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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]

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Darwen Ehsoleim
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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Dim 26 Fév 2017, 00:10

- Si c'est le mot de poésie qui te dérange, oublie-le, il peut être remplacé par d'autres... je ne sais pas si les miens te parleront plus.

Je ne te connais pas, Keilan, mais est-ce que je me trompe si je pense que ce soir, tu tentes de t'ouvrir un peu ? Là, tu es bien en train de m'écouter... enfin, tu essayes, et c'est ce qui compte d'abord. Parce que oui, ce n'est pas une chose facile, et pas seulement pour toi. Bien des gens ne prendraient même pas le peine de m'écouter... Tu es curieux, c'est une qualité.

La somme de nos expériences... peut-être. Mais ça ne me paraît pas contradictoire : ce sont bien tes expériences avec le monde, avec ce qui t'entoure, qui te permettent de t'ouvrir à lui. L'harmonie, la liberté, ce ne sont pas des idées abstraites ; elles se vivent, concrètement, à travers ton expérience du monde, justement. Et même à travers les gestes les plus simples.

C'est une façon de voir propre aux marchombres, oui... mais je ne sais pas si je l'ai vraiment apprise avec eux... je pense que c'est quelque chose qui se trouvait déjà en moi et... mon Maître m'aide à la développer. Je disais que ce n'était pas une chose simple, et c'est justement pourquoi il y a le Maître.  Un Maître marchombre est un guide...


(Bref silence)

Et toi, Keilan ? Quel est ton rapport avec les mercenaires du Chaos ?

(Regard brillant, intéressé)
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Keilan Fil'Areen
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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Dim 26 Fév 2017, 00:56

- Si c'est le mot de poésie qui te dérange, oublie-le, il peut être remplacé par d'autres... je ne sais pas si les miens te parleront plus.
- Non, je grognai faiblement en me levant soudain.

Parce que si, ça me dérangeait mais j’avais du mal à expliquer pourquoi, et aussi parce que j’étais mal à l’aise. Darwen me mettait mal à l’aise. Il était…
… trop proche.

Pas physiquement parlant, quoique, maintenant que j’étais debout j’avais froid au niveau du bras gauche, là où il avait exercé une légère pression avec le sien. Non, c’était plutôt mentalement que Darwen était plus près que je ne l’avais imaginé. Je n’aurais jamais dû le laisser faire. J’étais perdu, déboussolé, et si je m’en allais ? Comme j’avais déjà projeté de le faire un certain nombre de fois au cours de la soirée ?

- Je ne te connais pas, Keilan, mais est-ce que je me trompe si je pense que ce soir, tu tentes de t'ouvrir un peu ? Là, tu es bien en train de m'écouter... enfin, tu essayes, et c'est ce qui compte d'abord. Parce que oui, ce n'est pas une chose facile, et pas seulement pour toi. Bien des gens ne prendraient même pas le peine de m'écouter... Tu es curieux, c'est une qualité.
- Non, soufflai-je.

Mais il avait raison : j’étais incapable de tourner les talons. J’avais un petit peu le vertige, à cette hauteur, même si j’avais de bonnes raisons de croire qu’un escalier de service, au moins, me permettrait d’arriver sain et sauf jusqu’en bas. Darwen restait calme. Il l’était depuis le début. Il avait pourtant l’air de contenir une énergie incroyable, entraperçue au cours de notre ascension.

Je restai debout, le menton dans mon écharpe, à quelques pas de lui. Incapable de faire le moindre geste tandis qu’il poursuivait de cette voix légère, vibrante de certitudes :

- La somme de nos expériences... peut-être. Mais ça ne me paraît pas contradictoire : ce sont bien tes expériences avec le monde, avec ce qui t'entoure, qui te permettent de t'ouvrir à lui. L'harmonie, la liberté, ce ne sont pas des idées abstraites ; elles se vivent, concrètement, à travers ton expérience du monde, justement. Et même à travers les gestes les plus simples.

Une intervention dans une bagarre de rue, une invitation à manger dans une auberge, une balade sur les toits de la ville, un bond formidable, hors du temps, du possible et de l’imaginable pour m’empêcher de tomber… Des gestes simples ? Non. Et rien, cependant, n’avait poussé Darwen a les réaliser. Je levai un peu la tête de mon écharpe. Et si c’était ça, la liberté dont il était en train de s’évertuer à me décrire ?

- C'est une façon de voir propre aux marchombres, oui... mais je ne sais pas si je l'ai vraiment apprise avec eux... je pense que c'est quelque chose qui se trouvait déjà en moi et... mon Maître m'aide à la développer. Je disais que ce n'était pas une chose simple, et c'est justement pourquoi il y a le Maître.  Un Maître marchombre est un guide...

Il se tut, pensif. Il ne me regardait plus et j’en profitai pour observer son profil. La nuit se disputait avec la lumière de la lune, dessinant des ombres qui creusaient ses traits sans rien ôter à leur délicatesse. Tourne les talons, Kei. Fiche le camp. Maintenant.

- Et toi, Keilan ? Quel est ton rapport avec les mercenaires du Chaos ?

J’avais tourné la tête en même temps que lui pour échapper à son regard. Les yeux fixés sur les tuiles d’ardoise, je fronçai les sourcils.

- Je ne sais pas encore. Je cherche des réponses.

Il allait devoir se contenter de ça ! Le silence revint, les coups de vents me malmenèrent de plus belle. Près de Darwen il faisait plus chaud.

- Ecoute, je te remercie pour tout ce que tu as fait pour moi ce soir, mais…

Ne pas hésiter. S’affranchir du moindre doute, se conformer à la seule et unique route possible. C’était ainsi que je devais fonctionner.

- Mais…

Perdre mes moyens est ce qui m’effraie le plus. Et c’est exactement ce qui se produisit lorsque je croisai soudain le regard si clair de Darwen. Il m’avait eu ! J’étais incapable de détourner les yeux cette fois et je retins mon souffle, comme si ça pouvait servir à quelque chose…

Mon cerveau, prodigieusement agacé par cette réaction, tenta de se dépatouiller de cette situation mais mon corps, lui, refusa tout net de lui obéir. Mes poumons semblaient avoir cessé de fonctionner. Je savais que je ne pouvais pas mourir ainsi – et heureusement d’ailleurs – mais les secondes qui s’écoulèrent alors me parurent aussi longue qu’une éternité.

Et je pèse mes mots. Les images, c’est pas du tout mon fort.


[Je ne fais rien avancer du touuuut ><"]

__________________________________________

"Je ne suis pas un psychopathe. Je suis un sociopathe de haut niveau."


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Darwen Ehsoleim
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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Dim 26 Fév 2017, 21:02

[T'inquiète ! Keilan est est personnage génial, mais pas facile x) Par contre, je te laisse la suite...  Wink]






Il parlait trop.

Il l'avait bien vu, pourtant, que Keilan avait du mal à communiquer avec les autres. Il avait bien vu qu'il s'était trouvé mal à l'aise plusieurs fois au cours de la soirée. Il avait bien vu qu'il n'était pas ordinaire. Mais... malgré tout, le jeune homme avait accepté de le suivre, que ce soit dans la taverne du Navire échoué ou en haut de cette tour. Il avait même engagé le jeu de fléchettes, dans l'auberge ! Alors Darwen avait pensé qu'il s'était trouvé plus ou moins en confiance, et qu'il avait réussi à surmonter ses difficultés pour lui parler et l'écouter.

Il avait pensé... que lui avait réussi à le mettre en confiance.
Et puis quoi, encore ?

Qu'est-ce que tu croyais, mon vieux ? Qu'en lui parlant des marchombres il comprendrait tout de suite ? Que tu étais capable d'enseigner ce qu'est la Voie à un inconnu, alors que tu es encore un apprenti ?

...Que tout le monde pouvait succomber à ton prétendu charme ?

Alors qu'il l'avait senti empli de curiosité quelques minutes plus tôt, qu'il l'avait vu sourire, qu'il avait cru le voir de plus en plus à l'aise, Darwen vit du coin de l’œil que Keilan se levait soudain pour s'éloigner et détourner le regard du sien, complètement désorienté.

Et c'est toi qui lui parle d'ouverture ! Tu n'es même pas capable de percevoir son angoisse...

Alors qu'elle était presque palpable.

Le jeune mercenaire ne partait toujours pas, pourtant. Et même s'il avait retrouvé sa manière habituelle de converser et que ses réponses étaient pour le moins laconiques, il continuait de lui répondre. Darwen s'avoua qu'il avait, effectivement, du mal à le comprendre.

- Écoute, je te remercie pour tout ce que tu as fait pour moi ce soir, mais... Mais...

Là, ça n'allait pas du tout !

Il devait agir, mais comment ? S'avancer vers lui, parler, risquait d'accentuer son trouble, de le faire paniquer. Visiblement incapable de bouger, Keilan semblait pourtant attendre une réaction de sa part, un geste, quelque chose. Son immobilité semblait un appel à l'aide. Allons, mon vieux ! Tu t'es fourré dans cette situation tout seul, alors maintenant, faut gérer !

L'apprenti marchombre se leva lentement, en prenant garde de ne pas croiser le regard anxieux du garçon – il avait bien vu que cela le mettait mal à l'aise.

- Je suis désolé, dit-il pour la seconde fois de la soirée. Je parle beaucoup trop et j'aurais dû voir que ça te mettait mal à l'aise.

Il respira calmement, cherchant quoi lui dire.

En fait, l'attitude de son interlocuteur lui rappelait terriblement les crises qui précédaient ses métamorphoses, lorsqu'il ne les contrôlait pas encore. Il ferma les yeux un instant, tentant de chasser les mauvais souvenirs pour se concentrer sur Keilan.

- Je vais t'aider à descendre d'ici. Ensuite, je partirai, d'accord ?

Le jeune homme ne lui répondit pas, mais 'Wen capta la lueur dans son regard.

Bon. Déjà, descendre.

Il était hors de question de se lancer dans une désescalade du bâtiment ; Darwen s’avança vers la trappe éclairée par un rayon de lune. Elle était fermée. Qu'à cela ne tienne, pensa l'apprenti marchombre en tirant une mince tige de métal de l'une de ses poches. Agenouillé sur le sol, Il ne lui fallut qu'une poignée de secondes pour crocheter la serrure, dont le mécanisme était bien plus facile à percer que la plupart de ceux devant lesquels Syndrell l'avait mené à se confronter. La lumière pâle dégagée par le ciel étoilé vînt découvrir un petit escalier de bois ; Darwen s'assura qu'il était en bon état avant de se tourner vers Keilan.

- On peut aller, affirma-t-il avec un sourire rassurant.

Et, voyant l'incertitude qui flottait toujours sur son visage, il se décida à lui prendre la main.


***



Ils touchèrent les pierres du sol d'Al-Vor une vingtaine de minutes plus tard. Il avait fallu passer à l'intérieur de l'immeuble pour descendre, mais l'escalier, dont les marches s'étaient changées en pierre et avaient formé une forme en colimaçon à partir de l'étage inférieur, ne traversait aucune pièce habitée et se contentait de se dérouler le long d'un couloir aux murs assez épais pour que les deux hommes ne soient pas entendus, où seulement des portes fermées s'étaient montrées à chaque nouvel étage. De toutes façons, Keilan était assez discret, ce qui d'ailleurs correspondait bien à son caractère.

La porte d'entrée n'était pas verrouillée de l'intérieur, et Darwen n'avait même pas eu besoin de sortir à nouveau son amie de métal.

A regret, il lâcha enfin la main de Keilan, pour se tourner vers lui.

- Si tu te sens mieux, je crois qu'il est préférable que je te laisse, maintenant.

La sensation désagréable d'avoir déjà vécu cette scène, quelques années plutôt, le mettait mal à l'aise.


"Tout ce que je te demande, c'est de rester encore un peu, avant que l'on se quitte définitivement pour suivre nos Voies si différentes... Parce que, malgré elles, je suis bien avec toi."
"Pas d’auberge, pas d’autre chose. Je vais sortir d’Al-Chen, tu fais ce que tu veux. Parce qu’il faut de toutes façons bien se séparer."


Il lui avait répondu qu'elle avait raison. Avait-il raison de laisser seul Keilan, maintenant ?

- J'aimerais juste te poser une question...

Pourquoi n'es-tu pas parti plus tôt ?


Malgré lui, 'Wen se mordit la lèvre inférieure.

Décidément, homme stupide, tu es incorrigible...

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Keilan Fil'Areen
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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Dim 26 Fév 2017, 22:50

[Ben... mrred]



C’est lui qui baissa les yeux en premier. Interloqué, je le vis se lever doucement puis se tourner vers moi ; cette fois, il ne chercha pas mon regard. Sa voix était plus mesurée lorsqu’il prit la parole.

- Je suis désolée, je parle beaucoup trop et j’aurais dû voir que ça te mettait mal à l’aise.

Ce qui était drôle, c’est que j’avais plutôt l’impression qu’il était soudain le moins à l’aise de nous deux ! Il était plus raide, plus… distant. Pas méfiant mais indécis. Je le devinais à sa façon de se tenir. J’étais embêté parce que je savais que c’était à cause de moi. Alors, quand il me proposa de m’aider à descendre, puis de s’en aller, je ne répondis rien. N’était-ce pas ce que j’avais souhaité ?

Il se déplaça sur les tuiles inclinées, pas le moins du monde gêné par la hauteur et le vent qui soufflait plus fort, et s’accroupit devant une trappe. Elle était fermée. Pas pour Darwen… il crocheta la serrure en une poignée de secondes. Je secouai la tête par-dessus son épaule. Est-ce qu’il lui arrivait de se trouver démuni ?

- On peut y aller.

Je jetai un coup d’œil à l’escalier en bois. C’était moins risqué que le chemin que nous avions pris à l’aller, mais…

… sa main vint prendre la mienne, aussi naturellement qu’elle avait forcé la serrure, et je frémis à peine, cette fois. Je ne cherchai pas à retirer mes doigts. Je les resserrai même légèrement, puis emboîtai le pas à ce garçon qui, décidément, m’intriguait un peu plus à chaque seconde.

C’est à cela que je songeais en descendant de la tour, juste derrière lui. Je pensais à cette conversation sous les étoiles, à la chaleur de son épaule contre la mienne, à la bienveillance de ses paroles. Jamais encore je n’avais rencontré une personne qui lui ressemble.

Jamais.

Ni lui ni moi n’avons troublé le silence qui nous enveloppa tout au long de notre descente. Seul le bruit de nos pas résonnait tout doucement. Je fus soulagé d’arriver en bas : tourner dans le même sens pendant si longtemps était franchement lassant. On aurait dit qu’il faisait moins froid dehors, mais c’était juste une impression : dans la rue, le vent soufflait moins fort. Darwen libéra ses doigts et recula.

- Si tu te sens mieux, je crois qu’il est préférable que je te laisse, maintenant.

Je restai silencieux. Sans doute… Après tout, nous n’étions pas sensés nous croiser ce soir, il s’était juste trouvé là au moment où j’étais dans une mauvaise posture. Nous n’étions pas sensés manger ensemble non plus, ni grimper en haut d’une tour pour admirer la ville depuis les nuages. Nous n’étions pas supposés développer des relations sociales, lui et moi. Je fixai le bout de mes chaussures.

- J’aimerais juste te poser une question… Pourquoi n’es-tu pas parti plus tôt ?

Voilà. Ça, c’était une bonne question. Et elle méritait une réponse. Darwen méritait ma réponse. Je la lui offris dans un souffle.

- Parce que je n’ai jamais été aussi à l’aise avec quelqu’un.

Vraiment, je ne sais pas pourquoi les gens passent leur vie à chercher les sentiments. A vouloir les ressentir. Bon sang, ça me chauffait les joues et je n’aimais pas ça du tout ! Mais je voulais qu’il comprenne… si j’étais gêné ce n’était pas à cause de lui ; j’avais simplement un rapport unique aux émotions, particulièrement quand elles étaient déclenchées de cette façon.

- Oui, tu parles trop.

Fichue spontanéité…

- Mais ça ne me dérange pas du tout.

Je perçus son hésitation. La mienne était-elle aussi palpable ? Il fallait que je change de sujet.

- Où est-ce que tu vas aller, maintenant ?

Je pense très sincèrement qu’il y avait nettement mieux, comme changement de direction. Mais bon. Ce qui était fait était fait. Je frissonnai malgré mon écharpe, pourtant il ne faisait pas si froid. La fatigue, alors. Oui, à bien y réfléchir, j’étais épuisé. Cette soirée vraiment étrange me demandait pas mal d’efforts. L’ascension de la tour m’avait vidé.

- Si ce n’est pas trop loin, je peux peut-être t’accompagner…

Ah bon ? Là, j’étais quand même un petit peu dépassé. Je réfléchissais davantage avant de parler, d’habitude. En fait, c’était même rare que je parle autant. Alors forcément, j’étais le premier surpris…

La vérité, c’est que je n’avais pas envie qu’il s’en aille.

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Darwen Ehsoleim
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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Sam 03 Juin 2017, 13:26

["Je ne sais pas trop ce qu'on pourrait encore faire maintenant" haha Rolling Eyes C'est très, très court, mais je ne voulais pas anticiper sur la réponse et la réaction de Kei ^^]






- Parce que je n’ai jamais été aussi à l’aise avec quelqu’un.

Ah bon ? Malgré lui, Darwen fronça les sourcils un instant. Décidément, il ne comprenait plus rien. Keilan ne lui avait-il pas montré justement qu'il était mal-à-l'aise à plusieurs reprises durant la soirée ? Curieux, il laissa le jeune homme continuer, et sourit devant sa franchise et sa spontanéité.

- Où est-ce que tu vas aller, maintenant ? Si ce n’est pas trop loin, je peux peut-être t’accompagner…

Le marchombre passa une main dans ses cheveux, en essayant de dissimuler sa surprise.

- Eh bien... A vrai dire, je me dirigeais vers le pays faël pour rendre visite à des amis. Je pensais repartir demain matin, pour arriver là-bas deux jours après. En fait, je ne sais même pas où ils habitent vraiment... En matière de « pas trop loin », je crois qu'on peut repasser en tous cas, ajouta-t-il en riant.

Il croisa le regard de Keilan, lui adressant un large sourire.

- Il est déjà tard, je ne sais pas trop ce qu'on pourrait encore faire maintenant et je comptais partir tôt demain - d'ailleurs je crois qu'on a tous les deux besoin de dormir. J'ignore ce que tu as prévu, mais si tu veux, on peut se retrouver aux premières lueurs de l'aube et partir ensemble. Ça ne me dérangerait pas que tu m'accompagnes, même pour un bout de chemin... Au contraire.

C'était peut-être étrange de faire une telle proposition à une personne qu'il avait rencontrée quelques heures plus tôt. Mais Keilan lui-même n'était-il pas un peu étrange ? Ou plutôt, hors du commun.

Et puis, s'il était bien avec lui...

- Tu as une monture ? lui demanda 'Wen, les yeux brillants.

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Keilan Fil'Areen
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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Lun 05 Juin 2017, 13:56

[Mon pauvre Darwen, dans quoi est-ce que tu viens de t'embarquer... Rolling Eyes]



Le Pays Faël, hein ?
Je fermai les yeux. Trop loin. Oh bien sûr, j’étais tout à fait capable d’y arriver… enfin, je crois. J’ai parcouru le Grand Océan en long, en large et en travers. Oui, je peux le faire. Sauf que je ne le ferai pas. Parce qu’un cours m’attend, parce que j’ai encore des choses à découvrir, ici, avant d’aller plus loin, et parce que…

« Il est déjà tard ». C’est Darwen qui l’a dit, pas moi. Et il a raison. A force d’hésitations, on perd ce qui est réellement important. L’essentiel se fiche pas mal des détails, en fait. Merde ! Pourquoi c’est si dur de revenir à la réalité ? Je me mordis la langue – je sais pourquoi : parce que dès lors qu’on s’attache, on s’ouvre au risque de souffrir. Une bonne raison de ne pas laisser les sentiments prendre le dessus. Pas question qu’ils viennent tout briser.

Je rouvris les yeux, levai la tête et croisai le regard de Darwen… avant de baisser à nouveau le mien. Je capitulai. C’était trop difficile. Trop dangereux. Mieux valait rester dans un périmètre de sécurité que je connaissais bien. Mon menton disparut dans mon écharpe.

- Oui, mentis-je en réponse à sa question.

Pas de cheval, non. J’étais encore bien trop fauché pour en acquérir un !

- On se retrouve ici à l’aube, alors…

Mon affirmation sonnait faux, même à mes oreilles, pourtant je vis Darwen hocher la tête et, après une infime hésitation, tourner les talons. Alors, mon cœur s’emballa. J’allais le perdre. J’allais le perdre parce que ni lui, ni moi ne viendrions ici demain : c’était comme ça. Il allait partir pour le Pays Faël et moi, j’allais rentrer au Domaine. Parce que j’étais le jour et lui, la nuit. Parce qu’il était brave et serein quand j’étais indécis et silencieux. J’allais le perdre à cause de différences bien trop importantes.
C’était un Marchombre.

Et moi…

Il allait disparaître. Quelques secondes et la nuit l’envelopperait. La nuit dont il semblait fait. Moi, je restai planté là, au beau milieu de la rue, légèrement tremblant. Le cœur battant.

Soudain, je levai la tête.


* ~ *~ *


Le petit garçon pleurait toute les larmes de son corps. C’était assez rare, voire même extraordinaire pour que tout le monde, dans la salle du manoir, se fige brusquement… et ne sache pas quoi faire. Alors, comme d’habitude, ce fut Qyllie qui trouva les gestes et les mots justes. Elle souleva l’enfant qui s’accrochait désespérément à ses jupons et le serra contre elle.
Fort.

- Ne t’arrête pas, souffla la jeune nourrice en caressant les cheveux de son protégé. C’est bien. Tu en as besoin…
- Pour…quoi ?
- Parce que tu es un être humain, Lean.


Les pleurs redoublèrent.
Déchirants.

- Je… ne suis pas… comme les autres.
- Je sais.


Qyllie avait compris cette différence bien mieux qu’aucune autre personne présente. Elle regarda les parents du petit garçon, qui s’étaient remis à manger comme si de rien n’était. *Oui, vous avez raison. Cachez-vous de lui, de ce qu’il est et de ce qu’il n’est pas… Cachez-vous de votre fils. Restez lâches. Moi, je suis là pour lui.*

- Je sais, répéta la jeune fille en reculant pour essuyer les joues de l’enfant. Tu n’es pas un petit garçon ordinaire, Lean Fil’Aren. Quand on te regarde, on dirait que tu n’aimes rien, ni personne. Alors qu’en réalité, lorsque tu t’attaches à quelque chose, ou à quelqu’un, c’est très fort, unique, et c’est pour la vie.
- Et… c’est… mal ?
- Non, Lean. C’est extraordinaire. Tout comme toi.


Extraordinaire…



* ~ * ~ *


J’ai finalement franchi cette limite que j’ai pourtant essayé d’éviter toute la soirée. Il n’a suffi pour cela que de quelques pas. Quelques enjambées pour réduire la distance nous séparant, lui et moi. Quelques battements de cœur désordonnés. Et puis j’ai agrippé sa tunique, dans son dos, et… je n’ai pas su quoi faire, alors j’ai posé mon front contre ses omoplates.

- Reste…

Je ne savais même pas ce que je voulais dire par-là. Rester où ? Dans cette rue ? Dans ma vie ? C’était désespérant. J’étais désespérant. A tel point que je mordais la lèvre jusqu’au sang. Comme si la douleur pouvait me faire réagir, me redonner conscience, m’empêcher de faire des bêtises. De m’attacher. Parce que, quand je m’attache, c’est fort. Unique.

Et c’est pour la vie.

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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Jeu 08 Juin 2017, 12:24

[Bon, ben voilà x) Je dois être trop influencée par les drama coréens Dis-moi si quelque chose te dérange, comme on sait jamais avec Kei ^^]







Keilan lui répondit à l'affirmative, pourtant 'Wen sentit que quelque chose sonnait faux. Hésitant un instant, il observa le visage du garçon quelques secondes, lui adressa un léger sourire, et finit par lui tourner le dos pour se diriger vers l'auberge où il avait sa chambre. Même si Kei était difficile à comprendre, cette seule soirée passée en sa compagnie suffisait au marchombre pour douter de ses véritables intentions pour le lendemain. Son nouvel ami n'était pas du genre à se rendre à de tels rendez-vous, à s'engager à l'improviste dans un voyage avec un homme dont il venait de faire la connaissance. Conscient qu'il n'allait pas revoir le jeune homme de sitôt, Darwen s'éloignait avec les mains dans les poches et un pincement au cœur lorsqu'il sentit le changement, derrière lui.

Infime torsion de l'espace, souffle qui se modifie, et puis les bruits de pas, rapides et légers. Il stoppa sa marche et son cœur se serra alors que le front de Keilan appuyait légèrement contre son dos.

- Reste...

'Wen songea d'abord que jamais personne ne lui avait dit ça, avec cette voix-là.

Il se demanda ensuite pourquoi Keilan le lui disait, alors qu'il venait de lui proposer un rendez-vous. Je n'ai jamais eu l'intention de partir. Contrairement à toi, n'est-ce pas ?

Enfin, il se tourna lentement vers lui, puis, sans réfléchir, posa doucement une main sur sa joue et l'embrassa.

Constatant un léger goût de sang sur ses lèvres.


***



- Hum, eh bien... je peux dormir sur le tapis, ça ne me dérange pas. Et tu as vraiment besoin de sommeil, ajouta 'Wen en considérant les paupières lourdes de son... ami.

Un quart d'heure plus tôt, il avait à nouveau saisit sa main pour l'entrainer à sa suite dans la rue, puis dans l'auberge. Il ne l'avait pas lâchée en entrant dans le bâtiment et le patron leur avait jeté un coup d’œil circonspect mais fatigué en leur tendant les clés de la chambre.

Ils se trouvaient désormais dans cette dernière et, contemplant le seul lit de la pièce, Darwen essayait de dissimuler son léger embarras et ses pensées bouillonnantes, tout en se doutant que Keilan était bien celui qui devait être le moins à l'aise.

Il n'attendit pas la réponse du jeune homme et ouvrit un placard en quête d'une couverture supplémentaire, qu'il étala sur le tapis – heureusement assez large – qui se trouvait au pied du lit. Le temps de faire un tour à la salle de bain rudimentaire qui jouxtait la pièce, lorsqu'il revînt Keilan était déjà endormi, allongé encore tout habillé sur le lit. Ne retenant pas un sourire attendri, le marchombre ne put s'empêcher de fixer un moment le visage assoupi du garçon. Il lui sembla soudain beaucoup plus vulnérable qu'il ne semblait l'être éveillé. C'était comme si l'ancien pirate quittait sa carapace d'acier le temps du sommeil...

Soulagé en découvrant une seconde couverture dans le seul placard de la chambre, Darwen la déposa sur le corps endormi de Kei. A l'abri de son regard, il put ôter sa tunique et son pantalon et se glisser sous sa propre couverture avec un soupir d'aise, prenant conscience qu'il avait lui aussi bien besoin de sommeil.

Pourtant, il n'arrivait toujours à dormir vingt minutes après, et ce n'était pas à cause du contact dur du sol. Les bras croisés sous son crâne et les yeux grands ouverts, il murmura à la nuit.

- Viens avec moi demain, Kei.


***



Contrairement à ce qu'il avait imaginé, il n'avait pas eu besoin de le réveiller le lendemain matin, alors que les premières lueurs de l'aube coloraient à peine le ciel, derrière le rideau de la fenêtre. Après avoir avalé ensemble un solide petit-déjeuner mêlant pain tartiné de miel et œufs brouillés, Darwen avait payé l'aubergiste et conduit Keilan jusqu'à l'écurie où se reposait tranquillement Nyu.

La petite jument lui fit la fête en le voyant et accepta avec joie la pomme qu'il lui tendait.

- Voici Nyu. Comme tu peux le voir, c'est l'une des juments les plus gentilles que l'on peut trouver ! En fait, elle ne m'appartient pas, elle était au Maître de mon Maître mais comme je n'ai pas de monture à moi, je l'emprunte de temps en temps.

L'apprenti marchombre avait parlé tout en brossant avec application les poils soyeux de la jument. Quand il eut terminé, il se tourna vers son compagnon en souriant.

- Je ne sais plus ce que tu m'as répondu hier, si tu avais une monture.

En réalité, il s'en souvenait très bien, mais Kei avait paru peu sûr de lui lors de sa réponse et il préférait éviter de le ramener à son mensonge – dont il était presque certain.

- Sinon, Nyu pourra bien nous supporter tous les deux pendant un temps, et on peut aussi la monter chacun notre tour. On n'est pas pressé, après tout, ajouta-il avec un sourire.

Un sourire un peu triste, parce qu'il savait que s'il avait – à priori – du temps devant lui, c'était parce qu'il n'avait toujours pas de nouvelles de Syndrell. Et son inquiétude grandissait de jour en jour.

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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Jeu 08 Juin 2017, 23:02

[Arrête, c'est troooop mignon - je fonds !!! ]



Naya est la seule personne qui ait jamais pu m’approcher de près. Il avait cette… aura magnétique, cette force en lui qui m’attirait comme un papillon de nuit est attiré par la lumière. Et comme le papillon je m’y suis brûlé les ailes. J’ai baissé ma garde, à la fois parce qu’il était mon capitaine et parce qu’il obtenait toujours ce qu’il voulait. Je crois que j’étais fasciné par cette façon de posséder les choses et les gens, moi qui n’accordait aucune importance à ce genre de rapports.

Est-ce pour cette raison que je l’ai laissé aller aussi loin ? Non… j’ai vraiment ressenti quelque chose, cette première fois où il m’a serré dans ses bras. Un peu trop brusquement peut-être, mais Naya n’avait jamais appris la douceur. Et moi non plus. J’ai supposé que sa brutalité était normale. Qu’entre hommes, c’était forcément la rudesse qui dominait. Que l’un des deux devait dominer. Naya avait tout du dominateur, il… exerçait son pouvoir sur moi sans que je m’en aperçoive. C’était du moins ce que je voulais me faire croire.

Je me souviens encore de la façon dont il m’a soulevé de terre, la première fois, pour me jeter sur son épaule et m’emmener dans sa cabine. J’étais sidéré. Mon caractère et ma nature créaient un vide autour de moi, une bulle protectrice qu’il avait fait éclater sans commentaires inutiles ; mais ce qui me surprenait le plus, c’était que je ne m’en offusquais pas. Pas vraiment. Pas souvent.

Naya est mort et moi, je suis redevenu Keilan le solitaire.
L’intouchable.

Jusqu’à ce que…


* ~ * ~ *


Frôlement.

Extraordinairement lent. Je me figeai comme un bout de bois, peinant à réaliser ce qui était en train de se produire, mais mon cœur, lui, galopait comme un cheval en furie. Darwen avait posé ses lèvres contre les miennes. Non… pas tout à fait. C’était plus subtile encore. A la fois moins que ça et plus que ça.  Moins que ça parce qu’il me touchait à peine, comme s’il avait peur qu’un contact trop prononcé me fasse fuir – et il n’avait pas tort. Plus que ça parce que…

… parce que c’était nouveau. Ce que ce frôlement déclencha en moi me rappela les tornades que j’avais croisées au large du Grand Océan : un gigantesque tourbillon qui créé une sensation de vertige, d’angoisse et d’excitation mêlées. Je n’étais pas capable de définir autrement ce que je ressentais, trop peu habitué à ressentir des choses. Et encore moins à analyser ces sentiments.

Il ne m’a pas jeté sur son épaule.
Il a pris ma main.

Et je l’ai suivi de mon plein gré.


* ~ * ~ *



- Hum, eh bien… je peux dormir sur le tapis, ça ne me dérange pas. Et tu as vraiment besoin de sommeil.

Comme j’étais en train de bâiller à m’en décrocher la mâchoire, je n’ai rien ajouté. J’étais épuisé. Physiquement, j’étais au bout du rouleau, entre la tension de ces dernières heures et cette escalade nocturne ; mentalement… c’était le chaos. Je n’étais pas accoutumé à ressentir autant de choses nouvelles et différentes à la fois. En d’autres circonstances et si je n’étais pas aussi fatigué, j’aurai pu faire une crise de panique.

Un regard vers Darwen en train d’étaler une couverture par terre me convainquit du contraire : non. Il n’y aurait pas eu de crise de quoi que ce soit car, parmi les nœuds émotionnels qui s’étaient formés en moi subsistait une certitude, fragile mais réelle : j’avais confiance en lui. J’étais vaguement embarrassé à l’idée de le chasser de son lit, au moins autant lorsque j’envisageais qu’il puisse finalement dormir à mes côtés, mais sa présence me rassurait.

Voilà pourquoi, alors qu’il était en train de s’affairer dans la salle d’eau, je me suis endormi, allongé en travers sur le lit et toujours vêtu de pied en cape.

Une première… !


* ~ * ~ *



C’est sa respiration qui me réveilla. J’ai un sommeil très léger. Je remuai un instant, incapable de comprendre comment j’avais atterri dans ce lit – non, sur ce lit – que je ne connaissais pas et puis, tout à coup, je me suis souvenu. Je me redressai vivement ; j’étais seul dans le lit. Où est-ce que… ? A quatre pattes, j’avançai jusqu’au bout du lit et découvris enfin Darwen. Il dormait à poings fermés sur le tapis où il s’était installé la veille. La couverture avait glissé quand il s’était battu dans ses rêves, dévoilant ses muscles fins et ses membres déliés.

Ce n’était peut-être pas très bien, mais je l’ai regardé un moment. Je le trouvais changé dans son sommeil. Je veux dire, c’était toujours lui, avec ses boucles sombres, les lignes droites de sa mâchoire, le dessin de ses sourcils, mais il me paraissait soudain plus vulnérable. Plus… comme moi. Perplexe, je tendis la main sans réfléchir… et la ramena dans un sursaut, avant d’avoir eu le temps de le toucher, quand il remua soudain. Le temps qu’il se réveille, j’étais déjà dans la salle d’eau.


* ~ * ~ *


- Je ne sais plus que ce tu m’as répondu hier, si tu avais une monture.

Je clignai des yeux. Darwen avait fini de brosser son cheval – Nyu – et me regardait à présent avec sa bienveillance teintée d’espièglerie. Lui et moi savions que je n’avais pas donné de réponse, bien sûr. Mais ce matin, j’étais soulagé qu’il me tende à nouveau la main.

- En fait…
- Sinon, Nyu pourra bien nous supporter tous les deux pendant un temps, et on peut aussi la monter chacun notre tour. On n’est pas pressés, après tout…
- Je veux bien.


Je tendis la main et laissai Nyu sentir mes doigts. Elle aussi frôlait ma peau, comme… A la seconde où je me souvins du baiser de Darwen, je sentis mes joues s’échauffer brusquement.

- On y va ? lançai-je, un peu trop vivement peut-être.

Un sourire spontané et ravi se dessina alors sur mes lèvres quand je réalisai que je m’en allais. Ce n’était pas prévu, et c’était avec… pouvais-je encore dire de Darwen qu’il était un inconnu ? C’est vrai, je ne savais pas grand-chose de lui, mais il m’avait offert un secret : c’était un marchombre. Ce qui le faisait passer d’inconnu à « ennemi ». Un ennemi qui m’avait sorti du pétrin dans lequel je m’étais fourré, qui avait passé la soirée avec moi et qui m’avait cédé son lit sans rechigner. L’ennemi était devenu « ami ».

Un ami qui m’avait embrassé.

J’ignorai quel nom je pouvais donner à cet « ami » mais ce n’était pas si important, au fond ; l’essentiel, c’était ce départ. Peut-être pas jusqu’au Pays Faël. Peut-être au-delà. J’étais bien incapable de déterminer l’avenir et c’était déstabilisant, mais j’avais envie de suivre Darwen. Il se hissa sur le dos de Nyu sans effort, puis tendit la main.

La main de Darwen… c’était par ce lien que tout avait commencé.
Serein comme je ne l’avais jamais été, j’abandonnai ma main dans la sienne et m’aidai de cet appui pour grimper derrière lui.


* ~ * ~ *


- Darwen…

Je gigotai sur la selle. Cela ne faisait pas une demi-heure que nous étions partis et l’ivresse du voyage m’avait bel et bien envahi, mais…

- J’ai…

Il était trop près. De moi, je veux dire. Nyu avait une démarche qui m’obligeait à passer mes bras autour de la taille de Darwen pour me tenir en selle. Je sentais ses muscles à travers sa tunique. Le problème, c’est que ce n’était pas cela qui me mettait soudain mal à l’aise.
C’était moi.

- Je vais marcher.

Je dégringolai presque du dos de Nyu et passai une main nerveuse dans mes cheveux. Super, Kei ! Il ne va pas du tout regretter de t’avoir emmené, à présent ! En colère contre moi-même, et surtout après la chaleur qui était née dans le creux de mon ventre lors de notre chevauchée, j’enfonçai les mains dans mes poches et tâchai de me reprendre en inspirant vivement.

- J’ai des courbatures, expliquai-je en me mettant à marcher doucement.

C’était vrai : j’avais mal absolument partout. L’escalade avait laissé ses marques.

- J’allais parier que toi non, mais comme tu as dormi par terre, tu dois être un peu raide…

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"Je ne suis pas un psychopathe. Je suis un sociopathe de haut niveau."


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Darwen Ehsoleim
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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Jeu 15 Juin 2017, 11:25

- Oh, je dors souvent à la belle étoile, tu sais, et pas toujours avec quelque chose à mettre entre le sol et moi. Sans compter que les étirements permettent de gommer le plus grand nombre de courbatures, ajouta Darwen avec un clin d’œil malicieux en direction de son compagnon de route.

Tranquillement, l'homme fit signe à la jument de s'arrêter et sauta au sol, adressant un sourire à Keilan.

- Je vais marcher aussi. Autant laisser Nyu se reposer un peu...

Et ils reprirent leur marche, suivant la route qui sinuait entre les collines.


***



- Attention !

La flèche fusa dans l'air, à quelques centimètres à peine de la tête de Keilan, qui s'était écarté pile au bon moment. Quelques secondes plus tard, les deux hommes et la jument se trouvèrent face à quatre hommes surgis des buissons. Darwen devinait aisément la présence du cinquième dans l'arbre d'où avait été tirée la flèche. Leurs attaquants semblaient être de simples brigands pas vraiment dangereux : ils possédaient certes qui une hache imposante, qui une épée courte et massive ou un genre de gourdin assez épais, mais ils n'avaient pas été très rapides à se poster devant eux et leurs mouvements paraissaient assez patauds à l'apprenti marchombre. Ce dernier adressa un sourire confiant à celui qui semblait être le chef, car plus proche de ses « proies » que ses hommes, de quelques pas.

- Tu vas moins rire dans deux minutes, quand je vous aurai complètement détroussés et attachés à poils contre un arbre, toi et ton pote.
- Deux minutes ? demanda Darwen avec un air faussement surpris. Ça me paraît bien long. Je parie que dans trente secondes, vous vous retrouvez tous à ramper par terre !

Le bandit cligna des yeux, puis éclata de rire, imité par ses subalternes, avant qu'une étincelle de colère ne fasse enfin briller ses petits yeux sombres.

- Bien, j'ai changé d'avis. Trente secondes, ce sera le temps que je vais mettre pour vous faire prendre un bain dans votre sang !

Sans prendre la peine de lui répondre, Darwen lança un clin d’œil à Keilan, alors que les trois hommes derrière le chef s'avançaient vers eux.

- Fais-nous confiance, d'accord ? Je te laisse t'occuper de l'archer.

Et il s'élança. Se glissant avec facilité sous la hache du premier homme, il envoya son poing gauche dans son ventre pour le faire se plier en deux, puis le droit sous son menton, lui déboîtant la mâchoire et lui faisant se mordre la langue jusqu'au sang. Le bandit s'écroula sur le sol avec un grognement de douleur.

- Cinq secondes.

Il bondit en arrière pour éviter la deuxième flèche – qui le visait cette fois – et envoyer ses pieds dans le visage du deuxième homme, qui s'apprêtait à lui asséner un coup de gourdin dans le dos. Retombant sur le sol, il esquiva l'épée du troisième, et lui octroya un puissant coup de poing dans les côtes, lui coupant le souffle...

- Huit secondes.

…Il eut le temps d'apercevoir l'archer tomber de l'arbre avant de frapper du coude le plexus solaire du deuxième homme, puis de lui écraser le nez, l’assommant sur le coup.

- Dix secondes.

Tournant sur lui-même, il projeta son pied dans le genou gauche du troisième bandit, se glissa derrière lui et frappa de ses deux poings le haut de son crâne, alors qu'il s'était plié en deux. A son tour, il s'écroula dans les cailloux et la terre avec un cri de douleur.

- Quinze secondes, continua d'annoncer Darwen, alors qu'il se tournait vers le chef, un léger sourire étirant ses lèvres.

Courageux ou idiot, celui-ci n'essaya même pas de s'enfuir et se rua sur le jeune homme avec un hurlement de rage. L'apprenti marchombre esquiva aisément son épée à droite, puis à gauche, et se retrouva dans son dos la seconde d'après pour lui asséner un coup de pied dans les fesses qui le fit presque tomber en avant ; il se redressa cependant, rouge de colère et de honte, mais Darwen ne lui laissa pas le temps de parler ou de charger et, à nouveau derrière lui, lui tordit le cou dans un craquement sec. Couinant de douleur, l'homme s'effondra sur le sol.

- J'ai perdu le compte, mais je dirais pas plus de vingt-deux secondes, allez, vingt-trois pour te faire plaisir, ironisa 'Wen en se frottant les paumes des mains. Désolé, c'était moins que ce que j'avais annoncé. Se tournant vers Keilan, il lui demanda : tu peux m'aider à les attacher aux troncs? Je n'ai pas trop envie de retomber sur eux...

Trois minutes plus tard, ils repartaient côte à côte sur la route caillouteuse, laissant les hommes ficelés derrière eux, leur armes jetées dans les fourrés, comme si rien ne s'était passé.

Darwen sentait pourtant son cœur se serrer, alors qu'une nouvelle pensée, inquiétante, faisait irruption dans son esprit. Pour le moment, il choisit de se taire, et pour tenter de la dissiper, il proposa à son ami de remonter à cheval afin de se lancer au galop dans la descente qui se présentait à eux. Souriant lorsque Kei accepta timidement, il l'aida à monter – devant lui cette fois – et lança un cri de joie qui fit instantanément partir Nyu à toute allure.

Leur éclat de rire résonna longtemps dans la plaine.


***



Il était aux environs de midi quand ils repérèrent un ruisseau caillouteux qui sinuait entre des arbres. Ils décidèrent de faire une pause pour prendre leur repas, et, tandis que Nyu allait brouter l'herbe un peu plus loin, Darwen s'assit au bord de l'eau et sortit les quelques provisions qu'il avait acheté à l'auberge, faisait signe à Keilan de se servir.

- Ça faisait un moment que je n'avais pas voyagé en compagnie de quelqu'un. J'adore celle de Nyu mais ce n'est quand même pas pareil !

Quelques minutes s'écoulèrent dans le silence, relatif puisqu'il y avait toujours le glouglou du ruisseau, des froissements de feuilles, le chant d'un coucou... Et 'Wen se décida à exprimer l'angoisse qui grandissait dans sa poitrine.

- Kei, il faut que je te dise quelque chose, avant qu'on continue la route ensemble... C'est l'attaque de tout-à-l'heure qui m'y a fait repenser. Il y a quelques années, des mercenaires se sont attaqués à moi une première fois, puis une seconde fois environ un an après. Je veux dire, des mercenaires du Chaos, des envoleurs. Il y a un Mentaï aussi. J'ai réussi à leur échapper pour l'instant mais je pense que ce n'est pas fini, au moins tant que ce Mentaï vivra. Ils peuvent m'attaquer à tout moment, surtout que je suis sans nouvelles de mon Maître depuis un bout de temps, et je n'en suis pas sûr, mais j'ai quand même peur que ça ait un lien avec ceux qui me poursuivent...

Parce qu'il savait que Syndrell était parmi les plus grands des marchombres, et que le Chaos pouvait non seulement l'attaquer pour être plus libre de lui prendre son apprenti, mais aussi pour elle-même.

Plantant son regard clair dans celui du garçon, il prit une inspiration.

- Si tu choisis de m'accompagner, alors que tu es toi-même engagé sur la voie du Chaos, tu t'exposes à un danger double. Et je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose à cause de moi.

Il rougit un peu en prononçant la dernière phrase, mais elle était sincère et il ne la regretta pas. Il ne savait pas exactement ce qu'il ressentait pour Keilan, mais il savait au moins qu'en l'espace d'une soirée et une demie-journée, il s'était plus attaché à ce jeune homme étrange, ex-pirate devenu apprenti envoleur, qu'à beaucoup de personnes connues sur une plus longue durée. Et que c'était hors de question de lui faire prendre des risques inutiles.

Ne sachant comment continuer, il se tut et fit mine d'observer les quelques poissons aux écailles oranges et argentées qui tournaient dans l'eau claire.

Il ne lui avait pas dit pourquoi il était poursuivi par le Chaos, mais parler du loup maintenant ferait beaucoup, et il n'était pas sûr d'être prêt à le faire. Et encore moins sûr de la façon dont Keilan pouvait réagir...

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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Dim 25 Juin 2017, 09:19

[Je passe des temps du passé au présent avec ce Rp, mais c’est volontaire : j’ai adopté ce temps d’écriture avec Keilan dans mes autres Rps, je voulais continuer celui-ci comme je l’avais commencé mais c’est quand même pas si simple, alors voilà, je change et puis zut ! Mais sinon, je m’éclate toujours autant. L’asperge est contente. Je crois… c'est sa plus grande réponse à ce jour, alors...  siffle]


- Oh, je dors souvent à la belle étoile, tu sais, et pas toujours avec quelque chose à mettre entre le sol et moi. Sans compter que les étirements permettent de gommer le plus grand nombre de courbatures…

Je rentre encore plus le menton dans mon écharpe. Idiot. Bien sûr que Darwen est rôdé à ce genre de précarité, c’est un marchombre ! Encore une fois, je mesure à quel point nous sommes différents. Avant de me mordre la langue : quand j’étais pirate, je dormais dans un hamac bien secoué en cas de tempête. Et avant cela, quand j’étais matelot à bord du Fend-Brise, je dormais sur une couchette en bois. Moi aussi j’étais rompu à ce genre de courbatures.

Et puis soudain Darwen descend de cheval. Je respire un peu mieux, même s’il est de nouveau un peu plus près ; inconsciemment ou non, il a compris qu’en se plaçant à ma hauteur, il réduit mon malaise. Nous continuons donc notre route à pied.

Et je sors le menton de mon écharpe.


~ * ~ * ~


- Attention !

Je me décale et rentre la tête dans les épaules, alerté par le cri de Darwen – juste à temps pour éviter la flèche qui passa à seulement un cheveu de ma joue. On nous attaque ! Ma main se pose sur le manche du poignard glissé à ma ceinture et je fléchis les genoux, adoptant ma garde naturelle de combat. Je scrute les environs du regard, le cœur battant, et c’est alors qu’ils surgissent des fourrés : quatre tranche-bourses en mal d’argent.

- Darwen, je souffle avant de lui jeter un coup d’œil.

Et de marquer un temps de surprise. Mon ami sourit de toutes ses dents, de ce sourire qui allume des étoiles espiègles dans son regard de cristal. Il invective le chef de la bande avec une tranquillité non feinte : il s’amuse. Il s’amuse vraiment. C’est la première fois que je vois ce verbe associé à la perspective d’un combat. Je pensais que c’était exclusivement réservé aux pirates, qui se repaissent du sang qu’ils aiment à faire couler. N’étant pas doué pour exprimer ce que je ressens, je n’ai jamais poussé les cris de joie de mes frères d’arme. Lorsque j’ai tué, et je l’ai fait souvent, c’était toujours froidement.


- Fais-nous confiance, d’accord ? Je te laisse t’occuper de l’archer.


Je n’ai pas le temps de répondre au marchombre, il est déjà parti. Troublé par ce « nous » qu’il a employé et qui résonne étrangement en moi, je le regarde s’attaquer au premier homme, qu’il blesse avec une aisance stupéfiante. Pas facile de m’impressionner pourtant, mais ce garçon, là, est en train d’ouvrir une porte pour moi – une porte vers des réponses aux questions que je me pose depuis toujours.

Une autre flèche siffle et me tire de ma rêverie ; lorsqu’elle se plante dans l’herbe, je ne suis déjà plus là. En train de courir vers l’arbre, un peu en biais par rapport à Darwen qui se bat contre les brigands. Sans cesser de courir, je dégaine mon poignard d’un geste vif.

« Tes pieds ne sont pas assez ancrés dans le sol, Keilan »

Je freine des quatre fers au souvenir des paroles de Dolce et dérape sur quelques centimètres. Voilà. Pieds ancrés dans le sol. Position adéquate pour une puissance et une précision maximales. Angle de tir parfait. J’arme mon bras, laisse le poignard s’échapper de ma main pour aller se perdre entre les feuilles et se planter dans la gorge de l’archer qui était en train de me mettre en joue.

Je me faufile sous le couvert des arbres jusqu’à l’emplacement de sa chute et récupère mon arme. J’essuie la lame avant de la faire coulisser dans son fourreau et, dans un réflexe que j’ai gardé de la piraterie, je me penche pour palper les poches de l’archer. Nous ne sommes pas différents, lui et moi, à ceci près que moi, je respire encore… Je le soulage d’une bourse qui fait peine à voir et de deux ou trois breloques qui me serviront à du troc en ville. Mon regard se pose sur son arc.

Je m’en saisis et le bande, conscient que je ne fais pas du tout ça comme il faut : je n’ai jamais appris à tirer à l’arc. Pourtant, je ne peux me résoudre à le laisser là ; dans le pire des cas, je pourrai toujours le vendre… Je le glisse en bandoulière sur mon épaule et attrape le carquois à moitié plein, avant de retourner sur mes pas. Je récupère les deux flèches qui ont manqué leur cible et les range, puis je retrouve Darwen.

Je réalise que je n’ai pas douté une seule seconde qu’il parvienne à s’en tirer avec ces quatre bougres qui se tortillent désormais à terre ; je lui ai fait confiance.

Je nous ai fait confiance.

- Tu peux m’aider à les attacher au tronc ? Je n’ai pas trop envie de retomber sur eux…

Je hoche la tête et m’apprête à le suivre, quand soudain une pensée traverse mon esprit, foudroyante, et m’arrête en plein élan. Depuis hier soir, je ne cesse de mesurer les différences entre Darwen et moi, et de m’étonner des quelques traits de ressemblance qui émergent ça et là. Cette fois pourtant, la différence est frappante et indiscutable.

Il n’a fait que blesser ses adversaires.

J’ai tué le mien.


~ * ~ * ~


Un vent puissant s’est levé et balaie la plaine. Darwen est juché sur son cheval, moi, je suis debout, près de sa jambe. Je me demande si j’ai raison de le suivre, lui, le marchombre qui vole, danse, sourit, s’amuse mais ne tue pas sans nécessité absolue. Le jour et la nuit sont-ils fait pour s’entendre ? Pourquoi se disputent-ils tous les matins et tous les soirs, dans ce cas ?

C’est alors que Darwen tend sa main vers moi. Je lève la tête et croise un instant, bref pour lui mais énorme pour moi, son regard si clair et désarmant. Je ne sais pas trop comment interpréter ce que j’y découvre, mais une chose est sûre : je ne vois aucune peur, aucune honte, aucun reproche dans ces yeux-là. Juste une invitation dans un scintillement malicieux.

Ma main attrape la sienne.

C’est lui qui est dans mon dos à présent. Je ne sais pas encore si c’est une bonne chose, toutefois, quand la fougueuse jument s’élance dans un galop rapide, je m’agrippe à sa crinière et me penche en avant, grisé par la vitesse autant que par la saveur unique de ce moment ; les bras de Darwen passent de chaque côté de mon torse pour guider notre monture mais, loin de me sentir prisonnier, je me sens… libre.

Son rire résonne à mes oreilles.
Je laisse le mien s’y mêler.

Je nous fais confiance.


~ * ~ * ~



- Ça faisait un moment que je n’avais pas voyagé en compagnie de quelqu’un. J’adore celle de Nyu mais ce n’est quand même pas pareil !

Je hoche la tête en mordant dans mon pain ; moi, je n’ai jamais voyagé avec quelqu’un. Même à bord du Furie j’étais seul, finalement – et je faisais en sorte de l’être parce que cela me convenait parfaitement. Pourtant Darwen a raison : il y a quelque chose de… d’apaisant, de serein dans ce périple à deux ; j’ai apprécié la pointe de vitesse de Nyu tout à l’heure, et j’apprécie maintenant cette halte au bord d’un ruisseau qui serpente joyeusement entre les hautes herbes du sous-bois, accrochant la lumière du soleil qui filtre à travers les frondaisons des arbres.

Je mâche lentement, attendant la suite… je devine que Darwen est sur le point de dire quelque chose, il a l’air préoccupé depuis que nous avons laissé derrière nous les brigands qui nous ont attaqué. Finalement, il prend une inspiration et se lance :

- Kei, il faut que je te dise quelque chose, avant qu'on continue la route ensemble... C'est l'attaque de tout-à-l'heure qui m'y a fait repenser. Il y a quelques années, des mercenaires se sont attaqués à moi une première fois, puis une seconde fois environ un an après. Je veux dire, des mercenaires du Chaos, des envoleurs.

J’avale mon bout de pain sans rien dire. Est-ce qu’il va essayer de me tirer les vers du nez à ce sujet ? C’est inutile, je ne connais personne au Domaine, mis à part Dolce et Julian. Et encore. Je me raidis un peu en envisageant que, peut-être, Darwen n’est plus si enchanté à l’idée de voyager avec moi. Mais c’est tellement à l’encontre de ce qu’il n’a cessé de m’exprimer depuis le début de notre rencontre que je n’en suis pas certain. D’où lui vient ce trouble, alors ? C’est la première fois que je le vois si agité. Même en se battant il était plus serein.

Que se passe-t-il ?

- Il y a un Mentaï aussi. J'ai réussi à leur échapper pour l'instant mais je pense que ce n'est pas fini, au moins tant que ce Mentaï vivra. Ils peuvent m'attaquer à tout moment, surtout que je suis sans nouvelles de mon Maître depuis un bout de temps, et je n'en suis pas sûr, mais j'ai quand même peur que ça ait un lien avec ceux qui me poursuivent...

Mentaï… Je me souviens avoir entendu Dolce en parler. Des types capables d’accéder à l’Imagination. Des guerriers qui peuvent tricher avec les lois de la réalité. Les pirates du Chaos. Mais je ne sais pas quoi dire, si ce n’est que je regrette ce qui lui arrive ; il a l’air secoué d’ignorer ce qu’il est advenu de son maître. Je n’aime pas le voir dans cet état.

Son regard cherche le mien. J’accepte ce contact visuel pour deux raisons : la première, c’est que je commence à m’y habituer. La seconde, c’est que Darwen ne fait rien pour me mettre mal à l’aise. Il n’accroche mon regard que lorsque c’est nécessaire.

C’est nécessaire.

- Si tu choisis de m'accompagner, alors que tu es toi-même engagé sur la voie du Chaos, tu t'exposes à un danger double. Et je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose à cause de moi.

Silence.

J’ai le cœur qui bat vite, comme lorsque Qyllie se penchait vers moi pour passer une main douce dans mes cheveux ; je réalise qu’elle a toujours été la seule personne qui se soit jamais inquiétée pour moi. La seule… jusqu’à présent. Darwen a peur de ce qu’il pourrait m’arriver si ce Mentaï nous tombait dessus. De ce que l’on pourrait penser de moi, jeune apprenti du Chaos, si l’on me trouvait en la compagnie d’un marchombre visiblement traqué depuis un moment.

Il a peur pour moi !

Je ne sais pas quoi faire, encore moins quoi dire ; je n’ai pas été programmé pour ça, je crois. Mais je veux le rassurer, lui faire comprendre que moi je n’ai pas peur du tout. Je me fiche bien qu’on me prenne la main dans le sac. Je me fiche qu’il soit marchombre et qu’il ne tue pas systématiquement ses ennemis. Je me fiche de savoir qu’il est bien plus avancé dans sa formation que moi. Il répond à mes questions, lui. Il n’est pas choqué ni agacé par ma différence.
Il me fait confiance.

La réponse s’impose alors, limpide et sincère :

- Fais-nous confiance. On fera ce voyage sans problèmes.


Aucun moyen de savoir si c’est vrai mais c’est pourtant la plus grande certitude que j’ai jamais eue ! Soudain, je réalise que je regarde toujours Darwen dans les yeux. Je devrais tourner la tête, replonger à l’abris dans mon écharpe, dans ma bulle, mon monde… celui qui brille dans les yeux de cet homme est beau. Sans réfléchir, je me penche et pose maladroitement mes lèvres sur les siennes.

Maladroitement parce que ce genre d’initiative m’est étrangère. Naya avait coutume de prendre ce qu’il voulait de moi au moment précis où il en avait envie. Hier, Darwen a fait preuve de bien plus de douceur, mais c’est lui qui m’a embrassé le premier. Je suis donc tout aussi surpris de réaliser que c’est moi qui vient de briser ce qu’il restait de distance entre nous deux. Et merde…

… je crois que mon cœur va défoncer ma cage thoracique.

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Darwen Ehsoleim
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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Mer 05 Juil 2017, 10:51

[J'ai enfin réussi à pondre quelque chose ! Ce n'est pas "du côté de chez Kham", mais bon x) Je pensais d'abord avancer plus loin, mais j'aurais mis trop de temps à écrire, donc... voyons d'abord avec ça  Wink]





Légèrement tendu, Darwen attendait la réponse de Keilan sans aucune idée de ce qu'elle allait être – le garçon était encore trop imprévisible à ses yeux – et sans même savoir ce qu'il préférait, lui. Si Kei désirait que leurs chemins se séparent, il allait forcément ressentir de la déception, voire de la tristesse... Mais ainsi, son nouvel ami serait en sécurité, davantage qu'en restant à ses côtés du moins. Tandis que s'il choisissait de rester...

- Fais-nous confiance. On fera ce voyage sans problèmes.

Surpris, 'Wen releva la tête pour détailler le visage de son interlocuteur.

Il se demanda s'il avait bien entendu.

Jamais encore Keilan n'avait fait preuve d'une si grande spontanéité. Non. Ce n'était pas de la spontanéité. Le jeune homme avait réfléchi un moment avant de lui répondre... et sa réponse, concise, était étonnante de simplicité. « On fera ce voyage sans problèmes. » Il venait de lui exposer tous les dangers qui lui couraient après, et qui pourraient désormais l'atteindre, lui, l'apprenti envoleur, et ce dernier lui répondait avec un tel naturel ! Ce garçon lui cachait encore bien des surprises...

Darwen baissa la tête avec un petit rire en constatant qu'il avait repris ses mots. Fais-nous confiance. Et il se demanda alors si Keilan n'avait pas raison. Peut-être qu'à deux, ils seraient plus forts... Redressant une nouvelle fois le visage, il plongea son regard clair dans les yeux noisette de son compagnon de route. Un regard franc et complice.

- D'accord.

A cet instant, il vit le garçon pencher son visage vers lui... et poser ses lèvres sur les siennes.

Décidément, oui, il n'était pas au bout de ses surprises avec lui !

C'était un baiser un peu maladroit, mais aussi simple et sincère que sa réponse précédente. Et aussi tendre. Sans hésiter, Darwen le lui rendit avec plus de tendresse encore, saisissant le menton de Kei du bout de ses doigts. Et glissant sa langue entre ses lèvres.

Dans quoi allait-il s'embarquer maintenant ?

***



La forêt de Baraïl était par endroits une véritable jungle, et Nyu avait parfois un peu de mal à se déplacer parmi les arbres et les différentes plantes inextricables qui recouvraient le sol. On entendait souvent des cris inquiétants de bêtes inconnues, et Darwen restait sur le qui vive, prêt à toute éventualité – même à celle de se transformer, si nécessaire. Bien qu'il ne désirait pas que Keilan le voit sous sa forme lupine sans avoir été prévenu à l'avance...

Heureusement, cette partie de la forêt, qu'ils traversaient pour rejoindre le pays Faël, était dense mais pas très épaisse, et il ne leur fallut qu'une demie-journée pour la parcourir. Malheureusement, ce fut le moment que choisirent d'importants nuages pour s'amasser au dessus des arbres et déverser sur les trois voyageurs une pluie diluvienne, qui ne dura qu'une dizaine de minutes mais que les feuillages ne purent complètement arrêter. Les deux hommes furent rapidement trempés. Lorsqu'ils franchirent la lisière de la forêt, ils eurent la sensation de respirer enfin, sortant de la chaleur et de l'humidité.

Le soleil était sur le point de disparaître face à eux, et le ciel indigo laissait parfaitement voir les premières étoiles. Ils décidèrent alors de monter leur camp entre les collines. Après avoir allumé un petit feu et mangé quelques provisions – les dernières qui leur restaient – en échangeant sur leur trajet de la journée, Darwen se débarrassa de sa tunique pour l'étendre sur une branche et la faire sécher. Il alla offrir ses caresses du soir à Nyu – accompagnées d'une pomme ! – vérifia une dernière fois le feu, et finit par s'allonger sur sa couverture avec un soupir de contentement. Il avait pris une sacoche de la selle de Nyu en guise d'oreiller et placé la seconde à côté de lui, invitant Keilan à le rejoindre.

Là, étendu sous les étoiles, un vent léger caressant sa peau et les bras croisés sous sa tête, il se sentait vraiment bien.

- Si tout se passe bien, on arrivera chez mes amis demain en début d'après-midi. J'espère que le nom dont je me souviens pour leur village est bien le bon...

C'était vraiment étrange de penser qu'il allait revoir Sheila et Arîn, après toutes ces années. Il n'était encore qu'un enfant lorsqu'ils étaient partis de son hameau... Pourquoi vouloir les retrouver maintenant ? Et puis, tout était possible. Il n'était pas si certain de les retrouver ; peut-être qu'ils n'étaient plus dans le même village. Mais tant pis, au moins ça faisait un voyage agréable et original. Ce n'était pas tout le monde qui se rendait chez les Faëls !

Le regard toujours dirigé vers la nuit claire, le marchombre s'adressa à nouveau à son compagnon, parlant doucement comme s'il y avait quelqu'un d'autre qu'il aurait pu réveiller.

- Si tu étais un pirate, tu as dû beaucoup voyager, mais en restant dans les archipels Alines... Ça te fait quoi d'aller au pays Faël ? Est-ce que c'est totalement différent de tes voyages en mer ?

Soudain empli d'une profonde curiosité, 'Wen se retourna vers Keilan et se redressa sur un coude.

- Kei... C'était comment ta vie avec les pirates ?

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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Dim 09 Juil 2017, 22:23

J’ai eu bien du mal à m’endormir cette nuit-là. Le goût des lèvres de Darwen s’attardait sur les miennes, et son souffle régulier, à quelques pas de moi seulement, me laissait à la fois serein et perplexe. J’étais désemparé. Ce garçon était différent des autres de bien des façons, mais le fait qu’il s’intéresse un petit peu à moi le rendait unique à mes yeux.

Et infiniment précieux.


* ~ * ~ *


Je n’ai encore jamais vu une forêt aussi dense, aussi difficilement praticable que celle-ci. Voilà des heures que nous nous enfonçons dans l’énorme Forêt de Barail et, pour la vingtième fois au moins, je dois me laisser glisser de la selle de Nyu afin d’aider Darwen à la guider parmi l’imposante végétation. Il sait où il va, cela me rassure parce que, dans cet environnement, je ne me sens pas très à l’aise.

Mais je ne perds pas une miette du spectacle qui m’entoure. Il y a des arbres immenses, aux troncs si larges que dix hommes se donnant la main n’en feraient pas le tour ! Et des plantes colorées, de toutes les tailles et de toutes les formes, tantôt jolies, tantôt dangereuses ; en fait, les espèces qui m’entourent sont de moins en moins familières. Nous sommes en train de nous éloigner de Gwendalavir.

Je ne suis pas à l’aise mais je n’ai pas peur pour autant. Peut-être parce que notre démêlée d’hier avec les tranche-bourses m’a donné confiance, ou bien parce qu’avec Darwen j’ai l’impression que nous sommes capables de tout… Ce qui me déstabilise, c’est cette impression d’enfermement liée au nombre incalculable des arbres qui nous entourent. Leur feuillage est si épais que parfois, nous avançons dans l’obscurité. C’est différent d’Ombreuse, mais j’ai plus de mal à m’y retrouver, moi.

Bien sûr, ma nervosité n’échappe pas à Darwen, qui se fait un devoir de m’occuper l’esprit en discutant avec moi. C’est à se demander s’il lui arrive de manquer quelque chose… d’ailleurs, il reste sur ses gardes, je le devine à sa façon de se tenir, et puis il regarde partout comme s’il pouvait jauger les environs d’un seul coup d’œil. Vue d’ensemble, attention maximale. Je ne me rends pas compte que, petit à petit, je m’efforce de faire comme lui.

En fin de journée, une pluie diluvienne s’est abattue sur la forêt – et sur nous. A peine protégés par les arbres, nous nous sommes retrouvés trempés en un clin d’œil. Ce n’était pas franchement désagréable par cette chaleur, mais quand nous sommes enfin sortis du sous-bois, j’ai accueilli l’accalmie avec soulagement. La nuit aussi, parce qu’elle signifiait que nous allions bientôt pouvoir nous reposer. J’avais mal partout !


* ~ * ~ *


… J’ai toujours mal partout.

Je grimace en ôtant ma tunique. Mes bras sont couverts de griffures dues aux branches qui ont souhaité me laisser un petit souvenir de mon passage dans la forêt, j’ai les cheveux emmêlés et ondulés à cause de l’averse de tout à l’heure, et mes muscles sont perclus de courbatures. J’étends mon vêtement à côté de celui de Darwen et lui jette un coup d’œil en me retournant.

Sa peau est légèrement plus foncée que la mienne, son torse plus développé, ses épaules plus carrées. Je ne peux pas m’empêcher de regarder ses muscles jouer sous sa peau tandis qu’il s’installe et, à nouveau, une sensation étrange m’envahit, prenant naissance dans le creux de mon ventre comme une boule de chaleur qui se serait perdue là. Un petit soleil tombé du ciel.

Et ça ne me ressemble pas du tout de penser, d’agir comme ça. Alors je fais de mon mieux pour repousser le moment où je vais devoir m’installer près de lui : je vérifie que Nyu ne manque de rien, que le feu ne risque pas de s’éteindre, que nos tuniques sont bien accrochées, que nos sacs sont bien fermés… Lorsque je n’ai plus le choix, je m’allonge à côté de Darwen. Je comprends aussitôt que c’était idiot, mon petit manège, là : ici, je me sens bien. A ma place ? Je plisse les yeux, incertain… parce que lui, c’est un Marchombre. Ma place ne peut pas être ici. Ne devrait pas être ici.

- Si tout se passe bien, on arrivera chez mes amis demain en début d'après-midi. J'espère que le nom dont je me souviens pour leur village est bien le bon...

Je fronce légèrement le nez tandis que mon regard se perd dans la multitude d’étoiles. Ça, ça me plaît moins. Je n’aime pas trop l’idée de devoir mettre de côté notre complicité, toute neuve et pourtant si complète ; il me faut toujours un temps fou pour trouver un équilibre ; je viens de le trouver, je crois, mais c’est encore fragile, assez pour que des inconnus fassent tout voler en éclats. Sans le vouloir. C’est de moi que vient le problème…

- Si tu étais un pirate, tu as dû beaucoup voyager, mais en restant dans les archipels Alines... Ça te fait quoi d'aller au pays Faël ? Est-ce que c'est totalement différent de tes voyages en mer ?

Je hausse un sourcil, vaguement surpris par cette question : bien sûr que c’est différent ! Mais avant que j’ai eu le temps de répondre quoi que ce soit, Darwen s’est redressé sur un coude et me regarde, les yeux brillants d’une curiosité presque enfantine.

- Kei... C'était comment ta vie avec les pirates ?
- C’était différent. De tout ça, je veux dire… avec des pirates, tu ne vis pas vraiment, tu survis. Question de principe.

En fin de compte, je n’aurai jamais réussi à me faire à cette fourberie typiquement pirate. D’accord, il était bien question « d’un seul équipage », d’une équipe faisant voiles sous les mêmes couleurs vers un pillage de plus… mais chacun des membres de cet équipage protégeait d’abord et surtout ses propres intérêts. Combien de fois ai-je vu des types se faire assassiner dans le dos, juste parce qu’ils étaient susceptibles de posséder un objet de valeur ?

- Je n’ai pas fait ça toute ma vie. Avant j’étais juste un matelot qui apprenait le métier à bord d’un navire marchand. Un jour on s’est fait aborder, j’ai servi de monnaie d’échange et je me suis retrouvé à bord de la jonque ennemie.

Je laisse quelques secondes de silence filer, emportant avec lui quelques bribes de souvenirs :  La Furie, nos démêlées avec les Impériaux, ma blessure, l’affection toujours un peu brutale de mon capitaine, la jalousie d’Azuline…

Je ne suis pas doué pour raconter des histoires. En fait, je ne suis pas doué pour communiquer. Mais, par petits bouts, j’en dévoile suffisamment à Darwen pour qu’il se fasse une idée de ce qu’un pirate peut affronter en une seule journée. Je lui passe les détails, il n’a pas besoin de savoir pour les maisons de passe, les mutineries, les exécutions…

Je préfère lui parler du vent dans les haubans, de la sensation de liberté qui m’envahissait lorsque je dansais là-haut, à plusieurs mètres d’une chute douloureuse, peut-être fatale ; j’évoque les soirées dans les tavernes, les prises de butin, les manœuvres extraordinaires d’une jonque capable d’esquiver les récifs en pleine bataille...

Tout en parlant, je me suis tourné sur le côté. Un bras replié sous ma tête, la joue appuyée sur mon poignet, j’oublie une grande partie de ma nervosité. Je n’ai pas conscience de mes doigts qui tapotent doucement la couverture dans un rythme connu de moi seul, à quelques centimètres seulement du bras de Darwen.

- Est-ce que tu as déjà navigué sur le Grand Océan ?

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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Lun 17 Juil 2017, 00:10

- C’était différent. De tout ça, je veux dire… avec des pirates, tu ne vis pas vraiment, tu survis. Question de principe.

Darwen cligna des paupières pour signifier qu'il comprenait. De toutes façons, en choisissant de vivre comme un aventurier, que ce soit en tant que pirate ou non, sur les mers ou dans les terres, la vie était en grande partie une question de survie. Un marchombre, malgré, ou en raison, de ses capacités hors du commun, était bien placé pour le savoir... Surtout un marchombre n'ayant pas encore achevé sa formation et traînant des mercenaires du Chaos sur ses talons.

Pourtant, même s'il ne pouvait pas ignorer l'ombre qui passait sur le visage de son compagnon, le jeune homme refusait de voir la vie exclusivement sous cet angle. Elle était aussi pleines de couleurs différentes – d'un joli noisette comme les yeux de Keilan, du bleu ciel lumineux des cheveux de Syndrell, de multiples nuances de vert comme celles qui paraient les forêts – et pour que ça vaille la peine de la défendre, il fallait aussi savoir en profiter !

Alors ainsi, Keilan avait aussi connu une autre vie avant son entrée chez les pirates... Entrée pour le moins peu engageante. 'Wen grimaça devant cette mention de « monnaie d'échange ». Puis il se demanda soudain quel âge le garçon avait vraiment, pour avoir vécu tant de choses en si ce qui semblait si peu d'années. Parce que son visage fin et ses boucles châtain lui donnaient bien en dessous de vingt ans ; mais son regard sombre lui prêtait une gravité bien adulte. Le métamorphe se rendit compte qu'il lé détaillait de façon un peu trop insistante, et il réprima le désir soudain de porter ses doigts à la joue de Kei pour en sentir la texture. Il voulait encore l'entendre lui raconter son passé pirate, tant qu'il en avait encore à dire. Il avait bien compris que les moments où l'apprenti envoleur acceptait de parler ainsi étaient comme ceux où l'on pouvait croiser l'Empereur en se promenant dans les rues d'Al-Jeit – ils existaient, mais de manière très rare.

Alors il l'écouta, il écouta le récit de cette liberté si différente de celle que recherchait la plupart des marchombres : une liberté qui ne prenait pas en compte les autres, et qui consistait à atteindre ce que l'on désirait par tous les moyens – s'emparer de trésors ou d'un bateau ennemi, boire autant d'alcool que son corps le permettait, et même posséder des êtres humains sans leur accord, puisque c'était bien ainsi que Keilan était devenu un pirate, selon le désir de celui qui était devenu son capitaine. Songeur, Darwen n'entendit pas tout de suite la question que lui renvoyait le garçon.

- Est-ce que tu as déjà navigué sur le Grand Océan ?

Sortant brusquement de ses pensées, l'apprenti marchombre observa un instant le visage qui lui faisait désormais face – Keilan s'était tourné vers lui, et 'Wen pouvait sentir la très légère vibration que produisait le pianotement de ses doigts, juste à côté, ainsi que son souffle sur son visage, lorsqu'il avait prononcé sa dernière phrase. Un demi sourire creusa sa joue et fit scintiller ses yeux.

- Non, je ne me suis jamais aventuré sur les mers. Je viens du Nord de l'Empire et je suis plutôt un homme des forêts, on va dire, ajouta-il avec un léger rire.

Un homme-loup des forêts, oui...

Cette fois, il ne s'empêcha pas de caresser du bout des doigts la joue du garçon, au niveau de la commissure des lèvres. Une douce sensation de chaleur s'empara de son ventre, et il observa attentivement la réaction de Keilan.

- Mais j'aimerais beaucoup découvrir cette vie de marin-pirate... avec toi. Même si j'ai très peur d'avoir le mal de mer et de me retrouver complètement vulnérable !

Il avait ajouté cette dernière phrase surtout pour alléger ses paroles, même si tout était vrai. Le récit de Keilan, malgré cette vision de la vie des pirates qui ne lui plaisait guère, lui avait donné une furieuse envie de partir à la découverte des Océans et des îles alines, et de s'essayer à danser avec le vent dans les cordages... Kei à ses côtés. Même s'il ne le connaissait que depuis l'avant-veille. Même si c'était un envoleur.

- Est-ce que tu voudras bien m'emmener, un jour ?

Sans lui laisser le temps de répondre, il enleva sa tête de sa main, et, toujours appuyé sur son coude, il attrapa les lèvres du garçon entre les siennes, goûtant leur texture pour la troisième fois. Mais cette fois, le baiser se fit bientôt plus accentué, tandis que 'Wen appuyait ses doigts sur la clavicule de Kei.  Après quelques secondes, il recula à peine le visage, juste pour pouvoir plonger son regard dans le sien, interrogateur.

Il ne pouvait pas ignorer leur peaux nues et si proches, et la chaleur dans son ventre se faisait de plus en plus insistante.

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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Lun 17 Juil 2017, 01:43

Un homme des forêts… un sourire joue sur mes lèvres. Oui, c’est exactement ainsi que je perçois Darwen : il semblait tellement à l’aise tout à l’heure, au milieu de ces arbres qui, moi, m’étouffaient pratiquement ! Alors, quand il s’imagine vulnérable et malade à bord d’un navire, mon sourire s’accentue. Peut-être bien que oui. De ce que j’en sais, la première fois, on est tous un peu malade : mes premiers jours à bord du Fend’Brise ont été rudes.

Pourtant, c’est difficile d’envisager un Darwen fragile ou maladroit. Il émane de lui une telle assurance que j’ai du mal à me faire à cette idée ; au contraire, je le vois très bien s’accrocher aux cordes, dans les haubans, et se dresser face au vent. Torse nu, exactement comme maintenant, un bandeau retenant ses cheveux sans parvenir à discipliner quelques mèches rebelles qui lui tomberaient devant les yeux…

Je remue, soudain agité, mais le contact de ses doigts sur ma joue me fige brusquement. Mon premier réflexe est de reculer. Son regard m’en empêche en me retenant dans un univers qui m’intrigue autant qu’il m’intimide. Je le sens curieux, je lis des questions dans ces yeux gris qui me fixent sans chercher à me déstabiliser. Comment fait-il ça, bon sang ? Naya n’arrivait pas à soutenir mon regard aussi longtemps…

C’est à l’instant précis où ses lèvres se posent sur les miennes que je comprends. Darwen n’est pas Naya. C’est même le jour et la nuit : l’homme des forêts contre l’homme des océans, le marchombre contre le pirate, l’aventurier contre le capitaine, le tendre contre la brute… Naya, sous son apparence délicate, presque féminine, cachait une cœur vif et impatient, avide de posséder, toujours assoiffé. Quand il me jetait sur son lit, c’était toujours pour me prendre avec une sauvagerie qu’il ne dévoilait jamais ailleurs, même lors des affrontements.

Darwen est différent. Plus simple, plus franc, plus tendre… et infiniment plus patient. Il aurait pu tourner les talons une bonne demi-douzaine de fois depuis notre rencontre, en commençant par ignorer ce à quoi il avait assisté dans la ruelle… mais non. Il est resté sans jamais montrer un seul signe d’impatience ou d’agacement. De la perplexité, oui, sans pour autant perdre ses moyens ni son sourire. Je crois que mon attitude, au lieu de l’effrayer ou de l’ennuyer, l’intrigue autant que la sienne me fait de l’effet.

Sinon, pourquoi m’embrasse-t-il avec autant de chaleur ? C’est la troisième fois, et c’est toujours autant renversant. Un long frisson remonte le long de ma colonne vertébrale tandis qu’il pose les doigts sur mon épaule, exerçant une très légère pression qui m’incite à basculer sur le dos. Quand il recule, j’ai l’impression que mon cœur va éclater. Il résonne à mes oreilles, je me demande même s’il ne l’entend pas tellement le vacarme est assourdissant.

« Est-ce que tu voudras bien m’emmener, un jour ? »

- Oui…

Je me mords la lèvre en réalisant que, comme un idiot, j’ai répondu à sa question précédente. Et que ma réponse, murmuré dans un souffle chaud, est peut-être celle qui répond à sa nouvelle interrogation – celle qu’il n’a pas prononcée à voix haute mais qui brille intensément dans ses yeux. Je ne sais pas trop ce qui m’arrive, au juste : comment qualifier ce qui est nouveau ? Comment mettre en mots une sensation aussi légère que le battement d’ailes d’une chauve-souris, aussi chaude qu’un rayon de soleil sur la peau, aussi grisante qu’une lampée d’eau de vie ?

Sans réfléchir, je pose une main sur la poitrine de Darwen. J’aurais pu le repousser mais ce n’est pas mon intention. J’écarquille les yeux en sentant, sous mes doigts, des palpitations qui font écho à celles que j’ai dans les oreilles. Ça alors ! Mais il semble si calme, surtout quand il me dévisage de la sorte ! Je me dis qu’il n’est peut-être pas si impassible qu’il veut bien le faire croire. Mon autre main l’attrape par la nuque et rapproche son visage du mien, jusqu’à ce que ses lèvres touchent à nouveau les miennes.

Jusqu’à ce qu’il pèse un peu plus sur moi. Il est encore allongé à ma droite, mais le haut de son corps est désormais plaqué contre le mien. Je me déplace légèrement pour mieux l’enlacer. Je me sens gauche, et en même temps, je ne suis pas si étranger à cette ivresse qui me gagne de plus en plus ; ce que je découvre, c’est la chaleur d’un corps qui me trouble et la douceur d’un garçon qui m’intrigue. Le plus curieux, c’est qu’en m’embrassant, Darwen parvient à bloquer mon esprit. Il m’empêche de réfléchir, de me poser mille questions, d’analyser mille choses, de chercher mille solutions ; je ne calcule plus rien, je…

… ressens.

Et c’est terriblement excitant.

- Darwen.

Gémissement étouffé. Je me rends compte que j’ai posé une main dans le creux de son dos et l’autre à la limite de sa ceinture. Est-ce que c’est véritablement ce qu’il veut ? Alors qu’il ne me connait pas ? En dépit de ma différence ? Voilà : dès que nos lèvres ne sont plus en contact, je recommence à trop penser.

- Tu es…

… en train de me faire perdre la tête, je songe en l’embrassant à nouveau.

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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Sam 26 Aoû 2017, 19:06

[Me revoilàààààà ! Je suis aussi désolée envers toi pour l'attente que 'Wen envers Keilan dans ce post u.u...]






- Oui…

La poitrine du marchombre s'emplit de chaleur en écho à la réponse murmurée. Keilan répondait-il à sa première question, ou exprimait-il son consentement face à la... situation dans laquelle ils étaient sur le point de basculer ? Dans laquelle il glissaient doucement, plutôt... Le contact de la main du garçon sur son torse, trop léger pour être une manière de le repousser, puis son autre main dans sa nuque, ses lèvres posées à nouveau sur les siennes, enfin, lui offrirent la clé : le « oui » était double. Alors Darwen colla un peu plus sa peau à celle de son compagnon – un mot riche de sens... – et glissa sa langue entre ses lèvres entre-ouvertes, tout en passant un bras autour de sa taille, pour le serrer encore un peu plus contre lui.

Il faisait soudain agréablement chaud. La tension teintée d'interrogation qui planait entre eux depuis qu'il l'avait embrassé la première fois – ou même avant ? – et qu'il lui avait cédé son lit, dans l'auberge d'Al-Vor, trouvait enfin sa réponse. Ils n'avaient toujours rien prononcé à propos de leur attirance mutuelle, mais les gestes étaient parfois plus simples, et semblaient parler d'eux-mêmes. Ceux de Kei accompagnaient les siens, sa main dans son dos l'attirant à lui, l'autre qui descendait timidement sur son ventre... Et il pouvait sentir, de manière parfaitement distincte dans et contre sa poitrine, leurs battements de cœur également affolés. Leurs lèvres se détachèrent un instant pour les laisser reprendre leur souffle, et Darwen en profita pour savourer la texture de la peau du garçon, juste à l'angle de sa mâchoire.

- Darwen. Tu es…

…Oui ? Les lèvres de Keilan attrapant les siennes terminèrent le murmure. Mumure-gémissement qui excita follement le marchombre... jusqu'à l'entre-jambe. Et voilà. Par pitié, ne me dis pas d'arrêter maintenant... Tout en mordillant la lèvre inférieure de son partenaire, il finit de se placer au dessus de lui, et, lentement mais fébrilement, commença à lui retirer sa ceinture. Keilan leva les hanches pour la laisser passer dans son dos, et Darwen, en sentant à travers leurs pantalons leurs peaux tendues frotter l'une contre l'autre, gémit à son tour. L'apprenti envoleur l'ayant imité, ils se retrouvèrent bientôt entièrement nus, haletants. S'embrassèrent encore. Puis 'Wen laissa sa bouche descendre lentement le long du corps de Kei, les mains du garçon agrippant ses cheveux...

***



Peau contre peau.
Chaleur et douceur intimement mêlées.


Bouche contre peau.
Sensation de flotter dans une mer de coton ardent.


Et puis...
Brûlure en forme de caresse.
Jouissive.



***



- On devrait y être dans moins d'une heure normalement...

Pour la troisième fois depuis leur rencontre avec un Faël, auquel Darwen avait tenté de demander leur chemin en baragouinant le peu de sa langue dont il se souvenait, l'apprenti marchombre jeta un regard circonspect au parchemin qu'il avait entre les mains. Sa carte de Gwendalavir n'était pas assez précise pour indiquer précisément les villages faëls, d'autant plus que les concepteurs de la-dite carte, exclusivement des Alaviriens visiblement, connaissaient beaucoup moins bien cette partie du continent. Elle ne leur était donc pas très utile, mais d'après le Faël, ils auraient dû atteindre Täruin depuis maintenant presque deux heures... et il n'était toujours pas en vue. Le sens de l'orientation du métamorphe et sa patience commençaient à trouver leurs limites, et il ignorait quoi faire hormis se raccrocher à cette carte inutile. Se promettre d'en trouver une nouvelle dès son retour dans l'Empire n'arrangeait pas les choses sur le moment...

Une demie-heure plus tard cependant, tandis que les deux voyageurs longeaient une large rivière dont l'eau se paraît des couleurs du soleil couchant, un village entra dans leur champ de vision. Une lueur d'espoir fit scintiller les yeux clairs de Darwen tandis qu'il tournait la tête pour croiser le regard de Keilan, puis demandait à Nyu de passer au trot. Son appréhension augmenta. C'était si étrange de se préparer à revoir des ombres du passé... Ses deux amis allaient-ils le reconnaître, d'ailleurs ? Ils descendirent de cheval juste avant d'arriver devant les premières habitations, construites en bois et en terre. Dans une atmosphère étonnement calme, presque pesante, quelques Faëls tournèrent un regard intrigué et méfiant vers ces deux hommes à la peau blanche. Darwen allait en interpeler un lorsqu'il aperçut un petit groupe se diriger dans leur direction. Quatre Faëls leur firent bientôt face, trois hommes et une femme, une lueur à la fois soupçonneuse et curieuse dans leurs yeux noirs étirés en amande. Deux d'entre-eux faisaient presque la même taille que l'apprenti marchombre, mais tous étaient plus petits que Keilan. Leurs peaux sombres contrastaient avec leurs vêtements conçus à l'aide de plantes. Un arc et un carquois remplis de flèches étaient accrochés dans le dos de l'un deux – Darwen connaissait les capacités réputées du peuple faël au tir-à-l'arc et ne doutait pas qu'un seul archer, s'il le décidait, pouvait les mettre tous deux hors d'état de nuire en un temps record. Pourtant, il était prêt à tout pour éviter les flèches si cela s'avérait nécessaire. Mais même méfiants, les Faëls étaient également connus pour leurs mœurs pacifiques et il n'y avait aucune raison que cela se produise. Seul l'atmosphère étrange qui régnait dans le village faisait augmenter l'appréhension du métamorphe. Il eut néanmoins l'agréable surprise d'entendre la Faëlle, qui semblait avoir une trentaine d'années, s'adresser à eux dans un alavirien presque parfait.

- Bienvenue à Täruin, Alaviriens. Pourrait-on savoir la raison de votre venue ici ?

Soulagé d'entendre qu'ils se trouvaient au bon endroit, Darwen échangea un regard confiant avec son compagnon avant de répondre.

- Je suis venu retrouver des amis qui ont vécu avec moi il y a longtemps en Gwendalavir. Je m'appelle Darwen, et voici Keilan, qui m'accompagne. Ceux que j'aimerais revoir sont...
- Arîn et Sheila
, l'interrompit la Faëlle en baissant soudain le regard.

Darwen ne fut pas autant surpris qu'elle sache de qui il parlait – il ne devait pas y avoir bon nombre de Faëls qui choisissaient d'aller vivre parmi les humains, surtout dans un seul village – que par l'air de tristesse qui avait recouvert son visage. Même si c'était hors de propos, il songea qu'il la trouvait très belle. Un cercle s'était rapidement formé autour d'eux, mais il ne parvenait pas à comprendre les chuchotements échangés, ce qui augmentait son pressentiment.

- Il s'est passé quelque chose ?

Il avait parlé en faël, mais son interlocutrice ne sembla pas spécialement impressionnée, et ne parut même pas le remarquer. Comme elle se taisait toujours, un jeune Faël, qui ne devait pas avoir plus de douze ou treize ans, éleva la voix et dit dans sa langue :

- Arîn est mort ce matin.
- Quoi ?


'Wen se demanda s'il avait bien compris. Cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas entendu ce langage... Mais il y avait désormais une justification possible à l'ambiance lugubre qu'il avait ressentie en arrivant, comme au désespoir dans le regard sombre en face de lui.

- Tu as bien entendu, reprit la Faëlle. Arîn s'est tué en escaladant une paroi rocheuse particulièrement difficile.
- Et... Sheïla ?
murmura le marchombre en serrant les poings.

Son cœur battit soudain très vite, et il sentit ses jambes trembler.

Il connaissait déjà la réponse.

***



- Les Faëls sont pas amoureux comme les Alaviriens ?
- Non, c'est très différent. Il arrive que deux Alaviriens qui ont décidé de vivre ensemble ne s'entendent plus, se disputent plus souvent que d'ordinaire, et parfois se séparent. Et lorsque l'un des deux meurent, en général l'autre essaye de vivre encore, même s'il est très triste.
- Et pas les Faëls ?
- Non. L'une des particularités de ceux de notre peuple, par rapport aux Alaviriens, est qu'ils n'ont qu'un seul et unique compagnon, ou qu'une seule et unique compagne, dans toute leur vie. Je n'ai jamais entendu parler de cas différents.
- Mais... ils se disputent jamais ?


Jusque là silencieux, concentré sur sa tâche de tailler des flèches, Arîn éclata brusquement de rire. Sheila sourit légèrement et lui envoya une bourrade.

- Reste concentré, toi ! Bien sûr que si, reprit-elle plus sérieusement en regardant le petit Darwen, alors âgé d'à peine sept ans. Mais ils ne se quitteraient pour rien au monde. Choisir un partenaire, chez les Faëls, c'est savoir que l'on va passer tout le reste de sa vie avec lui.
- Le reste de sa vie ? Mais si y'en a un qui devient mort ?


Le regard de la jeune femme se fit dur.

- Justement. Si l'un des deux meure, l'autre mourra aussi. Il ne pourra pas en être autrement.

***



- Suis-moi, soupira la Faëlle en tournant les talons.

Comme elle parlait toujours en alavirien, Darwen n'eut pas besoin de résumer la situation à Keilan. Il se contenta d'effleurer son bras avant d'emboîter le pas au petit groupe. Pour s'excuser peut-être, de l'avoir attiré dans une histoire qui ne le concernait pas. Et pour lui signifier qu'il était libre de faire comme il l'entendait – l'accompagner ou non.

La Faëlle – qui dit s'appeler Erlîn – le conduisit jusqu'à une habitation proche. Elle annonça son arrivée, mais n'attendit pas de réponse pour écarter une partie du simple rideau fait de cordes et de perles qui fermait l'entrée, et laissa Darwen lui passer devant.

- Tu ferais mieux de rester là, dit-elle en se tournant vers l'apprenti envoleur. Nous laissons Darwen la voir parce qu'il l'a bien connue et qu'il ne voudra sûrement pas nous écouter, mais elle est en deuil et va bientôt partir de toutes façons. Il va vite comprendre.

Lorsque l'homme-loup pénétra la sorte de cabane, il ne distingua d'abord rien. Puis ses yeux s'habituèrent rapidement à l'obscurité, et il vit bientôt une silhouette agenouillée, qui lui tournait le dos. De longs cheveux argentés descendaient le long de ce dernier, où se mêlaient de nombreuses  tresses, presque aussi fines que la corde d'un arc. Sheïla semblait observer quelque chose ; il s'aperçut alors qu'à ses pieds reposaient deux arcs, deux carquois garnis de flèches, quelques bijoux en écorce et... un corps. Un corps allongé et immobile. 'Wen attendit un moment sans qu'un son ne sorte de la bouche de la femme, qui devait approcher les soixante ans, si ses souvenirs étaient bons. Il finit par se décider à dire quelque chose, même si tout son corps s'était mis à trembler, que sa bouche était trop sèche, sa gorge trop serrée.

- Sheïla, je...
- Je suis désolée de ne pas pouvoir t'accueillir correctement parmi nous, Darwen.


Surpris, le marchombre se tut, espérant une suite. Sheila n'était-elle pas étonnée de sa venue ? Malgré la mort de son compagnon, n'était-elle pas ne serait-ce qu'un peu heureuse de le revoir, alors qu'elle savait qui il était ? Elle n'avait pas oublié la langue de l'Empire, en tous cas...

- Les autres ont dû t'expliquer. Celui avec qui j'avais décidé de partager ma vie est mort ce matin. Je l'ai veillé toute la journée, et je viens de finir de préparer nos affaires. Il est temps pour moi de m'en aller.
- Mais...


La Faëlle se retourna lentement vers Darwen. L'expression de son visage le stupéfia et il sentit tous ces mots se bloquer dans sa gorge. Toute tentative d'insister s'évanouir en même temps.

- Il n'y plus rien d'autre qui compte, désormais. Je te l'avais raconté un jour, n'est-ce pas ?

Sans un mot de plus, elle passa les carquois et les arcs dans son dos, un bracelet à son bras et l'autre à celui du mort, et souleva doucement ce dernier en se relevant. Bien droite devant l'apprenti marchombre, elle le regarda dans les yeux. La douleur dans son regard était si intense qu'elle pénétra Darwen jusqu'aux os – il remarqua à peine les rides qui déformaient désormais le visage de son amie. Alors, c'était possible de souffrir autant ? Il y avait beaucoup d'ironie dans la question, étant donné ce qu'il avait lui même enduré. Mais en face de lui, ce n'était pas quelqu'un que l'on avait torturé, ou quelqu'un en manque d'amour, et que l'on ne voulait pas comprendre. C'était une Faëlle qui avait perdu son compagnon.

Et par là même sa raison de vivre.

- Laisse-moi passer, s'il-te-plaît.

Aussi silencieux qu'une ombre, il s’exécuta, s'écartant pour la laisser sortir de l'habitation. Lorsqu'il passa dehors à son tour, il vit tous les Faëls qui attendaient à l'extérieur s'écarter respectueusement sur le passage de la vieille femme. Elle paraissait supporter le poids de son compagnon sans aucun effort. Tous la saluèrent silencieusement tandis qu'elle traversait le village.

Au bout d'une dizaine de minutes, alors que les étoiles avaient presque remplacé toute lumière venant du soleil, sa silhouette avait disparu.

Des lampions colorés s'allumèrent peu à peu dans le village.

Une larme coula doucement sur la joue de Darwen.

Elle était partie, et il ne lui avait pas adressée plus de trois mots.


***



- Je serais arrivé quelques jours plutôt... hier même... et...
- Ça ne sert à rien de penser ça, Darwen.


Silence. Qui n'en était pas vraiment un : de la musique et des chants faëls s'élevaient à quelques mètres de là où 'Wen et Erlîn se tenaient. Pour ne pas se laisser envahir par la tristesse, les Faëls semblaient avoir l'habitude d'organiser une sorte de fête lorsque certains des leurs mouraient – en tous cas dans ce village – et l'ambiance pesante qui régnait quelques heures auparavant avait laissé place à une joie douce et mélancolique. Elle restait cependant dans les cœurs, et Darwen, qui n'avait pourtant pas revu les deux Faëls depuis une quinzaine d'années, se sentait étrangement vide. Il n'était pas vraiment triste, mais sans savoir pourquoi, il se sentait coupable. Et puis, c'était comme si une partie de son passé venait de mourir en même temps qu'eux, à nouveau. Une partie de lui-même. Alors, tout était vraiment fini ? C'était beaucoup trop étrange...

- Peut-être que ça aurait été différent s'ils étaient restés en Gwendalavir... si Arîn était mort là-bas... peut-être que Sheïla ne se serait pas...
- Te rends-tu compte que ton insinuation est extrêmement insultante ?


Le ton empli de colère fit se redresser le regard clair de l'homme, qui croisa les yeux noirs de la jeune femme. Les éclairs qu'ils semblaient lui jeter étaient presque aussi impressionnants que la douleur qu'il avait vu dans ceux de Sheïla, quelques heures plus tôt. Une expression qu'il revoyait encore et encore. Il s'empourpra.

- Je suis désolé. Je ne pensais pas...
- C'est complètement hors de propos de toutes manières. Déjà parce que revenir en arrière n'existe pas. Ensuite parce que des Faëls ne changeraient pas un comportement aussi profondément ancré simplement parce qu'ils vivent avec des humains.
- Mais... que se passerait-il si un humain et un Faël décidaient de vivre ensemble ?

Nouveau regard noir. Les Faëls étaient certes pacifiques, ils pouvaient aussi être très susceptibles...

- Les Alaviriens sont décidément très déplacés. Je vais quand même te répondre : je n'ai jamais entendu parler d'un tel cas. Et si cela arrive, on ne peut rien prédire. Peut-être que – même si ça me paraît impensable – il est déjà arrivé que des Faëls ne meurent pas après la disparition de leur compagnon. Je n'en ai jamais entendu parler non plus. Maintenant, tu devrais arrêter de poser des questions idiotes et aller manger un peu et t'amuser avec les autres. Ce serait le meilleur moyen pour toi de leur rendre hommage. Et je pense que ton... ami t'attend.

Darwen rougit pour la seconde fois. Comment avait-il pu oublier Keilan ? Se mordant violemment la lèvre inférieure, il s'apprêta à se lever quand il vit justement le jeune homme s'approcher. Erlîn avait déjà disparu. Le métamorphe se laissa lourdement retomber contre le tronc de l'arbre qui lui servait de dossier depuis plus d'une demie-heure. Il appuya sa tête contre l'écorce et ferma les yeux.

- Je... Kei, je...

…suis désolé de t'avoir laissé tomber. Je...

- Justement. Si l'un des deux meure, l'autre mourra aussi. Il ne pourra pas en être autrement.
- Wouah... Ben j'espère que vous mourrez pile pile pile en même temps alors ! Comme ça personne sera triste.


...Je suis un peu perdu.

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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Dim 03 Sep 2017, 22:49

[T'en fais pas ! Je me régale toujours autant avec ce Rp. C'est une bouffée d'air frais ! Il me plaît vraiment  ]


Allongé sur le dos, les yeux grand ouverts, je regarde les étoiles briller dans le ciel, à travers l’enchevêtrement des feuilles d’arbres. A en juger par leur clignotement prononcé, j’en conclus qu’un certain nombre de nuages glissent au-dessus de notre tête, porté par un vent léger mais lourd de promesse : il pleuvra demain. Cela ne me fait ni chaud, ni froid, la pluie ne m’a jamais dérangée – moins que le vent, associé dans mes souvenirs à de redoutables tempêtes qui avaient failli couler plus d’une fois la Furie.

Il fait plus frais, surtout depuis que le feu a baissé, mais je n’ai pas froid. La chaleur qui émane du corps de Darwen est trop grande pour cela. Il me suffit de tourner légèrement la tête sur le côté pour le regarder ; il dort à poings fermés, la tête posée sur mon bras, dans une immobilité à peine brisée par son souffle lent et régulier. En réalité, il ne me touche pratiquement pas. Ses doigts effleurent à peine la peau de mon torse, et pourtant je sens la chaleur qu’il dégage, presque déconcertante ; si je n’étais pas aussi las, sans doute aurais-je pris le temps d’analyser ce phénomène extraordinaire – un être humain ne dégage pas une température aussi élevée, à moins d’être fiévreux, et encore !

Je me contente de le regarder dormir, incapable de trouver le sommeil moi-même. Je suis fatiguée, perclus de courbatures liées à un voyage épuisant et aux dernières heures passablement mouvementées, mais quelque chose m’empêche de rejoindre Darwen dans les bras de Morphée. Je ne sais pas ce que c’est, d’autant que pour la première fois de ma vie, je suis plus détendu que jamais. Après l’amour, Naya avait tendance à m’enlacer, si bien que je passais la nuit emprisonné dans ses bras sans pouvoir m’en défaire. Fidèle à sa façon d’être, Darwen a su garder dans le sommeil une distance qui me laisse respirer.

J’aime la sensation de son souffle sur la peau de mon bras.


~ * ~ * ~


- On devrait y être dans moins d’une heure normalement…

Difficile de ne pas prêter attention à l’incertitude qui perce dans la voix de Darwen. Juché sur Nyu, je le regarde fixer sa carte d’un air penaud, comme dans l’espoir qu’elle finisse par lui dévoiler tous ses secrets. Je ne peux pas faire grand-chose pour l’aider, je ne connais pas cet endroit, mais je me laisse quand même glisser à terre, passe sous l’encolure de la jument et jette un coup d’œil par-dessus l’épaule de mon compagnon. Elle ne ressemble à aucune autre et son état laisse à désirer. Tâchant de ne pas me laisser distraire par l’odeur de Darwen, j’observe un instant les gribouillis avant de poser un doigt sur le papier froissé.

- Il y a une rivière, là. On pourrait- peut-être s’en approcher et la prendre comme repère.

C’est ce que nous faisons. Et nous avons eu raison, car moins d’une heure plus tard nous atteignons enfin les premières maisons d’un village, bâti dans un écrin de verdure et de sérénité. J’espère que c’est le bon : je devine, à l’agitation soudaine de Darwen, que cette étape est importante. Sa nervosité grandit lorsque des silhouettes se profilent autour de nous, et j’admire la volonté avec laquelle il se domine. En ce qui me concerne, je suis aussi curieux que méfiant. Ces gens-là ne sont pas des Alaviriens mais des Faëls !

De petite taille – les plus grands ne me dépassent pas – ils sont minces et élancés. « D’excellents grimpeurs », ai-je lu quelque part. Leur peau sombre est décorée de peintures, de colliers et de bracelets colorés qui s’accordent plutôt étrangement à leur accoutrement fait de longues feuilles ingénieusement tressées.

Leurs yeux dorés sont fixés sur nous. L’on me dévisage allègrement, chose que je n’aime pas beaucoup : par réflexe, je rentre le menton dans mon écharpe. Le regard de Darwen m’exhorte cependant au calme. Je ne m’étonne pas de mon second réflexe, qui est de faire un pas pour me rapprocher de lui.

La seule femme du petit groupe s’avance soudain et prend la parole pour nous souhaiter la bienvenue. Elle s’exprime dans un alavirien très fluide et sans accent, preuve plus évidente de sa bienveillance que les mains vides qu’elle nous montre. Une personne qui maîtrise à ce point la langue d’un étranger ne peut qu’être attachée à l’univers de ce dernier.

Darwen se charge de faire les présentations et de présenter le motif de notre venue. Parce que je ne dis rien et parce que je suis cet échange avec attention, je remarque le changement d’expression de la Faëlle juste avant qu’elle ne coupe la parole à mon ami. Je fronce les sourcils, mais déjà elle enchaîne, dans sa langue cette fois-ci. Je n’ai pas le temps d’en apprécier les sonorités : Darwen pâlit brusquement.

- Quoi ?
- Arin s’est tué en escaladant une paroi rocheuse particulièrement difficile.
- Et… Sheïla ?


La réponse est évidente, quoi que le sens véritable m’échappe complètement. Il y a un drôle de silence, terriblement pesant, puis la Faëlle nous demande de la suivre. J’emboîte le pas à Darwen, ignorant son regard désolé. J’ai choisi de le suivre, non ? Je ne comprends pas tout, d’accord, mais il n’est pas question que je le laisse tout seul dans cette histoire qui le touche.

On me demande pourtant d’abandonner Darwen tandis qu’il entre dans une maison. Ennuyé, je serre les poings, envisage un instant de n’en faire qu’à ma tête, et décide que ce serait donner plus de soucis au marchombre. Je le laisse entrer seul, à regret. Dans un soupir, je m’assois par terre, une jambe repliée contre moi pour appuyer mon menton sur mon genou.

Deux pieds nus et foncés entrent dans mon champ de vision et m’obligent à lever les yeux vers le Faël qui me dévisage avec curiosité. Il pose une question, je secoue la tête : je ne comprends pas. Il insiste avec cet accent chantant qui résonne doucement à mes oreilles.  Je repère les mots qui reviennent plusieurs fois et les intègre dans ma mémoire.

Le Faël finit par s’accroupir devant moi. Il tend une main en une invitation on ne peut plus claire : il me demande de venir avec lui. Mon regard glisse vers l’entrée de la cabane, où je sais que se trouve Darwen. Je suppose qu’il en a pour un petit moment.

Je me lève sans toucher la main du Faël, mais je hoche la tête et cela semble lui suffire, parce qu’il me fait signe de le suivre. Il m’emmène vers le centre du petit village, où sont rassemblés des hommes, des femmes et des enfants d’un peuple qui n’est pas si différent du mien, finalement ; le physique et la langue ne font pas tout, n’est-ce pas ? Toutefois, je suis pour la plupart d’entre eux un objet de fascination qu’on ne résiste pas à la tentation d’approcher : des mains se tendent, effleurent mes cheveux bruns et le tissu de mes vêtements.

C’est une véritable torture à laquelle je me soumets en silence, conscient de la découverte singulière que font ces gens – et sensible à ma propre curiosité à leur égard : je n’irai pas jusqu’à les toucher comme ils le font mais je suis intrigué par leur apparence. Leur simplicité, surtout. Ils me rappellent vaguement les iliens qui vivent dans les Alines, tous ces clans qui vivent de la nature et qui trouvent leur bonheur dans la solitude.

Le Faël qui est venu me chercher finit par claquer de la langue, agacé ; il semble avoir compris que je ne suis pas à l’aise avec le contact car il se contente de me signifier que je dois le suivre.

Nous allons dans sa maison. Je le devine à sa façon d’étreindre la Faëlle qui attend sur le seuil, un bébé dans les bras. Gêné, je m’arrête là. Mon guide approuve d’un regard et disparait à l’intérieur. Moins d’une minute plus tard, le revoilà, les bras chargés de lampions emberlificotés les uns avec les autres, et il me les tend en prononçant un mot qu’évidemment, je ne saisis pas.

Enfin, je ne suis pas idiot non plus : il a besoin d’aide. J’attrape donc les fils et pose un genou à terre pour commencer à démêler le paquet de nœuds. Ça me prend un moment. Il s’est installé près de moi et il s’acharne sur un autre amas de lampions. De temps en temps, il s’interrompt et désigne quelque chose – un brin d’herbe, un fil, une partie de son anatomie – et prononce dans sa langue le mot qui correspond.

C’est une leçon que je suis avec application, attiré par le son que produisent les « r » roulés autant que par la variété étonnante de modulation de la voix. Ma puissante mémoire fait son travail, car mon nouvel ami n’a pas besoin de répéter deux fois un mot pour que je m’en souvienne. Et je démêle les nœuds tout en me demandant comment j’ai fait pour atterrir ici, en terre faëlle, accompagné d’un garçon qui occupe le plus clair de mes pensées et pour participer à un drôle d’atelier tout en apprenant une nouvelle langue.

La nuit commence à tomber. Une fois les lampions démêlés, nous les attachons dans les arbres et autour des maisons. Des feux sont également allumés, tout petits et qui dégagent une fumée rouge qui pique les yeux et la gorge. Des chants s’élèvent un peu partout. Une fête ? Je ne comprends pas.

Je ne comprends pas ce qui pousse les gens à pleurer ou à célébrer la mort. La disparition d’un être n’a jamais été pour moi qu’une étape de la vie, un passage obligé, parfois non désiré, souvent nécessaire, et que l’on ne peut tout simplement pas éviter. J’ai tué des gens, y compris mon capitaine et amant. J’ai assassiné une femme qui souhaitait simplement s’unir à moi. Un jour, il y a bien longtemps, mon frère est mort.

Je n’ai jamais pleuré pour ces gens-là. Parce que je n’ai pas su m’attacher à eux ? J’aimais mon frère… je crois. Nous étions jumeaux après tout, liés par la chair, le sang et un quelque chose qu’on ne pourra jamais définir. Simplement, je ne vois pas en quoi des larmes peuvent servir à quelque chose. La mort s’en fiche pas mal, non ? Pourquoi abreuver de chagrin un être qui ne reviendra pas ? Pourquoi célébrer son départ ? On ne chante pas pour quelqu’un qui sort d’une pièce…

Je ne comprends pas mais je fais de mon mieux pour aider les Faëls dans leurs préparatifs. Je suis là, autant me rendre utile. C’est alors que j’aperçois Darwen. Il faut que je contourne trois feux rouges pour le rejoindre, le nez dans mon écharpe pour préserver mes poumons. Mon ami est… différent. Lui qui semblait invincible hier encore, face à ces bandits de grand chemin, voilà qu’il s’effondre contre son arbre, complètement abattu.

Je ne comprends pas.

- Je… Kei, je…

Je ne comprends pas, c’est vrai.
Mais je suis là.

Alors, je m’assois près de lui et laisse nos genoux se toucher.

- Tout va bien, dis-je en faël – et ça a le don de le surprendre - avant de poursuivre dans notre bon vieil alavirien: Tes amis, ils… Je pense qu’ils seraient heureux de te savoir ici. Maintenant.

La mort est un concept qui m’échappe. Trop abstrait. Les larmes que je vois briller dans les yeux de Darwen me sont étrangères, à moi qui ne pleure jamais. Je suis incapable de me mettre à sa place.

- Qui étaient-ils ?

Il n’a peut-être pas envie de parler de ça. Ou peut-être que si, justement. Je n’en sais rien, et il est libre de ne pas me répondre ; il sait que je ne le prendrai pas mal. J’ai juste terriblement envie de l’aider, lui aussi.

Si seulement c’était aussi simple que démêler des fils…

__________________________________________

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Darwen Ehsoleim
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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Dim 10 Sep 2017, 15:01

[Bon, j'ai terminé très vite mais je sentais que c'était la fin... les retrouvailles n'en sont que plus proches Wink Par contre, j'espère que ça part pas trop en queue de poisson du coup... J'ai galéré à imaginer la séparation donc voilà What a Face Et surtout, je me suis permise de faire bouger un peu Kei, donc dis-moi si ça ne te va pas ^^ C'était vraiment un rp chouette en tous cas. Et le plus mignon du monde Rolling Eyes Hâte qu'ils se retrouvent ! Very Happy ]






Sortant brusquement la tête hors de l'eau, l'apprenti marchombre reprit sa respiration et replaça en arrière ses cheveux trempés. Il partit aussitôt dans un crawl vigoureux jusqu'à la berge opposée du petit lac, qu'il atteignit en quelques minutes. Épuisé – plusieurs heures de course et d'étirements avaient précédé son plongeon et sa nage – il se retourna sur le dos et se laissa porter par le mouvement calme de l'onde, alors que les rayons du soleil caressaient doucement la peau de son ventre. Les muscles détendus, il ferma les yeux. Les images des jours précédents défilèrent peu à peu derrière ses paupières...


***



- Je… Kei, je…

Darwen se tut. Keilan venait de s'assoir juste à ses côtés, contre le tronc du chêne, et il pouvait sentir son genou contre le sien. Il était rare que le jeune homme initie les contacts physiques, il l'avait compris, et même au milieu de ses pensées entremêlées il saisissait l'importance du geste. Ce léger contact et l'odeur du garçon suffirent à le calmer un peu. Les yeux toujours fermés, il avala lentement sa salive. Il avait la sensation qu'elle restait bloquée dans sa gorge, comme un noyau de pêche qu'il aurait oublié de ne pas avaler.

Les mots de son ami l'étonnèrent plus encore, alors qu'il s'exprimait en faël dans sa première phrase ; il tiqua mais ne dit rien, se contentant d'écouter la suite. Elle ressemblait à ce qu'Erlîn lui avait dit quelques minutes plus tôt. Faire ce que Sheïla et Arîn auraient voulu qu'il fasse... C'était facile à dire pour Keilan, qui ne les connaissait pas...'Wen se donna une petite claque en pensée. Kei n'avait rien à voir avec eux, c'était justement ce qui lui permettait de prendre du recul et de tenter de le réconforter, et c'était tout à son honneur. Une larme coula sur sa joue, qu'il essuya rapidement. Il s'autorisa à prendre la main de son compagnon dans la sienne et la serra doucement. Le garçon tressaillit mais ne refusa pas le contact, et Darwen lui en fut reconnaissant.

Se tenir la main, c'est bien parce que ça aide beaucoup celui qui en a besoin sans en demander trop à l'autre...

- Qui étaient-ils ?

Après un silence, le métamorphe soupira. Il ne savait pas vraiment s'il avait envie d'en parler, mais il voulait que Keilan sache. Il voulait partager avec lui un peu de son ancienne vie.

- De vieux amis qui avaient décidé d'aller vivre en Gwendalavir. Ils sont venus habiter dans le hameau où j'ai vécu peu de temps avant que j'y naisse. Ils m'ont appris énormément de choses, dont, tu l'auras deviné, la langue faëlle, et étaient presque comme d'autres parents pour moi... Des parents plus dignes que les miens, d'ailleurs.

Un long frisson agita sa colonne vertébrale alors qu'il réalisait ses dernières paroles. Les deux Faëls étaient partis avant qu'il ne découvre son double animal. Leur réaction aurait-elle été semblable ou différente de celle de ses parents ? Il était presque certain que la seconde option était la bonne, déjà parce que les Faëls avaient un rapport à la nature beaucoup plus sain que la globalité des Alaviriens, ensuite parce qu'ils n'auraient jamais des superstitions aussi stupides et malsaines qu'eux. S'efforçant de repousser les souvenirs sombres des lames de couteaux tailladant sa peau, Darwen reprit en murmurant :

- J'aurais aimé les revoir une dernière fois. Même Sheïla, elle était tellement... méconnaissable. J'avais l'impression de la voir morte avant l'heure.

De nouvelles larmes roulèrent, qu'il n'eut pas la force d'essuyer cette fois. De toutes façons, ça ne servait à rien...

- Si celui ou celle que tu aimes meurt, tu ne peux que mourir aussi. C'est idiot non ?

Il eut un petit rire amer, puis ouvrit enfin les yeux, cherchant ceux de Keilan dans la semi-obscurité.

- T'en penses quoi, toi ?

Il pensait deviner sa réponse, déjà...


***



La nuit recouvrait complètement le village, désormais, et la moitié des lanternes s'était éteinte. Les autres diffusaient des lumières colorées au loin, vertes, bleues, rouges, mauves, attirant les papillons. Quelques Faëls étaient encore dehors, et les deux hommes entendaient de temps à autre des bribes de chants et des rires légers se mêler au crissement des grillons. Tous deux n'avaient pas ouvert la bouche depuis un très long moment, savourant simplement la présence proche de l'autre. Celle de Keilan s'était de plus en plus accentuée pour Darwen, et sa détresse s'était estompée en conséquence. Alors qu'en lui le sommeil se disputait avec le désir de retrouver des sensations de la nuit précédente, il laissa sa tête retomber sur l'épaule de son compagnon et brisa enfin le silence dans un murmure.

- Kei ? Et toi, qui sont les personnes qui ont compté pour toi ?

Il avait réalisé de nombreuses fois que l'ex-pirate en savait beaucoup plus sur sa vie qu'il n'en savait sur la sienne. Il avait envie d'en découvrir plus sur lui.


***



- Alors, vous partez déjà ?
- Oui. J'aimerais bien rester plus longtemps mais je ne peux pas alors qu'ils sont tous les deux... partis. Je... je ne me sens pas à l'aise. Et puis, je crois que c'est aussi le cas de Keilan. Sans compter qu'on a tous les deux des choses à faire en Gwendalavir.
- Je vois. Je suis désolée que votre premier séjour passé parmi nous ait été marqué par la mort. Même court, j'espère qu'il vous a aussi été profitable pour découvrir notre culture.


Darwen adressa un sourire franc à la Faëlle et s'inclina légèrement devant elle en guise d'au-revoir. Il rejoignit rapidement l'apprenti envoleur, qui l'attendait avec Nyu à la sortie du village. Se juchant souplement sur le dos de la jument, il tendit sa main en souriant à son ami pour l'inviter à le rejoindre, et les deux cavaliers s'éloignèrent au petit trot du village faël.

Un sourire étira les lèvres de Darwen en réaction aux bras de Keilan entourant son buste. En fait, les explications qu'il avait fournies à Erlîn n'étaient pas les seules raisons de leur départ : les regards de certains Faëls sur le couple qu'ils formaient étaient parfois pesants de part la surprise ou la gêne qu'ils exprimaient. Ils n'étaient restés qu'une matinée après la nuit de fête, mais tous deux savaient qu'il était temps de rentrer.

Ils pourraient ainsi profiter tranquillement l'un de l'autre pendant les quelques jours de retour, avant que chacun ne reprenne son chemin...


***



L'apprenti marchombre regagna la rive en une brasse tranquille. La nuit était encore loin de tomber et il avait décidé de faire le plus de trajet possible de jour ; il avait peur de ne pas résister au désir de se transformer s'il voyageait de nuit, et même s'il était temps de laisser un peu la place au loup – sans compter qu'il en mourait d'envie – il devait attendre de regagner l'Académie et de se séparer de Nyu pour cela. Pour cette raison également, il voulait rentrer le plus vite possible... et aussi parce qu'il devait voir s'il n'y avait toujours pas de nouvelles de Syndrell, là-bas. Pendant qu'il était avec Keilan, son inquiétude était en quelque sorte passée au second plan, mais elle s'était de nouveau muée en angoisse depuis qu'il se retrouvait seul. D'ailleurs, s'il s'avérait que la marchombre était de retour, il devrait passer l'Ahn-Ju...

Après s'être séché et rhabillé en vitesse, le métamorphe sortit une pomme des sacoches de la jument, en croqua la moitié et lui offrit la seconde, accompagnant la friandise d'une caresse et de quelques mots doux. Dire qu'avant, il y a longtemps, il avait une peur bleue des chevaux... Désormais, en bon voyageur, il ne pouvait plus se passer de l'ancienne compagne de Miss Nyya durant ses trajets. Il attendit qu'elle ait terminé de manger, replaça la selle et les sacoches sur son dos, vérifia la sangle autour de son ventre – en l'engueulant gentiment alors qu'elle faisait exprès de le gonfler – et se jucha doucement sur elle. Sur son claquement de langue, Nyu partit aussitôt au galop ; surpris et secoué, Darwen éclata de rire alors qu'ils s'éloignaient rapidement du lac.

Cette chevauchée improvisée lui rappelait celle qu'il avait pu partager avec l'apprenti envoleur, quelques jours plus tôt, la dernière avant qu'ils ne se quittent...


***



Ils avaient franchi la forêt de Baraïl il y avait deux jours de cela, et tandis que Keilan allait devoir prendre le chemin des Collines de Taj pour rejoindre le Domaine, Darwen devait se diriger vers la Passe de la Goule – passer à travers les Dentelles Vives lui prendrait trop de temps, et c'était difficilement envisageable avec Nyu. Le moment de se séparer approchait donc. Sans prévenir, le marchombre lança la jument au grand galop, ce qui arracha un cri de surprise au second cavalier. La frayeur passée, Kei joignit son rire à celui de Darwen, qui sentit son cœur se serrer. A ses yeux, ces moments-là faisaient partie de leurs meilleurs instants passés ensemble. C’étaient de vrais moments de bonheur, pur et simple.

Le soleil disparaissait lentement derrière la ligne lointaine des Dentelles, parant le ciel de dégradés colorés. Ils s'arrêtèrent pour dresser un camp lorsque la nuit eut complètement recouvert la plaine, mais les gestes étaient habituels et ils n'eurent pas vraiment de mal à les accomplir dans l'obscurité ; celle-ci devint bientôt relative lorsque des flammes s'élevèrent du foyer rapidement dressé.

- Tu sais, tu n'es pas le seul à vouloir éviter les villes, confia 'Wen à son compagnon alors qu'ils « dégustaient » les traditionnelles lamelles de siffleur séchées, au goût douteux – c'était à peu près tout ce qui leur restait comme provisions. Je préfère aussi rester loin de leurs enceintes, mais ce n'est pas vraiment les gens que j'évite.

Il s'arrêta pour croquer dans un morceau de viande, et le regard interrogateur de Keilan l'encouragea à préciser. Il sourit tranquillement.

- Je ne peux pas tenir trop longtemps dans un endroit fermé. Je suis claustrophobe, alors j'évite au maximum les chambres dans les auberges... et puis, ça fait faire des économies ! Mais j'avoue que de temps en temps, je ne crache pas sur un bon lit, pour peu que la chambre ne soit pas trop étroite et qu'elle ait des fenêtres assez grandes. Plus largement, les plaines et les forêts me mettent plus à l'aise que les murs d'une ville ou même d'un village...

Sa part animale y était pour beaucoup, certainement. Mais le fait d'avoir vécu dans un hameau, avec seulement une poignée d'autres habitants, faisait aussi partie de l'explication. Sans compter qu'il avait pu observer les mêmes « symptômes » chez la plupart des marchombres qu'il connaissait...

Il n'avait toujours pas parlé de ses métamorphoses à l'envoleur. Il y avait songé de nombreuses fois ; l'aveu de sa claustrophobie était le point de départ de celui concernant le loup, puisque les deux phénomènes étaient intimement liés, et il hésitait beaucoup à continuer sur sa lancée. Mais il ne savait même pas si Keilan était au courant de l'existence des métamorphes... Alors, son repas terminé, il se contenta de lancer un clin d’œil malicieux à son ami, et, à quatre pattes, il s'approcha lentement de lui.

- Enfin, tant que j'ai de la compagnie, tout va pour le mieux...

Les galops effrénés sur le dos de Nyu n'étaient pas ses seuls moments préférés passés avec l'envoleur...


***



Les souvenirs de leur dernière nuit lui réchauffa soudain les joues alors qu'il traversait au pas le bois qui jouxtait l'Académie. Mais ils furent bientôt chassés par un autre, moins joyeux... Lorsqu'il s'était réveillé le lendemain matin, Keilan était déjà parti. En fait, ça ne l'avait pas vraiment étonné ; il se doutait que le garçon n'aimait pas vraiment les adieux. Ça ne l'empêchait pas d'être un peu déçu, même si, d'une certaine manière, ils s'étaient déjà dits au revoir avant d'être vaincus par le sommeil... Il avait donc repris la route seul, une pointe de tristesse au creux du ventre...

...Mais le sourire aux lèvres, car certain qu'ils se reverraient un jour.

Vérifiant que la jument avait tout ce qu'il lui fallait dans son box, le marchombre lui offrit une dernière caresse avant de sortir des écuries. Il se dirigea vers le panneau d'affichage tandis que l'appréhension lui enserrait la poitrine. Ses yeux parcoururent à toute vitesse les différents parchemins, jusqu'à ce que... un mot retint brusquement son regard.

Ahn-Ju.

Le cœur battant à cent à l'heure, il vérifia le nom marqué au-dessous... Il s'agissait bien du sien ! Hormis la date, qui indiquait le surlendemain – il avait eu chaud – rien d'autre n'était précisé. Les noms des Maîtres qui lui feraient passer l'examen lui étaient inconnus, mais même s'il était curieux, il s'en fichait bien sur le moment.

Parce que les quelques mots qu'ils venaient de lire signifiaient que Syndrell était bel et bien de retour !

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MessageSujet: Re: Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]   Jeu 12 Oct 2017, 07:04

« Si celui ou celle que tu aimes meurt, tu ne peux que mourir aussi. C’est idiot, non ? T’en penses quoi, toi ? »

Idiot ?

Oui.

Non.

Je ne sais pas.

Quand mon frère est mort, j’ai pris sa place. Le véritable « moi » est mort. Est-ce que c’est la même chose ? J’ai l’impression que derrière cette question – et la réponse qui me vient en tête – se cache une subtilité qui m’échappe. Je ne parviens pas à la saisir.
Je n’ai pas envie d’essayer.

Mais c’est Darwen qui a posé la question.

- C’est idiot seulement pour ceux qui le sont…

Je remue, mal à l’aise, incapable de savoir si ma réponse est valable ou non. Elle se perd dans un silence qui nous enveloppe et me rassure. Il ne me contredit pas, je ne dois pas avoir commis d’impair…


~ * ~ * ~


- Kei ? Et toi, qui sont les personnes qui ont compté pour toi ?

Sa question me tire d’un état languissant, presque endormi. En fait, je suis bien, là, assis contre l’arbre, sa tête posée sur mon épaule – ça réchauffe tout mon côté gauche – tandis que des chants faëls raisonnent un peu partout, doux mais puissants.

Les personnes qui ont compté pour moi ?

- Qyllie, je réponds sans hésiter. C’était ma nourrice. Elle était très jeune quand j’étais petit, elle doit avoir à peine trente ans maintenant. A la maison, c’était… la seule qui me comprenait vraiment.

Je pense un instant à mon frère. Mes sentiments à son égard ont toujours été très complexes, et surtout trop diffus pour que je m’y attarde. Je passe. Personne suivante.

- Naya.

Oui, Naya a compté pour moi. Je ne suis pas gêné d’en parler à Darwen, parce que… eh bien, Naya est mort depuis longtemps maintenant.

- Le capitaine d’une bande de forbans. Il m’a capturé lorsque j’ai servi de monnaie d’échange au navire sur lequel je travaillais. Mais c’est auprès de lui que j’ai appris pratiquement tout ce que je sais aujourd’hui.

En fait, c’est assez curieux mais j’ai hérité beaucoup de choses de lui : son sabre, bien sûr, mais aussi son allure et sa technique, son maintien presque altier…

- Darwen.

Là, je ne dis plus rien.

Pas besoin.


~ * ~ * ~


Les galops de Nyu, nos rires mêlés, le cache-cache du soleil avec les nuages, nos discussions aux thèmes multiples et variés, mes bras autour de la taille de Darwen, la lumière de son regard quand les flammes de notre feu s’y reflètent, ses questions jaillies de nulle part et la nuit fraîche… Ce périple a quelque chose de spécial. Il ne ressemble à aucun autre et aucun autre ne lui ressemblera jamais.

- Tu sais, tu n’es pas le seul à vouloir éviter les villes.

Un bout de viande dans la bouche, je lève les yeux vers Darwen. Il a une façon bien particulière de se tenir assis, à la fois décontracté mais alerte.

- Je préfère aussi rester loin de leurs enceintes, mais ce n’est pas vraiment les gens que j’évite.

Je ne dis rien, je grignote ma lamelle de viande séchée en attendant la suite. Ce ton, je le reconnais, c’est celui de Darwen quand il réfléchit ses mots avant de les formuler.

- Je ne peux pas tenir trop longtemps dans un endroit fermé. Je suis claustrophobe, alors j’évite au maximum les chambres dans les auberges…

Même si c’est logique, même si c’est humain, j’ai du mal à admettre que Darwen puisse avoir peur de quelque chose. Il n’en donne pas l’air. Est-ce que moi aussi je dégage ce flegme naturel ? Cette confiance rassurante ? Etant donné que j’ai toujours le nez dans mon écharpe, pas sûr !

- Plus largement, les plaines et les forêts me mettent plus à l’aise que les murs d’une ville ou même d’un village…

Je l’observe à la lueur des flammes. J’ai l’impression que ses mots veulent dire autre chose, qu’un sens unique à ses paroles m’échappe. Les sous-entendus, ce n’est pas du tout mon truc, je ne les vois pas. Impression diffuse de passer à côté de quelque chose, à moins que ce ne soit dans son attitude, soudain réflexive ; il est plongé dans ses pensées, il n’attend pas que je réponde, alors, je reste silencieux.

D’accord. Moi, je n’évite pas spécialement les villes, mais je n’y suis pas habitué – et dans une ville il y a du monde, de la foule, des marées humaines qui, si elles m’enveloppent et font voler en éclats ma bulle personnelle, peuvent me rendre fou.

Je suis claustrophobe avec les gens, moi.

- Enfin, tant que j’ai de la compagnie, tout va pour le mieux…

Je cligne des yeux. Darwen est tout près de moi, mon cœur galope dans ma poitrine. Moi c’est l’inverse. Moi, si je suis seul, c’est bien mieux. Mais au moment précis où je l’enlace, je rectifie ma pensée – la dernière qui sera cohérente cette nuit : tant que j’ai sa compagnie, tout va pour le mieux…


~ * ~ * ~


Le feu n’est plus que braises rougeoyantes. Il n’y a pas un souffle de vent, pas un bruit, juste un bout de lune qui veille dans un ciel piqueté d’étoiles. Assis en tailleur, je réfléchis. Je me pose de nouvelles questions, nées de cette rencontre hors du commun et de ce voyage hors du temps.

Darwen a ouvert une porte sur mon chemin, celle des Marchombres. Je l’ai entrebâillée un petit peu pour jeter un œil, mais… Non. Les réponses ne sont pas ici. Dans le sourire de Darwen, peut-être. Je tourne la tête, le regarde dormir. Il a l’air tellement plus fragile comme ça… j’hésite. Le réveiller ? Non. Me recoucher près de lui ? Non plus. Je me suis habillé, j’ai fait mon sac.

Je vais partir.

Avant que ses lèvres sur les miennes ne me fassent perdre la tête, j’ai admis qu’il comptait beaucoup pour moi. C’est énorme, pour quelqu’un comme moi. Et c’est troublant. Je ne suis pas habitué, pas préparé à tout ça. Alors non, je ne fuis pas… ou peut-être si, un peu, mais que se passera-t-il si je ne le fais pas ? Si je ne retrouve pas ma solitude, le fil de mes pensées ? Je tends la main et, comme la première nuit, dans l’auberge, quand il dormait au pied de mon lit, je touche sa joue du bout de mon doigt.

Ça ne le réveille pas, il dort trop profondément, mais il remue légèrement et grogne dans son sommeil. Cœur qui galope à nouveau. Si je ne pars pas maintenant, je ne partirai jamais plus. L’évidence est là. Des tas de mots s’y prêtent. Je les envoie balader. Un seul reste accroché sur mes lèvres, et finit par s’envoler dans un murmure.

- Merci…

De t’être arrêté dans cette ruelle, d’avoir empêché ces types de me violer, d’avoir ouvert ta main, ton monde puis ton cœur pour moi, d’être resté quand je te poussais à partir, de m’avoir rattrapé quand je voulais m’en aller, de m’avoir écouté, de m’avoir compris, et…

Sourire.

Une perle rare, chez moi.

Tu ne le verras pas mais il est pour toi.

Tranquillement, je me lève, récupère mes affaires, et m’éloigne sous le regard placide de Nyu qui mâchonne un brin d’herbe.


[... merci pour ce joli Rp, imprévisible, bouleversant, amusant, tout plein de tendresse, de nouveauté, de réflexion et d'émotion ! J'ai mis longtemps à le finir, je n'en avais pas envie. Darwen a permis à Kei de se révéler et à moi, de mieux connaître mon personnage. Merci, merci, merci  tada]

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"Je ne suis pas un psychopathe. Je suis un sociopathe de haut niveau."


[Absent du 25/08 au 28/08]
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Qui du loup ou de l'asperge mangera l'autre ? [PV Kei]
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