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 La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]

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Hièlstan Filsèvres
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MessageSujet: La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]   Lun 07 Nov 2016, 22:54

"Maître, Talis me dit que vous souhaitiez me voir.
- Ah, Hièlstan ! Entrez donc. J'espère que vous allez bien ? Oui ? Vos visites se font plus fréquentes ces derniers temps, non ? Cela me fait très plaisir. Nous avons beaucoup à apprendre de vous.
- Et c'est réciproque.
- Vous êtes toujours bien installé ?
- Très bien. J'ai pu planter des choux ; je vous en amènerai, si la récolte marche bien.
- Ah, parfait, c'est parfait. Alors, vous envisagez de retourner dans le Sud, peut-être ? Rendre visite à votre confrérie, à votre famille ?
- Oui, mais je n'ai pas encore décidé du moment. Ca se fera probablement cet hiver.
- Vous seriez... Ouvert à d'autres voyages, peut-être, vous qui êtes déjà venu jusqu'ici ?
- Je... J'y ai songé, mais je ne l'ai pas vraiment envisagé.
- Je vois, je vois. Ecoutez, je n'irai pas par quatre chemins... Je pourrais avoir un voyage à vous proposer.
- Ah ?
- Ce n'est pas la porte à côté. En vérité, nous envoyons un petit détachement vers la confrérie de Krissiane. Ce n'est pas une très grosse confrérie, elle se situe entre Al-Jeit et Al-Vor, nichée au pied des Dentelles Vives, dans une petite forêt. Oui, je vous l'avais dit, il y a un petit bout de voyage. Nous procédons à un échange de manuscrits avec cette confrérie, dans une dizaine de jours. Deux maîtres et cinq de nos apprentis partiront, pour procéder à l'échange et garantir le bon traitement des manuscrits, ainsi que pour échanger des connaissances avec cette autre confrérie. Il y resteront quinze jours, et reviendront avec quelques Rêveurs de là-bas qui viendront séjourner quinze jours ici.
- Je vois. Le même genre d'échange que celui qui vous a permis de rencontrer maître Amotrel, pas vrai ?
- Exactement. Si j'ai pensé à vous pour Krissiane, et bien c'est qu'il s'y trouve un maître qui a expérimenté assez en profondeur ces Rêves d'esprits. Ah ! Je pique votre intérêt. Ni nos maîtres d'ici, ni vos maîtres de Naoniane n'ont pu beaucoup discuter avec vous de ce phénomène, aussi je me suis dit que ce serait une bonne occasion...
- Une belle occasion, oui ! J'accepte avec plaisir. Nous partons dans dix jours, dites-vous ? Et pour y séjourner quinze jours, c'est cela ? Combien de jours de voyages estimez-vous ? Qui constituera notre escorte ?
- Hahaha ! Je n'en attendais pas moins de vous, Hièlstan.


___


Cela faisait douze jours qu'il était installé dans la douillette confrérie de Krissiane. Abritée par une dense forêt de pins et fondée du même bois et des pierres des montagnes environnantes, la petite confrérie était très isolée du monde extérieur. Seuls les bruits de la forêt parvenaient aux oreilles des Rêveurs, et rares étaient les visiteurs. Les premières villes étaient à presque une demi-journée de cheval en direction d'Al-Jeit, là où le terrain se faisait moins accidenté et où la forêt épaisse mourrait.

Il y avait quelque chose de très singulier dans l'ambiance de cette pinède. Hièlstan commençait seulement à s'y sentir à l'aise, et pourtant il avait beaucoup arpenté ses moelleux tapis d'aiguilles. Les arbres étaient très austères, piquant droit vers le ciel, comme des soldats au garde-à-vous. Le soleil ne perçait quasiment pas à travers les aiguilles, et il faisait constamment sombre, là en dessous. Il n'y avait que peu de buissons ou petits arbustes. Des pins, juste des pins à perte de vue. Sans les rochers épars qui jonchaient le sol, il aurait été aisé de se perdre dans ce dédale de troncs.
Si les pins ne lui étaient guère sympathiques, les rocs, eux, fascinaient le Rêveurs. Colosses déchus, exilés perdus, visiteurs incongrus ou explorateurs curieux ; il leur trouvait mille personnalités. Quand il imaginait comment ils étaient arrivés là, l'éboulis, la chute, la fonte des glaces peut-être, il en frissonnait. Immuables, mais pas tant que ça...

Il avait passé de nombreuses heures à parler du Rêve de l'esprit avec le Rêveur Urill, et le Rêveur avait profité de leurs conversations pour lui montrer la forêt. L'atmosphère pesante et sinistre avait rebuté Hièlstan, et il avait été heureux d'avoir un compagnon expérimenté pour lui faire découvrir ces lieux singuliers.
Au bout de quelques jours, il s'y était risqué seul, et y avait pris goût. A certains moments, le silence se faisait parfait ; lourd, compact, mais étonnamment propre. Pour un enfant de la mer, le silence total était une chose nouvelle : jamais, sur les côtes du Sud, on n'échappait au doux bruit du sac et du ressac, au caquêtement des mouettes ou au chant du vent. A Al-Chen, il en était de même ; le lac murmurait sans cesse, les habitants humains et animaux étaient foules, le vent soufflait, et la forêt grouillait de vie.

Ici, en altitude, tout était différent...
Chaque jour, il s'aventurait un peu plus loin, des fois avec Flèche, des fois à pied. Chaque jour, il s'asseyait autre part ; chaque jour, il méditait à un autre endroit. Il avait pris le pli de méditer l'après-midi ; quand l'obscurité s'abattait sur la forêt, il rentrait promptement à la confrérie. Les soirées étaient faites de partage et d'histoires au coin du feu. Hièlstan savait que cette convivialité était favorisée par la venue de visiteurs, mais chacun semblait apprécier ces instants précieux, lui compris. Il apprenait beaucoup.

Alors, tous les après-midi, il méditait, seul. Et seul, il buvait sa tisane.
Ici, l'herbe du Rêveur poussait abondamment entre les rocs, mais ce n'était pas tout-à-fait la même variété que celle qu'il connaissait. Celle-ci avait un goût plus fort, et des effets plus puissants, comme si l'altitude l'avait forcée à s'endurcir pour subsister.

Alors, seul, ici, il avait rechuté. Il était un voyageur, il n'y avait que très peu de gens qui demandaient de l'aide. Il était seul au milieu du silence des pins, toujours. Personne n'était jamais venu le surprendre. Et de toute façon, même s'il en prenait trop, ce n'était pas au point de perdre tous ses moyens.
Il se méprisait.
Il se méprisait, car ce n'était pas digne de sa Voie, et il se méprisait, car il avait inventé une excuse toute faite. Un mensonge. Si un de ses confrères le surprenait, il lui suffirait de dire qu'il avait mal calculé les dosages de cette herbe inconnue.

Et lorsqu'il y pensait, il voulait oublier.
Pour oublier...

Il méditait ainsi, profondément, trop profondément. Au coeur de ses méditations se trouvait toujours le douloureux sujet des esclaves d'Ezadrah. Lorsque les herbes l'embrumaient, lorsqu'il commençait à délicieusement perdre le fil, souvent, il voyait des enfants courir sous ses paupières fermées. Il voyait beaucoup Rilend aussi ; il ne savait pas pourquoi elle revenait si souvent. Il essayait souvent de méditer à ce sujet, car en plus de la voir lors de ses rêves éveillés, il la voyait lors de ses rêves endormis, et il pensait souvent à elle.
Parfois même, il se surprenait à se souvenir d'elle physiquement ; il l'avait trouvée jolie, et alors il revoyait comme elle était belle.

D'ordinaire, il ne pensait pas aux physiques des femmes, mais après tout, certaines sont vraiment charmantes, et lui restait un homme. Pas d'inquiétude.
En revanche, il ne saisissait pas pourquoi elle semblait si présente à son esprit ; plus que Téa, Syndrell ou Ora, qu'il connaissait pourtant bien plus que Rilend.
Rilend. Ou était-elle ? Avait-elle réussi ce qu'elle avait entreprit en allant à Al-Chen ? Etait-elle déjà revenue le voir, pour ne trouver que sa maison vide ? Alors, les gens du coin ne manqueraient pas de la mettre au courant ; il avait amplement prévenu de son absence et de la date approximative de son retour.

Il soupira.

Il allait encore une fois tenter de délier ce mystère. Assis en tailleur sur les aiguilles brunes et tendres, il alluma un petit feu et fit chauffer de l'eau.
Une pincée, deux pincées, trois... Une quatrième, et...

___


Son crâne le martelait. Il avait un bras engourdi, et froid. Il ouvrit les yeux : cela ne l'avança pas à grand chose. Il faisait sombre. Où était-il ?
L'odeur faisait penser à...
Des pins.
La forêt de pins, Krissiane, tout lui revint.
Il tenta de s'asseoir, mais tout tournait trop fort. Sa vision était trouble. Il faisait trop sombre. Il avait comme du mal à rassembler ses esprits, il ne comprenait pas...

Ah.

La tasse était devant lui. C'était une tasse de verre, que les Rêveurs d'ici lui avaient aimablement prêté. Il y avait encore de la tisane dedans. Il y trempa un doigt : froide. Dans le liquide, il y avait un peu de liquide.
La lune, songea-t-il.
Cette lumière l'hypnotisait. Ca dansait, ça ne s'arrêtait pas... Pourquoi donc le liquide aqueux ne pouvait-il pas rester immobile ? Ca lui donnait le tourni. Etait-ce un piège ? Allait-il s'évanouir à nouveau ? Il avait froid.
Il détacha son regard du liquide, leva les yeux. Ce ne pouvait être la lune, dans sa tasse ; à la clarté qu'il distinguait entre les branches, le soir était en train de tomber, mais la nuit n'avait pas encore son mot à dire.
Bien.

___

Il rampa sur les coudes. Il voulait s'adosser à cet arbre. Trop froid par terre. La sève le réchaufferait. Il ne pouvait pas... Retourner là-bas dans cet état. Il ne pouvait pas marcher. Tout tournait, trop... Tout, dans le monde, dans sa tête. Il n'arrivait plus à réfléchir.
Il ne fallait surtout pas angoisser.
Il fallait attendre. Il le savait.

Que savait-il ?
Il savait qu'il avait pris trop d'herbe du Rêveur.
Il savait qu'il avait perdu connaissance. Il savait que cela lui était déjà arrivé.
Bien. Bien, il fallait que les pensées restent concentrées.
Il toucha le tronc ; toucher quelque chose aidait son esprit à se focaliser.
Il savait qu'il devait attendre avant de se mettre debout. Il savait que s'il s'était réveillé, alors les effets passeraient totalement quand quelques dizaines de minutes. Au maximum, une heure.
Il savait qu'avant cela, il serait capable de se lever, de tenir une conversation normale.
Voilà.
Il savait qu'il fallait attendre.

Il cala son dos contre l'arbre, calmement.
Il savait aussi qu'il ne fallait pas dormir. Il faisait trop froid, l'engourdissement de la tisane risquait de le plonger dans un état de sommeil trop profond qui l'empêcherait de se réveiller rapidement.
Il devait rentrer au plus vite, avant qu'il ne fasse trop sombre, avant qu'on s'inquiète de son absence. Il prétexterait simplement que cette après-midi l'avait porté loin dans ses réflexions, que de là venait son retard. Voilà.
Personne ne le trouverait avant ; personne ne l'avait jamais trouvé.

Demain, il ferait attention. Il en prendrait moins. C'était trop dangereux. C'était trop s'éloigner de la Voie. C'était une erreur. Un vice qu'il devait combattre. Ou Rilend le mépriserait.
Il se méprisait. Il était lamentable.
Pourquoi faisait-il ça ? Rien, rien, absolument rien de bon ne pouvait en sortir. C'était contraire à tout.
Pourquoi la lune, là-bas dans la tasse en verre, continuait-elle de danser ? Le monde dansait. C'était beau.

Harmonie, aurait dit Rilend, équilibre, aurait-il répondu, et alors...

Et alors, les arbres devinrent menaçants. Si grands, si majestueux, mais si... Si noirs, si hérissés ! Ils étaient dangereux ? Peut-être. Il y avait quelqu'un. Il était sur qu'il y avait quelqu'un.
C'était peut-être elle ?

Certainement pas. Il eut un sursaut de lucidité. Il était peut-être en danger. La présence était silencieuse, mais il était persuadé que ce n'était pas un effet de la drogue. La présence était trop silencieuse pour un Rêveur en promenade, ou un badaud avec son mulet et sa charrette.
Il tendit la main vers son bâton. Il était si loin. Son bras avait l'air court. Sa main tremblait, ou alors c'était ses yeux. Il se sentait lent, et gourd.
Il y était presque !

Alors, tout-à-coup, la lune disparut, et les pins, et le bâton. Une immense éclipse. Il hoqueta de surprise, se recula prestement, se cogna la tête contre le tronc. Ah, maintenant, les étoiles.
Il leva les yeux.
L'éclipse était un homme.


"Vous... Gil ?"


[J'offre à Gil le joli terrain de jeu d'un Rêveur super drogué Very Happy le titre > https://www.youtube.com/watch?v=6L8GlgLgiIk
Et c'est partiiii ! ][/color]
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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]   Mer 09 Nov 2016, 18:05

[Pampadampadampam - et c'est partiiiii xD]



Un bruit sourd retentit, quelque part, et Gil remua dans son sommeil. Il grogna, bascula sur le dos et un souffle glacé acheva de le réveiller tout à fait. Il ouvrit les yeux et battit des paupières, peu certain au premier abord de l'endroit où il se trouvait. Allongé sur un lit de paille rance, collé contre un mur de pierres anguleuses, dans l'obscurité presque complète... Il soupira en se remémorant les circonstances de la veille. Une soirée un peu trop arrosée, une bagarre mémorable et une nuit dans la sordide geôle d'Abrancar, petite ville à l'ouest de l'Arche dans laquelle toute une garnison de légionnaires était en poste. Gil grimaça en tâtant ses côtes sensibles : l'intervention de la Légion avait été rapide et efficace, comme on l'attendait de la part de ces soldats surentraînés qui servaient l'Empereur. L'Envoleur en avait été quitte pour une nuit « au sec », mais le réveil n'était pas des plus agréables : un vent froid en provenance des Dentelles gémissait à travers les grilles, au-dessus de sa tête, et la paille de sa couche le grattait. Il était temps de s'en aller. Se redressant sur un coude, il inspecta rapidement sa cellule – humide, sale et exiguë – avant de frissonner. Puis il s'assit précautionneusement et appuya ses paumes contre ses paupières. Aïe. Pensée simple mais équivoque. Un léger cliquetis lui fit redresser la tête.

- Qui est là ?

Sa voix éraillée le surprit –enfer, quelle soirée ! - et se perdit dans le silence. Il s'écoula plus d'une minute ainsi, si bien qu'il pensait avoir imaginé ce bruit lorsque, dans un nouveau bruit de chaînes, les ombres remuèrent vaguement au fond de la cellule.

- Comment... comment vous pouvez dormir dans un tel endroit ?

Gil fronça les sourcils : la voix était jeune. Très jeune.

- Suffit de fermer les yeux, marmonna-t-il.

Il n'avait pas prévu qu'il aurait un compagnon de cellule... puis il haussa les épaules. Bah, après tout, qu'est-ce que cela pouvait bien changer ? Il se leva ; les chaînes qui le retenaient au mur se tendirent.

- Pas la peine, souffla la voix d'un ton las. J'ai déjà essayé...

Gil ne répondit pas et continua de tirer. Il tordit ses pouces, ne frémit pas au craquement qui s'éleva dans l'obscurité et fit glisser ses poignets hors de ses menottes d'acier. Un second craquement plus tard, ses pouces étaient en place. Il les remua doucement pour chasser la sensation désagréable qui suivait le procédé, puis s'assit sur la paille de son lit pour s'occuper de ses chevilles. On l'avait délesté de ses effets personnels sans pouvoir imaginer un seul instant que des aiguilles dormaient dans ses poignets ; profitant de ce que l'obscurité dissimulait son geste, il en tira une qu'il utilisa pour crocheter habilement ses entraves. Dès qu'il fut libre, il se leva et s'étira. Son regard glissa vers l'extrémité de la cellule, là où il distinguait vaguement une mince silhouette recroquevillée sur le sol. Il soupira. Mon vieux, t'a pas le temps pour ça... Ironiquement, sa conscience ne partageait pas son avis et c'est en silence qu'il s'approcha de son compagnon de misère. Fichue nuit qui l'empêchait de distinguer ses traits... Il s'accroupit devant lui.

- Je peux te faire sortir de là mais à une seule et unique condition : tu obéis à ce que je te dis. Pigé ?
- Pigé.


Réponse hâtive, à peine teintée d'une vague inquiétude ; Gil hocha la tête, satisfait, et entreprit de libérer le garçon de ses fers. Il l'aida à se mettre debout et sentit sous ses doigts une maigreur qui le fit grimacer.

- Ça va aller ?
- Oui.
- Alors suis-moi.




*



L'air frais et nocturne chatouilla le visage de Gil. Il aurait aimé s'allonger-là, dans l'herbe humide de rosée mais délicieusement parfumée, afin de terminer sa nuit ; mais il fallait s'éloigner d'Abrancar avant que toute une garnison ne se lance à leurs trousses. Il se faufila derrière un appentis, observa une ruelle déserte, sursauta lorsqu'une toux rauque retentit dans son dos. Le garçon pressa sa main contre ses lèvres et lui décocha un regard désolé. Il était dépenaillé, chétif et en mauvaise santé mais il savait saisir sa chance, même si celle-ci lui était arrivée sous les traits d'un bien curieux personnage... Il n'avait posé aucune question, ni quand Gil avait crocheté leurs fers, puis la porte qui les maintenait captifs ; ni lorsque, en dépit des dangers, il avait fait un détour pour aller récupérer leurs affaires. Son regard avait glissé sur l'épée que l'homme avait attachée à sa ceinture. Il était resté silencieux. Tout comme maintenant, alors que son sauveur les faisait sortir de la ville en se déplaçant plus furtivement qu'un félin. Plus tard, lorsqu'il fut certain qu'ils ne risquaient plus rien, Gil se tourna vers le garçon. Quinze ans, grand maximum...

- C'est là qu'on se sépare. Tu sais où tu vas ?
- Oui.
- Qu'est-ce que tu fichais au trou ?
- Je me suis fait prendre alors que je vendais de la peau de chat moucheté.


Gil hocha la tête. Le braconnage était interdit au sein de l'Empire, mais parfois, survivre voulait dire braver bien des frontières...

- Fais gaffe, la prochaine fois.

Il fit mine de s'en aller... se retourna brusquement et lui tendit l'aiguille dont il s'était servi pour les délivrer.

- Garde-la précieusement. Juste au cas où...
- Merci,
souffla le garçon, conscient que ce simple mot valait bien peu en comparaison de ce que cet homme avait réalisé pour lui.

Il observa l'aiguille à la lumière chiche de la lune, surpris par l'objet, et leva la tête pour poser une question qui lui brûlait les lèvres.

Il n'y avait plus personne.


*


La capuche de son manteau masquant son visage, Gil baissa la tête lorsqu'il croisa une patrouille et pressa le pas de son cheval d'une pression des talons. Ils quittèrent définitivement les lieux et s'enfoncèrent au galop dans la nuit qui s'étiolait déjà. Plus tard, bien plus tard, alors que le soleil approchait de son zénith, Gil fit une courte halte, davantage pour permettre à sa monture de se reposer que pour se détendre lui-même ; ce voyage le conduisait bien loin de chez lui, au-delà de la boursouflure montagneuse que dessinait la chaîne des Dentelles devant lui. Il était parti trois jours plus tôt, quittant Al-Jeit – et Libertée – avec une détermination farouche : oublier. Oublier pour un temps les souffrances causées par leur séparation brutale. Oublier l'image d'elle entre les bras d'Erwan. Oublier que sans la marchombre à ses côtés, sa vie perdait tout son sens. Lui en garder un seul, unique, primordial.

Trouver son père.

Après un repas frugal, l'Envoleur reprit sa route. Juste après avoir laissé Tsukia et Voëlle, il était retourné dans le moulin, en quête d'indices qui auraient pu lui échapper ; dans les vêtements de Laïze, il avait trouvé ses clés et ainsi pu remonter la piste jusqu'à sa chambre, qu'elle louait à l'étage d'une auberge de la ville. Il y avait découvert très peu de choses et, même s'il ne s'était pas attendu à tomber sur des éléments concrets de son propre passé, il s'était senti déçu. Mais un bout de papier, griffonné à la hâte, avait attiré son attention : il était question de récupérer un Oeil de Géant au manoir des Franchelame, à l'est d'Al-Vor. C'était suffisant pour lui offrir une direction à suivre. Remettant à plus tard le coup de génie de Tsukia, car c'était un défi trop audacieux pour qu'il puisse risquer la vie de la jeune fille sans préparation qui tenait la route, il avait pris la route. A pied. Chante-Brume était restée au Domaine, or il n'était pas question pour lui de faire un détour aussi grand.

Il avait enterré Laïze. Aussi étrange que cela puisse paraître, cette femme qui avait surgi de son passé et dont il ne connaissait pourtant strictement rien l'avait touchée d'une manière intrigante ; il se souvenait comme d'un songe du sourire de sa mère en sa présence, une raison suffisante pour qu'il offre, près du moulin où elle était tombée, une tombe à cette femme. La suite était plus vague. Emporté par le désir vain de fuir une douleur trop importante, il avait bu. L'alcool était une solution éphémère qui avait eu le mérite, pour une soirée, de le tenir à l'écart de pensées trop tristes. Un père, fantôme du passé qui revenait brusquement à la vie et qui, peut-être, voulait sa mort... une compagne d'exception qu'il ne pouvait pas aimer sans risquer de se brûler les ailes... une petite fille qui grandissait sans son père... Boire, se battre, ç'avait été grandiose. Il ne s'en souvenait pas très bien mais le mal de crâne qui persista à l'accompagner toute la journée témoignait, à lui seul, des festivités qui l'avaient envoyé au trou pour la nuit.

A présent le soir tombait doucement et Gil, morose, avançait au pas. L'air s'était chargé d'humidité, promettant une averse d'ici peu, ce qui n'arrangeait pas son humeur. Comme il traversait un bois planté de pins, l'idée lui vint qu'il pouvait profiter de la lumière encore généreuse du couchant pour piquer une tête. Une rivière cascadait entre les arbres, dévalant un lit de roches couvertes de mousse et couverte d'un léger voile de brume ; elle trouvait sa source dans les Dentelles et était glaciale, mais cela n'arrêta pas Gil. Au contraire. Une fois dévêtu, il s'immergea avec lenteur dans l'onde vive et claire. Enfer, ce que c'est bon... Il se laissa porter par le courant, nagea, se frictionna jusqu'à en frissonner. Il avait les lèvres bleues quand il sortit de l'eau mais cette pause rafraîchissante lui avait donné un vigoureux coup de fouet, en plus de le débarrasser des odeurs prégnantes de la cellule dans laquelle il avait passé la nuit. Propre et nettement plus alerte qu'auparavant, il s'habilla, passant une chemise noire sous son tabard en prévision des températures plus froides qu'il allait affronter à partir de maintenant, puis il se remit en selle. Le cheval qu'il avait, disons, « emprunté » à son propriétaire était un hongre baie, placide et endurant, qui s'ébroua et se mit en route à une allure tranquille.

La lumière du couchant jouait entre les troncs, les rayons obliques et orangés éblouissant le sous-bois et le forçant à plisser les yeux. Des années plus tôt, il avait emprunté ce sentier sans s'approcher de la bâtisse blottie au cœur de la forêt, dans un écrin de verdure qui la protégeait des voyageurs et des curieux ; c'était une confrérie de Rêveurs, un endroit que Gil préférait éviter puisqu'il était synonyme de bobos – et donc, des discours rébarbatifs des membres d'une guilde que, décidément, il trouvait très étrange. Il avait l'habitude de les voir, pourtant, et peut-être était-ce pour cette raison qu'il ne les portait pas particulièrement dans son cœur... Il contourna donc la zone et poursuivit son périple. Jusqu'à ce que l'odeur familière d'un feu de camp chatouille ses narines. Convaincu qu'il n'était pas le seul à traverser cette forêt, Gil aurait très bien pu passer son chemin... le hasard en décida autrement. Il tourna la tête, laissant la curiosité guider son regard à travers les troncs élancés des grands pins, et découvrit une silhouette qui vacillait. Malgré lui, il arrêta sa monture. Nan, mon vieux, n'y va pas, tu as perdu assez de temps comme ça... Et puis c'était le genre de truc qui pouvait lui exploser à la figure. Pas la personne, mais plutôt ce qu'elle lui réservait s'il décidait d'intervenir. Généralement, quand il déviait de sa trajectoire, c'était fichu. Les ennuis qu'il passait son temps à fuir le rattrapait invariablement. Il hésita encore. Une poignée de secondes.

Avant de mettre pied à terre dans un profond soupir empreint de lassitude.


*


- Vous... Gil ?

En voyant la bure, Gil avait esquissé un demi-tour – j'aurai dû m'en douter... - mais cette voix qui résonnait étrangement et qui prononçait son nom avait surprise l'avait arrêté dans son élan. Il haussa un sourcil surpris : comment cet homme pouvait-il le connaître ? Non, ce n'était pas la bonne question, des tas de Rêveurs avaient déjà croisé sa route. Qui es-tu, crâne d'oeuf ? Était une question plus pertinente, déjà. Il ne la posa pas à haute voix, peu caustique, mais s'accroupit pour se mettre à la hauteur du Rêveur, qu'il dévisagea avec circonspection : des cernes, un visage un peu pâle, des yeux très brillants, ce type-là n'avait pas l'air dans son assiette. Comble de l'ironie pour un soigneur de bobos !

- C'est pas la grande forme, on dirait...

Renonçant à reconnaître l'homme, Gil regarda autour de lui. Une tasse était posée près du Rêveur. Il la prit, la renifla et grimaça – ça pue, ce truc, qu'est-ce c'est ?? Par curiosité, il pointa le bout de sa langue, histoire de goûter quand même, mais Crâne d'oeuf s'agita et Gil reposa la tasse dans l'herbe. D'accoooord, pas toucher, c'est TON thé... Il baissa les yeux vers les braises encore rougeoyantes du petit feu qui avait attiré son attention. La nuit tombait. Il allait probablement devoir ramener ce bonhomme jusqu'à sa confrérie mais puisque celui-ci semblait peu pressé de bouger, l'Envoleur décida de rester un peu. Pas de gaité de cœur, pourtant rien ne l'obligeait à s'attarder, n'est-ce pas ? Tout en marmonnant dans sa barbe, il se mit à jeter des brindilles et de l'herbe sèche pour alimenter un feu plus conséquent. Lorsque les flammes s'élevèrent dans l'obscurité qui s'épaississait de minute en minute, Gil alla chercher son cheval et entreprit de le décharger. Il sentait le regard du Rêveur posé sur lui mais il ne broncha pas et opéra en silence, ôtant son arc, son carquoi et ses sacs pour venir s'installer près du feu. Il posa ses affaires dans l'herbe, puis s'installa confortablement contre la selle de son cheval. Il sortit une miche de pain et un jambon dont il coupa un morceau avec son couteau, qu'il glissa entre ses dents avant d'en couper un autre.

- Faim ? lança-t-il à l'attention du Rêveur immobile.

Il remarqua que celui-ci avait un regard décidément très étrange, comme incapable de se fixer réellement sur quelque chose. Si ça se trouve, ce type est cinglé...

Il n'avait toujours pas reconnu qui il était.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Hièlstan Filsèvres
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MessageSujet: Re: La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]   Jeu 10 Nov 2016, 21:50

Gil s'accroupit lestement en face de lui et le dévisagea d'une manière intense, qui le mit rapidement mal à l'aise. Ah ! Il avait oublié les yeux vairons. C'est comme s'il y avait deux personnes qui le regardaient. Hièlstan avait du mal à focaliser sa vue, et rapidement, les yeux se dédoublèrent ; ainsi, il y avait deux hommes avec une sale tête qui le dévisageaient, l'air perplexe.
Probablement ne le reconnaissait-il pas. Il avait été très distrait quand Hièlstan le soignait, parce qu'il avait hâte de l'emmener auprès de Libertée ; et une fois qu'ils étaient arrivés, il s'était carapaté bien vite. Tout le monde n'était pas physionomiste, après tout.
Hièlstan décida d'attendre qu'il dise quelque chose en premier. En fait, c'était surtout qu'il lui était venu à l'idée de se présenter seulement une fois que l'homme lui avait tourné le dos pour désarnacher son cheval.

Le Rêveur tenta de se redresser pour s'adosser plus confortablement à son tronc d'arbre. La sève ne le réchauffait pas. Le cheval, lui, devait être tout chaud. Depuis quand y avait-il un cheval ici ? Il ne l'avait même pas entendu approcher. Il songea à Flèche.
Ah ! Elle n'était pas avec lui, aujourd'hui. Heureusement. Enfin, ça aurait été bien pratique pour rentrer.
Et se réchauffer.


"C'est pas la grande forme, on dirait..."

Hièlstan aurait bien voulu lui répondre que lui non plus n'avait pas l'air très en forme. Il se rappela son état, à l'intérieur de sa chair. Est-ce que ce type avait un jour été en forme ? Il ouvrit la bouche, mais la referma.
Son cerveau embrumé venait de lui souffler que l'homme avait parlé voilà plusieurs minutes, en fait.

A vrai dire, Hièlstan eut la vague impression que Gil était encore à le fixer quand il avait dit ces mots.
Ca n'allait pas du tout ! Il avait très envie de fermer les yeux, mais il ne fallait pas dormir.
Pas dormir.


"Et pas boire ça !"

Il se demanda à quel point ses mots avaient été intelligibles ; il avait l'impression de n'avoir pas vraiment parlé. Mais il en avait eu l'intention. En tout cas, Gil interrompit son geste.
Ouf ! Il ne restait plus grand chose dans la tasse de toute façon, mais les Alaviriens ne devaient pas être au courant des effets de cette plante.
Ils s'y perdraient.
Ca, c'était une pensée claire et construite. Il devait être en train de reprendre pied !

Gil n'avait peut-être même pas remarqué qu'il était drogué. Il devait juste avoir l'air d'un Rêveur qui se repose contre un arbre froid.
Un Rêveur silencieux qui se repose. Un Rêveur silencieux qui se repose "pas en grande forme".
Il n'avait qu'à prétexter une grippe.


"J'ai la grippe.
- Faim ?"

Mince ! Ils avaient parlé en même temps, et maintenant ça devait sembler bizarre. Alors que ça aurait pu paraître naturel.

Il bloqua un instant sur le bout de jambon. Il tendit la main en faisant tous les efforts du monde pour ne pas trembler, pour ne pas aller trop vite ou trop doucement. Paraître normal, voilà tout ce qui comptait.
Oui, il avait faim ; il ne savait absolument pas d'où sortait le jambon, mais il avait l'air succulent.

Il le mit à la bouche tranquillement ; il n'était vraiment pas sur de son geste, et viser à côté aurait semblé suspect, définitivement. Pour l'instant, il gérait.
Maintenant, il faudrait faire la conversation, peut-être. L'autre n'avait pas l'air bavard, mais au regard qu'il lui lançait, le Rêveur était à peu près sur qu'il ne le reconnaissait pas.


"Je suis Hièlstan Filsèvres."

Sa voix lui sembla un peu bizarre, mais son débit de parole avait l'air correct, et cette fois au moins il entendait clairement les mots qu'il prononçait.

"Je vous ai soigné il y a quelques semaines. A la fin de l'été. A côté d'Al-Chen. Après, vous m'avez emmené pour soigner Libertée."

Il aurait dû s'abstenir, en fait, car maintenant il devrait lui parler de sa greffe. Il se faisait un point d'honneur à ce que ses patients sachent ce dont il était au courant sur leurs corps. Cependant, la greffe était un sujet délicat, et même ses pensées ne se formulaient plus droit.
Cet homme avait l'air dangereux, c'était sur qu'il savait se battre. Son couteau, dans sa main, semblait énorme, et il avait des cicatrices de partout. Et un arc ; il se rappela l'avoir vu prendre son arc, un peu plus tôt.
Il avait déjà vu comment un Marchombre pouvait réagir à la mention de ce secret, même si le sujet était délicatement amené.

Oui, il serait vraiment plus sage d'attendre un peu. Déjà, il pouvait penser à quelque chose en entier, maintenant. Le jambon aiderait à le remettre promptement.
Il contempla le jambon un instant puis se rendit compte qu'il l'avait contemplé trop longtemps.

Les Rêveurs ont la réputation d'être bizarres ; peut-être l'homme le prendrait-il juste pour un Rêveur bizarre, après tout.


"Merci."

Politesse élémentaire.

"Vous n'avez pas très bonne mine non plus. Vous avez besoin de quelque chose ?"

Il se souvenait que l'homme n'avait pas eu l'air très adepte des soins de Rêveurs. Il espéra qu'il dirait non, parce que là...



[Je n'ai qu'une chose à dire : oh. la. la. XD le gars le moins crédible du monde.]
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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]   Dim 20 Nov 2016, 14:39

Gil haussa un sourcil quand son interlocuteur marmonna qu'il avait la grippe. Qu'est-ce que tu attends pour te soigner, alors ? Songea-t-il en mâchant une bouchée de pain. Et puis non, décidément ça ne tenait pas la route : il avait déjà eu la grippe, quelques années plus tôt, il pouvait affirmer que les symptômes n'étaient pas semblables. Ça lui mit la puce à l'oreille. Il n'état toujours pas sûr d'avoir pris la bonne décision en s'attardant avec ce type, mais c'était trop tard, à présent : il était trop bien installé et il avait faim. Contrairement au rêveur qui contempla d'un air ahuri son morceau de jambon, lui dévora son repas avec appétit. Taciturne comme il était, il se serait volontiers contenté de cet échange silencieux mais Crâne d'oeuf décida brusquement de se présenter. Gil l'écouta sans broncher – jusqu'à ce que le prénom de Libertée ne claque dans le calme de la soirée. Formidable de beauté et d'ironie cinglante. Il en aurait ri si seulement son cœur n'était pas en si piteux état. Pas envie de rire, encore moins de saluer le destin qui avait placé sa route sur celle de ce rêveur.

I've been sitting watching life pass from the sidelines
Been wainting for a dream to seep in through my blinds
I wondered what might happen if I left this all behind
Would the winf be at my back ? Could I get you off my mind
This time... ?



Il pencha la tête et l'observa plus attentivement, cherchant dans les méandres de sa mémoire jusqu'à retrouver les traits alors plus paisibles de l'homme qui lui avait ouvert sa porte. Gil reconnaissait qu'il n'avait pas prêté attention à son intérieur, ni même aux paroles qu'ils avaient pu échanger, et un soupçon de culpabilité naquit en lui : ce type lui avait sauvé la vie. Blessé comme il l'était, il se serait vidé de son sang avant d'avoir pu trouver de l'aide. Un instant, il espéra que sa méprise n'ait pas froissé le rêveur, puis il haussa les épaules : dans son état, il était peu probable que celui-ci éprouve de la rancoeur à son égard. Son regard glissa de nouveau vers la tasse qu'on lui avait défendu de toucher. Qu'est-ce que c'est que ce truc ? Il faillit poser la question mais il fut devancé par celle de Hièlstan. Sa voix résonnait d'une bien étrange façon.

"Vous n'avez pas très bonne mine non plus. Vous avez besoin de quelque chose ?"
- A moins que vous ne dissimuliez quelque chose d'aussi fort que de l'eau de vie dans vos vêtements, non, j'ai besoin de rien.

Gil grimaça. Quelque chose de fort. De suffisamment puissant pour effacer la douleur qui sourdait à nouveau en lui, réveillée par un simple nom, une minuscule allusion. Libertée. Bon sang, est-ce que je vais réussir à te sortir de ma tête ? De mon cœur ? De ma vie ? L'Envoleur s'était mis à jongler machinalement avec son couteau. Il le planta brusquement dans la terre meuble, près de lui, et tendit une jambe pour faire remuer quelques braises du bout de sa botte. Il les regarda s'illuminer tandis que les flammes louvoyaient, hypnotisantes.

- Ou alors vous pouvez me filer votre truc, là. Celui que vous planquez dans votre tasse et dont les relents tiennent probablement éloignés les loups qui rôdent.

Il croisa un regard surpris et laissa échapper un petit ricanement.

- Allez, t'as les pupilles dilatées de celui qui plane, mon vieux.

Le tutoiement était venu naturellement ; Gil récupéra son couteau et le nettoya consciencieusement avant de le glisser dans sa botte.

Son regard dépareillé ne quittait pas Hièlstan.

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Hièlstan Filsèvres
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MessageSujet: Re: La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]   Jeu 24 Nov 2016, 21:23

Non, pas d'eau-de-vie, pas la moindre goutte d'alcool sur lui. Il y avait bien de l'alcool à la confrérie, mais certainement pas pas un alcool que l'on boit juste pour se retrouver ivre ! Ca n'avait aucun sens.

Aucun sens non plus de consommer l'herbe du Rêveur jusqu'à en perdre la maîtrise de soi.
Il se concentra pour manger encore un peu, en silence. Il observa l'homme qui plantait rageusement son couteau par terre. Le grand couteau. Le Rêveur sursauta violemment.
Il avait jonglé avec, puis l'avait planté par terre, donc s'il voulait le planter dans sa chair, il n'aurait aucun soucis à le faire.
Est-ce qu'il avait voulu l'intimider ? Si oui, c'était très réussi. En tout cas il semblait assez énervé. Mieux vaudrait ne pas le contrarier davantage. Ou alors Hièlstan se faisait des illusions. Il ne se sentait pas très bien. Il avait beau faire, le monde s'échappait, autour de lui. Il fallait vraiment qu'il arrête d'abuser ; mais arrêter n'était pas simple. Ce n'était pas seulement qu'au début, avant qu'il ne puisse se rendre compte de son malheureux état, c'était agréable... C'était que l'herbe provoquait une accoutumance physique, et qu'il fallait bien être un Rêveur au mental aguerri pour pouvoir se restreindre à de petites quantités régulières.


"Ou alors vous pouvez me filer votre truc, là. Celui que vous planquez dans votre tasse et dont les relents tiennent probablement éloignés les loups qui rôdent."

Il le regarda avec des yeux ronds. Cet homme était capable de lire dans les pensées ! Evidemment, puisque c'était un Marchombre. Il avait aussi eu souvent l'impression que Syndrell et Rilend lisaient dans ses pensées. C'était un de leurs secrets ! Mais il allait se faire tuer, s'il découvrait trop de secrets.
Mais était-ce sa faute ? Ils devaient arrêter de lui dire des secrets !
Enfin, celui-ci ne lui avait pas dit qu'il était Marchombre. Il n'était peut-être pas au courant que Hièlstan savait. Et celui-ci était de loin le plus menaçant de ceux qu'il avait rencontrés jusque là. Il lorgna sur son couteau.
Il se demanda s'il avait gémit, pour de vrai. Il secoua la tête lentement, de droite à gauche. Non, non, il ne pouvait pas.

Il ne pouvait pas lui "filer son truc" ! C'était un secret. Un dangereux secret.
Trop de dangereux secrets...
Il déglutit.


"Allez, t'as les pupilles dilatées de celui qui plane, mon vieux."

Il déglutit encore, et se dit que s'il avait été en train de boire, il se serait tout recraché dessus. Heureusement qu'il n'était pas en train de boire. Sauf qu'il avait soif. Voilà qui allait lui faire gagner du temps.
Il attrapa sa gourde d'eau et but au goulot. Il n'en restait pas beaucoup. Il vida et fit la grimace.
Voilà qui ne lui avait pas fait gagner des masses de temps. Qu'est-ce qu'il allait répondre ? Il ne pouvait pas lui donner de cette tisane. Il ne pouvait pas répondre ; il ne savait que répondre. Oui, il "planait", en quelques sortes, mais l'avouer...


"Il faut que je vous avoue, quand j'ai déroulé mon Rêve sur vous, en fait j'ai... J'ai vu... Je sais qui vous êtes. Enfin, je sais à quelle... à quelle guilde vous appartenez."

Et voilà ! D'un coup de maître, il venait de détourner la conversation à son avantage pour éviter les sujets gênants.
Et puis là, ce fut comme si tout en lui s'arrêtait. Un gros blanc : plus de sang qui palpite, plus de coeur qui vit, plus de cerveau qui réfléchit. Le blanc total.
Puis tout reprit, un s'emballant d'un sacré coup.

Il entendit ce qu'il avait dit.
Ce n'était peut-être pas une bonne idée du tout.
Ce n'était définitivement pas une bonne idée du tout.



[Je fais pas avancer grand-chose mais... Il a plongé profond xD Si Gil a trop envie de boire, je pense qu'il n'aura aucun mal à retrouver l'herbe dans le sac de Hièlstan et à s'en faire infuser sans qu'il ne puisse lui opposer une résistance digne de ce nom xD]
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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]   Dim 27 Nov 2016, 16:47

(Hausse les épaules sans quitter Hièlstan des yeux)

-Et alors ?

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MessageSujet: Re: La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]   Jeu 01 Déc 2016, 21:47

Et alors ?

Ces deux petits mots, ce regard par en dessous dégrisèrent Hièlstan tout d'un coup. Plop ! comme une bulle qui explose, tout redevint clair autour de lui ; l'inconfort, le froid, la bouche pateuse, le désir lancinant de boire, boire encore cette herbe fabuleuse... La désolation, son erreur, Rilend, un pincement au coeur... Et, comme un beau rêve qui s'efface, ou comme un rêveur qui s'endort, à nouveau la brume qui glisse le long de ses sens, qui s'empare de son regard, de ses circuits ; et le Rêveur, contrit, se voit à nouveau soumis aux méandres de l'herbe qui fait voler l'esprit.

Hièlstan parvint à s'accrocher à un peu de lucidité ; un peu plus qu'avant, peut-être.

Et alors ?

Et alors, n'était-ce pas sensé être une chose qu'on a pas envie qu'un parfait inconnu sache ? Et alors, la greffe n'est-elle pas sensée être un secret ? N'avait-il pas compris l'enjeu de son aveu ?


"J'ai senti..."

Il grimace. La voix de Gil est vive et assurée ; la sienne...

"Dans vos bras, votre... Greffe. Enfin, je crois que je ne suis pas le premier Rêveur à vous soigner."

Il parlait lentement, mais il parlait ; c'était déjà ça.

"Vous êtes assez abimé. J'ai trouvé."

Ca, c'était le moins qu'on puisse dire. Hièlstan avait eu l'impression, en sondant son grand corps musclé, que pas une seule parcelle n'avait été épargnée ; tout son être était balafré de l'intérieur.
Il se dit qu'il devenait poète, tout à coup. Voilà qu'il faisait de belles métaphores. Voilà qu'il imaginait un Gil à l'agonie de l'intérieur, dans une posture romanesque et fort dramatique. Peut-être avec une Libertée éplorée accrochée à sa taille. Et un Erwan mélancolique qui les observait dans le fond.

Non ; ce serait plutôt Gil qui se tordrait de douleur en les regardant s'étreindre au loin, car Hièlstan avait eu l'impression que le couple officiel, c'était Erwan et Libertée, ces deux anges gracieux tombés du ciel, si beaux, si lumineux ; et que le sombre Gil, aux yeux cernés et au corps couturé de cicatrice, ne pouvait que dévorer la lumière des yeux sans oser y faire un pas...


"Vous savez, Erwan est sans doute quelqu'un de formidable ; lui et Libertée font un couple splendide. Mais dans un sens, il faudrait que ce soit vous avez elle ; car tout dans le monde est une question d'équilibre, à mon sens. Je crois que vous et Libertée auriez cette complémentarité qui fait que les choses tiennent. Même si l'équilibre est toujours précaire, évidemment."

Il songea à l'équilibre au fond de sa tasse aux parois brunie par le dépôt du thé.

"Trop précaire."

Il se perdit dans le vide, dans les reflets dansants du feu sur cette tasse maudite, un instant. Un instant, ou longtemps ?
Il secoua la tête.


"Excusez-moi. Je divague, je crois... Je ne suis... Je ne réfléchis pas comme d'habitude. Ce ne sont pas mes histoires, et je ne vous connais pas, ni l'un ni l'autre."

Il n'était plus tout-à-fait sur des propos exact qu'il avait tenus à Gil ; il espérait n'avoir pas dit de bêtises. Il semblait que sa première bourde ne lui vaudrait pas la mort ; il serait dommage d'en commettre une seconde.


[J'espère que ça ne le fera pas fuir... mrred ]
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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]   Jeu 05 Jan 2017, 11:24

Le Rêveur sursauta. Il luttait visiblement contre l'emprise de ce qu'il avait ingurgité mais son regard fiévreux aux pupilles dilatées, le léger tremblement de ses mains et sa voix trahissaient sa faiblesse. Toutefois il était tenace, et Gil était curieux de voir comment il allait s'en tirer. Alors que la conversation déviait clairement sur une pente glissante, il se contenta de rester là, appuyé nonchalamment contre la selle de son cheval, et laissa son interlocuteur divaguer. Ou pas, d'ailleurs. Il avait très bien compris que ses bras n'étaient pas normaux et que leur particularité était propre, sous des formes différentes, à d'autres. C'était logique. Combien d'Envoleurs, combien de Marchombres poussaient les portes des confréries de Gwendalavir ? Lui-même avait cessé de compter. Il laissa juste échapper un petit rire désabusé lorsque le Rêveur évoqua son état. Abîmé, moi ? C'est pas un euphémisme, ça ? Mais déjà l'autre continuait, poussé par une audace qui lui déliait la langue et lui faisait prendre des sentiers risqués. Une audace qui miroitait doucement au fond de sa tasse.

Cette andouille prononça deux noms qui auraient dû rester dans le silence, deux noms qui l'empêchaient de trouver une paix que, de toute façon, cette rencontre avait fait voler en éclats. Il remua, chercha une position plus confortable, attendant patiemment la fin de ce laïus pénible – et qui sonnait très « marchombre ». Un équilibre, vraiment ? Mais où ? Dans la nature, oui, il voulait bien. Le jour, la nuit, l'hiver, l'été, d'accord, il y avait là quelque chose de parfaitement établi et de solide. Mais dans le cœur des hommes... Dans le sien, surtout, c'était un bordel monstre et l'on ne trouvait rien d'autre. Chaque fois qu'un semblant d'équilibre naissait quelque part, pouf ! Il était détruit par une simple pichtenette de peur, de colère, de maladresse, de bêtise ou de haine. Le monde en était rempli. Il fallait bien qu'un Rêveur ait un peu la tête dans les étoiles pour envisager qu'entre Liberté et lui, il était question d'équilibre...

- Excusez-moi. Je divague, je crois... Je ne suis... Je ne réfléchis pas comme d'habitude. Ce ne sont pas mes histoires, et je ne vous connais pas, ni l'un ni l'autre.
- Ouais. L'alcool fait ça, aussi. Boire c'est oublier, c'est avoir l'impression que le monde est un peu moins de travers et que rien n'est impossible. La gueule de bois est là pour remettre les pendules à l'heure.

Et quand on est défoncé ? Gil plissa les yeux, scrutant le visage crispé de Hièlstan. Théoriquement, d'ici une heure ou deux il allait se sentir vraiment, vraiment très mal. Peut-être même qu'il allait claquer ? Si la dose était trop forte, s'il n'était pas habitué... L'Envoleur soupira. Pas de panique. Il allait discuter encore un peu et puis, après ça, il raccompagnerait le Rêveur chez lui. Noble et magnanime, songea-t-il dans un rictus. C'est peut-être pour ça que tu te fais toujours rouler dans la farine, mon vieux Gilou...

- On dirait que tu parles par expérience, reprit-il en jetant une brindille dans le feu. Un Rêveur amoureux, c'est possible ? Enfin, c'est permis ?

Hé là ! Une minute. S'il se mettait à parler de ça lui aussi, il allait avoir besoin d'alcool. Mais la seule boisson en leur possession était l'eau de sa gourde... et la tisane malodorante de Hièlstan. De nouveau le regard de Gil glissa vers la tasse abandonnée dans l'herbe. Il n'en restait pas grand chose, pas de quoi se retrouver sur la lune en un rien de temps mais, tant qu'à faire, s'il pouvait planer un peu dans les nuages, lui aussi... Sans prévenir, il tendit le bras et attrapa le récipient – bien avant que le Rêveur ait eu le temps d'esquisser le moindre geste. Il se boucha le nez et but d'un trait les trois dernières gorgées restantes. Jeta la tasse, cracha par terre et essuya ses lèvres d'un revers du poignet.

- Enfer de bordel de... Qu'est-ce qu'il y a dans ce truc ? Non, ne réponds pas, finalement j'ai pas très envie de savoir.

Un goût très fort s'était installé dans sa bouche et dans sa gorge tandis qu'un feu liquide descendait le long de son œsophage. Un peu comme de l'eau de vie, la saveur fruitée et délicate en moins. Gil se rassit sur les talons, curieux. Et maintenant ? Il avait déjà pris une certaine forme de drogue, quelques années plus tôt, juste après sa formation. Seren l'ayant presque complètement détruit physqiuement et mentalement, il avait eu besoin de frôler la mort de près pour se sentir revivre. Il se souvenait d'un truc fort, un truc qui l'avait emmené très loin dans l'imagination – pas celle des Dessinateur, encore que, d'un certain point de vue, ça pouvait bien se tenir, tiens ! Wow. Qu'est-ce que je suis en train de raconter, moi ?

Il éclata de rire.


[Et voilà frappe]

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MessageSujet: Re: La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]   Jeu 02 Fév 2017, 21:49

"On dirait que tu parles par expérience. Un Rêveur amoureux, c'est possible ? Enfin, c'est permis ?"

Hièlstan poussa un long, profond soupir. Evidemment que c'était possible, et oui c'était permis.
Eh, non, il ne parlait pas d'expérience ! Lui, il avait la chance de ne pas tomber amoureux ; Théa lui avait dit un jour que cela ressemblait plutôt à une horrible malédiction, mais pour lui que souhaitait arpenter seul sa voie, c'était plutôt une bénédiction ; il avait déjà vu ses collègues tomber amoureux, et alors cela les détournait un temps de leur apprentissage.
Il fronça les sourcils, perplexe, pour deux raisons ; il ne savait pas trop par où commencer sa réponse car il y avait plusieurs choses à dire, et maintenant qu'il y avait réfléchi ce ne serait plus naturel, or il était essentiel qu'il paraisse naturel même s'il ne savait plus trop bien pourquoi.
Et la deuxième raison, c'était parce que voilà qu'il repensait à Rilend pour une obscure raison ; ce n'était pas le moment, car quand il pensait à la jeune femme, alors il n'arrivait plus à penser correctement à autre chose dans son état.

N'empêche que penser à Rilend était bien plus agréable que de penser à... A quoi, déjà ?

Tout-à-coup, Rilend se dissipa, alors que pourtant Gil n'avait rien dit ou pas bougé ; instinct, se dit Hièlstan, il y a là un instinct que je me dois d'écouter.
Il regarda le Marchombre.
Il regardait sa tasse presque vide.

Oh non.


"Non ! Mais qu'est-ce que vous... Mais vous êtes fou ! Recrachez, ne... Non, n'avalez pas ! Oooh !"

Le gémissement était sorti de sa bouche bien malgré lui, mais il n'en avait cure. Il voulait se redresser d'un bon pour aller presser l'abdomen de Gil et lui faire recracher la dangereuse tisane, mais il parvint juste à se rattraper à l'écorce pour ne pas s'affaler lamentablement en avant.
La tête lui tournait violemment, et la forêt dansait ; il avait beau commencer à retrouver ses esprits, ses capacités motrices, elles, étaient encore au point mort.


"Vous allez... Bon, d'accord, calmons-nous. Ne vous affolez pas, nous... Ah, bon, vous n'êtes pas du tout affolé. Alors."

Alors. Que dire.

"C'est une herbe dont nous usons pour nous mettre dans un  état favorable à la méditation. Vous devriez ressentir une, euh, comment exprimer ça... Une certaine légèreté dans vos pensées. Vous..."

Oui mais ça, c'était quand on en prenait une dose correcte ; et une dose correcte, pour quelqu'un qui n'avait jamais consommé d'herbe du Rêveur, c'était une dose infime. Le fond de la tasse avait souvent tendance à être plus concentré, en plus de ça.

"Vous avez ingurgité une dose assez conséquente pour... Quelqu'un de non expérimenté. Ainsi vous... Allez perdre le fil de vos pensées, normalement, et... Et il vaut mieux rester assis. Mais je ne pense pas que vous en ayez bu assez pour perdre connaissance."

Alors que lui-même entrevoyait la lueur de la lucidité, promesse d'un retour sain et sauf à la confrérie avant le milieu de la nuit, voilà que l'homme qui lui tenait compagnie commençait tout juste son voyage vers les étoiles de son propre intérieur.
Oh la ! Halte aux pensées trop lyriques ; il allait devoir gérer ça, c'était tout sa faute, il ne pouvait laisser un inconnu sous l'emprise de la substance seul et sans assistance.

Bon, il ne fallait pas le laisser s'endormir, et il serait judicieux de l'aider à maintenir un lien avec le monde extérieur. Ca, il pouvait à peu près le faire, peut-être.


"Oui, les Rêveurs peuvent tomber amoureux, c'est permis. C'est à l'appréciation de chacun de décider ce qu'il fera de ce sentiment."

Ok, c'était pas mal.

"Et non je ne parle pas par expérience quand je parle de tout ça. Enfin, pas par expérience personnelle, en tout cas."

Maintenant, il devait trouver une question. Un truc qui l'incite à rester là.


"Est-ce que le bébé qu'elle avait était le votre ?"
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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]   Ven 03 Fév 2017, 08:50

Gil…

Gil se marrait. Il se fendait la poire et il en pleurait. Avachi contre sa selle, il repartait dans un fou rire chaque fois que Hièlstan, paniqué, prenait la parole. Il ne regrettait pas d’avoir ingurgité de truc ignoble, finalement ! Rien que pour le voir sortir de ses gonds quand lui était relativement calme, ça valait le coup ! Parce que, pour paniquer, le Rêveur paniquait. Il avait failli se casser la figure en réalisant ce qui venait de se produire. Maintenant c’était son discours qui se cassait la figure. Soit la drogue faisait encore son effet chez lui, soit il était sensible au point de se laisser submerger par ses émotions. Les deux, sans doute. C’était rigolo. Gil se mordit la langue jusqu’au sang pour cesser de rire, mais l’autre reprit la parole, encore, et l’Envoleur craqua de nouveau. Pitié, arrête. Juste, tais-toi, je vais me faire dessus là…

Des pensées légères ? Oh oui. Oooooh que oui. Des petites bulles de savon qui s’élevaient au-dessus de lui. La plupart avaient une étrange couleur pêche, tandis que d’autres étaient plus sombres. Haha, il y avait bien de quoi rire, là, non ? Des couleurs pour des bulles de pensées ? Sérieusement ? Ce truc était vraiment fort. Et lui, visiblement, il n’était pas initié. Ben franchement. Ça donnait envie de se faire Rêveur, rien que pour apprendre les secrets d’une telle herbe. Est-ce que les Rêveurs attiraient leurs apprentis de cette manière ? En leur faisant boire du thé ? Il rit. Il avait bien envie d’essayer avec ses futurs élèves, au Domaine : allez, viens, j’ai un truc à te faire découvrir… Du thé qui pue, oui, mais ferme-la et bois, tu vas voir, c’est… C’était énorme. Bon, mais il fallait bien qu’il reprenne son souffle et il avait mal au ventre à force de le contracter dans ses éclats de rire, alors il se concentra. Echoua. Il fallait qu’il se fixe sur quelque chose… une voix. Celle du Rêveur. Celui-ci s’était calmé, visiblement. Enfin, à peu près. Il était en train de répondre à sa question. Quelle question déjà ? Ah oui ! Un Rêveur amoureux, mythe ou réalité ?

- Et non je ne parle pas par expérience quand je parle de tout ça. Enfin, pas par expérience personnelle, en tout cas.

Menteur.


- Est-ce que le bébé qu'elle avait était le votre ?


Un bébé ? Ylléna. Les bulles changèrent, devinrent multitude colorée et scintillante. Joli. Et triste, aussi. Il avait beau tendre la main, il ne parvenait pas à les attraper, ces fichues bulles… Il laissa tomber, préféra se concentrer sur Hièlstan. Il fallait répondre à sa question.

- Ouais.

Ho ? C’est ma voix, ça ? Bizarre… Très, très bizarre. Métallique, lointaine, on n’aurait pas dit la sienne. C’était rigolo. J’essaie encore, tiens.

- Suviyo. Heu, c’est ma fille.

Une bulle dans le cœur qui fait *plop*.

- J’ai un garçon aussi. Plus grand. Plus chiant. Enfer non, il est adorable. Makeno. Mais c’est pas celui de…

Libertée. Allez mon vieux, c’est pas compliqué à dire quand même ! Si ?

- C’est pas le sien. Mais j’peux pas dire que c’est le mien non plus, j’ai pas été foutu de l’élever. Je suis pas fait pour ça, je crois.

Hé là, héééé ! Tu fais quoi ? D’où tu racontes ça à un inconnu, toi ?? Pas un inconnu, il s’appelait Hièlstan, quand même… et alors ?? Tu le connais depuis quoi, une heure ? Qu’est-ce qu’il a de si particulier, hein ? Il écoutait. Hièlstan posait beaucoup de questions pénibles, mais il écoutait les réponses. Même dans la panique, même en planant à cause de ses herbes, là, il écoutait. Mieux, il répondait. Ouais, en même temps, deux types complètement foncedés… qui se ressemble s’assemble. Et c’est sensé vous mener quelque part, tout ça ? Gil soupira. Il n’en savait rien. Il s’en fichait bien. Il avait juste envie de… lâcher prise. Tu te débrouilles bien, mon vieux. Tu pouvais pas faire mieux. Mais, cabochard ? Tu savais que c’était dangereux, ce truc ? Vu la panique de l’autre, oui, il avait cru comprendre qu’il venait de se mettre dans de beaux draps. Bien ! Alors ça ne te surprendras pas de sentir ton cœur faire des sauts-périlleux dans ta poitrine, alors… Des quoi ? Oh. Gil pâlit brusquement. Les petites bulles, ça allait. Les fou-rires aussi. Le cœur qui palpite comme ça, beaucoup moins. Il jeta un coup d’œil à Hièlstan… bon, d’accord, il fixa le Rêveur en essayant de rester focalisé sur lui. S’il disait quelque chose, le pauvre gars allait encore faire une hémorragie interne en s’inquiétant pour lui. Il remua pour trouver une position plus confortable et surtout, pour calmer les battements frénétiques de son palpitant. Tout doux.

- Hem… Méditation par les herbes ?

Gil secoua la tête. Il n’arrivait même pas à formuler sa question correctement ! Dans sa tête pourtant, c’était très clair, transparent même ! Tout allait à toute vitesse, c’était sidérant ! Il se demandait pourquoi les Rêveurs avaient recours à des herbes pour méditer. Surtout une herbe comme celle-ci. Y’avait pas plus simple et moins dangereux ? Et puis d’abord, pourquoi méditer ? Gil comprenait mal ce concept. Pour lui, méditer revenait à fermer les yeux et à se laisser entraîner par ses pensées. Comme maintenant. Somnoler, en fait. Oui, voilà. C’était ça. Il avait envie de somnoler. Juste un petit peu. Drôle de paradoxe quand même : son cœur et son esprit étaient plus que boostés tandis que son corps tournait au ralenti. Perceptions tordues. Bulles de savon partout. Et cet arrière-goût infecte, là. Qui donnait envie d’en boire à nouveau.

Enfer de bordel de bulles.

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Hièlstan Filsèvres
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MessageSujet: Re: La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]   Mer 08 Fév 2017, 21:57

Suviyo, c'était un drôle de nom. Il se demanda comment ils écrivaient cela ; quand Gil le prononçait, il mettait un accent sur le i. Un nom exotique, peut-être ?
Après tout, Libertée, c'était déjà un drôle de nom.
Il se remémora le bébé qu'il avait vu brièvement. Il aimerait bien tenir un bébé dans ses bras, là ; voilà qui focaliserait totalement ses pensées.


"J’ai un garçon aussi. Plus grand. Plus chiant. Enfer non, il est adorable. Makeno. Mais c’est pas celui de… "

Il commençait visiblement à avoir des difficultés à s'exprimer. Deux enfants ; il était chanceux. Un peu plus grand, ça voulait dire quoi ? Quatre ans, huit ans, douze ans ?

Lui, il aimait les enfants qui avaient quatre, six ans, ceux qu'on peut encore tenir dans ses bras, mais qui commencent aussi à réfléchir par eux-mêmes. Ceux qui jouent les fiers mais qui aiment que vous soyez là pour eux, ceux qui cherchent l'indépendance mais qui ne veulent surtout pas faire ce chemin tout seuls.
Ce qu'il aimait le plus, c'était quand un de ces enfants s'endormait, et qu'alors il fallait le prendre dans ses bras pour le mettre au lit, et qu'on avait tout son corps tout chaud contre le sien, qu'on avait le nez dans ses cheveux doux, qu'on sentait son odeur innocente. C'étaient des moments précieux, éphémères, des instants de pur bonheur.

Il contempla l'homme à la mine sombre, au visage tiré, aux multiples cicatrices, et étonnamment, derrière ses cernes noires, son couteau acéré et ses propos crus, il n'eut aucun mal à l'imaginer bercer un enfant dans ses bras.


"C’est pas le sien. Mais j’peux pas dire que c’est le mien non plus, j’ai pas été foutu de l’élever. Je suis pas fait pour ça, je crois."


Ce sont des mots qui firent mal à Hièlstan ; l'herbe du Rêveur exacerbe les pensées comme les émotions, et il ressentit beaucoup de peine pour l'homme qui disait ça. Pour l'homme qui, visiblement, ne pouvait prononcer le nom d'une femme, et qui pensait ne pas pouvoir être un père.
Il voulut dire quelque chose mais il ne savait pas trop quoi ; lui qui rêvait de paternité mais ne pouvait y parvenir sous peine de laisser sombrer une grande partie de lui-même, quel conseil pourrait-il bien donner à Gil ?

Gil s'était calmé, tout-à-coup ; il restait muet, un peu crispé. Il venait de dire des trucs très personnels, et il n'avait pas l'air d'être le genre de type à s'épancher de la sorte avec des quasi-inconnus ; bah ! il n'avait qu'à pas toucher à ça, ce n'était pas comme si Hièlstan ne l'avait pas prévenu, après tout !
Il croisa les bras sur sa poitrine. Fort bien, il y arrivait ! Il tenta de bouger les pieds ; ça marchait aussi. Alors, il essaya de se redresser un peu ; la tête lui tourna, mais s'il allait doucement...
Bien !
Bien.

Il se radossa, poussant un soupir satisfait.
Alors il lui vint à l'esprit que tout était bien silencieux ; pourquoi cela le surprenait-il ? Parce qu'il y avait eu du son avant.
Oui ! Gil avait arrêté de parler, et lui, il n'avait pas répondu ! Il s'agita un instant, craignant de l'avoir laissé filer dans les méandres du non-initié ; mais non, il avait toujours les yeux ouverts.


"Hem… Méditation par les herbes ?"

Ok, il était toujours là, ça allait.

"Oui. On commence à nous y initier quand on sait déjà méditer, évidemment. Ca facilite le processus, l'immersion en soi, la fluidité des pensées... Evidemment, on commence avec des doses très faibles. Ce que vous avez pris là..."

Il fit la grimace, leva les yeux vers son interlocuteur, et constata avec horreur qu'il avait fermé les yeux, un air béat sur le visage. Il l'avait pourtant prévenu !

"Eh ! Ouvrez les yeux !"

Bon, ok. Les bras en appuis, bien. Les jambes répondent, bien. On se redresse, la tête... Ca passe. A quatre pattes ? Ok. Il se traîna jusqu'à Gil et sa selle -le bougre s'était mis à l'aise- et claqua des mains devant sa figure.
Il avait bien songé à le secouer par l'épaule ou la cuisse, mais en un éclair il se souvint d'une fois où il était arrivé dans le dos de Syndrell, et s'était retrouvé sans rien comprendre avec un poignard sous la gorge. Et Syndrell était son amie, qui n'était pas droguée.


"Ne vous endormez pas ! Je ne suis pas en état de vous transporter ni d'entretenir ce feu. Si vous vous endormez je ne suis pas sur de pouvoir vous réveiller, et il fait bien trop froid pour risquer ça."

Il se recala, en tailleur, mais sans dossier cette fois. Il grimaça ; le sol était toujours dur et froid, mais à force d'immobilité, il l'avait oublié.
Au moins, il était sur de rester éveillé.


"Allez, faites un effort, rester avec moi. Vous voulez parler de Suvyio et Makeno ? J'adore les enfants."
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MessageSujet: Re: La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]   Sam 11 Fév 2017, 14:26

Sbam.
La claque à l’arrière du crâne fit sursauter Gil : il ouvrit grand les yeux mais la trop forte lumière l’obligea aussitôt à les refermer.

- T’es con ou quoi ?
- Hein ?


Il rouvrit un œil, juste assez pour distinguer la silhouette penchée sur lui : Seren. Son maître avait ce petit sourire narquois qui le faisait rager depuis leur première rencontre. Le jeune homme soupira.

- Qu’est-ce qu’il y a, encore ?
- Déjà oublié ? Bon sang. Un jour il faudra qu’on m’explique ce que j’ai fait pour mériter un élève pareil.


C’est toi qui a voulu de moi, imbécile…

- Alors ?
- Alors faut pas dormir, crétin.
- Pourquoi ?
- Si tu dors, tu meurs. C’est aussi simple que ça !


Simple ? Gil roula sur le côté. Il avait l’impression que sa tête allait exploser sous la pression de… de quoi, déjà ? Ses pensées s’éparpillaient, il avait du mal à… Une minute. C’était en train de revenir. Ce stupide cours sur la reconnaissance des poisons. Il fallait tous les goûter, tous les éprouver pour enregistrer leur saveur et leur danger. Frôler la mort pour ne pas avoir à l’affronter… Jusqu’ici il s’en était plutôt bien sorti, malgré une crise de vomissement aiguë la semaine passée – les effets secondaires de la Peur Bleue. Il s’en souviendrait toute sa vie. Cette fois pourtant, c’était différent. Qu’est-ce que c’était, déjà ? Ah oui…

- « Fais De Beaux Rêves ». C’est fou ce que j’aime le nom de ce poison !
- Pas très… original, marmonna Gil en essayant de se redresser sur ses avant-bras.


Il luttait contre l’endormissement. Ce poison n’était pas fatal tant qu’on y résistait mais, pour cela, il fallait éviter de fermer les yeux. Une heure, c’était facile. Douze heures, c’était déjà plus compliqué. Alors quarante-huit...

- Je vais crever.
- Mais non. Suffit de passer le temps. Où est-ce qu’on en était, déjà ? Ah oui : tu étais en train de me raconter comment tu as perdu ta virginité. C’est assez drôle alors si tu pouvais me dire comment ça s’est finalement terminé, avec la jolie brune…


Gil retomba sur le ventre. Abruti. C’était faux, jamais il n’avait entamé une conversation pareille – mais Seren cherchait moins à le faire causer qu’à le foutre dans une rogne monumentale. Et c’était réussi : il avait la haine, là. S’il survivait, il allait lui enfoncer dans le gosier tous ses poisons à la noix. En même temps ! Son pouls s’accéléra, sensible aux émotions qui le traversaient. Sa vision s’améliora. Il était en sueur, il mourait de soif. Mais il réalisa quelque chose d’important : il ne dormirait pas. Pas avant d’avoir fait disparaître ce sale petit sourire des lèvres de son maître. Il avait un but, à présent.

Il ne pouvait pas mourir.


*


Gil cligna des yeux. Hein ? Pourquoi se souvenait-il de ça maintenant ? Son regard tomba sur Hièlstan et il tressaillit de le découvrir si près de lui. Et puis, tout à coup, ça lui revint : il avait commencé une petite sieste, normal après avoir mangé, non ? mais c’était sans compter le Rêveur… il s’était rapproché péniblement et semblait attendre quelque chose. Une… réponse. Oui, voilà ! Ce type voulait en savoir plus sur Suviyo et Makeno. Gil ricana doucement.

- Moi c’est le contraire, les gosses j’aime pas ça. Mais ces deux-là ils sont spéciaux… Mak, c’est un ami génial. Il deviendra un type bien, si… si Naïs et moi, on arrête un peu nos conneries.

Compte là-dessus…

- Suviyo grandira sans moi, elle aussi. C’est comme ça. C’est la vie. Et c’est sans doute mieux ainsi. Elle mérite mieux qu’un père absent, non ?

Gil secoua la tête. Bon sang mais… pourquoi est-ce qu’il vidait son sac ? Ce n’était pas du tout le moment ni le genre de personne à qui il souhaitait confier ce genre de choses ! Hièlstan n’était pas un mauvais bougre mais il était loin – très, très loin de comprendre ce qu’il pouvait endurer. Oh, mais… Une lueur étrange s’alluma dans le regard trop brillant de l’Envoleur. Il pencha la tête sur le côté. Il réfléchissait. Haha ! Drôle d’idée, d’autant qu’il n’était pas en pleine mesure de ses capacités : c’était le bazar, là-dedans, enfin, plus que d’habitude… On aurait dit que tous les tiroirs de son cerveau s’étaient vidés sous son crâne. Capharnaüm monumental. Hahaha. En même temps c’était intéressant, c’était comme si des centaines d’images traînaient un peu partout, maintenant. Celle d’un petit garçon aux yeux vairons en train de jouer de la flûte pour ses parents. Hum… celle-ci, Gil se débrouilla pour l’envoyer bouler un peu plus loin. Ah, voilà qui était mieux : un gamin déluré en train de lutter pour sa propre survie. Son ennemi ? Seren Til’Sylverin. Le plus affreux de tous les maîtres que le Chaos ait jamais connu. Oh, moins sympathique : Iselle, la gorge tranchée, son sang imbibant les draps blancs de son lit. Gil fronça les sourcils – il la sentait qui revenait… cette rage contenue, cette colère étouffée…

- J’ai une meilleure idée, mon vieux : une histoire. La mienne. Je peux te la raconter en version édulcorée… si tu t’accroches à tes tripes.

Il avait des tripes, ce Rêveur ? Gil l’observa un instant, du mieux qu’il le put avec sa vision qui déconnait, et soupira. Oui, il avait l’air d’en avoir. Il ne serait pas en train d’essayer de lui sauver la peau, sinon… Alors, Gil se mit à raconter. Il était franchement nul comme conteur et son récit était désordonné, comme ses pensées : c’étaient des bouts de vie, des morceaux improbables de son parcours, des éclats de souffrance pure, quelques miettes de joies trop souvent oubliées – un fatras incommensurable. Il évoqua sans rentrer dans les détails la mort de ses parents. « Y’a des gens qui se disputent, y’en a même qui se séparent… et y’en a qui s’entretuent. Plus original, non ? » Ce qui était étrange, c’est que parler ne l’apaisait pas. Au contraire. « Il l’a égorgée. Elle n’avait rien à voir avec moi, c’était juste mon amie et il l’a égorgée. » Cette ordure… Cette ombre qui le suivait depuis des années sans qu’il ne parvienne à découvrir son identité ! « Plus de maison, plus d’amis, plus d’enfants, plus rien ! » Des mots durs, des mots qui éveillaient sa hargne. Hièlstan ne devait rien comprendre, en fait. Ou plutôt si : il devait réaliser que Gil n’était pas simplement « abîmé », il était… fracassé. Et frapadingue, aussi. Mais au fond ce n’était pas important. Ce qui comptait réellement, c’était que…

- J’vais pas dormir, je peux pas : j’ai un truc à faire d’abord…

Et Gil se leva. C’était complètement nul comme idée, parce qu’il avait la tête qui tournait, mais il réussit pourtant à se redresser en vacillant. Il se retint au tronc de l’arbre le plus proche.

- Je dois trouver un Marchombre et le tuer.

Il avait un but.

Il n’allait pas mourir.



[Ohohoh xD Gil + drogue = YOLO ! Tu dis si un truc te gêne. Mais je crois que Hièl va se rendre comte qu'il s'est planté, là. Un Marchombre qui tuerait un autre Marchombre ? Cherchez l'erreur... Rolling Eyes]

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MessageSujet: Re: La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]   Mer 22 Fév 2017, 21:44

Il raconta, et Hièlstan pâlit. Rougit. Blanchit. Se mit la main devant la bouche, par réflexe anti-vomitif ; pourtant, il n'avait pas de haut-le-coeur. Il toussa. Le regarda, puis baissa les yeux. Il tritura de l'herbe, gêné, pâlit encore. Releva la tête avec intention, fronça les sourcils, se passa une main sur le crâne laissa l'horreur s'emparer de ses traits. Il sourit, aussi, mais il fit plus souvent la grimace.
Il comprit, un peu, mais juste un peu. L'homme laissait tout aller par fragments épars, il laissait ses pensées s'évacuer ; c'était comme une méditation à haute voix, mais une méditation folle, sauvage, laissée en liberté, libre de toute entrave.

Hièlstan avait à nouveau l'impression dérangeante d'avoir mis les pieds dans un monde qu'il ne connaissait pas. De n'être qu'un humain qu'on avait capitonné au sein d'une vie édulcorée, bien à l'abri de toute la misère du monde.
S'il pu encaisser sans vomir, pleurer, sans même rien dire et sans s'en sentir brisé le récit de Gil, c'était juste parce que Rilend et Syndrell lui avaient déjà fait part de choses affreuses auparavant.
Sinon, il n'aurait jamais eu le courage d'écouter tout ça. L'aurait-il même cru ?

Il comprenait mieux l'homme brisé, il comprenait mieux la cassure béante, et surtout, il se rendait compte que toutes les séquelles physiques qu'il avait trouvées hallucinantes ne représentaient pas grand-chose, finalement.

Avec amertume, il jeta un regard en parallèle sur sa propre vie ; enfance heureuse, frère ami, parents supportifs, famille soudée, ambitions comblée, crise existentielle stupide, jalousie et désir inassouvi, jardinage, apprentissage, soin et méditation. Robes de bure, murs solides, un matelas pour dormir et un repas à heures fixes.
Rilend lui avait dit que les problèmes de chacun ne peuvent être minimisés. Il était d'accord, sur le principe, mais quand on était confrontés aux faits d'une telle manière...

De la main, il ramassa une poignée d'aiguilles de pins sèches qu'il laissa couler entre ses doigts. Ses petits doigts qui avaient connu pour plus grand outrage coupures au couteau de cuisine brûlures sur casseroles chaudes.
Un sourire un brin cynique s'était installé sur ses lèvres ; c'était rare.
Bah, au moins, ce charmant récit avait réussi à le ramener à un sur terre ; il se sentait toujours nauséeux et prompt à la distraction, mais il était à peu près maître de lui-même, de son corps physique et de ses pensées.

Il leva les yeux vers Gil ; celui-ci s'était tut, depuis quelques secondes. Le sourire amer s'effaça aussitôt, une légère ride apparu entre les sourcils du Rêveur ; déjà, il s'inquiétait pour autrui et ses pensées moroses se faisaient oublier.
Comme s'il avait deviné sa crainte, le Marchombre prit la parole, une drôle de lueur au fond de l'oeil.


"J’vais pas dormir, je peux pas : j’ai un truc à faire d’abord…"

Il avait la voix pâteuse, son débit était un peu moins acerbe que lorsqu'il l'avait abordé ; lui était définitivement sous l'emprise de la drogue, et il en avait sans doute pour encore un moment.
Il ne faisait pas de mystère qu'il allait dire quelque chose de pas très sensé ; il semblait lui-même amusé par sa déclaration à venir.
Pas sensé ne signifiait pas qu'il ne se prenait pas au sérieux ; après tout ce qu'il avait entendu, Hièlstan était inquiet de ce qui pourrait s'ensuivre.


"Je dois trouver un Marchombre et le tuer."

Il avait dit ça d'un ton si froid, si déterminé, si sur de lui, un frisson glacé parcouru le dos de Hièlstan, comme cela arrivait rarement.
La première pensée qui lui vint à l'esprit, c'était qu'il allait le faire.

Un homme venait de lui annoncer qu'il en tuerait un autre, et cela arriverait vraiment.

Sa deuxième pensée fut qu'il devait l'en empêcher. Il devait sauver la vie du malheureux Marchombre qui tomberait entre les mains de Gil ; que lui avait-il donc fait, cet homme, pour que son propre confrère lui en veuille à ce point ? Etait-ce l'assassin de son amie, ou l'un des autres fauteurs de troubles qui avait jalonné la vie sanglante de Gil ?

La troisième pensée fut que, peut-être, il n'avait pas à l'en empêcher. On apprenait, lorsque l'on était Rêveur, qu'il est des morts qui vont de soi, qu'il est des gens qu'on ne peut pas soigner, qu'il est des vies qu'on doit laisser partir.
De quel droit, lui, simple Rêveur, pouvait-il se permettre de dicter à Gil ce qu'il devait faire ou ne pas faire ? N'était-ce pas prétentieux, n'était-ce pas mal placé ?

Il inspira.
Non, il se devait de s'interposer. Au moins, il devait exprimer son avis, chercher à comprendre. Il ne pouvait laisser une chose pareil se produire sans tenter d'interférer, sans même essayer de s'exprimer.


"Vous pouvez m'expliquer pourquoi ?"


La quatrième pensée, ce fut qu'il s'agissait peut-être d'Erwan. Gil avait l'air de tenir à Libertée, de beaucoup tenir à elle ; il n'avait pourtant pas exprimé de franche animosité à l'égard du Marchombre aux cheveux blancs.
Toutefois, un homme aussi marqué par la vie devait souffrir de certains troubles psychiques, et l'excessivité, l'impulsivité, la violence, l'iraisonabilité n'étaient sans doutes pas étrangers à son âme.

La cinquième pensée, ce fut qu'il était heureux de ne pas être un Marchombre.
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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]   Sam 25 Fév 2017, 13:52

[Ultra court, mais je voulais pas me contenter d'un simple dialogue xD]



- Ben… déjà parce que c’est mon boulot.

Gil jeta un regard intrigué au Rêveur. Soit sa fichue mixture lui embrouillait complètement le cerveau, soit il avait déjà oublié à qui il avait à faire ! Mais il n’avait pas envie de rentrer dans les détails – pas envie de parler de son père, en fait. Il estimait s’être déjà suffisamment confié pour une seule soirée ! Il leva la tête. La lune le narguait. Si, c’était vrai ! Elle brillait avec malice, dans un croissant de sourire espiègle et le narguait de ne pas pouvoir l’attraper. Il l’aurait fait pourtant. Pour Libertée. Décrocher la lune… Haha, j’le crois pas, je suis en train de perdre complètement la boule ! Vraiment puissant ce truc ! Nouveau rire. Il devrait se droguer plus souvent, il ne riait pas assez. Même à lui, ça lui faisait tout drôle…

- Ensuite parce que chez moi on a une phiso… Philosophie : tuer ou être tué. Marche ou crève, ajouta-t-il pour que Hièlstan comprenne bien.

Voilà un code qui lui convenait ! Quand il était plus jeune, tout juste libéré de sa formation, il l’utilisait à toutes les sauces ; ça éviter d’avoir à faire des choix pénibles. Il n’avait jamais aimé choisir. Un peu comme Libertée, qui refusait de se décider entre Erwan et lui. Kaünis, elle, ne se posait pas ce genre de questions ! Elle fonçait et baisait comme ça lui chantait. Gil eut un rictus. S’il se mettait à adopter la conduite de cette fille complètement folle, il allait retomber dans des travers qu’il s’était évertué à éviter ces derniers temps. Echec critique, mon vieux. Et la Kaünis, elle a tout compris ! Un coup de vent bruissa dans les feuilles, les flammes dansèrent, quelques étincelles s’éparpillèrent, s’éteignant bien avant d’avoir touché un seul brin d’herbe. Un peu plus loin, il distingua l’ombre de son cheval. Il avait envie de partir et il avait envie de rester. Non… j’ai envie de pisser. Il se détacha de la solidité rassurante de son tronc d’arbre pour s’enfoncer dans les fourrés.

- Je me doute que tes principes sont pas les mêmes, dit-il tout en ouvrant son pantalon – Hièlstan ne le voyait plus mais il pouvait toujours l’entendre, à moins qu’il se soit endormi. Vous, les Rêveurs, vous avez la manie de vous opposer à l’ordre des choses en sauvant des vies.

Sa diction lui revenait, il tenait mieux sur ses jambes et, enfer ! vider sa vessie ultra pleine lui fit un bien fou. Il devait avoir éliminé une bonne partie de ce truc. Il fallait que Hièlstan aille pisser aussi. Gil retourna s’asseoir près de lui.

- Tu t’es pas déjà dit que la personne que t’es en train de raccommoder est peut-être la plus belle ordure qui soit ?

Il ne lui demanda pas s’il le soignerait à nouveau, lui, à présent qu’il savait à qui il avait à faire. Hièlstan ne devait pas bien connaître les Envoleurs, mais une discussion avec Gil au coin du feu, ça valait toutes les histoires du monde. Il devait comprendre que l’homme avec qui il bavassait était un tueur, un barbare qui avait des projets malsains en tête. Si ça se trouve, il était même en train d’envisager la fuite. Amusé par cette idée, Gil esquissa son fameux demi-sourire. Il traquait les Marchombres, pas les Rêveurs.

Alors pas de panique, mon vieux.

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Hièlstan Filsèvres
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MessageSujet: Re: La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]   Dim 26 Fév 2017, 12:20

"Ben… déjà parce que c’est mon boulot."

Comment ça, c'était son boulot ? Il n'était pas Marchombre, alors ? Hièlstan avait bien trouvé que son discours précédent n'allait pas en ce sens, même s'il n'avait pas tout compris. Il avait certes compris que les principes moraux de l'homme n'étaient pas les même que ceux des Marchombres qu'il avait pu rencontrer au cours des derniers mois, mais après tout, au sein d'une guilde, il peut y avoir bien des personnalités et des mentalités différentes.
Mais et sa greffe, alors ?!


Un vertige soudain le pris ; cette greffe si mystérieuse qui lui chamboulait l'esprit à chaque fois qu'il la sentait dans un corps... Elle n'était donc pas réservée aux seuls membres de la guilde des Marchombres ?
Si ce n'était pas un secret purement Marchombre, alors quoi ?


"Ensuite parce que chez moi on a une phiso… Philosophie : tuer ou être tué. Marche ou crève."

Hièlstan grogna un acquiescement ; il avait cru le comprendre, oui, le... non, pas le Marchombre, l'"homme" avait plutôt bien exprimé ce principe au travers des histoires violentes qu'il avait racontées au Rêveur.
Il s'interrogeait juste sur la signification de ce "chez moi".

Il tenta de se lever, et il y parvint ; Hièlstan en fut impressionné. Il ne savait pas combien de temps Gil avait parlé, mais il aurait pensé qu'il devrait patienter encore un peu avant de retrouver la maîtrise de son corps ; mais au vu des muscles qui roulaient sous sa peau, ce type avait un rapport avec son corps assez particulier.
Comme tous les Marchombres qu'avait croisés Hièlstan ; sauf que Gil n'était pas un Marchombre.


"Je me doute que tes principes sont pas les mêmes. Vous, les Rêveurs, vous avez la manie de vous opposer à l’ordre des choses en sauvant des vies."

Hièlstan hocha la tête en signe de dénégation, avant de se souvenir que Gil ne le voyait pas.

"Non, ce n'est pas vrai."


Il laissa le bonhomme venir le rejoindre par terre ; il avait l'air d'aller déjà mieux, les effets de la drogue dans son organisme se dissipaient. Gil était tiré d'affaire ; du moins, il était tiré de cette affaire-là.

"Tu t’es pas déjà dit que la personne que t’es en train de raccommoder est peut-être la plus belle ordure qui soit ?"

Hièlstan soupira.
Voilà qu'en deux phrases, ce non-Marchombre soulevait des questions d'ordre morales que les Rêveurs méditaient pendant des années avant de commencer à pouvoir élaborer une réponse.


"C'est très compliqué. Nous ne nous opposons pas à l'ordre des choses, jamais. Une des parties les plus complexes de notre enseignement est de comprendre l'ordre des choses, de sentir ce qui doit être, de percevoir quand nous devons intervenir, et quand nous ne le devons pas. C'est très délicat."

Il fronça les sourcils, le regard fixé sur la lueur du feu.


"Il y a des gens qu'on choisit de ne pas sauver. Mais certainement pas à cause d'un jugement que nous portons sur leur valeur."

Non, certainement pas.

"Bien sur que je me suis déjà dit que j'aidais des sales types. Parfois, quand on soigne une personne, on sait qu'elle fera inévitablement du mal à quelqu'un, derrière. Mais on apprend à... A gérer ça."

A l'occulter, plus ou moins ; quand Hièlstan avait soigné un Gil à la cuisse percée et à l'organisme délabré, il se doutait bien que cet homme se retrouverait plongé dans de nouvelles batailles, et qui disait batailles disait sang. Mais en Rêvant cet homme, ce n'était pas à cela qu'il pensait ; il devait le soigner, c'était tout.

"Nous n'avons pas le droit de juger de qui mérite de vivre et de qui mérite de mourir."

Lui-même n'avait jamais été confronté à ce jugement ; ce n'était pas le cas de tous ses confrères.


"Nous avons la chance, souvent, de ne pas savoir grand-chose de nos patients."

Tout comme lui avait tout ignoré de Gil, la première fois. Il leva les yeux, pour chercher les siens. Dans l'obscurité ambiante, on ne distinguait pas qu'il avait les yeux vairons.

"Malgré tout ce que vous m'avez raconté, si vous vous retrouveriez entre mes mains, je ne vous laisserai pas mourir."

Il n'ajouta pas qu'il n'était pas persuadé que Gil était "la plus belle ordure qui soit". N'était-ce pas ce qu'il sous-entendait, dans sa dernière question ?
Gil avait une manière de penser et de vivre très particulière, extrèmement chaotique, mais Hièlstan ne percevait pourtant pas vraiment de répugnance à son égard. Il lui semblait que l'homme était poussé par quelque chose qui le dépassait, qui les dépassait tous.
Il le sentait différent de ces hommes, qui, à Ezadrah, exploitait l'humain, ou de ces violeurs d'enfants qui agissaient pour le plaisir de faire souffrir.

Et si... Et s'il avait rencontré une de ces personnes dans les même circonstances que Gil, si une de ces personnes s'était ouverte à lui de la sorte...
Alors, il ne les considèrerait peut-être pas comme des monstres.

Il préféra s'arrêter de penser là ; une vague de noirceur emplissait son âme, sa réflexion le poussait vers d'effrayantes frontières auxquelles il préférait ne pas se frotter pour le moment.

Pour lui, Gil n'était pas la pire ordure qui soit ; mais il ne le dis pas, car il ne pensait pas que l'homme à ses côtés puisse l'entendre.


"Qui est le Marchombre que vous devez tuer ?"

Pas Erwan. Pas Syndrell. Pas Rilend. Oh non, pas Rilend.
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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]   Jeu 09 Mar 2017, 07:11

Hièlstan se fit un devoir de lui répondre et Gil leva les yeux au ciel, amusé. Bla, bla, bla, songea-t-il alors que le Rêveur évoquait une volonté de « comprendre l’ordre des choses » et de les ressentir. Du charabia pour lui, tout ça. Il ne remettait toutefois pas en cause l’implication de ce drôle de bonhomme. On sentait que c’était important pour lui, de comprendre les choses, les gens, le monde – même de comprendre Gil – pour mieux avancer dans la vie. Il percevait une humilité hors du commun, une sensibilité exacerbée, un cœur énorme et une détermination qu’un peu d’herbe planante ne suffisait pas à éprouver vraiment. Et le discours de Hièlstan, loin d’être stérile, éveillait en lui de nouvelles questions. S’ils choisissaient parfois de ne pas sauver quelqu’un sans qu’il soit question de jugement de valeur… à quoi se résumait un tel choix, alors ? Comment apprend-on à « gérer des sales types » - enfin, leur guérison ? Les paroles du Rêveur étaient plus assurées désormais, ses pupilles moins dilatées. Chez lui aussi, les effets du breuvage s’estompaient lentement, mais sûrement.

- Malgré tout ce que vous m’avez raconté, si vous vous retrouviez entre mes mains, je ne vous laisserai pas mourir.

Gil haussa les épaules. Qu’on le sauve ou pas, il s’en fichait. Un peu.

- Qui est le Marchombre que vous devez tuer ?

Le regard de Gil vint lentement se poser sur Hièlstan. Au quotidien, ce devait être un bluffeur moyen ; là, encore sous l’emprise de sa drogue et sans doute un peu troublé par ce projet de meurtre totalement avoué, le Rêveur était carrément nul pour masquer ses émotions. Il flippait. Pourquoi ? T’as peur que je m’entraîne d’abord avec ta personne ? Non. Gil élimina rapidement cette hypothèse. Hièlstan n’avait pas peur de lui. Alors l’Envoleur supposa qu’il connaissait un Marchombre. C’était très probable que l’un d’entre eux, au moins, soit déjà passé entre les mains de ce Rêveur. Il avait dû deviner leur appartenance à la Guilde grâce à son art. Jusqu’où allaient ses connaissances en la matière ? Gil hésita un instant entre la prudence et le culot. Comme si un tel choix s’imposait vraiment, chez lui…

- Mon père.

Vlan ! Prend ça dans les dents p’tit père. Ouais, c’était brutal mais bon, tourner autour du pot c’était pas vraiment son truc. Gil laissa filer quelques secondes même, histoire de ménager son effet. Il était sûr, désormais, que Hièlstan revenait sur son affirmation. A quoi bon sauver un pourri comme lui ? Il sourit.

- Les histoires de famille, tu sais…

Ha, ha, ha. Bon, et si je tentais ma chance, moi ?

- Il s’appelle Giliwyn Sil’Sierra. Ça te parle ?

Si jamais Hièlstan répondait par l’affirmative, il n’était pas prêt de se débarrasser de Gil. Il n’y croyait pas vraiment. Quelle était la probabilité pour que ce Rêveur connaisse un type qui avait nourri le secret de sa mort pendant des années ?


[C'est court ! Tu peux répondre par un dialogue Chach', si tu veux !]

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



[Absent du 25/08 au 28/08]
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La lune dans mon verre, le tomahawk du barbare [Gil]
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