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Le Pacte VS L'Ordre
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 A cours de maux [Hièlstan]

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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: A cours de maux [Hièlstan]   Dim 21 Aoû 2016, 13:18

« Syndrell, j'ignore si cet oiseau va te trouver... »

Et si les mots étaient porteur d'espoir ?

S'ils avaient simplement besoin d'exister, quelque part, afin d'illuminer un regard ?

S'il suffisait qu'on les porte au fond de son cœur pour que tout aille bien ?


L'espoir a les yeux brillants, et ceux de Syndrell étincelaient de mille feux lorsqu'elle prit la route ce matin-là. Elle avait quitté ses amis sans bruit, incarnée dans le silence qui lui avait dérobé sa voix, et avec au côté une plaie que le passé de Qark et Tsukia avait rouverte. Sa mémoire était devenue son ennemie au même titre que les responsables des souvenirs qu'elle mourait d'envie d'oublier.

Repartir lui avait demandé du courage. Autrefois, il n'y a pas si longtemps, elle aurait entamé ce nouveau voyage en sautillant comme une enfant ; mais la douleur faisait vieillir bien plus vite que le temps et c'est avec un grand calme que la jeune femme prit place à l'arrière de la charrette remplie de foin.

Trop faible pour effectuer à pied le trajet jusqu'à Al-Chen. C'était un fait et Syndrell s'en accommodait avec la même philosophie que ces derniers jours : tant qu'elle ne devait pas fuir pour sa vie, tout allait bien. Rien ne pouvait être pire que la lutte sans merci menée dans les profondeurs du désert afin de sauvegarder quelques secondes supplémentaire de répit.


« Au moment où je t'écris, nous nous sommes séparés il y a dix-sept jours exactement... »

Le temps était relatif. La chance aussi. Qui aurait pu prédire que, seulement dix-sept jours après avoir quitté Hièlstan, Syndrell allait être enlevée par des trafiquants d'esclaves ? Le Rêveur avait-il imaginé que sa destinataire puisse être en train de tenter de s'échapper une toute première fois, au moment même où il écrivait sa lettre ?

Non. Bien sûr que non. S'ils avaient pu anticiper tout cela, jamais ils ne se seraient dit au revoir dans cette rue ce soir-là. Syndrell serra son maigre sac contre sa poitrine.

Il contenait le peu d'affaires qu'elle avait prises à Al-Jeit avec l'aide de Tsukia et d'Aivy ; quelques vêtements sans prétention, une couverture, une poignée de friandises... ses amies s'étaient donné de la peine pour lui faire prendre quelques kilos.

Mais la tunique grise et violine flottait désespérément sur sa silhouette désormais trop frêle, et sous l'éclat du soleil sa peau diaphane semblait littéralement transparente.

Le vieux fermier qui l'avait autorisée à voyager à l'arrière de son attelage était resté interdit devant ce visage exsangue, mangé par deux immenses yeux dorés – ce détail l'avait frappé davantage que les mèches bleues qui voletaient sur sa nuque.


« … c'est un coin très isolé, très tranquille, où je me sens très à l'aise, tu peux l'imaginer ! La maison est toute petite mais tellement... »

Imaginer. Syndrell ferma les yeux et retrouva les images qui, pendant des heures, des jours et des nuits, l'avaient aidée à tenir bon.

La maison de Hièl, elle l'avait imaginée si souvent qu'elle en connaissait déjà les contours et les détails par cœur. Elle avait pris bien des formes et s'était parée de nombreuses couleurs avant que la marchombre ne décide de se fier à ce qu'elle avait apprécié chez Hièlstan – l'une de ses plus grandes qualités : la simplicité.

Oui, la maison du Rêveur était simple, tranquille et accueillante. A son image. C'était un havre de paix dont il lui avait donné la clé sous forme de plan détaillé, et une invitation à travers les lignes de son message ; pour Syndrell, encore à la merci de la barbarie des Faucheurs, cette opportunité était une issue de secours. Un souffle d'espoir tout juste entretenu par le souvenir du sourire un peu gauche de Hièlstan – et l'envie de le retrouver.

Plus tard, peut-être, elle se pencherait sur ce choix qui la poussait à aller voir le Rêveur quand elle aurait pu se précipiter chez Ciel, ou bien à l'Académie pour retrouver Lyke, Erwan, Mia, Narek...

Ces visages lui manquaient mais, en cet instant, elle avait besoin d'en voir un seul. D'obéir à une décision qui s'était imposée d'elle-même lorsque l'oiseau s'était posé sur le bout de son doigt.


« J'espère que tu te portes bien, et que tu découvres des choses merveilleuses... »


Syndrell rouvrit les yeux. Existait-il chose plus merveilleuse que de se sentir vivant ? Assise contre un oreiller de foin piquant, elle appréciait le cahot de la charrette, la dureté du bois sous ses fesses, les encouragements du vieillard tandis qu'il conduisait son âne en le guidant à la voix, les couleurs du ciel, qui hésitait entre le rouge, le bleu et le violet, la bise déjà tiède du vent dans ses cheveux – et là, tout contre sa poitrine, les mots d'un Rêveur solitaire.

Vivre sans espoir, c'est cesser de vivre. Celui qui brûlait au fond des yeux de Syndrell était plus flamboyant que le soleil qui se levait sur Gwendalavir.



*


Le temps avait viré à l'orage en fin de matinée. Surprise par une averse rafraîchissante au cœur de la chaleur écrasante, Syndrell s'était réfugiée sous un saule pleureur qui plongeait ses branches souples dans un petit ruisseau qui rejoignait le lac Chen.

Blottie contre le tronc humide, elle avait grignoté une ou deux friandises au miel avant de fermer les yeux pour somnoler, bercée par le murmure des gouttes et le grondement sourd du tonnerre.

Trempée jusqu'au os, elle se remit en route au début de l'après-midi, profitant d'une accalmie et d'un bref regain d'énergie. La maison de Hièlstan n'était plus très loin. Sans envisager un seul instant qu'il puisse s'être absenté, elle dénicha enfin la petite demeure du Rêveur, et son regard s'illumina en la découvrant : elle était plus jolie que dans son imagination. Emue, elle s'approcha et s'arrêta devant la porte.

N'hésita pas une seule seconde avant de frapper doucement contre le battant clos. Le silence qui lui répondit valait toutes les explications du monde : Hièlstan n'était pas là. Tant pis, elle allait attendre son retour sur le banc, là, contre le mur. Repoussant les mèches mouillées qui retombaient devant ses yeux, Syndrell s'installa sur le bois fraîchement repeint.

Elle bâilla longuement, s'étira, s'allongea.
S'endormit avec la certitude qu'à son réveil, il serait là.
Bien avant les cauchemars dont elle était toujours la proie.

__________________________________________

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Vous. Moi…


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Hièlstan Filsèvres
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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Dim 21 Aoû 2016, 20:55

Eh bien, encore une fois, son instinct ne l'avait pas trompé ! Il contempla, presque avec satisfaction, la petite route détrempée et les feuilles dégoulinantes de pluie. Probablement l'un des derniers orages de cette saison ; imperceptiblement, le temps fraîchissait, les feuilles doraient - doraient...
Il poussa un soupir, et mit Flèche au pas, qui obéit, docile.

Dorés... Voilà des semaines que Syndrell avait disparu ; des semaines qu'il lui avait écrit, et que sa lettre restait sans réponse. Il s'efforçait de ne pas s'inquiéter ; elle était en voyage, elle n'avait pas du recevoir la lettre, elle n'avait pas de quoi répondre, pas le temps de répondre, elle était sur le chemin du retour, l'oiseau avait été retardé par une tempête, la lettre l'attendait chez lui.
Mais ça faisait des jours qu'il se disait ça, que rien n'arrivait ! Des lettres de la petite Lounali, des mots d'Ora à propos de leurs rendez-vous fréquents ; parfois, une lettre d'un inconnu qui demandait de l'aide, une visite, un conseil, qui avait entendu parler de lui par un-tel... Mais rien de Syndrell.

Il soupira.
Il n'était pas satisfait de lui ; il avait un peu de mal, ces derniers temps, à se trouver en paix. Ses vieux désirs s'étaient remis à le ronger, et la mer lui manquait. Théa lui manquait, et Juirël aussi. Heureusement, il avait sa vie, bien rêglée, bien remplie, qui endiguait quelque peu ses humeurs moroses. Heureusement, il avait des connaissance ici, il rencontrait des gens formidables, des jeunes gens pleins d'énergie, des vieilles gens fort intéressantes...

Il se retourna sur sa selle, et aperçut Talis qui l'observait sans aller ; il lui fit un signe de la main, et le Rêveur y répondit par un geste énergique. Il appréciait de plus en plus la compagnie de cet homme, et il sortait enrichit de chaque visite à Chériane.

Aujourd'hui, Rigs, le maître, lui avait proposé à demi-mots de venir s'y installer pour quelques semaines, histoire de pratiquer le Rêve avec ses confrères, histoire de se rapprocher un peu du quatrième cercle.
Hièlstan avait décidé d'y réfléchir avec sérieux. Il aimait sa maison, et son existence en solitaire, mais il était vrai qu'il souhaitait apprendre ; et il n'apprendrait jamais aussi vite qu'au sein d'une confrérie.
Peut-être l'hiver serait-il une bonne occasion? Il n'aurait guère à s'occuper de son potager, et il craignait que sa maison ne soit pas très étanche au froid...
Tout-à-coup, il nota la présence de quelques fleurs de chélidoine le long du chemin ; il s'arrêta aussitôt.

Ce matin, inquiété par les nuages, il avait choisi de ne pas aller à la cueillette, mais plutôt de visiter ses collègues Rêveurs. Mais une si jolie occasion de récolte... Il y avait, à quelques hameaux de chez lui, une vieille femme qui souffrait de rhumatismes et qui serait ravie qu'il lui fournisse des chélidoines -elle aimait à préparer ses remèdes seule, mais son âge l'empêchait de partir ramasser ses ingrédients floraux.
Il sourit, et cueilli.
Encore.

Flèche ne disait rien, elle se contentait de brouter, et lui, il s'éloignait, jusqu'à ce qu'il se mette à ramasser des orties dans le but de se préparer une soupe, le soir même, et alors... Il n'aurait pas su dire lui-même ce qu'il se passait ; c'était un peu comme tout-à-l'heure, quand il avait décrété aux Rêveurs qu'il allait rentrer, qu'il ne passerait pas l'après-midi avec eux.
Tout-à-coup, il sentit l'envie, non, le devoir, ou quelque chose entre les deux... Une impulsion, qui le poussa à remonter à dos de cheval.

La légèreté que lui procurait toujours une cueillette s'était quelque peu effeuillée ; il se sentait un peu soucieux, et il détestait être un peu soucieux sans savoir pourquoi. Instinct ? Bandits ? Non, Flèche aurait piaffé. Peut-être le temps allait-il à nouveau tourner ? Il était sensible à l'odeur de la pluie, il le savait ; en fait il savait surtout s'écouter, la méditation lui avait appris, c'était ça la clef, et...
Oh, et puis mince ; il chassa toutes ses pensées de son esprit pour se concentrer sur la route. Il voulait rentrer, avant la pluie.

___

Il ne rentra pas avant la pluie.
Il ne la sentit pas, au début ; il entendait juste un doux chuintement au dessus de lui, sur les frondaisons des arbres.
Et puis les gouttes passèrent, mais il estima qu'il ne serait pas mouillé ; sa bure serait assez épaisse pour supporter cette petite averse le temps qu'il arrive chez lui.

Il incita Flèche à accélérer son trot, salua un chasseur qui rentrait penaud, pris à droite sur le petit sentier qu'il devrait bientôt penser à débroussailler un peu, et...
Et Flèche s'arrêta. Elle leva la tête, comme pour humer l'air ; Hièlstan fronça les sourcils.
Quelqu'un?
Il avait rarement des visiteurs ; les gens attendaient qu'il sorte, ou lui écrivaient ; ils n'osaient pas trop s'aventurer chez lui.

Il glissa au sol, et fit avancer Flèche en la prenant par la longe, tout en gardant à l'oeil son bâton, celui que lui avait forcé à prendre Inwëlle. C'était sans doute un ami ; Soroïl, Kaizo, Erhan, Ora, l'aubergiste, un visiteur, un malade. Mais s'il ne s'agissait pas d'un ami...
Il avança prudemment ; Flèche ne renâcla pas. Elle avait juste été surprise. Il faisait confiance à l'instinct des animaux. Il avança avec plus d'assurance.

Tiens, il y avait quelqu'un sur le banc ! ... Couché ? Mais, cette personne allait être trempée ? Même si le banc était un peu abrité, ce n'était quand même pas... La pluie ne l'avait pas réveillée ? Ce ne devait pas être quelqu'un très en forme. Il fronça les sourcils et accéléra le pas.

Se figea, de tout son être.

C'était elle.

___


Il posa une serviette moelleuse sur ses épaule, la meilleure qu'il possédât, et lui frictionna un peu les épaules avec, car elle ne semblait pas vraiment en état de le faire avec énergie. Il en posa une autre, plus petite et plus rêche, sur ses cheveux trempés, et les enroula dedans du mieux qu'il pouvait.
Il se plongea dans l'Imagination, et avec un peu d'effort, fit naître quelques flammèches dans l'âtre, qu'il attisa comme il pouvait. Il invita doucement Syndrell à déplacer sa chaise devant le feu qui prenait de la vigueur, et lui-même s'accroupit devant pour faire chauffer un peu d'eau. De ses pots, il retira quelques feuilles qu'il plongea dans une tasse d'eau chaude, et la lui remit entre les mains.

Elle n'avait toujours rien dit ; du moins avec la bouche. Mais son regard...
Quand il avait dit son prénom, son prénom chantant, d'un ton inquiet parce qu'il avait vu à sa silhouette chétive que quelque chose n'allait pas, quand elle avait ouvert les yeux... Son regard était blessé ; mais pas désespéré. Ses grands yeux lui mangeaient bien plus le visage que quand ils s'étaient quitté, et ces grands yeux riaient bien moins.
Il aurait aimé les voir se fermer, car elle avait besoin de repos.

Elle ne semblait pas blessée, pas à première vue, mais il n'avait pas encore déroulé de Rêve sur elle. Il ne savait pas encore s'il le ferait avant qu'elle s'endorme. Il n'en avait pas envie, mais elle était si...
Il devait l'avouer, il avait peur qu'elle ne souffre de quelque lésion interne invisible à l'oeil nu. Parce qu'elle n'allait pas bien, et que pour qu'elle revienne avec le corps dans cet état, c'était qu'il y avait eu quelque chose.

Mais là, elle devait se reposer, et manger. Elle n'avait même pas dit un mot. Si pétillante, si bavarde... Cela, c'était inquiétant. Oh, il en avait vu, des gens frappés de mutisme ; et ce n'était jamais pour une broutille.

Il sépara son regard du sien, se releva, alla chercher une vieille marmite un peu cabossée, qu'il rempli d'eau, et il l'accrocha dans l'âtre. En attendant, il alla dans la salle d'eau installer la plus grande bassine qu'il possédait ; certainement pas une baignoire de luxe, mais Syndrell était petite -elle semblait encore plus petite qu'avant, et cela lui serrait le coeur- et elle rentrerait dedans.
Ce n'était pas tant pour la laver, c'était surtout pour la réchauffer. Ses défenses immunitaires n'étaient clairement pas au maximum ; il ne fallait pas qu'elle tombe malade.

Il laissa l'eau porter à ébullition ; la refroidir serait plus simple que l'inverse, et une seule pauvre marmite ne remplirait pas cette bassine. Il la versa, précautionneusement, et alla en placer une autre sur le feu.
Plus qu'à attendre.

Il se plaça devant elle, fit un sourire, parce qu'il avait l'impression d'être un peu lugubre et qu'il ne voulait pas ça, et pour la première fois, il prononça une phrase.


"Syndrell, je te fais chauffer un bain. Je vais te préparer quelque chose à manger, après. Ca va t'aller ?"

Il se demanda si elle allait répondre, répondre avec sa langue et ses lèvres toute pâles ; mais au fond de lui, il ne s'y attendais pas vraiment.
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Lun 22 Aoû 2016, 08:46

Hièlstan ne s'arrêtait pas une seule seconde. Apaisée par son ballet silencieux tandis qu'il s'agitait autour d'elle, Syndrell détaillait de se grands yeux la pièce dans laquelle elle se trouvait : petite mais meublée avec goût, emplie de livres et de pots dans lesquels se trouvaient tout un assortiment d'herbes dont elle le vit se servir à plusieurs reprises.

Le feu crépitait joyeusement dans l'âtre mais c'était cet endroit chaleureux qui lui redonnait quelques couleurs. Pour la première fois depuis des mois, Syndrell se sentit chez elle. Cette prise de conscience la fascina. Elle leva les yeux et croisa le regard calme mais inquiet du Rêveur. Pour l'instant, il ne lui avait posé aucune question.

Avait-il deviné qu'elle ne pourrait pa lui répondre ? Sans doute, oui ; cet homme était bien plus fin observateur que le plus attentif des marchombres... Il était surtout habitué à soigner et il avait déjà dû remarquer sa pâleur et sa maigreur. Il était loin, cependant, d'en comprendre l'origine.


- Syndrell, je te fais chauffer un bain. Je vais te préparer quelque chose à manger, après. Ça va t'aller ?

La voix de Hièlstan était douce comme du velours. Elle lui avait manqué. Réalisant soudain que son ami attendait une réponse, quelle qu'elle soit, la jeune femme baissa les yeux. Un bain... Son corps en avat désespérément besoin. Mais cela supposait de se dévêtir. Devant lui ? Au souvenir de la pudeur et du respect dont il faisait preuve, Syndrell doutait que Hièlstan ait songé à cette éventualité. Au mieux, il était là pour l'aider si elle en avait besoin.

Pourtant, il lui faudrait bien dérouler son Rêve, n'est-ce pas ? Valait-il mieux qu'il découvre les dégâts à ce moment-là ? Qu'il comprenne ce qui lui était arrivé du bout de son art ? Syndrell se redressa en retenant les serviettes. Si elle avait pu parler, elle lui aurait déjà expliqué, en quelques mots, l'enfer dont elle n'était sortie que par miracle.

Mais les mots se refusaient toujours à elle. Alors, la marchombre sourit au Rêveur – un sourire pâle, fatigué, à mille lieues de celui qu'elle lui avait décoché la dernière fois – et s'enferma dans la salle d'eau. Toute petite, réchauffée par la vapeur tiède du bain qui l'attendait. L'eau sentait bon. Des herbes, probablement.

Syndrell prit une profonde inspiration. Elle entendait Hièlstan s'activer dans la pièce d'à côté. Rassurée, elle ôta sa tunique, son collant, ses bottines et se glissa dans l'eau ; la douceur et la chaleur de l'onde faillit lui tirer un gémissement. C'était bon ! Terriblement bon. Les genoux ramenés contre la poitrine, elle soupira d'aise et ferma les yeux.

Alors, il fondit sur elle.
Dans un flash de lumière, elle le vit se précipiter, les traits tordus par la folie et le désir, avant de sentir les mains insidieuses courir sur sa peau nue. L'acier mordit sa chair. Elle se raidit...

… rouvrit les yeux, le souffle coupé, et se leva précipitamment ; l'eau du bain remua et se répandit à côté de la bassine tandis qu'elle luttait pour retrouver de l'air. Cette crise de panique était grande. Submergée, désespérée, Syndrell attrapa la serviette que Hièlstan avait laissé à sa disposition, s'en enveloppa sommairement et jaillit de la salle d'eau.

Il était là. Surpris, forcément, mais lorsqu'elle se rua dans ses bras, il ne la repoussa pas, et Syndrell enfouit son visage contre sa poitrine. Elle fut étonnée de sentir ses muscles sous la bure qu'il portait. C'était un détail, mais cela l'apaisa. Déroula-t-il un Rêve pour la calmer ? Elle ne sentait que ses main dans son dos et n'entendait que le son léger de sa voix. Et, tout près de son oreille, les battements de son cœur, réguliers, rassurants.

Petit à petit, la respiration de la marchombre retrouva son rythme et sa fluidité. Elle finit par cesser de trembler. Mais elle n'arrivait pas à se détacher de lui, comme s'il était un pilier contre lequel elle pouvait s'appuyer le temps de retrouver ses esprits. Elle ne craignait plus rien dans ses bras. N'est-ce pas ?

Mue par une pulsion soudaine, elle essaya de parler. D'ordinaire, lorsque l'on parle, il s'agit d'un geste tellement naturel que l'on ne réfléchit même pas en le réalisant. C'est aussi simple que respirer. Alors, quand le souffle manque et quand les mots ne viennent pas, c'est destabilisant. Syndrell redoubla d'efforts. Elle sentait comme une boule dans sa gorge, barrière contre laquelle sa voix s'écrasait ; plusieurs tentatives l'épuisèrent. Elle ne sentit pas les larmes rouler sur ses joues.

L'impuissance faisait mal.
Les souvenirs aussi.

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Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Lun 22 Aoû 2016, 12:55

Hièlstan fut rassuré de la voir sourire ; si petit ce sourire fut-il, il était là, il avait son étincelle, sa petite lueur prête à s'épanouir.
Il s'épanouirait, ce sourire ; il avait juste besoin de temps. Il fut rassuré de la voir se lever, rassuré qu'elle ait la force de se mouvoir, de prendre des décisions.

Il s'en alla à sa cuisine, sorti deux oignons, une gousse d'ail, quelques oeufs frais que les Rêveurs lui avaient donné ce matin-là, sorti de son sac les feuilles d'orties de sa cueillette, rangea le reste dans des pochettes et des pots, soigneusement.
Il s'autorisa alors seulement à se demander comment elle en était arrivée là. Depuis combien de temps était-elle dans cet état ? Etait-il le premier qu'elle venait voir, ou avait-elle fait escale chez ses amis dont elle lui avait parlé la dernière fois ? Si c'était le cas, elle n'avait pas du leur dire où elle se rendait, car il doutait fort que des gens qui tiennent à elle la laissent partir seule dans cet état... Sans même une monture. Est-ce qu'elle avait résidé à Al-Chen, est-ce qu'elle venait de plus loin ? Son état de faiblesse était-il dû à une grave blessure physique, à une maladie plus insidieuse, ou à un empoisonnement ?
Il frissonna. Elle n'avait pas eu l'air de présenter de symptômes d'empoisonnement, mais il s'était montré stupide de ne pas y avoir pensé plus tôt.

Il laissa son oignon à demi-coupé en plan pour aller chercher un antidote général, mais déjà il entendait du bruit venu de la salle d'eau. Déjà ? Mais elle venait à peine de...


___

La main dans ses cheveux, la voix rassurante, il éloigna l'hypothèse de l'empoisonnement. Cette petite souffrait certainement d'un mal que tous les Rêves du monde seraient bien incapable de guérir.
Cette gamine, toute accrochée à lui, ne quémandait qu'un peu de compagnie, un peu de soutien, un peu de protection. Son coeur se serra à la pensée de cette voyageuse intrépide et farouchement indépendante qui s'accrochait si désespérément à lui, aujourd'hui.
Il fallait que ce soit énorme, pour qu'elle se retrouve là, le coeur palpitant, la respiration saccadée... Il fallait que ce soit terrible, pour qu'il la trouve si fragile et vacillante ; il fallait que ce soit horrible, pour que sa parole s'en trouve brisée, et son rire effacé.

Il ne fit rien, il la laissa juste se calmer, reprendre son souffle, comprendre que tout allait bien. Cela pris un moment. Quelques secondes, quelques minutes, il n'aurait su dire. Et puis, il nota un changement ; une volonté, un effort, un pulsation différente, une crispation. Il baissa les yeux, vers sa mine contrariée, puis déconfite. Il leva un doigt pour essuyer ses larmes, et, sans la lâcher, s'écarta un peu pour la voir mieux, pour qu'elle le voit mieux.


"Ce n'est rien, Syndrell, ce n'est rien. Tu ne dois pas te forcer, d'accord ? C'est normal. Ca reviendra. Tu as besoin de repos, de reprendre des forces ; pas besoin de me parler."

Il lui sourit, rassurant, et la berça un peu contre lui, de nouveau, puis la fit asseoir sur un petit tabouret. Même s'il n'en laissait rien paraître, l'hésitation le taraudait. Il ne l'avait côtoyée que quelques jours, mais savait qu'elle était très à l'écoute de son propre corps, et qu'elle se connaissait bien. Si elle avait été gravement blessée, elle le lui aurait probablement fait savoir. Mais si elle s'en savait rien ?
Mais elle n'était pas en état de subir un examen complet, et il ne voulait pas du tout lui poser de questions qui risquaient d'être dures pour elle à répondre. Il ne voulait pas la ramener en arrière vers des moments probablement très difficiles... Mais il ne pouvait pas la laisser mourir non plus ! Pourtant elle n'avait pas l'air mourante...
Oui, mais des fois...


"On va faire à manger. Avant ça... Avant ça, je vais déployer un Rêve. Ca ne prendra que quelques secondes. Tu ne m'as pas l'air gravement blessée ; j'aimerais juste en avoir la certitude."

Il espéra du fond du coeur que cela ne l'incommoderait pas ; il savait par expérience que les gens n'aimaient pas particulièrement dévoiler leurs blessures. Il espéra du fond du coeur qu'elle comprendrait ce qu'il faisait.

Il n'eut qu'à l'effleurer, une seconde.


"Parfait, on peut passer à table."

Il lui sourit. Il était rassuré ; comme il s'y attendait, rien d'urgent.
Pourtant, ce qu'il avait vu lui avait glacé le sang.

___

Le repas fut vite prêt ; après lui avoir présenté un pantalon et une chemise à lui (d'une facture simple, même un peu grossière, les vêtements seraient bien trop grands pour elle, mais aux moins ils étaient propres et secs), il lui avait proposé de l'aider, avait annoncé le menu du jour -soupe d'orties et omelette aux champignons accompagnée de quelques patates aux herbes-, avait plaisanté gentiment quand les effluves d'oignon avait tiré un froncement de nez et quelques larmes à la jeune femme ; il lui avait fait sentir chacune des herbes aromatiques qu'il utilisait, présenté les champignons, avait pesté contre sa maladresse à casser les oeufs, les casseroles fumantes dégageaient enfin un parfum qui annonçait qu'il était l'heure de se mettre à table.

Oh, l'après-midi en était à peine à sa moitié, il n'avait encore guère faim, mais pour Syndrell, il était clairement temps de manger un repas chaud.
Il la servit, pas en trop grosses quantités, car il ne savait pas si elle pourrait ingurgiter beaucoup de ce qu'il avait préparé, et ils mangèrent en silence.

Il n'avait pas dit un mot de ce qu'il avait vu en elle, et en particulier de sa cicatrice. Il l'avait aperçue, par-dessus sa serviette, après le Rêve. Elle n'était pas belle, et il avait cru comprendre qu'elle était due à une brûlure.
Et elle était trop localisée pour être accidentelle.

Au bout d'un moment, il reprit la parole.


"Quand on aura terminé de manger, tu pourras aller dormir, si tu en as envie. Mais si tu veux, on peut aussi aller prendre l'air, marcher un peu, ou juste s'asseoir devant la maison. Même se baigner dans le lac ! Mais je te préviens, elle est fraîche. Je peux toujours te faire chauffer un autre bain."

Il lui adressa un coup d'oeil très sérieux.

"Je peux rester dans la pièce avec toi, si tu le souhaites ; ça ne me dérange pas."

Il se resservit d'une louche de soupe.

"Et si tu as mal quelque part, si tu veux que je jette un coup d'oeil, bien évidemment, il te suffit de me le faire savoir."

Il sauça un bout de pain, attendant de voir ce qu'elle ferait ; il faisait assez confiance à ses ressentis pour comprendre ce qu'elle désirerait sans qu'elle n'ait besoin d'aucun mots.
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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Mar 23 Aoû 2016, 11:09

[Hièl n'est pas obligé d'avoir recours à un Rêve ! Ce qui intervient dans le sommeil de Syndrell peut- très bien n'être qu'un "rêve" normal. Ceci dit, si tu choisis de faire intervenir Hièl, ça peut être un très bon ressenti de la part de ma petite marchombre... Brefouille, c'est toi qui vois - et qui me sonne si quelque chose ne va pas !]



-Parfait, on peut passer à table.

Syndrell ne bougea pas. Son regard fiché dans celui de Hièlstan, elle sentit une petite part de la tension qui pesait sur ses épaules s'alléger brusquement.

Il savait, maintenant.




*



Observer le Rêveur en train de cuisiner l'avait fascinée. Il y avait chez cet homme-là une acuité profonde et une ferme volonté d'accomplir chaque tâche avec perfection. Où du moins de s'en approcher. Sa maladresse était un trait de son caractère qui, encore une fois, lui rappela Ciel. Et sa gentillesses qui filtra au travers de ses boutades lui réchauffèrent le cœur.

Elle avait eu raison de venir ici. Le doute n'avait jamais pointé le bout de son nez mais, depuis sa capture, Syndrell était redevenue la jeune femme méfiante, presque farouche, que Miss avait mis longtemps à apprivoiser. Même Hièlstan prenait des gants. Il ne brusquait rien, n'attendait rien, espérait en silence.

Elle l'avait aidé à dresser le couvert, désireuse de participer un peu, de ne pas se sentir exclue – ce n'était pas le cas ici, ne serait-ce que parce qu'il lui parlait comme si aucun obstacle ne l'empêchait de lui répondre. Et sous son regard empreint de douceur, elle s'était mise à manger. Doucement, à petites quantités, mais avec un plaisir évident : la soupe était onctueuse, les patates dorées et les champignons particulièrement fins et goûtus.

Ce n'était pas l'heure de manger pour Hièlstan. Pourtant il l'accompagnait, et ce simple geste la toucha bien plus qu'il ne le saurait sans doute jamais. Alors, quand il prit la parole pour lui proposer de quoi se détendre davantage, elle hocha la tête.

Donna son accord pour toutes les propositions. Elle savait qu'elle abusait forcément de l'hospitalité de son ami, assurément très occupé depuis qu'il s'était installé ici, mais elle avait envie de faire toutes ses choses qu'il lui suggérait. Dormir lui faisait peur, certes. Il lui suffirait toutefois de se rapeler les mots doux et rassurants du Rêveur, lorsqu'il l'avait bercée tout contre lui, pour se sentir mieux.

Prendre un bain l'effrayait un peu, oui. Mais il avait vu sa marque, il avait forcément compris. Et il devait être habitué à voir des corps meurtris, lui qui avait choisi de consacrer sa vie au soin de ceux qui en ressentaient le besoin.

Elle le scruta de ses yeux d'or. Etait-il déçu ? Lui qui avait été fasciné par ses histoires de voyage et d'aventures, par sa tonicité et son répondant, regrettait-il la Syndrell d'avant ? Voyait-il les marchombres sous un autre angle, à présent ?

Elle se dit qu'elle voulait lui prouver qu'en dépit des changements visibles à l'oeil nu, elle était toujours elle. La fille qui chuchotait avec le vent et volait dans la nuit. Celle qui tramait sa vie dans la liberté et l'harmonie.

Mais peut-être était-ce tout simplement elle qu'elle désirait convaincre...

Syndrell repoussa son assiette d'un air navré. Son envie de terminer cet excellent repas était bafouée par un appétit trop étriqué. Elle sourit pour lui affirmer à quel point cela l'avait revigorée, et se leva pour l'attraper par le bras et l'entraîner, doucement, vers la porte. Marcher un peu le ferait du bien à tous les deux !

Dehors, l'air sentait bon la fin de l'été. C'était un mélange de foin coupé et de pluie, tandis que les feuilles de certains arbres roussissaient déjà. Hièlstan n'aurait pas pu trouver meilleur endroit pour s'installer. Elle avait vu son regard s'iluminer en se posant sur le lac Chen, et il était là, en contrebas, scintillant tranquillement sous l'éclat du soleil qui chassait vers le sud les nuages d'orage.

Miroir immense et impénétrable.

Syndrell marchait lentement, non pas par fatigue mais parce qu'elle était sensible à la sérénité des lieux. Elle écoutait Hièlstan lui raconter son arrivée ici – telle qu'elle l'avait imaginée, et aussi belle qu'il l'avait laissé supposer dans sa lettre. Ils finirent par s'asseoir dans l'herbe encore humide. Les yeux rivés sur l'horizon, la marchombre prit une profonde inspiration.

Il s'était produit quelque chose, tout à l'heure, quand elle se trouvait dans les bras du Rêveur. Secouée par des larmes trop longtemps retenues, elle avait senti quelque chose se fendiller en elle, comme la fine coquille d'un œuf. Elle voulait savoir ce qu'il en était.

Elle ferma les yeux.




*



L'obscurité l'opressait. Elle avait désormais peur du noir – quelle ironie pour une marchombre ! Désorientée, elle cherchait son chemin dans un dédale de couloirs plongés dans d'épaisses et chaudes ténèbres. Cette chaleur lui rappelait celle du désert. Et le désert lui rappelait...

Réflexe. Elle véerrouilla son esprit, esquiva les images, distança les souvenirs. C'était vital ! Elle devait oublier, ne jamais se rappeler ou bien elle n'y survivrait pas. Pas deux fois...

Ne cherche pas à lutter.

Elle se figea. Ce murmure... Un écho lointain de ses pensées ? Non. Ce n'était pas un ordre non plus, en dépit de la détermination qui vibrait dans la tonalité de cette voix. Une invitation, plutôt – qu'elle déclina aussitôt. Lutter ? Elle ne cesserait jamais de le faire, jamais. C'était une question de vie ou de mort. Cesser de se battre reviendrait à cesser de vivre. Tout simplement.

Elle continua donc de errer dans le noir. Une main sur le mur pour avancer sans tomber. Des bruits de pas jaillirent soudain dans son dos. Son souffle se précipita ; elle accéléra l'allure, trébucha, paniqua. Fur ! Fuir, absolument ! Avant qu'il ne la rattrape ! Il serait tellement ravi de l'attacher à nouveau pour...

-Non ! s'écria-t-elle en pressant les mains de chaque côté de son crâne.

Ses yeux s'écarquillèrent. Venait-elle réellement de parler ? C'était sa voix, cette chose grinçante, erraillée ?

Laisse-toi aller.

Murmure était toujours là. Il ne la quittait pas, comme s'il accompagnait ses pas, invisible et pourtant bien présent ; comprenant que c'était un allié, Syndrell cessa de l'éviter. Elle avait plus urgent à faire : fuir. Le plus loin possible. Pour qu'il ne puisse jamais la retrouver. Dans son dos, le cliquetis des chaînes retentit, son écho porté par le long couloir. Il se rapprochait ! La gorge nouée par la peur, elle accéléra encore...

Non. Tu dois t'arrêter.

-Pas question, répliqua-t-elle, étonnée de sentir les mots râpeux forcer ses lèvres.

Alors, la lumière l'éblouit au point de lui brûler les yeux.



*



Elle les ferma précipitamment avant de les rouvrir prudemment. Elle était toujours assise dans l'herbe, sur une butte qui surplombait le lac Chen, et sa tête était posée sur l'épaule de Hièlstan. Surprise, elle se redressa. S'était-elle endormie ? Le soleil avait décliné, le temps avait fraîchi. Oui. Son regard glissa vers le Rêveur.

Avait-il profité de son sommeil pour dérouler un Rêve ? Etait-ce lui, Murmure ? Un détail lui revint, fulgurant d'espoir. Elle avait parlé ! Sa gorge en était encore brûlante, comme écorchée par une angine d'hiver. Fébrile, elle ouvrit les lèvres et...

… rien.

Les mots se refusaient toujours à sortir. Bloqués par le traumatisme dont elle ne parvenait pas à se défaire. Coment était-ce possible ? Elle était persuadée d'avoir réussi à le faire dans son sommeil. Sentant le regrd de Hièlstan sur elle, Syndrell leva la tête.
Il devait avoir des réponses à ses questions...

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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Mar 23 Aoû 2016, 19:27

Il rouvrit les yeux en même temps qu'elle, et fut au moins aussi déboussolé.
Il n'avait aucune idée de ce qu'il venait de se passer. Enfin, si, il savait clairement ce qui était arrivé, mais il ignorait que c'était possible.

Depuis quand un Rêve pouvait-il intervenir sur les pensées ?

Car c'était bien ce qu'il avait fait, non ? Il s'était plongé inconsciemment dans le Rêve ; ça lui était déjà arrivé, mais cela faisait longtemps qu'il était sensé pouvoir maîtriser ce genre d'impulsion. Cependant, il se savait plus vulnérable lorsque ses sentiments personnels étaient en jeu ; et tout ce temps passé auprès de Syndrell, petite Marchombre bleue abîmée, l'avait rendu vulnérable à elle.
Alors, lorsqu'il avait entendu sa respiration lente et profonde se muer en un halètement saccadé, lorsqu'il avait senti ses doigts se crisper sur sa bure, son corps se tendre...

Et bien son esprit à lui s'était tendu ; droit vers le sien. Il avait vu défiler os, muscles, tendons, chair mutilée et sang vivace sans s'y arrêter, et s'était retrouvé... Là, à côté d'elle, il n'aurait su dire comment, il n'aurait su expliquer la sensation ; simplement, elle était là. Ou plutôt, il était là ; car c'était lui qui était venu.
Il n'avait pas vraiment réfléchi.
Il n'avait même rien vu ; juste ressenti. Ressenti la peur d'une proie, l'affolement, l'horreur, la fuite, ressenti des barrières, des murailles immenses, ressenti aussi la lumière, tout...

Etait-ce une conséquence des rudiments qu'il avait appris sur le fonctionnement de l'esprit humain, était-ce une impulsion, était-ce simplement une part de ce Rêve étrange qu'il avait déroulé ?
Quoi qu'il en soit, il avait vu ce qu'il fallait faire, et il s'était... Non, le Rêve s'était exprimé pour lui.

Mais depuis quand les Rêves... depuis quand les Rêves parlaient ?!

Alors, Syndrell avait répondu, et là, il ne savait comment, il s'était retrouvé beaucoup plus lucide, lucide comme lorsqu'il déroulait son art d'une manière plus conventionnelle.
Il avait vite compris qu'il était sur la bonne voie, mais sa conscience revenue l'éloignait aussi de cet endroit, de cette petite boule d'énergie palpitante qu'était Syndrell; il avait tenté de lutter, mais finalement, elle l'avait expulsé.

Et ils se retrouvaient là, tous les deux, assis dans l'herbe sous le soleil déclinant ; il la vit frissonner, la pris par les épaules, regretta de ne pas avoir pensé à emmener quelque chose en plus pour la couvrir.
Cette fois, il ne put pas sourire ; un pli soucieux barrait son front. Il ne comprenait pas...

Mais elle ne le vit pas, elle était occupée à autre chose, elle essayait encore de parler, sans succès.
Hièlstan en sursauta presque : mais oui ! Durant son rêve, ce qui l'avait ramené dans son propre esprit, c'était ça, c'était sa voix ! Les stimuli externent troublaient toujours sa concentration...


"Syndrell, ça reviendra. Tu as parlé en dormant. Je..."

Devait-il lui dire ? Alors qui lui-même ne savait pas quelle avait été la nature de son intervention, quelles en seraient les conséquences ?

"J'étais là. C'est à moi que tu as répondu. Je ne sais pas... Je ne sais pas ce que c'était. A ma connaissance, la Rêve ne peut opérer que sur le corps physique. Jamais plus loin..."

Aucun de ses maîtres ne lui avait jamais parlé de ça. Etait-ce anormal ? Si ç'avait été une tare, n'aurait-il pas été prévenu ? Il préféra ne même pas envisager l'hypothèse d'être doté d'un don inédit. Cette idée lui donnait l'impression d'être au fond d'un gigantesque gouffre, seul...
Peut-être que c'était un secret de Rêveur, l'un de ceux qui ne sont révélé que lorsqu'on les découvre.

Le regard lointain, l'envie lui prit de sauter sur Flèche et de la lancer au galop droit vers Chériane. Il avait besoin de conseils, besoin d'en parler à quelqu'un de qualifié.
Cependant, ce ne serait pas tout de suite, car il ne la laisserait pas seule. Jamais.


"Je ne l'ai pas fait exprès, tu sais. Je n'ai pas cherché à voir ce à quoi tu rêvais. Et je ne l'ai pas vu, j'ai juste senti tes émotions. Tu sais, tu ne crains rien, en rêves."

Il lui adressa un gentil sourire.


"Mais ça, je sais que tu le sais. C'est juste dur d'en être conscient quand on est en plein cauchemar... C'est de cette manière qu'on les vainc. Du moins, c'est le premier pas vers la victoire. Peut-être que si j'arrive à refaire ce que j'ai fait à l'instant, et que tu m'y autorises... Peut-être qu'avec ma présence, il te sera plus facile de te rendre compte que c'est un cauchemar. Un cauchemar terrible, mais qui jamais ne pourra t'atteindre physiquement."

L'idée avait cheminé au fur-et-à-mesure qu'il parlait. Il était loin d'avoir les compétences d'un guérisseur de l'esprit, évidement, néanmoins il avait bien senti qu'il avait été guidé par quelque chose de plus puissant que ses connaissances.

"Je pense que beaucoup, beaucoup de choses iront mieux lorsque ces cauchemars passeront."

Il n'osait pas lui faire miroiter l'espoir que cela suffirait à la faire reparler. Ce serait peut-être bien plus compliqué que ça... Peut-être plus simple. Au moins, elle en avait l'envie.
Il soupira en souriant, et se leva, épousseta un peu sa bure puis lui tendit la main pour l'aider à se remettre sur ses pieds.


"C'est un peu tard pour se baigner au lac ! On ira plutôt demain, qu'en dis-tu ?"

Il l'invita à se remettre en route ; ils allaient tranquillement, Hièlstan gardant un peu le silence. Il écoutait le coucher des oiseaux ; il commençait à reconnaître leurs sifflets. Certains étaient les même que dans le Sud, et d'autres lui étaient inconnus. Il avait appris quelques-uns de leur nom, depuis son arrivée ici, même s'il était encore loin de tous les connaître.
Il faisait part de ses pensées sur les volatiles à Syndrell lorsque le lac brilla entre les maigres troncs du bosquet, et qu'apparut la maison fièrement plantée sur ses pilotis, léchés par l'eau calme.


"Que dis-tu d'un bain chaud, pour remplacer le lac ? Ca te détendra pour trouver le sommeil. Je peux t'apporter un petit quelque chose à manger, avant que ce ne soit prêt. Il y a des restes de tout-à-l'heure, où quelques gâteaux secs, si tu préfères un peu de sucre."

Il sursauta en ressentant une pression impérieuse et chaude contre son dos. Il se retourna brusquement ; et souffla un bon coup. Ce n'était que Flèche, qui venait réclamer un peu de grain, et saluer leur invitée.
Hièlstan lui gratouilla affectueusement le chanfrein, mais la jument s'intéressait plutôt à la jeune Marchombre, et se mit à quêter des caresses de sa part.


"Eh bien ! En voilà une qui ne t'as pas oubliée !"

Hièlstan rit doucement en voyant les marques d'affection que Flèche portait à Syndrell. Elle devait sentir son désarrois. Il espéra qu'il n'était pas arrivé malheur à Vagabond... Il les observa toute les deux, mais surtout Syndrell, quêtant les signes qu'elle lui adresserait afin qu'il comprennent ses désirs.
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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Mer 24 Aoû 2016, 11:54

Elle avait parlé en dormant... Sidérée, Syndrell posa la main sur sa gorge. La joie de savoir que sa voix existait toujours se disputait à la frustration de ne pas réussir à réitérer cet exploit maintenant qu'elle était réveillée. Elle avait parlé...

Levant les yeux vers Hièlstan, qui n'avait pas bougé, elle réalisa alors que son rêve n'avait pas secoué qu'elle. Légèrement plus pâle que d'habitude, il avait les yeux dans le vague, comme s'il cherchait à s'éveiller complètement. Elle fronça les sourcils. S'était-il endormi, lui aussi ?


- J'étais là, dit-il alors. C'est à moi que tu as répondu.

Syndrell écarquilla les yeux, mais... aussi folle que puisse être cette idée, elle la croyait vraie. Il suffisait de lire dans le regard du Rêveur, de prêter attention au léger tremblement de sa voix pour se rendre compte qu'il n'inventait rien. Qu'il était ébranlé, dans son expérience et dans son être, par ce qu'il venait de vivre.

Et de voir.

La jeune femme ferma les yeux un instant. Il n'avait pas pu voir grand chose, pourtant. Tout ce dont elle se rappelait, c'était ce long couloir plongé dans le noir, et le bruit de la respiration de son bourreau dans son dos. Cette envie, ce besoin vital de lui échapper à tout prix. Rien que d'y repenser, son souffle s'accéléra.


- Je ne l'ai pas fait exprès, tu sais. Je n'ai pas cherché à voir ce à quoi tu rêvais. Et je ne l'ai pas vu, j'ai juste senti tes émotions. Tu sais, tu ne crains rien en rêve...

Syndrell rouvrit les yeux. Hièlstan souriait : il avait repris contenance. Elle voulait se laisser convaincre par ce qu'il venait d'affirmer, mais... Serait-elle capable de ne plus croire ce qu'elle rêvait ? D'en ignorer le réalisme, cette sensation de vécu qui fourmillait en elle et lui rappelait que, oui, elle avait vécu tout ceci, il n'y avait pas si longtemps de cela ?

Impuissante, elle haussa les épaules, esquissa le geste de se lever... Hièlstan la retint uniquement par la force de ses mots.


- Mais ça, je sais que tu le sais. C'est juste dur d'en être conscient quand on est en plein cauchemar... C'est de cette manière qu'on les vainc. Du moins, c'est le premier pas vers la victoire. Peut-être que si j'arrive à refaire ce que j'ai fait à l'instant, et que tu m'y autorises...

Syndrell leva la tête.

- Peut-être qu'avec ma présence, il te sera plus facile de te rendre compte que c'est un cauchemar. Un cauchemar terrible, mais qui ne pourra jamais t'atteindre physiquement.

L'idée était belle, porteuse d'un espoir qui étreignit le cœur de la marchombre. Parce que Hièlstan semblait y croire lui aussi, elle se dit que c'était possible... Oui. Il allait essayer à nouveau, avec elle, et alors... Alors, sa voix reviendrait. Il n'évoqua pas cette éventualité et elle savait pourquoi. A sa place, elle non plus ne voudrait pas prendre le risque de prendre pour acquis ce qui ne l'était pas encore à moitié.

Mais lorsqu'il se redressa et lui tendit la main pour l'aider à se relever, elle serra un instant ses doigts entre les siens. Scella cet espoir qu'il lui offrait d'une promesse silencieuse et pailletée d'or.


« Je vais tout donner, moi aussi ! Je ne baisserai pas les bras, Hièlstan. »

- C'est un peu tard pour se baigner au lac ! dit-il tandis qu'ils redescendaient vers la maison. On ira plutôt demain, qu'en dis-tu ?

« J'en dis que je serai réveillée à l'aube pour te rappeler cette merveilleuse idée ! », répondit-elle d'un hochement de tête.

Elle glissa son bras sous celui du Rêveur, il lui raconta les oiseaux. Sa façon de voir le monde et de le comprendre l'émerveillait. Jamais encore elle n'avait croisé une personne qui lui ressemble. Elle ne doutait pas de son talent et savait que, quoi qu'il puisse avoir vécu en se retrouvant dans ses pensées, il allait utiliser cette incroyable expérience pour continuer à avancer sur son propre chemin.

Cette envie de travailler, de pousser la curiosité jusqu'au bout, pour voir, trouva un écho pas si lointain dans le cœur de Syndrell. Pour la première fois depuis des jours, son esprit se tendit vers Darwen. Que faisait-il, où était-il ? Pensait-il qu'elle l'avait oublié ?


« Jamais », jura-t-elle, comme si cette promesse pouvait s'envoler jusqu'à lui.

Elle réalisa ensuite que cet état d'esprit était sans aucun doute celui qu'elle devait adopter pour que l'idée de Hièlstan puisse fonctionner. Elle devait avoir la conscience d'une battante pour affronter ses rêves. La conscience d'un maître marchombre.




*



- Que dis-tu d'un bain chaud, pour remplacer le lac ? Ça te détendra pour trouver le sommeil. Je peux t'apporter un petit quelque chose à manger...

Passé le premier réflexe, instinctif, de refuser le sommeil, Syndrell acquiesça : elle frissonnait depuis qu'ils s'étaient remis en route, et la perspective d'un bain chaud lui faisait du bien. Près d'elle, Hièlstan se figea soudain, avant de se détendre en réalisant que Flèche les avait rejoint pour se coller à lui. La scène fit naître un sourire sur les lèvres de la marchombre.

« Salut ma belle... »

La jument l'avait reconnue, bien sûr. Câline, elle nicha ses naseaux dans le creux de son cou et mordilla ses cheveux. Syndrell leva les bras pour enlacer son encolure. Elle ferma les yeux, juste une seconde, le temps de retrouver dans ce parfum animal l'odeur de Vagabond. Il l'attendait, juste au bord de l'immense désert qui hantait ses nuits. Pour lui, elle devait être forte ; il fallait qu'elle remonte la pente. Il fallait qu'elle retourne le chercher.

Ragaillardie par l'élan d'affection de Flèche, Syndrell fit comprendre à Hièlstan, à grand renfort de gestes, qu'elle allait s'occuper de sa jument. Elle poussa ensuite doucement mais fermement le Rêveur en direction de la maison ; il pouvait aller préparer le bain et cuisiner tranquillement : elle allait bien.

Vraiment.

Sans lui laisser le temps de faire ou dire quoi que ce soit, elle se jucha sur le dos de Flèche, retrouvant instantanément toutes les sensations familières qui lui avaient manqué. Malicieuse, la jument fit un bond en avant, prête à partir au quart de tour, mais Syndrell la retint d'une main souple ; elle lui fit fare un demi tour complet avant de s'élancer soudain, jaillissant dans les lumières du crépuscule.

La vitesse fit battre son cœur plus vite dans sa poitrine. Elle tendit son visage au vent frais et laissa Flèche l'emporter à travers la plaine. Goûta cette liberté retrouvée avec une vive émotion.
Et, sans le savoir, entama le long périple de la guérison.



*



Une heure plus tard, lorsqu'elle franchit le seuil de la maison de Hièlstan, elle était en nage, complètement ébouriffée, mais ses joues creuses étaient roses et l'or de ses yeux flamboyait. Elle s'adossa au battant de la porte pour retrouver son souffle. Elle avait couru depuis le pré de Flèche, poussée par l'envie de tester à nouveau ses limites. Celles-ci étaient aussi proches que celle d'un débutant et son manque d'endurance la fit sourire.

Elle allait devoir travailler dur pour retrouver la forme. Mais elle ne serait pas seule... Mue par une impulsion, elle traversa la pièce de vie, attrapa Hièlstan par le col de sa bure, se hissa sur la pointe des pieds et l'embrassa sur la joue. Elle l'avait déjà fait une fois. Elle s'était déjà amusée de le voir s'empourprer, vaguement gêné. Mais elle lui devait bien ça.

Quelques minutes plus tard, elle étair de retour dans la bassine, immergée dans une eau tiède et parfumée. Mais, cette fois-ci, elle était fermement décidée à ne laisser aucun flash malsain rompre la sérénité de l'instant. Elle rêverait plus tard – et il serait là pour l'aider à faire face à ses démons. Pour l'heure, seule comptait la chaleur de l'eau qui détendait chaque muscle de son corps.

Pauvres muscles, en vérité. Levant un bras, la jeune femme tâta son biceps et fit la moue ; dans son esprit, une série d'exercices de renforcement défilèrent. Elle se promit de les mettre en œuvre dès le lendemain. Ses doigts errèrent ensuite machinalement derrière son épaule, caressant les sillons et les plis formés par la marque de son asservissement.

Elle faisait partie d'elle, à présent. Indélibile vestige d'une ignominie sans nom. Priant pour qu'il n'en soit pas de même avec ses mauvais rêves, elle se savonna, se rinça et s'enroula dans sa serviette. Soudain, elle se figea, prise de court par une idée qui venait de germer dans son esprit. Un trait de génie pourtant simple qui répondait à un besoin impérieux.

De retour dans le salon, propre et fleurant bon la lavande, enroulée dans un plaid en laine, elle parcourait la pièce, un gâteau sec dans la main qu'elle grignottait distraitement, tout à sa recherche. Le regard curieux de Hièlstan était posé sur elle mais, jugeant que les gestes parlaient d'eux-même, elle ne chercha pas à lui faire comprendre de quoi il retournait.

Son regard trouva enfin ce qu'elle cherchait. Coinçant son gâteau entre ses dents, elle attrapa le petit carnet relié de cuir aux pages encore vierges, dénicha de quoi écrire, et leva les yeux vers le Rêveur. Lui permettait-il de lui emprunter son matériel ?
D'écrire ce qu'elle ne pouvait dire ?

Non pas pour demander du pain ou du sel... mais pour coucher sur le papier son histoire dans le désert des Murmures. Piéger les flashes avec de l'encre. Sortir de son esprit les mots qui ne franchissaient pas la barrière de ses lèvres.

Raconter l'enfer.


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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Jeu 25 Aoû 2016, 11:50

Il la regarda, depuis la fenêtre, s'en aller sur Flèche. Elle n'avait pas perdu son amour de la monte.
Mais où était donc Vagabond ? La jument n'avait pas semblé raviver de souvenirs particulièrement douloureux chez Syndrell ; son étalon fougueux allait probablement bien. Il songea que peut-être, le lendemain, il lui proposerait de l'accompagner le chercher, s'il était resté dans le coin.

Il décida de profiter de son escapade pour écrire une lettre. La connaissant, elle serait partie plus de quelques minutes ; il espérait cependant que ce ne soit pas des heures, car alors il s'inquiéterait beaucoup. Un instant, il se demanda si Flèche serait capable, en cas de soucis, de revenir l'avertir et le guider jusqu'à la Marchombre. Cela ressemblait un peu à un conte de fée ; mais les animaux sont capables de choses étonnantes, non ?
Cependant, ce n'était pas le moment d'y penser. Syndrell était parfaitement capable de se débrouiller toute seule, et son affaiblissement ne saperait pas toutes ses étonnantes capacités de Marchombre.

Il tira une chaise pas très confortable pour s'asseoir au petit bureau, face à la fenêtre grande ouverte sur le lac, qu'il contempla un instant. Il commença à formuler les phrases dans sa tête.
Alors, il pris une feuille de beau papier, une plume et ouvrit un pot d'encre noire, et commença à rédiger sa lettre. Il l'adressa à maître Amotrel, initié du sixième cercle de la confrérie de Naoniane. Il eut une pensée pour l'océan, écrivit quelques mots à ce sujet, demanda des nouvelles de ses confrères du Sud, puis entama la rédaction de l'expérience qui l'avait tant troublé.
Dès que possible, il irait à Chériane deviser avec les maîtres d'Al-Chen ; mais pour l'heure, il ne pouvait faire plus qu'écrire une lettre. Il savait que maître Amotrel lui répondrait promptement, et cela calmait un peu son impatience.

___


Il ne sut tout d'abord pas s'il devait la regarder prendre son bain, ou s'il devait détourner les yeux ; mais bien vite, il constata que Syndrell n'en avait pas grand-chose à faire, et il trouva cela étrangement moins gênant de la regarder que de diriger pudiquement ses yeux ailleurs.
De toute façon, il ne ressentait aucun attrait sexuel pour elle ; cela lui rendait la situation moins gênante.

Il put ainsi constater sa maigreur et la pâleur de sa peau. Il put deviner les muscles fondus, aussi, grâce à sa connaissance précise de l'anatomie humaine. Il espérait que cette diminution soudaine de sa condition physique ne remettrait pas en cause sa place parmi les Marchombres ; il avait cru comprendre que la grande forme du corps était un dénominateur commun à tous les membres de cette guilde secrète.
Tandis qu'elle la touchait, il observa sa cicatrice ; elle n'était pas belle. Il était évident qu'elle n'avait pas reçu les soins approprié au moment opportun, et que jamais cette cicatrice n'aurait un aspect lisse et propre. Cependant, il savait qu'il pourrait y faire un petit quelque chose.

Il allait le lui proposer, mais déjà elle sortait de la baignoire, avec comme une idée sur le visage. Il remit cela à plus tard ; peut-être avant son coucher, peut-être le lendemain. La cicatrice était déjà trop ancienne pour que quelques heures puissent y changer grand chose.

Il la suivit dans la pièce à vivre, heureux de la voir affairée ainsi. Il retrouvait là un peu de la Syndrell qu'il avait quittée ; l'étincelle dans le regard, la détermination, les gestes plus souples et assurés, tout à la recherche du mystérieux objet de sa convoitise.
Il pensait avoir deviné ce que c'était ; il comptait le lui proposer quand elle serait un peu remise, mais si elle estimait que c'était le moment...

Au milieu de ses papiers à lettres, de ses livres d'herboristerie et de ses carnets de note soigneusement rangés, elle trouva un carnet vierge. C'en était un qu'il réservait à ses observations quotidiennes ; le précédent était presque plein. Tout sourire, il hocha la tête devant son air interrogateur, tira un tabouret en bois encore plus inconfortable que la chaise et s'assit à ses côtés.
Avait-elle une requête particulière à lui faire passer ? Un message contenant trop d'idées abstraites pour fonctionner avec le langage des signes ? La lueur qui brillait dans son regard doré était assez impressionnante. Elle rassurait le Rêveur.
Cette jeune femme n'était pas prête d'abandonner.

Alors, elle commença à écrire.
Et ce n'était pas ce à quoi Hièlstan se serait attendu.
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Jeu 25 Aoû 2016, 14:44

Ce carnet, c'était son nouveau combat. Depuis deux heures déjà, elle écrivait, noircissait des pages entières, s'y abîmait les yeux, les doigts et l'âme ; elle se battait avec l'encre pour se faire entendre. Et, guidés par sa volonté, les mots s'entrechoquaient sur le papier.
Libres.



*


Jour 1


Yuma. Aux portes du Désert.


Je ne sais pas comment font les gens d'ici pour supporter la chaleur. Deux, trois gestes et je suis déjà en nage ! Souffler le verre dans ces conditions est plus difficile que je l'avais imaginé. Je dois pourtant continuer : si je vends quelques pièces, d'ici une semaine, j'aurai de quoi payer mon voyage jusqu'à Ezadrah. Il règne un mystère sur cette ville que seul l'or parviendra à percer...

Vagabond non plus n'aime pas beaucoup la température. Il passe son temps à l'ombre. Et moi, je passe mon temps à lui mouiller les jambes. Il ne m'en veut pas, enfin, pas trop. Tant qu'il est avec moi, je sais qu'il va bien. Il le sait également.

Je souffle le verre, donc. Et je cherche des réponses. Quelques indices. Une petite fille à la peau sombre se souvient d'une femme qui avait toujours un crayon à la main. Elle dessinait, perchée sur les rochers près de la Voleuse, le regard perdu dans l'ocre lointain et infini. Kunst, se peut-il que tes pas t'aient conduit ici, toi aussi ? Tu étais sur la piste des chasseurs de métamorphes, n'est-ce pas ?

Mais tu t'es approchée trop près d'un secret bien gardé.
Et moi aussi.



*


Epuisée par l'effort, elle leva son crayon et s'appuya contre le dossier de la chaise. Elle ignorait quelle heure il était – tard, sans doute ; le feu brûlait doucement dans l'âtre et Hièlstan avait allumé une chandelle sur le bureau.

Il était là, près d'elle. Il ne disait rien et ne cherchait pas à l'interrompre. Il attendait. Elle leva les yeux, reconnaissante. C'était un rêveur exceptionnel. Pour lui, soigner ne revenait pas seulement à chercher les causes d'un mal quelconque : c'était donner l'espoir que demain serait meilleur qu'hier...

La mine se remit à danser sur le papier.
Déterminée.


*



Jour 13


Ezadrah, dans la case de Ma.

Si je me souviens bien, c'est le jour où je me suis réveillée. Je me souviens, exactement, de la sensation de brûlure dans mon dos, moins insoutenable que le souvenir du marquage. Le baume de Ma est efficace, mais il ne peut rien contre les plaies qui se sont ouvertes en moi.

Je rencontre Caliban, Armorin, Jadriane. Des écorchés de la vie, dépossédés de leur humanité.
Des esclaves.

Ils ont cette grandeur d'âme que seuls les plus démunis détiennent : me soigner peut leur coûter la vie. Ça ne suffit pas à les arrêter. Je sais que Cal n'est pas ravi. Il ne m'aime pas beaucoup, peut-être parce que je suis la seule qui n'hésite pas à lui tenir tête. Jadriane, en revanche, s'accroche à moi comme une sœur. Elle fait des efforts considérables pour cacher à tous, en particulier à Armorin, à quel point sa grossesse l'épuise. Elle a raison. Si elle montre sa faiblesse, ils la tueront.

Les Faucheurs. Je sais qui ils sont. Eux savent qui je suis : Juko m'a trahie. Il s'est fait passer pour un captif, sans doute pour mieux surveiller son chaptel. Je me suis laissée avoir comme une débutante, mais je ne commettrai pas deux fois cette erreur.
Foi de marchombre.



*


Ouverture.

Les mots qui jaillissaient sans bruit ouvraient un chemin jusqu'à son cœur ; c'était ce chemin que Hièlstan allait devoir emprunter pour l'aider. Comment le savait-elle ? L'instinct. Et cet espoir de fou qui la tenaillait depuis qu'elle s'était emparé du carnet.

Ce carnet pouvait l'aider à retrouver sa voix.
Il pouvait aussi témoigner d'un secret jalousement gardé par le Chaos.

Syndrell n'avait pas dit son dernier mot.


*


Jour 32, je crois.


Le trou.

Jadriane est morte. Son sang a séché dans le sable de ma cellule. Impuissante, je m'oblige à ne pas détourner le regard. Ce serait trop lâche. Pauvre petite... Vingt minutes. Ce brute l'a frappée pendant vingt minutes. Je le sais, j'ai compté. A présent j'ai peur... je sais qu'il reviendra pour moi. Je vais mourir ici, au fond de ce trou, dans les entrailles du Désert, sans que personne ne sache où je me trouve.

Si peur...



*


Un rayon de soleil tombait sur la joue du rêveur endormi. La tête dans les bras, l'avant du corps appuyé sur le bord du bureau, il avait lâché prise un peu avant l'aube. Syndrell réprima l'envie de lui chatouiler le bout du nez avec son crayon : il avait besoin de se reposer.

Elle aussi, mais...



*


Jour 40


Le trou, toujours.


J'ai quitté ma cellule. J'ignore encore comment j'ai trouvé la force de défaire mes chaînes : j'en ai encore la peau qui saigne, et mes muscles... Mais le plus dur a été d'abandonner Jadriane et Cal. Oh, Cal... Je pensais que tu me détestais ! Tu aurais mieux fait. Si tu n'étais pas venu te jeter dans la gueule du loup, tu serais encore en vie.

C'est grâce à toi que je respire encore. Je sais que tout ce que je peux faire, c'est profiter de la chance que tu m'as offerte en te sacrifiant ; je dois continuer à avancer, pour toi, mais je ne sais pas où aller dans cet endroit... Tout est noir. Tout est silence. Je suis trop faible pour faire ce voyage seule. Je ne suis pas prête à abandonner, mais mes forces...

Depuis combien de temps suis-je assise-là, dans une flaque que je n'ai pas envie d'identifier ? Il fait froid. Le désert est cruel. Il te brûle sans état d'âme le jour, et la nuit il te serre le cœur dans son poing glacé. Je suis transie. Malade. Je suis désolée, Cal. Tellement désolée...

Mais... cette truffe humide, contre mon poignet écorché, décharné...

C'est...


*


La tête posée sur son bras, elle dormait enfin.
Le soleil qui jouait dans le bleu de ses cheveux et caressait son oreille ne parvint pas à l'éveiller.
Il se contenta d'effleurer le carnet, refermé sur une histoire sortie de l'oubli.
Une histoire qui n'était pas terminée.
Pas encore...



*



Syndrell ouvrit les yeux dans un lit. Il lui fallut plusieurs secondes pour accomoder sa vision et ses souvenirs. Le silence qui régnait l'effraya ; repoussant le drap, elle bondit hors du lit, traversa la petite chambre, jaillit dans le salon...

… s'arrêta en découvrant Hièlstan.
Soulagée.

Il avait l'air reposé et la lumière qui s'éveilla dans son regard lorsqu'il leva les yeux vers elle lui redonna le sourire. Le carnet était ouvert sur ses genoux. Elle s'assit sur le tapis près de sa jambe, en tailleur, et posa la main sur son bras.


« Je suis prête, maintenant. »

Hièlstan pouvait dérouler son rêve.

__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


[Absente du 18/07 au 24/07]
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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Dim 28 Aoû 2016, 00:25

La plume était déterminée, le poignet adroit, les doigts serrés.
Au début, il ne comprit rien. Enfin, il avait compris que c'était un récit ; "jour 1" invitait à d'autres jours, beaucoup d'autres jours. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle se livre aussi vite. Il fut un peu effrayé à l'idée de découvrir ce qui avait pu la briser, elle, à ce point.
Peut-être qu'au fond de lui, il savait qu'elle allait lui faire découvrir que la nature humaine n'était pas toujours aussi bonne qu'il le croyait.

Il essaya de recoller les morceaux. Pourquoi le désert ? Curiosité Marchombre ? Ou cet endroit aride et peu accueillant recelait-il quelque secret ? Souffler le verre. Etait-ce un autre métier ? Une couverture d'espionne, quelque chose comme ça ? Non, on aurait plutôt dit, à travers ses mots, comme une passion. Ezadrah, Yuma... Il révisa sa géographie, mais ces noms ne lui disaient rien. Probablement pas des villes assez grosses pour avoir figuré sur ses cartes d'études.
Vagabond ! Ainsi, il l'avait accompagnée ; ça au moins, il comprenait. Etait-il resté là-bas ? Il aurait fallut quelque chose de très grave, pour que Syndrell l'y laisse.
Quelque chose d'au moins assez terrible pour lui faire perdre la voix...
Elle cherchait des réponses. Des réponses à quoi ? Toute cette incompréhension le perturbait. Kunst devait être une amie à elle, elle devait être sur ses traces, quand elle était partie.

Et puis alors, vint le mot "métamorphe". Le plus grand mystère de cette première page d'écriture. Hièlstan sentait bien que c'était un mot clef, un mot important. Il n'osa pas interrompre la jeune femme, car déjà elle entamait la deuxième journée.
Métamorphe...

Il perdit un peu le fil pour explorer ses souvenirs. Ce mot, vraiment, ne lui disait rien. Oh, il avait assez étudié pour tenter d'en deviner le sens : métamorphe, celui qui change de forme.
Celui qui change de forme...
Comment peut-on changer de forme ? Il savait qu'il y avait des comédiens très habiles qui, grâce à leur excellente perception de leur anatomie, pouvaient donner l'impression d'être une autre personne.
Il doutait, cependant, que ces artistes étranges soient au coeur d'un secret "très bien gardé".

Décidément, quelque chose lui échappait.

___

Quelque fois, elle faisait une courte pause, pour se délasser le poignet.
Lui, il était trop abasourdi pour faire quoi que soit d'autre que de la regarder. Il attendait la suite, avec un peu plus d'appréhension à chaque fois.

___

Si ça n'avait pas été elle, il n'aurait pas cru tout ce qui était couché là, sur le papier.

___

Il avait envie de vomir.

___

Il avait envie de pleurer, mais il ne pouvait pas.

___

Il y avait un homme aux traits démoniaques qui hurlait et lui décochait des grands coups de pied. Cet homme lui disait que maintenant, il était à son service. Qu'il allait retourner les Rêves pour en faire des Cauchemars.
Cet homme lui disait, ton nom est Cauchemar. Tu es à moi.

Il y avait un chat, aussi.
Un chat qui parlait l'humain et qui lui disait qu'il devait rester Rêve, pour aider le loup bleu du Nord.

__

Il ouvrit les yeux, se dit que c'était encore une belle journée. Alors, il sentit son odeur, et il se rappela. De tout.
Lorsqu'il voulu aller chercher un verre d'eau, il tomba sur les restes de la veille, soigneusement emballés. La légère odeur qui s'en dégageait acheva de lui tourner l'estomac, et il sortit à temps pour aller vomir.

Il se maudit.
Des années et des années qu'il Rêvait des blessés graves et qu'il étudiait des manuels pleins de dessins peu ragoûtant, des années passées à éviscérer les poissons avec sa mère et à étudier des carcasses trouvées au bord des sentiers.
Des années qu'il avait appris à ne plus vomir.
Mais l'animal prit par la mort était une chose ; la pourriture insidieuse qui se glissait dans ses entrailles était la Vie ; le sang qui suppurait des chairs mutilées, c'était le cours des choses. Un accident, ça arrive. Un coup de sang, c'est normal. Une bagarre qui finit mal... L'être humain n'est pas parfait. Le crime ? Oui. Des crimes contre la chair, il n'y en a pas tant, au final.

Mais ça ! Ca... Le crime contre la chair, la souffrance voulue, le désir de se faire la Mort, l'envie de laisser la vie pour une perversité, jongler entre les deux, tenter de jouer avec ces forces ancestrales, tenter de maîtriser, tenter de renverser... Briser un humain.
Dépouiller ses semblable, les... Leur faire...
Un nouveau haut-le-coeur le prit ; il le contint.

Il s'était endormi pendant qu'elle écrivait. Ce qui signifiait qu'il n'avait pas encore terminé de lire. Il se demanda s'il en aurait le courage.
Oui ! Oui, il en aurait le courage. Oui, il lirait. Pour elle. Il le devait. Et pour lui, aussi. Pour tous les autres. Il ne pouvait pas se voiler la face ; il était Rêveur. Son métier, c'était d'aider. Pour aider, il fallait savoir ; savoir même le pire du pire.

Il se débarbouilla dans l'eau claire du lac, l'eau qui lui disait, il existe des choses pures en ce monde. Tu les as vu. Il existe des choses pures ; et des choses moins pures. C'est la Vie, c'est la Mort, apprends, apprends d'eux tous pour vivre comme il le faut.
Le lac disait, je laverai toutes les souillures du monde ; il suffit de me le demander. Et de savoir quoi demander.

Hièlstan se lève, il rentre dans sa petite maison. Havre de paix. Une vague lui prend le coeur, une vague qui lui crie combien cette maison est une chance. Pour lui, pour tous ceux qu'il pourra y abriter.
Il se sent Rêveur, plus que jamais.

Il la transporte délicatement - elle est si légère - et la porte dans son lit. Il n'a même pas pu changer les draps ; ce n'est pas grave, ils ne sont pas très sales, ça fera l'affaire. Il la borde, car elle frissonne un peu, dans son sommeil.
Elle ne s'agite pas, ne fait pas de cauchemars. Elle est fatiguée, très fatiguée. Il glisse sous son oreiller des feuilles plutôt fraîches d'herbes aux arômes doux. Il espère que ces simples préserveront son sommeil.

Il retourne au bureau. Cherche la dernière page dont il se souvienne ; effleure des mots douloureux. Il ferme les yeux, un instant, et se reprend.
Il est Rêveur.

___

Il s'est vite aperçu qu'il avait lu le pire. Au fur-et-à-mesure, le Rêveur se reprit un peu. Intégra toutes ces informations, terribles informations. Il lui faudrait des jours, pourtant, pour pouvoir les traiter correctement. des jours pour les comprendre, les accepter. Des heures, et des heures de méditation, de réflexion solitaire.
Mais bien, bien moins d'heures qu'il n'en faudrait à Syndrell pour s'en remettre.

Il lui semblait maintenant évident qu'elle avait vu d'autres personnes avant d'arriver chez lui. Elle aurait été dans un état bien pire, sinon.
Vagabond était toujours dans le désert ; ce ne serait pas aujourd'hui qu'il allait pouvoir le ramener auprès de Syndrell.
Il avait cru comprendre que la fille, Kunst, était décédée. Encore un décès dans l'histoire de la jeune Marchombre. Et tant d'autre au cours de ce récit... Tant d'autres.
Et là-dessus, les métamorphes ; il n'avait toujours pas compris. Il y avait plusieurs éléments encore un peu flous à ses yeux, dans la récit de Syndrell. Ces gens semblaient tous avoir un point commun, mais elle n'avait pas précisément dit quoi. Pourtant, le texte le sous-entendait clairement. Il était aussi mention d'un chat ; le chat avait une importance au travers des mots. Il ne comprenait pas laquelle.

Peu importait ; il avait saisit la majorité du récit.
Il était triste, triste à en pleurer.
Il ne savait pas que des hommes pouvaient être capables de ça. Vraiment, il ne savait pas.
Il ne savait plus que penser.

Il resta ainsi dans le vague, un certain temps ; suffisamment dans le vague pour en oublier de préparer sa tisane matinale, bien que la matinée sois déjà bien avancée.
Il eut une brusque envie de se réfugier dans la tisane du Rêveur, de s'y plonger et de s'y oublier ; se laisser flotter, sans conscience, sans penser à rien d'autre qu'aux particules qui nous composent et qui font le monde, sans voir s'égrainer le temps, sans sentir ni la pluie ni le vent, juste être...
Pas possible. Il s'ébroua, s'efforça de se concentrer. C'était mal, il le savait, c'était s'éloigner de la voie du Rêve, et la voie du Rêve avait besoin de lui.
Il avait besoin de la voie du Rêve.

Syndrell, qui sortit en trombes de sa chambre, avait besoin du Rêve.
Elle se calma vite ; plus vite que la veille. Elle le contempla, un instant, et il lui sourit, mais ce n'était pas le même sourire que la veille. Trop dur. Alors elle... Comment faisait-elle, comment avait-elle fait ?

Le regard qu'elle lui lança le fit redescendre sur la terre ferme.

Elle avait une force, un courage bien supérieurs au sien. Lui, pauvre Rêveur, était devenu fou furieux quand il avait laissé échapper à la vie un patient.
Elle, prisonnière, torturée, esclave, témoin d'atrocités sans nom, elle se tenait bien droite, par terre, devant lui, avec dans les yeux une détermination sans faille. Elle avait écrit toute la nuit, et la voici avec un sourire sur les lèvres, et un contact pour lui.
Cela lui donna du courage. Il ne devait pas se laisser submerger par tout ça. Il devait l'affronter.

L'affronter avec le Rêve.

A son contact, sans même y réfléchir il s'élança vers elle. Il passa sans les voir sur ses vaisseaux sanguins, les remonta jusqu'au coeur qui palpitait et pulsa jusqu'au coeur d'elle-même, alla retrouver la petite lumière qui l'attirait, alla encore s'ouvrir à elle et à tout ce qui était autour. Il se laissa happer par son instinct, il mit, comme souvent, ses réflexions en sourdine, et s'écouta plus profondément, comme il l'écouta elle. A nouveau, il put la toucher, l'envelopper, lui parler.
Resister.

Il voyagea, aux côtés de Syndrell. Aux côtés de la fille aux cheveux bleus, de la souffleuse de verre, de l'ancienne compagne de Dolce, de l'esclave, de la taquine, de l'itinérante aguerrie, mais surtout, aux côtés de la Marchombre.
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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Dim 28 Aoû 2016, 22:58

[La manoeuvre est délicate ! Difficile d'envisager une situation dans laquelle Hièlstan est entraîné lui aussi - donc si quelque chose ne te convient pas, fais-moi signe !]


Le regard perdu que lui retourna Hielstan au premier abord changea soudain. Il attrapa le bras de Syndrell et juste avant qu'il ne déroule son rêve, elle lut dans ses yeux une détermination farouche.

Lui aussi, il était prêt.




*



Cette fois, Syndrell était réveillée. C'était rare ; chaque fois qu'elle était passée entre les mains des rêveurs, elle était inconsciente. Jamais encore elle n'avait vécu ce genre d'expérience les yeux ouverts et c'est le cœur battant qu'elle s'ouvrit, sans trop savoir comment, au don de Hièlstan. Et au début...

… elle ne ressentit rien. Ou plutôt elle sentit toute la concentration du Rêveur et, fascinée, elle observa son regard vague et ses lèvres entrouvertes sur un souffle calme. Paisible. La voie du Rêve était paisible. Comment pourait-il avoir les traits aussi sereins, sinon ? Et puis soudain, elle tressaillit. Un souvenir tentait de faire surface. Elle se raidit instantanément tandis qu'une bouffée de panique remontait dans sa gorge.

Tout va bien.

Syndrell se figea. Ce murmure...

« J'étais là. C'est à moi que tu as répondu. »

Elle se mordit la lèvre jusqu'au sang.
Ferma les yeux.
Tout allait bien.

Il était là.




*



L'obscurité, encore – toujours elle. Et cette chaleur étouffante. Jamais elle ne parviendrait à sortir du désert. Elle était perdue. Tout simplement perdue. Mais elle devait continuer d'avancer pour lui échapper. Il était si près...

Retourne-toi.

Non.

Retourne-toi.

Non ! Tout sauf ça ! Il devait bien le comprendre, il avait lu... Il savait désormais. Alors pourquoi l'obligeait-il à faire ça ?

Aie confiance.

Confiance... La sienne était brisée. Réduite en miette par un seul homme au regard de dément. Lui faire face, c'était se perdre ! Il allait la tuer, elle l'avait lu dans ses yeux. Elle ne se retournerait pas.

Maintenant !

- Aaaah !

Le cri la fit pivoter. Tremblante comme une feuille, le cœur battant à tout rompre, elle se rendit compte alors que ce cri, cette voix inhumaine, c'était la sienne. Et que la personne qui lui faisait face, après l'avoir poursuivie des heures durant, c'était...


*


Elle bascula en arrière. Comme elle était assise par-terre la chute ne fut pas rude ; allongée sur le parquet, la respiration saccadée, Syndrell se détacha des dernières bribes de son rêve. Elle déglutit difficilement. Sa gorge était en feu. Elle comprit, sans même avoir besoin de regarder Hièlstan, qu'elle avait bel et bien crié. Mais lorsqu'elle essaya, les mots ne vinrent pas.

Elle ferma les yeux. Une seconde. Les rouvrit pour croiser son regard. Il paraissait secoué mais c'était logique : il était très loin de son terrain habituel. Elle le devinait à son air songeur. Une pensée insidueuse, presque aussi glaciale que son rêve, s'insinua en elle. Et s'il prenait des risques trop grands en intervenant sur elle ?

De ce qu'elle avait pu comprendre, Hièlstan ne se déplaçait pas physiquement. Elle n'était même pas certaine que son esprit voyage également. Pourtant,dans ce labyrinthe de peur, elle avait senti sa présence. Le murmure ne l'avait jamais quittée. Il était venu avec elle. Alors il avait forcément « vu »...

Tout doucement, les pièces d'un puzzle géant se mirent en place dans ses pensées. C'était du moins l'impression qu'elle avait. Au fur et à mesure que son souffle s'apaisait, une prise de conscience pour le moins étonnante se faisait jour en elle. Cette personne qui la poursuivait et qu'elle fuyait, terrorisée, ce n'était pas Juko.

C'était elle-même.

Elle posa une main sur sa poitrine. Ses peurs venaient d'elle-même ? Réellement ? Alors, il suffisait qu'elle se retourne et qu'elle s'affronte ? Drôle d'idée. En d'autres circonstances, elle aurait éclaté de rire. Là, elle serra les dents pour se redresser. Et s'obligea à lever les mains pour les glisser dans celles de Hièlstan. Les mots la fuyaient toujours mais elle, cette fois, était déterminée à se battre, et son regard l'exprima avec une telle force que Hièlstan avait forcément compris.


"Encore."



*



Assise dehors, sur le banc où elle s'était allongée en arrivant, Syndrell appréciait la caresse du soleil. Il était loin d'être aussi violent que dans le désert, ici, et un vent léger adoucissait sa chaleur ; sa peau diaphane s'en gorgeait avec délice tandis qu'elle se reposait, apaisée par le calme environnant.

Hièlstan et elle avaient réitéré trois fois l'expérience.
Par trois fois elle avait couru dans le labyrinthe avant d'oser se retourner. Faire face à sa propre personne était un défi redoutable, et elle n'était pas encore assez forte pour se vaincre en personne, aussi incroyable puisse être cette idée ; alors, elle récupérait, puisque le Rêveur l'avait décrété.

C'était étrange. Lui qui était si doux, si réservé en tant normal prenait une assurance inflexible lorsqu'il déroulait son rêve ou s'occupait de sa protégée. Elle en était généralement si étonnée qu'elle s'exécutait sans protester. Il fallait admettre qu'elle avait besoin de retrouver ses forces. Mais plus le temps passait et plus elle se sentait frustrée de s'épuiser aussi vite.

Si seulement elle pouvait retrouver sa forme rapidement... Mue par une soudaine envie de bouger, elle se redresser et jeta un coup d'oeil autour d'elle. Pas de Rêveur en vue ? Bien. Délaissant la couverture qu'il passait son temps à lui mettre sur les épaules, elle se leva et fit quelques pas dans l'herbe. Un, deux, trois, cinq, dix.

Son corps se tendit brusquement et sa main droite jaillit devant elle. Elle garda la pause quelque secondes, avant de se relaxer, expirant doucement... pour se tendre à nouveau, envoyant cette fois-ci sa main gauche. Elle se déplaçait lentement, ne forçait sur aucun muscle, laissant son corps dicter les gestes qu'il pouvait accomplir sans risque. Et cela fonctionna. Certes, un léger voile de sueur couvrit son front et ses temps, et son souffle autrefois endurant se fit plus hâché. Mais elle continua, repoussant à chaque instant ses limites.

Tout à coup, une brindille craqua dans son dos. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Elle pivota, rapide comme l'éclair, et arrêta le tranchant de sa main à quelques millimètres seulement de la gorge de Hièlstan. Un instant, elle resta parfaitement immobile. Puis elle recula, navrée. Est-ce qu'il allait se mettre en colère ? Pas son genre, mais il avait toutes les raisons du monde de l'être. La fiche dehors ? Elle espérait que non. Elle se sentait bien ici. Mieux que nulle part ailleurs.

Alors, elle s'accroupit, retrouvant sa posture fétiche, une jambe repliée, l'autre tendue, et le dévisagea de ses grands yeux dorés.

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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Lun 29 Aoû 2016, 13:53

Ainsi donc, ce qu'il avait vu durant la caravane, quand elle avait lancé un poignard sur cette fille, Kaünis... Ca n'avait pas été un mirage. C'était réellement possible, il venait d'en avoir la démonstration la plus criante de vérité qui soit.

Elle aurait pu le tuer.

Cela le réjouit plus que ça ne l'apeura. Il ignorait que l'humain pouvait pousser ses capacités à ce point ! Elle ne l'avait même pas vu, à peine entendu, et pourtant il était arrivé discrètement ; et le coup était parti, il ne l'avait vu que lorsqu'elle s'était immobilisée, prête à frapper à un endroit très sensible, au millimètre prêt. Non seulement elle avait lancé le coup avec une précision et une vivacité sans pareil, mais en plus elle s'était arrêtée net, sans vaciller une seconde, sans le toucher.
Il ne savait même pas que c'était possible !
Tout abasourdi, il la regarda reculer d'un pas souple, avec une drôle d'expression sur le visage, comme celle qu'afficherait une enfant prise en faute.

Elle s'accroupit d'une drôle de manière, et la distance lui laissa voir ses clavicules saillantes, ses épaules pointues, les pommettes marquées de son visage. Il la trouva très sauvage, soudain ; et un bref instant, séduisante. Il chassa aussitôt avec adresse cette pensée de son esprit.
S'accroupissant devant elle, il imagina de quoi elle avait dû être capable, lorsqu'elle était en pleine possession de ses moyens. Ainsi, sa maîtrise de son corps allait au delà de ce qu'il avait imaginé, bien au delà ; ce qu'il avait vu ne devait être qu'une parcelle de ce qu'elle savait faire. Le lancer de couteau, le combat à mains nues, le tir-à-l'arc... Et encore, il ne l'avait pas vue escalader ; d'après elle, c'était sa spécialité. Elle devait voler !
L'image des silhouettes qu'il avait surprises à sauter de toit en toit, dans la nuit d'Al-Chen, se rappela à son esprit.
A côté d'elle, ils étaient probablement aussi balourds que lui par rapport à eux.

Il regarda un moment la manière dont elle s'y était prise, puis tendit une jambe et tenta de l'imiter, en miroir. Ca demandait une sacré souplesse, mais Hièlstan n'était pas raide comme un piquet. Il ne savait ni voler comme un oiseau, ni manier l'acier, cependant lui aussi prenait soin de son corps et pratiquait des exercices tous les jours pour l'entretenir.
Néanmoins, son équilibre était bien plus précaire que celui de la jeune femme, et il se sentait un peu plus idiot que gracieux.


"Comme ça ?"

Il lui adressa un sourire radieux, puis grimaça et se laissa tomber sur les fesses, en riant.

"Haha ! Je ferais un drôle de Marchombre, pas vrai ? Dis-donc, je n'imaginais pas que tu savais faire tout ça. C'est impressionnant, parole de Rêveur. Je ne pensais pas qu'on pouvait faire ça... Ou en tout cas, qu'on pouvait arriver à une telle maîtrise en étant si jeune. Tu n'as peut-être pas toute tes forces, mais je ne donne pas cher du bandit qui osera s'en prendre à toi."

S'ils osaient... Oui, certains avaient osé. Et l'avait battue ; alors qu'elle était en pleine possession de ses moyens. Et l'avait réduite en esclavage, privée de tout. A combien avaient-ils dû s'y mettre pour la réduire à l'état de prisonnière, quelles ruses avaient-ils dû employer ?


"Je suis heureux que tu aies pu t'échapper."

Sa voix se réduisait presque à un murmure. Il releva les yeux. Elle l'avait fait, et elle le ferait encore, il en était certain ; l'effort, cette fois-ci, serait probablement tout autre. En acceptant de se retourner, il estimait qu'elle avait déjà fait un grand pas.
Maintenant, au moins, elle connaissait son ennemi.


"Celui qui pourra te battre, crois-moi, il n'est pas encore de ce monde."

Tous les Marchombres étaient-ils si doués ? Non, pas possible, elle devait être parmi les meilleurs. Il songea avec un frisson d'angoisse que si des êtres pareils décidaient de semer le chaos, le monde aurait du soucis à se faire.
Il avait confiance en Syndrell, mais peut-être existait-il des Marchombres aux intentions moins louables...


"C'est dans ces moments que je me dis que la vie ne tient qu'à un fil... Ou quand je regarde la mer. La mer nous remet à notre place."

Les yeux tournés vers le lac, il sourit, nostalgique.

"Il y a encore des gens là-bas, pas vrai ?"

Il aurait voulu s'amuser, rire avec elle, la jeter dans l'eau fraîche ou lui montrer ce qu'il savait faire avec son bâton pour qu'elle se moque de lui, mais maintenant que le calme était un peu revenu, maintenant qu'il s'était reposé, qu'il avait terminé de Rêver, la réalité le rattrapait. Il n'y avait pas songé avant ; il n'avait eu que l'horreur au bord des lèvres.
Mais avec du recul, seule Syndrell s'en était sortie, s'il en croyait ses écrits ; et en quelques sortes, ses compagnons que la vie s'était vue arracher par la mort qui était venue trop vite.  Des gens qui n'auraient pas dû mourir là-bas, et qui avaient encore besoin d'aide...
Il se désola de devoir la ramener à ses souvenirs ; mais les choses qu'elle lui avait apprises étaient trop grave pour qu'il puisse faire semblant de ne pas y penser.
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Mer 31 Aoû 2016, 21:17

Hièlstan n'était pas en colère, il était...

Soufflée par tant de gentillesse, Syndrell s'assit à son tour.
Pendue aux lèvres du Rêveur et à son caractère si fascinant.

- Je suis heureux que tu aies pu t'échapper.

Son murmure la toucha en plein cœur. Elle savait depuis leur première rencontre qu'il tenait à elle ; sa façon de la recevoir chez lui, alors qu'elle était arrivée à l'improviste et dans un sale état, confirmait cette impression. Mais là, en un seul souffle, il venait de faire de cette impression une réalité.

Une réalité qui la laissa toute chose alors que, d'un ton plus assuré, Hièlstan lui affirmait qu'elle avait en elle la force d'affronter ses peurs. Elle ne sentit pas l'abeille qui, curieuse ou bien attirée par le parfum des fleurs sauvages, se posa un instant dans ses cheveux. La vaillante petite ouvrière, en se rendant compte qu'il n'y avait là rien à butiner, partit dans un vrombissement frustré. C'est ce qui la fit cligner des yeux et revenir à l'instant présent.

Hièlstan plongea dans son regard pour la ramener dans son cauchemar. Il ne faisait pas cela de gaité de cœur, cela se voyait comme le nez au beau milieu de la figure. Mais il devait savoir, à présent qu'il avait ouvert le carnet de ce lourd secret. Syndrell hocha la tête. Oui, il y avait encore des gens à Ezadrah.

Beaucoup de gens.

Des hommes et des femmes, vieux ou jeunes. Enlevés, brutalisés, marqués comme des bêtes, réduits à l'état d'outil, de chose que l'on exploite, que l'on ouvre par curiosité pour voir commentelle est faite, et que l'on jette. Avant de recommencer.

Syndrell tourna la tête pour jeter un coup d'oeil à Hièlstan. Dans son journal, elle avait évoqué les métamorphes sans pour autant rentrer dans les détails. Elle n'avait pas réfléchi, assaillie par le besoin vital d'écrire et il n'avait pas bronché, assailli par le besoin vital de lire. A quoi pensait-il, désormais ? Connaissait-il l'existence des métamorphes ? Ses Rêves avaient bien dû le mener à découvrir des choses au moins aussi incroyables au cours de son expérience, non ?

Elle soupira. Avec sa voix, elle lui aurait posé la question. Là, elle était épuisée avant même d'avoir tenté de lui faire comprendre son interrogation. Hièlstan était attentif comme peu de personnes, mais expliquer la métamorphose ainsi... Autant chasser la crissane avec un cure-dents !

Doucement, elle s'allongea dans l'herbe. Son regard suivit un moment la lente avancée des nuages qui glissaient paresseusement dans un ciel bleu vif. Elle ne se rendit pas compte qu'elle sombrait vers le sommeil alors que d'ordinaire, elle luttait vaillamment pour ne pas s'endormir. Ses paupières papillonèrent et, l'instant d'après...

… elle dévisageait son double en silence.



*



« Que… qu’est-ce que tu veux ? » demanda Syndrell, le cœur battant à tout rompre.
- Je pourrais te retourner la question.
« Pourquoi est-ce que je ne peux pas parler ?
- Parce que c’est moi qui parle.
« Je ne comprends pas. »
- Tu ne comprends pas grand-chose en ce moment.

Syndrell fit la moue, vexée, avant de se rendre compte que ce sentiment prenait le pas sur la peur. Elle haussa un sourcil. S’observer autrement que dans un miroir était déstabilisant. Bien plus réel et… plus intense ?

« Qu’est-ce que je dois faire ? »
- Ecouter. Apprendre.
« On dirait une leçon… »
- C’est le principe. Ton murmure, là, il n’a pas tort.
« Tu peux entendre Hièlstan ?
- Moi je sais écouter et apprendre.

Décidément, discuter avec soi-même était source de migraine ! Ignorant où pouvait bien mener ce dialogue philosophique, Syndrell soupira.

« Je ne sais même pas par où commencer. »
- Parce que tu ne cherches pas où il faut.
« C’est-à-dire ? »
- Les réponses se trouvent au cœur de ta peur. Dans…
« …le désert », souffla Syndrell.

Immédiatement son souffle s’accéléra et une fiche couche de sueur recouvrit sa peau, signes avant-coureur d’une crise de panique.

- Tu vois, ça c’est pénible et ça t’empêche d’écouter.
« Mais je… »
- Tu as entendu ce que j’ai dit ? Tu dois aller dans le désert. Oui, ma vieille. Et tant que tu réagiras de cette façon, tu échoueras. Tu n’apprendras pas. Tu ne comprendras pas.
« Pas quoi ?! » s’énerva Syndrell.

Elle avait si chaud que son corps s’alourdissait ; effrayée, elle tenta de se reprendre, mais…



*



Elle se réveilla en sursaut. Elle n’avait pas dû s’assoupir longtemps car le soleil n’avait pas beaucoup progressé au-dessus de sa tête, mais l’effroi qui lui glaçait le cœur s’était emparé de ses muscles, la tétanisant complètement. Elle pouvait à peine respirer. Désespérée, elle jeta un regard perdu à Hièlstan. Il était le seul qui soit capable de l’aider !

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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Jeu 01 Sep 2016, 14:12

Hièlstan réfléchissait à toute allure. Il avait le sentiment que Syndrell n'avait pas prévenu les autorités. Il ne pouvait lui en vouloir ; elle était affaiblie, elle ne pouvait pas parler, et il lui faudrait une sacré dose de courage pour relater ce qu'elle avait vécu à des inconnus. Cela le répugnait, de le lui demander, mais ils ne pouvaient pas rester sans rien faire.
Ces gens souffraient, ces gens mourraient, ces "métamorphes" subissaient des expériences... L'empereur devait être mis au courant, et une fois qu'il le serait, il agirait. D'après ce que Hièlstan avait compris, la condition de métamorphe était quelque chose de plutôt secret, mais l'Empereur devait probablement être au courant. Il devait aussi disposer de troupes formées à intervenir sur des missions discrètes, et à garder ce qu'ils voyaient pour eux. Et puis peut-être les amis Marchombres de Syndrell iraient-ils avec eux ? Ils feraient probablement un carnage.

Un carnage... Il risquait d'y avoir du sang. La cruauté qu'avait décrite Syndrell était telle qu'il ne pourrait en être autrement. Tant de vies gâchées...
Y avait-il des Rêveurs, près d'Ezadrah ? Il savait qu'il n'y avait pas de confréries dans le désert, seulement certaines à l'extrême limite. Il fallait que ses confrères puissent cultiver un minimum de nourriture pour pouvoir assurer leurs besoins vitaux. Il faudrait qu'il les contacte. Non ! Pas lui, il faudrait que des maîtres les contacte. Il parlerait à ceux de Chériane et de Naoniane ; il avait la chance d'avoir pas mal de contacts, maintenant. Eux contacteraient les confréries proches et tous pourraient se réunir en un camp provisoire pour accueillir les blessés. Les plus aguerris d'entre eux pourront aller les chercher en charrette.
Il ne faudrait pas être de trop, pour ne pas attirer l'attention des populations alentours... Mais était-ce seulement possible ?

Il allait en parler à Syndrell plus tard. Il se désolait déjà de devoir la ramener dans tout ça. Plus tard ; il lui laisserait encore un instant de répit. Dès que le moment serait propice...
Il leva les yeux : midi était passé. Son ventre le lui faisait savoir.

Il jeta un oeil à Syndrell ; les paupières closes, elle s'endormait. Cette nuit n'avait pas été de tout repos, pour elle... Presque inconsciemment, il tendit son esprit vers elle. Il se sentait comme émoussé ; les trois séances de la matinée ne l'avaient pas laissé tout-à-fait indemne, remarqua-t-il.
Il insista un peu, la rejoignit. Il voulait être là si elle en avait besoin. Il la trouva immobile, mais comme tendue, stressée, hésitante. Sa lueur vacillait un peu. Il vint dans son dos, essaya de l'affirmer. Elle ne le remarqua pas ; elle était focalisée sur autre chose.
Il sourit.
Il était auprès d'elle, discret, sans rien dire, juste pour l'appuyer un peu. Il lui sembla qu'elle ne le remarqua même pas. Elle faisait des efforts, il le sentait, et il en était heureux.

Cela lui sembla être le bon moment pour se retirer ; elle avait eu le courage de faire le plus important. Il ne pouvait être constamment derrière elle, à l'encourager. Elle devait apprendre à le faire d'elle-même.

Hièlstan la regarda dormir. Son sommeil était plutôt paisible. Lui-même aurait bien piqué un petit somme ; pour lui aussi, la nuit avait été chargée, et il n'avait pas eu son content de sommeil. Plus les années passaient, et plus ce genre d'écart devenaient difficiles à supporter. Il estima qu'il aurait besoin de deux ou trois jours à rythmes sains et réguliers pour que la fatigue passe totalement.
Ce n'était pas très grave. Tant que les écarts restaient ponctuels, son organisme n'en pâtirait pas.
Ses paupières papillonnèrent. Il devait rester endormi, mais à vrai dire il ne savait pas vraiment pourquoi. Ce serait bon de fermer les yeux un instant... Rien qu'un instant...

Il les rouvrit en sursaut lorsque Syndrell s'éveilla non moins brusquement. Tout sommeil s'échappa de lui. Elle lui jeta un regard comme... Comme implorant ?
Sa position n'était pas normale, tout son corps était tendu. Il jeta le Rêve sans même y réfléchir, et y mit toute la douceur dont il était capable pour caresser les muscles tétanisés. Il n'avait jamais fait, ça, mais se rendit compte que c'était très simple. Il suffisait d'une caresse moelleuse, d'un massage tendre, et le muscle s'amollissait, car il ne demandait que ça. C'était autre chose qui les forçaient à se tendre de la sorte ; c'était une chose contraire.


"Respire. Doucement."

Il glissa vers l'abdomen, demanda aux muscles de laisser l'air entrer.

"Voilà, ça va mieux. Respire. Tu es là, avec moi."

La tension résistait encore, mais plus hésitante qu'auparavant. Lui sentait du coin de l'esprit la greffe mystérieuse dans ses bras, et se concentrait pour ne pas y prêter attention.

"Au bord du lac Chen. Autant de temps que tu le voudras."

Il s'extirpa un moment du Rêve pour la regarder dans les yeux. Il savait qu'il avait le regard vague, en Rêvant. Les Rêveurs plus expérimentés pouvaient rester dans leur corps en soignant, mais lui n'y arrivait pas encore.
Il retourna dans le corps de la jeune femme, délassa encore ses derniers muscles. Il aurait voulu lui toucher l'esprit, mais il se sentait trop fatigué, trop sensible... Il ne voulait pas forcer de trop.


"Allez, courage. C'est ton corps ; c'est toi qui décide."

Enfin, tout se débloqua vraiment.
Il lui sourit, fatigué. Il avait parcouru tout ses muscles, et avait vu beaucoup de vieilles blessures. Des graves, des moins graves. Certaines avaient laissé des cicatrices, d'autres n'étaient plus qu'un souvenir.
Ce devait être ardu, un entraînement Marchombre...


"Je ne vais plus pouvoir venir avec toi avant ce soir, je pense, au moins. Je ne veux pas forcer ce lien au risque de le briser ; et ce lien se fatigue vite, comme les Rêves d'un débutant."

Oui, c'était ça : comme quand il ressentait de la fatigue au moindre petit Rêve, au premier cercle. L'endurance s'était vite développée, néanmoins ; peut-être en serait-il de même avec cette nouvelle faculté.
Il leva les yeux vers le ciel, même s'il était encore trop tôt pour espérer un réponse de Maître Amotrel.


"Je vais avoir besoin de faire une sieste, cette après-midi. C'est que je suis un vieux qui supporte mal de se coucher à l'aube !"

Il lui adressa un sourire taquin.

"Mais avant ça, j'ai faim, et je dois aller nous ravitailler. Tu veux venir avec moi, ou tu préfères te reposer ici ? J'ai très rarement de la visite, tu ne risques pas d'être dérangée."

Elle voudrait peut-être profiter d'avoir un peu d'intimité pour continuer son entraînement et les exercices qu'elle avait entreprit plus tôt.

"Je ne vais pas très loin, dans un petit village, près d'ici. Je n'en ai pas pour longtemps ; je vais manger quelque chose là-bas, faire quelques courses, et je serais revenu avant même que la moitié de l'après-midi ne soit écoulée."

Il se leva, et s'étira, pour se réveiller un peu.


"A toi de voir !"

Grand sourire.
Qu'est-ce qu'il avait faim !




[Considère que Hièlstan emmène Flèche Wink et si Syndrell reste il lui indique où trouver à manger évidemment Smile ]
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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Mer 07 Sep 2016, 06:55

[Désolée c'est court ! Mais c'est le territoire de Hièl alors je ne veux pas trop m'avancer Very Happy]




Les paroles douces et rassurantes de Hièlstan, davantage que le Rêve qu'il déroula pour elle, détendirent Syndrell. Il fallut pour cela plusieurs longues minutes au bout desquelles elle sortit en nage et pantelante. Complètement épuisée. Tournant la tête, elle constata que son ami n'était pas plus vaillant qu'elle.

- Je ne vais pas pouvoir venir avec toi avant ce soir, je pense, au moins. Je ne veux pas forcer ce lien au risque de le briser ; et ce lien se fatigue vite, comme les Rêves d'un débutant. 

Syndrell hocha la tête. Elle s'en doutait. Hièlstan avait multiplié ses interventions et n'avait pas l'air très reposé – normal, étant donné qu'il avait passé sa nuit à lire puis à Rêver pour elle. Avec elle. Jusqu'où la gentillesse de cette homme allait-elle ? Existait-il seulement une limite à la patience qu'il déployait en permanence ? Elle avait l'impression de l'avoir franchie depuis si longtemps...

Voilà pourquoi elle décida de l'accompagner en ville. Elle aurait préféré rester ici, au calme, mais à l'idée qu'elle puisse de nouveau faire une crise alors qu'elle se trouvait seule... Et puis, elle lui devait bien ça, non ? Un peu d'aide lui permettrait d'accomplir cette tâche plus rapidement et plus efficacement et ensuite, il pourrait s'offrir cette sieste tant méritée !

Elle lui toucha le bras pour lui faire comprendre qu'elle venait avec lui. Ensemble, ils préparèrent Flèche ; la jument était si heureuse qu'elle faillit envoyer bouler Syndrell par un coup de tête un peu trop brusque. La marchombre n'éclata pas de rire mais ses yeux brillèrent d'un amusement sincère. Prudente, elle acheva de seller la pétillante jument et laissa Hièlstan s'installer avant de grimper derrière lui.

Avec naturel, elle passa ses bras autour de la taille du rêveur. Et songea, étonnée, qu'elle n'était plus montée derrière quelqu'un depuis des années.


*


Pour un petit village, c'était un petit village.
Et le plus incroyable était que Syndrell ne le connaissait pas. Elle avait parcouru la région d'Al-Chen en long, en large et en travers, et jamais ses pas ne l'avaient conduite jusqu'ici ; elle se laissa donc guider par son ami, appréciant cette sensation d'être le novice suivant le guide.

Marcher lui faisait du bien, tout comme s'occuper l'esprit en achetant des provisions avec Hièlstan. Durant une heure, elle ne pensa pas à ses cauchemars, ni aux douleurs fantômes et musculaires qui assaillaient son corps meurtri, ni au chemin qui lui restait à parcourir pour aller mieux. Elle compta des pièces, porta des sacs, échangea quelques sourires...

Observer Hièlstan évoluer parmi ces gens était en outre très intéressant. Tout comme au sein de la caravane de Naagrarh, le Rêveur était d'une douceur incomparable. Il avait beau être épuisé – cela se voyait à la façon dont il se tenait et à son regard parfois vitreux – jamais il ne perdait patience. Et ici, les gens l'appréciaient. Ils ne le dévisageaient pas comme elle avait pu le voir lors de leur première rencontre.

Syndrell était contente. Hièlstan avait trouvé sa place, elle en avait la conviction ; elle se demanda s'il se plaisait également dans sa nouvelle confrérie. Sa voix lui manquait pour toutes les longues conversations qu'ils auraient pu avoir à ce sujet. Elle aurait aimé lui dire qu'elle était heureuse pour lui, et fière... Elle se contenta d'un regard flamboyant.


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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Mer 07 Sep 2016, 23:58

C'était étrange, pour Hièlstan, de chevaucher avec Syndrell en croupe. Il avait un peu l'impression d'être un mentor, celui qui dirige la jument, celui qui sait, et qui guide et soutient la jeune femme derrière lui. Quelques mois plus tôt, il était planté sur la même jument, qui broutait, et il désespérait de la faire avancer... C'était alors Syndrell qui était apparu, qui avait su flatter la bête et qui avait, par la suite, donné moult conseils patients au cavalier néophyte qu'il était.
Etait-ce drôle, ou triste, comme la situation était inversée, en cet instant présent ?

Syndrell n'était plus la même. Là, accrochée derrière lui, à se laisser emmener, à lui demander silencieusement de la protéger contre ses angoisses et cauchemars...
Mais c'était plutôt une bonne chose. On change ; il faut changer, pour avancer, pour tenir la balance en équilibre. Oui, elle avait changé, et elle changerait encore, pour le meilleur. Elle n'avait pas baissé les bras jusque là ; c'était que cette épreuve ne l'emporterait pas.
Elle avait du courage, cette fille. Beaucoup de courage.

Il ne dit rien, pendant le trajet. Il était fatigué, perdu dans ses pensées. Tous ces gens...
Il ne savait pas s'il faisait bien ou pas, en attendant. Il ne savait plus.

___


La fatigue l'embrumait, quand il mit pied à terre. Il avait presque somnolé en montant, et maintenant, il avait l'impression de progresser dans du coton. Décidément, ces nuits de veille n'étaient plus de son âge !
Il soupçonnait aussi toutes ses émotions de l'avoir vidé ; pourtant, la méditation l'avait plutôt bien immunisé contre ce genre de désagrément. Mais comment ne pas flancher, devant elle ?

A son regard étonné, il devina qu'elle ne connaissait pas le coin. Les environs d'Al-Chen regorgeaient de hameaux et villages, il l'avait découvert au gré de ses promenades.
Ici, on l'accueillait avec chaleur et sympathie, car il y venait très souvent pour acheter des produits sur leur petit marché. C'était bon, ce n'était pas loin, et souvent les habitants en profitaient pour lui demander un service ou un conseil.
Petit-à-petit, l'ambiance joviale du petit marché le réveilla, et voir ces visages familiers lui fit chaud au coeur. Il avait presque l'impression d'être chez lui, ici.
Il manquait juste la mer...

Il profita pour acheter quelques herbes, en songeant à ce qu'il pourrait faire pour la cicatrice de Syndrell, et échangea avec la fille de l'herboriste à propos d'un coin regorgeant de molène. Il en usait beaucoup avec Ora. En échange, il laissa à l'adolescente quelques brins d'astragale qu'il avait cueillis le matin même. Plus loin, Syndrell achetait, sur la proposition de Hièlstan, quelques fruits qui lui feraient plaisir. Les gens la regardaient avec curiosité, mais sans méchanceté.
Une fille aux cheveux bleus et un Rêveur...

Les courses furent vite faites ; il y avait de toute façon à peine une dizaine d'étals. Ils furent invités à boire un verre chez une famille d'éleveurs de poules, car le petit dernier était pris d'une toux qui inquiétait un peu sa mère. Rien de grave ; Hièlstan ne déroula même pas de Rêve, car à cet âge-là, le corps doit apprendre à se défendre par lui-même. Il prépara un petit paquet avec de la calendula, du sureau et du fenouil pour la mère, en lui expliquant les propriétés de chaque plante et en lui recommandant de les administrer à l'enfant en décoction à chacun de ses repas, et juste avant le coucher.
En échange, la femme leur donna des petits gâteaux sortis du four.

C'était ça, son existence à lui. Subvenir à ses besoins, aider, recevoir, échanger.
Mais il n'était pas serein.

Il ne pouvait pas l'être.
Soudain un peu mal-à-l'aise, il décida de ne pas remettre ce moment à plus tard. Tant pis pour leur fatigue ; ailleurs, il y avait bien plus grave.
Des gens souffraient. Mouraient.

Il invita Syndrell à le suivre, par un petit sentier qui menait hors du village. D'ici, il n'y avait pas de vue sur le lac, mais la forêt s'étendait aux alentours. Il ne l'amena pas trop loin ; elle aussi était fatiguée, et à quelques minutes à pied à peine, il y avait un autre village. Ils sortirent du sentier ; il tenait à ce que cette conversation resta privée.
Il s'assit sur un arbre couché en travers du sol. Il avait amené des fruits juteux qui ne poussaient pas dans le sud, et les biscuits qu'on leur avait donné. Le reste de leurs courses étaient resté au village ; inutile de s'en charger pour l'instant.
Il mordit dans un des fruits ; du revers de la main, il essuya le jus qui coulait sur son menton et constata la présence de poils drus sur ses joues. Il faudrait qu'il se rase.
des tas de petites pensées lui venaient, comme ça, comme pour retarder l'échéance.
Puis, il soupira, et leva vers Syndrell un regard un peu douloureux.


"Syndrell... Je suis désolé, je t'ai promis que nous allions rentrer, mais... Ecoute, Syndrell, je ne peux pas rester sans rien faire si des gens sont encore là-bas. Tu comprends, n'est-ce pas ? Je... C'est ce pour quoi je vis. Aider les autres, c'est ma voie. Et ce que tu m'as écrit... Il faut faire quelque chose."

Il avait prononcé ces derniers mots d'un ton plus assuré. Son regard maintenant, il le savait, brillait d'une résolution plus ferme. Il lui prit la main, pour l'assurer qu'il était là pour elle.

"En as-tu parlé à quelqu'un ? As-tu alerté des autorités ? Nous ne sommes pas loin d'Al-Chen. Penses-tu pouvoir y aller, avec moi, et expliquer aux représentants de l'Empereur ce qu'il se passe dans le désert ? Je sais que... Je sais que c'est difficile. Je parlerai pour toi, si tu veux ; mais pour que l'on m'accorde du crédit, j'aimerais que tu soies à mes côtés."

Il avait peur qu'elle panique, qu'elle le rejette et s'enfuit. Ce qu'il lui demandait était dur ; son coeur se serrait à la pensée que peut-être, dans son esprit à elle, elle se dirait que Hièlstan ne réalisait pas ce que ça représentait pour elle, tout ça.
Il espérait qu'elle comprendrait...
Il sortit de son sac son carnet d'observation, et un stylo ; un homme d'études ne se sépare jamais de quelque chose de ce genre. Il les lui présenta, un plantant son regard dans le sien. Il se retint de s'y noyer. Ces yeux...


"Ces gens, ils ont besoin de nous."
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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Jeu 08 Sep 2016, 20:32


« Ces gens, ils ont besoin de nous ».

Syndrell attrapa le carnet que lui tendait Hièlstan et se mit à écrire.
Vite.




*



A partir du moment où elle avait commencé à raconter son histoire, Syndrell avait su que Hièlstan ne resterait pas indifférent au sort des esclaves d'Ezadrah. C'était inévitable pour l'homme profondément altruiste et bienveillant qu'il était : apprendre que des gens souffraient quelque part avait même dû lui faire mal. Comme s'il s'était trouvé là-bas, avec eux.

C'était sa force et indubitablement, c'était aussi sa plus grande faiblesse. Syndrell craignait qu'un jour, Hièlstan fasse trop pour l'un de ses patients, qu'il aille jusqu'à se consumer sans la moindre hésitation pour sauver une vie. Il avait fait ce choix depuis longtemps, cela se lisait dans ses yeux et se traduisait dans la douceur de ses gestes. Dans sa détermination aussi, quand il déroulait un Rêve ou bien rassurait un malade.

Hièlstan était comme ça.
Et Syndrell avait peur.
Parce qu'Ezadrah...




*



« Trop dangereux. Trop de secrets en jeu. »




*



Que valent des secrets face à des vies ? Bien sûr que Hièlstan avait raison, il fallait faire quelque chose, absolument et quoi qu'il en coûte... mais si le risque demeurat trop grand, même pour les esclaves ? Jamais Syndrell ne pourrait oublier que Jadriane, Cal, Armorin et Ma étaient morts par sa faute.

Si elle n'était pas allée fureter là-bas... Si elle n'avait pas tenté l'impossible en attaquant Onku de front... Ils seraient encore vivants. Brimés, épuisés mais vivants. Qu'avait-elle cru ? Qu'une marchombre était de taille à lutter contre la folie humaine ? Erwan aurait-il foncé sans réfléchir, lui ? Non. Bien sûr que non. Il était plus sage qu'elle ne le serait jamais et surtout, il avait Ylléna pour l'empêcher de commettre une erreur aussi grotesque. Quelqu'un qu'il se devait de retrouver, quoi qu'il arrive.

Etait-ce parce que Dolce l'avait quittée ? La tristesse l'avait à ce point aveuglée qu'elle s'était crue invincible ? Sans doute. Elle était partie sans songer à ce qu'elle aurait pu laisser derrière elle si elle n'était jamais revenue du désert. Elle avait abandonné Tsukia pour se débarrasser de toute attache, avait tourné le dos à ceux qui comptaient à ses yeux, croyant qu'elle ne leur manquerait pas. Pas trop...

Redonner un coup de pied dans la fourmilière ? Qu'est-ce qui empêcherait les Faucheurs de massacrer tous les esclaves en guise de représailles ?




*



« Là-bas comme ici, des gens risquent leur vie à chaque instant. Tu risquerais la tienne en parlant. »



*



Retourner là-bas... C'était le seul et unique moyen mais elle ne le pouvait pas. La Syndrell de son rêve, celle qui détenait la clé de ses peurs et de sa voix, avait été formelle : elle n'était pas capable de retourner à Ezadrah. Trop faible.

Les autorités locales ne seraient en outre d'aucun secours à ces gens. Comment leur expliquer la situation sans mentionner ni les marchombres, ni les métamorphes ? Ce n'était pas tout : Syndrell en était presque sûre, désormais. Il y avait des Faucheurs partout dans l'empire. A Al-Jeit, à Al-Chen.
A l'Académie.

Peut-être se trompait-elle. Peut-être préférait-elle se voiler la face, prétendre qu'il était impossible d'intervnir afin de continuer à se cacher, à esquiver, à reculer... Mais selon elle, il fallait agir de l'intérieur avant toute chose. Démasquer les traîtres, débusquer l'ennemi. Trouver Onku. Alors, seulement, les esclaves d'Ezadrah seraient accessibles.




*



« Fais-moi confiance, je vais... »



Elle s'interrompit, ferma les yeux un instant. Quoi ? Qu'allait-elle faire exactement, elle qui s'épuisait d'une simple balade en ville ? Désemparée, elle sonda son cœur.
Y trouva la réponse, si lumineuse et évidente qu'elle sourit légèrement.



« … je vais d'abord en parler à mes amis. »



Ciel. Erwan. Darwen. Narek. Tsukia.
Et Dolce.

Ils étaient les seuls qui puissent agir, finalement. Mais Syndrell leva les yeux de son carnet et regarda Hièlstan. Il avait déjà fait tellement pour elle... pouvait-elle lui demander davantage ? En avait-elle le droit ?



« Ces gens auront besoin de Rêveurs... Ils auront besoin de toi. »


Comme elle avait besoin de lui.

La jeune femme soupira et reposa le carnet. Elle était fatiguée. La simple pensée de refaire le voyage en direction du désert l'angoissait – elle entendait presque le ricanement narquois de l'autre Syndrell. Pourtant, la détermination de Hièlstan était étrangement communicative et elle se surprit à envisager qu'un jour, peut-être, les Ezadrians seraient libres.

Libres...



[Tu peux considérer que Syndrell écrit un peu plus que les quelques phrases transcrites dans ce post ; elle n'entre pas dans les détails, mais elle lui faire part d'un petit bout de ses réflexions quand même. Si tu veux répondre par du dialogue, pas de souci ! - et tu vois, Syn n'en veut pas à Hièl... Rolling Eyes]

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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Jeu 08 Sep 2016, 23:01

"Tu sais, Syndrell, ma vie je la donnerais volontiers pour sauver une seule personne qui doit l'être ; et je ne suis pas le seul Rêveur à penser cela. Bien entendu, je ne la donnerais pas inconsidérément. A chaque personne que je soigne, à chaque situation critique, je me demande si cela vaudrait le coup que je meurre pour que quelqu'un vive."

Il marqua une pause, les yeux rivés sur le carnet.

"Souvent, la réponse est oui."

Il leva les yeux vers elle. Elle n'était pas sereine, rien que son écriture toute angoissée le prouvait.


"Mais je comprends tout ce que tu veux me faire dire. Si j'allais donner ce renseignement, je me ferais probablement tuer et je te l'accorde, cette mort serait inutile... Car s'ils me tuent moi, ils peuvent tuer les témoins de mes paroles, pas vrai ? Alors oui, je vais te faire confiance. Je vais attendre."

Ses amis... Le Dessinateur, le Marchombre Erwan - le fameux, d'autres Marchombres peut-être, et pourquoi pas Dolce s'ils s'étaient séparés en bons termes ? Voire même Kaünis ; après l'entrevue qu'il avait eue avec elle à la fête de l'Eté, il n'était toujours pas sur d'avoir cerné la relation qu'entretenait les deux femmes. Elle devait avoir encore d'autres amis ; une fille comme elle... En tout cas, elle venait plus ou moins de lui avouer qu'il était l'un des premiers au courant...
Cela le touchait, et le déstabilisait, aussi.
Il n'avait pas l'habitude d'être placé si haut dans les considérations des gens. En dehors de sa famille, il n'y avait que pour Théa qui il était important. Il pouvait considérer Ora comme une amie, mais la relation était encore de fraîche date et comme endiguée par le fait qu'elle était sa patiente. Parmi ses confrères... Il y avait Juirël, peut-être le seul avec qui il avait développé un lien qui sorte du cadre ordinaire d'une relation entre Rêveurs.

Oui, ça lui faisait tout drôle, à vrai dire. Il n'avait pas trop l'habitude d'être considéré comme autre chose qu'un Rêveur...
Il se reprit ; ce n'était pas le moment de s'égarer dans ces émotions. Il y songerait plus tard.
Il se concentra à nouveau sur le carnet, et sur Syndrell. Il lui prit la main.


"Oui, je vais te faire confiance. Tu sais, ce... Ce n'est pas simple pour moi, de ne rien faire. Mais je pense que tu as raison. Je ne suis pas de taille à lutter seul."

Il sentait déjà comme une chape qui s'abattait sur lui, à ces mots. Déjà, une frémissement l'envahissait, une envie qui le titillait, une effluve imaginaire qui montait à ses narines.

"Je serais là, en tout cas, quand tu en auras besoin. Tu me diras quand écrire aux confrérie. Je peux contacter les Maîtres de Chériane et de Naoniane, qui eux-même peuvent en contacter d'autres, plus proches d'Ezadrah. Nous sommes là pour ça."

Pour quoi d'autre, sinon ?


"Et nous savons garder des secrets. Je suis même prêt à parier qu'il y a des Rêveurs qui connaissent ces..."

Il baissa légèrement la voix. C'était plus fort que lui. Ne lui avait-elle pas dit que le danger était partout ? Qu'il pourrait y avoir de ces "Faucheurs" à proximité ?
Il choisit de se taire, et pointa juste du doigt le mot "métamorphe", qu'elle avait écrit plus tôt.
Il lui sourit.


"Moi, je ne sais pas qui ils sont. Mais chut ! Ne me dis rien, je préfère ne pas savoir."

Si c'était un secret si lourd, alors inutile de le répandre à trop de monde. Un jour peut-être, il saurait ou devrait savoir ; mais ce n'était pas encore aujourd'hui.
Hièlstan était un homme patient.


"Ne parlons pas plus de ça pour le moment. Rentrons, nous serons plus au calme. Et puis j'ai besoin de dormir, et de réfléchir."

Alors qu'ils se remettaient en route, il passa son bras autour de ses frêles épaules.

Ils y arriveraient.

___


Comme il l'avait prévu, le soleil était encore haut dans le ciel quand il se mit à ranger les provisions. Il offrit un quatre-heure à Syndrell, en devisant d'un ton un peu fatigué. Il avait eu du mal à gérer ses pensées, lors du trajet retour.
L'idée de ces gens qui souffraient, l'idée de devoir attendre pulsait en lui, douleur sourde qui le lancinait et tiraillait son coeur.
Il ne pouvait rien faire, rien dire. Il devait attendre, lui faire confiance. Il lui faisait confiance.

Combien de temps, avant que quelque chose puisse être tenté ?
Il avait besoin de méditer. Depuis le retour de Syndrell, il n'en avait pas eu l'occasion, et cela commençait à faire long. Il y avait trop d'informations, trop d'émotions dans tous les sens qui l'assaillaient. Il avait besoin de faire le vide, de reconnecter tout ça... Et pour ce faire, il lui fallait se reposer.

Cependant, avant la sieste qu'il s'était promise, il voulait tenter quelque chose.


"Ta cicatrice doit un peu tirer, non ? Je sais qu'elle est déjà ancienne, mais je pense pouvoir faire quelque chose. Oh, pas grand-chose... Même pas un Rêve."

Il haussa les épaules. Il n'aurait pas su l'expliquer, mais parfois, le Rêve s'imposait à son esprit, d'autre fois, le Rêve le fuyait. C'était normal. Il n'y avait pas de critère précis, pas de catalogue pour savoir ; c'était l'instinct. On lui avait appris à l'écouter. Il y avait des blessures que l'on ne doit pas Rêver, c'était tout.
Celle-ci en faisait partie.


"J'ai encore un peu d'arnica et de plantain... Ca ferait une bonne base pour un onguent. Avec un petit massage... Je ne pense pas pouvoir rendre ta cicatrice beaucoup plus belle ; peut-être en atténuer un peu les rougeurs et les boursoufflures... Surtout, je peux détendre les tissus en dessous et faire en sorte qu'elle te fasse un peu moins mal."

Il lui lança un regard pétillant.

"Promis, après je te laisse tranquille !"

Et bailla largement, en réponse à la pensée du sommeil à venir.
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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Dim 18 Sep 2016, 10:35

Syndrell médita les paroles de son ami durant le trajet du retour. Son implication sans faille dans cette histoire avait de quoi l'effrayer, mais il lui promettait de rester tranquille pour l'instant et d'attendre son signal pour alerter ses pairs ; elle ne doutait pas de sa parole. Rassurée, elle appuya sa joue contre la bure un peu rude de Hièlstan et ferma les yeux.

Chez lui, elle le laissa ranger les provisions et improviser un goûter pendant qu'elle s'occupait de Flèche. C'était une brave jument, malicieuse mais douce, vive mais obéissante, la compagne idéale pour un homme tel que Hièlstan. Syndrell prit son temps pour la panser et la câliner, avant de la récompenser de la pomme chippée dans les sacs qu'ils avaient ramenés.

Hièlstan semblait perdu dans ses pensées quand elle le rejoignit. Lui aussi était troublé par cette histoire. Il était déjà bien trop mêlé à certains secrets pour que Syndrell ne s'inquiète pas de sa sécurité. Cette nuit et les suivantes, elle dormirait une lame sous l'oreiller, ses doigts posés sur le manche.

Mais le rêveur avait un souci précis en tête. Elle en compris la nature juste avant qu'il s'explique, et porta machinalement la main à son épaule. Intervenir sur sa marque ? Personne n'y avait touché depuis que Ma avait soigné la brûlure avec sa pâte malodorante. Un bref instant, Syndrell songea à refuser la gentille proposition de son ami, comme si son intervention pouvait effacer ce qui lui restait encore de Ma.

Mais c'était un réflexe idiot et surtout, une inquiétude vaine : jamais elle n'oublierait le visage de cette femme. Avant que le chagrin ne la submerg à nouveau, la marchombre hocha la tête. Oui, elle voulait bien qu'il utilise son onguent et masse son dos meurtri. Au fil du temps, la douleur était devenue quasiment invisible tant elle avait l'habitude de la ressentir.

Toutefois, le bâillement de Hièlstan ne lui échappa pas, guère moins que les cernes qui soulignaient ses yeux. Il était épuisé. Pas question qu'il fasse passer une marque honteuse avant une sieste bien méritée ! Sans prévenir, elle glissa sa main dans la sienne et l'entraîna dehors, à l'ombre d'un noisetier dans les branches duquel un vent léger soufflait innocemment. Le soleil jouait dans les feuilles et dessinait de petites tâches de lumières dans l'herbe, à l'endroit où ils s'installèrent.

Syndrell roula son manteau sous sa nuque et s'allongea sur le côté. Elle regarda Hièlstan dans les yeux et s'amusa de le voir lutter inutilement contre le sommeil. Elle était bien, là. Tant qu'il était près d'elle, elle se sentait protégée, capable de s'endormir sans craindre ses cauchemars. Elle en ferait sans doute, mais la peur ne l'étreignait plus au point de l'empêcher de dormir, et pour lui signifier sans détour la reconnaissance qui gonflait son cœur, elle tendit la main vers lui.

Elle n'attrapa pas ses doigts. Hièlstan était un rêveur dont la timidité un peu gauche qui lui rappelait parfois celle de Ciel était aussi une limite à ne pas franchir ; respectueuse, elle posa juste le dos de sa main contre la sienne, en un contact léger qui signifiait beaucoup pour elle. Il était son ami. Il lui faisait confiance et elle aussi. Un jour, elle aurait besoin de lui.
Un jour, ils sortiraient les ezadrians de leur enfer.

Un jour...



*


La fraîcheur du soir réveilla Syndrell. Elle s'étira comme un chat, bâilla, roula sur le dos et observa un instant le mouvement des branches au-dessus d'elle, avant de froncer les sourcils. Avait-elle rêvé ? Pourquoi ne se souvenait-elle pas de ses rêves ? Elle eut beau fouiller dans sa mémoire, rien ne lui revint. Pour la première fois depuis des semaines, elle était sortie d'un sommeil paisible et son réveil était aussi doux qu'une caresse.

Elle en pleura. Ce fut juste une larme qu'elle essuya vivement, mais son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine : un tel exploit valait bien d'être célébré ! Syndrell baissa les yeux – Hièlstan dormait encore, si profondément que même son mouvement un peu brusque, lorsqu'elle s'était assise, n'avait pas suffi à l'éveiller.

Elle l'observa un instant, laissant les battements de son cœur se calmer. Puis elle déplia son manteau et le déposa sur le Rêveur avant de se lever. Elle s'étira encore, plus longuement. Ses muscles avaient besoin d'exercice. Caressant l'envie de courir un peu pour se délasser, elle abandonna cette idée en regardant les vives couleurs du ciel s'estomper à l'horizon : la nuit pointait. Ce n'était plus l'heure des cabrioles mais celle d'un bon dîner.

Elle décida de s'en occuper. La cuisine était loin d'être son fort, mais grâce à la patience et aux sages conseils de Dil'Duran et de Mia, elle se sentait capable de réaliser quelque chose qui ne soit pas trop mal. Elle avait envie de faire ce plaisir à Hièlstan. Elle retroussa donc ses manches et, affublée d'un tablier deux fois trop large et trop grand pour sa taille trop maigre, se lança dans un assortiment de salades.

Elle varia les saveurs et les couleurs, mêla les tons et les parfums, prit des risques, se coupa le bout du doigt, faillit seulement casser un verre et, finalement, dressa une jolie table sur laquelle elle ajouta quelques bougies. Elle venait d'allumer la dernière flamme lorsqu'un léger bruit la fit se retourner.

Sourire.

Les yeux gonflés de sommeil, Hièlstan avait l'air qu'elle lui prêtait quand elle l'imaginait petit garçon. Elle ne savait pas qu'elle avait elle aussi une drôle d'allure, flottant dans ce tablier et de la farine sur le bout du nez. Devinant l'interrogation dans le regard de son ami, la jeune femme chercha le carnet, l'ouvrit et gribouilla ses mots en vitesse.

« J'ai bien dormi... »



Et c'était grâce à lui.

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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Sam 24 Sep 2016, 11:44

Déjà le soir !
Il se leva un peu brusquement, surpris et pressé, et des papillons noirs obscurcirent sa vue. Assis par terre, il se prit la tête entre les mains et attendit calmement que ça passe.
Déjà le soir... Et bien, voilà qui n'allait certainement pas aider son corps à retrouver son rythme habituel ! Il aurait dû demander à Syndrell de le réveiller, mais il s'était endormi comme une masse... Il avait maintenant les yeux collés, la bouche pâteuse et l'esprit embrumé, mais malgré les faux-semblants, il savait qu'il avait récupéré de l'énergie. La sieste avait été trop longue, voilà tout... Bah, dans quelques heures il se coucherait, et pour de bon ; et le lendemain matin, ça irait déjà mieux.

Il se frotta les yeux, mais l'épais coton dans lequel il semblait tout entier empêtré ne se délita pas pour autant. Tant pis ; il ferait avec. Un peu maladroitement, il se leva, lissa sa robe et en ôta quelques résidus herbeux qui s'y étaient accrochés.
Il épousseta de même le manteau de Syndrell.
Il songea avec tendresse que cela faisait bien longtemps qu'on ne l'avait pas couvert durant son sommeil.

Il plia soigneusement le manteau et se mit en marche vers la maison. Elle n'était pas devant en train de faire des étirements, comme tout-à-l'heure. Partie avec Flèche ? Non, car voilà la jument qui poussait un hennissement à son adresse depuis le bosquet où elle broutait avec gourmandise. Il n'alla pas la déranger ; de là où il était, il venait d'apercevoir du mouvement en cuisine.

Lorsqu'il passa la porte, il eut droit à une vision plutôt singulière. Elle avait passé son tablier et semblait l'avoir accroché tant bien que mal ; elle était toute ébouriffée, et elle avait mis une sacrée pagaille dans la petite cuisine ; mais elle était aussi toute lumineuse, et le repas qu'elle avait concoté semblait fort appétissant.
Il sourit largement, et encore plus quand elle lui tendit le bloc de papier.


___


"C'était excellent !"

Il reposa ses couverts ; sur les trois saladiers qu'avait préparé Syndrell, et les deux assiettes recouvertes de légumes frais, ils avaient mangé plus de la moitié ; et pourtant, elle n'y était pas allé de main-morte sur les quantités.
Il se ravisa, et reprit sa fourchette en main.


"Et ça le sera encore."

Il se resservi franchement de cette salade dans laquelle elle avait allié certaines herbes dont il n'était même pas sur qu'elle connaisse le nom, et un melon juteux en provenance de la campagne d'Al-Jeit, agrémenté des premiers raisins et de baies-de-Tull, excellents petits fruits acides et connus pour leurs propriétés soit-disant aphrodisiaques, d'où le nom populaire.

"Je n'aurais jamais eu l'idée de mélanger tout ça ensemble, mais ma foi ça fonctionne plutôt bien !"

Il reprit un peu de poisson frais, acheté l'après-midi même sur le marché, et l'arrosa généreusement de cette drôle de vinaigrette qu'elle avait préparée.

"Tu me montreras ce que tu as mis là-dedans ? Je t'avoue que j'ai du mal à savoir, mais c'est bon !"

Il continua à manger, jusqu'à n'en avoir plus faim. Après tout, trop dormi, trop mangé... Il n'était plus à ça près ! Et tout ce qu'avait fait Syndrell était bon pour l'organisme, il pouvait en abuser sans trop de remords.

"J'ai une hygiène de vie très stricte. Je me la suis imposée tout seul ; ou plutôt, elle s'est imposée à moi. Ce n'est pas un code de Rêveur ou quoi que ce soit... Mais le plus important, c'est encore d'écouter mon corps et ses besoins. C'est un sacré travail que de savoir les reconnaître, et ça fait parti des choses qu'on nous apprend. Ce soir, j'avais envie de profiter de ce repas, alors ma foi, je le fais sans regret !"

Il se balança en arrière sur sa chaise et se tapota le ventre pour illustrer ses propos.

"Où as-tu appris ça ? Je parie que c'est ce Petit que tu m'as dit que tu connaissais. Je suis sur que les Petits cuisinent très bien, et puis tes mélanges étaient très exotiques, ça ne correspondait pas vraiment à des recettes alaviriennes, je trouve. Ou alors, ça vient des Archipels Alines. Je ne pense pas des contrées nordiques, parce que ça reste des ingrédients du soleil..."

Il s'étira longuement et se leva.

"Eh ben, on a prit notre temps, hein !"

Dehors, les étoiles brillaient. Par la fenêtre ouverte rentrait un petit vent agréable, mais frais. Hièlstan alla à la cuisine faire un peu de rangement, et insista pour s'en charger malgré les protestations muettes de Syndrell. Au final, après quelques minutes de querelles et les airs faussement outrés de Syndrell, il finirent par s'y mettre ensemble, et tout en plaisanteries, la tâche fut vite expédiée.
La cuisine brillante comme un sous-neuf, Hièlstan invita Syndrell à s'installer dans son canapé un peu défoncé mais encore assez moelleux, et alla chercher son nécessaire de soin et deux tasses fumantes avant de s'affaler à ses côtés.


"Bon ! Maintenant qu'on a bien mangé et qu'on est reposé, il est temps de s'occuper de cette cicatrice. Vas-y, mets-toi à l'aise."

Pendant qu'elle dégageait son épaule, il touilla son thé. Plus tard, à peine un peu plus tard, il se ferait une infusion avec des herbes de Rêveur, et il mettrait de l'ordre dans le fratras qu'était son esprit. Déjà, ça allait mieux.

"Merci pour le repas. C'était vraiment sympathique."

Il commença à enduire sa blessure d'une pâte épaisse et collante.

"Ca, c'est un emplâtre à base de plantain et de millepertuis, principalement. Le millepertuis a des vertus cicatrisantes, mais là il va plutôt apaiser les douleurs dans les muscles et les nerfs... Quand au plantain, c'est aussi une plante cicatrisante, qui a un effet plus général. Ca, c'est quelque chose que j'ai toujours sur moi. Très efficace sur les plaies, et ça tient les bactéries à distance."

Il continua à tripatouiller, piler, mélanger d'une main sure.

"Je vais rajouter un onguent d'arnica autour... Toujours efficace pour les douleurs, il va aider les tissus à se réparer et peut-être améliorer l'aspect de la cicatrice."

Il se releva pour aller chercher quelques compresses, qu'il appliqua sur l'épaule de Syndrell d'une main ferme, afin de tout maintenir en place.

"En principe, ça ne devrait pas te déranger pour dormir. Tu l'enlèveras demain matin ; je te ferais un massage avec quelques huiles, et demain soir je te ferais à nouveau une compresse comme celle-ci."

Il essuya ses mains grasses de plantes dans un chiffon, et entreprit de nettoyer et ranger tout son nécessaire de travail, en marmonnant pour lui-même qu'il faudrait qu'il retrouve bientôt de telle plante pour renouveler ses stocks. Il empaqueta soigneusement toutes les feuilles, referma tous ses pots, en renifla quelques-uns au passage, pris une pincée d'herbes séchées et réduite en poudre et en parsema les tasses fumantes, avant de jeter le reste de son contenu avec les déchets. Plantes trop vieilles, vertues évaporées...

Il pris sa tasse, en bu une gorgée.



"Je suis content que tu reprennes si vite du poil de la bête."

Il bu une deuxième gorgée, laissa un moment les effluves fruitées l'envahir.

"Tu peux rester ici le temps que tu voudras. Tu ne me déranges pas."

Il marqua encore une pause.


"Mais n'y a-t-il pas d'autres personnes qui s'inquiètent de savoir où tu es ? Tu m'as parlé de tes amis..."
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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Sam 08 Oct 2016, 11:49

Hièlstan dévorait littéralement son repas et son engouement, aussi sincère qu'absolu, faisait plaisir à voir ; Syndrell en avait chaud au cœur. Elle ne mangea pas autant, son estomac devant s'habituer progressivement à une certaine portion de nourriture, et puis elle n'avait jamais eu un très grand appétit, mais la bonne humeur du rêveur était communicative et l'aida à se détendre.

Il avait ce pouvoir, simple et évident. S'en rendait-il seulement compte ? Silencieuse, elle l'écoutait babiller – une preuve supplémentaire qu'il était heureux – et regrettait de ne pouvoir lui répondre. Quand il lui demanda sa recette, elle eut ce petit sourire empreint de mystère. Secret marchombre...


"J'ai une hygiène de vie très stricte. Je me la suis imposée tout seul ; ou plutôt, elle s'est imposée à moi. Ce n'est pas un code de Rêveur ou quoi que ce soit... Mais le plus important, c'est encore d'écouter mon corps et ses besoins. C'est un sacré travail que de savoir les reconnaître, et ça fait parti des choses qu'on nous apprend. Ce soir, j'avais envie de profiter de ce repas, alors ma foi, je le fais sans regret !"

Une fois de plus, Syndrell fut frappée par la similitude qui existait entre leurs deux voies. Hièlstan avait beau affirmer qu'il ne s'agissait pas d'une particularité propre aux Rêveurs, elle demeurait convaincue que leur ligne de conduite et leur discipline rejoignait souvent celle des Marchombres. C'était son point de vue et elle aurait aimé s'en ouvrir à lui, mais écrire ces mots dans le carnet en ôterait certainement la saveur ; elle se contenta de sourire.

Un jour prochain, ils reprendraient cette conversation et alors, c'est avec sa propre voix qu'elle pourrait lui répondre...


- Où as-tu appris ça ? Je parie que c'est ce Petit que tu m'as dit que tu connaissais. Je suis sur que les Petits cuisinent très bien, et puis tes mélanges étaient très exotiques, ça ne correspondait pas vraiment à des recettes alaviriennes, je trouve. Ou alors, ça vient des Archipels Alines. Je ne pense pas des contrées nordiques, parce que ça reste des ingrédients du soleil...

Syndrell secoua la tête, amusée par la quête dans laquelle Hièlstan s'était plongé, désireux de connaître le secret de cette salade dont il ne restait plus grand chose. Cette fois-ci, elle décida de lui donner une piste. Elle tapota sa tempe du bout de son doigt.

« Tout est là ! Il suffit d'un brin d'imagination... »

… et d'une sacrée dose de chance, songea-t-elle. Ses talents culinaires déprimaient Ma ! Elle était soulagée de constater que pour une fois, son idée de varier les ingrédients ne s'était pas soldée par un échec cuisant. Elle avait réellement eu envie de remercier Hièlstan pour tout ce qu'il avait accompli. Sans lui, elle n'osait pas penser à ce qui aurait pu lui arriver.

Elle préféra attraper un autre bout de feuille de salade.

[/i]


*




Hièlstan était de nouveau en mode « super guérisseur » ; Syndrell l'écouta s'agiter tandis qu'il réunissait ce dont il avait besoin pour s'occuper de sa cicatrice. Elle profita de ce court laps de temps pour lutter contre l'appréhension qui montait, comme chaque fois qu'elle devait exhiber son épaule. C'était quelque chose à laquelle il allait falloir qu'elle s'habitue désormais...

Le premier contact des mains du rêveur sur sa peau nue la fit frémir, mais il se mit à lui parler, expliquant en détail la composition de la pâte qu'il était en train d'appliquer sur sa cicatrice, et comme par magie sa raideur diminua jusqu'à disparaître complètement. Les gestes de Hièlstan étaient aussi doux qu'assurés. C'était ainsi qu'il déroulait ses Rêves et la sensation y ressemblait tellement qu'à plusieurs reprises elle dut se retourner pour lui jeter un coup d'oeil, afin de vérifier.

Une fois la compresse posée, Syndrell remua son bras, intriguée ; une sensation de fraîcheur totalement inconnue mais incroyablement apaisante avait envahi son omoplate, combattant efficacement le feu qui la ravageait sans cesse depuis que le fer avait marqué sa peau. Elle leva un regard brillant d'émotion vers Hièlstan.

Elle ne pourrait jamais le remercier assez.

Ce dont il ne semblait pas se préoccuper, d'ailleurs ; il but quelques gorgées de son thé, pensif. La fatigue s'attardait encore dans son regard mais il avait l'air bien plus reposé qu'au cours des dernières heures.

- Je suis content que tu reprennes si vite du poil de la bête.

Syndrell cligna des yeux. Elle avait l'impression de se remettre si lentement, pourtant...

- Tu peux rester ici le temps que tu voudras. Tu ne me déranges pas.

Elle aurait voulu lui sauter au cou, bien plus touchée par ses paroles qu'il ne semblait le croire, mais c'était la meilleure façon de le mettre dans l'embarras – il en renverserait son thé et elle ne voulait pas lui infliger pareille catastrophe. Alors, elle porta la main à son cœur.

« Merci, Hièlstan... »

- Mais n'y a-t-il pas d'autres personnes qui s'inquiètent de savoir où tu es ? Tu m'as parlé de tes amis...

La question de Hièlstan flotta un instant dans l'air. Syndrell prit le temps de boire son thé à son tour. Elle ne savait pas comment lui répondre. Finalement, elle attrapa le carnet et griffonna quelques secondes avant de le lui tendre.

« Pour l'instant je dois rester discrète. Je pense qu'un traître rôde parmi les miens. »

Elle savait que cette réponse allait aiguiser la curiosité de son ami, aussi récupéra-t-elle le carnet pour ajouter quelque chose :

« Ils ont l'habitude de me voir disparaître pendant un moment, tu sais ; il est rare que je reste longtemps au même endroit... »

Etait-ce une manière de lui signifier qu'elle ne s'éterniserait pas ici, en dépit de la touchante proposition qu'il lui avait faite ? Syndrell sentait que d'ici une poignée de jours, elle reprendrait la route. C'était ainsi. Pour l'heure, elle se gorgeait du calme de cette maison et de la bienveillance de son propriétaire.

« Et toi ? As-tu trouvé ce que tu étais venu chercher ici ? »

Elle ne précisa pas davantage sa réponse ; elle se souvenait que Hièlstan cherchait un certain Erwan. A la simple pensée de son ami, son cœur se serra, et elle cacha son trouble en buvant une autre gorgée de thé. Lui aussi, elle avait devoir attendre avant de le retrouver. C'était la seule façon de le protéger...

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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Sam 08 Oct 2016, 21:23

"Non, pas encore, mais j'ai confiance. Ici, les choses semblent... Je ne sais pas, on dirait que tout se croise. C'est... C'est étrange. J'ai l'impression que votre... Votre guilde, si je puis dire ainsi, a des ramifications très denses à Al-Chen. Toi, Erwan, et cette femme, Inwëlle, déjà... Et puis, les deux jeunes garçons que j'ai rencontré peu après mon arrivée, Erhan et Kaizo, ils m'ont dit désirer suivre la voie des Marchombres. Ils ont parlé d'un lieu, l'Académie...
Je pense qu'ils n'auraient pas du m'en parler, mais je ne sais pas, après tout. Si un tel lieu de rencontre existe, ça expliquerai pourquoi les chemins se croisent à Al-Chen... Et puis, je ne t'ai pas encore dit, mais j'ai été à la fête de l'Eté, et figure-toi que j'y ai croisé Kaünis. Elle a été plus agréable avec moi que la dernière fois ; en même temps, elle avait besoin de mon aide pour une sale blessure. Je lui ai demandé si elle avait de tes nouvelles.
Elle n'en avait pas, évidemment, mais elle n'a pas tari d'éloges à ton sujet ! Et à ce moment, une jeune fille avec qui je discutais a tiqué : elle te connaissait. Elle s'appelait Aivy, une rousse pleine de vie.


[il marque une pause]

Je pense qu'elle savait quelque chose, mais je n'ai pas eu l'occasion de lui demander discrètement... Et j'ai aussi croisé à nouveau Erhan et Kaizo ; ils se sont installés à la même table. Tout ce monde, toi, le fameux Erwan, Kaünis, Kaizo, Erhan, Aivy, la Marchombre Inwëlle... Tous ces liens...

[fronce les sourcils]

Ce n'est pas une coïncidence.

[pause, puis sourire]

Mais je ne veux pas en savoir plus. En tout cas, tous ces fils qui se croisent et s'emmêlent me laisse à penser qu'un jour où l'autre, je rencontrerai cet homme. Je suis patient. J'attendrai le temps qu'il faudra.

[pause en sirotant son thé]

Tu as une idée de l'endroit où tu vas aller, en partant d'ici ?"
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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Dim 09 Oct 2016, 08:19

Syn ne pouvant pas parler, j'ai dû "blablater" un peu - mais tu peux continuer en dialogue si tu veux, aucun souci !!]



Syndrell écoutait attentivement. En réalité, il fallait qu'elle se souvienne de chaque étape du discours de Hièlstan pour pouvoir y répondre – et le rêveur s'était lancé avec une telle énergie qu'elle était presque trop distraite par les étoiles qu'elle voyait scintiller au fond de ses yeux.

Des étoiles née du secret des Marchombres. Depuis qu'ils se connaissaient, depuis que Hièlstan avait deviné, senti sa greffe dormant patiemment dans ses bras, il semblait fasciné par son univers dont il savait peu de choses, au final ; mais loin d'être malsaine, sa curiosité, palpable, faisait chaud au cœur : les Marchombres avaient souvent une réputation de voleur, les rumeurs qui couraient sur eux allaient généralement bon train.

Ils s'en moquaient dans la mesure ou une idée fausse les protégeait. La guilde nourrissait un mystère que des précisions approchant de trop près la vérité pourrait mettre en danger. Elle cilla quand Hièlstan évoqua Kaizo et Erhan. C'étaient deux des trois apprentis de Zoanne ; celle-ci ne leur avait-elle donc pas appris à tenir leur langue ?

La jeune femme observait Hièlstan. Voilà, elle se laissait distraire et n'écoutait plus que d'une oreille son petit laïus. Elle était en train de songer... C'était une évidence, en fait : Hièlstan était de ces rares personnes auxquelles le besoin de se confier naît naturellement ; elle-même avait déjà évoqué certaines choses en sa présence. Elle aurait pu le tuer pour avoir découvert sa greffe, l'un des secrets les mieux gardés de la guilde...

… mais non. Non, parce que cet homme-là n'était pas du genre à clamer à qui voulait l'entendre qu'il frayait avec des Marchombres. Parce qu'il ne diffuserait jamais leurs noms. Parce qu'il se contentait d'attendre que les indices viennent à lui plutôt que d'aller les chercher, au risque de fouiller où il ne devrait pas. Et parce qu'elle lui faisait confiance. Totalement confiance.

Elle tiqua soudain, cligna des yeux, surprise ; le rêveur venait de mentionner un nom qu'elle connaissait bien. Kaünis. Ils s'étaient donc croisés à nouveau ! Au souvenir de la première rencontre entre ces deux-là, Syndrell frissonna, mais Hièlstan brisa craintes et doutes en quelques paroles qui trahissait un certain soulagement : tout s'était bien passé. Très bien même, à l'entendre, et la marchombre s'étonna que cette peste d'envoleuse ait pu la flatter d'une quelconque manière. Peut-être y avait-il eu un trait d'ironie que Hièlstan n'avait pas remarqué...

Il avait aussi rencontré Aivy. L'image de la jolie rousse s'imposa à l'esprit de Syndrell. Elle se rappelait ses larmes, la douleur de ne pas être rattrapée par Tsukia mais par celle qui lui faisait de l'ombre – qui l'empêchait d'être aimée par la fille de qui elle était tombée amoureuse... Elle hocha doucement la tête. Un jour, il faudrait qu'elle retrouve Aivy. Il faudrait qu'elle lui dise que...

Une coïncidence ? Non, bien sûr, et elle partageait sur ce point l'avis de son ami. Peut-être était-ce parce que Hièlstan était une personne à ce point fabuleuse que tous les Marchombres du coin se débrouillaient pour croiser sa route ! Elle sourit et attrapa le carnet. Elle griffonna un petit moment dessus, s'interrompant quelques fois pour réfléchir à une formulation. Il était étrange de constater à quel point l'écrit et l'oral pouvaient être différents.

Hièlstan buvait son thé en silence, attendant patiemment sa réponse. Sa propre boisson refroidissait mais elle s'en moquait ; elle avait tellement de choses à dire, ce soir-là... Dans son dos, la fraîcheur sur sa peau était divine. Jamais elle ne s'était sentie aussi bien depuis son arrivée ici. Non, ce n'était certainement pas une coïncidence...

Elle se redressa enfin et décida de ne pas se relire : quand on parle à voix haute, les mots s'échappent. Ce qui est dit est dit. Et ce qui était écrit, était écrit.

Elle tendit le carnet.




*



« Je te l'ai dit, n'est-ce pas ? Al-Chen est un lieu incroyable et les rencontres qui s'y jouent sont toutes improbables. Mais tu as raison. Il ne peut s'agir de coïncidence quand tu affirmes avoir croisé la plupart de mes amis. Je... je suis perdue dans les dates depuis mon retour du désert, mais... N'était-ce pas la Fête de l'Eté à Al-Chen ? C'est là que tu as rencontré tout ce beau monde, pas vrai ?

C'est la première fois que je manque cet événement. Chaque année, j'y vais avec mon meilleur ami – et colocataire lorsque je reste un petit peu en ville. Il a dû m'en vouloir terriblement pour lui avoir fait faux bond...

… c'est lui que je compte aller voir. Il habite en plein centre ville. C'est un Dessinateur hors normes avec qui tu t'entendrait très, très bien...

Je suis ravie – et soulagée – que Kaünis ne t'ait pas fait de mal. Cette fille est décidément peu commune. Reste sur tes gardes en sa présence. Aivy, en revanche, est quelqu'un d'adorable. Nous ne devrions pas être amies et pourtant, c'est le cas, je crois. C'est en amie que je m'inquiète pour elle, en tout cas. N'as-tu rien remarqué d'étrange, chez elle ?

Il n'y a pas de coïncidences, Hièlstan.
Rien que de fabuleuses rencontres.
La notre est inoubliable. »


Le regard de Syndrell étincela.

Inoubliable.

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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Dim 09 Oct 2016, 18:07

[sourire]

"Oui, c'était la fête de l'été, il y a quelques jours à peine. C'était... On m'en a dit beaucoup, et c'était à la hauteur de mes espérances ! J'y suis passé deux ou trois fois... Les gens ici sont très ouverts, tu avais raison, c'est un lieu de rencontre...
Tu m'avais parlé de ton ami, il me semble. Dessinateur au Dôme, c'est ça ? Ca me ferait plaisir de le rencontrer un jour. Le Dessin me fascine..."


[lis la suite]

"Ah oui, pour être peu commune, Kaünis... Quand à Aivy, non je n'ai rien remarqué d'adorable. C'était un peu tendu entre elles et Kaünis, elles se connaissent aussi il me semble, mais sinon... Elle a tout fait pour me mettre à l'aise, une fille charmante, vraiment. Mais comme je ne la connais pas... Si, la seule chose que je pourrais dire, c'est qu'elle a eu l'air contrariée quand j'ai demandé de tes nouvelles. J'imagine qu'elle s'inquiétait aussi pour toi, ou qu'elle était au courant de quelque chose."

[soupir]

"Je ne sais pas si elle est Marchombre comme toi, mais elle est si jeune... Elle, Kaizo, Erhan, ils ont quoi, même pas vingt ans... Quand je vois ce que tu endures... J'ai peur pour ces jeunes gens, Syndrell. Ils ont l'air si insouciants... Je ne sais pas si être Marchombre signifie forcément affronter les dangers et les secrets que tu as affronté, mais si c'est le cas..."
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MessageSujet: Re: A cours de maux [Hièlstan]   Dim 09 Oct 2016, 21:57

"Non, Hièlstan. Tu te trompes. Marchombre signifie avant tout liberté. Ces jeunes gens sont libres de choisir leur chemin et si par malheur le danger s'invite sur leurs pas, ils apprennent à pouvoir se défendre...

J'ai croisé Aivy un peu avant Al-Jeit. Tu te rappelles l'état dans lequel tu m'as trouvée ? A ce moment-là, mon sort était bien plus critique. Elle m'a aidé à retrouver assez de forces pour te rejoindre. Laisse-moi te convaincre : elle est adorable. Vraiment.

C'était bien la Fête de l'Eté, alors... Je suis contente que tu y sois allé. Ce devait être beau cette année. Chaque fois, je me demande comment cela pourrait l'être davantage, pourtant - et chaque fois je suis surprise par le résultat. Est-ce que tu as goûté aux sorbets à la cerise ? Et aux haricots sucrés ?

... Hièlstan ? J'ai une question à te poser."

__________________________________________

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[Absente du 18/07 au 24/07]
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