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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Ven 24 Mar 2017, 22:59

Le noir.
Libertée cligna des yeux un instant. La seconde suivante, le soupir contrarié d'un bébé attisa brusquement un feu dans sa poitrine, et elle bondit sur ses jambes.
Voulut bondir sur ses jambes.
Mais ces dernières ne lui obéissaient pas. Pas plus que ses bras. Ou n'importe quoi d'autre.
Elle pouvait à peine bouger les muscles de son visage, et soudain la panique l'envahit. Ces babillements, elle les connaissait par coeur. C'étaient ceux de Suviyo.

N'était-elle pas censée être avec ses parents ?
Ah, non. La mémoire lui revint : elle était allée la chercher la veille au soir - ou en tout cas ce qu'elle percevait être la veille au soir car elle ne savait pas où elle était ni quelle heure il était - pour passer du temps avec elle, après être revenue du voyage avec ses apprenties. Apprenties qu'elle avait laissées avec la Caravane partant d'Al-Poll. Elle était allée à Al-Chen pour trouver quelques provisions et s'isoler avec sa fille pour la retrouver… ELle se souvenait du magasin d'épices, de celui de viande séchée, puis d'avoir voulu aller boire quelque chose avant de repartir…
Et le vide.
Total.

Un long frisson lui parcourut le corps et elle réussi à puiser de l'énergie pour tenter de se redresser. Sur un coude. Ses sens s'habituaient peu à peu à son environnement et c'était devenu moins noir autour d'elle.
Des sons très contrariés, suivi des pleurs de Suviyo, poussèrent une adrénaline puissante dans ses veines qui la fit se redresser brusquement et bondir jusqu'à des barreaux… Qui la séparaient de sa fille.
La petite était allongée dans une sorte de lit en pierre, non, c'était une cage, pas un lit de bébé !

- Suviyo…
Elle avait murmuré du bout des lèvres, et une ombre attira son attention à sa droite.
La silhouette immense d'un homme passa devant elle, lui coupant la vue sur sa fille, et elle releva le menton sans parvenir à distinguer son visage.

- Ne t'y attaches pas plus, elle va mourir.
Libertée étouffa un cri de rage en ravalant sa langue brusquement.  Son coeur palpitait dans sa poitrine: il avait dit ça avec un ton tellement égal qu'elle était certaine qu'il ne bluffait pas. Il exsudait la confiance en lui et cette sensation qu'il réalisait toujours ce qui devait être fait.

- Pourquoi ?
Apparemment, elle l'avait surpris car il se tourna vers elle, le visage toujours caché sous une sorte de grande capuche.

- Habituellement, on me supplie d'épargner les enfants.
Elle mourrait de trouille. Pourtant, voyant qu'elle gagnait du temps et du terrain, elle ne se démonta pas.
- Et elles vous proposent quoi ? De faire ce que vous voulez d'elles ?
- C'est ça. Et toi, tu as quoi à me proposer ?

Lib resta silencieuse un instant.
- Si ton kiff c'est les gosses, je peux pas faire grand chose pour toi.
Il se tourna brusquement et elle eut tout juste le temps de reculer d'un pas pour ne pas qu'il se saisisse de son visage.

- T'es rapide ma poulette. Mais je vais te montrer que mon "kiff" c'est pas les gosses.

♥ ♥ ♥

La douleur était bien pire que tout ce qu'elle avait pu imaginer.
Ses reins étaient lacérés. Son dos sanguinolent. Ses doigts à vifs. Ses ongles arrachés. Son ventre labouré.
Et l'intérieur… sans doute en meilleur état, physiquement parlant. Mais défoncé.
Et ça continuait.
Pas de répis.
La seule chose qui ne la faisait pas sombrer dans l'inconscience, c'était Suviyo, qui pleurait toujours.
Tant qu'il était là, il ne lui faisait pas de mal à elle.
C'était l'essentiel.

♥ ♥ ♥

Encore le noir.
Cette sensation que tout son corps n'était qu'une immense plaie à vif
Non.
C'était une réalité. Son corps était une immense plaie à vif. Elle n'avait presque plus de sensation. Morceau de chair sanguinolent sur le fil de la vie.

Suviyo.
Le son de sa fille contrariée l'électrisa et elle se redressa malgré l'immense protestation de son corps. Elle ne pouvait pas faire autrement !
La petite se mit à pleurer. Babiller.
Hoqueter.

- NOOOOOOON !

Plus un son.
Puis celui du plat d'une lame contre de la pierre.

Plus un son.
Deux respirations.


- SUVIIYOO !

__________________________________________




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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Dim 26 Mar 2017, 17:35

« Papa ? »

Un mot, comme un rayon de soleil. Rien d’autre n’aurait pu détacher mon attention de cette femme, si belle, si mienne, qui dort sur le lit. Je souris, passe les doigts dans les longs cheveux qui cascadent sur l’oreiller, me penche pour effleurer ses lèvres d’un baiser fugace, et quitte la chambre sur la pointe des pieds. Le salon est éclairé par quelques bougies qui vacillent dans la fraîcheur nocturne qu’une fenêtre laisse entrer dans la pièce. Je m’arrête sur le seuil, croise les bras sur la poitrine et observe la jeune fille plantée devant la cheminée où sommeillent quelques braises. Elle ne m’a pas entendu approcher. De dos, on dirait tellement sa mère… Et lorsqu’elle se retourne, alertée par le poids de mon regard, c’est son portrait craché. La même grâce, le même éclat, la même fougue. De moi, elle tient seulement son caractère entier et sa propension à se jeter tête la première dans les ennuis. Ce demi-sourire qu’elle me lance, aussi, qui creuse sa joue et me serre le cœur. L’instant suivant, elle est dans mes bras. L’étreinte est brève, elle est à cet âge ingrat qui fait si souvent hésiter entre la tendresse et la colère. A en juger par son air détendu, ce soir, c’est la première option qui l’emporte.

- C’est à cette heure-là que tu rentres ? dis-je d’un ton beaucoup trop amusé pour qu’elle le prenne comme un reproche.
- Arrête, il est encore tôt, les étoiles s’allument à peine…

Mais bien sûr…

- J’ai encore dû distraire ta mère pour lui épargner une inquiétude trop grande. Tu m’en dois une. Voire deux ou trois.
- Tu oublies que je t’ai couvert la semaine dernière, quand tu t’es embarqué dans cette mission foireuse avec oncle Ju’ ! Maman crois toujours que tu étais à la foire d’Al-Jeit, mais je peux encore arranger ça…
- Enfer, t’es beaucoup trop maligne !
- A qui la faute ?


A moi. A nous !

- J’étais avec les filles, lâche-t-elle alors en détachant ses cheveux pour les laisser retomber sur ses épaules.

Ils sont un peu plus foncés que ceux de sa mère. Et aussi beaux. Peut-être un petit moins dangereux…

- Les filles ça me va.
- Ah bon ?
- Ouais. Tu peux traîner avec tes copines aussi longtemps que tu le souhaites, tant que tu reviens toujours ici au bout du compte. Et que tu évites les mâles en rut. Surtout ceux qui répondent au nom de Syles.
- Je ne vois pas pourquoi tu dis ça, il est adorable avec moi !


Je sais qu’elle me teste et me contente de grogner sourdement. C’est avec elle, et elle seule que j’ai vraiment compris le sens du mot « jalousie ». Consciente qu’il ne s’agit que d’un réflexe affectif, elle secoue la tête et me donne un petit coup de poing dans l’épaule.

- T’inquiète, je rentrerai toujours ici, à la maison. Seule, puisque tu me condamnes à un avenir de vieille fille. Tu m’autorises au moins à adopter un chat ?

A mon tour de lui cogner le bras, puis, dans un élan de complicité, je passe le mien autour de son cou et l’attire contre moi pour lui ébouriffer les cheveux de mon poing serré. Son rire éclate dans la pièce, au risque de réveiller sa mère.

Moi, il me réveilla aussi vivement qu’un mauvais rêve.


*


Gil se redressa brusquement. Le souffle court, il passa la main sur son visage, puis dans ses cheveux en bataille. Qu’est-ce que c’était que ce rêve ? Jamais encore il n’avait imaginé aussi nettement son propre futur. Il était plutôt habitué à revisiter le passé. Mais c’était terminé : son père et son frère étaient morts, il avait lavé son âme de gamin torturé et visiblement, son subconscient s’en trouvait ravi ! Il grimaça. Non pas que ce rêve avait été désagréable. Jamais Suviyo n’avait été plus jolie que dans celui-ci. La grimace devint sourire. C’était le produit de son imagination un peu trop débordante, mais il espérait qu’un jour elle ressemble un petit peu à cette jeune fille pleine de vie et de répartie qu’il avait croisée dans son sommeil… Les battements de son cœur s’apaisèrent. Pas sa peine. Il se rappelait de Libertée dans son rêve, assoupie dans leurs draps, comme avant. C’était peut-être ça, le message, le sens caché de cette drôle de vision : la marchombre lui manquait plus que jamais, alors que la vie s’acharnait à les séparer chaque jour un peu plus…

Il soupira. A trop blâmer la vie et le hasard, il en oubliait sa propre responsabilité dans cette histoire. Naïs, Libertée, Kaünis, Erwan, rien n’était dû à autre chose qu’à ses conneries monumentales. Il fallait bien qu’il digère cette évidence une bonne fois pour toute ! Dans un grognement dépité, il roula hors de sa couche et entrouvrit la fenêtre de sa chambre. Une piaule minuscule qu’il avait eue pour une bouchée de pain – et un sourire charmeur à l’attention de la fille du tenancier. Il s’était couché tôt, alors que le soleil amorçait sa chute ; à présent il faisait nuit noire et maintenant qu’il était reposé, la véritable raison de sa présence ici l’attendait. Il enfila directement son tabard sur son torse nu. Le printemps n’était pas encore vraiment là et il faisait froid dehors, mais il en avait sa claque des chemises. Il remonta le col de cuir pour cacher la marque de la Silencieuse, à la base de son cou, puis passa sa lame dans sa ceinture et enfila sa mitaine droite, la seule encore en état de marche. Grâce à Dil Duran il savait comment réparer l’autre, mais il lui fallait un certain nom d’outils et surtout d’un peu de temps dont il ne disposait pas. Il effleura des doigts le bracelet de cuir qui ceignait son poignet gauche, pensif, puis secoua la tête et sortit de la piaule d’un pas décidé.

La Renégate était une taverne petite et mal famée. Pas très étonnant quand on savait que les scorpions d’Okharan étaient tapis dans la région. Reconnaissant au moins trois d’entre eux, Gil attrapa le ruban de la ceinture de la robe de la jeune serveuse. Il ne cessa pas d’avancer et elle fit deux tours complets sur elle-même, surprise, avant qu’il la retienne d’un bras de fer pour l’empêcher de tomber à la renverse. Sa question balbutiée mourut lorsqu’il posa un doigt sur ses lèvres. Chut. Alors elle se tut et, subjuguée par la force de ce regard dépareillé, se contenta de le regarder enrouler le bandeau autour de son front. Il dissimula son œil bleu, baissa la tête et se fondit ainsi parfaitement dans le décor : nul ne prit garde au borgne vaguement titubant qui traversa la salle et se laissa lourdement tomber contre le comptoir. Un homme y était déjà accoudé, un ivrogne qui laissa échapper un ricanement peu assuré avant de choquer sa pinte contre celle de Gil.

- A ta santé, mon vieux !
- Ouais. Pareil.
- On di… on dirait que t’es cueilli au saut du lit !
- Je viens de finir ma nuit.
- Eh ben dis donc, y’en a… qu’on la belle vie hein !


Question de point de vue. Gil but quelques gorgées, grimaça, reposa sa pinte. D’une, cette bière avait un goût tout simplement épouvantable. De deux, « au saut du lit » c’était un peu violent comme petit-déjeuner. Mais son voisin le resservit avec engouement et il trinqua de nouveau avec lui en soupirant.

- J’ai entendu dire que ça chauffait par ici ces derniers temps, lâcha-t-il au bout d’un moment, entre deux nouvelles rasades infectes.
- Tu… tu parles, c’est comme ça tout l’temps !
- Ouais. Mais on m’a parlé d’un type, là… Corbac… Mortac…
- Tornak ?
- J’étais pas loin.


L’ivrogne fit un geste assez aléatoire de la main.

- Qu’esstu lui veux à c’bonhomme ?
- Tu le connais ?
- Pas per…sonnellement mais si tu… si tu veux un conseil d’ami, tu d’vrais pas l’approcher.
- Pourquoi ?
- Y’en a qui disent qu’il est fou. Qu’y fait des choses pas très… pas très honnêtes.
- De la contrebande ?
- On peut… dire ça ouais. Avec des gosses.


Gil cilla mais demeura silencieux. Il resservit généreusement son compagnon et laissa celui-ci poursuivre son récit décousu.

- J’sais pas trop c’qu’il en fait mais j’veux pas être mêlé à ça, moi.
- Une idée de l’endroit où je pourrais le trouver ?


Cette fois, l’ivrogne tourna la tête vers lui et plissa les yeux, comme pour accommoder sa vision et tenter de discerner le visage de son interlocuteur.

- T’es… t’es qui, au juste ?
- Personne. Dis-moi juste ce que tu sais et je t’offre la prochaine tournée.
- Ah, ça… ça c’est un homme selon… son cœur ! J’sais pas où il est mais… tu d’vrais aller traîner du côté des grottes.
- Des grottes ?
- Ouais ! C’est… juste après le bourg, vers le… heu… nord ?
- T’as pas l’air sûr de toi.
- Sisisi, c’est l’nord, j’suis sûr ! Tu peux pas les rater elles sont… vraiment grandes.


Gil décida de le croire. Il fit tomber quelques pièces sur le comptoir et abandonna l’ivrogne pour quitter la Renégate sous l’air déconfit de la jeune serveuse, et celui, plus scrutateur, d’un garçon à peine plus âgé qu’elle. Dehors, Gil se débarrassa de son bandeau et s’éloigna de la bourgade blottie à flanc de colline. Il suivit la direction du nord, et ne tarda pas à trouver les fameuses grottes : elles étaient en effet inratables, émergeant de la broussaille qui recouvrait les hautes roches du plateau. Gil s’aplatit sur le sol et observa l’entrée béante de la première. Une silhouette se tenait juste devant, son ombre immobile se découpait dans le pâle éclat de la lune. Il était en train de réfléchir au meilleur moyen d’entrer sans forcément créer un effet de panique, lorsqu’un craquement de brindilles, dans son dos, le fit se retourner brusquement. Il lança ses jambes, faucha l’opportun qui tentait de le prendre en traitre, et roula pour se retrouver à califourchon sur lui.

- Dis donc mon grand, c’est…

Il se tut en découvrant le visage juvénile d’un garçon qui le regardait sans bouger. Grand, maigrichon, deux yeux immenses qui lui mangeaient la figure, des cheveux qui partaient dans tous les sens… Gil se redressa légèrement et desserra sa prise sur la gorge du jeunot.

- T’es qui ?
- Axan.
- Pourquoi tu me suis ?
- Je vous ai entendu parler avec Flib le Bourré. Vous cherchez Tornak, pas vrai ?
- Et ?
- Moi aussi.
- Pas mon problème,
grogna Gil en lâchant Axan.
- Laissez-moi venir avec vous !
- Nan.


Déjà, Gil s’était réinstallé à plat ventre. Pour lui l’affaire était close, mais pour le garçon, visiblement, non : il se planta devant Gil, qui râla et chercha à le déloger.

- Dégage ! Je suis occupé, là.
- Je dois entrer là-dedans !
insista Axan sans bouger d’un pouce.
- Pourquoi ?
- Parce que…


Sa voix se brisa. Gil leva les yeux vers lui.

- Parce que ?
- Parce que ma sœur, Aluna, est là-bas. S’il vous plait… Laissez-moi venir avec vous. Il faut que je la retrouve.


Gil appuya son front contre ses bras. Fichue mission. Fichu garçon. Pas moyen de travailler tranquillement… Il soupira, puis redressa la tête et acquiesça en silence.

- Si tu fais pas ce que je te dis, je t’abandonne dans ce trou à rat. C’est clair ?
- Oui monsieur.
- Si je te dis de dégager tu dégages. Compris ?
- Oui monsieur.
- Et si tu m’appelles encore monsieur, je t’arrache la langue.
- Oui… heu…
- Gil. Ferme-la, maintenant.


Ignorant la petite voix de sa conscience qui s’agitait furieusement, Gil observa les lieux encore un instant, avant de tourner légèrement la tête en direction d’Axan, sans quitter son objectif des yeux.

- Bouge pas, chuchota-t-il.

Il recula, toujours à plat ventre, et disparut dans la nuit. Perplexe, Axan laissa filer quelques secondes avant de se redresser sur ses avant-bras. Là-bas ! Il vit la silhouette de Gil se découper… au-dessus de celle de la sentinelle. Le garçon écarquilla les yeux. Comment avait-il… ? L’instant d’après, l’Envoleur se laissait tomber sur sa victime et le mettait hors d’état de nuire. Il fit signe à Axan de le rejoindre. Celui-ci loucha sur le corps de l’homme. Sa nuque avait été brisée. Il sursauta quand Gil le poussa du bout des doigts, et entra avec lui dans l’ombre de la grotte. En silence, ils suivirent un long boyau plongé dans la pénombre. L’inclinaison du sol fit comprendre à Gil qu’ils étaient en train de s’enfoncer sous terre. Il y avait de la lumière un peu plus loin : des torches enflammées étaient fixées aux murs, à intervalles régulières. Percevant un bruit de voix, Gil attrapa Axan et le plaqua contre le mur, dans un renfoncement plutôt profond qui leur permit de passer inaperçus tandis que deux hommes passaient devant eux en discutant à voix basse. Ils portaient un étrange costume fait de tissus sombres superposés et un masque blanc marqué de rouge était posé sur leurs visages. Gil se fondit derrière eux, frappa le premier à la nuque et brisa celle du  second avant qu’il ne donne l’alarme. Un geste, un souffle mortel qui fascina Axan une fois de plus. Mais lorsque Gil lui fit signe de le rejoindre, il n’hésita pas et lui obéit aussitôt. Cet homme était incroyablement dangereux, il l’avait senti dès le départ, mais ce danger qui émanait de lui s’accompagnait étonnamment d’une saisissante impression de sécurité qu’il ne saurait expliquer.

Cinq minutes plus tard, deux hommes en noir et masqués s’enfonçaient dans les entrailles de la terre. Gil ignorait si le subterfuge allait marcher, mais il aurait au moins le mérite de leur faire gagner un peu de temps ! Ils débouchèrent dans une salle circulaire qui donnait sur quatre couloirs. Il y avait des cages, aussi. Vides. Gil entra dans l’une d’elle pour jeter un coup d’œil, mais à part de la paille souillée et des fers rouillés, il ne trouva rien de particulier. Un cri résonna quelque part, dont l’écho faisait froid dans le dos. Axan se rapprocha de Gil.

- C’est quoi cet endroit ? souffla-t-il derrière son masque.
- J’en sais rien. Viens.

Ils s’engagèrent dans le deuxième couloir. Des sanglots retentirent, sur leur gauche. Axan poussa un cri apeuré lorsqu’une main saisit brusquement sa cheville. Il bondit en arrière. Gil s’était déjà penché vers la forme décharnée allongée derrière les barreaux.

- De l’eau…
- J’en ai pas. Qu’est-ce que tu fais là ?


La jeune femme, nue et d’une maigreur sans pareille, se recroquevilla et s’enferma dans un mutisme dont il ne parvint pas à la sortir. Il finit par ôter son masque et elle leva la tête vers lui.

- Quels jolis yeux…
- On va te sortir de là. Comment tu t’appelles ?
- Mira.


Gil continua de lui parler en murmurant tout en crochetant la serrure de la cage. Il fronça le nez en se glissant à l’intérieur, ôta son manteau pour en envelopper la jeune fille et la souleva dans ses bras. Rien. Elle ne pesait rien. Son regard se durcit. Je sais pas où tu es, Tornak. Mais quand je t’aurai trouvé tu passeras un sale quart d’heure. Crois-moi !

- Emmène-là, dit-il en déposant Aluna dans les bras d’Axan. Je vais continuer seul.
- Mais…
- Je vais retrouver ta sœur. Allez !


Le ton était sans appel et se rappelait à la promesse que le garçon lui avait faite. Celui-ci hocha la tête.

- Prenez mon manteau, alors.

Gil l’aida à s’en défaire et enfila le vêtement, puis il s’enfonça dans le couloir d’un pas vif. Axan réajusta la position de son précieux fardeau dans ses bras et fit demi-tour.


*


- Aluna ? Est-ce qu’Aluna est ici ?

Des murmures parmi les ombres. Il y en avait une douzaine dans cette cellule. On lui répondit que non. Gil força la serrure et les laissa sortir. Il demanda à celles encore capables de marcher d’aider les plus mal en point, leur indiqua la sortie et s’apprêtait à poursuivre sa route lorsqu’une petite main décharnée se posa dans le creux de son coude. C’était une gamine. Elle ne devait pas avoir plus de dix ans. Contenant difficilement la colère qui lui nouait les entrailles, Gil s’accroupit pour se placer à sa hauteur.

- Ils ont emmené Aluna hier. Les hommes comme toi.
- Où ?
- Je sais pas. Là-bas. Ils ont parlé de cérémonie. Ils ont emmené une femme aussi, avec son bébé.


Gil passa la main dans les cheveux emmêlés de la fillette et la laissa partir avec les autres. Il gagna rapidement une salle immense, pourvue de colonnades et d’escaliers en pierre qui menaient à un étage. En bas, il y avait des tables, quelques chaises, des caisses, des tonneaux, des bougies, des vivres – de quoi nourrir une cinquantaine d’hommes, au moins. Il y en avait deux ou trois qui traînaient là, buvant ou discutant à voix basse. Gil rabattit son masque et avança en pleine lumière. On le salua d’un signe de tête. Il répondit du même geste, observa les lieux, puis les escaliers.

- Où est Tornak ? demanda-t-il à l’un des hommes masqués.
- En train de s’amuser, je suppose. Il n’a pas pu attendre la cérémonie de ce soir.
- Le galopin. Et où est-il en train de s’amuser ? Je dois lui dire quelque chose.
- Tu es sûr ? Il n’aime pas être dérangé quand il fait ce genre de chose…


Un cri retentit de nouveau. Gil sentit son sang se glacer.

- C’est important. Dis-moi où il est.
- Là-haut, comme d’habitude…


Ignorant le ton mi-surpris, mi-agacé de son interlocuteur, Gil emprunta un escalier. A l’étage, il découvrit des cages, encore. Dans certaines, il y avait des corps en si mauvais état qu’il sentit son ventre se retourner. Il avait connu son lot d’ignominies, pourtant ! Mais ce qui se tramait dans cette grotte dépassait ce qu’il avait pu voir au cours de sa vie. Il était entré dans l’antre d’un mal perpétré par l’homme, et quelque chose lui soufflait que s’il s’en sortait, plus rien ne serait comme avant. Pourtant, Gil continuait d’avancer. Il avait une promesse à tenir et à un fou à débusquer. Il entra alors dans une salle sombre et vide, à l’exception d’une forme tremblante, attachée à une roue. Gil regarda autour de lui, prudent, puis approcha à pas lents. C’était une femme, encore. Jeune, le corps roué de coups, parsemé de bleus, de morsures, de brûlures. Elle ouvrit des yeux terrifiés en le voyant. Il retira son masque.

- Du calme. Je suis là pour te sortir de là.
- Qui…
- Tu es Aluna, n’est-ce pas ?
murmura Gil en croisant les mêmes immenses yeux que ceux d’Axan. Ton frère t’attend. Il ne faut pas traîner.

Il la débarrassa de ses liens et la prit dans ses bras. Elle s’accrocha à lui, enfouit son visage dans son épaule. Gil hésita. Rebrousser chemin allait être difficile, il avait croisé trop d’hommes masqués qui ne le laisseraient sans doute pas passer avec cette fille. Il fallait continuer. Par chance, il ne croisa personne dans les pièces suivantes, à part quelques chauve-souris qui s’envolèrent en criaillant. Dans ses bras, Aluna oscillait entre conscience et inconscience. Comme il venait d’entrer dans une nouvelle salle, un énième cri, plus proche que tous les autres, déchira le silence. Il était proche du but. Impossible d’emmener Aluna là-bas. Gil promena son regard autour de lui, avisa une cavité dans la roche, y déposa son précieux fardeau qu’il recouvrit de son manteau.

- Reste ici. Je reviens te chercher.

Il lui caressa le front, puis se redressa et se débarrassa de son masque ; pour faire face au dégénéré responsable de tout ceci, il n’en avait pas besoin. Il sortit sa lame et fila dans le couloir. Déboula dans une pièce, encore, plus froide et plus nue que toutes les autres. Il y avait des cages partout. Au centre, un genre d’autel de pierre, frappé par la lumière de la lune qui passait par une ouverture dans le plafond. Et, sur l’autel…

L’épée glissa des doigts de Gil, tomba dans un bruit métallique. Non. Il fit un pas en avant, puis deux, presque mécaniquement, alors que tout son sang se retirait de ses veines. Un étrange bourdonnement sourdait à ses oreilles. Quelque chose était en train de lacérer son cœur. Non… Un pas. Un éclair de douleur. D’incompréhension. De refus. Son regard ne pouvait se détacher de la petite chose, minuscule et immobile sur la pierre froide. Du sang qui ruisselait jusqu’au sol. Il se mit à trembler. Tomba à genoux devant l’autel. Tendit les mains, effleura la peau encore tiède, gémit.

- Non…

Alors, Gil prit doucement son enfant dans ses bras, le serra contre lui.

Et pleura.



*



Never thought
This day would come so soon
We had no time to say goodbye
How can the world just carry on ?


« Je t’aime, Gil… Regarde cette merveille. Notre merveille… Notre petite Suviyo… »

« Bonjour… alors c’est toi, le petit haricot que je pouvais sentir s’agiter sous ma main ? »


I feel sol ost when you are not by my side
But there’s nothing but silence now
Around the one I loved
Is this our farewell ?


« Allez, grand chef, à ton tour. Tu la poses contre ton épaule, en la berçant un peu de haut en bas, et on tapote doucement… »

« Elle est tellement jolie… »


So sorry your world is trumbling down
I will watch you through these nights
Rest your head and go to sleep
Because my child, this is not our farewell


« T’inquiète, je rentrerai toujours ici, à la maison… »

This is not our farewell…


*


L’alerte avait été donnée, bien sûr, quand on avait découvert les cages grandes ouvertes et vides. Un genre de tocsin résonnait dans la grotte, le branlebas de combat était lancé. Des bruits de pas se rapprochaient. Gil ne se précipita pas. Il prit le temps d’envelopper Suviyo dans son tabard, avant de la déposer sur l’autel, dans la lumière de la lune qui soulignait ses traits délicats. Quand les types entrèrent dans la pièce, il ne bougea pas, incapable de détourner les yeux de sa fille. D’admettre l’impossible. Il fallut bien qu’un coutelas caresse la peau nue de son bras pour le faire sortir de sa torpeur – hélas pour l’auteur de cette ridicule attaque. Gil pivota brusquement et lui attrapa les cheveux d’une main. De l’autre, il plaqua sa paume contre ses lèvres, décocha une aiguille qui traversa sa gorge de part en part, lâcha le corps qui s’effondra à ses pieds. Se baissa pour éviter un coup de taille, attrapa un poignet, brisa un bras, puis deux. Acheva sa besogne en brisant la mâchoire. Le troisième homme se prit un coup de poing si violent que son masque se brisa net et tomba. Alors, Gil décocha deux aiguilles. Une pour chaque œil. Le moindre de ses gestes était d’une violence rare, mais incroyablement contenue. Ce n’était pas encore le moment de tout laisser s’échapper. Impassible, il extermina encore deux ou trois hommes masqués, avant de fermer la porte de la salle en la bloquant avec sa lame. Puis il attrapa une torche et s’enfonça dans un énième couloir. Chaque fois qu’il croisa des tentures, il y mit le feu. Bientôt, une fumée noire et épaisse envahit les lieux. Lorsque la porte fut enfin forcée, les hommes de Tornak reculèrent en toussant. Impossible de traverser pareille fournaise ! Ils reculèrent.


*


Tapis dans l’ombre, Axan observait l’entrée de la grotte. Il fronça les sourcils en voyant un nuage de fumée en sortir. Qu’était-il en train de se passer ?

Où était passé Gil ?

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Dim 26 Mar 2017, 22:50

Noir.
Silence.
L’humidité pénétrait sa peau, ses os, ses chairs brûlaient et gelaient en même temps.

Noir.
Et silence.


♥ ♥ ♥


Noir.
Silence.
Non, il y a des bruits.
D’abord, celui des gouttes, pointes d’humidité, glissant sur le sol.

Ploc. Ploc.
Silence.
Ploc.
Silence.
Ploc. Ploc. Ploc.

C’était comme si un immense bourdonnement montait de son propre corps. Ça la rendait sourde, non ?
La douleur était infinie.
Elle bouclait d’avant en arrière. De l’arrière de son crâne à ses reins. De sa gorge à ses cuisses.
Elle devait être de la charpie.

Plus aucune énergie.
Le silence, c’était bien.
Le silence, et le froid.

♥ ♥ ♥

L’odeur humide de la roche réveilla la conscience de Libertée, un instant.
Une seconde.

Puis, celle de la fumée.
Acre.

Le silence n’était plus silencieux.
Bruits étouffés, éclats métalliques.
Puis le silence.

Mais ça pique la gorge.
Une parcelle d’elle qui n’avait pas encore été endommagée.

Elle tenta de cligner des yeux.  
Renonça. Trop difficile.
Mais sa gorge protestait.

Un râle franchit ses lèvres. Suivi d’un toussotement qui lui pompa toute son énergie restante d’un coup.

Encore le silence.

Le silence, et le noir.  

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Jeu 30 Mar 2017, 20:47

There’s no time for us
There’s no place for us
What is this thing that builds our dreams yet slips away from us

Who wants to live forever ?

Gil avançait d’un pas mécanique. Ce n’était plus vraiment lui, cet homme au regard vide, mais le trou béant qu’il avait à la place du cœur laissait désormais tout s’écouler : les souvenirs, bons ou mauvais, les principes, les projets, les rêves, tout foutait le camp.

Il lâchait prise.

Who wants to live forever ?

Le feu se répandait dans la grotte. C’était un piège de chasseur de renard, la fumée roulait le long des parois, apportant mort et destruction sur son passage.
La mort avait des yeux vairons.

There’s no chance for us
It’s all decided for us
This world has only one sweet moment set aside for us

Who wants to live forever ?

Une silhouette masquée jaillit devant Gil. Il lui suffit d’un seul geste du bras pour l’égorger. Il n’avait même pas ralenti. C’était peut-être Tornak, et peut-être pas : tout ce qui lui importait, c’était d’avancer encore un peu. Juste un petit peu. Juste le temps de terminer…

Who wants to live forever ?

Une salle, plongée dans la pénombre et déjà voilée par la fumée. Gil lança sa torche et regarda sans le voir le feu s’animer, prêt à tout dévaster. Puis il tourna la tête vers l’homme qui était assis sur l’immense lit, au centre de la pièce. C’était une chambre, la sienne, remplie de tentures qui s’enflammaient et de cages vides, à l’exception d’une seule. Une seule cage grande ouverte sur un corps immobile et brisé. Un éclat très bref traversa le regard bicolore de Gil. Vestige d’une émotion, ou bien simple reflet des flammes qui dansaient autour de lui ? Il avança vers le lit. L’homme était seulement vêtu d’un peignoir. Il semblait effrayé, esquissa le geste de se lever, en fut empêché par une aiguille de métal qui se planta dans sa paume droite, clouant sa main au montant du lit. L’instant d’après, la deuxième main subissait un sort identique. Tornak poussa un cri de douleur – et de plaisir évident ; c’était un langage qui lui parlait, bien sûr. Il avait fait cela tellement souvent… avec moins de classe, il fallait le reconnaître, mais si seulement il avait connu cet homme aux yeux vairons avant, il aurait pu donner des séances tellement plus spectaculaires !

Who dares to love forever
When love must die ?

Gil prit le temps d’attacher Tornak à son lit. Il ne semblait pas se rendre compte que la chambre brûlait – à part quand une quinte de toux le prenait. Et encore, ce n’était pas pour le faire aller plus vite. A aucun moment, l’un ou l’autre ne prononça la moindre parole. Le premier perdait ses mots en même temps que son humanité. Le second avait déjà perdu la sienne depuis longtemps, et il avait toujours su que ce moment arriverait un jour. Fatalement. Lorsqu’il eut terminé, Gil se redressa. Il se détourna du lit au moment où les premières flammes léchaient les draps, et se dirigea vers la cage ouverte. Il poussa un peu plus la porte pour entrer à l’intérieur, s’accroupit près de la forme immobile et glacée, en dépit de la chaleur étouffante qui régnait dans la pièce. Une seule pensée cohérente traversa son esprit : tes cheveux ont repoussé… Puis Gil s’allongea à côté de Libertée. Il la prit dans ses bras, ferma les yeux, soupira. Entendit à peine les cris d’agonie de Tornak.

But touch my tears with your lips
Touch my word with your fingertips
And we can have forever
And we can love forever
Forever is our today

Who waits forever anyway ?


*


« Lève-toi, connard ! »

Frémissement. Qui pouvait bien l’insulter dans un moment pareil… Syles ? Un simple nom mais qui avait un pouvoir immense : Gil ouvrit les yeux. Il ne vit rien, dut battre des paupières alors que deux mains le secouaient vivement pour le sortir de sa torpeur. La fumée brûlait ses yeux et sa gorge, mais à travers ses larmes, il distingua un visage.

« Allez, viens ! Lève-toi ! On part ! Maintenant ! »

Encore un effort… et Gil réalisa trois chose. Un, il ne s’agissait pas de Syles mais d’Axan, un Axan tout ébouriffé et couvert de suie. Deux, il n’était pas en train de l’insulter mais de le réveiller. Trois, il était encore en vie. Mais le petit quatre risquait d’être plus macabre s’il ne bougeait pas très vite. Gil grogna, se redressa, porta machinalement la main à la poitrine, referma le poing sur du vide – plus de cœur, plus d’âme, plus rien. Oh, que la réalité est violente quand elle vous tombe dessus sans prévenir… Il aurait pu renvoyer le môme, rien de plus facile. Ou le tuer s’il insistait trop. Mais Axan, en voyant son compagnon s’éveiller, avait chargé sa sœur sur ses épaules et filé. Filé où ? Gil tourna la tête et crut voir une silhouette disparaître au fond de la pièce. Il était de nouveau seul… Seul ? Il baissa les yeux, observa Libertée. Pauvre Libertée. Il envisagea de se recoucher, il était tellement épuisé et puis, qui souhaite vire éternellement ? Mais quelque part, Axan cria. Ou Syles. Il n’était plus certain, et il s’en moquait bien. Ça l’aiguillonna quand même, alors banda ses muscles et se leva. Il souleva Libertée dans ses bras. Et il traversa la fumée, vacillant sur ses jambes, incapable de se diriger dans cette fournaise. Une main trouva son bras et l’attira vers un couloir où l’air était un peu plus respirable.

- Ne t’arrête pas, continue !

Axan l’encourageait. Guidé par sa voix, Gil parvint à faire quelques mètres avant d’arriver devant une grille. Derrière, c’était la plaine. L’aube se levait. Il réalisa qu’ils se trouvaient à l’entrée de la deuxième grotte. Et que la grille était fermée. Tout ça pour ça… Axan le poussa et prit sa place. Il n’essaya pas de forcer la grille. Il mit ses mains en porte-voix et cria un nom qui n’évoquait rien à Gil. Une minute plus tard, une jeune fille arrivait de l’autre côté. C’était la serveuse de la Renégate ! Et elle n’était pas seule : il y avait des hommes et des femmes, chargés de sacs, de brancards, de couvertures. Ils ouvrirent la grille, firent sortir Axan et Aluna, puis Gil et Libertée. On les entraîna à l’écart des grottes, là où l’on soignait déjà les blessées avec efficacité et acharnement. Mais lorsqu’il vit des mains se tendre vers lui, Gil montra les crocs. Il recula, une lueur dangereuse au fond des yeux.

- La touchez pas, gronda-t-il sourdement à l’intention de la personne qui souhaitait lui prendre Libertée des bras.

Il s’éloigna de quelques pas et posa un genou à terre. En silence, il examina rapidement la marchombre. Elle remua vaguement sous ses doigts mais ne s’éveilla pas. Gil la prit dans ses bras et se redressa, puis commença à descendre vers le village. Il marchait comme dans la grotte, le regard fixe, le pas lourd, machinal. Il s’arrêta à la Renégate ; il déposa Libertée devant la taverne et fila à l’intérieur, dans sa chambre, où il récupéra ce qui lui restait d’affaires avant de passer par les cuisines. Il n’y avait personne, il prit ce qu’il avait sous la main, dont une épaisse couverture qu’il utilisa pour envelopper Libertée. Avec des gestes toujours aussi mécaniques, il récupéra son cheval, hissa Libertée sur la selle et s’installa derrière elle pour pouvoir la tenir contre lui. Il fit volter sa monture. Axan était là.

- Où vas-tu ? Il faut soigner vos…

Gil passa devant lui sans le regarder. Axan le suivit des yeux, indécis. Il aurait dû le suivre, sans doute, le rattraper pour l’obliger à mettre pied à terre et à se reposer tandis qu’on soignait sa protégée, mais il n’en fit rien. Il ne le saurait jamais, bien sûr, mais cette hésitation lui sauva la vie : Gil la lui aurait arrachée sans le moindre état d’âme. Et le remerciement crié par le garçon, dans son dos, ricocha sur lui comme une pierre. Il s’en alla. Il menait sa monture au pas, avançant lentement mais sûrement à travers les immenses plateaux battus par les vents. Il était toujours torse nu mais il ne sentait ni le froid ni les bourrasques qui s’abattaient sur lui sans relâche. Libertée tremblait contre lui mais il ne fit aucune halte avant plusieurs heures. Comme s’il voulait mettre le plus de distance entre le village et lui. Nul n’avait pris le risque de le suivre, pourtant. Le soleil était haut derrière les nuages quand il s’arrêta une première fois près d’un ruisseau. Il but sans espoir d’apaiser sa gorge brûlante, puis il humecta le visage et la poitrine de Libertée avant de la faire boire.

L’eau la réveilla.

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Jeu 30 Mar 2017, 21:50

[ Ben c'est pas gagné... Rah >< ]



Il galopait.
A toute allure.
L'âme tendue par une pression incommensurable.

Quelque chose n'allait pas. Il pouvait le sentir dans les tréfonds de son être. Cela faisait tellement d'années qu'il ne l'avait pas revue, sa Lionne Dorée ! Il en avait eu bien d'autres, des apprentis, des apprenties. Aucun d'entre eux n'avait jamais égalé ce qu'il pouvait ressentir pour elle. C'était lointain, pourtant ce n'en était que plus intense. Il la savait libre et vivante, c'était ce qui lui importait le plus.

Oh, il avait eu vent de sa petite famille. De son compagnon. Mais tout cela n'était que fétu de paille. Rien ni personne ne pouvait lui enlever ce qu'il ressentait. Ces sentiments allaient au delà de la jalousie, au delà de la possession, au delà de toute considération pseudo-hiérarchique. C'était un cercle d'amour, si pur qu'il en était  effrayant. Mais totalement détaché d'une quelconque considération égocentrique.

Et il le sentait. Elle avait besoin d'aide.
Plus qu'à n'importe quel autre moment.

Il galopait.
Vers Astariul. Il ne savait pas où, mais il savait. Une émotion vive le guidait, guidait sa monture. Des évidences sur le chemin le menaient où il devait être. Où il devait aller.


♥ ♥ ♥

SPLASH
L'eau glacée lui brûla la peau et elle hoqueta de douleur un instant, ouvrant les yeux brusquement.
Elle sentit toute son énergie se dilluer dans ce geste absolument basique. Peut-être était-ce le sursaut qui en avait pompé plus ?
Elle ne savait plus.

Ça brûlait.
Ça faisait mal.
Affreusement mal.
Dehors...
Et dedans.
Là, dans sa poitrine.
Un vide.
Un gouffre.

Un son commença à sortir de sa bouche. Une plainte instoppable, improbable. Un son délirant, d'abord bas, puis de plus en plus fort. Ça faisait mal. Sa peau était à vif, comme écorchée - non, pas comme. Écorchée vive. Chaque parcelle de son épiderme la faisait souffrir ; tantôt c'était lancinant, tantôt sourd, ou plutôt tout ça à la fois, selon où elle portait son attention.
Elle n'était qu'une immense plaie.
Une immense plaie geignarde car elle n'avait même plus la force d'arrêter son cri, cri de douleur insoutenable. Ça sortait, ça lui arrachait la gorge, ses yeux étaient injectés de sang, sa bouche remplie du liquide vermeille, ça gargouillait dans le hurlement.

Elle sentit une main sur l'arrière de son crâne.
Et la douleur reflua.
Avec sa conscience.


♥ ♥ ♥

C'était le cri qui l'avait alerté.
Inhumain, il s'était propagé dans les plaines, le long du ruisseau, et ça l'avait pris au ventre. Il avait galopé à bride abattue dans la direction de sa provenance…

Pour trouver un homme, penché sur Libertée.
Libertée, le corps complètement à vif, nue, mais aux chairs déchirées, déchiquetées, les cheveux… Si courts ! Et emmêlés. Était-ce vraiment Libertée ?

Thaom descendit de sa monture et s'approcha prudemment de l'homme. Il ne le connaissait pas, mais il avait l'attitude de l'humain brisé en tout petits morceaux. Et Lib, dans cet état…
Il comprenait intrinsèquement que ce n'était pas cet homme qui avait fait ça à sa Lionne Dorée. Mais il ne voulait pas intervenir.

Juste faire cesser ce cri.
Cette souffrance qui résonnait dans l'air depuis plusieurs minutes, sans jamais faiblir, sans jamais onduler. Juste un immense cri.

- Je vais la rendormir.
Il laissa sa main glisser derrière le crâne de Libertée, constata que rien n'avait été fait à sa tête - ni à son visage. C'était étrange, de détruire quelqu'un sans pourtant toucher à cela. Il repoussa brutalement la vague de rage qui commençait à monter en lui.

Elle cessa enfin de crier, et il ne put s'empêcher de soupirer.


♥ ♥ ♥

Relevant la tête, il tenta de croiser le regard de l'homme. Yeux vairons, perdus dans le vide et dans la contemplation d'une douleur intérieure trop forte pour être envisagée, qui ne le virent même pas.
Ou peut-être que si ?

- Je m'appelle Thaom. J'ai été… le guide de Lib.
Un petit pas en avant…?

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Jeu 30 Mar 2017, 23:42

L’eau la réveilla, et avec elle, toute la douleur, toute la souffrance, physiques et mentales. Elle se mit à gémir. Comme un enfant. Il n’y avait plus de marchombre, plus de femme aux caractère solide, aux talents inestimables. Plus de Libertée. Plus de Gil non plus. Elle gémissait et il restait là, près d’elle, les bras ballants, sans savoir quoi faire exactement. La serrer dans ses bras, la soigner, la réconforter, demeurer silencieux, l’écouter, lui parler – il ne fit rien. Il ne pouvait plus rien.

- Je vais la rendormir.

Lentement, Gil leva les yeux vers l’homme qui venait d’apparaître. Il ne l’avait pas entendu arriver. Ni s’approcher. Il ne savait pas qui il était, ne l’avait jamais vu auparavant. Un villageois ? Les pensées s’emmêlaient sous le crâne de Gil. Immobile et muet, il regarda le nouveau venu glisser sa main sous la tête de Libertée. Elle cria encore quelques secondes avant de se taire brusquement pour devenir molle, flasque dans les bras de cet homme. Il soupira. Leva les yeux vers Gil. Des yeux brillants, pénétrants… bienveillants.

- Je m’appelle Thaom. J’ai été… le guide de Lib.

Un petit pas en avant ? Pendant une fraction de seconde, ce fut le cas. Captivé par la douceur de ce regard, Gil faillit se laisser approcher. Faillit seulement… Car il bondit sur ses pieds, se plaça d’autorité entre Libertée et l’homme, gronda. Il avait tout de l’animal sauvage veillant sur sa compagne : sa puissance se devinait à la contraction de ses muscles, le danger aux deux longues aiguilles qui venaient d’apparaître dans le creux de ses mains, mais surtout, c’était la folie qui dominait ; une folie destructrice, à ne pas mettre à l’épreuve, sous peine de réveiller la furie furieuse qui feulait dans ses entrailles. Thaom n’était pas n’importe qui, il ne se laissa ni prendre au piège, ni intimider. Il se redressa prudemment et se déplaça sur le côté pour prendre un peu de distance. Juste un petit peu.

- Tout doux. Je ne suis pas un ennemi.

Pas un ennemi. Des mots ! Et les mots, pour Gil, ne voulaient plus dire grand-chose… Des mots ça ne servait pas à grand-chose. On ne pouvait pas sauver la vie d’un enfant, avec de simples mots. On pouvait mentir, aussi. Paumé, incapable de discerner le bien du mal, le vrai du faux, l’ami de l’ennemi, Gil se ramassa sur lui-même et se jeta en avant. Thaom l’évita souplement. Il avait vu venir l’attaque. Il se mit à parer les coups que Gil lui asséna et très vite, il comprit qu’il avait à faire à un combattant expérimenté. Gil avait beau fonctionner à l’instinct, sa technique demeurait puissante et redoutable, ses mouvements précis, ses passes dangereuses. Thaom ne fit pourtant que se défendre. Il reculait, se pliait, bondissait, s’effaçait avec légèreté et vivacité. Ses cheveux châtains dansaient devant ses yeux verts tandis qu’il esquivait une énième frappe. Pas un seul instant il ne quitta Gil des yeux. Il attendait le bon moment… Là ! Un défaut d’appui, minime mais suffisant pour lui permettre de s’engouffrer dans ce qui, pour lui, était une véritable brèche. Il se fendit et frappa trois fois dans les côtes flottantes, privant Gil d’oxygène, puis il remonta sa main et frappa juste sous l’oreille gauche. Gil tomba à genoux, sonné. Alors, Thaom se mit à murmurer. Non, ce n’était pas un murmure, c’était… un chant. Mélodieux et mystérieux. Doux et puissant. Le chant marchombre. Dans son état normal, Gil aurait sans doute été en mesure de lutter. Là, il s’effondra comme une masse.

Thaom cessa de chanter et poussa un profond soupir.

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Ven 31 Mar 2017, 00:29

Le cheval accourut au trot quand Thaom le siffla doucement, et il parvint à hisser Libertée sur sa selle. Puis, il prit le temps d'arranger les bras de l'homme, s'approcha de sa monture et la calma d'une simple caresse. Tirant la lourde masse du combattant sur la selle de son cheval. Il parvint à le sécuriser avec des sangles, et attrapa les guides des deux équidés qui renâclèrent de concert, avant de se mettre en route dans un soupir.

Tintiane n'était pas loin.


♥ ♥ ♥

Ça tanguait.
Avant même qu'elle ouvre les yeux.
Une image la rattrapa.
Une sensation.

Elle hurla.


♥ ♥ ♥

- Du calme, du calme. Elle doit encore récupérer.
- On doit faire redescendre son rythme cardiaque, il s'emballe encore.
- Encore trente secondes, j'ai besoin de trente secondes !

Ça s'agite.
Ça fait toujours mal.

- Elle essaye de se réveiller ! Bon sang, bouge-toi !
- Dix secondes !

Elle veut hurler.
Ne fait que gémir.

- C'est bon, je l'ai !
Le noir.

♥ ♥ ♥

Ses paupières s'ouvrirent brusquement alors qu'une sensation pulsait en elle, horrible de vivacité.
Elle s'attendait à une douleur physique. Fut surprise de ne sentir que quelques tiraillements.
Alors, elle bougea précautionneusement la tête.

Gil entra dans son champ de vision.
Le gouffre s'ouvrit brutalement.

- Suviyo !

♥ ♥ ♥

- Cela fait cinq jours. Elle devrait pouvoir se relever.
- Son corps est à peu près remis, mais son esprit endure une telle souffrance qu'il ne veut pas faire face à la réalité. Tout ce qu'on peut faire, c'est attendre…

Le rêveur coula un regard inquiet vers l'homme. Gil.
Il ne savait pas à quoi s'en tenir.

- Elle a besoin d'aide. D'un bon souvenir. De quelque chose à quoi se raccrocher.

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Ven 31 Mar 2017, 21:12

Tout était calme. Infiniment paisible. Et d’une obscurité totale. Gil avançait doucement dans les ténèbres. Il n’était animé d’aucune émotion particulière, comme si cet endroit avait la faculté de les bloquer. Il se contentait d’avancer, sans but précis, à travers l’obscurité. Jusqu’à ce qu’il se fige brusquement. Il n’était pas seul.

« Qui est là ? »
Tu me connais.

Pas cette voix-là, non. Il était sûr de ne l’avoir jamais entendue de sa vie. En revanche, il y avait bien quelque chose, dans ce qu’elle transportait, qui lui paraissait familier.

« Je connais pas mal de gens… »
Pas autant que moi.
« D’accord. Un indice ? »
Je suis toujours là.

Gil se gratta pensivement la tête. Toujours là… Qui était toujours avec lui ? Libertée ? Ce n’était pas sa voix même si elle était indiscutablement féminine. Et puis, elle n’évoquait pas un nuage de haine, alors qu’il était…

Un nuage de haine.

« C’est toi… »
C’est moi.

C’était elle.
La bête.

« Je… j’ignorais que tu savais parler. »
Tu ne m’écoutes jamais.
« Vraiment ? »


Gil réfléchit un instant. C’était vrai, il passait plus de temps à lutter contre la bête qui le rongeait de l’intérieur plutôt que de la laisser s’exprimer.

« Si je t’écoute, tout va changer… »
Oui. Tout.
« Je ne peux pas prendre ce risque. »
Qu’est-ce qui t’en empêche ?
« Mon cœur. »


Il fut le premier surpris de sa propre réponse, tant elle était spontanée et… étrange. Il sut pourtant que c’était la seule qui valait la peine d’être mentionnée. La bête n’était pas de cet avis. Il l’entendit ricaner.

Un cœur ? Tu n’en as plus. Regarde.

Gil se retrouva soudain face à une espèce de miroir. Une lumière jaillit de nulle part et frappa son reflet, renvoyant l’image d’un homme qui le fit tressaillir. Puis écarquiller les yeux. Cet homme… il fit un pas en avant, tendit la main et, du bout des doigts, toucha son reflet. C’était lui. Il se reconnaissait, à présent, avec ces deux yeux disparates, cette barbe de quelques jours, ces cheveux hirsutes, cet air fatigué… mais l’espace d’une folle seconde, il avait vu Giliwyn Sil’Sierra. Son père. Etait-ce le fait de l’avoir vu récemment ? Ou bien prenait-il conscience seulement maintenant de leur ressemblance ? En réalité, il était dans un si triste état qu’il semblait avoir vieilli de dix ans. Mais ce n’était pas le détail le plus marquant. Non, ce qui attirait définitivement le regard, c’était le trou, dans sa poitrine. Un cercle bien rond, bien net, en lieu et place du cœur. On pouvait voir à travers lui désormais. Stupéfait, il y porta la main. Il ne sentait rien, strictement rien. C’était juste… vide.

Pas de cœur. Plus d’amour. Plus de chaînes.

Gil comprit, à travers cette remarque sibylline, que ses émotions affectives, son amour surtout, était une barrière infranchissable pour la bête. Une entrave désormais inutile. Suviyo n’était plus là. Qui pouvait prendre sa place ?

Personne. Tu ne trouveras personne. Il n’y a plus que toi et moi, à présent. N’est-ce pas merveilleux ?
« Je… »
La haine est plus douce que l’amour. La haine ne fait pas mal.

C’était affreusement tentant. Gil sentait ses résistances fondre comme neige au soleil. A quoi bon ? A quoi bon lutter, finalement ? Pourquoi s’épuiser inutilement ?

Ne lutte pas. Joins-toi à moi. Ensemble, nous ne souffrirons plus jamais.
« Souffrir, c’est vivre. »

Qui lui avait dit ça, déjà ? Seren ? Un frisson de haine le parcourut, diaboliquement tentateur. Oui, il éprouvait de la haine pour ce mentor qui lui avait fait vivre l’enfer pendant trois ans. Son corps, son cœur et son âme n’en étaient pas sortis indemnes. La bête était sans doute née à ce moment-là.

Non. J’étais là avant.

Peut-être, mais… Gil pencha la tête, le regard fixé sur le trou au milieu de sa poitrine. N’y avait-il réellement que de la haine en lui ? Un souvenir traversa sa mémoire, anodin. Minuscule. Deux hommes en train de trinquer dans une taverne. Un maître et son élève… non, deux hommes d’égale valeur, réunis pour le simple plaisir de pouvoir se taper dessus à coup de remarques acerbes et bien senties. Seren et Gil. La haine était là, oui, mais elle était… tendre. Pétrie par une complicité hors normes, qui n’existait que pour et par eux. Tendre haine. Il y en a qui parleraient d’amitié. Alors, le trou changea d’aspect. Il devint… légèrement plus petit. Gil haussa un sourcil. Survint alors une autre image : celle d’un petit garçon en pleurs, près de son père qui, d’une voix douce et rassurante, s’occupait de soigner ses écorchures. Longtemps, il avait nourri une haine féroce à l’égard de ce père qui était responsable – à ses yeux – de la plus grande tragédie de son existence. Et puis il y avait eu cette seconde chance offerte par la vie : un échange houleux mais bénéfique, une confrontation nécessaire… Giliwyn lui avait sauvé la vie. Il avait sacrifié la sienne en échange, sans hésiter ni regretter. Comment continuer de le haïr, désormais ? Gil regarda le trou de sa poitrine diminuer un peu plus.

D’autres souvenirs affluèrent, plus ou moins récents, petits ou grands mais tous importants. Le sourire d’Iselle. Le premier cours de Kaünis. L’envol de Syles. L’odeur fruitée de Libertée, son regard quand il lui faisait l’amour. Le jeu du chat et de la souris avec Naïs. Les sempiternelles questions de Mak. Les joutes verbales avec Seth et Juhen. La castagne de Raïs avec Irhuin. Sa maison dans les marais. Les pitreries de Tsukia. L’entraînement improvisé d’Aivy. Chaque fois, le trou rapetissait, comblé par la chaleur qui émanait de ces images, de ces instants précieux qui faisaient battre un cœur invisible. La naissance de Suviyo. Gil vacilla, pris de vertiges, puis se laissa tomber, posant un genou à terre, et le trou cessa de diminuer, ouverture minuscule qui causait une douleur immense.

Les souvenirs ne sèchent pas les pleurs. Viens avec moi.
« Où ça ? »
Là où l’on ne pleure jamais.

Pleurer ? Gil porta les mains à ses yeux, sentit de l’humidité sous ses doigts, observa son reflet : oui, il pleurait. Et chaque larme versée était un coup de poignard dans sa poitrine qui agrandissait de nouveau le trou. C’était un cercle sans fin, après tout… Mais alors qu’il se sentait prêt à céder, des paroles lui revinrent brusquement en mémoire. Celles de Libertée qui lisait, chez eux, des notes appartenant à son père, Mïin : "Je voudrais continuer à me recroqueviller, devenir une coquille de diamant autour d'une douleur si violente qu'elle m'émiette. Je voudrais disparaître. Je voudrais… Par le sursaut d'une volonté que j'ignorais posséder, je me lève. Tu es vivante, blessée, meurtrie, amputée mais vivante ! Tu es vivante, qu'elle que soit la douleur qui te taraude, tu vas continuer à vivre. Et d'abord tu vas bouger."

Et d’abord, tu vas bouger.

Gil prit appui sur son genou pour se redresser péniblement. La voix de Dil’Duran avait déjà pris la suite sous son crâne : « SangreLune, des fois qu’il te resterait un ou deux neurones encore en état de marche, arrête de te comporter comme un solitaire, bon sang, et réfléchis deux minutes : sans ta meute, tu serais là, aujourd’hui ? »

Ma meute…

« N’importe où, Lib. On peut vivre n’importe où du moment qu’on reste ensemble… Je ne veux plus que tu embrasses un autre homme que moi, et je ne tiens pas à poser les yeux sur une autre femme que toi. Je veux que ce soit nous deux, juste nous deux et… une famille. C’est ce que je veux construire avec toi, Lib.

La bête siffla, soudain amère, mais Gil avait déjà trouvé la force qui lui manquait dans la richesse de ces souvenirs : il frappa le miroir de son poing, frappa encore quand son image vola en éclats, ignorant le sang qui ruisselait le long de son bras et le hurlement de la bête.

Libertée…

Gil ouvrit les yeux.


*


Thaom posa son livre et se redressa dans son fauteuil en voyant Gil remuer, puis ouvrir les yeux. Il demeura parfaitement calme, attendant patiemment que le convalescent analyse la situation et se souvienne de ce qu’il avait traversé, mais il était également sur ses gardes, prêt à réagir dans la seconde si jamais Gil tentait une nouvelle fois de le tuer. Depuis trois jours, Libertée luttait avec la douleur qui la rongeait, obligeant les Rêveurs à la maintenir dans un sommeil assez profond ; comment Gil allait-il se comporter, lui qui devait ressentir une souffrance similaire ? Finalement, le regard bicolore vint se poser sur lui. Lucide et brillant. Thaom relâcha légèrement la pression de ses muscles.

- Comment te sens-tu ?

Gil se contenta de cligner des yeux. Il avait l’impression d’avoir été piétiné par un troupeau de vaches. Il mourait de soif. Et il voulait voir Libertée. Devançant ses questions, Thaom se leva dans un mouvement souple et utilisa une carafe pour remplir un verre d’eau fraîche, qu’il tendit à Gil. Après l’avoir vidé entièrement, celui-ci chercha Libertée des yeux. Elle était là. Allongée dans un lit, à quelques pas du sien. Thaom avait insisté pour qu’il en soit ainsi. « Ils ont besoin d’être ensemble », avait-il simplement précisé aux Rêveurs. Comme si son rôle s’achevait ici, du moins pour l’instant, le marchombre quitta la pièce sur la pointe des pieds, laissant seulement la porte légèrement entrebâillée. Gil ne remarqua même pas son absence. Il s’assit sur son lit et posa les pieds par terre pour se lever. C’était étrange… il n’avait pas reçu de blessures physiques hors du commun, seulement quelques brûlures, une foulure dont il ne se rappelait pas l’origine, et quelques bleus, souvenirs de sa brève altercation avec Thaom. Pourtant, il se sentait plus faible qu’un faon vacillant sur ses pattes à l’aube de sa vie. Vidé, complètement. C’était donc ça, perdre son enfant ? Il s’approcha de Libertée, se pencha en avant. Elle dormait. Elle était si pâle, si fragile dans ce lit, si belle… Il sursauta soudain, surpris de la voir se brouiller juste sous ses yeux. Il fallut qu’une larme s’écrase sur la joue de la marchombre pour qu’il réalise enfin qu’il pleurait. Encore. Oh, Lib… Ignorant le frémissement qui s’agitait doucement dans son ventre, Gil se pencha encore et posa son front contre celui de Libertée. Il ferma les yeux. Qu’est-ce qu’on va faire, à présent ?

Dans le couloir, adossé contre le mur, les bras croisés sur la poitrine, Thaom se posait exactement la même question.



*



- Cela fait cinq jours. Elle devrait pouvoir se relever.
- Son corps est à peu près remis, mais son esprit endure une telle souffrance qu'il ne veut pas faire face à la réalité. Tout ce qu'on peut faire, c'est attendre… Elle a besoin d'aide. D'un bon souvenir. De quelque chose à quoi se raccrocher.


Les regards convergèrent vers Gil, qui se rembrunit aussitôt. Pourquoi moi ? Il s’asséna immédiatement une claque mentale. Ce Rêveur avait raison, bien sûr : il était seul à pouvoir aider Libertée, même s’il ignorait totalement par où commencer. L’Envoleur prit une profonde inspiration, gonfla sa poitrine d’air et de courage, puis s’approcha du lit de Libertée. Une main se posa brièvement sur son épaule, l’arrêtant un instant dans son élan ; Thaom croisa son regard et inclina légèrement la tête. Seul ? Non. Rassuré, Gil s’assit au bord du lit. Il prit la main de Libertée dans la sienne, ouvrit ses doigts et se mit à lui caresser la paume. Tout doucement.

- Réveille-toi, chuchota-t-il. J’ai besoin de toi…

Il ne vit pas le sourire fugace de Thaom, ni l’éclat de surprise dans les yeux des Rêveurs. Il ne voyait rien d’autre que le visage de Libertée, n’attendait plus que le frémissement de ses paupières, le battement de ses cils, le rose de ses yeux ; elle avait besoin de lui, et lui, il avait besoin d’elle…

- Je sais que tu m’entends, poursuivit-il d’un ton plus assuré, sans cesser de bouger doucement les doigts sur sa paume. Comme quand tu fais semblant de dormir encore, le matin, juste pour que ce soit moi qui te réveille d’un baiser, ici…

Il se pencha lentement et effleura ses lèvres des siennes.

- Et ici…

Sa bouche remonta et chatouilla sa tempe droite.

- Et là…

Il enfouit son visage dans son cou, respira son odeur, la laissa s’imprégner de la sienne.

- Je t’aime, murmura-t-il enfin. Ouvre les yeux, ma Lib… Tu es vivante, blessée, meurtrie, amputée mais vivante !

Le souvenir se mêlait à la réalité, désormais. Il la revoyait si bien en train de lire ces paroles, c’était comme si, soudain, leurs voix se superposaient pour ne former qu’une seule dans un ensemble parfait.

- Tu es vivante, quelle que soit la douleur qui te taraude, tu vas continuer à vivre. Et d’abord, tu vas bouger.

Gil se figea alors, dans l’attente que quelque chose se produise.
Son visage à quelques centimètres de celui de Libertée, il retint son souffle.

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Ven 31 Mar 2017, 22:06

Une lumière.
Elle brillait fort, là-bas, au bout de ce couloir. Intriguée, Libertée laissa son regard explorer les alentours un instant, mais tout n'était que des murs. Des pièces vides. Mais une lumière, ce n'était pas forcément une bonne nouvelle. Devait-elle s'avancer ? Était-elle prête pour ça ?
Dans une inspiration elle chercha du courage, et s'avança à pas mesurés vers la source éclatante. Mais quand elle franchit le dernier cadre de porte, la lumière se diffusa, révélant une pièce presque vide.

Il y avait juste une personne, là.
De dos, une silhouette gracile. Il fallut plusieurs secondes à Libertée pour essayer de comprendre, sans y parvenir. Alors, elle s'avança encore d'un pas. Il y avait une unique fenêtre dans la pièce, elle donnait sur un immense ciel d'un bleu limpide, au soleil brûlant.
Soudain, d'une immobilité totale, la silhouette bougea et se retourna, et la marchombre fut saisie de stupéfaction. Cette… personne, lui ressemblait de manière effrayante. Pas avec ses cheveux coupés - ils lui arrivaient en un carré désordonné sur le haut des épaules désormais - mais avant.
Ou non.
Après, plutôt.

La… femme lui sourit. Un sourire tendre et réconfortant qui pourtant fit naitre une boule dans sa gorge. Elle se mit à trembler de tous ses membres.

- Comment tu peux être en état de sourire ?!
Elle avait crié, mais la femme en face d'elle n'avait pas bougé d'un centimètre. Elle continuait de la fixer avec ce sourire serein sur les lèvres et dans les yeux, ça lui faisait des petites pattes d'oie. Par réflexe, Libertée porta ses doigts sur le bord de ses yeux, soupira en se rendant compte qu'elle n'était heureusement pas encore ridée à ce point. Cette observation lui fit froncer les sourcils.

- Hein ?! Sa voix se cassa un instant, alors que la douleur reprenait le dessus sur le vide dans sa poitrine.
La femme secoua la tête, doucement. Ses longs cheveux blonds roulèrent sur ses épaules au gré du mouvement, et Libertée ne put s'empêcher de se dire qu'elle regrettait un peu ses cheveux, quand même.

- Parce que la vie continue, Lib. Parce que tu ne dois pas courir après le bonheur. Laisse le juste être.
- Comment tu peux parler de ça, parler comme ça, alors que… Elle est… morte ?

Sanglot. Sanglots.
Une main, légère, sur son épaule.

- C'est un malheur, oui. Ça ne doit pas empêcher le reste. Tu as de l'amour à revendre, Lib. Ouvre les yeux. Tu auras encore plus d'amour à donner, je te le promets.
Elle secoua la tête.
- Je ne comprends pas.
- N'essaye pas. Ressens, plutôt. Regarde. Ouvre-toi, Libertée.

Elle prit une inspiration, et fixa son homologue un instant, avant de fermer les yeux.
La douleur fusa immédiatement. Irrémédiable. Prise de tremblements, Libertée voulut ouvrir les yeux, mais des doigts se posèrent sur ses paupières.

- Non. Attends. Ressens. Encore.
- Je…
- Shhht. Écoute.


- Je t’aime. Ouvre les yeux, ma Lib… Tu es vivante, blessée, meurtrie, amputée mais vivante !


Un écho.
Un souvenir.
Un bon souvenir.

Bulle de lumière.


♥ ♥ ♥

Les sensations retentirent comme autant de glas dans tout son corps. Elle pouvait sentir son sang battre ses tempes, ses poumons se remplir, son ventre se contracter, son souffle caresser ses lèvres.
Un souffle sur ses lèvres.

- Tu es vivante, quelle que soit la douleur qui te taraude, tu vas continuer à vivre.
Un écho.
Un souvenir.

- Et d'abord, tu vas bouger.

Un murmure à peine audible sortant de ses lèvres.
Comme un cri.

Avant d'expirer doucement, mêlant son souffle à celui de l'homme.
Gil.
Elle ouvrit les yeux, et son regard contempla ce visage un instant. Ces prunelles vairon qui la fixaient. Cette barbe de quelques jours. Cette petite cicatrice dans le coin de son oeil. La courbe de ses lèvres.

Elle leva la main droite, doucement. Son bras était si lourd...Puis, ses doigts atteignirent enfin la joue de l'envoleur, et elle ferma les yeux.
Les larmes débordèrent de ses yeux, roulant sur ses tempes. Un sanglot monta dans sa poitrine, et dans un élan, elle enroula ses deux bras autour de Gil pour l'attirer à elle. Pour pouvoir enfouir son nez contre sa nuque, sous ses cheveux, le serrer contre elle…
Panser leurs plaies mutuelles.

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Ven 31 Mar 2017, 23:55

Là !

Cet instant précis où elle ouvrit les yeux ! C’était tout ce qu’il avait souhaité. Tout ce qu’il lui fallait pour reprendre pied. Et ce rose, enfer, ce rose si lumineux qui lui donnait l’impression de se prendre un violent coup de poing dans le ventre… Il y avait des larmes dans ces yeux, et Gil tendit la main pour les essuyer de son pouce. Elle leva la sienne au même moment et il sentit ses doigts contre sa joue. Ferma les yeux, ému au plus profond de son être par ce simple frôlement qu’il n’espérait plus. Les rouvrit en grand quand elle jeta soudain ses bras autour de son cou, dans un élan qui faillit les faire tomber du lit. Il était tellement surpris que pendant une poignée de secondes, il ne réagit pas. C’était trop chaotique sous son crâne, une vraie tempête de sensations, d’émotions, de sentiments qui ne rimaient pas les uns avec les autres et qui le laissaient complètement désemparé…

Et puis.
D’un seul coup, tout devint clair. Précis. Libertée s’accrochait à lui. Alors, il s’accrocha à elle. Il referma les bras dans son dos et la serra, trop fort sans doute, mais qu’importe, c’était ce dont ils avaient besoin, cette étreinte rassurante, douloureuse, poignante, un peu violente aussi, mais tellement vraie, tellement puissante ! Gil ne chercha même pas à lutter contre les sanglots qui secouaient sa poitrine. Il pleura comme un enfant, blotti contre Libertée, désespéré de sentir ce vide entre eux alors qu’ils ne pouvaient pas être aussi soudés. Ce vide, c’était la place d’une petite fille… Mais les larmes, curieusement, balayaient peu à peu la souffrance. Elles ouvraient la voie à quelque chose de plus solide : l’extraordinaire volonté de continuer. D’aller de l’avant, quoi qu’il advienne. Au bout d’une éternité, Gil recula pour plonger son regard dans celui de Libertée.

- On bouge, souffla-t-il.

C’était leur verbe, désormais. Bouger. N’importe où, n’importe comment mais bouger. Rester en mouvement. C’était nécessaire, vital, même : il ne fallait pas qu’une autre petite étoile meure… Gil passa un bras dans le dos de Libertée et l’autre sous ses genoux pour la soulever dans ses bras. Il perçut vaguement le murmure offusqué d’un Rêveur et la réponse amusée de Thaom mais ne s’arrêta pas pour discuter. Trop de gens, trop de monde, pas envie de rester enfermé. Sans plus de manière, il emporta sa marchombre dans les couloirs alambiqués de la confrérie. Il ne savait pas du tout où il allait. Il allait forcément se perdre. Et alors ? Libertée était dans ses bras, toujours accrochée à lui, et marcher lui faisait du bien. Ses muscles étaient raides. Il avait besoin de se détendre. Au bout d’un moment, il débarqua dans une cour baignée de soleil ; une fontaine glougloutait tranquillement en son centre, tandis qu’un parterre de fleurs serpentait joyeusement entre les colonnades. Gil se dirigea vers la fontaine et s’assit sur la margelle de pierre, Libertée toujours étroitement serrée contre lui. Sans la lâcher de son bras gauche, il tendit le droit derrière lui, plongea les doigts dans l’eau fraîche et les porta aux lèvres sèches de la marchombre. Il recommença ce geste plusieurs fois, humectant son front, ses joues avec une immense délicatesse. Il ne disait rien. Il se contentait de la regarder. Il trouvait qu’elle était belle. Il se dit qu’il l’aimait. Qu’il ne pouvait pas la perdre, elle, et qu’il la protégerait farouchement, quoi qu’il arrive. Il était seulement en train de comprendre qu’en la sauvant, il se sauverait lui-même.

Le temps s’écoulait sans qu’il ne sache précisément quelle heure il pouvait être. Peut-être que les aiguilles du temps s’étaient arrêtées, qui sait ? Le menton posé sur le sommet du crâne de Libertée, Gil soupira et ferma les yeux. Quelle drôle de sensation, tout de même… il avait envie de hurler sa rage, sa frustration et son désespoir tout en appréciant pourtant cet instant de douceur printanière. Il se dégagea pour regarder sa compagne. Que ressentait-elle, là, maintenant ? Il avait besoin de savoir, mais il ne savait pas comment le demander. Ce n’était pas une question de timidité mais de respect. Ce que Lib avait vécu là-bas, dans cette grotte… Il frissonna. Si même lui n’arrivait pas à y songer, que pouvait-elle bien ressasser derrière ces yeux roses ? Il baissa la tête. Des traumatismes, il en avait assez compté dans sa vie pour en connaître le mécanisme. Lib allait avoir besoin de temps. Et de calme. Et de danger. Et de limites. Et de dépasser ces limites. De se faire peur pour se sentir vivre. De se dépasser pour continuer à avancer. De se reconstruire.

- Dis quelque chose, murmura-t-il enfin.

N’importe quoi lui convenait très bien.

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Sam 01 Avr 2017, 07:02

La chaleur de Gil l’apaisait doucement.  Les sanglots aussi. La certitude, également, que la douleur était partagée, comprise, qu’il était là autant qu’elle l’était, qu’elle n’était pas seule.
Elle n’était pas seule.
Se blottissant un peu plus contre l’envoleur, Libertée laissa ses larmes couler, ses sanglots s’emparer de ses épaules, écho parfait de ceux de Gil. L’avait-elle déjà  vu pleurer ? Non, jamais. Pas comme ça. Pas à ce point. Non, elle ne l’avait jamais vu pleurer. Peut-être entendu, ou trouvé avec les yeux gonflés, mais jamais ainsi.
Et ce partage était si profond. Cette douleur si prenante. Cette union si… unie et désunie. A cause du gouffre qu’ils étouffaient, dans leur coeur, entre eux.
Celui de leur fille perdue.
Ça faisait un peu moins mal, c’était plus lancinant désormais. Et quand Gil se détacha d’elle - pas complètement, pas violemment - elle était prête.

Prête à bouger.

Quand elle leva les yeux vers lui, sentit ses bras autour d’elle qui la soulevaient, elle poussa un soupir de soulagement. Puis, elle ne sut pas pourquoi, elle baissa les yeux. Une seconde. Et croisa, l’espace de ce temps réduit, le regard de Thaom.
Échange parfait.
Son coeur tambourinait dans sa poitrine, d’une nouvelle force. Son ancien guide était là, lui aussi. Etait-ce lui qui les avait retrouvés ? Que c’était-il passé ?
Elle balaya ses questions d’un revers de pensée. Enfouissant son visage entre le bras et le torse de Gil, elle se laissa porter à travers les couloirs.

Où allaient-ils ?
Elle ne savait pas. Cela n’avait pas d’importance.
Ils bougeaient.


♥ ♥ ♥

C’était frais sur sa peau, et ça lui tira des frissons.
Elle ouvrit les yeux, comprenant qu’elle s’était endormie dans les bras de Gil alors qu’il la portait. Depuis combien de temps marchait-il ? Elle ne savait pas. Ils étaient arrêtés, là. Où ?
C’était de l’eau sur son visage ?

- Dis quelque chose.
Elle cligna des paupières.

- Je… Elle ferma les lèvres, la bouche pâteuse. Je suis désolée. C'est ma faute. J’aurais dû être capable de la protéger… Si… J’avais pu tenir un peu plus longtemps…
Elle se mordit la lèvre à sang alors que tout son corps était secoué de tremblements incoercibles. Se recroquevillant sur elle-même, elle se blottit un peu plus contre Gil.

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Sam 01 Avr 2017, 12:17

[Tu m'dis si quelque chose te déplaît, hein ! Wink]



- Arrête ça tout de suite.

Le regard de Gil s’était durci, son ton aussi. Il ne pouvait pas la laisser partir dans cette direction-là ! C’était injuste ! Elle n’avait pas le droit de culpabiliser quand il n’avait pas été là pour elles. Ce n’était pas à Libertée de s’excuser mais à lui. Il sentit son cœur se serrer en la voyant se blesser la lèvre. Elle tremblait. Merde, Lib…

- Calme-toi, dit-il plus doucement. Respire.

Il lui frottait le dos pour la réchauffer et la réconforter. La détendre. C’était une véritable boule de nerfs, tendue comme un fil prêt à craquer. Soudain, l’idée qu’elle n’ait pas encore totalement vidé son âme lui traversa l’esprit : elle avait crié, elle avait pleuré, mais avait-elle lâché prise ? Comme lui ? Il la regarda. Il n’y avait qu’un seul moyen de vérifier cela. Un moyen qui ne lui plaisait pas du tout, loin de là ! Il soupira. Pourquoi fallait-il toujours qu’on lui refile le mauvais rôle ? C’était injuste, ça aussi ! Mais il n’y avait personne, ici, qui était capable de jouer cette comédie pour Libertée. Alors, il prit une grande inspiration, et…

- Tu aurais dû tenir, oui.

Sursaut.
Gil leva des yeux agrandis de surprise vers Thaom. Le marchombre était adossé à une colonne de pierre, dans l’ombre de l’avancée du toit, mais son regard étincelait. Il poursuivit d’un ton sévère, celui-là même qu’employait Seren avec Gil quand il n’était encore qu’un jeune novice.

- Tu en étais largement capable. Une lionne défend ses petits jusqu’à la mort s’il le faut. Qu’as-tu fait, toi ?

Gil se raidit tout entier. Il serra les poings et sentit une vague de colère le submerger, comme si c’était lui qui était visé par ces paroles. Mais il se contint, réalisant soudain ce que Thaom était en train de faire. Il lui volait le rôle ! Il prenait sa place de grand méchant loup pour faire sortir Libertée de ses gonds – la pousser dans ses retranchements, plus loin même, si c’était possible, afin de ne lui laisser aucune marge de manœuvre dans le dangereux univers de la dépression. C’était affreux. Gil comprit qu’être spectateur d’une telle chose était peut-être pire encore que d’y participer. Il ne pouvait pas intervenir, au risque de rompre l’odieux charme en train de s’opérer. Il fallait que Lib se sente acculée, blessée par des paroles qui n’avaient qu’une infime part de vérité. Il fallait qu’elle trouve la force de se défendre, seule, et de se relever. Seule.  Mais ce combat intérieur, Gil le livrait lui-même : il avait fait un pas immense en repoussant sa bestialité, toutefois il était encore trop tôt, beaucoup trop tôt pour qu’il puisse s’estimer vainqueur ; et la culpabilité, chez lui, n’était pas un sentiment nouveau…

Il avait même l’habitude de l’éprouver. C’était d’ailleurs l’origine de cette attitude nonchalante et décalée, ce besoin d’envoyer tout balader, de se débarrasser des responsabilités, de ne pas rester sérieux quand il le faudrait… Gil fuyait une trop grande culpabilité en fuyant d’abord les choix qui se posaient à lui. Voilà pourquoi il ne se considérait pas mieux qu’un lâche. N’aurait-il pas dû être auprès de Libertée et de Suviyo ? Qu’avait-il fait toutes ces années, à part se cacher comme un ours dans sa tanière ? Il serra les dents. Lib n’était pas responsable, c’était lui... *SSSBAFFFFF* La claque mentale et monumentale de Dil’Duran lui retourna littéralement le cerveau. Se cacher ? Vraiment ? Et Ezrine, alors ? N’avait-il pas passé ces dernières années à brouiller les pistes pour que ce dégénéré ne s’approche plus de sa famille ? N’avait-il pas fait le choix le plus terrible de toute sa vie en s’éloignant d’eux pour traquer le danger ? Il avait fait un certain nombre d’erreurs, c’était indiscutable – et Cabochard comme il était, d’autres allaient suivre, immanquablement. Mais il apprenait de ses erreurs. Il avait grandi, mûri. Il avait compris. En acceptant l’idée que Libertée et Suviyo puisse être plus heureuses avec un homme tel qu’Erwan, il avait fait un pas en avant. Et, s’il avait été avec Libertée et leur fille dans cette grotte, alors… Alors aujourd’hui, c’est Naïs qu’il serait en train de pleurer. Quoi qu’on en dise, il y avait toujours un prix à payer…

- Je vais te dire, moi, ce que tu as fait. Tu as abandonné. Oui, Lib ! Tu as baissé les bras ! « Un marchombre jamais ne dure, derrière les murs »… Tu t’es laissée prendre et ensuite, tu n’as rien fait pour t’échapper. Rien !

Hé, réagit Gil en fronçant les sourcils. Thaom allait trop loin, là !

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Sam 01 Avr 2017, 17:53

[ Non c'est parfait ! ]




Can't you see that I'm the one who understands you
Been here all along so why can't you see
You belong with me

- - Tu aurais dû tenir, oui.
Les mots la transpercèrent de part en part et Libertée se recroquevilla sur elle-même, contre Gil. Oui, elle aurait dû tenir ! Plus longtemps ! Elle aurait dû pouvoir aguicher son attention encore un peu, quelques heures tout au plus, le temps que quelqu’un la trouve. Après tout, elle était ici non ? Donc on l’avait trouvée !
Mais elle n’avait pas pu. Elle n’avait pas pu le faire ! Elle y avait mis toute son énergie, toute sa conscience, tout ce qui faisait d’elle qu’elle vivait. Elle l’avait retenu, ce salop, mais ça n’avait pas suffit.
Ça n’avait pas suffit !
Pourquoi n’était-elle pas morte à la place de sa fille ? Pourquoi n’avait-il pas contiuné son dessein sur elle avant de s’en prendre à Suviyo ? Pourquoi ne l’avait-il pas tuée, elle ? Au moins, elle n’aurait pas souffert de cette perte…

Mais… Gil ?
Au moment où elle allait remonter doucement le menton pour tenter de croiser le regard de son compagnon, Thaom asséna de nouveaux mots. Plus violents, plus forts que les précédents.

- Je vais te dire, moi, ce que tu as fait. Tu as abandonné. Oui, Lib ! Tu as baissé les bras ! « Un marchombre jamais ne dure, derrière les murs »… Tu t’es laissée prendre et ensuite, tu n’as rien fait pour t’échapper. Rien !

Un tremblement s’empara des épaules de Lib, qui sentit une flambée de colère, rage pure, exploser dans sa poitrine.
Malgré son état déplorable, elle bondit sur ses pieds et s’élança vers celui qui avait été son maître. De quel droit il disait tout ça ? Il y avait été peut-être, lui ? Pouvait-il vraiment comprendre ce que c’était de se sacrifier pour sa famille, et que malgré ça, ce n’était pas suffisant ?

Elle se jeta sur lui avec une rage inouïe.

- J’ai fait tout ce que j’ai pu ! Tout ce qui était à ma portée ! Tout ce qui était en mon pouvoir ! J’ai tout fait ! Mais ça…
La rage s’évapora soudain, comme un glaçon que l’on lance dans l’âtre d’une cheminée. Il ne restait plus rien. Plus rien qu’une immense tristesse.

- Ça n’a pas suffit. Ça n’a pas suffit, comme je ne peux suffire à personne, depuis des années.
Elle sentit Thaom secouer la tête, et ses doigts se glissèrent sous son menton. Il attrapa son regard et elle vit scintiller dans le sien une colère improbable.

- Ouvre les yeux Lib. Tu n’as besoin de suffire à personne, à part toi-même.
Son ton était dur, mais elle ne l’écouta pas. Elle se revoyait un instant des années en arrière, durant son apprentissage, alors qu’il tentait de lui asséner quelque chose dans la tête.

- C’est pas vrai.
Thaom poussa un soupir, et relâcha son menton.
- Bon, si tu veux. Et alors ? Ça n’a pas suffit, et alors ?
- ET ALORS ELLE EST MORTE ! ELLE EST MORTE THAOM ! Notre bébé est mort ! Et là, il se passe quoi ? J’ai jamais été la maman que j’aurais voulu être ! J’étais l’ombre de moi-même, dépressive, je l’ai laissée le plus possible à mes parents, j’ai pas été là pour elle ! J’ai pas été suffisamment là pour sa courte vie ! Et maintenant, je ne pourrai plus JAMAIS corriger ça car elle EST PARTIE !
Elle est partie…

Elle s’effondra sur elle-même épuisée. Épuisée physiquement, lavée psychologiquement. Thaom la rattrapa dans ses bras et la serra contre lui, doucement, croisant le regard de Gil.

- Tu ne pourras pas corriger tout ça avec elle, non. Elle est partie, comme tu dis. Pourtant, ici, autour de toi, tu peux encore le faire. Ce n’est pas la faute des autres, Lib, c’est la tienne. Bouge, maintenant !

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Sam 01 Avr 2017, 23:22

Non, Thaom savait exactement ce qu’il faisait. Il avait l’avantage de connaître Libertée depuis plus longtemps que Gil, il connaissait le mécanisme qui composait cette femme et surtout, il savait comment l’atteindre. Lui faire mal. Ce n’était pas une partie de plaisir, loin de là – il n’avait jamais, jamais aimé la malmener d’aucune façon que ce soit. L’affection teinté de douce mélancolie qu’il éprouvait pour elle, le respect qu’il lui témoignait, l’admiration et la fierté qui se disputaient en lui, tout cela l’aidait à demeurer impassible et à passer outre la souffrance que lui causait cette imposture. Bien sûr que Libertée s’était battue ! Il avait vu ses blessures, avait deviné ce qu’elle avait enduré ; qu’elle soit encore en vie tenait du miracle. Et, en dépit de ses paroles, il savait qu’elle n’était pas la mère qu’elle décrivait. Une mère indigne ne souffrirait pas autant. Une mère indigne serait morte à l’heure qu’il était. Thaom eut brusquement l’impression d’avoir fait un bond en arrière, à l’époque où il entraînait la jeune fille dans son sillage, accompagnant le moindre de ses gestes et guidant le moindre de ses pas avec mesure et patience. Il lui avait enseigné pas mal de chose, mais surtout, il lui avait appris à avoir confiance en elle. Voir Libertée douter à ce point le chagrinait. Quelqu’un semblait avoir piétiné cette assurance et ce n’était pas si récent. Son regard trouva celui, bicolore, de Gil. Toi ?

- J’ai été un moins bon père encore, avoua celui-ci en confirmant sa pensée.

Gil se leva mais resta où il se trouvait, près de la fontaine. Il leva lentement les bras, posa les mains sur sa tête ; aux yeux de Thaom, il était aussi perdu que Libertée. Aussi déchiré.

- J’ai manqué tellement de choses, tellement d’instant, je…

Sa voix se brisa. Il s’affaissa soudain, les bras ballants, les épaules voûtées, écrasé par le poids des regrets. Thaom soupira. Il se redressa en soutenant Libertée. Lorsqu’il parla, sa voix était ferme, mais empreinte de douceur, d’affection et de sollicitude.

- Vous avez fait ce que vous avez pu. Mais les regrets ne ramèneront pas votre enfant ; désormais, ce sont les souvenirs heureux qui doivent primer. Bouger ne sera possible qu’à cette condition.

Gil hocha la tête. Des paroles justes, tellement plus faciles à proférer qu’à réaliser… Thaom s’approcha de lui et laissa Libertée retourner dans les bras de son compagnon. Au passage, il passa la main dans ses cheveux, puis il pressa sa main sur l’épaule de Gil, brièvement. Les regarda tous les deux.

- Il faudra être fort, et ce ne sera pas facile. Je le sais, croyez-moi…

Pourquoi Gil avait-il l’impression, soudain, que cette douleur n’était pas étrangère à Thaom ? Il plissa les yeux, dévisageant pour la première fois cet homme qui avait surgi de nulle part et qui avait fait tellement pour eux. Le maître de Lib… Il était si différent de Seren. C’était même son parfait opposé, et cela tira un fantôme de demi-sourire à Gil. Thaom, lui, sourit franchement.

- Vous avez encore du chemin à faire, tous les deux. Ne négligez pas ce qu’il vous réserve et, quelle que soit la voie que vous décidez de suivre, profitez-en. Chaque seconde compte.

Chaque seconde compte.

Des mots simples et sages qui se gravèrent dans la mémoire de Gil. Il hocha la tête à son tour, conscient qu’il ne reverrait sans doute plus jamais cet homme, mais que cette rencontre était de celles qui laissent des empreintes pour la vie. Thaom s’éclipsa avec sa discrétion naturelle, laissant Gil songeur, et complètement vidé. Il guida Libertée jusqu’à la fontaine et ils s’assirent, blottis l’un contre l’autre.

- Il est vraiment… incroyable, dit-il au bout d’un moment, en se rappelant avec quelle facilité Thaom avait pu lire en lui.

En eux.

Le marchombre n’avait guère plus de dix ans que lui mais Gil, à ses côtés, s’était senti aussi naïf et fragile qu’un débutant. Il doutait de pouvoir être un jour aussi calme, aussi avisé que Thaom. Il ne serait sans doute jamais aussi doué que Seren. Il était peut-être maître Envoleur, il avait encore un long chemin à faire, oui. Et soudain, il se sentit prêt à relever le défi. A accomplir avec justesse et précision tous ces petits pas qui lui permettraient un jour de se hisser à la hauteur de ces pointures. Il baissa la tête et déposa un baiser sur le crâne de Libertée.

- Tes apprenties aussi sont hors normes. Tu savais que je les ai croisées, il n’y a pas si longtemps ?

Son regard scintilla à ce souvenir.

- Aivy est futée et son jeu de jambes est prometteur. Quant à Tsukia… Hum. Elle est plutôt douée pour la castagne mais un peu tarée sur les bords. Sérieusement, tu les nourris à quoi ?

Boutade affectueuse, curiosité sincère.
Extraordinaire volonté de se remettre à bouger.

Ensemble ?

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Dim 02 Avr 2017, 18:58

- J’ai manqué tellement de choses, tellement d’instant, je…
Libertée serra les paupières aussi fort qu’elle en était capable. Elle n’était pas d’accord avec ça. Il avait fait ce qu’il avait pu, à son niveau. En réalité, ils avaient ce qu’ils avaient pu avec ce qu’ils pouvaient donner. Est-ce que à deux, ils pouvaient seulement continuer à avancer ? Ne serait-ce pas désormais une fuite en avant ?

- Il faudra être fort, et ce ne sera pas facile. Je le sais, croyez-moi…
Elle sentit son menton trembler. Oui, elle le croyait. Ça n’en faisait pas moins mal, pourtant ! Elle le savait qu’il avait aussi perdu un enfant en bas âge, avant de la former. Pire : qu’il avait perdu sa fille et la femme qu’il aimait en même temps, d’un accident stupide. Et qu’il s’en était voulu pendant longtemps. Combien de fois lui avait-il répété qu’elle était la première à lui faire voir le bout du tunnel, à éclairer ses pas à lui autant que lui lui montrait la voie sous les siens ?
Libertée secoua la tête : c’était trop. Elle n’en pouvait plus. Cela était trop à avaler, à digérer, à… tout.


- Vous avez encore du chemin à faire, tous les deux. Ne négligez pas ce qu’il vous réserve et, quelle que soit la voie que vous décidez de suivre, profitez-en. Chaque seconde compte.

La marchombre prit une petite inspiration. Secouant la tête doucement, elle leva finalement les yeux pour regarder Thaom s’en aller, alors que son cerveau continuait d’essayer de penser. Mais elle était si épuisée que tout s’emmêlait dans son crâne, sous cette couche de tristesse.

Mussée contre Gil, Libertée ne put s’empêcher de fermer les yeux pour profiter de son odeur. Il sentait bon. Ça lui avait manqué.
Mais étaient-ils capable d’avancer ? Ensemble ? Le chemin parcouru n’aurait-il pas dû leur servir de leçon ?

- Aivy est futée et son jeu de jambes prometteur. Quant à Tsukia… Hum. Elle est plutôt douée pour la castagne mais un peu tarée sur les bords. Sérieusement, tu les nourris à quoi ?
Au moins, il eut le mérite de la faire sourire. Ce qui était carrément un exploit étant donné les circonstances. Elle avait oublié qu’il les avait rencontrées avant leur dernier cours, si longtemps s’était passé depuis…
Autant de temps qu’elle n’avait pas passé avec leur fille, d’ailleurs.

Ravalant le sanglot qui menaça de lui arracher la gorge, Libertée se redressa légèrement.

- Des fois, je me le demande aussi. Je me demande si c’est ce qu’on appelle… La Voie ?
Elle eut un sourire fier et pourtant triste à la fois. Avant de secouer la tête.

- Elles n’ont pas besoin de moi pour être exceptionnelles en tout cas, c’est sûr !

Dans une inspiration, elle se rapprocha de l’envoleur et posa sa joue sur son torse, un instant. Un petit silence les enveloppa, et elle finit par briser la glace.


- Tu crois qu’on peut vraiment s’en sortir ensemble ? Elle se rendit compte que sa questions pouvait porter à confusion, alors elle ne lui laissa pas le temps de répondre tout de suite. J’ai que tout ça ne soit plus qu’une énorme fuite en avant…

Elle cligna des paupières un instant, repensant à ce que son homologue intérieur lui avait dit.
Secouant doucement la tête, elle releva doucement le menton vers Gil. Elle aurait sans doute dû être traumatisée par ce qu’elle avait subi, dans ces grottes, physiquement en tout cas. Pourtant, cela ne lui effleura même pas l’esprit, quand elle se tendit pour affleurer les lèvres de Gil des siennes.

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Dim 02 Avr 2017, 19:58

- Des fois, je me le demande aussi. Je me demande si c’est ce qu’on appelle… la Voie ?
- Je sais pas.


Il ne savait pas, il n’était pas certain que cette Voie dont elle parlait, et à laquelle on devinait aisément la majuscule, était la même que celle qu’il foulait, mais il voyait très bien de quoi elle parlait ; ce doute qui subsiste, au moment où l’important, le fondamental se transmet d’une personne à une autre, un doute unique et bénéfique. Enfin, selon lui. C’était ce doute qui l’empêchait finalement de foirer ce qu’il enseignait. Il n’y avait qu’à voir la façon dont Thaom avait été précieux pour Libertée, en cet instant grave et douloureux : même s’il n’était plus son maître depuis des années, il restait son guide, son repère le plus solide sur cette Voie qu’elle avait choisie d’emprunter. C’est ce qu’elle était sans doute déjà pour Aivy et Tsukia. Tout comme il l’était peut-être encore aux yeux de Kaünis et de Syles…

- Elles n’ont pas besoin de moi pour être exceptionnelles en tout cas, c’est sûr !
- Ouais. C’est naturel chez elles.


Il perçut sa fierté, la serra un peu plus fort contre lui. Tu as raison, accroche-toi à elles, à ce lien si particulier qui unit un maître et ses élèves… Elle appuya sa tête contre sa poitrine, il soupira, demeura silencieux. Faire des projets quand la vie semblait s’être arrêtée, quel combat ! Si cela ne tenait qu’à lui, il resterait là, au bord de cette fontaine, Libertée dans les bras. Longtemps. Une éternité. Mais cela ne tenait pas qu’à lui : aussi fou que cela puisse paraître, il y avait des gens qui comptaient sur lui. La femme qu’il tenait contre lui, pour commencer. Et puis Syles, qui avait régulièrement besoin d’une paire de claques pour marcher droit. Kaünis, aussi, qui n’était pas capable de faire un pas sans semer une pagaille destructrice. Naïs, qui trouvait le moyen de se faire mal où qu’elle aille. Et, au Domaine, une jeune fille aux cheveux roux attendait qu’un maître reprenne sa formation en main. Il ne pouvait pas rester ici pour toujours, même si c’était plus simple…

- Tu crois qu’on peut vraiment s’en sortir ensemble ? J’ai peur que tout ça ne soit qu’une énorme fuite en avant…

Il fronça les sourcils. Cette question possédait tant de réponses… Tant de possibles. Il fallait simplement croire que ce chemin leur appartenait encore.

- La fuite, c’est mon domaine, dit-il en levant les yeux pour regarder les pétales roses d’un cerisier se détacher sous l’effet d’une petite brise. Mais c’est en restant pétrifiés, solitaires, qu’on sera vraiment lâche, je pense.

Gil se tut un instant. Il avait bien saisi que le mot-clé, dans la question de Libertée, c’était ensemble. Tous les deux, seraient-ils capables de tisser des liens neufs et solides ? De construire un avenir au moins aussi lumineux que les premières pierres de leur passé commun ? Il baissa la tête, avala sa salive, elle leva les yeux vers lui et, sans crier gare, effleura ses lèvres des siennes. Gil s’immobilisa complètement, comme si ce contact ô combien infime l’avait brûlé. Il n’avait pas oublié leur séparation, ni son goût amer sur son âme. Il n’oublierait jamais les marques significatives sur le corps de sa compagne. Alors, même s’il était plutôt habitué à se laisser emporter par ses pulsions, à foncer sans réfléchir, à agir comme un con, rassuré par son charme et une assurance difficile à ébranler, là, il n’osa pas lui donner ce baiser dévorant dont il avait rêvé si souvent. Il n’osa pas glisser sa main derrière sa nuque pour l’embrasser fougueusement. A la place d’une passion ravageuse, c’est une tendresse inédite qui s’échappa de ses lèvres quand il répondit à sa timide demande par une caresse tout aussi légère. Frôlement débordant d’amour, qu’il accompagna du bout de ses doigts sur sa joue. Ils n’avaient besoin de rien d’autre qu’un peu de douceur, et c’est ainsi qu’il sentit son cœur se réchauffer un petit peu. Un tout petit peu.

Quand il rouvrit les yeux, il vit qu’un pétale s’était posé dans les cheveux de Libertée. Sourire, sincère parce qu’un pli se creusa dans sa joue comme à l’ordinaire, triste parce que ses yeux brillaient d’une lueur tourmentée dont ils ne se sépareraient pas avant longtemps. Gil tendit la main pour détacher le pétale, mais au lieu de le laisser tomber, il le garda dans sa main, au creux de sa paume, et le contempla un instant avant de lever la tête pour croiser le regard de la marchombre.

- Lib, pendant que tu étais endormie, je suis retourné là-bas. Dans la grotte. Il ne reste plus rien, tout a brûlé, mais je… J’ai récupérer deux poignées de cendres, et je les ai ramenées dans un sac. Je me dis que c’est un petit peu d’elle, et un petit peu de tous ceux qui sont morts dans cet endroit, et que… qu’on pourrait disperser ces cendres quelque part. Toi et moi.

Ensemble.

Gil ouvrit la main et le pétale s’envola doucement.

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Lun 03 Avr 2017, 06:27

C’était juste un frôlement.
Pouvait-on vraiment appeler cela un baiser ?
C’était juste un frôlement, et pourtant Libertée sentit son coeur se gonfler, la douleur s’atténuer un peu. Un instant. L’espace de ces quelques secondes de tendresse pure. Juste une caresse si légère qu’elle rivalisait avec les papillons ; pourtant comme un battement d’ailes, elle eut l’effet d’un cataclysme sur Libertée.


- Lib, pendant que tu étais endormie, je suis retourné là-bas. Dans la grotte. Il ne reste plus rien, tout a brûlé, mais je… J’ai récupérer deux poignées de cendres, et je les ai ramenées dans un sac. Je me dis que c’est un petit peu d’elle, et un petit peu de tous ceux qui sont morts dans cet endroit, et que… qu’on pourrait disperser ces cendres quelque part. Toi et moi.

La bulle éclata aussi vite qu’elle était apparue, et Libertée sentit une boule se coincer dans sa gorge alors qu’elle levait les yeux vers Gil.
Les cendres de Suviyo ?
Son coeur accéléra dans sa poitrine. Elle ne sut pas quoi dire, pas de suite. Elle se contenta d’attraper le pétale dans la paume de l’envoleur entre son pouce et son index, avant de le faire rouler entre ses doigts.
Dispercer les cendres de leur enfant. Ensemble ?

Elle finit par hocher doucement la tête.

- Oui. Le Lac Chen ?
Elle avait répondu d’une toute petite voix, peu assurée, reposant le pétale légèrement roulé sur lui-même dans la paume de Gil.

L’instant d’après, il s’envolait.



♥ ♥ ♥


Libertée grimaça quand elle détailla son corps maigre dans le miroir. La petite chambre d’auberge qu’ils s’étaient trouvée pour la nuit ne possédait que le strict nécessaire, un lit et un bain, et ce miroir.
Elle était maigre. Encore.
Ses rondeurs musclées avaient disparu, creusant ses hanches et sa taille, le bas de son dos, ses épaules aussi. Ses cheveux tombaient sur ces dernières, les affleurant à peine. Juste, elle avait toujours ces grands yeux roses qui la fixaient.

Secouant la tête, la marchombre poussa un soupir, tournant son attention vers Gil qui dormait toujours.
Cela faisait une semaine qu’ils voyageaient.  Une semaine qu’ils… bougeaient. Vers l’avant. Elle ne savait pas trop ce que cela voulait dire, au final. Tout cela. Ils ne s’étaient pas touchés une seule fois, en plus, ce qui était étrange pour Libertée mais en même temps, elle en était soulagée.
Elle n’avait pas le coeur à ça.
Ni rien du tout, d’ailleurs, dans l’état des choses actuel.

Le Lac Chen, mais surtout leur ancienne maison qui avait brûlé, n’étaient plus qu’à une journée de marche.  
Se tournant vers Gil, elle le fixa un instant.

- Tu crois qu’on va jusqu’à… la maison ?

Secouant la tête pour s’éclaircir les idées, elle vint s’asseoir sur le bord du lit, dos à l’envoleur.

- Gil…? Je n’ai pas envie de repartir de zéro. Ce n’est pas vraiment possible, surtout… Elle prit une inspiration, indécise. On ne pourra plus jamais être les mêmes. Ni moi, ni toi. Est-ce que tu penses que ça… peut… marcher à nouveau, entre nous ? Est-ce que tu penses avoir envie d’essayer ? Est-ce que…
Elle plongea son visage entre ses mains, et se rendit compte qu’elle pleurait déjà. Ramenant ses pieds sur le bord du lit pour étreindre ses genoux contre sa poitrine, elle sentit les sanglots lui secouer les épaules, et tenta de respirer. Est-ce qu’elle avait le droit de se laisser aller comme ça, en fait ?

Elle n’en avait pas l’impression.
Mais à force d’essayer d'être forte, ses émotions se liquéfiaient. Elle n’avait qu’une envie : creuser un trou, et y disparaitre. Y pleurer de tout son saoûl et s’y endormir.
Et ne plus se réveiller.

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Lun 03 Avr 2017, 19:54

Gil s’arrêta au sommet d’une butte plantée d’herbe touffue et clairsemée de rochers blancs. La main en visière pour se protéger des rayons ardents du soleil, il regarda devant lui : là-bas s’étendait le lac Chen, immense miroir scintillant qui formait comme un écrin dans un univers de verdure. Ils n’étaient plus très loin. Un jour, à tout casser, détermina-t-il en évaluant la distance qui les séparait de leur but. Puis il leva la tête et observa le vol paresseux d’un rapace qui tournoyait dans un ciel céruléen, porté par un vent d’altitude qui poussait les quelques nuages vers le sud. Immanquablement, cette vision le fit penser à Syles et il se demanda un bref instant ce qu’était devenu son insupportable piaf. Puis il soupira. Ces derniers jours, ses pensées s’égaraient régulièrement vers son ancien élève, sans qu’il ne sache vraiment pourquoi. Cela avait au moins le mérite de rendre ses songeries plus sympathiques… Il repoussa toutefois l’énième intrusion du sale gosse dans son esprit, et se tourna vers Libertée qui arrivait vers lui. Elle était fatiguée. Nul besoin pour constater cela de s’appesantir sur ses traits tirés ou bien son souffle court ; Gil devinait son épuisement avec une justesse étonnante, comme s’ils étaient connectés d’une manière tout à fait différente : moins charnelle, mais plus sensible. Il lui sourit, encourageant, puis tendit le bras pour lui montrer ce qu’elle devait déjà avoir repéré depuis quelques instants. On arrive bientôt, ma Lib.

Bientôt…


*


- Tu crois qu’on va jusqu’à… la maison ?

Gil ne répondit pas immédiatement mais il s’interrompit dans l’inventaire de son sac à dos, et tourna légèrement la tête pour jeter un coup d’œil à Libertée. Depuis qu’ils s’étaient lancés dans cette expédition aux accents désespérés, elle n’avait pratiquement pas lâché un seul mot. Lui non plus. Encore une fois, ce drôle de lien qui se tissait lentement entre eux leur permettait de cohabiter, de voyager, de bouger sans avoir besoin de s’encombrer de futilités tels que les mots. Futilités douloureuses, réalisa-t-il aussitôt, en voyant le visage de sa compagne s’assombrir à peine le mot « maison » prononcé. Comment un simple terme pouvait-il être chargé d’autant de bons et mauvais souvenirs ? Pour la millième fois au moins depuis une semaine, il se demanda s’ils pourraient un jour prononcer le prénom de leur fille sans être assailli par une monstrueuse vague de souffrance glacée. Il s’obligea à réfléchir à la question de Libertée pour éviter à ses pensées de s’égarer de nouveau vers un gouffre sans fond. La maison. Elle n’existait plus depuis que des mercenaires l’avaient détruite, sous les ordres d’Ezrine, son demi-frère. Pourtant, c’était bien vers elle que leurs pas semblaient se diriger, comme s’ils étaient attirés par l’aimant du passé, et Gil finit par hocher la tête. Oui. Ils rentraient chez eux, même si rien d’autre que des ruines les attendaient au bout du chemin… Lib se contenta de sa réponse silencieuse et vint s’asseoir au bord du lit.

- Gil… ? Je n’ai pas envie de repartir de zéro. Ce n’est pas vraiment possible, surtout… On ne pourra plus jamais être les mêmes. Ni moi, ni toi. Est-ce que tu penses que ça… peut… marcher à nouveau, entre nous ? Est-ce que tu penses avoir envie d’essayer ? Est-ce que…

Il était déjà près d’elle. Il avait deviné son trouble, perçu son angoisse et anticipé ses larmes avant même qu’elle n’ouvre la bouche. Avec douceur mais fermeté, il déplia ses bras nerveusement serrés autour de ses jambes. Ensuite, il s’assit sur le lit, assis contre les oreillers, et l’attira dans ses bras ; il lui fit un nid de chaleur et d’amour, la plaçant dos à lui, à moitié allongée sur sa poitrine dénudée puisque débarrassée de son tabard, comme s’il n’était rien d’autre qu’un fauteuil voué à l’accueillir dans tout son confort, et referma les bras sur elle. Au cours de la semaine, il n’avait pas cessé d’être attentif et prévenant, sans jamais verser dans l’étouffement mais toujours avec une bienveillance qu’il se découvrait lui-même. Il ne l’avait pas câlinée de cette façon-là, toutefois, et sa tendresse s’était seulement exprimée dans son regard, ou bien dans la façon qu’il avait de dégager son visage d’une mèche rebelle qu’il replaçait derrière son oreille, ou quand il passait des mains légères sur ses épaules afin de masser ses muscles tendus à craquer. Autant d’attentions qu’il multipliait sans effort, mû par la seule volonté de la voir lutter, se battre contre la tristesse et la mélancolie ; il voulait la voir sourire à nouveau. C’était le défi qu’il s’était lancé, implicitement, persuadé qu’un sourire serait un premier pas réel vers cette nouvelle aventure qui leur tendait les bras et qu’ils ne parvenaient pas encore à saisir.

- Zéro, on a déjà fait, dit-il en posant son menton sur l’épaule droite de la marchombre. On est partis de là. Tu te souviens ? J’ai traversé une fenêtre, tu t’es fichu de moi et puis tu m’as pris en pitié, sans doute, puisque tu m’as emmené dans une chambre, un peu comme celle-ci, pour me soigner…

Revisiter le passé, ne pas le renier ; ce qu’ils avaient vécu ne devait jamais être teinté de regret. Pour lui, en tout cas, ça ne l’était pas. Il réalisait seulement maintenant à quel point ces premiers instants étaient beaux, figés dans le temps comme des images immobiles qu’il appréciait réellement d’observer avec un peu de recul. Il sourit, le nez chatouillé par les cheveux de Libertée, amusé de revoir leurs réactions, à l’époque, quand ils avaient commencé à comprendre qu’ils étaient attirés l’un par l’autre… Repartir de zéro n’avait aucun sens, puisque cette histoire-là, celle d’une rencontre extraordinaire, était déjà écrite quelque part en eux.

- On n’est plus les mêmes depuis longtemps, souffla-t-il, le regard vague. On a déjà vécu tellement de choses…

Il savait qu’elle aussi avait dans la tête cette succession d’images, de souvenirs qui défilaient sans forcément respecter l’ordre de leur arrivée, de flashes qui représentaient un moment de bonheur volé au temps. Des petits bouts d’une vie partagée. Ils n’avaient pas réussi à vraiment habiter ensemble. Ils étaient trop libres, elle trop marchombre et lui trop envoleur pour cela. Mais ensemble, ils avaient construit des choses si jolies qu’un scintillement d’admiration côtoyait l’éclat de la douleur dans les yeux vairons de Gil.

- Tu sais, je pense qu’il n’existe pas de plus belle histoire que celles qui ne se terminent jamais, déclara-t-il enfin. La nôtre est singulière depuis le début et elle n’a pas fini de nous faire prendre des virages serrés, et c’est tant mieux. C’est comme ça que je l’aime.

Gil attrapa la main gauche de Libertée entre les siennes.

- J’étais sincère que je t’ai demandé de devenir ma femme, et je n’ai pas supporté que tu puisses piétiner ce vœu… je n’avais pas réalisé que ce que je voulais, c’était simplement trouver ma place à tes côtés. Mais c’est si clair à présent…

Il la serra plus fort contre lui et jura intérieurement en sentant ses yeux s’emplir de larmes.

- Enfer, marmonna-t-il en enfouissant son visage dans le cou de la marchombre, autant pour cacher son désarroi que pour respirer son odeur sucrée. Oui, Lib. On peut découvrir un nouveau chemin, tous les deux. J’en ai envie.

Si tu savais à quel point...

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Lun 03 Avr 2017, 20:47

- Tu te souviens ? J’ai traversé une fenêtre, tu t’es fichu de moi et puis tu m’as pris en pitié, sans doute, puisque tu m’as emmené dans une chambre, un peu comme celle-ci, pour me soigner…
Il parvint à tirer un petit sourire à Libertée, qui se remémorait la scène alors que Gil en parlait. Elle secoua doucement la tête cependant : elle ne l'avait pas pris en pitié, au contraire, elle était affreusement intriguée par le personnage qu'il était.
L'évocation de ce souvenir lui en rappela d'autres. Tout aussi lumineux ; tout aussi forts. Leurs retrouvailles dans la forêt Ombreuse, quand elle avait fini par lui annoncer "officiellement" qu'elle était enceinte, quand Suvyio était née. Et avec le recul, elle se rendait compte qu'à chaque fois, quand tout était lumineux, il y avait toujours quelque chose pour l'entacher : Gil qui avait couché avec Naïs juste avant et le fait qu'elle ne supportait pas cette idée ; l'empoisonnement aussi.
Elle secoua la tête doucement.
Oui, ils avaient vécu tellement de choses. Ensemble, et aussi chacun de leur côté. Est-ce qu'il était possible de réunir tout cela ? D'aller vraiment de l'avant ? De ne pas s'appitoyer sur les souvenirs douloureux ? Pourquoi avait-elle ce réflexe de ne voir que le mauvais côté des souvenirs ?
Elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même : c'était son humeur, depuis de nombreux mois désormais. ELle devait aller de l'avant, cesser de ressasser le moins bien pour se concentrer sur le meilleur, comme elle l'avait fait durant toutes les années de son enfance, puis son apprentissage, et après.

Un nouveau sanglot secoua son torse, et elle ferma les yeux un instant. Elle devait essayer de se concentrer sur le positif. Sur ce qui avait été, et était, beau. Ces souvenirs où la lumière émaillait chaque seconde. Et même dans la tristesse, même dans la rage, il y avait toujours cette étincelle. L'imperfection attisait les sentiments, finalement. C'était ce qui faisait qu'on acceptait l'autre dans toute sa personnalité, même ce qui était le plus noir, le plus ténébreux, le plus enfoui.


- J’étais sincère que je t’ai demandé de devenir ma femme, et je n’ai pas supporté que tu puisses piétiner ce vœu… je n’avais pas réalisé que ce que je voulais, c’était simplement trouver ma place à tes côtés. Mais c’est si clair à présent…
Elle était impulsive et  avait le sang chaud, mais pour elle c'était quelque chose de normal. De cohérent. Alors que cette profondeur de noir, de froid, de résignation aux reflets métalliques, c'était le fond d'elle-même. Ce qu'elle n'aimait pas. Et plus elle essayait de s'en débarrasser, plus ça lui collait à la peau. Plus ça se répercutait sur sa vie en général. Était-ce cela, au fond, la loi d'attraction ?

- Enfer. Oui, Lib. On peut découvrir un nouveau chemin, tous les deux. J’en ai envie.

La marchombre frissonna quand elle sentit le souffle de Gil dans son cou. Il y avait une lumière, dans cette direction. Ils devaient retrouver leur maison, il n'en restait que des cendres, et pourtant c'était une étape indispensable pour la suite. Elle le savait, et pourtant, elle avait peur.
Peur de se retrouver face à ses propres démons, et de ne pas savoir les combattre.
Pourtant, les paroles de Gil la rassénérèrent. Un peu.
Elle poussa un petit soupir, ramenant ses genoux contre elle un peu plus pour pivoter contre le torse de Gil, passant ses pieds au dessus de sa jambe gauche. Levant le regard vers lui, elle capta un instant cette étincelle dans le sien, et risqua un petit sourire.

- En même temps, tu choisis toujours parfaitement tes moments !
Elle essayait de le taquiner, mais le coeur n'y était pas vraiment. Elle savait qu'elle l'avait blessé, mais elle avait aussi été égoïste. Parce que même si lui ne réalisait ce qu'il voulait qu'à cet instant, elle aurait pu comprendre, ou au moins essayer de comprendre. Mais elle s'était drapée dans ses certitudes, dans ses croyances, dans des schémas stupides où elle devait prendre les rênes de sa vie en faisant le ménage autour d'elle.
Ce n'était pas autour d'elle que le ménage devait être fait, c'était en elle.

Elle leva très légèrement le visage, et son nez effleura un instant la barbe de quelques jours sous le menton de Gil. Le nez contre sa peau, elle descendit son visage le long de son cou, jusqu'à sa paume d'Adam, et soupira en se gorgeant de son odeur.

- J'en ai envie aussi.

♥ ♥ ♥

C'était le dernier kilomètre.
Elle le savait, et il était d'autant plus difficile et long à parcourir. Ils avaient évité le village proche, Libertée ne s'était pas sentie d'affronter le regard des gens. Les gens sont stupides, même quand ils sont pleins de sollicitude. Elle n'avait pas envie de parler, pourtant elle n'avait pas non plus envie de se taire.

Ils s'approchaient, et alors que le chemin se découpait entre les arbres, la marchombre s'arrêta brusquement.
Serrant les lèvres, elle se mordit l'intérieur de la joue… Avant de tourner la tête vers Gil. Elle le fixa un instant, sans rien dire pourtant. Ces derniers jours, ils n'avaient pas beaucoup parlé. La communication se faisait autrement, un regard, une attitude.
Comme s'ils se ré-apprennaient doucement.

Mais là, elle avait besoin de quelque chose de plus. Un contact.
Attrapant la main gauche de Gil, elle fit glisser doucement ses doigts pour les entrelacer aux siens, le fixant toujours dans les yeux.

- Comment tu te sens ?
Elle savait qu'il était triste. La douleur était moins perçante, mais elle était toujours là, sourde. Il fallait continuer avec. Parvenir à la muer en quelque chose de nouveau ; ou simplement l'accepter.
Ce n'était pas vraiment ce qu'elle demandait, en réalité. C'était plutôt : es-tu prêt ? Non, évidemment, aucun d'entre eux ne l'était.
Elle serra ses doigts plus fort.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Lun 03 Avr 2017, 22:47

Quand Lib remua contre lui, Gil, lui, ne bougea pas. Il écarte juste un peu les bras pour la laisser changer de position, et il fut surpris que ce soit pour lui faire face ; elle était là, juste devant lui, son regard dans le sien… Il ouvrit la bouche, et puis la referma sur des paroles qui n’auraient rien fait d’autre qu’amoindrir un instant unique. Mais il avala sa salive, soudain indécis. Ce regard… C’était celui d’avant. Celui qu’elle prenait quand elle voulait se moquer de lui. Quand elle n’avait pas envie de céder sur un point en particulier. Quand elle s’apprêtait à lui tomber dessus, dans tous les sens du terme. Il baissa les yeux vers ses lèvres, y trouva l’esquisse d’un sourire. Dans sa poitrine, son cœur oublia un instant comment fonctionner correctement.

- En même temps, tu choisis toujours parfaitement tes moments !

Lentement, il releva ses yeux vers les siens.

Je t’ai aimée à chacun de ces moments.

Mais jamais autant qu’en cet instant. Pourtant, quand elle s’installa contre lui, il se contenta de refermer les bras sur elle, et de fermer les yeux. Ils venaient de se trouver une envie commune… ! C’était une façon de se mettre à bouger, non ?


*


Ils y étaient presque…

Mais Gil s’arrêta soudain. Il avait la brusque impression de manquer de souffle, d’être vidé de ses forces par une entité invisible, et il vacilla. Ce n’était pas la fin d’un chemin, il le savait, il le sentait, et pourtant ses muscles refusaient de continuer. Bouge, nom de nom ! Sa poitrine lui faisait mal. Il n’osait pas regarder, de peur de découvrir avec effroi cet énorme trou que lui avait montré la bête dans son délire intérieur. Est-ce que c’était vraiment un délire intérieur ? Il lui semblait tout à coup que la réalité se troublait, s’étirait pour se teinter d’imaginaire, et pour cause : le soleil descendait, sa lumière filtrait à travers les arbres, douce, irréelle, irisée d’une myriade de petites particules qui scintillaient doucement. C’était magnifique, et il se sentait terriblement idiot d’avoir peur d’aller plus loin mais… voilà. Il avait peur. C’était juste ça. Perdu, il ferma les yeux un instant. Sursauta quand les doigts de Libertée se glissèrent entre les siens. C’était rien du tout. Et c’était énorme. Gil rouvrit les yeux pour être aussitôt happé par un éclat rose.

- Comment tu te sens ?

Murmure.
Il répondit d’une pression de ses doigts sur les siens. Peu importe comment je me sens, songea-t-il sans la quitter des yeux. L’essentiel c’est que tu soies là, avec moi. Que nous soyons là pour elle… Puisant son courage dans la force de ce regard et dans la chaleur de ces doigts, Gil retrouva quelques couleurs. Il fit un pas en avant, sa main étroitement mêlée à celle de Libertée.

Lentement, ils s’enfoncèrent dans le silence feutré qui enveloppait le lac Chen.

Des sauterelles sautillaient là où ils posaient les pieds. Un vent frais, porté par la tombée du jour, bruissait dans les arbres. Derrière, le lac Chen resplendissait, immense et très calme. En s’approchant du bord, Gil se sentit touché par cette tranquillité naturelle, et il prit une profonde inspiration, gonflant ses poumons d’air pur. Il souffla doucement, les yeux posés sur la surface miroitante du lac. En descendant vers le sud-est, ils tomberaient sur ce qu’il restait de leur maison. Fallait-il aller jusque-là ? La main de Libertée, dans la sienne, était une réponse suffisante.

Ici…

Il mit un genou à terre et fit glisser son sac sur une épaule, afin de prendre le petit sac de toile, fermé par un cordon. Il tira doucement dessus pour l’ouvrir, puis il se redressa. Le sac était posé dans le creux de sa paume. Gil le regarda un instant. Un jour, il avait tenu la tête minuscule de Suviyo dans cette main qui lui avait semblé si grande… sa vue se brouilla. Il s’essuya les yeux de sa main libre et, dans le même mouvement, plongea les doigts dans le sac. Il prit une poignée de cendres, et attendit que Libertée l’ait imité avant de se tourner vers le lac. Tout son être vibrait de cette injustice. Aucun parent ne devrait jamais dire adieu à son enfant. Il le fallait pourtant… Alors, Gil leva le bras et ouvrit ses doigts. Et tout ce qu’il avait eu envie de dire s’envola aussi sûrement que la poussière dans le vent. Ne restèrent que trois mots, un instant suspendus aux lèvres d’un père, et qui glissèrent sur la surface du lac, en marge du temps.


*

La nuit était tombée depuis longtemps lorsque Gil se décida. Il venait de sentir Libertée frissonner contre lui. Il était temps de s’en aller.

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Lun 03 Avr 2017, 23:25

Une pression de doigts fit cligner des paupières à Libertée, qui hocha imperceptiblement le menton. Ça n'allait pas, mais il fallait le faire. Non, ils voulaient le faire.
Pour Suviyo. Pour eux-même.  
Ce n'était pas une obligation, mais une nécessité.

Quand Gil tira un petit sac de cendres de son sac, Libertée sentit son coeur accélérer dans sa poitrine. Cela tenait dans sa grande main, et elle ne put s'empêcher de penser à la petite main de leur fille qui s'était posée dedans, qui avait serré cet index. Et toute la force délicate dont elle avait pu faire preuve.
La gorge nouée pourtant, la marchombre empoigna une poignée de cendres, se tournant vers le lac dans le même élan que Gil.

L'eau scintillait doucement, sous le soleil couchant. La vue était à couper le souffle, et la beauté du soir qui tombait parrait l'univers de cette couleur chatoyante et chaleureuse.
Chaleureuse.
Un sourire triste étira les lèvres de Libertée, qui prit une petite inspiration.
Les mots se coincèrent dans sa gorge, et elle se contenta de les penser. De les écrire, dans sa tête, dans le vent. Les prononcer aurait altérer leur pureté, leur sens profond. Le rythme n'aurait pas été le bon. Elle n'aurait pas pu invoquer ces souvenirs tous à la fois.

Et quand Suviyo s'envola dans une bourrasque de vent, se disperçant sur la surface de l'eau et dans les airs, elle eut l'impression que son coeur était un peu moins lourd.
Un tout petit peu.


♥ ♥ ♥

Elle avait froid, mais elle ne bougeait pas.
Les genoux contre la poitrine, elle frissonnait, mais elle ne voulait pas bouger. Elle ne se sentait pas prête à se lever. Elle n'en avait pas envie. Pas de suite.

Encore un peu…
Jusqu'au hululement d'une chouette.
Jusqu'à ce que Gil se lève, et qu'elle lève le regard vers lui. Elle saisit sa main, s'en aida pour se relever et dans le même mouvement se blottit contre lui, enlaçant son torse de ses bras.
Combien de temps resta-t-elle ainsi, dans la chaleur de l'envoleur, si proche et pourtant si loin ? Elle ne savait pas.
Ses mains avaient eu le temps de s'engourdir, ses pieds aussi. Elle aurait eu besoin d'un grand feu brûlant, mais elle ne savait plus si elle le voulait vraiment.

Si.
Ils devaient bouger. En avant.

Se mordant la lèvre, Libertée prit une grande inspiration. Puis, elle se détacha doucement de Gil, secouant doucement la tête pour se réveiller un peu. Les cigales chantaient autour d'eux, et les grenouilles aussi. Tout semblait si calme, si serein.
Accueillant.

Elle leva les yeux vers le ciel.
Et là, une étoile filante.
Un sourire étira ses lèvres, timide mais réel.

Elle posa à nouveau sa joue contre le sternum de Gil.
Toudoum. Toudoum.
Les yeux fermés, elle soupira. Releva le visage.

- Elle sera toujours là. Avec nous. En nous.
Ils devaient continuer. Avancer. Vivre. Pour elle.
Elle se dressa sur la pointe des pieds pour attraper Gil par la nuque, et posa son front sur le sien. Une seconde.
Un autre baiser, affreusement léger.

- Je t'aime.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Mar 04 Avr 2017, 00:25

Elle avait tendu la main, il avait lancé la sienne pour l’aider à se remettre debout, sans prévoir cette fois qu’elle en profiterait pour lui rentrer dedans, un peu brutalement sans doute, assez en tout cas pour le faire reculer d’un pas. Il secoua la tête. Lui aussi, il se sentait soudain un peu plus… léger. Comme si une petite partie de la souffrance accumulée ces derniers jours s’était envolée avec les cendres qu’ils avaient lancées sur l’eau. Les étoiles brillaient doucement sur la voûte éthérée tandis que le chant des grenouilles envahissait l’espace, offrant un avant-goût de l’été qui n’était pourtant pas pour tout de suite. Mais de l’étoile qui fila au-dessus de leur tête, Gil ne vit rien. Son regard s’était posé sur le sourire de Libertée. Tout petit, bien loin de ceux qui illuminaient son visage tout entier, et pourtant, ce sourire-là, c’était pour lui le plus beau des cadeaux. Il en aurait pleuré s’il n’avait pas déjà épuisé son stock lacrymal ! Alors à la place, il la serra très fort contre lui. Un gros câlin pour dissimuler son émotion, ouais. Il fallait qu’il reprenne un peu du poil de la bête. A ce train-là, il allait se retrouver affublé du mot « adorable ». Et ça, c’était un adjectif dont on se débarrassait aussi facilement que du sucre sur les doigts ! Voilà pourquoi, quand Libertée lui offrit les seuls mots capables d’arrêter son cœur de battre, Gil recula et haussa les épaules de façon vraiment, vraiment très exagérée :

- Ouais, moi aussi, j’te trouve pas mal, grogna-t-il.

Sauf qu’il était trop vulnérable pour vraiment jouer les gros durs. Et ce frôlement, ça ne lui suffisait plus. Alors il l’attira à lui et l’embrassa pour de bon, cette fois. A quoi bon regarder le ciel quand il pouvait avoir des étoiles filantes dans le ventre, hein ? Il recula, à bout de souffle comme s’il avait couru deux jours sans interruption. Il commençait à faire vraiment froid. Sans un mot, il la souleva dans ses bras et tourna le dos au lac. Comme dans la confrérie de Tintiane, il ne savait pas du tout où il allait. Il faisait trop froid pour dormir à la belle étoile, cependant, alors il prit le chemin du village le plus proche. Il savait que Libertée n’avait pas spécialement envie de voir du monde, et lui non plus. Il n’entra pas dans le bourg. Un peu avant, il bifurqua, son précieux paquet dans les bras, et dirigea ses pas vers une grange. Il fut soulagé de trouver la porte ouverte – pas envie de poser Lib pour faire mumuse avec la serrure. A l’intérieur, ça sentait bon le foin mais il n’y avait aucun animal, juste des piles de rouleaux de paille dans un coin, une charrue qui avait dû voir passer des générations de fermiers, et des outils divers et variés, entreposés contre un mur. Gil referma la porte d’un coup de pied et regarda autour de lui : une échelle menait à la partie supérieure de la grange, une mezzanine qui servait à entreposer le foin, ouverte sur l’extérieur par deux battants qu’on avait jugé inutile de fermer ; l’ouverture laissait passer la lumière de la lune.

- Allez, grimpe, dit-il à Libertée en la déposant à terre, devant l’échelle. Je suis juste derrière toi.

En train de mater, eut-il l’extrême délicatesse de penser. Mais le plus chaste des hommes aurait eu bien du mal à demeurer impassible avec pareil séant sous le nez ! Là-haut, Gil jeta son sac dans le foin et se dressa sur ses genoux (il ne pouvait pas se lever davantage) pour fouiller dedans. Il sortit une couverture qu’il déplia et étala. Puis il s’allongea de tout son long, regarda Libertée et tapota sa poitrine.

- Ton oreiller t’attend. Enfin, si tu veux te reposer un peu.

Elle était sans doute au moins aussi épuisée que lui, mais Gil savait qu’une fois les yeux fermés il ne parviendrait pas à trouver le sommeil ; trop de pensées, trop d’émotions contradictoires, trop de tension aussi pour qu’il s’endorme sereinement. Quand Libertée s’installa contre lui, il referma la couverture sur eux et enveloppa la marchombre dans sa chaleur. Elle en avait besoin. Il soupira.

- Et maintenant ? Qu’est-ce que tu vas faire ? Retrouver Tsukia et Aivy ?

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Mar 04 Avr 2017, 05:59

- Ouais, moi aussi, j’te trouve pas mal.
Libertée eut un petit sourire. Parce qu’elle ne s’attendait à rien, et surtout pas à ça : il était toujours là où on ne l’attendait pas - et souvent pas là où on l’attendait, en fait. Peu importait, après tout : ses sentiments devaient être son problème à elle, non ?
Poussant un soupir, elle allait s’éloigner de l’envoleur mais encore une fois, il la surprit en l’attrapant dans une étreinte moins chaste que les précédentes. Le baiser l’essoufla, mais elle ne dit rien quand il recula, se contentant de passer sa langue sur ses lèvres.
Et puis, elle ne protesta pas quand il la souleva encore une fois, se contentant de se lover contre sa poitrine alors qu’ils s’éloignaient de ce qui avait été leur maison. Leur coin de famille. En auraient-ils un jour… une autre ?
Libertée cligna des paupières à cette pensée, fronçant les sourcils. Elle n’était pas certaine de vouloir se projeter dans quoi que ce soit. Où que ce soit.

Pourtant, c’est dans une grange que Gil entra quelques minutes plus tard. Cela sentait bon le foin frais et la paille juste coupée. Rien que l’odeur rassénéra un peu la marchombre, qui se laissa glisser au sol pour se redresser un peu. Elle monta la courte échelle sans dire un mot, se contentant de se plier en deux quand elle fut en haut car le toit était très proche du matelas de paille.
C’était assez confortable, en réalité, et le fait qu’ils soient juste sous les toits laissait une certaine chaleur stagner juste à cet endroit.
Elle observa Gil sortir une couverture de son sac en silence, une étincelle dans les yeux. Quand il s’allongea et lui intima de venir s’étendre elle aussi, elle resta un instant immobile. Quelque chose tambourinait dans sa poitrine, là.

Un coeur ? Elle pensait le sien brisé en mille morceaux. Mille morceaux d’étoiles.
Elle secoua la tête, chassant ses pensées étranges. S’allongeant contre le flanc de Gil, elle posa sa tête contre son buste et poussa un petit soupir. Mais elle savait qu’elle ne parviendrait pas à dormir.
Elle était épuisée. Lessivée mentalement, exténuée physiquement. Pourtant le sommeil la fuyait toujours, depuis qu’elle s’était réveillée de son inconscience. Trop de choses tournaient dans sa tête. Trop d’émotions se battaient sous son crâne.

- Et maintenant ? Qu’est-ce que tu vas faire ? Retrouver Tsukia et Aivy ?
Elle secoua légèrement la tête, ramenant ses jambes autour de la cuisse droite de Gil.
- Non, elles sont avec une caravane, Je ne les retrouve pas avant... Deux mois. Voire trois, ça dépend de Luak, s’il fait finalement ce détour.
Elle ferma les yeux un instant, enfouissant son visage entre la couverture et la peau de l’envoleur. Mais elle avait chaud maintenant.

Se redressant en position assise, elle enleva son pantalon rapidement. Ça allait mieux.
Se blottissant contre Gil encore une fois, elle prit une inspiration.

- Et toi ? Tu as d’autres apprentis ?

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Mar 04 Avr 2017, 06:48

Un sourire flotta sur les lèvres de Gil. Il essaya d’imaginer Aivy et Tsukia en train de voyager avec des itinérants. Il voyait la Rouquine s’exécuter avec application, mais sans cesser de poser des questions, curieuse et très observatrice. Tsukia devait avoir déclenché quelques bagarres et quelques fou-rires, passant des pitreries au plus grand de sérieux sans laisser la possibilité de la suivre. Et encore moins de la comprendre. Avait-elle toujours son katana ? Il s’apprêtait à poser la question quand Libertée s’assit. Son regard tomba sur ses cheveux, alors qu’elle se contorsionnait pour se débarrasser de son pantalon. Ils lui arrivaient aux épaules, rappelant vaguement la Lib d’autrefois… une Lib qui ne serait plus. Trop de changements. Mais il songea que ça lui allait bien, elle n’avait plus l’air d’un petit oisillon tout juste sorti du nid. Est-ce qu’elle pouvait toujours utiliser sa greffe ? La question s’était déjà posée, n’avait jamais franchi ses lèvres. Ses aiguilles dormaient dans ses poignets. Ce soir, ils se trouvaient à mille lieues de ce genre de préoccupations. Libertée se réinstalla contre lui, boule de chaleur sur laquelle il referma les bras.  

- Et toi ? Tu as d’autres apprentis ?

Gil attrapa une mèche de la marchombre entre ses doigts et l’entortilla machinalement autour de son index. Il repensait au message de Seren.

- On dirait bien que oui.

Il ne se souvenait plus très bien de Khamill. Il n’avait pas très envie de rentrer au Domaine. Il n’avait jamais aimé aller là-bas de toute façon… Une idée lui traversa l’esprit, folle et fulgurante. Lib n’avait plus d’apprenties pendant deux mois, au minimum. Lui, il se dit que la sienne pouvait attendre encore un peu. Il lâcha les cheveux de Libertée pour se redresser sur un coude et la regarder. Dans la lumière chiche de la lune, elle avait l’air plus mystérieuse encore. Lui aussi, sans doute…

- J’aimerais continuer ce voyage encore un peu, Lib. J’aimerais descendre plus loin au sud, par-delà l’Océan. J’aimerais… que tu restes avec moi.

Il prenait des gants. Il ne disait pas « je veux ». Mais c’était pourtant ce qu’il ressentait ! Il avait voyagé seul si longtemps qu’il ne comptait plus les heures, les jours, les semaines de solitude – une solitude qu’il recherchait alors, en bon vieil ours des cavernes qu’il était. Ça lui avait toujours convenu. Là, c’était différent. Là, il avait peur d’être seul…

- A pied, poursuivit-il en acceptant de préciser sa pensée. Sans rien d’autre qu’un sac à dos et l’envie d’aller plus loin. De bouger.

Projet fou ? Sans doute. L’Empire recelait mille dangers. Combien d’autres Tornak attendaient dans l’ombre ? Combien d’Ezrine prévoyaient de leur tomber dessus ? Haussement d’épaules. Une horde de Raïs pouvait déferler sur lui, rien n’arrêterait Gil. Rien d’autre qu’un simple refus de Libertée. Il se figea dans l’attente, son visage à quelques centimètres du sien, plongé dans son odeur de pêche. Peut-être avait-elle raison. Peut-être qu’il ne s’agissait que d’une fuite vers l’avant. Mais ces derniers jours, ils s’étaient rapprochés d’une manière unique, jamais vécue auparavant. Ils étaient en train de refaire connaissance, de se réapprendre, de se redécouvrir. Il n’avait pas envie de rompre le charme, pas maintenant.

Jamais.

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Mar 04 Avr 2017, 07:08

- Je veux venir...
[ Inspire brusquement ]

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