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Le Pacte VS L'Ordre
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 Le chemin du retour [Hièlstan]

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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Le chemin du retour [Hièlstan]   Dim 04 Déc 2016, 11:57

En ce beau milieu de matinée, la route d'Al-Chen était paisible. Les promeneurs étaient rares : la fête de l'été était achevée depuis belle lurette et les temps chauds touchaient à leur fin. Cette journée-là, confortable et ensoleillée, faisait presque exception.

Sur la route, dans une fine poussière soulevée par les chariots qui l'avaient précédé quelques minutes auparavant, Vaillant s'agitait. Excité et actif après deux jours de repos, le grand étalon brûlait du désir de se lancer dans un galop fou mais sa cavalière le contenait dans un trot. Docile mais contrarié, le jeune mâle manifestait son impatience en levant haut les genoux et en agitant la tête, secouant sa cavalière indifférente.

Enfin, elle l'estima assez échauffé et ouvrit les doigts. Vaillant bondit en avant sur la route dégagée, sa robe baie luisant rouge au soleil d'automne. Il prit le galop, tête haute, réclamant plus de liberté, plus de vitesse et Rilend le contint quelques secondes encore avant d'accéder à son désir, le temps qu'ils s'installent tous deux dans le galop. Quand elle baissa les mains pour de bon et se campa sur les étriers, en appui solide, le cheval comprit le signal. Il se ramassa et se lança dans une accélération continue, forçant sur ses muscles et offrant à sa cavalière ravie et enivrée une course folle.

Plus vite que le vent, ils parcoururent la route qui les séparait encore d'Al-Chen, doublèrent la cité au loin et obliquèrent de concert vers le Lac Chen. Le temps d'approcher l'immense étendue et de tourner encore en direction d'une petite colline qui faisait promontoire, non loin des rives, Vaillant s'était apaisé et son galop rond, moelleux, démonstratif et tout en force aurait ravi les yeux de tout observateur l'épiant du haut, par exemple, de cette maisonnette qui trônait à plusieurs centaines de mètres.

Levant les mains pour ralentir Vaillant qui, pas convaincu, préféra galoper presque sur place plutôt que de repasser au trot, Rilend observa la maisonnette. Se fiant au plan qu'elle avait encore en tête, reçu sur un bout de papier à Al-Far, elle conclut bien vite qu'il s'agissait là de sa destination et fit tourner son étalon en pivotant ses épaules.

Accoutumé à écouter sa cavalière dans tous ses états, y compris la simple variation de sa position, Vaillant obtempéra et se lança dans la petite montée qui menait à la cahute. Les premiers mètres étaient rudes et Rilend se dressa sur ses étriers pour aider le grand mâle, soulager son dos. Parce que la montée était raide, parce qu'il avait besoin de pousser fortement sur ses arrière-train pour la gravir, Vaillant prit le galop et Rilend le laissa faire sans se rasseoir dans la selle, posant les mains de part et d'autre de la forte encolure et sentant les muscles jouer durement dessous. Quand le chemin s'adoucit, elle ne reprit pas ses rênes, laissant sa monture choisir l'allure qui lui convenait et Vaillant, énergique et motivé, garda un galop contenu. A cette allure, bien sûr, le chemin isolé qui menait chez Hièlstan fut parcouru en un rien de temps.
Si le Rêveur avait été attentif, il aurait eu le temps de la voir arriver, ou d'entendre le fracas de sabots annonçant une visite.

Elle déboucha au haut du chemin, en équilibre à nouveau car les derniers mètres grimpaient légèrement plus et qu'elle souhaitait ménager son cheval. Elle se rassit dans la selle en rassemblant ses rênes, parcourant les alentours du regard et, bien vite, repéra une silhouette connue. Un sourire joua sur les lèvres de la marchombre, tandis qu'elle faisait jouer ses rênes pour orienter Vaillant dans la direction choisie, sans interrompre son galop.

Elle ne freina que dans les derniers mètres, se redressant et levant les mains, bien ancrée dans ses étriers : elle connaissait bien Vaillant et de fait, le grand étalon ralentit tout d'abord, s'arrêta...et puis se rebella, mécontent d'interrompre son galop. Il s'accula, se dressa légèrement sur ses postérieurs - à peine, à moitié - pour pivoter dans le même mouvement, mais Rilend absorba le mouvement avec souplesse. Elle jouait là une partie délicate. Tout était dans les reins, le bassin, la souplesse du corps et l'ancrage ferme des jambes pour suivre Vaillant dans ses évolutions, dans un jeu de grammes et de millimètres pour inciter sans contraindre, pousser sans braquer. Le bai recula de quelques pas, en travers, tentant de se soustraire aux mains qui l'obligeaient à s'arrêter et Rilend les avança, relâchant la pression en serrant les jambes pour inciter Vaillant à se porter en avant.
Ce faisant, elle émit un léger sifflement, bref et sur deux notes, l'air habituellement employé par les cavaliers quand ils chantonnent "Oh lààààà". Sans se montrer plus pressante, elle réitéra ce petit son et soudain Vaillant tourna une oreille vers elle et s'immobilisa, tout en tension. Rilend, prudemment pour ne pas déclencher une nouvelle réaction de son cheval contracté, frotta la base de sa crinière du bout des doigts.
Et tout fut terminé.

Il cessa finalement de renâcler et s'immobilisa, mâchonnant son mors, aussi paisible que si les quelques secondes précédentes n'avaient pas eu lieu. Sa cavalière, sur son dos, se tenait toujours aussi droite, la tête haute. Elle qui était grande paraissait presque frêle sur cette grande masse de muscles, de robe soyeuse brune à rouge et de crins noirs corbeau. Immobile, le dos droit, le menton relevé et le sourire aux lèvres. Elle n'avait pas vraiment changé en un mois, à part la cicatrice - non visible - sur son bras gauche, vestige d'une chasse malencontreuse. A part peut-être aussi, pour qui savait regarder, un rien de changé dans son maintien, dans ses yeux brillants de la vitalité féroce et de la sérénité qui étaient sa marque.
Rilend, pas déroutée pour un sou - elle s'était attendue à un numéro du genre de la part de son "cheval de bataille" - sourit à Hièlstan en passant la main sur l'encolure muscluleuse de sa cabale :

"Il n'est pas méchant, mais quand il galope il a horreur de s'arrêter, et je n'ai pas encore réussi à lui apprendre à le faire calmement. Il est encore jeune..."

Puis, avec sa souplesse coutumière et presque sans se pencher en avant, elle passa la jambe en arrière, par dessus la croupe ronde et se laissa glisser, moitié sautant moitié tombant, le long du flanc de son cheval. Elle vint à la tête de Vaillant et le frotta gentiment sous l'oeil et devant l'oreille avec un murmure doux, un moment coutumier et intime entre cheval et cavalier. Le grand étalon baissa la tête, acceptant la caresse, et soupira longuement.
Rilend, quant à elle, sourit de nouveau à Hièlstan :

"Comment vas-tu ?"

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Hièlstan Filsèvres
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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Mar 06 Déc 2016, 21:17

Hièlstan était rentré depuis deux jours très exactement : l'avant-veille à cette heure précise, il mettait pied à terre avec satisfaction, retrouvant enfin son chez-lui.
Ce petit voyage improvisé, le premier depuis son arrivée à Al-Chen, lui avait fait prendre conscience d'à quel point il se sentait bien, ici. La bicoque n'avait pas bougé, les pilotis tenaient toujours bon, grâce aux bons soins du charpentier Soroïl, à n'en pas douter. Son petit potager était toujours là, bien qu'assez vide en cette saison ; il serait temps, sous peu, d'y planter les chous et les oignons. Le pigeonnier était vide, mais la mangeoire avait été nettoyée jusqu'à la dernière miette.

Le Rêveur n'avait pas pu répondre à la dernière missive de Rilend ; sans aucun doute, elle ne l'aurait jamais reçue, car son départ était alors imminent. On la lui avait fait parvenir alors que lui-même s'était mis en route ; un apprenti Rêveur avait joué les coursiers, dépêché par ses maîtres de Krissiane.
Il avait été content de savoir que tout s'était bien passé pour elle, soulagé surtout, bien que ça n'ai pas été une surprise.
Puis, il avait trépigné d'impatience de ne pouvoir lui répondre ; d'après ses souvenirs, jamais il ne lui était arrivé de ne pouvoir répondre à une lettre. Il avait toujours été un très fidèle correspondant.
Là n'était pas le problème.

Rilend savait très bien qu'il ne pouvait pas lui répondre avant qu'ils ne se revoient ; le soucis était qu'il devait garder sa réponse et ses sentiments pour lui. Quand allait-elle venir le voir ? Serait-il de retour à temps ? Cette caravane lui semblait si lente ! Mais chargée de tous ces beaux livres, il ne pouvait faire autrement...
Si elle passait chez lui avait son retour, ce n'était pas grave ; elle repasserait plus tard, et voilà tout. Cela l'embêtait quand même ; il avait hâte de la retrouver, pour pouvoir discuter de tout ça, en savoir plus.

Il se demandait si ce voyage si important pour elle l'aurait changée physiquement ; rayonnerait-elle d'une aura, quelque chose de différent peut-être ?
Serait-elle plus belle encore ?

Il avait attendu ce moment avec beaucoup d'impatience ; il sentait que Rilend était quelqu'un avec qui il avait un lien particulier. Ce serait une amie formidable, c'était certain.
Il avait du partir en forêt, le lendemain de son retour, pour sa cueillette rituelle, mais il l'avait faite avec moins de plaisir que d'habitude. Il se trouvait nerveux à l'idée de pouvoir manquer Rilend ; un peu trop nerveux peut-être, et cette impatience inhabituelle à l'idée de revoir la jeune femme avait commencé à le travailler.
Hélas, sa méditation de la veille n'avait rien donné ; il s'apprêtait à se lancer dans une nouvelle séance en cette nouvelle journée, lorsque le fracas des sabots avait retenti dans l'air.

Il avait instinctivement compris, et n'avait pas été surpris de voir émerger des bosquets le grand étalon fougueux, monté par une Rilend qui semblait presque frêle, là-haut.
Le petit numéro d'esbroufe du cheval fut très, très impressionnant ; ainsi donc, elle n'avait pas menti sur ses talents de cavalières... Il en resta bouche bée tandis qu'elle descendait souplement de Vaillant.

Il capta le sourire, le regard qu'elle lui adressa, et il s'en sentit toute chose. Pour elle, il était clair que les choses s'étaient très bien passées.


"Il n'est pas méchant, mais quand il galope il a horreur de s'arrêter, et je n'ai pas encore réussi à lui apprendre à le faire calmement. Il est encore jeune..."

Il eut un petit rire nerveux, et enfin reprit pleinement conscience de sa présence dans l'espace, et entreprit en quelques enjambées de rejoindre la Marchombre.

"En tout cas, il est drôlement impressionnant... Il va faire tourner la tête de ma vieille Flèche !"

Fugitivement, il se demanda si ce cheval était castré, et s'il ne l'était pas, quelles seraient les conséquences du temps qu'il passerait en compagnie de sa vieille jument.
Bien vite, ces pensées anecdotiques furent chassées par le sourire rayonnant de Rilend, par ses cheveux de jais qui brillaient sous la timide éclaircie, par ses joues rougies par le plaisir et l'effort.


"- Comment vas-tu ?
- Moi ? Moi ça... Moi ça va bien ! C'est plutôt toi qui a un tas de choses à me raconter ! Oh la la, je n'y connais pas grand chose mais je le trouve magnifique, ce cheval. Le soleil lui donne une couleur..."


Comme en réponse à sa remarque, l'étalon souffla bruyamment par les naseaux. Hièlstan rit.

"Eh bien ! Je vais t'aider à le déharnacher, si tu veux. Viens, on va pouvoir lui donner du fourrage, j'ai tout ce qu'il faut... Alors, tu as fais bon voyage ? Tu es rentrée il y a longtemps ? Il ne faisait pas trop froid dans le Nord ?"
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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Mar 06 Déc 2016, 23:44

[j'ai un peu "avancé" sur les opérations de déshabillage (du cheval ! du cheval ! voyons !) histoire qu'on n'y passe pas quinze messages. De toute façon, Hièlstan sait porter une selle, non ? Non, en vrai, j'espère que ça ne te dérange pas]

Le Rêveur n'avait pas vraiment changé.
Peut-être un peu maigri, mais Rilend ne le connaissait pas assez bien - physiquement, s'entend - pour le certifier sans hésitation aucune. La marchombre s'inquiéta un instant de le voir ainsi figé et bouche bée, craignant que Vaillant ne l'ait effrayé, mais elle se rassura vite en constatant qu'il se reprenait et s'approchait.

A la réflexion, elle-même n'était pas tout à fait sereine. Vaillant lui offrait un répit bienvenu, avec l'attention qu'il réclamait et la petite caresse familière qui lui occupa les mains quelques secondes de plus.
Juste le temps de lancer la conversation en contournant l'étape délicate des salutations, chez deux étrangers qui ne l'étaient plus vraiment, même plus du tout, mais qui n'avaient après tout parlé qu'une seule fois.

En attendant, son sourire était contagieux, son enthousiasme également et ils réchauffèrent le coeur de Rilend. La jeune femme avait quelque peu redouté qu'ils se retrouvent empruntés, ainsi face à face après un mois de correspondance assidue. Mais non, il semblait que le Rêveur était content de la revoir, et le sentiment était réciproque.
Elle était drôlement heureuse de le retrouver.

Flèche.
Ah oui, c'était vrai...elle avait complètement oublié que Hièlstan avait, non pas un hongre ou un autre étalon, mais bien une jument. Une jument, et elle ramenait son étalon fringant, bien capable de tenter une présentation à la hussarde auprès de la vieille Flèche.
Ce serait pour le moins embarrassant...
Elle esquissa un rire nerveux assorti d'un geste vers le Rêveur, qu'elle interrompit en rattrapant la bride de Vaillant, se reprit et enchaîna avec l'apparence du calme :

"Il fait un peu d'esbroufe, mais il est assez docile...si Flèche l'envoie promener, il n'insistera pas."

Et Hièlstan de s'extasier sur Vaillant, ce qui tira cette fois-ci un franc sourire à la marchombre. En incorrigible cavalière, elle goûtait infiniment les compliments sur son cheval, presque plus que ceux qu'on pouvait lui offrir sur son propre compte. Sa sympathie pour le jeune homme grimpa encore d'un cran, puisqu'il appréciait Vaillant.
L'étalon, sans partager l'enthousiasme de son admirateur, ne semblait pas lui être hostile. Il le flaira à petits coups, de loin, à petits souffles brefs des naseaux, avant de s'ébrouer bruyamment et de faire rire Hièlstan. Rilend sourit et empoigna fermement les rênes de l'étalon pour l'attirer à sa suite, d'abord sur les talons puis aux côtés de leur hôte qui les menait aux écuries.

Elle répondit de son mieux au bavardage guilleret du jeune homme, à qui elle était reconnaissante de mener la conversation pour eux deux. Malgré son plaisir à se retrouver ici, et sa bonne volonté à répondre aux questions de Hièlstan, Rilend demeurait une femme pour le moins réservée et peu accoutumée à conter par le menu ses aventures.
C'était pourtant le processus qu'elle avait enclenché avec sa première lettre - et les suivantes... - rédigée depuis Al-Far, et elle n'avait, finalement, aucune envie réelle de le stopper. Aussi, après un infime temps d'hésitation, finit-elle par se laisser aller. Dès lors, elle se révéla presque volubile.

"Oui, plutôt ! Le retour a été un peu moins calme que l'aller, pas grand-chose, juste quelques voleurs qui ont cru qu'ils pourraient s'en prendre à une marchombre, deux Thüls et un troupeau de caravaniers...Ils ne pouvaient pas. Mais ceci mis à part, la route ressemblait plutôt à un voyage d'agrément !
Je suis rentrée il y a trois jours à Al-Chen, mais j'ai continué un peu plus au sud, j'avais...deux ou trois choses à y faire. Et ça a permis à ce grand cabotin
- elle désigna Vaillant d'un signe de tête - de bénéficier de deux jours de repos. Deux jours de trop, peut-être : il ne manque pas d'énergie pour me secouer, depuis ce matin !
Et non, il ne fait pas si froid dans le Nord ! Enfin, je ne m'en suis pas rendue compte. Bon, il ne fait pas chaud non plus, c'est certain, et l'herbe est couverte de givre le matin - ça rendait le paysage très agréable aux aurores - mais...comme tu peux le voir, je suis revenue en un seul morceau et certainement pas congelée. Et puis ça ne m'a pas empêchée de nager dans quelques rivières que le hasard avait mis sur ma route..."


Petit rire, un peu emprunté.
Quand ils franchirent la porte de l'écurie, Rilend constata avec plaisir que l'endroit bénéficiait de deux boxes à peu près séparés par une sorte de zone de rangement. Ce n'était, bien sûr, rien pour un étalon motivé mais la jeune femme estimait que son cheval, quoiqu'un grand frimeur, n'irait pas jusqu'à franchir la clôture pour aller importuner Flèche.

Ravissante Flèche, d'ailleurs. En l'apercevant, Vaillant se mit à piaffer et à tonitruer, gonflant le torse, rouant l'encolure et faisant vibrer ses côtes. Il secoua la tête et insista pour aller saluer la jument de plus près jusqu'à ce que Rilend proteste : "Oh, ça va !" en augmentant légèrement sa pression sur les rênes.
Vaillant s'apaisa et elle put l'attacher - elle avait toujours avec elle de quoi immobiliser son cheval à une branche ou une ligne d'attache - avec la corde que l'étalon portait autour de l'encolure, et qu'elle arrangea rapidement en licol de fortune.

Rilend passa du côté gauche de son cheval et s'attaqua au filet dont elle ouvrit quelques boucles, laissant au Rêveur, situé juste à sa droite, le soin de défaire la sangle qui passait sous le ventre de l'animal. La selle était simple, assez légère, patinée par l'usage et il n'aurait aucun mal à la soulever et à la déposer où bon lui semblerait.
Un cheval n'est pas si long. Rilend se tenait contre l'encolure, la hanche calée contre l'épaule du cheval, Hièlstan, contre le thorax de Vaillant. Les deux s'affairèrent donc au coude-à-coude.
Là, pendant les quelques secondes qu'il lui fallut pour défaire muserolle, sous-gorge et faire glisser la têtière par-dessus les oreilles de l'étalon, Rilend reprit :

"En tous cas, c'était un voyage enrichissant à tout points de vue. Al-Far n'a pas changé : je n'ai eu aucun mal à m'y retrouver et pourtant, je ne m'étais pas aventurée ainsi dans les ruelles et sur les toits depuis presque vingt ans. Pour un peu, j'aurais presque eu l'impression que le temps s'y était arrêté..."

Regard lointain, un peu gêné, tandis qu'elle glissait la main sous la bouche de Vaillant en attendant que le cheval lâche le mors. Las, il le gardait serré entre ses dents. Rilend en avait l'habitude et reprit, tournant la tête par-dessus son épaule pour croiser le regard de Hièlstan, qui revenait les bras vides après s'être chargé de la selle :

"Et toi alors ? Tu es rentré quand des Dentelles Vives ? Je n'étais pas tout à fait sûre de te trouver ici..."

Le mors atterrit dans la paume de la marchombre avec un cliquetis métallique et Rilend pivota, faisant face au Rêveur.
Dans cet environnement peu familier, elle jeta un coup d'oeil circulaire, cherchant où il avait posé la selle pour y adjoindre l'assortiment de cuir et de métal qui pendait à sa main.

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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Dim 11 Déc 2016, 15:25

"En tous cas, c'était un voyage enrichissant à tout points de vue. Al-Far n'a pas changé : je n'ai eu aucun mal à m'y retrouver et pourtant, je ne m'étais pas aventurée ainsi dans les ruelles et sur les toits depuis presque vingt ans. Pour un peu, j'aurais presque eu l'impression que le temps s'y était arrêté..."

Il avait presque oublié, en l'espace d'un mois, combien il était étrange que quelqu'un parle avec tant de désinvolture de se balader sur les toits comme on va au parc par un après-midi ensoleillé...
Ou comme on se baigne à l'aube de l'hiver dans des cours d'eau glacée comme s'il s'agissait d'aller prendre un peu l'air, ou encore comme on se fait attaquer par des brigands mais que c'est juste une anecdote sympathique à raconter... Et toutes ces joyeusetés qui semblaient si ancrées dans son quotidien, qu'elle débitait en déharnachant tranquillement un cheval, avec des gestes surs, calmes, et précis.

Il ne répondait rien ; il ne faisait que l'écouter débiter tout cela, le sourire aux lèvres. Elle était formidable. Elle rayonnait ; elle était en pleine forme, c'était évident.


"Et toi alors ? Tu es rentré quand des Dentelles Vives ? Je n'étais pas tout à fait sûre de te trouver ici..."

Et voilà, à son tour maintenant ! Il termina ce qu'il était en train de faire, lui indiqua l'endroit où il avait posé la selle de Vaillant, et flatta l'encolure du bel étalon. Flèche, curieuse, avait levé la tête de son foin et considérait le nouveau compagnon qu'on lui imposait.

"Je suis rentré il y a deux jours, en fait. On aurait bien pu se louper... Mais pour moi, pas de brigands ni de rivières glacées !"

Il s'attela à mettre un peu de fourrage à disposition de l'étalon avant que sa gourmande de jument n'ai fait un sort à la nourriture.

"C'était un convoi de Rêveurs, accompagné d'une escorte de guerrier pour protéger le matériel précieux... On avait lentement, avec précaution, pour ménager la cargaison et ceux d'entre nous qui sont plus âgés ou qui ne sont pas habitués aux longues distances."

Tout en parlant, il faisait le tour de l'abri pour vérifier que tout était à sa place et que les pensionnaires ne manqueraient de rien.

"Ca n'était pas du tout la même ambiance que celle de la caravane d'Al-Jeit à Al-Chen, ça c'est certain. Et puis cette fois-ci, aucun Marchombre ne s'est révélé à moi au cours du voyage..."

Il rit en se frottant les mains pour les débarrasser de la poussière.

"Allez viens, je vais te faire visiter mon chez-moi. Enfin visiter, c'est un grand mot, il n'y a que deux pièces... Je n'ai pas grand-chose à t'offrir à boire, mais on devrait trouver de quoi te désaltérer quand même"

L'éclaircie perdurait, il ne faisait pas trop froid. Le lac miroitait légèrement ; le vent, qui ne tombait jamais sur les rives, était caressant.

"Tu restes longtemps ? J'ai largement de quoi faire à manger pour nous deux, si ça te dit. Il est encore un peu tôt mais on peut aller marcher un peu pour s'ouvrir l'appétit..."



[Petit rp, mais bon Smile tu noteras qu'on a toujours pas défini à quel moment de la journée on est, il me semble Very Happy]
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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Dim 11 Déc 2016, 18:54

Rilend lâcha le filet dans un cliquetis de métal sur la selle, elle-même déposée avec soin dans un coin de l'écurie. Elle vérifia rapidement l'intégrité du harnachement et, avisant une brosse en chiendent, s'en saisit avant de revenir vers son cheval. Juste à temps pour voir Hièlstan caresser Vaillant et le grand mâle accepter le contact avec un ronflement léger. La marchombre sourit : visiblement, les deux s'appréciaient...mais à la réflexion, cela n'avait rien de surprenant. L'étalon bai était sensible aux personnalités calmes et pas trop autoritaires ; Hièlstan était bien de ce type.

"Je suis rentré il y a deux jours, en fait. On aurait bien pu se louper... Mais pour moi, pas de brigands ni de rivières glacées !"

"Je serais revenue une deuxième fois, voilà tout..."

Rilend sourit. Bien sûr...accoutumée à fréquenter des marchombres, des voyageurs et des guerriers, elle ne prenait pas toujours en compte le goût d'inhabituel, voire d'étrange, que son mode de vie laissait parfois à ses interlocuteurs moins...initiés. Hièlstan, assurément cultivé mais de son propre aveu casanier, devait juger ses activités bien étranges !
Elle espérait que cela ne le dérouterait pas trop.
Elle brossa vigoureusement son cheval, en quelques minutes, le temps que le Rêveur remplisse le râtelier. Penchée sur son étalon, éliminant en quelques gestes rapides et précis les traces de transpiration qui collaient le poil brun, elle entendait le jeune homme se déplacer dans l'écurie, mais sa voix lui parvenait toujours.

"C'était un convoi de Rêveurs, accompagné d'une escorte de guerrier pour protéger le matériel précieux... On avait lentement, avec précaution, pour ménager la cargaison et ceux d'entre nous qui sont plus âgés ou qui ne sont pas habitués aux longues distances.
Ca n'était pas du tout la même ambiance que celle de la caravane d'Al-Jeit à Al-Chen, ça c'est certain. Et puis cette fois-ci, aucun Marchombre ne s'est révélé à moi au cours du voyage..."


Rilend reposa le sabot de Vaillant et se redressa en riant :

"Ca a dû te changer de d'habitude !"

Elle se souvenait très bien de la réaction du Rêveur un mois auparavant, quand il lui avait confié que son entourage semblait exclusivement marchombre ces derniers temps. Rilend se coula le long du flanc creusé de Vaillant - il avait soif, mais il aurait de quoi se désaltérer : ici, les chevaux ne manqueraient de rien - tandis que Hièlstan frottait ses mains. La marchombre, par habitude, époussetait également les siennes en reposant la brosse à sa place et lui emboîta le pas.

"Allez viens, je vais te faire visiter mon chez-moi. Enfin visiter, c'est un grand mot, il n'y a que deux pièces... Je n'ai pas grand-chose à t'offrir à boire, mais on devrait trouver de quoi te désaltérer quand même"

Pour une fin d'automne, début d'hiver, l'air était exceptionnellement doux, la brise odorante et légère. Le soleil inonda les yeux de Rilend quand elle sortit aux côtés de son hôte, dispensant sa chaleur sur son habit de cuir, sur son corps tonique en ce début de journée parfait. Elle jeta un oeil aux reflets du lac ruisselant de lumière, à l'herbe flamboyante et hâta légèrement le pas pour rejoindre Hièlstan qui avait pris de l'avance. Au passage, la jeune femme avisa un petit carré de terre aménagé : certainement un potager. Il avait donc l'intention de demeurer ici un moment...
Rilend sourit et, se déplaçant sans un bruit, rejoignit le jeune homme au moment où il lui ouvrait la porte.

C'était une femme observatrice ; depuis l'enfance, les jeux avec son loup, les aventures qu'elle s'inventait en forêt, depuis le voyage jusqu'à Al-Far, sa vie dans la rue où le moindre détail pouvait se révéler vital, depuis son apprentissage, Rilend avait coutume de tout regarder et de tout voir.
Elle nota, bien entendu, la propreté scrupuleuse du lieu, incroyable pour une maison abandonnée depuis presque un mois et habitée de nouveau depuis deux jours seulement. La présence d'un bureau rangé mais manifestement très utilisé, au vu des piles de papier et de livres disciplinés au long des étagères, ne la surprenait guère non plus...quant au reste, elle le considéra avec intérêt, curiosité et attention tandis que Hièlstan la gratifiait d'une visite guidée du lieu. Cuisine, canapé, salle d'eau, meubles sans prétention mais fiables : il était bien installé. Même la chambre était impeccable.
En bref, c'était un endroit tranquille où il faisait probablement bon vivre, et qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à son habitant. Simple, sans fioriture, mais fonctionnel et soigneusement entretenu.

Parce qu'elle était ce qu'elle était, de nature contemplative et discrète, elle ne parla pas beaucoup tandis que le Rêveur lui faisait faire le tour du propriétaire, se contentant de suivre ses gestes et les objets qu'il désignait du regard, accrochant au passage un détail de plus, un accroc dans un mur, une trace d'encre nettoyée sur le bureau, un plâtre fraîchement appliqué, un titre de livre.

"Tu restes longtemps ? J'ai largement de quoi faire à manger pour nous deux, si ça te dit. Il est encore un peu tôt mais on peut aller marcher un peu pour s'ouvrir l'appétit..."

Tout en parlant, Hièlstan s'activait.
Il avait déposé sur la table une coupelle de fruits secs et de biscuits ; Rilend en attrapa quelques uns en le regardant sortir deux verres sans fioritures et dépareillés, certainement glanés ci et là, mais parfaitement propres, et une carafe de jus de rougeoyeur.
Il lui avait proposé de s'asseoir, elle sourit et opina du chef mais demeura debout. Un peu comme un chat qui aurait tout son temps. Elle était bien comme ça, à l'aise.

La petite fenêtre donnait sur le lac et demeurait grande ouverte. Rilend recula de quelques pas et y appuya le dos en s'accoudant, sans quitter le Rêveur des yeux. Quand il lui proposa à boire, elle accepta un jus de fruit. A son habitude - au grand dam de tous ceux qui avaient tenté de lui inculquer quelques conventions sociales de base - elle inclina la tête et flaira brièvement le liquide avant d'en prendre une gorgée, non par méfiance, mais parce qu'elle avait un odorat très développé et que tous les parfums coloraient son univers. Elle se retourna, posa le verre et appuya son bras sur l'appui de fenêtre.
La petite maison sentait la cire, le papier neuf, le vieux bois et le plâtre jeune, le parfum de celui qui y vivait et, maintenant, le rougeoyeur et l'air frais du dehors. Eux deux, un peu le cheval et le cuir.

Tout ceci n'avait pas duré bien longtemps.
Rilend réfléchissait tandis que Hièlstan, qui avait lui aussi opté pour quelque chose à boire, rapprochait la coupelle et la déposait sur l'appui de fenêtre. Histoire qu'il n'y en ait pas un assis à table et une accoudée trois mètres plus loin...
Son regard fut, une fois de plus, attirée vers le lac et sa surface rutilante. Le ciel confirmait son bleu azur, l'éclaircie se maintenait et une belle journée se profilait. La nuit, sans doute, serait claire elle aussi ; peut-être serait-il temps d'aller chasser.
La Panthère approuvait.
Quand elle revint à ce qui se passait dans la maison, elle croisa le regard de Hièlstan qui s'était rapproché de la fenêtre et lui sourit.

"Je ne sais pas du tout combien de temps je reste...je n'ai aucun engagement particulier qui pourrait me donner un repère fixe."

Avec un léger sourire, félin, et un pétillement au fond des yeux.
Elle était sincère. Elle n'avait aucune idée de la réponse. Rilend était ainsi depuis longtemps, depuis qu'elle n'était plus attachée aux pas d'un maître. Un jour ici, l'autre là, ou peut-être encore ici, jusqu'à ce que l'envie de courir d'autres routes la prenne, imprévisible. Alors, peut-être, suivrait-elle une caravane ou tracerait-elle son chemin en solitaire, pour aller quelque part ou simplement pour aller avec le voyage comme destination.
Un courant d'air, un torrent sans grandes attaches.
Mais il était des lieux où elle repasserait. Al-Far et sa famille. Probablement cette maisonnette au bord du Lac Chen, où elle se sentait si bien.

Ses yeux coururent de nouveau au dehors, puis revinrent sur Hièlstan, souriants quand il évoqua l'idée qu'elle reste manger. Bien, très bien, si elle ne savait toujours pas quand elle repartirait d'Al-Chen, elle était au moins sûre d'être dans les parages une bonne partie de la journée...
En attendant, elle approuva chaudement, n'ayant pas encore grand-faim :

"J'approuve les deux idées ! Je ne connais pas bien ce coin...tu me fais visiter ?"

Sourire incitateur.

Comme ils avaient tous deux fini leurs verres, ils abandonnèrent la coupelle sur la table et les chevaux paressant à l'écurie pour remettre le nez dehors. Rilend leva la tête pour jeter un oeil au ciel, azur et infini, et confia en souriant :

"Je ne pensais pas qu'il ferait si beau aujourd'hui. C'était plutôt brumeux quand je suis partie..."

Elle avait failli achever "...de l'Académie." mais se reprit au dernier moment. Elle avait beau avoir toute confiance en Hièlstan, il était des choses dont elle ne ferait pas mention s'il ne devenait pas impossible de faire autrement ; d'autres qu'elle n'aborderait probablement jamais, sinon à demi-mots, et encore.
En attendant, ils parcouraient un joli sentier boisé, qui descendait vers le lac et débouchait sur une petite étendue d'herbe avant une sorte de brève plage et les eaux limpides.
Rilend se déplaçait silencieusement, de son pas souple de félin, légèrement glissant. Hièlstan, constata-t-elle avec plaisir, suivait son rythme ; il ne se vantait donc pas quand il disait marcher régulièrement et longuement le matin.
Elle lui parla de choses et d'autres. De Hien et Alan, et leurs rodomontades de Thüls vantards. Des gamins d'Al-Far et notamment de Séthi, de leurs longues discussions du matin.

"C'est un gamin qui se débrouille plutôt bien, mais il n'y a qu'à le voir et l'entendre pour deviner que, s'il en a l'occasion, il ne restera pas là-bas...et je pense qu'il a les ressources pour. J'espère qu'il aura l'occasion de saisir sa chance..."

Elle n'avait pas encore abordé le sujet de Cara, Ewen et Skif. Ce n'était pas à dessein, mais ce n'était simplement pas encore venu dans la conversation.
Et puis, se remémorant un point de la deuxième lettre de Hièlstan qui l'avait interpellée, elle revint dessus après qu'il ait décrit les pinèdes des Dentelles Vives :

"Tiens, d'ailleurs, dans ta lettre tu disais que c'était pour t'instruire sur un sujet en particulier que tu étais allé là-bas ; qu'est ce que c'était ?"

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Hièlstan Filsèvres
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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Mar 13 Déc 2016, 22:15

Il la regardait siroter le jus de rougeoyeur à la fenêtre, un sourire aux lèvres. Cette femme, quand on lui proposait une table et une chaise, soit elle s'asseyait par terre, soit elle restait debout. Il se demanda s'il y avait une troisième solution ; et si un jour, il la verrait s'attabler.
Ah ! Oui : lors de leur première rencontre, elle avait fait comme tout le monde et s'était glissé sur le banc aux côtés de la petite troupe des égarés de la fête de l'Eté.

Il ne dit rien, laissa flotter ses phrases. Toujours libre, toujours spontanée, elle irait où elle voudrait quand elle voudrait. Sa question, pourtant, n'allait pas aussi loin ; il s'enquérait juste de savoir si elle comptait séjourner chez lui quelques jours ou quelques heures.
Il ne la reprit pas ; ce n'était pas la peine. Ils verraient bien.


__


Il faisait bon, sur les petits sentiers. Il l'amenait de chemin en chemin ; parfois, ils avançaient sur une piste plus marquée, que pouvaient emprunter les chevaux et même des petits chariots, parfois sur des pistes qui sillonnaient au milieu des herbes hautes, celles qu'empruntaient les promeneurs pédestres.
Elle lui racontait son voyage, les anecdotes, elle lui parlait des gens hauts en couleur qu'elle avait côtoyé, des rues d'Al-Far, des toits d'Al-Far, des gens d'Al-Far, mais surtout des enfants.

Elle ne parlait pas d'ici, d'Al-Chen, de qui elle venait voir, de où elle comptait dormir ; elle avait bien failli, plus tôt, et il était certain qu'elle avait failli mentionner cette fameuse académie. Syndrell lui avait avoué qu'il n'était pas sensé être au courant de l'existence de cette endroit, et puis de toute façon il l'avait bien compris tout seul.
Rilend serait peut-être surprise de savoir ce que lui connaissait de sa guilde...

Pendant qu'elle racontait, il entrecoupait la discussion de remarques sur la faune et la flore locale, comme il l'avait fait avec Erhan, Kaizo et Rilend ; une remarque par-ci, une remarque par là, se pencher pour lui montrer une herbe qu'il utilisait pour la toux chez les jeunes enfants, lui indiquer où menait tel chemin, lui raconter que Flèche l'avait déjà empêtré dans tel buisson.
La conversation était légère, agréable ; la marche aussi. Il ne pouvait s'empêcher de la regarder, un peu ; elle avait toujours cette manière souple de se couler d'un pas à l'autre, ce pas très silencieux, très maîtrisé. Etait-ce de marcher sur les toits qui donnait ce pas si glissant ?

Ils marchaient depuis un moment déjà, sans que la conversation ne s'oriente sur le point essentiel de son voyage à elle, mais il ne s'en formalisait pas. Elle lui en parlerait en temps et en heure, si toutefois elle souhaitait lui en parler ; son seul rôle était de lui assurer qu'elle était en confiance si elle souhaitait s'épancher à ce sujet.
Cependant, ce ne serait pas pour tout de suite ; visiblement, elle avait choisi d'aborder un autre sujet.


"Tiens, d'ailleurs, dans ta lettre tu disais que c'était pour t'instruire sur un sujet en particulier que tu étais allé là-bas ; qu'est ce que c'était ?"


Elle ne se doutait probablement pas de l'importance du "sujet en particulier" ; il était partit pour s'entretenir d'une pratique de Rêveurs qui n'était pas enseignée à tous, et qui était tenue discrète. Il eut un sourire en coin.

"Eh bien, ne crois pas que je ne te fasse pas confiance, mais je ne peux pas vraiment t'en parler, à vrai dire. Il s'agit de quelque chose qu'on ne raconte pas. Je ne dirais pas que c'est un secret de Rêveur, mais c'est... Je dirais, c'est similaire à certaines choses propres à la guilde des Marchombres."

Ce ne sont pas des secrets, lui avait dit Syndrell ; mais ce n'est pas pour autant qu'on en parle.
Il lui adressa un coup d'oeil oblique, tandis qu'ils marchaient côte à côte sur un chemin un peu plus large, qui longeait le lac. Exposée au vent, elle était toute décoiffée.


"Le mieux que je puisse te dire, c'est qu'il s'agit d'une chose assez spécifique, et il y avait dans cette confrérie un Rêveur qui la connaissait. Comme des Rêveurs de Chériane y allaient, c'était l'occasion. Ce n'est pas un grand hasard ; beaucoup de Rêveurs auraient pu me renseigner sur ce phénomène, mais aucun d'entre eux ne se trouvaient ni à Chériane, ni à Naoniane. Alors j'ai découvert Krissiane, et j'en suis bien heureux !"

Il sourit, s'arrêta un instant pour poser sa main sur un petit arbre qui poussait vaillamment sur le bord du sentier, tandis que ses collègues se trouvaient relégués plus loin de la rive du lac.

"Je me suis fait à la pinède, au final ; mais en définitive, je me sens bien plus à l'aise dans ce paysage-ci tout de même."


Bien plus à l'aise dans un paysage que tu parcoures à mes côtés ; il chassa cette drôle de pensée avec un sourire, aussi vite qu'elle était venue.
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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Mer 14 Déc 2016, 23:00

Tout au long de la route qui la ramenait d'Al-Far, marchant le long de la caravane, Rilend s'était sentie aussi nerveuse qu'impatiente. Le matin même, sellant Vaillant, elle avait le coeur qui battait la chamade. Le trajet durant et même quand elle avait aperçu le Rêveur, sauté à bas de sa selle, elle était en proie à mille questions et autant d'expectative.
Quel accueil lui ferait-on ? La trouverait-il changée ? Sauraient-ils quoi se dire, seraient-ils toujours aussi à l'aise ensembles ?
Et puis...plus rien.
Quand ils travaillaient au coude à coude auprès de Vaillant, questions et réponses venaient naturellement et le plaisir qu'avait la marchombre à se trouver ici prévalait sur toute nervosité.
Quand, au-dessus de son verre, elle avait croisé le regard de Hièlstan qui l'observait en souriant, son sourire à elle était sincère et franc. Nulle gêne ni nervosité. Elle était simplement, parfaitement, formidablement à l'aise.

Même à présent qu'ils parcouraient les chemins alentours, entre piste cavalière et sentes d'animaux sauvages, Rilend se sentait bien. Son voyage à Al-Far lui avait offert un second souffle, sa réussite l'emplissait d'une vitalité sauvage et sans nom, même d'exaltation. Elle brûlait du désir de partager avec Hièlstan cette toute nouvelle force qui la poussait en avant, au travers de ses mots, de tout son être. Elle aurait voulu lui décrire les plaines du Nord, quand la brume s'élève de la terre au soir tombant, la cité lugubre et si belle pourtant, la chaleur du foyer de Skif, mais il lui semblait qu'elle n'y parviendrait jamais.

Le Rêveur avait cette incroyable présence, apaisante et inspirante à la fois, auprès de laquelle la marchombre silencieuse devenait soudain volubile. Elle sentait qu'il l'écoutait, avec attention et bienveillance, ne l'interrompant que pour lui montrer tel ou tel élément de son univers.
Et là, c'était au travers de ses mots qu'elle sentait à quel point il était attaché à son petit coin de forêt et de lac, comme sa Voie lui plaisait. Elle se laissait alors porter par la discussion, riait de ses mésaventures avec Flèche, suivait du regard le chemin qu'il désignait et l'épiait à la dérobée quand il s'agenouillait devant une plante dont il avait l'usage. Une seconde ou deux à détailler son regard concentré, attentif, avant de s'accroupir à son côté ou de lever à son tour le bras pour cueillir une feuille en l'entendant lui détailler les usages de la plante et la façon de la reconnaître.

Légère, virevoltante comme les quelques feuilles emportées sous les arbres, la conversation allait bon train jusqu'à cette dernière question de Rilend. La marchombre, la posant, adressa un coup d'oeil au Rêveur, en coin, pas exactement certaine d'aborder un sujet qu'elle pouvait soulever. Elle eut le temps d'apercevoir le petit sourire en coin du jeune homme avant qu'il ne lui oppose gentiment une fin de non-recevoir. Rilend l'écouta lui donner quelques éléments de réponse...
Ce fut au tour de la marchombre d'esquisser un léger sourire. Hièlstan était loin d'imaginer la variété de savoirs et de secrets que les marchombres conservaient, soit jalousement, soit par simple incapacité à les partager. Loin.
Chevaucher le vent n'était pas un secret. Le chant marchombre, pas davantage...mais qui d'autre qu'un marchombre aurait pu comprendre et toucher du doigt la nature de ces mystères, de ces entorses à la règle physique établie qui n'en étaient pas moins des paroxysmes d'harmonie ?

Mais après tout, il n'était nul besoin de confier tous ses secrets et non-dits pour que vive une conversation. Pour prendre simplement plaisir à être ensembles.
Ce qui était le cas de la jeune femme et, sans qu'elle n'ose s'avancer davantage de peur de prendre ses souhaits pour des réalités, semblait aussi être celui de Hièlstan.
Elle sentait qu'il lui jetait des coups d'oeil, à la dérobée. Quand elle sirotait son verre, au long des chemins, quand elle rejetait en arrière une mèche noire rabattue par un vent farceur, mais après tout, ce n'était que justice puisqu'elle faisait de même. Et puis, cela ne la dérangeait pas tant...
Elle espérait juste qu'elle ne le déroutait pas trop.
Et sentait, confusément, qu'elle n'avait pas à s'inquiéter de cela.

Suivant le cours de ses pensées, elle lui sourit quand il reprit la parole, tentant un embryon de réponse tandis qu'ils longeaient le lac, au ras de l'eau ou presque. Le regarda arriver à la conclusion qu'il était bien plus à l'aise ici que sous les hautes frondaisons des pins, et s'arrêta presque à ses côtés, le dépassant d'un pas ou deux seulement.
Elle se tenait plus près du lac que lui, en observa quelques secondes les reflets chatoyants puis se retourna avec un sourire chaleureux à son intention :

"Je crois qu'on se sent toujours à l'aise dans un paysage connu. Et, parfois aussi, que le simple fait que ceux qui nous sont chers y soient présents peuvent rendre un lieu familier.
Il ne m'a fallu que dix minutes de discussion avec Skif pour considérer sa maison comme un foyer...alors qu'elle m'était totalement étrangère !"

Silence.
Elle s'était retournée vers le lac sur la fin de sa phrase, mais soudain, lui jeta un coup d'oeil. Bien sûr, ce récit était le prétexte sous lequel Hièlstan l'avait invitée à venir chez lui, mais Rilend hésitait.
Elle n'avait pourtant aucune crainte à relater cet épisode, et même plus, elle avait envie d'en parler à Hièlstan, d'essayer avec lui de mettre des mots sur la force nouvelle qui la poussait en avant depuis ces retrouvailles. Et pourtant...et pourtant, il l'écoutait parler depuis un moment déjà, et elle craignait de l'ennuyer, de le lasser, ou tout simplement de ne pas trouver les mots justes.
Pour cela, elle s'était retournée avec un coup d'oeil incertain au jeune homme. Un regard qui lui suffit pour se rassurer.
Sourire, pudique, presque embarrassé.

Elle se rapprocha de quelques pas et s'appuya de l'épaule, négligemment, à l'autre côté de l'arbre sur lequel Hièlstan avait posé sa main. Les yeux perdus vers le lac, au loin, et face au vent qui soulevait et agitait légèrement ses longs cheveux tandis qu'elle reprenait :

"Je n'étais pas sûre qu'il me reconnaisse, à vrai dire. Moi, je savais à quoi il ressemblait, à vrai dire j'ai passé un certain temps à l'observer depuis le haut d'un toit voisin..."

Elle eut un rire fragile et chargé d'un fond d'autodérision. Avec le recul, il était si facile de se moquer de ses atermoiements d'alors ! Mais comment décrire les nuits troublées, les questions incessantes, l'esprit en ébullition et les mille scénarii qu'il élabore ou, pire encore, les dix secondes passées immobile devant une porte, à trouver le courage de frapper ?

"Pas très courageux, je sais !"

Avec un regard en coin, elle reprit son sérieux et laissa quelques secondes courir, toujours appuyée à son arbre. Et maintenant qu'elle était lancée, elle ne voyait pas comment se taire.

"Il m'a reconnue tout de suite ou presque. Je n'en reviens toujours pas. Ca faisait presque vingt ans qu'il ne m'avait pas serré dans ses bras..."

Sa voix ripa sur le tout dernier mot. Lui revinrent en mémoire la force de Skif, sa peau chaude, sa voix grave et apaisante, jamais oubliée et l'odeur de sa peau, si vivaces. Elle qui n'avait jamais beaucoup aimé les contacts se souvenait avec émotion des bras qui l'enserraient. En vingt ans, l'adolescent grêle était devenu un homme fait, l'amant, un ami et un frère, mais l'étreinte demeurait la même.
Skif, Cara faisaient partie des rares personnes dont elle tolérait les marques d'affection de ce type. Les rares personnes.
Elle coula un regard vers Hièlstan, qui l'écoutait toujours.
Se prit à imaginer...
Revint de son moment de distraction et reprit la parole pour dissiper cette gêne infime, furtive :

"Il a un fils, Ewen. Un gamin adorable, je sais que je t'ai déjà parlé de lui, mais...il m'a adoptée en quelques secondes à peine. C'est un gosse merveilleux. Il a passé la soirée à me réclamer des histoires, et heureusement, Annick, sa mère, est venue à mon secours quand il a fini par s'endormir, pendant que je lui parlais de la Fête de l'Eté."

Elle adressa un clin d'oeil complice à Hièlstan. Lui aussi se souvenait probablement de cette fête délurée, baroque, des rues illuminées et des fêtards en liesse.

"Il ne voulait pas me lâcher ! Et bien entendu, je n'osais pas vraiment bouger de peur de le réveiller... "

Cette fois-ci, le rire était franc, au souvenir de ce petit bout de gamin. Rilend se souvenait d'avoir dit à Skif qu'elle voulait le même. Elle ne démentait pas ce cri du coeur.
Secouant la tête en souriant, elle croisa de nouveau le regard du Rêveur :

"Attachant au possible. Il m'a fait promettre de lui écrire...il ne sait pas encore vraiment lire, mais ça n'a pas l'air de l'arrêter. Et puis, je lui ai promis que je le ferai..."

Elle ne ferait pas défaut à ce petit garçon aux yeux noisette, comme à son père. Elle ne le trahirait pas et pour lui, elle prendrait la plume avec plaisir, pour narrer des histoires de brigands, de caravanes, de paysages exotiques...
Toujours appuyée à son arbre, toujours perdue dans son histoire, à regarder les voiles là-bas sur le lac, elle n'aurait su dire si Hièlstan avait bougé, si il la regardait ou scrutait lui aussi l'horizon. Simplement, elle sentait qu'il l'écoutait encore.

"Ca a été un peu moins simple avec Cara. Enfin, moins simple...
Elle a toujours été dotée d'un certain caractère. Quand nous étions enfants, elle ne passait rien à Skif, et à moi pas grand-chose non plus d'ailleurs !
C'est d'ailleurs peut-être la raison pour laquelle je me suis tournée vers elle quand ma mère a commencé à vraiment ne plus être capable de s'occuper de quoi que ce soit, avant sa mort : Cara a très vite décidé que, si je fréquentais son fils, elle avait son mot à dire sur à peu près tout ce que je faisais et on peut dire qu'elle m'a évité certains écueils..."


Un nouveau silence s'installa.
Pas pesant ni douloureux pour la jeune femme : la mort de sa mère était un sujet enterré depuis longtemps. Son alcoolisme, en revanche, et la façon qu'elle avait eu de ne plus être capable de reconnaître sa fille, était un souvenir aux arêtes encore aiguës sur lequel Rilend ne s'attarda pas. Cara l'avait sauvée de l'abandon le plus total, de la misère et de son cortège sordide. Les rixes, les geôles, les meurtres, la prostitution...au moins s'était-elle cantonnée au vol et à la mendicité.
Cette fois-ci, elle sentait le regard de Hièlstan sur ses épaules et balaya d'un geste léger toutes ces préoccupations anciennes. Elle était adulte, non sans cicatrices certes, mais si elle trébuchait, ce ne serait plus pour les mêmes raisons.
Du moins le pensait-elle sincèrement.

Tandis qu'elle baissait les yeux, sur ses retrouvailles avec Cara, un sourire secret joua sur ses lèvres et dans sa voix :

"Cara a commencé par me passer un savon. Je ne m'attendais pas vraiment à ce qu'elle se mette à crier...le pauvre Skif en était presque à tenter de disparaître dans son fauteuil ! Il n'y a pas grand-monde pour tenir tête à sa mère quand elle hausse le ton.
En fait, elle a même fini, au lieu de me reprocher d'avoir disparu sans une explication, par m'engueuler parce qu'elle était en train de pleurer comme une madeleine par ma faute."


Elle tourna la tête vers Hièlstan pour lui sourire. A son grand soulagement, ses yeux étaient secs - pas loin - et sa voix, relativement ferme quoique vacillante. Mais, tandis qu'elle tentait de lui faire entrevoir le comique de la situation, son timbre passait de l'émotion à la complicité :

"Tu imagines le genre de scène ?
Skif planqué dans un coin, Ewen, censé aller se coucher, occupé à jouer les mouches du coche au coin de la porte, Annick en train de se dire que c'est la deuxième fois en trois jours que les gens fondent en larmes dans son salon et Cara qui me serre à m'étouffer et m'enguirlande en même temps."


Secoue la tête :

"Evidemment, je leur devais une explication. J'ai été impressionnée par la facilité avec laquelle ils l'ont acceptée.
Bien sûr, ils ont été surpris..."


En s'interrompant, Rilend remarqua qu'elle jouait nerveusement avec les feuilles, souples et foncées, d'un lierre qui escaladait le petit arbre. Depuis combien de temps ?
Elle n'en savait rien, ne doutait pas que le Rêveur l'ait remarqué lui aussi et lui adressa un sourire d'excuse en dégageant ses doigts pour reposer sa main sur le tronc.

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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Jeu 22 Déc 2016, 22:40

"Je crois qu'on se sent toujours à l'aise dans un paysage connu. Et, parfois aussi, que le simple fait que ceux qui nous sont chers y soient présents peuvent rendre un lieu familier.
Il ne m'a fallu que dix minutes de discussion avec Skif pour considérer sa maison comme un foyer...alors qu'elle m'était totalement étrangère !"


Un court instant, tout sembla se figer ; le temps, le vent, tout l'intérieur de Hièlstan. Au nom de Skif, il s'arrêta tout simplement, un court moment ; pour muer vers une attitude d'extrême attention.
On y était.

Il ne répondit rien ; il la sentait fragile, dans sa résolution de raconter. C'était un récit personnel, sans doute très intime pour elle ; il n'était, après tout, qu'un Rêveur avec qui elle avait partagé une tasse de thé.
Il laissa poindre sur ses lèvres un petit sourire encourageant ; rien de plus. Il n'enleva pas sa main du tronc lorsqu'elle vint s'y appuyer. Elle contemplait le lac ; lui la contemplait elle.


"Je n'étais pas sûre qu'il me reconnaisse, à vrai dire. Moi, je savais à quoi il ressemblait, à vrai dire j'ai passé un certain temps à l'observer depuis le haut d'un toit voisin..."

Il sentait presque l'angoisse de l'instant passé dans sa voix. L'imaginer tapie sur les toits le fit sourire, intérieurement. C'était si évident...
Il sourit plus franchement pour accompagner son rire fragile. Il avait décidé de se taire, de la laisser raconter jusqu'où elle souhaitait raconter.


"Pas très courageux, je sais !"

Oh que si, eut-il envie de répondre. Arriver jusqu'ici, d'après le timbre de sa voix, cela lui avait déjà demandé beaucoup de courage.
Il ignorait toujours qui étaient Skif et Cara pour elle, ce qu'il s'était passé entre eux, pourquoi elle était partie, mais il n'avait pas besoin de le savoir.


"Il m'a reconnue tout de suite ou presque. Je n'en reviens toujours pas. Ca faisait presque vingt ans qu'il ne m'avait pas serré dans ses bras..."

Là, il ne put sourire ; il sentit un pincement au coeur assez désagréable. Du type du malaise, qu'il ressentait quand il y avait une dissonance avec Théa, ou avec son frère. Quelque chose qu'il n'avait pas ressenti souvent, mais quelque chose qu'il trouvait très dérangeant.
Ainsi donc, ce Skif, l'avait serrée dans ses bras ; comme un ami, ou... ? Elle avait l'air d'y accorder une certaine importance, à ces bras.
Mais Skif avait un enfant ; il s'appelait Ewen, elle en avait parlé dans ses lettres. Seulement, elle n'avait pas parlé de la mère de l'enfant.


"Il a un fils, Ewen. Un gamin adorable, je sais que je t'ai déjà parlé de lui, mais...il m'a adoptée en quelques secondes à peine."

Et elle avait l'air d'avoir adopté l'enfant. Ainsi, elle et Skif...

"C'est un gosse merveilleux. Il a passé la soirée à me réclamer des histoires, et heureusement, Annick, sa mère, est venue à mon secours quand il a fini par s'endormir, pendant que je lui parlais de la Fête de l'Eté."

Tout à coup, il se sentit mieux que jamais. De ce soulagement intense, cet état que l'on atteint que lorsqu'on effectue une montagne russe émotionnelle.
De cette sensation qui nous donne envie de replonger à nouveau, pour la retrouver après.
Ainsi, Skif était en couple. Skif était un ami de Rilend.

Elle lui adressa un clin d'oeil ; il faisait de son mieux pour qu'elle ne détecte rien de son trouble.
Ce qu'il venait de vivre...
C'était trop perturbant. Il ne pouvait pas y réfléchir maintenant, car maintenant, il écoutait Rilend. Cependant, il sentait quelque chose... Un changement.

Il reposa sur elle un regard profond, attentif. Son coeur battait fort, comme pour se remettre.


"Il ne voulait pas me lâcher ! Et bien entendu, je n'osais pas vraiment bouger de peur de le réveiller... Attachant au possible. Il m'a fait promettre de lui écrire...il ne sait pas encore vraiment lire, mais ça n'a pas l'air de l'arrêter. Et puis, je lui ai promis que je le ferai..."

Ainsi, elle avait un bon relationnel avec les enfants. Il se sentit un peu envieux, imagina une petite tête sur ses genoux à lui. Les enfants de Théa et de son frère lui manquaient. Il sourit tendrement, imaginant le petit garçon avec la Marchombre. Elle riait.

Décidement, il se sentait différent. Pour le coup, ça n'était pas vraiment désagréable.


"Ca a été un peu moins simple avec Cara. Enfin, moins simple..."

Il lui accorda à nouveau toute son attention. Elle parlait avec plus d'assurance, maintenant.

"Elle a toujours été dotée d'un certain caractère. Quand nous étions enfants, elle ne passait rien à Skif, et à moi pas grand-chose non plus d'ailleurs !
C'est d'ailleurs peut-être la raison pour laquelle je me suis tournée vers elle quand ma mère a commencé à vraiment ne plus être capable de s'occuper de quoi que ce soit, avant sa mort : Cara a très vite décidé que, si je fréquentais son fils, elle avait son mot à dire sur à peu près tout ce que je faisais et on peut dire qu'elle m'a évité certains écueils..."


Ainsi, la mère de Rilend était décédée, dans des circonstances probablement malheureuses. Il fut heureux de sentir que la Marchombre avait fait son deuil.
C'était une bonne chose. Tant de gens étaient coincés des années durant par un décès...
Cara, en tout cas, avait l'air d'être une femme bien. Il attendit la suite sereinement, la laissa prendre la pause qu'il fallait ; elle venait de lâcher beaucoup d'informations d'un coup.


"Cara a commencé par me passer un savon. Je ne m'attendais pas vraiment à ce qu'elle se mette à crier...le pauvre Skif en était presque à tenter de disparaître dans son fauteuil ! Il n'y a pas grand-monde pour tenir tête à sa mère quand elle hausse le ton."

Il sourit, en imaginant une Rilend contrite comme une enfant qu'on gronde.

"En fait, elle a même fini, au lieu de me reprocher d'avoir disparu sans une explication, par m'engueuler parce qu'elle était en train de pleurer comme une madeleine par ma faute."

La scène était cocasse, mais parfaitement compréhensible. Elle le fit sourire de plus belle. Voilà une femme qui savait mener son monde !

"Tu imagines le genre de scène ?
Skif planqué dans un coin, Ewen, censé aller se coucher, occupé à jouer les mouches du coche au coin de la porte, Annick en train de se dire que c'est la deuxième fois en trois jours que les gens fondent en larmes dans son salon et Cara qui me serre à m'étouffer et m'enguirlande en même temps."


Il hocha de la tête, même si ses yeux pétillants parlaient d'eux-même ; oui, il imaginait bien la scène. Il voyait la main de Rilend qui jouait avec les feuilles, sans qu'elle ait vraiment l'air de s'en rendre compte.
Son sourire devint attendrit.


"Evidemment, je leur devais une explication. J'ai été impressionnée par la facilité avec laquelle ils l'ont acceptée.
Bien sûr, ils ont été surpris..."


L'explication elle ne la lui donna pas. Il laissa le silence s'installer un instant, pour lui permettre de reprendre son récit si elle le souhaitait. Elle avait les yeux perdus dans le lac. Perdus dans ses pensées.
Lui, ne parvenait plus à penser à grand-chose. Il était dans un état de flottement étrange. Il avait l'impression d'avoir eu une révélation. Il se sentait bien.
Au bout d'un moment, le regard de Rilend se fit moins flou, elle le ramena à lui. Il sut qu'il pouvait prendre la parole.


"Je suis très content que ce se soit si bien passé. Tu voies, il n'y avait rien à craindre. Tu dois être soulagée, et vraiment heureuse de les avoir retrouvés, non ? Et ce doit être réciproque pour eux."

Une femme comme ça, qui n'aurait pas eu envie de l'avoir dans sa vie ?


"Il a quel âge, ce petit garçon, Ewen ?"

Il ne se souvenait pas qu'elle lui avait dit. Il sentait qu'il s'aventurait sur un terrain glissant ; déjà, son coeur se faisait plus lourd à l'idée d'un enfant qui gambade. Ses espoirs se réveillaient toujours ; peut-être que lui aussi, un jour...
Mais non, ce n'était pas possible, ça n'allait pas. Il fallait faire des choix.

Mais l'attrait du rire qu'il imaginait, du souffle endormi et paisible, de l'excitation du gamin face aux récit de Rilend... Tout cela éveillait tellement d'envies en lui, il ne pouvait se retenir d'en demander un peu plus, pour nourrir ses fantasmes les plus fous, ses rêves les plus lointains, ses souhaits les plus forts...
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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Jeu 22 Déc 2016, 23:04

Yeux gris et yeux noisettes.
Comme une évidence absolue.

"Oui, je ne regrette pas d'avoir entrepris ce voyage. Il me manquait ça... Et nous avons eu du mal à nous séparer quand est venue l'heure de revenir à Al-Chen."

Regard pénétrant.

"Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi complète."


Auprès d'eux, là bas.
Ici, au bord du lac.

"Tu sais, tu as bien fait de m'encourager à y aller... "

Sourire éclatant.
Tendre, aussi.

" Merci. "

Instant suspendu.
Se reprend, sans détourner les yeux :

" Ewen ? Il a cinq ans... Pas bien vieux, mais suffisamment pour s'émerveiller et rêver de découvrir le monde. J'ai hâte de voir ce qu'il deviendra."

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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Mar 27 Déc 2016, 17:38

"Oui, je ne regrette pas d'avoir entrepris ce voyage. Il me manquait ça... Et nous avons eu du mal à nous séparer quand est venue l'heure de revenir à Al-Chen."

Il partagea son regard. Il se demandait si un jour, il ressentirait une chose pareille. Si un jour, il trouverait ce qui lui manquait. Si un jour, il saurait saisir l'opportunité de l'avoir, et...

"Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi complète."

... et d'être complet. Il lui sourit, sincèrement heureux pour elle.

"Tu sais, tu as bien fait de m'encourager à y aller... "

Oui, c'était vrai, il avait joué un petit rôle dans toute cette histoire, et il en était plutôt content. Il avait su être d'assez bon conseil pour qu'elle rayonne maintenant en face de lui, d'assez bon conseil pour qu'elle lui sourit de ce sourire là.

" Merci. "

Ce mot, elle n'aurait même pas eu besoin de prononcer. Toute son attitude le clamait. Elle lui était reconnaissante ; mais lui savait qu'il n'avait, au final, pas fait grand chose. N'importe quel autre déclic aurait pu la pousser là-bas, n'importe lequel de ses amis. Le chemin parcouru, elle ne le devait qu'à elle-même.
Il fut presque surpris quand elle reprit la parole sur un ton badin, qui tranchait avec les instants d'avant. Il y avait un temps pour tout...


"Ewen ? Il a cinq ans... Pas bien vieux, mais suffisamment pour s'émerveiller et rêver de découvrir le monde. J'ai hâte de voir ce qu'il deviendra."

Oui, cinq ans, il voyait bien. A cinq ans il savait qu'il voulait être Rêveur. Théa avait un fils qui avait cinq ans. Il se rappelait bien la fête d'anniversaire des cinq ans de l'aîné de son frère, qui avait supplié d'avoir le droit de monter en bateau. Quand à la fille de Théa, à cinq ans, elle était déjà le portrait craché de sa mère.
Souvent, quand il s'imaginait père, il s'imaginait avec un enfant de cet âge là. Un enfant qui a soif de curiosité, un enfant qui babille et babille encore et qui essaye de jouer au grand, mais un enfant qui vous prend par la main, qui vous demande une histoire le soir et qui s'endort dans vos bras.

Il ferma les yeux.

Il fallait qu'il arrête avec ça.


"Peut-être que tu l'inspireras, et qu'il suivra ta Voie. Qui sait ?"

Après tout, elle semblait avoir marqué l'enfant. Il se demanda brièvement à partir de quel âge les Marchombres accueillaient des apprentis dans leurs rangs, s'il y avait une limite. Certes, l'entraînement physique intensif semblait peu approprié à un petit enfant mais peut-être leurs enseignaient-ils des préceptes, peut-être leur apprenait-il à apprendre...
Lui-même aurait été bien en peine de définir l'âge auquel il avait commencé son apprentissage auprès des Rêveurs.


"Ce n'est pas trop compliqué, pour les gens de ta guilde, de concilier vie familiale et... Et votre soif d'aventure, de voyage, de découverte ? Un enfant, ça doit changer beaucoup de choses, tout de même..."


[Tout ptite réponse, mais au moins tu culpabilieras pas si tu répoonds en dialogue :p]
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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Mar 27 Déc 2016, 23:12

Il l'écouta longtemps, sans parler, simplement présent par ses yeux, son sourire.
Elle se sentait bien dans ce regard là ; centre de cette attention sans faille, elle se montrait moins sauvage, plus encline aux confidences. Elle n'éprouvait nul besoin de préciser sa pensée sinon par ces silences partagés où elle se serait lovée en ronronnant si elle avait été Panthère et non femme.

En attendant, humaine et marchombre, Rilend expérimentait, une nouvelle fois et sous une nouvelle forme, l'Harmonie à laquelle elle aspirait. Partout, elle la sentait, dans le complexe tableau que composaient les bruits du lac, l'odeur de l'herbe et des arbres aux portes de l'hiver, la brise qui agitait ses cheveux et la présence apaisante du Rêveur à ses côtés.
Un instant suspendu de plus, qu'elle laissa flotter entre eux. Un silence, encore un, léger et si riche de sens qu'elle regretta de le rompre quand elle répondit à la question de Hièlstan.

Mais de tels moments ne trouvent leur sens que parce qu'éphémères.

Il parut satisfait de sa réponse, même, peut-être ? heureux, et son regard se fit vague quelques secondes durant lesquelles elle demeura là, à côté de leur arbre. Tranquillement, la marchombre l'attendait. Curieuse, aussi : quelles images cette simple réponse éveillait-elle en lui, pour qu'il demeure ainsi songeur ? Peut-être connaissait-il simplement un garçon de l'âge d'Ewen, et qui lui était cher.

Peut-être en avait-il un à lui ?

Rilend ne savait au final pas grand-chose de la guilde de Hièlstan, presque rien. Les Rêveurs étaient-ils autorisés à prendre femme, à avoir auprès d'eux une famille, ou leur bure les condamnait-elle aussi à la solitude ? Que ce soit le cas aurait surpris la marchombre, tant étaient rares les restrictions de ce type au sein des guildes qu'elle fréquentait.
Mais, après tout, la jeune femme n'avait pratiquement jamais eu affaire aux Rêveurs, et, ne fréquentant guère les villes ni ses semblables, elle n'avait même que très peu entendu parler d'eux. Peut-être les Rêveurs n'avaient-ils pas de famille à eux. Peut-être, au contraire, avaient-ils le droit d'être pères de famille.

Si tel n'était pas le cas, la marchombre les plaignait sincèrement. Les quelques jours passés auprès de Skif et des siens lui avaient fait miroiter un futur possible, dévoilé une facette d'elle-même qu'elle ne faisait que soupçonner jusque là. Elle avait toujours apprécié les enfants, bien entendu. Dans la famille de fermiers qui l'avait recueillie, elle avait pris plaisir à fréquenter les plus jeunes et à les encadrer. Elle les avait jugés attachants parce que bien élevés, se disait-elle souvent. Auprès des gamins d'Al-Far, la marchombre s'était convaincue que son attitude protectrice venait de son propre passé de mendiante, et il y avait probablement là un fond de vérité.

Mais les récentes discussions avec Cara, le sourire du petit garçon de Skif et Annick teintaient de nouvelles couleurs ce tableau rassurant.
Nombre de convictions simples et faciles vacillaient depuis ses retrouvailles avec son frère.

Rilend se secoua et son attention revint à Hièlstan, encore ailleurs. Son regard doux et lointain l'émut d'une façon qu'elle n'aurait su décrire et, quand il ferma brièvement les yeux et se reprit, revint à elle, elle fit de son mieux pour bannir son trouble.

"Peut-être que tu l'inspireras, et qu'il suivra ta Voie. Qui sait ?"

Les yeux de la marchombre dérivèrent une seconde.

« Peut-être... »

Peut-être.
Mais les marchombres et leur liberté farouche n'étaient pas de ceux que les petits choisissaient spontanément. Il était ardu pour de si jeunes êtres de saisir les concepts qui sous-tendaient la philosophie de ses semblables. Et si certains êtres découvrent tôt leur Voie et ne doutent plus jamais, Rilend avait peine à croire qu'un si jeune enfant puisse appréhender l'immensité de la route des marchombres.
Mais d'ici cinq, dix ans ?
Elle ferma les yeux à son tour, imagina en souriant, dans un moment de doux rêve, guider le fils de son frère et meilleur ami sur la Voie...

"Ce n'est pas trop compliqué, pour les gens de ta guilde, de concilier vie familiale et... Et votre soif d'aventure, de voyage, de découverte ? Un enfant, ça doit changer beaucoup de choses, tout de même..."

Il était parfois étrange de constater à quel point les pensées de deux êtres distincts pouvaient prendre le même tour. C'était ce à quoi songeait Rilend en rouvrant les yeux, posant son regard gris sur Hièlstan qui avait à son tour rompu le silence.

Et en silence, brièvement, sans détourner le regard cette fois, elle réfléchit à la question avant de répondre.
Etait-ce si compliqué ?
Il y avait Libertée, et il y avait Erwan. Mère et père, chacun de leur côté, et bien d'autres encore qu'elle ne connaissait pas. Des enfants de marchombres, il y en avait toujours eu, et elle avait encore en tête le sourire et la voix aiguë d'une petite gamine qui refusait de se faire oublier, aux côtés d'Erwan, le jour de son Ahn-Ku...
Alors, c'est avec une certaine confiance qu'elle répondit :

« Je ne parle pas d'expérience, bien sûr, mais...deux de mes maîtres étaient aussi parents. Et...pas moins marchombres pour autant. Pas plus sédentaires, non plus !
Ils se débrouillaient pour ne pas trop s'exposer au danger avec leur enfant, mais en réalité, c'est ce que nous faisons la plupart du temps : les marchombres ne sont pas à proprement parler des risque-tout ou des casses-cou. Quand ils n'avaient pas le choix, ils le laissaient auprès de leur famille ou d'amis.
Après, cela dépend de ce que tu appelles « vie familiale ». C'est vrai, je vois mal un marchombre coller au schéma habituel, rester à la maison avec compagnon et enfant... »


Elle ne rit pas, seul un très léger sourire flotta sur ses lèvres.
Elle était sérieuse.
Même à l'Académie, elle ne saurait demeurer des années entières, sinon par épisodes. La sédentarité ne faisait pas à proprement parler partie de ses aptitudes, il en était ainsi des siens, de sa Voie...mais elle n'en était pas moins convaincue qu'on pouvait être marchombre et mère.
Du moins, elle l'espérait.

« Je dois néanmoins reconnaître que tous ceux que j'ai connus étaient en couple avec un Marchombre ou...un Envoleur. Quelqu'un qui partageait dans une certaine mesure ou en totalité leur philosophie et leur mode de vie. Qui le comprenait.
Je me demande si une telle situation serait acceptable pour quelqu'un d'autre qu'un marchombre ?»

Elle jeta un regard interrogateur à Hièlstan. Pour le coup, Rilend n'avait pas vraiment de point de comparaison à disposition ; elle ne connaissait pas grand-chose de la vie « normale », infiniment moins que lui en tous cas. La question qu'elle avait soulevée à demi-mots, elle ne saurait y répondre.
Etait-il possible qu'un homme, pas marchombre, accepte une compagne sans cesse par monts et par vaux, rarement au foyer ?

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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Mar 27 Déc 2016, 23:40

"Un Envoleur ?"
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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Mar 27 Déc 2016, 23:53

"Euh...oui.
C'est un peu compliqué à expliquer."


Et surtout, je ne sais pas trop jusqu'où je peux t'expliquer.

"Ils ont sensiblement les mêmes capacités physiques et aptitudes que les Marchombres, mais ils...
Enfin, tu te souviens de cette discussion que nous avions eu, à propos d'Harmonie, d'Equilibre ?
Eh bien...les Envoleurs sont souvent confondus avec les Marchombres par ceux qui les rencontrent, mais ils en sont en réalité très différents.
Je n'irais pas jusqu'à dire qu'ils sont nos adversaires, ce n'est pas entièrement vrai, mais...leurs motivations sont plutôt opposées à celles des Marchombres, en général. Plutôt éloignées de la Voie."


Un silence. Regard grave.
Qu'est-ce que j'ai le droit de lui dire ? Où va m'entraîner cette conversation ?

"On les appelle aussi les Mercenaires du Chaos."

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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Mer 28 Déc 2016, 15:52

"Mercenaires du Chaos... D'accord. Ne m'en dit pas plus, je ne suis pas sur d'être sensé être au courant de tout ça... Je n'en avais jamais parlé avant.
Mais pour le coup... Il me semble comprendre certaines choses... Ou plutôt certaines personnes, que j'ai croisées dans le coin. C'est... C'est intéressant."


[réflexion]

"Crois-tu qu'il représente un danger pour nous, je veux dire, les gens extérieurs à vos guildes ? S'ils cherchent le chaos... S'attaquent-ils aux autres pour le semer ?"
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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Mer 28 Déc 2016, 16:08

[coup d'œil intrigué, un éclair vif de compréhension]

"Certaines personnes... "


[réfléchit à la question. Frissonne légèrement]

" Je n'en ai aucune idée. À vrai dire, je ne cherche pas vraiment à les fréquenter...
Sciemment ? Je ne sais pas. Je pense que ça dépend plutôt des personnes en elles-mêmes que des guildes. Ceux que je connais... Pourraient le faire, pour certains, et pour d'autres non. Selon les circonstances. "

[petite grimace d'excuse]

" Ce n'est pas très précis comme réponse, mais je n'ai pas mieux..."


[frissonne de nouveau et joue avec les feuilles de l'arbre, un peu nerveusement]

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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Mer 28 Déc 2016, 17:13

[rit]

"Je crois comprendre que les relations entre Marchombres et... "Envoleur", ne sont pas des plus simples. Ne cherche pas à être plus précise. J'ai le sentiment qu'il vaut mieux que je n'en sache pas de trop. En fait, je crois que j'en sais déjà beaucoup trop !"

[regarde ses doigts agités]

"Et toi, Rilend, tu n'as pas de compagnon ?"



[la questioooon Surprised]
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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Mer 28 Déc 2016, 18:55

Le rire de Hièlstan brisa la gangue de nervosité qui s'emparait de Rilend. La marchombre sourit, plus détendue, tandis que le jeune homme reprenait :

"Je crois comprendre que les relations entre Marchombres et... "Envoleur", ne sont pas des plus simples. Ne cherche pas à être plus précise. J'ai le sentiment qu'il vaut mieux que je n'en sache pas de trop. En fait, je crois que j'en sais déjà beaucoup trop !"


La jeune femme opina du chef, plutôt soulagée que le Rêveur ne creuse pas davantage le sujet. Le sujet des Envoleurs la mettait mal à l'aise et, plus encore, elle redoutait de fournir à son interlocuteur des informations qui le placeraient en porte-à-faux, voire le mettraient en danger.
Les mots de Hièlstan indiquaient qu'il avait bien perçu sa gêne et, espérait-elle, sous-entendaient qu'il n'irait pas trop user de ce savoir-là. Elle en était rassurée.

"C'est peut-être mieux, oui."

Notant le regard du jeune homme sur ses doigts qui s'emmêlaient - encore ! - dans les feuilles, elle les dégagea en souriant. Les crins de Vaillant, les brins d'herbe, les franges d'un coussin : tout était sujet à manipulation quand sa nervosité augmentait. C'était une habitude dont elle avait en règle générale conscience, dont elle savait se départir en société ou dans des circonstances imposant d'afficher une apparence de calme parfait.
Simplement, ce matin - ce midi, d'ailleurs ? - elle agissait sans carapace. Pour quelqu'un d'aussi réservé que la marchombre, relater un épisode comme son voyage à Al-Far, mentionner ses émotions, aborder un sujet aussi délicat que celui des Envoleurs était propre à faire voler en éclats tous ses boucliers. Et ressurgissaient alors les vieilles habitudes...

La question suivante, sans la surprendre vraiment, la prit légèrement de court. Mais, après tout, elle s'inscrivait plutôt dans la continuité du sujet qu'ils avaient abordé juste avant de dériver sur les Mercenaires du Chaos. Et puis, cela ne dérangeait pas vraiment Rilend d'y répondre. Quelles que soient les circonstances, elle ne faisait que rarement mystère de son statut de célibataire !

"Et toi, Rilend, tu n'as pas de compagnon ?"

"Moi ? Non."

Elle avait répondu avec un parfait naturel, détendue cette fois et négligemment appuyée contre son arbre. Elle tourna un sourire vers Hièlstan, manqua lui demander pourquoi il lui posait la question et puis se ravisa avant même d'avoir formulé la phrase en esprit. A la place, elle la lui renvoya, presque autant par automatisme que par curiosité. Peut-être un peu plus par curiosité, tout de même :

"Et toi ?"

Leurs plaisanteries sur le sujet, il y avait un mois de cela, semblaient indiquer que Hièlstan était célibataire mais après tout, ils n'avaient jamais clairement abordé ce sujet. C'était étrange, comme on pouvait parfois approfondir une conversation en ne sachant finalement que très peu de choses de son interlocuteur.
A vrai dire, Rilend ne s'était jamais posé la question non plus.

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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Jeu 29 Déc 2016, 15:59

"Moi ? Non. Et toi ?"

Il tourna vivement les yeux vers elle. Il s'en était douté. Ils avaient effleuré le sujet la dernière fois, brièvement, mais elle n'avait jamais mentionné qui que ce fût...
Sans étonnement, il constata qu'il en était soulagé. Il avait compris que cela ne lui serait pas agréable qu'elle ait une relation amoureuse avec un homme ou avec une femme ; il avait voulu vérifier si cela lui serait agréable de savoir que ce n'était pas le cas.
Ca l'était, bien.

Il pouvait aussi constater l'instant d'inquiétude qui l'avait pris, la seconde avant qu'elle ne réponde. Ainsi, ces histoires ne le laissaient pas indifférent, et c'était peut-être bien la première fois.
Quand Théa avait eu des petits-amis, ça ne l'avait pas laissé indifférent, car il s'était senti jaloux de l'attention qu'elle leur accordait, mais ce n'était pas avec ces palpitations dans le coeur, ce n'était pas avec cette émotion.

Là, oui, c'était différent. Etait-ce la raison pour laquelle elle hantait si fort ses pensées, depuis la dernière fois ? Etait-ce la raison pour laquelle il la voyait d'une manière un peu différente de toutes les autres femmes qu'il fréquentait ?

Il se sentait un peu comme en méditation ; il ne paniquait pas, il n'était pas agité, il était très serein, détaché, il contemplait son intérieur avec calme. Oui, il se passait des choses étranges en lui.
Il allait les laisser se passer, s'installer, les goûter du bout des lèvres, les effleurer, tenter de les comprendre, sans s'affoler.


"Non plus. Je ne crois pas que ce soit une grosse surprise."

Il lui fit un clin d'oeil complice. Un Rêveur solitaire, qui habitait en ermite au bord du lac Chen dans une toute petite maison... Lui en couple, vraiment ?

Il s'étira, fit craquer son dos. Se demanda si, elle aussi, sa réponse lui faisait quelque chose.


"Pour en revenir à ce que tu disais avant, je crois qu'un Marchombre pourrait être avec quelqu'un qui ne partage pas le même mode de vie. Non pas que je sois un maître de la question mais... De ce qu'on m'a dit ou de ce que j'ai pu constater, l'acceptation peut être grande, si... Si on aime. Qui sait ? Il y a des gens qui ne cherchent pas vraiment le "modèle familial traditionnel", comme tu l'appelles."

D'un signe de tête, il lui proposa de reprendre leur chemin. A rester immobile comme ça, il commençait à faire frais, il se frotta les mains pour les réchauffer.

"Il y a des gens, je pense, qui ne sont ni des Marchombres, ni des Envoleurs, mais qui aiment le voyage, l'aventure, ou tout simplement, qui tiennent à leur solitude."

Comme lui, mais il ne le dit pas. Lui ne pouvait tout simplement pas être en couple comme l'étaient son frère, ou Théa. Il ne pouvait pas se consacrer à une seule personne, il se devait de se consacrer à tous ceux qui le demandaient.
Jamais il n'avait eu envie d'être avec une femme, de toute manière, alors le problème ne s'était jamais vraiment posé.
Il aimait sa solitude, sa liberté, sa concentration, ses longues méditations et ses balades en tête à tête avec lui-même.
Mais peut-être qu'après tout, il aimait aussi beaucoup passer du temps avec la femme qui marchait à ses côtés.
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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Ven 30 Déc 2016, 00:04

Quand elle lui répondit, elle croisa son regard, brièvement ; elle fut heureuse de s'apercevoir qu'il attendait la réponse, au moins un peu plus que pour une question machinale. Elle ne s'attarda pas là-dessus : depuis quelques jours, Rilend savait plutôt bien où elle en était sur ce sujet. Depuis, à vrai dire, son voyage de retour d'Al-Far.
Cette impression, encore renforcée au cours des dernières heures, se muait peu à peu en certitude.

"Non plus. Je ne crois pas que ce soit une grosse surprise."

Malgré la vivacité de son premier coup d'oeil, Hièlstan avait à son tour répondu, paisiblement, et la fin de sa phrase amusa la marchombre. Il avait raison, bien sûr...ce n'était en rien une vraie surprise, mais il n'empêchait qu'elle était plutôt contente de l'entendre.
Elle lui fit un sourire complice, presque exactement au moment où lui lui adressait un clin d'oeil, et cette parfaite synchronicité tira un second sourire à la marchombre.

La réponse du jeune homme lui était agréable et, plus encore que l'information en elle-même, l'échange. Rilend se doutait bien que la question de Hièlstan n'était pas anodine. Plus jeune, elle se serait inquiétée, aurait redouté de s'être dévoilée. Adulte, elle y réagissait avec sérénité : et qu'importe, si c'est le cas ?
Après tout, depuis leur première rencontre, la franchise et la délicatesse étaient parmi les maîtres-mots de leur relation.

Tandis qu'il s'étirait, Rilend fit quelques pas dans l'herbe, regardant d'abord le lac, puis le Rêveur à nouveau, qui finissait de détendre son dos en reprenant :

"Pour en revenir à ce que tu disais avant, je crois qu'un Marchombre pourrait être avec quelqu'un qui ne partage pas le même mode de vie. Non pas que je sois un maître de la question mais... De ce qu'on m'a dit ou de ce que j'ai pu constater, l'acceptation peut être grande, si... Si on aime. Qui sait ? Il y a des gens qui ne cherchent pas vraiment le "modèle familial traditionnel", comme tu l'appelles."

Avec un petit sourire en coin, elle acquiesça d'un signe de tête, ne jugeant pas utile de préciser qu'elle avait utilisé cette expression assez éculée faute de mieux ; elle espérait qu'il s'en doutait ! Et puis, pinailler n'était pas franchement dans ses habitudes ; elle était même assez surprise d'en éprouver l'envie.

Hièlstan paraissait en avoir assez de demeurer sur place : d'abord, il s'étirait, et voilà maintenant qu'il lui suggérait de reprendre leur promenade. N'y voyant aucune objection, elle avança à pas d'abord lents sur le chemin, puis légèrement plus rapides quand elle retrouva le rythme initial de leur cheminement. Fermant les yeux, un peu comme un chat au soleil, la jeune femme leva légèrement le visage pour le plaisir de sentir le vent sur sa peau, quelques secondes, et la chaleur du soleil intercalée entre deux souffles de brise. La beauté de la matinée se confirmait, le soleil au zénith dispensant une lumière plus crue, mais néanmoins adoucie, car déjà hivernale. Le fond de l'air était certes frais, mais pur, et la marchombre ne craignait pas franchement les basses températures. Il lui semblait néanmoins se souvenir que son compagnon de route avait laissé entendre que lui, oui.
Rilend rouvrit les yeux quand le Rêveur acheva son discours en se frottant les mains :

"Il y a des gens, je pense, qui ne sont ni des Marchombres, ni des Envoleurs, mais qui aiment le voyage, l'aventure, ou tout simplement, qui tiennent à leur solitude."

Cette fois-ci, c'est elle qui lui jeta un coup d'oeil vif. Elle était presque prête à parier qu'il était du nombre : sa maison, isolée au bord du lac, sa façon de s'éclipser discrètement à la Fête de l'Eté, même certaines de ses attitudes, indiquaient en lui le solitaire...mais elle aurait été bien mal placée pour le lui reprocher. Et elle ne le lui reprochait aucunement.
Elle sourit tranquillement en écartant d'un revers de main une branche insolente qui, maintenant qu'ils étaient revenus dans les fourrés et cheminaient vers la maison, lui barrait le passage. L'air embaumait la verdure et les fleurs tardives, les aiguilles des rares résineux, tandis qu'elle répondait après un moment de silence :

"Tout à fait, ce sont des traits de caractère qui ne sont heureusement pas exclusifs aux Marchombres."

Et la conversation reprit, balançant entre Al-Far, les Dentelles Vives et les quelques souvenirs - d'escalade et de plongeons - qu'en avait Rilend, ceux, différents, de Hièlstan, les vallons du Nord et sa société de fermiers et de voyageurs. S'y intercalaient de loin en loin des plantes, et notamment des simples. La marchombre était émerveillée de la variété des végétaux utilisables pour soigner.

Etant d'une nature plutôt contemplative, elle ne cessait d'observer le monde qui l'entourait, notamment faune et flore, avec un regard d'enfant curieux, époustouflé. Indépendamment de leur intérêt pour elle en tant qu'aventurière, les leçons de Hièlstan étaient donc du pain béni pour elle. Elle y trouvait une autre manière de toucher du doigt l'infinie et merveilleuse complexité du vivant. Cavalière, voyageuse, Panthère et chasseresse, Rilend ajoutait à travers les mots du Rêveur une nouvelle façon d'appréhender son univers.
Elle adorait cela.
Elle avait toujours aimé apprendre, tout et n'importe quoi, et plus encore si c'était inutile - ce n'était jamais inutile ! C'était la raison pour laquelle, quand elle s'agenouillait ou levait la tête vers une plante que lui désignait le jeune homme, les yeux de la marchombre brillaient d'un intérêt et d'une soif de découverte non feints.
Parfois, on voyage alors qu'il suffit de regarder sous ses pieds pour découvrir l'exotique...
L'incongruité de la pensée subite, autant que sa vérité, la firent sourire. Elle ne put s'empêcher de la partager.

"J'ai voyagé aux quatre coins de l'Empire ou presque, et pourtant, il me suffit de baisser les yeux pour découvrir tout un monde que j'ignore, ou presque."

Clin d'oeil.

"A vrai dire, je trouve cela plus rassurant qu'autre chose."

Sur la fin de leur promenade, tandis qu'il traversaient une petite forêt, la conversation glissa plutôt sur la faune locale et cette fois-ci, la jeune femme put participer elle aussi. Hièlstan vivait dans ce territoire giboyeux, certes, mais elle, elle avait dans l'esprit les souvenirs troubles de chasses nocturnes endiablées ; la Panthère connaissait par coeur, par l'instinct et l'habitude, le comportement de ses proies. La partie intelligible de ce savoir hors normes profitait également à Rilend, dans une certaine mesure.

Elle se garda bien de préciser d'où lui venait ces connaissances !
La Panthère était peut-être le sujet le plus intime qui soit, et l'évoquer devant sa famille adoptive avait déjà constitué une épreuve. La marchombre ne se voyait franchement pas décrire le fauve, ses nuits de course à la lune, sa macabre découverte de Celle qui vivait en elle, à Hièlstan.
Ce qu'elle redoutait ?
Sa réaction, bien sûr.

Quand ils arrivèrent en vue de la petite maison sur le lac, un hennissement tonitruant les arrêta, en provenance de l'écurie. Rilend ne put retenir un sourire attendri, et jeta un regard à Hièlstan pour voir si il partageait son amusement devant le salut de Vaillant.
Quand ils franchirent la porte de la maison, elle nota qu'elle avait faim, un peu.
L'heure du repas avait sonné depuis bien longtemps



[aux fourneaux, Hièlstan ! Very Happy ]

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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Mer 04 Jan 2017, 22:11

La suite de la balade se déroula comme elle avait commencé ; sans anicroches, autour de discussions légères, de découvertes mutuelles. Il s'efforçait de ne pas laisser de trop longs blancs afin de ne pas se perdre dans ses pensées ; il n'en avait pas envie, pas maintenant. Là, il était juste bien. Il observait, mais pour observer calmement, il fallait qu'elle continue à le tenir à l'extérieur de lui-même.

Il se sentait comme élevé ; il avait atteint cet état duquel il était assez familier, cette impression -qui n'en était peut-être pas une- d'avoir atteint un degré de conscience supérieure.
C'est une chose que toute personne qui médite expérimente.
Il se sentait plus éveillé, plus attentif, à lui comme au monde. Il remarquait plus de détails, ses ressentis étaient plus forts. Son corps était fort et ferme, ses pas surs, et Rilend avait toujours cette démarche souple, comme tous les Marchombres qu'il avait rencontrés jusque là.

Marchombre ou Mercenaires...
Cette distinction, apparemment subtile, expliquait-elle l'identité de personnes comme Kaünis ? Etait-ce de là que venait son côté sombre et dangereux, était-ce la clef de ses étranges rapports avec Syndrell ?
Libertée et sa greffe étrange qu'il n'avait pu cerner... Etait-ce une greffe de Mercenaire, ou quelque chose de similaire ? Les Mercenaires avaient-ils une greffe ?
Ca ne le regardait pas, mais ça l'intriguait toujours.

Il était néanmoins touché que Rilend lui ait parlé de tout ça ; à sa gêne, il avait deviné qu'il s'agissait là d'un sujet que l'on n'abordait pas avec n'importe qui.
Ainsi, pour elle, il n'était pas n'importe qui.

Cette danse du coeur, cette bouffée de bonheur, ces sourires irrépressibles, que c'était bon ! Théa avait essayé de lui en parler maintes et maintes fois, mais il n'avait pas soupçonné que ce pouvait être cela.
C'était presque aussi fort que quand il se laissait aller, l'esprit embrumé par l'herbe du Rêveur, à imaginer ses enfants vagabonder autour de lui. Mais cela, il ne se permettait pas d'y penser l'esprit clair, et il chassa aussitôt ces images de sa tête, aidé par un rire de Rilend.


___

"J'espère que tu aimes les légumes ? J'en ai ramené plein du marché, hier, et on m'a offert un lapin aussi, pour mon retour... Les gens ici sont vraiment adorables."

Il se frotta les mains pour les réchauffer, s'aidant de son haleine qui paraissait bouillante sur sa peau glacée. Il alla vers la petite cheminée pour y remuer les braises et relancer un petit feu ; il faisait décidément bien trop froid pour lui, et pourtant l'hiver ne faisait que commencer...

"Je ne te propose pas de manger sur les bords du lac..."

Il avait failli s'aventurer à dire "on fera ça en été", mais il craignait d'être un peu présomptueux en supposant que l'été venu, elle aurait toujours envie de le voir.
Il alla vers la cuisine pour soupeser les ingrédients à sa disponibilité et se décida pour la composition du plat ; ce serait un ragoût d'hiver, de ceux qui vous tiennent au ventre et qui vous invitent à vous contenter d'une soupe frugale le soir venu.
Il s'excusa auprès de Rilend et sorti quelques secondes pour récupérer la carcasse du lapin qu'il avait laissée au frais. Cette toute petite sortie en solitaire suffit à lui ébullitionner l'esprit.

Il n'était pas dupe. Il n'avait pas apprécié imaginer Rilend avec un autre homme. Il était trop heureux quand elle était là. Cette femme lui plaisait, depuis le début elle lui plaisait, oui mais lui plaisait d'une manière différente, et il en était un peu étourdi.
Il aurait mieux fait de bien écouter sa meilleure amie, quand elle lui racontait des histoires comme ça, plutôt que de gentiment lui dire que cela ne le concernerait jamais puisqu'il ne prendrait pas femme !

Cette décision, avait-elle changé ?
Depuis des années maintenant, il ne souhaitait pas avoir une compagne, mais alors aucune femme ne lui avait jamais plu. Il fallait cependant qu'il garde à l'esprit que depuis des années, il savait qu'il ne devait pas se laisser aller aux choses de l'amour, que ce ne serait pas compatible avec sa voie.

Il se retrouva devant sa propre porte et décida que ce n'était décidément pas le moment de songer à tout cela.

Quand il entra, il la trouva occupée avec les légumes qu'il avait sorti.


"Oh ! Tu cuisines un peu ?"

Il s'avança à ses côtés, s'empara d'un gros couteau à viande pour s'occuper du lapin. Ce n'était pas une bestiole très grasse, mais il y en aurait bien assez pour eux deux.

___


"Et voilà !"

Le plat fumant se posa avec une relative douceur sur la petite table de bois. L'air s'était un peu réchauffé, dans la maisonnette, et Hièlstan savait que l'odeur flottait autour d'eux, bien qu'il ne la sente pas puisqu'il baignait dedans. Il aurait probablement des restes pour les jours à venir, mais peu lui importait, il avait plutôt bien réussi son coup.
Cuisson gérée comme il fallait, bon assortiment de légume, main légère sur les herbes aromatiques, pommes de terres fondantes...

Il était bon cuisinier mais il y avait parfois des ratés, parfois des réussites ; il était content de tomber sur une réussite ce jour-là !


"Tu dois avoir faim, après ta chevauchée de ce matin, non ? Tiens, laisse-moi te servir."

Et il lui en servit une sacrée assiette. Après coup, il se dit que ce n'était peut-être pas très malin, car cela risquait de lui donner à penser qu'il la voyait comme une gloutonne, alors que ce n'était pas le cas ; et puis il se rassénéra en se disant que Rilend était au dessus de ces considérations-là, de toute manière.

"Bon appétit ! A ton voyage, et à nous retrouvailles..."

L'oeil brillant, il leva son verre, rempli d'un bon cru qu'il avait ouvert pour l'occasion, lorsqu'elle lui avait dit qu'elle aussi appréciait les alcools de qualité, et il le lui tendit pour trinquer.



[C'est du vin pour préciser, c'est pas très alcoolisé et tu me fais pas boire Hièl comme un pochtron parce que là il va rester sobre ok :p ]
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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Ven 06 Jan 2017, 22:19

"J'espère que tu aimes les légumes ? J'en ai ramené plein du marché, hier, et on m'a offert un lapin aussi, pour mon retour... Les gens ici sont vraiment adorables."

Hièlstan avait-il lu dans ses pensées ? Ou était-il simplement un homme normal qui, comme la plupart des êtres civilisés, estimait raisonnable de manger autour de midi ? Toujours est-il qu'il proposa un repas à Rilend, qui accepta avec joie. Elle se faufila dans la maison et, s'arrêtant au milieu de la pièce, le regarda souffler sur ses mains puis ranimer le feu avec un sourire indulgent. Frileux...si elle avait encore un doute sur le sujet.

La marchombre aimait le froid, comme un vieil ami dont on tolère les caprices, comme un élément charmant de ses voyages qui, au plus fort de l'hiver, habillait les paysages d'un blanc pastel et fantomatique. Bien souvent et tant qu'il ne se faisait pas trop rude, elle goûtait sa morsure acidulée et matinale sur ses bras, les frissons sur son ventre et son buste au sortir de l'eau.
Pourtant, elle fit quelques pas vers la cheminée. Sa chaleur l'enveloppa comme une couverture douillette. Sur son visage à la peau rosie par l'air frais, elle sentit l'haleine presque oppressante du feu, y résista quelques secondes puis lui tourna le dos pour répondre à Hièlstan, sentant avec délices la chaleur s'attarder au creux de ses reins et de son dos.

"Je ne te propose pas de manger sur les bords du lac..."

Sourire.

"Il commence à faire un petit peu frais pour ça...il faudra attendre l'été !"

Quand il lui proposa un ragoût, elle hocha la tête avec enthousiasme. Vestiges de sa vie de voyages, auberges et ratas autour du feu, Rilend préférait généralement les plats simples et solides aux élaborations culinaires et complexes à loisir. Quelque chose de simple, de chaud, de consistant avec ce goût inimitable des viandes et des légumes presque caramélisés d'avoir cuit ensembles.
Puisque ragoût il y avait, lapin il fallait et Hièlstan se dévoua pour aller chercher la carcasse dehors, dans le froid ensoleillé, laissant Rilend seule dans la petite pièce à vivre.

Peu accoutumée à être désoeuvrée, encore moins à être servie, la jeune femme pivota sur elle-même à la recherche d'une aide quelconque à apporter. Son regard s'arrêta sur les légumes alignés sur le petit plan de travail, et sur les quelques ustensiles soigneusement organisés. Avec un sourire, la marchombre choisit un couteau.
Par habitude, elle en éprouva le fil et l'équilibre, mais c'était un simple couteau de cuisine, sans prétention et qui se nichait douillettement dans sa main. Simple, appliqué et conciliant tandis que Rilend pelait ou grattait les légumes en quelques gestes routiniers, et les découpait. Elle s'attardait sur ses gestes, concentrée. Et puis, une idée lui vint.
Débiter des légumes, lancer un poignard qui se fiche dans le tronc d'un arbre...quelle différence ? La lame était, dans un cas comme dans l'autre, le prolongement de sa main, vivant, vibrant. Le couteau de cuisine n'en possédait pas moins son propre temps et Rilend, en le maniant, profita de l'occasion pour chercher à le percevoir.

L'instant était parfait. Le calme de la maisonnette, le feu qui crépitait à côté d'elle et l'humeur, pétillante et sereine à la fois, dans laquelle la laissait cette douce matinée...la marchombre soupira légèrement quand elle sentit ce qu'elle souhaitait entendre. Sans interrompre sa tâche, elle ajusta ses gestes, son énergie. Laissa danser la lame.
Pour couper des légumes.
Ironie.
Hièlstan rentra sur ces entrefaites, mais la jeune femme ne fut pas surprise. Elle se contenta de tourner très légèrement la tête, bien qu'elle n'en eût pas besoin pour sentir où se trouvait le Rêveur. Pour l'entendre tandis qu'il la rejoignait :

"Oh ! Tu cuisines un peu ?"

Elle s'écarta un peu et lui laissa de la place tandis qu'il s'attaquait au lapin :

"Quand j'ai commencé à voyager seule, j'ai fini par m'y intéresser...dormir à la belle étoile, j'aime bien ça, mais attendre de croiser une auberge pour prendre un repas convenable...ça n'a pas mis longtemps à me lasser !"

Regard gris et rieur.
Rilend avait commencé à cuisiner quand Libertée, enceinte, l'avait envoyée se faire une expérience au loin, durant sa dernière année de formation. Lassée du siffleur séché, des légumes rapidement cuits à l'eau bouillante ou à la braise et du gibier que la Panthère dévorait à l'occasion, la jeune femme avait tenté quelques expériences. Elle avait tout d'abord mangé des plats à la qualité discutable, voire rien du tout quand il était réellement impossible d'ingurgiter la mixture. Peu à peu, elle s'était aguerrie.

Et puis elle était revenue auprès de Libertée, pour mieux s'envoler, pour de bon, après cette escalade enchaînée, dantesque et miraculeuse...
Un sourire jouait sur les lèvres de la marchombre, tandis qu'elle achevait sa découpe en se remémorant cet épisode hors du commun, les larmes et le rire. Les ailes.

Elle rassembla les légumes et laissa la main à Hièlstan pour achever le travail, se contentant de ciseler les herbes aromatiques qu'il avait sorties.
A la dérobée, elle le regardait travailler, ses mains saisir, tourner, serrer le couteau, les tendons qui jouaient sous la peau burinée et souillée du sang que l'animal, même dûment égorgé, laissait encore échapper. Des mains certes pas aussi musclées et calleuses que celles d'un guerrier, mais étonnamment fortes pour un érudit. Ne lui avait-il pas dit qu'il avait grandi dans une famille de pêcheurs ?

Au fond de Rilend, une petite voix s'amusait et se gaussait de sa curiosité dévorante ; elle l'étudiait, en sons, en images, en sensations. Non pas comme un guerrier en jauge un autre, ni comme un fauve évalue sa proie. C'était une attention sans faille, mais heureusement plus discrète. Un intérêt presque gourmand, qui la poussait à recueillir chaque détail qui traversait son esprit. Un état d'esprit à nul autre pareil, qui ne l'avait pas saisie depuis bien longtemps et au gré duquel elle se laissait, chaque minute davantage, porter.

Elle se sentait bien ; profondément sereine et en même temps, détachée et incroyablement présente.

______


"Et voilà !
Tu dois avoir faim, après ta chevauchée de ce matin, non ? Tiens, laisse-moi te servir."


L'air embaumait, quoique la marchombre se soit habituée aux effluves dans lesquels ils baignaient depuis de longues minutes. Hièlstan déposa le plat sur la table sans cérémonie, mais manifestement content de lui, presque guilleret.
Il pouvait l'être !
Rilend ne se fit pas prier pour s'installer à table, toute gêne à l'idée de se laisser servir oubliée depuis un moment, tandis que le Rêveur lui tendait une assiette généreusement remplie. Quand elle la saisit, il lui parut presque nerveux, l'espace d'une seconde. L'impression s'évanouit aussi vite qu'elle était venue à Rilend, chassée par l'arôme et l'allure alléchants du repas.

"Bon appétit ! A ton voyage, et à nos retrouvailles..."

En réponse, Rilend leva son verre à son tour. Le vin rouge lançait des reflets rubis, moirés. Elle ne savait pas encore s'il était bon, mais en tous cas il était beau. Hièlstan lui avait proposé de l'ouvrir quand, au gré de la discussion, ils s'étaient l'un et l'autre rendus compte qu'ils préféraient les alcools de qualité aux liqueurs insipides - au mieux - et frelatées - parfois - que certaines auberges dispensaient généreusement.
Le thé au jasmin et le bon vin.
Quelles belles façons d'habiller une journée.
Quels jolis points communs qui ravissaient la marchombre.
Les deux verres se touchèrent avec un petit son cristallin ; les deux regards, sans un mot. Elle faillit répondre "à Skif" ou quoi que ce soit d'approchant. Au dernier moment, la jeune femme décida qu'inviter son frère adoptif dans ce délicat moment de connivence ne lui faisait pas si envie que cela. A la place, Rilend sourit :

"Aux villes qui ne changent pas...et à nos retrouvailles !
Bon appétit."


Elle laissa une gorgée frissonner sur sa langue : le vin était aussi bon que beau, une multitude d'arômes lui montant au nez les uns à la suite des autres. Passa la langue sur ses lèvres, pour rattraper une petite goutte insolente, et croisa le regard de Hièlstan :

"Tu as raison, il est très bon, ce vin...encore un cadeau des habitants d'ici ?"

Il semblait que le jeune homme avait aussi faim qu'elle : le silence ne fut troublé, quelques minutes durant, que par le tintement des couverts. Rilend n'était pas de ceux qui se préoccupent du côté où poser la fourchette ou de la façon exacte de rompre du pain ; son éducation s'était brutalement interrompue avec la mort de son père, après avoir commencé plutôt tardivement. Et puis, elle s'intéressait surtout au contenu - et au goût - de son assiette.

Quand l'un et l'autre eurent assouvi leur faim, la conversation reprit avec plus d'ardeur. Rilend avait poussé son assiette sur le côté, laissé le verre devant elle pour expliquer de son mieux sa philosophie équestre, sa façon d'entraîner Vaillant.
Mots échangés, jonglés. La marchombre se laissait porter par le courant, une fois n'était pas coutume, savourant ces regards échangés, ces sourires partagés. Après le calme de leur première promenade, ils conversaient à bâtons rompus, s'interrompant à tour de rôle pour une goutte ou une gorgée de vin.

Quand Hièlstan se leva quelques minutes pour rassembler les assiettes et les poser ailleurs, puis pour tisonner le feu capricieux, Rilend bénéficia de quelques secondes de calme dans cette journée tourbillonnante. L'excitation retombée, la bonne humeur toujours présente, la marchombre eut la sensation de sortir brusquement la tête de l'eau.

Elle considéra l'homme qui lui tournait le dos, soudain pensive et détachée. Il semblait que ses impressions des dernières semaines se confirment ; Hièlstan lui plaisait. Le temps qu'elle passait près de lui, de même. Tandis qu'ils cheminaient au long du lac, qu'ils tranchaient les légumes, Rilend se sentait brillante. Vivante. Joyeuse. C'était une sensation qu'elle connaissait bien mais n'avait pas expérimenté depuis un certain temps ; une émotion qu'elle était heureuse de retrouver. Les regards expressifs et pudiques à la fois, les coups d'oeil à la dérobée, les rires synchrones, composaient une partition qu'elle avait grand plaisir à jouer.
Elle n'avait pas participé sérieusement à ce jeu intemporel depuis plusieurs années maintenant ; elle en avait presque oublié la sensation que cela procurait.

Douce euphorie, comme une ivresse, qui la saisit et à laquelle elle se laissa aller quand Hièlstan revint et reprit le fil de la conversation. Elle n'eut aucun effort à faire pour y revenir. Tranquille et passionnée. Calme et joyeuse.
Elle se demandait bien ce qu'il ressentait, de son côté.


Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Lun 23 Jan 2017, 21:47

Dans la petite théière en terre cuite, il mit à infuser quelques fleurs de mauves séchées, et saupoudra l'eau d'une pincée de basilic. Il ferma soigneusement le tout, profita des quelques minutes qu'il avait pour mettre la vaisselle à tremper dans un baquet d'eau, en silence et le sourire aux lèvres.

Déjà, il avait bien mangé, et bien manger le mettait toujours de bonne humeur. Ensuite, il avait bien bu, et c'était chose plus rare ; ce n'était pas souvent qu'il savourait un vin seul, et comme il mangeait souvent seul...
L'alcool l'avait transporté dans cet état d’allégresse légère typique qu'il appréciait, tant qu'il ne glissait pas vers l'ébriété. Pour cela, il était tranquille : il avait rangé la bouteille, et il n'était nullement de ceux qui ont du mal à s'arrêter de boire.

Il n'était jamais saoul, car saoul, il ne pouvait plus être Rêveur.
Une pensée désagréable altéra un instant son sourire ; drogué, il ne pouvait pas non plus être Rêveur. Et pourtant...

Cependant, en se retournant pour humer l'infusion, il croisa le regard souriant de Rilend qui s'était mise à son aise sur le petit canapé, devant le feu crépitant, et la pensée insidieuse s'évapora de suite.
Il se sentait de mieux en mieux, en cette journée ; ils avaient partagé ce repas dans une atmosphère de parfaite convivialité, d'entente mutuelle, et même sans savoir ce qu'il espérait, même en connaissant les désirs contradictoires qui le tiraillaient, il se sentait singulièrement bien.

C'était étrange, comme rien ne pouvait le faire redescendre ; tant qu'elle était là, tant qu'elle souriait.
Il savait, par ouïe-dire, que l'on ne restait pas toute une vie dans cet état-là, et pourtant il ne pouvait imaginer en sortir un jour. Non, à vrai dire, il n'avait même pas envie de tenter de l'imaginer un jour !
Tant qu'il se sentirait ainsi, tout irait bien.

Même si elle ne voulait pas de lui, même si elle partait sur les routes encore, même si on lui avait prédit avec certitude que jamais, jamais cette femme ne lui donnerait plus qu'un sourire distant, il irait bien.
Parce qu'il avait appris, au cours des nombreuses années de méditations passées, à recevoir les choses, à les accepter, à s'accepter lui-même.
Il était serein.

L'infusion était prête ; il n'avait même pas songé à lui demander si elle en désirait, que déjà il posait, sur la petite table devant le canapé, deux tasses et une assiette de gâteaux secs.
Plus tôt, il lui avait dit qu'il s'était procuré le vin chez un marchand raffiné d'Al-Chen ; ces gâteaux venaient de la même boutique, mais pour une fois, il s'abstint de tout commentaire.

Il s'assit à ses côtés, et prit sa tasse entre ses mains pour savourer la chaleur qui en irradiait. L'incomparable chaleur du feu de bois lui léchait les joues.

___

Il pouvait enfin commencer à boire son thé ; ces quelques minutes d'attente, ils les avaient passées dans un silence dénué de la moindre gêne.
Il avait songé qu'il aurait aimé la toucher, la prendre dans ses bras ou goûter des cheveux qui avaient l'air si soyeux du bout des doigts, mais cette envie ne le taraudait pas plus que ça, et c'était tant mieux.
Il ne voulait en aucun cas agir de manière déplacée.

Enfin, après une première gorgée d'infusion chaude, sensée faciliter la digestion grâce aux vertus de la mauve et du basilic, il reprit la parole.


"Je trouve ça formidable, que tu aies pu vivre une expérience pareille. Ces retrouvailles, les liens si forts qui t'unissent à ces gens... C'est comme dans un livre, tu ne trouves pas ? Peut-être même que si on le lisait, on n'y croirait pas vraiment, on se dirait que c'est trop beau, que c'est trop parfait."

Il marqua une pause.
Souvent, il avait vu des phénomènes de ce genre se produire, ou en avait entendu les récits ; cette réflexion n'était donc pas nouvelle.


"Je crois que ce sont le genre de choses qui peuvent arriver si on a su être à l'écoute. Je veux dire... A l'écoute de soi évidemment, mais aussi à l'écoute du monde, savoir déceler des détails qui peuvent nous guider... Ah, je ne sais pas si je m'exprime bien."

Il sourit de lui-même.

"Je ne parle pas de signes du destin ou de prémonitions ou quoi, qu'on s'entende. Je ne dis pas que ça ne peut pas exister, mais là n'est pas mon propos.
Non, je mentionne plutôt les détails que l'on peut capter si l'on est attentif... Je ne sais pas, je prends un exemple au hasard, mais c'est à la manière du paysan qui saura quel est le moment pour que sa récolte soit bonne."


Il se tut à nouveau, quelques secondes.

"Je pense que tu as su te guider efficacement, ces derniers temps, et à ce que j'ai compris, votre apprentissage a pour but de vous ouvrir à ces détails qui font que tout semble concorder.
Je pense que l'on peut y être plus ou moins sensibls à certains moments de notre vie ; et pour moi, ce n'est pas quelque chose qui demande de l'expérience. Ce serait plus apparenté à de l'instinct.
J'imagine que les enfants sont bons à ça ; c'est une des raisons qui fait que ce sont des êtres plus heureux que les adultes, à mon avis. Ils portent encore un regard innocent sur le monde, sans filtre..."


Il soupira.

"C'est singulier de se demander où l'on en serait, si parfois, on n'avait pas interprété ces signes d'une manière différente. Si je n'avais pas suivi la voie des Rêveurs, je serais probablement père à l'heure qu'il est."

Il eut un sourire un peu triste ; mais pas trop. Malgré la tournure que prenait son monologue, son sentiment profond de bien-être persistait.

"Ou pas du tout. Qui sait..."
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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Lun 23 Jan 2017, 23:35

Assise dans le canapé, Rilend se détendait à la chaleur du feu. Le sofa, quoiqu'assez vieux et étroit, se révélait plutôt confortable, avec cette patine inimitable qui n'appartient qu'aux vieux fauteuils. Le cuir, un peu râpeux, avait chauffé auprès du feu et dispensait une douce chaleur au creux de ses reins eux aussi vêtus de cuir.
Pour un peu, elle en aurait ronronné.

Le sourire félin, le regard alerte mais serein, elle regardait Hièlstan s'attaquer à une petite théière en terre cuite. Le soin qu'il mettait à sélectionner les plantes, à les déposer au fond du récipient, la précision de son geste quand il versa de l'eau, tout ceci constituait un tableau qu'elle avait plaisir à détailler. Il était concentré, appliqué tandis qu'il saupoudrait un peu d'une autre herbe - laquelle ?- à la surface du liquide. Il rappelait à la marchombre la verve dont il avait fait preuve quelques heures plus tôt, à décrire les us et coutumes liées aux plantes qu'ils rencontraient sur leur route.

Quand le Rêveur se retourna pour se pencher sur son infusion, leurs regards se croisèrent. Et ce qu'elle y lut lui plut. Elle ne savait toujours pas ce qu'il pensait, mais il avait l'air à l'aise, heureux de sa présence et de rencontrer ainsi ses yeux gris à travers la vapeur odoriférante. Ou projetait-elle son propre bien-être sur le jeune homme, ses désirs sur les réalités ?
Le doute même était délicieux.

La marchombre était un courant d'air, sans cesse en mouvement, un cheval entre les cuisses, une arme ou une prise en main. Un jour, une cité et ses faubourgs. Une nuit sur les toits, et au petit matin, elle était déjà loin, en caravane ou en solitaire. Hormis les jours qu'elle passait d'aventure à l'Académie et ses haltes en ville, elle dormait où elle trouvait à dormir, sans interrogation, chassait pour se nourrir et suivait des sentiers connus d'elle seule dans le vaste univers de son esprit.
Si elle appréciait un thé partagé, un instant de calme, c'était par hasard, au gré de ses pérégrinations. Rilend ne recherchait guère la tranquillité du foyer, le calme d'une journée au coin du feu. C'étaient l'escalade, la course, l'air frais et les rivières glacées sur son chemin, c'étaient la chasse et l'excitation de la traque.
Pourtant, elle était là, alanguie sur le canapé d'un autre, à goûter la chaleur franche du feu et le léger flottement de l'alcool. Un instant de paix à nul autre pareil, un moment de détente parfaite dont elle était peu coutumière.
Et qu'elle appréciait à sa juste valeur.

Hièlstan se faufila vers le canapé, les mains chargées et elle se redressa légèrement pour lui laisser la place de passer et de s'installer. Toujours calée contre ce dossier délicieusement chaud, elle le regarda s'asseoir, saisir sa tasse et l'enserrer de ses mains avant d'effectuer un geste semblable.
Observant pensivement les flammes qui dansaient, leur lumière vacillante et incessante, Rilend baignait dans une douce euphorie. Même la Panthère, au fond d'elle, se lovait avec une mine de chat heureux. La faute n'en était ni à l'alcool ni à l'excellent repas, ni à la chaleur entêtante du feu.

Le feu qui crépitait face à eux, sa chaleur insoutenable enserrant les joues, les épaules, les jambes et les doigts de la marchombre dans un délicieux carcan brûlant. Contre ses épaules et le creux de son dos, le cuir lui renvoyait sa propre chaleur, sur le côté de son bras et ses cuisses croisées, celle de son compagnon. C'était une étrange sensation, comme un frisson crépitant. Rilend avait une conscience aiguë de la présence de Hièlstan à ses côtés, qui picotait sa peau. Alors qu'ils ne se touchaient pas, elle pouvait percevoir sa chaleur, sa proximité physique, son énergie même.
Les fragrances florales de l'infusion se mêlaient aux odeurs de bois grillé, de vieux cuir, de ragoût et au parfum propre, inimitable, qui était celui du Rêveur. Dans ce silence léger et naturel, en aucun cas pesant et rythmé par les crépitements du feu, tous les sens de la jeune femme étaient exacerbés. Ce n'était ni l'alcool, ni son habituelle vigilance.
C'était le plus parfait des calmes.

Il est des êtres et des instants qui vous apaisent à un point jamais imaginé, vous plongent dans un état à nul autre pareil. Entre ébullition et doux contentement, paix profonde et émerveillement enfantin, c'était cette exaltation des sens et de l'esprit que Rilend contemplait avec détachement. L'expérience le lui avait enseigné : ces moments de grâce ne duraient pas et leur euphorie, pas davantage. Pourtant, il était toujours possible de les retrouver, quand on ne les cherchait plus, quand on prenait la peine de les débusquer jour après jour. Illusoire, en revanche, de les conserver à tout prix ou de les provoquer sciemment...restait à les savourer, à en profiter au maximum.
La marchombre avait le sentiment que ce silence parfait ne finirait jamais.
Elle avait tort, bien entendu.

"Je trouve ça formidable, que tu aies pu vivre une expérience pareille. Ces retrouvailles, les liens si forts qui t'unissent à ces gens... C'est comme dans un livre, tu ne trouves pas ? Peut-être même que si on le lisait, on n'y croirait pas vraiment, on se dirait que c'est trop beau, que c'est trop parfait."

Rilend tourna un regard brillant vers le Rêveur, touchée par l'image. Un livre...elle avait déjà ressenti cet étrange sentiment d'irréalité, quand soudain vient la sensation aiguë d'être le personnage d'une histoire, trop belle pour être vraie.
Et pourtant...elle avait serré Skif dans ses bras et pleuré contre son torse. Elle avait essuyé les réprimandes larmoyantes de Cara et su dans les yeux d'Ewen qu'elle adorerait ce gamin et sa famille.
Hièlstan avait repris.

"Je crois que ce sont le genre de choses qui peuvent arriver si on a su être à l'écoute. Je veux dire... A l'écoute de soi évidemment, mais aussi à l'écoute du monde, savoir déceler des détails qui peuvent nous guider... Ah, je ne sais pas si je m'exprime bien."

Elle ne l'avait pas quitté des yeux.
Sourire encourageant.

"Je ne parle pas de signes du destin ou de prémonitions ou quoi, qu'on s'entende. Je ne dis pas que ça ne peut pas exister, mais là n'est pas mon propos.
Non, je mentionne plutôt les détails que l'on peut capter si l'on est attentif... Je ne sais pas, je prends un exemple au hasard, mais c'est à la manière du paysan qui saura quel est le moment pour que sa récolte soit bonne."


Silencieuse, elle sentait qu'il n'avait pas atteint le fond de sa réflexion et lui laissa le temps de poursuivre. Mais son silence, loin du mutisme, valait approbation.
Le détail était le meilleur ami du marchombre...cette petite maxime, comme beaucoup d'autres, lui était longtemps restée en tête alors qu'elle croyait l'avoir comprise. Et puis, elle avait grandi, volé de ses propres ailes et chaque jour, réalisé que ce qu'elle prenait pour acquis la veille n'était pas encore achevé. Elle avait compris, hier, à quel point le détail était l'essentiel et demain, elle le découvrirait à nouveau avec des yeux d'enfant.

"Je pense que tu as su te guider efficacement, ces derniers temps, et à ce que j'ai compris, votre apprentissage a pour but de vous ouvrir à ces détails qui font que tout semble concorder."

Les yeux de Rilend se teintèrent d'une lueur d'étonnement : avait-il à ce point suivi un chemin de pensée proche du sien durant ces quelques secondes à peine ?

"Je pense que l'on peut y être plus ou moins sensibles à certains moments de notre vie ; et pour moi, ce n'est pas quelque chose qui demande de l'expérience. Ce serait plus apparenté à de l'instinct.
J'imagine que les enfants sont bons à ça ; c'est une des raisons qui fait que ce sont des êtres plus heureux que les adultes, à mon avis. Ils portent encore un regard innocent sur le monde, sans filtre..."


Un soupir.

"C'est singulier de se demander où l'on en serait, si parfois, on n'avait pas interprété ces signes d'une manière différente. Si je n'avais pas suivi la voie des Rêveurs, je serais probablement père à l'heure qu'il est."

Une autre lueur, non pas d'étonnement mais d'intérêt. Le souvenir d'un autre échange, tout à l'heure, appuyés au tronc d'un arbre. La confidence de Hièlstan semblait parer de nouvelles couleurs leur petit aparté au sujet d'Ewen.
C'était une réponse aux questions qui avaient traversé l'esprit de Rilend. Non, il n'avait pas d'enfant - une réponse un peu accessoire tant elle était évidente. Mais il considérait cette hypothèse avec un regard un peu triste, un peu résigné. Le genre de regard qu'on porte sur un désir inaccessible, une situation qu'on ne connaîtra jamais et qui nous inspire une bouffée de nostalgie, comme un rêve d'enfant jamais réalisé. Un sourire empreint d'une pointe de regret, infime, qu'elle perçut furtivement et qui l'émut.

"Ou pas du tout. Qui sait..."

Rilend se cala un peu mieux dans le canapé, soupira et laissa son regard dériver vers le feu avant de répondre, les jambes toujours croisées. Puis son regard revint vers le jeune homme :

"Est-ce incompatible avec ta Voie ?"

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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Mar 24 Jan 2017, 22:07

[soupir]

"Ce n'est pas incompatible avec la voie du Rêve. Il y a des Rêveurs pères de famille, et ce sont de bons Rêveurs. C'est, je pense, une question d'équilibre, de place... C'est en fonction de chacun, je dirais. Selon ce qu'on attend de nous-même, selon le temps que l'on est prêt à accorder à tel ou tel aspect de notre vie..."

[secoue la tête, sourire triste]

"Mais je pense que c'est incompatible avec ma voie propre, celle que j'arpente en temps qu'individu. Je ne crois pas que je serais capable d'être père et Rêveur. Pour moi ce... C'est compliqué.

Et toi ?"
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MessageSujet: Re: Le chemin du retour [Hièlstan]   Mer 25 Jan 2017, 01:39

[sourire. Puis regard lointain. Réflexion.]

"Moi...
Je pense - non, je suis intimement convaincue - qu'il serait possible pour moi d'être mère et marchombre. Pour être tout à fait honnête, je suis presque certaine que je le serai un jour. Enfin..."


[secoue la tête avec un petit rire]

"A vrai dire, une moitié de la question ne se pose pas. Je suis marchombre. Et ce, quels que puissent être mes capacités physiques, mon mode de vie...la Voie est à la fois la raison qui me pousse en avant et mon but. Ce qui ne signifie pas que tout le reste soit accessoire...simplement qu'il s'y intègrera nécessairement pour peu que moi, j'y trouve un sens."

[regard et sourire d'excuse]

"J'imagine que ce n'est pas très clair, mais si j'essaie d'être plus précise, je vais m'emmêler..."

[soupir]

"L'autre question étant : est-ce que je souhaite l'être ?
Pour le moment, oui. Un jour.
Mais pour l'heure, un autre projet qui me tient beaucoup à coeur risque de réclamer beaucoup de mon temps et de mon énergie, à plus court terme. Et j'ai le sentiment que mon chemin, dans l'immédiat, passe par ce projet-là avant tout autre bouleversement. "


[petit rire. Puis long silence.]

"Les enfants ont souvent tendance à imaginer qu'ils vivent dans une histoire, à traiter leur vie quotidienne comme telle. A comprendre énormément de choses, très naturellement, presque par instinct...peut-être est-ce lié. Peut-être est-ce leur facilité à percevoir et interpréter, sans y réfléchir, ces détails, qui leur procure ce sentiment de cohérence."

[soupir, plus nostalgique cette fois-ci]

"Quand j'étais enfant, j'avais souvent cette impression que tout autour de moi s'enchaînait de manière parfaitement évidente. Qu'il s'agisse d'épisodes joyeux ou plus sombres, là n'est pas la question..."

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