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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]

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Aivy Sil'Lucans
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MessageSujet: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Dim 12 Fév 2017, 20:58

Bruit de la pluie sur l'eau de la rivière.
Au milieu du chaos interne, Aivy ouvre les yeux.
Le crayon tourné vers le ciel.

La réalité s'effrite. Son souffle se raccourcit.
Au milieu du temps, elle s'envole.

Feu-follet dans la nuit.



***


- Alors, ces séances ?
- Plutôt pas mal. J'ai trouvé un sacré paquet de réponses.
- Tu as l'air plus sûre de toi, en tous cas. J'en suis heureux. Encore un peu de thé ?
- Non merci. Charm ?
- Hm ?
- On ne se reverra pas avant un bout de temps. Je pars pour la capitale. J'ai besoin d'air.
- Oh ? Eh bien, je te souhaite bon voyage.
- Merci.
- Aivy ? Passe le bonjour à Mia, s'il te plaît. Elle me manque.
- Ne t'en fais pas.
- Je ne m'en fais jamais.




***


- Qui êtes-vous ?
- Hm ?


Aivy releva le menton. Avec sa capuche relevée et son long manteau couvert de pluie, elle ne ressemblait pas à une personne extraordinaire, digne d'un intérêt particulier. La question de l'homme qui tenait l'étalage, dans ce contexte, lui sembla étrange et lui fit froncer les sourcils. Ses doigts serrèrent un peu plus l'orange qu'ils tenaient, jouant avec la peau, caressant son galbe frais.

- Personne qui mérite votre attention, répondit-elle simplement en reposant le fruit à l'abri de la pluie qui martelait ses vêtements.
- Tous mes clients méritent mon attention, rétorqua le marchand du tac-au-tac. Vous comprenez, je ne peux pas vendre à n'importe qui.

Pour la première fois, la jeune femme releva les yeux pour dévisager l'homme qui se trouvait en face d'elle, ce qu'elle n'avait pas encore osé faire au vu de la violente pluie qui s'abattait sur la ville et risquait d'envahir son visage. Mais il n'y avait pas de vent, et aucune goutte ne vint troubler son champ de vision quand elle croisa les pupilles vides de l'homme.

Aveugle.

L'apprentie soupira silencieusement.


- Les temps sont durs, hein ?, dit-elle d'un ton qu'elle ne voulait pas trop compatissant au risque de paraître fausse.
- Je ne vous le fait pas dire. Par ce temps, n'importe quelle personne censée serait restée chez elle.
- J'ai parfois entendu dire qu'il est censé d'être insensé.

- C'est la loi des marchés ! Je loue pour le lundi, alors je suis là le lundi, sinon je perds mes droits. Vous croyez que la pluie en a quelque chose à fiche, de mes droits ? Mais vous ne m'avez pas répondu, continua-t-il en croisant les bras et avec un petit silence. Qui êtes-vous ?
- Juste une touriste en visite, répondit-elle d'une voix un rien réservée. Je m'appelle Aivy, ajouta-t-elle ensuite. Et si mon prénom vous va, je vais vous prendre deux pommes.


***


Crunch.

Un pas après l'autre, Aivy avançait. La pomme rouge vaquant entre sa main et sa bouche achèverait bientôt de lui remplir l'estomac et, avec un peu de chance, elle trouverait également un endroit où attendre une accalmie.

Son manteau était neuf, et sa mère lui avait envoyé suffisamment d'argent avec sa dernière lettre pour qu'elle survive un mois dans une grande ville sans se préoccuper de manquer de rien. C'était la première fois qu'elle lui envoyait de l'aide depuis son départ, à elle la fille ingrate qui n'avait pas daigné rendre visite une seule fois à sa famille. Trop occupée à courir après sa petite sœur dans le seul but de la recomposer.

Un rêve avorté, oubliable. Elle avait presque tourné la page.

Crunch.

*Plutôt bonne, cette pomme !*

Aivy tourna dans une rue, l'esprit plongé dans une marre de souvenirs, comme un écho à sa situation physique. La tête aussi embrumée que le haut des tours d'Al-Jeit, elle chercha sans vraiment se concentrer un endroit où passer la nuit, où attendre que le temps devienne plus clément.

La jeune femme avec observé avec tristesse le ciel se voiler au fil des jours de voyage. Ne disait-on pas qu'il faisait toujours plus beau au sud de l'Empire ? Uranie elle-même était devenue plus nerveuse à l'approche de l'orage, et elle avait été obligée de la laisser à regret dans une étable aux portes de la cité, quoi que rassurée par la gentillesse du garçon qui avait pris sa jument en charge. Qui n'était pas encore tout à fait sa jument, mais...

Au détour d'un ruelle, enfin, son regard onyx embué de pluie trouva ce qu'elle cherchait. La taverne était grande, et ses fenêtres lumineuses brillaient comme un phare au milieu du tumulte. Avec un temps pareil, peu de personnes étaient présentes dans les rues. Sans doute l'établissement serait-il plein de voyageurs.

Fréquenter tavernes, auberges et bars était devenu une habitude dont la jeune femme n'était pas spécialement ravie. La nécessité de la chose se présentait plutôt deux fois qu'une en voyage, mais c'était souvent à regret qu'elle se rendait dans un de ces endroits. Seule, elle en appréhendait la clientèle, souvent peu recommandable. Mais c'était seule qu'elle traçait son chemin depuis l'interruption brutale de sa formation. Seule, et en détresse. Mais cela, personne n'avait besoin de le savoir.

Elle tendit la main droite pour saisir la poignée de porte, bravant la tempête qui grondait un peu plus à chaque seconde, quand un mouvement violent de la part de la porte sus-dite interrompit brusquement son geste.

Cette dernière s'ouvrit dans un fracas terrible et, avant même qu'elle n'ait eu le temps de dire "Raï", la jeune femme vit voler devant elle une forme indistinguable qui la força à vivement s'écarter. La forme vint s'écraser la tête la première sur le sol mouillé et, en regardant de plus près au-delà des gémissements de douleur du malheureux, Aivy put constater qu'il s'agissait d'un homme.

Un homme, ou plutôt une loque totalement saoule.

*Sans doute un enquiquineur ou un trouble-fête...*

La voix qui rugit de derrière la porte confirma son hypothèse.


- ET NE T'AVISE PAS DE REVENIR AVANT D'AVOIR ÉPONGÉ TON ARDOISE, GROS PLEIN DE SOUPE ! ON EST A AL-JEIT ICI, PAS DANS LA PREMIÈRE TAVERNE DE PROVINCE ! UN PEU DE CLASSE, PAR LA DAME !

La jeune femme retint avec peine un petit rire. "Un peu de classe", en effet, ne consistait pas à jeter un homme ivre-mort dans la rue un jour de pluie...

Décidée à ne pas rester plus longtemps sous l'orage, Aivy profita de l'aubaine pour pénétrer dans l'établissement, et retira bien vite sa capuche pour balayer la pièce du regard.

Son cœur rata un battement quand il croisa celui, rieur et excité, du destin qu'elle n'aurait jamais pensé rencontrer ici.


- Tsu ?!

__________________________________________



Dernière édition par Aivy Sil'Lucans le Mar 14 Fév 2017, 11:18, édité 1 fois
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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Dim 12 Fév 2017, 22:53

L’homme avala difficilement une nouvelle lampée d’alcool et hésita quelques secondes avant de retourner son verre. En face de lui, Jed eut un petit sourire satisfait. Il le tenait.

- On dirait que je vais remporter cette manche, camarade. Si tu…
- Attendez.


Surpris par la volonté qu’il perçut dans le ton de celui qui semblait prêt à s’écrouler, Jed haussa un sourcil. Il soupira. Ceux qui ne savent pas perdre sont décidément bien pénibles…

- D’accord. Une dernière chance. Mais si tu perds, tu dégages. Compris ?
- J’vais pas perdre.


Ben voyons.

Jed tourna la tête vers l’homme qui arbitrait le duel et celui-ci remplit deux nouveaux verres, à ras bord. Tout en attrapant le sien, Jed vérifia qu’on ne les avait pas encore repérés. Ce genre d’activité n’était pas tellement autorisé dans un établissement pareil. Il fallait savoir s’y prendre. Il était habitué mais son adversaire, visiblement, était un amateur qui ne savait pas du tout où il mettait les pieds ! Dans un haussement d’épaules, Jed leva son verre. Santé, pauvre type. La rasade lui brûla les lèvres, la gorge, le ventre. C’était pas du pipi de chat, cet alcool. Mais Jed était encore loin d’avoir atteint sa limite. Il secoua la tête en voyant l’autre, en face de lui, vaciller soudain et basculer. En plein sur la table, qui se renversa sous son poids. Des verres se cassèrent. Jed s’était reculé juste à temps. Il laissa échapper un claquement de langue agacé.

- Encore un poivrot qui ne sait pas se tenir en public… Hé, tavernier ? C’est possible de manger tranquillement, ici ?

Le maître des lieux avait déjà empoigné l’ivrogne en râlant dans sa barbe. Il le traîna comme un malpropre jusqu’à la porte, qu’il ouvrit d’un coup d’épaule, et projeta le malotru dans la rue.

- ET NE T'AVISE PAS DE REVENIR AVANT D'AVOIR ÉPONGÉ TON ARDOISE, GROS PLEIN DE SOUPE ! ON EST A AL-JEIT ICI, PAS DANS LA PREMIÈRE TAVERNE DE PROVINCE ! UN PEU DE CLASSE, PAR LA DAME !

Jed leva les yeux au ciel. Ironique, cet hôte… Sans plus se soucier de l’incident auquel il avait pourtant sciemment participé, Jed se réinstalla et passa une main dans ses cheveux blonds délavés, les rabattant en arrière sur son crâne. Il balaya la salle des yeux et son regard tomba sur la jeune fille qu’il avait repérée un peu plus tôt – juste avant que l’autre guignol ne lui fasse son numéro. Il sourit, de ce sourire faux et prédateur qu’il ne réservait qu’aux femmes dont il était sûr de vouloir goûter un morceau. Celle-ci était un peu trop jeune, mais elle avait des yeux à couper le souffle. Il se pencha vers elle.

- Salut, mignonne. Je vais commander un bon vin de noix. Si on trinquait à la soirée qui s’annonce ?

Cependant que Jed peaufinait sa technique de séduction, Gil, lui, pataugeait dans la boue. Il avait atterri dans une flaque d’eau, il était trempé de la tête aux pieds, il s’était coupé la main sur du verre cassé. Mais lorsqu’il roula sur le dos…

… il souriait.



*




La Passe de la Goule.
Deux jours plus tôt.


Le toit de la cabane était plein de trous. Microscopiques ou grands comme des noisettes, ils laissaient passer les gouttes de pluie qui s’infiltraient en continu depuis quelques heures dans la seule et unique pièce. Concert de « plic ploc » un peu partout, selon des gammes et des rythmes différents… seule ressemblance : les gouttes atterrissaient toutes dans un bol. Il y en avait partout. Sur la table, sur le tabouret tout de guingois, sur le sol… et entre les deux genoux de Gil. Ce récipient-ci était solidement maintenu par une pression égale des muscles de l’Envoleur tandis que celui-ci, torse nu, exécutait une série d’abdominaux. Il passait le temps. Y’avait rien à faire d’autre de toute façon, du moins pas pour l’instant, et par cette pluie… La vraie raison, c’était qu’il était nerveux. Bien trop nerveux. Là encore, il préférait invoquer le sale temps plutôt que l’absence de Tsukia. Jamais il n’admettrait qu’il se faisait du souci pour elle – et puis quoi encore ? Cette gamine a voulu me suivre dans cette galère, qu’elle assume ses choix et tant pis si elle se foire au passage, hein… Il espérait quand même que tout se passe bien, parce que le cas échéant il allait devoir se débrouiller pour rattraper le temps perdu et retrouver la trace de sa cible.

Sans cesser de monter et de descendre, les mains derrière la tête, ses genoux serrant toujours le bol ébréché dans lequel venaient s’écraser les gouttes qui semblaient décompter ses tractions abdominales, Gil songea à ce qu’ils avaient accomplis ensemble, ces derniers temps. Leur étonnant – détonnant ? – duo avait débuté juste après le départ de Libertée. La fuite de Libertée. Gil grogna et accéléra légèrement le rythme. Bref, passons. Ensuite ? Il avait fallu préparer la petite. Bon, d’accord… elle avait fait le plus gros toute seule. En un éclair, pouf ! elle était devenue Aile de Corbeau. C’était plutôt pas mal, même. Mais l’apparence ne faisait pas tout. Après deux ans de traque acharnée, Gil avait appris à connaître son ennemie. Il avait pu apprendre à Tsukia comment se comporter, quelle attitude adopter… Elle était partie de son plein gré mais suffisamment préparée à réaliser sa mission : infiltrer l’organisation de Laize. Le regard concentré de Gil s’assombrit. Il devait en avoir le cœur net. Si le Chaos était lié à toute cette histoire, s’il devait les cendres de sa maison, la tâche indélébile du poison qui avait failli lui coûter la vie – et celle de Makeno – à l’Ordre qui régissait sa vie depuis si longtemps… Et, par-dessus tout, si son père était réellement vivant… Il fallait qu’il sache.
Et qu’il règle ses comptes.

Définitivement.

Là-bas, dans la poche de son manteau, il y avait l’Oeil de Géant qu’il avait dérobée dans le manoir, un mois plus tôt. Du gâteau, si l’on exceptait les idioties de ses deux anciens apprentis. Pas un pour rattraper l’autre, et ils avaient bien failli faire capoter sa mission… Il s’en était tiré. Comme d’habitude. Avec la boisson délirante du Rêveur, en revanche, il avait eu quelques… difficultés à régler avant de trouver le moyen de venir se terrer ici. Lécher ses plaies en vieil ours blessé, surtout dans son égo, mais désormais il se sentait prêt à mettre le museau dehors. Et ça tombait bien parce que, la veille, un oiseau était venu s’encastrer dans la vitre pourtant sale – et donc bien visible – du cabanon. C’était navrant, mais le message qu’il était venu lui apporter, en revanche, était revigorant : c’était le signal qu’il avait attendu depuis tout ce temps. A lui de jouer, à présent ! Il acheva sa dernière série puis se laissa tomber, le dos contre le parquet humide, les yeux collés au plafond, songeur. En tant normal, ce nouveau défi aurait dû le mettre dans tous ses états. Il n’aurait pas attendu une accalmie pour sauter sur Chante-Brume et filer à Al-Jeit. Pourtant, il était sérieux, vraiment sérieux cette fois. C’était une première. C’était peu ordinaire. Et légèrement flippant. Parce que cette fois, il partait avec la ferme intention de mettre la main sur l’ordure qui bousillait sa vie.

Ou bien d’y laisser sa peau en essayant.



*





Gil se releva tranquillement sous l’œil étonné des quelques passants qui s’étaient arrêtés pour observer la scène. Il passa une main dans ses cheveux trempés. Il les avait coupés un peu avant de tomber sur Kaünis et Syles, mais depuis ils avaient repoussés. Sa barbe aussi. Ajoutez à cela une démarche vacillante et une diction d’ivrogne… Jed Rezarel s’était fait avoir comme un bleu. Gil plongea la main dans sa poche et en sortit la clé qu’il avait récupérée en tombant sur la table. C’était tellement simple… A Tsukia de terminer, à présent. Mais lorsque Gil jeta un coup d’œil en direction de la taverne, il vit à travers la fenêtre qu’une silhouette s’était arrêtée près d’elle. Une fille dont il voyait seulement les cheveux roux. Elles avaient l’air de se connaître, à en juger par la tête de la gamine. Enfer, gamine, te laisse pas distraire, bon sang ! Il ne fallait pas perdre Jed de vue. Gil hésita. Si la couverture de Tsukia était compromise, elle risquait gros ! Il serra les poings.

Hésita encore un peu.


[Teal pour la couleur de Jed, les amis Wink]

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."




[Absent du 13 au 18 mars]
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Tsukia Til'Werin
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Lun 13 Fév 2017, 00:59

Sortit de la poêle et droit dans le feu.

Il s'était fait prendre par Gil comme un gamin, ce connard. Je suis plutôt hilare de voir Gil se faire ainsi rembarrer, mais je camoufle le tout assez bien derrière un sourire, sirotant mon verre tranquillement. C'était à moi de joué, mais je n'ais rien à faire, juste à attendre et--


Salut, mignonne. Je vais commander un bon vin de noix. Si on trinquait à la soirée qui s’annonce ?


Et sboom dans le panneau, l'affaire est dans le sac. Il ne me reste plus qu'à--

Improviser, parce qu'une Aivy surprise se pointe et, se doutant de rien, brise presque ma couverture en prononçant mon nom, mais je coupe le mot avant qu'il ne naisse en l'embrassant... Ce qui, loin de faire reculer l'homme, lui apporte un énorme sourire.

Quel homme ne voudrait pas d'une fille qui aime les deux sexes? C'est parfait, ça permet de pouvoir parler de jolies nana avec et tout...

Du coup je me décolle un instant en tenant Aivy, soufflé par mon effusion, dans mes bras très près... Et j'espère qu'elle comprenne de se taire et de me laisser faire, pour ce coup.


Je sais pas... Seulement si je peux apporter ma... Peluche...

Je ponctue ma phrase d'un léger baiser au cou d'Aivy et, volontairement ou non, elle laisse un tout petit gémissement lui échappé...

Le mec, qui remplissait son verre, est en train de s'en renverser sur le pantalon en débordant quand il sort de sa torpeur en jurant et en replaçant sa bouteille.

Quand il lève les yeux nous sommes vers les escaliers, moi et Aivy, et il semble hésité.

Un instant avant que je ne lui pique un clin d'oeil en lui faisant un petit signe du doigt. Il court presque pour nous suivre et je n'ais que le temps de dire de ne rien dire à Aivy avant qu'il ne nous rattrape pour nous mener à sa chambre.

Mon amie semble se demander si je compte vraiment l'entraîner dans un truc à trois... Mais si c'était le cas ce serait pas avec ce mec LÀ!

Gil serait un meilleur candidat. Un emmerdeur, mais mieux que ce déchet humain. Au moins d'un tout petit peu.

Du coup il me laisse le soin de fermer et verrouillé la porte. J'en profite pour prendre la clef, je la glisse un instant contre mon corps dans un mouvement sensuel... Avant de la foutre par la fenêtre ouverte.


Qu'est ce que tu fou putain!?

Chut, chaton.

Il déglutit péniblement au dessus du katana sous sa gorge. Gil savait bien s'en servir, et bon sang ses cours étaient chiants et je l'ais bien fait chier aussi en retour, mais y'as aucun doute sur les résultats.

Du coup l'autre con ne dit rien quand je l’assomme d'un coup derrière la tête. Il as de l'info dans cette caboche donc je fais quand même gaffe en le jetant par la fenêtre en contrebas, il tombe bien dans la carriole, au moment même où je vois Gil monter à l'avant... Suivit par une bande de bonhommes qui veulent du sang, putain il attire les emmerdes ce mec et j'adore ça!

Je me retourne et attrape Aivy qui semble encore gelée par la rapidité des choses puis passe par la fenêtre à mon tour, amortissant notre chute à tout les deux, ce qui me tire un petit ''OUF!'' parce que quand même, veut, veut pas, la paille n'avait pas était prévue pour TROIS corps...

Je m'extirpe de la dite paille juste à temps pour faire un signe de la main aux salops qui suivaient Gil et...

...Les voir nous suivent à cheval.


Euh... Gilou... Accélèrent, mon pote, ils nous rattrapent là...

Mais je m'en fou que tu fasse de ton mieux, C'EST PAS ASSEZ!

JE SAI-- RAH ET PUIS MERDE!


Je fou un coup avec un morceau de fer qui était sur le siège à côté de Gil - mais pourquoi avait-il ce truc? - à un de nos poursuivants, le faisant tomber de sa monture alors qu'un autre approche du côté d'Aivy, à qui je donne le morceau métallique.

ALLEZ! FOU LUI EN PLEIN LES DENTS, ÇA DÉFOULE!

Pour le coup on dois crier pour s'entendre à cause du vent... Et j'adore ça aussi, je suis dingue et j'adore ça AUSSI voilà!

Un autre s'approche et je lui fou mon pied par la tronche, il réussis à rester en selle et quand il se retourne je l'embrasse - bah quoi il est mignon et sent la menthe - tout en tirant sur la sangle qui le tient assit, il tombe donc à la renverse et je lui fait au revoir d'une main un instant avant de foutre le fourreau de mon katana dans le ventre d'un autre mec pour le foutre par terre aussi... Une chance que Gilou use de petite ruelles, sinon on seraient repérés depuis un sacré moment...

Aller bon sang, Tayo, Tayo!

Quand il tourne une ruelle il siffle un coup et, par expérience, je reconnais le signal, une note montante, un truc en hauteur, du coup je sort mon arc et une flèche en me tournant et l'encoche du même mouvement... Ah voilà, un truc tenant des poutrelles de bois, ce quartier est toujours en rénovation, c'est bien pour nous, me dis-je en calmant mon souffle et en ignorant Gil qui me gueule de tirer...

...Puis je lâche la corde au dernier moment, juste avant qu'ils n'apparaissent au coin.

La flèche coupe le câble net. Ceux qui ne s'arrêtent pas son projeter par leur montures dans la boue et je leur fait un signe de la main en passant mon arme en bandoulière, rangeant par la même occasion mon katana dans son fourreau dans mon dos. Je ne demande pas où on vas, je le sais, on vas à la planque... Je me retourne plutôt vers Aivy, qui as les cheveux en batailles, et lui adresse doucement la parole comme si de rien était alors même que le vent claque autour de nous par notre vitesse qui est totalement folle et irresponsable... Un peu comme Gil et moi.


ALORS BEAUTÉ GUERRIÈRE, ÇA ROULE LES CHAMPIGNONS?!

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Aivy Sil'Lucans
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Lun 13 Fév 2017, 11:34

- Tsu ?!

Aivy plissa les yeux. Non, ce n'était pas elle. A moins que ? Avec des yeux comme ceux-là...

- Tsu, qu'est-ce que tu fiches habillée comme... Hm !

Le baiser la prit de court, comme un rappel brûlant de ce qui n'avait jamais été perdu entre elles. Par réflexe, la jeune femme serra l'apprentie contre elle, profitant de son contact. A ce moment seulement, elle se rendit compte que Tsukia lui avait terriblement manqué. Plus rien ne compta l'espace d'une seconde : ni la pluie, ni le vent, ni le tumulte autour d'eux, oublié comme un souvenir encombrant. Elle se laissa volontiers glisser contre le corps de son amie et amante, le cœur empli de joie. Quand le baiser cessa enfin, les joues rosies de plaisir, la rousse glissa sa main dans celle de Tsu, aventureuse, et fit glisser son regard vers un homme près du comptoir qui les regardait avec intérêt.

- Je sais pas... Seulement si je peux apporter ma... Peluche...

Oh ?

Un nouveau baiser furtif dans son cou tira un petit gémissement à Aivy alors qu'elle tentait de comprendre la dernière phrase de son amie. S'était-elle encore engagée dans une histoire impossible avec un homme ? Un élan de possessivité faillit l'envahir, mais elle se rendit bien vite compte que tout n'était pas en place. Quelque chose clochait. Pour toute imprévisible qu'elle fut, Tsukia ne l'aurait pas embarquée dans un plan à trois avec un parfait inconnu. Et ces vêtements étaient la preuve que l'ensemble de la situation ne tournait pas rond.

Aivy fronça les sourcils. Dans quelle galère s'étaient-elles encore fourrées ?

Avant même qu'elle n'ait le temps de poser une question, la jeune apprentie se retrouva en haut des escaliers, et passa le pas d'une porte qu'elle ne souhaitait pas plus voir que cela. Ne pas posséder les clés qui avaient mené à cette comédie la mettait particulièrement mal à l'aise, et elle ne put s'empêcher d'envoyer à son amie quelques coups d'oeil inquiets.

*Tu es sûre de ton coup, là ?*

La porte de la chambre se referma finalement derrière eux trois dans un bruit de bois lourd.
Puis, ce fut le chaos.




***



Vlan.
Et un corps envoyé par-dessus la fenêtre.

Sidérée par la tournure qui prenaient les événements, Aivy ne put retenir un petit rire quand elle s'aperçut d'où menait la supercherie de Tsukia. Elle avait agi avec impulsivité, comme à son habitude. Sans doute n'avait-elle rien prévu de ce qui allait se passer, encore moins que l'apprentie débarquerait dans la même taverne qu'elle, et l'entraînait-elle un peu contre son gré dans une nouvelle aventure rocambolesque.

Mais au moment ou Tsu attrapa sa main pour l'inciter, à son tour, à sauter par la fenêtre, la jeune femme se demanda si l'aventure en question n'était pas en train de partir en cacahuète.

Une seconde, seulement.
Avant de plonger dans le vide.

Le foin leur épargna quelques os cassés, mais le corps endormi du bonhomme fit sacrément mal aux jambes d'Aivy. Elle ne s'en formalisa pas plus, et chercha son amante du regard, qui avait tôt fait de récupérer le corps et de pointer une carriole toute proche. Saisissant l'autre partie du corps qu'elles jetèrent dans le foin sans plus de cérémonie, la jeune femme s'empressa de grimper aux côtés de Tsu et du conducteur....

... Qui n'était autre que l'homme complètement saoule qui venait d'être jeté hors de la taverne. Aivy pencha la tête pour être sûre de ne pas se tromper ; c'était bel et bien lui, et la pluie mêlée de vent devait être un grand handicap pour sa conduite. Mais qu'à cela ne tienne, il avait tenu bon, les avait attendu.

L'apprentie se raccrocha comme elle put au moment où il partit à toute vitesse sur ordre de Tsukia, qui venait d'apercevoir des cavaliers à leur poursuite. Sans doute des amis du type qu'ils venaient d'embarquer un peu contre son gré, qui n'avaient pas apprécié de le voir tomber ainsi par une fenêtre un jour d'orage. La jeune femme serra les dents, renonçant définitivement à questionner son amie au sujet de ce qui venait de se produire, et se résigna presque aux ennuis qui venaient de lui tomber dessus comme par magie. Il n'était pas temps d'interroger : il fallait agir, et vite.

La carriole manqua de dégringoler dans une rue à cause du sol dérapant, et les cavaliers en profitèrent pour les rattraper. Ni une ni deux, Tsu se saisit d'un fer posté près du conducteur, "Gilou", à priori - pourquoi ce nom lui disait-il quelque chose ? - et partit à l'assaut, non sans vivement encourager Aivy à faire de même. Sans prendre le temps de réfléchir, la jeune femme se saisit de l'arme tendue par son amante, et se hissa comme elle le put en s'accrochant à l'une des barrières de bois qui maintenaient le fragile équilibre de leur moyen de transport.

*Ce truc va se rompre, et on ne sera pas dans la mouise...*

Armée d'un sabre de fortune sans doute trouvé par hasard et secouée par un mouvement qu'elle ne contrôlait pas, la jeune femme avait peu de chances de s'en sortir face à un cavalier en totale fusion avec sa monture et mieux équipé qu'elle. Son regard dévia vers la rue tandis qu'elle évitait un coup de masse avec agilité, perchée sur la carriole, et répliquait comme elle le pouvait malgré le mouvement. Il lui fallait anticiper les attaques. Mieux encore, il lui fallait quelque chose qui pouvait neutraliser l'assaillant sans qu'elle ne risque de se retrouver à terre. Sur une nouvelle pirouette d'esquive, elle aperçut finalement ce qui pourrait, si elle l'utilisait bien, la tirer d'affaire. Un rapide coup d'oeil vers Tsu - qui embrassait l'adversaire avant de l'envoyer valser, bah voyons ! - l'informa que son temps était arrivé, d'autant plus qu'un second cavalier, juste à côté du premier, venait de rejoindre son côté et tentait de l'attaquer à son tour.

Juste avant de passer la ruelle, Aivy se redressa au maximum de sa hauteur et brandit sa lame vers le haut. Celle-ci vint à la rencontre d'une solide corde accrochée à une longue tige de métal plantée dans une habitation, et la rompit comme du beurre sous l'effet de la vitesse.

Les deux cavaliers ne virent pas la grande poutre de bois se détacher et leur tomber dessus dans un fracas assourdissant.

Satisfaite de son coup et débarrassée des assaillants, la jeune femme se tourna vers son amie, qui lui indiquait pourtant la présente d'autres poursuivants arrivant d'un autre côté. Elle entreprit de s'en occuper elle-même, silencieusement et avec maîtrise. Son arc dehors, personne ne pouvait nier qu'elle était redoutable. Aivy eut une pensée pour le conducteur, qui était sans doute en train de vivre la pire journée de sa vie, et regarda Tsukia dégainer une flèche qu'elle envoya droit dans un câble d’échafaudage.

Une seule flèche.
Ils furent réduits à néant, balayés par le souffle et la lourdeur du bois.

Sur le qui-vive, l'apprentie fixa l'horizon qui se dressait derrière eux, prête à ressortir ses dagues ou ses couteaux au moindre signe d'attaque. Mais personne ne se présenta et, après quelques minutes de répit, Tsu descendit à son niveau - elle s'était rassise dans le dos de la carriole histoire de ne pas tomber -, et lui cria par-delà l'orage qui creusait le ciel au-dessus d'elles :


- ALORS BEAUTÉ GUERRIÈRE, ÇA ROULE LES CHAMPIGNONS ?!
- Dans quoi est-ce que tu... DANS QUOI, corrigea-t-elle en s'apercevant que la pluie masquait ses paroles, EST-CE QUE TU NOUS A ENCORE FOUTUES ?! ET LUI, continua-t-elle en désignant leur ivrogne de conducteur, C'EST QUI ? ON VA OU ?!

Trop de questions. Trop de bazar.
L'inattendu, avec Tsu, avait un goût de quotidien...

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Lun 13 Fév 2017, 14:31

Gil courait sous la pluie. Même pas un temps à mettre un Raï dehors… Alors deux tarés en pleine mission suicidaire ? Ben au moins ça nous rafraîchit les idées, songea-t-il, avant de repenser à ce qu’il avait aperçu à travers la vitre de la taverne. C’était ce qui l’avait décidé à partir, d’ailleurs. Visiblement Tsukia avait la situation bien en mains – dans tous les sens du terme…  Mi-figue, mi-raisin, il bifurqua à l’angle d’une rue. Il commençait à se dire que leur plan n’allait finalement pas se dérouler sans accrocs. C’était pourtant lui qui avait toutes les clés en main, là ! Celle qui se trouvait sans sa poche devait lui permettre de se rapprocher de son but. Il avait découvert, grâce à Tsukia, que Jed fournissait en armes un réseau conjoint à celui d’Aile de Corbeau. Restait à découvrir qui menait ce groupe d’hommes et de femmes qui avaient été déployés dans la capitale. Gil sauta par-dessus le portail qui fermait l’accès au jardin d’une maison imposante : celle des parents de Jed. Chez qui môssieur vivait toujours. Pas étonnant qu’il traîne dans la taverne du coin et y loue fréquemment une chambre… La famille de môssieur vivait bien, d’ailleurs. Mais comme tous les arrivistes de l’Empire, ils se croyaient intouchables et n’avaient pas songé qu’un seul planton en guise de protection, c’était parfaitement inutile. Gil ne chercha même pas à le mettre hors d’état de nuire. Il grimpa le long du lierre qui s’accrochait au mur de la maison, donna un petit coup de coude pour casser la vitre et ouvrir la fenêtre, se glissa à l’intérieur de la chambre déserte… et essora ses vêtements. Il n’allait pas pouvoir couvrir ses traces, réalisa-t-il en constatant toute l’eau qu’il semait un peu partout, même en prenant ses précautions. Tant pis. S’il était rapide, tout allait bien se passer, non ?

Fouiller l’étage ne lui prit guère plus d’une minute : il trouva ce qu’il cherchait dans le bureau de Jed. La clé ouvrait un tiroir dans lequel il trouva son livre de comptes. Au moment de l’ouvrir, toutefois, un grognement sourd se fit entendre dans son dos. Ah. Y’avait pas que le planton alors. Gil se retourna lentement et observa le chien, nota sa musculature impressionnante, les crocs qui garnissaient sa gueule et lui promettait une jolie partie de plaisir d’ici peu. C’est parti mon kiki. Gil bondit vers la fenêtre. Il fracassa la vitre et tomba, heureusement pour lui, dans un buisson qui amortit le plus gros de sa chute. Bien sûr, ça interpela le garde et, ô joie, les deux autres chiens de ce dernier. Gil prit quand même le temps de s’asséner lui-même une tape à l’arrière du crâne – bien fait pour toi, imbécile – avant de s’extirper de son buisson et de s’élancer dans la rue. Les molosses sur les talons. L’occasion pour l’Envoleur de battre un petit record de vitesse, une prouesse étant donné qu’il pleuvait toujours, ce qui rendait le pavé extrêmement glissant, mais alors qu’une mâchoire puissante allait se refermer sur sa jambe, Gil sauta, crocheta une gouttière qui faillit céder sous son poids, et se hissa sur un toit. Nananère, pensa-t-il en regardant les chiens sauter contre le mur – en vain. Il leva les yeux et jura en voyant que son petit planton avait trouvé des renforts. Il fila sans demander son reste mais se figea soudain, en équilibre au bord du vide. Enfer ! Tsukia ! Il avait failli l’oublier. Sa diversion avait fonctionné mais elle risquait de capoter lorsque Jed serait alerté qu’un individu s’était introduit chez lui. Nouveau juron. Gil changea de direction.

Et de plan.


*


Qu’est-ce qu’elle peut bien fabriquer ? Gil frissonna sous sa capuche. Elle ne servait à rien d’autre qu’à couvrir son visage, puisqu’il était déjà aussi trempé qu’on pouvait l’être. Me dites pas qu’elle est en train de… VLAM ! Jed venait d’atterrir derrière lui, dans la charrette. Ouille, pensa d’abord Gil, puis il fronça les sourcils : qu’est-ce que… ? Il soupira. C’était pas le moment de se poser la question, alors il ferma les yeux et compta. Un « boom », puis deux. Tsukia et la rouquine venaient d’atterrir à leur tour. C’était le moment de partir ! Rouvrant les yeux, il serra les mains sur les rênes et lança les chevaux à toute allure. Quelques personnes se jetèrent sur le côté en gesticulant mais Gil resta sourd à leurs insultes : y’avait urgence, bon sang, ça ne se voyait pas ? Il entendait déjà le galop de leurs poursuivants malgré la pluie.

- Euh... Gilou... Accélèrent, mon pote, ils nous rattrapent là...
- Ouais, ouais, je fais de mon mieux, là !
- Mais je m'en fou que tu fasse de ton mieux, C'EST PAS ASSEZ!
- La ferme, bon sang ! Trouve quelque chose puisque t’es si maligne !
- JE SAI-- RAH ET PUIS MERDE!

BLONG ! Décidément, cette journée est pleine d’onomatopées… Gil grinça des dents. Il luttait pour mener son attelage dans les rues exiguës de la ville tandis que, dans son dos, Tsukia et la rouquine luttaient pour se débarrasser de leurs poursuivants. Chacun sa m… Yaaaah ! Il se fit peur en prenant un virage serré et la charrette se retrouva sur deux roues pendant quelques secondes. Il n’avait encore jamais fait ça, tiens, et c’était pas la meilleure expérience de sa vie, avec cette pluie qui les inondait, ce vent qui lui cognait le visage, les cavaliers qui les avaient pris en chasse – mais l’adrénaline lui donnait la pêche et il mentirait en affirmant qu’il n’appréciait pas un petit peu cette cavalcade. Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule pour vérifier que les filles étaient toujours vivantes et grogna en voyant Tsukia utiliser le fourreau de son nouveau joujou pour se débarrasser de son assaillant.

- En général ça s’utilise avec la lame, ce truc ! lança-t-il.

Un katana. Elle avait débarqué un beau jour avec cette arme entre les mains et des étoiles plein les yeux. Tu parles d’un cadeau ! Qui avait dû se coltiner les entraînements ? Bibi ! Qui s’était coupé en affrontant son inexpérience déprimante ? Bibi ! Et qui avait dû se souvenir des sempiternels sermons d’un maître qu’il aurait pourtant bien aimé oublier ? Bibi, encore et toujours… Il fallait s’y attendre, Tsukia n’était pas faite pour suivre la norme. Il la laissa donc faire à sa guise, notant au passage que la rouquine se débrouillait mieux que bien, et reporta son attention sur la route. Il leva les yeux vers l’échafaudage de bois sous lequel ils allaient passer sous peu. Idée ! Il siffla plutôt que de la proposer. L’efficacité se passait de mots et, au cours des dernières semaines, il avait réussi à mettre en place une communication particulière avec Tsukia. Ce trémolo, c’était un synonyme de « bouge-toi ma grande et ne me déçois pas ! ». Il fit claquer les rênes et bondir les chevaux. Ça y est, ils y étaient, mais… Rien ne se passait.

- Tire, bon sang ! cria-t-il en prenant les rênes dans une seule main pour découvrir son poignet, prêt à utiliser ses aiguilles.

Tchac ! Clac ! Badaboum ! Etc. Gil regarda les cavaliers patauger dans la boue, pour ceux que les planches n’avaient pas assommés, et éclata d’un rire qui se perdit dans le vent de leur course. Ça, c’est fait. A la suite, maintenant !


*


- Que… balbutia Jed en émergeant de l’inconscience.

Un coup de poing de Gil le replongea dans les vapes.

- Emmenez-le à l’intérieur et attachez-le solidement, ordonna-t-il aux filles avant de sauter à bas de la charrette.

Il sentit le regard de la rouquine sur son dos tandis qu’il s’occupait de dételer les chevaux. Elle l’avait vu passer par la porte de la taverne et devait se demander s’il était vraiment ivre. La réponse était non. Il avait pourtant bien envie de boire quelque chose, là, mais moins que de prendre un bain chaud et de passer des vêtements secs ! Il soupira. Seul, il se serait complètement dévêtu à l’intérieur de la cabane. Là, ça allait poser problème. Il prit donc son temps pour abriter les chevaux et les soigner. Chante-Brume ! Il allait devoir la récupérer. Demain, songea-t-il alors que la nuit s’installait pour de bon. Il rentra sans frapper dans la cabane. Tant pis si elles n’étaient pas décentes. Il avait autre chose à faire que préserver la pudeur de ces dames et puis, c’était déjà énorme de sa part de ne pas se dévêtir complètement alors que ses vêtements lui collaient à la peau. Il ôta toutefois son manteau, son tabard et sa chemise, dévoilant son torse balafré de cicatrices plus ou moins anciennes. Les glyphes de la Silencieuse, au niveau de son cou, se démarquaient sur sa peau humide. Il attrapa une brassée de bois et jeta le tout dans le poêle que les filles avaient pris le temps d’allumer.

Jed pionçait toujours, attaché et bâillonné – avec un slip dans le bec ? Gil secoua la tête. D’accord. Il ne chercha pas à en savoir davantage et se laissa tomber sur une chaise. Il était fourbu. Pourquoi ne suivaient-ils jamais le plan d’origine ? Celui qui était sensé être plus reposant ? Certes, la course-poursuite dans Al-Jeit était plus amusante, mais s’il continuait à dépenser son énergie à droite et à gauche, il courait à sa perte…

- J’avais juste besoin du carnet de comptes, marmonna-t-il à l’attention de Tsukia. Pas de celui qui le remplissait. Tu m’écoutes, des fois ?

Son regard glissa vers la rouquine. Elle était aussi jeune que Tsukia, et aussi jolie mais d’une manière bien différente : elle semblait plus délicate, plus fragile même si ce qu’il avait pu voir dans la charrette affirmait le contraire, plus… plus fille, voilà. Il fit un geste du menton dans sa direction, qui signifiait « bon, alors, t’es qui au juste ? ».

Vaguement intrigué de la deviner proche de Tsukia.

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Tsukia Til'Werin
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Lun 13 Fév 2017, 19:59

Bon on est arrivés, Gil nous dis d'entrer je prends donc sale con, non je veux pas savoir son nom, c'est un truc con, un nom de sportif comme euh... Thon... Truite... Jed... Peut importe, bref je le soulève avec l'aide de vyvy et le porte à l'intérieur où je l'attache fermement à une chaise... Et il se réveille et commence à parler et blahblah blah j'ai des amis puissants et t'as vu ma banane de riche un peu je peut te payer si tu me libère... Et moi je suis trempée, donc je retire mes vêtements pour les étendre non loin d'un feu que l'on fais dans le poêle sauf mes dessous que je lui fou dans le bec, tient, la ferme imbécile, j'en ais assez de tes conneries... Et il me fixe d'un coup de haut en bas, ce qui lui vaut un bon petit sucker punch à la gueule qui le refout K.O. en finissant probablement de lui pété le nez. Non mais sérieux, il vaut pas la peine de me regarder, en plus il apprécierait probablement pas assez mon corps pour le mériter, monsieur penserait que mes seins sont trop petits ou mes fesses pas assez larges ou blahblahblah j'en ais rien à foutre mec, toi t'es dans les vapes et moi, mes seins et mon cul, on l'est pas, qui ris maintenant hein? AH!

Bon pour le coup Gil entre un instant après et retire son haut sans posé de questions - il commence à apprendre, le petit, à pas se demander! - moi je ne m'en fais pas, avec notre temps passé ensemble, il n'y as rien qu'il n'ais pas déjà vu hein, alors m'en fiche. Et puis c'est toujours mignon comme tout quand il rougit parfois en me regardant... Petit polisson de Gilou..!

Bon pour le coup il faut répondre au deux cela dit, qui est Gil et qui est Aivy...


Bon alors on vas où, ici vyvy, on y est, TADA! Planque temporaire, vala.

Ensuite qui est qui, ben je suis Tsu, parfois kia, toujours folle. Gilou je te présente ma peluche, mon amante numéro uno, ma nana ou peut importe, apprentie marchombre de mon groupe elle aussi, le feu folet Vyvy la vie, Aivy.

Aivy, je te présente Gilou ou Gil le loup ou clair de lune ou ''salopard'' ou ''cabochard'' ou ''Hep toi'' ou ''enfoiré'' ... Bref, tout ça, Tsu-ça, le mec avec qui je partage une aventure où l'on se fou dans la merde dans la bonne humeur, pour qui j'ai infiltrer une organisation louche de l'empire, avec qui, je te rassure, je n'ais pas couché, Giliwyn...

L'amoureux... Enfin Ex maintenant, je crois, je sais pas, c'est compliqué, bref, le père de la fille à Libertée...

...Et un envoleur...


Et vala, elle est entre le déni et le ''MAIS PUTAIN DE KWA''.

Donc je l'embrasse.

Quand le monde s'écroule, il faut une chose stable à quoi se tenir.

Je suis stable, stablement folle, follement stable, on sais toujours à quoi s'attendre avec moi : Il faut toujours prévoir l'imprévu.

Tient toi à moi, Aivy.

Je me détache et la fixe droit dans les yeux... Oh ouais, j'aime ça, cette lueur là, au fond... Elle est trop jolie et elle sent tellement boooooonnnn....


I'm...

...Stronger than a shot of whiskey or any pill you take...

Fuck away the pain,
Erase him from your brain,
I just know you love me,
Come on baby touch me...

Show me where it hurts,
This dirty little curse,
Don't have to be ashamed if you wanna scream my name,
While I fuck away the pain.


Quand elle semble plus calme je me retourne vers Gilou... Et capte son regard un instant, ainsi que cet éclair si bref de désir... Ah bien tient, même lui il aime ça, pensé à deux nana au lit, mes dis-je en passant tout prêt, si prêt qu'il doit sentir sur son torse la chaleur qui sort de mon corps, pour me diriger vers l'idiot qu'on as capturé.

Such a shitty thing she did,
The way she said goodbye
You can take it out on me if you like...

Maintenant, faut réponse à la question de Gilou, me dis-je en pointant l'idiot en question.

Hep t'avait un plan peut-être, mais y'avait pas vraiment de sortie prévue... Et puis maintenant on peux l'interroger, plus d'infos encore, un nom peut-être. Au lieu de se dire ''qui on cherchent?'' on pourras demander au prochain ''où est Francis?'' ou Francesca, ou en langue étrangère, Donde esta Francesca et tout ça, ça veut rien dire mais on s'en fou non?

Sinon TOI t'aurais fait quoi..?


Je lui plante un index sur le torse et le laisse là pour ponctuer mon ''TOI''... Et il me fixe de ses yeux, cette lueur prédatrice au fond... Tu t'imagine des scénarios, Gilou..?

Demande et qui sait...


Fuck away the pain,
Erase her from your brain,
Fake it like you love me,
Come on baby touch me..!

Show me where it hurts,
This dirty little curse
Don't have to be ashamed,
If you wanna scream my name,
While I fuck away the pain...

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Aivy Sil'Lucans
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Lun 13 Fév 2017, 21:22

Tadah.
Planque temporaire, voilà. Merci, Tsu.

Un soupire amusé franchit les lèvres d'Aivy alors que son regard onyx dévoilait la pièce. Un endroit simple, sans doute parfaitement adapté à leur situation de par sa discrétion. La jeune femme n'avait même pas idée de la localisation exacte de cette cachette. Qu'elle eut connu le chemin, elle n'aurait de toute façon pas eu plus d'idée, puisque la pluie avait masqué leur vision autant que leurs traces. Elle s'était contentée de suivre le duo atypique qui l'avait embarqué dans cette galère, et dont faisait partie la fille qui avait fait chavirer son cœur.

L'apprentie n'apprécia pas particulièrement le ton employé par le conducteur du chariot, qui ressemblait trop à un ordre à son goût. Elle s'exécuta pourtant docilement devant la nécessité de la chose, aidant Tsukia à porter l'homme encore endormi sur une chaise qui accueillit bien malgré elle la charge au fixée au moyen de liens solides. Un nouveau soupire franchit ses lèvres alors qu'elle détaillait, une main sur la taille, leur prisonnier désormais attaché qui ne semblait pas vouloir se réveiller malgré le remue-ménage.

Dans quelle galère s'était-elle encore fourrée ?

Son regard balaya la pièce et tomba sur Tsukia, qui se déshabillait purement et simplement aux yeux de tous. En temps normal, Aivy se serait contentée de rire d'une telle attitude, habituée aux frasques de la jeune femme qui n'avait pas grand-chose à faire de ce qu'elle avait sur le corps. Mais la présence de l'autre homme près d'elle, lui parfaitement réveillé et également torse nu, la mit plus mal à l'aise qu'autre chose. Ses vêtements à elle étaient également trempés ; la pluie avait littéralement traversé sa cape qui, malgré une bonne qualité indéniable, n'avait pas été assez résistante face à l'orage.

Aivy se contenta donc d'ôter la cape sus-dite et de la poser sur une chaise de bois postée près du feu qu'elle venait d'allumer quelques minutes plus tôt, aidée de son amie et supportée par le troisième présent et sa bûche sortie de nulle part. L'âtre était chaud, contrairement à leur captif qui, désormais parfaitement assommé - et sans doute affublé d'une superbe fracture du nez made in Tsukia - ne risquait pas de faire beaucoup d'étincelles. L'apprentie en approcha ses mains par réflexe, résignée à ne pas faire de remarques sur la tenue de son amante. Après tout, Tsukia était Tsukia, et personne ne pourrait l'empêcher de se déshabiller si elle en avait envie. Elle-même, en revanche, rechignait totalement à se mettre nue devant un parfait inconnu.

Elle l'avait fait devant Libertée. Mais c'était autre chose. Elles avaient été trois femmes, ce jour-là, et dans un contexte particulier. "Un corps est un corps", avait dit leur maître, et Aivy savait de plus qu'elle n'avait pas particulièrement à rougir du sien. Malgré cet élan de bon sens et ce souvenir fort, la jeune femme ne pouvait s'y résoudre. Elle resterait trempée. Trempée, certes, mais habillée. Et tant pis pour les frissons qui commençaient à parcourir son corps : elle n'avait qu'à rester près du feu...

Tsu vint alors vers elle, et entreprit enfin d'offrir des réponses à ses questions. La manière qu'elle eut de la présenter à cet homme qu'elle ne connaissait pas la fit mi-sourire mi-rougir, mais elle reprit rapidement ses esprits lorsqu'elle comprit qu'il ne s'agissait plus réellement d'un étranger, maintenant que les présentations étaient faites et qu'elle avait toute son attention. Elle fut incapable de décrire l'étrange façon qu'il eut de les regarder, à mi-chemin entre l'intérêt et autre chose. Sans doute avait-il l'esprit ailleurs. Toujours était-il que la situation devenait plus complexe : à présent qu'il savait qui elle était pour Tsu, dont il était visiblement relativement proche au vu de la description, Aivy se sentait obligée de s'embarquer dans l'aventure, bon gré mal gré...


- Et vous, alors ?, demanda-t-elle en hochant la tête en direction du mystérieux conducteur.
- Aivy, répliqua aussitôt Tsukia, je te présente Gilou ou Gil le loup ou clair de lune ou ''salopard'' ou ''cabochard'' ou ''Hep toi'' ou ''enfoiré'' ... Bref, tout ça, Tsu-ça, le mec avec qui je partage une aventure où l'on se fou dans la merde dans la bonne humeur, pour qui j'ai infiltrer une organisation louche de l'empire, avec qui, je te rassure, je n'ais pas couché, Giliwyn... L'amoureux... Enfin Ex maintenant, je crois, je sais pas, c'est compliqué, bref, le père de la fille à Libertée...
- Ah.


Ah ?

Le silence qui s'abattit suite au flot d'informations livrées par Tsu sembla horriblement long à la jeune femme. Les derniers mots de son amie tournèrent en boucle dans sa tête, véritable obsession : Libertée, et lui. Lui, et Libertée. Soudainement, les mots emprunts de rage que Kaünis avait eus cette fois-là, juste avant l'arène, lui revinrent en mémoire. La réalité la frappa de plein fouet alors que Tsukia confirmait ce souvenir d'un simple petit mot :


- ... Envoleur.

Le cœur d'Aivy rata un battement.
Alors, Kaünis avait dit vrai.

Leur maître faisait bel et bien sa vie avec un membre du camp adverse. Le père de son enfant était un homme à priori détestable supposé mettre fin à leurs jours, à Libertée, elles deux et la gosse en prime, s'il avait un rien de bons sens. Mais pour une raison mystérieuse, il ne l'avait pas fait. Il s'était contenté d'évoluer dans sa relation bon gré mal gré, faites de hauts et de bas, d'après les dires de Tsu. Un autre lien se créa dans la tête de la jeune femme : Si Lib s'était envolée, peut-être était-ce même la faute de cet homme ? Si la situation était si "compliquée", comment ne pas le soupçonner d'avoir, d'une manière ou d'une autre, été à l'origine de la perte de leur maître ?

Aivy ouvrit les lèvres pour aller à la rencontre de cet homme tombé du ciel, mais aucun son n'eut le temps de les franchir.
Tsukia, une nouvelle fois, avait posé sa bouche contre la sienne. Et, comme à chaque fois qu'elle l'embrassait, Aivy oublia tout ce qui était autour d'elle.




***



- Et puis maintenant on peux l'interroger, plus d'infos encore, un nom peut-être. Au lieu de se dire ''qui on cherchent?'' on pourras demander au prochain ''où est Francis?'' ou Francesca, ou en langue étrangère, Donde esta Francesca et tout ça, ça veut rien dire mais on s'en fou non ?

Aivy leva les yeux au ciel. Elle repartait encore dans un délire étrange qui ne concernait qu'elle et tout le monde à la fois. Un sourire peint sur les lèvres, la jeune femme la regarda s'approcher du dénommé Gil, une lueur intriguée au fond de ses prunelles noires. Les yeux qu'elle posait sur l'homme avaient changé depuis qu'elle avait compris. Étrange sensation que celle de se sentir liée, d'une manière ou d'une autre, à un parfait inconnu dès lors que l'on avait appris sa relation avec une personne proche. Le destin, une fois de plus. Ou simplement l'ironie du sort. Elle ne s'était pas départie de sa méfiance pour autant. Il n'était probablement pas en train de se servir de Tsukia, celle-ci était assez folle pour s'embarquer dans une telle aventure seule, mais Aivy n'était pas tout à fait sûre que tout danger ne soit pas écarté. Un vieux toc contre les Envoleurs, que voulez-vous.

Mais voir son amante - car c'était bien ainsi qu'elle avait été présentée - s'approcher aussi près de cet homme dans le plus simple appareil la troubla encore plus. Elle mordit sa lèvre inférieure de nervosité, et se résigna très vite à regarder ailleurs. De toutes façons, après cet ensemble de révélations, elle avait besoin de prendre l'air ! Elle trouva rapidement ce qu'elle cherchait, un tout petit balcon situé au fond de la pièce sur lequel on accédait par une baie-vitrée contre laquelle ne claquait plus la pluie, protégée par un perron. Aivy traversa la pièce en remettant ses cheveux en place, l'air le plus neutre possible.

S'arrêta au niveau de Gil et Tsukia, juste un instant.


- Au cas où vous vous poseriez la question, Libertée n'est pas au courant. D'ailleurs, peut-être que ce plan galère va finalement nous apprendre beaucoup de choses à propos d'elle...

Deux sous-entendus en un.

Non, Libertée n'était certainement pas au courant que ses deux apprenties étaient plus ou moins ensemble et qu'Aivy avait manqué de se tuer par chagrin d'amour avant que les choses ne se rabibochent. Et lui, tout innocent qu'il paraissait avec son torse nu bardé de cicatrices et son air de grand enfant un peu perdu, en savait certainement beaucoup sur les raisons qui avaient poussé leur maître à claquer la porte pour on ne savait quelle destination. L'apprentie n'était pas en colère contre elle. Mais elle n'avait pas encore renoncé à la retrouver.

Elle avait besoin d'elle.
Besoin d'être guidée.
De se sentir Marchombre à nouveau.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Lun 13 Fév 2017, 23:23

Aivy, hein… Gil plissa les yeux et observa plus attentivement la rouquine. Alors c’était elle, l’autre élève de Lib. Il comprenait mieux cette agilité peu ordinaire qu’il avait pu observer un peu plutôt, dans la charrette. Et cette façon d’être, qui rappelait indubitablement la marchombre aux yeux roses… Quoi qu’en dise Tsukia, la rouquine et elle avaient déjà pris des choses de leur maître. En fait, à présent qu’il était au courant, il voyait tellement Libertée en elles que ç’en était pénible. Il détourna le regard. Des fois, il avait vraiment l’impression que ce foutu hasard s’acharnait contre lui. Il prêta une oreille distraite à la présentation de Tsukia. Il réfléchissait. Si les deux apprenties de Libertée étaient ici, avec lui, c’était pas bon signe. Ça signifiait qu’il devait être deux fois plus prudent, sous peine de se retrouver avec un couteau planté dans le cœur – au mieux. Remarque, c’est plus ou moins déjà fait, songea-t-il en ne parvenant pas à empêcher l’image de revenir devant ses yeux. Libertée qui affirmait à haute voix qu’elle rompait les derniers liens entre eux. Tchac. Et puis qui s’en allait. Il secoua la tête. Rouquine n’allait pas rester de toute façon… n’est-ce pas ? Il tressaillit en percevant une présence soudain plus proche – et bien plus chaude. Tourna la tête pour découvrir une Tsukia dans le plus simple appareil et presque collée à lui. Si c’était un test, il ne comptait pas lâcher le morceau si facilement même si, tout au fond de son ventre, ça se mit à chatouiller un peu. Un tout petit peu. Mais il planta son regard bicolore dans celui tout aussi dépareillé de Tsukia et ne cilla pas.

Hep t'avait un plan peut-être, mais y'avait pas vraiment de sortie prévue... Et puis maintenant on peux l'interroger, plus d'infos encore, un nom peut-être. Au lieu de se dire ''qui on cherchent?'' on pourras demander au prochain ''où est Francis?'' ou Francesca, ou en langue étrangère, Donde esta Francesca et tout ça, ça veut rien dire mais on s'en fou non?
Sinon TOI t'aurais fait quoi..?


Elle avait planté son doigt dans son sternum. Comme il s’y était préparé – il commençait à la connaître assez pour ça – Gil avait contracté ses muscles abdominaux et cela ne lui fit ni chaud, ni froid.

Enfin presque.

- Ils vont le chercher. Un type comme ça devient généralement la priorité des autorités locales, tu peux me croire. Papa et maman vont payer cher pour retrouver leur petit chéri… Et combien de temps va-t-il leur falloir pour arriver ici ? En suivant les traces du chariot ?

Question rhétorique. Ils étaient probablement déjà en route. La pluie jouait en leur défaveur sur ce coup, mais la Passe de la Goule avait cet avantage de rebuter par sa mauvaise réputation. Autrement dit, ils avaient encore un peu de temps devant eux.
Juste un petit peu.

- J’ai pas besoin de l’interroger, lâcha Gil en poussant le carnet en direction de Tsukia – il s’ouvrit à ce mouvement, dévoilant une série de chiffres et de noms griffonnés en pattes de mouche sur un papier qui avait bien vécu. Je connais déjà celui à qui Jed vend ses armes.

Un nom se démarquait parmi les autres, à cause du G majuscule peut-être, ou bien tout simplement parce qu’il était évocateur.

Giliwyn S.


*


Gil sortit sur le balcon. L’air était chargé d’humidité même si le temps s’était enfin éclairci et il faisait un froid de canard, mais il était resté torse nu. Ses cheveux n’étaient pas totalement secs et étaient plus ébouriffés que jamais. Allié à son air sombre, ça ajoutait une touche de sauvagerie à son allure déjà peu avenante. Il s’en fichait, bien sûr, ce genre de chose lui passait très loin au-dessus de la tête. Il y avait plus important. Dingue comme un simple nom pouvait vous remuer un homme… Laïze avait beau avoir prononcé des mots qui ne s’effaceraient jamais de sa mémoire, il avait encore entretenu cet espoir un peu fou qu’il s’agissait d’une erreur, d’une mauvaise plaisanterie, voire même d’un terrible malentendu. Un coup d’œil, dans le carnet de Jed, avait balayé tout ça en une seconde. Son père était vivant. Son père achetait des armes de contrebande. Son père avait lancé des mercenaires à ses trousses. Il avait peut-être fait exploser sa maison, attenté à sa vie et à celle de sa famille… pourquoi ? En voilà une question à laquelle il était tout simplement incapable de répondre. Devant l’air défait de Tsukia et celui étonné d’Aivy, il avait expliqué, en deux ou trois mots, comment il avait pris l’identité de son père et celle de sa mère. Giliwyn S. Pas SangreLune, mais Sil’Sierra. Un fantôme qui avait jailli d’un sombre passé pour obscurcir son présent et menacer son avenir…

Il s’accouda à la balustrade de bois et retint sons souffle en sentant le bois pourri bouger sous ses bras… mais elle tint bon. Il soupira.

- Je ne vous balancerai pas à Lib, mais à mon avis, elle sait. Elle sait toujours.

Il regardait droit devant lui, son regard fixé sur la chaîne des Dentelles Vives que les nuages, en remontant, dévoilaient petit à petit. Ses paroles s’adressaient toutefois à la Rouquine.

- Et c’est tout ce que je peux affirmer à son sujet.

Si elle voulait des infos croustillantes c’était raté. Et si elle voulait connaître la raison de la disparition soudaine de son maître… Enfer, lui aussi il avait des questions plein la tête et personne pour lui apporter des réponses concrètes, alors la Rouquine, elle allait attendre son tour ! Gil laissa filer quelques secondes de silence. Les secondes se transformèrent en minutes. La lune presque pleine se découvrit tout à fait, blanche et lumineuse. C’était une belle nuit, surtout après le déluge qui avait duré toute la journée. Le calme avant la tempête…

- C’est ma faute, dit-il alors très doucement.

Il fallait préciser un peu : tout était toujours de sa faute, quand on y réfléchissait…

- Les gens qui me croisent ont tendance à voir leur espérance de vie brusquement raccourcie, ajouta-t-il, un pli de sourire dans la joue. J’attire les ennuis comme le miel attire les mouches.

Il tourna la tête pour croiser le regard charbonneux de ladite mouche, et haussa un sourcil curieux : comment pouvait-elle supporter le tempérament de l’autre tarée ?

- T’es pas obligée de rester.

Gil était sérieux. Pas hargneux ni même grognon, même si deux nanas dans un si petit endroit ça allait forcément lui créer de nouveaux problèmes ; non, il était sincère, il n’y avait aucune raison qu’Aivy se retrouve mêlée à ses emmerdes. Les gens qui allaient leur tomber dessus n’étaient pas des tendres. Ceux qu’il poursuivait étaient pires encore. Lib lui avait confié Tsukia et celle-ci était bien trop frapadingue pour se laisser tuer par le premier venu. Rouquine n’avait rien demandé, en revanche. Elle pouvait s’en aller. Personne ne la blâmerait pour ça, surtout pas lui ! A sa place il aurait déjà décampé sans demander son reste. Mais alors, dans les puits sans fond de ses yeux, il crut reconnaître une lueur familière, celle qu’il avait si souvent lue dans ceux de Libertée chaque fois qu’il lui avait demandé de rester en arrière – et il secoua la tête. Il aurait mieux fait de la jouer désagréable.

- D’accord, soupira-t-il. Tu restes.

Et il tendit la main, mû par une pulsion soudaine. Ça le surprit autant qu’elle, en fait, et il lui fut très reconnaissant d’imiter son geste. Un fin sourire se dessina sur ses lèvres quand il referma les doigts sur la main d’Aivy.

- Une Rouquine en plus, ça peut servir !

Boutade. Voilà c’était mieux comme ça, non ? Il jeta un coup d’œil à travers la vitre et se pinça l’arête du nez.

- Heu, si on rentrait ? Avant que Tsukia ne dessine autre chose que des moustaches sur le visage de Jed ?


*


Les cavaliers arrêtèrent leurs montures en freinant des quatre fers. Ils mirent pied à terre, tirèrent leurs armes au clair et encerclèrent la cabane. Pas un chat, pas un bruit, pas un mouvement. La lune joua un instant sur leurs lames avant qu’ils n’enfoncent la porte pour se précipiter à l’intérieur, prêts à en découdre. Ils se figèrent en découvrant Jed Rezarel ligoté à une chaise renversée, une petite culotte dans la bouche, des moustaches tracées à la suie sur ses joues et un cœur sur le front. Il n’y avait personne d’autre.

Plus depuis longtemps…


*


- Tadah, planque numéro deux !

Gil ouvrit la porte de la chambre et s’effaça pour laisser entrer les filles. Ils étaient de retour à Al-Jeit… Jed n’avait pas traîné à leur dire tout ce qu’il savait, c’est-à-dire peu de choses, en vérité. Il avait eu peur de Tsukia, nue et armée d’un katana dont elle savait moyennement se servir. En un sens, on le comprenait un peu… Le jeune freluquet avait tout de même lâché une information qui n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Là, sous leurs pieds, dans les sous-sols qui se croisaient et s’entrecroisaient… c’était là que se terrait peut-être Giliwyn Sil’Sierra. Jed n’en était pas sûr, il ne l’avait jamais vu mais il avait effectué un certain nombre de livraisons pour lui, en bas. Gil avait alors décidé d’abandonner la cabane. Il avait réuni ses affaires et ils étaient partis avec les chevaux de la charrette, contournant la capitale par le nord afin d’éviter une mauvaise rencontre. L’Envoleur avait ensuite récupéré sa jument, puis conduit les deux jeunes filles dans l’un des endroits où il avait vécu incognito, quelques années plus tôt, quand la moitié de l’Empire le recherchait. Une chambre sous les combles d’une boutique de chapeaux. Il avait gardé la clé qui permettait d’y accéder par un petit escalier tarabiscoté. Comme il n’était pas venu ici depuis longtemps, la poussière avait repris ses droits, tout comme les araignées et d’autres bestioles qu’il préféra ne pas chercher à identifier. C’était moins luxueux que la cabane humide, et moins chauffé, mais tant pis…

- Je vous en prie, faites comme chez vous, mettez-vous à l’aise, ironisa-t-il avant de jeter un coup d' œil perplexe en direction de Tsukia. Enfin, pas trop quand même.

Parce que bien sûr, il n’y avait qu’un lit. Défoncé, de surcroît. Gil jeta son sac sur le sol, créant un gros nuage de poussière, et ôta son manteau pour l’étendre sur le parquet miteux.

- Voilà, mon lit est fait. Un peu d’air pour respirer…

Il se redressa, tendit les bras et força pour ouvrir le battant de la lucarne qui donnait sur le toit de la bâtisse. L’air frais qui s’engouffra dans la chambre les fit soupirer de soulagement. Gil contourna les filles et se mit à genoux pour tirer une caisse rangée sous le lit. Il l’ouvrit : elle contenait des vêtements, quelques poignards, un cran d’arrêt, des crochets, quelques outils indéfinissables, une corde… Une planque, dans tous les sens du terme. Il attrapa un couteau et le fit danser entre ses doigts avant de le glisser à sa ceinture. Sous l’œil attentif des filles, il retroussa ses manches et détacha ses mitaines de cuir. La droite ne fonctionnait plus depuis qu’il avait abîmé le mécanisme en essayant de retenir sa chute et celle de Libertée, des mois plus tôt. Il avait bien tenté de réparer ça mais il semblait que seul ce taré de Dil’Duran soit en mesure de faire quelque chose. La mitaine gauche, en revanche, réagit à son mouvement et trois griffes d’acier jaillirent dans un chuintement feutré. Il les rétracta, satisfait, et posa ses accessoires sur le sol, près de son sac, dans lequel il glissa la corde. Puis il retira son tabard et enfila une chemise propre, aussi noire que les yeux de ses compagnes, avant de leur jeter un coup d’œil.

- Réveil à l’aube. Essayez de dormir un peu…

Il leur jeta une couverture roulée en boule, en prenant bien soin de viser Tsukia, et s’allongea par terre, sur son manteau. C’était dur et très inconfortable, mais il avait connu pire. Il se roula en boule, posa la tête sur son coude et ferma les yeux.
Le sommeil ne le trouva que trois heures plus tard.

Quand vint la quatrième, il se réveilla en sursaut : il grelottait tellement que ses dents s’entrechoquaient violemment. Enfer de bordel de… Il se débattit un instant avec son manteau et se redressa à quatre pattes. Là-bas, pelotonnées sur le lit, Tsukia et Aivy dormaient. Pas très réveillé lui-même, Gil avança vers le lit et se hissa comme il le put sur le matelas. Il se tourna vers le mur mais colla son dos contre celui de Tsukia, en quête de chaleur, et se rendormit, un peu moins frigorifié.



[Aivy, tu peux considérer que Gil et elle discutent, et donc lui répondre, même si j'ai enchaîné pour la suite ! Et si quelque chose vous embête... tant pis pour vous, haha ! xD]

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."




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Tsukia Til'Werin
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Mar 14 Fév 2017, 02:04

Ben voyons, le Gilou refuse d'aller à MA planque pour ÇA..?

C'est miteux, cet endroit... Enfin bref, s'en fou, moi je tire Vyvy vec moi dans le lit. Peluche tu es, peluche tu resteras, maintenant, dodo, suis fatigué.

Bon je prends quand même le temps de retiré le plus gros de mes vêtements, tout ce qui serait dans le chemin comme le harnais de cuir avec les couteaux de lancer et tout ça...

Ensuite dodo. Fatigué... Et si Gilou as tellement de fausse pudeur, qu'il y reste, sur son manteau... Il va vite déchanter sous le froid du vent, nous on as une couette, et nah...

S'il avait demander gentiment on lui aurait fait un petit peu d'espace... Et puis qui sait, ça aurait put partir en jolie, merveilleuse cacahuète.


You hate the way she fooled around behind your back,
A slave to her but now with me, no strings attached...

But if you wanna use me up and leave me in the bed...

...If that's what you need go right ahead..!

Niah, froid... C'est quoi ce truc froid... Trop froid, dans le dos ça aurait été tolérable mais la franchement je---

...Une main..?

Je n'ouvre mon petit n'oeil...

Ouais.

Gilou nous as rejoins...

Et il me tiens un sein en dormant.

Wapiti Très Féroce, que fais-tu Gilou, t'aurais pu demander!

Bon pour le coup c'est vraiment pas confortable parce qu'il sert quand même fort par moment, un genre de réflexe en rêve... Et il est gelé...

Je tente de le faire me lâcher...

...Et son bras m'entoure plutôt pendant que sa jambe emprisonne les miennes...

Et il est pas très subtil, je sais que c'est pas ton porte feuille, dans ta poche, qui pousse contre moi, essai même pas...

Bon... Deux options... Uno je réveille tout le monde et adieux le sommeil...

Sinon je tente de me rendormir avec monsieur glaçon en quête de chaleur humaine contre moi... Au moins il sert plus, même si pour le coup il as un bras sur mon sein gauche et la main qui agrippe doucement le droit.

Franchement, je sais qu'on ne le penserais pas, avec mon attitude parfois, mais j'ai jamais couché avec un homme par le passé hein...

Bon ben pas le choix, je suis fatigué alors retour au dodo.


...And I don't know who I thought I was, but you knew....
You caught me at an awkward and interesting time of my life.

I caught you red handed...

...Did I catch you falling for me..?

Ah bah le renversement de rôles quand même...

J'ouvre les yeux, toujours pas l'aube, et je tombe nez à nez avec un Gilou tout rouge, la main encore placée de façon très incriminante, la jambe aussi...

Autre chose aussi, tient...

Et il est livide.

Moi je bats des paupières un instant... Je tombe pas du lit, moi, plus de classe que ça. Je chuchote plutôt trois petit mots.


T'as qu'à faire le premier mouvement...

Pas de précision, il le sait très bien, de quoi je parle.

J'attends un instant, il reste figé, on dirais qu'il se bat contre son propre désir...

Et quand il semble gagné doucement la bataille dans son regard, malgré son souffle saccadé qui vient me chatouiller le visage, ce souffle si doux et chaud que je sais que sa main incriminante en ressent les effets sur moi... À ce moment là je me retourne doucement, baissant légèrement sa main au niveau de mon ventre, restant emmêlée dans ses jambes.

Je me suis retournée, dos à lui... Mais pour le coup il me tient toujours contre lui, son souffle chatouille mon cou...

...Et nous savons tout deux que l'offre d'un peu plus tôt est toujours sur la table, ou plutôt sur le lit.

Fait le premier mouvement Gilou et ensuite...

Sinon dort, toi aussi... Il n'est pas encore l'aube, après tout, et moi, que tu me tienne dans tes bras, ça ne me dérange pas, si c'est de ça que t'as besoin pour bien dormir...

T'as qu'à pas faire le premier pas et je ne le ferais pas non plus, Gilou.


Girls like me,
They're running out of in the market...

...And I'm crazy but you like it,
Loca loca loca,
You like that it ain't easy,
Loca loca loca...


Je m'attendais à me réveiller, la prochaine fois, par un ''DEBOUT LÀ D'DANS!'' pas très cérémonieux...

...Pas à un genre de petit baiser dans le cou... Dans la nuque même.

J'ouvre à nouveau les yeux - c'est quoi ce bordel cette fois - au moins c'est -presque- l'aube, cette fois, et je me retourne... Pour tomber sbaff lèvres à lèvres avec Gil. Je vois ses paupières bouger un instant et je le fixe avec mon regard le plus... ''Tu fou quoi là, gamin'' ... Pour le coup quand il ouvre les yeux il les baisses et semble perplexe un instant avant de décoller ses lèvres presque de panique. Sérieux, ce mec peut embrasser une nana comme ça, spouf, en dormant..?

C'est aussi impressionnant que désespérant, ouais, t'as vraiment un don pour les emmerdes hein.

Bon il reste au moins une heure et demie avant l'aube... Donc je pose la question de l'heure alors qu'il semble étudier mon visage pour savoir -qui- à commencer...


Je dois prendre ça comme le premier mouvement..?

Et sbam qu'il comprends que c'est lui qui as fait smouak en dormant... Quand même, c'est pas désagréable, mais si ça t'arrive souvent, dors pas trop avec des peluches, tu va te réveiller la gueule pleine de mousse... Et je doute que ce soit bon.

Maintenant réponds, que je sache si on dors une heure, si on se regarde dans l'incertitude une heure, si on se lève de suite parce que t'es trop gêné...

...Si on fais du sport...

Brefouille, répond, petit Gilou, ensuite, on aviseras...


And I'm crazy but you like it...

...Loca, Loca, Loca...


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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Mar 14 Fév 2017, 04:26

Je dois prendre ça comme le premier mouvement..?

Des fois, il y a des questions qui sont tout simplement sans réponse possible. Elles sont rares, on ne tombe pas souvent dessus mais, quand ça arrive, bon sang ! C’est un moment qui nous fait généralement regretter de ne pas avoir plutôt eu une carie. Plus douloureux mais moins compliqué. Parce que voilà, si ces fameuses questions restent sans réponse c’est parce que, quelle que soit la réponse, invariablement, c’est tordu. Oui, tordu. Que faire, alors, quand on vous pose une question à laquelle aucune réponse n’est possible ? Il n’y a pas trente-six solutions. Il faut alors choisir la moins pire.

Il faut choisir la carie.


*


Ce froid, bon sang… Gil ouvrit les yeux en ne trouvant pas la couverture. Et il réalisa alors deux choses. Non, trois. La première, c’était que la couverture était de l’autre côté du lit, enroulé autour de la Rouquine. Normale qu’il ne la trouve pas, tiens ! La deuxième, c’était sa main, posée à un endroit tout à fait improbable – sauf dans le cas où il aurait eu une petite idée derrière la tête, mais voyons, il dormait, comment était-ce seulement possible ? La troisième, c’était que l’endroit tout à fait improbable s’appelait Sein de Tsukia. Oh. Gil se sentit pâlir. C’est possible et pas franchement agréable. Il déglutit et leva les yeux pour croiser le regard mi-amusé, mi-endormi de la gamine.

T'as qu'à faire le premier mouvement...

Il ferma les yeux, incapable de soutenir son regard plus longtemps, et frissonna – autant d’excitation que de froid. Faire le premier mouvement ? C’était une blague ? Hein ? Sa main sur sa poitrine, c’était pas un mouvement de trop, déjà ? Et puis qu’est-ce que je fous dans ce lit ? Il essayait de se souvenir… Il avait dû bouger à cause du froid. Il gelait dans cette piaule. La fenêtre était fermée pourtant, mais sous les toits, sans chauffage, en plein hiver, c’était… du suicide. Il serra les dents. C’est du suicide, bon sang ! Si tu bouges mon vieux, tu vas… Perdre le contrôle ? Il en était là ? Mmmh. Oui. Dans son pantalon en tout cas, c’était très clair. Dans son ventre aussi. Restait plus que la tête, alors – pas la meilleure partie chez lui, pour ce qu’il en savait, mais bon. Allez, petits neurones. On se met au boulot ! Du nerf ! Calmez-moi tout ça ! Je veux une explication rationnelle à… à ce merdier ! Une explication rationnelle ? Très simple : il était un homme. Elle était une fille… femme. Une femme pas très vêtue et toute chaude – comment est-ce qu’elle faisait pour ne pas grelotter alors qu’il tremblait comme une feuille ? Aah… Aivy qui dormait de l’autre côté, avec la couverture. C’est ça. – alors qu’il était à moitié endormi. C’était logique, en fait, et purement charnel : une réaction entre deux épidermes, deux corps qui se retrouvent un peu trop serrés l’un contre l’autre. Et bim. Un point pour les neurones. Gil souffla doucement et ouvrit prudemment les yeux. Un bref instant le regard de Tsukia brilla comme jamais et puis, tout doucement, elle se retourna. Il retint son souffle quand elle remua contre lui et la lâcha pour lui laisser un peu d’espace. Elle retrouva sa main et l’emprisonna dans la sienne. Contre son ventre. Le bas de son ventre. Elle était plaquée contre lui et ne bougeait plus, si bien que, au bout de plusieurs longues minutes, il se détendit un peu.
Un tout petit peu.


*


Un tout petit peu trop.
Cette fois quand il ouvrit les yeux, il était plutôt bien. La température venait de grimper, c’était mieux ! Toujours pas de couverture, Aivy était toujours enroulée dedans. Lui, il était enroulé avec Tsukia, et… Attendez. Que… QUOI ? Enroulé comme ça ? Le visage dans son cou comme si… comme si… Il paniquait, il se réveillait sans y parvenir – c’était forcément un cauchemar, il allait se réveiller pour de bon, chez lui, peut-être même en compagnie de Libertée, tiens – et il était incapable de bouger. Ce fut elle qui, une fois de plus, changea de position dans le lit. Pas sa meilleure idée, en fait. Elle se retourna et ses lèvres cognèrent celles de Gil. Elle lui fit mal en menton, d’ailleurs. Sonné, il recula tellement qu’il sentit le vide dans son dos et se rattrapa à Tsukia. Elle avait l’air de trouver ça drôle, elle, même si une drôle de lueur scintillait tout au fond de ses yeux – une miette d’appréhension ? Gil la regarda. Il avait le souffle haché de celui qui vient de courir une distance folle et à toute allure. Merde. Merde, merde, merde, merde, MERDE ! Et maintenant ?

Je dois prendre ça comme le premier mouvement..?

Non ! Oui. Et zut. Vous vous rappelez la question sans réponse possible ? En voilà une. Gil fixait toujours Tsukia mais en lui c’était la pagaille du siècle. Il y avait Libertée qui lui faisait plus froid dans le dos que le souffle glacé qui le laissait transi depuis qu’il s’était couché. Oui, mais elle était partie. Après avoir follement embrassé un autre type sous ses yeux. Du coup c’est Aivy qui prit le relais. Après tout c’était l’amante de Tsukia, normal, non ? Oui, mais Rouquine était en train de dormir à poings fermés. Eh bien, il restait lui. Le Cabochard, l’enfoiré de première. Et si pour une fois, j’étais quelqu’un d’autre ? Quelqu’un de bien ? Qui ne se laisse pas bêtement avoir par une odeur de vanille et un regard de feu ? Il pouvait aussi arrêter de réfléchir et laisser Tsukia décider pour lui. Pour eux. Elle était grande. Et pas trop idiote quand elle y mettait du sien. C’était une fille bien. Complètement dingo mais bien quand même. Il la respectait trop pour risquer de compliquer les choses au point de s’en mordre les doigts un jour. Il devait…

… il posa la main derrière sa nuque et l’embrassa fougueusement. Pour la lâcher aussitôt et bondir hors du lit, cette fois – un marmonnement endormi venait de s’élever. Aivy. Gil était de nouveau frigorifié. Il fixa Tsukia un bon moment, cette fois, comme si ne plus la toucher lui permettait de reprendre contenance. Puis il émit un petit claquement de langue agacé, enfila ses bottes, attrapa son manteau et quitta la chambre.


*


- On s’en tient au plan.

C’est la première chose qu’il dit en retrouvant les filles, alors que l’aube diluait à peine l’encre sombre de la nuit. Il avait retrouvé son aplomb et sa nonchalance.

- Autrement dit, je passe devant, vous me suivez. C’est clair ?

Rouquine n’aimait visiblement pas les ordres mais tant pis, c’était à prendre ou à laisser : elle avait choisi de rester, elle devait faire avec. Il ne comptait pas laisser quiconque toucher un seul cheveu roux de sa tête, de toute façon. S’il rendait une Aivy toute abîmée à Lib, que se passerait-il ? Et Tsukia ? Son regard tomba sur la jeune fille. Il fronça les sourcils. Il allait falloir qu’ils parlent, tous les deux, après ça. De ce baiser qui ne voulait rien dire du tout, à part « j’ai froid et toi t’es toute chaude et toute douce et tu sens bon et je suis con ». Il soupira. Plus tard.
Il s’engouffra dans l’escalier qui plongeait sous terre.

Il y avait tellement de chemins sous la ville que certains n’avaient jamais réussi à retrouver la sortie. C’est du moins ce que les rumeurs racontaient. Gil se demanda si les Marchombres n’étaient pas mêlé à ça. Après tout, pour ce qu’il en savait, la Guilde n’était pas très loin… il en savait beaucoup trop, réalisa-t-il en longeant un conduit sombre, suivi par Aivy puis par Tsukia. Il avait de la chance de respirer encore. Et si Giliwyn s’était caché dans les souterrains de la Guilde ? S’il était impossible de l’atteindre ? Gil secoua la tête. Ce n’était pas le moment de douter ! Il allait bien finir par le trouver. Si ce n’était pas aujourd’hui ce serait demain. Il était patient. Depuis bientôt trois ans, il touchait enfin au but. Il allait venger Iselle, et Makeno, et Lib et Suviyo, venger la destruction de sa maison, de sa vie. Plus il avançait, plus son cœur battait fort dans sa poitrine. Il sentit la bête frissonner. Tout doux. Un bruit de voix l’arrêta. Il se rencogna contre le mur, imité par les filles, et attendit. Plus rien. C’était reparti. Et ça dura une bonne heure durant laquelle ils déambulèrent dans un labyrinthe sombre et désert.

Le boyau qu’ils remontaient s’élargit soudain et ils débouchèrent dans une sorte de salle. De garde-manger, à en juger par les sacs et les tonneaux entreposés entre des rayonnages de caisses de bois. Du sel, des épices… Gil pencha la tête sur le côté. Commerce sous-terrain ? Légal ou bien… ? Mais alors qu’il allait poser la question aux filles, une voix s’éleva dans son dos, douce et acide à la fois.

- Bonjour, Gil. Tu en as mis, du temps ! Je ne t’attendais plus…

Gil pivota d’un bloc et toisa l’homme qui, du fond de la salle, venait de l’apostropher. Grand, mince, des cheveux châtain clair qui tombaient sur ses épaules, des yeux foncés mais d’une couleur difficile à définir d’aussi loin et dans la pénombre de la pièce…

- T’es qui, au juste ?
- Ezrine Sil’Sierra.


Gil sursauta et l’homme éclata de rire.

- Eh oui, Gil. Je suis ton frère. Enfin, petit demi-frère, pour être exact. Ça t’en bouche un coin ?
- Ouais.


Un frère ? Pas possible…

- Je suis le fils de Giliwyn et de Laïze.

Gil ricana à son tour.

- Dis pas de conneries, Laïze est…
- Celle qui a sauvé notre père et qui l’a ramené à la vie, oui. Aah… c’est étrange de te rencontrer enfin, après tout ce temps. J’ai beaucoup entendu parler de toi. Le garçon qui a laissé son père pour mort et qui s’est barré pour ne plus jamais revenir…


Gil serra les poings.

- Tu sais pas de quoi tu parles, gronda-t-il.
]- Détrompe-toi ! J’ai eu des années pour apprendre, Gil. J’ai appris comment ton départ a détruit mon père. Il ne s’en est jamais remis. Et avec Laïze, il… enfin, je suppose que ton enfance a été plus jolie que la mienne. Ton père t’aimait. Il ne préférait pas un autre, un absent, à ta petite personne. Mais je m’en suis fait la promesse. Un jour, je te retrouverai. Et ce jour-là, je te ferai payer ces années de souffrance.

C’est ça, alors ? Une jalousie complètement tordue ? Une vengeance à l’état pur ? Gil fit un pas en avant.

- C’est toi, souffla-t-il en prenant petit à petit conscience des paroles d’Ezrine. L’ombre…
- On dirait bien. Tu es en colère ? Ha ! C’est bon ! C’est ce que je veux. Gronde, montre les dents. Ils sont là pour toi.

Ils, c’étaient les trois personnes qui venaient d’entrer dans la pièce. Un homme bardé de cicatrices. Une femme aux cheveux roux. Un homme au regard fou. Gil sentit son sang bouillonner dans ses veines.

- Vous…
- Oh, tu nous as reconnu ? lança l’homme à la cicatrice. La Silencieuse t’a marqué à ce point ? C’est rare de s’en sortir, mais cette fois, j’ai prévu quelque chose de plus… radical.

Gil tira sa lame et se retourna vers les filles.

- Dégagez de là.

Comme il regrettait qu’elles soient venues avec lui ! C’était un piège, un horrible traquenard et il les avait emmenées avec lui… Il fit un pas en avant. Sortit les crocs, oui, mais pour leur faire peur. Il fallait qu’elles s’en aillent.

- Tsukia ! Partez, maintenant. J’ai pas besoin de vous. Vous allez me gêner.

Oh, ça n’allait pas lui plaire.

Et bien, tant pis.

__________________________________________

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Aivy Sil'Lucans
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Mar 14 Fév 2017, 15:13

Le regard de Gil était suffisamment équivoque.
Il ne croyait pas en elle.

Ni en son désir de rester, ni en sa capacité à survivre dans une telle aventure. La jeune femme se tâta pour savoir si elle devait le prendre comme du mépris de ses capacités ou un simple instinct de protection. Il ne voulait sans doute pas s'attirer encore plus d'ennuis avec Libertée qu'il n'en avait déjà, et rendre des apprenties cassées était un bon moyen de se retrouver face à un bon tas de colère aux cheveux blonds... Parler n'était visiblement pas son fort, puisqu'il n'avait encore presque rien dit de tout le voyage. Quand il prit la parole, enfin, son discours surprit la jeune femme : A quoi bon avoir ramené cet homme s'il leur était finalement inutile ? Le transporter avait été encombrant, et maintenant il leur annonçait qu'il ne leur servirait finalement pas ? Si le but était de brouiller les pistes, n'y avait-il pas un moyen plus sûr ?

Ne pas connaître toute la situation, étant arrivée en route, était un véritable handicap dans son projet d'entretenir des relations à peu près saines avec l'ensemble de ses co-équipiers. Mais elle ne s'en formalisait pas plus que cela, convaincue qu'elle finirait à un moment où à un autre par apprendre de quoi il en retournait.

Rien que de regarder le ty- l'Envoleur en face lui donnait mal au crâne et la remettait face à l'absurdité de sa situation. Que faisait-elle ici ?

L'apprentie soupira, et se contenta d'hocher la tête à ses dernières paroles.
Elle avait définitivement besoin d'un grand bol d'air.




***


- Je ne vous balancerai pas à Lib, mais à mon avis, elle sait. Elle sait toujours.
- Hm...

Aivy se maudit intérieurement de ne pas avoir plus de verve, mais elle commençait sérieusement à fatiguer. L'évidence présente dans les mots de Gil la frappa alors brusquement, et elle s'en voulut de ne pas y avoir pensé plus tôt. Evidemment que Lib savait toujours tout. Elle n'avait jamais rien eu à lui cacher. C'était leur maître, après tout.

Et puis, c'était Lib.


- Et c’est tout ce que je peux affirmer à son sujet.

Oh ?

- Ne me faites - fais, corrigea-t-elle machinalement, bien décidée à se débarrasser de ce tique de langage qui la rendait un peu trop et inutilement polie, pas croire que tu n'as aucune information, pas le moindre petit indice.

Si la situation était aussi complexe que celle décrite par Tsukia, comment être sûr qu'il était tout à fait objectif ? Qu'il n'était pas en train d'arranger les choses ?

- C'est ma faute, se contenta de répondre son vis-à-vis d'une voix dont la douceur inattendue frappa Aivy.
- Alors, reprit-elle après un petit silence, elle est partie pour de bon...

La réalité de cette affirmation la frappa de plein fouet. Elle ne pouvait pas y croire. Ne voulait pas y croire. Libertée reviendrait, elle en était persuadée. Le tout n'était plus de savoir quand, elle se tuerait inutilement à attendre. Le tout, à présent, était simplement d'avancer.

Mais bientôt va se lever la tempête...

Au premier coup de vent, Aivy frissonna. Le spectacle qui se jouait au-dessus de leurs têtes acheva tout à fait de la transporter. La lune, orgueilleusement pleine, qui dardait par-delà les épais nuages porteurs de pluie, caressait doucement l'atmosphère dans un tableau qui ne pouvait pas laisser une âme un tantinet romantique comme la sienne sans effet. Si seulement elle avait eu sur elle un fusain et quelques pastels...

- T’es pas obligée de rester.
- Parce que je vais "voir mon espérance de vie brusquement raccourcie" ?
, rétorqua la jeune femme du tac-au-tac en référence à ce qu'il venait de lui dire plus tôt.

Sa voix était ironie pure. Elle n'aimait pas cela. Mais elle n'aimait pas non plus la situation dans laquelle elle se trouvai, suffisamment complexe pour qu'il vienne l'assortir de son grain de sel. L'apprentie ne savait pas vraiment où se mettre. Son coeur doutait toujours du bien-fondé de sa présence et, sans doute que si elle avait été seule à se retrouver face à Gil et ses ennuis, elle aurait tourné le dos au hasard moqueur en même temps que les talons à leur abri de fortune.

Mais il y avait Tsukia. Et elle ne pouvait décemment pas la laisser seule face à l'aventure qui se profilait.
Jamais.

Aivy fut heureuse que Gil perçoive cette lueur au fond de son regard, la détermination qui l'encourageait à rester malgré tout. Ainsi, elle n'eut pas à parler, à s'étaler en longues paroles inutiles qui ne l'auraient sans doute qu'à moitié convaincu. Et puis, elle était trop fatiguée pour parler. Et il faisait trop froid.

Il était temps de rentrer.

Quand l'Envoleur lui tendit sa main, elle hésita un instant. Avant de la prendre avec douceur, posant ses doigts contre ceux, plus grand, qui se refermèrent dans un geste presque protecteur. Aussi petite fut-elle, cette action la conforta dans son choix. Pour la première fois de sa vie, elle accordait sa confiance à un ennemi. Et, pour la seconde fois, elle acceptait de marcher aux côtés du camp adverse, aussi proche de Libertée fut-il.


- Et puis, une Rouquine, ça peut servir, non ?
- Pardon ?
- Heu, si on rentrait ? Avant que Tsu ne dessine autre chose que des moustaches sur le visage de Jed ?


Ah.

- Tsu ? Qu'est-ce que tu fabriques encore ?!



***


Tadah.
Planque numéro deux. Merci, Gil.

L'endroit était moins accueillant, et plus froid, mais sans aucun doute plus sécurisé. La jeune femme ignorait totalement où ils se trouvaient désormais, et n'en avait pas grand-chose à faire. Elle s'était contentée de suivre, en laissant bien comprendre, verbalement cette fois-ci, qu'elle n'appréciait pas particulièrement d'avoir à suivre un homme à qui elle avait donné confiance et non obéissance. Mais Gil s'était contenté de l'ignorer, et elle n'avait rien dit de plus. C'était pour leur bien, et il n'y avait rien à redire.

Quand ils passèrent enfin le pas de la porte, Aivy fit glisser son regard sur la pièce, et soupira en constatant qu'elle ne possédait qu'un seul lit. De plus, celui-ci serait bien trop petit pour trois personnes. Avec de petits gabarits comme le sien et celui de Tsu, il était possible de tenir à deux, mais s'il fallait ajouter Giliwyn...

Celui-ci se débarrassa du problème en installant un lit de fortune fait de sa veste à même le sol, sous les yeux ébahis de la jeune femme. Il n'allait tout de même pas dormir ainsi ?! L'hiver n'était pas achevé, et le grenier n'avait rien d'une colonie de vacances. Il semblait pourtant totalement résigné, et ne demanda même pas à une des filles de lui céder un peu de place, se contentant de leur envoyer une couette trouvée à côté d'un peu de bric-à-brac dans le visage.

Résignée à son tour, l'apprentie grimpa sur le lit grinçant, et étala la couverture dans laquelle elle se lova. Au moins, le matelas, à défaut d'être très confortable, n'était pas couvert de saletés. Aivy avait dormi dans bien pire que cela, à même le sol parfois, sans jamais se plaindre. Cette fois-ci n'échapperait pas à la règle ; pas un son ne sortit de sa bouche. De toute façon, elle était trop fatiguée pour se plaindre.


- Réveil à l'aube. Essayez de dormir un peu...
- Oui chef.


Profitant du fait que Gil soit tourné dos à elles, la jeune femme accepta, cette fois-ci, d'ôter ses vêtements, qu'elle déposa à sécher au pied du lit, priant d'avoir assez d'heures de sommeil pour leur permettre d'être secs le lendemain. Elle ignorait même quelle heure il était... Puis elle se lova contre Tsukia, qui l'avait rejointe, et déposa un baiser contre sa joue avant de se rouler en boule de son côté du lit, à la recherche de chaleur.

- Bonne nuit, Gil-face-de-lune, laissa-t-elle échapper d'une voix endormie.

Et, blottie contre Tsu, elle s'endormit comme un bébé.





***



[Time is running out,
Ghost keeping me alive
I get what it means
"You have to survive"...]



***



[Réveil matin, cinq heures, j'me réveille comme une fleur,
Marguerite dans le Macadam a besoin d'un Doliprane...]


Elle n'avait pas assez dormi.

L'absence totale de rêves dans son sommeil était la preuve qu'elle était restée au stade du repos le plus total, qui n'avait même pas duré le temps nécessaire à une totale réparation de son corps. Fatiguée, Aivy n'avait qu'une envie : replonger dans les bras de Morphée.

Pourtant, il fallut se lever.
Armée de toute la volonté du monde, et d'un grand sourire aux lèvres qui apparut quand elle s'aperçut de la présence de Gil à leurs côtés.




***


- On s'en tient au plan.
- Non, sans blague ? Il parait pourtant qu'on invente des plans pour ne pas les suivre...


*Mais la ferme avec tes sarcasmes à deux pièces.*

Aivy se mordit la lèvre dans un geste désespéré. Elle se désespérait elle-même. Son attitude n'était ni mature, ni responsable, mais elle peinait à rester concentrée. L'ensemble de cette enquête lui retournait le cerveau comme on retournerait un tournedos sur une plaque trop chaude. Elle avait attentivement écouté les instructions, mais la trop brève explication de Gil au sujet de la personne qu'ils recherchaient - un autre Giliwyn... Comme si un ne suffisait pas ! - ne l'avait pas convaincue. L'homme était visiblement de sa famille, et la question avait tout naturellement surgit en elle dès qu'elle avait plus ou moins compris de quoi il retournait : de quel genre de famille venait-il pour prendre ainsi le nom d'un parent ? Elle pensait pourtant cette coutume abolie depuis des décennies.

Le couloir qu'ils remontaient silencieusement aboutit finalement à une salle relativement grande dans laquelle était entreposée une certaine quantité de nourriture. L'architecture était belle, quoi qu'un peu dénaturée par le plafond qui, victime du temps, commençait à se scinder à certains endroits, rejoint par certaines colonnes prêtes à s'effondrer. Aivy retint son souffle, la main tendue contre sa dague, prête à intervenir malgré les ordres si la situation tournait mal.

Puis, au fond de la salle et entre les caisses, apparut une ombre. Ce fut Gil qui l'apostropha, et l'échange qu'ils entretinrent eut plus des allures de monologue de la part d'un homme frustré que d'autre chose. L'homme ne sembla pas s'intéresser aux deux apprenties, et la jeune femme en profita pour se positionner adroitement, quelques pas derrière l'Envoleur, captant la moindre information qui pourrait lui être utile. Alors, c'était son père qu'ils étaient venus chercher... Un drame familial sur fond de trahison, c'était...

C'était exactement la situation dans laquelle elle se trouvait.

Songeant à Méryna, Aivy ferma les yeux et refoula les souvenirs douloureux. Le fait que Giliwyn et elle se trouvent dans la même situation au même moment était une preuve de plus que le hasard s'amusait bel et bien avec eux. Si elle avait la chance de le rencontrer un jour, elle ne se gênerait pas pour lui dire le fond de sa pensée... L'avait-elle senti, cette fois-là dans la chambre ? Ce lien étrange qui les rendait si semblables et si différents à la fois ne semblait pas provenir du même endroit et, pourtant, les emmènerait sans doute vers la même direction.


- Gil ?
- Oh, tu nous as reconnu ? lança l’homme à la cicatrice. La Silencieuse t’a marqué à ce point ? C’est rare de s’en sortir, mais cette fois, j’ai prévu quelque chose de plus… radical.

La menace venait de sortir de derrière, et semblait particulièrement sérieuse. Aivy se tendit, en même temps que l'Envoleur. Prête à bondir.

- Dégagez de là.

*Tu rêves.*

Sa réponse fut silencieuse, et un nouvel éclair de détermination traversa ses prunelles. Pour toute réponse, elle se contenta de tirer sa dague de son fourreau.

L'acier chanta dans ses mains, prêt à en découdre.
Dès que le signal serait donné...

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Tsukia Til'Werin
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Mar 14 Fév 2017, 15:57

- Tsukia ! Partez, maintenant. J’ai pas besoin de vous. Vous allez me gêner.

Connard... C'est toi qui nous gènes...

As a child...

...You would wait,
And watch from far away,
But you always knew,
You'd be the one to work while they all play...

In youth...

...You'd lay awake at night and scheme,
Of all the things that you would change,
But it was just a dream...

Pardonne moi Giliwyn, je voudrais pouvoir suivre ce conseil... Talia le suivrait...

Mais je me nomme Tsukia et je suis frontalière, me surnomme ailes-de-corbeaux et viens tout droit de l'enfer...

...Alors je ne vais surement pas tourné le dos.

Pas maintenant.


C'était la première fois qu'elle l'appelait par son prénom complet et Tsukia profita de son propre discours pour dégainer les deux épées qu'elle avait en plus de son Katana, les faisant tournoyer un instant pour prendre une pose ouverte qu'elle avait appris pendant son infiltration...

Gil semblait entre l'agacement et le remerciement... Une des trois têtes d'anchois se poste devant moi... Allez viens, petite sourie...

Il est pas question que je te laisse toucher à ma Aivy...

...À mon Giliwyn.


Here we are...
...Don't turn away now.

We are the warriors that built this town..!

Here we are,
Don't turn away now,
We are the warriors that built this town...

...From dust.

Ils sont doués, c'est indéniable... Mais pour le coup, nos adversaires respectifs s'échangent les cibles entre moi et Aivy, on as à regarder partout pour être sûr de pas se faire planter une lame dans le dos par l'autre ennemi...

Je pare un autre coup de mes lames et... Merde.

Je réalise trop tard que mon adversaire m'as piqué mes lames avec les siennes, son comparse approche à la vitesse de l'éclair, un sourire glorieux sur les lèvres...

...Une épée plus grosse que moi prête à me trancher en filets mignons...


The time will come when you'll have to rise...

...Above the best,
Improve yourself,
Your spirit never dies.

Farewell,
I've gone to take my throne above...

Don't weep for me,
Cause this will be,
The labor of my love...

Éclair de surprise.

Autant chez l'adversaire que chez mes compagnons...

Ouais, ça dégoutterait Tsukia et Talia... Mais quand on jouent à l'envoleur, faut sortir ses ailes.

Le connard à l'épée regarde sans trop comprendre la fine aiguille sortie de nulle part qui lui transperce le torse entre deux côtes...

Comprends un instant plus tard en sentant son arme devenir trop lourde pour lui...

S'écroule vers l'arrière alors que son torse, sous son vêtement, doit prendre une vilaine couleur entre le vert et le turquoise.

Éclair de surprise.

Autant chez l'adversaire que chez mes compagnons...

Ouais, vous êtes pas les seuls à pouvoir trouver des poisons rare et mortels, mes grands, seulement moi, j'ai un faible pour la mort presque instantanée.

Voilà, avec un en moins, on est à force égales... Deux gros bras et un frèro... Au moins c'est le plus gros qui est tombé, me dis-je en m'éloignant du corps qui est secoué de violents spasmes... Et que le cou et le visage se déforme dans la douleur et les veines qui ressortent.

Bah ouais les potes, j'ai choisi le cousin plus violent de la silencieuse, c'est bien non..?

Maintenant, si on jouaient à qui se fait piquer en premier..?


I raise my flags,
Don my clothes,
It's a revolution I suppose...

We'll paint it red,
To fit right in...

I'm breaking in,
Shaping up,
Checking out on the prison bus...

...This is it,
The apocalypse...

...Whoa...

__________________________________________



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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Mar 14 Fév 2017, 21:10

Pardonne moi Giliwyn… commença Tsukia d’un air absolument pas désolé, tandis qu’Aivy dégainait une dague d’un geste franc et assuré.

Gil se frappa le front de la paume de sa main libre. Rien dans la tête, tout dans les tripes, hein ? Il faudrait qu’il règle ça plus tard, avec un bon coup d’oreiller sur le crâne pour la Rouquine. Et un truc un peu plus costaud sur le crâne de piaf de Tsukia. En face d’eux, les trois acolytes d’Ezrine se décalèrent pour occuper tout l’espace. Gil regarda l’homme qui venait de chambouler sa vie en quelques mots. Rien ne prouvait qu’il disait vrai, après tout. C’était peut-être un énorme mensonge destiné à le faire douter, à le surprendre, voire à l’affaiblir… mais c’était possible. Ezrine n’avait pas l’air beaucoup plus âgé que les filles. D’aussi loin et dans l’ombre, Gil ne parvenait pas à déchiffrer son expression ni à retrouver les traits de son père, déjà lointains dans sa propre mémoire, pourtant son instinct lui soufflait qu’il s’agissait bel et bien de son frère. J’ai un frère, bon sang… un frère qui veut me tuer. Gil leva son épée et Ezrine recula d’un pas. Il se mettait hors combat pour l’instant. L’Envoleur serra les dents, dépité ; contourner les trois autres et l’obliger à se battre ? Trop risqué pour les filles. Il jeta un long regard chargé de promesses à l’homme qui l’avait traqué comme une bête pendant des années, puis reporta son attention sur celui, couturé de cicatrices, qui l’avait empoisonné le jour de la naissance de Suviyo.

- Crevez pas, marmonna-t-il à l’attention d’Aivy et Tsukia.

Et il s’élança.


*


- Ezrine !

Il sursaute, bondit sur ses jambes, referme le lourd couvercle du coffre, pivote sur ses talons… Son père est là, devant lui. Il est encore arrivé sans faire de bruit malgré la cane de bois sur laquelle il s’appuie.

- Qu’est-ce que tu fais là ?
- Rien du tout.


Ezrine ignore les battements frénétiques de son cœur, dans sa poitrine, et affronte l’implacable regard noisette de l’homme qui ne bouge pas, de l’autre côté du grenier.

- Tu devrais descendre, finit par lâcher Giliwyn. On passe à table.
- D’accord. J’arrive tout de suite.


Mais pendant une poignée de secondes, ni l’un ni l’autre ne fait le moindre geste. Ezrine se rend compte qu’il transpirait lorsqu’il sent une goutte de sueur glisser lentement le long de son dos. En face de lui, son père ouvre la bouche, hésite, et serre finalement les lèvres. Puis il hoche la tête et tourne les talons. Ezrine écoute son pas s’éloigner dans les escaliers. Il attend encore une minute entière avant de ramener lentement ses mains devant lui – avec l’objet qu’il a tenu caché dans son dos le temps de cette confrontation. Il se penche pour l’observer, vaguement étonné.

- Une flûte ? murmure-t-il.


*

Assis sur une caisse de bois, en tailleurs, le coude sur un genou et le menton dans la paume de sa main, Ezrine regardait la bataille qui se déroulait sous ses yeux depuis quelques minutes. C’était un spectacle intéressant parce que les acteurs de cette scène l’étaient tout autant. La fille aux cheveux noirs se battait comme une furie, ses deux lames tourbillonnant au gré de ses envies. Elle était douée mais sa garde, ses mouvements étaient bourrés de défauts qui allaient finir par jouer en sa défaveur, au bout du compte. Ezrine la détailla de haut en bas et de bas en haut quand, suivant le rythme du combat, elle se déplaça jusqu’à apparaître en pleine lumière de l’une des deux torches accrochées au mur. C’est vrai qu’elle avait des faux airs d’Aile de Corbeau – sans avoir sa prestance et son talent, cependant. Elle était en train d’affronter Jors, une armoire à glace qui pouvait l’écraser d’un seul coup de poing s’il le souhaitait. Jors s’amusait, Ezrine le laissa faire. C’était pour ça qu’il louait ses services depuis des années : pas pour son intelligence, qui atteignait une limite désolante, mais pour sa façon de se battre comme s’il s’agissait d’une vaste plaisanterie à laquelle il avait toujours, toujours le dernier mot. Le regard ambré du jeune homme glissa vers la fille aux cheveux roux. Celle-ci, il ne la connaissait pas du tout mais elle était tout aussi intéressante que son amie. Voire plus, s’il prenait en compte le fait qu’il avait toujours eu un faible pour les rouquines. Il avait du mal à détacher ses yeux de la chevelure de feu qui dansait dans son dos alors qu’elle affrontait Délya. Une rouquine contre une rouquine. Voilà qui était original ! Mais pas très juste, finalement. Délya avait l’air d’un chaton tout mignon avec ses yeux vert en amande, mais s’il devait choisir entre une caresse de tigre des plaines et un bras de fer avec elle… Ezrine choisissait le tigre. Sans la moindre hésitation.

Lentement, très lentement, son regard balaya la salle et vint se poser sur le dernier acteur de cette incroyable mise en scène. Giliwyn SangreLune. Non… ce n’était pas son véritable nom, ni même son prénom, et c’est cela qui avait rendu ses recherches si compliquées. Le jeu en valait toutefois la chandelle, songea Ezrine en regardant l’Envoleur bloquer un coup de lame qui aurait dû le décapiter. Guerzel était un adversaire à sa taille. Moins imposant que Jors mais plus sadique – bien plus sadique – et obsédé par les poisons. Pourtant, sur ce duel, Ezrine ne pariait pas sur le même cheval. Il savait de quoi Giliwyn était capable. C’était un loup qui se faisait passez pour un chien. Un monstre qui n’allait pas tarder à se révéler dans toute sa force et son ignominie. Le clou du spectacle, c’est toi… Ne me déçois pas.


*


Gil galérait un peu. L’homme qu’il affrontait était un type légèrement plus petit et plus mince que lui mais, bon sang, il était fichtrement rapide et salement intelligent. Depuis le début de la bataille, il ne cessait de multiplier les feintes ; Gil les décelait généralement de justesse, mais il fallait qu’il reste concentré pour cela, or la situation ne lui facilitait pas la tâche. Tsukia et Aivy ne lui facilitaient pas la tâche. Il s’inquiétait pour elles. C’était vraiment con mais il n’y pouvait rien : c’était plus fort que lui. Chaque fois qu’il en entendait une expirer bruyamment, chaque fois que les lames s’entrechoquaient, il jetait un coup d’œil. Ça lui avait déjà valu une coupure sur le menton et une autre sur l’avant-bras gauche. Des peccadilles, mais Gil n’était pas idiot : il suffisait d’une seule fois pour que sa tête vole et roule aux pieds d’Ezrine. La perspective ne l’aurait pas tant effrayé s’il avait affronté seul ces quatre dégénérés. Avec Tsukia et Aivy, c’était différent. Pourraient-elles s’enfuir si jamais il était tué ici ? Il frémit en voyant l’énorme épée du géant frôler le crâne de piaf… non, de hamster de Tsukia.

- Tes appuis, merde ! cria-t-il tout en pivotant pour éviter lui-même un coup de taille qui visait son ventre.

En face de lui, l’homme aux cicatrices éclata de rire.

- Tes élèves sont en mauvaise posture, on dirait…

Ce sont pas mes… Gil para de justesse la lame de son adversaire mais ne put éviter le coude qui lui éclata le nez. Il bondit en arrière. Passée la douleur de l’instant, il ne sentait absolument rien, mais c’était bien là le seul et unique avantage de sa situation : le sang envahissait déjà sa gorge, alors qu’il était contraint de respirer par la bouche pour ne pas s’étouffer. Les choses étaient en train de se corser, là. Abruti ! Reste concentré ! Sinon tu vas crever !

- Oups ! Pardon, ironisa monsieur Cicatrices, et il se mit à se déplacer lentement, à la manière d’un félin qui attend le bon moment pour se jeter sur sa proie.

Alors toi… Gil posa un genou à terre et, de sa main libre, saisit l’arête de son nez entre le pouce et l’index. Crounch. Le bruit, autant que la douleur, remuèrent l’estomac de l’Envoleur mais c’était efficace : le sang cessa de couler. Il devait toujours respirer par la bouche, mais au moins, il n’allait pas perdre connaissance ni s’étouffer comme un con. Il se redressa, leva la tête, croisa le regard de son adversaire… lâcha son épée. L’envoya valser d’un coup de pied. Monsieur Cicatrices haussa un sourcil et laissa tomber sa lame à son tour, puis serra les poings et se mit en garde. Un combat au corps à corps ? Il prenait. Gil sourit.

A nous deux.


*


Il déteste la nuit. Le jour tout va bien, chacun est dans son coin, pas forcément le même d’ailleurs, mais la nuit… C’est le moment où les choses deviennent plus dures, plus dangereuses. Des paroles jetées en l’air, des ombres qui se disputent et qui laissent un petit garçon tout seul au fond de son lit.

« Il faudra bien que tu lui dises, un jour, ce qui s’est réellement passé ce jour-là ! »
« Cette histoire ne le concerne pas, Laïze. Et toi non plus. »
« Pardon ? Est-ce que j’ai bien entendu ? Tu respires, tu vis parce que je t’ai retrouvé avant qu’il ne soit trop tard, Gil…
« Et je t’ai déjà remercié, je crois. »
« Et Ezrine ? Tu crois qu’il te remerciera quand il saura la vérité ? Parce qu’il l’apprendra, tu sais ! Tu ne vois pas comment il te regarde, déjà ? Tu ne vois pas qu’il cherche à comprendre ? Il en a le droit ! »


Le ton monte. Les cris pointent.
Les cauchemars aussi. Dans le lit, un enfant rabat la couverture sur sa tête.
Il tremble, mais…

… il veut savoir.


*


Ezrine tourna la tête à l’instant même où la fille, la petite Aile de Corbeau, s’illustra en touchant son adversaire de manière redoutable… et inexorable. Jors fit un pas en arrière, puis deux, incapable désormais de soulever son arme. Il ouvrit la bouche, sans doute pour proférer une menace ou un juron, mais une sorte de bave mousseuse l’en empêcha. Il s’effondra. Eh bien les amis, voilà ce qu’on appelle un rebondissement inattendu ! Crac. Le poing de Gil venait de rencontrer celui de Guerzel, de plein fouet. Ezrine grimaça : ça devait faire mal. Mais les deux hommes reprenaient déjà leur affrontement de titans. Ils étaient comme deux bêtes avides de sang. Rien ne leur était interdit. La mort était la seule issue, du moins pour l’un d’entre eux… Est-ce que tu retournes tout ça dans ta tête, Gil ? Est-ce que tu te demandes comment, pourquoi ? Est-ce que ça te fait mal d’être trahi par ton propre sang ? Une mâchoire qui encaisse, un genou qui remonte brusquement, un coude qui trouve sa cible dans un geyser de sang, et des poings qui cognent, encore, et encore, et encore… Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’était un duel – et un duo – vraiment frappant ! Guerzel était couvert de sang. Gil aussi. Qui pouvait dire lequel allait arracher la victoire ? Tout était encore possible et pourtant, c’était un chemin tracé d’avance. Ezrine haussa un sourcil, ôta son menton de sa main. Gil pivota, envoya son talon, toucha au but. Ezrine redressa son buste, passa la main dans ses cheveux longs. Gil profita de son élan pour balancer son poing et envoyer son adversaire au tapis. Ezrine soupira, déplia les jambes, descendit de la caisse de bois. Gil se laissa tomber à califourchon sur le blessé, plia les doigts et laissa les griffes de Dil’Duran ouvrir la gorge offerte, avant de lever la tête.

Ils se regardèrent, figés dans l’instant improbable d’une question qui ne s’achèverait jamais : et si… ?


*


Et si, au lieu de grandir dans le mensonge et la terreur, l’un n’avait pas nourri cette terrible rancœur ?
Et si l’autre, au lieu d’oublier son passé, s’en était allé à sa rencontre ?
Et si ces deux-là s’étaient trouvés ailleurs, plus tôt, plus tard, dans une autre vie ?
La mort les aurait-elle suivis ?


*


Ezrine épousseta tranquillement son manteau gris.

- Je pensais que cette scène allait s’achever avec nous deux seulement.

Gil suivit son regard, en direction de Tsukia et d’Aivy. Il essuya son visage plein de sang d’un revers du bras – geste parfaitement inutile – et se leva lentement, délaissant le cadavre de Guerzel.

- Bah, l’histoire est telle qu’elle est : époustouflante et pleine de coups de théâtre !
- Où est Giliwyn ?


Ezrine haussa les épaules.

- Pas concerné par cet acte. Tout est lié à lui, cependant.
- T’es complètement cinglé,
murmura Gil.
- Je préfère le terme de « génial ». Ce sont des traits de génie qui t’ont mené jusqu’à moi, et moi à toi, Gil. Manaël. Oh… c’est vrai, tu n’aimes pas ce prénom.
- Je vais te tuer.


Ces mots, Gil les avait prononcés très lentement, en les détachant nettement les uns des autres. C’était une promesse, non : une certitude. Un futur qui s’écrivait déjà en lettres de sang. Mais Ezrine éclata de rire.

- C’est bien ! C’est excellent, même ! Je savais que s’en prendre aux tiens était la meilleure façon de te faire réagir. C’est ton point faible : tu donnerais ta vie pour eux. C’est noble, vraiment, je ne sais pas si je serai capable d’en faire autant, tu vois ?

Il fit un geste de la main en direction de Tsukia et d’Aivy.

- Elles auraient dû mourir, c’est dommage… tu aurais montré ton vrai visage. Celui que j’ai vu à Al-Far.

Gil frémit et sentit la bête gronder en lui. Il s’en fallait de peu pour qu’il ne bascule pas à nouveau dans la folie, c’était un fait, comme si… Comme si l’absence de Libertée avait fragilisé la muselière dont il avait affublé son monstre intérieur. Il serra les dents. La laisser rugir à nouveau, c’était prendre le risque de perdre son humanité pour de bon. Crocs de Lune était un fléau !

« Je te présente Gilou ou Gil le loup ou clair de lune… »

« Bonne nuit, Gil face de lune ! »

Gil tourna la tête et croisa le regard d’Aivy, puis celui de Tsukia. Elles étaient encore en vie, n’en déplaise à Ezrine, et surtout… elles étaient là. Avec lui. Elles s’étaient foutues dans la merde la plus noire et sciemment désobéi à ses ordres parce qu’elles ne comptaient pas le laisser tomber. Il sourit. Libertée n’était pas là physiquement et elle lui manquait à chaque instant. A chaque seconde. Mais elle vivait un peu dans le regard de ces deux-là. C’était elle, la petite flamme dans les yeux de la Rouquine. Elle dans le sourire moqueur de Tsukia. Elle était là malgré tout. La bête pouvait faire demi-tour… Il allait régler cette histoire d’homme à homme, un point c’est tout ! Gil reporta son attention sur Ezrine. Voilà. C’était bientôt fini. Pour la mémoire d’Iselle et celle de Laïze, pour l’avenir de Suviyo et la paix de tous les autres… pour lui. Enfer, j’ai bien mérité de me reposer un peu, non ? Il secoua la tête. Bientôt, on a dit. Il fit quelques pas, s’arrêta devant son épée, la ramassa et se tourna vers Ezrine. Un dernier coup de crocs et puis j’me barre ! Son adversaire rit à nouveau.

- Quoi encore ? grogna Gil, qui perdait patience.
- Désolé de te décevoir mais… cette scène-là, on la garde pour le prochain acte. D’accord ? Tu es plein de sang, je suis fatigué… On trouvera un meilleur endroit, plus impressionnant. Un endroit à notre mesure.
- … hein ??

- Je vais quand même te faire une faveur, frangin. Cadeau de retrouvailles.

Il leva le bras.

Vers Tsukia.


*


C’était un poignard, un ridicule petit poignard que Gil sentit à peine quand il s’interposa. Rien de bien méchant comparé aux gnons qu’il avait reçus en affrontant monsieur Cicatrices. Du coup, il se dit que c’était le moment d’agir, avant que l’autre fantoche ne tire sa révérence, et il ignora la petite piqûre de la lame plantée dans son épaule. Il bondit, attrapa le poignard, le délogea de sa chair pour le renvoyer à son propriétaire… bascula en avant. Cette sensation… A genoux, hébété, il fixa le poignard dans sa main, dont la lame était teintée de rouge et de vert. Son sang, et…

- Guerzel excellait dans son domaine. Il a créé ce poison spécialement pour toi, tu sais ? Il l’a appelé « Reflet d’Ame ». Mélangée à ton sang, elle ne va pas te tuer mais te faire souffrir comme si tu allais mourir. Il n’y a rien de pire que de se sentir proche du grand saut… sans jamais pouvoir l’effectuer vraiment.

Gil n’écoutait déjà plus. Il tomba à quatre pattes. Sa tête était en feu. Son sang bouillait dans ses veines – littéralement. Ezrine se pencha et empoigna ses cheveux pour approcher ses lèvres de son oreille.

- Tu survivras, je le sais. Retrouvons-nous dans cinq jours, là où tout a commencé et là où tout s’achèvera…

Il lâcha Gil et évita souplement une attaque féroce de mini Aile de Corbeau. Il la frappa trois fois : au ventre, au sternum, à la gorge, juste sous l’oreille. Elle tomba, complètement paralysée mais parfaitement consciente. Rouquine subit le même sort l’instant d’après. Il s’attarda un moment près d’elle : c’était follement excitant de pouvoir la toucher sans qu’elle puisse bouger. Ses doigts glissèrent le long de sa joue, entre ses seins, sur son ventre… Il se leva à regret. Cette technique n’allait pas durer longtemps, à peine plus de cinq minutes. Il regarda Gil, qui avait attrapé sa tête entre ses mains et s’était replié sur lui-même, en position fœtale. Ezrine sourit. Il quitta la salle et se mit à compter mentalement.

Trois.
Deux.
Un…

Dans son dos, un hurlement déchirant brisa le lourd silence.


*


Gil hurlait à s’en briser les cordes vocales. Son corps agité de spasmes cognait durement le sol. Il allait mourir, c’était sûr. Comment survivre à un truc pareil ? La Silencieuse, à côté, c’était une partie de plaisir ! Il avait l’impression que ses os allaient se détacher et tomber en poussière. Il avait envie de s’arracher la peau. Et le cœur. Mais tout ce qu’il pouvait faire c’était hurler, encore, et encore. Il ne sentit pas les mains qui l’agrippèrent brusquement. Il avait plongé dans un univers de souffrance pure. Le rire fou d’Ezrine résonnait mais il était seul. Seul avec ce feu qui lui rongeait les veines. Seul avec ses peurs, décuplées par le poison.

Seul avec ses démons.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."




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Aivy Sil'Lucans
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Mer 15 Fév 2017, 00:14

« Pardonne-moi, Giliwyn… »

Pardonne-nous, oui. Ou ne nous pardonne pas, pensa Aivy tout en s’élançant dans le tas, leste comme un chat, dague au poing et couteaux près à l’appel.
C’était aussi leur combat.



***


Il ne fallait pas être diplômé de l’université impériale de Gwendalavir pour comprendre que Giliwyn SangreLune n’était pas du tout content de la situation. L’air de profond désaccord teinté de résignation sur son visage n’était pas des plus engageants. Au moins, il n’avait pas tenté de les en dissuader. Pas l’envie ? Non, pas le temps. A peine le temps de souffler, et ils étaient déjà dans le feu de l’action.

La jeune femme n’avait pas choisi son adversaire. La rousse au centre du trio s’était naturellement présentée à elle, et l’apprentie étouffa un petit rire face à ce choix. Plus haute d’une demi-tête et plus assurée, elle pensait sans doute qu’elle la dominerait facilement. A moins que ce ne fut une bête histoire de couleur de cheveux ? Aivy sourit franchement, une lueur de détermination au fond de ses prunelles couleur de nuit.

Et frappa la première, rapide comme le vent.

L’avantage de la surprise ne dura qu’une petite seconde. La rousse en face d’elle répliqua sans prévenir, dans un réflexe qui frôlait l’excellence et balaya sans plus de cérémonie la première offensive. Aivy ne se laissa pas déconcentrer, et repartit à la charge aussi rapidement qu’elle le put. Bientôt, les coups plurent de toute part, et la danse des deux femmes se mua en une tornade sanguine au cœur de laquelle chuintait le métal. L’apprentie avait confiance en sa dague, et en ses capacités. Suffisamment pour ne pas craindre les coups. Elle n’en oubliait pas pour autant que son niveau était de loin inférieur à celui de son adversaire, et que prendre ce combat comme un affrontement d’égal à égal serait sans doute sa plus grande erreur.

Une fois de plus, il lui faudrait ruser si elle voulait parvenir à ses fins. Un rapide coup d’œil en direction de ses acolytes lui indiqua que Tsukia s’était jetée sur une sorte d’armoire à glace qui la dominait de toute sa hauteur, tandis que l’Envoleur frappait contre un adversaire à sa taille mais pas moins redoutable. Le combat promettait d’être particulièrement rude. L’apprentie évita de justesse un coup de coude qui aurait pu lui déboiter l’épaule, et effectua un petit saut en arrière pour se repositionner. Ne pas perdre sa concentration, c’était la clé. La femme en face d’elle, redoutable prédatrice, eut un sourire mauvais qui lui rappela de manière fortement désagréable celui qu’Iké avait eu pour elle le jour où elle lui avait demandé de la tuer.

Les lames s’entre-choquèrent à nouveau dans un fracas assourdissant. Non loin de là, l’homme qu’ils avaient traqué jusqu’ici observait la scène d’un air avide. Qu’adviendrait-il d’eux trois s’il décidait de rentrer dans la danse ? Un adversaire à gérer en plus de ce trio infernal, ce serait sans doute impossible, et l’un d’eux finirait au tapis avant même d’avoir le temps de dire « Raï ». Véritable tourbillon de feu, l’affrontement entre les deux femmes prit soudainement une tournure inattendue au moment où Aivy, observatrice, comprit à quel point son adversaire, dans un style particulièrement félin, se reposait sur ses jambes et sur leur mobilité. Ses attaques étaient précises, chirurgicales ; ses jambes, elles, étaient la clé de tout. Il fallait frapper à cet endroit si elle voulait espérer s’en sortir.

Nouvelle pirouette. Nouvelle esquive. L’apprentie dansait sur le bout de sa lame, sans jamais détourner son regard de celui, noir de rage, de son ennemie du moment. Son inquiétude pour Gil et Tsukia était loin de s’être envolée, mais elle avait rapidement compris que son attention pourrait lui coûter la vie. Elle ne tenait pas particulièrement à se faire trancher en deux, spécifiquement ce soir qu’elle avait enfin retrouvé son amante. Et puis, elle avait un secret à découvrir.

Celui du passé de l’Envoleur.

Enfin, l’ouverture se présenta. Aivy, le bras ensanglanté d’une blessure qu’elle s’était trouvée incapable d’éviter, puisa dans ses dernières forces et sauta sur l’occasion. Le sang battant dans les tempes et le front couvert de sueur, elle profita d’une demi-seconde de relâchement de son adversaire pour se jeter entre ses jambes, postées en un écart stable, et planter sa dague bout de doigts directement dans son bas-dos, le bras arqué au possible. A l’exact endroit où Méryna avait planté la sienne en elle, quelques semaines plus tôt. La blessure était encore fraîche et, si elle ne s’était pas rouverte durant le combat, elle avait commencé à la lancer doucement… Lui insufflant l’idée mauvaise mais efficace qu’elle pourrait bien faire de même.


- Désolée… Mais c’était nécessaire. Tu ne m’aurais pas épargnée, hein ?

La femme gémit de douleur, et s’effondra à genoux dans un râle qu’elle tenta de retenir au maximum. Mue par un élan de survie pur, Aivy acheva de tout à fait enfoncer sa lame, juste avant de la retirer brutalement, créant une plaie béante par laquelle le sang s’écoula rapidement. Forte de cette même expérience à laquelle elle avait réchappé grâce au temps qu’elle avait eu et qui lui avait permis de trouver un Rêveur, la jeune femme préféra jouer la sécurité et, profitant de son avantage passager, enfonça sa lame couverte de sang une nouvelle fois dans le corps de la femme rousse.

Juste au niveau de son cou.

Son adversaire s’effondra complètement. L’apprentie déglutit difficilement, et la réalité de son geste la rattrapa brutalement : pour la première fois de sa courte existence, elle venait d’ôter une vie. Ni l’euphorie ni la sensation de puissance promises par Méryna n’arrivèrent. Juste la constatation amère de ce qu’elle venait de faire, emprunte de dégoût. Le fait qu’elle n’ait pas eu le choix la conforta à peine dans cette décision. Mais ce qui était fait était fait, et elle savait que ce scénario serait, un jour, inévitable au cœur de la voie qu’elle avait choisi. Tant qu’elle pouvait l’éviter, elle le ferait ; cette promesse résonna en elle au plus profond de son âme, tandis qu’elle essuyait sa dague contre les vêtements gris de l’autre femme rousse.

Son bras la lançait terriblement. En lui accordant l’importance qu’elle n’avait pas pu lui donner durant le combat, Aivy s’aperçut avec horreur que l’entaille était bien plus large et plus profonde qu’elle ne l’avait pensé en sentant la lame adverse entailler sa chair. L’ensemble de son avant-bras était touché et, si le sang n’était pas particulièrement abondant, cette blessure était loin d’être belle et aurait tôt fait de s’infecter si elle ne faisait rien.

*Et merde.*

A ses côtés, Tsukia avait déjà achevé son adversaire, quelques secondes auparavant. Gil, quant à lui, bondit sur son adversaire dans un ultime effort, lui envoyant son poing dans la figure sans plus de cérémonies. Aivy eut un sourire en coin en observant la scène, sa dague filant de nouveau entre ses doigts.

Ses yeux brillèrent d’un éclat argenté lorsque trois lames fines sortirent des poings de l’Envoleur.
Elle comprit instantanément.
Elle n’en avait toujours pas le nom, mais elle commençait à bien connaître ces choses…




***


- Je vais te tuer.

Le feu tapi dans le ventre d’Aivy gronda. Cet échange ne tournait pas en leur faveur. Encore moins en celle de Gil, qui se laissait entrainer par l’émotion et la manipulation clairement présente dans les paroles du dénommé Ezrine. La jeune femme, elle, avait tilté sur une information qu’elle n’avait sans doute jamais été supposée connaître.

Alors, Gil s’appelait Manaël.

L’apprentie ferma les yeux. Chassa le nom banni de ses souvenirs.

Gil s’appelait Gil.
Parce qu’il l’avait décidé.


- Elles auraient dû mourir, c’est dommage… tu aurais montré ton vrai visage. Celui que j’ai vu à Al-Far.

Aivy fronça les sourcils. Au fond de ses entrailles, le feu rugit de plus belle. Une lueur de mépris teinté d’incompréhension traversa ses prunelles. Comment pouvait-on tenir de tels propos ? Comment pouvait-on se permettre de souhaiter la mort d’une personne dans le seul but d’en traumatiser une autre ? Cet homme était décidément le pire des salauds. Vouloir la mort de Gil était compréhensible d’une certaine manière, mais il fallait reconnaître qu’à ce point, c’était de l’acharnement pur et simple.

Et puis, elle n’aimait pas que l’on décide à sa place.
C’était pour cela qu’elle avait fui Al-Vor, après tout.

Et puis, un rire fendit l’atmosphère. Diabolique, inattendu.
Tout se joua en une poignée de secondes.

Le couteau vola vers Tsukia. Aivy courut pour s’interposer.


Trop tard.

Gil l’avait déjà pris en plein milieu de son épaule.

La jeune femme retint son souffle. Et puis, contre toute attente face à la petitesse de l’arme, l’Envoleur vint directement à la rencontre du sol, le souffle coupé. Ezrine se fit un plaisir de lui fournir une petite explication à glacer le sang.

*Alors Gil va… ?*

Non. Il survivrait. Elle le sentait. Elle refusait de croire à une autre option. L’apprentie n’entendit pas ce que leur ennemi murmura à l’oreille de l’Envoleur ; elle ne vit qu’un geste abusif qui la fit tout à fait sortir de ses gonds. A la suite de Tsukia, elle s’élança vers leur adversaire, mue par une colère sans nom et en écho à la souffrance de Gil.

Sans avoir le temps de comprendre comment, elle se retrouva à terre. Immobile, et les yeux grands ouverts.

*Que… Tsu !*

Mais ce ne fut pas vers son amie que l’homme se dirigea. Il s’attarda un instant près d’elle, et la jeune femme frissonna de rage autant que de dégoût en comprenant qu’elle ne pourrait rien faire face à la main intrusive qui se promenait désormais le long de son corps. Son cœur s’accéléra brusquement lorsqu’il arriva au niveau de sa poitrine. La lueur au fond de ses yeux se fit moins sûre, remplacée par une appréhension qui la prit aux tripes. Il n’allait tout de même pas… ?

Non. Après un instant qui lui avait semblé une éternité, il se contenta de s’écarter, sourire aux lèvres, et de tourner les talons.
Son rire dément fut couvert par un hurlement insoutenable.

Aivy lutta de toutes ses forces, paniquée à la fois par son immobilité forcée, celle de Tsukia et la souffrance visible de Gil. Quel genre de poison lui avait-il inoculé pour le faire souffrir à ce point ?! Enfin, après quelques minutes à lutter, la jeune femme sentit ses membres se décongestionner doucement. Elle n’attendit pas de s’assurer d’avoir recouvré la totalité de ses moyens et sauta sur ses jambes, ignorant la douleur de plus en plus lancinante qui sortait de son bras droit. Elle se précipita vers Tsu, qui se libérait de l’emprise de la technique à son tour, puis vers l’Envoleur, auprès duquel elle s’assit.


- Gil ? GIL ! Tu m’entends ?!

La seule réponse qu’elle obtint fut un nouveau cri désespéré.

- Aide-moi !, intima-t-elle à Tsukia en passant le bras de Gil autour de son cou. Il faut trouver de l’aide !



***


Le poids de Gil sur leurs épaules était lourd, mais il fallait tenir bon. Pour lui. Pour elles. Enfin, après vingt bonnes minutes de déambulation dans le froid matinal, elles finirent par tomber sur ce qu’elles cherchaient. L’enseigne n’était pas voyante, et Aivy pria de toutes ses forces pour que la personne supposée vivre en ces murs leur réponde. Elle frappa deux fois contre le bois, le cœur au bord des lèvres.

Quand la porte s’ouvrit sur la Rêveuse, elle n’eut pas besoin de mots.

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Tsukia Til'Werin
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Mer 15 Fév 2017, 02:04

''Je ne peut qu'atténuer les souffrances.''

La phrase résonna dans le crâne de l'apprentie longtemps après que la rêveuse ne l'ais prononcer...

...Et elle agit aussitôt.


Viens Aivy, on dégage... Toi, la rêveuse, merci pour la consultation, maintenant assomme le s'il-te-plait, sinon ce seras plus douloureux pour lui...

...On vas voir un vieil ami... Et je ne suis pas sûr qu'il apprécie.


Autant Gil pourrait ne pas apprécier l'homme, autant lui pouvait ne pas apprécier l'envoleur... C'était un grand risque, mais si quelqu'un pouvait trouver un moyen miracle de redonner sa tête à l'envoleur...

...Ce vieux fou était bien le seul auquel elle pensait, se dit-elle en chargeant, avec Aivy, le corps inconscient de Gil dans une petite charrette.


Ça nous prendras deux ou trois jours, on pourras pas utiliser la charrette à la fin, trop dense pour ça, vas falloir finir à pieds...

...Aucune charrette ne pourrait passer dans la jungle d'Hulm...


A silver mane adorns him,
his steel is fluid and fast,
They shun his ways,
Avoid his gaze,
A fugitive outcast...

There is no pain he can feel,
True retribution he deals,
Through silver and steel...

...Silver and steel.

La jungle pointe déjà son nez, au final ça nous auras pris que un jour et demi, à se relayer pour dormir, pour atteindre la lisière de celle-ci.

Maintenant il nous faut porter Gil... Encore heureux qu'il nous restent de l’élixir qui le garde K.O. parce que s'il gueulait en plus, on seraient mal, me dis-je en lui donnant sa dose puisqu'il recommence à trembler et à gémir.

Tu m’assommeras pour t'avoir garder inconscient plus tards... Ou tu m'embrasseras... Pour l'instant, que tu veuille me tuer ou m'embrasser, il faut simplement que je te sauve la vie, mon vieux, parce que tu ne dureras pas longtemps avec cette douleur...

Je le soulève avec l'aide de Vy et on commence notre chemin... À ce rythme de tortue, on en as pour plus d'une journée... Et j'aime pas l'idée de marcher ici dans le noir... Mais bon, je connais un endroit à peu près sûr qu'on atteindras ce soir, on y passeras la nuit en montant la garde chacune notre tour et on devrais arriver à notre destination demain dans l'après midi, ou tôt en soirée...

J'espère qu'il n'as pas bouger...


He bears no love for counts or kings,
Or nobles' taunts and tricks...

He has no will to share their thrill,
For tiresome politics...

Bon, la nuit s'est passé sans problèmes, on as réussis à faire notre chemin sans tomber sur un tigre ou autre créature, ce qui est un vrai miracle... On as toutes deux chauds et on transpirent, mais bon... Au moins Gil gueule pas, même s'il ne reste plus de son médoc depuis qu'on as utiliser la dernière dose il y as quinze minutes... Aivy ne m'as pas encore demander où on vas, dans tout ce bazar... Je me demande cependant un instant si je me suis perdue, j'espère vraiment que non...

La réponse me parvient sous forme de secours.

Parce que notre chance est à bout.

Parce qu'un tigre vient de nous sauter dessus pour nous bouffer alors qu'on est pas en état de nous défendre.

Parce qu'il s'est fait tranché net dans les airs...

...Parce que l'homme me fixe un instant, grogne, puis s'enfonce dans la jungle le tigre sur les épaules...

Et on le suit...

On as enfin trouver l'antre de mon ami...


Born underground,
Suckled from a teat of stone.

Raised in the dark,
The safety of our mountain home.

Skin made of iron,
Steel in our bones...

Dig and dig makes us free,
Come on brothers sing with me..!

Et j'peux savoir pourquoi je me retrouve avec un connard de lune, une frontalière barge et une rouquine sous mon toit..?

J'ai besoin que tu ausculte mon ami, il as été empoisonner avec un truc fait spécialement pour lui, on as pas de remèdes et---

Oh la ferme...

Je me tais, quand Dil'Duran parle, c'est dans l’intérêt de tous d'écouter...

Le bain est dans la salle là, juste derrière, il est bien assez grand pour vous deux, vous pourrez lavez vos vêtements dans la bassine prévue pour ça dans le coin, maintenant allez-y et ficher moi la paix...

Allez bon sang de raï pourri, j'ai pas la journée..!


J'attrape la main d'Aivy et m’exécute, laissant un petit baiser sur la joue du forgeron au passage... Et dire que je lui avait promis de ne jamais me repointer...

Dil'Duran

Le vieil homme se passa une main dans la barbe en observant l'homme, dans les vapes, étaler sur sa table de travail... Bon ben fallait s'y mettre, se dit-il en lui retirant son haut puis en examinant la blessure...

Vilaine, elle avait été traitée par un rêveur assez doué, mais on voyais encore le poison en dessous, qui faisait une genre de cloque.

Le vieil homme grimaça en perçant la dite cloque d'une lame qu'il avait fait le matin même... Un liquide verdâtre en sortie immédiatement, ainsi qu'une odeur nauséabonde.


Bon sang, louveteau, t'y es pas aller de main morte..!

Ce truc pourrais tuer un ours élastique avec son odeur..!

J'espère que tu sais que tu n'aurais eu aucune chance d'être soigner sans ces deux là, hein..?


Le silence de l'envoleur, toujours dans les pommes, fit soupirer l'homme, qui souriait pourtant.

Tu t'es trouvé une meute, en fin de compte, Sangrelune...

Le forgeron ne perdit pas un instant pour recueillir un peu du liquide vert sur une plaquette de métal et l'étudier de prêt... Puis de se mettre à mêler des herbes de toute sorte sur le côté.

Ça ne le guérirait pas, pas encore, mais ça lui enlèverais la douleur sans le rendre légume. Ironique, se dit-il... La concoction avait comme principal ingrédient l'Arnémal... Un poison visqueux et vicieux qu'il avait découvert durant ces années dans le coin.

Presque personne ne le connaissait et pour cause...

...Ce poison provenait d'une plante qui ne poussait qu'au coeur même de la jungle d'Hulm.


Born underground,
Grown inside a rocky womb.

The earth is our cradle,
The mountain shall become our tomb.

Face us on the battlefield,
You will meet your doom...

We do not fear what lies beneath,
We can never dig too deep..!

Tient, se dit l'homme, l’échalote se réveillait.

Les filles s'étaient couchées sans bronché, toute deux épuisées du voyage, et elles dormirais sûrement encore un moment...

...Il avait donc le temps de lui parler d'homme à homme...


Bouge pas, face de trognon de pomme, t'es salement amo-- Ben voilà, c'est ça qui arrive quand on suis pas les conseils..!

Le frontalier soupira en se levant de sa chaise et en posant sa choppe pour venir étudié la blessure qui s'était rouverte, puis la refermée en calmant son patient d'un petit coup dans le ventre qui suffisait à dire ''pas bouger'' avec un fil résistant et terminer les sutures.

L'homme fixait les alentours, le regard un peu vide... Pas étonnant avec cette cochonnerie que les rêveurs l'avait fait ingérer pour le garder K.O.

Il resta ainsi un instant puis recommença à bouger, cette fois le forgeron l'aida à s'asseoir et lui tendit une assiette de nourriture que l'homme enfourna sans bronché.

Forcément après trois jours de coma, un repas sur feu de bois, c'était très apprécié.

L'hôte laissa l'envoleur terminer, puis pris l'assiette pour la laver immédiatement sans un mot... Et revint à son malade qui tentait ENCORE de bouger.

Trop d'énergie ce jeune. Il voulait bouger..? Très bien, alors qu'il vienne bouger..!


Très bien alors, lève toi, non vraiment, ne m'écoute pas, cabochard, de toute façon ça tombe bien que tu ais la tête aussi dure que ce sale gosse de Syles, j'ai besoin d'un assistant pour réparer et améliorer tes griffes...

Tu casse, tu aide, alors viens par là et ne ronchonne pas.


Trop demander, apparemment, de pas ronchonner. Et l'heure suivante fut passée à lui taper sur les doigts quand il ne surveillait pas assez bien la forge... Il voulait bouger, alors il travaillerait, et c'était ça, ici, travailler, chauffe le métal, juste assez, pas trop, sinon sbam le coup sur l'épaule sans douceur pour t'apprendre.

Au bout de trois quarts d'heure, il obtint enfin une barre de bonne température que l'homme s'empressa de commencer à façonner... En envoyant le blessé chercher un autre morceau de métal à chauffer aussi.

L'homme ne ronchonnait plus. Probablement parce qu'il comprenait qu'il devait à Dil'Duran d'être lucide, probablement aussi parce que bouger aidait à faire circuler le produit qui l’empêchait de perdre la tête de douleur dans son sang, rendant le tout plus agréable qu'à la norme.

Tsukia et Aivy, encore à moitié endormies, entrèrent dans l'atelier au moment même où les deux hommes passaient à la trempe, plongeant une lame dans le mélange unique d'eau, d'huile et de bière de Dil'duran.

Cela dit, l'envoleur arrêta bientôt son travail dans un grognement tout à fait charactéristique de la méthode Dil'Duran car il se bouffa une boule de Hamster en plein torse...

Le frontalier déposa la lame, parfaite, sur son établi pour continuer plus tard, s'essuya les mains sur un chiffon, et pris ensuite la parole.


Bien, alors qui veux déjeuner..?

Tsukia

Je me réveille de mon sommeil agité et ouvre les yeux en même temps que ma boule d'Aivy, dans mes bras, fait de même.

On se fixent un instant comme ça... Ça faisait tellement longtemps qu'on avaient pas eu le temps de juste relaxer ensemble que ce bain et cette nuit, c'était tout simplement... Magique.

Quand j'entre dans la forge je ne me retiens pas et je saute carrément sur Gil pour un câlin surprise... Je savais bien que mon vieil ami nous le ramènerait!


Bien, alors qui veux déjeuner..?

Mon ventre gronde malgré moi et mon vieil ami ris un instant en se dirigeant en cuisine.

Au fait Dil'Duran...

...Merci...


... Ne me remercie pas encore, il n'est pas encore sauf, seulement hors de danger de la folie douloureuse.

Maintenant venez bouffer, faut manger pour prendre des forces.


On ne bronches pas, grognent pas, on suis tous...

Qui sais, peut-être qu'on pourras parler à table.

J'en profite quand même pour souffler un mot à Gil.


Tu te sens comment..?

HRP:
 

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Giliwyn SangreLune
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Greffe: Aiguilles jaillissant du dos de ses poignets, d'une dizaine de centimètres de long
Signe particulier: Son prénom est celui de son père, son nom de famille celui de sa mère. Yeux vairons.

MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Mer 22 Fév 2017, 22:13

Noga sortit de son Rêve et, les sourcils froncés, contempla l’homme étendu devant elle. Son expérience n’était plus à prouver depuis longtemps. Une vie de réussites, d’échecs aussi, de mystères résolus et de découverte du Rêve… pour ça ? Pour qu’un liquide inconnu, associé au sang de cet homme, l’empêche de soigner une blessure banale ? Non, pas si banale puisqu’elle avait identifié celle d’une lame. Et lui, il n’était pas ordinaire non plus, elle l’avait senti dans ses poignets. Guère plus que les deux filles qui attendaient, mortifiées, persuadées qu’il allait se passer quelque chose. L’espoir donne tellement de couleurs à ce monde. Noga soupira.

- Je ne peux qu’atténuer les souffrances, déclara-t-elle en passant doucement la main dans les cheveux trempés de son patient.

Il était arrivé en hurlant. Jamais encore elle n’avait vu cela auparavant ; une souffrance brute, sans nom, sans but. Le poison ne semblait pas destiné à tuer, ce qui le rendait plus redoutable encore, mais Noga savait que, s’il continuait à souffrir de la sorte, cet homme allait finir par mourir : son cœur allait lâcher, ou bien sa raison. La folie le guettait à coup sûr. Elle avait pourtant rêvé pour lui toute la journée, laissant Maren, sa fille, s’occuper des patients qui étaient venus la consulter. Avouer son impuissance lui laissait le goût amer de la défaite, et elle ne put s’empêcher de baigner le front du blessé d’une huile qui, dans sa tourmente, l’apaiserait un peu. Elle donna ensuite à l’une des deux filles, celle aux cheveux de feu, un peu pâle, qui ne disait pas grand-chose, un petit flacon dans lequel elle avait recueilli une décoction qui devait servir à repousser la douleur de leur ami. C’était tout ce qu’elle pouvait faire et c’était si peu…

Viens Aivy, on dégage... dit soudain la fille aux cheveux noirs. Toi, la rêveuse, merci pour la consultation, maintenant assomme le s'il-te-plait, sinon ce seras plus douloureux pour lui...

Noga crut d’abord qu’elle avait mal entendu mais, en croisant le regard enflammé de cette étonnante jeune femme, elle comprit que non : on lui demandait bel et bien d’assommer son patient. C’était inédit, preuve qu’en une seule vie elle ne pourrait jamais arriver au bout de ses surprises.

...On vas voir un vieil ami... Et je ne suis pas sûr qu'il apprécie.


*


Cette maison…

Gil s’arrêta au milieu du champ de blé dont les épis arrivaient à peine à la hauteur de ses genoux. Un vent tiède lui caressa la joue et agita la rangée de peupliers qui se dressait devant lui, dans un bruissement de feuilles qui l’incita à poursuivre sa route. Il avança encore, poussé par l’incertitude ou plutôt, la peur d’être certain… Certain de reconnaître cet endroit. Il s’arrêta de nouveau, sous les arbres cette fois, et contempla la maison qu’un rayon de soleil baignait dans une lumière étrange. Le temps était orageux. Le cœur de Gil aussi. Cette maison avait été bâtie par des mains sûres et aimantes, celles-là même qui l’avaient bercé, autrefois, lorsqu’il ne parvenait pas à s’endormir, et soigné quand il s’était écorché un genou en tombant dans l’allée. Cette maison, il en était sûr à présent, c’était celle de ses parents.

- Manaël !

Il sursauta vivement, comme si une abeille venait de le piquer sournoisement, et se retourna pour découvrir un petit garçon de sept ou huit ans courir à toute allure sur le chemin. Il slaloma entre les arbres et dépassa Gil sans lui accorder un seul regard. Il ne pouvait pas le voir, et Gil en fut soulagé, quelque part : vous feriez quoi vous, si tout d’un coup, vous tombiez sur votre double plus âgé ? Bien plus âgé, songea-t-il en réalisant que trente ans le séparaient de ce petit bonhomme qu’il avait été. J’étais plus mignon, à l’époque. Il secoua la tête, incrédule, et suivit le petit garçon qui atteignit la maison et, en nage, posa la main sur le mur de pierre.

- Gagné ! C’est pas moi qui fais la vaisselle ce soir !

Gil sourit. Petit malin. Il s’appuya contre le mur, les bras croisés sur la poitrine, appréciant l’idée que Manaël ne pouvait pas le voir et s’interrogeant sur ce drôle de rêve qu’il était en train de faire. D’habitude, lorsqu’il rêvait de son passé, c’était toujours au pire moment, lorsque Giliwyn, blessé à mort, lui criait d’aller trouver les Marchombres… Pourquoi n’avait-il encore jamais rêvé de cet instant, de ce jeu contre la vaisselle, de ce jour de soleil entre deux nuages noirs ? C’était quand même plus agréable ! Amusé, il regarda le petit garçon essuyer son front en sueur et tenter de reprendre son souffle pour avoir l’air tout à fait normal lorsque ses parents le rejoindraient. Il se souvenait, à présent, de ce défi qui lui avait donné tellement de fil à retordre : surpasser les capacités de ses parents. Ne pas être essoufflé après une course, ne pas faire de bruit en entrant dans la maison, jongler avec les couverts, tout connaître de ce monde…

- T’épuise pas, dit-il en sachant pertinemment que l’enfant ne pouvait pas l’entendre, c’est inutile. Elle, c’est une envoleuse, et lui…

Il se tut en découvrant Giliwyn. Le marchombre remontait l’allée d’un pas tranquille aux côtés de la lumineuse, la flamboyante Sinéad. Une idée folle, terrible, lui traversa l’esprit : s’il le tuait ici, maintenant, Ezrine ne naîtrait jamais et personne ne le menacerait dans son futur, n’est-ce pas ? Le ciel s’assombrit, le tonnerre roula au loin, grondement sourd dont l’écho le fit trembler. T’épuise pas, c’est inutile, songea-t-il en répétant les mots qu’il avait prononcés à l’intention du petit garçon. Il était dans un rêve. On peut soigner dans un rêve, mais pas tuer.

- Voilà qui est bien raisonné ! Depuis quand tu réfléchis avec ta caboche, Cabochard ?

Oh non, pitié… !

Gil ferma les yeux dans l’espoir qu’en les rouvrant il se réveillerait pour de bon. Mais non. Alors il se retourna et dévisagea son double – son double adulte, cette fois – avec circonspection.

- Qu’est-ce que tu fiches ici ?
- La question est plutôt : qu’est-ce que toi, tu fiches ici ?
- Très drôle, mon vieux, mais c’est mon rêve. Dégage.
- T’es sûr que c’est pas le mien ?
- Ouais.
- Bon. Tant pis. A un de ces quatre, alors.


L’autre Gil se détourna et, les mains dans les poches, commença à s’éloigner. Enfer de bordel de…

- Attends !
- Mmh ?


Gil leva les yeux au ciel et rejoignit son double. Ce rêve était vraiment sans queue ni tête. Qu’est-ce qu’il avait bu cette fois, hein ? J’ai encore piqué sa tasse à Hièlstan ?

- Non, mais c’est pas mieux. Encore que…
- Que ?
- C’est pas plus mal que tu soies ici, en fait. Dans la réalité tu es en train de passer un sale quart d’heure.
- Ma vie entière est un sale quart d’heure…
- Hahaha ! C’est vrai, oui.


Ils marchaient en silence, à présent. Gil réfléchissait. La dernière fois qu’il avait eu ce genre de conversation avec lui-même, il se trouvait à… Al-Far. Et dans les vapes. Libertée lui avait fracassé le crâne avec une porte. Un sale quart d’heure, hein…

- Je crois que j’aimerai bien claquer, pour une fois. Ce serait quand même plus reposant que vivre dans cet enfer, non ?
- Sans doute, ouais. En même temps, c’est pas le choix le plus courageux que tu pourrais faire.
- Tu oublies que nous, on est lâches.
- On l’est ? Vraiment ?


Non mais c’était plus facile de le croire.

- Crois ce que tu veux, ça ne changera rien…
- Tu veux bien arrêter de lire dans mes foutues pensées ?
- Je suis dans tes pensées, merde, comment tu veux que je fasse autrement ?


Je m’épuise. Bon sang ce que je m’épuise.

- Alors dis-moi, Ô double de Moi, ce que je suis sensé faire à présent.
- Cueillir une pâquerette, la glisser entre tes dents, faire le poirier et réciter un poème à l’envers.
- Toi, t’as bu toute l’herbe du Rêveur.
- Haha !


Cette conversation ne menait à rien, évidemment… Ils atteignirent le sommet d’une butte herbeuse et Gil se retourna. La petite maison, en contrebas, lui semblait bien plus paisible que dans ses souvenirs. Un filet de fumée dansait en s’échappant de la cheminée. Il sourit.

- Au fond, tu aimes la vie, hein…
- Ça dépend. La mienne est trop bousillée pour que je l’apprécie vraiment.
- T’as la poisse, c’est vrai. Mais t’as aussi de la chance, en fait.


Gil s’étrangla – et ce n’était pas une feinte.

- Pardon ?
- Tu passes ton temps à narguer la mort ! Sérieusement, j’ai jamais vu un type pareil. Toujours en train de nager dans les emmerdes et de s’en sortir d’une façon improbable. T’as de la chance, mon vieux, c’est tout. De la chance et des amis sur qui tu peux compter.
- Des amis…


Le regard de Gil devint vague. Il était en train de chercher à se souvenir de la réalité. C’était aussi difficile que d’essayer de rattraper un rêve lorsqu’on vient d’émerger du soleil et qu’on le sent glisser entre ses doigts ! Mais…

- Tsukia !


*


- Tsukia !

Gil ouvrit les yeux dans un grand sursaut et, comme il s’y était plus ou moins attendu, il ne reconnut pas du tout l’endroit où il se trouvait. Son cœur battait la chamade. Il respirait par saccades. Désemparé, il fit un rapide inventaire de sa personne, remarquant qu’il était entier – déjà ça – mais qu’il avait l’air d’être passé sous un troupeau de chevaux sauvages. Haha, sans rire. Il avait mal partout. Des crampes monumentales. Il n’en avait pas connu de telles depuis sa formation avec Seren. Son regard s’accoutuma enfin à la semi-obscurité de la pièce et il distingua des étagères jonchées de toutes sortes de choses. Des chopes d’étain, des gobelets de fer et… des armes. Partout. Qu’est-ce que… Gil remua, banda ses muscles qui protestèrent vivement, se redressa.

Bouge pas, face de trognon de pomme, t'es salement amo-- Ben voilà, c'est ça qui arrive quand on suis pas les conseils..!

Gil baissa les yeux et – aah, ouais… Il avait une plaie au niveau de l’épaule qui venait de se rouvrir. Ben quoi, ce n’était pas si… Oooh, j’ai la tête qui tourne… Sonné, Gil ne résista pas à la main qui le fit se rallonger. Il laissa Dil’Duran, ce vieux fou, refaire le pansement et regarda tout autour de lui : oui, c’est ça, il se trouvait dans la forge de ce vieillard complètement timbré. Merveilleux. Il fronça les sourcils. Est-ce que Syles avait quelque chose à voir avec tout ça ? Tsukia ! Et Aivy ! Il repoussa la main du forgeron pour se redresser – encore.

Très bien alors, lève toi, non vraiment, ne m'écoute pas, cabochard, de toute façon ça tombe bien que tu ais la tête aussi dure que ce sale gosse de Syles, j'ai besoin d'un assistant pour réparer et améliorer tes griffes... Tu casse, tu aide, alors viens par là et ne ronchonne pas.

Gil cligna des yeux. Et puis, sans rien dire, il se leva et suivit Dil’Duran.
Sans se poser de questions.


*


Il essuya son front en sueur et contempla l’acier qui venait de prendre forme, après une heure de travail acharné. Il était content de lui. Ses doigts fourmillaient, moins à cause de leur sollicitation pour ce rude travail que parce que Dil’Duran avait passé son temps à lui taper dessus ; le forgeron avait sa façon bien à lui de transmettre son art, c’était indéniable ! Mais c’était efficace. Gil avait appris beaucoup en une heure. Il secoua la tête. Drôle de vie, quand même. Il frôlait la mort, rêvait de son passé, conversait avec lui-même, se réveillait à des lieues de l’endroit où il s’était endormi, jouait au forgeron… Ma vie est bousillée mais c’est vrai qu’elle a ses bons côtés ! Il se redressa, ôta ses gants, s’apprêta à prononcer quelques paroles à l’intention de son nouveau maître… grogna lorsqu’une boule de Tsukia lui rentra dedans avec force. Il serait tombé si Dil’Duran n’avait pas tendu un bras pour le rattraper. Salut gamine. Content de te revoir. Il ne dit rien, il n’avait plus d’air dans les poumons de toute façon, à cause d’elle, et puis elle lui faisait un mal de chien à le serrer comme ça, mais tant pis. Tout en serrant Tsukia contre lui, Gil leva la tête et croisa le regard d’Aivy. Salut Rouquine. Il grimaça un sourire. Content de te revoir aussi.

- Bien, alors, qui veut déjeuner ?

Moi. Enfin c’était un peu étrange parce qu’il avait faim sans avoir faim : son corps réclamait quelque chose que son esprit avait du mal à percevoir. Il fronça les sourcils, chercha à comprendre… Frotta machinalement son épaule, se rappela le poignard enduit de poison, la douleur qui lui avait décollé les neurones, frissonna. C’était toujours là. Il le sentait. Mais il n’avait plus si mal, c’était déjà ça.

- Tu te sens comment.. ?

Gil émergea de ses pensées pour croiser le regard sombre et inquiet de Tsukia. Il n’aimait pas la voir aussi sérieuse. Ça lui allait bien mais moins que la folie qui la caractérisait habituellement. Dans un sourire un peu crispé, il ferma le poing et le cogna tout doucement contre la mâchoire de la jeune femme.

- Prêt à te botter les fesses, bien sûr. Tu crois que je n’ai pas vu ton combat ? T’as laissé tellement d’ouvertures qu’on aurait dit une passoire…

Dil’Duran, déjà armé d’une poêle, eut un sourire fugace. Tiens, tiens… voilà que le louveteau se mettait à jouer les guides. C’était pas plus mal, ça lui donnait un but. Il n’avait besoin de rien d’autre pour survivre. Un but, et une meute…

- Allez, jolie roussette, casse-moi ces œufs dans un bol et mélange un peu de bière avec. Discute pas ! C’est une recette de famille !

Gil rassura Aivy d’un clin d’œil amusé. Te pose pas de questions, Rouquine…

...c’est Dil’Duran !



*


Assis sur les marches du perron, Gil enfila ses mitaines et plia les poings. Tchac ! Les lames jaillirent, étincelèrent dans un rayon de soleil, disparurent en un clin d’œil. Il soupira. Derrière lui, la porte s’ouvrit puis se referma.

- Quand un homme rumine c’est pas bon signe.

Gil hocha la tête mais demeura silencieux, alors Dil’Duran descendit les marches et s’assit à sa droite. Il tenait une bouteille à la main, qu’il tendit à l’Envoleur. Celui-ci la prit machinalement, but directement au goulot et s’étrangla.

- Qu’est-ce que… c’est que… ce truc ?! s’exclama-t-il entre deux quintes de toux.
- Bière perso. Nouvelle recette.

Le forgeron lui tapota le dos, tout content, et récupéra sa bouteille pour s’enfiler une bonne rasade qui ne lui fit ni chaud, ni froid.

- C’est ignoble.
- Ouais, hein ? Un peu comme cette saloperie qui coule dans tes veines.


Gil acquiesça de bonne grâce. Le poison se diluait d’heure en heure, détruit par celui que Dil’Duran avait introduit dans son organisme. De temps en temps, une vive douleur le faisait tressaillir, mais au moins il ne hurlait plus comme un débile… Il avait mal à la gorge et sa voix était enrouée, preuve qu’il avait vraiment douillé. Il ne se souvenait de rien. Comment… comment les filles l’avaient-elles emmené jusqu’ici ? Il ne leur avait pas posé la question. Il était simplement soulagé qu’elles s’en soient sorties indemnes. Libertée ne lui aurait jamais pardonné si elles avaient été blessé d’une quelconque manière… Il soupira. Lib ne lui pardonnait plus grand-chose.

- Est-ce que…
- Nan.
- Hein ? Mais j’ai pas encore posé ma question !
- C’est non quand même, loup stupide et dégénéré.


Gil dévisagea Dil’Duran, qui buvait tranquillement en regardant les enjôleuses qui gardaient son domaine.

- Tu veux que les nénettes restent ici pendant que tu joues les héros, la réponse est non. Elles sont capables de te suivre où tu comptes aller.
- Elles ne peuvent pas m’accompagner. C’est une histoire qui ne regarde que moi.
- Ben voyons ! Et comment tu feras quand tu seras mort ?
- Je sais pas. Je serai mort, on s’en fiche un peu, non ?


Vlan ! Coup de bouteille sur le crâne. Pas assez fort pour briser le verre mais suffisamment costaud pour que Gil se tienne la tête en jurant comme un charretier.

- Loup stupide, dégénéré et abruti !
- Ça fait mal, bordel !
- Tant mieux ! C’est que t’es toujours vivant !
- Aaaaïe…
- SangreLune, des fois qu’il te resterait un ou deux neurones encore en état de marche, arrête de te comporter comme un solitaire, bon sang, et réfléchis deux minutes : sans ta meute, tu serais là, aujourd’hui ?


Non, reconnut Gil. Il serait mort depuis longtemps. Mais…

- Tsukia est une sale gosse. Pire que Syles et pourtant, t’es bien placé pour savoir que c’est une sacrée performance. Mais je l’avais encore jamais vue s’inquiéter à ce point pour quelqu’un d’autre. Ou bien alors si ça lui est déjà arrivé, elle ne l’a jamais montré. Elle, c’était une solitaire aussi. Et puis regarde, elle s’est trouvée une roussette. Qui s’est inquiétée aussi.

D’accord, mais…

- Elles te lâcheront pas. Fais ce que tu veux, enchaîne-les, abandonne-les, elles te retrouveront quand même. Pires que des sangsues ! A mon avis tu te fatigueras moins à les emmener avec toi.
- Et s’il leur arrive quelque chose ?
- C’est la vie. La leur, pas la tienne.


Dil’Duran but une gorgée de son infâme boisson.

- On passe déjà tout notre temps à faire de notre mieux avec celle qu’on a, alors gérer celle des autres, tu sais…

Le silence les enveloppa. Relatif, dans cette jungle qui fourmillait de vie et de bruits. Au bout d’un moment, le forgeron sourit.

- Elle en pince un tantinet pour toi, la gamine…

Le regard de Gil s’assombrit. Il savait bien, mais il ignorait comment lui faire comprendre que ce genre de relation était tout simplement impossible. Mieux valait qu’elle s’occupe de Rouquine, ne serait-ce parce qu’Aivy, au moins, ne risquait sans doute pas de lui briser le cœur !

- Comment savoir si les choix que nous faisons sont réellement les bons ?
- Hein ?
- Au final, rien ne prouve que nous ne nous fourrons pas le doigt dans l’œil à chaque fois… J’en ai marre de risquer sans cesse la vie des autres pour essayer de sauver la mienne. Et marre de devoir choisir entre le blanc et le noir. C’est nul comme idée, ça. La vie, c’est pas moins qu’un camaïeu de gris.
- Joli. J’ai pas tout compris mais c’est joli.


Dil’Duran observa pensivement sa bouteille. Il se demandait ce qui pouvait être à l’origine d’un tel manque de confiance en soi. Le louveteau n’était pas un débutant mais il donnait sans cesse l’impression d’hésiter, comme si… Comme si personne n’avait été là pour lui tenir la main et le guider. Le rassurer. C’était un peu triste.

- J’ai pas tout compris non plus de c’qui t’arrive, loupiot. Mais je suis sûr d’une chose : quel que soit ce choix fatidique dont tu causes, ce sera le bon. Grogne pas, range tes crocs mon bonhomme, je te le dis comme je le pense ! Si tu réfléchis trop tu vas finir par t’embrouiller les neurones. Vu ce qui te reste, c’est pas bon. Alors fonce. Et défonce tout. Compris ?

Fonce et défonce tout ? Gil ouvrit la bouche, prêt à dénigrer ce principe complètement délirant… et puis renonça. L’idée faisait son bout de chemin, mine de rien. Fonce et défonce tout. Ouais, ça je peux le faire.

Je peux le faire.



*


Les chevaux qui avaient tiré la charrette jusque chez Dil’Duran n’étaient pas taillés pour la vitesse et, de toute façon, l’un d’entre eux devrait supporter le poids de deux cavaliers. Deux cavalières, rectifia Gil en regardant les filles ajuster l’équipement de leur monture. Il soupira. Il ne serait jamais à temps au rendez-vous fixé par Ezrine. Il avait cessé de s’inquiéter depuis que le vieux schnoque l’avait vexé en lui disant qu’il avait des airs de jeune premier en partance pour un rendez-vous galant, mais… Il demeurait sur le qui-vive. De ce qu’il avait pu voir, Ezrine était prêt à tout pour lui faire payer sa propre souffrance. Il avait détruit sa maison, menacé sa compagne et son enfant le jour même de sa naissance, égorgé Iselle, et failli le tuer une demi-douzaine de fois au moins… Qu’allait-il encore inventer en réalisant que Gil n’était pas là ? Sous ses doigts le cheval frémit, énervé par la perspective du départ, et l’Envoleur secoua la tête pour dissiper ses pensées. Pas réfléchir. Foncer et tout défoncer. Dil’Duran avait accepté de garder la charrette. Il lui trouverait bien une utilité, même sans attelage. Le forgeron se tenait non loin de là, appuyé contre le tronc noueux d’un arbre.

- La plupart de mes pièges sont désactivés mais la jungle reste la jungle, rappela-t-il.

Gil hocha la tête. Ils allaient d’abord devoir sortir de la jungle d’Hulm, puis passer de l’autre côté des montagnes de l’Est, franchir le Gour puis le Pollimage, et enfin longer les plateaux d’Astariul pour atteindre la plaine de Shâal. Là où tout a commencé et où tout finira.

- C’est parti, marmonna-t-il en se juchant sur le dos de son cheval.

La première partie du voyage se déroula sans encombre. Gil se débarrassa d’une Enjôleuse d’Hulm en décochant quelques aiguilles et remarqua le regard pénétrant d’Aivy ; Liberté leur avait-elle déjà parlé de la greffe ? Nul doute que les deux filles avaient des questions au bord des lèvres, mais ce n’était pas le moment de discuter. Ils firent une halte à la lisière de la jungle, davantage pour ménager leurs montures que pour se repose eux-mêmes, en dépit de la fatigue qui pesait sur Gil et le rendait incroyablement ronchon. La nuit arriva sans qu’il ait lâché plus de cinq mots au total. Ils ne montèrent pas de camp mais firent une halte plus conséquente, à mi-hauteur d’un col battu par les vents ; ils mangèrent une partie de la nourriture que Dil’Duran avait empaquetée pour eux, Gil se contentant de grignoter à cause de son faible appétit, puis l’Envoleur laissa les filles se reposer une petite demi-heure. Lui, il somnola un peu sur le dos de son cheval lorsqu’ils reprirent la route, mais ce fut tout. Son corps était trop raide pour ce genre de sport et sa tête trop pleine de nœuds pour qu’il puisse dormir paisiblement. Il fallait pourtant qu’il s’économise. Au petit jour, tandis qu’ils descendaient sur l’autre versant du col, ils s’arrêtèrent à l’abri d’une combe et cette fois, Gil dormit deux heures sans interruption. Il ne fit aucun rêve, à son grand soulagement. Il en avait assez de se croiser, jeune ou moins jeune, et de discuter avec son double.

Plus qu’un jour avant de retrouver Ezrine. Malgré leur rythme, ils allaient être en retard. Gil se demandait surtout comment cette histoire allait se terminer. Il n’avait pas parlé du motif de son choix à Dil’Duran, même si celui-ci semblait avoir deviné le fond de la chose, comme d’habitude… Il n’avait pas dit aux filles qu’il hésitait encore. Tuer son propre frère ? Un membre de sa famille ? Il pensait l’avoir déjà fait par le passé et, quoi qu’il en dise, cela avait été terrible. Toutes ces années passées à se croire lâche, à penser qu’il avait laissé son propre père mourir… A présent, il songeait qu’il aurait mieux valu que ce soit le cas. Et ce genre d’idée n’arrangeait pas les choses, loin de là. Il se sentait monstrueux. D’ordinaire, c’était un fait qui ne le dérangeait pas tellement – c’était même idéal pour justifier d’horribles actions. Là, ça le rongeait. Il ne parvenait pas à faire la part des choses. Son père était en vie mais il allait devoir le tuer. Son frère voulait sa peau, donc il fallait l’éliminer aussi. Et pourquoi pas Lib, tant qu’on y était ? Et Suviyo ? Comment lui reprocher d’avoir choisi le Chaos avec une vie pareille ! Une vie bousillée, une vie qui ne menait à rien. Dil’Duran avait raison en soulignant que sans ses amis, il ne serait pas arrivé jusqu’ici. Mais il se trompait en croyant que c’était suffisant pour que tout s’arrange. Admettons qu’il parvienne à se débarrasser de cette terrible menace qui pesait sur lui ; que ferait-il ensuite ? Lib l’avait abandonné. Il n’était pas certain de revoir Suviyo un jour. Il ignorait où se trouvaient Naïs et Makeno. Ne se sentait pas la force de revenir au Domaine pour hériter d’un nouvel élève.

Pourtant… Pourtant, à une ou deux reprises, presque machinalement, il grogna lorsque Tsukia commettait un impair et formula ce qui pouvait passer pour un conseil à l’attention d’Aivy. Il rectifia leurs erreurs quand elles harnachèrent leur monture et leur fit découvrir une variété de baies qui était comestible et fichtrement nourrissante. Ça lui venait instinctivement. Quand il culpabilisait un peu trop, il se disait qu’en l’absence de Lib, c’était à lui de prendre le relais. Mais en tant que quoi ? Maître Envoleur ou maître Marchombre ? Fallait-il vraiment trancher, au bout du compte ? Il avait parfois l’impression que la frontière, entre ces deux mondes, était tellement fine qu’elle devenait invisible. Irréelle. Il n’était qu’un homme qui transmettait son expérience aux plus jeunes. Ce jour-là, ils franchirent le Gour et le Pollimage, croisèrent des commerçants et des itinérants, parcoururent une distance importante, essuyèrent trois averses, se reposèrent à l’ombre d’un vieux moulin qui tournait encore, et cette journée fut… étrange. Peu ordinaire. Hors du temps, s’il fallait vraiment la qualifier. Gil se sentit plus proche des filles qu’il ne l’avait jamais été. Il grognait un peu moins. Lorsque le soleil se coucha, scintillant sur le Pollimage dans leur dos, il réalisa que cette journée, finalement, avait été comme une parenthèse dans cette histoire infernale. D’une certaine manière, il l’avait appréciée. Mais plus ils se rapprochaient du but, plus son regard se durcit. Il profita de leur halte nocturne pour parler sérieusement à Tsukia et Aivy.

- Je vous dois beaucoup et je ne vous ai pas remercié à la hauteur de votre attitude, mais un jour, je rembourserai ma dette. Juré promis. A vous, maintenant, de me faire une promesse.

Il les sentit se raidir, Tsukia surtout, mais il ne fléchit pas.

- Jurez-moi de prendre soin de vous. Avant toute chose. Veillez l’une sur l’autre, comme l’autre jour, et restez ensemble, quoi qu’il arrive. Vous devez vous en sortir, sinon Libertée vous bottera les fesses et vous savez très bien de quoi elle est capable… Moi aussi je vous les botterai si vous rompez cette promesse. C’est important pour moi, parce que…

La voix de Gil se brisa. Il se racla la gorge et reprit d’un ton plus sûr :

- C’est important, parce que je vous aime bien. Voilà.

L’obscurité dissimula ses joues qui s’empourpraient, heureusement ! Il remua, mal à l’aise – il n’avait jamais aimé s’ouvrir de la sorte, mais c’était le moins qu’il pouvait faire avec ces deux-là. Il jeta un bref coup d’œil à Tsukia. Il espérait qu’elle n’interprète pas ses paroles n’importe comment. Dormir avec elle ne l’avait pas laissé insensible, c’était évident, et c’était une très jolie jeune femme, quoi qu’on en dise et malgré – ou peut-être grâce à ! – son foutu caractère. Mais ce qu’il ressentait pour elle, en réalité, ressemblait de façon troublante à ce qu’il avait éprouvé, et éprouvait parfois encore, lorsqu’il se trouvait en compagnie de Kaünis et de Syles. Un lien unique et inviolable, puissant et dévastateur, que seuls un maître et son élève peuvent tisser. Il repoussa vaillamment cette idée. Tsukia ferait une envoleuse extraordinaire, mais sa place était avec les Marchombres. Avec Libertée et avec Aivy. Il tendit les bras et ébouriffa d’un geste rude les cheveux des filles. Je vous aime bien, voilà – alors soyez prudentes, hein…

Ils dressèrent un petit camp de fortune dans le bois où ils avaient stoppé leur progression. Ce n’était pas raisonnable s’ils voulaient rattraper leur retard, mais ils avaient tous les trois besoin de se reposer. Gil alluma un feu et s’installa en face des filles. Deux jours. Ils avaient quitté Dil’Duran seulement deux jours plus tôt et pourtant, il lui semblait que deux semaines venaient de s’écouler. Il mangea un peu plus et parvint à chasser ses sombres pensées de son esprit, distrait par les pitreries de Tsukia. Il retrouvait en elle les facéties de Libertée, sa joie de vivre, son insouciance… du moins celle qu’elle avait dans les yeux au début de leur relation. Il n’y avait pas fait attention mais, petit à petit, cette flamme qui brillait si fort dans les nuances de rose s’était amoindrie, jusqu’à disparaître, remplacée par une autre lueur, plus terne et plus angoissée. Libertée aussi avait affronté des choix qui dépassent l’entendement. Il comprenait, à présent, à quel point elle avait dû souffrir de se sentir à la fois attirée par lui et par ce Marchombre. A quel point il représentait cette insouciance qu’elle avait perdue. Tsukia et Aivy avaient toutes les deux vécu des choses difficiles, et il leur en faisait encore voir de toutes les couleurs en les entraînant dans cette histoire. Mais l’insouciance était ce qui les caractérisait le mieux, l’une et l’autre. Ça les rendait lumineuses. Deux petites étoiles, songea-t-il. Et elles vont filer très loin.

- Prends ton katana, dit-il soudain, sans réfléchir, alors que le feu crépitait doucement.

Son regard s’était fiché dans celui de Tsukia. Il n’attendit pas sa réponse et se leva, s’éloignant de la flambée pour tirer de son fourreau la lame courte qu’il avait un jour cédé à Kaünis. Cette lame-là avait fait couler le sang d’un certain nombre de gens, mais elle avait aussi appris des tas de choses. Il la fit danser au bout de son bras. Lorsque Tsukia fut prête, il l’attaqua. Pas de piège, pas de feinte, pas de brutalité, juste de l’efficacité et de la technique ; il la cogna un peu, du bout du coude ou alors d’une tape à l’arrière du crâne lorsqu’elle se plaçait mal ou bien si elle n’écoutait pas ses conseils, mais ce n’était pas un duel. C’était un duo. Au bout d’un moment, il désarma la jeune marchombre d’un geste du poignet, et se tourna vers Aivy pour lui tendre le katana.

- A toi, maintenant.

Duo, trio…
Mais un seul et même lien.

Unique.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."




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Aivy Sil'Lucans
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Jeu 23 Fév 2017, 00:09



*Cet endroit… ?*

La maison n’était pas belle, encore moins en état d’accueillir du monde. De l’extérieur, elle ressemblait à une vieille bâtisse perdue entre une montagne de racines et un ciel invisible, à peine capable de tenir sur les quelques piliers entourés de lianes qui en reliaient la maigre architecture. Ses fenêtres, couvertes de poussière, indiquaient le désintérêt profond du propriétaire pour les tâches ménagères, et l’omniprésence des arbres autour du petit lotissement donnait l’impression qu’il allait prochainement finir dans les entrailles de la jungle – dont Aivy doutait de plus en plus qu’elle fut totalement inerte et non pas hantée par un quelconque esprit malsain. Contre toute attente, une fine nappe de fumée volait au-dessus de la cheminée, indiquant que la ruine était bel et bien habitée. En pénétrant dans la maison, le dos cassé sous le poids de Gil et Tsukia juste devant elle pour la guider, l’apprentie plissa des yeux.

Croisa ceux d’un vieil homme aux traits durs, et sentit un long frisson lui parcourir l’échine.



***


Attendre est le pire des maux, avait souvent dit sa mère. Elle-même savait quelque chose de l’attente. Dans un monde fait de batailles et d’honneur, elle s’était retrouvée condamnée au rôle de plante verte, de simple décoration murale pour la plus grande gloire de son père. Pliée par la prestance d’un homme qui n’avait plus rien à prouver, Filia Til’Illan s’était contentée de faire belle figure au lieu de s’engager, comme les autres enfants de Frontaliers, auprès de frères d’armes qui auraient tout dû lui apprendre d’un monde dans lequel elle ne s’était jamais reconnue. Alors elle avait attendu, des années durant. Jusqu’à ce qu’elle tombe, enfin, sur la clé de sa serrure, incarnée par un certain Udyr Sil’Lucans.

De tous leurs enfants, Aivy était sans conteste celle qui ressemblait le plus à Filia. Il y avait quelque chose, chez ses frères comme chez Méryna, de profondément lié à l’identité de leur père, physiquement comme psychologiquement. Le mélange des influences était subtilement et différemment dosé chez chacun d’entre eux, mais lorsque l’on mettait l’ensemble de la fratrie côte à côte, c’était bien l’aînée que l’on pouvait le plus facilement comparer à leur mère. De la Frontalière qui n’en avait jamais vraiment été une, la jeune femme avait pris les longs cheveux roux, une grande majorité des traits du visage, le caractère profondément doux et pacifiste, et une volonté dure comme le roc des Marches du Nord. Volonté qui, en l’occurrence, s’était avérée particulièrement utile dans une situation qui l’obligeait à se confronter à la plus grande des malédictions que l’âge humain ait jamais connu : l’attente. Le temps était son ennemi depuis toujours, comme il avait été celui de sa mère. Les aiguilles du pendule invisible qui tournaient au-dessus de Gil, inlassables dans leur sadisme, lui donnaient l’effet d’une véritable épée de Damoclès volant au-dessus de la tête de toutes les personnes présentes dans la pièce.

Dil’Duran était le nom du soigneur, si elle n’avait pas mal compris. L’homme aux vêtements étranges, bourru au possible et affublé d’un drôle de maintien à mi-chemin entre celui d’un homme sain et celui d’un vieillard, ne ménageait pas ses efforts pour tenter de venir en aide à l’Envoleur. Embourbé dans le poison jusqu’à l’os. Aivy se crispait et se détendait tour à tour en observant des spasmes de douleur parcourir le corps de Gil puis disparaître comme s’ils jouaient avec son organisme, se régalaient de leur effet. La jeune femme ignorait si les soins prodigués par le maître elle ne savait trop quoi – certainement pas Rêveur, en tous cas – aurait un quelconque effet. Elle ne s’empêchait pas pour autant de prier, fermant les yeux quand le spectacle devenait trop dur à supporter.

Visiblement agacé des quatre yeux rivés sur lui en permanence, le soigneur indiqua aux filles une salle derrière dans laquelle était déjà coulé un bain chaud. Aivy comprit le message, et attrapa Tsukia par le poignet avant de se faufiler jusqu’à l’endroit offert à coup d’aimables « fichez-moi la paix ».

A défaut de totalement dénouer ses muscles, le bain qu’elle prit en compagnie de son amie lui fit un bien fou au moral.



***


Grognement sourd.
Aivy ouvrit les yeux.

Sortit de sa somnolence en voyant une boule d’hamster se précipiter sur l’Envoleur, enfin réveillé.

Un long sourire vint prendre place sur ses lèvres alors qu’une immense vague de soulagement lui envahissait le cœur. Heureuse, mais les yeux toujours embués de doute, l’apprentie se leva du rebord de table sur lequel elle s’était installée pour finir sa nuit en ramenant ses jambes contre elle, sautant lestement sur le sol, et croisa les bras pour achever d’assister au réveil du plus grand enquiquineur que Gwendalavir ait connu.

Le sourire de Gil ne lui échappa pas, bien qu’un peu maladroit. Elle lui répondit par le même geste, laissant ses deux prunelles onyx parler pour elle.

*Contente de te revoir aussi, Gil-face-de-lune…*



*



- Aivy ?

La voix est hésitante.
Ne donne pas envie de répondre.

Aivy n’a pas envie de répondre.

Les yeux rivés sur le morceau de papier, le bras en sang, elle se complait dans une danse macabre de l’esprit qui n’intéresse qu’elle.


- Aivy ?!

La jeune fille tend ses lèvres en un pauvre sourire en entendant le désespoir dans la voix qui l’appelle. Elle ne répondra pas. Pas besoin. Altaïs la trouvera bien assez tôt.

- Aivy !

Il est là.

Sur le pas de la porte entrebâillée, celle du grenier. Un endroit interdit aux enfants. Mais Aivy n’est plus une enfant. Elle comptait bien y pénétrer un jour. Les leçons avec le précepteur Mopati la tétanisent encore plus qu’avant. Crise d’angoisse après crise d’angoisse, elle a fini par trouver un moyen de convaincre sa mère d’y mettre un terme. Rholnir a blâmé son comportement, une fois de plus. Peu lui importe, à présent qu’elle dispose de tout le temps nécessaire pour plonger au cœur des secrets d’une famille dont elle n’a jamais voulu faire partie.

Altaïs, tenu en respect par l’interdit dont il est lui aussi au courant, n’avance pas tout de suite à la rencontre de son amie. Ses grands yeux bruns s’ouvrent comme deux fentes lorsqu’il aperçoit le liquide rouge sortir de l’intérieur de son avant-bras. Les mots restent bloqués dans sa bouche, pétrifiés. Il voudrait lui demander comment elle s’est fait mal, ce qu’elle fiche ici, ce qu’est ce morceau de papier qui a l’air de tant la déranger. Il ne réussit qu’à rester bouche bée devant une situation qui le dépasse, et à serrer dans ses mains tremblantes sa tunique bleue dans le but de se calmer un peu.

Après une éternité, enfin, Aivy se relève doucement. Le papier toujours en main, elle franchit le seuil de la porte sans accorder un regard à son ami, les yeux rivés sur l’écriture fine qui parcourt la feuille au fil des révélations. En observant ce qu’il peut, le jeune homme comprend qu’il s’agit d’une lettre.

Soudainement, Aivy s’arrête.
Se tourne vers Altaïs, un sourire plein de malice sur les lèvres, son bras blessé tendu vers le ciel.


- C’est de la peinture rouge, hein…



*


Dil’Duran était un homme étrange.

Non seulement il se permettait de parler aux personnes qui l’entouraient d’une manière totalement libre, qui ne semblait d’ailleurs n’avoir aucun autre effet que de les faire rester un peu plus, mais il habitait une bicoque perdue au fond d’une forêt en parfait ermite et s’en contentait parfaitement. Mais Aivy avait dû convenir que sa bizarrerie n’était pas si dérangeante, puisqu’il avait sauvé Gil. Alors, au moment où il lui avait presque ordonné de casser un œuf – littéralement – pour l’aider dans la préparation du repas, elle s’était contentée d’afficher une tête tout aussi bizarre que le personnage avant d’obtempérer. Sur bon conseil muet de l’Envoleur qui avait observé toute la scène en pouffant presque, bien évidemment.

L’apprentie n’était pas très bonne cuisinière. Dil’Duran non plus. Le repas ne fut pas digne d’un festin, mais il leur remplit suffisamment l’estomac pour leur permettre de se lever et d’aller vaquer à leurs occupations. Tenir sur ses jambes, dans ce genre de situations, était le plus important.

Les yeux de la jeune femme brillèrent quand les premiers coups de marteau furent donnés sur la forge. Elle ne savait pas exactement ce que les deux comparses comptaient réparer, mais ils en avaient sans doute pour un bon bout de temps. Elle, le regard braqué vers Tsukia, avait une autre idée en tête…

Attrapant doucement la main de son amie et amante, elle la guida vers la chambre dans laquelle elles avaient passé une bonne partie de la journée à se reposer, à défaut d’avoir assez d’énergie pour regarder Gil convulser sans interruption.

Ferma la porte derrière elles, parfaitement sûre que personne ne les dérangerait…




***



« On s’tire. ». Ou quelque chose comme cela, s’était-il contenté d’exprimer dans un langage des plus basiques en venant les chercher, Tsukia et elle, dans la chambre. Encore sous les draps, les deux filles avaient tiré une tête de six pieds de long : il n’était pas encore en état de voyager ! Le contrat avec cet homme n’avait pas plus d’importance que sa santé, avait tenté Aivy, peu convaincue néanmoins qu’il serait touché par son bon sens. Et elle avait eu raison de ne pas accorder trop d’importance à son argumentaire, car Gil l’avait royalement ignoré et leur avait sommé de récupérer les chevaux de la carriole qui les avait menés jusqu’à la jungle dans le but de les harnacher pour un nouveau voyage… Beaucoup plus long.


- Tu es fou, Giliwyn. D’une, on ne sera jamais là-bas à temps. De deux, j’aimerais que tu intègres que je suis totalement contre ce voyage, qui met ta santé en péril…

Détournant la tête de son ouvrage, la jeune femme croisa l’exact regard mi-amusé mi-désabusé qu’elle s’attendait à recevoir.
Poussa un long soupir, et retourna à son licol.
Résignée.

Contrairement à ce à quoi elle s’était attendue, le voyage ne fut pas si long. Le premier jour eut son lot de problèmes et d’ennui, entre un Envoleur peu enclin au dialogue et une attaque surprise dont ils n’avaient aucun besoin sur le moment. Malgré un passage à vide complexe motivé par un empoisonnement non désiré, Gil leur prouva sur le moment qu’il n’avait rien perdu de ses facultés physiques. Question communication, en revanche, ce n’était toujours pas au point. L’apprentie tenta plusieurs fois de briser la glace, puis laissa purement et simplement tomber quand les paysages se succédèrent les uns aux autres, offrant à ses prunelles couleur bois de quoi se nourrir sans interruption. Le soir, elle partit se coucher sans dire un mot, collée à une Tsukia un rien moins dingue que d’habitude. Le deuxième jour se passa mieux, et Aivy se surprit à réellement apprécier le voyage auprès d’un Gil qui avait visiblement retrouvé sa motivation à parler, ne fut-ce qu’un petit peu. Observant les remarques qu’il leur faisait, l’apprentie fut surprise, puis touchée de constater qu’il semblait vraiment s’inquiéter de leur sort. La moindre de leurs erreurs était signalée, soit par une remontrance bourrue, soit par une correction habile. Cet enseignement ne remplaçait en rien celui de Libertée… Mais la jeune femme, pour la première fois depuis la disparition de son maître, eut enfin l’impression de retrouver ses marques.


Enfin, le soir du deuxième jour, il les autorisa à établir un campement. Aivy en profita pour ôter ses bottes, qui avaient fini par lui faire mal aux pieds à force de les avoir sans cesse portées, et alluma un feu autour duquel elle posa le minimum vital pour passer une bonne nuit ainsi qu’un peu de la nourriture qu’il leur laissait – non sans lancer au passage un regard noir à Gil, censé l’encourager vivement à manger plus que ce qu’il avait daigné avaler jusqu’à présent. Ce fut autour de ce feu, quelques instants après qu’ils se furent tous installés, que l’Envoleur acheva tout à fait sa mutation, puisqu’il prononça les premières vraies et longues phrases destinées aux filles depuis leur départ de la jungle d’Hulm, sans doute même depuis le début du voyage.


- Je vous dois beaucoup et je ne vous ai pas remerciées à la hauteur de votre attitude, mais un jour, je rembourserai ma dette…
- Il n’y a rien à remercier, l’Envoleur, c’est juste normal. Que voulais-tu que l’on fasse d’au…
- A vous maintenant, de me faire une promesse.


Aivy haussa un sourcil. Une promesse ? Dubitative, elle appréhenda un instant la demande.

- Jurez-moi de prendre soin de vous. Avant toute chose. Veillez l’une sur l’autre, comme l’autre jour, et restez ensemble, quoi qu’il arrive. Vous devez vous en sortir, sinon Libertée vous bottera les fesses et vous savez très bien de quoi elle est capable… Moi aussi je vous les botterai si vous rompez cette promesse.

Ah.
Ah ?

La jeune femme sourit doucement. L’Envoleur se transformait subitement en guimauve… Mais sa demande était entièrement légitime. Un instant, elle se demanda si elle était motivée par de réels sentiments ou par un simple sens du devoir, purement académique. Mais elle se réserva très vite : Gil n’était pas académique. Ne restait plus qu’une solution, dans ce cas…


- C’est important pour moi, parce que… C’est important, parce que je vous aime bien. Voilà.

Aivy ferma les yeux. Elle avait eu raison. L’homme s’était attaché au deux gamines qu’elles étaient. A partir de cette information, une kyrielle de questions auraient pu traverser son esprit. Auraient dû.

Elle ne laissa la place à aucune d’entre elles, se contentant de laisser son regard dériver vers les étoiles quand elle rouvrit les paupières, acceptant la main de l’Envoleur contre sa tête. Rassurante, quoi qu’un poil grande pour son petit crâne de rousse. Confiante, la jeune femme sourit à la nuit. Avec Tsukia près d’elle, elle se sentait déjà invincible. Prête à en découdre face au monde entier s’il le fallait. Alors si elle devait en plus compter sur l’aider d’un Envoleur sur-entraîné, et un peu chanceux qui plus était, elle serait sans doute capable de conquérir tout l’Empire. A moins que ce ne soit elle qui fut en train de l’aider, et non l’inverse… Sans doute étaient-ils en train de s’aider mutuellement, bien plus que Gil ne pouvait l’imaginer. Comme souvent, Aivy répondit à sa déclaration par un silence.

Ses yeux parlèrent pour elle, véritables brasiers de remerciement.

Doucement, après un petit temps, Gil se leva. Demanda à Tsukia de saisir son arme, ce qu’elle fit sans hésiter.
A la lueur du brasier, Aivy les regarda danser ensemble.

Longtemps.
Avant de se lever, à son tour, pour se saisir d’une lame et se mettre en position.




***


Le chemin n’était plus très long.

Gil l’avait dit. Sans doute l’avait-il senti. Les trois compagnons avaient parcouru, aux yeux d’Aivy, un chemin énorme ; elle ne s’était jamais autant éloignée des quelques endroits du Sud de l’Empire qu’elle connaissait. Confiante, cependant, et prête à soutenir son nouveau guide face à son destin, elle menait leur cheval à Tsukia et elle d’une main sûre. Sur cette main se trouvait un bandage, seul souvenir d’une séance d’entraînement au katana au coin d’un feu de camp qui s’était terminée en une belle éraflure.

Le regard face au vent, Aivy désigna le paysage surprenant qui s’étendait devant eux.


- C’est là ?

Serra sa main contre la rêne. La blessure encore ouverte pulsait comme une amie nouvelle.
Ce n’était pas de la peinture, cette fois.

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Tsukia Til'Werin
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Dim 26 Fév 2017, 07:26

Je lui tends la main et il me fixe un instant, incertain.

Arrête le grogneuhgneuh, Sangrelune, ça te vas pas...

...Et puis si toi, tu prends pas soin de toi, ce seras à moi de te botter les fesses, t'as p'têtre promis à Lib de lui ramener ses apprenties en un seul morceau, mais j'aurais l'air de quoi, moi, si je ramenais un Gil en trois parts égales après tout ça?

Et puis tu sais, Dil'Duran est pas le genre à pardonner ceux qui crèvent dans un coin après qu'il les ais rafistolés, tu voudrais pas qu'il trouve un moyen d'emprisonner ton fantôme dans son marteau, si..?


Sourire. Ouais, ne réponds pas, pas besoin... On se sauveras pas mon pote, t'es là pour avoir nos arrière, nous on as les tiens, d'arrières, que tu as joli, d'ailleurs..!

I'm dying for you but because of her I try so hard...

I'm a swallow just the same as I'm a corner dove,
When she gets by my side in a BM,
I don't go, I know she's there for me...

And nobody is gonna wrench him away.

I'm crazy when it's about this ''tiger''...

Loca, loca, loca...

Ben voilà, là on parlent mon grand, c'est ça, avance... Encore... Un peu plus... VOILÀ!

Je fends carrément l'air, Gil est une demie seconde plus rapide et évite le coup, tente de me désarmée, je pare le coup en le frappant du pommeau droit dans le ventre, il perds le souffle un instant, c'était peut-être fait exprès cette ouverture...

Mais d'une façon ou d'une autre, quand il se bat, il est canon, voilà...


...And I'm crazy but you like it,
Loca, loca, loca.

You like that it ain't easy,
Loca, loca, loca...

... Argh, trop pensé à la canonnattitude du mec, me dis-je en reculant de deux pas pour éviter l'offensive de celui-ci, puis me glisser sous son bras, marcher sur son pieds...

...En un mouvement il me désarme alors...

... Je lui embrasse le nez.

Et je m'éloigne de quelques pas de danses en chantant légèrement alors qu'il tends l'arme à Aivy à son tour...


...Et je suis folle et ils aiment ça,
Loca, loca, loca.

Ils aiment la difficulté,
Loca, loca, loca...


Voilà donc notre point d'arrivée..?

Quoi pas de banderoles, de célébrations, juste une connerie de maison qu'on voient de loin, à la lisière de bois à la con?

Bon pour le coup je descend de cheval...

...Et je prépare ce qu'il faut pour un feu.

Ils me regardent tout deux, des points d'interrogations dans les yeux... BAH QUOI MERDE!? Je fixe Gil, les bras croisés, d'un air assuré qui semble l'amusé légèrement, je suis pas sûr pourquoi...


Il va bientôt faire nuit, je nous donnes une heure au plus, et cette heure, ça va nous la prendre pour faire le chemin dans la forêt, en plus ils nous attendent, donc ils ont probablement installé des pièges à la con et on verra rien, en plus, comme ils nous attendent de toute, on as pas à se gêner pour faire un feu, ils sortirons pas de leur petit coin de toute, s'ils le font, ils prennent le risque de devoir nous affronter sur notre terrain et non le leur, donc on installe le camp, des alarmes de ficelle et tout et on DORT.

Tu pourras tué frangin demain, c'est pas négociable!


Il semble hésité un instant donc je desserre sa sangle de scelle d'un mouvement en m'éloignant d'un bond et il se bouffe l'herbe en pleine tronche.

Quand il lève son regards vers moi - Owi, c'est son regard de méchant, quand je fais des bêtises, celui craquant! - je me contente de lui piquer un clin d'oeil en m'éloignant, dansant presque ma petite victoire, jusqu'au feu improvisé...

Je sais pas pourquoi mais depuis l'autre jour j'ai envie de danser, de me donner en spectacle, voilà, donc je me gêne pas pour le faire pendant et après les préparatifs.


I never really knew that she could dance like this,
She makes a man wants to speak Spanish...

''Como se llama,
Lolita,
Mi casa es su casa...''

Oh baby when you talk like that,
You make a woman go mad...

So be wise,
And keep on,
Reading the signs of my body...

J'interrompt mas petite dance pour me mettre en garde avec ma lame incurvée, de nouveau, devant Gil quand il as terminer ses préparatifs... Prêt pour une autre danse, mon cavalier..?

__________________________________________



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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Dim 26 Fév 2017, 16:46

Le feu crépite doucement.
Allongé sur le dos, les mains croisées derrière la nuque, Gil observe le ballet des étoiles à travers la danse engourdie des nuages. Sa manière à lui de faire le guet pendant que les filles dorment – mais il sait que rien ne se passera cette nuit. Le temps passe, les secondes s’égrènent, ses pensées se rassemblent. Tsukia a eu raison d’insister pour s’arrêter ici. Elle a eu moins raison de me faire tomber, songe-t-il, un creux de sourire dans la joue en se rappelant sa chute de cheval. Syles n’aurait pas fait mieux. Il se dit que ces deux-là étaient faits pour s’entendre, avant de réaliser que, si une telle rencontre avait lieu un jour, mieux valait qu’il ne soit pas là. Pour sa propre survie ! Somme toute, la soirée avait été aussi agréable que la journée. Hors du temps, comme si ce qu’ils étaient venus faire ici importait peu… Ils avaient mangé, s’étaient entraînés au katana. Tsukia avait fait quelques bourdes énormes en plus de progrès phénoménaux – il ne connaissait pas plus inconstant que cette fille – mais elle avait pris la sale manie de l’embrasser sur le bout du nez. Aivy, plus réservée mais non moins efficace, progressait plus régulièrement. Elle avait rectifié son défaut de la veille et éviter une nouvelle blessure, mais il avait pris soin de changer son pansement avant de l’envoyer se coucher. Il tourne la tête pour les regarder dormir, blotties l’une contre l’autre. Le jour et la nuit, se dit-il. Et pourtant, elles se complétent presque naturellement. Il pense à Libertée, soupire, s’assoit doucement et passe une main dans ses cheveux.

Son regard vague lentement autour de lui, passant sur la silhouette des marmottes et la minuscule flambée qui s’éteignait petit à petit, avant d’aller se perdre dans les ombres des arbres. Ce bosquet ne lui rappelle aucun souvenir alors qu’il est forcément passé ici un certain nombre de fois. Gil se lève et contourne le campement sans faire le moindre bruit. Il est doué pour créer d’épouvantables tapages, mais plus encore pour devenir plus silencieux encore qu’un souffle nocturne et il ne réveille ni Aivy ni Tsukia. Il ne s’éloigne pas beaucoup, refusant toutefois de les lâcher d’une semelle, mais il s’enfonce dans les ténèbres de son enfance. Il ignore ce qu’il cherche. Un souvenir, comme celui qu’il a eu pendant qu’il était dans les vapes à cause du poison infligé par Ezrine ; il a oublié tant de choses, tant il s’est obligé à fuir ce passé qui lui fait si mal au cœur… Il s’est réinventé une vie, un nom, une existence. Manaël n’est pas seulement un souvenir, c’est… un autre garçon, qui a grandi dans un autre monde. Tout simplement. Il pose la main sur le tronc résineux d’un arbre et ferme les yeux. Fouille dans sa mémoire comme l’on ouvre le coffre poussiéreux d’un trésor caché au plus profond de son grenier mental. Un rayon de soleil l’éblouit, un rire cristallin fait battre son cœur un peu plus vite. Le rire de sa mère… La douceur de sa voix, quand elle l’appelait pour qu’il la rejoigne. Il est bouleversé de s’en souvenir encore, lui qui n’a plus jamais revisité cette perle de son enfance. Une larme roule sur sa joue – une seule larme, qu’il essuie d’un revers du bras en rouvrant les yeux. Il retourne vers le campement, s’arrête à côté des filles, se penche pour remonter un peu leur couverture, laisse ses doigts glisser un bref instant dans les cheveux sombres de Tsukia. C’est à cause de toi que je fais le grogneuhgneuh… Une vraie guimauve. Celle qui a séduit Libertée ? Il se redresse, lève les yeux et croise le scintillement d’une étoile, tout là-haut. Clin d’œil rose qui gonfle son cœur d’une détermination nouvelle. Ce qui l’attend demain, il n’en sait rien. Ce qu’il faudra faire pour la retrouver, il ne voit pas. Mais il est sûr d’une chose. Tant qu’il sera là, elle n’aura pas à craindre quoi que ce soit. Je vous aime, murmure-t-il avec le cœur. Toutes les deux…


*


Gil arrêta sa monture et observa la maison qui se découpait dans les couleurs pastelles de l’aube. Il aurait pu ressentir une énorme bouffée de tristesse et de nostalgie si seulement une vie de coups tordus et déboires ne l’avait pas endurci ; il se contenta de regarder la bâtisse avec circonspection, cherchant une quelconque trace d’Ezrine dans le lierre qui avait envahi la pierre et les herbes sauvages qui avaient poussé un peu partout. On aurait dit que le temps s’était arrêté, ici. Comme si ce qui s’était passé avait eu le pouvoir d’arrêter la course des aiguilles du monde. L’Envoleur mit pied à terre, imité par les filles, et asséna une claque sur la croupe de son cheval, qui bondit et s’éloigna pour ralentir et s’arrêter à quelques mètres de là, derrière la rangée de peupliers. Il n’y avait pas un bruit, pas un mouvement. Instant figé dans une éternité qui ne lui appartenait plus. Là où tout a commencé, et où tout finira…

- Attendez-moi ici.

Ce n’était pas un ordre mais Gil savait que ni Aivy, ni Tsukia n’irait à l’encontre de cette demande, et il se dirigea d’un pas décidé vers la maison. La porte couverte de mousse était entrouverte. Machinalement, il baissa les yeux et son cœur fit juste une minuscule embardée en découvrant les marbrures sombres du seul souvenir qu’il avait gardé et qui avait hanté ses nuits des années durant. Il entra. Sa main était posée sur la poignée de son épée. Avec prudence, il fit quelques pas dans le salon désordonné. Il ne restait plus rien, les pillards de la région avaient fait leur œuvre depuis longtemps ; des cendres sur le plancher et des restes de petits rongeurs indiquaient que des gens étaient venus ici, il y avait un certain temps déjà. Il huma l’air, ne sentit rien d’autre que le bois vieilli, avança jusqu’à la cuisine. Il y avait de la vaisselle cassée par terre. Un verre encore intacte avait roulé sur le plancher. Il se pencha pour le ramasser et le posa sur la table. Soudain, il pivota, piqué par l’aiguillon de son sixième sens, et se figea en découvrant l’homme qui se tenait sur le seuil de la pièce.

- Toi…

L’homme avait bien plus vieilli qu’il ne l’avait imaginé. Ses cheveux, bruns autrefois, étaient gris, tout comme ses sourcils et la barbe qui lui mangeait une bonne partie du visage, mais ses yeux semblaient avoir gardé leur éclat noisette. Il se tenait appuyé sur une canne. Gil plissa les yeux tandis que, dans son ventre, la bête grondait sourdement. Infiniment dangereuse.

- Bonjour Manaël, dit doucement Giliwyn.

Il souriait.


*


… et lorsque la porte s’ouvrit avec fracas, la flûte échappa des mains de Manaël. S’écrasa par terre dans un bruit sourd.

- Papa ? Que s’est-il passé ?? Ne bouge pas, je vais prévenir mam…
- Ta mère est morte.
- Quoi ??


Giliwyn se retint au chambranle de la porte. La vie s’écoulait hors de lui par les multiples blessures que Sinéad lui avait infligées.

- Mercenaire… du Chaos, souffla-t-il en trébuchant vers son fils. Sin… Sinéad était mon ennemie.
- Non ! Non, papa, non !
- Je n’ai pas… pas voulu ça, Manaël ? Je te le jure. Mais il faut que… tu me promettes de gagner le lac Chen. L’Académie…

… était la seule option qui lui restait. Qui leur restait. Manaël avait peut-être le temps d’alerter la Guilde avant qu’il ne soit trop tard. Soudain, Giliwyn s’effondra. Plus de jambes, plus d’équilibre, plus de forces. Plus rien que le sang de Sinéad sur ses mains, qui se mêlait au sien. Quelque part, les aiguilles d’une immense horloge ralentissent leur course.

Tic, tac, tic, tac, tic, tac…

- Les Marchombres, Manaël ! Retrouve… les Marchombres…
- NON !!!


Il avait fermé les yeux mais il luttait pour rester éveillé, et il entendit la porte claquer lorsque Manaël se rua comme un fou à l’extérieur. Le tonnerre gronda, le vent rugit. Les aiguilles du monde s’arrêtèrent, les battements de son cœur ralentirent à leur tour. Tout n’était que rouages. Mécanisme fatigué qui n’allait plus tarder à s’arrêter. Mais…

- Tu es vivant…

La main de Laïze effleura ses lèvres, puis sa joue abîmée. Lorsqu’elle passa un bras sous le sien, le destin changea de direction.

Seul le temps suspendit son voyage.




*

- Je te croyais mort.

Le ton de Gil était cassant et ses yeux plus durs et plus sombres que jamais. Des yeux dépareillés, improbables témoins de la dualité qui le caractérisait depuis toujours. En face de lui, son père secoua lentement la tête.

- Je te croyais Marchombre.

Gil laissa échapper un petit rire qui claqua comme un fouet dans le silence de la cuisine dévastée. Marchombre ? Lui ? Il ne s’était jamais senti aussi Envoleur de toute sa vie. Tout l’opposait à cet homme, même s’il s’agissait d’une version de lui-même en plus vieux. Beaucoup plus vieux.

- Ouais, la vie est pleine d’humour…
- Tu n’as pas idée… Tu n’as pas idée de ce que je peux ressentir en te voyant. Tu as tellement grandi, tellement changé…


Giliwyn fit un pas en avant, Gil fit un pas en arrière. Ses doigts se resserrèrent sur le manche de son arme.

- Attends, je vais essayer de deviner ! Tu trouves que je te ressemble. Le fils de son père, à un œil près.
- C’est à ta mère que tu ressembles. Tu as sa force de caractère.


Ben voyons !

- Tu penses que je suis un lâche. Un parricide raté. Tu penses que je t’ai trahi en rejoignant le Chaos.
- Non !


Son père fit un nouveau pas en avant mais cette fois-ci, Gil tira à demi son épée hors de son fourreau.

- Si ça peut te rassurer, j’ai pris l’habitude de finir ce que j’ai commencé, maintenant.
- Manaël, attend. Ecoute. Je ne suis pas là pour…
- … mourir !


Ils s’affrontèrent du regard. Gil était surpris de ne lire aucun éclat de colère dans celui de son père. Giliwyn soupira. Ses épaules s’affaissèrent sous le poids des regrets.

Tellement de regrets…


*


- Il faudra bien que tu lui dises, un jour, ce qui s’est réellement passé ce jour-là !
- Cette histoire ne le concerne pas, Laïze. Et toi non plus.
- Pardon ? Est-ce que j’ai bien entendu ? Tu respires, tu vis parce que je t’ai retrouvé avant qu’il ne soit trop tard, Gil…
- Et je t’ai déjà remercié, je crois.
- Et Ezrine ? Tu crois qu’il te remerciera quand il saura la vérité ? Parce qu’il l’apprendra, tu sais ! Tu ne vois pas comment il te regarde, déjà ? Tu ne vois pas qu’il cherche à comprendre ? Il en a le droit ![/color]


Giliwyn fit volte-face et planta son regard dans celui de Laïze.

- Ezrine ne doit jamais savoir. C’est une histoire qui le rendra fou…



*



Giliwyn regardait son fils. Manaël avait tellement grandi. Et vieilli… On ne voyait plus en lui le petit garçon qu’il avait été, si joyeux et plein de vie. On ne voyait plus que la haine dans ses yeux, dernier vestige d’une douleur sans nom et d’un passé révolu. Mais cette façon de se tenir, de le foudroyer du regard, c’était bien celle de Sinéad. Et cette conviction qui brûlait en lui…

- Tu as toutes les raisons du monde de vouloir me tuer, et si tu passes à l’acte, je ne t’en empêcherai pas, Manaël. Je ne me défendrai pas.
- Ce sera rapide, alors.
- Oui. Mais tu dois attendre encore un peu.
- Quoi ? Que tu t’excuses de t’être fait passer pour mort toutes ces années ? Ou pour avoir assassiné maman ?
- Non.


Le regard de Giliwyn se durcit à son tour. Il se redressa, soudain plus fort.

Déterminé.

- Tu dois d’abord affronter Ezrine. Et pour ça, tu vas avoir besoin de moi.

Quelques secondes de silence s’envolèrent avant que Gil n’éclate de rire.

- Besoin de toi ? Tu crois encore que tu peux jouer au papa avec moi ?
- Je suis sérieux. Ton frère… Il n’a jamais pu supporter la vérité quand il l’a découverte.
- C’est un taré de la pire espèce, mais je le comprends un peu sur ce coup-là. Comment crois-tu que j’ai réagi, moi, en apprenant que tu n’étais pas mort ?
- Mieux que lui. Ezrine a perdu la tête. Il s’est inventé un ennemi à travers ta personne.


Gil observait attentivement son père, cherchant l’entourloupe.

- Tu l’as aidé ?
- Pardon ?
- Tu l’as aidé à m’empoisonner la vie – et le sang, aussi ?


Excédé par l’air surpris de Giliwyn, Gil ouvrit son tabar et tira sur le col de sa chemise, dévoilant les glyphes laissés par la Silencieuse sur sa peau, au niveau de la clavicule. A sa grande satisfaction, son père pâlit.

- Tu l’as aidé à égorger ma meilleure amie ? A menacer la vie de ma compagne et de mes enfants ?
- Tu as…
- Calme ta joie, grand-père. Tu ne les connaîtras jamais, et pas seulement parce que j’ai réussi à devenir un père aussi mauvais que toi.


La tension était palpable, au fur et à mesure que la colère de Gil grandissait. La bête fulminait. Un geste. Un geste et tout serait terminé ! Ce vieil homme accroché à sa canne, qui avait juré de ne pas opposer de résistance, allait bientôt mourir pour de bon…

- Je l’ai aidé au début, quand je croyais qu’il te cherchait pour te connaître, tout simplement. Nous voulions te retrouver. Et…
- Fonder une famille ?!
- Oui.


Soufflé par cet aveu murmuré, Gil resta immobile, son arme toujours en suspend dans son fourreau. C’est alors qu’un petit air de musique s’éleva, enjoué quoiqu’un peu maladroit. Un éclat de peur traversa le regard de Giliwyn tandis que la colère étincelait vivement dans celui de son fils. Gil aurait reconnu le son de cet instrument au beau milieu d’une cacophonie.
Le son d’une flûte.

Ezrine.

Il acheva de dégainer son arme et avança. Croisa son père sans ralentir. Sans le tuer non plus. Il traversa le salon et s’arrêta sur le seuil de la maison ; les filles attendaient, indécises, et il leur fit signe de ne pas bouger d’un geste de la main. A califourchon sur les barres de bois de l’enclos qui avait été autrefois édifié pour Petit Gris, Ezrine tirait des notes à présent complètement désordonnées à la flûte. Il s’interrompit en découvrant Gil.

- Tu la reconnais ? lança-t-il en brandissant l’instrument.

Bien sûr. C’était sa première flûte. Elle était trop petite pour lui, à présent, mais le souvenir de Sinéad applaudissant ses prestations renversa Gil un bref instant.

- Alors, comment c’était, cette petite danse avec le Reflet d'Ame ?
- Tu savais que je serais en retard.
- Allons ! Toi et moi savons que tu n’as jamais été à l’heure pour quoi que ce soit…
- Et maintenant que je suis là ?


Ezrine sauta à bas de son perchoir. Il faisait tourner la flûte entre ses doigts.

- Maintenant, on va rattraper le temps perdu, mon frère.

A peine avait-il terminé sa phrase qu’un sifflement alerta Gil. Il plongea, évitant la flèche qui s’enfonça dans le bois de la porte, et roula jusqu’au tonneau renversé pour s’abriter derrière.

- A couvert ! cria-t-il aux filles.

Son regard vif balaya les environs. Il dénombra deux… non, trois archers embusqués derrière les peupliers. Cinq hommes arrivaient en tirant leur arme au clair. Des tueurs, des hommes entraînés au combat et assoiffés de sang. Aivy et Tsukia étaient en mauvaise posture ! Gil se redressa pour les rejoindre, mais soudain, Ezrine apparut devant lui.

- Alors, jeta-t-il d’un ton guilleret en dégainant lentement une longue et mince épée dont la lame étincela au soleil. Tu viens ?

Gil bondit.
L’acier chanta.



*



Hoyt était serein. Il avait confiance dans la machette qui pendait au bout de son bras et surtout, il se savait couvert par ses camarades, tapis derrière les peupliers. En face de lui, les deux jeunes filles s’étaient mises en garde, farouches mais déterminées. Il éclata de rire. Deux petites souris ! Mignonnes, de surcroît ; il se demanda un instant s’il s’agissait des amantes de SangreLune. Cette idée l’excita bien plus qu’il n’aurait pu l’imaginer. Il s’élança.

Se figea lorsque des poignards surgirent de nulle part et le croisèrent, lui arrachant une tresse, avant d’aller se perdre dans les arbres. Trois poignards. Trois cris de surprise et d’agonie. Et un homme à la barbe grise qui venait d’apparaître derrière les petites souris.

- Mesdemoiselles, à vous de jouer ! fit Giliwyn.

Hoyt s’élança, imité par ses compagnons. Ceux-ci se ruèrent sur les deux souris mais lui préféra affronter directement le vieil homme. Pas si vieux que ça, rectifia-t-il en le voyant s’effacer souplement pour éviter une première attaque. Puis une deuxième. Hoyt grogna, s’enhardit, sa machette fendit l’air… il ne vit pas la canne tant elle bougea vite. Bien plus vite que son arme, bien plus vite que la normale… trop vite. Elle le frappa violemment au niveau du dos, puis à l’arrière du genou, remonta vers son menton, fit sauter quelques dents, l’assomma au niveau de la tempe.

Giliwyn fit tournoyer la canne et jeta un coup d’œil aux filles qui se battaient avec acharnement.

- Un seul geste ! Un seul souffle ! Pensez moins et agissez plus, conseilla-t-il avant de se jeter dans la mêlée avec elles, décochant un clin d’œil à la rouquine qui l’observait avec surprise. Enfer, avec élégance ! La Voie ne se parcourt pas comme ces rustres !

La Voie… Giliwyn inspira profondément. Il n’avait pas prononcé ce mot depuis si longtemps. Son regard noisette dévia vers Manaël, aux prises avec Ezrine. En les voyant s’affronter, son cœur se serra douloureusement. Il ne voulait perdre aucun des deux mais l’issue de ce combat était inévitable.

Le destin l’avait rattrapé.



*



Ezrine se battait bien. Très bien même, en dépit des mouvements parfois désordonnés et de l’incohérence de son style ; c’était une escrime qui reflétait sa folie. Il bondissait, riait, se fendait, exultait. Gil était loin de partager son bonheur. Il repoussait efficacement les attaques et dévoilait toute son expérience dans des techniques incroyables, mais le cœur n’y était pas. Non. Son cœur avait soudain décidé de prendre des vacances, en fait. Désolée, les gars, c’est trop bizarre pour moi : un père et un frère dans le même coin, des Marchombres avec des Envoleurs… Nope. Nope, nope, nope ! Très peu pour moi. Ou bien alors, c’était son esprit qui lui faisait faux bond. Oui, parce qu’il était sans cesse malmené par des souvenirs impromptus, des flashes qui l’aveuglaient alors qu’il essayait de rester concentré, des images qui surgissaient du passé pour le désarçonner. Le sourire béat d’Ezrine n’aidait pas. Le bruit des lames qui s’entrechoquaient dans son dos ne l’aidaient pas non plus. Les paroles de Giliwyn dansaient dans son esprit, troublantes de sincérité. Et s’il s’était trompé ?

Son pied glissa dans l’herbe. Sa cheville dit « aïe », son cerveau dit « merde ». La lame ennemie ripa le long de sa hanche et lui tira un éclat de souffrance pure. Les griffes de Dil’Duran frôlèrent de peu la gorge d’Ezrine, qui bondit en arrière en s’esclaffant.

- Oho ! Joli !! Tu es un homme plein de ressources ! J’aime ça !
- Espèce de malade…


Gil se redressa et plaqua une main sur sa blessure. Il la retira pleine de sang.

Cette journée va être franchement merdique.

Il n’imaginait pas à quel point, mais il commença à avoir un aperçu lorsqu’une sensation familière frémit dans ses veines. Il blêmit. Oh, non…

- Malade, moi ? Possible, fit Ezrine en fouettant l’air avec sa lame. J’ai pourtant l’impression que c’est toi qui ne vas pas bien. Tu es souffrant ?

Gil se jeta sur lui, répliquant avec toute la fougue dont il était capable ; ce taré avait enduit sa lame de Reflet d’Ame ! Pour l’instant, le contrepoison de Dil’Duran faisait effet mais il savait que ce n’était qu’une question de minutes avant que…

- Aaaaah !

Il se plia en deux. Une question de minutes ? De secondes, plutôt… En face de lui, Ezrine eut un sourir carnassier. Puis, sans prévenir, il tourna sur lui-même et lança son bras en se fendant. Son épée glissa sous la garde désormais ouverte de Gil et se planta jusqu’à la garde dans sa poitrine.

Désormais tout contre lui, Ezrine attrapa les cheveux de son frère dans la main et approcha les lèvres de son oreille.

- Dis bonjour à maman pour moi… !

L’épée ressortit.
Lentement.

Et Gil s’effondra.



*



Il était allongé sur le côté. Son sang se répandait dans l’herbe, mais il était loin de sentir la douleur de la blessure, tant celle du poison qui ravageait son organisme était grande. Il était en train de mourir. Son regard vairon se voilait déjà. Il ne réagit pas lorsque deux mains se posèrent délicatement sur lui. Toutefois, il perçut une voix dans le chaos qui bourdonnait sous son crâne. Lointaine, très douce, vibrante d’un amour sans limites.

- Ça va aller. Je suis là…

Trente ans plus tôt, cette voix avait résonné dans la clarté du jour, ici-même, et les mains bienveillantes d’un père s’étaient posées sur le genou écorché de son petit garçon, tandis qu’il prononçait les mêmes paroles rassurantes.

- Ça va aller, répéta Giliwyn en déchirant la chemise trempée de sang de son fils.

La plaie était béante, le sang s’en échappait à gros bouillons. Les poumons étaient touchés. Gil s’étouffait. Avec le peu de forces qui lui restaient encore, il ouvrait les doigts et les resserrait convulsivement sur les brins d’herbe, comme pour retenir la vie qui s’enfuyait.

- Oui, murmura le vieux Marchombre en attrapant son enfant dans les bras. Bats-toi, mon grand. Tu vas y arriver.

Il ferma les yeux et laissa sa greffe s’éveiller. Cadeau du ciel, don formidable du Rentaï, elle lui avait permis de transférer ses propres blessures sur ses adversaires bon nombre de fois. Elle lui avait aussi servi à soigner les petits bobos de Manaël puis d’Ezrine lorsqu’ils étaient petits. Jamais encore il n’avait tenté quelque chose d’aussi important. D’impossible, auraient dit certains s’ils avaient pu observer la scène. Le cœur de Gil ne battait pratiquement plus. Giliwyn refusa pourtant de s’avouer vaincu. Il le serra plus fort contre lui.

Alors, les grandes aiguilles du temps se remirent lentement à tourner.

Tic, tac, tic, tac, tic, tac…

Et le cœur de Gil se mit à battre avec plus de force et de régularité.

Tou-doum. Tou-doum. Tou-doum.

Imperceptiblement d’abord, puis avec un peu plus d’évidence, le sang ralentit sa course jusqu’à s’arrêter de couler. Les tissus se ressoudèrent, les chairs se refermèrent. La blessure disparut. Celle de la hanche également. Le poison qui flambait dans les veines de Gil disparut. Les joues translucides de l’Envoleur rosirent un peu, ses paupières frémirent. Il revenait….

Le visage enfouit dans ses cheveux, Giliwyn sourit.



*



Gil ouvrit brusquement les yeux. La lumière l’aveugla un instant et il s’apprêtait à ronchonner, comme chaque matin au réveil, lorsqu’il se souvint. Ce n’était pas le matin. Ou plutôt si, mais il ne se réveillait pas d’une bonne nuit de sommeil… il se réveillait, tout simplement. Autour de lui, les bras de Giliwyn se relâchèrent.

- Non ! s’écria Gil.

Il se redressa et retint son père. C’était lui qui, désormais, le tenait contre lui. Ses yeux s’écarquillèrent de surprise lorsqu’il découvrit la blessure à la hanche, et, sur la poitrine… Giliwyn hoqueta. Le Reflet d’Ame était dans son corps, à présent, et des spasmes violents le secouaient par intermittence. Il trouva la force d’ouvrir les yeux pour croiser le regard de Gil.

- Fonce…

Fonce et défonce tout. Gil reposa son père dans l’herbe rouge et leva la tête vers Ezrine qui observait la scène. Nul doute que ce rebondissement le ravissait. Gil se redressa mais la colère qui l’avait animé quelques minutes plutôt était complètement retombée. Il régnait un grand calme en lui, à présent. Une sérénité qu’il n’avait jamais connue. Sans quitter son adversaire des yeux, il se pencha et ramassa son épée. Puis il se mit en garde et attendit.

C’est Ezrine qui bougea le premier.

Dans un cri dément, il se jeta sur son frère, rapide, fou, prêt à le tuer, encore, et encore, et encore. Gil ne réagit qu’à la dernière seconde. Les lames se cognèrent, se séparent et se retrouvèrent avec vigueur. L’acier chanta, dansa, fouetta l’air ; Ezrine était rapide mais Gil l’était davantage. Il avait l’impression de percevoir ce combat différemment. Peut-être parce qu’on lui avait accordé une deuxième chance… Chaque fois que la lame mortelle frôlait sa peau, il ripostait avec force. Il ne laissait jamais le tranchant empoisonné le toucher. En face de lui, Ezrine commença à reculer. Un pas d’abord, puis un autre. Et encore un autre. Il éclata de rire, plus fou que jamais, prit le dessus un bref instant et hurla lorsqu’il parvint à désarmer Gil. L’épée vola dans les airs, hors de la portée de l’Envoleur. Qui demeura impassible.

- Tsukia ! cria-t-il sans quitter un seul instant Ezrine des yeux.

Il tendit le bras derrière lui et referma les doigts sur le manche du katana. Tout se déroula alors très vite. Une vrille, un éclat mortel, reflet du soleil sur la lame, et celle-ci ouvrit une large blessure dans le corps d’Ezrine, depuis l’épaule gauche jusqu’à la hanche droite. Gil pivota, son bras remonta, ouvrit la gorge de son frère qui tomba à genoux puis en avant.

Mort.

Immobile, son souffle suspendu et sa position impeccable, Gil goûta un bref instant le silence qui était revenu sur la plaine. Il se détendit enfin, se redressa, regarda Ezrine un instant. Il ne ressentait rien pour lui. Rien d’autre qu’une pointe de tristesse. Enfant, il avait rêvé d’avoir un frère… D’un geste puissant, il planta le katana dans l’herbe et s’éloigna. Giliwyn tremblait toujours, ais si faiblement que Gil, en s’accroupissant à côté de lui, crut un instant que seul son corps était encore secoué nerveusement. Il fut surpris de voir les yeux noisette s’ouvrir.

- Manaël…

L’Envoleur sourit à demi et posa la main sur la poitrine de son père.

- Je m’appelle Gil, maintenant.

Des larmes brillèrent dans le regard brumeux de Giliwyn. Lorsqu’il sentit sous ses doigts le vieux Marchombre pousser son dernier souffle, Gil eut l’impression qu’un poids immense venait de quitter ses épaules. Drôle de sensation, après plus de vingt ans à ployer sous ce monstre de culpabilité et de regrets ! Il ne pleura pas son père. Il l’avait fait une fois déjà et il avait accepté sa mort ; le voir partir à nouveau n’était pas si dur. Pas alors que certaines choses étaient enfin plus claires. Des questions avaient trouvé leurs réponses et, si le mystère de la mort de sa mère demeurait, Gil savait qu’il dormirait bien, désormais. Plus de cauchemars.

C’était terminé.

Un mince bracelet de cuir entourait le poignet de Giliwyn. Se rappelant qu’il s’agissait d’un cadeau de Sinéad, Gil le détacha et le ceignit à son propre poignet. Voilà, maintenant, il les emportait tous les deux ; le Marchombre et l’Envoleuse qui s’étaient épris l’un de l’autre. Giliwyn Sil’Sierra et Sinéad SangreLune… Mes parents. Au bout d’un moment, Gil se leva. Il fit quelques pas et vacilla ; son père lui avait pris ses blessures, il n’en restait pas la moindre cicatrice, mais il avait perdu beaucoup de sang et la tête lui tournait un peu. Il s’arrêta pour regarder autour de lui.

Il cherchait les filles.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."




[Absent du 13 au 18 mars]
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Aivy Sil'Lucans
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Citation : « Trompe-toi, sois imprudent. Tout n'est pas fragile. N'attends rien que de toi, parce que tu es sacré. Parce que tu es en vie. Parce que le plus important n'est pas ce que tu es, mais ce que tu as choisi d'être. »
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Dim 26 Fév 2017, 23:40

- Attendez-moi ici.

Le regard dubitatif, Aivy haussa les sourcils. Il tenait vraiment à les planter au milieu de cette plaine alors qu’allait se jouer l’un des plus gros tournants de sa vie ? Après dix secondes de réflexion, le semi-ordre lui sembla crédible. Le danger serait sans aucun doute plus élevé que dans cette caverne aux provisions. Peut-être allait-il devoir se battre comme il ne l’avait jamais fait pour parvenir à se libérer de son passé comme de son tourmenteur, et il n’avait aucune envie de mêler deux apprenties Marchombres à cette boucherie. Crédible, mais terriblement frustrant. La jeune femme avait envie d’action. Une fois n’était pas coutume, elle s’était sentie prête à en découdre depuis leur départ du campement improvisé. Qu’un ennemi surgisse des fourrés pour s’en prendre à eux, elle l’attendait ! Cette nouvelle vague de confiance en elle, loin de la mettre à l’aise dans un premier temps, l’avait peu à peu envahie comme une amie rassurante. Et, pour la première fois depuis que Libertée avait disparu, l’apprentie s’était sentie revivre.

Plus déterminé que jamais dans son regard et dans ses pas, Giliwyn mit pied à terre, renvoya sa monture et partit sans se retourner.
Le cœur tourné vers son destin.

Aivy sentit son cœur accélérer brusquement à la pensée que quelque chose puisse lui arriver, là-bas dans cette étrange maison surgie du passé, sans qu’elle ni Tsukia ne puissent rien faire. Une bourrasque vint doucement jouer au-travers de ses cheveux, et ses prunelles couleur onyx se teintèrent d’une lueur grave, presque triste. Gil était solide. Parce que la vie l’avait brisé en miettes un nombre incalculable de fois.

La jeune femme l’avait senti dès la première discussion qu’elle avait tenu avec lui. Derrière son ton bourrin et ses manières de rustre chef de camp se cachaient une histoire peu reluisante au contenu qui, bien que flou, apparaissait clairement pourri jusqu’à la moelle. A quel point la vie l’avait-il abîmé pour qu’il s’éloigne des mois durant de la femme qu’il aimait ? L’apprentie ne connaissait qu’une version de l’histoire, n’ayant pas encore eu la chance d’entendre celle de l’autre parti – et pour cause, parti qui s’était envolé au sens littéral du terme – mais elle avait suffisamment compris de quoi il retournait pour savoir qu’il n’y avait pas vraiment de fautif dans cette affaire. Seulement des circonstances complexes, un beau fatras de questions, et encore plus de contradictions.


- Tu crois qu’il va s’en sortir… ?, demanda-t-elle en direction de Tsukia alors que l’Envoleur disparaissait de leur champ de vision pour pénétrer la maison.

Elle espérait une réponse positive par seul désir d’être rassurée. Ne serait pas étonnée si son amie, pleine de rebondissements, lui en offrait une totalement biaisée et imprévisible.
A moins qu’elle aussi ne fut rongée par l’inquiétude au point de ne pas pouvoir sortir une de ses boutades ?

Aivy soupira doucement, résolue à se confronter à l’irrémédiable Attente. Le regard fixé sur l’horizon, elle guetta le moindre changement de situation, l’âme glissée dans une imperceptible transe.

L’Attente ne dura pas longtemps.
Un sifflement, et puis…





***



- Qu’est-ce que tu dessines, ma chérie ?

Relevant les yeux de sa feuille pratiquement toute couverte de traits de couleur, Aivy croisa le regard violine de sa grand-mère et offrit un grand sourire à la lueur bienveillante qu’elle trouva dedans.

- Un combat, répondit-elle simplement en désignant le centre de la composition.

Intriguée, Maya passa une main dans sa longue tignasse grisonnante et observa le papier de plus près. Les traits manquaient encore de précision, et l’équilibre entre ombres et lumière était loin d’être maîtrisé, mais le talent de sa petite-fille était déjà suffisamment éveillé pour qu’elle soit apte à représenter à peu près tout ce qu’elle souhaitait, et à faire comprendre ses œuvres même des adultes les plus terre-à-terre. Au cœur de la feuille se trouvait un œuf à moitié déchiré par l’éclosion de ce qui était un bébé oiseau dont les couleurs n’étaient pas tout à fait achevées. L’œil vif et le contour agile, il semblait en effet se démener de toutes ses forces pour parvenir à complètement transpercer la coquille qui le retenait prisonnier jusque-là, en témoignaient ses deux minuscules ailes agitées dans un trait de crayon plutôt habile. Près de lui, deux œufs n’avaient pas encore éclos reposaient dans un panier que la petite fille de douze ans avait dessiné posé sur une branche d’arbre entourée de feuillages.


- Tu t’améliores de jour en jour, commenta Maya avec un vrai sourire. Tu as décidément un sacré don.
- Merci ! Je ferai ton portrait quand j’aurai fini celui-ci, si tu veux. Je commence à en avoir assez des animaux. J’ai fait Rip dans toutes les positions, déjà.
- Rip est un vieux chat, il n’a pas dû t’être très utile…
- Sauf quand il chassait les poissons du bassin, c’était très drôle à redessiner !


Clin d’œil complice.

- Dis-moi, reprit l’aïeule après un petit silence alors qu’Aivy reprenait ses pastels en main, en quoi est-ce un combat ?
- Il est déjà né une fois, répondit l’enfant en faisant glisser ses doigts sur le papier pour jouer avec les pigments posés par le passage des pastels. Quand il est sorti de la mère oiseau. Mais cette naissance était donnée, il n’a pas eu à faire grand-chose. Cette fois, il doit se battre pour naître une deuxième fois, sans l’aide de personne. Casser sa coquille, et peut-être s’envoler, plus tard…
- Peut-être ? Est-ce que tous les oiseaux ne parviennent pas à voler, au bout du compte ?
- Evidemment que non ! Certains ont des problèmes avant. Se cassent une aile, sont abandonnés par leur mère...


Maya soupira. L’imagination de sa petite-fille n’avait décidément aucune limite, tout comme son sens de l’observation. « Il n’y a pas de mauvais dessinateur, lui avait-elle un jour déclaré sur le ton de la confidence, seulement de mauvais observateurs. » Et l’enfant, forte de ce conseil, s’était appliquée à reproduire avec une grande précision un monde qu’elle avait depuis lors observé sous toutes les coutures.


- Mais celui-ci, ajouta Aivy en désignant le personnage principal de sa composition, il y arrivera. Il est déjà en train de gagner.




***



La jeune rousse évita la flèche d’une rapide roulade sur le côté.
Juste à temps.

De derrière les fourrés surgit alors un groupe d’hommes visiblement décidé à en découdre au vu des armes positionnées dans leurs mains. La vision de ces assaillants eut l’effet d’une bombe sur Aivy : Gil était en danger ! Son frère se trouvait probablement déjà dans les parades, à attendre le bon moment pour l’égorger par derrière, courageux comme il était. Peut-être pire, à l’empoisonner sans même qu’il ne s’en rende compte. Y avait-il autant d’ennemis présents dans la maison, à attendre dans le noir une seconde d’inattention ?

Aivy n’eut pas le temps de se poser plus de questions : il fallut dégainer dague, katana et couteaux. Se mettre en garde, passer outre le sourire narquois de certains des adversaires – qui les sous-estimaient déjà, Tsu et elle – et se préparer à parer.

La première attaque fut fulgurante. A peine préparée, l’apprentie esquiva avec peine un coup de lame destiné à lui trancher le bras, et répliqua aussitôt qu’elle le put par une offensive qu’elle voulait rapide et efficace. Tsukia, derrière elle, s’attaquait à son propre groupe d’hommes. Ils étaient en surnombre par rapport à elles, et celui qui semblait les diriger avait l’air d’un croisement entre un chien de meute particulièrement vorace et un vautour prêt à sauter sur une occasion morbide. Forte des dernières leçons de Gil, Aivy ne se laissa pas surprendre, et fit chauffer ses réflexes afin de parer, sauter, répliquer au bon moment et éviter de perdre la tête au sens littéral du terme. Si elle avait su que cette aventure finirait de la sorte, sans doute aurait-elle tourné les talons et serait-elle rentrée à l’Académie… Mais il n’était plus temps de regretter. Seule comptait l’action, à présent. Après tout, c’était de sa faute si elle se retrouvait face à une armée de types obscurs prêts à en découdre avec elles uniquement parce qu’elles accompagnaient l’Envoleur. Un rapide regard vers Tsu lui indiqua qu’elle se débrouillait suffisamment de son côté pour qu’elle n’ait pas de raison de s’inquiéter. Elle reprit alors son arme en main, en même temps que son souffle…

… Et puis, comme un lion se jetant dans la meute, un étrange vieil homme aux cheveux gris surgit au milieu de la bataille. Se jeta entre elles et leurs adversaires, les soulageant soudainement du poids du nombre.


- Un seul geste ! Un seul souffle ! Pensez moins et agissez plus !

Le bras d’Aivy se figea.
Une seconde.

Juste avant de partir dans une attaque chirurgicale qui trancha net la jugulaire de son adversaire, motivée par l’arrivée providentielle de cet homme au conseil qui lui rehaussa le cœur. Un conseil qu’elle avait déjà entendu.

*Est-ce que par hasard…*

Elle n’eut pas le temps de se poser plus de questions : un autre assaillant revenait sur elle, sa lance en main et le regard déterminé à en découdre.


- Enfer, avec élégance ! La Voie ne se parcourt par comme ces rustres !

Un profond sourire prit possession des lèvres de la jeune femme. Si elle n’avait pas été engagée dans une lutte à mort contre un troupeau de « rustres » trop nombreux pour elle, sans doute aurait-elle eu les larmes aux yeux. Alors qu’elle désarmait son adversaire au détour d’une pirouette calculée, ses pensées s’envolèrent vers Lib.




***




Tic, tac. Tic, tac.
Boum.

Le cœur d’Aivy sembla brusquement s’arrêter alors que le dernier assaillant mordait la poussière.
Sans qu’elle ne puisse s’expliquer pourquoi, son palpitant se serra comme jamais auparavant.
Ses yeux se dilatèrent complètement, et elle se retint tout juste de tomber à son tour.
Une furieuse sensation de panique au fond des tripes.


- Gil…




***




Tic, tac. Tic, tac.

Aivy ne comprit pas ce qui se produisit ensuite.
Elle frissonna simplement lorsqu’elle vit l’Envoleur, incroyablement vivant, sortir de la maison après un temps qui lui avait semblé l’éternité.

Ses yeux s’embuèrent, et le feu au fond de ses entrailles s’apaisa.


- Gil.

Alors, enfin, elle s’autorisa à tomber.
Vidée par la force de la plaie située au niveau de son bas-dos qui venait de se rouvrir.

Il avait gagné...

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Tsukia Til'Werin
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Lun 27 Fév 2017, 00:39

Un seul geste.

Le premier homme tombe.

Un seul souffle.

Le troisième est déjà mort.

Une seule danse.

Le quatrième ne comprends pas.

Marchombre.

Il veut juste se sauver de là.

Frontalière.

Une plaie, dans son ventre, s'ouvre de haut en bas.

Envoleuse.

Une seule fille pleine d'incohérence, de dualité...

Moi.


She is, like a mortal sin,
That condemns you little by little...

She is a sexual mirage,
That drives you crazy, Loco...


Contigo, mi vida,
Quiero vivir la vida...

Y lo que me queda de vida,
Quiero vivir contigo.

Contigo mi vida,
Quiero vivir la vida,
Y lo que me queda de vida,
Quiero vivir contigo...

Le cris de Gil déchire l'air quand il demande le katana, mais il as sous-estimé mon habileté à le lire, entraînée par tout ce temps passé ensemble, et le katana est déjà dans le fourreau, dans mon dos collé au sien.

Il le retire de là, j'avance d'un bon quand il se mets en marche, il me reste deux ennemis.

Pendant que je cours, je vois le marchombre souffrant, par terre, me fixé un instant malgré la douleur...

...Malgré son coeur qui ralentit, il me lance deux dagues d'une main tremblante.

Elle arrivent toutes deux dans mes mains et je lui hoche la tête en sautant, évitant les coups de mes adversaires d'un bon devenu attaque quand je sors mes lames, coupant net deux articulations, puis s'enfonçant dans les ventres quand je retombe, remontant frôler les jugulaires et, enfin, perçant la colonne vertébrale.

Je les sors et, au même moment, mes ennemis s'écroules.

J'entends un murmure du vieil homme, derrière.

Il parle probablement à son fils.

Je regarde les dagues... Elles sont belles, un fin tracé, dessus, me rappelle mon katana.

À cela prêt que ces dagues ont le mot ''Sangrelune'' gravé dans le manche, de façon aussi, sinon plus, belle que le travail de Dil'Duran lui même...

Je pourrais les redonnez à Gil, selon toute logique, elles lui revienne...

Appelez ça un coup de voleuse, d'envoleuse si vous voulez, mais je les passent à ma ceinture. Il va les remarquer de toute, s'il les veux, il les demanderas, sinon...

...J'aurais un souvenir de cette journée à la fois triste et heureuse, merveille de dualité.


Contigo, mi vida,
Quiero vivir la vida...

Y lo que me queda de vida,
Quiero vivir contigo.

Contigo mi vida,
Quiero vivir la vida,
Y lo que me queda de vida,
Quiero vivir contigo...


Whenever, wherever,
We're meant to be together...

I'll be there and you'll be near,
And that's the deal my dear.

There over, hereunder,
You'll never have to wonder...

...We can always play by ear...

...But that's the deal my dear.

Je ramasse mon katana, planté dans le sol, et le nettoie avec un linge du peu de sang présent sur la lame, puis le range avant de me diriger vers Gil.

Je ne le regarde pas tout de suite, je reste plutôt en silence à ses côtés un moment...


Tu sais, Talia as jamais eu de nom de famille...

...Je trouve que Clair-De-Lune lui irait très bien, tu trouve pas..?


Affirmation à ma façon.

On partageras peut-être pas un lit, mais je suis quand même là pour toi... Après tout, on as tout deux un frère mort, et j'ai tué le mien aussi...

... On as plus en communs qu'on pourrait le croire, peut-être plus qu'on aimerais le croire.

Poof.

Ah... Vyvy la boule de feu viens de tomber par terre... Si fati--

Bon, pas fatigue, saigne.

Pas marrant, pour le coup.

Et je me retrouve à ses côtés en même temps que Gil, qui s'est élancé aussi. Heureusement, rien de vital ne semble touché, elle est surtout épuisée, ébranlée et elle perds du sang, tout ça ensemble a fait bang dans les pommes.

J'arrache une jambe à mon pantalon avec l'aide d'une dague, ça arrache un peu plus haut que ce qui aurait été bien, mais voilà, c'est pas le moment d'être pudique pour un bout de fesse et un entre jambe soudain plus moulant hein!

Je transforme le tout en bandage de fortune et hop, autour de la Vy... Pour le coup, va falloir monté le camps, donc je fixe Gil une seconde.


T'as de quoi la soignée, ou..?

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Lun 27 Fév 2017, 07:12

Gil leva la tête et croisa le regard sombre comme une nuit sans lune d’Aivy. Il était couvert de sang, ses vêtements étaient en lambeaux, pâle comme un mort et tout vacillant dans la lumière du jour. Alors forcément, elle dut avoir un peu la trouille. C’est ce qu’il pensa en la voyant tomber tout doucement dans l’herbe. Il s’élança, pas trop vite pour éviter de s’évanouir comme elle, et arriva à ses côtés un peu après Tsukia. Celle-ci était déjà en train de déchirer son pantalon. Il n’eut pas le temps de lui suggérer d’attendre qu’il ait récupéré ses affaires – mais après tout, cette fille semblait passer une grande partie de son temps à poil. Il allait falloir qu’il ait une sérieuse discussion avec son maître. Sans rire… A genoux, Gil aida Tsukia à faire son bandage. Elle s’y prenait comme un manche mais elle y mettait tellement de cœur qu’il ne dit rien. Son regard fut attiré par un éclat, à la ceinture de la gamine. Là encore, il resta muet. C’était pas le moment. Un jour, il faudrait qu’il récupère ce qui lui appartenait de droit. Une bonne raison de revoir cette sale gosse, non ?

T'as de quoi la soignée, ou..?[/quote]

Pour toute réponse, Gil se contenta d’un clin d’œil noisette. Il glissa un bras sous le dos d’Aivy, en prenant soin de ne pas comprimer sa blessure, et l’autre sous ses genoux puis banda ses muscles pour se relever. Heureusement que c’était un poids plume, sinon il aurait eu du mal à la ramener dans la maison. Tsukia était sur ses talons. Il l’entendit pousser un léger sifflement. Ouais, c’était légèrement le bazar, ici. Le temps, les pillages avaient fait leur œuvre. Le canapé était dans un triste état mais, une fois débarrassé par la gamine, il put accueillir une Rouquine toute fatiguée. Gil passa la main sur son front, dégageant quelques mèches rousses collées par la sueur. Beau boulot, petite. Son regard dépareillé se posa alors sur Tsukia. Il savait ce qu’elle avait fait sans avoir eu besoin de la voir à l’œuvre. Il se doutait qu’elle avait encore laissé traîner son genou hors de son axe mais il s’en fichait complètement (pour l’instant du moins). Elle avait tout donné dans un combat qui n’était pas vraiment le sien. Aivy et elle étaient fantastiques, et Dil’Duran ne s’était pas trompé : il avait de la chance de les avoir rencontrées.

D’abord, il fallut retrouver son cheval. Cette andouille s’était barrée loin des combats avec son sac et toutes ses affaires. Ce fut long et franchement pénible. Jamais Chante-Brume ne lui avait autant manqué. Elle, au moins, elle revenait quand il l’appelait ! Ensuite, il fallut soigner Aivy – facile puisqu’elle ne bougeait pas – et Tsukia. Beaucoup, beaucoup moins évident déjà. Gil envisagea sérieusement de l’assommer, une ou deux fois, tant elle ne tenait pas en place. Tu visiteras plus tard, lui avait-il asséné avant de lui faire une clé de bras pour l’immobiliser. Et puis, Gil était sorti, laissant les deux filles ensemble, pour aller enterrer Giliwyn. Il le fit derrière la maison, non sans mal à cause de la terre qui avait gelé et qui était très dure à cet endroit. Cela lui prit trois heures. Le ciel s’était assombris lorsqu’il acheva son travail, mais la pluie était encore loin. Harassé, le corps engourdi et l’esprit étrangement libéré, Gil s’assit sur les talons et essuya son front maculé de terre et de sang séché. Il était dans un état déplorable, vraiment. Il sentit une présence dans son dos. Ne bougea pas d’un pouce. Pas la peine de s’affoler, il avait reconnu l’odeur de vanille. Accompagnée par celle d’un vin de noix particulièrement vieux. Elle avait trouvé la cave, alors. Sacrée demoiselle… Il lui prit la bouteille des mains, s’envoya une lampée qui lui laboura le ventre de l’intérieur, toussa, souffla.
Sourit.



*


- Alors, Rouquine…

Gil attendit qu’elle le regarde avant d’achever sa question.

- … on se réveille enfin ?

Ils avaient tous dormi, en réalité – Tsukia en boule contre sa copine, lui par terre, la tête et le dos appuyés contre le canapé – mais moins longtemps qu’Aivy. Comme elle s’était réveillée toute seule, il estima qu’elle avait suffisamment récupéré et qu’il n’y avait pas matière à s’inquiéter. N’empêche, c’était bon de la retrouver. Gil lui tira la langue. En une poignée d’heures, il avait retrouvé l’insouciance qui le caractérisait avant qu’Ezrine ne débarque dans sa vie pour en piétiner chaque miette. L’Envoleur s’étira. Il était fourbu. Il s’était endormi sans prendre la peine de se changer ni de se laver. Il échangerait pourtant volontiers sa vie contre un bain chaud, là ! Il se leva dans un grognement sourd, fit craquer ses vertèbres et passa une main dans ses cheveux, hirsutes à cause de la terre qui avait séché.

- Si vous vous sentez de voyager, il est temps de se mettre en route.

Ils feraient un plongeon dans le lac le plus proche. Gil laissa son regard vaguer autour de lui. Il n’était pas en train de fuir, non… il tournait une page.

Tout simplement.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."




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Aivy Sil'Lucans
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Lun 27 Fév 2017, 19:39

[So if I stand in front a speeding car,
Would you give your little heart ?

'Cause the secrets are all that we've got so far
Our demons in the dark, we lie again, play pretends like it never ends
This way no one has to know]



***




Le regard éteint, Aivy avait plongé dans un profond sommeil.
Immensément fatiguée.

Épuisée autant physiquement que moralement. A bout à coup de révélations, de combats sortis de nulle part et d'aventures palpitantes qui avaient bien failli lui coûter la vie. Une fois de plus. Elle s'était engagée en toute connaissance de cause et ne regrettait rien. Seul le silence qui habita sa nuit improvisée vint lui jouer des tours, porteur d'une absence qu'elle ne pourrait jamais combler.
Celle de Méryna dans son cœur.

La tragédie familiale de Gil lui avait rappelé la sienne alors qu'elle sombrait dans l'inconscience. L'Envoleur avait réglé le problème de manière radicale, mettant fin à la vie de la personne qui l'ennuyait et menaçait sa sécurité à chaque instant. Aivy, elle aussi, y avait sérieusement songé.

"Je ne tournerais pas la page tant que je ne serais pas totalement débarrassée du problème", avait-elle laissé à l'attention de Charm la dernière fois qu'il s'étaient quittés. Le sous-entendu était suffisamment explicite. Malgré toute sa détermination à faire face au chemin qu'avait pris sa petite soeur, l'apprentie avait bien dû se rendre compte qu'elle avait très mal vécu l'ensemble de la situation. Et au moment où celle-ci avait levé la main sur elle au point de la blesser presque mortellement - il aurait suffi d'un centimètre plus à droite, dixit le rêveur qui avait stoppé l'hémorragie - la tension avait atteint son paroxysme. Et la jeune femme, prise d'une immense envie de couper court à tout ce cirque, s'était décidée à définitivement enterrer le problème.

Dans tous les sens du terme.

A présent, cette seule idée lui glaçait le sang. Voir Giliwyn mettre fin aux jours de son frère lui avait causé comme un coup de poignard en plein coeur. Serait-elle jamais capable de faire de même ? La réponse était évidente : non, et certainement pas dans l'état dans lequel elle se trouvait. Pauvre petite fille, aurait pensé Altaïs en se moquant d'elle et de son indécision. Aivy elle-même riait souvent de son propre comportement, accoutumée à une bonne dose d'auto-critique de ses actions. Malgré cette lucidité évidente qu'elle contrôlait on ne pouvait mieux, sa raison et son coeur semblaient en total désaccord de nature, si bien qu'elle se retrouvait souvent à ne rien pouvoir faire face à une situation dans laquelle son cerveau lui hurlait de s'enfuir ou d'adopter une attitude plus philosophe que bornée.

En l'occurrence, avec Méryna, elle savait parfaitement qu'elle devrait tourner les talons et concentrer sa volonté sur autre chose.
Pour des raisons évidentes, elle avait abandonné depuis longtemps l'idée d'y parvenir.





***



- Hm...

Gémissement sourd.
La lumière aveugla un instant les yeux presque noirs de la jeune femme lorsqu'elle les rouvrit, l'obligeant à cligner des paupières une brève seconde. Le temps de s'habituer à l'atmosphère autour d'elle, Aivy balaya la pièce du regard.

Croisa celui de Gil, satisfait.


- Alors, Rouquine, on se réveille enfin ?
- Si j'étais brune, tu m'appellerais "Brunette" ?


La question, absurde, lui avait taraudé l'esprit depuis le début de leur voyage. C'était vrai, le surnom de Giliwyn n'avait aucune originalité ! Il ne lui avait pas fallu longtemps pour comprendre qu'il s'agissait d'une marque d'affection comme une autre, made in l'Envoleur peu démonstratif. Cette simple idée lui avait réchauffé le coeur, et aurait dû suffir pour que cette étrange réplique ne franchisse pas ses lèvres. Mais dans un état second, à la limite du coma éveillé tant elle avait l'impression d'avoir dormi des lustres, l'apprentie n'avait pas pu se retenir.

Essayant avec peine de se redresser malgré une boule de Tsukia qui la serrait contre elle, visiblement heureuse de la retrouver - et à qui elle rendit son étreinte chaleureusement en plus d'un baiser sur son front -, Aivy esquissa une petite grimace de douleur, et vint instinctivement poser sa main contre son bas-dos gauche. Y trouva un pansement frais, et comprit que la blessure s'était rouverte.


- Mince... Désolée du souci, fit-elle glisser dans l'air sur un ton un peu trop léger.

Soupire.

- C'est ma soeur qui m'a fait ça, ajouta-t-elle doucement à l'attention de Gil plus que de Tsukia. C'était bien plus vilain, avant. Merci beaucoup pour les soins, en tous cas...

Décidée à laisser ce passage derrière elle, Aivy approuva la demande de l'Envoleur, et se dirigea vers l'extérieur pour aller chercher les montures sans laisser le temps à qui que ce fut de commenter son explication. La situation n'en valait pas la peine. Les premiers pas furent difficiles, autant à cause de la blessure qui irradiait doucement dans son dos, quoi que tout à fait supportable, qu'à cause de l'état vaseux dans lequel elle se trouvait. Trouvant appui sur l'épaule de son amante, qui ne manqua pas une nouvelle occasion de la serrer contre elle, la jeune femme la remercia silencieusement du regard et d'un petit sourire.

Il fallait rentrer, à présent.




[We're singing... Hey ah hey ah hey ah,
This is the safest way to go and nobody gets hurt...]

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Tsukia Til'Werin
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Mar 28 Fév 2017, 17:16

Mais lacheu moi!

Ah, tout de même, il as enfin finit de faire son gilou gâteau, c'est qu'une égratignure bon sang, pas besoins de bandages! Je plains sa fille, à ce mec..!

... Tient, ce serais marrant de la rencontrer quand elle seras ado, lui donner un mal de tête à distance en souvenir du bon vieux temps..!

Bon pour le coup j'ai enfin le temps d'explorer un peu...

ESCALIEEERS!

Allez, hophop on descends, mon sixième sens est en alerte, y'a un truc pas net ici bas... DERRIÈRE CE MEUBLE!

Ahah! Je le savais bien, moi, une salle camouflée ne peut se cachée de moi, bon salle vide sauf pour un petit coffret que j'ouvre et-- Ohohoh JACKPOT!

Je remonte et sors avec mes trésors dans les pattes, une dans la gauche, deux dans la droite, et je regarde Gil un peu... Ah, ouais, son père hein...

Ben on as toujours une solution mon vieux...

Je lui place les bouteilles de ma main droite sur l'épaule, il en attrape une, semble intrigué que je sacrifie l'autre bouteille plutôt que d'y boire déjà, puis il lève le regard vers le papier usé sur la bouteille et où on vois vaguement que l'âge du crut était compté en trente huit petites lignes rajoutée chaque année, juste sous le nom du vin, lui même sous le nom de son créateur...

Il me regarde du coin de l'oeil et l'attrape.

Ouais hein, cette bouteille là, elle est pas à moi.


Une création Sil’Sierra

Vin Manaël

Ma plus grande réussite.

Alors voilà comment ça va se passer, toi le grain galet, tu nous file ta bourse et les nénettes..!

La rousse seras bonne et l'autre, même si elle est trop foncée à mon goût, pourras amuser mes potes, sérieux, tu devrais te faire pousser une paire de couille et les baiser toute les deux..! À moins qu'elles ne sois lesbiennes, ce serais encore meilleur


Il se lèche les lèvres...

...Je soupire, de ''jolie jeune dame'' je suis maintenant une nénette..?

Gil semble sur le point de réagir, sois en geste ou en parole, mais je place pieds à terre en premier... Sérieux, les bandits de grand chemins de nos jours...

J'avance et deux de ceux les plus près semblent mal comprendre, tente de m'attraper pour, je cite, ''s'amuser'', et je me contente d'éviter leur sales pattes, roulant le long du bras de l'un pour briser celui de l'autre, puis frapper les côtes du premier, coup de pied au genou du second, puis je lui frappe le menton d'un atemi, on entends un gros ''crac'' quand sa tête va vers l'arrière et il tombe à la renverse.

Je fauche les pieds du second de mes pieds et me relève de mon coup pour lui piler sur la gorge, juuuuuste assez longtemps pour qu'il ne bouge plus...

Monsieur le chef de la bande me regarder en tremblant un peu... Roh il as peur..?


Tu sais le truc marrant c'est que dans une autre situation, tu pourrais avoir eu raison avant...

Sauf qu'il as pas de bourse à te donner, c'est pas foncé, mais bien bronzé, je suis pas une ''nénette'' mais une frontalière, mon ami as plus de couille que vous tous réunis, la rousse, comme tu dis, c'est pas ton joujou, mais MA nana et il n'y as PERSONNE AU MONDE qui puisse comprendre mes préférences sexuelles...

...En d'autre mots, monsieur bandit à la con...

FERME TA GRANDE GUEULE!


Mon poing fait un grand crac quand je le lance par sa tronche et il tombe à la renverse, le nez en sang et probablement cassé.

Il se relève et s'enfuit en courant... Et en laissant son couteau de boucher derrière. Je l'attrape, arme mon bras, faut bien le lui rendre, et le lan--

Ah non, pourquoi tu t'en mêle, Sangrelune.!?

... Son regards parle pour lui...

Ah ouais hein... J'étais un peu trop Ailes de corbeaux et pas assez Tsukia, là, hein...

Je lâche le couteau et inspire un bon coup...

Faut que je me calme, c'est ça qui arrive quand on est sous couverture trop longtemps, la couverture deviens une partie de nous...

...Et je sens qu'Aivy risque de pas adoré cette nouvelle façade de moi...

Mais c'est qu'une façade, c'est pas grave, me dis-je en bondissant à moitié jusqu'à mon cheval pour monter, question qu'on se remette en route, puis j'aperçois un certain cadavre et un mec encore K.O. d'avoir été à moitié étranglé par mon pied...

...C'est... Pas Grave...

...C'est... C'est pas un si gros changement...

...Si..?


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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: This is the safest way to go, and nobody gets hurt [Gil, Tsu !]   Ven 03 Mar 2017, 21:27

[Voilààà ! Désolée pour l'attente ! Et si quelque chose vous gêne, dites ! Wink]




« Brunette » ? Le regard de Gil revint sur Aivy mais il resta silencieux. Pourquoi une telle question, pourquoi maintenant ? Il avait commencé à la surnommer ainsi pour l’asticoter, où était le problème ? Il comprit que ce n’était pas forcément dans ce sobriquet en la voyant s’agiter ; il la regarda se tortiller sur le canapé, toucher le bas de son dos, découvrir le pansement, grimacer. Et présenter des excuses. Il leva les yeux au ciel. Après tout ce qu’elle avait fait pour lui - pour un type qu’elle connaissait à peine et qui n’était pas spécialement sympathique – elle s’excusait de leur « causer du souci » ? Il te faut un dessin alors ? Gil retint sa remarque, qu’il jugeait trop acerbe tandis qu’Aivy émergeait tout juste du coltard. Mais quand elle évoqua l’origine de sa blessure, il cilla. Une sœur ? Et c’était elle qui lui avait fait ça ? Machinalement, il porta la main à son cou, là où apparaissaient les glyphes de la Silencieuse – l’un des meilleurs cadeaux de son frère…  Aivy en profita pour s’éclipser. Mais lorsqu’elle atteignit le seuil de la pièce, Gil l’interpela enfin.

- Hé, Rouquine ? (Ouais. Ça te va bien et puis zut si ça te plaît pas, moi j’aime bien.) T’as un grand frère pour te défendre, maintenant. De cœur, pas de sang, et qui ne suivra pas la tendance « meurtre en famille ». Juré promis.

En quelques mots, il venait de se lier à elle d’une façon bien plus importante qu’il l’avait imaginé. Alors il soupira. Kaünis, Syles, Tsukia et maintenant Aivy… Est-ce qu’il ne pouvait pas ficher la paix à ces gosses, un peu ? Non, attends… est-ce qu’ils ne pouvaient pas lui ficher la paix, plutôt ? Mieux. Il grogna, parce que cette question restait sans réponse, et se leva pour rejoindre les filles à l’extérieur. Il quitta la maison en ruines sans prendre le temps de l’explorer. Pas besoin, pas envie. Le bracelet de Giliwyn était le seul objet qu’il souhaitait garder avec lui, le reste n’avait que peu d’importance. De toute façon, tout était abîmé par le temps ou par l’homme. Et si le flair de Tsukia avait trouvé à boire, il n’y avait plus rien à manger depuis longtemps, ici. Il allait devoir chasser, décida-t-il en dépassant les filles – Aivy avançait aussi prudemment qu’une tortue pleine d’arthrite ; elle avait besoin de reprendre des forces. Eux aussi. Pourtant il allait bien. Physiquement, c’était la pleine forme, même s’il redoutait à chaque seconde que toutes ses blessures réapparaissent d’un seul coup. Il était simplement un peu pâle et la tête lui tournait s’il bougeait trop vite. Il fallait qu’il mange quelque chose.

Après le bain, putain !


*


Et le bain fut apprécié. Frotter le sang qui semblait s’être incrusté dans sa peau avait demandé de la patience et de la volonté, mais Gil était parvenu à se détendre dans l’eau glaciale du lac. Il avait enfilé de nouveau son pantalon déchiré et tâché, ainsi que son tabar qui était lacéré à divers endroits, mais comme il avait pris soin d’emmener une chemise de secours, au moins, il avait quelque chose d’à peu près potable sur le dos. Impossible de laver les vêtements maintenant, il faisait trop froid et ils n’avaient pas le temps d’attendre qu’ils soient secs. Au moins, il était propre en-dessous… Cette étape cruciale achevée, les trois compagnons s’étaient mis en route. La plaine était balayée par un vent puissant qui fit grogner Gil : une tempête s’annonçait dans les prochains jours. Il fallait descendre, gagner le temps plus clément du sud de l’Empire. Ils n’avaient plus rien à faire ici. Mais il fallait procéder étape par étape, pas après pas, et la priorité absolue, là, c’était de trouver à manger. Même s’il n’était pas très chaud pour chasser, il avait empoigné son arc et talonné sa monture pour rejoindre un petit bois planté d’arbres immenses. C’étaient des pins sous lesquels de petits rongeurs se terraient pour attendre la fin de l’hiver…

Deux heures plus tard, un petit feu était allumé sous lesdits pins et un lièvre, piqué sur un bout de bois, grillait doucement au-dessus des flammes. C’était peu pour eux trois mais mieux que rien ! Gil était en train de tourner la broche improvisée lorsqu’ils avaient pointé le bout de leur nez. Une poignée de types un peu louches que le feu avait attiré comme des mouches. Pas de quoi s’affoler. D’ailleurs, Gil resta parfaitement calme. Il alla s’appuyer contre le tronc d’un arbre, les bras croisés sur la poitrine. Voilà, il était prêt, lui. Prêt… à observer la scène. Aucune envie de se battre. En revanche, les filles devaient s’entraîner. Tant qu’à faire, s’il les rendait à Lib en bon état et avec un brin d’expérience… Les mouches n’étant pas très intelligentes, elles provoquèrent Tsukia. Bon. A leur décharge, elles ne pouvaient pas savoir que c’était la seule personne qu’il valait mieux éviter de titiller. Mais lorsque Monsieur Mouche insista généreusement sur une couche de grossièretés qui les visaient tous les trois, Gil soupira. Ça allait encore dégénérer, cette histoire… Il n’intervint pas lorsque Tsukia répondit à la provocation. Ni lorsqu’elle se mit à bouger, plus vive que lors de leur première rencontre. Bien plus vive. Immobile, il la regarda affronter ces hommes avec énergie, nota le genou rentré – et la nouvelle erreur commise. Mais soudain, il se retrouva juste derrière elle. Comme ça, pouf ! Il avait bougé si vite… Ses doigts s’étaient refermés sur le poignet de Tsukia. Elle leva les yeux vers lui, mi-curieuse, mi-agacée d’avoir été interrompue au meilleur moment. Il secoua lentement la tête, sans rien dire.

Non.

Tu peux jouer les Envoleuses, te grimer pour ressembler à Aile de Corbeau, infiltrer une organisation de dangereux tarés, m’aider à m’occuper d’affaires de famille particulièrement pénibles, me suivre et bouder Lib autant que tu le veux, mais… Non. Tu ne deviendras pas un assassin, gamine. Pas tant que je serai là pour t’en empêcher.

Il ne dit rien mais son regard parlait pour lui, et il fut soulagé de voir le doute envahir la jeune fille ; si elle réalisait sa connerie, c’était bien ! Une connerie sur le point de se produire mais pas achevée, même pas entamée, donc elle pouvait rester zen. On se détend. Gil desserra légèrement sa prise sur son poignet mais ne le lâcha pas tout de suite. Il attendit que le couteau tombe par terre d’abord. Alors, il lui asséna une claque derrière le crâne.

- C’était nul ! Lib aurait été capable de mettre ces abrutis hors d’état de nuire en un clin d’œil et sans fioriture.

D’instinct il prenait le rôle du guide, comme si… Comme si, en l’absence de Libertée, c’était à lui que revenait cette tâche. Et ses paroles un peu rudes étaient amorties par un regard pétillant de malice et de bienveillance. Il savait seulement que Tsukia avait besoin de répondant – comme Syles et Kaünis, en fait. De répondant et de défis.

- Finis ton travail, dit-il en pointant le doigt dans la direction qu’avaient emprunté les bandits en déroute. Avec classe, sinon tu seras privée de dessert. Non Rouquine, toi tu restes et tu manges un morceau.

Faut qu’on cause…


*


Gil posa d’autorité un morceau de lapin fumant entre les mains d’Aivy. Enfin, sur un morceau de bois plat, plutôt. Il s’assit ensuite à côté d’elle et mordit dans sa propre part. C’était divin. Pas très fin mais, après ce qu’ils venaient de vivre, c’était au moins aussi fabuleux que leur bain dans l’eau froide ! Il faut traverser l’enfer pour retrouver le goût des choses simples, réalisa-t-il en dégustant sa viande. Au loin, un cri d’homme paniqué retentit. Un creux de sourire se dessina dans la joue de Gil. Tsukia s’amusait bien. Il savait qu’elle se débrouillait mieux sans avoir besoin de l’observer…

- J’étais sérieux tout à l’heure, dit-il soudain. Sans toi je serai pas là, je te dois une fière chandelle, alors…

Il se tut ; Aivy était assez intelligente pour combler les blancs toute seule.
Impassible, Gil continua de dévorer son morceau de lapin.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."




[Absent du 13 au 18 mars]
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