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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Cause you're the only reason I want to stay alive - Gil

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Naïs Jol
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MessageSujet: Cause you're the only reason I want to stay alive - Gil   Dim 26 Fév 2017, 01:43

≈≈≈ Naïs ≈≈≈


Ne pas s’arrêter. Surtout, ne pas s’arrêter ! Continuer d’avancer, coûte que coûte ! Même au cœur de cette tempête glaciale, qui me transperce littéralement les os. Mon corps tout entier tremble de froid. De fatigue. Le blizzard est si puissant qu’il manque régulièrement de me faire tomber dans cette neige épaisse et compacte. Plusieurs fois je me suis surprise, à genoux dans la neige, à vouloir baisser les bras. A abandonner. Mais une force invisible continue de me pousser vers l’avant, sans que je ne parvienne vraiment à mettre le doigt dessus. Tout ce que je sais, c’est que mon esprit s’est totalement déconnecté de mon corps. Chaque pas, chaque geste est devenu automatique. Est-ce cela, l’instinct de survie ? Une sorte d’état second, indéfinissable, qui me pousserait à me battre pour rester en vie alors même que dans ma tête, le combat est perdu d’avance.

Vivre, songeais-je encore, en m’appuyant contre un imposant tronc d’arbre, à quoi bon ? Je suis complètement seule dans cette immensité gelée, balayée par les vents. Vivre, pourquoi faire ? Sombrer dans un désir de vengeance qui n’aboutirait à rien ? Cela ne changerait absolument rien à ce qu’il s’était passé dans cet enfer. Cela ne ramènerait pas les morts ! Vivre, je n’en ai plus envie ; et pourtant, je m’y accroche à cette chienne de vie. Je m’y rattache du mieux que je peux, alors même que je cherche tout au fond de moi la raison qui pourrait me pousser à continuer. Marcher. Un pas après l’autre ! Encore et encore !

Fronçant le nez et plissant les yeux, je porte machinalement un bras devant mon visage pour me protéger des rafales de neige qui fouettent mon visage avec violence. Soudain, mon pied dérape, butte sur quelque-chose enfoui dans la neige. En une fraction de secondes à peine, je me sens basculer. Et tomber lourdement au sol. La neige amortit fortement ma chute ; je ne me suis pas faite mal. Pas blessée. Cependant, mes membres sont tous engourdis et je n’ai plus la force de me relever. Pas l’envie non plus. Là, dans la tempête, je ne bouge plus. Et je ferme les yeux en attendant que la mort ne daigne enfin m’emporter pour de bon.


Papillonnant des paupières un bref instant, je passe une main sur mon visage. Vivante ! Je suis vivante ! Et avec un mal de crâne si intense que j’ai l’impression que ma tête va exploser sous la douleur. Fantastique ! Comme si ce n’était pas suffisant, tous les muscles de mon dos sont endoloris au contact du sol dur et froid. Soupirant imperceptiblement, je me redresse prudemment sur un coude tandis que sous mon crâne, mon esprit fonctionne à cent à l’heure. Des dizaines de questions fusent de tous les côtés, sans que je ne parvienne à y répondre. Dehors, la tempête fait toujours rage, et le vent frappe les pierres, humidifiées par la neige. Mal isolée, la pièce est glacée, ce qui me fait frissonner un instant. Un long et puissant frisson qui remonte le long de ma colonne vertébrale. Comme un mauvais pressentiment qui me traverse de part en part. Avant que je ne hausse les épaules toute seule en me frottant les mains l’une contre l’autre pour les réchauffer.

Tout en massant ma nuque endolorie, je fais quelques pas en rond dans la pièce. Une cellule, de toute évidence devinais-je en faisant glisser mes doigts le long des barreaux humides. Sales. Qui m’écorche les doigts méchamment. Serrant les dents, j’enlève un petit bout de fer qui s’est incrusté sous la peau de ma main. Machinalement, j’arrache un morceau de tissu de mon haut pour l’enrouler autour de ma main blessée. De toute évidence, il semble que je suis seule, dans cette cellule. Seule dans cet endroit que je ne reconnais pas. Curieusement, je n’ai pas peur. A vrai dire, je ne ressens rien du tout ; ni colère, ni frustration, ni désespoir. Rien. Je ne suis pas mieux qu’une coquille vide. Insignifiante. L’enfer, ça ne me fait pas peur ! Plus peur ! Après tout, ma vie entière est un enfer !

Secouant toute seule la tête, j’éclate d’un rire nerveux. Un rire qui secoue mes épaules de spasmes incontrôlables. Un rire qui n’en est pas vraiment un – un rire sans joie, sans amusement, sans bonheur. Sans rien. Et qui dure, longtemps. De longues secondes, comme une petite éternité qui s’écoule et s’étire lentement. Qui résonnent entre les quatre murs de ma cellule, tandis que je me rassoie, genoux repliés contre ma poitrine, au milieu de la petite pièce exigüe. Par la sainte culotte de l’Empereur, laissez-moi mourir…


Personne ne ressort jamais des mines d’Okharran indemne ! Les rares qui ont pu s’échapper de cet enfer sont devenus fous ! Pour tous les autres, ils y laissent la vie…

Dans un sursaut, j’ouvre les yeux en tentant de contrôler les battements de mon cœur, qui cognait dans ma poitrine à m’en faire mal. J’ai littéralement que mes côtes menaces de se briser à chaque pulsation, brutale et douloureuse. J’ai mal, partout. Je peine à retrouver mon souffle ; chaque goulée d’air que j’inspire est douloureuse et un goût de fer désagréable envahi ma bouche. Je ne sais pas, je ne sais plus combien de temps je suis là. Dans cet endroit. L’espace d’un court instant, je me surprends à penser à l’Envoleur aux cornes, qui ne reviendrait plus. Qui ne reviendrait pas de l’enfer des mines du Poll. Ni maintenant, ni jamais. Au loin, dans le couloir, l’écho de plusieurs voix me parvient. Deux voix à l’accent grave et patibulaire. Deux hommes, selon toute probabilité. Comme enfermée à l’intérieur de moi-même, je ne relève même pas le menton lorsqu’une clé tourne dans la serrure de ma cellule. Je ne bronche pas non plus lorsque deux bras puissants me soulèvent sous les aisselles, en ricanant sournoisement. Et puis, soudain je réalise une chose.

Je ne sais pas où je me trouve. Je ne sais pas où ces hommes m’emmènent. Je ne sais pas pourquoi je ne suis pas encore morte. Je ne sais pas non plus la raison qui me pousse à rester en vie, à me battre. Je ne sais pas ce qu’il va advenir. Tout ce que je sais, c’est que je suis seule.

__________________________________________




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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Cause you're the only reason I want to stay alive - Gil   Dim 26 Fév 2017, 20:36

La plaine était battue par les vents. La tempête était arrivée la veille et, depuis, tout Astariul était en proie à la terrible vague qui s’était abattue sur le nord de l’Empire. La glace avait emprisonné les torrents et gelé les lacs. Habitués à ce climat, les habitants de la région s’organisaient pour éviter de sortir tant que le blizzard sévissait. Au beau milieu des immenses plateaux recouverts de neige épaisse se tenait une auberge. C’était un relais de voyageurs. L’établissement voyait ainsi ses clients passer sans que la salle ne soit jamais pleine, mais ce soir-là, à cause des conditions climatiques extrêmes, il régnait une cohue peu commune ; les tables étaient pleines, les serveurs avaient du mal à se frayer un chemin parmi la foule tout en portant leurs planches et leurs tranchoirs à viande, l’air était enfumé et la chaleur, par opposition au froid qui régnait dehors, presque insupportable. Elle venait des deux larges cheminées, régulièrement alimentées, qui trônait d’une part et d’autre de la salle. Sur chaque table, un photophore abritait une petite bougie qui rendait la lumière vacillante, presque irréelle.

Gil jouait distraitement avec la sienne depuis environ dix minutes. Installé dans un recoin de la salle, un plat de viande posé devant lui, il passait son doigt dans la flamme qui dansait malicieusement sans jamais parvenir à lui brûler la peau. Sa lumière creusait des ombres dans le visage de l’Envoleur et soulignait son air fermé. Il regardait la bougie sans la voir vraiment, ses pensées sans cesse happées tantôt par des souvenir, tantôt par des chemins pavés d’incertitude – ceux-là le menaient généralement à Libertée. Il leva les yeux quand un groupe de voyageurs rit un peu fort, les baissa de nouveau vers le photophore, puis sur le bracelet de cuir qui ceignait désormais son poignet. Et maintenant ? Il avait quitté Tsukia et Aivy juste avant la tempête. Elles avaient un maître à retrouver. Lui, il n’avait personne… En réalité, il se retrouvait soudain désoeuvré, après trois passés à courir après une ombre qu’il avait fini par dénicher. Trois années de filature, de recherches, de fausses pistes, d’impasses, d’indices jetés au vent. Trois années pour remonter très loin dans son passé… et changer son avenir. L’homme qui menaçait cet avenir, son demi-frère, était mort ; cette histoire était terminée, mais Gil n’était plus habitué à se sentir en sécurité. Il avait oublié.

Plus d’élèves à asticoter, plus de chimères à poursuivre… Et s’il s’amusait à retrouver la trace de Kaünis et de Syles ? Il suffisait de suivre le chemin des baffes et des emmerdes… Libertée allait s’envoler quelque part avec ses élèves. Elle laisserait probablement Suviyo chez ses parents. Il savait que Voëlle ne l’empêcherait pas de voir sa fille, cette fois. Il sourit. Elle devait avoir grandi… Ses doigts délaissèrent la bougie pour aller effleurer le bracelet de cuir. C’était peut-être une mauvaise idée, mais il avait envie de retrouver Makeno aussi. Il avait besoin de voir ses enfants, de passer du temps avec eux. S’il admettait qu’il soit bien tard pour cela, il avait peur, brusquement, que l’un d’eux ne grandisse en nourrissant une rancœur aussi forte que celle d’Ezrine. Mak était plus grand et il avait confiance en Naïs et Pan pour prendre soin de lui. Mais Suviyo, quoique chérie par ses grands-parents, connaissait à peine son père… Est-ce qu’il ne pouvait pas changer cela ? A présent que tout danger était écarté, pourquoi ne pas rentrer chez lui, tout simplement ? Il pouvait reconstruire une maison. Il pouvait reconstruire sa vie.

- Giliwyn SangreLune ?

Gil tourna la tête vers le serveur qui venait de l’interpeler. Etrangement, son nom résonnait différemment, maintenant qu’il n’était plus un fardeau écrasant…

- Ouais ?
- C’est pour vous.


L’Envoleur attrapa le petit bout de papier plié qu’on lui tendait et l’ouvrit. Il l’approcha du photophore pour déchiffrer l’écriture mince et déliée qu’il reconnut immédiatement.

Un nouvel élève pour toi, Cabochard. Pas novice mais pas sevré non plus. Khamill Norwël, ça te dit quelque chose ?

Vaguement, songea Gil en fronçant les sourcils. Une autre rouquine avec qui il avait vécu quelques péripéties, deux ans plus tôt… Et bien voilà qu’il avait de nouveau quelqu’un à emmerder, finalement ! Mais Seren avait d’autres nouvelles pour lui et il reprit sa lecture.

Avant ça, on te refile une mission qui devrait être dans tes cordes, si tu es toujours dans le nord : en Astariul, il y a une mine, Okharran, qui a trahi récemment son alliance avec l’Ordre. Naïs Jôl a pris le boulot mais ça fait trois mois qu’on a perdu sa trace. Plus de nouvelles. Alors à toi de jouer.
PS : ramène-moi des baies de givre.


Dans tes rêves, connard.

Gil se laissa aller en arrière, contre le dossier de sa chaise. Trois mois c’était fichtrement long, quand même. Qu’était-il encore arrivé à Naïs ? De toutes les personnes qu’il connaissait, c’était la plus douée pour se fourrer tête la première dans les ennuis. Il la soupçonnait même de les chercher quand tout était trop calme. Et moi ? Grognement désabusé. Ouais…

… moi aussi.



*


Bon.
Au début, il avait eu un plan d’attaque.
Enfin un truc qui y ressemblait vaguement, avec des objectifs, des chemins tracés avec plus ou moins de fiabilité, des options de secours et tout ce qui allait avec.
Et puis finalement, ce plan, Gil l’avait laissé dans les orties – ou plutôt dans la neige – parce que c’était pas sa façon de faire, pour commencer, et puis aussi parce qu’il en avait déjà un, d’objectif : trouver Naïs et la sortir de là. Simple, efficace, imparable. Et un peu con, reconnut-il alors qu’il était en train de courir comme un dératé, au beau milieu d’un dédale de couloirs qui se ressemblaient tous. Les types, sur ses talons, étaient armés de pioches qui pouvaient lui faire un joli trou dans sa caboche s’il se laissait rattraper. Tout ça pour une remarque qui lui avait malencontreusement échappé… mais était-il supposé savoir que tous les mineurs n’étaient pas forcément des nains ?

Il dérapait dans la terre meuble, sautait par-dessus des monticules de pierre, intimement persuadé qu’il devait avoir l’air idiot. Il avait juste oublié à quel point les missions confiées par Seren puaient comme le cul d’un Raï ! Il réalisa qu’il était perdu lorsqu’il se retrouva pour la seconde fois dans le même tunnel. Génial. Comme il avait un peu d’avance sur ses poursuivants, il bifurqua dans une allée sombre et humide, descendit une volée de marches, ralentit puis s’arrêta en découvrant les cellules fermées par des barreaux rouillés. Un frisson lui hérissa le poil. Brrrr… j’aime pas cet endroit. Il écouta un moment ses nouveaux copains qui le cherchaient à grands renforts de cris, là-haut, puis fit quelques pas prudents dans la pénombre. Il était sur le qui-vive. Il n’avait pas du tout envie de se manger une pioche ! Des bruits de voix, proches et animés, attirèrent son attention. Il s’approcha d’une cellule ouverte et colla le dos contre le mur. Ça causait mais il ne comprenait pas cette langue. Intrigué, il pencha la tête et jeta un coup d’œil à l’intérieur…

… un seul regard vers la silhouette qu’on était en train de traîner laborieusement propulsa littéralement Gil comme un taré dans la cellule. Il percuta l’un des deux hommes de plein fouet et lui éclata la tête contre le mur. Splotch ! L’instant d’après, celui qui tirait Naïs s’écroula, la mâchoire brisée. Gil secoua son poing dont les jointures avaient morflé, puis il s’accroupit près de Naïs. Elle était congelée, transie, tremblante, visiblement épuisée mais vivante. Rien d’autre ne comptait à ses yeux ! Il lui toucha la joue du bout des doigts.

- Dis donc princesse, t’as pas bonne mine !

Il sourit, amusé par son jeu de mot qui, à n’en pas douter, aurait plu à Tsukia.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



[Absent du 18/07 au 24/07]
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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Cause you're the only reason I want to stay alive - Gil   Mer 01 Mar 2017, 00:05

≈≈≈ Naïs ≈≈≈


Toudoum, toudoum, toudoum…
Toudoum, toudoum, toudoum…


Tout se passe soudain rapidement, et à la fois très lentement. Sensation étrange, comme si j’étais à la fois déconnectée de mon moi-même et en même temps parfaitement en phase, profondément ancrée dans le moment présent. Les battements sourds de mon cœur résonnent puissamment, faisant vibrer mon corps tout entier. Un clignement de paupière, infime. Un souffle qui se perd en nuage de buée dans l’atmosphère glaciale de cet enfer.

Toudoum, toudoum, toudoum…
Toudoum, toudoum, toudoum…


Et mouvement, d’une rapidité hallucinante qui défie les lois de tous les possibles. Mon poids brise une mâchoire, percute un plexus solaire. Je pivote sur mes appuis, passe sous une lame fusant vers ma gorge. Je pare soudain un coup puissant, recule sous l’impact et reprends le contrôle. Laissant pulser ma greffe dans mes veines, je frappe et égorge mon assaillant. D’un pas sur le côté, je me retrouve dos à dos avec Gil. Dos à dos avec l’Envoleur, je prends une dernière inspiration.

Toudoum, toudoum, toudoum…
Toudoum, toudoum, toudoum…



Quelques instants plus tôt


Seule. Enfin, jusqu’à ce qu’un véritable boulet de canon ne percute l’un de mes geôliers, dont le crâne s’écrase littéralement en million de petits morceaux contre les pierres froides et humides de la cellule. Les doigts du deuxième homme resserrent fortement leur prise autour de mon bras, à tel point que j’en aurai sûrement un hématome. Quelques secondes, tout au plus. Car l’instant d’après il s’écroulait lourdement à son tour, la mâchoire brisée. Genoux au sol, dans une flaque gelée, je ne bouge pas. Je ne bronche pas. Je respire à peine. Je n’ai pas envie de me défendre, pas envie de me battre, alors, j’attends juste mon tour. Qui ne viendra jamais ; au lieu de cela, une voix étrangement familière s’élève. Non, impossible ! Sidérée, je relève la tête lentement.

- « Gil ? » soufflais-je, sans vraiment oser y croire « C’est bien toi ? »

Oui, pas de doute. C’est bien lui, ça. Cette intonation, cette manière de plaisanter. De dédramatiser sur la situation. Cette façon de me caresser la joue du bout des doigts, comme s’il craignait toujours de franchir une limite. D’aller plus loin. Geste terriblement protecteur en même temps de celui, qui, au final m’avait toujours fait perdre tous mes moyens. Un ouragan d’émotions me submerge littéralement tandis que je me relève prudemment. Joie intense, soulagement, mais aussi incompréhension, angoisse, peur ce qui fait naître en moi un regain d’énergie et de détermination. Une boule au fond de la gorge, je pose une main tremblante sur le torse de l’Envoleur, ne serait-ce que pour vérifier que ce n’était pas un tour que me jouait mon esprit.

- « Qu’est-ce… Qu’est-ce que tu fais ici ? » bégayais-je, d’une voix un peu pâteuse.

En vérité, l’explication me semble évidente. Je sais bien que j’ai perdu toute notion du temps dans l’enfer de ces mines, mais s’est-il donc écoulé aussi longtemps pour quelqu’un se lance à ma recherche ? Assez longtemps pour quelqu’un ne se rende finalement compte de ma disparition ? Assez longtemps pour que quelqu’un – n’importe qui – viennent mettre fin à ma lente agonie ? Me sortir de cet endroit dont personne n’en avait jamais réchappé ? Et qui avait déjà emporté tant de monde – Priya, Panao, Svel. Autant de gamins que je n’avais pu sauver de cet enfer. Rien que cette idée ma glace le sang et fait naître un vent de panique au fond de ma poitrine.

- « Tu n’aurais pas dû venir ici, c’est trop dangereux » lâchais-je sans même prendre le temps de prendre une inspiration « Tu n’aurais pas dû venir… Tu n’aurais pas… Tu… »

Fermant les yeux un instant, je me force à retrouver une respiration normalement. A me concentrer uniquement sur la voix de l’Envoleur, douce et rassurante bien que teintée d’une certaine inquiétude. Inspirer, gonfler le ventre doucement. Et expirer, longuement. Ne pas penser à l’éventualité dramatique que quelqu’un d’autre puisse mourir par ma faute. Que Gil puisse mourir en tentant de me faire sortir de cet enfer de glace et de poussière. Juste garder les yeux fermés et rester concentrées sur les mouvements lents et amples de ma respiration. Laisser les battements de mon cœur ralentir lentement, doucement. Au bout de longues secondes, enfin, incapable de mettre des mots sur la lutte intérieure qui faisait rage au creux de mes entrailles, je jette mes bras autour du cou de l’Envoleur dans une étreinte comme nous n’en avions pas eu depuis longtemps. Une étreinte bien plus significative que de simples mots. Là, tout contre Gil, j’oublie l’espace d’un court instant la réalité des mines d’Okharran.


- « Tu as un plan au moins ? » demandais-je en suivant docilement Gil à travers un dédale de couloirs « Parce que j’ai déjà essayé de m’échapper de cet endroit, tu sais. Okharran est conçue comme une véritable forteresse… »

Il n’avait pas fallu plus de cinq minutes pour qu’une alerte soit lancée et, désormais, les couloirs souterrains résonnaient de cris et de vociférations dans une langue qui m’est parfaitement inconnue. Probablement des pirates et mercenaires originaires de l’autre continent. Comme ces pauvres gosses capturés sur l’autre continent, puis entassés dans ces navires dans des conditions d’une horreur inimaginable et destinés à servir l’Ordre du Chaos en Gwendalavir. Dressés pour devenir de bons chiens de garde. Des tueurs parfaits. Ils devaient déjà avoir trouvés les deux corps, c’était évident ! Ils nous cherchent ! Nous traquent ! S’ils nous rattrapent, nous sommes morts !


- « Hé les tourtereaux ! Ne partez pas si vite ! On commençait à peine à s’amuser ! »

Ekhon Kaharran. Rien que sa voix me glace littéralement le sang. J’avais connu mon lot de malades mentaux, mais celui-là, de toute ma vie je n’en avais jamais rencontré de pire ! C’était lui qui dirigeait cet endroit. Il contrôlait chaque homme et femme qui survivait tant bien que mal dans l’enfer d’Okharran. Ces mines, c’était un monde totalement à part. Je ne suis même pas certaine que l’Empire en connaisse l’existence. Aucune carte ne la localisait. Rien. C’était comme si, à Okharran, le reste du monde disparaissait pour faire place à une autre réalité. Un enfer, dont personne ne réchappait jamais ! Instinctivement, j’agrippe le poignet de Gil et recule d’un pas. Avant de le lâcher, presque immédiatement. Fermer les yeux. Et serrer la mâchoire, fort.

- « Je constate que ta donzelle as déjà pris le temps de te faire visiter les lieux » susurra Ekhon en s’approchant de quelques pas assurés.

Fulminant intérieurement, je relève le menton et m’avance d’un pas à mon tour pour défier l’homme. Il nous avait laissé croire que nous avions une chance de sortir de ces mines, sans que ses hommes ne nous rattrapent. Il avait joué avec noué comme un chat avec une souris. Pendant quelques minutes nous avons réellement cru en notre bonne étoile. En réalité, Ekhon et ses hommes nous avaient littéralement poussés jusqu’ici. Le Barrage, un endroit de mort. Un mythe et une réalité tout à la fois. D’un côté des rochers saillants et coupants qui se dressaient trente à quarante mètres en contrebas. De l’autre, une longue chute dans l’eau glacée. Pour les rares courageux qui avaient tenté de s’échapper, il n’y avait pas eu trente-six solutions : mourir ou se rendre docilement – et se voir infliger une punition sévère. Pour ma part, le choix ne m’apparaît pas tellement compliqué ; je préfère autant mourir plutôt que de retourner dans l’enfer de cette mine. En revanche, je n’abandonnerai pas sans vendre très cher ma peau ! Et figer le sourire de ce type dans le sang !


Toudoum, toudoum, toudoum…
Toudoum, toudoum, toudoum…


Et mouvement, d’une rapidité hallucinante qui défie les lois de tous les possibles. Mon poids brise une mâchoire, percute un plexus solaire. Je pivote sur mes appuis, passe sous une lame fusant vers ma gorge. Je pare soudain un coup puissant, recule sous l’impact et reprends le contrôle. Laissant pulser ma greffe dans mes veines, je frappe et égorge mon assaillant. D’un pas sur le côté, je me retrouve dos à dos avec Gil. Dos à dos avec l’Envoleur, je prends une dernière inspiration.

Toudoum, toudoum, toudoum…
Toudoum, toudoum, toudoum…


Au moment même où la longue lame acérée d’Ekhon traverse mon corps de part en part pour mêler mon sang à celui Gil.

Toudoum, toudoum, toudoum…
Toudoum, toudoum, toudoum…









[Bon, bah, je me suis un peu laissée emporter Very Happy]

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MessageSujet: Re: Cause you're the only reason I want to stay alive - Gil   Mer 01 Mar 2017, 16:59

- Gil ? C’est bien toi ?

Il leva les yeux au ciel.

- Aux dernières nouvelles, oui…
- Qu’est-ce que… Qu’est-ce que tu fais ici ?


Cette fois, Gil ne répondit pas. Trop évident, quand même – non ? Tout en l’observant attentivement, à la recherche d’éventuels coups ou blessures qui pourraient justifier qu’il détruise cet endroit de A à Z, il se demanda si elle aurait un jour confiance en lui, comme avant. Comme lorsqu’ils n’avaient pas besoin de se poser de questions pour agir et se comprendre. Il ne savait pas ce qu’elle était en train de penser. Il n’était même pas certain qu’elle soit heureuse de le revoir après… après tout ça. Mais tant pis, lui, il était là – et ne lui en déplaise, il était pour elle. Elle pouvait bien le rouer de coups, il ne l’emporterait pas moins à l’extérieur, loin de cet endroit qui ne lui plaisait vraiment pas. C’est moi qui commande, Princesse !

- Tu n’aurais pas dû venir ici, c’est trop dangereux… Tu n’aurais pas dû venir…

Ouais, ouais. Cause toujours. Il la laissa déblatérer sans l’interrompre, sachant très bien qu’elle devait d’abord se calmer avant de l’écouter. Il n’était pas particulièrement inquiet. Curieux, tout au plus : qu’avait-il bien pu se passer pour qu’elle soit aussi désemparée ? Il la connaissait assez pour savoir que depuis leur dernière entrevue, elle avait dû faire les quatre cent coups. Il redoutait même ce qu’elle allait pouvoir lui apprendre. Enfin, pour l’heure, il s’agissait de se tirer d’ici. Dès que Naïs irait mieux, ils quitteraient les lieux. Etant donné que toute la mine devait être en train de le chercher, ça n’allait pas être une mince affaire, mais… C’était peut-être aussi leur porte de sortie. Regardez à gauche et moi, je vais aller à droite… En face de lui, Naïs faisait de son mieux pour respirer normalement. Incapable de la regarder sans rien faire, Gil se mit à lui parler doucement. Il disait beaucoup de choses, surtout n’importe quoi, mais sa voix ou bien ses paroles eurent l’effet escompté car l’Envoleuse finit par s’apaiser. Un peu. Il se tut, l’observa un instant, puis secoua lentement la tête.

- Franchement, Princesse, tu ne crois quand même pas que je vais te laisser t’éclater toute seule ! Une mission dans une mine perdue au beau milieu de nulle part ? Un froid de canard et des gens accueillants ? J’espère bien que tu ne…

Elle se jeta sur lui avec tant de force qu’il bascula en arrière et se cogna la tête contre le mur. De quoi lui faire voir trente-six chandelles un bref instant, mais son état était tout de même bien meilleur que le type au crâne défoncé, juste à côté, et puis, pour un câlin de Naïs, il s’assommerait cent fois sans broncher ! Il grogna pour la forme et la serra fort dans ses bras, heureux de la retrouver.

Vraiment heureux.


*


- Tu as un plan au moins ?
- Muahaha !
- Parce que j’ai déjà essayé de m’échapper de cet endroit, tu sais. Okharran est conçue comme une véritable forteresse…
- Hahahaaa… ah. C’est pas une blague. Ben non, alors, j’ai pas de plan mais tu sais quoi ? On n’en a pas besoin ! Avec ton talent et mon charme fou, les nains de jardin, on va les…
- Hé, les tourtereaux !
- … semer.
- Ne partez pas si vite ! On commençait à peine à s’amuser !


Gil jura et pivota pour rebrousser le chemin. Jura de nouveau en réalisant qu’ils étaient cernés. Devant et derrière, des types louches dont l’accoutrement et les armes en disait long sur l’expérience en matière de combat – et de mort. A droite, une eau glaciale qui chutait dans un vrombissement assourdissant, une quarantaine de mètres plus bas. A gauche, un vide énorme qui s’achevait par une étendue rocheuse. Eh ben, ça se présente pas mal, mon vieux Gilou, hein ? L’Envoleur sursauta lorsque Naïs lui saisit le poignet et suivit la direction de son regard. Elle fixait l’homme qui les avait interpelés à grand renfort de provocation désolante. Cet homme était ridicule des pieds à la tête mais il comprit immédiatement, à la tension qui habitait son amie, que c’était aussi une belle ordure. Il soupira. Ben oui, il manquait plus que ça pour que tout soit parfait…

- Je constate que ta donzelle a déjà pris le temps de te faire visiter les lieux !

C’est qu’il commençait à lui courir sur le haricot, le petit monsieur, là ! Agacé, Gil rattrapa Naïs, glissa un bras autour de sa taille et la colla contre lui.

- Je préfère l’appeler « princesse » parce que c’est plus respectueux. Sois poli si t’est pas joli, mon pote !
- Tu…
- Et si tu veux causer locaux, cette mine, elle est pas au point. On y entre comme dans un moulin, d’abord, et puis ensuite y’a même pas de nains. C’est décevant. Pour finir, c’est plein de rats… te retourne pas surtout, y’en a plein autour de toi.


Jo la Provoc’ serra les poings à s’en faire blanchir les jointures. La seconde suivante, il lançait l’assaut. Gil se désintéressa de la situation jusqu’à ce qu’un type arrive sur eux. A ce moment-là seulement, il pivota, emportant Naïs avec lui et lui donnant l’élan nécessaire pour envoyer ses deux pieds dans le ventre du petit malin. Voilà, c’était parti : une belle bastonnade, en plein milieu d’une passerelle qui n’offrait pas d’issues et qui surplombait un gouffre vertigineux. Gil s’en donna à cœur joie ! Sans lâcher Naïs, il mit une raclée à ceux qui commirent l’imprudence de l’approcher d’un peu trop près. Il bondissait, se retournait, faisait passer sa compagne par-dessus son épaule pour qu’ils échangent de place et d’adversaires, dansait avec elle sur une chorégraphie tout à fait improbable et bien trop imprévisible pour leurs assaillants.

Mais les deux Envoleurs n’étaient pas en territoire conquis, ici, et les gens qu’ils affrontaient étaient chez eux : c’était leur domaine, ils en connaissaient tous les aspects et ils avaient bien choisi leur endroit. Tant qu’ils se multipliaient, Gil et Naïs ne risquaient pas d’aller très loin. Non, ce qu’ils risquaient c’était de se fatiguer et d’être capturés – ou pire. Sauf que Gil n’avait pas l’intention de prendre racine. Tout en repoussant ses adversaires, il observait attentivement les lieux, notait chaque détail important ou non, émettait des hypothèses toutes plus rocambolesques les unes que les autres. Alors, quand Naïs fut touchée au bras dans un coup de lame qui l’atteignit lui aussi, il prit sa décision. Il se retourna, ceintura l’Envoleuse, décocha quelques aiguilles de sa main valide tout en se déplaçant vers le bord… et se jeta brusquement en arrière. Il bascula dans le vide, entraînant Naïs avec lui. Une fois de plus, les griffes d’acier de Dil’Duran prirent cher en raclant durement la pierre du barrage. Des étincelles volaient sous l’effet du frottement des lames. Gil se laissa glisser, tenant fermement Naïs tandis qu’elle l’aidait d’un généreux coup de griffes avec son bras valide. C’était extrêmement périlleux, complètement fou même, parce qu’il suffisait d’une erreur pour qu’ils tombent. A cette hauteur, l’eau n’amortirait pas leur chute, elle les tuerait aussi efficacement qu’un mur.

Ils ne tombèrent pas. Gil parvint à freiner leur descente et à s’accrocher aux pierres qui glissaient sous leurs pieds. Là, sous la cascade, une plateforme rocheuse était assez large pour qu’ils puissent s’y tenir debout côte à côte ; bandant ses muscles, Gil se hissa à son niveau. Il tendit le bras juste à temps pour empêcher Naïs de basculer dans le vide.

- Pas de blagues, marmonna-t-il en l’attirant à lui.

Son dos était plaqué contre la roche, elle était plaquée contre lui. Beaucoup trop pour qu’il ne perde pas un bref instant – équivalant à une petite éternité – toute sa lucidité. Il y avait vraiment longtemps qu’il ne l’avait pas tenue ainsi et l’adrénaline qui courait dans ses veines faisait déjà battre son cœur à toute vitesse ; s’il ne reprenait pas ses esprits et ses distances, il allait faire une crise cardiaque ! D’un geste un peu brusque, il poussa Naïs sur le côté et, d’une légère pression sur l’épaule, lui intima de s’asseoir. Ils se trouvaient derrière le large rideau de la cascade. Comme il n’y avait pas d’accès direct à l’endroit où ils se tenaient, leurs poursuivants ne risquaient pas de se montrer de sitôt. Ils avaient un peu de temps devant eux. Sans un mot, Gil déchira la manche de son amie et examina sa blessure. C’était une vilaine plaie mais qui ne semblait pas avoir fait de dégâts trop sérieux… Naïs n’allait simplement pas pouvoir utiliser son bras avant un moment. Un peu embêtant, vu leur situation. Refusant de se laisser abattre, Gil nettoya la coupure et fit un pansement de fortune. Puis il s’assit à côté d’elle et regarda l’eau qui tombait sans s’arrêter devant leurs yeux. Un silence tout à fait relatif s’installa, étant donné que la cascade grondait à tue-tête. Au bout d’un moment, toutefois, il soupira et passa une main dans ses cheveux humides.

- Allez, raconte. Dis-moi un peu ce que tu as fabriqué dans cette mine pour te mettre des gens aussi sympathiques à dos. Tout ce que je sais, c’est que l’Ordre est en bisbille avec ce trou à rats…  

__________________________________________

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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Cause you're the only reason I want to stay alive - Gil   Mar 07 Mar 2017, 16:28

≈≈≈ Naïs  ≈≈≈

Toudoum, toudoum, toudoum…
Toudoum, toudoum, toudoum…


Douleur vive, si soudain et violente qu’elle me coupe littéralement le souffle pendant quelques longues secondes. Autant dire une petite éternité, avant que le temps n’arrête sa course. Le bras de Gil autour de ma taille, suivi d’une chute dans le vide aussi interminable qu’un battement de cœur manqué. Dans un cri silencieux qui reste bloqué dans ma gorge, je ferme fort les yeux. Très fort. Et une dernière pensée qui s’envole vers tous ceux que j’aime, tandis que mon souffle se bloque dans ma poitrine en attendant le choc mortel. Qui ne vint jamais. Ou peut-être que si, mais ce fut moins rude que je ne le pensais, malgré cette impression que mon bras tout entier se disloquait en millier de petits morceaux.

Toudoum, toudoum, toudoum…
Toudoum, toudoum, toudoum…


Là, à l’abri d’une petite cavité rocheuse protégée par les eaux glacées et tumultueuses de la cascade en furie, je reprends doucement mon souffle. Bien calée tout contre le torse chaud de Gil, je ne bouge plus pendant de longues secondes, la respiration calquée sur le rythme régulier (quoi qu’un peu rapide) de mon propre cœur. Vidée, complètement vidée, je m’assoie finalement contre la roche humide et froide et ne bronche même pas lorsque l’Envoleur commence à nettoyer la blessure de mon bras avec des gestes sûrs et habiles. Bien trop de choses tournent en boucle dans ma tête. Bien trop de souvenirs douloureux. Bien trop de plaies encore trop vives. Bien trop d’interrogations. Comme souvent, je me refais silencieusement le film de cette mission en eaux chaudes qui avait viré, sans même que je ne comprenne pourquoi, en cauchemar glacial. J’ai bon essayé de me persuader du contraire, ce n’est pas un mauvais rêve.

Toudoum, toudoum, toudoum…
Toudoum, toudoum, toudoum…


La tête posée contre l’épaule de mon meilleur ami, je parviens seulement à réaliser que sa présence est bien réelle. Que je ne nage pas en plein délire. Soupirant imperceptiblement, je passe une main sur mon visage tandis que la question de Gil reste en suspens dans l’atmosphère. C’est bizarre, franchement bizarre ! D’être là, tout contre lui, dans le creux de ses bras, si bien et soudain si sereine après ces longues semaines passées en enfer. Une boule de culpabilité se forme dans ma gorge, terriblement douloureuse ; elle me rappelle une fois de plus, que malgré la disparition de Pan dans les bas-fonds de l’île de Fakue, c’était toujours vers Gil que se tournaient mes pensées lorsque je luttais pour m’accrocher à la vie. Quand je me battais pour m’échapper des mines d’Okharran. Surprenant ? Pas tellement, en fait ! Si Pan m’avait toujours apporté une certaine sécurité et un amour inconditionnel, c’était toujours ce côté passionnel et intense qui me faisait irrémédiablement revenir vers Gil. D’une façon ou d’une autre. C’était lui qui m’avait faite chavirée, dès la première minute où je l’avais rencontré dans un petit village niché dans l’est verdoyant de l’empire. Mais quand il s’est épris de Libertée, j’ai tenté de me convaincre que Pan était le seul homme qui serait bon pour moi, à l’avenir. En vain ! Probablement un moyen sordide que mon subconscient avait trouvé  pour me protéger de ce goût amer qui me poursuivrait en sachant qu’une histoire ne serait probablement jamais possible entre Gil et moi ! Tout ce temps passé à Okharran m’avait permis de le réaliser. De le comprendre. Et de culpabiliser pour avoir laissé Pan se sacrifier pour moi. Pour que je puisse vivre, alors que je ne le méritais pas.

Toudoum, toudoum, toudoum…
Toudoum, toudoum, toudoum…


Fronçant le nez légèrement, je me blottie un peu plus contre le torse de Gil. Ne serait-ce que pour chercher un peu de chaleur. Mais surtout pour sentir son souffle sur ma peau, ses bras protecteurs autour de moi, entendre les battements de son cœur. Déglutissant, non sans difficultés, je laisse encore quelques secondes de silence s’écouler.

- « Je ne suis pas certaine d’avoir vraiment envie d’en parler pour l’instant, Gil » soupirais-je, consciente que ma réponse ne l’aiderait en rien « Là, maintenant, je veux juste que tu me serre dans tes bras, ok ? »

Comment lui raconter l’enfer de ces mines ? Comment lui dire que Pan n’était plus là ? Comment lui dire que, rien que de penser à lui durant tout ce temps, ne m’avait souvent donné l’envie de me battre pour sortir de là ? Comment lui dire que le contact de son corps me réchauffait, me rassurait, me rassérénait ? Comment lui faire comprendre tout cela ? Peut-être juste en posant doucement mes lèvres contre les siennes…

Toudoum, toudoum, toudoum…
Toudoum, toudoum, toudoum…








[Tatadam !! Quoi ? Naïs, irrécupérable ? Pas du tout voyons siffle ]

__________________________________________




Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

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I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Cause you're the only reason I want to stay alive - Gil   Mar 07 Mar 2017, 22:28

[Ouais. Elle est irrécupérable. Mais lui il est pas mieux, je te rappelle... Rolling Eyes]




Ils ne bougeaient pas, ils ne disaient rien. Naïs avait posé sa tête sur son épaule. Celle-ci s’engourdissait vaguement. Il aurait aimé remuer un peu, changer de position, mais le poids de Naïs le réduisait à l’immobilité la plus totale. L’Envoleuse demeura silencieuse tellement longtemps qu’il la croyait assoupie lorsqu’elle répondit à sa question d’une voix fatiguée. Pas envie de parler maintenant. Il soupira, resserra son étreinte, n’ajouta rien. Pas envie de parler, ça voulait dire « fous-moi la paix ». Il savait. Alors il se remit à compter les secondes dans sa tête. C’était nul, d’accord, mais les autres n’allaient pas mettre très longtemps à trouver cette passe sous la cascade et à leur tomber dessus. Déjà huit minutes qu’ils étaient là, à peu près. Il fallait qu’ils s’en aillent. Mais il ne bougea pas. Ils ne bougèrent pas. Gil lutta soudain contre l’envie de dormir. Il était bien, là, dans la chaleur de Naïs, toute relative par ce froid humide qui les enveloppait ; son bras blessé fourmillait doucement – la plaie était bien moins vilaine que celle de son amie, il n’avait pas le courage de la panser, tant pis. Il savait que c’était dangereux. Ce n’était pas une bonne idée. Mais… le contrecoup d’une semaine épouvantable, au cours de laquelle il avait retrouvé puis perdu son père, et affronté puis tué son frère… le voyage… le froid… et… il s’endormit.

Pas longtemps, une vingtaine de minutes tout au plus. Il émerge de ce sommeil bref mais réparateur plutôt tranquillement. La cascade grondait toujours, vacarme infernal qui ne l’avait pas empêché de roupiller. Ces derniers jours, il avait un sommeil lourd. Un vrai sommeil. Il eut le réflexe de bouger et se figea en sentant Naïs frémir ; elle était pelotonnée contre lui et dormait à poings fermés. Il réfléchit un instant. La laisser se reposer ? Elle en avait besoin, mais dans un vrai lit, pas ici, et bien plus longtemps que ça. Or, ils ne pouvaient pas rester là indéfiniment. Doucement, Gil remua pour qu’elle s’éveille sans brusquerie.

- Debout, Princesse. On doit y aller.

Se lever demanda une coordination des mouvements qui ne se fit pas sans mal, à cause de leurs muscles endoloris ; une ou deux fois ils manquèrent de de dégringoler dans le vide. Gil avait passé un bras de fer autour de la taille de Naïs. Il grimaça en devinant sa maigreur. Trois mois. Il refusait de croire qu’elle ait pu passer autant de temps ici. Non, il préférait imaginer ce qu’il allait faire subir à ceux qui étaient responsables de tout ce bazar ! Ragaillardi par cette sanglante perspective, Gil entraîna Naïs hors de la passe. Ils longèrent la paroi rocheuse et glissante, reçurent de l’eau glacée dans le dos, risquèrent de se rompre les os ou bien de basculer dans l’onde qui les attendait, en contre-bas ; elle n’était plus mortelle à cette hauteur, mais le froid risquait de les tuer. Ou bien alors des hommes embusqués les tireraient comme des lapins. Ils s’accrochèrent… Gil s’accrocha. Il ne lâchait pas Naïs et la guidait de sa voix, certain qu’elle aurait pu y arriver sans son aide, sa cécité étant devenue pour elle davantage un atout qu’un handicap, mais inquiet à l’idée qu’elle trébuche de fatigue ou de lassitude. Elle restait muette ; docile, mais muette. Il aurait préféré qu’elle l’engueule. Ça, il avait l’habitude, et le familier avait quelque chose d’incroyablement rassurant.

Au bout d’une heure passée à danser en équilibre au bord du vide, Gil se hissa enfin sur une plateforme qui, par chance, donnait sur un accès creusé dans la roche. Encore un tunnel. Au moins, ils n’avaient plus besoin de se coller contre une paroi froide et mouillée ! Gil passa la main dans ses cheveux. Le bout de ses doigts saignait, abîmé par les roches coupantes auxquelles il s’était maintenu pour avancer. Sans un mot, il se tourna vers Naïs pour vérifier l’état de son pansement – acceptable – et l’embrassa sur le front avant d’attraper sa main valide. Il l’entraîna à sa suite. Le tunnel était sombre et glacé. On ne voyait pas le bout. C’était sans doute risqué de s’y aventurer comme ça, mais avaient-ils le choix ? Gil avançait à grands pas, une main posée sur le mur, l’autre accrochée à celle de Naïs. Et tout en marchant, il réfléchissait. Qu’exploitait cette mine ? Qui en était le dirigeant ? Pourquoi avoir commis l’énorme bourde de se mettre à dos toute une tripotée d’assassins ? Pourquoi Naïs n’avait-elle pas pu s’échapper ? Où était encore passé Pan ? Gil sursauta soudain, le cœur battant : Mak ! Etait-il quelque part entre ces murs ? Non. Impossible. Si c’était le cas, Naïs aurait déjà remué ciel et terre pour le retrouver. Ce serait elle qui le tirerait par la main pour aller plus vite, pas l’inverse…

Une éternité plus tard, ils débouchèrent dans une sorte de… quartier privé. Le tunnel s’élargissait en une cavité ovale, laquelle donnait sur deux autres boyaux et de petites cellules aménagées pour que des gens puissent y dormir. C’était un lieu de vie. Celui des mineurs, sans doute… Ces derniers étaient soit au travail, soit en train de les chercher partout. Le champ était libre. Gil s’approcha d’une cellule occupée par un lit défait et une minuscule table de chevet sur laquelle trônait une bougie. Il attrapa la couverture chiffonnée sur les draps et s’en servit pour sécher vigoureusement les cheveux de Naïs. Il en attrapa une autre, plus grande et moins miteuse, qu’il déposa sur les épaules de l’Envoleuse. Enfin, il dénicha un bout de pain un peu dur et une pomme. Il la coupa en deux : une moitié chacun. Ce fut vite englouti. Gil but une rasade de l’eau d’un pichet qu’il avait versée dans un gobelet en terre, puis il s’appuya contre un mur et observa Naïs à la dérobée. Il la voyait un peu mieux à présent, grâce à la lumière qui provenait d’un globe très probablement dessiné. Elle était maigre – pas squelettique, comme lorsqu’il l’avait sauvée in extremis de la terrible maladie qui la rongeait, mais suffisamment mince pour qu’il serre les poings de colère. Pas de blessures visibles, si ce n’était un mutisme horriblement frustrant. Si, un hématome sur la pommette droite, vieux d’une semaine sans doute, peut-être plus, qui fonçait un peu plus sa peau couleur caramel tendre. Elle était si jolie… Hé ho, ronchonna-t-il intérieurement en détournant les yeux. C’est pas le moment, mon grand.

Il n’y avait pas un bruit, pas une âme qui vive, rien. Ils étaient seuls… pour l’instant. Gil se demandait pourquoi Jo la Provoc et sa bande ne leur tombait pas dessus maintenant. Il devait y avoir une raison qui lui échappait encore. Forcément, tiens ! Il ne savait presque rien de cet endroit, de son but, de son appartenance ! Comment élaborer un plan d’évasion avec si peu d’éléments ? Il fallait que Naïs le guide, sinon ils allaient chercher la sortie un bon moment… Se décollant du mur, Gil s’approcha de Naïs. Il posa la main sur sa joue marquée. Croisa son regard aveugle et doré. Jolie ? Ha ! Si seulement elle n’était que jolie…

- Naïs, il faut que tu m’aides, c’est important.

Murmure à peine audible.
Sincère et rassurant.

- Tu as étudié cet endroit, pas vrai ? Est-ce qu’il y a un autre accès à l’extérieur que celui par lequel je suis rentré ? Autre chose que l’entrée principale ?

__________________________________________

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