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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Dix Rêveurs dans la tempête

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Hièlstan Filsèvres
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MessageSujet: Dix Rêveurs dans la tempête   Mar 31 Jan 2017, 22:19

L'air immobile et étonnamment chaud étouffait ses sens et berçait son coeur. Le soleil brûlait sa peau et ses yeux, et il se délectait de chaque goutte de transpiration qui perlait de sa peau de Rêveur.
C'était l'hiver, et pourtant ici, il n'avait nul besoin d'un âtre auprès duquel se réchauffer. Ici, il était dans le Sud.

A la porte du désert...



___

- Hièlstan Filsèvres ? Je m’appelle Danir Rymär, et je suis ici parce que Syndrell Ellasian a besoin de votre aide…

Sur ces quelques mots, Hièlstan comprit tout en un éclair bleu. Syndrell, Ezadrah, les esclaves, sa revanche.

"Entrez."

___

Il avait galopé jusqu'à Chériane à bride abattue, il était arrivé en sueur malgré le froid mordant, et en dépit de tous ses efforts pour garder son sang-froid et s'exprimer clairement, tous les Rêveurs avaient capté son trouble manifeste.

"Donc, Singmar et Talis ont accepté de se joindre à vous. Ils seront prêts à partir d'ici une heure.
- Parfait.
- Voici la bourse que je peux vous alouer pour le voyage.
- C'est...
- Oui, c'est beaucoup, mais c'est la moindre des choses. Etes-vous sur de...
- Maître Rigs, si nous voulons voyager vite nous devons emporter le strict minimum. Les confréries de Naoniane, Skriane et Sarapane nous donneront tout ce dont nous auront besoin.
- Je suis tellement navré de ne pouvoir...
- Vous avez fait bien assez, maître Rigs. Relisons ces lettres une dernière fois ensemble, et je me mettrais en route."


___

Il jeta un oeil à Talis et Singmar ; les deux Rêveurs d'Al-Chen étaient plus en peine que les autres, sous ces sentiers rocailleux. Pourtant, il faisait plus chaud que ça, l'été au bord du lac ; mais les deux jeunes Rêveurs n'avaient pas eu le temps de s'accoutumer au brusque changement de température.
Les six autres y semblaient moins sensibles ; tous originaires du Sud, où les températures restaient douces même en cette saison, ils connaissaient le soleil et ses rayons dardents.

Dix, ils étaient dix. C'était bien peu, mais c'était ce qu'ils avaient pu faire de mieux afin de ne pas éveiller les soupçons. Seuls les responsables de Chériane, Naoniane, Skriane et Sarapane étaient au courant de l'affaire, ainsi que les dix Rêveurs qui avaient accepté d'y aller.
"Au courant" était un bien grand mot : Hièlstan lui-même ne savait pas grand-chose de ce qui les attendait.

Il savait qu'ils allaient à un endroit nommé Ezadrah. Il savait où se situait cet endroit, il avait en sa possession une carte approximative. Il savait qu'à cet endroit se trouvaient de nombreuses personnes appelées "métamorphes", retenues en esclavage. Il savait qu'à cet endroit, les gens souffraient. Il savait que Syndrell y était retourné avec des amis, car la fille d'Erwan avait été prise. Il savait que Syndrell et les autres allaient se battre afin de mettre un terme définitif à la situation, et qu'il y aurait des gens à soigner. Des gens à sauver.
Les dix Rêveurs qui avaient accepté de le suivre étaient aussi les dix seuls à qui on l'avait proposé. Aucun n'avait refusé, aucun n'avait hésité.

Talis était un ami d'Hièlstan. Il venait de Chériane, la confrérie d'Al-Chen ; il était énergique, motivé, et, il y avait peu, il avait confié à Hièlstan que son voyage l'avait inspiré. Il était du troisième cercle, lui aussi.
Singmar était du deuxième cercle, et plus jeune que Hièlstan et Talis, mais l'aventure ne lui faisait pas peur. En outre, c'était un jeune Rêveur prometteur et très doué dans la réalisation de cataplasmes.
Skriane était une petite confrérie située entre Fériane et Al-Jeit. Hièlstan, Talis, Singmar et les deux hommes de main qui les accompagnaient y avaient fait halte pour une nuit et en étaient repartis accompagné d'Erikvar et Skalmep. Les deux hommes étaient les plus âgés et les plus expérimentés de la troupe. Tous deux Rêveurs du quatrième cercle, ils avaient été pressentis pour leur endurance physique et leur endurance à dérouler les Rêves. Ils seraient en charge des patients à soigner par ce biais.
Ils étaient arrivés à Sarapane, nichée au pied des montagnes torrides. Là, on leur avait présenté Ecol, un jeune Rêveur du deuxième cercle enjoué et infatiguable, ainsi qu'Yrgul, Rêveur initié du troisième cercle et spécialiste des remèdes à base de plante. D'un accord tacite, il avait été établi qu'Yrgul et Singmar s'occuperaient de la fabrication des remèdes à base de simples.
A Sarapane les attendaient également Juirël et Dasilter, Rêveurs initiés du quatrième cercle depuis peu, en provenance de Naoniane, la confrérie d'origine de Hièlstan. Il avait été ému de retrouver son ami ici ; lui et Juirël, après des débuts douloureux, avaient été très proches, et Hièlstan ignorait qu'il devait le rejoindre pour cette mission.
Finalement, une heure avant le départ, Gudriss les avait rejoint ; il était initié du troisième cercle mais presque aussi vieux qu'Erikvar et Skalmep. Il avait commencé tard sa formation, après un passé de mercenaire ; il en gardait en souvenir son lot de cicatrices et une maîtrise correcte de l'épée. Sa connaissance des montagnes s'était déjà révélée précieuse à plusieurs reprises depuis qu'ils avaient quitté Sarapane.

Dix, seulement. Combien y aurait-il de gens à soigner, là-bas ?
Mais ils n'avaient guère pu mobiliser plus de monde ; ils tenaient avant tout à rester discrets.


___

"C'est ici."

Gudriss n'avait pas eu à hausser la voix pour que tous l'entendent dans le silence environnant. Les Rêveurs, fidèles à leur réputation, étaient silencieux ; chacun rassemblait ses esprits dans l'attente de ce qu'ils trouveraient à Ezadrah.
Avaient-ils peur ?
Probablement. Là-bas, Hièlstan ne le leur avait pas caché, il y aurait des combats. Des combats mortels, des combats de sang, une fureur de vivre, une soif de revanche qui animerait les êtres les plus vifs qu'il connaisse. Là-bas danseraient les dagues et probablement les lames secrètes des Marchombres, dans des entrechats mortels avec ceux qu'on appelait les Faucheurs.
Si ces Faucheurs avaient réussis à réduire Syndrell à l'impuissance...

Il frissonna.

Pour l'heure, on les attendait ; c'était un vieil ami du Gudriss qui allait les accueillir avant qu'ils n'en sachent plus sur la situation globale.


"Entrez ! Entrez vite. Mettez vos chevaux sous l'établi, là-derrière, j'ai préparé un peu de foin et de l'eau, ils devront s'en contenter. Ils seront un peu serrés, mais comprenez, mieux vaut pas qu'on les remarque de trop."

Ils entrèrent, tous silencieux à l'exception de Gudriss et de leur hôte, qui échangeaient quelques mots à voix basse ; il y avait visiblement longtemps qu'ils ne s'étaient pas vus.
La demeure en pierre de l'homme attestait du léger laisser-aller qu'engendre une longue existence solitaire ; aux coups d'oeils échangés entre Rêveurs, Hièlstan déduisit qu'il n'était pas le seul à avoir remarqué les haches et épées entreposées dans un coin, et visiblement entretenues avec soin.


"Hm. J'ai pas... J'ai pas grand-chose à manger."

Dix Rêveurs au crâne rasés et portant tous une bure très semblable se tournèrent vers lui, qui venait de briser un silence un peu pesant. Cette situation étrange sembla le mettre un peu mal à l'aise.

"Ne vous inquiétez pas, nous avons ce qu'il faut.
- Bien. Bon, euh... Du coup moi je file vers Ezadrah. Personne viendra par ici je pense. On est pas loin là, à quoi, une dizaine de minutes au grand galop, quelque chose comme ç..."


Le premier gong, lointain, l'interrompit. Hièlstan lui adressa un coup d'oeil interrogateur. L'homme avait blêmit.

"Faut que je file. Restez ici, sortez pas si vous pouvez l'éviter. Je vous ferez signe quand vous pourrez venir."

Et, sans se faire prier, il attrapa deux haches (nullement semblables à celles qui servaient à couper le bois d'ordinaire) et fila dehors, les laissant tous les dix dans la petite maison un peu poussiéreuse.
Quelques minutes plus tard, ils entendaient un cheval partir au galop ; les gongs continuaient de résonner.
Hièlstan était inquiet pour Syndrell.

Ce fut Ecol, qui était le plus jeune de la troupe après Singmar, qui rompit le silence en premier.


"Et maintenant ?"

___

"Yahou ! Arrête-toi, eh, stop, c'est là !"

Le cheval, ou la jument, elle n'en savait rien du tout, fini par stopper sa course folle en renâclant ; Brindille sauta au milieu des volutes de poussière sans plus attendre. Elle était déjà tellement sale, et la transpiration qui faisait se coller chaque particule à sa peau ; elle devait avoir un drôle d'aspect de fantôme gris.
Mais peu importait ; elle ne semblerait jamais aussi bizarre que les gars qu'on l'avait chargée de chercher, des Rêveurs ; ceux-là, c'étaient probablement des vrais fantômes. Toujours avec leur espèce de robe informe, pas de cheveux, toujours un peu distants, toujours reclus entre eux dans leurs confréries bizarres...

Et en plus, ils semblaient sacrément silencieux. Ils avaient bien du l'entendre arriver pourtant ? Elle n'avait pas pu se tromper d'endroit ; le vieux avait été clair, il n'y avait pas trente-six mille solutions !
Aussi, elle n'ouvrit pas la porte à la volée comme à son habitude, mais avec un peu plus de circonspection, et là elle se dit qu'un autre qu'elle se serait franchement barré en courant.

C'était bien ici. Il y avait quoi, peut-être une dizaine de bonhommes, ils avaient tous la même tête, tous les même fringues, et ils étaient tous assis bizarrement, en tailleur à même le sol. C'était tout petit, ici, aussi chacun d'entre eux était en contact avec au moins un autre, du coude ou du genou.
Ils étaient immobiles, silencieux, les yeux fermés ; ils étaient tous morts, ou quoi ?!


"Eh oh ! C'est pas l'heure de faire la sieste, faut se bouger, là !"

Certains sursautèrent, d'autres ouvrirent juste les yeux tranquillement, mais tous émergèrent de leur transe bizarre et se relevèrent rapidement.

"Vous êtes pas à pieds j'espère ? Faut se magner !
- On est prêts."

Elle jeta un oeil au seul qui avait parlé ; il avait l'air sacrément calme. Ils avaient tous l'air sacrément calmes, sacrément propres, et surtout sacrément pas au courant du bordel qu'il se passait là-bas.
Elle espérait qu'ils serviraient à quelque chose quand même.


___

Lancé au grand galop, Hièlstan était heureux d'avoir revêti une bure plus chaude, et il était sur que tous ses camarades partageaient sa pensée. On ne lui avait pas menti ; les nuits étaient plus que fraîches.

Il ne distinguait pas grand-chose avec toute la poussière soulevée par leur étrange compagnie, mais les lumières ne laissaient pas de doute sur la direction à prendre.
Tant mieux, car leur drôle de messagère semblait avoir quelques difficultés avec sa monture, et elle restait à la traîne.
Les chevaux ralentirent d'eux-même quand ils arrivèrent au niveau des premiers bâtiments ; tout semblait assez calme, dans ce secteur du moins.
Il crut voir une ou deux silhouettes se faufiler dans les ombres, mais il n'en était pas sur...


"Eh ! Par ici !"

Il n'avait aucune idée de l'identité de la personne qui les avait apostrophée, mais aucun d'entre eux n'hésita à talonner son cheval pour suivre la voix qui les guidait.

Très vite, ils arrivèrent à une grange éclairée, et d'où perçaient des rumeurs de conversation... Des gémissements, aussi. Ils mirent pieds à terre, toujours aussi silencieux, et se chargèrent de leurs coffrets, sac de toiles, récipients et réserves d'eau pure. Ils n'avaient aucune idée du matériel qu'ils auraient à disposition en ce lieu.

Ezadrah...
Hièlstan leva les yeux vers les étoiles, en songeant, le coeur douloureux, à la beauté du lieu.

Ainsi chargés, Singmar, Ecol, Juirël, Talis, Gudriss, Erikvar, Skalmep, Yrgul, Dasilter et Hièlstan franchirent discrètement les portes de la grange ; ou du moins tentèrent de les franchir discrètement, car aussitôt les conversations stoppèrent et les regards se tournèrent vers eux. A peine en avaient-ils franchis le seuil, que déjà on venait les tirer par la manche, on les appelait, on les implorait, on remerciait la Dame et on laissait échapper quelques larmes.

Préparés par leur longue méditation commune, les dix Rêveurs ne se laissèrent pas submerger par cette déferlante d'émotions et de sollicitations.
Ils ne se dispersèrent pas au hasard.
Yrgul serait en charge de la confection des remèdes à ingurgiter et des cataplasmes, assisté de Singmar.
Erikvar ferait équipe avec Juirël et Dasilter pour dérouler des Rêves, tandis que Skalmep effectuerait le même travail avec Talis et Yrgul.
Hièlstan, Gudriss et Ecol se chargeraient de la coordination et d'apporter du renfort aux équipes qui en auraient besoin. Gudriss ne rêverait qu'en dernier recourt, au cas où l'on ait besoin en urgence de ses talents de bretteur. Tous les trois se chargeraient aussi de donner du travail au valides qui souhaitaient les aider, et d'accueillir les blessés en déterminant les ordres de priorité.

Hièlstan n'avait pas choisi cette place au hasard ; il espérait ainsi pouvoir s'occuper de Syndrell, d'Erwan et de sa fille, et peut-être des autres personnes qu'il connaissait ici.
Gil, Libertée, Kaünis, Kaizo, Erhan, étaient-ils là ?
Et Rilend ?

Pour l'heure, il n'était pas temps de penser aux dangers que courraient ceux qui étaient dehors ; il lui fallait se focaliser sur ceux qui étaient dedans.





[Utilisez les PNJs comme bon vous semblera... L'infirmerie est ouverte !!]
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Dix Rêveurs dans la tempête   Dim 21 Mai 2017, 01:28

Sans l’aide d’Erwan, elle n’aurait jamais pu transporter Narek à l’extérieur. Cette partie du trajet était floue, sans qu’elle ne sache si cela était dû à ses larmes qui n’en finissaient pas de couler, ou bien à cause de la fatigue qui s’évertuait à la désorienter ; mais dehors, des gens vinrent les aider. Quelqu’un glissa un bras autour de sa taille pour la soutenir jusqu’au baraquement où les blessés étaient emmenés.

Des lits de fortune étaient entreposés, des gens couraient pour s’occuper des plus gravement touchés. Non pas des gens. Des Rêveurs. Le regard de Syndrell s’agrandit lorsqu’elle reconnut Hièlstan, et sa gorge se noua. Il était venu… il avait tenu sa promesse.

Encore une fois.



*



Assise près du lit sur lequel était allongé Narek, Syndrell regarda celui-ci émerger péniblement. On l’avait prévenue qu’il risquait d’être passablement sonnée : c’était le cas. Il était pâle et peinait à focaliser son regard sur quelque chose ; l’une de ses pupilles était légèrement plus grande que l’autre. Autour d’eux, c’était la cohue. Les blessés ne cessaient d’arriver, entre ceux qui avaient combattu et les ezadrans qui vivaient ici depuis si longtemps dans d’horribles conditions… Dix Rêveurs, c’était à peine assez pour s’occuper de tout le monde.

L’on avait donc paré au plus pressé avec Narek, c’est-à-dire que le Rêveur qui l’avait pris en charge avait concentré son art sur les blessures les plus graves, laissant de côté les coupures et les hématomes dont le temps pourrait venir à bout tout seul. Syndrell avait tout simplement refusé qu’il soigne son bras. Maintenu par l’attelle improvisée de Ciel, il pouvait attendre…


- Salut toi… murmura la marchombre en se penchant au-dessus du visage de son compagnon.

Elle caressa doucement son front, le sentit s’agiter et se pencha davantage pour effleurer ses lèvres d’un baiser léger.


- Chut… tout va bien, Narek. C’est fini. Dors, je reste là.

Elle continua de lui parler doucement jusqu’à ce qu’il se rendorme.
Et de lui caresser le front jusqu’à ce que soit elle qui rende enfin les armes.




*



Quelqu’un l’appelait par son nom. Syndrell cligna des yeux et se redressa. Son premier réflexe fut de vérifier que Narek allait bien : le jeune homme dormait d’un sommeil plus serein et il avait repris quelques couleurs. Le deuxième réflexe de la marchombre fut de tourner la tête vers celui qui l’avait réveillée.

Alors, la douleur fusa dans son bras et dans son dos. Dans tout son corps, ankylosé à cause de la position inconfortable dans laquelle elle s’était assoupie, fourbu après l’éprouvant combat contre Onku.

Elle laissa seulement échapper un sifflement de douleur entre ses dents.


__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


[Absente du 18/07 au 24/07]
Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Dix Rêveurs dans la tempête   Lun 19 Juin 2017, 16:32

Il fallait qu'elle trouve.

Elle devait trouver.

D'un trot long et fatigué, elle se mit en marche dans le sable meuble, dans ce monde ocre où nul repère n'accrochait le regard et nul buisson n'offrait de répit. Le sang sur son flanc avait coagulé, encroûtant ses poils et si le muscle se laissait deviner sous la peau fendue et le pelage dense, la plaie demeurait bénigne. Son postérieur droit la faisait autrement souffrir. Elle en conservait une conscience diffuse, son instinct lui dictant de s'en préoccuper d'ici peu mais sans urgence aucune. Le sang, là aussi, coulait moins fort, moins puissant. Les artères s'étaient contractées, la peau, les muscles et les veines de même et ce qui sourdait du membre à chacun des pas de la Panthère n'était plus que quelques gouttes éparses. A peine un petit filet chatouillait-il le sable et le poil quand elle se ramassait pour bondir et tirait sur la chair malmenée.

De là, elle boitait. La musculature n'était pas seulement à jour ; elle était entamée, percée en plusieurs points par des crocs, la peau arrachée sur quelques pouces. Le quadriceps, le muscle semi-tendineux, les muscles glutéaux et les fessiers étaient touchés à des degrés divers et si la plaie n'était pas incapacitante, elle n'en était pas moins douloureuse et préoccupante.
L'humaine se serait arrêtée de sitôt pour nettoyer, panser et recoudre la blessure. Elle aurait observé des heures, des jours de repos et de prudence, redouté l'infection et anticipé les conséquences articulaires ou la fibrose. La Panthère allait son chemin, consciente de ses nouvelles capacités et incapacités, de la douleur, sans songer à l'avenir, la guérison ou la fin.

D'abord, trouver le jeune chasseur.

Ensuite, sans doutes laisserait-elle l'humaine prendre le dessus pour se soigner, bâiller, se blottir dans un coin et dormir tout le jour restant. La fatigue et la langueur montaient doucement en elle tandis qu'elle trottait en boitant de plus en plus bas, d'une piste à l'autre, d'une odeur à l'autre. N'était-ce l'obstination de l'humaine, la Panthère aurait déjà trouvé un coin d'ombre où se remettre de sa récente débauche d'énergie et achever sa toilette. Tout ce sang poissait son flanc et sa patte et la rendait aisément repérable !

Elle avait presque atteint le village, d'erreur de piste en fausse route, ainsi que la limite de son endurance quand elle perçut enfin une trace claire, l'odeur des pas du petit humain. Le grand fauve se figea brusquement, la salive dégouttant légèrement de ses crocs, et ouvrit de nouveau la gueule afin de humer avec l'intégralité de ses sens. Elle demeura ainsi quelques secondes, grande silhouette immobile dans la lumière vivace, dans le village mort et calfeutré, le poil ocellé couché sur l'échine et le sang dessinant un discret filet rouge dans les creux et les lignes du jarret. Pour un observateur extérieur, elle avait tout d'un cerbère des légendes anciennes, venu emporter les malchanceux.
Heureusement pour elle, nul observateur n'avait d'intérêt pour ce qui se passait dehors.

Et la trace du petit d'homme gagnait en netteté tandis qu'elle se faufilait de ruelle en ruelle, de bâtiment en cahutte, le museau palpitant et l'oeil las, seulement portée par la volonté de la femme. La souffrance pulsait dans sa cuisse, brûlait sur son flanc et étrangement, c'était la plus bénigne des plaies qui lui était la plus sensible, avec cette peau qui frottait à chaque pas sur le muscle à nu et les poils qui s'y instillaient. Elle avait chaud, elle avait soif et elle avait mal à présent.  

Elle voulait s'allonger dans un coin, à l'abri du soleil.
Elle voulait dormir.

Sa silhouette altière s'encadra dans la porte de l'infirmerie, noire sur fond de jour éclatant, silencieuse comme la mort que d'ordinaire elle apportait à de si chétives créatures. Ses sens lui indiquèrent la faiblesse de ceux qui gémissaient là, allongés et blessés, la lenteur de ceux qui allaient et venaient, valides. Elle ne risquait guère.

Son instinct lui disait de reculer, de fuir à la lumière du désert et de se cacher loin des êtres à deux pattes. Ses muscles refusaient d'obéir, saisis par la fatigue maintenant qu'elle avait arrêté sa course. Elle était là, lasse et blessée, le sang souillant son beau pelage noir, mais toujours combattive.

Une lueur de sauvagerie persistait dans ses prunelles quand elle les posa sur le garçon dont elle suivait la trace, choqué mais vivant. Elle perçut une émotion indescriptible de la part de la femme, quelque chose qui tenait à la fois de la peur et de la félicité, d'un regret envolé et d'un futur effacé. Quelque chose de profondément incompréhensible pour l'animal qu'elle était.

Elle était lasse et brûlait de dormir. Aussi laissait-elle à l'humaine plus de latitude que de coutume, et la Panthère demeura debout sur le seuil, les yeux rivés sur le jeune homme qu'elle avait enfin retrouvé, hésitant sur la conduite à tenir par la suite. Elle était si fatiguée qu'elle ne prenait pas garde au regard des autres humains ni à l'exclamation de plusieurs d'entre eux, qui la désignaient du doigt avec une forte agitation. Leur nervosité, leur peur même, lui parvint aux narines, mais pas au cerveau. Pas immédiatement, et elle ne perçut l'agressivité latente que quand deux d'entre eux bondirent vers elle.

Elle entendit également une exclamation, de l'un des blessés. Le garçon peut-être ? Ou la fille aux cheveux bleus qui tremblait, blottie là-bas ?
Elle n'aurait su le dire.

Le sentiment d'urgence la saisit enfin et avec un feulement rauque, elle pénétra d'un bond dans la pièce en se faufilant entre un homme abasourdi et le mur. Des exclamations effarées lui vrillèrent les oreilles, elle se retourna en feulant après un Rêveur qui bondit de côté et se tourna vers un autre, armé lui. A la vue du bâton de métal, qu'elle savait tranchant et qu'il tenait en main, la Panthère oublia la douleur et la faiblesse et rassembla toutes ses forces pour bondir par-dessus un lit, puis slaloma dans un tumulte grandissant entre les couches et les humains saisis.

Elle s'arrêta juste à côté du jeune homme et se retourna en grondant après ceux qui brandissaient leur bâton, maigre arme face à sa puissance, même blessée, même à bout de forces. La défiance, la souffrance, un instinct de protection farouche, tout se brouillait dans son esprit et ses yeux flamboyants, les crocs découverts en une menace sans équivoque.

Ne me touchez pas !

Ne le touchez pas.

Soudain, la Panthère prêta attention à l'humaine qui tempêtait et s'affolait dans son esprit, comme seuls savaient le faire ceux de sa race faiblarde. La Femme réclamait à corps et à cris la place. Elle était persuadée que de reprendre forme humaine serait la meilleure solution pour eux tous. Qu'ils se feraient tuer sans cela.
Trop lasse pour y réfléchir, n'aspirant qu'au sommeil, la Panthère lui concéda le point et se retira.


Les contours du fauve se brouillèrent sous les yeux ébahis de ceux qui étaient encore en état de voir, et Rilend se tint brusquement face aux Rêveurs saisis. Avec un grognement de douleur et un frémissement de faiblesse, la jeune femme prit appui sur le mur, tremblant d'épuisement, le cuir de son équipement aussi trempé de sang que le pelage noir et soyeux une seconde auparavant. En réprimant un sifflement de douleur quand il lui fallut prendre appui sur sa jambe pour se tourner vers son apprenti, Rilend héla le garçon :

« Daos ? Comment vas-tu ? »

L'inquiétude est une notion relativement étrangère aux panthères. Mais elle sourdait dans la voix de la marchombre et toute son attitude tandis qu'elle se tenait à côté de son élève, ses yeux pas tout à fait gris encore brillant d'une lueur farouche et protectrice.



[Ok, filer la trouille à toute l'infirmerie, c'est fait xD]

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*Parce que la panthère en toi peut être apprivoisée
Parce que le plus grand des trésors est la liberté.*

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Narek Liam
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MessageSujet: Re: Dix Rêveurs dans la tempête   Jeu 22 Juin 2017, 21:16

Narek pouvait se vanter d'avoir eu beaucoup d'expériences uniques.

L'une d'elles, nouvelle, fut de se réveiller parce qu'une panthère lui sautait par dessus.

La panthère en question étant en train de se faire acculée, dans un coin, par des rêveurs, et l'apprenti repoussa l'un d'eux pour s'approcher, cette énergie, ce regard il était persuadé que...


Ri... Rilend..?

Les rêveurs autour tentèrent de le repousser, il resta de marbre devant leur tentatives, prêt à s'interposer si quelqu'un tentait de frapper l'animal que tout son être clamait être marchombre.

Puis elle confirma sa pensée en redevenant humaine.

Il sourit, après ce qu'il avait vu aujourd'hui, c'était loin d'être étonnant, se dit-il.

Puis il se tourna vers Syndrell et lui sourit, boitant jusqu'à elle, il la prit dans ses bras un instant.


Tu va bien... J'étais inquiet, tu sais...

Oui, il avait été plus inquiet pour elle que pour lui même.

Il n'y pouvait rien.

Il l'aimait, voilà tout.

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Daos Loner
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MessageSujet: Re: Dix Rêveurs dans la tempête   Jeu 22 Juin 2017, 23:42

Tout cela le dépassait.

A peine quelques jours plus tôt, Daos avait découvert avec stupeur l'existence de pouvoirs étranges à cause de Kaünis. Ni Dessinatrice ni Rêveuse, la mystérieuse -
"et probablement folle" songea-t-il- jeune femme avait congelé un homme sous les yeux ébahis de l'apprenti. Il lui avait fallu quelques temps pour digérer l'information, nullement aidé par les explications -inexistantes- de Kaünis, mais il avait integré sans trop de mal le fait que Gwendalavir recélait encore bien des mystères. Mais là... C'en était trop.

En chemin vers un village nommé Ezadrah, Rilend avait rapidement expliqué à son apprenti les raisons de ce départ soudain. Cavalier encore inexperimenté, il avait manqué de tomber de Ptibuis en apprenant l'existence des Métamorphes. Des gens qui se... Transforment en animaux. Appréhender le concept selon lequel certaines personnes pouvaient soudain se changer en lion, en aigle ou même en poulet n'avait pas été aussi compliqué pour lui que se retenir de poser mille et unes questions. L'âge de l'animal est-il correspondant à celui de l'humain ? Si non, existe-t-il des adultes capables de se transformer en chatons, par exemple ? Y a-t-il une limite de taille -dans un sens comme dans l'autre, ou existe-t-il certains cas de transformations en brûleurs ou en mouche ? L'humain conserve-t-il ses vêtements lorsqu'il se transforme ? Peuvent-ils communiquer avec les animaux pendant leur transformation, et leur langage est-il aussi évolué que celui des humains ?

Il s'était administré une petite taloche mentale pour essayer de chasser toutes ces interrogations alors que Rilend avait enchaîné sur les ignominies commises pas un groupe d'esclavagistes. Daos avait serré les mâchoires : même s'il ne savait pas ce que cela représentait d'être un Métamorphe, il trouvait ce genre d'actes immonde et répugnant, qu'ils soient commis sur des animaux, des humains ou des Métamorphes.  

De loin, pour les sens de Daos infiniments moins affutés que ceux de Rilend, Ezadrah avait tout eu du village tranquille et isolé au coeur des dunes de sable du désert. De loin, ses petites maisons bâties avec soin avaient paru éclairées par les feux ronflant dans les cheminées pour protéger les habitants du froid de la nuit. De loin, le calme de la nuit avait semblé faire écho à la quiétude du village. La réalité s'était pourtant départie de son voile trompeur au rythme de l'approche des deux cavaliers d'Ezadrah. Daos avait malheureusement remarqué que les feux n'étaient nullement contenus dans les cheminées, que le silence du désert était brisé par la cacophonie des combats ponctuée par le tintement régulier de la cloche d'alarme. Son nez s'était froncé devant l'odeur âcre de l'air environnant. Une odeur de fumée et de sang, mélée à celle de la mort.


***


Une fois leurs chevaux attachés, Rilend souffla à Daos de la suivre, avant de s'élancer au milieu des maisons vidées par les combats. Daos avait déjà vu -et donné- la mort, mais il ne put réprimer un hoquet de dégoût en voyant les cadavres sur leur chemin. Certains avaient été démembrés, d'autres vidés de leur sang ou de leurs entrailles, tordus dans les affres de la douleur qui avait lardé leur corps avant qu'ils n'expirent pour la dernière fois. Après avoir traversé une placette où plus d'une quinzaine de cadavres désarticulés recouvraient les bancs, le puit et le sable, ils atterirent dans une partie du village où les signes de combat se faisaient plus rares. Cela fut sans nul doute indirectement la raison pour laquelle Daos ouvrit la bouche de stupéfaction. Rilend avait en effet choisi ce moment pour prouver à son apprenti l'existence des Métamorphes. Les contours de sa silhouette s'étaient brouillés, pour laisser la place à quelqu'un d'autre. Quelque chose d'autre.

De larges pattes aux griffes acérées reposaient à la fois avec force et délicatesse sur le sable clair, jointes par quatre puissants membres à un corps souple et musclé. Un coup épais prolongeait le dos droit, soutenant une large tête aux contours sauvages. Les oreilles dressées à l'écoute de la nuit, son large museau tourné vers le jeune homme, l'animal dardait son regard sur lui. En d'autres circonstances, Daos aurait sorti son poignard et se serait préparé à un combat perdu d'avance. Mais aucune hostilité n'était visible dans le regard posé sur le jeune homme, et la silhouette aux muscles puissants n'était pas ramassée pour bondir en avant. Crocs luisants, épaisse fourrure d'un noir de jais contrastant avec le jaune brillant de ses yeux pénétrants.

Panthère.

Rilend.

Le félin fixa Daos un instant, avant de s'élancer au petit galop. Le jeune homme lui emboîta le pas, sa course masquant le discret bruit de la course souple de la panthère sur le sable. Peu habitué à courir sur cette surface, Daos trébucha à plusieurs reprises, jusqu'à atteindre la cabane dans laquelle avait disparu son maître. La panthère avait disparu pour laisser la place à la marchombre, qui descendit dans le souterrain ouvert devant eux.

"Sors ton poignard. Vigilance," murmura-t-elle avant de redevenir panthère. Le jeune homme s'exécuta en emboîtant le pas au félin. Sa vision n'allant pas bien loin dans cette semi-obscurité, il garda son regard fixé sur son maître, captivé par la démarche qu'elle avait sous cette forme. "Pas étonnant que je trouve sa démarche féline quand elle est humaine," songea-t-il. Rilend s'arrêta soudain, après de longue minutes à se glisser dans les tréfonds du complexe souterrain, et se tapit dans l'ombre. En face d'eux, se tenait une assemblée disparate. Daos s'accroupit le plus silencieusement possible et parcourut la pièce du regard. Serrant le manche de son poignard au point d'en faire blanchir ses phalanges, il attendait que la panthère se remette en mouvement.


***


Tout s'était passé si vite.

En l'espace d'à peine quelques minutes, quelques secondes, la bataille avait éclaté. Animaux et Hommes s'étaient jetés dans la mélée, et tout n'était devenu que sang et mort. L'échine de la panthère s'était hérissée de colère, et le félin s'était jeté sur le côté en feulant. Un seul coup d'oeil avait suffit à Daos pour comprendre la situation. S'il se lançait dans le combat, il mourrait en l'espace de quelques secondes. Tous les combattants se déplaçaient bien trop vite pour lui, il n'avait pas la moindre chance. Il s'était néanmoins déplaçé sur le côté, avait fléchi les jambes et adopté une garde de combat. Pour peu qu'il soit parvenu à distinguer un ennemi d'un allié, il aurait au moins pu essayer de les empêcher de s'enfuir si le combat avait tourné à leur désavantage. La panthère n'avait pas semblé être de cet avis. Gardant son corps tourné vers la bataille, elle avait dardé son regard sur Daos en grondant et reculant de quelques pas. Le message avait été clair.
"Dégage, tu n'as aucune chance !" Le jeune homme s'était reculé, à contrecoeur. Rilend avait eu raison, il n'aurait été qu'un poids mort ici, mais il avait répugné à abandonner son maître au milieu du carnage qui se déroulait dans la pièce. Il s'était à son tour reculé de quelques pas. La panthère était restée immobile, le dos hérissé, ses muscles tremblants de rage prêts au combat, sa silhouette légérement ramassée. Il avait compris, et était lentement retourné dans le souterrain.


***


Parcourir le chemin souterrain en sens inverse lui prit un peu plus de temps qu'à l'aller. Dans l'impossibilité de se reposer sur les sens aiguisés et la sécurité apportés par son maître, il fit le choix de se déplacer avec prudence. Les combats avaient fait rage dehors et faisaient rage dedans, n'importe qui -allié comme ennemi- pouvait se trouver avec lui dans le souterrain. Par chance, il ne croisa personne. Il s'immobilisa à la sortie, tournant la tête vers le tunnel derrière lui. Ses yeux s'étaient habitués à l'obscurité, et il pouvait maintenant distinguer les contours des planches de bois et des rochers qui maintenant les sables du désert hors du chemin souterrain. D'ici, plus aucun bruit de l'affrontement sanglant n'était audible.


- Ne mourrez pas, murmura-t-il à l'obscurité.

Puis il sortit dans la fraîcheur de la nuit en fermant la porte derrière lui. Les plus gros affrontements avaient eu lieu plus loin du complexe. D'ici, la nuit était calme et respirait la tranquillité, contraste frappant avec la bataille qui faisait rage sous terre. Il se juchea sur un gros rocher posé derrière la cabane, prit son élan, sauta et saisit le rebord du toit en bois. Il se hissa dessus et vint se placer, accroupi, juste au-dessus de l'entrée. La position de la lune était bonne et projettait son ombre sur le toit, non sur le sol devant la cabane. Rilend lui avait intimé de s'éloigner des affrontements, mais il avait décidé de rester dans son rôle de sentinelle. Si l'un des ennemis sortait -et pour peu qu'il parvienne à le reconnaître, il serait en mesure d'agir, ou au moins d'observer ses déplacements s'il restait assez discret. Son regard fut attiré par des silhouettes qui venaient du village, éclairées par les cinq torches qu'elles portaient. Remerciant silencieusement Rilend et les marchombres pour leur choix de vêtements sombres, Daos s'allongea doucement sur le toit, plaçant la lame de sa dague sous son torse et ramenant devant son visage ses deux avant-bras. Sa silhouette était applatie et presque aucune parcelle de sa peau, claire sous la lune, n'était visible. De sa position, il était invisible pour le groupe d'inconnus, des hommes et une ou deux femmes, d'après leur voix. Il resta immobile, écoutant leur conversation.


- ... les aménera à la grange pour les soigner. On aura besoin de renfort, on sait pas qui sortira d'ici.
- Justement, si c'est pas les bons qui sortent ?
- Alors faudra espérer qu'ils seront suffisamment ammochés pour qu'on puisse les achever.
- Génial.
- Arrête ce putain de défaitisme. Ces fils de putes ont aucune chance.
- J'espère que t'as raison. Dans tous les cas, les Rêveurs auront du pain sur la planche.

"Les Rêveurs ?"
s'étonna Daos. "blablabla les aménera à la grange pour les soigner... Les Rêveurs doivent être là-bas. Qu'est-ce qu'ils foutent en plein désert ?"

- Dis pas ça comme ça, putain. Ils sont en train de se battre et de crever pour nous. Ces salopards de Faucheurs doivent pas se laisser faire.
- Vous n'avez même pas idée.


Tout le groupe sursauta en fixant la porte de bois de la cabane. Seuls deux d'entre eux, un vieil homme aux cheveux gris qui portait l'une des torches et une jeune femme aux épaules voûtées levèrent immédiatement la tête vers Daos en entendant sa voix. Certains brandirent une épée ou une dague devant eux. Le jeune homme s'accroupit en s'appuyant sur ses mains, puis les tendit vers le groupe en-dessous de lui, paumes ouvertes. Une fois que le groupe sembla assuré de l'attitude pacifique de l'apprenti, celui-ci se laissa tomber sur les planches de bois devant la cabane et regarda le vieil homme qui l'avait repéré. Ses yeux bleus semblaient alertes et francs, encadrés de petites rides laissant deviner un sourire facile et chaleureux.

- Je suis avec une panthère. Elle est en bas, dit-il en pointant la cabane du doigt. Elle m'a expliqué la situation, faucheurs, raffles, les combats...
- Et qu'est-ce que tu fous là alors ? Tu te planques ? Lâche
, s'écria la jeune femme !
- Paix, Irisa, ordonna le vieil homme.

Daos la fixa quelques instants sans changer d'expression. Il comprenait sa réaction.


- Si j'étais resté, je serais mort en quelques secondes. Ou elle, en me protégeant. Elle m'a ordonné de m'éloigner, c'est tout.
- Mouais
, grogna-t-elle en esquissant une moue gênée.

L'apprenti tourna la tête vers le vieil homme qui avait parlé.


- Vous avez parlé de Rêveurs.
- Qui nous dit que tu n'es pas avec les Faucheurs
, s'enquit-il ?
- Rien, reconnu Daos.

Le jeune homme ne s'était pas trompé. Le sourire qui lui faisait face, entouré de rides qui soulignaient les yeux pétillants du vieillard, éclipsait presque toutes les horreurs qu'il avait vues à Ezadrah.


- De toutes manières, je sens que tu ne nous mens pas.
- Formidable. J'ai quelques connaissances en médecine. Je peux me rendre utile.
- Irisa, emmène-le à l'infirmerie.

Daos haussa un sourcil alors que la jeune femme s'éloignait en bougonnant.

- Vous me faites confiance au point de me laisser partir, seul avec l'une d'entre vous ?

Le sourire du vieil homme s'élargit.

- Tu seras avec Irisa. Dans ton intérêt, j'espère sincèrement que tu es de notre côté.

Secouant la tête en souriant, Daos trottina en direction de la jeune femme pour la rattraper. Elle le mena en silence vers une grange d'où s'échappaient des plaintes et des gémissements. Il entrèrent dans le bâtiment. Daos y découvrit une tripotées de Rêveurs dans leur bure habituelle, s'affairant autour de près d'une quinzaine de blessés. Irisa saisit la main d'un blessé, lui murmura quelques paroles réconfortantes, avant de se diriger vers l'un des Rêveurs, un homme de haute taille, imposant, les épaules carrées et le visage couturé de cicatrices. Un guerrier. La jeune femme lui présenta rapidement Daos, chuchota quelques mots à son oreille, avant de s'en retourner vers l'entrée de la grange sans un regard en arrière. Le Rêveur attendit que Daos s'approche de lui, les bras croisés.

- Je suis Gudriss et ça, déclara-t-il d'une voix forte et désignant l'arme qu'il portait au côté, c'est mon épée. Si tu fais du grabuge comme m'a prévenu Irisa, je t'ouvre en deux et je te fais sortir avec un coup de pied au cul. Compris ?

Le jeune homme haussa un sourcil, avant de répondre :

- Ca me va. J'ai quelques connaissances en médecine. Ma mère est herboriste et j'ai lu pas mal d'ouvrages de Tintiane, mon village était à côté. Certains d'entre vous viennent de là-bas ?
- Non
, répondit Gudriss, amusé par l'aplomb de l'apprenti. Va aider Viklor, là-bas, poursuivit-il en désignant un petit homme replet au crâne chauve. Ce n'est pas un Rêveur, il s'occupe d'une blessure légère.
- Entendu.


Daos se dirigea vers Viklor, le salua et l'aida à préparer un cataplasme.


***


Près d'une heure s'écoula, pendant laquelle Daos aida Viklor et les Rêveurs du mieux qu'il le pouvait. Les blessés affluaient, si bien que les lits prévus pour les accueillirs durent être augmentés avec de simples couvertures posées à même le sol. A chaque nouvelle entrée, Daos tentait de repérer s'il avait vu l'arrivant dans le souterrain. Il aidait l'un des blessés à s'allonger sur un lit de fortune lorsque des exclamations attirèrent son attention. Des exclamations de peur.

Le jeune homme tourna la tête, aperçevant Gudriss et son épée qu'il tenait dans sa main gauche, les expressions effrayées de certains blessés, les doigts tendus vers l'entrée de la grange. Ses yeux se fixèrent sur le point que tous regardaient déjà. Son coeur manqua un battement. De soulagement.

Ombre souple se découpant dans la nuit, une panthère se tenait là. Non, pas une panthère. Rilend. Il ne l'avait vue qu'une seule fois sous cette forme, mais Daos reconnaissait la silhouette puissante et digne, les yeux jaunes braqués sur lui qui le fixaient avec intensité. Un large filet de sang coulait le long de sa cuisse arrière droite en tâchant de rouge le noir de sa fourrure, et une blessure semblait avoir coagulé sur son flanc. Deux hommes bondirent sur la panthère.

- Reculez, s'exclama Daos !

Avec un feulement effrayant, la panthère bondit dans la pièce, passant entre un blessé abasourdi, un mur et les exclamations effarées. Elle se retourna soudain en mugissant sur un Rêveur qui s'écarta précipitamment pour laisser la place à Gudriss, armé de son épée. Le félin se ramassa, sauta au-dessus d'un lit, se glissa entre les lits de fortune et les soigneurs effrayés, pour finalement s'arrêter à côté de Daos. La panthère se retourna immédiatement, adoptant la même posture de défense que dans le souterrain, lorsqu'elle avait intimé au jeune homme de partir. Il ne put réprimmer un frisson de peur en observant son maître sous sa forme féline. Les pattes solidement plantées dans le sol de la grange, les griffes grattant le bois des planches sous elles, ses muscles frémissants de fatigue et de rage, tout le corps de la panthère indiquait qu'elle se tenait prête à attaquer tout ce qui passerait à portée de ses griffes. Sa queue fouettait l'air derrière elle, claquant parfois sur les jambes de Daos. La panthère ouvrit grand sa gueule en poussant un feulement sauvage et assourdissant. Elle la referma en gardant ses crocs luisants découverts, le nez plissé par des rides de colère, tandis qu'un grondement sourd roulait dans les tréfonds de sa poitrine et montait dans sa gorge. L'avertissement était clair : personne n'approche !

Alors que Daos s'apprêtait à expliquer la situation, la panthère disparut, pour laisser la place à Rilend. La marchombre poussa un grognement de douleur en s'appuyant sur le mur. Ses cheveux pendaient devant son visage, emmêlés de sueur. La blessure sur le flanc de la panthère ne laissait que quelques tâches de sang sur les vêtements de Rilend, mais celle sur sa cuisse teintait le cuir d'une large tâche rouge. Ses muscles tremblants, elle se tourna avec peine vers Daos.

"Daos ? Comment vas-tu ?"

L'inquiétude était palpable dans la voix de la jeune femme alors qu'elle fixait son apprenti les sourcils froncés.

- Mieux que vous, répondit-il en glissant un bras dans son dos pour l'aider à se tenir debout. Allongez-vous. Ce n'était pas une proposition, allongez-vous, lui ordonna-t-il lorsqu'elle secoua la tête pour refuser. Vous pissez le sang par la cuisse, alors allongez-vous. Je n'ai rien, je ne suis pas blessé.

La marchombre se laissa allonger alors que l'infirmerie retrouvait son calme. L'un des Rêveurs, dont Daos ne connaissait pas le nom, s'approcha précipitamment d'eux, un air inquiet sur son visage. L'homme saisit avec gratitude la dague que Daos lui tendait et s'en servit pour découper le pantalon de Rilend autour de sa blessure. Il s'empara du linge mouillé que le jeune homme lui tendait pour éponger la majeure partie du sang, et se glissa enfin dans l'état si caractéristique du Rêveur déroulant son art pour sauver son patient. Agenouillé de l'autre côté du lit pour ne pas gêner son travail, une main rassurante posée sur l'épaule de son maître, le jeune homme plongea son regard dans les yeux gris.

- Je suis tombé sur quelques personnes qui m'ont parlé de l'infirmerie, et je suis venu donner un coup de main. Bordel, que s'est-il passé, là-bas ?

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MessageSujet: Re: Dix Rêveurs dans la tempête   Sam 01 Juil 2017, 16:52

En découvrant ce qui causait un tel remue-ménage sous la grange, Syndrell oublia instantanément la douleur et écarquilla ses yeux dorés. Un félin semait la panique parmi les soigneurs et les blessés ! Un animal mince, mais fort d’une puissante musculature qui roulait sous un pelage terni par le sang et le sable mouillé. Un animal que la marchombre reconnut immédiatement : c’était la panthère qui l’avait laissée passer dans les sous-sol d’Ezadrah !

Sensible à la peur qui émanait des humains présents, elle rasait les murs en grondant sourdement, l’échine dressée et les crocs à découvert. Ses oreilles étaient plaquées en arrière sur son crâne. Syndrell se redressa lentement. Elle s’éloigna de la couche de Narek, sans s’apercevoir que celui-ci remuait et que ses paupières frémissaient ; toute son attention était focalisée sur la panthère.

Métamorphe. Syndrell se mordit la lèvre en se rappelant le jaguar d’Erwan ; dans quelle mesure l’être humain qui se cachait sous cette apparence sauvage percevait-il la situation ? Elle jeta un coup d’œil à la ronde et fronça les sourcils en voyant deux hommes resserrer nerveusement leurs doigts sur le manche de leur arme. La tension était palpable.
*Je dois les empêcher de lui faire du mal !*

Syndrell ne réalisa qu’avec un léger temps de retard qu’elle s’inquiétait avant tout pour la panthère, et cette prise de conscience la surprit assez pour l’arrêter dans son élan. Quelqu’un poussa un cri étouffé, la panthère bondit, louvoya entre les lits de fortune, se figea devant un jeune homme qui, comme chacun ici, avait interrompu ses soins pour observer la scène.

Alors, l’image du puissant félin se troubla et ses contours devinrent ceux d’un humain. Une humaine, une jeune femme à la peau claire et aux cheveux aussi noirs que le pelage de la panthère. Soulagée, Syndrell vit le jeune homme glisser un bras autour de sa taille pour la soutenir. Dans l’infirmerie improvisée, le calme retrouva ses droits dans un brouhaha paradoxal ; les Rêveurs reprirent les choses en main tandis qu’on faisait entrer de nouveaux blessés dans la pièce.

Syndrell soupira, encore troublée par ce drame qu’ils avaient évité d’un cheveu, tourna la tête… et le regard de Narek lui coupa le souffle. Il était réveillé ! Mieux, il était debout et même si sa démarche était boiteuse, il traversera l’allée pour la rejoindre. Elle s’accrocha à lui quand il referma les bras sur elle, appuya son front contre son épaule, respira son odeur.


- Tu vas bien, murmura-t-il contre son oreille. J’étais inquiet, tu sais…

Elle laissa échapper un rire qui sonnait comme un sanglot. C’est lui qui disait ça ! Alors qu’elle était passée si près de le perdre, encore une fois… ! Pour la peine, elle voulut lui donner un petit coup de poing dans la poitrine, mais son mouvement, conjugué à l’étreinte un peu trop forte de Narek, déclencha une vive douleur dans son bras.

- Outch, outch, outch… ! siffla-t-elle en reculant, son bras pressé contre son ventre.
- On m’appelle ? s’exclama une voix grave et malicieuse.

Syndrell n’eut pas le temps de se retourner. Elle sentit deux mains se poser doucement sur ses épaules et, l’instant d’après, elle était assise sur un tabouret. Un homme, un Rêveur, se pencha vers elle ; il était dans la quarantaine, une barbe blond cuivré couvrait ses joues et son menton et un anneau d’argent perçait son oreille droite. Il avait l’air fatigué mais son sourire le rendait infiniment sympathique. Quand il planta son regard noisette dans le sien, Syndrell se sentit en sécurité.


- Voyons voir… Hum. Le bras est fracturé à plusieurs endroits. Vous pouvez bouger les doigts ?

Deux des cinq doigts sollicités ne répondirent pas positivement à cette demande. Le Rêveur hocha la tête et s’installa près de la marchombre.

- Je vais m’occuper de ça. Détendez-vous.
- Vous risquez d’être surpris,
prévint Syndrell dans un sourire amusé.
- Moins que vous ne le croyez ! répondit-il dans un clin d’œil complice. J’ai l’habitude de réparer les marchombres.

C’est Syndrell qui fut surprise, mais elle se reprit rapidement et le regarda manipuler son bras avec précaution.

- Je m’appelle Syndrell.
- Alors c’est vous, l’amie merveilleuse de Hièlstan…! Je vais m’appliquer, dans ce cas. Sinon il va me réduire en miettes. Au fait, moi c’est Talis.
- L’ami merveilleux de Hièlstan !


Alors qu’il s’apprêtait à dérouler son rêve, Talis leva les yeux et croisa le regard de Syndrell. Ils sourirent, liés par cette amitié profonde et solide qu’ils vivaient avec Hièlstan, sans qui ils ne se seraient sans doute jamais rencontrés. Puis il demanda à la jeune femme de ne plus bouger, et il s’enfonça dans les secrets de son art. Tandis qu’il ressoudait ses os, Syndrell tourna la tête vers Narek.

Il avait meilleure mine, mais il avait le regard sombre. Elle savait pourquoi. Son cœur se serra ; cet homme avait traversé l’enfer pour elle. En se souvenant de la façon dont il s’était dressé face à Onku, elle frissonna. Il avait agi sans réfléchir et elle le lui ferait payer plus tard, mais sans lui, elle n’aurait sans doute pas réussi à terrasser son ennemi. Combien de fois, et de combien de manières différentes allait-il encore la sauver ?

Talis endigua efficacement sa douleur. Une fois son bras soigné et pansé, il s’occupa de quelques coupures qui lui semblaient vilaines, puis il lui fit boire un liquide malodorant et très fort.


- De quoi vous redonner un peu de couleurs, demoiselle. Vous êtes pâle comme la craie.
- Merci, Talis.


Syndrell avait sommeil. Une fatigue immense l’engourdissait. Narek aussi avait besoin de se reposer. Pourtant, ni l’un ni l’autre ne prit le temps de s’allonger. Ils joignirent leurs forces aux soigneurs qui se déployaient sous la grange, prêtèrent main forte aux Rêveurs qui organisaient les soins, rassurèrent les plus jeunes, réconfortèrent les plus vieux, sans jamais rechigner ni faiblir. Des gens avaient besoin d’eux.



*



Plus tard, bien plus tard, tandis que l’aube pâlissait dehors, laissant entrer une douce lumière par les portes grandes ouvertes, l’agitation qui avait duré toute la nuit dans l’infirmerie s’apaisa enfin. Tous ceux qui avaient pu être sauvés dormaient sous l’œil vigilant des Rêveurs, lesquels se relayaient pour prendre un peu de repos. Même chose du côté des soigneurs.

Assise sur un banc, Syndrell avait posé la tête sur l’épaule de Narek. Elle ne dormait pas mais appréciait de pouvoir souffler un peu.

Quelle nuit…

- Je ne sais pas toi, mais une fois que nous serons rentrés je pense dormir une semaine entière, sans interruption !
- Excellent projet,
approuva Talis en surgissant devant eux, une tasse fumante dans chaque main. Un peu de thé ?

La marchombre se redressa et remercia le Rêveur. Il ne faisait pas froid mais l’épuisement la faisait frissonner ; elle entoura la tasse de ses mains avec bonheur et se brûla la langue pour le simple plaisir de sentir la boisson réchauffer sa gorge et son ventre. Elle ferma les yeux, juste un instant.

Quand elle les rouvrit, son regard tomba sur la femme aux cheveux noirs. Elle était en train de discuter avec le jeune homme qui s’était occupé d’elle.

- Je reviens, dit-elle à Narek avant de se lever – non sans avoir effleuré ses lèvres d’un baiser parfumé à la menthe citronnée.

Etrange comme parfois les êtres s’attirent sans savoir pourquoi… Syndrell était fascinée par cette femme autant qu’elle avait été par la panthère. Elle n’était pas certaine que sa métamorphose soit responsable de cette admiration, quoique, à bien y réfléchir, la marchombre connaissait désormais trop de gens capables de se changer en animal pour qu’elle ne soit pas sensible à cet incroyable don. Il y avait pourtant autre chose… un sentiment difficile à définir, ou plutôt, une sensation familière, un peu comme si elle connaissait cette femme.


- Salut, dit-elle doucement en s’arrêtant près des deux jeunes gens.

Elle avait un regard étrange, d’un gris profond et changeant ; lui avait des yeux d’un marron plus clair que ceux de Talis, mais tout aussi malicieux. Et tous les deux portaient les marques de cette même fatigue qui rassemblait chaque homme et chaque femme de cet endroit.

- Il y a du thé qui circule, si ça vous dit. Ça fait un bien fou !

Syndrell adressa un clin d’œil doré au jeune homme, puis regarda la femme aux yeux gris.

- Merci, murmura-t-elle.

Inutile de préciser davantage, le message était aussi simple que limpide : quelles qu’aient pu être ses raisons, cette femme, cette panthère avait combattu vaillamment et contribué à libérer Ezadrah du joug d’Onku. Et puis, elle l’avait laissée passer. Syndrell inclina légèrement la tête, reproduisant ce geste qu’elle avait eu face à la panthère.


- Je suis Syndrell Ellasian.

__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…


[Absente du 18/07 au 24/07]
Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Dix Rêveurs dans la tempête   Dim 02 Juil 2017, 00:59

Il allait bien !
Il était là, sur ses deux jambes et bien plus stable dessus que son maître, apparemment pas trop retourné par la mascarade à laquelle le fauve effrayé venait de se livrer. Bien debout, bien vivant et apparemment pas blessé, le regard vif et visiblement l'esprit clair. Le soulagement envahit Rilend et elle sentit la Panthère s'apaiser doucement, le danger passé et l'urgence de la situation consommée. Le fauve reflua dans son esprit, au plus profond d'elle. Las et blessé, il n'aspirait plus qu'à dormir et se cacher et laissait l'appréciation de la situation à la jeune femme.

La situation n'était pas si brillante.
Maintenant qu'elle retrouvait son calme, que la vague d'inquiétude qui l'avait brièvement submergée s'était retirée, Rilend percevait distinctement la douleur qui pulsait dans sa cuisse. Le sang coulait, elle le sentait sourdre, régulièrement. Il ne pulsait pas – et c'était heureux – comme jaillissant d'une artère rompue, mais la souffrance qui irradiait dans sa jambe trahissait de sérieux dommages. Il était possible également que sa course dans le sable et ses derniers exploits aient aggravé les lésions...mais Rilend n'aurait su demeurer immobile sans savoir ce qu'était devenu son élève.

Il y avait aussi Narek, le barde souriant avec lequel elle avait brièvement combattu puis discuté beaucoup plus longtemps, au bord du lac, accompagnés de son amie Frontalière. L'apprenti prometteur qu'elle avait retrouvé quelque temps plus tard pour valider son Ahn-Ju – il n'y avait pas d'autre mot, l'examen avait été une telle formalité ! - en compagnie de ses deux anciens maîtres. Le garçon était salement amoché mais vivant. Salement surpris aussi de voir la jeune femme avec crocs, griffes et fourrure noire, de toute évidence.
Mais était-elle donc si reconnaissable comme Panthère, ou faisaient-ils le lien avec ce qui transparaissait parfois du fauve dans sa forme humaine ?

Daos, avec assurance, passa la main autour de sa taille et elle le laissa faire, répugnant à quitter l'appui du mur. Elle n'était plus exactement sûre de tenir debout : une jambe était bien moins stable que trois pattes et la tête, bien plus haute que le coeur chez l'humain, lui tournait légèrement. Elle avait probablement perdu un certain volume de sang, peut-être de quoi remplir une de ces énormes chopes de tisane que promenaient les Rêveur alentours. Et ses muscles protestaient au moindre mouvement, à la moindre tentative de leur imposer son poids.
Pourtant, elle secoua obstinément la tête quand Daos lui enjoignit d'aller s'allonger. Un vieux réflexe, de fauve blessé autant que d'enfant des rues, qui refuse de montrer la moindre faiblesse devant des inconnus. C'était une habitude dont elle n'avait pas encore tout perdu, année après année. Vingt ans après les rues d'Al-Far, se laisser soigner, ne pas être si parfaitement apte à se suffire à elle-même, la mortifiait toujours autant. Pourtant, elle luttait, elle lutta contre cette étincelle de fierté malvenue, qui eut un dernier sursaut quand Daos insista en termes sans équivoques pour qu'elle s'allonge.
Avec un soupir, elle se laissa convaincre par la voix de la raison et se laissa tomber plus qu'elle ne s'assit sur le lit où la conduisait Daos. Elle nota au passage – une autre partie d'elle-même s'amusant de sa capacité à demeurer maître même en étant avant tout blessée – que le garçon se déplaçait avec une certaine aisance même en supportant son poids, et avec adresse. Il n'avait déjà plus tant à voir avec le coureur de fond qui était venu se soumettre à son enseignement quelques mois auparavant.

Rilend s'allongea à demi. Elle n'avait guère le choix : la tête lui tournait, réellement. Daos avait posé la main sur son épaule – pour la soutenir, ou avait-il peur qu'une Panthère traverse de nouveau l'infirmerie en courant ? Tandis qu'un Rêveur peu confiant s'approchait d'elle. Rilend leva les yeux vers l'homme et croisa son regard vert, piqueté d'or, incertain. Un sourire sarcastique dévoila les dents de la marchombre :

«N'ayez crainte, je ne compte pas terroriser une deuxième fois vos collègues et vos patients...et en tant que patiente, je crois que je ne mords pas.»

Puis, devant l'insistance du soigneur, elle daigna s'allonger sur le flanc et remarqua que Daos passait à l'homme le matériel nécessaire sans un mot, avec l'efficacité née d'une longue pratique. Des notions de médecine plus poussées, voilà ce qu'elle pourrait aussi lui inculquer. A l'occasion. Un peu plus tard.
Toujours avec cette sensation de faiblesse, désagréable, et de vertige, Rilend entendit la voix de son élève loin au-dessus de sa tête, vit ses yeux apparaître droit dans son champ de vision. Et bien sûr, une question...pas évidente, comme il se devait. Elle faillit botter en touche, proposer à Daos de lui répondre plus tard : elle était vraiment fatiguée. Elle n'était pas sûre elle-même d'avoir tout compris.
Mais il y avait autre chose que de la curiosité dans la voix de son apprenti ; il paraissait choqué, oh, pas à en trembler ou à aller se terrer dans un coin, mais assez pour ressasser la scène plusieurs heures d'affilée. C'était, à la connaissance de Rilend, la première vraie bataille du garçon bien qu'il ait déjà eu affaire à quelques escarmouches épicées dans les rues d'Al-Jeit – dont elle n'avait eu qu'un bref écho par lui.
Il méritait bien quelques mots.

«Un sacré bordel, je crois que c'est le mot. Les...hommes d'Onku, enfin, je ne sais pas si on peut encore parler d'hommes, ont manifestement réussi d'une façon incompréhensible à se transformer partiellement en animaux...à récupérer un peu du pouvoir des Métamorphes.»

Esprit un peu trouble, élocution parfois hésitante, mais yeux gris clairs et impérieux.

«Ne me demande surtout pas comment, je n'en sais RIEN. En tous cas, c'était totalement contre-nature.»

Sifflement discret quand le Rêveur appuya sur sa blessure avec un linge mouillé, épongeant le sang et nettoyant, touche après touche, le sang séché. Rilend reprit :

«Et les métamorphes qui se trouvaient là y ont réagi. Tous. Eux, et les autres marchombres...quelqu'un a fini par tuer Onku et toutes les bêtes impossibles ont...juste disparu, comme ça. Je suppose que les autres marchombres ont ramassé les blessés, moi, je suis partie voir dehors...où tu étais passé.»

Cette fois-ci, ses yeux étaient plus paisibles, plus rassurants aussi, toujours rivés sur son élève. Le Rêveur commençait à dérouler sa transe et un discret chatouillis monta dans la cuisse de la marchombre, si différent de la douleur lancinante d'avant qu'elle en fut presque étonnée. Elle se garda bien de bouger, ne souhaitant pas perturber l'homme en transe.
Sa voix avait repris en fermeté et en assurance.

«En tous cas, l'instigateur de tout ça est mort et ses captifs sont libres. C'est fini.»

Le Rêveur retira sa main et Rilend se redressa sur un coude pour jeter un oeil à la blessure disparue, et contracter discrètement les muscles touchés. Tout fonctionnait normalement, si normalement qu'elle en fut presque surprise, comme si les quelques heures de déchirure avaient suffi à ses nerfs pour oublier à quoi ressemblait une jambe intègre. Elle continua, pensive :

«A priori, plus de bataille...il ne restera qu'à les soigner...et pour eux, qu'à reconstruire.»

La nostalgie l'envahit tandis qu'elle songeait à ce village détruit, les familles épouvantées, les blessés, les morts, ceux qui à vie demeureraient marqués. Elle se remit dans une position plus naturelle à l'instigation du Rêveur.
Tourna la tête à droite, vers l'endroit d'où était venu Narek et où la fille aux cheveux bleus se faisait soigner par un homme solidement bâti, carré, blond et c'était bien tout ce qu'elle pouvait en voir d'ici. Il parlait haut, avec force exclamations et c'était l'une d'elle qui venait d'attirer l'attention de la marchombre, un prénom bien connu.
Hièlstan avait trouvé le moyen de venir se fourrer dans ce saccage ?

 *
*  *
 *


La nuit de frénésie et de souffrance s'achevait dans le calme.
Comme l'aube pâlissait au loin, les gémissements s'étaient tus dans l'infirmerie et les malades avaient cessé d'affluer. Tous soulagés, ou plongés dans une transe conservatrice par les Rêveurs, ils sommeillaient et les hommes qui les surveillaient tâchaient de prendre tant bien que mal du repos. Rilend, qui n'avait pas sommeil, s'était levée pour aller fouler le sable, glacé par la nuit.
La Panthère dormait toujours, ne disait rien. Elle avait eu son content de sang pour un moment.
La marchombre ne trouvait pas encore le repos, tourmentée par l'inquiétude qu'elle éprouvait encore pour les siens, son maître, tous les autres, et par l'image des corps entassés dans la cave quand elle l'avait quittée, par les mutilations sur le corps de Narek, la peau de la fille aux cheveux bleus...
Elle était tombée sur Daos dehors et s'assit à ses côtés avec un sourire.

«Tu devrais dormir. Tu n'as pas encore pris de repos.»

Puis elle laissa ses yeux courir sur le sable. Les courbes épurées des dunes, la grâce de la brume tremblotante qui s'élevait dans ce monde encore glacé...tantôt hiver et tantôt fournaise, du bleu à l'ocre, le désert était le monde le plus fascinant qui soit. Bien que son expérience et son alter-ego animal la poussent plutôt vers l'ombre des forêts et les fourrés, la jeune femme était tombée sous le charme de cet environnement hostile lors de son voyage vers le Rentaï.
Elle ne l'entendait pas, ce matin. La montagne ne chantait peut-être pas si près des hommes...mais le Murmure, elle l'avait déjà perçu à d'autres occasions, aux confins du désert ou plus au Nord encore. La distance ne semblait pas un réel souci pour l'immense entité qui émergeait des vagues de sable. Pourtant, ce matin, il se taisait.
Comme bien des survivants d'ailleurs, et Rilend ni Daos ne faisaient exception. La jeune femme avait conscience de la présence de son apprenti, et de son silence, mais elle respecterait son retrait jusqu'à ce qu'il estime nécessaire de s'exprimer. Quant à l'entraînement, ma foi...le Rêveur ne lui avait imposé que trois jours de repos. Ils auraient donc trois jours, elle de repos, lui de répit.

« Salut.
Il y a du thé qui circule, si ça vous dit. Ça fait un bien fou !»


La jeune femme aux cheveux bleus se tenait près d'eux et Rilend se redressa légèrement, sans quitter sa position assise et détendue, pour l'observer. Elle était assez petite, mesurant bien un empan de moins qu'elle-même, fine, avec dans l'attitude et le déplacement cette souplesse si caractéristique des marchombres et dans l'oeil une bienveillance qui inspira confiance à la jeune femme. Ses cheveux bleus, ses yeux d'or flamboyaient sur sa peau diaphane et la rendaient saisissante...Et soudain, Rilend sut qui elle était.
Elle l'avait déjà vu à l'Ahn-Ju de Narek, bien que son attention soit surtout allée au jeune homme ce jour-là. Elle l'avait entendu décrire dans les mots amoureux du même élève, «Yeux d'or et cheveux bleus...» disait-il, et il y avait fort à parier qu'elle était également la jeune femme à qui la Panthère avait dédaigné d'arracher la tête quelques heures auparavant.
Et elle avait entendu parler d'elle ailleurs aussi, mais où ?

La femme lui adressa ses remerciements, que la marchombre accepta d'un sourire. Nul mot n'était nécessaire, ou plutôt, elle n'avait pas envie de répondre. Ses raisons, pour évidentes qu'elles soient, ne regardaient qu'elle et après tout, la fille aux cheveux bleus savait pour quelles raisons elle la remerciait. Peut-être Rilend elle-même n'avait-elle pas toute conscience de ces raisons multiples. Qu'importait ? Le remerciement était la clé...
Et comme elle se présentait, Rilend se souvint dans un éclair du dernier endroit où elle avait entendu parler de cette marchombre.
Hièlstan l'avait décrite comme une amie chère, et citée à de nombreuses reprises, prouvant qu'ils se connaissaient suffisamment bien pour avoir eu un certain nombre de contacts, depuis un certain temps.

Il est des êtres avec lesquels on se sent un lien immédiat.
Peut-être le fait que Syndrell ait déjà été citée à Rilend par deux personnes aussi sympathiques l'une que l'autre, peut-être son calme face à la Panthère jouèrent-ils dans ce sentiment d'intimité d'ores et déjà établi entre elles.
En regardant dans les yeux d'or de la jeune femme, or contre argent, la marchombre sut qu'elle ressentait sensiblement la même proximité.
Avec un sourire et un clignement d'yeux presque paresseux, félin, elle se présenta à son tour :

«Rilend Ansakh.
J'ai déjà entendu parler de toi par Narek. Et, euh, tu connais Hièlstan, aussi, je crois.»


Clin d'oeil.
Ce n'était pas exactement une question, mais autant s'assurer qu'elle parlait à la bonne Syndrell.
En tous cas, Narek avait raison : impossible d'oublier pareil aspect et pareil sourire une fois qu'on les avait rencontrés. Si Rilend, avec son calme parfois distant, ses cheveux noirs et ses yeux gris, donnait dans le monochrome, Syndrell recelait toutes les couleurs qui lui manquaient !

__________________________________________

*Parce que la panthère en toi peut être apprivoisée
Parce que le plus grand des trésors est la liberté.*

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