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Le Pacte VS L'Ordre
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 [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Mer 06 Avr 2016, 16:04

L’enfant courait à toute allure sur les pavés humides.
La nuit le vieillissait, les ombres qui glissaient sur son visage mettaient en valeur des traits qui lui donnaient quatorze, peut-être quinze ans. La lune qui éclairait parfois son regard, elle, ne mentait pas en lui accordant douze printemps. Le garçon connaissait Al-Far comme sa poche. Il avait grandi ici, dans ce quartier mal famé, et savait exactement où mettre les pieds pour éviter les ennuis. Leste et agile, il se faufilait dans des trous de souris, ignorant les ordures et les immondices des ruelles les plus pauvres de la ville. Il ne voulait pas arriver en retard… Ignorant l’homme ivre qui le héla lorsqu’il le croisa, l’enfant dérapa dans une flaque sans ralentir son allure. Il allait le rater ! Alors qu’il attendait ce moment depuis des jours ! Il accéléra sa course et arriva enfin, hors d’haleine, devant la porte dérobée, nichée dans une impasse vide. Il tambourina si fort sur le battant que celui-ci s’ouvrit immédiatement.

- Ouais ? grogna-t-on dans l’entrebâillement.
- Vite, laisse-moi entrer !
- Zak ?


L’homme ouvrit un peu plus la porte et le garçon se faufila dans l’ouverture, tout excité.

- Ça a commencé ?
- Ils viennent juste de rentrer dans l’arène, mais tu… hé !


Le môme avait déjà filé. L’homme soupira, puis haussa les épaules. Ce n’était pas un endroit pour un enfant, mais Zak n’en était plus un depuis longtemps. Il ne chercha pas à le retenir. Zak jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et, comprenant qu’on ne le poursuivrait pas, se détendit un peu. Il suivit le couloir et entra dans une salle bondée de monde. Une fumée âcre lui brûla les yeux et la gorge, mais là encore, cela ne suffit pas à l’arrêter. Jouant des coudes et de sa souplesse, il se fraya un chemin à travers la foule, ignorant les relents d’alcool et de sueur qui l’étourdissait davantage encore que les hurlements déchaînés, et s’approcha du grillage. L’arène était là. C’était un cercle creusé dans le sol, immense et sablonneux. Nuit après nuit, des hommes et des femmes s’affrontaient dans cet espace clos sous les yeux de centaines de personnes ; l’illégalité était totale, les risques énormes et tous les coups étaient permis. Il ne se passait pas une seule semaine sans qu’il y ait au moins un mort. Zak avait encore en tête les images morbides qui, il devait bien l’avouer, revenaient parfois le hanter dans son sommeil. Mais ce soir, il était là pour un homme.

Celui qui tournait comme un animal en cage.

Crocs de Lune.



*



Au signal du gong, Gil sentit la fièvre du combat l’envahir et le posséder. En face de lui, une montagne de muscles. Le déluré qui commentait les combats parlait d’un monstre capable d’arracher la tête d’un homme avec la seule force de ses mains. Un monstre, hein… Gil s’effaça souplement pour éviter une première attaque, titanesque de puissance. Il sautillait légèrement pour rester mobile et furtif. Ses pieds nus s’enfonçaient dans le sable tâché du sang des précédents combats. Evitant un nouveau coup, il leva brièvement les yeux, laissant son regard parcourir le cercle de la foule qui se pressait contre la barrière de l’arène. Ça criait dans tous les sens. Combien de gens avaient parié, ce soir ? Combien avaient perdu la maigre somme qu’ils avaient amassée en une seule journée de travail ou de vol à l’étalage ? Un choc, dans ses côtes, le ramena brusquement à la réalité. L’os ne céda pas mais tout juste, et il serra les dents. Son torse nu brillait de sueur dans la lumière chiche des torches disposées ça et là. D’anciennes marques côtoyaient les nouvelles : bleus, coupures, bosses, sa peau était un panel de contusions, un véritable champ de bataille. Il les collectionnait comme des médailles, mais elles ne symbolisaient pas toutes des victoires.

I am clearly broken,
And no one knows what to do…


Frapper le tas de muscle lui apporta un peu de cette boule de satisfaction qu’il recherchait dans chacun de ses duels. Il prit plaisir à viser la mâchoire, le plexus, les genoux. Il commettait cependant des erreurs de débutant que son adversaire, costaud mais pas idiot, identifia et utilisa à son avantage. Gil vola à travers l’arène et s’écrasa dans le sable. Il se redressa sur les coudes, regarda les gouttes de sang qui coloraient les grains pâles, leva la tête. Balaya à nouveau les visages anonymes qui l’invectivaient. Cherchait-il quelqu’un ou redoutait-il au contraire la présence d’un tiers ? Les deux. Tout en s’aidant du mur pour se redresser péniblement, Gil se rémora la rencontre qu’il avait fait le mois précédent. Tellement incongrue dans cet endroit qu’il s’attendait désormais à tout. Comme en écho à ses propres pensées, une voix dure, teintée de reproche, résonna dans son crâne douloureux.

Ferme ta putain de gueule et lève-toi, SangreLune, avant que je m’énerve pour de bon.

Voëlle avait toujours su s’exprimer avec la plus grande clarté.



*



Al-Far, quatre semaines plus tôt.

Voëlle grogna de mécontentement. Elle tenait à son espace et n’aimait pas la façon dont elle était bousculée à droite et à gauche par la foule. Elle écrasa de son talon un pied qui n’arrêtait pas de la cogner et eut la satisfaction de percevoir un gémissement de douleur, mais cela ne suffit pas à arrêter tous les autres. Elle soupira et se rapprocha du grillage, espérant trouver un endroit plus confortable. Peine perdue. Elle se retrouva pressée contre la barrière et eut bien du mal à ne pas perdre son calme. Son regard tomba sur l’arène. Les deux hommes qui se battaient n’y allaient pas de main morte. Celui qui avait de longs cheveux blonds tressés était en train de se prendre une raclée par un homme aux cheveux sombres. Il bougeait trop vite pour que Voëlle puisse se fixer sur son visage, mais Voëlle le reconnut malgré tout : Gil ! Son sourire ravi pâlit lorsqu’elle le vit briser les os de son adversaire. Mourut quand il planta les dents dans son épaule pour en arracher un morceau sanglant. Elle cligna des yeux, peinant à croire ce qu’elle voyait pourtant. Ce qu’on lui avait affirmé était donc vrai…

Gil se releva. Du sang coulait de son menton, il l’essuya vaguement sous les cris déchaînés du public, visiblement insensible à l’émotion que son geste avait créé. Sauvage. Son regard balaya les visages qui criaient son surnom, « Crocs de Lune », et s’attarda une seconde de plus sur celui de Voëlle. L’avait-il reconnue ? Rien ne permettait de l’affirmer, et l’Envoleuse serra les poings. Elle était furieuse. Bousculant à son tour les badauds qui l’entouraient, elle se fraya un chemin jusqu’à la sortie de la salle. Elle tourna un petit moment dans les sous-sols sombres et malodorants mais finit par trouver la pièce dans laquelle Gil récupérait. Il était assis sur un banc et semblait perdu dans ses pensées. Sa moue faillit attendrir Voëlle, parce qu’elle dessinait dans ses joues les fossettes du Gil de ses souvenirs ; puis elle rappela la raison de sa venue ici, et secoua la tête. Elle fit quelques pas sans chercher à se montrer discrète. Sans bouger, Gil soupira.

- Quel bon vent t’amène à Al-Far ?

Voëlle plissa les yeux. Il l’avait reconnue, alors. Mais elle n’aimait pas le ton qu’il avait employé. Elle croisa les bras et le regarda dérouler tranquillement les bandes qui enveloppaient ses avant-bras et ses mains.

- Pas un bon vent, non. J’ai suivi des rumeurs auxquelles je n’ai pas prêté foi jusqu’à t’apercevoir dans ce… cette arène, lâcha-t-elle, amère.
- Des rumeurs ?
- Ne fais pas le malin avec moi, s’il te plaît. Tu sais ce qu’on raconte ?


Elle décroisa les bras et s’approcha un peu plus, les yeux brillants.

- On raconte que tu as perdu la raison. Que tu es devenu une brute sanguinaire, assoiffée de sang et ivre de colère.
- C’est joliment dit…
- Gil !


Voëlle se planta devant lui. Elle fulminait.

- J’ai toujours nié ces paroles, allant jusqu’à donner la mienne que tu n’étais pas ce monstre que l’on décrit si bien ! Alors pourquoi est-ce que je te retrouve comme ça ?
- Peut-être parce que j’en suis vraiment un,
répondit doucement Gil avant d’attraper une bande entre ses dents pour la dérouler lentement.

Il s’exprimait avec un tel calme, agissait avec un tel détachement que Voëlle frémit. De frustration. Elle avait envie de le prendre par les épaules et de le secouer comme un prunier.

- Comment m’as-tu trouvé, d’ailleurs ?
- Libertée,
fit l’Envoleuse dans un sourire qui n'avait rien de joyeux. Elle a compris que quelque chose n’allait pas quand tu es parti au beau milieu de la nuit, sans prévenir et pour ne plus revenir. Elle m’a contactée et m’a demandé si je pouvais faire quelque chose.

Voëlle se passa la main dans les cheveux. S’il n’y avait eu autant d’anxiété dans le regard de sa fille, et si elle n’avait pas autant tenu à Gil, elle aurait refusé. Voilà des années qu’elle se tenait à l’écart du Domaine et de l’Ordre afin de protéger Mïin. Briser cette routine avait demandé plus que du courage.

- J’ai galéré mais j’ai fini par remonter ta piste jusqu’ici. Ça fait dix jours que je te cherche dans la ville. J’avais entendu parler de cet endroit, mais… Je ne me doutais pas que c’était là que je te trouverais, avant de tomber sur ce nom, « Crocs de Lune ».
- Tu peux repartir, je n’ai pas besoin de toi.
- Elles ont besoin de toi.


Voëlle était sidérée. Etait-ce vraiment Gil, cet homme insensible, ce parfait connard qui ne réagissait même pas à ses paroles ? Il avait tellement changé ! Elle se demanda ce qui avait pu le faire devenir ainsi. Qu’avait bien pu traverser ce cœur autrefois si tendre, si loyal ? Que t’est-il arrivé, Giliwyn ?

- Je reste ici, Voëlle, affirma-t-il d’un ton dur. Rentre chez toi.
- Ferme ta putain de gueule et lève-toi, Sangrelune, avant que je ne m’énerve pour de bon ! Ose me dire en face que tu ne vas pas arrêter ces conneries et les retrouver !


Gil leva ses yeux dépareillés vers elle et, l’espace d’une folle seconde, Voëlle crut qu’elle avait réussi à le toucher. Mais il se redressa lentement, l’obligeant à se tordre le cou pour continuer à soutenir son regard. Il tenta de l’écraser de sa puissance, mais elle tint bon : droite comme un i devant lui, elle ne bougea pas d’un millimètre. Alors, il se pencha et approcha les lèvres de son oreille.

- Je n’arrête pas ses conneries, et je ne vais pas les retrouver. Tu n’aurais pas du venir ici.
- A l’évidence, non. Au revoir, « Crocs de Lune »,
cracha-t-elle, écoeurée.

Il se détourna et attrapa une serviette pour s’essuyer. Plus désemparée qu’en colère désormais, Voëlle le regarda un moment en silence, avant de tourner les talons. Elle s’arrêta sur le seuil de la porte et jeta par-dessus son épaule à son attention :

- Elle viendra te chercher. Tu le sais, n’est-ce pas ?

Elle n’attendait aucune réponse de sa part et s’en alla, laissant Gil seul au milieu de la pièce froide et insalubre.

- Adieu, Voëlle.

Murmure glacé.



*



Times are looking grim these days
Holding on to everything
It’s hard to draw the line

Shut the fuck up, get up



Zak sentit son engouement vaciller. Il n’était pas certain de comprendre… que se passait-il ? Comment le combat pouvait-il ainsi tourner au vinaigre ? Que fabriquait « Crocs de Lune » ? Il était un jouet entre les bras musclés de son adversaire, pourtant bien plus lent ! Il était en train de perdre !

Dans l’arène, Gil dégustait. Le sang et le sable se mélangeaient dans sa bouche. Il profita d’un instant de répit pour cracher un jet de salive… ah, et une dent, tiens. Sa mâchoire était tellement douloureuse qu’il ne l’avait pas sentie se détacher. Il vacilla et fléchit légèrement les jambes pour retrouver son équilibre. Sa vision n’était pas très nette. Tas de muscles cognait fort. Gil sentit la nausée lui tordre les tripes, et il fronça les sourcils. Traumatisme crânien ? Ce n’était pas bon du tout. Il se baissa pour éviter le poing qui fonçait vers son visage et frappa de toutes ses forces. La montagne qui se dressait devant lui grogna mais ne bougea pas. Elle l’envoya de nouveau dans les airs comme s’il ne pesait rien ; Gil heurta le mur de plein fouet et retomba dans le sable. La rage bouillonnait dans ses veines. Je vais me le faire, songea-t-il en se redressant à quatre pattes. Je vais me le… Il retomba, sans forces. Incrédule, il entendit résonner le gong de fin de combat. Le sifflement de la foule renforça son mal de crâne. Il se serait évanoui si une poigne puissante ne l’avait pas soulevé pour le remettre sur ses jambes, et l’entraîner hors de l’arène.



*



- Tiens. Pour avoir fait acte de présence…

Le ton cynique ne fit pas réagir Gil, mais il attrapa la maigre bourse que lui jetait le gérant. Il l’ouvrit, jeta un œil à l’intérieur, soupira. Il avait de quoi manger quelque chose. Youpi. Ses muscles protestèrent lorsqu’il enfila ses mitaines, il serra les dents et se leva. Tituba légèrement en passant devant le gérant qui buvait un verre avec des amis. Frémit en les entendant glousser. S’il ne les éventra pas sur l’instant, c’était parce qu’il avait encore besoin de se battre dans l’arène pour gagner de l’argent. Il y avait un miroir sale et craquelé dans l’entrée. Sans bien savoir pourquoi, il s’arrêta devant et observa son reflet. Triste reflet, en vérité. Le cheveu en bataille, une barbe fournie et mal taillée, un œil poché, la lèvre gonflée, une oreille déchirée… La tunique sans manches et ouverte sur le torse était usée, comme le pantalon déchiré au genou gauche. Avec ses mitaines qui lui arrivaient jusqu’aux coudes, il avait une allure décalée qui attirait l’attention, mais la folie de son regard faisait fuir les gens. Il n’était pas embêté. On le laissait tranquille, et c’était très bien comme ça. Délaissant son image abîmée, il quitta les lieux et s’enfonça dans la fraîcheur de la nuit.

L’esprit ailleurs, il ne se rendit pas compte qu’il était suivi. Zak était une ombre qui se collait à la sienne et ne le lâchait pas d’une semelle. Il fallait qu’il sache… parce qu’il refusait de croire que son héros pouvait être battu aussi tristement. Gil avançait lentement, ses bottes claquaient sur la route. Il y eut bientôt plusieurs claquements. Trois hommes qui voyaient en Gil une cible idéale. Effrayé, incapable de bouger, Zak les vit plaquer leur proie contre un mur pour le détrousser. Mais Crocs de Lune ne se laissa pas faire. Il bougea, si vite que ses gestes parurent flous à Zak, et l’enfant écarquilla les yeux ; c’était dingue ! Il ne se battait pas du tout comme dans l’arène ! Il était plus vif, plus leste, plus… dangereux. Le mot se forma dans son esprit à l’instant où, jaillissant de son poing fermé, quatre griffes d’acier étincelèrent en captant un reflet de lune. Elles ouvrirent une gorge et lacérèrent un visage dans la foulée, avant qu’une autre lame, partant du coude cette fois, ne se plante dans le ventre de l’homme qui tentait de le prendre à revers. L’action n’avait pas duré plus de dix secondes. Zak retint son souffle. Sous ses yeux, Gil rétracta ses lames et se remit en route. Le garçon ne le suivit pas, cette fois. Il admirait toujours la technique de cet homme, mais « Croc de Lune » avait cessé d’être son modèle. Il était bien trop violent, bien trop sauvage pour s’accorder à son idéal. Et les corps qu’il avait abandonnés lui retournaient l’estomac.
Il s’en alla.



*



Gil mit plus longtemps que d’habitude à atteindre le grenier de l’appartement défoncé. Il gravit les dix étages en silence, concentré sur le pas suivant pour continuer d’avancer. Lorsqu’il entra dans la minuscule pièce, un courant d’air glacé l’enveloppa. Il n’avait pas fermé la seule et unique fenêtre qui donnait sur le toit, et la pluie était entrée. Il la referma. Se déshabilla en grimaçant, attrapa une bouteille dans laquelle il restait encore un fond d’alcool et en versa quelques gouttes sur ses plaies. La douleur lui tira un sifflement, mais la bête, en lui, grogna de plaisir. Elle n’était jamais rassasiée. Lui, il était épuisé. Il but les dernières gorgées de la bouteille et s’allongea sur sa paillasse pour s’enrouler dans sa couverture. Il s’endormit aussitôt.
Et rêva d’un bon steak de siffleur grillé.


*


And I’m hiding in this empty space
Tortured by my memories
Of what I left behind

Shut the fuck up, get up…

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Jeu 07 Avr 2016, 00:03

I need a hit
Baby, give me it
You're dangerous
I'm loving it
Too high can't come down
Losin' my head
Spinnin' 'round and 'round

- Tu ne devrais pas y aller.
Libertée poussa un long soupir, rangeant les couches de Suviyo dans un sac, avant de récupérer plusieurs biberons.
- J’y vais quand même.
- C’est plus le même, Lib.
- Oh si, Maman. C’est juste que tu ne sais pas qui il est.

Voëlle leva les yeux au ciel en agitant ses bras d’agacement. Sa fille fonçait droit dans le mur, elle le savait. Mais elle ne pouvait pas l’empêcher d’y aller. Même pas l’accompagner, parce que Libertée leur laissait le bébé. Rageant seule, l’ancienne envoleuse essaya de se calmer en respirant lentement. Cela ne fonctionna qu’à peine.
- Prenez soin de Suviyo. S’il vous plait. C’est tout ce qui compte.
Miïn fronça les sourcils, croisant le regard de Voëlle, s’avançant vers sa fille, posant sa main sur son épaule.
- Lib...
La marchombre se dégagea, évitant le regard de son père. Ce dernier sentit ses entrailles se tordre. Il échangea un regard avec la femme de sa vie, et lut l’assentiment dans ses yeux.
Si Libertée en venait à y rester, ils trouveraient tous les deux Gil.
Pour le tuer.



♥ ♥ ♥


Libertée essuya la sueur sur son front d’un mouvement rapide du dos de la main.
Gil s’était réfugié à Al-Far. Dans un endroit complètement illégal où se déroulaient des combats d’hommes. En soi, cela ne surprenait pas du tout la marchombre, même si sa mère ne lui avait rien dit. Elle savait que Gil aimait se noyer dans la violence, c’était pas nouveau, et c’était aussi comme ça qu’elle l’aimait.

Elle ne voulait pas penser.
Parce qu’il s’était enfui au milieu de la nuit. Elle ne lui en voulait pas pour ça. Pas pour le reste. En fait, elle ne lui en voulait pas à lui. Elle s’en voulait à elle-même. Elle n’avait pas su ce dont il avait besoin. Elle n’avait pas compris sa douleur, ses cicatrises, ses besoins. Elle était vraiment stupide !
La colère contre elle-même lui permettait d’avancer, de ne pas faiblir, alors qu’elle n’avait presque rien mangé depuis qu’elle était partie de leur maison. Leur maison. Un frisson la traversa, mais elle s’en débarrassa en s’ébrouant vivement.

La jeune femme venait d’arriver, enfin, devant l’établissement en question. Cachée dans l’ombre d’une ruelle, elle se plaqua contre un mur un peu trop collant à son goût en fronçant le nez, alors que la porte de l’endroit s’ouvrait à la volée.
Elle reconnut instantanément la silhouette qui s’en extirpa, malgré son air sauvage et bestial… Gil ! Mais elle ne bougea pas, se fondant dans les ténèbres qui l’environnaient.

Ainsi, elle put voir le gosse qui suivit l’envoleur, le combat efficace que ce dernier engagea contre trois mecs de la rue… Elle suivit l’homme, aussi insaisissable qu’un courant d’air, aussi silencieuse qu’une ombre, jusqu’à ce qu’il monte dans le grenier piteux.
Depuis le toit d’en face, elle le vit fermer la fenêtre trop rapidement.

Plissant les yeux, Lib eut un sourire dur.
Sautant de prises en prises, elle se retrouva bien vite au dessus de la fenêtre en question. Jetant un coup d’oeil rapide à travers le carreau, elle vit que Gil dormait à poings fermés, et glissa une mèche de cheveux sous le battant de la fenêtre pour l’ouvrir sans bruit, se faufilant dans la pièce parfaitement silencieuse.
Elle vit la bouteille d’alcool vide, sentit l’odeur âcre du liquide sur Gil, put détailler ses plaies et écorchures un instant.
Elle ne s’approcha pas de lui, se contentant de le fixer plusieurs minutes, avant de saisir la bouteille pour tenter de boire une goûte… Vide. Haussant les épaules, la marchombre laissa son regard errer dans la minuscule pièce. Une lueur passa dans son regard, et elle entreprit de tout déplacer. Il n’y avait pas grand-chose, mais elle mit tout sous le lit, faisant croire que plus rien n’existait à part ce dernier, et une chaise en bois, dans l’appartement. Puis, elle saisit un petit poignard dans sa botte et s’approcha de l’envoleur à nouveau, tenant la lame de telle sorte qu’elle sortait de son poing du côté de ses doigts et non pas de son pouce. De deux mouvements secs et vifs, elle creusa des sillons dans la peau de son bras.
Deux sillons recourbés, se rejoignant en haut et en bas.
Un coeur sanglant, littéralement.
Mais elle bondit immédiatement par la fenêtre, disparaissant dans la ruelle en dévalant le mur de l’immeuble à toute vitesse, sans que Gil ne puisse savoir qui avait pu faire ça.


♥ ♥ ♥


Libertée entra dans l’établissement une heure après Gil, le lendemain.
Il n’avait pas renoncé à combattre, apparemment, et elle ne voulait pas qu’il la voie trop vite.
Se glissant entre les badauds avec grâce, leur adressant des sourires languissants pour gagner quelques mètres et voir la scène, elle resta finalement derrière un grand gaillard qui hurlait des encouragements à l’adversaire de Gil.
Une montagne de muscles.

La marchombre eut un sourire moqueur.
Gil semblait en baver, mais apparemment ce n’était pas la première fois qu’il combattait ce mec. Elle pouvait voir qu’il semblait attendre certains enchaînements de l’autre pour attaquer.
Quand elle le vit perdre un peu de terrain, elle sut que cela serait bientôt terminé, et elle se glissa jusqu’au commentateur.

- Je veux être la prochaine.
L’homme la détailla de haut en bas avec un sourire bizarre sur les lèvres. Entre le fait qu’il appréciait ce qu’il voyait, et la moquerie alors qu’une minette dans son genre pensait pourvoir prendre part à un combat contre le mec qui était sur le ring. Mais ce n’était pas son problème. Et il pourrait s’amuser sans doute un peu avec elle, une fois qu’elle serait hors combat.

Alors, quand la montagne de muscle s’écrasa au sol, la marchombre se faufila entre les cordes délimitant l’espace de combat avec grâce.
Se redressant lentement, un sourire mi-figue, mi-raisin sur les lèvres, elle planta son regard rose dans celui de Gil. Puis, elle se mit en garde.
Les sifflets retentissaient tout autour d’eux, les hommes encourageaient Gil à se débarrasser vite de cette prétentieuse, qu’ils puissent tous s’amuser avec elle après, et vite.

Emportée par l’ambiance électrique, Libertée provoqua ouvertement Gil.

- Quoi, t’as peur de te faire battre par une fille ?


Don't you know that you're toxic?
It's getting late
To give you up
I took a sip
From my devil's cup
Slowly, it's taking over me

__________________________________________




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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Jeu 07 Avr 2016, 13:36

Take heed, dear heart,
Once apart, she can touch nor me nor you
Dressed as one
A wolf will betray a lamb


Gil grogna. Quelque chose d’humide passait sur son front et sa joue. Il marmonna quelques paroles inintelligibles et se tourna, mais alors la chose humide et froide glissa dans son cou. Ça lui fit ouvrir les yeux… enfin, un œil et demi, le gauche étant bien trop gonflé pour l’instant. Mmmh. Se réveiller lui demanda bien plus de courage que tout ce qu’il entreprenait, ces derniers temps. Lui qui d’ordinaire se contentait de peu de sommeil se levait plus tard dans la journée, et avec la sensation de ne pas s’être reposé. La nuit, quand il ne se battait pas, il allait chercher les ennuis à droite et à gauche ; la fatigue s’accumulait et lui dessinait des cernes bistre en plus de le vider de son énergie. Il grogna de nouveau et s’assit en s’essuyant le visage. Qu’est-ce que… levant les yeux, il vit la fenêtre entrouverte. La pluie qui tombait dehors et qui faisait un boucan d’enfer sur le toit rentrait par-là. Il lui pleuvait sur la tête. Génial.

Il referma le battant, agacé et perplexe. Il croyait l’avoir fait au moment de se coucher mais, de toute évidence, il confondait avec une autre nuit. Il avait dû rentrer dans un sacré mauvais état, cette fois, pour oublier la fenêtre par ce temps. Ses muscles tiraient, en effet, et il avait un mal de crâne épouvantable. Rien à voir avec une trop forte dose d’alcool ; il aurait préféré que tel soit le cas, à la réflexion… Tâtant précautionneusement son crâne, Gil découvrit la blessure. Le sang avait séché, il n’avait pas besoin d’aller voir un guérisseur pour la recoudre. Tant mieux. Les guérisseurs qui prenaient à l’œil, ici, ne travaillaient généralement pas dans les meilleures conditions sanitaires qui soient. Et une fois sur deux, il s’agissait d’un charlatan qui n’avait jamais tenu un  fil et une aiguille de toute sa vie. Gil avait ainsi prit en charge lui-même la plupart de ses blessures. Moins évident mais plus prudent.

Il était encore trop tôt pour rejoindre l’arène. Gil décida d’employer une partie de son temps pour entretenir sa forme, comme il le pouvait. Il commença par faire quelques pompes, grimaçant dès que ses muscles protestèrent vivement, mais ce fut surtout la douleur de son bras qui l’arrêta en plein exercice. Il découvrit alors deux entailles, récentes et peu familières, qui marquaient sa peau. Assez fines pour s’être déjà refermées, assez grandes pour attirer son regard, et piquante à cause de la sueur. Il fronça les sourcils. Ça, c’était nouveau. Et pas normal. Il ne se rappelait même pas avoir reçu cette blessure. On aurait dit un cœur. Le sien marqua une pause, juste une seconde, alors qu’une pensée des plus folles traversait son esprit. C’était comme chercher à rattraper un souvenir qui s’évertuait à s’échapper : fugace et insaisissable. La sensation d’avoir mis le doigt sur quelque chose, l’origine de cette marque, disparut en un éclair, et il haussa les épaules. Il ne comptait plus ce genre d’estafilade depuis longtemps.

Il reprit ses exercices.



*



Fergan, forgeron réputé d’Al-Far, observait Gil en caressant sa barbe clairsemée, indécis.

- T’es dans un sale état. Tu fais pas des combats, j’espère ? J’veux pas être mêlé à ça.
- J’ai été attaqué dans une ruelle,
mentit Gil avec aplomb. J’ai été dépossédé de toutes mes affaires. C’est pour ça que je cherche du travail.
- Mmmh. T’as pas l’air bien…
- Rhume de printemps.


Fergan tergiversa encore une minute avant de prendre sa décision. Il avait besoin d’un assistant et cet homme, quoique vaguement effrayant sur les bords, remplirait ce rôle au moins pour quelques temps. Il soupira bruyamment et lui tendit une paire de gants.

- Bienvenue dans ma forge.

Gil trima plusieurs heures d’affilée dans la chaleur de la forge. Son efficacité acheva de convaincre Fergan. La nuit tombait lorsque l’Envoleur quitta la forge. Il s’était légèrement brûlé le coude gauche en travaillant, mais la douleur était diffuse et éveillait son envie de violence et d’abandon. Il passa par le grenier pour se débarbouiller de la suie qui lui collait à la peau et enfiler son pantalon de combat tout abimé, ainsi que la tunique sans manches. Il prit le temps de manger ce qu’il avait pu acheter grâce à l’argent de la veille : assuré d’être payé tous les jours par Fergan, il fit un repas bien plus consistant qu’au cours des trois dernières semaines, aussi se sentait-il en meilleure forme lorsqu’il se glissa dans le passage de l’impasse. Le gérant l’intercepta avant qu’il n’entre dans la petite salle où il devait se préparer.

- Montre tes crocs ce soir, si tu veux pouvoir revenir demain.

L’ordre assombrit le regard de Gil. Il réprima l’envie de planter ses dents dans la gorge de l’homme et se contenta de hocher la tête. Il avait trop besoin de se défouler pour risquer de tout gâcher maintenant. Plus tard, dans l’arène, tandis qu’il affrontait le tas de muscle à qui il devait beaucoup de dégâts, il se dit qu’au fond il ne se débrouillait pas si mal. Le boulot à la forge allait lui permettre de se renflouer un peu, et les combats nocturnes apaisaient vaguement la bête : ici, il pouvait blesser. Sans retenue. Jusqu’à tuer. Sans regrets. Son adversaire était aussi violent que la veille, et ses baffes faisaient encore décoller Gil, mais il ne se laissa pas faire. Sa technique, bien loin de celle qu’il avait enseignée à ses élèves, lui permit de se rapprocher de la montagne de muscles. Il lui brisa le nez et un poignet, avant de s’attaquer au coude et à l’épaule. Un coup de pied particulièrement violent dans la mâchoire serrée du type lui cassa presque toutes les dents. Il tomba à genoux, sonné. Certains s’arrêtaient là. Lui, il s’était arrêté là la veille, lorsque Gil n’avait pas réussi à se relever. Mais Crocs de Lune n’était pas connu pour sa clémence. Il planta les dents dans l’épaule de l’homme, à la base du cou, et arracha un morceau de chair qu’il recracha aussitôt dans un jet de sang. La foule fit grand bruit. Ce geste d’une violence inouïe lui avait valu son surnom. Insensible au triomphe que les spectateurs faisaient de lui, Gil recula et attendit le prochain combat.

… every flower is perfect
To paradise with pleasure haunted by fear…


Il tournait le dos à son adversaire quand celui-ci entra dans l’arène. Pourtant, ce ne furent pas les sifflements qui le poussèrent à se retourner, ni la surprise dans la voix du commentateur. C’était plutôt comme un sixième sens, un murmure issu du fin fond de sa conscience en lambeaux, et lorsqu’il croisa les yeux roses, quelque chose frémit en lui. Réminiscence ? Sentiments oubliés ? Non. Ce frémissement-là était bien plus dangereux, bien plus violent. La bête s’agita et mordit sauvagement. Excitée par la simple présence de la femme. Libertée. Celle-ci prit l’immobilité de Gil pour de l’hésitation, car elle lui lança aussitôt une pique, reprise par les sifflements aigus du public. Très peu de femmes combattaient des hommes dans l’arène. Elles s’affrontaient généralement entre elles, dans des duels encore plus barbares que ceux des hommes. Gil essuya lentement le sang qui roulait sur son menton, et se mit en garde. Une garde d’Envoleur.

Alors, le monde retint son souffle.



*



Silence.

Gil n’entend plus rien d’autre qu’un silence incroyable alors qu’au-dessus de lui, comme au ralenti, les gens se pressent contre le grillage, lèvent les poings, ouvrent une bouche démesurée, hurlent en chœur. Le regard bicolore glisse sur les visages avant de revenir à celui qui lui fait face. Le plus beau. Il cligne des yeux, détend ses muscles. Ce combat, il le sait, ne ressemblera à aucun autre. Ce combat restera dans l’histoire de l’arène. Crocs de Lune contre Rayon de Soleil. De quoi ravir les petits et les grands et faire grimper les paris.

Ce combat sera unique.



*


A sin for him
Desire within
A burning veil
For the bride to dear for him


A sin for him
Desire within
Fall in love with you deep dark sin


Le sable volait tout autour d’eux. Gil lança son poing, puis son coude, puis son genou dans un ensemble rapide et violent. Il ne retenait pas ses coups. C’était le principe, non ? Combattre dans l’arène, c’était affronter ses démons en faisant ressortir son côté le plus sombre. Ici, il n’y avait pas de place pour la gentillesse et la compassion. Le sang rendait les choses tellement plus simples, au fond… Bestial, Gil cognait sans état d’âme. La seule différence entre le tas de muscle et Libertée, c’est qu’elle savait répliquer, elle. Dans un éclair de lucidité, Gil se demanda soudain combien de personnes, dans le public, pouvaient imaginer que sous leurs yeux, une Marchombre et un Envoleur s’affrontaient. Combien pouvaient envisager qu’ils avaient couché ensemble ? Et combien pouvaient croire qu’ils avaient eu une petite fille ? Rien, absolument rien ne permettait d’affirmer tout cela, alors que paradoxalement, le moindre geste était un aveu poignant. La technique de Libertée était magnifique. Sa douleur bien différente de celle de Gil. Leur échange aussi intense et chargé d’électricité que s’ils étaient en train de baiser sauvagement dans le sable de l’arène.

Ils n’utilisaient pas leur greffe. Trop de monde, et pas envie. Mais Gil sentit plusieurs fois des mèches s’enrouler significativement autour de ses membres, tandis que lui plaqua une ou deux fois ses poignets sur des points vitaux de Libertée. Ils étaient l’un et l’autre capable de tuer.

De se tuer ?

Fais-le, songea soudain Gil en rompant l’échange. Si tu es là pour autre chose, quoi que ce soit, ça ne marchera pas. Mais tu peux en finir maintenant. Tu peux me tuer maintenant.

La bête rugit en lui. Mourir ? Pas question ! C’était elle qui donnait la mort, elle refusait de se laisser dominer par une femme, cette femme. Sa volonté bestiale se heurta à celle, déchirée, déchiquetée, d’un homme qui n’avait plus foi en rien ni personne. Il voulait mourir. Pas elle. Parant au tout dernir moment un coup qui aurait pu être fatal, Gil se remit à se battre. Technique décousue. Il réagissait à l’instinct, oubliait ce que Seren lui avait appris. Son humanité céda encore du terrain à la sauvagerie qui brûlait dans ses yeux, brillait sur ses crocs, palpitait dans son cœur et vibrait dans son âme. En avait-il encore une ? Attrapant soudain une poignée de sable, il la jeta dans les yeux de Libertée et renversa la marchombre. Ses mains se retrouvèrent sur sa gorge fine.

Il serra.


I am the Fallen
You are what my sins enclose
Lust is not as creative
As its discovery…

__________________________________________

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Jeu 07 Avr 2016, 20:03

Gil se mit en garde en face d’elle, et elle reconnut cet alignement. Un sourire étira ses lèvres, alors qu’elle-même adoptait une garde plus détendue, jouant avec sa nuque pour relâcher quelques tensions dans ses épaules. Elle était prête. Elle savait ce qu’elle voulait, de toutes façons.
Elle croisa son regard, notant avec satisfaction les ténèbres qui l’avaient envahi.

Le silence enveloppait Libertée comme un cocon. Elle chercha en elle cet endroit, si profondément ancré, qu’elle n’atteignait que très rarement. Un havre de silence, de blancheur, une pièce immaculée dont les fenêtres avaient pris la place des murs. Centrée sur elle-même, ouverte sur le monde.
La tranquillité et la sérénité se ployèrent dans son corps pour s’emparer de chacune de ses cellules, avant que la course de l’adrénaline ne les rattrape. Un sourire alambiqué prit forme sur ses lèvres.

Quand le combat démarra, la marchombre était prête.
Se glissant le long des poings de son adversaire, elle répliquait vertement. Gil ne se retenait pas, mais elle non plus. Elle frappait. Fort. Visualisait chacun de ses coups pour qu’il transperce le corps de son amant. Son compagnon.
Aucune envie d’utiliser sa greffe, de toutes façons. Oh, elle savait qu’elle pouvait le faire, tout comme Gil. Leurs gestes étaient empreints de leur habitude d’utiliser cette extension de leur corps, et pourtant rien d’autre que des poings ou des pieds ne fusaient.

Libertée passa sous un poing, laissa le coude affleurer ses côtes pour prendre suffisamment d’élan, éviter un genou et frapper du tranchant de la main, tourbillonner pour lancer ses deux coudes en arrière.
A peine toucha-t-elle le sol qu’elle s’élança encore une fois. Aérienne et volatile. Pour atterrir à plat ventre sur le sol, pousser de ses bras, virevolter sur elle-même, lancer son talon vers une cheville…

Elle perçut le changement chez Gil une seconde avant que le style de combat de ce dernier ne change significativement.

Elle lança son coude en direction de la clavicule de l’envoleur, mais ce dernier para son attaque au tout dernier moment. L’ombre ténébreuse dans le regard de Gil venait de prendre une nouvelle ampleur. Elle brillait dangereusement.
Libertée eut tout juste le temps de fermer les yeux pour éviter le sable et prendre une grande inspiration avant que les deux mains de son amant ne se referment sur son cou. Un sourire en coin étirait ses lèvres, alors qu’elle gardait les yeux résolument fermés.

Il serrait. Fort.
Elle savait qu’elle ne pouvait pas respirer, n’essaya même pas de résister. Elle caressa l’idée de se laisser mourir, là, tout de suite. Dans les bras de Gil. C’était ce qu’il y avait de mieux à faire, sans aucun doute. Elle n’était pas sûre de pouvoir le retrouver. Elle se détestait de ne pas avoir senti son compagnon sombrer. De ne pas avoir su l’aider. De n’avoir pas été capable de le garder, de subvenir à ses besoins. L’amour était une voie compliquée, et elle préférait la quitter en même que sa vie la quittait elle.

Sursaut de conscience.
Elle ouvrit les yeux, alors que son cerveau commençait à protester du manque d’oxygène. Puis, elle planta son regard dans celui de l’envoleur. Une demie-seconde. Avant de saisir ses deux pouces et de les retourner douloureusement, ce qui dégagea sa trachée, alors qu’elle ramenait ses genoux contre elle pour repousser avec violence le torse de Gil de ses tibia plaqués contre son abdomen.
Il vola un instant, mais elle fut plus rapide.
Son mouvement fut flou tellement il fut vif, et elle envoya un uppercut dans la mâchoire de l’homme, suivit d’un coup de coude sur le plexus solaire qui le fit tituber un instant en arrière. Se glissant dans son temps, la marchombre envoya son talon violemment dans le ventre de Gil, bondit par dessus son dos alors qu’il se pliait en deux par réflexe, attrapant sa nuque, précipita sa tête contre le poteau métallique d’un coin de l’arène.

Il s’écroula, et la marchombre s’autorisa une expiration.
Pliant et dépliant les doigts, elle observait ce demi-homme vautré  dans le sable…
Déterminée soudain, Libertée se pencha en avant pour attraper Gil d’une main, dans la nuque, son pouce et son majeur enfoncés de chaque côté du cou, dans les centres nerveux, pour le relever.
Elle le colla contre elle, et de son autre main attrapa ses cheveux pour tirer sa tête en arrière, presque jusque sur son épaule à elle – elle était trop petite comparé à lui pour pouvoir avoir son visage à la hauteur du sien – découvrant sa carotide… Les doigts dans son cou se dégagèrent pour l’attraper sous l’articulation de la mâchoire, l’empêchant d’ouvrir la bouche, la nuque tordue en arrière, tellement collée à son dos qu’il ne pouvait pas l’atteindre avec ses mains.

Peut-être avec ses aiguilles... Et encore.
Peu importait.
Plongeant le menton en avant, elle saisit son œsophage entre ses dents et commença à serrer.

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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Jeu 07 Avr 2016, 20:38

Son cœur s’emballait.

Il allait claquer dans ses bras si elle ne se dépêchait pas de l’achever. Les dents ? Oh oui ! La bête salua cette merveilleuse et sanglante idée, avant de sursauter. Non ! C’est mon empreinte ! Elle rua pour se dégager. Il tendit le cou pour mieux se laisser faire. Tellement de contradictions dans son geste que le monde se mit à vaciller.

Allez, Lib. Vas-y.
Mords-moi…

Mort moi.




*



Il serra.
Si fort que ses jointures blanchirent. Si fort que le visage de Libertée s’empourpra. Il lui volait son oxygène. Gil n’avait pas conscience de ce qu’il était en train de faire. Il ne voyait pas sa compagne mais un adversaire, un nouveau défi dans cette arène mortelle, une nouvelle façon de tuer. Pourtant, au moment où elle ouvrit les yeux, il sentit la bête se hérisser. Ça, c’était dangereux ! Ce regard intense et familier qui sondait jusqu’à son âme ! Il aurait bien voulu s’y soustraire mais, comme il était au-dessus d’elle, il n’eut d’autre choix que de se noyer un instant dans le rose de ses yeux. Ce fut suffisant. Elle profita de cette folle seconde pour neutraliser sa prise et lui envoyer brusquement ses jambes dans le ventre. Il fut projeté en arrière. Il parvint à freiner son élan, glissant à moitié dans le sable, mais il ne fut pas assez rapide pour éviter le coup qui le cueillit en pleine mâchoire. Les autres suivirent, plus rapides et plus puissants qu’au cours de tout le duel. Incapable de suivre le mouvement, ses réflexes émoussés par la fatigue, Gil tituba.

Son crâne heurta violemment un poteau de l’arène. Il sentit la blessure se rouvrir ; un gémissement s’échappa de ses lèvres et il glissa à terre. Il n’était pas inconscient. Pas encore. Mais le froid qui envahit son corps lui fit comprendre que, cette fois, il ne s’en sortirait pas. C’était son dernier combat. Un sifflement aigu lui vrillait le tympan. Il voulut grogner, ne parvint qu’à entrouvrir les lèvres. Déjà la main de Libertée s’abattait sur lui, implacable. Il se laissa faire. N’avait plus rien à donner. Elle n’eut aucun mal à le soulever. Il ne tenait pas debout, mais elle le serra contre lui, si fort qu’il sentit la dureté de ses seins contre son dos. Elle lui tira la tête en arrière. Il vit non pas un mais trois plafonniers se balancer doucement au-dessus de lui. Commotion cérébrale. Ça y est… Son cœur s’emballait. Il allait claquer dans ses bras si elle ne se dépêchait pas de l’achever. Les dents ? Oh oui ! La bête salua cette merveilleuse et sanglante idée, avant de sursauter. Non ! C’est mon empreinte ! Elle rua pour se dégager. Il tendit le cou pour mieux se laisser faire. Tellement de contradictions dans son geste que le monde se mit à vaciller.

Allez, Lib. Vas-y.
Mords-moi…

Mort moi.




*



Les dents s’étaient posées sur sa peau mais elles ne bougeaient plus. Gil sentit l’inconscience le frôler. Il lutta. Il voulait sentir les crocs de la mort se refermer sur lui. Il ne comprenait pas ce qu’elle attendait, ce qu’elle voulait, ce qu’elle faisait. Dans un sursaut, il remua le menton, échappant à ses doigts et libérant sa mâchoire ; les paroles qu’il prononça étaient terribles de souffrance et d’abandon. C’était un hurlement silencieux qui passa inaperçu dans l’euphorie de la foule.

- S'il te plaît…

Il savait que Libertée l’avait entendu.
Dans eut un long frisson.
Ferma les yeux.

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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Jeu 07 Avr 2016, 21:08

Elle sentait son pouls sous sa langue. La déglutition de sa langue alors qu’il tentait d’avaler sa salive.
Il y eut un coup de rein de la part de Gil qui tentait de se dégager, alors même qu’il poussait sa gorge contre ses dents.


- S’il te plait…

Libertée prit une inspiration. Son souffle se glissa, frais sur l’endroit où sa salive s’était déposée sur la peau de Gil.
Autour d’eux, les sifflements et hurlements venaient de prendre un nouvel essort. Tous ces hommes, pressés sur le bords de la piste, l’encourageaient à continuer son geste, à fermer ses dents sur l’artère de Gil, lui arracher la gorge sauvagement.

Ce n’était pas ce qu’elle voulait, pourtant…
La prise de ses canines se desserra imperceptiblement alors qu’elle explorait la peau salée et recouverte de sueur de l’homme du bout de la langue. Langue qui éprouva la texture annulaire de son œsophage un instant, glissa le long de sa pomme d’adam, alors que ses incisives glissaient sur sa peau…
Elle mordilla la peau du cou de Gil, d’abord doucement, puis se mit à sucer la petite boule de virilité le long de sa gorge, lui coupant sans aucun doute le souffle alors qu’elle l’aspirait contre son palais pour le marquer d’un suçon presque noir.

Ses dents continuèrent leur chemin. Elles montèrent sur le bord de sa mâchoire, saisissant sa peau, y imprimant leurs traces, avant d’attraper l’oreille pour en faire glisser le cartilage sur ses molaires.
C’était trempé de sueur salée, mais elle s’en fichait, elle trouvait ça terriblement bon.

D’un mouvement vif, elle se décolla du dos de l’homme dans un pas sur le côté, le tirant toujours avec ses doigts coincés dans ses cheveux en arrière où il atterrit les fesses premières sur le sable.
Elle le poussa d’une jambe pour le plaquer dos au sol, pour à son tour le dominer de haut. Ses cheveux étalés sur le sol et sur le corps de l’homme semblaient parfaitement naturels, et pourtant ils le tenaient, l’empêchaient de bouger.

Amenant sa bouche près de celle de Gil, elle commença à tracer le contour de ses traits du bout de la langue, du bout des dents. Elle saisit sa joue entre ses canines gauches serra fort pour faire perler le sang, le lécha rapidement, revint sur le bord de ses lèvres…

Ses doigts crochetèrent encore une fois son cou, lui bloquant suffisamment la respiration pour qu’il suffoque mais pas pour qu’il manque trop d’oxygène.

Elle l’embrassa.

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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Ven 08 Avr 2016, 00:06

Il ferma les yeux…

… Les rouvrit lorsqu’elle le fit basculer sur le sol, le dos dans le sable de l’arène. Il eut le réflexe de rouler pour lui échapper… mais fut plaqué par la force insoupçonnable de ses cheveux. Le souffle coupé, Gil ne réagit pas lorsque Libertée approcha les lèvres de son oreille, ni lorsque la pointe de sa langue goûta le sel de sa peau. Il tressaillit lorsqu’elle lui mordit la joue mais, quand elle l’embrassa, il resta immobile. Inerte. Les cris de la foule se firent plus vifs. Le sable, dans les coupures de Gil, brûlait atrocement. Il tremblait, choqué par sa commotion. Soudain, la bête jaillit. Féroce, avide de violence, de douleur… de sexe. Les lèvres de Gil bougèrent. Et, puisqu’il ne pouvait toujours pas bouger, il mordit celles de Libertée à pleines dents. Au moment où il sentit la pression de ses cheveux se relâcher sous le coup de la surprise et peut-être aussi de la douleur, il glissa une main derrière la nuque de la marchombre et lui rendit son baiser.
Plus fougueusement que jamais.

Le sang de leurs blessures mutuelles donnait un drôle de goût à ce baiser. Mélange de fer et de sel, exactement comme ce combat qui les menait jusqu’au bout de leurs limites. Gil la renversa à son tour sur le dos. Il n’avait pas lâché ses lèvres et tenait les mains de Libertée de chaque côté de sa tête pour l’empêcher de bouger. La bête rugit, il se redressa juste assez pour gifler la jeune femme, avant de reprendre ses lèvres avec sauvagerie. Deux mains le saisirent soudain par les épaules, et il se sentit brusquement tiré en arrière. Et, deux minutes plus tard, Libertée et lui était jetés dehors. Littéralement.

- Trouve-toi une chambre, Crocs d’amoureux, ricana-t-on dans son dos. Et bon vent !
- Attendez !

Gil se précipita mais la porte lui claqua au nez.

- Non ! cria-t-il en frappant une fois contre le battant de son poing serré. Ouvrez ! Je dois me battre !

Le battant resta clos. Excédé, Gil donna encore un coup de pied, lâcha une bordée de jurons et fit volte-face.

- T’es contente ? Je viens de perdre les gains de toute une nuit !

Mais au fond il n’avait pas envie d’entendre ses excuses. Ou ses sermons. Il se doutait de la raison de sa venue et, soudain, la fatigue lui scia les jambes ; il vacilla, se rattrapa au mur et leva la main lorsqu’elle fit mine d’intervenir.

- M’approche pas, grogna-t-il.

L’éclat qui brillait dans ses yeux était féroce. Une main sur le mur pour s’assurer un appui, il quitta l’impasse et s’engagea dans la rue étroite. Il était en colère. Son nouvel emploi à la forge de Fergan lui assurait tout juste de quoi vivre, mais à la pensée qu’il n’allait plus se battre dans l’arène, son estomac se tordit. Il se plia en deux et vomit dans le caniveau. Lorsqu’il se redressa, essuyant ses lèvres d’un revers du bras, le monde vacilla de nouveau. Il lui fallut un temps monstrueux pour atteindre l’appartement. Il était suivi, encore une fois, mais trop mal en point pour s’en soucier. Libertée allait vite en avoir assez de s’acharner pour rien. Comme Voëlle, elle allait finir par s’en aller. Le grenier, enfin. Il se laissa tomber sur sa couche, trempé de fièvre, malade comme un chien, se roula en boule et ferma les yeux.



*



Un froid terrible le tira du sommeil. Il était toujours couché en boule dans le grenier humide et glacé. Le sang avait séché sur sa peau. Enfer, ce qu’il avait froid… ses dents claquaient et résonnaient dans la pièce vide et sombre. Soudain, il sentit quelque chose dans son dos. Une boule de chaleur qui lui était plus familière que jamais. Il n’eut pas besoin de se retourner pour deviner que Libertée s’était allongée contre lui. Il soupira. Une nuit. Et demain, tu dégages. Il se rendormit.



*



Une fois n’est pas coutume ; ce matin-là c’est un rayon de soleil, et non une goutte de pluie, qui le réveilla. Gil fut étonné de se découvrir vivant. La fièvre l’avait malmené toute la nuit. Des images se mélangeaient dans sa tête. Rêves, souvenirs, hallucinations ? Il s’était levé pour vomir, les crampes de son ventre le confirmaient. Mais avait-il imaginé les murmures apaisants de Libertée ? Sa main dans ses cheveux, sur son front ? La chaleur de son corps contre le sien ? Il bascula sur le dos, tourna la tête : personne. Le grenier était vide. Il resta un instant immobile, ne sachant pas trop si c’était une bonne ou une mauvaise chose. Bonne chose. Elle était repartie, fin de l’histoire. Après avoir ruiné sa nuit et fait virer de l’arène, mais qu’importe, il trouverait bien une parade à ce désagrément. Il s’assit précautionneusement. Sa tête était lourde, douloureuse, mais le monde tournait moins. Il fallait qu’il se lève. Fergan allait l’attendre. Il était en train de se débattre avec sa tunique lorsque la porte du grenier s’ouvrit.

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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Ven 08 Avr 2016, 00:49

- T’es contente ? Je viens de perdre les gains de toute une nuit !

Libertée ne répondit pas, se contentant de fixer l’envoleur.
Il l’avait embrassée. Certes, il l’avait aussi mordue, était passé à quelques millimètres de l’étrangler mais… Il l’avait embrassée.
Quelque chose faisait palpiter le coeur de la marchombre, alors que Gil vacillait, la repoussait, se dirigeait seul vers son grenier miteux.
Elle se contenta de le regarder. Et de le suivre.



♥ ♥ ♥


Il était fiévreux, malade comme un chien, dégoulinant de transpiration. Il puait les relents acides que son estomac avait rejetés plusieurs fois.
Elle s’en fichait.
Elle était là.
Se blottissant contre son dos, elle inspira son odeur un peu trop âcre. Le sommeil ne se fit pas attendre, et elle sombra comme une masse elle aussi.

Quand elle se réveilla le lendemain matin, le soleil était à peine levé et pas encore assez haut pour filtrer à travers la fenêtre. Gil dormait sur son épaule gauche comme une pierre, et elle ne put s’empêcher de jouer avec ses cheveux, sur le haut de sa joue, un instant. Glisser délicatement ses doigts dans son cou, effleurer à peine l’empreinte noire qu’elle avait laissée sur sa pomme d’Adam.
Un soupir s’échappa de ses lèvres, et elle se leva sans un bruit, aussi légère qu’un rêve.

Son regard parcourut encore une fois l’endroit où Gil vivait depuis… quoi ? Trois ou quatre semaines ? Elle détestait. Ça lui tirait des grimaces de dégoût. C’était sale, jonché de déchets, tout petit.
Elle poussa un long soupir.

Ouvrant la porte facilement, elle se glissa dans les escaliers délabrés de la bâtisse toute faite en hauteur.
Se glissant dans la rue marchande qui avait déjà commencé à regorger d’énergie et de vendeurs, elle trouva rapidement ce qu’elle cherchait, à savoir un petit nécessaire de secours et quelques feuilles et plantes.

Le soleil avait bien avancé dans sa course quand elle revint dans l’immeuble, s’arrêtant un instant devant la porte de l’appartement. Tendant l’oreille, elle entendit quelques grognements et des bruits de lutte où quelqu’un se déplaçait à cloche-pied. Un sourire fugace se glissa sur les lèvres de Libertée qui imaginait très bien la scène où Gil se débattait avec ses vêtements. Comme beaucoup de matins, en fait. Elle se rendit compte que ça l’attendrissait, et son coeur se gonfla un instant.

Posant sa main sur la poignée de la porte, elle la poussa vivement.

Elle avait envie de le prendre dans ses bras, de se coller à lui, de sentir la puissance de son corps contre le sien, de pouvoir le regarder manger son petit déjeuner avec les cheveux ébouriffés dans tous les sens, de croiser son regard dépareillé et agacé du matin, de…
Elle cligna des yeux plusieurs fois, se rendant compte qu’elle n’avait pas bougé, se contentant de le regarder se débattre encore quelques secondes avec son pantalon.

Elle attendit qu’il ait trouvé un minimum son équilibre avant de lui jeter son nécessaire de soin en pleine figure, bondissant en même temps vers l’envoleur pour le faire tomber sur son lit. L’attrapant par les épaules, elle voulut l’obliger à ne pas bouger, et se saisit d’une aiguille pour recouvre une plaie sur l’épaule, plaquant brutalement une compresse imbibée d’alcool sur les égratignures moins profondes.

Un souffle s’échappa de ses lèvres, alors qu’elle avait fini.
Laissant retomber ses mains, elle le regarda se lever, encore plus grognon qu’avant, mais elle ne pouvait s’empêcher de le trouver attendrissant. Le regard plein d’affection, elle le regarda attraper une dernière chose dans la chambre, vouloir passer la porte d’entrée…

- Tu me manques.

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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Ven 08 Avr 2016, 02:27

[Bon bah c'est court mais fallait que je réponde avant de me coucher sinon j'aurai pas réussi à fermer l'oeil ! T'es fière de toi j'espère ? XD]


Elle n’était pas partie.
Evidemment.

Non, elle était revenue et comme s’il ne galérait pas suffisamment avec ses vêtements et son état peu vaillant, elle lui balança en pleine figure ses petits achats du matin. Avant de lui sauter dessus comme une enragée. Ça n’avait rien de sexuel ni de létal, en plus : elle l’immobilisa sous son corps parfait et à l’aide de ses satanés cheveux pour le soigner. Sérieusement ? Elle comptait s’occuper de ça maintenant ? Agacé, Gil voulut s’asseoir, mais elle le plaqua sur sa paillasse avec une facilité déconcertante. C’était la preuve qu’il avait besoin de soins et ça le calme un petit moment. Mais il ne lâcha pas un mot. Il la laissa faire son petit manège, serra les dents quand elle « fit tomber » les compresses imbibées d’alcool sur ses blessures… il prit son mal en patience. Et se leva dès qu’elle eut terminé.

Il fallait qu’il s’en aille, puisqu’elle ne semblait pas pressée de mettre les voiles. Au fond, c’était moins marrant de la virer elle que Voëlle. Gil s’affaira un bref instant dans la pièce sous le regard rose et limpide de Libertée. Il finit par trouver ses gants et s’apprêtait à quitter le grenier lorsqu’elle prononça enfin quelques mots. Il s’arrêta aussitôt.  
Et l’arrêta aussitôt.

- Va’t-en, dit-il, la main sur la poignée de la porte. Tu ne vas rien récolter d’autre que des coups si tu restes.

Il parlait au sens figuré mais aussi au sens propre. D’accord, il était bien amoché mais il se sentait encore capable d’affronter la marchombre si celle-ci le cherchait trop. Il ouvrit la porte… et la referma. Mais ne bougea pas. Il finit par soupirer, puis se retourner pour s’appuyer contre le battant clos.

Il ne ressentait rien. Il avait réellement réussi à couper les ponts. La bête en ronronnait presque. Il n’avait pas envie de retourner chez eux, pas envie de revenir en arrière : il était redevenu lui-même ! Comment faisait-elle pour ne pas s’en apercevoir ? Même Voëlle avait rendu les armes. Même Syles ne l’avait pas empêché de partir – même s’il avait réussi à lui coller une sacrée baffe. La seule qui, pour une fois, n’avait fait aucun remous, c’était Kaünis. Encore qu’il se doutait bien que, si elle ne l’avait pas capté, c’était parce qu’elle n’avait pas eu besoin de l’intégrer dans sa bulle de folie sanglante et barbare. Libertée ne bougeait toujours pas. Lui non plus. Ils se regardaient en chien de faïence, attendant probablement que l’autre ouvre enfin la bouche et ne voulant surtout pas être le premier à le faire. Gil n’était pas assez patient pour attendre très longtemps.

- Je t’avais prévenue que j’étais dangereux.

Enfer, il s’en souvenait comme si c’était hier ! Elle ne l’avait pas cru, n’avait pas voulu l’entendre… Le comprendre. C’était sans doute déjà la bande-annonce de tout ce qui allait suivre, pourtant. Je suis dangereux, Lib. Merde, j’ai dépecé un homme – vivant ! Tu veux vraiment ce genre de monstre pour élever ta fille ?

Tu aimes vraiment ce genre de monstre ?

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Ven 08 Avr 2016, 08:11

Récolter des coups ? C’était déjà fait, réalisa-t-elle en écoutant Gil la menacer encore. Mais Libertée était décidée à ne pas baisser les yeux. S’il voulait partir, qu’il parte, mais elle l’attendrait toute la journée. Peut-être même qu’en plus, elle le suivrait. Elle ne savait pas où il voulait aller, comme la taverne où se déroulaient les combats les avaient jetés dehors tous les deux la veille. Oh, elle ne doutait pas qu’un autre établissement dans le genre devait exister à Al-Far. Il fallait juste le trouver.

Un petit sourire étira les lèvres de Libertée alors que l’envoleur ouvrait la porte… pour la refermer la seconde suivante. Et se tourner vers elle.
Assise sur le lit, le dos parfaitement droit, la marchombre attendait. Elle savait que Gil perdrait patience en premier, même si elle n’était pas convaincue que cela soit nécessairement une bonne chose. Elle voulait qu’il parle. Avant elle. Elle voulait savoir où il en était.

Ses prunelles lui avaient déjà donné un élément de réponse, tout comme son attitude de la veille. Mais là… Il se tenait face à elle, et elle ne voyait rien.
Rien qu’un immense vide bestial. Pas de sentiment, quelques émotions et encore… Comme des bribes, vestiges oubliés derrière un voile de brume opaque.
Son coeur se serra.
Elle aurait encore préféré qu’il la haïsse. Qu’il lui crache au visage. Cette frémissante indifférence était horrible. Mortellement meurtrière.

- Je t’avais prévenue que j’étais dangereux.

Et ? Elle le savait depuis très longtemps, qu’il était dangereux. Cela ne l’avait pas empêchée de tomber amoureuse. De l’aimer. De vouloir un enfant de lui.
Cela ne l’empêchait pas de vouloir tout détruire pour lui.

Tout détruire…
Soudain traversée par une bouffée primale immense, comme inéluctable, Libertée sentit son cœur ralentir brusquement.
Elle ne voulait pas vivre comme ça. Elle ne voulait pas voir Gil tous les matins dans le regard de leur petite fille, dans son petit être si fragile. Elle ne voulait pas vivre avec les réminiscences d’un passé trop difficile à porter.

Elle se baissa par dessus le bord du lit, glissa sa main droite sous le lit pour attraper une bouteille vide qu’elle y avait fourré l’avant-veille. Serrant le goulot à s’en faire blanchir les phalanges, la marchombre leva le bras pour frapper le cul de la bouteille contre la rambarde du lit. Le verre explosa à l’extrémité opposée à sa main, ses éclats volant dans la pièce, diffractant la lumière du soleil qui passait à travers la fenêtre dans un arc en ciel de couleurs.

Elle observa un instant ces dents de verre aiguisés au bout de son bras.
Son coeur ralentit encore. Oui, c’était la dernière solution. L’ultime réponse.
Son regard se planta dans celui, bicolore, de Gil. Une seconde, peut-être deux, avant qu’elle ne lui lance la bouteille en plein au milieu du torse.


- Parce que moi je ne suis pas dangereuse, c’est ça ? Pas assez pour toi ?
Elle sifflait entre ses dents, incapable de retenir la rage qui grondait soudainement en elle. Elle ne se rendait pas compte qu’elle faisait écho à la bestialité de Gil, ainsi.
Elle le défiait du regard.
Elle avait envie de frapper. Fort. De faire mal. De l’écorcher vif. De l’étrangler. De l’écarteler.

Pourtant, la marchombre se contenta de faire quelques pas vers l’homme appuyé contre la porte d’entrée.
Elle leva sa paume de main, pour la poser sur le pectoral gauche de Gil. Tapota quelques fois, doucement, du bout des doigts. Est-ce qu’il y avait toujours quelque chose, là dessous ? Un coeur ?
Comment pouvait-il s’être détaché si facilement d’elle ? Après tout ce qu’ils avaient vécu ? Enduré ? Traversé ? Comment pouvait-il se couper de ses sentiments, de ses émotions ? Est-ce que finalement, elle n’avait pas rêvé ? Elle ne s’était pas fait un film de tout cela ?

Si, peut-être bien.
Cela n’avait été qu’illusions et tromperies, après tout. Elle s’était accrochée désespérément à lui, alors qu’il n’en avait finalement pas grand chose à faire. Il avait voulu la faire taire. L’affaiblir. Pour mieux la quitter.
Elle serra les dents.
Brusquement, son poing se ferma et elle envoya ce dernier puissamment dans la poitrine de Gil.


- T’es un menteur, Gil. Tu ne peux aimer personne, tu ne t’aimes pas toi-même. Tu ne m’as jamais aimée. Tu n’as jamais voulu d’enfant, surtout pas avec moi. Tu n’as jamais aimé Suviyo. Ta nuit d’été, tu peux te la foutre dans le cul !

Elle avait asséné ses phrases dans un rythme lent, fort, parfait pour frapper la tête d’un clou pour le faire rentrer dans une planche de bois.
Se reculant en arrière, Libertée fixa encore un instant Gil.

Soudain, elle se sentait désolante. Humiliée. Déshumanisée.
Essuyant rageusement les larmes qui commençaient à perler sur le bord de ses yeux, elle attrapa un poignard dans sa botte et fit passer ses cheveux devant ses seins, alors qu’elle tournait le dos à l’envoleur.
Ses cheveux, c’était sa personnalité, sa féminité, son éclat. Ses cheveux, c’était elle, en entier, rayonnante.

Elle avait l’impression de s’effondrer sur elle-même.
Elle avait envie de tout couper.
Elle n’avait plus envie d’être marchombre. Elle ne se sentait pas marchombre, là.
Juste désespérée.

Tout couper.
Avec la lame de ce poignard.
Fermant les yeux, elle se mordit la langue.
Le tranchant du poignard s’approcha inexorablement des fils d’or de ses cheveux.

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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Ven 08 Avr 2016, 10:53

[Heeeerm... bon, si quelque chose ne te convient pas, MP ! ]


- Parce que moi je ne suis pas dangereuse, c’est ça ? Pas assez pour toi ?

La bouteille cassée qu’elle lui avait lancée tomba à ses pieds. Il n’avait pas cherché à s’en protéger, et un reste d’alcool mouilla sa tunique. En dessous, hématomes et coupures protestèrent contre cet assaut soudain. Il haussa les épaules. Elle ne savait pas de quoi elle parlait. De quoi il parlait. Bien sûr qu’elle était dangereuse. Enfer, cette fille était un fléau ! Il ne savait même pas comment le monde des marchombres pouvaient bien tenir encore debout, avec dans ses rangs une femme aussi fatale que Libertée. Elle était dangereuse parce qu’elle était belle à couper le souffle de tous les hommes de cette terre. Dangereuse parce qu’elle ne renonçait jamais. Mais elle ne comprenait pas… Lui, il était dangereux à cause de la rage imprimée en lui, ancienne et nouvelle tout à la fois ; il était capable de choses qu’elle ne pouvait même pas imaginer, d’actes tellement sinistres, tellement violents que même ce joli fléau aux yeux roses ne sauraient envisager. Et supporter. Il ne connaissait pas de limites à la bestialité qui l’avait changé. C’était ça, le vrai danger. Aucune limite.

- Non. Tu n’es pas assez dangereuse. Je t’aurai tuée dans l’arène si je n’avais pas été aussi blessé.

Il leva le menton, planta son regard dans le sien.
Dénué de toute expression.

- Toi, tu as eu cette possibilité. Tu aurais pu m’arracher la gorge avec les dents, mais tu ne l’as pas fait. Tu n’es pas dangereuse.

Il cligna des yeux lorsqu’elle se planta soudain devant lui, mais n’ajouta rien de plus. Il ne chercha pas non plus à s’en aller. Il fallait qu’ils règlent cette histoire, ici et maintenant. Une bonne fois pour toutes ! Il faillit sourire en voyant briller la colère et les larmes dans ses yeux. Et ben voilà, songea-t-il, sardonique. Il fallait juste te secouer un peu mais tu t’es finalement foutue en rogne, beauté… Il sentait sa rage et elle réveilla la sienne, si brusquement qu’il entrouvrit les lèvres pour souffler doucement. Libertée ne savait vraiment pas qu’elle jouait avec le feu. Au contraire, elle avait l’air de ne pas se rendre compte qu’il avait le regard aussi sombre que la nuit, aussi sauvage que celui d’un loup. Aussi fou que celui d’un monstre. Elle ne le voyait pas ou ne voulait pas le voir. Elle se mit à lui taper sur la poitrine. Doucement d’abord, puis de plus en plus fort. Hématomes et coupures gémirent de nouveau. Il ne faisait pas bon être une blessure sur le corps de Giliwyn SangreLune…

- T’es un menteur, Gil.

Oui ! rugit la bête. Bien sûr qu’il l’était ! Il avait menti toutes ces années en prétendant être un homme juste et loyal, tendre et aimant. Un compagnon idéal pour elle, et un père presque parfait pour Suviyo… Du vent ! Du vent, tout ça ! Il en avait marre de jouer la comédie. De faire semblant. De prétendre avoir des sentiments alors que leur seule et unique utilité, c’était de faire mal. De causer du tort. Il n’avait besoin de personne, bon sang. Elle, elle avait peut-être besoin de lui pour l’instant, mais si elle se ferait une raison et avec le temps, elle finirait par oublier cette nuit d’été. Il n’y pensait même plus. Gil hocha la tête. Il était presque soulagé qu’elle ouvre enfin les yeux. C’était plus simple que s’il avait dû la convaincre et ça lui économisait du temps et de la salive.

Soudain, Libertée tira un petit poignard de sa botte. Le regard de Gil étincela. Il se demanda si elle allait enfin trouver le courage de le lui planter dans le cœur, ou si ce n’était encore qu’une jolie parade. De la poudre aux yeux pour masquer son désarroi et sa souffrance. Une image traversa brusquement son esprit, le faisant sursauter : un souvenir aussi intense que violent, celui de Libertée pointant une lame sur son propre ventre arrondi par la grossesse. Il réagit sans y penser. Lorsqu’elle tourna la lame vers ses cheveux, prête à les couper en signe de… ah, il n’en savait rien et il s’en foutait complètement… au moment où elle allait couper ses longues mèches, il enroula les doigts autour de son poignet et l’immobilisa. C’était un geste aussi incongru qu’inexpliqué. Il ne savait pas d’où lui était venu ce réflexe. Il avait déjà chassé l’odieux souvenir de sa tête. Et son regard, ses larmes commencèrent à le gonfler. Excédé, il la fit pivoter pour la plaquer durement contre le battant de la porte. D’une torsion de sa main sur son poignet, il lui fit lâcher le poignard, qui tomba sur le sol dans un bruit sourd. Enfer ! Elle l’avait fichu en boule et ça le frustrait autant que ça l’excitait…

- Se couper les cheveux, c’est ça ta définition du danger ?

Son murmure était aussi glacé que le vent qui soufflait dehors et s’immisçait à travers les multiples ouvertures dans le toit et les murs. Il approcha lentement son visage du sien et, du bout de la langue, traça le contour de ses lèvres. Il eut un petit rire.

- On dirait que tu as besoin d’une démonstration, alors.

La seconde suivante, il lui attrapait la tête et la cognait si fort contre la porte que le battant de bois se fendit sous l’impact. Il ne lui laissa pas le temps de réagir. Plaquant ses lèvres contre les siennes, son corps contre le sien, il l’embrassa de toute la force dont il était capable. Mordit sa chair tuméfiée, rouvrit la plaie pour y enfoncer ses dents et sa colère. Du mal. Il fallait qu’il lui fasse mal pour qu’elle comprenne ce que dangereux voulait réellement dire. La bête exultait. Du sang ! Du sexe ! Maintenant ! Gil posa les mains sur le haut de Libertée et le déchira d’un seul geste. Il lui écarta les jambes avec son genou et glissa la main dans son short, sans douceur, pour forcer son intimité. La trouva trempée. Merde, c’est pas vrai… Un fléau. Elle aurait dû avoir la trouille parce qu’il allait la prendre sans sommation. La violer, purement et simplement. Il fallait qu’elle ait peur, bon sang ! Brutal, il la débarrassa de son short, griffant sa peau au passage. En se redressant, il lécha le sang qui roulait sur le satin délicat de son épiderme. Il la prit par la taille pour la soulever, glissa une main sous sa jambe droite et la pénétra d’un violent coup de rein.

Lui montrer. Lui apprendre. La meurtrir. La blesser. La violer.
La briser.
La briser.
La briser.

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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Ven 08 Avr 2016, 19:21

[ Bon, ben Gil a réussi son coup, Lib est complètement cassée ! ]




Elle ne voulait plus de tout ça.
Est-ce qu’elle était elle-même, là ? Est-ce que cela servait à quelque chose ? Est-ce que cela comptait ?

Quand la main de Gil intercepta son poignet, elle mit quelques secondes à s’en remettre. Pourquoi faisait-il ça au juste hein ? Ça n’avait aucun sens. Et ses paroles le démontrèrent.

- Se couper les cheveux, c’est ça ta définition du danger ? On dirait que tu as besoin d’une démonstration, alors.
Elle n’eut même pas le temps de lever les yeux pour tenter de voir Gil. Ce dernier la saisit par la nuque pour lui exploser la tête contre la porte.
Juste retour des choses…
Et il l’embrassa. Si on pouvait qualifier cela de baiser, car il dévorait littéralement ses lèvres… La marchombre sentit son corps réagir à cette preuve impérieuse de besoin de possession.
Ça faisait mal.
Ça tirait, ça brûlait, sa chair meurtrie piquait et diffusait une douleur puissante dans son cerveau.

Cela n’arrêta pas la marchombre. Ou plutôt, cela ne la fit pas se débattre, car elle s’était transformée presque en poupée de chiffon. Elle avait toujours aimé l’amour bestial, quand Gil se lâchait, quand elle pouvait aussi se lâcher, couvrir le besoin de sexe, de sauvagerie, d’animalité.
Elle voulait qu’il la prenne, qu’il la pénètre, qu’il la possède.
Elle lui appartenait déjà, de toutes façons. De toutes les façons, au fond. Elle avait l’impression de sentir son âme partir en lambeau alors qu’il n’éprouvait plus rien pour elle.

Le désir, c’était solide. Emotion primale, impossible à repousser, à éviter.
Et il n’y avait pas que l’émotion qui était solide, finalement. Quand elle sentit Gil la débarrasser de son short, tout son corps fut pris d’un tremblement.
Plus vite !

Elle ne retint pas son gémissement quand il entra en elle brutalement.

Oh, il pouvait bien y aller à fond.
La détruire de l’intérieur. La détruire à l’intérieur.
Elle était bien loin de la peur, de la souffrance, là.
Elle n’était plus Libertée.
Plus qu’une poupée blonde, baisée contre la porte d’un grenier miteux.
Plus qu’un corps offert, pris, violé, torturé.

Pourtant, le plaisir enflait. Ondoyait. Se déployait.
Elle sentit confusément que Gil la tournait, la pénétrait avec toujours plus de violence, de force, de sauvagerie. La jouissance reflua, avant de s’emparer des nouveaux coups de rein. Peu importait la position.

La lionne, dans sa tête, faisait onduler sa fourrure dorée.
Quand l’orgasme explosa, que les coups de rein continuèrent… Elle repoussa le mâle. Fort. Puissamment.
Coup de griffe sur le visage, traversant latéralement ses joues. Doigts qui s’enroulent autour d’un cou, commencent à serrer.

Son corps commence à réagir tout seul.
Elle lance un coude dans son plexus solaire, le sentant s’enfoncer un peu sous le coup. Elle passe dans son dos, les ongles en premier, arrachant la peau juste aux niveau de sa colonne vertébrale sur cinq sillons sanglants. Le saisissant par la nuque, elle le sonne elle aussi contre la porte.

Ses cheveux ne réagissent plus.
Ils ne sont plus là. Il n’y a plus que Libertée.
Non, ce n’est pas Libertée.
Il n’y a plus de Libertée.

Quand Gil s’écroule, elle ne s’arrête pas là.
Son talon frappe dans l’arrière du crâne de l’envoleur. Son autre pied lance un coup dans ses côtés, puis un deuxième. Elle ne lui laisse pas le temps de se cacher, de se protéger, elle frappe.
De toutes ses forces. Pour voir un morceau de chair sanguinolent. Pour sentir son souffle se perdre pour…
Quand un gargouillement sanglant se déverse de la bouche de Gil, un éclair passa dans la tête de la jeune femme.
Elle avait
besoin de lancer son pied dans son visage. Talon en premier. Frapper là, entre les deux, l’achever peut-être.

Pourtant, quelque chose résonne sous son crâne.
 « Je t’aurai tuée dans l’arène si je n’avais pas été aussi blessé. »
Dans un sursaut de conscience, la femme arrête son geste.
Elle saisit la poignée de la porte, l’ouvre brusquement pour percuter la mâchoire de Gil écroulé juste derrière, et s’enfuit dans les escaliers.
 « Tu n’es pas dangereuse. »
Elle serra les dents à s’en faire mal à la mâchoire.
S’arrêtant abruptement, rattrapant son équilibre facilement, elle fit demi-tour brutalement. Remontant les marches quatre par quatre, elle ouvrit encore une fois brusquement la porte, ne s’étonna même pas de savoir si elle s’ouvrait en plein ou pas, si l’homme était encore derrière ou pas.

Dernière solution. Ultime réponse.
Elle ouvrit la fenêtre, bondit dans son embrasure, courut sur les toits.
S’arrêta un instant sur le bord, contemplant la rue en dessous, la vie.
La vie…

Dix étages…

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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Dim 10 Avr 2016, 22:12

[Ouais, bah vaudrait mieux qu'elle règle ça rapidement, en fait, sinon... XD]



Elle vacille.
Là-bas, au bord du vide. Au bord de sa vie. Il sent la sienne lui échapper aussi.
Alors, c’est là que tout s’arrête ? Que tout finit ?
Elle vacille, il accélère.
Sommet vertigineux pour un gosse qui a peur du vide. De ce vide qu’il a dans le cœur.
Fais pas ça. Pas sans moi.
Elle vacille, il la rattrape.
La prend dans ses bras pour une dernière étreinte, ou bien la première d’une nouvelle page, et puis…



*



Le besoin primitif, animal qui avait envahit Gil l’empêchait de ressentir le plaisir qu’il côtoyait d’ordinaire en s’unissant à Libertée. Il n’avait jamais été très tendre avec elle, mais il avait toujours su en profiter. En réalité, la différence était imperceptible, à tel point que pendant quelques secondes, ce fut comme si tout était rentré dans l’ordre. Comme si rien ne s’était cassé. Libertée aimait être malmenée. Il était plus brutal que jamais et à trois reprises, il crut que la porte allait céder. Il n’aurait pas arrêté. Rien n’aurait pu empêcher son corps d’aller à l’encontre de celui de la marchombre. Pulsions sauvages et ténébreuses qui déclenchaient un volcan dans son bas-ventre mais qui le laissaient de glace. La contradiction était à son maximum, comme si un mur, inébranlable, inviolable se dressait entre eux au moment où ils étaient le plus proche, où ils fusionnaient littéralement. Papillon de nuit, elle se jetait de toutes ses forces sur cet obstacles tandis qu’il s’en détournait, résigné. C’était ça, la différence. Minuscule grain de sable qui renversait tout.

Détruisait tout.

La violence dans la jouissance… Libertée trembla soudain, il ne ressentit pas cette émotion étrange qui le prenait à chaque fois qu’elle faisait cela. En revanche, il sentit bien le contact de ses griffes sur la peau de son visage. Ça le fit reculer, mais pas assez. Il pouvait encore la tenir, l’empêcher de bouger, terminer de… Elle envoya son coude dans sa poitrine et il grogna sous le choc. Elle avait fait exprès de viser les côtes flottantes. La garce. Il la bouscula, elle lui échappa. Bien plus vive qu’il ne le serait jamais. Il laissa échapper un cri lorsque ses ongles déchirèrent la peau de son dos. Oui ! frémit la bête, ivre d’extase tandis que le sang chaud coulait sur sa peau et tâchait sa chemise. Ivre tout court quand elle lui passa quasiment la tête à travers la porte. Un morceau du panneau s’ouvrit et il put distinguer l’escalier, de l’autre côté, avant de glisser contre le battant, sonné. Tu m’as soigné pour mieux me saigner ? Réponse violente de la part de Libertée. Gil roula sur le plancher humide. Il se mit sur le côté pour cracher le sang qui obstruait sa bouche et l’empêchait de reprendre son souffle. Il ne chercha pas à se protéger des coups qui pleuvaient sur lui, c’était inutile : elle allait gagner. Elle allait le tuer. Parfait…

La porte l’envoya directement dans les bras de Morphée.
Enfin... pas exactement.



*



Alors ça, c’était nouveau. D’habitude, quand Gil perdait connaissance – ce qui arrivait assez régulièrement ces derniers temps – il fermait les yeux pour un temps qui lui semblait relativement court, quelques secondes tout au plus, avant de les rouvrir. Sans se souvenir de rien, à part un voile noir et une sensation de nausée. Je suis mort ? Gil cligna des yeux. Il se trouvait dans un… dans… C’était sombre et lumineux, sans sol ni plafond ni mur, comme s’il flottait dans l’espace. Sombre de son côté, et terriblement froid aussi. Devant lui en revanche, la lumière l’éblouissait. Il mit une main devant ses yeux avant de lâcher un petit gloussement désabusé. La lumière ? Franchement ? Comme dans « ne va pas vers la lumière !!! » ? C’était trop simple, et trop ridicule. Et puis franchement, une porte suffirait à le tuer ? Sérieusement ? Il fit un pas en arrière, bien résolu à ne pas laisser ce plaisir à Libertée.

- Attends une minute.
- Hein ?


Perplexe, Gil se fige et plisse les yeux. Cette voix… Il finit par distinguer, dans la lumière qui fait pleurer ses yeux, une silhouette. Quelqu’un se tient juste devant lui. Un homme aux cheveux ébouriffés et… Il écarquille les yeux, laisse échapper un juron qui résonne dans l’air aussi lourd que du plomb. Des cheveux en pétard et un regard vairon. Le type qui souriait à demi devant lui, c’était Giliwyn SangreLune. D’accord, cette fois on est mal…

- Tu es mal. En ce moment c’est toi qui est au ras des pâquerettes, mon pote.
- Je suis pas ton pote… mon pote.
- Ouais, je sais.


Gil secoua la tête. Discuter avec soi-même, c’était ça, passer de vie à trépas ? Il aurait préféré Goûter aux flammes de l’enfer, ça lui aurait au moins réchauffé les miches. Cela dit, la situation était intéressante. Il croisa les bras, observa son double faire de même, et soupira. C’était comme un miroir, mais qui lui renvoyait une image bien plus idéale de lui-même. Le Gil qui lui faisait face était en bonne santé, tout frais et pimpant dans son manteau de cuir. Alors beau gosse, qu’est-ce que t’as à me dire ?

- T’as pas une petite idée ?
- Arrête de lire dans mes pensées, conn…
- C’est mes pensées aussi. Connard.


Ah.

- Je viens de me prendre une porte dans la gueule, tu pourrais être plus compatissant non ?
- Tu n’es pas fatigué ?
- Heu… si, justement. C’est ce que j’essaie de te dire, en fait.
- Non, je veux dire… d’être aussi froid et noir que ça.
- Le noir te va… me va… nous va bien.
- Enfer, ce que tu peux être désespérant parfois…


Gil haussa un sourcil. Il lui disait vraiment ça ?

- Sérieusement, tu penses jouer au con encore longtemps ? A ce train-là, tu vas y passer pour de bon. Après avoir détruit tous ceux qui t’approcheront.
- Hé ho, j’y suis pour rien moi ! J’ai simplement…

Silence.
Qui résonna dans ce drôle d’univers qui n’avait ni haut, ni bas.

- Simplement ?
- La ferme. T’es pas mieux que moi, je te signale.
- Justement, si. Tu vois, moi je suis le Gil qui n’est pas en train de tout péter pour rien. De mordre comme un sauvage, de grogner comme un ours et de vivre en solitaire comme un…
- … un loup ?
- Un lâche.
- Ouch.


C’était direct. Gil décroisa les bras. Il n’arrivait pas à croire à tout ça. Lib y était allée trop fort et il avait perdu la moitié de son cerveau dans la bagarre…

- Elle est sacrément têtue, quand même.
- On est bien d’accord sur ce point !


Sourire.
Sourires.
Enfer, qu’est-ce que c’est bizarre…

- Il faut qu’on se serre la main pour que je rentre, c’est ça ? J’accepte mon côté lumineux et youplaboum, je me réveille de nouveau dans le grenier ?
- C’est l’idée… Tu dois retrouver ton vrai toi.
- J’ai trouvé mon vrai moi.
- Ah bon ? Et ça te convient ?


Ouais. Enfin, je crois. C’est pas la vie de château, mais au moins… je suis libre.

- Aah… Je vois.
- Quoi ?
- Nan, rien.
- Je vais te casser les dents si tu ne me…
- Tu vois ? C’est ça ! Tu réagis au quart de tour pour une mouche qui vole. C’est ça, ton problème.
- Attends, j’ai toujours réagi au quart de tour…
- … mais sans casser les dents de personnes. Tu cassais simplement les couilles mais ces gens-là, Syles, Naïs, Makeno, Lib… ils t’aimaient quand même. Ils aimaient le vrai toi.
- Tais-toi.


Gil est soudain nerveux. Son regard balaie les environs, il cherche une ouverture, une issue de secours. Pour prendre la fuite.

- Comme d’habitude, hein.
- Laisse-moi partir.
- Tu sais très bien comment tu dois faire, mon pote.


Serrer la main, accepter son côté lumineux… redevenir humain ? Gil enfonça les mains dans ses poches et baissa la tête. Je peux pas. J’y arriverai plus. C’est trop tard.

- Et ben alors, t’as la trouille ?

Oh, ce sourire, ce putain de regard plein de défi… Est-ce que je ressemble vraiment à ça ??

- T’es encore mieux.


"Tu me manques"


Gil sursauta. Décharge électrique qui parcourut son corps, son cœur, son âme. Electrochoc dans tout son être. En face de lui, l’autre sursauta aussi. Bon sang !

- Ouais, ça va faire mal. C'est douloureux d'être humain. Et tu vas devoir être patient pour une fois. Mais tu ne le regretteras pas.
- Menteur.
- Hey, juré…


L’autre tendait la main. Gil hésita encore un instant. Il sentait les ténèbres, dans son dos, qui tentaient de le retenir, de l’aspirer, de l’emporter. Le regard vairon posé sur lui l’empêcha de se dérober. Sans réfléchir, il leva le bras et crocheta de son petit doigt celui de son double.

- … promis.

Une bête hurla.




*




La porte le tira brusquement des bras de Morphée. Enfer, deux fois ça fait mal, songea Gil en gémissant. Il se recroquevilla mais Libertée vola au-dessus de lui. Littéralement. Il entendit la fenêtre s’ouvrir et jura. Bon. Rouler sur le ventre… okay. Maintenant, se mettre à quatre pattes… ooo…kay. Il déglutit. C’était l’enfer. Il entendit presque l’autre, sa conscience, ricaner dans un recoin de son esprit. Ça lui donna un petit coup de fouet. Il réussit à se redresser en se tenant au mur et essuya son visage couvert de sang. Puis il leva la tête et regarda la fenêtre ouverte.


*


Elle vacille.
Là-bas, au bord du vide. Au bord de sa vie. Il sent la sienne lui échapper aussi.
Alors, c’est là que tout s’arrête ? Que tout finit ?
Elle vacille, il accélère.
Sommet vertigineux pour un gosse qui a peur du vide. De ce vide qu’il a dans le cœur.
Fais pas ça. Pas sans moi.
Elle vacille, il la rattrape.
La prend dans ses bras pour une dernière étreinte, ou bien la première d’une nouvelle page, et puis…

Il se jette dans le vide.
L’entraîne avec elle.



*




Le mécanisme ingénieusement intégré à ses mitaines se déclencha et les griffes de métal ripèrent sur le mur. Des étincelles ricochèrent. Serrant les dents, Gil pria pour que tout ne se casse pas trop tôt. Libertée posée sur son épaule, il dégaine la lame arrière de son autre bras et tourna celui-ci pour que l’acier rencontre la pierre. Désolé, Dil’Duran… Soudain, il sentit quelque chose sous ses doigts. Il s’y accrocha par réflexe : c’était le rebord d’une fenêtre. Il grogna de douleur lorsque les muscles de ses bras tendus lui rappelèrent que ce n’était vraiment pas le moment pour ce genre d’acrobatie suicidaire. Sans blague. Gil jeta un coup d’œil sous ses pieds qui glissaient contre la pierre lisse du mur. Ils avaient fait la moitié du chemin. Une chute de cette hauteur pouvait toujours être mortelle. La sueur lui coulait dans les yeux, se mêlait au sang de son visage et brûlait ses blessures ; il n’allait pas tenir longtemps. Encore quinze secondes, environ. Puis ce serait le grand saut. Sur son épaule, Libertée ne bougeait pas.

- Fais-moi penser à apprendre à voler, marmonna-t-il.

C’était les premiers mots qu’il prononçait en s’adressant directement à elle. Sans que la bête filtre quoique ce soit. Libertée sentirait-elle le changement ? Infime, presque invisible et pourtant bien là ? Gil souffla bruyamment. Ses doigts étaient en train de glisser. Ils allaient tomber. Encore cinq secondes.
Quatre.

Trois.

Deux…

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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Lun 11 Avr 2016, 19:40

Cela faisait plusieurs dizaines de jours qu’il la cherchait sans relâche. Qu’il suivait sa piste. Encore et encore. Il n’en dormait quasiment même plus la nuit. Elle l’avait toujours rendu fou, depuis qu’il l’avait pris sous son aile, mais depuis peu, son attirance pour elle avait pris un autre tournant. D’un côté, il la voulait rien que pour lui – et peu importait en aime un autre. D’un autre, il voulait la dominer. Lui faire du mal. Pour atteindre SangreLune, qu’il détestait profondément pour une raison que son mystérieux employeur semblait bien connaître – et puis un peu aussi parce qu’il se sentait un peu plus puissant, d’avoir du contrôle sur une tigresse comme elle. Elle, son ancienne apprentie.

Naïs lui avait filé entre les doigts cette nuit-là, pendant qu’il dormait encore. Et lorsqu’il la retrouverait, cette fois-ci il ne la laisserait plus lui échapper. Plus jamais ! Il avait retrouvé sa trace deux jours auparavant, alors qu’elle quittait les rives du lac Chen. L’Envoleuse filait tout droit vers l’est à une allure très soutenue – elle voyageait même plutôt vite pour une femme avec deux enfants en bas âge. Ces dernières années, elle avait pris l’habitude d’emmener Makeno avec elle, sur les routes – d’ailleurs, ce gamin ressemblait odieusement à SangreLune. C’est sûr, s’il continuait à prendre de son géniteur, il hériterait sans doute des mêmes ennemis !

Sen ne fut même pas surpris d’apercevoir les murailles d’Al-Far se découper dans le paysage, alors que l’aube rosissait à peine le ciel de printemps. Sans doute allait-elle retrouver son cornu, là-bas, mais il s’en fichait pas mal. De toute façon, dès que ce type saurait tout ce qu’elle avait fait dans son dos, il ne resterait pas longtemps avec elle ! Elle finirait par se faire lâcher, encore une fois ! Comme avec Samoan. Comme avec SangreLune. Il était le seul qui puisse lui correspondre. Le seul qui parviendrait à la dompter. A apprivoiser la panthère. Naïs lui appartenait ; elle pouvait bien traverser l’Empire si cela lui chantait, il la retrouverait toujours. Partout. Tout le temps. Elle était à lui ! Rien qu’à lui !


*


- « Dégage tes sales pattes de là, espèce de face de cul de Raï ! » cracha Naïs en dégageant son poignet sans difficultés.

Ah ! Elle avait repris du poil de la bête ! Bien ! Elle lui résisterait donc, il prendrait donc d’autant plus de plaisir à la posséder. Elle avait sa fille tout contre elle, et Makeno qu’elle tenait fermement par la main. Le petit garçon le dévisagea sans un mot. Sans même un sourire, alors qu’autrefois il venait volontiers jouer avec lui. Il avait le regard sombre et une moue boudeuse. La même mine grave que son grand frère arborait parfois. Instinctivement, la jeune femme fit passer son fils derrière elle et adopta une posture de garde subtile mais terriblement efficace. Même avec un bébé contre la poitrine. Un sourire torve se dessina soudain sur les lèvres de l’Envoleur qui se voyait déjà plaquer la femme contre la porte pour prendre possession de son corps.

Elle lui faisait face, là ! Féline ! Dangereuse ! Et en colère ! Pourtant, c’était lui qui l’avait formée. Il la connaissait par cœur. Il avait appris à lire chacune de ses feintes. Chaque coup qu’elle portait. Comment elle bougeait. Il l’avait observé pendant de longues années. Il l’observait toujours. Elle était prête à vendre chèrement sa peau. Mais il voyait clair à l’intérieur d’elle : elle était déjà fragile psychologiquement. Elle était dévastée. Fatiguée. Au bord du gouffre ! Il ne lui faudrait pas grand-chose pour l’achever. Et elle n’en renaîtrait que plus puissante. Plus belle. Plus forte. A lui ! Passant sa langue sur les lèvres, Sen plongea tête en avant. Et…




≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Rape me


Cela faisait plusieurs longues secondes que j’avais arrêté de me débattre. De me défendre. Parce que Soahary, tout contre ma poitrine, aurait pu être blessée par la violence de Sen. L’homme que j’avais connu pendant mon apprentissage était définitivement mort. Il n’existait plus – si tant est qu’un jour il ait vraiment existé ! La porte était loin d’être très confortable surtout que l’Envoleur y allait avec brutalité. Ça faisait mal ! Ça brûlait, au fond. Tout au fond. Mais le pire, c’est que mon corps en demande toujours plus. Ecœurée, dégoûtée de moi-même, je résiste à cette espèce d’onde de plaisir qui manque de m’envahir plus d’une fois, alors même que la douleur augmente en intensité. Encore et encore. Jusqu’à ce que soudain, il n’y ait plus de plaisir du tout. Que de la souffrance. Une souffrance horrible. Insoutenable. Qui me tire un cri à chaque fois que l’homme s’enfonce plus profondément en moi. Qui me tire des larmes de rage et de douleur.

Rape me again


Un éclat de voix survient à travers la fenêtre ouverte, me faisant soudain relever la tête. Et tourner la tête de Sen, qui était alors occupé à se débarbouiller tranquillement. Mais pour le coup, je n’ai pas la force de me hisser sur mes deux jambes pour me rendre exactement compte de ce qu’il était en train de se passer. Et puis, même si je le voulais, je ne suis même pas sûre que mes jambes puissent supporter le poids de mon corps. Alors je préfère autant rester assise, par terre, contre la porte fermée. Soahary, que j’étais à peine parvenue à calmer quelques secondes plus tôt, tout contre ma poitrine. Je n’ai même plus de larmes. Plus rien. J’ai juste l’impression d’être éteinte. D’être morte, là, tout au fond. Makeno n’était même pas sorti de sa cachette, sous le lit, non plus. Ce qu’il venait de voir, allait sans doute le marquer à jamais. A croire que suis incapable de protéger mes enfants. Que tout ce que je sais faire, c’est m’attirer des emmerdes. Encore et encore.

Un cri strident, plus distinct, pousse l’Envoleur à se pencher par la fenêtre, cette fois-ci. Avant de hausser les épaules en gloussant tout seul. Ses paroles mettent un moment avant de se frayer un chemin dans mon esprit. Avant que je ne percute. Que je ne comprenne la situation. Une petite blonde nymphomane qui veut se jeter du dixième. Une petite blonde nymphomane ? La description ressemblait étrangement à Libertée. Mais cela ne pouvait pas être elle, non ? Elle qui me reprochait, il n’y a pas si longtemps, de vouloir de détruire juste pour attirer l’attention ! Alors qu’une passante, dans la rue hurle sa frayeur, Sen émet un petit claquement de langue avant de se décider à se pencher de nouveau par la fenêtre.

- « Eh, mais on dirait ce cher SangreLune ! » ricana-t-il

Quoi ?

- « C’est bête de sa part, il vient de se jeter dans le vide avec sa blondasse. Il ne pourra pas tenir longtemps ! Ah, trois, deux, un… »

Réfléchissant à toute vitesse, j’ajuste un peu mieux mes vêtements déchirés pour essayer de faire illusion. Au moins un tout petit peu. Au moins pour que Gil ne se rende pas immédiatement compte de la situation – quoique, si ça se trouve cela ne lui ferait ni chaud ni froid, étant donné la façon dont je lui avais dit d’aller se faire voir la dernière fois que nos chemins s’étaient croisés. Je connaissais bien Sen et comme je le pensais, il stoppa net la chute des cinq étages de Gil et Libertée. Pourquoi est-ce qu’il faisait cela ? Je n’en savais strictement rien. Il semblait plutôt ravi de confronter à nouveau l’Envoleur, cela se sentait dans le ton victorieux et suffisant qu’il employa pour sourire de toutes ses dents à Gil.

- « Comme on se retrouve… » murmura-t-il en hissant les deux tourtereaux par la fenêtre ouverte.
- « Et après, c’est moi qui cherche à attirer l’attention sur moi ? » renchéris-je d’un ton parfaitement détaché.

Ni agressivité. Ni moquerie. Juste une boutade de façade pour cacher la plaie béante en moi. Pour me protéger. Me barricader. Derrière de hautes murailles vacillantes. Branlantes. Qui ne tiendraient probablement pas longtemps.










[Tadaaaaam ! Very Happy]

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Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Lun 11 Avr 2016, 23:18

Plongeon.
Tête la première, dans un océan de ténèbres. Noirceur absolue, qui se mêle aux ombres, s’enroule autour de la fourrure dorée pour l’enserrer de ses tentacules sombres.

Ça se referme sur elle.
Pourquoi c’est chaud ? Pourquoi ça a l’odeur de Gil ? Pourquoi ça bouge ?
Encore un mauvais tour de son cerveau. Ça ne pouvait qu’être ça, finalement. Elle ne pensait plus, se laisser porter par son désespoir. Elle avait envoyé tout son amour à Suviyo, à ses parents. Plus qu’eux pour le recevoir, cet amour. Pour en prendre compte.

Ça secoue, s’arrête presque.
Alors, c’est ça de mourir ? On a l’impression de plonger dans les entrailles de la terre, et puis ça s’arrête comme ça, pouf ?

- Fais-moi penser à apprendre à voler.
En plus, elle entendait des voix. Vraiment bizarre. Elle ne se souvenait pas de ça. De cet étrange détachement, oui, elle l’avait expérimenté plusieurs fois, plus jeune. Comme un immense vide insondable, dans son esprit et dans son corps.
Jamais ça ne s’était arrêté si brusquement. Comme ça. En fait, c’était pas nécessairement très brutal, mais… C’était chaud, presque… agréable.

Elle put étrangement prendre une petite inspiration. Elle fronça imperceptiblement les sourcils, alors que l’odeur lui attaquait les narines, se diffusait dans sa cavité nasale.



Je ne m'enfuis pas je vole 
Comprenez bien je vole 
Sans fumée, sans alcool 
Je vole, je vole 

Elle ouvrit les yeux une seconde. Contempla le vide sous ses pieds, avant de lever le regard et tomber sur un torse. Une main. Un visage. Gil !
Soudain, elle se sent tirée sur le côté, ne comprend plus. Quoi, elle est pas morte ? Ou alors c’est une sorte d’univers parallèle ?
Elle ne comprend pas, mais son corps agi par réflexe et elle roule dans une chambre… Un sanglot étouffé attire son attention, sous le lit, et elle fronce des sourcils…


- Et après, c’est moi qui cherche à attirer l’attention sur moi ?
La voix la gifle plus efficacement que n’importe quelle main aurait pu le faire. Elle s’ébroue une seconde. Puis, son regard tombe sur la petite chose recroquevillée sous le lit, sur Naïs, sur le bébé dans ses bras, sur ses vêtements déchirés, sur l’homme….
Elle se redresse brusquement sur ses pieds.

Seulement croire en ma vie 
Voir tout ce qui m'est promis 
Pourquoi, où et comment 
Dans ce train qui s'éloigne 
Chaque instant 

C'est bizarre cette cage 
Qui me bloque la poitrine 
Je ne peux plus respirer 
Ça m'empêche de chanter 


D’un regard, elle embrasse la salle. La pièce. Le bout de chambre.
Pire que celui de Gil.
Libertée fronce les sourcils, cligne des paupières.

Et puis… Dans une inspiration, elle roule, passe une main sous le lit pour attraper Makeno, le tire à elle, prend la main de Naïs de ses doigts libres, pour la redresser du lit. Elle attrape le garçon sous les fesses pour le porter contre sa poitrine, avant d’embarquer l’envoleuse avec elle.

Mais quand elle arrive devant la porte, l’homme s’est mis au milieu. Elle lève le menton, alors qu’il pose sur elles un regard brûlant. Elle ne peut s’empêcher de chercher Gil du regard.
Leur donner quelques secondes, le temps de sortir les gamins de là. Au moins ça !

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Mar 12 Avr 2016, 00:39

Les doigts de Gil glissèrent du rebord de la fenêtre, mais il ne tomba pas. Parce que deux mains venaient de se refermer avec force sur ses poignets. Il grogna sous le choc et la surprise. Qui…

- Comme on se retrouve…

Gil frémit de la tête aux pieds. S’il n’avait pas été question de Libertée, il aurait entraîné Sen dans sa chute. Au lieu de ça, il se laissa soulever jusqu’à ce qu’il puisse prendre appui sur la margelle de pierre. Il fit glisser Libertée de son épaule et la fit jouer l’articulation meurtrie en la remuant doucement. Il resta plaqué contre la fenêtre ouverte, le regard fixé sur l’Envoleur. Et la colère, qui n’était pas partie très loin, revint sur ses pas en grondant de plaisir. La bête n’allait pas se laisser virer, cette fois-ci. L’occasion était trop belle. Déjà, Gil crispait les mains sur l’encadrement de l’ouverture. Il leva le menton.

- Qu’est-ce que tu fous-là ?

Sen eut un sourire satisfait. Il voyait briller des lueurs sauvages dans le regard de Gil, et une envie meurtrière qui fit gonfler son cœur d’excitation. Il n’attendait que cela.

- Hum, la même chose que toi, je dirais, répondit-il d’un ton léger. Enfin, en ce qui concerne le sport en chambre, ajouta-t-il en lorgnant sur Libertée, parce que le saut dans le vide, c’est pas mon délire.

Le regard de Gil glissa de Sen à Libertée, qui avait plongé sous le lit, puis vint se poser sur Naïs. Il ne lui fallut pas plus d’un quart de secondes pour réaliser ce qu’il venait de se produire, ici, dans cette chambre miteuse. Son sang ne fit qu’un tour dans ses veines, et la bête feula dans son ventre, prête à jaillir, enfin, et pour de bon cette fois. Mais ce n’est que lorsque Gil vit Makeno qu’il sut. Il sut que Sen ne sortirait pas vivant de cet endroit. A l’instant où cette ordure se dressa devant les deux jeunes femmes et les enfants, Gil bondit. Et attrapa Naïs avec brutalité.

- Le plongeon c’était pour l’adrénaline, lança-t-il d’un ton froid et dur – celui qu’il avait encore lorsqu’il se trouvait dans le grenier avec Libertée. Y’a pas mieux pour attiser l’excitation… Tu veux pas goûter la blonde ? Elle est délicieuse quand elle est furax.

Sen fronça les sourcils, méfiant. A quoi jouait cet avorton ? Si c’était du bluff, il pouvait aller se faire f… L’Envoleur cligna des yeux en voyant Gil attraper durement Naïs par le menton et lui lécher la joue. Non… Il ne blufferait pas de cette manière. Pas devant les gosses. Pas avec sa blonde, qui semblait soudain hésiter. Et puis ce regard sauvage, cette expression de fou furieux… Sen sourit. SangreLune avait mit du temps, mais il avait finalement compris à quel point la violence était fascinante. Et terriblement excitante. Il laissa échapper un petit rire.

- Pour une fois je suis d’accord avec toi…

Il jaugea la jeune femme qui lui faisait face. Furieuse, elle l’était assurément. Mais elle semblait surtout perdue. Désemparée, désespérée, tout comme Naïs, aux prises avec Gil. Et Sen, il adorait ça. Il allait s’amuser un peu avec celle-là. Il ne la désirait pas autant qu’il désirait Naïs, c’était un fait, mais elle avait les arguments adéquats : longues jambes, belle poitrine, regard ravageur… Il passa doucement la langue sur ses lèvres. Il se demandait quel goût elle avait. Sentit son ventre se réchauffer d’un seul coup à cette idée. Fit un pas en avant. Gil, de son côté, fit un pas en arrière, entraînant Naïs avec lui. Elle était plaquée dos contre son ventre et il la sentait trembler. La bête frémit, rendue folle par l’odeur de l’Envoleuse, celle du sang qui maculait le visage et les mains de Gil, et celle du sexe qui flottait dans la pièce. Blesser. Baiser. Tuer. Maintenant ! Il enfoui son visage dans les cheveux sombres, inspira vivement son parfum. Ferma les yeux.

Et guida ses mains jusqu’à sa taille. Approcha ses doigts du léger renflement qu’elle devait déjà sentir. Là, sous sa tunique en piteux état… Le couteau qu’il avait glissé dans sa ceinture dans l’intention de l’aiguiser à la forge de Fergan. Il resserra les doigts autour du poignet de Naïs et rouvrit les yeux. Le temps semblait s’être figé à nouveau. Il s’était remis à pleuvoir, dehors. Un coup de tonnerre fit vibrer le plancher et la vitre de la fenêtre. Au moment où un éclair illumina la chambre, Gil poussa Naïs, désormais armée, et heurta Sen de plein fouet. Ne s’attendant plus à un coup en traître, l’Envoleur bascula et les deux hommes roulèrent sur le plancher mangé par les mites. Gil sentit quelqu’un passer par-dessus lui et entendit des pas précipités dans l’escalier, mais il n’eut pas le temps de vérifier si Liberté et Makeno avaient pu s’échapper : un coup de coude dans le menton fit résonner sa mâchoire et toute sa caboche abîmée. Il répliqua immédiatement par un coup de poing dans les côtes.

Un combat féroce s’engagea sans que l’un ni l’autre ne se relève. Les frappes s’enchaînaient. Des os craquèrent. Du sang gicla. Gil était en moins bon état que Sen, et il sentit confusément les quelques blessures soignées par Libertée se rouvrir. S’agrandir. La douleur était intenable, l’issue du combat presque évidente, mais des images se succédaient dans l’esprit embrumé de Gil. Il vit un homme perdre sa peau, ses ongles, ses nerfs, sa langue, ses couilles, son sexe, ses yeux et sa dignité, avant de perdre l’espoir. Et la vie. Des scènes épouvantables qui se superposaient à celles de Sen en train de violer Naïs. En train de sourire, de lorgner sur Liberté avec envie. Et Makeno qui pleurait tout seul sous le lit. La rage le submergea brusquement. Il hurla et serra les poings : ses griffes jaillirent hors des mitaines et se plantèrent dans les épaules de Sen. Ô chant de la douleur et de la fureur… Désarçonné par un coup de rein, Gil roula et se retrouva près de la porte. La porte… Quand Sen, ivre de souffrance et de colère, lui tomba dessus avec cette même envie de tuer, Gil se redressa et lui balança la porte dans la figure.

- Tiens ! s’exclama-t-il en essuyant son menton plein de sang. ‘Fait mal, hein ?

Bien fait pour ta gueule, conn… Un coup de pied bien placé le fit retomber. Près des escaliers. Holà, j’aime pas trop ça, moi. Gil fit ce qu’il put pour éviter les marches, mais Sen, tout blessé qu’il était, avait encore de l’énergie à revendre. Ils basculèrent ensemble et ce fut extrêmement douloureux. Gil avait perdu le compte des os brisés. Entre Sen et lui, il ne savait plus. Il allait bientôt rendre les armes. Ou rendre l’âme. Ou bien les deux. Il était trop confus, trop cassé pour rester lucide. Voilà, Princesse. J’ai tout donné. Alors maintenant, fais ce que tu dois faire et va’t-en. Emmène tes enfants loin d’ici. Et par pitié… évite les ennuis. Sa dernière pensée, lorsque les doigts encore puissants de Sen se refermèrent sur sa nuque, fut pour Libertée.
Puis ce fut le noir complet.

Rideau, les amis.
Je vous laisse.
Fatigué.

Débrouillez-vous sans moi, merde !

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Kaünis Gil'Ozh
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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Mar 12 Avr 2016, 02:03

La jeune femme avait enfoncé sa tête sous la capuche de son pull. Le tissus se refermait autour de son visage, faisant danser les ombres sur ses traits, alors qu’elle franchissait les portes d’Al-Far sur le dos de Voyage. Jetant un coup d’oeil à droite pour y trouver Syles sur son cheval, le dos bien droit. Ils entraient en ville, et là Kaünis n’avait pas trop trop envie de se faire repérer après le nombre de troupes impériales qu’ils avaient mis en déroute.
C’était débile, en soi, d’aller en ville. Mais ils avaient besoin de plantes médicinales et aussi de quelques trucs pour réparer les blessures. Ils allaient finir par tomber en panne de fil et d’aiguille au rythme où ils allaient.

Laissant sa jument aux écuries, la jeune femme inspira un grand coup l’odeur de la ville. Transpirations et odeurs corporelles se mêlaient en un cocktail détonnant, alors que la senteur des plantes, du cuir, du métal chauffé et de quelques carcasses animales abandonnées dans le bord des cages des bestioles à vendre se mariaient à la perfection dans une cacophonie des sens impressionnante.
L’Envoleuse fronçait le nez alors qu’elle s’approchait d’un étal de pommes, pour en saisir une sans se faire prendre et croquer dedans quelques secondes plus tard.
Elle trouva rapidement sa vie, achetant des bandages neufs, deux aiguilles et du fil, ainsi que des lamelles de viande séchée en quantité suffisante pour nourrir un régiment de Thüls pour dix jours.

Se glissant dans une ruelle en poussant un soupir de soulagement – ça puait les ordures, mais c’était un peu plus agréable que les odeurs de transpiration mélangées.
Elle avança de quelques pas, très contente de s’éloigner de la foule… Jusqu’à ce que deux silhouettes s’engagent derrière eux. Kaünis serra les dents, échangea un regard avec Syles… Se précipita en avant dans la ruelle en courant à toute allure.
Elle tourna une fois, entendit des bruits de pas venir de devant, bifurqua une seconde fois… Et merde, une impasse !
Elle ne ralentit pas. Sautant en avant, elle prit appui sur le mur, crocheta un bout de poutre pour s’élancer plus haut, saisit une barre de fer qui jaillissait de la façade pour tourner autour une fois et s’y percher une seconde.. Sauter directement vers le haut, se hissant sur un rebord de fenêtre, avant de jeter un coup d’oeil vers le bas.
La garde les observait, mais ils étaient trop hauts désormais pour être atteints directement par une flèche du sol. Ricanant, Kaünis se passa une main dans les cheveux, avant que son regard ne soit attiré par des boulets de canon sur la fenêtre d’à côté.

Elle n’eut que le temps de froncer les sourcils. Reconnut presque immédiatement Gil et Libertée. L’Envoleur s’accrochait au mur avec… des lames qui sortaient de sorte de brassards qu’il portait en gants. Cela fit froncer les sourcils à Kaünis, qui comprit presque immédiatement que ça venait de Dil’Duran. Putain, mais qu’est-ce qu’ils foutaient là ? Lui et Lib ? Ils pouvaient pas lui ficher la paix ?
Intriguée soudain parce que quelqu’un les avait rattrapés et faits glisser dans une chambre, elle échangea un regard avec Syles, avant de se déplacer sur le mur, se hissant avec légèreté sur la deuxième fenêtre.

Son regard balaya la pièce, tentant de tout analyser. Libertée était en train d’attraper un gosse sous le lit, alors que Naïs semblait à la fois distante et terrifiée, à moitié à poil avec les vêtements déchirés et que Gil s’était jeté sur un autre homme dans la pièce.
Le temps qu’elle se glisse par l’embrasure de la fenêtre sans un bruit, Gil s’était emparé de Naïs, l’autre mec de Lib, et ils semblaient tous les deux sur le point de bien s’amuser…
Elle se renfrogna.
Respira à nouveau quand Gil se jeta sur l’autre homme – un Envoleur putain, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure !
Libertée et Naïs passèrent dans l’embrasure de la porte deux secondes avant que son ancien Maître ne perde connaissance. Serrant les poings, parce que l’homme se relevait avec difficulté, la jeune femme l’invectiva une seconde.
- Espèce de gros tas de morve, tu viens de faire quoi au juste ? Y’a que nous qui avons le droit de taper sur cet ours mal léché !

L’autre ricana un instant.
Kaünis fronça les sourcils, levant le menton de manière parfaitement provocatrice. Oh, l’éclat sombre dans le regard de l’autre ne lui échappa pas, et elle eut un petit sourire triomphant alors qu’il se focalisait sur elle un instant.
- Ah, et la blondasse, c’est moi qui me la coltine, okay ? cracha-t-elle, hargneuse, mais laissant le temps aux deux copines de Gil de partir avec les gosses. Ou elles pouvaient rester, hein, elle s’en tapait. Mais là, elle avait envie de cogner sur ce mec. Naïs n’était peut-être pas une gamine, mais elle adorait cette tempête de rage qui enflait et se débattait en elle, prête à exploser, catalysée par des actes qu’elle ne faisait que deviner…Qui lui donnaient encore plus d’ampleur. De puissance. Plus que de la rage, ou de la fureur, c’était un étroit mélange entre la panique primaire que n’importe quel animal ressentait devant un danger plus gros que lui, et cette farouche volonté de vendre chèrement sa peau, de se battre jusqu’au dernier souffle.

Naïs n’était pas une gamine, mais elle avait encore envie de sang. De destruction. D’explosions fluidiques !
Frondeuse, Kaünis planta son regard dans celui du mec en question, le considérant de toute sa hauteur avec autant de dédain dont elle était capable.
Qu’il tente de la toucher ! Elle allait lui geler la tronche !

__________________________________________



"She is delightfully chaotic ; a beautiful mess.
Loving her is a splendid adventure
"

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Syles Agarest
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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Mar 12 Avr 2016, 03:59

Ou pas, puisque Syles le plaqua carrément au mur sans que qui que ce soit ne le voit venir, fortement, avant de le lâcher et de s'approcher de Gil, trouver son pou...

Et lui foutre des claques pour le réveiller.


Allez connard, la sieste est finie, debout là dedans!

L'envoleur continua de frapper son aîné un moment, puis le laissa tomber sur le sol à nouveau... Il ne s'éveillait pas. Ce mec lui avait cassé son jouet, pensait le monstre, et il lui avait tabasser son frère, pensait Syles.

D'un coup, ses lames volèrent, le bruit des chaînes emplissant l'air autour alors qu'elles se déroulaient en fouettant l'air autour de lui. Il était en colère. Très en colère. Déjà, ce mec n'avait pas droit de tabasser Gil, c'était un privilège réservé... Ensuite, Gil n'était pas dans son assiette et le jeune homme le savait. S'attaquer à lui dans cet état, c'était pire qu'irréprochable...

Et possiblement pire, ce mec semblait être le même genre de salop que Shun. La ressemblance frappante de regard, d'attitude devant Kaünis le foutait plus que juste en boule.

Il voulait tout pété. Tout détruire. Prendre ce mec à la gorge, l'ouvrir vivant, lui faire bouffer son propre foie pendant qu'il l'étranglait à moitié puis le lâcher par la fenêtre pour qu'il s'écrase dans la rue en contrebas.

Le faire souffrir, l'enflure. S'occuper de son cas une fois pour toutes. Le faire cuire à l'oignon et à l'orange pour aller l'offrir aux Raïs en cadeau. Ou mieux, trouver une vraie Ts'liche pour qu'elle le bouffe vivant, en commençant par les pieds et les mains!

Dégoût

Haine

Rage

Sa tête se tourna vers l'homme avec une infinie lenteur, ses yeux perdus dans leur propre vortex de noirceur.

Il ne jouait plus à l'humain... Ça avait assez duré. Il était temps de sortir de ses gonds.


Why would I ever think of going back...

When it feels so fucking good to be bad!?

__________________________________________


Spoiler:
 

Some people's lives are like their love,
A fragile, flickering flame which might burn out...
I want to live my life like my love for you,
A great flame of darkness which engulfs all,
With you at the center of my world,
Controlling all...

Corrupting all.
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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Mar 12 Avr 2016, 20:35

[ Bon, et bien... voici mon entrée fracassante ! ( c'est le cas de le dire )  Si quelque chose ne vous va pas, MP ! ]



Pan était inquiet.
Pire qu’inquiet, en réalité : vraiment préoccupé. Parce que Naïs n’était pas revenue le trouver depuis longtemps, maintenant, presque deux mois. Alors certes, il avait eu le cours de Khamill, mais il sentait confusément instinctivement que quelque chose n’allait pas. Ce n’était pas normal, ce silence radio.
Naïs lui manquait. Soahary lui manquait.
Il avait tellement envie de tenir sa fille dans ses bras que parfois, sa peau lui démangeait. Il avait envie de voir ses grands yeux, de sentir sa toute petite main serrer si fort ses doigts, entendre son babillement tellement attendrissant, pouvoir caresser le duvet si doux de son crâne chaud à l’odeur de miel…

Il avait trouvé la trace de Naïs alors qu’elle revenait du Pays Faël, mais impossible de lui mettre la main dessus. Il ne voulait pas non plus lui faire peur, l’emprisonner, et c’était dans son droit le plus total et inconditionnel d’aller où elle l’entendait… Mais quand après cela, encore quelques semaines s’étaient passées, il avait commencé à se poser des questions, nécessairement.
Comment aurait-il pu ne pas être préoccupé alors que sa fille, son sang et sa chair, était loin de lui ? Que Naïs ne donnait aucun signe de vie ? C’était angoissant, et une alarme avait commencé à tinter dans son esprit.

Depuis quelques jours, il avait retrouvé la trace de l’Envoleuse aveugle, accompagnée des deux enfants. Makeno et Soahary étaient tous les deux avec leur mère… Et Pan n’arrivait pas à décider si c’était une bonne ou une mauvaise chose. En se rendant compte que le sillon de Naïs passait par Al-Far, il n’hésita pas une seconde : laissant Chaombre dans les écuries principales, il s’était mis à épier les mouvements de foule et à suivre son instinct qui pulsait de en plus fort.
Pour arriver devant un grand bâtiment défraichi de dix étages. Frottant la paume de sa main contre son front, l’Envoleur poussa un soupir, avant de se glisser dans l’embrasure de la petite porte qui donnait directement sur les escaliers qui montaient dans les entrailles de l’immeuble. Grimpant quelques étages, il jetait des coups d’œil par les fenêtres qui perçaient un côté puis l’autre de la haute bâtisse.

Trois étages.
Quatre étages.

Des cris attirèrent son attention, et il se figea dans les escaliers, en suspens un instant, tendant l’oreille.
- Ah, et la blondasse, c’est moi qui me la coltine, okay ? La voix ne lui disait rien, mais quelque chose palpita dans sa poitrine. Cela devait être son cœur, car quand il monta quelques marches de plus, il croisa le regard de Makeno.
Makeno, qui se tortilla dans les bras de… Libertée.

- Pan ! Tendant les bras, l’homme aux cornes accueillit le garçon contre lui, alors qu’il se mettait à pleurer de toutes les larmes de son petit corps tremblant.
Levant les yeux vers la femme blonde aux pupilles écarquillés, il sentit une sourde colère gronder dans sa poitrine.
- Qu’est-ce… commença-t-il, interrompu par Naïs qui talonnait Lib de près. Ce fut à son tour d’écarquiller les yeux, en contemplant l’état des vêtements de Naïs, alors que Soahary se tenait en boule contre sa poitrine. Par toutes les tribus de Gazalawmahqj ! Naïs, ça va ?
Serrant Makeno tout contre lui, l’Envoleur sentit chacun de ses muscles se contracter violemment sous sa peau. Il s’efforça de garder son calme en expirant lentement, caressant du bout des doigts le crâne de son fils. C’était son fils !
- Makeno, mon grand, tu vas rester avec Lib quelques minutes, d’accord ? Je reviens tout de suite ! Sa voix s’était faite grondante, et le petit garçon hocha la tête en reniflant, alors que ses larmes se tarissaient un peu.
Il laissa l’enfant aux soins de Libertée, et monta les marches aussi vite qu’il le put.

Une seconde, peut-être deux, avant de trouver le corps de Gil, et devant lui deux gamins. Il ne les connaissait pas, ceux-là ! Le plus jeune était en train de frapper Gil, peut-être pour le réveiller, mais ce fut le regard de l’autre qui mit la puce à l’oreille de l’Envoleur cornu.
Le jeune homme se redressa pour lancer un regard extrêmement dangereux au plus vieux, qui semblait ricannant.

Pan lui passa devant, tendant sa main vers la poitrine du jeune.
- Il est à moi. Aucune hésitation, une tranquille assurance qui faisait vibrer sa voix.
- Tiens tiens, notre petit cornu ! Tu peux rentrer chez toi, Naïs est à moi. Elle l’a toujours été.
- T’as raison. Et mon poing dans ta gueule, il est aussi à toi,
 dit Pan, se redressant de toute sa hauteur, jouant avec son cou pour l’échauffer quelques secondes de plus.
Avant de frapper.
Oh, évidemment, l’homme – Sen, sans aucun doute maintenant ! -  évita son coup, tenta de le frapper, mais il était rapide lui aussi. Son poing s’écrasa contre le mur, y laissant une trace qui fendit la pierre sur toute sa hauteur. Sen parvint à le déséquilibrer, mais Pan réussit à le saisir par le col pour l’entraîner sur le sol avec lui. En jouant de ses cornes et de leur poids, l’Envoleur put se mettre au dessus de l’homme.

Pour frapper.
Relâchant sa Greffe, il frappa une fois sur son bras. L’arracha, alors que le sol sous eux s’enfonçait littéralement. Au deuxième coup, ils s’effondrèrent sur le palier d’en dessous alors que le cri de douleur de Sen était étouffé par les gravas qui tombaient bruyamment autour d’eux.
Détruire un bâtiment ?
Là, il n’en avait rien à faire.
Aveuglé par la haine, il frappa.
Il frappa, jusqu’à ce que tous les étages se soient écroulés sur eux-mêmes, sous eux.
Jusqu’à avoir explosé le visage de Sen à coups de poings.
Jusqu’à ce que son corps ne soit plus qu’un bout de chair sanguinolent méconnaissable. De la viande.

Alors, seulement, il se redressa, repoussant un bout de pierre qui s’était calé sur son épaule droite, regardant autour de lui toutes les chambres de l’immeuble disparues dans les gravats, les meubles recouverts de poussière…

Il commença à s’inquiéter à ce moment-là seulement pour Naïs, Soahary et Makeno.
Ils étaient sortis du bâtiment, hein ?
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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Jeu 14 Avr 2016, 00:54

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Les doigts de Libertée s’enroulent doucement autour de mon poignet, tandis que je lève le menton en papillonnant des paupières un instant. Le temps s’arrête. S’étire. S’égraine. Dans ma tête, je tente de garder la porte de mes sentiments solidement fermée. Pour le moment, j’y arrive plutôt bien mais je la sens se fendiller et craqueler par endroits. Comme parfaitement éteinte, je laisse la marchombre m’aider à me redresser sur mes deux jambes. Ça fait mal, là, quelque-part dans mon bas-ventre. Ça me lance douloureusement. Mais par je ne sais quel miracle je parviens à rester debout sans trembler. Sans tomber. Tu espères franchement filer comme cela ? Tu ne connais pas encore Sen, Lib ! Alors que je me laisse entraîner en silence par ce tout petit bout de femme, mon ancien maître se dresse devant la porte pour nous interdire tout passage. Serrant les dents, je recule d’un pas avec une méfiance farouche. Qu’est-ce que je disais ?

Toutefois, chose à laquelle je ne m’attendais pas du tout, une main s’agrippe à mon bras, en serrant si fort que j’en aurais probablement un bleu, pour me faire pivoter avec brutalité. Il ne me faut pas trois secondes pour réaliser qu’il s’agit de Gil, et qu’apparemment il a complètement perdu les pédales ! Alors que je me mords la lèvre inférieure jusqu’au sang, pour essayer de repousser cette boule au fond de ma gorge, j’assène un coup d’épaule à l’Envoleur pour le forcer à reculer et garder une distance respectable entre lui et moi. Mais, c’est peine perdue ! Je ne suis même pas certaine d’avoir vraiment envie de lutter. Levant le menton vers Gil, je le force à me regarder dans les yeux. Vas-y, qu’est-ce que t’attends ?, je m'entends hurler. Sa voix résonne encore dans ma tête, réveillant cette colère qui m’avait poussée à me perdre dans les affres de la souffrance physique. Enfin, d’une certaine souffrance physique. Mais cette fois, j’ai juste envie de lui démonter la gueule ! Vas-y et casses-toi, c’est tout ce que tu sais faire de toute façon !

D’extrême justesse, je parviens à refermer la porte à tout ce qui gronde en silence, au plus profond de moi. Résignée, je grimace alors que Gil s’attaque à ma joue avec envie, avant de laisser s’égarer sa main autour de ma taille. Et d’enfouir sa tête dans mon épaisse chevelure. Je frissonne un instant de dégoût tandis que mon corps réagit au quart de tour à ce torse plaqué contre mon dos. A ce désir tendu. A en croire le gémissement plaintif de Libertée, Sen a décidé de profiter d’elle aussi. Après cela, elle ne voudrait certainement plus jamais entendre parler des Envoleurs. Ou alors elle les haïrait probablement ! Alors qu’un puissant coup de tonnerre retentit, faisant quasiment trembler tout l’immeuble, Gil me pousse sur le côté avant de bondir sur Sen, bien trop occupé à explorer le corps de la marchombre pour se soucier de ce qu’il se passait autour de lui. Est-ce qu’il vient seulement de se reprendre, en réalisant ce qu’il était en train de faire ? Ou alors était-ce une odieuse feinte pour tromper mon ancien mentor depuis le début ?

Restant de longues secondes figée sur place, à moitié sonnée par ce qu’il venait de se produire, je sens à peine les doigts fins de Libertée se refermer autour de mon poignet pour me traîner littéralement hors de cette chambre miteuse avec précipitation. Vide. Cette impression de vide intense au fond de moi est effrayante. Vide. Comme si je ne parvenais à ne plus rien ressentir du tout. Vide. Et pourtant, ça fait mal. Vide. Mais vivante ! Machinalement, je blottis un peu plus Soahary contre ma poitrine pour calmer ses petits chouinements indignés. Les voix de Kaünis et de Syles, retentissent soudain au loin – tellement loin. Il y a de cela quelques heures, quelques jours, j’aurai probablement pété un câble de les croiser à peine quelques semaines après les avoir laissé en plan à Al-Chen. Là, plus rien n’a vraiment d’importance. Je suis juste vide. Complètement vide. Désespérément vide. Vide.

Comme surgie en plein milieu d’une nuit de brouillard épais, la voix grave et vibrante de Pan me fait littéralement l’effet d’un tremblement de terre. Dans ma tête, c’est très clair : j’ai envie de me blottir dans ses bras, pour ne plus jamais les quitter. Partir loin d’ici, avec lui. Le laisser m’envelopper de sa bulle de tendresse et d’amour toute chaude. Mais là, mon corps ne m’obéit plus et, au lieu de courir pour effacer ces quelques mètres qui nous séparent, je reste plantée là. Tétanisée de tous mes muscles. Makeno, au contraire, est directement allé trouver refuge dans les bras de son père adoptif en pleurant à gros bouillons. Je veux parler, rassurer l’Envoleur, mais ma voix reste coincée dans le fond de ma gorge. Je me mords un instant la lèvre inférieure alors que mon amant déboule comme un fou furieux dans la chambre miteuse à son tour pour s’interposer en grondant dangereusement.

Clignement de paupière. Un coup de tonnerre rugit férocement mais cela ne suffit pas à couvrir le fracas assourdissant des pierres qui se déboitent et s’effondrent les unes sur les autres en faisant vaciller tout l’immeuble. Pan venait de déployer sa greffe à pleine puissance et le sol s’effrite sous nos pieds, me provoquant presque immédiatement un électrochoc. Secouant la tête toute seule je passe mes bras autour de ma fille pour les protéger des gravas qui commencent à s’abattre sur nos têtes et emboite le pas de Libertée sans réfléchir. Makeno, accroché autour du cou de la marchombre avec l’énergie du désespoir, continue de renifler bruyamment. D’un seul coup, sans prévenir, le sol s’effondre littéralement sous nos pieds pour s’affaisser sur le palier inférieur. En sautant sur le côté avec agilité, je parviens à éviter une pierre énorme qui aurait aisément pu tuer un colosse. Continuant de courir dans les escaliers, je me surprends à espérer que Gil et ses deux anciens apprentis aient pu trouver un moyen de sauter par la fenêtre afin d’éviter de mourir écrasé par le poids d’un immeuble en train de s’effondrer littéralement sur lui-même. Au bout de longues secondes, je m’arrête carrément de compter le nombre de secousses qui vibrent dans le sol et les murs branlants encore debout. Oh, par la sainte culotte de l’Empereur, mais il va nous ensevelir vivants !

Arrivant enfin sur le niveau du rez-de-chaussée, nous courrons pour traverser la salle de restauration alors que le plafond menace de s’effondrer sur nos têtes. Un grondement sourd, mais puissant me fait lever le menton, avant de bondir dans un réflexe pour pousser Libertée en avant et lui permettre de sortir de la bâtisse désormais en ruine. Je jure entre mes dents alors qu’un bloc de plusieurs tonnes me barre tout passage. Coincée, je réfléchis à toute vitesse. Et bondis pour m’abriter sous le bar alors le poids des dix étages supérieurs s’effondre brusquement au-dessus de ma tête.


Au bout de longues secondes, je papillonne doucement des paupières. Est-ce que j’ai perdu connaissance ? Je n’en sais trop rien. Dans tous les cas, je suis vivante et Soahary, qui babille gaiement, aussi. Vivante, mais prise au piège sous je ne sais combien de tonnes de graviers. Vivante, mais pour combien de temps ? Parce que j’ignore combien de temps ce morceau de bar tiendra debout pour retenir l’énorme bloc en équilibre au-dessus de ma tête. Et puis, l’air commence quand même un peu à manquer d’ici – surtout que je sens mes poumons encore un peu fragiles. Mais le mieux que je puisse faire, là, c’est d’attendre et d’économiser le peu d’air qu’il me reste là-dessous. Et essayer de ne pas penser à Kaünis et Syles, qui devaient probablement prendre un malin plaisir à faire tourner en bourrique leur maître et à lui raconter comment on s’étaient croisés il n’y a pas si longtemps que cela dans une auberge d’Al-Chen. Laissée en ruine. A Gil et ses mains parcourant mon corps. Pire, à Sen. Des millions de sensations m’envahissent peu à peu, alors que la tempête dans mon esprit, bien cloîtrée derrière de solides barricades, menace de se libérer. Et tout emporter sur son passage. Alors que les larmes me brûlent les yeux. Soupirant, j’essaye du mieux que je le puisse de faire le vide. Je suis vide. Vide.

__________________________________________




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I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Jeu 14 Avr 2016, 06:13

La marchombre ne peut s’empêcher de grincer des dents quand elle sent Naïs la suivre comme une poupée de chiffon. Elle crut même qu’elle allait étrangler Gil sur-le-champ quand ce dernier se plaqua contre l’envoleuse, alors qu’elle se retrouvait dans les bras de son tortionnaire…
Libertée frissonna violemment quand les doigts de l’homme parcourent la peau de son ventre alors qu’elle tient encore le petit poing fermé de Makeno dans ses doigts. Soudain, elle sentit une grande bouffée d’oxygène envahir ses poumons et réveiller les neurones de son cerveau, et ses cheveux s’enroulèrent autour du cou de l’envoleur qui écarquilla les yeux de surprise. Elle en profita pour se glisser hors de son étreinte en appuyant avec son ongle dans le creux de son coude, tandis que Gil se jetait sur lui tous crocs sortis.
Elle ne réfléchit pas plus,  pour le moment. Elle voulait sortir les enfants de cet endroit, c’était affreusement malsain et carrément traumatisant. Elle put saisir à nouveau le poignet de Naïs pour l’entraîner dans les escaliers.

Elle ne voulait pas penser.
Pas penser que Gil venait à l’instant de se coller à elle, de fourrer son nez dans ses cheveux, de glisser ses doigts sur son ventre… Non. Surtout pas.
Elle entrainait le garçon et sa mère chargée de la plus petite dans les escaliers, les descendant aussi rapidement que les circonstances le permettaient. Plus haut, elle entendit une voix qu’elle connaissait, celle de Kaünis.

- Ah, et la blondasse, c’est moi qui me la coltine, okay ?
Cela tira un soupir à moitié amusé et à moitié exaspéré à la marchombre avant qu’elle ne s’arrête brusquement dans les marches alors que…
Pan venait d’apparaitre, imposant colosse au milieu de l’escalier pas si large que ça. Il barrait presque tout le passage avec ses immenses cornes et l’instant de surprise de Libertée permit à Makeno de se jeter sur l’homme en se mettant à pleurer à chaudes larmes. Quelque chose se noua dans la gorge de Lib, et alors que le petit pleurait, elle sentit une montée de lait faire son apparition… Ah non non non ! Elle s’efforça de respirer lentement, mais déjà Makeno était de retour dans ses bras alors que Pan montait les marches à toute allure.

La marchombre prit un instant pour expirer longuement… Avant de se relancer dans la descente des derniers étages. Un immense séisme secoua tout le bâtiment, et elle ne comprit pas d`où cela venait, mais elle fut soudain sûre d’une chose : tout ça risquait de  très, très mal finir.

Des bouts de murs commencèrent à s’écrouler de part et d’autre de son passage, et la marchombre serra Makeno plus fort contre sa poitrine, se glissant entre les éboulis qui se fracassaient autour d’eux. Dans une inspiration, elle évita un écroulement, se coula le long d’une pierre et arriva sans encombre dans la salle du rez-de-chaussée. Elle n’eut qu’un instant pour balayer la pièce du regard et estimer que le bar était une très mauvaise idée, avant de prendre la décision de sortir, ce qui serait bien moins dangereux.
Le détail est le raccourci du marchombre
Voilà longtemps que la voix de son ancien maître n’avait pas résonné dans sa tête, mais elle prit le parti de l’écouter et malgré Makeno accroché à elle comme à une bouée de sauvetage – c’était ce qu’elle était devenue après tout – elle roula en avant, sur l’épaule pour ne pas faire mal au garçon, bondit à droite pour éviter un gravas qui se détachait du plafond, se coula le long d’un mur tremblant et sauta à travers l’embrasure de la porte donnant sur la rue.
Dehors, les gens couraient dans tous les sens, mais ils étaient dans une ruelle peu fréquentée et cela restait raisonnable. Tenant fermement Makeno, Libertée s’éloigna de plusieurs mètres du bâtiment qui s’écroulait sur lui-même.

Elle se figea soudain, se tournant vers l’immeuble.

- Mamaaaaan !
Elle retint le petit qui se précipitait vers l’écroulement qui n’était pas encore terminé, tandis que des immenses bouts de murs et de moellons soulevaient une poussière si épaisse qu’elle aurait tapis le fond de la gorge de n’importe qui pour l’empêcher de respirer.

Combien de temps restèrent-ils immobiles ?
Est-ce que Gil s’en était sorti ? Et Kaünis ? Elle avait entendu aussi la voix d’un homme en plus de celle de l’ancienne apprentie de Gil. Et Naïs ?
Tremblante de tout son corps – elle avait sauvé sa peau sans penser aux autres, à part à la petite vie de Makeno contre elle – Libertée lâcha le gamin qui partit en courant et en pleurant vers les gravas alors qu’elle était incapable de bouger.
Jusqu’à ce qu’elle finisse par s’ébrouer, parce qu’elle n’avait pas le choix. Parce que maintenant qu’elle les avait tous abandonnés, elle se devait de les trouver. Au moins leur corps.
Les joues poussiéreuses sillonnées de larmes incontrôlables, elle commença à soulever les débris.

– Dites quelque chose, n’importe quoi !

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Jeu 14 Avr 2016, 17:12

[Pan il a bien sa place aussi parmi les cavaliers de l'Apocalypse : il a tout pétééééé XD Mais c'est qu'il m'avait manqué, le bougre, et ses cornes aussi ! Enfin... peut-être pas, non. C'est comme les bavardages de Syles, les bourdes de Naïs ou encore les catastrophes démoniaques de Kaü : moins on en a mieux on va ! Bon, et Lib... heu... au s'cours ? Rolling Eyes]




- … aïe.

C’est tout ce que les lèvres tuméfiées de Gil acceptèrent de laisser filtrer. Il venait pourtant de tenter un juron extraordinairement vulgaire qui lui semblait s’accorder parfaitement à la situation, mais en fin de compte, « aïe » représentait assez bien son état. Il avait mal partout. Tellement partout qu’il ne savait même pas par où commencer. Ouvrir les yeux ? Déjà fait et pour ce que ça lui avait permis de voir… Bouger un doigt ? Aïe. Un bras ? Aïe aussi. S’asseoir ? Aaaaaaaïe. Il resta donc parfaitement immobile pendant plusieurs secondes… ou minutes… et se contenta d’écouter. Pour l’instant c’était amplement suffisant. Les yeux clos, la respiration sifflante, il laissa son ouïe le guider tandis qu’il triait les informations qu’il percevait. Le silence était étonnamment pesant – mais peut-être que se prendre un immeuble sur la tronche y était pour quelque chose. Et, dans ce silence, il y avait plusieurs petites choses. Des détails qu’il analysa avec attention. Le plic ploc de gouttes d’eau qui s’écrasait sur quelque chose, non loin de sa tête. Le grondement du tonnerre qui s’éloignait. Des grincements, des craquements.

C’était ça, le plus inquiétant. Gil était coincé dans une… une sorte de cavité formée par d’importants morceaux de murs qui soutenaient probablement tous les étages empilés les uns sur les autres. La poussière avait envahi tout l’espace et il se mit à tousser. Ça l’agaça prodigieusement, d’une part parce que ça lui déchirait les poumons et d’autre parce à cause de son souvenir encore trop vif de la Silencieuse. Il estimait avoir suffisamment toussé pour le restant de ses jours, merde ! Et puis surtout, tousser dans cet état… c’était plus du petit « aïe », là. En fait, ça pouvait le tuer. Il se mit soudain à glousser. Comme il n’avait pas fini de tousser, ça donna quelque chose d’absolument affreux – un gargouillement d’agonie n’aurait pas eu plus de succès – mais c’était plus fort que lui. Bon sang. Il était sûr et certain que Syles était dans le coup. Il avait entendu le son mélodieux de sa voix et vaguement senti le picotement de ses joues, sans doute à cause d’une jolie distribution de baffes. Aucune idée de la façon dont ce sale gosse avait bien pu arriver là, mais c’était clair comme de l’eau de roche : s’il se trouvait dans les parages, alors Kaünis n’était pas loin non plus. Le « toux-rire » de Gil s’acheva en un gémissement désespéré. Enfer, mais qu’est-ce que vous avez encore fait ??

Il s’assoupit une minute ou deux avant d’être tiré de sa douce léthargie par un bruit léger. Il lui fallut plusieurs longues secondes pour en déterminer la nature. Des sanglots ! Gil soupira. Ben voyons, il ne pouvait pas être le seul coincé dans ce merdier, hein ? Estimant qu’il s’était assez reposé, il se mit à remuer. Nouvelle bordée de jurons qui, cette fois, parvinrent à être chuchotés furieusement. Il n’avait plus de voix. Pas grave, c’est pas ce qui va m’empêcher de sortir de là. Parce que oui, c’était décidé : il allait se dépêtrer de cet endroit qui flanquait la trouille. On aurait dit un château de cartes géant, prêt à s’effondrer sur… sa gueule. Il était en train de se dire que ça ne pouvait pas être pire, lorsqu’une vague odeur de brûlé agressa ses narines et ses poumons sensibles. Un incendie, maintenant ?

- Ma vie est absolument merveilleuse, marmonna-t-il en rampant centimètre par centimètre dans les ténèbres uniquement troués par de minces rais de lumière chiche. Youpiiii. La Prochaine fois, mon vieux, barre-toi plus loin, bon sang. L’île des Nimurdes. Ils te retrouveront pas là-bas. Et y’a pas d’immeubles. Enfer, si je m’en sors je ne veux plus jamais mettre les pieds dans un immeuble. Jamais.

Son discours tout juste murmuré était entrecoupé de quintes de toux abominables. Il était dans un état à faire peur. Lui-même était soulagé de ne pas croiser son reflet dans un miroir. Il devinait ses blessures, sentait les os brisés et luttait pour se traîner péniblement vers l’endroit d’où lui parvenaient les sanglots. Il laissait une traînée de sang derrière lui, sillage vermillon qui se mêlait à la poussière et aux débris. Il avait mal, terriblement mal, mais il ne s’arrêta pas : s’il jamais il le faisait, il craignait de ne pas trouver la force de repartir. Alors il avançait. Il s’aidait de ses coudes pour ramper. Sortir ! Trouver de l’air pur, s’éloigner de ce piège sur le point de se refermer tragiquement ! Il ne voulait pas mourir. Pas avant de savoir s’ils allaient bien. Libertée. Naïs. Mak. Soahary. Syles. Kaünis. Il les fuyait depuis des semaines et pourtant, le simple fait de penser à eux lui insuffla comme un regain d’énergie : il bougea un peu plus vite.

Il y avait quelque chose devant lui. Impossible d’identifier ce que c’était, mais Gil comprit qu’il pouvait contourner l’obstacle et c’est ce qu’il fit – avec beaucoup de difficultés. Il finit par déboucher dans un espace plus confiné que celui dans lequel il s’était réveillé. L’air était plus lourd, la poussière plus tenace. Il toussa de nouveau, faillit s’arrêter, serra les dents pour continuer. Il y était presque. Les sanglots venaient de là. Juste devant. Dans une sorte de… d’abri improvisé, de cocon en forme de boîte. Les restes d’un comptoir qui avait tenu le choc la Dame seule savait comment. Aux sanglots se mêlaient d’étranges sons, comme des… babillements ?

- Soahary, souffla Gil.

Il s’agita de plus belle pour se rapprocher de la petite cavité. La petite était vivante ! Il sentit comme une boule d’émotion lui nouer la gorge et ça l’empêcha encore plus de respirer normalement. A bout de forces, il entra le haut de son corps dans l’habitacle formé par les débris. Il cligna des yeux pour accommoder au mieux sa vision. Soahary n’était pas seule, Naïs était là aussi. Le cœur de Gil voltigea. Loin de pouvoir faire autant de cabrioles, il tendit son bras le moins abîmé et toucha la peau glacée de son amie. Elle était vivante. C’était elle qui pleurait.

- Naïs.

Le sol trembla légèrement sous son ventre, à moins que ce ne soit le tonnerre qui faisait cet effet ? Tout grinça au-dessus d’eux. Gil ignora tout ce boucan pour se rapprocher encore un peu. A force de patience et de volonté, il parvint à se glisser tout entier dans l’ouverture. Il se colla contre Naïs. Dans le noir, il trouva ses cheveux, son visage, ses joues mouillées de larmes et maculées de poussière. Elle pleurait parce qu’elle avait peur, ou à cause de lui ? Il se mordit la lèvre – en pensée, la sienne était déjà trop abîmée. Il n’avait jamais supporté de la voir pleurer. Chacune de ses larmes était et serait pour toujours comme un coup de poignard en plein cœur. C’était douloureux, bon sang ! Toutes ces émotions trop longtemps refoulées qui lui éclataient de nouveau à la figure, bam ! Aussi douloureux que de se prendre un bâtiment sur le crâne. Mais il ne savait pas quoi dire. Il était là, coincé sous terre avec sa meilleure amie, et il ne trouvait pas les mots pour la rassurer. Il était bien plus simple d’effrayer que de réconforter. On dirait bien que je ne suis bon qu’à ça, en fin de compte, réalisa-t-il. Faire du mal. Aux autres, à moi. Je ne sais rien faire d’autre que ça.

Ça, et tousser à en cracher ses poumons, aussi.



*



Soahary grinchait doucement contre lui. Elle avait faim. Ou froid. Elle toussait de temps en temps. Gil resserra les bras sur elle en grimaçant. Elle sentait bon, mais son odeur de bébé n’était pas celle de Suviyo. Il fermait les yeux sur cette triste pensée lorsque, soudain, il sursauta. Tendit l’oreille. Mais c’est… Son esprit lui jouait-il des tours ? Malade et gravement blessé comme il était, la chose était plausible. Il faillit s’en persuader. Jusqu’à ce qu’il sursaute à nouveau.

- Naïs, grogna-t-il. Tu entends ça ?

Dis-moi que je ne suis pas fou ! Dis-moi que toi aussi tu l’entends ! Tu n’entends pas sa voix, toi ? Elle nous appelle ! Elle est en train de nous chercher !

- Il faut qu’on sorte de là…

Il n’attendit pas la réponse de Naïs. Elle était en état de choc. Il ne savait pas ce que Sen avait bien pu lui faire – non, il ne voulait pas y penser, parce que la colère lui faisait serrer les poings si fort que ça lui faisait mal. Il espérait seulement que Syles et Kaünis aient fait tout ce bazar pour exploser la tête de cet enfoiré. Le réduire en miettes bien nettes. Il n’était pas loin de l’être également, mais c’était comme ça : il fallait bien quelques dommages collatéraux ! Il se doutait que ce n’était pas sans leur déplaire, à ces deux zozos. Ils étaient forcément sortis, eux. Ils avaient intérêt, tiens ! Gil grogna de nouveau ; il ne s’était pas coltiné six ans d’apprentissage et deux morveux pour qu’ils terminent leur vie aplatis sous un bâtiment, tout de même ! Il préférait les savoir dehors, en train de se moquer de lui, plutôt que coincés comme Naïs et lui l’étaient. Quoique… Si jamais ces deux-là étaient confinés quelque part, ils avaient de l’occupation. Gil ferma aussitôt son esprit avant que celui-ci ne se mette à lui envoyer des images plus torrides les unes que les autres. Bordel de bordel. Faut que je sorte de là.
Et vite.

- Je vais… Je vais faire du bruit pour qu’ils nous localisent.

Il déplia lentement son bras gauche, l’autre étant coincé sous Soahary, et serra doucement le poing ; le chuintement de la lame du coude résonna étrangement dans leur bulle de débris. Il remua de façon à se rapprocher du bord du comptoir et se mit à donner des coups de lame contre le meuble. Le matériau de celui-ci faisait tinter l’arme de Gil. Un bruit qui lui semblait très léger mais qui était leur seul espoir, désormais, de sortir vivant de cet enfer. Alors il continua de taper. Lorsque son bras s’engourdit, que ses muscles fatigués se mirent à trembler, il continua. Quand la toux le secoua, faisant apparaître une bulle de sang au coin de ses lèvres, il continua. Les yeux clos, il se concentra sur la sensation de Soahary contre son flanc droit. Et sur le frôlement des doigts de Naïs, tout près des siens. Si près…

… et pourtant si loin.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Jeu 14 Avr 2016, 20:11

Bon, ben il n’en eut pas le temps. Pas de suite en tout cas.
Parce que Syles venait de se jeter sur lui pour le plaquer contre le mur… Sauf que le jeune Envoleur semblait plus préoccupé par le fait de réveiller Gil que ce que l’autre allait lui faire, et Kaünis s’interposa une seconde fois alors que le vieux tentait de frapper Syles. Elle para son coup, n’eut pas le temps de répliquer. Le cliquetis vif des chaines de son compagnon envahit la pièce alors que les lames virevoltaient dans les airs… Kaünis croisa le regard si sombre de Syles et un sourire satisfait étira ses lèvres.
Oh ouais, elle voulait se lâcher elle aussi !

Sauf qu’ils furent interrompus.
Interrompus par un boulet de canon – un canon fait d’un bouc, ou d’un bélier, elle ne savait pas trop, elle ne distinguait que d’immenses cornes sur la tête d’un immense mec. Clignant des paupières parce qu’elle avait du mal à croire que c’était vrai, l’Envoleuse recula d’un pas…
Bondit précipitamment en arrière quand le mec en question se saisit de l’Envoleur dans la poigne de Syles, pour le jeter par terre… Ébranler tout l’immeuble sous son premier coup de poing.
Wahou, c’était quoi ce truc ?

Admirative, la bouche entrouverte, Kaünis contempla le mec aux cornes balancer des coups de poings aussi puissants que… Qu’elle ne savait pas quoi. Ça fendait le sol, les murs, et tout allait ficher le camp.
Elle était hypnotisée par cette puissance de dingue. Il avait des muscles – ouais, ça roulait sous sa peau, c’était dingue – et le regard un peu fou, et il frappait si fort ! Si fort que la tête de l’autre explosa, mais il continuait à frapper.
L’Envoleuse ne dût qu’à un réflexe improbable, alors qu’elle était figée d’adoration, de se jeter en arrière. Ou alors c’était Syles qui l’avait attrapée par le collet pour l’empêcher de tomber ?
Tout ce qu’elle savait, c’était que le bâtiment entier s’écroulait sur eux, et que l’homme aux cornes continuait de frapper. Les débris les plus lourds lui tombaient dessus pour rebondir ou exploser en morceaux. Elle était juste fascinée. C’était un Envoleur lui aussi ou alors cela incombait directement au fait qu’il ait des cornes sur la tête ?

Soudain, le toit s’ébranla en même temps que le sol, alors que le cornu et l’autre Envoleur passaient à travers l’étage pour atterrir en dessous. Oups, il fallait qu’elle s’accroche quelque part, qu’elle se protège que…
Un rocher frappa à l’arrière de son crâne et elle perdit connaissance sur le coup.


* *


Quand elle se réveilla, elle eut du mal à ouvrir les yeux. A cause d’une épaisse couche de poussière qui s’était déposée sur ses paupières, et qui la fit éternuer violemment, avant d’être prise d’une quinte de toux puissante qui l’ébranla toute entière. Apportant sa main devant sa bouche, elle constata qu’elle crachait de la poussière humide et noire, ce qui voulait dire qu’elle avait aussi dû en avaler.

Elle ne pouvait pas bouger.
Jetée sur le côté, elle avait le buste coincé de profil contre le sol, mais elle ne sentait plus ses jambes. Plus du tout. Fronçant les sourcils, elle tenta de jeter un œil vers le bas de son corps…
Ne put retenir un gémissement désespéré quand elle vit que le rocher qui la coinçait s’était enfoncé sur le côté de son bassin, l’écrasant contre un pilier métallique.

Tentant de contrôler sa panique, la jeune femme ferma les yeux et se concentra un instant.
Il y avait des voix pas loin, mais elle s’en fichait. Elles n’étaient pas loin, mais en même temps bien trop loin.

Elle essaya de bouger la jambe gauche. Échec.
Jambe droite. Échec.
Au moins les orteils ? Échec.
La panique était en train de monter en elle comme une immense vague de chaleur ténébreuse. Elle pouvait bouger les bras, et tenta de se tirer, de se dégager, mais son bassin ne voulait pas bouger…
Elle appuya de toutes ses forces sur le rocher qui l’immobilisait.
- AAAAAHHHHHH ! le cri de souffrance la surprit, mais elle continua de pousser pour tenter de le transformer en cri de puissance.
Échec absolu.
Frissonnant violemment de tout le haut de son corps, elle fit glisser ses doigts sur sa taille, tenta de toucher ses hanches. Si elle avait mal, tout n’était pas perdu, si ? Quand elle parvint enfin – c’était tellement loin ! – à son pantalon de cuir déchiré, elle voulut toucher la pointe de son bassin…

Des chips.
Sous sa peau, c’étaient des chips. Littéralement.

La panique la submergea en même temps que la douleur, et elle repartit dans les limbes ténébreux.
Noir.

__________________________________________



"She is delightfully chaotic ; a beautiful mess.
Loving her is a splendid adventure
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Syles Agarest
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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Jeu 14 Avr 2016, 23:12

Instinct.

Syles ne dut qu'à l'instinct aiguiser de Lynx de ne pas se retrouver dans un énorme pétrin. Le monstre, quand il avait sentit le bâtiment vibré, avait utiliser sa greffe pour se créer un cocon de métal avec ses chaînes, puis il avait tenté de retenir Kaünis et Gil aussi...

N'avait pas eu assez de chaînes. Quand le toit commença à tomber, avec le morceau auquel il était attacher, il perdit espoir un instant.

Rien qu'un.


~~~

Ah... Il était vivant... C'était déjà ça... Donc son plan avait relativement bien marché... L'envoleur sentait encore le métal contre lui, par chance il était tombé en même temps que le toit, il n'avait donc que quelque débris sur lui qui furent facilement repoussés par ses chaînes... Dévoilant un paysage désolant.

Il vit un petit garçon, suivit d'une blonde qui était dans la chambre quand il était entré, avec Kaünis, en train de tenter d'enlever la roche, mais pourqu--- Kaünis et Gil! Ils étaient la dessous!

Sans jeté un coup d'oeil à ses propres blessures, qui l'aurait désolé par son état lamentable, bien qu'il n'avait rien de trop grave son bras gauche était complètement inutile, casser en trois endroits par l'impact, il commença à faire bouger les rochers de son bras restant et de sa greffe, déplaçant pierre après pierre.

Soudain, il s'arrêta, toussant à cause de toute la poussière qu'il avait ainsi avalé... Tic. Le frontalier tendit l'oreille...

Tic... Tic... Tic...

Un bruit, régulier, venant de sa droite. Le jeune homme commença à déblayer de plus belle dans un regain d'énergie, usant de toute ses forces pour faire bouger un énorme rocher sans porter attention à la ''blondasse'' comme disait Kaü, qui l'aidait, sans penser caché sa greffe un instant, poussant avec le métal contre son épaule et avec son corps, réussit enfin à tout faire bouger, puis à déplacer un plus petit tas de roche pour découvrir Gil et Naïs, sous un comptoir à moitié détruit.

Syles commençait à désespéré pour celle qu'il aimait, sentait son coeur se serrer infiniment... Fut tirer de son désespoir par ce qui semblait être un cris étouffé. Au plus simple, un ''AAAAAAAHHH''... La voix résonna dans son crâne comme un écho alors qu'il courrait vers sa source, tombant à deux fois sur un morceau de l'immeuble, pour enfin s'arrêter devant une pile de roches, au côtés d'une poutre de fer, et de commencer à creuser en criant un nom.

Son nom.

''Kaünis''.


~~~

I will want nothing else to see me through,
If I can spend my lifetime loving you.

Though we know we will never come again,
Where there is love, life begins.

Over and over again.

Save the night, save the day,
Save the love, come what may...

Love is worth everything we pay.

~~~

Il tombait presque de fatigue, les cris s'étaient arrêter, emplissant son coeur et son âme d'angoisse. Il n'abandonnait pas alors que, selon toute logique, n'importe qui aurait crut impossible de la retrouver, il continuait de creuser, sa seule main opérationnelle saignait malgré le gant de fer qu'il lui avait fait, incapable de trouver assez de force pour creuser avec ses membres de métal.

Les larmes coulaient sur ses joues, mélange de désespoir et de douleur... Quand il découvrit enfin un bout de chevelure noire. Creusant avec une énergie nouvelle, ne remarquant toujours pas si les autres étaient encore là, il lui découvrit enfin le visage, le torse... Tenta de lui découvrir les jambes sans succès. Il se glissa tant bien que mal près d'elle, pour lui serrer la tête contre son torse.

Il avait tout raté. Il n'avait même pas été fichu de la protéger quand lui seul en était capable, il n'était même pas foutu de la sortir de là, maintenant, pour la porter chez les rêveurs. La sauver...

Sans même savoir pourquoi, le jeune homme se releva, s'efforça de faire bouger le rocher à nouveau, sans succès, continuant. S'il ne pouvait même pas protéger celle qui lui était le plus cher, s'il ne pouvait pas la sauver quand elle en avait le plus besoin, il n'était bon à rien... Et il préférait mourir au bout de ses forces contre ce fichu rocher que de voir Kaünis se réveiller là, pour le voir ayant abandonner. Tout à coup la roche commença à bouger, comme si une force additionnelle, énorme, l'aidait.

Il tourna la tête, tenta de remercier cette aide dont les formes étaient brouillés par la fatigue... Ne réussis qu'à tomber sans connaissances. Les dernières choses qu'il senti furent une paire de bras le rattrapant pour briser sa chute... Et le désespoir de se dire qu'il n'y était vraiment pas arriver, au final.

__________________________________________


Spoiler:
 

Some people's lives are like their love,
A fragile, flickering flame which might burn out...
I want to live my life like my love for you,
A great flame of darkness which engulfs all,
With you at the center of my world,
Controlling all...

Corrupting all.
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MessageSujet: Re: [-16] Crocs de Lune [Les cavaliers de l'apocalypse]   Jeu 14 Avr 2016, 23:58

C’était le Chaos.
Littéralement. L’immeuble s’était effondré sous les coups de la puissance de la Greffe de Pan, mais cela ne l’avait pas perturbé. Parce que cette même Greffe l’avait protégé des dommages collatéraux : les ondes de choc s’étaient diffusées dans tout son corps, repoussant les blocs éléphantesques qui lui tombaient dessus pour éclater sur son dos. S’écraser sur ses cornes. Plonger sur ses épaules et ses bras.
Il s’était contenté de frapper vers le bas, n’avait pas réfléchi, emporté par une émotion trop puissante elle aussi. Il n’avait pas réalisé que cela ferait tout tomber, que cela briserait les murs et les blocs ajustés de l’immeuble.

Se redressant en bougonnant tout seul, l’Envoleur balaya les gravas du regard alors que la poussière tentait de s’insinuer dans ses poumons. Il la repoussa en plaquant l’intérieur de son coude contre sa bouche et son nez, soufflant du même coup. Il toussa à peine, se redressant de toute sa hauteur, alors que son regard glissait sur les rochers les plus larges.

Un éclair blond bondit soudain par-dessus des meubles ensevelis, et Pan découvrit Makeno juste à sa suite. Jaillissant en avant, l’Envoleur saisit le garçon sous les aisselles pour le serrer contre lui. Ouf, il allait bien, et maintenant…
– Dites quelque chose, n’importe quoi !
La voix paniquée de Libertée ébranla profondément Pan, qui reposa Makeno sur le sol alors qu’un jeune homme était en train de faire bouger des rochers avec… des chaines de métal. S’immobilisant un instant devant cette scène pas commune, Pan comprit rapidement cependant que c’était un autre Envoleur, sans doute un apprenti de Gil ou de Naïs, et s’attela à l’aider.

Il ne savait pas ce qu’il tentait de dégager, mais bientôt l’Envoleur put voir Gil… Soahary et Naïs !
Un intense sentiment de soulagement s’abattit sur lui, lui tirant quelques larmes, mais il ne s’arrêta pas de dégager l’endroit : le bar pouvait s’écrouler à tout moment, et il attrapa Naïs par les épaules pour la sortir de là.
Il la serra contre lui.
Fort.
Peut-être qu’il allait lui briser encore des os, et seule cette pensée ainsi que le cri de protestation de sa fille – leur fille – le fit se dégager légèrement, sans la lâcher toutefois.

Entrainant les deux femmes de sa vie hors des éboulements, Pan n’entendit que d’une oreille le cri qui s’élevait des gravats, alors que le plus jeune des hommes se précipitait vers l’endroit d’où cela venait…
Non, d’abord mettre Naïs, Soahary et Makeno à l’abri.

L’orage n’était pas passé, et quelques éclairs barraient régulièrement le ciel, les éclairant de leur lumière électrique. Mais la pluie, qui les trempait, collait aussi la poussière au sol, l’empêchant de trop se soulever pour les asphyxier vivants.
Là ! L’embrasure d’une porte, le bâtiment d’à côté. Se tournant vers Naïs, il l’assit sur le sol, déposa un baiser sur le crâne de sa fille, puis un second, humide, sur les lèvres de l’Envoleuse.
- S’il te plait, reste là, demanda-t-il d’un ton suppliant, calant une mèche rebelle derrière l’oreille de Naïs. Se redressant, il appela Makeno qui vint se coller contre sa mère lui aussi, levant vers Pan ses yeux dépareillés remplis de sentiments et d’émotions dévastatrices. Il avait envie de le prendre dans ses bras, de le rassurer, mais il y avait encore Gil, le jeune homme et la voix avait été celle d’une jeune femme.
D’autres cris s’élevaient dans les débris, des gens qui n’avaient pas pu s’échapper de leurs propres chambres ou appartements.
- Je reviens, bonhomme, promis. Je dois aider les gens, d’accord ? Il l’étreignit rapidement, avant de se tourner vers les gravats, les yeux humides. Avec la pluie, cela ne se voyait presque pas.

Il se mit à chercher. Poussant les rochers, il dégagea un enfant et une mère, puis un couple, avant de tomber sur le jeune homme qui l’avait aidé à dégager Gil et Naïs. Il s’acharnait sur un énorme rocher qui s’était écroulé sur une silhouette féminine, il pleurait, criait, s’entêtait alors que le poids du gravas devait s’élever à au moins une tonne. C’était un spectacle désolé et désolant, alors que la beauté de la jeune femme éblouissait Pan en même temps qu’elle assombrissait sa vision.
L’Envoleur se précipita en avant quand il vit le jeune homme commencer à trop fatiguer.
Posant un pied de chaque côté de la tête de la femme, Pan se mit à pousser l’énorme roc… Parvint à le faire un peu bouger… Se mordant la langue, l’homme aux cornes vit l’homme tourner de l’œil. Il grogna, poussa plus fort, cherchant dans chacune de ses ressources, dans sa Greffe aussi, la force de dégager cette jeune femme. Voyant qu’il n’y parvenait pas, il lâcha un instant, recula pour tirer le jeune homme plus loin, l’appuyant contre un rocher et lui balançant le contenu de sa gourde sur le visage. Quand il le vit papillonner des paupières, il soupira, avant de revenir vers la jeune femme… Se repositionnant au-dessus d’elle, un pied de chaque côté, il frappa doucement le rocher de son épaule, concentrant sa greffe à cet endroit précis.
Le roc se fendit une première fois, et il recommença doucement, jusqu’à ce qu’il s’effrite en petits cailloux presque innocents. Alors seulement, il bondit en arrière, attrapa la femme sous les aisselles pour la tirer d’un coup….

Le rocher se fendit et s’écroula où elle s’était tenue un instant plus tôt.

Poussant un soupir de soulagement, sentant dans ses bras une poupée de chiffon, Pan la tira jusqu’au jeune homme qui reprenait difficilement connaissance, et la lui laissa.
Il y avait d’autres gens à secourir.

Tout ça, c’était sa faute en plus.
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