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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Sam 08 Avr 2017, 17:54

[Ahlala, je sens qu'attendre ta prochaine réponse, ça va pas être facile ! Niah  ]



Ils passèrent trois jours sur la côte.

Trois jours durant lesquels ils parcoururent des kilomètres de plage et vadrouillèrent dans les criques. Ils mangeaient le poisson qu’ils pêchaient, agrémentaient parfois leurs repas de petits crustacés et de baies dénichées dans les dunes, et reculaient un peu dans les terres pour s’approvisionner en eau douce. La nuit, ils dormaient sur le sable, bercés par la musique des vagues et le murmure du vent. Quand ils n’étaient pas en train de sauter sur les rochers ou de découvrir une galerie dans la falaise, ils se mesuraient l’un à l’autre, chacun rivalisant de techniques compliquées et audacieuses ; ils étaient animés par la passion du défi, mais surtout ils en profitaient pour apprendre. Ils étaient alors tour à tour maître puis élève, et ce perpétuel changement les grisait. Le quatrième jour, ils reprirent leur route sans même se concerter, poussés par l’envie de bouger, d’aller plus loin encore. Ils longèrent la côte jusqu’à atteindre la ville de Faranji, surnommée aussi « la Blanche » par les gens de la région, en raison de ses murs blancs qui semblaient briller dans la lumière du soleil. La cité était bâtie à flanc de colline, surplombant un port de taille moyenne, ouvert sur une baie d’eau turquoise. Une multitude d’embarcations colorées étaient amarrées aux quais fourmillant d’activité. Un peu avant d’arriver, Gil attrapa la main de Libertée dans la sienne et la serra. Il était temps de renouer un peu avec la civilisation.

Passer d’un silence presque sauvage à l’animation de la ville leur fit l’effet d’une vague en pleine figure, et ils s’avancèrent d’abord avec prudence dans cet univers de bruits et d’agitation. Et puis, petit à petit, ils se laissèrent porter par la foule bigarrée et joyeuse, retrouvant instinctivement des réflexes qui leur permettaient d’éviter les bousculades et de se glisser à travers cette masse de gens. Ils se promenèrent parmi les étals jusqu’à se lasser des cris tonitruants des commerçants qui proposaient leur marchandise. Alors, ils s’approchèrent des quais. Une brise salée jouait dans les cordages des embarcations. Par-delà la baie animée, le Grand Océan du Sud scintillait. Le large les appelait. Gil échangea quelques mots avec les marins qui s’affairaient, en quête de renseignements sur un prochain départ. Il apprit ainsi que l’Incessant s’apprêtait à appareiller. C’était un navire marchand côtier qui, d’après ses sources, convoyait de la marchandise jusqu’aux premières îles Alines. Grand, pourvu de trois hauts mâts et de voiles triangulaires, il mouillait à l’écart des quais ; par chance, son capitaine, un certain Luk Rant, était encore sur le ponton, occupé à vérifier l’enregistrement de sa marchandise dans un gros livre aux pages cornées. Très mince et plutôt petit – le sommet de son crâne arrivait seulement à l’épaule de Gil, – Rant en imposait par sa force de caractère et une allure étrange, avec ses longs cheveux blonds retenus en catogan sous un chapeau aux larges bords, des oreilles percées et bardées d’anneaux, et surtout, une longue cicatrice verticale qui lui barrait la joue gauche. Ses yeux étaient d’un bleu tirant sur le vert, en accord avec le manteau bleu sarcelle qu’il portait, ouvert sur une chemise large et échancrée. Gil découvrit rapidement que cet homme était dur en affaires, et il lui fallut négocier leur départ avec ruse et fermeté pour éviter d’avoir à débourser tout l’argent qui leur restait.

- Ce type doit avoir du sang pirate dans les veines, marmonna-t-il lorsqu’enfin, ils s’installèrent dans la petite embarcation qui allait les emmener à bord de l’Incessant.
- Est-ce que vous croyez que nous allons en croiser ? s’inquiéta l’homme qui était assis en face d’eux.

Il était immense, sa taille avoisinant sans aucun doute les deux mètres. Pourtant, à côté de Luk Rant, cet homme-là faisait bien pâle figure, avec sa moustache impeccable et ses cheveux plaqués sur son crâne, son veston sagement boutonné et ses lunettes remontées sur son nez. Il avait la peau blanche de ceux qui ne voient presque jamais le soleil et regardait un peu partout d’un air anxieux. Le marin qui guidait leur embarcation laissa échapper un léger rire.

- Avec Zoran, ça m’étonnerait.
- Zoran ?
- Notre Dessinateur. Il s’est taillé une belle réputation auprès des pirates, ces dernières années.


L’homme à la moustache remua sur son banc, perplexe. Il semblait douter des facultés d’un seul homme face aux flibustiers. Surprenant le regard inquisiteur de Gil, il s’empourpra et tendit une main hésitante.

- Vanek Jil’Arius, se présenta-t-il.
- Giliwyn, fit l’Envoleur en refermant les doigts sur la main longiligne et délicate. Et Libertée.

Le visage déjà rose de Vanek vira au rouge framboise quand il posa les yeux sur la marchombre. Amusé, Gil étendit ses jambes et regarda passer quelques bateaux.

- Qu’est-ce que tu vas faire dans l’archipel le moins sûr du monde ?

Avec Gil, le tutoiement était habituel, mais pour des gens comme Vanek, c’était surprenant ; il cligna des yeux et laissa filer quelques secondes avant de réaliser qu’il fallait répondre.

- Heu, je suis comptable, en fait. Je viens voir mon nouveau client, un homme à la tête d’une certaine fortune qui s’est établi sur l’île de, heu… je n’arrive pas à prononcer son nom.
- Il ne pouvait pas se déplacer lui-même ?
- Malheureusement non…


Gil se mordit la joue pour ne pas éclater de rire devant la mine déconfite de Vanek. Ils arrivèrent alors près de l’Incessant, qui paraissait soudain beaucoup plus grand. A son bord, les marins préparaient le départ, chaque homme faisant office de rouage dans l’immense engrenage que formait l’équipage. Sidéré, Vanek se plaqua contre le bastingage pour ne pas gêner le passage des gabiers. Gil, lui, se tourna vers Libertée. Il délaça son tabard de cuir et le retira, dévoilant son torse musclé et marqué de cicatrices. L’empreinte noire de la Silencieuse s’entrelaçait sur sa clavicule droite, en un genre de tatouage dont peu de gens connaissaient le sens véritable. Il tendit le vêtement à la marchombre en souriant.

- J’ai offert mes talents naturels en échange d’un beau voyage, expliqua-t-il avec ironie. Et d’une cabine où tu pourras être tranquille. Tu peux aller installer nos affaires si tu veux.

Il l’embrassa au coin des lèvres et fila pour se rendre utile, emportant le parfum de la pêche avec lui. C’était ainsi depuis qu’il avait failli lui faire du mal en lui sautant dessus comme le dernier des obsédés : un baiser par-ci, un câlin par-là… Il apprenait à faire autrement. Et aussi surprenant que cela puisse être, il appréciait ce genre de frôlements légers, de désir contenu dans un élan de tendresse, de caresses à la dérobée ; d’une certaine manière, c’était un jeu, et c’était à celui qui parviendrait à surprendre l’autre sans pour autant franchir la limite. Le jeu du chat et de la souris.

Meow…


*


Gil s’affairait dans la mâture lorsque l’Incessant leva l’ancre. Cramponné aux cordages, il regarda le continent alavirien s’éloigner tandis que de puissantes vagues les poussaient vers le large, frappant la coque en gerbes d’écume. Un matelot cria quelque chose, et il se concentra sur le déferlement de la voile, guidé par les hommes qui dansaient dans les haubans, tout près de lui. C’était grisant ! Il n’était plus remonté sur le mât d’un navire de ce genre depuis plusieurs années, mais il retrouva vite des gestes qui ne s’oubliaient pas et travailla avec engouement. Soudain, une sensation familière lui fit tourner la tête. Sourire. Libertée était juste à côté de lui, pour le plus grand étonnement des matelots proches d’eux. Ils avaient sans doute imaginé qu’elle resterait dans sa cabine ou sur le pont pendant la traversée.

Lui n’y avait même pas songé.
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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Lun 10 Avr 2017, 17:22

Posant leurs affaires dans le placard qui leur servait de chambre, Libertée eut un petit sourire en observant le lit en bois d'une place et demi : il allait falloir qu'ils se serrent, quand ils dormiraient de concert. A vrai dire, elle ne savait plus trop si ça la faisait rougir, ou peut-être espérer. Elle n'avait absolument aucune envie de précipiter les choses, et elle savait que ses crises de paniques se dispersaient un peu… Cependant, la chambre était vraiment petite, et elle ne savait pas comment elle allait réagir quand ils seraient deux dedans.
Secouant la tête pour se changer les idées, elle finit par poser son sac, en sortir trois bibelots et une couverture, avant de se glisser hors de la pièce.

Elle voulait monter sur le mât. La manière dont venait de rouler le bateau et les invectivations autour d'elle l'informèrent que le bateau avait levé l'ancre, et elle sentait l'attraction du vent, tout là-haut. Il l'attendait. Peut-être que Gil aussi l'attendait ?
Là, immédiatement, elle était réceptive à l'invitation du vent sur sa joue.

Sous quelques regards surpris - quoi, ils n'avaient jamais vu une femme débrouillarde ? - Libertée se hissa le long des cordages qui grimpaient sur le mât principal en haut duquel Gil se tenait.
Elle accorda un sourire amusé au matelot qui la regarda passer et le doubler, grimpa encore plus haut, croisa Gil en lui lançant un regard de défi, et continua sa montée jusqu'en haut du mât.
S'avançant sur la vergue la plus haute en sautillant, elle se redressa doucement alors que le vent venait se perdre en bourrasques brutales dans ses cheveux courts.

Redressant le menton, comme dans un défi silencieux, elle ferma les yeux et laissa l'air froid se glisser le long de son corps encore endoloris des courbatures de leurs joutes de la veille. Laissant ses doigts capter les ondulations du vent, mains ouvertes, elle inspira une grande goulée d'air, avant d'ouvrir les yeux.
La présence de Gil s'était dessinée dans son dos, et elle tourna la tête un instant, captant son regard.
Joueuse, elle inclina le visage un instant, bondit pour faire volte-face et effleurer le haut de son torse du bout des doigts. Une étincelle amusée passa dans son regard, et elle se tourna gracieusement pour faire à nouveau face au vent.

Laissant sa main droite et son bras droit monter au niveau de son visage, elle se pencha en avant alors que le vent forcissait.
Puis, plongeant dans le vide, elle provoqua elle-même les bourrasques. L'air caressait sa peau, il claquait sur elle, la faisait rosir un peu aussi parce qu'il était froid. Mais la sensation là, au fond de son coeur, au fond de son ventre, grandissait.
Elle roula sur elle-même, laissant son pied gauche quitter le bois pour vriller vivement. Provoquant les forces de la nature, elle se laissait aller dans le vent ; plus qu'un jeu, c'était une danse,  un ballet, un échange.


♥ ♥ ♥
Throw your sticks and your stones, throw your bombs and your blows
But you’re not gonna break my soul
This is the part of me
That you’re never gonna ever take away from me, no!

Now look at me I’m sparkling
A firework, a dancing flame
You won't ever put me out again I’m glowin’
♥ ♥ ♥

Dans un tour enveloppé, les pointes de pieds et les doigts gracieusement tendus, elle fit face à Gil. Lui tendant les bras, elle l'invita dans une danse à trois.
Des étoiles brillaient dans ses yeux.

__________________________________________




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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Lun 10 Avr 2017, 23:11

[Hmmrrrbon. Tu me dis si quelque chose te gêne. Ok ? ]


Avec Libertée qui s’amusait dans les haubans, forcément, Gil fut beaucoup moins concentré sur ce qu’il faisait. Distrait, il faillit tomber deux fois, emmêla des cordes et obligea ses nouveaux compagnons à répéter plusieurs fois. Mais c’était plus fort que lui, il fallait toujours que son regard se pose là où elle se trouvait. Non pas par inquiétude – elle s’en sortait encore mieux que lui – mais parce que là-haut, dans le vent, les voiles, le soleil, enfer, qu'est-ce qu'elle est belle ! Il en avait le souffle coupé. Ce genre de phénomène lui arrivait souvent quand il l’observait ; il fallait qu’il se souvienne comment respirer normalement… N’y tenant plus, il se hissa à sa hauteur et se glissa derrière elle. Il lui envoya un sourire lumineux quand elle lui décocha un regard malicieux, et s’installa contre le mât pour la regarder danser avec le vent. C’était absolument fascinant. En équilibre sur le bois maintenu par de solides roustures, elle sautillait, se retournait et se penchait comme si de rien n’était. Comme si le vide ne s’étendait pas à ses pieds, comme si une bourrasque un peu plus vive ne pouvait pas la jeter à bas du gréement, comme si elle ne pouvait pas tomber dans l’eau, comme si elle ne pouvait pas… tomber. Gil ne frémit même pas en la voyant vaciller puis se rétablir. Il était certain, lui, qu’elle ne basculerait pas, pour deux raisons : la première, c’est que Lib était une marchombre. Son rapport au vent était forcément unique. Même lui n’était pas capable de déterminer la nature de cette relation si improbable. La seconde, c’est qu’il sauterait sans hésiter pour la récupérer si jamais elle plongeait.

Lib avait autre chose en tête, toutefois : elle se retourna soudain et, sans se départir de son sourire mutin, l’entraîna dans son ballet aérien. Si Gil se laissa faire, c’était seulement parce qu’il pouvait se rapprocher d’elle. Danser ? Pas son truc. Il n’aurait jamais sa grâce et encore moins sa délicatesse, même si son agilité, à une telle hauteur et par une telle houle, était spectaculaire ; sans être gauche, il était un peu raide et il vit tout de suite que cela l’amusait beaucoup. Alors, il attrapa ses doigts et la fit tourbillonner dans un souffle de vent. Libertée s’amusait, rien n’était plus important à ses yeux. Il savait bien qu’il ne pouvait pas chasser cette tristesse de ses yeux, ni effacer de sa mémoire le souvenir de l’assassinat de Suviyo, mais redessiner un sourire sur ses lèvres, et redonner naissance à cette envie de vivre avait été sa priorité au cours de ces derniers jours. La danse de Libertée était un véritable cadeau. Il ne savait pas si elle s’en rendait compte, ni même si elle réalisait qu’il parvenait à refouler sa souffrance parce qu’il se souciait de la sienne, mais il n’osa pas poser la moindre question de peur de troubler la beauté de ce moment. Il fallait vivre chaque instant comme s’il s’agissait du dernier, savourer le présent dans sa totalité, apprécier chaque minute, chaque seconde qui ne reviendraient plus jamais. C’était ce qu’il apprenait de toute cette série de drames auxquels il avait été confronté dans sa vie. Il lui en avait fallu, du temps, mais là, en regardant Libertée apprivoiser la brise et partager avec lui cette danse complètement folle, il songeait que tout était possible. Que si la mort se désintéressait de lui, eh bien, ce n’était pas si mal, au fond ; qu’il restait deux ou trois choses inestimables en ce monde, et qu’il avait la chance de pouvoir les protéger.

- Enfer, arrête un peu, marmonna-t-il pour donner le change, si je continue comme ça je vais devenir pire qu’un marchombre…

Ses yeux brillaient trop pour qu’on songe à le prendre au mot. Mais il interrompit leur manège, parce qu’il fallait bien qu’il retourne aider les marins, en bas. Avant de descendre, il déposa ses lèvres sur la nuque de Libertée, en un baiser si léger que lui-même fut troublé. Il fila avant d’avoir envie de l’embrasser davantage.


*


Gil rencontra Zoran environ deux heures après leur départ. Il était en train de s’agacer avec un paquet de cordages complètement emmêlés quand les liens s’agitèrent sous ses doigts, prenant vie à la manière de serpents ; effrayé, il sursauta et lâcha le tout. Il se penchait avec perplexité sur l’étrange phénomène quand il perçut un rire dans son dos. L’homme qui s’esclaffait était rond comme un ballon. Son ventre proéminent tendait sa tunique teintée de vert, son visage était tout en rondeur et son crâne aussi glabre que celui d’un Rêveur. Sa bonhomie sautait aux yeux, mais Gil, vexé, enfonça ses pouces dans ses poches et plissa les yeux.

- Qu’est-ce qui te fait rire ?
- Ta surprise, camarade ! Regarde…


Il tendait le doigt vers les cordages et Gil se retourna pour s’apercevoir, sidéré, qu’il n’y avait plus aucun nœud. Il s’accroupit pour attraper prudemment une corde entre deux doigt, au cas où elle se remettrait à gigoter, mais celle-ci était totalement inerte.

- Excuse-moi, je n’ai pas pu résister à l’envie de te donner un petit coup de main.
- A me jouer un tour, tu veux dire…
- C’est ça !


L’homme tendit une main que Gil serra dans la sienne. Il fut surpris de sentir autant de force dans cette poigne amicale.

- Je suis Zoran Lavaran, Dessinateur aux ordres du capitaine Rant.
- Giliwyn SangreLune.


Zoran hocha la tête. Il souriait toujours.

- Je ne crois pas me tromper en affirmant que ce n’est pas ta première traversée ?
- Non.
- Tu te déplaces comme un singe là-haut, c’est impressionnant.
- Merci.
- Et cette jeune femme qui t’accompagne… on aurait dit qu’elle allait s’envoler tout à l’heure.


Gil sourit à son tour.

- Notre ami comptable, en revanche, ne passe pas un très bon moment…

Ils se tournèrent vers le pauvre Vanek, en train de rendre le contenu de son estomac par-dessus bord. Il était aussi vert que la tunique de Zoran.

- Je vais aller voir si je peux lui être utile… Je te laisse avec tes cordages. Maintenant qu’il n’y a plus de nœuds, ça devrait aller mieux.

Gil resta silencieux. Il ne pouvait pas s’empêcher de lire entre les lignes de cette dernière phrase, et il se demanda quel genre d’homme était ce Zoran, au fond. Il se rappelait les paroles du marin qui les avait conduits à l’Incessant, et il se prit à espérer qu’il verrait bientôt le Dessinateur à l’œuvre…

La journée se déroula toutefois sans encombre. L’Incessant fendait les flots avec assurance, poussé par un vent puissant ; Gil travailla avec acharnement jusqu’à ce que Rant en personne lui ordonne d’aller se reposer. Ce n’est qu’une fois rafraîchi et assis contre des sacs de sable, servant de lests, que l’Envoleur réalisa à quel point il était épuisé. Son rythme avait changé ces derniers temps, puisqu’il passait le plus clair de ses nuits à veiller sur le sommeil de Libertée. Il piqua du nez sans même s’en rendre compte, le menton sur la poitrine, bercé par le roulis du navire et la caresse du vent sur son visage. Ce fut Dame Barbue, la biquette en chef de l’équipage, qui vint le réveiller en mordillant son tabard de cuir, sous les rires amusés des marins. Gil repoussa l’animal, en vain : il semblait que la chèvre s’était prise d’affection pour lui, et elle se mit à le suivre partout. Il finit par se jucher sur un tonneau. Sale bête. Pendant sa sieste, le soleil avait entamé sa descente. Il frôlait désormais l’horizon tandis que les bourrasques qui les avaient propulsés toute la journée s’étaient changées en brise nocturne. Les voiles étaient pliées, quelqu’un avait allumé des lanternes, on ouvrit un tonneau pour célébrer ce nouveau départ… Toujours assis sur le sien, Gil s’imprégna de cette atmosphère festive et détendue, loin de la terre et de ce qu’y s’y rapportait. Libertée n’était pas loin. Il suffisait qu’elle soit dans son champ de vision pour qu’il se sente bien. Luk Rant était un peu à l’écart, assis sur les marches qui menaient vers le gaillard d’arrière ; il sirotait un verre de vin sans perdre une miette de ce qui se passait sur le pont, accessible à qui venait discuter avec lui – Zoran était de ceux-là – mais indiscutablement solide dans sa posture de supérieur hiérarchique. Du côté de l’équipage, l’entente était simple et joviale : Keni, le mousse, avait tout juste dix-sept ans, et la plupart des matelots avaient entre vingt et trente-cinq ans. Zoran devait avoir une quarantaine d’années, tout comme Rant. L’âge le plus avancé à bord de L’Incessant revenait non pas à un homme mais à une femme : de son vrai nom Mayrie, elle se faisait appeler La Féline, et c’est vrai que, lorsqu’elle se mettait en colère, on avait l’impression qu’elle feulait comme un chat sauvage.

Presque tout le monde se connaissait, et il était facile, ainsi, de se sentir accepté et à l’aise ; Vanek lui-même semblait trouver quelques repères, déjà parce qu’il avait cessé de vomir à tout bout de champ et ensuite, parce que Zoran avait gagné la confiance de cet homme naturellement inquiet. En le voyant une pinte à la main, Gil se dit que s’il devait être malade cette nuit, ce ne serait pas à cause du mal de mer… Lui-même sentait l’alcool un peu fort enivrer doucement ses sens. Cette sensation familière d’engourdissement n’était pas désagréable, d’ailleurs il était facile de se laisser emporter par l’euphorie générale. Un homme se mit à chanter d’une voix juste et grave, très vite rejoint par le jeune Keni dont le timbre ressemblait davantage à celui d’une fille. Gil les écouta un moment, puis, mû par une inspiration soudaine, glissa la main à sa ceinture et tira la flûte qui y était rangée. Il l’observa un instant, troublé – c’était celle qu’Ezrine avait dénichée dans la maison de ses parents, sa vieille flûte d’enfant. Elle était un peu petite mais toujours en bon état, et c’était la seule chose qu’il avait emportée, avec le bracelet de cuir de Giliwyn qui cerclait son poignet gauche. Il la porta à ses lèvres, se figea un instant, comme pour se souvenir d’un lointain écho du passé, et puis, tout doucement, il souffla. Un son léger, aérien, s’échappa de l’instrument et fit taire très brièvement les voix des marins. Il fallut plus d’une minute à Gil pour réaliser que tous les regards s’étaient posés sur lui, et quelques secondes supplémentaires pour se rendre compte qu’il était en train de jouer un morceau vibrant de nostalgie. Pas vraiment accordé à l’ambiance de la soirée ! Mais il n’avait pas encore livré tout son talent…

- Danse, chuchota-t-il à l’attention de Libertée. Danse pour moi…

Et, sans la quitter des yeux, il porta à nouveau la flûte à ses lèvres. La mélodie qui s’éleva n’avait rien à voir avec la première. C’était un air enjoué qui redessina les sourires et raviva les chants, une balade endiablée dans laquelle il entraîna chaque membre de L’Incessant ; Luk Rant, assis sur ses marches, battit la mesure en tapotant son genou de ses doigts. Les notes résonnaient dans la nuit, entremêlées de rires et de cris joyeux. Poussé par tant d’ardeur, Zoran fit un petit saut dans les Spires et accompagna Gil avec un tambourin né tout droit de l’Imagination. Instant magique, vibrant de chaleur, d’unité et d’abandon auquel l’Envoleur goûta à peine : il n’avait d’yeux que pour Libertée. Il ne jouait que pour elle, perché sur son tonneau, le visage à demi éclairé par une lampe qui oscillait doucement au gré du navire. Il ne pouvait pas détacher son regard d’elle, hypnotisé par ses gestes, fasciné par son déhanchement, captivé par le mouvement de ses cheveux. Il savait que cette image resterait gravée dans sa mémoire à tout jamais. Elle brûlait déjà son esprit et consumait son âme alors que son cœur tambourinait dans sa poitrine, en rythme avec la musique.

Complètement fichu, mon pauvre vieux.


*


- Ah.

Gil s’arrêta sur le seuil de la cabine et contempla le lit. Tout petit lit. Il fronça les sourcils et jeta un coup d’œil à Libertée, sans parvenir à déchiffrer son expression… Dernièrement, il dormait près d’elle sans vraiment être près d’elle. C’est-à-dire qu’il était généralement assis et qu’il pouvait la toucher s’il tendait la main – ce qu’il faisait quand il la sentait trembler dans son sommeil ou en proie à une crise d’angoisse. Là, c’était clair qu’ils ne tiendraient dans ce lit que s’ils se collaient l’un à l’autre, ce qui était… Hum. Il ne savait pas trop si c’était une bonne chose. D’abord parce que Libertée était encore traumatisée par ce qu’elle avait subi dans l’antre de Tornak et ensuite parce qu’il avait peur de ce qui pouvait se produire si jamais il se retrouvait si près d’elle. C’était déjà bien assez compliqué de réprimer son désir chaque fois qu’il la regardait… Il passa la main sur ses cheveux courts, puis sur sa nuque, tandis qu’un drôle de silence se prolongeait, puis il jura mentalement. Enfer. Prenant son courage à deux mains, il ôta son tabard, puis ses bottes, marmonna dans sa barbe quand L’Incessant eut la bonne idée de tanguer au moment où il était en équilibre sur une seule jambe, choisit stratégiquement de conserver son pantalon et s’allongea, directement sur le drap du lit, contre le mur. Il la regarda un instant, essaya de ne plus penser à sa silhouette qui dansait dans la lumière des lanternes, et ouvrit les bras.

- L’oreiller de la demoiselle est prêt, dit-il en laissant un sourire glisser sur ses lèvres.

Il referma alors les bras sur Libertée et, lorsque son parfum lui chatouilla les narines, ferma les yeux. Très fort. Mais il ne dormit pas. Oooh non. Impossible, étant donné qu’il avait fait une bonne sieste quelques heures plus tôt, et qu’une certaine dose d’alcool s’ébattait joyeusement dans son organisme ; il se sentait en pleine forme, au contraire, et il devinait déjà que la nuit allait être longue. Il était coincé contre le mur, le dos de Lib était plaqué contre sa poitrine, et il… Bordel. Il se tortilla le plus discrètement possible, essayant de reculer au maximum sans y parvenir. Puis il s’immobilisa complètement et retint son souffle. Enfer. De. Bordel.

Je fais quoi, maintenant ?

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Mar 11 Avr 2017, 05:47

[ Non, c'est parfait ! siffle Et idem pour toi Wink ]


La musique et la danse l'avaient grisée. Même si elle avait été mal à l'aise quand Gil lui avait demandé explicitement de danser, spécifiquement pour lui… Mais finalement, elle ne l'avait pas tant pris personnellement que ça. Parce qu'elle avait commencé pour lui, puis elle avait continué pour elle. Elle-même.
Pour Suviyo qui peut-être les regardait d'un quelconque endroit. Elle ne devait pas s'arrêter de vivre, simplement la transporter avec elle, dans ses souvenirs, dans son coeur, où qu'elle aille, quoi qu'elle fasse, elle serait toujours là. Ça faisait mal, elle était triste, mais pourtant l'acceptation commençait déjà à poindre le bout de son nez, après la détresse. Parce qu'avec Gil, ils s'évertuaient à avancer. Et sans lui, elle ne savait pas où elle en serait actuellement. Sans doute au trente-sixième sous-sol.

Secouant brièvement la tête, Libertée finit par emboiter le pas de l'envoleur. Juste avant de rejoindre la chambre, où il s'était immobilisé un peu brutalement… Ce qui lui rappela à quel point c'était petit. Non pas une chambre mais un simple placard aménagé.
Se mordant l'intérieur de la joue, la marchombre prit une courte inspiration. Son cerveau était en train de tourner à toute allure alors qu'elle sentait un vent de panique bondir sur elle. Elle ferma vivement les yeux, se concentrant sur son ressenti physique : elle avait les muscles chauds, qui avaient travaillé. C'était quelque chose de calme et serein, de fatigué, d'apaisé. Elle ne bougea pas, pendant sans doute plusieurs minutes, les paupières toujours closes, alors que Gil s'agitait dans la petite pièce.

Se passant la langue sur les lèvres alors qu'elle ouvrait les yeux, la marchombre fixa un instant Gil.

- L’oreiller de la demoiselle est prêt.
Allongé avec une fausse nonchalance contre le mur, il avait gardé son pantalon et cela tira un petit sourire de gratitude à Libertée… Qui se passa les mains sur le visage, essayant tant bien que mal de s'éclaircir les idées.

Elle n'était pas dupe, et connaissait suffisamment Gil pour savoir que si elle s'allongeait là, il finirait par se passer quelque chose. A cet instant, elle pouvait l'envisager sans que la panique ne s'empare d'elle, juste en considérant l'idée de cette potentialité.
Si elle s'allongeait là, elle serait suffisamment proche de lui pour sentir toute réaction, même incontrôlée. Elle avait une peur bleue qu'il perde le contrôle, qu'elle se retrouve prisonnière sous lui, que… Elle frissonna et secoua vivement la tête pour se débarrasser de cette vision alors que les sensations parcouraient déjà son corps.
Levant les yeux, elle croisa le regard de Gil, qui attendait toujours. Il ne bougeait pas, et elle ne savait pas à quoi il pouvait bien penser.

La langue entre les dents, elle leva les yeux vers lui timidement, avant de se tourner pour enlever ses vêtements… Et passer la pseudo-robe de nuit qu'elle avait dans son sac et qui lui tombait juste sous les genoux. L'enfilant rapidement, elle alla s'asseoir sur le rebord du lit… Et s'allongea, hésitante, dos à Gil.
Il ne lui fallut que quelques secondes pour sentir que l'envoleur n'était largement pas insensible à sa présence proche, et elle jugula une poussée de panique alors qu'il se tortillait pour tenter de s'éloigner. Le corps de Libertée avait tellement de réactions différentes en même temps qu'elle s'y sentait complètement perdue, et elle ferma les yeux pour tenter de discerner chacune d'entre elles.

Gil sentait bon, il était brûlant derrière elle, et son ventre s'enflammait à l'idée… Oui, elle avait envie de lui. Mais en même temps, sa gorge était si serrée, elle avait du mal à respirer, tout son corps était tendu, apeuré, prêt à encaisser mais noué.
Elle s’efforça au calme alors que la chaleur dans son ventre prenait un peu plus d’ampleur. Après tout, que risquait-elle ? Pas grand chose, objectivement. Juste, sans doute, d’avoir un peu mal. Mais c’était Gil bon sang ! Pouvait-il faire plus doucement ? Pouvait-il se perdre en tendresse ?

Non, lui hurlaient ses souvenirs.
Oui, lui criaient ces dernières semaines.

Elle prit une inspiration et finit par se tourner pour faire face à l’envoleur. Il faisait noir, et si son coeur cognait fort dans sa poitrine, si elle sentait la sueur froide dans son dos, la chaleur de son ventre lui donna un peu de courage.

- Tu te sens capable d’y aller étape par étape ?
La question avait été demandée du bout des lèvres, et elle prit une petite inspiration en posant une main sur le pectoral gauche de Gil - sur son coeur.

- Il fait très noir. J’ai envie de toi. J’ai affreusement peur. J’ai besoin de toi… de ta tendresse. Je… sais que ça n’est sans doute pas facile du tout pour toi mais… J’ai peur. Et…
Elle se blottit contre son torse un instant, inspirant son odeur. Cette odeur, elle était rassurante.
- J’ai envie de toi… tendrement.
Elle était tendue, n’osait plus le regarder vraiment, le menton baissé, les mains serrées en deux poings fermés. Elle attendait…

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Jeu 13 Avr 2017, 12:16

[Bon. Si quelque chose ne te vas pas, tu me sonnes, d'accord ? Moi... ça va siffle]




Je fais quoi, maintenant ? – Tu arrêtes de penser avec ta queue, nom d’un chien, et tu dors. C’est pas compliqué quand même ! Si ? Si. C’était extraordinairement compliqué à appliquer. Il n’était pas seulement question de volonté, parce que là, on pouvait vraiment dire que Gil luttait tout ce qu’il pouvait. Non, c’était quelque chose de physique. D’alchimique. Même s’il s’aplatissait contre le mur, même s’il ne la touchait pas, il la sentait. Libertée était une boule de chaleur près de lui, son parfum de pêche, de femme et de sel marin envahissait ses poumons et enivrait ses sens. C’était comme une drogue. Et lui, il était comme en manque. Tout juste si ses muscles n’étaient pas agités de spasmes douloureux. Il tentait de faire le vide dans son esprit – vaste programme – quand la marchombre remua dans la ridicule petit lit. Voilà, c’était la faute du lit. La sienne, aussi ; parce qu’il aurait simplement dû dormir dans le couloir, à même le sol. Ça aurait été tellement plus sage. Mais plus simple ? Une porte de bois aurait-elle suffi à le séparer de Lib ? Ferme-la, abruti !! Garder ses mains pour soi. Fermer les yeux. Oublier la pêche et la chaleur. Broyer du noir, à la rigueur. Tout. Tout mais pas ça. S’il cédait, il n’était pas certain de pouvoir faire marche arrière… Ils ne feraient plus marche arrière. L’idée c’était d’avancer, toujours. De bouger. Bouger avec elle, contre elle, en elle…

Oh, bordel.

Ce silence qui n’en finissait pas de s’épaissir. Ça lui tapait sur le système. Ça et la crampe qui s’installait dans son bras plié bizarrement. La nuit allait être longue, voire même infernale. Il regrettait les veillées sur la plage, quand il regardait les étoiles et les vagues qui s’écrasaient sur le sable ; réfréner son désir était alors plus simple, parce que Libertée dormait enroulée dans sa couverture et il arrivait à maîtriser ses pensées… Comment réaliser un tel exploit alors qu’elle était si proche de lui ? Si belle, si chaude, si… désirable ? Il recula pour se fondre dans le mur, se cogna contre le bois dur, grogna. Arrêta de respirer quand elle se retourna pour lui faire face. Il ne fut pas assez prompt et commit l’erreur de garder les yeux ouverts, croisant ainsi son regard dans la pénombre – un regard trop brillant, trop profond.

- Tu te sens capable d’y aller étape par étape ?

Murmure. Qui glissa sur sa peau et l’électrisa entièrement. D’instinct, il regarda ses lèvres, s’imagina en train de les lécher, puis il se souvint qu’elle lui avait posé une question. La question. Sans être un oui, ce n’était pas un non. Juste une interrogation et, par les couilles du Dragon, il fallait que ce soit exactement celle qu’il se posait aussi. Y aller étape par étape ? C’est-à-dire, doucement ? Gentiment ? Tendrement ? Est-ce qu’il était seulement capable d’une telle prouesse, lui, le Cabochard, l’Envoleur solitaire, parfois barbare, souvent animé par une violence rare qui le dévorait de l’intérieur et lui faisait commettre des choses irréparables ? Ignorant probablement que c’était la seule chose à ne pas faire, Lib posa la main sur son torse. Sous ses doigts légers, les abdos de Gil se contractèrent. Du calme. Duuuuu calme.

- Il fait très noir. J’ai envie de toi.

Merde.

- J’ai affreusement peur.

Merde, merde, merde. Si Lib essayait de l’aider c’était raté ! Plus elle chuchotait des paroles qu’il avait rêvées, moins il se sentait la force de résister. Et puis elle se rapprochait. Elle finit par se coller à lui. Il ferma les yeux, résigné. Elle ne pouvait pas ignorer à quel point il avait envie d’elle, à présent. Elle devait forcément sentir son érection, ses muscles raides, son souffle irrégulier et, sous ses doigts, les battements désespérés de son petit cœur affolé. Les yeux toujours clos, il déglutit péniblement. Sa gorge était sèche. Il avait soif d’elle, bon sang ! Terriblement soif de cette femme qui jouait avec le feu et qui, pourtant, n’en menait pas large… Il percevait sa peur à sa manière de chercher sa chaleur, et il percevait aussi… son envie. Oui. Elle disait vrai. Elle avait envie de lui. C’était plus évident qu’au cours des derniers jours et ça lui crama littéralement une partie du cerveau.
Elle.
A.
Envie.
De.
Moi.
Tendrement,
ajouta la partie encore viable de sa raison tandis qu’elle prononçait ce mot dans un souffle incertain. C’était le mot-clé, celui qu’il ne fallait pas rater. Gil l’attrapa dans son esprit tourmenté, le tourna et le retourna comme s’il le découvrait pour la première fois. Tendresse. Ce terme, il l’associait à des sensations : la douceur de la peau de Libertée contre la sienne, la caresse de son souffle dans son cou, le frôlement de ses cheveux sur sa joue… Des sensations tactiles. C’était par le toucher qu’il fallait être tendre. Une lueur s’alluma dans son regard lorsqu’il rouvrit les yeux : il tenait quelque chose ! Un espoir – non, une certitude absolue : il en était capable. C’était un défi à sa mesure et, enfer, cette femme lui donnait l’envie de déplacer des montagnes pour elle.

Des montagnes de tendresse.

- Lib, je vais te demander de me faire confiance, dit-il en se redressant sur le coude pour se pencher vers elle. Ferme les yeux.

C’était beaucoup demander, il le savait.
Mais il était sûr de lui.

- N’écoute que le son de ma voix, murmura-t-il en l’embrassant sur les paupières, puis sur le bout du nez. D’accord ?

Le son de sa voix. C’était étrange, parce qu’il n’avait encore jamais fait cela auparavant. Il ne savait même pas d’où lui venait cette idée, cette démarche, c’était… naturel. Ça venait de lui.
Et c’était pour elle.

- Je t’aime. J’aime quand tu te blottis dans mes bras, comme ça. Cette façon que tu as de chercher ma chaleur. J’aime te réchauffer en t’enveloppant comme d’une couverture. Chaque fois c’est un supplice pour moi parce que je… j’ai envie de t’attraper, de te serrer contre moi et de ne plus jamais te lâcher.

Il parlait lentement, d’une voix basse et grave. Et, tout en parlant, il faisait courir ses lèvres sur son visage. Il suivit la ligne de sa mâchoire, y déposa une série de petits baisers très légers, frôla ses lèvres et parvint à résister à l’envie de l’embrasser sauvagement. Son cœur cognait contre sa poitrine mais, curieusement, cette façon de procéder ne lui était pas désagréable ; c’était même follement excitant. Il se redressa pour pouvoir continuer son exploration délicate – sans commettre l’erreur de peser sur elle. Il ne fallait pas l’étouffer. Il ne fallait pas l’effrayer. Il fallait juste l’attendrir… Gil sourit. Du bout de sa langue, il goûta le sucre de sa peau, au niveau de son cou. Il pouvait sentir son pouls battre frénétiquement et il s’en servit d’indicateur, de guide dans la suite de sa mission : lorsque les battements de cœur de Lib s’emballaient, il ralentissait, s’immobilisant pratiquement pour souffler doucement sur la soie de sa peau, puis il reprenait sa route, léger, patient.
Incroyablement tendre.

Il découvrit que ça lui plaisait. Contrôler son désir tandis qu’il effleurait à peine le corps de Libertée, c’était une sensation extraordinaire : c’était aussi très rassurant. Il savait qu’un seul pas le séparait de sa barbarie habituelle, que, si elle le lui demandait, il la plaquerait contre le mur et la prendrait sauvagement. Il savait aussi qu’il était sur la bonne voie. Lib se détendait sous ses caresses. Il prit le temps de masser ses muscles raides, alternant massages et caresses sans jamais verser dans l’impatience et l’indélicatesse. Il était toujours allongé sur le côté, le dos contre le mur, et c’était très bien ainsi. Pas de précipitation. Pas de mouvements brusques. Il descendait si lentement qu’il perdit toute notion du temps au moment d’arriver sur son ventre ; il souffla sur son nombril, fit glisser ses lèvres sur les muscles de ses abdominaux, frôla ses hanches. Elle avait maigri. Elle était toujours follement appétissante. Sa main se posa sur son abdomen. Il se rappelait la sensation de son ventre gonflé, tendu par la présence d’un petit haricot d’amour à l’intérieur. Suviyo… Il leva la tête. Lib gardait les yeux fermés, il le lui avait demandé, mais il vit son menton trembler imperceptiblement. Non, s’il te plaît… Ne sois pas triste. Pas maintenant. Il remonta pour attraper son menton entre ses doigts, délicatement, et l’embrasser dans une infinie douceur.

- Reste avec moi, souffla-t-il, sa bouche contre la sienne.

Qu’est-ce que ça voulait dire exactement ? Lui demandait-il de rester concentrée sur l’instant présent ? De rester avec lui pour toujours ? Chut, cerveau. Mets-toi en veille et laisse-moi faire, tu veux ? Gil écarta une mèche de cheveux qui barrait le front de la marchombre. Il tremblait de désir et d’amour, mais il prit le temps – et le risque – de lui demander si ça allait. C’était sa priorité : qu’elle se sente bien. Qu’elle aime ce qu’il lui faisait. Qu’elle n’ait plus peur. Qu’elle se consume de désir. Il se remit à lui parler. Ce n’étaient pas des paroles sans queue ni tête, c’était ce qu’il avait sur le cœur. C’était joli. Il rougit légèrement à cette idée : voilà qu’il se mettait à déclamer de la poésie ! Enfin non, ce n’était pas vraiment très poétique… c’était même follement érotique. Mais les mots roulaient sur sa langue pour venir caresser la peau et les sens de Libertée. Des flèches d’amour décochées avec la volonté de toucher son cœur. Gil était très bon archer. Il descendit encore, toujours aussi lentement, laissant la frustration de ce rythme augmenter son désir – et celui de la marchombre. Il voulait qu’elle s’impatiente. Il voulait qu’elle le supplie. Ça aussi, c’était un sacré défi ! Ses doigts descendirent de son ventre à son pubis, passèrent sur sa culotte. L’un d’eux s’aventura timidement sous la dentelle, dans sa chaleur. Elle pouvait le repousser. Lui balancer un coup de poing dans la figure comme lui demander de s’arrêter. Il le ferait. Il irait se jeter par-dessus bord pour calmer ses ardeurs, mais il la laisserait tranquille. Si elle ne faisait rien, si elle continuait de remuer contre lui, de se mordre les lèvres, de mouiller abondamment, il allait persévérer. Tu veux que je sois tendre ? Regarde.

Et Gil embrassa doucement la peau tendre de ses cuisses avant de laisser ses lèvres frôler le tissu de sa culotte, à l’endroit précis où elle… La sentant frémir, il tira légèrement sur la dentelle et laissa sa langue faire le reste. Il la touchait à peine. Etape par étape. Celle-ci fut extraordinaire. Il avait tellement envie d’elle qu’il avait enfoncé ses doigts dans le matelas – mais sa bouche était d’une douceur irrésistible. Démoniaque, même. Il prit son temps. Il ne la laissa pas venir tout de suite. Quand il sentait ses muscles de ses jambes se contracter, il reculait, il ralentissait, s’immobilisait quelques secondes avant de recommencer à lécher tout doucement. L’ours bourru et violent était devenu chaton tandis qu’il lapait délicatement le nectar de Libertée. Il crut devenir fou lorsqu’elle se laissa emporter par une première vague de plaisir. Il banda ses muscles pour lutter contre l’envie de la prendre comme ça, dans la fureur de son orgasme. Au lieu de ça, il se laissa tomber sur le côté. Tendit la main pour caresser sa joue. Attendit qu’elle ouvre les yeux.

- On peut s’arrêter là, dit-il, ignorant son propre désir. Je serai sage. Mais… si tu veux continuer…

Profitant de ce qu’elle était encore alanguie par la jouissance, il la fit basculer sur lui et se mordit la langue quand elle pesa légèrement sur son érection. Il l’installa de façon à ce qu’elle se retrouve à califourchon sur lui.

- … tu dois avoir le contrôle absolu de la situation.

Elle lui avait fait confiance jusqu’ici, c’était à lui, désormais, de se livrer à elle. Il n’avait pas l’habitude. C’était nouveau, mais c’était aussi la tonalité de ce voyage, non ? Et puis, dans cette position, il avait les mains libres… il les fit doucement remonter sur les côtes de Libertée.

Alors, ma belle…

… que décides-tu ?

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Ven 14 Avr 2017, 18:23

- Ferme les yeux.
Elle ne put s'empêcher d'hésiter un instant. Non pas qu'elle n'avait pas confiance en lui - ou si peut-être - mais ce qu'elle ressentait, c'était qu'elle n'avait pas confiance en elle. En ses réactions. Il faisait déjà très noir, si elle fermait les yeux, est-ce que ça ne serait pas pire ?
Elle finit par le faire, dans une petite inspiration pas rassurée.

- N'écoute que le son de ma voix. D'accord ?
Elle se contenta de se mordre la lèvre inférieure en signe d'accord, alors que son menton se pliait dans une émotion difficile à contenir.

Mais Gil restait si léger, si délicat, alors qu'elle pouvait le sentir bouillir de cette énergie brûlante, qu'elle se laissait faire. Elle le voulait, aussi ! Mais alors que son cerveau lui envoyait tout un tas de signaux désordonnés, paniqués, violents, elle s'efforçait de respirer calmement et de se concentrer sur ce contact si aérien… Tendre.

Pas une once de violence, d'impatience.
Pas une goutte de brutalité, d'empressement.

Cela n'empêchait pas son coeur de s'emballer quand il passait si près des cicatrices physiques qu'elle avait eues. Même s'il n'en restait presque plus trace, elles étaient ancrées en elle, et les adhérences étaient encore perceptibles de l'intérieur. Un frisson la parcourut, et comme à chaque fois, Gil s'éloigna un peu, attendant que son coeur se calme, que son corps se redétende un peu.
Elle se sentait horrible de lui infliger cela, mais c'est quand il reprenait qu'elle se rendait compte qu'il semblait y prendre du plaisir ; ou en tout cas cela lui plaisait.

Quand il glissa sa main sur son ventre, avec cette tendresse, la paume en coupole, un vieux souvenir remonta. Pas qu'un seul souvenir en réalité, mais une ribambelle. Quand elle avait annoncé qu'elle était enceinte, quand ils avaient passé ce temps ensemble, c'était presque la même caresse. Suviyo s'invita encore dans ses pensées, forcément. Elle dût se tendre, su que Gil l'avait senti, peut-être pensait-il à la même chose. L'émotion, la tristesse, menaça de déborder alors que son menton tremblait et qu'elle fermait plus fort les yeux.

- Reste avec moi.
Elle souffla contre sa bouche, inspira son souffle à lui. Garda les yeux résolument fermés.
Rester avec lui, elle lui devait bien ça. Se focalisant sur ses caresses alors qu'il redescendait doucement sur sa peau. Entre ses cuisses...

Les images la percutèrent, perçantes de violence. Les sensations plongèrent dans son corps, d'une brutalité inouïe. Le souvenir de la douleur, des coups, de sa chair découpée envahit ses sens si férocement qu'elle en perdit le souffle. Pendant plusieurs dizaines de secondes, les poumons bloqués, vides, elle se glaça littéralement sur place. Mais l'envoleur était à l'écoute. Il lui demanda comment ça allait, et elle ne lui répondit pas immédiatement, attendant de retrouver ses sensations avant de faire un petit signe du menton.

La sensation de sa langue chaud et humide était grisante. Et pourtant, elle sentait toute la complexité de la contradiction et de la peur que ses souvenirs instillaient en elle. Elle ne savait plus si elle en tirait quelque chose de bon ou de la peur, des décharges de plaisir ou de douleur. Elle ne pouvait distinguer si ses jambes et son ventre se contractaient de délice ou d'anticipation de blessures.
En réalité, elle ne parvenait même pas à définir si elle y prenait quelque chose de bon. Tout était tellement embrouillé dans sa tête qu'elle finit par se laisser surprendre par la sensation chaude qui bondit dans son ventre à la suite d'une contraction musculaire…. Et elle ne put s'empêcher de lâcher un gémissement de surprise. Ça ressemblait à un orgasme, et pourtant elle n'avait pas le souvenir que c'était comme ça.
Mais tout avait changé… Non ?

Se mordant la lèvre inférieure, elle ouvrit les yeux alors que Gil avait basculé sur le côté.

- On peut s'arrêter là. Je serai sage. Mais… Si tu veux continuer… Tu dois avoir le contrôle de la situation.
Le regard de Libertée flamboya un instant.
Est-ce qu'elle voulait continuer ? En réalité, elle ne savait juste pas. Elle en avait envie, oui, évidemment. Mais elle mourrait encore de trouille.

Mais quand les mains de Gil remontèrent sur ses côtes, elle sentit une poussée de courage et de désir parcourir chaque centimètre carré de son corps.
Prenant une inspiration et rassemblant son courage, elle déboutonna son pantalon doucement, déposant ses lèvres sur les poils de son ventre en même temps.  Elle joua sur sa peau la mordilla, en éprouva la texture. Ça lui avait manqué. Et alors qu'elle s'enhardissait, parce qu'elle agissait, parce qu'elle pouvait promener ses mains sur lui, parce qu'elle… pouvait contrôler ce qui arrivait.
Arrêter si elle le voulait. Continuer quand elle sentait qu'elle était prête.

Elle ne savait pas depuis combien de temps ils étaient là, à jouer, à s'apprivoiser une nouvelle fois. A se ré-apprendre. Toute notion de temps l'avait quittée, elle était dans le moment, dans la caresses, dans le donner et plus dans le subir.
Alors, elle donna. D'abord un peu, puis beaucoup. Gil se tenait suffisamment tranquille pour qu'elle se sente vraiment en sécurité, et quand elle finit par l'accueillir en elle, timidement, quand la sensation appela des échos de vieux souvenirs autant que de plus récents, elle s'arrêta.
Ça devait être un supplice pour lui, mais il lui fallut plusieurs minutes pour s'y refaire. Ne pas le sentir bouger, mais juste le sentir là. Elle glissait ses doigts sur sa peau, reprenait sa respiration, consolidait son courage. Elle voulait aller au delà de tout ça.

Alors, enfin, elle se mit à bouger.
Avec une infinie lenteur.

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Ven 14 Avr 2017, 19:53

Une tempête soufflait sous le crâne de Libertée. Hésitation tourmentée. Qu’allait-elle décider ? Vaincre ses peurs et se laisser aller ? Attendre que ses démons la rattrapent ? Gil l’observait sans bouger. Il retenait son souffle. Il attendait. Il patienterait aussi longtemps qu’il le fallait. C’était fou mais c’était vrai : il était terriblement excité par cette femme assise sur lui, presque entièrement nue, tellement belle qu’il sentait chaque cellule de son corps s’agiter en lui. Bon sang. Il la désirait tellement qu’il en avait mal. Alors, quand elle posa les doigts sur son ventre, il tressaillit comme si elle l’avait brûlée. Quand elle déboutonna lentement son pantalon, il se mordit la lèvre et trembla légèrement. Quand elle posa ses lèvres sur sa peau, il ferma les yeux et coinça résolument ses poings sous sa tête. Ne. Bouge. Pas. Il était un loup pour elle, affamé et prêt à mordre ; s’il faisait le moindre faux pas, elle reculerait. Et elle aurait raison. Il inspira vivement entre ses dents, tendu comme un arc, et parvint à rester incroyablement calme tandis qu’elle cherchait ses repères. C’était extrêmement difficile pour lui, à la fois parce que les caresses de Libertée menaçaient de le mener directement au royaume des bienheureux, et parce qu’une collection d’images, de souvenirs plutôt, défilait dans son esprit : la bouche de Lib se refermant sur son gland, ses mains dans ses cheveux, sa force tandis qu’il la faisait basculer sous lui, le mouvement vif et puissant de leurs hanches tandis qu’ils se mouvaient ensemble…

Quelqu’un laissa échapper un gémissement. Lib ou lui ? Surpris, il rouvrit les yeux – juste à temps pour la voir se redresser au-dessus de lui. Il comprit. Il remua très légèrement, modifia sa position pour la laisser venir à lui. Dans une autre vie, il aurait attrapé les hanches de la marchombre, quitte à enfoncer ses doigts dans sa peau à lui en laisser des marques quelques jours. Là, il se contenta d’attraper son regard, et de ne plus le lâcher. Lentement, très lentement, elle le fit entrer en elle, glissant si doucement sur son membre qu’il douta un bref instant de la réalité de la situation. Libertée en lui ? Un rêve ! Un merveilleux rêve qui fit battre son cœur à en exploser sa cage thoracique alors qu’il ne bougeait pas d’un poil. C’était bien la première fois de sa vie qu’il pénétrait une femme sans bouger du tout. C’était totalement inédit. C’était… bon. Si bon ! Son regard se voila, il venait d’entrer dans un monde de plaisir infini. Impossible de revenir en arrière désormais. Et à quoi bon ? Il était bien. C’était léger, c’était timide, et c’était fantastique. Mais Lib ? Savourait-elle cet instant autant que lui ? Elle venait de s’arrêter, comme si elle hésitait encore. Il la sentait trembler. Bon sang, qu’est-ce que tu lui as fait ? demanda-t-il pour la millième fois au fantôme de Tornak. Gil attrapa la main droite de Lib et la fit remonter sur sa poitrine, à l’endroit où elle pouvait percevoir sous ses doigts les battements frénétiques de son cœur. Tu sens ? Tu sens comme tu me fais de l’effet ? Il vit une nouvelle étoile s’allumer dans ses yeux roses, perçut l’ultime changement, ce bond formidable en avant qui n’était pourtant qu’un minuscule pas de fourmi, et puis…


*

Je suis là.

En toi.

Ce qui est incroyable, c’est que j’ai l’impression que c’est la toute première fois. Tu te souviens de notre première fois ? Tu t’en souviens, Lib ? Je ne peux pas dire que c’était mieux, parce que là, c’est… divin. Je n’ai encore jamais ressenti ça. La douceur, je ne connais pas. La tendresse, c’est pas mon truc, d’habitude. Je sais pas, peut-être que ça faisait partie de ma vie d’avant, et puis un jour tout a changé, c’est la violence qui a pris le dessus, comme ça…

La violence.

Elle pulse, tu sais. Tout au fond de moi. Tu la vois forcément dans mes yeux, tu la sens dans mes gestes, dans ma voix, comme une ombre qui ne s’en va jamais vraiment, qui est toujours un peu là. Cette nuit pourtant, elle se tait. J’en reviens pas. Je ne sais même pas si c’est toi ou si c’est moi qui a dompté la bête. C’est peut-être nous, en fait. Regarde. Regarde comme on va loin quand on bouge ensemble.

Tu as bougé la première. J’ai pas osé frémir à ce moment-là, mais laisse-moi te dire qu’à l’intérieur de ma pauvre carcasse, bon sang ! C’est la fin du monde. Ou le commencement d’un nouveau. Ouais. C’est puissant.

Tu as bougé la première, si doucement que j’ai cru rêver un instant. Enfer. Tu es tellement serrée. J’ai si peur que tu aies mal, tout à coup ! Est-ce que tu as peur, encore ?

Peur de moi ?

J’ai mal. Partout. Surtout là, dans l’boum-boum. Mal que tu aies mal, ma Lib. Peur que tu aies peur. Alors s’il te plaît. Envole-toi. Déploie tes ailes ! Prends ce que tu veux, prends ce que je te dois, ce que tu aimes !

Oui !

C’est ça !

Tes hanches qui ondulent – oh, si lascivement –, tes mains sur moi, ton souffle dans le noir, tes cuisses contre les miennes…

Ouvre-toi, Lib.

Bouge avec moi.

Je bouge aussi mais c’est plus fort que moi. Je vais tout doucement. Je n’en reviens pas. Si doucement… Mes doigts frôlent tes lèvres, tes seins, caressent tes hanches, moins possessives que patientes ; ma peau glisse contre la tienne. Lentement.
Terriblement lentement.

On n’a jamais fait ça, Lib ! On n’a jamais été aussi doux, aussi prudents ! Aussi fous !
Je suis fou. De toi, et puis aussi de cette nouvelle aventure que je suis en train de vivre auprès de toi. Elle se terminera un jour, sans doute – toutes les bonnes choses ont une fin – mais pour l’instant je veux la vivre intensément. Seconde après seconde. Orgasme après orgasme. Celui de tout à l’heure, ça n’en était pas un. Laisse-moi te montrer, Lib… Laisse-moi t’aimer.

Reste avec moi.

Je me cambre très légèrement, attentif à ce que je lis sur ton visage et dans tes yeux. Je veux que tu retrouves le goût du plaisir, tout comme je veux retrouver le goût de la liberté.*

Ton goût de Libertée.



*


- Dis-moi ce que tu ressens.

C’était une proposition et non un ordre – Gil ne se le serait pas permis. Il était simplement curieux. Soucieux, aussi, du bien-être de sa compagne ; il voulait savoir.

- Dis-moi, Lib…

Elle remuait sur lui, il se tendait en elle.
Avec une infinie douceur.

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Sam 15 Avr 2017, 00:14

C'était lent et contrôlé.
Terrible de douceur et affreux de prudence.
La violence des souvenirs montait quand elle le faisait entrer en elle, faisait place aux souvenirs plus anciens quand elle s'en allait. Les allers-retours étaient attrocement mesurés, et quand Gil bougea la première fois, Libertée sentit son souffle se couper.
Mais il restait là. Il l'accompagnait simplement. N'imposait aucun rythme, se contentait de la suivre, d'agir pour elle et par elle. C'était rassurant et elle gagna un peu de courage, se pencha légèrement au dessus de lui pour effleurer son menton de ses lèvres.

Elle se redressa, poussa un peu sur ses genoux quand elle le sentit s'enfoncer un peu plus, fuyant la sensation de le sentir au fond d'elle, à cet endroit particulièrement meurtri et blessé.

- Dis-moi ce que tu ressens. Dis-moi, Lib…
Elle prit une goulée d'air, avant de descendre lentement. Posant une main sous le nombril de Gil, elle expira doucement, posant ses cuisses sur celles de l'envoleur avant de relever le menton pour chercher son regard et répondre.
C'était si difficile à définir ! Si difficile à expliquer ! Elle n'était même pas certaine que des mots suffisent à exprimer cet ouragan en elle.


- Je ne sais pas... C'est bon et douloureux en même temps.
Elle prit une inspiration, se redressa, sentit son ventre se contracter alors qu'il effleurait à peine le fond. Son souffle se coupa dans sa poitrine, une sueur froide s'empara de toute sa colonne vertébrale et elle ne put retenir un hoquet de terreur de franchir ses lèvres.
Ses jambes se transformèrent en coton, et elle ne put s'empêcher de tomber - et elle se sentir s'écraser sur son membre.

La vague de plaisir fondit sur elle aussi efficacement que celle de terreur.
Les deux se mêlèrent un instant, quelques secondes à peine, avant d'exploser ensemble.

Dans un cri.


♥ ♥ ♥

Le bateau tanguait. Depuis des heures, Libertée était réveillée et ne cessait de fixer le plafond au dessus d'elle. A côté, blottit contre le mur, Gil dormait.
Elle ne pouvait s'empêcher de tourner les évènements de la veille encore et encore dans sa tête. Toutes les sensations étaient tellement différentes, maintenant. Tout semblait n'être qu'un pâle reflet de ce qui avait été sa réalité pendant des années.

Serait-elle capable, un jour, de pouvoir retrouver le plaisir qu'elle avait avant ?
Elle n'était pas en mesure de répondre à cette question. Il faudrait du temps. Sans doute beaucoup de temps. Et elle avait peur que Gil ne l'attende pas. Ou s'impatiente. Il n'était pas du genre à se retenir bien longtemps, bien que ses efforts soient plus que louables.

Un frisson la parcourut, alors que le souffle de l'homme à ses côtés se modifiait légèrement.
Il se réveillait.
Elle se pencha doucement au dessus de lui pour caresser sa joue, affleura ses lèvres des siennes avant de se redresser et s'asseoir sur le bord du lit. Le jour était en train de se lever, et elle enfila rapidement des vêtements sur elle, avant de chercher les yeux de Gil.

Son regard brilla un instant.

- Je t'aime.
Elle ne lui laissa pas le temps de répondre, disparaissant hors de la cabine pour fouler le pont de bois de ses pieds nus. Ça tanguait toujours, mais l'air frai et piquant marin, du matin, lui éclaircit les idées. Elle croisa le regard d'un matelot, haussa un sourcil devant son regard insistant, avant de s'ébrouer pour monter sur le mât à mains nues.

Elle avait besoin de retrouver le vent.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Sam 15 Avr 2017, 23:14

[Niah, je fais rien avancer du tout pour le coup - mais chui crevée alors si je m'enhardis trop ça va être nul :/ Par contre, j'avance encore dans la psychologie de Gilou ! C'est dingue ce que ce Rp peut nous faire plonger à l'intérieur de nos persos !!]




La réponse de Lib confirma ce qu’il savait déjà, mais Gil avait besoin de l’entendre. Il fallait qu’elle s’exprime, qu’elle mette en mot l’indicible ; combattre sa peur était à ce prix.

- Laisse-toi aller, murmura-t-il en caressant doucement son dos. Laisse-moi effacer ce qu’il y a de douloureux en toi.

Pari fou.

Chemin très long, aussi. Gil savait que cette nuit n’était qu’un début, qu’ils se trouvaient en bas de l’échelle, mais… est-ce que ce n’était pas un défi merveilleux ? Redonner confiance à Lib, n’était-ce pas la plus belle mission qu’il ait jamais eue ? Déterminé, Gil souleva ses hanches, tout en refermant ses mains sur le corps souple et chaud de la marchombre. Il avait l’impression de manipuler une pièce de verre extrêmement fragile et précieuse, de travailler avec la minutie et la passion de l’artisan. De créer quelque chose. Wahou. Créer quelque chose… il était doué pour bousiller ce qu’il avait sous la main, plutôt. Pourtant, dans cette cabine à pleine plus grande qu’un placard et dans ce lit exigu, il sentait qu’un lien tout neuf était en train de naître. Une promesse de vie, un gage d’amour que rien ne saurait défaire à présent, solide et invisible ; troublé, Gil repoussa les questions qui envahissaient son esprit pour se concentrer uniquement sur le plaisir de Libertée. C’était tout ce qui importait à ses yeux. Même sa propre jouissance, qui n’était pas loin, était reléguée au second plan. Il n’y avait qu’elle. Elle en train de le chevaucher, d’aller et venir lentement sur son membre, elle qui l’enveloppait de sa chaleur et de ses inquiétudes. Elle et rien d’autre. Gil savait qu’elle était proche de l’orgasme. Il savait aussi que plus c’était intense, plus elle avait peur. Alors il s’assit et la serra dans ses bras. Quand elle rejeta la tête en arrière, son cri le transperça de plein fouet. Il explosa avec elle, le visage enfoui dans son cou, avec l’impression saisissante que son corps devenait caoutchouc. Epuisé, la tête lourde, les jambes en coton, il retomba en arrière, l’entraînant avec lui. Il resta là, allongé sur le dos, le souffle court, Libertée pesant de tout son poids sur lui ; il luttait pour ne pas perdre connaissance, mais les ténèbres l’envahirent.

Il plongea.



*



Il émergea difficilement. Blotti dans un univers de coton, il était bien ; aucune envie de bouger maintenant. Mais un mouvement léger le tira de ce confort absolu, et lentement, il reprit conscience du mur contre son dos, du matelas absolument pas moelleux, de la sensation des draps froissés sur sa peau… et d’elle. Juste à côté de lui, véritable petite bulle de chaleur sucrée qui déposa un baiser léger sur ses lèvres.

- Lib… marmonna-t-il, incapable d’ouvrir les yeux encore.
- Je t’aime, répondit son murmure.

Il referma les bras sur du vide. Elle était déjà partie, laissant une odeur de pêche dans son sillage. Gil grogna, remua, s’immobilisa. Il était épuisé. Il manquait de sommeil et cette nuit n’avait pas été très reposante. Il se rendormit.



*



- Vous allez bien ? Vous avez une petite mine…

Gil grogna et Vanek, prudent, s’abstint d’insister. Il lui trouvait néanmoins un air fatigué, avec ces cernes et ces petits yeux. Pour autant, le regard vairon de ce gaillard était plus lumineux. C’était à n’y rien comprendre… De son côté l’Envoleur était amusé par l’interrogation naïve du notable, mais il était surtout de sale humeur ; dormir une heure supplémentaire n’avait pas servi à grand-chose et il bâilla à s’en décrocher la mâchoire. Quelle ironie. Il était dans un état pire que s’il avait baisé Lib comme un dément toute la nuit alors que… Alors qu’il n’en était rien. Tout n’avait été que douceur et abandon. La brièveté de l’acte était supplantée par son intensité. Gil avait l’impression qu’une étincelle brûlait dans son cœur. Son esprit était plus léger. Il mesurait seulement à quel point il allait devoir multiplier les efforts à l’égard de Libertée, pourtant, rien ne saurait l’empêcher de tout donner. Il en était capable !

Sa détermination vacilla un instant lorsqu’il leva les yeux pour apercevoir la silhouette de la marchombre, perdue dans le gréement ; serait-il possible de ne plus commettre d’impair ? Il n’avait pas réussi à tenir sa promesse et pour la peine, Lib était partie. Avec un autre homme que lui. Les poings de Gil se serrèrent. Il ne vit pas Vanek reculer d’un pas. Son regard suivait Libertée tandis qu’elle s’amusait dans les cordages, défiant le vent, comme la veille, dans un ballet improbable. Il se demanda si Erwan n’était pas plus indiqué pour aider la marchombre à s’en sortir. Claque mentale. Si tu poses encore la main sur elle, je te tue. Froide décision qui allait à l’encontre de la raison mais tant pis : il n’était pas en mesure de réfléchir correctement. Pas après une telle nuit. Il l’avait retrouvée, bon sang ! Et alors qu’il avait cru la chose impossible, il était plus proche d’elle qu’il ne l’avait peut-être jamais été. Cette complicité naissante, encore timide, le fascinait. Retomber amoureux… Qui pouvait se vanter d’avoir une telle chance ? Sans qu’il n’y prenne garde, ses poings se desserrèrent – et Vanek respira normalement. Envisager sa relation avec Lib sous un autre jour était agréable. Sans que rien ne soit gommé ni même pardonné, il y avait comme un nouvel espoir qui scintillait dans ses yeux et qui l’apaisait. Peut-être qu’il se voilait la face. Peut-être qu’il était trop confiant. Peut-être aussi qu’il en avait marre de trinquer à tout bout de champ. Cette pause, il y prenait goût. Il avait déjà envisagé de quitter le Domaine à plusieurs reprises ; étrangement, la question ne se posait plus puisqu’il avait déjà intégré l’idée de guider Khamill dans la dernière ligne droite de sa formation. Mais il savourait un changement trop longtemps repoussé.

La métamorphose avait trouvé une envolé plus franche avec la mort de Suviyo. Cette plaie supplémentaire qu’il devait porter jusqu’à la fin de sa vie s’ajoutait aux précédentes, dont celle encore très récente du sacrifice de son père, mais elle ouvrait aussi une nouvelle voie sur laquelle il s’élançait sans hésitation. La voie de la rédemption ? Il préférait penser à une voie de la Vie. Dans toute sa globalité. Oui, il savait désormais que perdre Libertée était possible. Tout comme il savait qu’une route n’était jamais définitivement tracée. Alors voilà : il allait en profiter. Tout simplement. Vivre une bonne fois pour toute. Aimer sans limites. Déconner sans se détruire. Résolutions trop faciles ? Je t’emmerde, stupide conscience. Je t’emmerde et je retourne à mes résolutions ! Gil s’élança dans les cordages avec cette volonté chevillée au corps. Il grimpait à une vitesse folle et il retrouva rapidement Libertée. Il se glissa derrière elle, comme la veille. Mais cette fois-ci, il la fit pivoter, avec douceur mais fermeté, et lui planta un baiser sur les lèvres. C’était un baiser « à la Gil », peut-être un poil plus tendre, mais obstiné et malicieux.

- J’t’aime aussi, dit-il simplement, avant de filer se mêler aux matelots pour se rendre utile.

En fait, la simplicité, c’était vraiment bien.

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Lun 17 Avr 2017, 17:30

Juchée sur le plus haut gréement, Libertée laissait son regard vaquer sur l'horizon. Ses pensées voguaient elles aussi au gré du vent qui venait en caresses tantôt légères, tantôt rudes, sur sa peau.
Elle ne pouvait s'empêcher de repasser dans sa tête ce qu'il s'était passé la veille au soir, et à vrai dire elle ne savait plus vraiment quoi en penser. Parce que cela lui semblait à la fois très loin et affreusement trop proche. Les émotions ne cessaient de se mêler et de se démêler en elle.

D'abord, il y avait la fierté.
Parce qu'elle était parvenue à contrôler sa panique, sa peur, pour aller au delà. Avec Gil, elle était parvenue, à force de tendresse et de douceur, à prendre suffisamment de courage pour surmonter cela.
Mais cette appréhension, puissante, subsistait encore profondément en elle. Et rien que le fait de se repasser la scène, ça lui tirait des frissons de peur. Et pourtant, elle pouvait facilement déterminer, quand elle parvenait à écouter son corps, réellement, derrière cette barrière d'angoisse opaque, il était clair qu'elle avait apprécié.

Détacher ce qu'elle ressentait vraiment des projections que son cerveau créait, cela demandait une sacrée volonté. Elle n'était pas certaine de l'avoir à chaque instant, et elle avait besoin de pouvoir se retrouver. Se ressourcer. Le vent, sur la peau, lui éclaircissait un peu les idées et elle sourit au ciel, doucement.
Un sourire timide, léger, mais un sourire.

Elle sentit Gil arriver plus qu'elle ne le vit ou l'entendit. Parce que les cordages ondulèrent d'une certaine façon, en ondes serrées mais irrégulières. Elle ferma les yeux une seconde, le temps qu'il la saisisse par les épaules pour la tourner un peu brusquement. Rassurée cependant par le chant du vent et la musique des vagues, tout comme par ces mains chaudes et rudes sur ses épaules, elle se laissa faire et ouvrit les yeux avec une seconde de retard.
Au moment où il plantait un baiser un peu brut sur ses lèvres.
Elle ne put s'empêcher de sourire distraitement quand il lui dit de manière un peu bourrue qu'il l'aimait. C'était bien lui, ça, et elle appréciait malgré tout cette partie de sa personnalité. Ce "brut de décoffrage". C'était sincère, authentique et tellement vrai.

Était-il possible de retomber amoureux, encore et encore ?


♥ ♥ ♥

Alors que le soleil venait de passer son apogée d'une heure, Libertée sentit un élan dans le souffle du vent sur son visage. Elle était pourtant simplement à califourchon sur le bord du bastingage à bâbord du bateau, les pieds dans le vide, pas vraiment sur le mât où l'air était plus puissant et joueur.
Fronçant imperceptiblement les sourcils pour elle-même, elle tourna son attention vers la mer, alors que son coeur accélérait brusquement dans sa poitrine. Que se passait-il ?

Elle cligna des cils une fois.
Parce que, mue soudainement par une impulsion folle, elle bondit sur ses pieds sur le bastingage. Elle ne jeta qu'un très bref coup d'oeil autour d'elle, avant de se débarasser presque avec précipitation de ses vêtements…
Et plonger directement dans l'océan de vagues.
Elle apprécia l'espace de quelques secondes les embruns marins qui se marièrent à la vitesse qu'elle atteignit dans son plongeon, fugace sensation d'être dans l'eau sans y être. Puis, l'océan se referma sur elle alors qu'elle décrivait une courbe gracieuse sous la surface, laissant un courant marin un peu plus tiède la rediriger vers la surface.

En pleine mer, les vagues étaient hautes, les courants dangereux.
Étonnamment, c'était affreusement rassurant. Côtoyer le vrai danger, s'en jouer sans que ce soit des jeux d'esprit. Elle avait besoin de côtoyer ces extrêmes pour comprendre à quel point sa panique était une illusion créée par son cerveau et son corps mutilés.

Et puis, alors qu'elle atteignait la surface sans se presser, un chant.


♥ ♥ ♥
Do you ever feel already buried deep?
Six feet under screams, but no one seems to hear a thing
Do you know that there's still a chance for you?
'Cause there's a spark in you

You just gotta ignite the light
And let it shine
Just own the night
Like the Fourth of July
♥ ♥ ♥

Perçant l'air, dans une inspiration profonde, la marchombre laissa son regard glisser sur les vagues à sa droite, du côté opposé au bateau.
Un chant.
Vibrant d'émotions.

Elle ne prit même pas la peine de jeter un coup d'oeil en arrière pour savoir où était la proue, elle plongea sous la surface, écoutant l'écho du chant dans sa poitrine. Toute sa cage thoracique vibrait, tout son corps résonnait.
Puis, sous ses doigts, l'eau se transforma en surface. A la fois rugueuse et parfaitement lisse, douce et rêche.

Le chant s'amplifia.
Ses doigts rencontrèrent le cuir épais de la Dame, qui bascula sur le côté, emportant les doigts de Libertée avec sa nageoire qui fendit le creux des vagues.
Libertée, qui bondit hors de l'eau avec le bord de l'appendice, plongea avec elle, dansa le long du flanc de l'immense créature qui tourbillonna, avant de fendre la surface du haut de son dos, emportant la marchombre à genoux sur elle.

Libertée sentait son coeur pulser si fort dans sa poitrine, qu'elle ferma les yeux.
Ouvrit les bras.

Vivait.

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Lun 17 Avr 2017, 22:43

Perché en haut d’un mât, Gil examinait une poulie qui avait un problème avec son mécanisme. Quelque chose était coincé mais ses doigts étaient trop grands pour qu’il intervienne. Il jeta un coup d’œil à droite, puis à gauche, s’assurant d’être à l’abri des regards indiscrets… et laissa une aiguille de métal jaillir de son poignet. Assis en équilibre, plusieurs mètres au-dessus du vide, insensible aux oscillations de L’Incessant, il l’attrapa entre ses dents et entreprit de venir à bout de cette tâche minutieuse. Le vent caressait la peau nue de son torse, le soleil le rendait chaque jour un peu plus brun. Il s’occupait, refusant de perdre la moindre seconde de ce voyage qui les conduisait, Lib et lui, plus loin que leur imagination ; Luk Rant n’allait pas tarder à atteindre la première île. La question était : allaient-il rester à bord, ou bien partir vers l’inconnu, quitte à se frotter à quelques pirates au passage ? Et puis nan. Y’a pas de question. On avance et c’est tout. Ils verraient bien ; pour Gil, il suffisait que Lib soit dans les parages, peu importe où ils se trouvaient. Il avait compris qu’elle était son monde. Encore une fois, Seren avait eu raison en affirmant, des années plus tôt, qu’il fallait attendre un sacré bout de temps avant que quelque chose n’entre enfin dans sa caboche pleine de vide… En l’occurrence, il s’agissait plutôt de son cœur mais c’était tout comme.

Tiens, parlant de Lib… Gil se pencha pour la chercher du regard. Un réflexe, un peu comme quand on respire sans y prendre garde. Il la trouva perchée sur le bastingage, perdue dans ses réflexions. Il donnerait cher pour savoir à quoi elle pensait parce que, si jamais c’était des images tristes, il voulait les faire partir. Et si c’était des images agréables… eh bien… il espérait en faire partie. Quoi, c’est normal, non ? Il se renfrogna en se vexant tout seul – du cent pour cent pur Gil – et faillit se transpercer la main avec son aiguille. Il la jeta rageusement dans l’océan, remua la poulie, satisfait du succès de sa mission, et la remit à sa juste place. Il se leva, se percha dans l’échelle de cordes, entama sa descente, entendit distinctement le « plouf ». Quand il baissa à nouveau les yeux, Lib n’était plus sur le bateau. Il ne restait en fait plus d’elle qu’un tas de vêtements abandonnés sur le pont. Quelques marins intrigués s’approchèrent du bord pour la chercher du regard. Vanek paniqua carrément. Il se précipita, se pencha, cria, se retourna, aperçut les vêtements, changea de couleur.

- Elle… elle… balbutia-t-il, n’osant plus regarder les vagues.

Gil se laissa souplement tomber à ses côtés.

- Elle… elle est…
- Complètement nue et totalement canon, hein ?


Vanek était rose bonbon, mais Gil paria avec lui-même qu’il était capable de le faire rougir davantage. Un sourire sardonique sur les lèvres, il déboucla sa ceinture. Cramoisi, Vanek recula, se prit les pieds dans les vêtements de Lib, et Gil ricana ; il se contenta de laisser sa ceinture et ses effets personnels avec les vêtements de sa compagne, ainsi que ses bottes, avant de se percher à son tour sur le bastingage.

- Mais vous… vous allez vraiment sauter ??

Gil regarda Vanek. Il sourit, porta deux doigts à sa tempe pour le saluer… et se laissa tomber. Il s’enfonça dans l’eau froide avec délice, laissa le remous de L’Incessant le projeter vers l’avant, puis banda ses muscles pour se propulser vers la surface. A l’air libre, il prit une profonde inspiration – et bien lui en prit car quelque chose le heurta durement, l’envoyant rouler-bouler sous l’eau. Le temps qu’il réalise, il se retrouva sous une énorme nageoire.

Une énorme nageoire.

Gil oublia carrément qu’il se trouvait sous l’eau : il ouvrit la bouche, stupéfait, fit quelques bulles, et la referma lorsque son organisme lui rappela qu’il n’était PAS amphibien et que dans l’eau il respirait très mal. Mais là, juste là, il y avait une…

Une…



*



- Enfer, est-ce que tu vas cesser de rêvasser et enfin m’attaquer ?

Gil cligna des yeux. Rêvasser ? Moi ? Il aurait pu le faire, oui… s’il ne se trouvait pas en équilibre sur une planche de bois juste assez large pour qu’il s’y tienne debout, les deux pieds joints. Au-dessus du vide, bien sûr. Pas très grand, ni très dangereux puisqu’en dessous il n’y avait que de l’eau, mais bon. C’était l’Océan. C’était froid. Et ce serait sacrément dur de remonter jusque-là. Serrant les dents, Gil redressa le menton et toisa son adversaire. Seren n’avait aucun problème d’équilibre apparemment. C’était même agaçant de le voir patienter, immobile et impassible. Même pas en garde. Le garçon leva son sabre – il n’aimait pas cette arme mais depuis deux semaines, son maître s’acharnait à la lui faire utiliser à toutes les sauces. Celle-ci avait mauvais goût. L’attaquer ? D’accord, oui mais comment ? Il déplaça sa jambe gauche pour mieux répartir son poids. Vacilla dangereusement, fixa un point devant lui – la broche de la cape de Seren.

- Je m’ennuie, stupide apprenti.
- Et moi je t’emmerde. Ça te va ?
- Bof. Si tu utilisais moins ton insolence et plus ton sabre, à la rigueur…


Gil bondit. Il bougea vite, et sa lame fouetta l’air, étincelant dans un rayon de lune, avant que Seren ne se décide lui aussi à faire un mouvement. Un tout petit mouvement, ridicule de simplicité, qui projeta Gil dans le vide. Il n’eut pas le temps de crier. L’eau le frappa de plein fouet, l’étourdit un instant, l’enveloppa dans sa froideur et sa violence salée. Quelque chose le cogna, un rocher sans doute. Il perdit connaissance et s’enfonça lentement…

... refit surface sur la plage léchée par les vagues. Allongé sur le dos, il fixa un instant les étoiles avant de se redresser en grimaçant. Seren était assis à deux pas de lui. Mouillé mais toujours impeccable. Agaçant au possible.

- Quand tu auras fini de dormir, tu me feras signe…
- C’était quoi, ça ?
- « ça » quoi ?


Gil se frotta les yeux. Il avait mal au crâne. Une jolie bosse se dessinait sous ses doigts mais il l’ignora ; il était en train d’essayer de se rappeler… Juste avant de sombrer, il avait crut entendre…

- Le chant dans l’eau.

Seren tourna la tête vers lui.

- « Le chant dans l’eau » ?
- C’est ce que j’ai entendu. Je sais pas ce que c’est.
- Mmh…


L’Envoleur resta silencieux un moment. Assez longtemps pour que Gil songe à se rendormir, puisqu’après tout, il était clair que la leçon était terminée pour cette nuit.

- La Dame a dû venir te dire bonjour. Ou bonsoir, plutôt.
- Quoi ?
- Incroyable… ça se dit futur Envoleur et ce n’est pas fichu d’avoir un peu de connaissances.
- Je n’ai jamais dit…
- Les dames vont et viennent dans les eaux de ce monde. Les marins leur prêtent des légendes vraiment très belles. Au lieu de boire et de te battre dans les ports, tu devrais prêter l’oreille à ce qui se raconte.
- Je n’ai…
- La Dame, elle, est un véritable mystère qui anime les rêves et inspire les poètes. Il y a ceux qui croient en elle et ceux qui n’y croient pas.


Gil n’avait pas l’âme d’un poète.
Il n’avait pas d’âme tout court, en fait.
Alors, il se dit qu’il n’y croyait pas. Qu’il s’était cogné la tête, tout simplement. Que la fatigue qui pesait sur lui, en raison d’une formation extraordinairement difficile et d’un maître tyrannique, le faisait délirer. Il s’en assura, s’en persuada même, et il oublia le « chant dans l’eau ».

Jusqu’à ce que…



*



Jusqu’à ce qu’il la voie. Elle était là, si près qu’il pouvait la toucher.
Il tendit la main, juste pour essayer, mais elle se retourna à ce moment-là et il se retrouva entraîné par le courant que son mouvement créa. Il tourbillonna. Jura dans un univers de bulles. S’il se noyait maintenant c’était vraiment NUL ! Et puis soudain, il sentit quelque chose sous son ventre. Et il creva la surface. Il toussa, cracha, se redressa sur les genoux, écarquilla les yeux : il était sur elle.
Il était sur la Dame.

C’est pas vrai…

Pourtant si ! Et il n’était pas seul : Libertée aussi. Nue, les bras écartés, elle chevauchait la légende avec tant d’aisance qu’il fut sincèrement impressionné. Toi, tu veux que je t’aime à en mourir, hein ! Il passa machinalement la main dans ses cheveux courts et s’installa comme elle. Ecarta les bras comme elle. Ce voyage, c’était un nouvel espoir. Il en avait douté comme il avait douté de l’existence de la Dame, mais à présent, cette certitude s’écrivait en lui à l’encre indélébile, et il poussa un cri d’extase qui fit tourner la tête à Lib. Il lui sourit. Regarde ça ! Regarde ce qui nous arrive ! La Dame plongea de nouveau et cette fois, Gil ne se laissa pas envoyer promener comme du vulgaire plancton ! Il s’accrocha à cet être de légende, glissa près d’elle, rejoignit Libertée qui nageait avec l’animal. Etait-ce vraiment un animal ? Doute au milieu d’une certitude. Question sans réponse. On y croit ou on n’y croit pas. Il attrapa Lib du bout des doigts, la fit tourner dans l’eau comme il l’avait fait tourner avec le vent. La Dame dansait avec eux. Elles étaient si belles…

Il crut l’entendre de nouveau.
Le chant dans l’eau.

Mais alors qu’il se faisait cette réflexion, la Dame se volatilisa. Comme elle était apparue, sans qu’ils n’y prennent garde… elle n’était plus là. Gil battait des jambes pour se maintenir à la surface. Libertée était juste à côté de lui. Et son visage… Il était tellement radieux qu’il oublia un instant de nager. Bloup. Il refit surface un instant après, la bouche pleine d’eau qu’il lui cracha à la figure avant de se maudire – c’est salé BORDEL, t’en as d’autres des idées comme ça, ducon ??

- Je pense que je suis en train de rêver, dit-il alors. Et toi ?

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Lun 17 Avr 2017, 23:23

Elle n'avait pas vu ni entendu Gil sauter du pont du bateau pour la suivre.
A vrai dire, juchée sur la Dame, elle était dans l'instant présent, et c'était à peu près tout. Savourant les caresses du vent et de la houle qui se mêlaient, les rouleaux de l'océan lui lui léchaient les poignets et les tibias, les pieds et le bas des fesses. La surface si particulière du dos de la Dame, sous ses doigts.

Et un chant.
Pourtant, quand Gil vint se plaquer contre elle, derrière elle, elle ne fut même pas surprise. Simplement, elle savait.

Écho au cri d'extase de l'envoleur, en canon avec la Dame…
Elle chanta aussi.

Le son les enveloppa un instant, quelques secondes hors du temps, dans un univers à part. Juste elle, et lui. Et la Dame. Juste eux, et cette promesse, sous eux, que l'avenir était encore loin devant ; qu'il leur réservait des surprises ; que l'espoir vivait partout. Ailleurs, autour, mais surtout en eux. Au fond de leur coeur.

Quand l'immense créature roula sur le côté, Libertée plongea avec elle. Jouant dans les tourbillons que l'énorme masse déplaçait, elle provoqua l'immense nageoire caudale, roula autour, ne put s'empêcher de rire quand les bulles explosèrent sur son corps en la chatouillant.
Et puis, l'instant resta suspendu encore quelques secondes, avant que le cétacé dans une dernière note, disparaisse aussi vite qu'il était apparu. Qu'elle était apparue.

Une dernière note, et Libertée atteignit la surface dans un souffle.
Elle irradiait d'une lumière éclatante, éblouissante. Cet instant magique resterait gravé à jamais dans son esprit. Tout comme le chant.
Le chant de la Dame était étonnamment proche du chant du Murmure. Est-ce qu'ils étaient liés d'une quelconque façon ?

La question éclata dans sa tête en même temps que le crachat de Gil sur son visage.
Elle s'ébroua un instant dans un rire, et laissa ses jambes prendre le relais pour se maintenir le visage immergé.

- Je pense que je suis en train de rêver. Et toi ?

Le regard de Libertée brilla un instant, avant qu'elle ne cligne des yeux. Elle ne répondit pas de suite, se contentant de nager doucement vers Gil pour déposer un baiser salé sur sa clavicule gauche… Et plonger sous son bras, passer derrière lui et tirer sur son pantalon trempé et lourd pour lui remettre la tête sous l'eau. Et lui grimper sur les épaules, plaquant sa poitrine contre le haut de son dos.

- Tu disais ? glissa-t-elle doucement à son oreille…
Avant qu'une formidable poussée en arrière ne l'entraîne loin de Gil et de ses mains baladeuses, elle plongea sous la surface de l'eau en riant à moitié, et se laissa entraîner par quelques courants marins.

Joueuse.


[center]♥ ♥ ♥[/b]

Elle était épuisée. Lessivée. Mais affreusement paisible.
L'océan l'avait lavée, et c'est avec les maigres forces qui lui restaient qu'elle se hissa sur les poutres extérieures de la cale, escaladant le bois avec facilité. Elle jeta un coup d'oeil vers le bas, ne put retenir un sourire moqueur quand elle vit la tête de Gil, et se hissa enfin sur le bastingage…

...Pour se retrouver nez-à-nez avec une cohorte de dix marins - qui étaient sans doute penchés par dessus le bord depuis un moment.

Bondissant sur ses pieds, elle ne put s'empêcher de leur adresser un clin d'oeil avant que Gil ne la rejoigne, et elle attrapa du bout des doigts ses vêtements pour les enfiler prestement alors que la panique tentait de la subjuguer une nouvelle fois alors qu'elle était rattrapée par la réalité.

Elle prit une inspiration, croisa le regard de Gil qui essayait de se rhabiller.
Tant pis.
Elle se précipita dans ses bras pour y enfouir son visage.

Boum. Boum. Boum.
Battement rassurant.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Mar 18 Avr 2017, 01:07

[Ma réponse est fort courte et probablement truffée de fautes mais c'est sous la menace de deux pandas affectueux que je nem sans doute un peu trop que j'ai écrit, alors... voilà Rolling Eyes]


Pour toute réponse, Lib s’approcha innocemment de lui et l’embrassa tout aussi innocemment. Il perdit un instant le fil de ses pensées – innocemment, donc – mais quand elle attrapa son pantalon pour l’entraîner sous l’eau, il eut la certitude qu’elle savait ce qu’elle faisait. Poussant sur ses jambes, il creva la surface, se retourna pour lui rendre la pareille, trop tard, elle était déjà perchée sur ses épaules, et il sentait la chaleur de son corps contre le sien, la pointe durcie de ses seins dans son dos, la caresse de ses cheveux sur son épaule… Alors, quand elle se pencha pour murmurer sa question dans le creux de son oreille, pas innocente pour un sou, forcément, il but la tasse. Et pas à moitié. Non, il fit ça bien et s’étrangla en beauté. Mais son rire valait toutes les noyades du monde, non ? Et puis bon, lui aussi, il s’amusait comme un feu, même si elle parvenait à lui échapper. Il se demanda si elle réalisait à quel point son côté insaisissable la rendait plus belle que jamais.

Rant étant visiblement d’humeur charitable, L’Incessant avait viré de bord pour venir les récupérer. Libertée grimpa la première, ignorant l’échelle qu’on déroula pour eux. Gil, lui, se cramponna aux cordages pour ne pas dégringoler avec une telle vue. Il s’étonna même de ne pas saigner du nez sous le choc ! Merde, c’est juste une échelle alors grimpe, mon vieux ! Tant qu’elle fut au-dessus de lui, la chose ne fut pas simple. Pas du tout. Mais dès qu’elle fut hors de sa vue, et surtout lorsqu’il perçut le sifflement unanime et fasciné de l’équipage, Gil s’envola. Littéralement. Il sauta sur le pont, prêt à en découdre, et ils eurent le bon goût de prendre leurs distances. Lib était en train de s’habiller, alors il fit de même. Enfin, il attrapa sa ceinture. Il était en train de la passer dans son pantalon trempé lorsque, tout à coup, elle fut dans ses bras. Comme ça, sans prévenir. Il referma machinalement les bras sur elle, surpris, et fronça les sourcils en la sentant trembler comme une feuille. Hé, petit poisson, qu’est-ce que… L’évidence le frappa de plein fouet. Ôtant sa ceinture d’un geste pour ne pas qu’elle le gêne, il passa un bras sous les genoux de Libertée, l’autre dans son dos et la souleva.

Il l’emmena dans la cabine, qu’il referma d’un coup de pied, et s’assit sur le lit, la marchombre blottie contre lui. Il lui frotta le dos, embrassa ses cheveux mouillés, ses joues, ses lèvres, conscient de l’émoi qu’elle provoquait en lui. Il maudissait cette peur qui l’assaillait avec cette violence incroyable. Il détestait cette lueur qu’il voyait alors briller dans ses yeux. C’était son sourire qu’il voulait à tout prix retrouver, celui qu’elle avait eue sur le dos de la Dame… Sans prévenir, il la fit s’asseoir sur ses genoux, dos à lui, et écarta ses bras pour plaquer ses paumes sous les siennes.

- Tu étais magnifique, murmura-t-il, son souffle dans ses cheveux humides. Tu avais l’air d’une créature de légende, toi aussi.

Il fallait qu’elle se raccroche à ce souvenir, aux sensations qui l’avaient grisées ; c’était la seule façon pour que ses émotions positives prennent le dessus sur celles, négatives, qui envahissaient son esprit et la paralysaient toute entière. Sans lâcher ses mains, il croisa leurs bras devant elle et la serra contre lui. Doucement. Elle était si fragile. Elle venait de nager avec la Dame, de fendre les flots sur son dos mais là, dans ses bras, elle était de nouveau celle qu’il désirait protéger de tous les dangers. Difficile d’affronter l’invisible. Compliqué de se mesurer à l’indicible. M’en fous. J’ai dansé avec la Dame, moi aussi. Je peux tenter l’impossible ! Tenter l’impossible… Il y croyait, pourtant. Elle allait bien mieux qu’au début de ce voyage. Qui était loin d’être fini. C’était un périple qui avait un commencement mais aucune fin ; un pont jeté sur le gouffre de leur drame, le seul et unique moyen de s’en sortir – à deux. Jamais il ne s’était senti aussi proche, aussi fusionnel. Il avait eu envie d’elle quand ils s’amusaient dans l’eau. Et là-haut, sur le pont, s’il s’était écouté, il l’aurait attrapée avant qu’elle se rhabille et il l’aurait emmenée ici pour lui faire l’amour. Lentement. Il avait encore envie d’elle en cet instant. Mais son désir premier, c’était qu’elle reprenne son souffle et qu’elle retrouve confiance. En lui. En elle.

En eux.

Alors, il s’allongea sur la couchette en la tenant contre lui. Et il ne bougea plus. Il se tut. Il laissait les battements de son cœur parler pour lui, désormais. A toi de jouer, mon pote. Dis-lui, toi ; un boum pour un « je t’aime », deux pour « tout va bien, je suis là », trois pour « tu as des fesses magnifiques », quatre pour un « n’aie pas peur »,…

L'avantage, avec un coeur, c'est que ça n'en finit pas de discuter.

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Mar 18 Avr 2017, 17:44

Les bras de Gil se refermèrent sur elle, et elle parvint à prendre une petite inspiration tremblante. Clignant des paupières, elle se blottit un peu plus contre l'envoleur, qui la saisit sous les genoux pour la soulever, et elle se cramponna à son cou en se mordant la lèvre inférieure.
Elle ne savait plus où elle en était. Un instant plus tôt, elle se sentait libre et vivante, et là tout n'était plus que ténèbres et violence.
Il y avait juste cette petite lumière. Juste là.
Un murmure flamboyant.

- Tu étais magnifique. Tu avais l'air d'une créature de légende, toi aussi.
Si elle se fichait bien de ce à quoi elle ressemblait, le rythme régulier du coeur de Gil la rassénéra. Et le ton de sa voix aussi. Elle n'était plus dans ces fichues caves, bon sang ! C'était derrière elle, personne n'allait revenir pour découper ses chairs et tenter de la détruire de l'intérieur. Si ? Non !

Un nouveau tremblement incoercible la secoua violemment, et elle se recroquevilla un peu plus contre la poitrine de Gil. Elle devait passer au delà de cette impression si vibrante. Ce n'était pas la réalité ! Ce n'était pas la réalité, juste quelque chose de passé.
On avait essayé de la détruire.  D'anéantir tout ce qu'elle était. De l'extérieur, de l'intérieur. On avait voulu réduire autant son corps que son esprit en miettes, en bouts sanguinolents qui ne se répareraient pas. Pourtant, elle en était sortie. Meurtrie, blessée, mais vivante ! Même si elle avait perdu des bouts d'elle-même là-bas, elle était encore là. Est-ce que cela vallait le coup de se battre ? Est-ce que ce n'était pas finalement qu'une immense perte de temps ?
Pourquoi s'en serait-elle tirée si c'était le cas ? Les dernières semaines avaient été merveilleuses et terriblement difficiles à la fois. Mais au fond, c'était la vie, non ? Fallait-il nécessairement souffrir pour être vivant ? La douleur était-elle partie intégrante de la vie ? De la survie ?

Le tremblement devenait plus violent, dans son corps. Son souffle était de plus en plus saccadé, et elle refermait ses doigts en poings si serrés que ses ongles entaillaient ses paumes.
Elle n'était plus là-bas dedans. Suvyio non plus. Et si sa fille s'était envolée, ce n'était pas son cas à elle. Avait-elle un but qu'elle n'avait pas encore atteint ? Quel était-il ?
Une lumière pulsa dans son coeur, un instant.
Avancer, toujours. Dans la vie, sur la Voie. Vers le bonheur. Le distribuer. Mais pour faire cela, il fallait l'acquérir. On ne peut donner ce que l'on n'a pas, non ? Mais pourquoi la vie avait rendu tout cela si difficile ? Avant de rencontrer Gil, tout était simple ; qu'est-ce qui venait à la mettre à l'épreuve de cette façon ? Est-ce que savoir ce qui le faisait était vraiment important ?
Non, elle devait s'en tirer. À la force d'une volonté qu'elle n'était même pas certaine d'avoir, en réalité.

Se tremblement s'estompa lentement, alors qu'elle dépliait les poings. Posant sa joue contre le coeur de Gil, Libertée poussa un petit soupir agité.
La peau de l'envoleur s'était réchauffée après sa baignade dans l'océan, et Libertée laissa son souvenir s'éclairer du chant de la Dame. Ça vibra en elle, et dans une pulsion, alors qu'elle était encore frémissante de peur, elle chanta.
Doucement, dans un murmure harmonieux, aux notes basses et entêtantes. Ce n'était pas un chat marchombre, c'était à la fois bien plus, et bien moins. Juste un chant.
D'espoir.

Et tandis que les sons prenaient un peu d'ampleur dans sa cage thoracique, elle releva le menton, se redressa au rythme des notes, pour finir par poser sa tempe contre le menton de Gil.
Pour vibrer avec lui.
Un nouvel espoir, ensemble.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Jeu 20 Avr 2017, 20:46

Deux pas en avant.
Un pas en arrière.

Il avançait mais elle s’essoufflait… et Gil savait pourquoi. Lui, il avait déjà vécu tant de drames ! Son enfance avait été merveilleuse, ce qui avait sans doute fait la différence dans son combat contre Ezrine, mais, à seize ans, son innocence avait été tranchée en deux par un premier coup de lame. Il avait perdu sa mère à cause de son père. Quel enfant peut sortir indemne d’un tel choc ? Pas lui : sans Seren, il serait mort. Mais l’Envoleur avait ouvert pour lui un chemin bien sombre. Au lieu d’apaiser la bête qui venait de naître en son apprenti, il l’avait nourrie ; seul un monstre pouvait le dépasser sur la voie du Chaos, et c’est ce que Gil était devenu. Un monstre. Les mains qui protégeaient en ce moment Libertée avaient été salies du sang de nombreuses personnes. A chaque meurtre, une partie de son âme avait été atteinte. Et puis il y avait eu Iselle. Perdre son amie, la seule qui avait su trouver le petit garçon joyeux en lui, l’avait mené un peu plus loin sur le chemin de la douleur. Il avait continué sa route, et affronté un être pire que lui, mais bel et bien de son sang : tuer son propre frère lui avait permis de retrouver la raison, mais pas le repos. Le repos du guerrier, c’était celui dont on ne se réveillait jamais…

Gil avait trop souvent connu la souffrance pour ne pas savoir comment l’affronter à présent. Penser à Suviyo lui donnait toujours l’impression qu’un poignard s’enfonçait dans son ventre, mais contrairement à Libertée, il ne laissait plus ses peurs le paralyser. Il n’avait pas été enfermé sous terre et il se doutait que ce qu’elle avait traversé dépassait l’imagination… seulement, Libertée avait encore trop d’innocence, trop de pureté qu’il était facile de briser quand lui n’en avait plus depuis longtemps. Telle était la différence qui creusait un gouffre immense entre eux. C’était le drame de son impuissance. La serrer dans ses bras sans savoir comment l’aider, c’était injuste. Mais Gil était étonnamment contradictoire et ce, depuis toujours : rompu à la douleur, il savait souffrir avec les autres ; blindé d’une cuirasse aussi solide qu’un mur, il avait appris à s’ouvrir à ceux de son entourage. Qui parlait de gouffre entre Lib et lui ? Il prit mentalement son élan et sauta, tout simplement. Elle fit la même chose, au même moment. Quand elle se mit à chanter, ce ne fut pas avec ses cordes vocales, ce fut avec… son âme. Avec toute la pureté qui lui restait encore, atrophiée, diminuée mais résistante. Cette lumière que la Dame, par son propre chant, avait révélée. Cette étincelle que depuis des jours Gil cherchait à raviver. Elle était là, tout contre eux, vibrante et chaude – si belle qu’il en eut les larmes aux yeux. Il les ferma doucement.

Charmé.



*



Gil leva le bras pour saluer une dernière fois L’Incessant qui s’éloignait vers le large, puis il se retourna et observa la falaise qui se dressait devant lui. C’était un immense mur de roche graniteuse, clairsemée de buissons d’ajoncs et de ronces. Là-haut, quelques mouettes tournoyaient dans le vent. Les mains dans les poches de son pantalon, l’Envoleur fit quelques pas sur la grève et donna un coup de pied dans un galet. Il leva à nouveau la tête.

Tenté.

- On fait la course ? proposa-t-il d’un ton léger.

Il ne suggéra aucune récompense, laissant à Libertée le loisir de mettre en jeu ce qu’elle souhaitait, mais il lui décocha son demi-sourire plein de malice et enfila ses mitaines. Grimper cette falaise allait être difficile, mais…

… le défi était vraiment très alléchant !

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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Ven 21 Avr 2017, 17:07

Le regard perdu sur les voiles du bateau qui s'éloignait, Libertée poussa un petit soupir qui se fondit dans le vent aux embruns marins. Elle aurait voulu attraper la main de Gil, mais il avait enfoncé ses poings dans ses poches avec un petit air absent. ALors, elle se contenta de rester immobile, les yeux posés sur l'horizon.

Tournant la tête, intriguée par le mouvement de l'envoleur, elle le vit désigner les falaises derrière eux et pivota à son tour. La paroi ne montait pas exactement à la verticale, mais sur une hauteur tout de même impressionnante, et quelques buissons secs y poussait de manière sporadique. Cela avait son charme, et le soleil brûlant qui léchait les rochers contribuait à distiller cette impression prenante de difficulté et de beauté.
Un petit sourire étirait le côté gauche de la bouche de la marchombre, et elle cligna des yeux quand Gil releva le menton une seconde fois. Fronçant les sourcils un instant, elle ouvrit la bouche…

- On fait la course ?

Elle le détailla un instant, alors qu'il enfilait ses mitaines pour l'escalade.
Ils avaient continué, plus ou moins, à s'entraîner sur le bateau. Parfois sur les haubans, parfois sur le pont, souvent entourés des matelots qui ne rataient jamais l'occasion de s'instruire visuellement. De son côté, elle avait également continué son renforcement musculaire alors que Gil aidait sur le bateau. Elle avait suffisamment de temps pour s'entrainer de son côté. Panser ses blessures, aussi. Nager dans l'océan, s'abandonner à la gestuelle marchombre, et même, nouveauté surprenante, prendre le temps d'essayer de méditer.
Ce n'était pas un franc succès, d'ailleurs, la méditation. C'était toujours le moment difficile où Suvyio revenait dans ses pensées ; où ses peurs reprennaient leur droit sur son cerveau. Justement, elle voulait pouvoir s'en détacher, prendre du recul, considérer cela comme un problème extérieur. C'était pour cela qu'elle continuait. Ça marchait… un peu. Il faudrait encore plus de temps.
Encore et toujours du temps.

Alors après tout, elle avait envie d'escalader, de retrouver un semblant de verticalité plus stable que celle du mât du bateau. Un sourire étira ses lèvres.

- D'accord.
Ils s'avancèrent de concert vers le pied de la falaise, et elle posa ses doigts sur le rocher brûlant. Le souvenir vivace du Rentaï s'infiltra en elle, alors que la chaleur de la roche pénétrait ses mains. Elle tourna la tête vers Gil, une lueur malicieuse dans les yeux.

- Prêt ? Allez !
Elle s'élança sans plus de cérémonie. Ce n'était plus tant profiter de la chaleur du soleil brûlant dans son dos, profiter de l'ardeur de la roche sous ses doigts, ou considérer la passion du vent sur sa peau ; c'était se laisser aller à donner le meilleur d'elle-même, encore, ne cesser de côtoyer ses propres limites pour les outrepasser. C'était prendre des risques, parce que les risques faisaient battre l'adrénaline à ses tempes, bondir son coeur dans sa poitrine, même si elle s'entaillait les paumes ou les doigts, le genou aussi.

C'était s'élancer vers le ciel et savoir qu'elle pouvait se lancer dans le vide pour s'envoler.

Est-ce que les hommes peuvent voler ?

Une fois les masques tombés, quand le corps atteint le paroxysme de ses limites, quand l'âme est à nu, blessée, meurtrie, mais vivante et combattive, lumineuse d'espoir….
* Oui, Thaom ! Et pas comme je le pensais avant. Pas seulement. *

Les humains peuvent voler.
Il suffit de s'élancer avec suffisamment d'élan, de force, de volonté.


♥ ♥ ♥

Elle s'écrasa le ventre en premier sur la terre caillouteuse qui marquait la fin de la paroi, le souffle court, les muscles tremblant d'épuisement.
Son souffle se coupa un instant dans sa poitrine, son coeur s'emballa de plus belle - s'il était possible qu'il puisse aller plus vite que ça. Le nuage de poussière autour d'elle retomba doucement, et elle ne put retenir ce qui lui tomba dessus.

Un rire.
Irrépressible.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Sam 22 Avr 2017, 19:27

Ce n’était pas une course, en fait, mais une ascension qu’ils accomplissaient ensemble ; un formidable élan de vie qui les poussaient non pas en avant mais en haut, vers le ciel bleu dans lequel glissaient quelques nuages paresseux, cet endroit secret où Suviyo s’en était allée et qu’ils n’atteindraient pas avant longtemps… Souhait farouche et solide. Gil n’avait jamais pris conscience de cette volonté qu’il avait de vivre. Il avait traversé tant de chose et affronté tant de démons qu’il avait fini par ne plus avoir peur de la mort ! C’était ce qui plaisait à la bête en lui, ce courage de fou furieux – non, cette capacité à aller au-devant de la destruction et du chaos. Sans doute qu’au fond, il était comme ça, oui. Sauf qu’à présent, alors qu’il grimpait cette falaise aux côtés de Liberté, Gil réalisait à quel point une vie pouvait être fragile. Et à quel point l’envie de la protéger pouvait être grande. Il n’avait pas peur de la mort, mais il avait peur de mourir – de la quitter brutalement, de la laisser toute seule. C’était une idée qui le faisait frémir de tout son être, et qui produisait un changement en lui, plus radical encore que les précédents. Le Giliwyn qui atteindrait le sommet ne serait plus le même.

Les mouettes criaient au-dessus de lui, l’océan grondait dans son dos et le vide s’ouvrait sous ses pieds. Le danger était partout, dans une pierre prête à se dérober avec traîtrise sous son pied, dans les buissons qui pouvaient glisser, dans le souffle du vent qui se faisait rude à cette hauteur, dans ses muscles qui brûlaient de fatigue et de tension. Et pourtant, c’était grisant. Comme s’il se réveillait après deux jours de sommeil à bord de L’Incessant. La terre ferme offrait tellement de choses que le large refusait ! Les matelots qu’il avait aidés avaient été impressionnés par son aisance dans les haubans ; s’ils avaient pu le voir en cet instant ! Gil s’élevait avec force et détermination contre la paroi rocheuse. Ses gestes étaient infiniment moins gracieux que ceux de Libertée mais tout aussi puissants. De temps en temps, il la regardait évoluer près de lui, guettant cet instant où leurs regards se croisaient pour bondir à l’assaut d’une prise en un sursaut frôlant l’impossible. Ce n’était pas une course, non, et l’adrénaline n’était pas la seule force qui le poussait toujours plus haut dans son escalade. Il y avait autre chose. Une chose qui se cristallisa dans le rire de Libertée lorsque, presque deux heures après le début de leur ascension, ils atteignirent enfin le sommet de la falaise. Affalée sur le ventre, la marchombre riait alors qu’elle était à bout de souffle. Gil, lui, bascula sur le dos et son rire fatigué se mêla à celui de sa compagne pour s’envoler dans un nuage de poussière et de malice. Puis le silence revint doucement, et il leva un bras tremblant d’épuisement pour tendre les doigts vers le soleil qui l’éblouissait.

- Libre, souffla-t-il.

C’était donc ça… ce qu’il n’avait plus connu depuis vingt-deux ans. La liberté absolue, celle qui laisse une impression de chaleur dans le ventre et un goût sucré sur les lèvres. Celle que l’on peut effleurer du bout de ses doigts sans la toucher véritablement. Qui ne se dit pas avec des mots mais qui se vit, tout simplement. Une bourrasque joyeuse emporta son murmure. Une larme roula sur sa joue.

Il ferma les yeux.



*



- … et c’est là que cette insupportable gamine m’a mordu le bras. Elle m’a mordu jusqu’au sang ! Regarde, on voit encore la trace de ses crocs ! Même mes apprentis n’ont jamais fait une chose pareille et pourtant, crois-moi, ils sont aussi tarés l’un que l’autre. Cette Tsukia est vraiment dingue. Je ne sais pas comment tu fais pour lui enseigner quoi que ce soit, d’ailleurs. J’ai essayé de lui enfoncer deux ou trois trucs dans le crâne mais…

Ils marchaient sur un plateau planté d’herbe sèche, dirigeant leurs pas au hasard tandis que le soleil, déjà, entamait sa course vers l’océan. Gil s’était lancé dans l’histoire de sa rencontre avec Tsukia. A force de détails, de grognements et de jurons, il lui raconta comment il avait sauvé cette sale gamine d’une fin tragique, en l’empoisonnant pour de faux – une technique dont il restait très fier en dépit de ce qu’elle lui avait coûté. Libertée l’écoutait, sans doute intéressée par sa version des faits, et visiblement amusée par ses grommellements qui en disaient long sur l’affection qu’il témoignait à son apprentie. Dans son élan, il raconta comment il avait croisé la route d’Aivy, cette drôle de Rouquine souvent perdue dans ses pensées et bien plus calme que Tsukia. Sa voix se teinta d’une émotion particulière lorsqu’il évoqua le rôle important qu’elles avaient joué dans ses deux combats contre Ezrine. Sans elles, il serait mort depuis longtemps ! Il leur devait une fière chandelle et ça, leur maître devait l’apprendre. Tout à son récit, Gil ne prêta qu’une attention distraite à la silhouette courbée de la vieille femme qu’ils croisèrent et, quand son épaule heurta la sienne, il s’excusa machinalement, trop occupé à rapporter les pitreries de sa stupide apprentie à Libertée. Ce n’est que dix pas plus loin qu’il réalisa enfin. S’interrompant dans son laïus, l’Envoleur porta la main à sa ceinture et écarquilla les yeux en sentant ses doigts se refermer sur du vide.

- Héééé ! s’écria-t-il en freinant des quatre fers pour se retourner vers la chapardeuse.

La vieille femme, bien sûr, s’éclipsait déjà avec toute la vitesse que ses vieux os lui permettaient. Gil se lança sur ses talons et ne mit pas longtemps à la rattraper. Il se planta devant elle, les bras croisés.

- Dis donc, grand-mère, tu pourrais…

*TOC*

Ahuri, Gil se frotta le crâne, là où la cane l’avait méchamment frappé.

- Bon sang ! Qu’est-ce que… aïe !!!

Elle venait de le frapper à nouveau au niveau du ventre et il se plia en deux sous l’impact. Enfer, cette petite vieille n’y allait pas de main morte !!! Son troisième coup ne porta pas, toutefois, car Gil attrapa la cane dans sa main et l’immobilisa fermement.

- Stop ! cria-t-il d’un ton bourru.
- Laisse-moi passer, malotru ! ordonna la vieille, autoritaire.
- Rends-moi d’abord ma bourse.
- Tu insinues que je l’ai volée ??
- J’insinue pas, j’attends !
- Ben mon vieux, tu brailles comme un cochon de lait qui a perdu sa mère…
- D’abord je ne suis pas vieux, ma vieille, et ensuite, si je ne récupère pas ce qui m’appartient, je vais…
- … assassiner une pauvre grand-mère innocente ?


La question prit Gil de court. Il cligna des yeux, ouvrit la bouche pour formuler une réponse dont il n’avait pas la moindre idée, et elle en profita pour lui planter le bout de sa cane dans le pied. Gil rugit de douleur et se mit à sautiller comme un idiot, mais la vieille femme ne prit pas la poudre d’escampette, comme elle aurait pu le faire ; elle tira la fameuse bourse de sous sa cape élimée et regarda Libertée, un sourire énigmatique sur les lèvres.

- Tu m’as l’air plus fine que ce gros balourd. Elle est à toi si tu trouves la réponse à ma question. Comment t'y prendrais-tu pour convaincre une vieille femme solitaire, que l’or n’intéresse pas ni aucun autre objet sur cette terre ?

En équilibre sur une jambe, Gil fusilla l’intrigante chapardeuse du regard.

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Mer 26 Avr 2017, 18:39

[ Désolée pour le temps de réponse ! Je ne fais rien avancer, j'ai hésité longtemps à répondre par un dialogue, du coup c'est court ! ]





Libertée dédiait une oreille attentive au discours de Gil, qui retraçait sa - ses - rencontre(s) avec ses deux apprenties. A elle. Il avait toujours le chic pour s'insinuer dans sa vie, et elle était d'ailleurs étonnée qu'au fond, toutes ces coïncidences se soient déroulée. Gwendalavir était décidément petit, et surtout ses apprenties avaient autant le don de s'insinuer dans sa vie que l'envoleur.
Elle ne pouvait s'empêcher de soupirer ou de lever les yeux au ciel régulièrement. Tout cela était particulièrement cocasse, au fond. Et elle sentait, quelque part, que Tsukia avait été beaucoup plus loin que ne voulait le laisser entendre Gil. Encore une histoire d'instinct ? De sixième sens féminin - ou marchombre ? Peu importait, là maintenant. Au pire, ce qui avait été fait, avait été fait. Elle ne pourrait pas revenir dessus ; elle ne pouvait pas lui en vouloir d'avoir fait quoi que ce soit avec qui que ce soit, vu la manière dont elle s'était jetée elle-même dans les bras de Phel. Et considérant l'effet que lui faisait encore Erwan, surtout lorsqu'elle l'avait croisé à l'Ahn-Ju de Narek.

La marchombre secoua la tête pour se reconnecter au moment présent.
Elle savait désormais qu'elle devait profiter de chaque instant, comme si c'était le dernier. Et cet instant, il était auprès de Gil. Oh, elle se rendait compte qu'en profitant de chaque instant, elle ne se projetait dans aucun futur. Cependant, pour le moment, c'était exactement ce dont elle avait besoin : ne pas se projeter. Juste réapprendre à vivre, pour de vrai, pour elle. Pour eux ?
Elle cligna des paupières une seconde, soupesant cette question. Avant de secouer la tête distraitement : justement, c'était l'une des choses qu'elle verrait en temps voulu. Plus tard. Là, c'était pour elle, mais pour eux aussi. Parce qu'elle était bien, et parce qu'elle se rendait compte que malgré tout, elle n'avait jamais cessé d'aimer l'envoleur.

Perdue dans ses pensées, Libertée sursauta quand Gil cria soudain en courant vers une femme âgée claudiquant tant bien que mal.
Elle ne put s'empêcher de pouffer quand l'envoleur se reçut un coup de cane sur la tête puis dans le ventre. Décidément, il lui arrivait toujours de ces aventures, à lui !

- D’abord je ne suis pas vieux, ma vieille, et ensuite, si je ne récupère pas ce qui m’appartient, je vais…
- … assassiner une pauvre grand-mère innocente ?
\

La marchombre ne put s'empêcher d'avoir un sourire amusé quand la grand mère en question sortit la bourse de son compagnon pour la montrer dans la paume de sa main tendue - et tremblante.


- Comment t'y prendrais-tu pour convaincre une vieille femme solitaire, que l’or n’intéresse pas ni aucun autre objet sur cette terre ?

Libertée ne put s'empêcher d'adresser un large sourire à la femme. Puis, son regard se porta à la ronde. Ils étaient sur un plateau d'herbe, et elle ne voyait que quelques maisons qui se dressaient un peu plus loin. La vieille femme en question devait habiter l'une d'elle, et ne devait pas voir beaucoup d'étrangers par ici.


- Convaincre de rendre une bourse ? Si l'or ne t'intéresse pas, déjà, pourquoi la voler ? Sans doute pour attirer l'attention, et avoir peut-être une histoire à raconter ?
Elle adressa un regard amusé à Gil, qui venait de se redresser après avoir clopiné sur un pied.
- Si on échange la bourse contre quelques histoires, ça t'intéresse ?

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Lun 01 Mai 2017, 20:29

[Gniaaah, désolée pour l'attente ! *bisou pour se faire pardonner*]



Son humeur méchamment entamée par l’intervention de cette fichue bonne femme qu’ils ne connaissaient absolument pas, Gil ouvrit la bouche pour répondre – à sa façon – à la devinette. Il fut devancé par Libertée. A sa manière à elle, elle offrit une réponse qui parut satisfaire la vieille peau. Bon, tu me rends ma bourse, maintenant ? s’impatienta Gil. Vieille Peau se contenta de lui tirer la langue. A grand peine, l’Envoleur jugula son envie de la frapper pour récupérer son dû. Pas taper la mémé, se persuada-t-il en serrant les poings. Pas taper la mémé… Mais qu’est-ce qu’elle faisait chier, alors, cette mémé !

- Si on échange la bourse contre quelques histoires, ça t’intéresse ?
- Hein ?!


Gil cligna des yeux.

- Echanger ma bourse ? Contre quelques histoires ? Pourquoi pas lui donner toutes nos fringues aussi, tant qu’on y est ??
- Ah, c’est vrai que ton tabard est particulièrement intéressant…
commença Vieille Peau.

Gil fit un pas en avant, une lueur différente au fond des yeux. Dangereuse. Il perdait patience et cette situation l’agaçait prodigieusement. Il mourait d’envie d’étrangler cette folle, mais plus encore, il désirait se remettre en route. Avec sa bourse. Alors il tendit le bras. Vif, insaisissable même, en un geste impossible à défaire ni même à éviter…

… non seulement elle l’évita mais en plus, elle posa une main parcheminée sur son bras et pivota brusquement, entraînant Gil dans son élan. Il ne s’était tellement pas attendu à pareil dénouement qu’il se retrouva le nez dans l’herbe. Stupéfait. Tellement stupéfait que sa colère s’en retrouva soufflée dans l’instant. Il s’assit lentement et leva la tête pour planter son regard vairon dans celui, pétillant de malice, de la vieille femme.

- Qui es-tu ? murmura-t-il.

Un sourire naquit sur les lèvres de l’étrange grand-mère.

- Enfin une question intelligente !

Elle le surprit en lui tendant la main, et davantage en l’aidant à se relever d’une poigne qu’il ne soupçonnait pas. Ferme et inébranlable. Bien au-delà de tout ce que son apparence laissait soupçonner. Comment avait-il pu se faire avoir ? Amusée, Vieille Peau regarda Libertée.

- Tu as vu juste, Maëloe’Na : j’avais envie de m’amuser un peu et surtout, d’attirer votre attention. Maintenant que c’est fait, permets-moi de modifier ta proposition : j’échange des histoires contre une soirée en votre compagnie. Ça vous tente ?

Alors qu’une minute plus tôt Gil était prêt à lui sauter dessus, il l’observa cette fois-ci avec attention. Elle n’avait pas répondu à sa question, nourrissant le mystère qui enveloppait son allure chétive autant que ses réflexes hors du commun. L’Envoleur jeta un coup d’œil au soleil qui entamait à peine sa descente.

- La soirée ?
- Ben, oui : quand on arrivera chez moi il fera presque nuit. Alors ?


Comme pour l’aider dans sa décision, elle lui lança sa bourse ; avec adresse, il l’attrapa en plein vol et la glissa aussitôt dans un recoin plus secret encore de son tabard de cuir. Non mais ho… Son regard glissa vers celui de Libertée. Il ne lui fallut guère plus d’une seconde pour capter son avis.

- En avant pour quelques histoires, alors, marmonna-t-il pour la forme.

Parce qu’il devait l’admettre : cette étrange femme l’intriguait.
Qui que cela puisse être.


*


Incroyable bastion rocheux qui émergeait des flots bouillonnants, l’île formait un genre de S, long de plusieurs kilomètres, et dont chaque courbe protégeait une baie entourée d’énormes criques. C’est en sautillant sur les rochers de l’une d’elles que Gil et Lib écoutèrent leur première histoire : celle de l’endroit étonnant et tourmenté où ils se trouvaient. Les récifs offraient un accès relativement dangereux pour qui n’avait pas l’habitude d’affronter en même temps le vent qui soufflait de toute sa puissance, les vagues qui se fracassaient sur les rochers dans une gerbe scintillante qui montait à plusieurs mètres, et la mousse qui recouvrait chaque roche sur laquelle il fallait poser le pied. Un accès que Gil, comme Lib, franchirent sans le moindre problème. Au contraire, la balade avait quelque chose de plaisant et de déroutant à la fois, tout comme les paroles de leur guide ; défiant les limites de son âge avancé, elle passait d’un rocher à l’autre sans jamais perdre l’équilibre, ouvrant pour eux un chemin sûr sur la crique qui s’étendait à perte de vue.

Cette île s’appelait, dans le langage local, Are’Nui. Cela voulait dire « grande vague de l’océan profond ». D’après Vieille Mémé Guide (elle ne leur avait toujours pas dit son nom), il n’y avait qu’une poignée d’habitants vivant encore ici, la plupart ayant migré vers le continent. Les incursions pirates s’étaient multipliées au cours des dernières années, poussant les iliens à s’éloigner afin d’échapper aux redoutables guerriers qui avaient pris possession d’une grande partie des îles de l’archipel, et qui menaient la vie dure à la flotte de l’empire. Vieille Mémé n’avait pas pu se résoudre à quitter sa terre. Quand Gil lui demanda si elle ne craignait pas les pirates, elle se contenta de lui retourner un sourire espiègle. Incroyablement mystérieux. Sans prévenir, elle s’arrêta, et Gil, en l’évitant à la toute dernière seconde pour ne pas lui rentrer dedans, fit un écart trop important. Son pied dérapa le long d’une arête rocheuse et il tomba dans une minuscule combe remplie d’eau. Il y en avait juste assez pour le mouiller un peu, mais il n’en fallait pas plus pour qu’il se mette à jurer. Fort. Et longtemps.

- Dis mon joli ! lança Vieille Mémé en se penchant vers la combe. Quand t’auras fini de déclamer tes vers, tu pourras mettre quelques coquillages là-dedans ?

Elle lui lança un panier qu’il attrapa sans cesser de râler. Il ne posa même pas de question, c’était inutile, autant s’adresser à un coquillage, tiens ! Il voulut décoller un premier coquillage de son rocher, mais celui-ci était bien trop solidement fixé pour qu’il y parvienne avec ses mains nues. Gil grogna, tira un couteau de sa botte et s’attaqua au coquillage… en vain. Celui-ci ne bougea même pas d’un millimètre. C’est Vieille Mémé qui, après l’avoir rejoint, lui montra comment s’y prendre : elle utilisa un couteau plus épais mais plus petit que le sien et, d’un geste vif du poignet, fit sauter le coquillage dans sa paume. Gil était observateur. Il comprit rapidement que tout reposait dans le placement de la lame sous le coquillage, et non de la force pure. Après quelques tentatives infructueuses, il trouva sa technique et récolta des coquillages jusqu’à ce que le panier fût rempli à ras bord.

Lorsqu’ils atteignirent l’extrémité de la crique, le soleil flirtait avec la ligne d’horizon. Ils remontèrent une plage de galets jusqu’à atteindre une faille, dans la falaise. Avant de s’y faufiler à la suite de leur guide, Gil attrapa Libertée par la taille. Il l’attira contre lui, captura ses lèvres dans un baiser au goût d’embruns, en profita pour glisser quelque chose dans sa poche, lui tira la langue et fila sur les talons de Vieille Mémé. Il ne se retourna pas pour voir si Libertée plongeait la main dans sa poche. Il se contenta d’imaginer dans sa tête le moment où ses yeux se poseraient sur le coquillage, petit et délicat, qu’il avait gardé tout l’après-midi pour elle.

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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Jeu 22 Juin 2017, 18:23

[ Me revoilàààà !! Désolée pour toute cette attente en plus je ne fais rien avancer ! ]





- Ah, c’est vrai que ton tabard est particulièrement intéressant…
Libertée cacha sa bouche rieuse d'une main, avant de secouer la tête.
- Ne me faites pas croire que c'est le tabard qui vous intéresse… Mais plutôt son absence ! fit-elle remarquer à la vieille femme… Qui lui adressa un clin d'oeil.
Avant d'éviter Gil et de le laisser s'étaler lamentablement sur le sol. Libertée ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel avec un léger sourire sur les lèvres, mais elle ne prit pas le risque de faire un quelconque commentaire : Gil se relevait déjà, aidé par son interlocutrice.

Libertée les observa quelques secondes alors que la proposition se muait en quelque chose de nouveau et qui l'intriguait elle aussi.

- En avant pour quelques histoires, alors.
Elle se contenta de hocher la tête et emboita le pas de l'envoleur.

♥ ♥ ♥

Libertée n'avait même pas pris la peine de se joindre à Gil et sa nouvelle amie pour ramasser les coquillages. Elle s'était contentée de flâner sur la plage de galets, laissant l'océan rouler sur ses pieds, appréciant sa fraîcheur et se gorgeant du bruit rassurant et apaisant de la houle et du ressac des vagues.
La nature était si puissante qu'elle en effaçait les angles pointus des rochers ; avec force et détermination, mais surtout parce qu'elle ne renonçait jamais.

Oui, le temps était pour elle.
Le regard rose de Libertée voguait sans but sur l'horizon. Elle ferma les paupières un instant, se gorgeant des embruns marins et salés qui flottaient partout dans l'air. L'eau était plus que fraiche : elle était froide, et venait lécher ses chevilles parfois même ses genoux quand les vagues étaient suffisamment intenses.
Un long frisson remonta le long du dos de la marchombre, qui eut un petit sourire pour elle-même.

Avant qu'un contact sur sa jambe ne lui fasse ouvrir les yeux et baisser le regard.
Un sourire éclaira ses lèvres alors qu'elle se penchait en avant légèrement.

- Salut, toi.
Le bébé phoque l'observa un instant, avec son petit museau pointé vers elle. Elle se mordit la lèvre inférieure, se retenant de pouffer devant cette bouille trop mignonne, et chercha plutôt autour d'elle le groupe de mammifères marin qui aurait dû accompagner ce jeune. Ils étaient un peu plus loin, et elle aperçut quelques nez tendus au dessus des vagues.

- Tu devrais retourner avec eux tu sais. L'animal la regarda encore un instant, avant de bêler gentiment ce qui la fit éclater de rire. Tu es mignon, tu sais. Mais…
La marchombre se tourna vers Gil et la vieille dame qui cherchaient toujours des coquillages. Son coeur s'emballa soudain, et une petite boule se forma dans sa gorge alors qu'elle reportait son attention sur ce petit bébé qui semblait lui accorder une attention toute particulière.

- Ne reste pas planté là, allez, va rejoindre ta famille.
Quand la première goutte coula, elle comprit vite que ce n'était pas l'Océan ni les embruns qui s'écrasaient sur ses joues, mais bien ses propres larmes. S'accroupissant dans l'eau glacée, elle plongea ses mains sous la surface et attrapa deux poignées de sable en se mordant la langue presque à sang.

Goutte scintillante qui plongea dans l'étendue mouvante et rayonnante du coucher de soleil.


♥ ♥ ♥

You just gotta ignite the light
And let it shine
Just own the night
Like the Fourth of July

♥ ♥ ♥

Libertée faisait tourner le petit coquillage dans ses doigts. Il était si poli qu'il s'enflammait de mille couleurs, au coin du foyer flamboyant de la maison cachée au fond de la crique.
La maison de la vieille Dame, qui ne leur avait d'ailleurs toujours pas donné son prénom.

Assise au coin du feu, la marchombre restait pensive. Elle avait une envie folle d'aller se blottir dans les bras de Gil, mais ce dernier était en train de discuter - enfin, râler surtout - avec la vieille, et elle ne se sentait que très peu concernée par la situation.
Non pas qu'elle n'en avait rien à faire… Simplement que toutes ses émotions étaient encore trop à fleurs de peau et qu'elle essayait de les clarifier. Pas forcément d'y apporter une solution, juste de les identifier pour les comprendre.

Elle voulait juste un voyage avec Gil.
Elle avait envie, besoin, de le retrouver, désormais. Elle voulait ne penser à rien d'autre que leur présent à deux, car tout le reste lui rappelait douloureusement leur fille disparue. Elle était triste, et en même temps elle sentait cette force puissante, au fond de son ventre, la pousser en avant.

Observer ses émotions et ses sentiments, sans se laisser déborder par ces derniers… Est-ce que c'était cela, la vraie liberté ?
Ou était-ce de les observer et de choisir s'ils allaient impacter nos décisions, notre vie, notre comportement. C'était plutôt cela, aux yeux de Libertée désormais. Parce que contrôler l'intensité de ce qui la traversait relevait de quelque chose de beaucoup trop compliqué et violent en réalité.

Dans un soupir, elle redressa le menton et croisa le regard bicolore de Gil… Lui sourit tendrement. Elle déplia doucement ses jambes et rampa gracieusement sur quelques mètres pour aller se caler contre le bord du fauteuil dans lequel il était assis. Elle posa son sternum sur sa jambe droite et son menton sur sa cuisse, une étincelle douce dans les yeux.

- Oh pardon, je vous interromps. Je suis désolée, j'ai vraiment la tête ailleurs.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: [-18] I don't wanna be the exception to get a bit of your attention [ Libre ]   Jeu 29 Juin 2017, 22:12

Fallait-il finalement croire que Mémé Fêlée avait simplement besoin de compagnie ? Une fois ses « invités » ramenés chez elle, cette vieille bourrique jacassa sans s’arrêter. Elle évoqua la pluie, le beau temps et surtout le sale temps qui était assez fréquent en cette période de l’année dans les Alines, le calme un peu trop calme de l’île depuis le départ de ses habitants, les mesures trop laxistes de l’Empereur à l’encontre des pirates, les bienfaits de la marée et le bon goût des bernicles, l’invasion des cormorans, la désertion des papillons, cette vieille guibole qui a tendance à grincer douloureusement en fin de journée… Enfer, je vais finir par devenir dingue, songea Gil pour la vingtième fois au moins depuis le début de la soirée. Mémé Toquée l’avait fait asseoir dans un fauteuil qui l’avalait presque complètement, lui avait collé un verre d’il ne savait trop quoi dans la main et, depuis, il n’avait pas réussi à en placer une. C’était pourtant pas faute d’essayer. Il ne savait même pas son nom ! Dépité, il se morfondait donc en silence tandis que Libertée se réchauffait près du feu.

- … et quelle cousinade, mes enfants, quelle cousinade ! J’me souviens, il faisait une chaleur à damner le soleil et puis tout le monde s’est retrouvé à la flotte. C’était le bon vieux temps, tiens ! Dùnhild a manqué de se noyer, m’est avis qu’elle a fait exprès de perdre pied pour qu’un des jeunots vienne la récupérer ! Et puis le soir, on a…
- Pardon ?!
réagit soudain Gil.
- Oh, ça va, c’est pas interdit de faire des clins d’œil aux p’tits jeunes quand même !
- Pas ça, bon sang ! Tu connais Dùnhild ?
- Et comment ! C’est ma cousine ! Au deuxième degré par mon père. Une sacrée foutue bonne femme.
- Tu m’en diras tant…


Gil se passa une main sur le visage. Est-ce qu’on pouvait vraiment manquer de veine à ce point ? D’accord, Dùnhild n’était pas une mauvaise personne, sans elle, la Silencieuse l’aurait réduit en poussière depuis bien longtemps. Mais c’était une vieille enquiquineuse aux mains baladeuses… et ça expliquait le côté toqué de Mémé. C’est quoi cette famille ? Sérieux ?? Bien sûr, Mémé était ravie qu’on connaisse sa foutue bonne femme de cousine. Elle se remit à babiller à qui mieux-mieux. Gil se laissa de nouveau avaler par son fauteuil en soupirant.

Chaleur contre sa jambe.
Douceur infinie.

Il baissa les yeux et comme par magie, la voix de l’intarissable Mémé bavarde ne lui parvint plus. Tout se résumait à une seule et unique chose : la couleur rose des yeux de Libertée.

- Oh pardon, je vous interromps. Je suis désolée, j’ai vraiment la tête ailleurs.
- Bah, tu sais, elle ne doit même pas s’en rendre compte,
grimaça Gil en désignant Mémé qui racontait comment Dùnhild et elle avaient embobiné un général de l’armée impériale. Tu m’offres une distraction qui est la bienvenue. Ne t’arrête pas d’être aussi belle, surtout…

Il passait doucement la main dans ses cheveux. La fatigue lui tomba dessus brutalement. L’envie de solitude, aussi. Il remua dans son fauteuil. Alors Mémé s’exclama :

- Bon, c’est pas tout ça les jeunes, mais moi j’dois rentrer !
- Heu… rentrer où ?
- Ben chez moi ! Tu poses vraiment des questions inutiles, beau gosse.


Gil cligna des yeux. Beau gosse ou pas, il ne comprenait pas tout, là.

- A qui elle est cette maison ??
- Mmh ? Oh ! A des amis. D’anciens voisins qui ont aussi quitté l’île. Je me suis toujours demandée comment c’était chez eux. Plutôt chouette, non ? Allez, hop, debout cocotte !

Sidéré, Gil regarda Mémé se redresser dans un craquement d’articulation totalement irréel quand il se rappelait de la force dont elle avait fait preuve en lui flanquant une dérouillée.

- Qui es-tu… ? murmura-t-il.
- Mémé ça m’va, mon mignon ! ça me donne l’impression d’avoir des petits-enfants. Une famille, quoi !

Il ne l’avait jamais appelée ainsi autrement que dans ses pensées. Mais elle n’en dirait pas plus, c’était évident. Elle avait passé la soirée à raconter sa vie sans qu’aucune information essentielle ne lui échappe.

- Il y a des choses, dans la vie, qui sont essentielles, dit-elle alors, tout en se rapprochant de la porte. Et d’autres qui ne le sont pas du tout. Bonne nuit les p’tits loups !

Le battant s’ouvrit et se ferma. Ils l’entendirent remonter l’allée en chantonnant, puis le silence se fit. Gil mit un moment à réagir. Il s’ébroua et regarda Libertée.

- Complètement siphonnée, hein ?

Mais il oublia très vite Mémé Siphonnée. Il sentait que Lib était troublée, qu’elle avait besoin de lui... comme il avait besoin d’elle. Alors il se leva, attrapa une pile de couvertures qui traînaient là et arrangea le tout sur le tapis, à quelques pas de la cheminée dans laquelle il raviva les flammes. Puis il ôta ses vêtements et rejoignit la marchombre dans le lit improvisé. Il la prit dans ses bras.


*


- Lib…

Le feu n’était plus que braises rougeoyantes, faible lueur dans la nuit. Gil ne dormait pas. Il n’y arrivait pas.

- Lib, tu dors ?

Il fit glisser une main sur le ventre de sa compagne, remonta vers sa poitrine et sentit son cœur palpiter sous ses doigts. Réveillée !

- Il faut qu’on rentre, Lib.

Chuchotement.

- Il faut qu’on retourne sur le continent. J’ai perdu la notion du temps mais je crois que ça fait un moment qu’on est partis… Il y a des gens qui nous attendent. Tes apprenties. La future mienne. Hier ça me semblait insignifiant mais aujourd’hui…

Aujourd’hui, c’est essentiel.

- Il est temps de reprendre le cours de notre vie, ma Lib.

Comment ? Comment continuer à vivre après avoir perdu son enfant ? Gil resserra ses bras autour de Libertée.

- Je dis pas que ça va être facile. J’ai peur, tu sais… Avec toi je me sens fort mais c’est un peu beaucoup du flan, je crois. Y’a qu’à voir comment Mémé Bizarre m’a envoyé dans les pâquerettes ! Je suis pas aussi fort que je le pensais…

Si j’étais aussi fort que ça, je n’aurais pas laissé mourir notre petite fille… Il ferma les yeux. Lib devait étouffer contre lui mais il avait besoin de sentir battre son cœur contre le sien. Besoin de s’accrocher à quelqu’un.

- Tu vois, elle est vieille et perclus de rhumatismes et elle vit toute seule ici, et pourtant… Pourtant quand on la regarde, on se dit qu’elle est heureuse. Elle croque la vie à pleines dents. Je crois que si on veut continuer d’avancer il faut faire comme elle : ne pas s’embarrasser de ce qui est futile, garder l’essentiel. Vivre.

Il l’embrassa sur la tempe.

- Je t’aime…

L’essentiel, c’était ça, tout simplement. Et il le lui prouva avec toute la douceur et toute la patience dont il savait désormais faire preuve.


*


C’était une petite embarcation sans prétention mais elle avait une voile triangulaire assez grande pour promettre un long voyage, et une coque assez fine pour garantir des sensations et une vitesse intéressantes. Elle était amarrée au bout d’une avancée sablonneuse, prête à partir alors que le soleil se levait tout juste à l’horizon.

- Ah ouais, quand même…

Gil décida de relire une fois encore le petit mot qu’ils avaient trouvé à leur réveil. Plusieurs interrogations subsistaient à ce sujet, notamment à propos de la présence du message près de la cheminée : comment Mémé avait-elle réussi à approcher une marchombre et un envoleur SANS les réveiller ?? Le message. C’était sur lui qu’il fallait se concentrer.

Alors les jeunes, ça va comme vous voulez ? J’ai une idée : commencez par grignoter un petit quelque chose (meuble de la cuisine au fond à gauche, c’est plus à mes voisins que ça servira, n’est-ce pas ?), et puis quand vous aurez fait quelques galipettes (ho, ça va hein, pas folle la vieille, et pas née de la dernière pluie surtout !) vous descendrez sur la plage. Passez la crique sur votre droite, marchez encore huit minutes et vous trouverez un bateau. Il vous emmènera où vous voulez (sauf sur la lune, faut pas rêver quand même).
Et il est à vous.

Profitez-en pour passer boire un thé à l’occasion.
PS : avec Dùnhild ce sera encore mieux.
PPS : que les crabes vous mangent si vous n’acceptez pas ce bateau !!!

Gil était perplexe : devait-il comprendre que Mémé les fichait hors de son île ? Ou bien qu’ils ne devaient pas refuser de prendre le bateau ?

- C’est une blague, marmonna-t-il en regardant l’embarcation qui tanguait doucement sur les vagues. Mais j’aime bien l’idée.

Avouons quand même qu’elle est excellente !

Alors, Gil attrapa Libertée dans ses bras, sans prévenir, et il la porta gracieusement jusqu’au bateau dans lequel il la jeta. Sur un amas de filet qui fit office de coussins douillets. Puis il grimpa, attrapa le tricorne rapiécé qu’on avait abandonné sur le pont, attrapa un bout dans sa main et se pencha vers la marchombre tout en soulevant le bord de son couvre-chef du bout de son pouce.

- Alors, jolie minette, on vous dépose quelque part ?

Sourire charmeur et bourré de tendresse.


*


Debout sur la falaise, une vieille dame regarde le dernier bateau de l’île faire voile vers l’horizon. Elle sourit.

[color=brown]- Voilà, comme ça c’est bien !

Puis s’en retourne récolter quelques coquillages.


*


Voilà…

Ils étaient de retour. Combien de temps étaient-ils partis ? Il semblait à Gil que la nature avait changé. La saison était plus avancée. Il passa la main sur ses joues couvertes de chaume, puis tourna la tête et embrassa Libertée. Assis l’un contre l’autre à bord du bateau, ils attendaient d’avoir enfin la force de se lever pour gagner la terre ferme. Retrouver la réalité. C’était comme s’éveiller d’un rêve : difficile, pas motivant et pourtant nécessaire… Pour vivre il fallait continuer d’avancer. Mais pas en arrière, pas en ignorant la vérité, même si elle faisait un mal de chien : c’était vers l’avenir qu’il fallait maintenant se tourner.

- J’ai deux choses à te proposer.

Gil attendit que Lib ait plongé son regard dans le sien pour continuer.

- D’abord, je veux donner un nom à ce bateau. C’est le nôtre à présent. Il doit pouvoir nous emmener où bon nous semble, quand bon nous semble : c’est lui, notre bulle d’évasion. Notre porte de sortie de ce monde, quand on aura l’impression qu’il est vraiment trop pourri… Suviyo. C’est un nom qui lui irait bien, tu ne crois pas ? On voyagera toujours ensemble, comme ça…

Oh, c’était douloureux et d’ailleurs il avait les yeux un peu trop mouillés – mais il était sûr de lui : cette voile qui se gonflait si bien dans le vent, cette ligne épurée qui fendait les flots avec assurance… un petit bateau qui ne demandait qu’à quitter le port pour partir à vers l’inconnu.

- Et puis la deuxième chose… Lib, dans un mois, je t’attendrai à Al-Chen. J’irai au Lionceau Perdu, c’est une auberge qui fait l’angle de la rue principale en direction du Dôme.

Pourquoi ? Parce que je ne peux pas passer plus de temps sans te voir, acheva-t-il en silence. Son regard parlait pour lui. Tout doucement, il se pencha pour capturer les lèvres de Libertée. Il s’emplit de leur goût sucré, le poing noué dans ses cheveux, puis il se redressa, posa son tricorne usé sur la tête de la marchombre, sauta dans l’eau – il en avait jusqu’aux genoux – et s’éloigna. Mais il se retourna.

- Dans un mois, cap’tain ! Cette fois c’est toi qui choisira où tu m’emmèneras !

Clin d’œil noisette, petite courbette qui faillit le précipiter dans l’eau…

… promesse.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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