser les os. Quelques mètres plus loin, une chute de quelques mètres promettait une arrivée fracassante dans l’eau. Il fallait éviter d’atteindre ce point de non-retour.
Il fallait entreprendre d’apprivoiser la rivière tumultueuse.

C’était plus délicat qu’il n’y paraissait et Syn sentit soudain ses jambes coupées par un violent assaut du courant. Mais au lieu de lutter par la force, ce qui aurait été une grave erreur, elle pivota et laissa l’eau ondoyer autour d’elle. Un instant plus tard, celle-ci tentait de la projeter avec colère. Sans se départir de son sourire, la marchombre pivota à nouveau et écarta les bras. Elle trouvait son équilibre dans les humeurs de la rivière et se jouait de sa colère en répondant par la douceur.

Jeu.
Ce n’était qu’un jeu, non pas de pouvoir mais de volontés : celle de l’eau contre celle de la marchombre. Force millénaire contre force unique. Duel ? Non ! Duo qui se mit à évoluer sous les yeux d’Eole. Syndrell devina son appréhension et lui jeta un coup d’œil doré.

- La Voie sinue entre les forces de ce monde et le Marchombre sinue se rie d’elles. Il s’amuse. Il joue. La rivière est joueuse, quand on apprend à la connaître. N’aie pas peur, Eole ! Observe, apprend, comprend l’eau. Joue avec elle. Danse avec elle.

__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


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(Wëlle, merci... tout simplement)
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MessageSujet: Re: Groupe Fyrh - cours n°5   Dim 10 Déc 2017, 20:36

- La Voie sinue entre les forces de ce monde et le Marchombre sinue se rie d’elles. Il s’amuse. Il joue. La rivière est joueuse, quand on apprend à la connaître. N’aie pas peur, Eole ! Observe, apprend, comprend l’eau. Joue avec elle. Danse avec elle.

Éole se tenait dans l’eau — gelée — à quelques pas de Syndrell, là où le courant était encore acceptable. La marchombre, quant à elle, n’avait pas hésité à se jeter au centre de la rivière, là où le courant était le plus violent. C’était incroyable. Elle semblait en équilibre sur un fil, prête à basculer au moindre à-coup. Et pourtant... Pourtant Syndrell tenait bon, ne tombait pas, non, elle dansait avec l’eau, voilà tout.
C’était un spectacle magnifique. Le plus beau des ballets qu’Éole ait jamais vus. Syndrell dansait avec l’eau et l’eau dansait avec Syndrell. Alors oui, la danseuse connaissait ce genre de petit jeu avec l’eau, elle y avait déjà joué avec Pia, elle avait compris qu’il fallait danser avec l’eau, le truc de l’ouverture, des forces, etc. Mais jamais elle n’avait vu une aussi belle harmonie. Les cheveux bleus de la marchombre ondulaient au rythme du courant de la rivière, portés par le vent et par les mouvements souples de la jeune femme. Éole ne voyait qu’un unique mouvement, une unique danse, fluide et légère. Un moment plein de poésie.

Un sourire étira les lèvres de la jeune fille. C’était à son tour de danser avec l’eau. « N’aies pas peur » avait dit son amie. Très bien. Elle n’avait pas peur, elle allait danser avec l’eau.

Éole avança doucement vers le centre de la rivière. Le courant devint plus violent, et avancer dans l’eau fut soudain une tâche plus ardue. Éole avait l’impression de rentrer chez quelqu’un qui ne l’avait pas invitée, qui ne voulait pas d’elle. L’eau exerçait une forte pression sur ses jambes et Éole luttait pour ne pas tomber. Elle serrait les dents, avait oublié le froid de l’eau, ne pensait plus qu’à une chose : ne pas tomber. C’était sa première erreur.
Elle ne parvenait plus à bouger, elle était trop instable, trop malmenée par le courant. Elle essaya de respirer, de penser Ouverture et Danse. Elle tenta d’appliquer ce que Syndrell avait dit, ce que Pia, Notok et Aléa avaient dit avant elle. Elle voulait bien faire. Elle voulait réussir à danser avec l’eau comme Syndrell le faisait. Elle voulait... Deuxième erreur.
Éole commit une troisième erreur. Elle paniqua. Elle sentit ses jambes se dérober sous elle, ses pieds glissèrent sur les cailloux plats et recouverts d’algues du fond de la rivière, elle battit des bras pour se rattraper mais ne trouva rien pour s’accrocher. Elle paniqua.

Trois erreurs qu’elle n’aurait pas du commettre.

Éole bascula, tomba dans l’eau et le courant l’emporta.

~ * ~

Pourquoi quand on parvient à trouver les bonnes sensations, quand on comprend, quand on est enfin dans le juste, dans le sincère, pourquoi faut-il que tout tombe à l’eau ?

~ * ~

Pourquoi quand on Réussit quelque chose, le lendemain, ça foire ?

~ * ~

Pourquoi sur des trucs bêtes, des trucs qu’on sait, on fait tout à l’envers ?

~ * ~

Parce que.

Parce que tu oublies qu’il ne faut pas « bien faire ».
Parce que tu te dis que, comme tu l’as déjà fait, c’est facile.
Parce que tu ne penses plus à ce que tu ressens.
Parce que tu n’es plus dans la spontanéité.
Parce que tu réfléchies.
Parce que tu veux conscientiser quelque chose que, inconsciemment, tu as déjà conscientisé.
Parce que tu as oublié ton corps.
Et parce que tu ne penses plus qu’à ton cerveau.

Voilà Pourquoi.

~ * ~

*Ne lutte pas. Apprend. Comprend. Joue. Danse. Mais ne lutte pas. Laisse toi tomber. Laisse toi portée par la vague.*

Éole lâcha prise.

Le courant la portait, elle flottait. Elle avait l’impression que l’eau lui parlait. Elle s’était trompée, elle était la bienvenue, il fallait juste qu’elle accepte, qu’elle entre communication. Qu’elle lâche. Qu’elle ne se batte pas.

Éole comprit qu’elle était entrée dans l’eau sur la défensive et qu’elle s’était braquée au moindre petit désagrément. L’eau n’avait pas apprécié, mais qui aurait apprécié ?
Alors Éole demanda pardon à l’eau et se mit à l’écoute de ses courants, à l’écoute de son chant. Elle y trouva une mélodie, un rythme et commença à danser.

Éole sourit. L’eau, il suffisait de l’écouter, de lâcher son corps et de se mettre à son rythme. Oublier tout ce que l’on connaissait et juste la regarder, la sentir, apprendre à la comprendre. Juste l’observer. Et danser avec elle.

Éole se remit sur ses pieds, respira une grande bouffée d’air, elle n’était pas loin du point où elle n’aurait plus pu revenir, pas loin de la chute. Syndrell était prête à bondir à son secours, mais la jeune fille adressa à son amie un sourire rassurant avant de la rejoindre... en dansant.









[Et voilààààà ! C'est pas ouf, je suis un peu rouillée xD Mais qu'est-ce que ça fait du bien d'écrire ! ^^ et j'espère que je n'ai pas oublié de "syndell" xD]

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