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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Groupe Vegna ==> [Cours N°1, suite]

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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Groupe Vegna ==> [Cours N°1, suite]   Ven 17 Fév 2017, 01:00

La ville les accueillit à bras ouverts, pimpante et baroque à son habitude.
Aux portes peintes de couleurs chaudes, les travailleurs des alentours se pressaient, désireux de profiter qui d'un repas acheté à la sauvette, qui d'une pinte entre amis, midi et deux. Paysans, aux visages burinés par le soleil qui même en cette saison frappait encore, voyageurs au regard blasé ou curieux, badauds et promeneurs égarés se mêlaient dans une foule bigarrée. Parmi eux, Rilend repéra même quelques pêcheurs dont elle se garda de détailler les traits sculptés par l'eau et le vent, les mains calleuses, tant ils lui rappelaient un autre habitant des lieux.

Sur leur droite, un garde avait rivé les yeux sur eux. Rilend nota son regard attentif, mais papillonnant et sa posture d'apparence sérieuse. Le garçon était gringalet, plus jeune encore que son jeune élève et faisait de son mieux pour se donner des airs de vieux briscard. Mais la tension de son dos, ses pieds ancrés dans le sol étaient bien loin des attitudes faussement relâchées de ses camarades plus expérimentés, dont la fausse nonchalance masquait une vigilance sans faille. Le gardien sembla soudain prendre une résolution et ouvrit la bouche sans quitter des yeux le duo, mais quand il héla les marcheurs, ce fut le prénom de Daos qu'il prononça.

L'apprenti s'immobilisa puis louvoya entre les passants pour s'approcher du jeune homme, suivi à pas furtifs par Rilend. La jeune femme ne s'approcha pas assez pour avoir à se présenter ou expliquer sa présence, mais suffisamment pour pouvoir intervenir si le besoin s'en faisait sentir, quoique le garçon parût assez amical. Non pas immobile mais balançant au rythme de la foule, pieds rivés au sol et pourtant dans le mouvement de ce flux ininterrompu, la marchombre se laissa oublier le temps d'un échange.
Il fut bref, amical et cordial, et Daos fournit une explication à son maître quand ils s'éloignèrent. La jeune femme sourit, amusée :

"Dois-je en déduire qu'il va très vite falloir t'initier à l'escalade de remparts ?"

Il mentionnait également une jeune femme, Lou, une marchombre dont la description éveilla de vagues souvenirs dans l'esprit de Rilend. Lou...si elle n'avait jamais connu son prénom, il lui restait néanmoins de ses souvenirs d'apprentissage l'image d'une blonde délurée et pétulante, pétillante, au sourire toujours chaleureux pour tous les apprentis qu'elle croisait.
Elle hocha pensivement la tête :

"Je ne connaissais pas son nom, mais je l'ai souvent croisée lors de mon dernier séjour à l'Académie."

Elle ne précisa pas qu'elle était alors apprentie. Daos et elle se connaissaient depuis à peine une matinée, et il auraient trois ans pour aborder ces sujets, quand elle le connaîtrait mieux et quand il oserait lui parler sans détours aucuns.

D'un mouvement de hanche, elle se coula entre deux nobles affairés et bavards dont les mains volaient, ponctuant leur discours. Les deux hommes s'éloignèrent dans leurs riches atours sans même se rendre compte qu'une femme s'était faufilée entre eux.

Ils parcoururent les rues marchandes, fief des marchands éphémères et des travailleurs affamés aux bourses aussi vides que les estomacs. Siffleur ruisselant en brochettes rôties, poisson frit, saisi, cru ou presque, légumes croquants ou fondus, la variété de plats n'avait d'égal que celle des épices. Sur les étals, elles dessinaient des tableaux ensoleillés et poudreux, odorants. Sans se presser, au rythme de la foule et pourtant marchant plus vite que les badauds, Rilend se glissait entre les promeneurs avec régularité. Les fragrances populaires et lourdes éveillaient son appétit et le souvenir d'un temps où une brochette de siffleur constituait un festin sans pareil. Indifférente au boniment des marchands, elle sourit à Daos :

"Si elle t'a fait visiter la ville, je parie qu'elle t'a emmené manger à L'Evaline ?"

Elle passa donc devant la bicoque célèbre pour son ragoût sans s'arrêter : l'endroit était un repaire de marchombres et Rilend était prête à parier que ladite Lou y avait déjà emmené Daos. Tous les apprentis découvraient le lieu durant leur première semaine à l'Académie, et en étaient familiers trois années plus tard. La jeune femme s'était d'ailleurs souvent dit que le tenancier avait bien du mérite d'avoir ainsi retenu le nom - ou le pseudonyme - de tant de générations d'apprentis devenus marchombres et maîtres.

Une bouffée d'émotion la saisit, brièvement, à cette phrase.
Devenus marchombres et maîtres...

Elle se reprit, tourna dans une ruelle, se faufila dans une autre si étroite qu'ils n'auraient pas eu à beaucoup écarter les bras pour toucher les murs ocres et suintant l'humidité. A son extrémité, le soleil les accueillit tandis qu'ils débouchaient sur une petite rue résidentielle et que Rilend se dirigeait sans hésitation vers une bâtisse toute en longueur d'où s'échappaient de délicieux effluves de viande grillée.
Si L'Evaline était le fief du siffleur bouilli, La Cardinale en remontrait à toute la ville pour ses brochettes et légumes rôtis. C'était aussi la deuxième cantine attitrée des marchombres après quelques mois, et la matrone qui s'accoudait au comptoir salua Rilend d'un geste cordial quand la jeune femme entra dans la salle. Plutôt tranquille d'ailleurs - l'heure de la pause de midi était passée pour la plupart des travailleurs.

Les autres clients de la Cardinale étaient pêcheurs, comme le patron qui avait raccroché ses filets pour attraper les casseroles. Le nom de la taverne venait de la culture de la mer et du lac, désignant les piques plantées dans les fonds pour signaler les dangers à fleur d'eau. Ces hautes silhouettes longilignes, une perche surmontée d'une flèche orientée vers l'un des points cardinaux - car la cardinale indiquait sa propre position par rapport au danger - étaient familières à qui avait fréquenté les eaux.

La tenancière était d'humeur loquace ; quand elle vint les saluer, elle entama un laïus interminable sur le soleil, le beau temps, l'hiver qui venait et les pêcheurs qui amarraient aux mouillages non autorisés, s'attirant l'ire des autorités...Rilend lui répondit par un sourire et, quand elle leur demanda enfin ce qu'ils désiraient, sauta sur l'occasion en espérant que Daos ferait de même : tout temps de réflexion de la part du jeune homme entraînerait un nouveau discours.

Leurs plats arrivèrent avec une vitesse presque surnaturelle et Rilend souhaita bon appétit à son élève, puis ne se fit pas prier pour attaquer le sien. Mine de rien, elle avait faim à force de promener le jeune homme dans les bois depuis l'aurore...
Elle n'engloutit pas l'intégralité de son plat avant de reprendre la parole :

"Tu as des questions à propos de ce matin ? Ou de quoi que ce soit d'autre d'ailleurs..."

[Début du cours ici]

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Daos Loner
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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°1, suite]   Lun 20 Fév 2017, 13:49

Rilend le mena le long de rues jalonnées de boutiques et étals, où s'affairaient marchands, artisans, cuisiniers, promeneurs et clients par centaines. La marchombre avançait tranquillement parmi les badauds, flanquée de son apprenti. Là où elle se glissait souplement entre deux passants sans même effleurer leurs vêtements, Daos était contraint de régulièrement se heurter à une ou deux épaules. Même s'il était plus épais que son maître, il remarquait qu'elle était infiniment plus à l'aise que lui dans la foule, qu'elle esquivait les promeneurs sans même paraître y prêter attention. Elle tourna la tête vers lui en souriant :

"Si elle t'a fait visiter la ville, je parie qu'elle t'a emmené manger à L'Evaline ?"
- Oui
, répondit Daos dans un sourire. Elle et Oturo avaient même l'air de tous deux bien connaître Rant, le tenancier.

Ils passèrent par la placette bordée par l'établissement, qui semblait accueillir bien plus de monde que lorsque le jeune homme y était allé en compagnie des deux marchombres. Rilend bifurqua à une ruelle et le mena dans un passage si étroit et obscur qu'il en était oppressant. L'ombre fit place à la lumière aveuglante du soleil, tirant quelques larmes au jeune homme tant elle l'éblouit. Battant rapidement des paupières pour tenter de s'accoutumer aux reflets blanchâtres sur les pavés brillants, il emboîta le pas à la marchombre qui s'en allait tout droit vers un long bâtiment étiré dont l'enseigne indiquait La Cardinale, ornée d'une gravure représentant un long trait avec une flèche en son bout.

Une alléchante odeur de grillades vint chatouiller les narines de Daos alors qu'il suivait Rilend à l'intérieur de l'établissement. La décoration était portée sur le thème de la pêche : filets, tableaux et gravures représentant des poissons égayaient les murs de pierre claire. Les tables proches du feu qui ronflait dans la cheminée en bout de salle avaient été prises d'assaut, mais le reste de la pièce était plutôt vide. La marchombre adressa un signe de tête en souriant à la tenancière qui était accoudée au comptoir. Elle le mena à une table proche du centre de la salle et ils furent presque immédiatement assaillis par la patronne, qui semblait enchantée de pouvoir bavarder maintenant que l'affluence de midi était terminée.

Le plat de Rilend et la brochette de volaille qu'avait commandé Daos arrivèrent bien plus vite qu'il ne l'aurait cru en se basant sur ses repas à
L'Evaline et La Choppe Argentée. Tous deux se souhaitèrent bon appétit et le jeune homme imita son maître en commençant à manger.

La viande était épicée à merveille, cuite à la perfection et les légumes rôtis d'une main de maître. L'assiette était un régal, surtout après une matinée aussi éreintante que celle qu'il venait de vivre. Daos avalait une grande gorgée d'eau fraîche lorsque Rilend cessa sa mastication pour lui demander :


"Tu as des questions à propos de ce matin ? Ou de quoi que ce soit d'autre d'ailleurs..."

Il regarda la machombre dans les yeux avant de reposer son verre, puis se mit à fixer pensivement un morceau de poivron couvert de sauce dans son assiette.

- Des questions... reprit-il toujours songeur.

Reposant sa fourchette, il se cala contre le dossier de sa chaise en croisant les jambes.


- J'en ai des tonnes. Mais je pense qu'en trois ans, j'aurai le temps d'obtenir des réponses à la plupart d'entre elles. Je me contenterai donc d'une « petite » poignée, poursuivit-il en accentuant l'adjectif. D'où venez-vous ? Quel âge avez-vous ? Depuis combien de temps avez-vous terminé votre apprentissage ? Combien d'élèves avez-vous eu avant moi ? Pourquoi avoir construit l'Académie, un aussi grand bâtiment à proximité d'Al-Chen alors que les marchombres cultivent secret, discrétion et mystère ? Et...

Il hésita en fronçant les sourcils. Savoir s'il était moins bon ou meilleur que d'autres apprentis lui importait peu, mais il craignait que la marchombre se méprenne sur son ultime question. Il se lança néanmoins.

- … Et... Est-ce que, pour l'instant, je me débrouille bien ?

__________________________________________

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Dernière édition par Daos Loner le Jeu 23 Fév 2017, 01:32, édité 1 fois
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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°1, suite]   Mar 21 Fév 2017, 01:11

Daos parut presque surpris par l'offre de la marchombre. Il était vrai qu'il venait d'être interrompu en plein milieu d'un repas qu'il goûtait manifestement beaucoup. Rilend mangeait de bon appétit, et ne s'en cachait pas : ses muscles échauffés par l'entraînement de ce matin réclamaient leur content de nutriments. Daos, quant à lui, paraissait hésiter entre dévorer et savourer, et comme la jeune femme le comprenait quand lui revenaient en tête certains cours auprès d'Erwan ou de Libertée et l'incroyable dépense énergétique qu'ils exigeaient d'elle !

C'était en partie pour cette raison qu'elle avait décidé d'épargner au garçon un repas de viande séchée ou de plats froids, comme il y aurait eu droit en rentrant à l'Académie à midi bien sonnées. En partie, car l'autre motivation de son geste était d'offrir un moment de répit à son élève - et à elle-même - et la possibilité de discuter à tête reposée, hors du contexte des entraînements.

Daos ne fut d'ailleurs pas long à saisir l'occasion. Il reposa sa fourchette et se cala contre le dossier de sa chaise, si bien que la marchombre regretta presque d'avoir interrompu son repas...et en même temps, le poulet ne refroidirait pas de sitôt dans l'atmosphère coquette et douillette de ce repaire de pêcheurs ! Ils avaient tout le temps de parler et de grignoter, et c'était le premier jour de trois années dont, espérait la marchombre, son élève se souviendrait comme elle se remémorait son propre apprentissage...pareil jour méritait bien un succulent repas, et un peu de temps pour en profiter.

- J'en ai des tonnes. Mais je pense qu'en trois ans, j'aurai le temps d'obtenir des réponses à la plupart d'entre elles. Je me contenterai donc d'une « petite » poignée, poursuivit-il en accentuant l'adjectif. D'où venez-vous ? Quel âge avez-vous ? Depuis combien de temps avez-vous terminé votre apprentissage ? Combien d'élèves avez-vous eu avant moi ? Pourquoi avoir construit l'Académie, un aussi grand bâtiment à proximité d'Al-Chen alors que les marchombres cultivent secret, discrétion et mystère ? Et...

Rilend reposa sa fourchette à son tour, esquissant un sourire. Une petite poignée de questions...et le meilleur dans cette histoire était qu'elle ne doutait pas qu'il fût sincère ! Daos avait probablement un millier d'interrogations en tête et avait très certainement fourni un effort conséquent en se restreignant à cet enchaînement à en perdre le souffle.

Pour se donner une seconde de réflexion, car elle désirait lui offrir des réponses aussi franches que possible à défaut d'être intrinsèquement vraies, elle reprit une bouchée de siffleur. Puis, elle aussi, elle croisa les jambes et se cala contre le dossier de sa chaise sans que son attitude nonchalante ne cache une certaine vigilance.
Et elle se demanda jusqu'où irait son récit et son histoire.
Parlerait-elle des pirates et d'Astyr, du village et de sa fraternité temporaire ? Des rues insalubres d'une ville glacée, de la fièvre, le froid et la faim, des griffes et du sang étalé sur les murs ou de sa longue fuite en avant ? Tous ces évènements qui lui avaient tant coûté quand il s'était agi de les relater à Cara et Skif, saurait-elle réellement les évoquer devant son jeune élève, aussi grave et sérieux que soit le regard du garçon ?

Elle ne doutait pas qu'il puisse entendre son histoire.
Elle redoutait qu'il le puisse.
Elle était son maître et il était son élève ; Daos n'avait pas à être un confident ni un soutien, car leur relation était plus profonde et spéciale que cela. Il n'était pas son ami comme il serait peut-être celui de Lou au vu de son regard quand il l'avait évoquée, ou d'autres marchombres, ou du jeune garde des portes d'Al-Chen. Il n'avait pas à porter le poids de ce qui ne lui appartenait pas, ni même à se sentir obligé d'entendre quoi que ce soit s'y rapportant...
Pour cette raison, Rilend pesa soigneusement ses mots et demeura aussi évasive que sincère. Elle ne cacha rien, ne dissimula rien, pas même le léger frémissement des muscles de son visage à l'évocation de certains épisodes, mais ne s'attarda pas plus qu'elle ne l'estimait nécessaire non plus. Pour épargner son élève.
Pour s'épargner, elle.
Pour, surtout, protéger leur relation.

"Commençons par le plus simple, alors ! J'ai à peu près trente-quatre ans. L'âge n'étant en rien un critère pour enseigner, tu pourras rencontrer des maîtres marchombres infiniment plus jeunes que moi et des élèves bien plus âgés...
J'ai fini mon apprentissage il y a un peu plus de deux ans, et je l'avais commencé autour de dix-sept ans. Et, avant que tu ne te lances dans de savants calculs, non, il n'a pas duré plus de trois ans, il a simplement été interrompu un temps suite à quelques mésaventures."


Incluant un rocher et un petit cheval effrayé...mais de cela, Rilend n'avait de souvenirs que ce qu'on lui avait raconté et elle reprit vite :

"Je viens du sud de Gwendalavir, et d'Al-Far ensuite. Les champs et la ville, si l'on puis dire."

Ombre infime, aussitôt enfuie.

"Concernant l'Académie...tu serais surpris de constater à quel point elle est méconnue même par les habitants d'Al-Chen et ceux qui parcourent la région. Le complexe de bâtiments est énorme, certes, mais il est malgré tout difficile à trouver pour qui ne sait pas exactement où chercher et ne dispose pas des indications nécessaires.
Elle vient...d'une idée de maîtres bien antérieurs à toi ou moi. Ils ont estimé à l'époque que le meilleur moyen d'offrir à tous les aspirants les moyens de réaliser les promesses qu'ils portaient en eux était de concevoir un lieu dédié à leur enseignement. C'est aussi une façon de regrouper les aspirants et de savoir vers où les aiguiller quand, au détour de nos chemins, nous rencontrons un élève souhaitant parcourir la Voie...ou qui pourrait se découvrir désireux de le faire."


Un sourire malicieux éclaira le visage de la marchombre.

"Mais tu noteras qu'elle n'est jamais si peuplée que cela.
Personne n'a jamais réussi à enfermer un marchombre et l'Académie ne fait pas exception. Ne t'attends pas à ce que nous y passions de longs mois !"


Elle reprit une bouchée en réfléchissant à la dernière question du garçon. Comment se débrouillait-il, Daos ?
Si Rilend était honnête avec elle-même, elle devait reconnaître que son jeune élève s'en sortait plutôt honorablement. Certes, il avait ses défauts, qui n'en avait pas ? Un fond de scepticisme, cette tendance à tout décomposer et ramener à la technique plutôt que de sentir...mais là encore, quel nouvel apprenti ne rencontrait pas ces écueils, le temps d'apprendre à apprendre, à écouter, à percevoir ? C'était un jeune homme sportif quoique pataud, intelligent et appliqué, et il avait prouvé auprès du mannequin sa capacité d'adaptation et de réflexion.

Plus important encore, s'il était un moment auquel ses mots avaient sonné juste, ça avait été quand ils avaient discuté de ce qui amenait Daos ici. Peu importaient sa force, sa souplesse ou sa vivacité ; il désirait, et sincèrement pour autant que Rilend et la Panthère puissent en juger, suivre la Voie.
Alors, s'en sortait-il bien ?

Rilend chercha ses mots, soigneusement :

"Eh bien, tu te débrouilles..."

Se débrouillait comment ?
En un éclair, la réponse lui vint.
Simple. Evidente.
Juste vraie.

"...tu te débrouilles assez bien pour que j'aie envie de continuer à te voir avancer sur la Voie des marchombres. Et de t'y guider."

Regard franc, un peu grave.
Elle espérait qu'il ne se méprendrait pas sur sa réponse. Ce n'était pas une plaisanterie, ni un reproche, ni une incitation mais la vérité pure : il était un élève qu'elle avait envie de former. Tout simplement.
Le pétillement revint dans ses yeux tandis qu'elle reprenait avec une certaine légèreté mais non sans sérieux :

"Je n'ai eu aucun élève avant toi."

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Daos Loner
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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°1, suite]   Jeu 23 Fév 2017, 01:38

Daos porta son verre à ses lèvres et se mit à le siroter pour prendre le temps de réfléchir à toutes les réponses qu'il venait d'obtenir. C'était exactement le type d'échanges qu'il adorait : plusieurs questions, donnant lieu à une multitude de réponses, donnant naissance à une myriade de nouvelles questions. De quoi réfléchir et s'interroger pendant des heures sans même voir le temps passer.

L'âge de Rilend ne le surprit pas. Même si elle paraissait jeune de visage comme de corps, ses yeux dénotaient une sagesse et une maturité qui ne se retrouvent en général pas chez les jeunes adultes. La marchombre avait beau dire que l'âge n'était pas un critère, le jeune homme s'imaginait avec difficultés un maître plus jeune que lui, ou même âgé de quatre-vingt-dix ans.

Il sourit lorsque la marchombre le garda de vérifier la durée de son apprentissage. Le mot
mésaventures vint lui faire hausser un sourcil interrogateur. Aucun commentaire ne venant compléter le terme, Daos prit soin de noter dans un coin de sa tête cette question concernant le passé de son maître. Peut-être étaient-ce de douloureux souvenirs, mais il se savait incapable de résister bien longtemps à sa curiosité naturelle.  

Al-Far n'était pas si loin que cela de son village, la jeune femme et lui avaient donc presque été « voisins ». Le voyage jusqu'à la cité ne lui aurait pris qu'un ou deux jours de plus que pour se rendre à Tintiane, mais il n'avait jamais été intéressé par cette découverte. Quoique après avoir vu la splendeur d'Al-Chen, il lui faudrait sans doute revoir son jugement.

L'idée d'un grand bâtiment destiné à accueillir les apprentis ne lui paraissait plus aussi étrange avec les explications de Rilend. A la réflexion, il devait reconnaître que c'était plutôt logique d'avoir une sorte de
lieu de rendez-vous à indiquer aux futurs apprentis. Il doutait néanmoins du fait que l'Académie était si bien cachée que cela. Un groupe quadrillant la forêt bordant le Lac Chen aurait tôt fait de découvrir le bâtiment, pour peu qu'un groupe décide de faire cela.

Le jeune homme ne put retenir une grimace lorsque la marchombre évoqua leurs futures escapades loin du bâtiment
secret mais pas si secret que ça. Il avait en souvenir le trajet allant de son village à la caravane des Itinérants, maladroitement juché sur un hongre gris. Oturo, riant, avait parfaitement résumé la situation de Daos : « J'ai connu des sac de patates meilleurs cavaliers que toi ! ». Tous les bons conseils du marchombre n'avaient pu aider le jeune homme à s'accoutumer aux déhanchés du cheval, et il sentait son postérieur prêt à crier de protestation s'il s'approchait à nouveau d'un de ces animaux.

Rilend marqua un nouveau temps de réflexion avant d'aborder la dernière question de son apprenti. Elle finit de mâcher un morceau de poulet, et son regard gris vint se poser dans les yeux du jeune homme.


"Eh bien, tu te débrouilles... Tu te débrouilles assez bien pour que j'aie envie de continuer à te voir avancer sur la Voie des marchombres. Et de t'y guider."

Ses iris semblèrent s'assombrir, son regard devint plus profond encore. Plus sérieux. Daos comprit qu'elle avait pensé chacun de ses mots. Comprit que s'il avait été médiocre, elle n'aurait pas hésité un seul instant à le lui dire. Il sentait que la sincérité dont elle faisait preuve marquerait ces trois prochaines années. Qu'il n'y aurait pas de caresses, pas de mots doux et rassurants. Rien qu'une franche vérité, qu'elle soit ou non plaisante à entendre, car c'était ainsi et seulement ainsi qu'un élève pouvait espérer progresser.

Il savait qu'il n'aurait pu rêver meilleure maître, et soutint le regard qui le transcendait. Avec gratitude. Il avait choisi de fouler cette Voie. Elle avait choisit de le guider.


"Je n'ai eu aucun élève avant toi. "

Daos avait tant été absorbé par les réponses qui lui étaient offertes qu'il en avait oublié cette question. Il se remémora la matinée en un instant. La marchombre n'avait jamais fait preuve d'hésitation, n'avait jamais semblé chercher un exercice ou buté sur une explication. Qu'il soit son premier apprenti ne posait aucun problème au jeune homme, il se doutait que la Voie des marchombres n'était pas une discipline qu'un professeur pouvait vous enseigner à l'aide de livres et de principes arrêtés. Il savait que ces trois années seraient un partage de connaissances, et que Rilend saurait le guider.

Il déglutit et reposa sa fourchette dans son assiette, déclarant :


- Fini !

Un sourire vint étirer ses lèvres alors qu'il songeait à une dernière question.

- Merci pour vos réponses. Toutefois, même si l'estomac se contente d'une excellente assiette, la curiosité en redemandera toujours. Quel est le but de la... Gestuelle marchombre ?

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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°1, suite]   Dim 26 Fév 2017, 21:06

Dans le regard de Daos, Rilend lut qu'il avait saisi sa réponse à sa juste mesure. Elle lui en fut reconnaissante, et le garçon grimpa encore quelques échelons dans son estime tandis qu'il lui adressait un coup d'oeil empreint de gratitude dont elle ne sut trop que faire. Ils ne se connaissaient que depuis le matin, mais il semblait que le jeune homme ait apprécié son premier cours...
Le silence retomba quelques instants et ce fut Rilend qui l'écarta de nouveau avec la seconde information. Celle-ci ne sembla pas éveiller d’intérêt, de réaction particuliers de la part de Daos, et la marchombre s'en sentit presque soulagée. Ainsi, elle réalisa qu'elle avait, quelque part en elle, redouté de fournir cette réponse.

Tandis que son élève s'en prenait cruellement à son assiette, la jeune femme tourna et retourna cette notion en silence. Parler, à demi-mot, de son premier exercice comme maître ne lui avait posé aucun souci devant Hièlstan, pourtant lui aussi un enseignant de longue date. Face aux membres de l'Académie, elle avait su défendre son désir de guider un élève sans fausse modestie et sans crainte.
Avait-elle craint la réaction de son élève, eu peur qu'il ne se voie comme le "coup d'essai" d'une marchombre qui enseignait pour la première fois ? Peut-être bien...et Rilend était presque étonnée de la promptitude avec laquelle elle avait décidé que l'avis du garçon compterait pour elle.

Lequel reprenait d'ailleurs la parole pour une énième question qui tira un léger sourire à Rilend. Daos était, indéniablement, un grand bavard...si différent de l'élève discrète et presque renfermée qu'elle avait longtemps été ! Les questions n'étaient pas dans les habitudes de Rilend : elle écoutait, observait et apprenait ainsi, quand son apprenti semblait rechercher les explications et les instructions formulées, et même clairement formulées.
Et il posait une question difficile...mais Rilend se remémorait ses premiers pas sur la Voie et lui adressa un regard amusé :

"Tu ne te serais pas un peu ennuyé quand nous en avons fait tout à l'heure ?"

Puis elle reprit, soigneusement. La gestuelle marchombre était un rituel difficile à exposer et à expliquer et, Rilend s'en rendait compte, fournir une explication impliquait de disposer d'une grande clarté d'esprit quant à ce qu'on tentait de détailler :

"C'est un exercice assez couramment pratiqué...mais personne n'y trouve de réel intérêt au début !
- clin d'oeil - C'est plus un exercice mental, de concentration, que physique. Comme je te le disais, la précision des gestes n'a pas une importance majeure, mais ils aident à atteindre le coeur de l'exercice. En pratiquant la gestuelle marchombre, tu dois rechercher un état assez particulier, d'observation, presque détaché. D'abord, en portant ton attention alternativement sur toi et sur ton environnement. Sur toi-même, tout entier, c'est à dire les informations que t'envoient tes articulations, ton corps mais aussi les pensées qui te traversent l'esprit, sans t'y attacher, juste en observant...et sur ton environnement, de la même manière, sans t'arrêter sur un point ou un autre mais en essayant plutôt de tout sentir, tout percevoir et de ne rien interpréter, retenir ou détailler. Juste en laissant glisser chaque instant sans t'y arrêter."

Instant de silence. Rilend joua avec sa fourchette, pensive.

"L'objectif au bout du compte, c'est de ne plus avoir besoin de jongler ainsi, de réussir à garder conscience de tout, c'est à dire de ce qui est toi et de ce qui ne l'est pas, sans distinction ni vacillement."

Sourire.

"Ce n'est pas évident, loin de là, et ce n'est jamais "acquis" ou gagné...et ce n'est pas non plus facile à expliquer tant que tu n'as pas expérimenté ce dont j'essaie de te parler ! Un peu comme le fait de sentir la pierre, tout à l'heure, sur le rocher...
Mais, si tu as déjà pratiqué la méditation, c'est à peu près proche de cet exercice."


La tenancière franchit soudain la porte de l'arrière-salle pour revenir vers eux et Rilend, la sentant approcher dans son dos, sans se retourner, se tut. La matrone leur demanda d'une voix tonitruante - qui fit mal aux oreilles de la marchombre, mais elle se contint - s'ils prendraient un dessert, un café, une bière. Rilend refusa poliment, interrogea Daos du regard et, devant son refus à lui aussi, exprima une fin de non-recevoir à l'imposante créature.
La tenancière énonça alors son prix, modique - c'était là un repaire de pêcheurs ! - que Rilend régla avec un sourire poli, quelques mots convenus qui apaisèrent suffisamment la forte femme pour qu'elle retourne satisfaite derrière son comptoir. Puis elle se tourna vers Daos :

"Pas trop épuisé ?"

Quand il se leva à son tour, il avait l'air las mais encore alerte et capable, et Rilend lui fit signe de l'accompagner. De toute façon, elle n'avait rien prévu de physiquement insurmontable pour cet après-midi, encore moins juste après le repas.
Et de toute façon, Daos dormirait bien ce soir...

 *
* *
 *

La halle aux pêcheurs était un bâtiment immense, au toit arrondi et vaste, de cuivre orné. Il resplendissait au soleil, tiédi malgré le froid ambiant par sa couverture de métal. Autour de lui, une vaste zone dégagée permettait aux voitures à cheval, calèches, chevaux chargés de paniers et autres moyens de transport pour la pêche du jour de circuler aisément. Les poissons s'engouffraient sous la halle par grandes caisses, là où se déroulait la plus grande criée d'Al-Chen. La rumeur de la foule, même en ce presque milieu d'après-midi, était grondante, variable et vibrante devant les deux marchombres.

Rilend aimait ce bâtiment pour son côté accueillant. Il se dressait là, carré et aux murs même légèrement penchés vers l'intérieur, tout faits de pierres massives et jointes par du mortier ajusté laissant apparaître de solides rainures. Idéales pour un pied d'apprenti ! L'inclinaison du bâti facilitait l'escalade, les murmures de la foule en dissimulaient les bruits et les gardes surveillaient bien davantage les deux entrées que les toits...
Rilend, avec l'air détaché d'une promeneuse, expliqua à Daos tandis qu'ils contournaient le bloc de maçonnerie sans s'attirer plus d'un regard ou deux :

"Les gardes ne peuvent pas te voir quand tu es collé au mur latéral, ni quand tu es au milieu du toit, mais ils pourraient t'apercevoir lorsque tu franchis la rigole, pendant le premier mètre d'escalade ou au moment où tu te retrouveras sur le toit."

Elle ralentit légèrement le pas en abordant le mur en question, incliné et massif, accueillant, arc-bouté sous un toit qui trônait à quelques six mètres à peine. Une rigole d'un mètre de large courait au pied du mur, charriant l'eau de lavage des poissons, la glace fondante, renvoyés dans le Lac Chen sans autre forme de procès. Une rigole profonde de bien un mètre, où Daos risquait de plonger fort peu discrètement si il manquait une prise...
Mais elle serait derrière lui.

Les gardes allaient, venaient, discutaient et riaient ou se taisaient et se concentraient sur les alentours. Rilend se pencha imperceptiblement vers son apprenti :

"Leur attention est globale, mais incomplète, à toi de passer entre les mailles. Trouve ton bon moment"

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Daos Loner
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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°1, suite]   Ven 03 Mar 2017, 00:45

"Tu ne te serais pas un peu ennuyé quand nous en avons fait tout à l'heure ? "

Daos eut un petit rire gêné. La marchombre avait vu juste, l'exercice lui avait paru bien long. Il écouta sa réponse avec attention.

"C'est un exercice assez couramment pratiqué...mais personne n'y trouve de réel intérêt au début ! C'est plus un exercice mental, de concentration, que physique. Comme je te le disais, la précision des gestes n'a pas une importance majeure, mais ils aident à atteindre le coeur de l'exercice. En pratiquant la gestuelle marchombre, tu dois rechercher un état assez particulier, d'observation, presque détaché. D'abord, en portant ton attention alternativement sur toi et sur ton environnement. Sur toi-même, tout entier, c'est à dire les informations que t'envoient tes articulations, ton corps mais aussi les pensées qui te traversent l'esprit, sans t'y attacher, juste en observant...et sur ton environnement, de la même manière, sans t'arrêter sur un point ou un autre mais en essayant plutôt de tout sentir, tout percevoir et de ne rien interpréter, retenir ou détailler. Juste en laissant glisser chaque instant sans t'y arrêter. "

Rilend marqua une pause. Elle eut l'air de réfléchir quelques instants, puis poursuivit :

"L'objectif au bout du compte, c'est de ne plus avoir besoin de jongler ainsi, de réussir à garder conscience de tout, c'est à dire de ce qui est toi et de ce qui ne l'est pas, sans distinction ni vacillement. Ce n'est pas évident, loin de là, et ce n'est jamais "acquis" ou gagné...et ce n'est pas non plus facile à expliquer tant que tu n'as pas expérimenté ce dont j'essaie de te parler ! Un peu comme le fait de sentir la pierre, tout à l'heure, sur le rocher...
Mais, si tu as déjà pratiqué la méditation, c'est à peu près proche de cet exercice. "


Le jeune homme se souvint d'un ouvrage qu'il avait feuilleté, parlant de la méditation. Le principe de l'exercice ne l'avait jamais beaucoup intéressé. Il considérait que ses quelques heures de courses quotidiennes avaient à peu près le même but : lui vider la tête. A ceci près qu'il travaillait son endurance en même temps, ce qui était loin d'être négligeable. Le bruit du plancher de bois craquant sous une démarche chaloupée fit tourner la tête de Daos. Il aperçut la patronne de l'établissement qui s'avançait vers eux. L'apprenti imita son maître en refusant desserts et boissons supplémentaires. Rilend se tourna vers lui avec un regard interrogateur.

"Pas trop épuisé ? "

Daos se leva et repoussa sa chaise contre la table. Sautillant sur place, il constata que ses muscles répondaient présents, et acquiesça. D'un signe de tête, Rilend l'enjoignit à la suivre. Ils saluèrent la tenancière, accoudée au comptoir, et sortirent. Les rayons du soleil de l'après-midi tenaient la fraîcheur de l'hiver à distance. Maître et élève remontèrent l'avenue pavée de marins et travailleurs. Il atteignirent un grand édifice surmonté d'une coupole brunâtre, sous lequel s'agitait une foule disparate et bruyante. Le jeune homme observa Rilend tandis qu'elle parlait, les mains dans les poches et un air tranquille sur le visage :

"Les gardes ne peuvent pas te voir quand tu es collé au mur latéral, ni quand tu es au milieu du toit, mais ils pourraient t'apercevoir lorsque tu franchis la rigole, pendant le premier mètre d'escalade ou au moment où tu te retrouveras sur le toit. "

Daos tourna son regard vers les endroits que nommait la marchombre. L'eau de la rigole était jonchée de débris de poissons et de morceaux de glace, froide et sombre dans l'ombre du bâtiment. Il frissonna en imaginant la température à laquelle elle devait être. Le mur, qui s'enfonçait dans le sol pour devenir l'un des bords de la rigole, était légèrement incliné vers l'intérieur du bâtiment et ses pierre bossues laissaient entrevoir de nombreux espaces à leurs jointures. Il n'aurait aucun mal à y glisser la pointe de sa botte ou ses doigts. Daos leva les yeux vers le haut du mur, à environ sept -peut-être huit- mètres du sol, plissant les paupières face à l'éclat du soleil. Le toit présentait un arrondi léger, d'autant que le jeune homme pouvait en juger d'ici. Il serait sans doute facile de marcher dessus, mais peut-être un peu moins d'amorcer la transition depuis le mur de pierres.

"Leur attention est globale, mais incomplète, à toi de passer entre les mailles. Trouve ton bon moment "

Le jeune homme hocha doucement la tête. Les gardes étaient suffisamment décollés des murs pour distinguer les endroits dont Rilend venait de parler. Larges silhouettes vêtues d'un métal brillant au soleil, les colosses d'Al-Chen portaient tous le même regard tranquille sur la foule, observant tout et rien à la fois. Daos fronça les sourcils. La marchombre prétendait que leur attention était incomplète, mais elle était justement une marchombre. Pour lui, simple apprenti avec une petite demi-journée de cours et une assiette de poulet derrière lui, les yeux des gardes formaient un barrage infranchissable. Il prit la décision d'employer une méthode plus à sa portée.

Le jeune homme repéra les deux gardes les plus susceptibles de l'apercevoir. Tous deux se trouvaient à moins de dix mètres. Il fronça les sourcils quelques instants, puis reprit une expression neutre, quoique teintée d'un léger sourire victorieux, en apercevant deux passants qui venaient de se bousculer. Les deux belligérants eurent tôt fait de commencer à s'invectiver, attirant l'attention des gardes une fraction de secondes. L'instant qu'il attendait.

Conscient de son niveau en escalade, et du risque qu'il encourrait en grimpant au-dessus de la rigole à l'eau glacée, l'apprenti eut le bon sens de ne pas sauter sur le mur. Il plaça plutôt son pied gauche sur le bord de pierre, et enjamba la rivière artificielle pour venir tranquillement caler son pied droit dans une large rainure. L'heure n'était pas à l'économie et la réflexion, aussi poussa-t-il avec force sur sa cuisse pour rapidement se hisser hors du regard des gardes. Ses doigts crochetèrent le bord d'une pierre sombre, suivis quelques instants plus tard par la pointe de sa botte une fois qu'il eût attrapé une prise plus haut. L'escalade était plutôt facile, semblable à celle du
"gros caillou". Désormais invisible aux yeux des gardes, il put retrouver les sensations qu'il avait eu dans la forêt au cours de la matinée. Ses cuisses, bien moins fatiguées que ses épaules, le poussaient avec régularité vers le toit de l'édifice.

Daos ralentit sa progression à deux mètres du toit, avant de s'immobiliser. De là où il était, les gardes étaient toujours cachés par les murs du bâtiment. Il avisa le toit au-dessus de lui, puis se remit à grimper. Ses mains happèrent un ornement soudé au bord du toit, son pied se posa sur la dernière pierre et soudain, il fut debout. Le jeune homme marcha avec précaution jusqu'à se trouver proche du centre du bâtiment, désireux de rester hors de la vue des gardes. Ses cuisses le chauffaient, ses épaules le brûlaient, mais le jeu en valait la chandelle. L'avenue s'étendait à ses pieds, débordante de monde. Les caisses de marchandises s'empilaient à intervalles réguliers, enfermant la foule entre leur bois et la pierre des bâtiments qui délimitaient le passage. Le toit arrondi l'avait amené bien plus haut que le mur qu'il venait d'escalader. De là, il pouvait voir la plupart des toits des autres bâtiments autour de l'avenue et de la place qui bordait l'édifice où il se trouvait.

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°1, suite]   Lun 06 Mar 2017, 17:01

Le jeune homme ne manquait manifestement pas d'énergie. Si le discours de son maître sur la gestuelle marchombre paraissait l'avoir laissé quelque peu dubitatif, il fit néanmoins preuve d'un bel enthousiasme quand elle lui demanda s'il se sentait fatigué. Rilend esquissa un sourire en le voyant sautiller sous le regard passablement perturbé de la patronne, puis le guida au travers des ruelles.

 *
* *
 *

Elle le regardait se faufiler vers le mur.
Sa démarche faussement dégagée était habile, bien qu'elle l'eût inévitablement désigné comme un passant méditant quelque méfait à des yeux expérimentés : Daos feignait la détente, il ne se coulait pas encore naturellement dans l'activité de la rue.
Cela viendrait.
Comme viendrait, dans dix jours ou dix semaines, un certain sens de la gestuelle marchombre, du Temps ou des forces qui les entouraient. Il n'en était qu'à ses premiers pas sur la Voie, quoiqu'elle parût lui convenir, et Rilend ne s'inquiétait guère de savoir si Daos allait progresser et comprendre ce qu'il avait tant de mal à appréhender. Il était en train de le faire en ce moment même.

Elle le regardait escalader le mur et nota une certaine évolution, discrète mais criante aux yeux d'un maître, de sa technique. Il tirait moins sur ses bras, poussait davantage sur ses cuisses et cette attitude contre-intuitive au début le servirait sous peu : les jambes étaient faites pour porter son corps des kilomètres durant, endurantes et régulières, comme lorsqu'il courait. Ses bras n'étaient pas des cordes visant à le hisser. En course, ils assuraient l'équilibre et le rythme, pas la portance.
C'était là une analogie qu'elle pourrait utiliser avec le garçon si le besoin s'en faisait sentir, songea Rilend en se coulant discrètement à sa suite. Les belligérants séparés, les gardes lorgnaient les alentours à nouveau mais Daos était déjà hors de portée, trop haut. Et la marchombre était trop marchombre pour qu'ils la repèrent dans ces conditions faciles.

Comprendre le rythme des alentours pour s'en saisir et ne pas l'adopter, mais s'y faufiler discrètement. Sauter la rigole, atterrir sur le mur et s'y coller du bout des doigts, sentir la pierre taillée et domestiquée qui n'en était pas moins pierre et vibrait à sa façon. Les infimes variations de tenue du mortier, là où l'eau ruisselait et l'effritait, là où le soleil l'altérait, et les endroits accueillants pour ses doigts et ses pieds.
Elle ralentit l'allure pour demeurer derrière Daos, qui s'en tirait plutôt honnêtement. Oui, il comprendrait...tout en grimpant, Rilend s'émerveilla de l'ébullition intellectuelle dans laquelle la plongeait ce cours. Tout devenait prétexte à leçon, à découverte, mise à l'épreuve. La ville, le monde se chargeaient d'apprendre à qui sait écouter ce qu'il a besoin d'apprendre, mais son rôle était de coordonner cet apprentissage, de lui instiller une certaine logique et d'attirer l'attention de Daos sur les bonnes choses au bon moment.

Etait-il entreprise plus stimulante ?

Elle ne l'attendit pas sur le toit ; elle grimpa derrière lui et le laissa rejoindre le faîte. Le marché était détaché du reste des bâtiments et à part un autre monte-en-l'air, nul ne saurait repérer ce duo silencieux qui foulait le cuivre à pas, furtifs pour l'une et discrets pour l'autre, pour s'arrêter au milieu. Il étaient sur le toit du monde, du petit monde d'un gosse des villes qui n'a jamais de sa vie gravi une falaise des Dentelles Vives, le Rentaï, franchi un col.
Pourtant, même pour Rilend, ils étaient sur le toit du monde.
Elle laissa un léger sourire courir sur ses lèvres.

Sous eux, la ville fourmillait d'activités, d'odeurs et de bruits. Certains évidents et d'autres plus discrets, des cris des marchands à une discussion sourde entre deux amants en passant par le souffle rauque d'un cheval. Il était impossible de tout entendre et analyser en même temps ; il était tout à fait envisageable de tout observer et percevoir...et c'était précisément ce qui attendait Daos.
Rilend le laissa goûter du plaisir de ce toit tiédi de soleil, de la fierté du travail accompli quelques minutes, jouir de la vision de la ville minuscule. Quand il revint quelque peu à l'instant présent, elle le gratifia également de quelques détails sur la topographie d'Al-Chen.
Puis...

"Pas besoin de gestuelle cette fois-ci. Reste ici, et essaie de percevoir tout ce que tu peux en même temps."

Une pause.

"Tu n'y arriveras pas si tu essaies d'analyser tout ce qui se passe ou de retenir. Laisse glisser les informations mais tâche d'en percevoir un maximum. Ne cherche pas à comprendre tout de suite."

Un petit sourire encourageant :

"Quand tu estimeras avoir fait au mieux de ce que tu peux faire, tu pourras réfléchir à l'impression globale que cela t'en a laissé...et m'en faire part pour tout ou partie."

Paisiblement, Rilend s'assit sur le toit dont la chaleur monta dans ses hanches et ses reins, sous le froid soleil d'hiver. Sa position d'attente, souple et détendue, n'en était pas moins une assise d'où elle pourrait bondir en un seul geste si le besoin s'en faisait sentir.
Elle avait volontairement laissé des instructions évasives.
Elle était curieuse de voir ce que Daos en ferait.

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°1, suite]   Lun 13 Mar 2017, 02:31

Daos s'accroupit lentement, les avant-bras posés sur ses cuisses et le dos droit. Ses cuisses et ses mollets s'étirèrent délicieusement en reprenant leur souffle après une journée de mouvements nouveaux pour eux. La chaleur des rayons du soleil sur son visage combinée à la digestion du repas qu'il venait d'avaler vinrent fermer les paupières du jeune homme. L'agitation qui régnait sur le marché en contrebas était trop lointaine pour être une source d'agacement pour ses oreilles. Il se força à ouvrir les yeux pour successivement fixer les directions que Rilend lui pointait du doigt.

La marchombre lui détailla l'agencement de la ville d'Al-Chen. L'apprenti battit des cils lorsqu'elle évoqua le Dôme, la Place des Arts et lui indiqua où se trouvaient la Porte Sud, L'Evaline et La Cardinale par lesquels ils étaient passés. Ses sourcils se haussèrent en apprenant que les remparts de la ville n'étaient pas totalement clos, mais ouvert sur quelques centaines de mètres face au Lac Chen. Il les fronça en se demandant ce qui avait pu justifier ce choix. Le sud de Gwendalavir était plutôt tranquille, contrairement au nord qui grouillait de géants et de Raïs, mais il avait entendu parler des Pirates Alines. En cas de guerre ouverte, il leur serait sans doute très facile de remonter le Pollimage et de venir assaillir la cité en passant par le Lac Chen.


"Pas besoin de gestuelle cette fois-ci. Reste ici, et essaie de percevoir tout ce que tu peux en même temps. "

Daos tourna la tête vers Rilend, se promit de demander plus tard des détails supplémentaires sur les choix architecturaux d'Al-Chen et ouvrit les oreilles pour enregistrer le restant des consignes que lui donnait la jeune femme.

"Tu n'y arriveras pas si tu essaies d'analyser tout ce qui se passe ou de retenir. Laisse glisser les informations mais tâche d'en percevoir un maximum. Ne cherche pas à comprendre tout de suite. Quand tu estimeras avoir fait au mieux de ce que tu peux faire, tu pourras réfléchir à l'impression globale que cela t'en a laissé...et m'en faire part pour tout ou partie. "

Elle s'assit en souplesse et le fixa du regard. Toujours accroupi, le jeune homme tourna la tête en direction du marché. Ses yeux se posèrent sur l'un des deux hommes qui s'étaient invectivés juste avant qu'il ne débute son escalade. Il ressortait du bâtiment, une large caisse vide à la main et se dirigeait vers le marché. Les pupilles du jeune homme s'étrécirent lorsqu'un marchand souleva le couvercle de métal de l'un de ses tonneaux et que la surface argentée réfléchit les rayons du soleil. Il détourna le regard et se concentra sur une carriole à laquelle étaient attelés deux lourds chevaux de trait. Le véhicule se déplaçait le long de l'avenue, mené par un petit homme à l'air tranquille juché sur le siège à l'avant. "Ne cherche pas à comprendre tout de suite."

Daos eut un petit rictus amusé. Voilà quelque chose dont il était absolument incapable. Sa tête fourmillait constamment de questions : qui, quoi, où, comment, avec qui, pourquoi ? La curiosité qui l'habitait était presque maladive. Il poussa un long soupir en fermant les yeux. Il réfléchissait. D'ordinaire, son regard se portait sur les détails de ce qu'il observait, avant de revenir sur l'entourage global. Pour réussir à faire ce que lui demandait Rilend, il lui faudrait sans doute ne pas s'attarder sur les détails, ou du moins pas dans l'immédiat.

Il pointa ses yeux sur le pied du poteau d'un étal en bordure du marché du marché et tenta d'observer les alentours, sans bouger son regard. D'aussi loin, il n'utilisait même pas sa vision périphérique, ce qui lui permettait d'avoir une vision claire des alentours du point qu'il fixait. Le brouhaha ininterrompu qui s'élevait de la place n'était pas bien intéressant, contrairement aux formes qui se déplaçaient parmi les étals et dans l'avenue. La plupart des habits qui traversaient son champ de vision n'était pas d'excellente facture, le marché devait être peuplé de plus de travailleurs que de bourgeois à la recherche de denrées. Plusieurs enfants jouaient près d'un des bâtiments qui bordaient l'avenue. Il perdit la quasi-immobilité de son regard lorsqu'une fillette s'éloigna du groupe et se dirigea vers l'étal qu'il fixait. Ses yeux suivirent la petite, vêtue d'un pantalon élimé et d'une tunique sale, dont la démarche faussement innocente fit froncer les sourcils au jeune homme. Elle semblait regarder d'un peu trop près l'étalage de l'un des marchands. L'homme s'en aperçut, et chassa la fillette d'un grand geste. Daos eut à peine le temps d'ajuster son regard pour distinguer l'un des garçons qui jouaient avec la fillette saisissant la bourse que le marchand portait à sa ceinture. Le pauvre bougre ne le remarqua même pas, l'action s'était déroulée alors qu'il levait le bras pour éloigner la petite fille. La bande se réunit à l'ombre d'un bâtiment, visiblement réjouie de son exploit.

Daos sourit et porta son attention sur les gardes au pied du bâtiment. L'un d'eux semblait avoir également vu le larcin, car il désigna du doigt la petite bande à l'un de ses collègues. Les deux colosses en armure s'esclaffèrent, mais restèrent étonnamment à leur poste. Le jeune homme abandonna sa position accroupie en se laissant doucement basculer vers l'arrière. Il poussa sur ses jambes pour glisser le long du toit et se placer à côté de Rilend, calant lui aussi son dos contre le cuivre du dôme.


- Pffff, soupira-t-il. Mon impression globale... Je ne sais pas trop. Je n'ai pas remarqué grand chose d'intéressant, hormis le fait que les gardes d'Al-Chen semblent suffisamment détendus, ou peut-être laxistes, pour laisser la bourse d'un marchand entre les mains d'un groupe de gamins des rues. Pas une mauvaise chose, en soi. Le marché semble peuplé de plus de travailleurs que de promeneurs et... Voilà.

Il fit une petite pause, puis conclut en faisant la moue :

- Je n'ai pas l'impression d'être bien doué pour ça. Le regard global
, ajouta-t-il. J'adore analyser et comprendre. Quand je remarque quelque chose d'intéressant, je me fixe dessus et j'oublie tout le reste.



[Navré pour le retard, semaine chargée et panne d'inspiration]

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°1, suite]   Jeu 23 Mar 2017, 00:16

[pardon pour le retard, gardes de nuit et cie m'ont rompue]

Daos semblait près de s'endormir et son attitude tira un discret sourire à la marchombre. La somnolence naturelle de début d'après-midi, quand la température corporelle chute, la digestion et la matinée d'entraînement réclamaient leur tribut au jeune homme qui parvint pourtant à garder les yeux ouverts pour suivre les explications de son maître. Sitôt qu'il revint au moment présent, l'élève parut s'animer, son expression se fit songeuse et son regard s'éclaira. Un millier de questions semblaient affluer à son esprit à chaque mot de la marchombre, qui en confirma son impression première : Daos analysait beaucoup.

Ce n'était pas en soi une mauvaise chose, à peine une difficulté parmi d'autres dans sa formation de toute manière fort peu aisée. Il la surmonterait comme d'autres, et si Rilend n'aurait su dire lequel prenait le chemin le plus court entre un élève réfléchi et un autre irréfléchi, elle était certaine qu'aucun des deux n'était une impasse. La marchombre se promit néanmoins de laisser de vrais moments, ou de questionnements, ou d'introspection, ou de réflexion à son étudiant sous peine de le voir s'abîmer dans un questionnement sans fin au moment le plus inopportun...comme celui qui semblait maintenant agripper Daos, quoique l'instant ne fut pas si mal choisi.

Assise en tailleur, elle le regardait faire.

Tout d'abord, il ne s'y prit pas de la façon qu'elle attendait, sautant de détail en détail sans chercher la globalité. Il s'attachait, ci, là, à droite et à gauche, fixant son regard tantôt sur un sujet, tantôt sur l'autre. Il grimaçait légèrement, sous le soleil ou d'effort tandis que ses pupilles s'étrécissaient par à-coups et que de légers rictus faisaient frémir lèvres ou sourcils. Si Rilend s'était risquée à une interprétation plus poussée, elle aurait presque pensé que Daos paraissait...sceptique.

Puis il ferma les yeux et soupira. La marchombre vit ses épaules se détendre, ses cuisses également, et son centre de gravité retrouver un contact plus franc avec le toit chaud. D'une immobilité de pierre, autant que l'air chaud qui frémissait autour d'eux, Rilend attendit qu'il trouve son chemin.
Trouva-t-il un chemin, elle n'aurait su le dire mais en tous cas, quand il rouvrit les yeux, elle vit tout de suite à son attitude que Daos avait changé d'angle d'attaque. Sans papillonner, le garçon regarda tout droit et regarda large ; ses pupilles demeuraient presque fixes, sautant à peine de droite et de gauche au gré de ses infimes mouvements de tête, comme le font toutes les pupilles de tous les yeux du monde. Il se concentrait, et la marchombre pouvait presque voir les rouages tourner à toute allure dans sa tête.

Puis, le garçon rompit la cadence et de nouveau, ses yeux virevoltèrent, moins franchement mais s'attachant encore à des figures mouvantes, des éclats de lumière ou de couleur, des visages et des figures. Rilend coula un oeil sur le côté pour repérer l'altercation qui attirait son attention, nota au passage l'agitation rythmée et coulée de la foule, l'ambiance tranquille du début d'après-midi dans laquelle la gamine peignait mille fausses notes. Une diversion, un autre gamin, dans le rythme celui-là, et tout autour la masse indifférente. D'autres accrocs sautaient aux yeux de la marchombre, comme on repère les taches de couleur ou d'ombre dans une toile uniforme. La rue était paisible, quotidienne, toute en habitudes. Nul esclandre.

La jeune femme revint à son élève qui, lui, regardait au pied du bâtiment. Elle le laissa finir son observation et glisser auprès d'elle pour lui offrir un compte-rendu succinct et partiel de son observation : Rilend était sûre qu'il n'avait pas observé que cela...mais l'exercice n'avait pas pour but l'objectivité, ni même l'exhaustivité.
Elle sourit discrètement à l'évocation de l'enfant des rues ; nombreux étaient ceux qui considéraient ces gamins avec une certaine tolérance, gardes y compris. A Al-Chen, les mendiants étaient suffisamment peu nombreux ou discrets pour s'attirer la complaisance des autorités pour peu que leur proie ne fût ni noble, ni de nature à tempêter. A Al-Far, se souvenait la marchombre, la profusion de voleurs et de petites rapines en tous genres rendait l'exercice autrement plus dangereux et les gardes plus vigilants. Tant mieux, effectivement, si les gamins d'Al-Chen avaient la vie plus facile qu'elle ne l'avait eu...

Et Daos lui offrit deux nouveaux angles, sur lesquels la jeune femme rebondit avec un regard légèrement provocateur. Elle reviendrait plus tard sur ses doutes et sa croyance limitante, pour l'heure, la discussion s'orientait vers un autre point.

"Tu veux dire qu'il se passe des choses plus intéressantes que d'autres, dans cette rue ?"

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°1, suite]   Jeu 23 Mar 2017, 17:47

- Ce n'est pas ce que j'ai dit, répondit Daos en souriant.

L'arrondi du toit, contre lequel il s'était appuyé comme Rilend, courbait un peu trop son dos vers l'arrière à son goût. Ramenant ses jambes vers lui pour s'asseoir en tailleur, le dos maintenant droit, il tourna la tête vers la marchombre.


- Pour autant, c'est ce que je pense. L'intérêt est quelque chose de très subjectif, mais il suit forcément une hiérarchie. La dalle à moitié fendu aux pieds de ce garde, fit-il en désignant l'un des colosses en contrebas, m'intéresse moins que le marchand qui s'est fait voler, et lui-même m'intéresse plus que les gamins -il les désigna du menton- qui...

Ses yeux se plissèrent en ne rencontrant que la pierre grise du mur à l'ombre duquel les enfants avaient trouvé refuge, puis scrutèrent les alentours. Il sourit en reprenant :

- … Ne sont plus là. Bref, ils m'intéressent moins que le marchand, maintenant qu'ils ont terminé leur larcin. Je suis en revanche curieux de voir sa réaction. Ou même de voir à quel moment il s'en rendra compte. Sans doute lorsqu'il encaissera ce client.

Son sourire s'élargit quand il vit l'homme se saisir des pièces que lui tendait l'ouvrier, porter la main à sa bourse et se rendre compte de son absence. Il comprit en ne la voyait pas au sol autour de lui. Pestant et agitant les bras en tout sens, il sembla proférer une malédiction, mais se résolut bien vite à la perte de son argent. Daos pencha la tête en avant et éclata de rire en voyant l'air innocent qu'arboraient les gardes qui n'avaient rien manque de l'action.


- Bah oui, une bourse à la ceinture et derrière toi, tu l'as cherché
, murmura-t-il.

Les gardes ne bougeaient pas, et le marchand était retourné à ses ventes. En y réfléchissant, Daos se rendit compte que c'était normal : les gardes n'avaient aucune chance de retrouver les voleurs, et encore moins la bourse. Il était donc inutile de se déranger. Le jeune homme tourna la tête vers Rilend et reprit :


- Enfin bref, oui. Il y a toujours des choses plus intéressantes que d'autres. Dans cette rue, dans une autre, énuméra-t-il... Sur la Place aux Arts, sur les murailles, au Lac Chen, à l'Académie, à la Citadelle, dans une forêt ou mon village... Mais ce n'est pas pour autant qu'elles sont totalement dénuées d'intérêt.

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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°1, suite]   Lun 03 Avr 2017, 23:55

Le sourire de la marchombre était pétillant.
La taquinerie discrète dans la voix de son maître n'avait certainement pas échappé à Daos, puisqu'il répondait en souriant. Tandis que le garçon se redressait, la marchombre demeura allongée contre le toit qui épousait les courbes de son dos arqué, des hanches à la nuque, tout en souplesse et toute en souplesse. Les yeux flirtant avec les nuages et, au-dessous d'eux, les hauteurs arrogantes d'Al-Chen, elle écoutait son apprenti peser ses mots ou les laisser filer.
Et laissa une seconde de silence entre eux avant de reprendre.

"Je suis d'accord avec toi. Pour reprendre ton exemple, je n'éprouve pas vraiment d'intérêt envers une dalle fracturée...à la rigueur un brin de curiosité. Mais ce qui est peu intéressant mérite néanmoins toute ton attention, tout autant que ce qui est intéressant à tes yeux."

Elle se redressa et s'étira, féline.
Au-dessous d'eux, des gamins cavalaient et le bruit de leur course montait jusqu'aux deux marchombres. Savaient-ils, les garnements, que des adultes faits escaladaient comme eux les toits, guettaient comme eux les gardes ? Percevaient-ils le regard affectueux avec lequel la jeune femme aurait pu les regarder, voyant à travers eux l'enfant d'Al-Far, la revanche qu'elle avait pris, la force incroyable de la Voie ?
Ils étaient plus qu'un symbole pour Rilend, ces gamins...
C'est pourquoi une tristesse insondable et furtive brilla dans les iris gris à l'écoute des rires, trilles insouciantes et victorieuses. Elle ne dura qu'un temps ; la marchombre se reprit vite et fit quelque pas, jusqu'à l'extrême bord du toit, se déplaçant avec la délicatesse d'un chat. Nul ne broncha, pas un garde ne leva les yeux.
Quant bien même ils l'auraient fait, Rilend n'aurait pas été aisément visible : le soleil, derrière elle, se reflétait sur le toit de cuivre de telle façon que l'aveuglante clarté frapperait les observateurs en pleine figure s'il leur venait à l'idée de hausser le regard. Ils apercevraient une silhouette, peut-être une femme ; pas de visage. Une ombre auréolée du rude soleil d'après-midi.
La marchombre pivota souplement et fit face à son élève, tout sourire :

"Ne cherche pas à oublier les détails. Les détails sont un raccourci pour nous ! Ils nous rendent invisible ou nous donnent un temps d'avance, bien souvent nous tirent d'affaire."

Clin d'oeil.

"Tous les détails. Parfois, ils sont intéressants. Parfois, pas. Mais ils méritent tous la même attention."

D'un geste vif, Rilend entraîna l'apprenti à sa suite, bondissant sur le toit, sans crainte et toute en souplesse. Elle courait sans bruit et derrière elle, la vibration des pieds de Daos lui assurait que son élève la suivait, si elle en avait encore douté...mais le vacarme du marché bruissant était tel que nul n'entendrait la cavalcade des deux trublions sur le cuivre. Sous les pieds bottés de la jeune femme, le métal ondoyait rouge et orangé, jetait des éclats de lumière vermillon et fredonnait à l'unisson de ses pas, sa chaleur caressant les pieds de la femme qui volait au-dessus de lui.
La Panthère en elle, la femme aussi, toutes deux s'exaltaient de ces courses folles, certes plus fréquentes sous les frondaisons qu'au faîte des toits. C'était là l'expression d'une vitalité animale et pétillante, quand elle dansait avec le vent qui agitait gentiment ses longs cheveux ou son épaisse fourrure noire.
Derrière elle, Daos, et Rilend s'assura qu'il suivait son rythme. Espéra qu'il s'amusait aussi.
Elle se laissa glisser, lentement, attendant son apprenti, le long du mur le plus éloigné des gardes et toucha le sol dans une rue vide pour mieux se faufiler dans une ruelle attenante. De boyau en coupe-gorge, la marchombre se faufila alors jusqu'aux remparts qui s'étendirent devant eux dans tout leur orgueil. Murs de pierres bas, quatre mètres tout au plus, à peine altérés par le temps, pierres disjointes et secteur donnant sur le lac et très peu surveillé, composeraient un terrain d'escalade idéal pour Daos.

Rilend, l'oeil un peu Panthère, se tourna vers son apprenti. Elle n'était ni essoufflée ni transpirante, les muscles déliés et prêts à jouer. Sa voix se fit légèrement taquine :

"J'avais parlé d'escalade de remparts tout à l'heure, je crois ?"

Elle s'écarta légèrement du mur d'un pas dansant.

"Retrouvons-nous sur la rive de l'autre côté..."

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°1, suite]   Sam 08 Avr 2017, 00:17

Daos haussa un sourcil et eut un sourire en coin. Alors comme ça, son attention devait également être attirée par la dalle de pierre, une toile d'araignée ou un brin d'herbe ? Ses yeux étaient chargés de scepticisme lorsqu'il observa la marchombre s'étirer à la manière d'un chat, puis se tournèrent vers le bas du bâtiment. La multitude de pas précipités et de piaillements joyeux indiquaient que c'était une bande d'enfants sans doute en train de jouer. *Ceux de toute à l'heure ?* se demanda le jeune homme avec curiosité. Trop tard, tous étaient déjà hors de vue, seuls demeuraient leurs rires enjouées.

L'apprenti reporta son regard sur Rilend, mais sa tête dû se tourner un peu plus que prévu. La marchombre s'était déplacé jusqu'au bord du toit. Tout en silence, naturellement. Daos eut a peine le temps de se relever, la jeune femme s'était déjà tournée vers lui.


"Ne cherche pas à oublier les détails. Les détails sont un raccourci pour nous ! Ils nous rendent invisible ou nous donnent un temps d'avance, bien souvent nous tirent d'affaire.
Tous les détails. Parfois, ils sont intéressants. Parfois, pas. Mais ils méritent tous la même attention. "


Un hochement de tête incita Daos à suivre la marchombre, et elle s'élança tranquillement le long du toit. Le jeune homme jeta un coup d'oeil sur sa droite tout en suivant Rilend, et grimaça en jaugeant la hauteur qui le séparait du sol. Heureusement pour lui, son maître adaptait sa course pour rester à sa hauteur, et l'apprenti en profita pour prendre garde aux endroits où il posait les pieds, tournant et retournant les paroles de la marchombre dans son esprit.

Qu'avait-elle voulu dire réellement ? Des raccourcis, qui rendent les marchombres invisibles, leur donnent un temps d'avance et les tirent d'affaire ? Les sourcils du jeune homme se fronçaient à mesure que les paroles défilaient dans ses pensées. Il pouvait au moins comprendre le côté
invisible grâce à sa maigre expérience. Le fait d'avoir remarqué deux passants qui se disputaient et dont les insultes avaient eu tôt fait d'attirer l'attention des gardes avait permis à l'apprenti marchombre d'échapper à leur vigilance l'espace d'un battement de cœur. Ce n'était sans doute qu'une infime partie de ce qu'avait dit Rilend, mais c'était mieux que rien. Daos se promit de tenter de prêter un regard plus attentif aux infimes détails à l'avenir. Après tout, il avait trois ans pour comprendre cela, et ne manquerait pas d'interroger son maître sur le sujet pendant cette durée.

Ils atteignirent l'un des murs du bâtiment, à l'opposé des gardes qui avaient superbement ignoré le marchand dont la bourse avait été volée. Le mur était, tout comme celui que Daos avait escaladé, incliné en direction du bâtiment. Maître et apprenti descendirent, d'un seul mouvement pour l'une et avec précautions pour l'autre. Rues, ruelles et placettes défilèrent autour d'eux, jusqu'à ce qu'ils arrivent au pied d'un haut mur de pierres épaisses. Les remparts d'Al-Chen.

"J'avais parlé d'escalade de remparts tout à l'heure, je crois ? Retrouvons-nous sur la rive de l'autre côté, conclut-elle en reculant, comme pour lui laisser la place."
- Chouette, plus besoin de passer devant les gardes maintenant !

Le jeune homme sourit, et promena son regard aux alentours. Aucun garde n'était visible, et aucun des rares passants ne semblait prêter attention à la marchombre et son apprenti. Les murs, quant à eux, devaient bien s'élever à cinq mètres de haut. Les jointures entre les pierres offraient de nombreuses prises, Rilend semblait prendre soin à ne sélectionner que des voies d'escalade faciles pour le premier jour de son apprenti. Lequel s'avança tranquillement contre le mur pour venir caler le bout de sa botte entre deux pierres.

Ses yeux avaient parcouru le mur et repéré un itinéraire assez facile. Poussant sur ses jambes pour aller glisser ses doigts dans une large fente, Daos songea que cette ascension était bien plus facile techniquement que celle du gros caillou, qui n'avait d'ailleurs pas non plus été particulièrement compliquée. Ici, les prises étaient régulièrement espacées, et presque toutes identiques. En revanche, les exercices de la matinée et la digestion du repas de midi avaient fatigué le jeune homme, pourtant habitué aux efforts physiques. Ses avant-bras, peu habitués à l'escalade, commencèrent à le brûler lorsqu'il atteignit le haut du rempart. La petite taille du mur à cet endroit du rempart rendait la présence d'un chemin de ronde inutile. L'apprenti n'eut donc qu'à se glisser le long des trois mètres d'épaisseur qui isolaient la cité du monde extérieur, pour venir reprendre exactement le même schéma que le matin même.

Après l'ascension, la désescalade. Les muscles de ses avant-bras protestèrent à mi-parcours, et il relâcha légèrement la tension sur eux pour se reposer sur sa jambe gauche. Son pied droit se posa sur une prise, puis il tourna la tête vers le sol. En-dessous de lui, la terre était plate et recouverte d'une herbe toujours givrée, plongée dans l'ombre du rempart. Ses mains repoussèrent doucement le mur pour l'aider à se retourner et ses pieds quittèrent la pierre grise. Les brins d'herbe craquèrent sous ses bottes lorsqu'il atterrit en prenant bien soin de fléchir les jambes pour amortir le choc. Ouvrant et refermant les mains pour chasser l'engourdissement de ses avant-bras, il se dirigea à pas tranquilles vers la berge du Lac.

L'immensité d'un bleu profond, dont la surface luisait au soleil par endroits, était parsemée d'une multitude de bateaux. L'un remontant le Pollimage, l'autre pêchant, et encore un autre n'étant là que pour la plaisance de ses occupants. Les vaguelettes venaient se briser dans un doux clapotis sur la berge, poussées par une infime bise. Peut-être était-ce l'amour que Daos portait au ciel d'encre et aux étoiles lointaines de la nuit... Mais le Lac Chen semblait moins beau en journée à ses yeux.

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°1, suite]   Jeu 04 Mai 2017, 00:23

Qu'il était amusant, son apprenti, quand il réfléchissait en peinant à masquer un léger scepticisme. Les yeux plissés, les sourcils frémissants et la mine pensive, Daos portait sur son visage la marque de ses questionnements intérieurs et la marchombre ne pouvait que les lire comme un livre ouvert. Nul doute, quand ils prirent leur élan pour leur course, que les mêmes interrogations continuaient à tourner encore et encore dans la tête du garçon...
Tant mieux !
Rilend ne s'inquiétait guère : si ses souvenirs étaient exacts, elle-même avait mis des mois à acquérir ces concepts qui lui paraissaient à présent si naturels. Daos n'en était qu'à son premier cours, son premier cycle d'apprentissage et les tout débuts de la maturité et de l'âge adulte...il avait plus que le temps de progresser.

Elle escalada derrière lui puis, dans un souffle, profitant d'un moment de déconcentration de son élève qui se donnait tout entier à son escalade, le doubla. De là, elle ne le quitta pas des yeux pour autant, ne franchissant le faîte du mur que quand il l'atteignit.
Daos payait manifestement le prix de leur repas et de leurs deux escalades ; par rapport aux premières tentatives, il se reposait bien moins sur la force de ses bras...ce qui ravissait son maître. Le garçon finirait par réaliser au fil des exercices que sa force résidait dans ses jambes. Et quand il maîtriserait l'art de franchir une paroi d'une façon à peu près satisfaisante, il resterait à Rilend à lui apprendre le plus délicat et le plus important à la fois.
Devenir une ombre, un rêve, un souffle. Ne plus donner l'illusion d'utiliser ses bras ni ses jambes, mais de se laisser aspirer par le mur, vers le haut.
Un sourire secret joua sur les lèvres de la marchombre qui bondit du haut du mur et se réceptionna avec une souplesse de chat.
Qu'elle avait hâte.

Comme saisie par le charme du lac, Rilend suivit son élève sur le sable de la petite plage que l'immense plan d'eau avait déposé année après année, siècle après siècle. En ce début d'après-midi, l'activité sur le lac battait son plein, entre les péniches et autres barges à l'immense tirant d'eau qui remontaient vers le Nord les artisanats du Sud et les troncs d'arbres attachés entre eux dévalant le cours d'eau. Pêcheurs, promeneurs romantiques, d'autres encore flottaient au gré des vents, poussés par les roues à aube ou les voiles, grouillaient sur l'infinie surface et les échos de leurs conversations parvenaient aux oreilles des deux marchombres. Au loin, au large, où un vent de haute mer se levait peu à peu, les hommes s'agitaient sur les ponts et prenaient des ris dans les voiles, les haubans vibraient, les écoutes claquant sèchement au vent comme autant de fouets.

Pourtant, sur la rive, tout était si paisible.
La brise douce, l'odeur de vase des plans d'eau douce flottaient dans l'air, ravivant dans l'esprit de Rilend le souvenir d'un matin paisible, les pieds au ras de l'eau et un thé chaud entre les mains...ou d'un autre, marchant au bord du lac. Des mots paisibles et une délicatesse d'adolescents...
Et ce silence qui durait, si reposant.
Rilend attendit qu'il s'éclipse de lui-même, répugnant à le rompre. Alors seulement, elle se tourna vers Daos :

"Tu as bien mérité un peu de repos...tu es libre jusqu'à demain matin, à la même heure, devant les écuries.
Comme tu le disais, tu n'es plus obligé de passer devant les gardes..."


Elle s'éloigna de quelques pas, s'interrompit avec une voix malicieuse :

"Mais ne te fourre pas dans un pétrin dont tu ne saurais te tirer seul !"


Et s'éclipsa sur les rives du lac, en quelques secondes à peine, un battement de coeur et un petit souffle d'air où ne retomba même pas le sable de ses pas, tant ils furent intangibles.

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°1, suite]   Dim 21 Mai 2017, 21:16

"Tu as bien mérité un peu de repos...tu es libre jusqu'à demain matin, à la même heure, devant les écuries. Comme tu le disais, tu n'es plus obligé de passer devant les gardes..."

Daos tourna la tête vers Rilend, qui se tenait sur sa droite. Il ne l'avait bien évidemment pas entendue s'approcher, et n'aurait su dire combien de minutes s'étaient écoulées depuis qu'il avait sauté du mur de la cité. Le jeune homme s'ébroua en clignant des yeux, dans l'espoir de sortir de la léthargie dans laquelle la quiétude des alentours semblait l'avoir plongé. La chaleur du soleil sur sa peau, le clapotis des vagues et le calme du rivage avaient fait écho au long et agréable silence qu'avait observé la marchombre.

"Mais ne te fourre pas dans un pétrin dont tu ne saurais te tirer seul," poursuivit-elle avec un sourire espiègle.
- Merci, murmura doucement Daos.

Il savait parfaitement que la marchombre comprendrait que le remerciement ne portait pas sur le conseil qu'elle venait de souffler. Le silence entre eux avait sans doute duré longtemps, mais ç'avait été pour le jeune homme l'occasion de repenser à ce qu'il avait vécu dans la journée. S'exercer sous la tutelle d'une marchombre pour la première fois de sa vie avait été intéressant, mais son attention était portée sur autre chose. Ses yeux posés sur le dos de la marchombre qui marchait le long du rivage, il se remémorait les premières paroles qu'elle lui avait offertes :
« Bonjour...je suis Rilend Ansakh, et nous allons faire un bout de chemin ensembles. » Sur l'instant, Daos n'avait pas pleinement saisi le sens des mots de son maître. C'avait été une promesse. Simple, finement déguisée, mais sans l'ombre d'un doute sincère. Par ces mots, elle avait accepté de le former, lui, Daos Loner, simple fils de forgeron qui venait de découvrir la ville pour la première fois de sa vie. Lui, le petit garçon qui s'était mis à courir sur les conseils d'un inconnu pour ne plus jamais s'arrêter. Lui, le jeune homme qui avait fait ses adieu à tout ce qu'il avait connu, son village, ses parents, ses amis, ses repères... Par ces mots, elle était devenue son repère, son cordon de sécurité, son modèle et son maître pendant trois ans. Par ces mots, elle avait accepté de le guider.

Là voilà, la signification de ce simple
« merci ». Toute sa gratitude et sa reconnaissance, ses doutes et ses craintes, son impatience et son envie résumés en un unique mot soufflé sur la berge d'un lac. Il en était certain : Rilend l'avait compris.

Avec une profonde inspiration, Daos croisa ses mains derrière sa nuque, la tête levée vers le ciel bleu. Un sourire se peignit sur son visage.
« Tu es libre jusqu'à demain matin », avait-elle dit. L'apprenti marchombre tourna son visage vers la ville, dont les hautes tours dépassaient bien au-dessus du petit rempart qu'il venait d'escalader.

- Une nouvelle Voie, une soirée de libre et une ville entière à découvrir. Que demander de plus
, s'exclama-t-il avec un grand éclat de rire !

Une énergie nouvelle coulant dans ses veines, il s'élança vers la ville, vers le minuscule rempart qui le séparait des merveilles d'Al-Chen.

Vers son avenir.

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