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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Groupe Vegna ==> [Cours N°2]

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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Groupe Vegna ==> [Cours N°2]   Dim 18 Juin 2017, 14:32

Elle voulait chasser.
Sentir l'herbe sous ses pattes, le vent dans ses poils et les multiples odeurs du monde, qu'elle seule savait percevoir et analyser. Elle voulait se tapir, flairer, traquer et suivre, se tapir encore, les reins frémissants et le bout de queue battant légèrement le sol. Puis l'explosion, la course folle, le bond pattes en avant se refermant avec une précision mécanique sur la patte, le col, le flanc pour y arrimer le reste de cette formidable machine à tuer. Elle voulait sentir la peur, lâcher, sauter, rattraper et frapper de nouveau, étouffer ou juste jeter en l'air avec toute la vigueur extatique d'un prédateur comblé. Et sentir le sang gicler, son goût qui fait frémir les moustaches et briller les prunelles, les entrailles tièdes et les muscles qui tressautent encore longtemps, longtemps après que les yeux se soient ternis.
Elle voulait goûter la nuit.
Et pour cela, elle tenaillait sa partenaire.

Vaillant, depuis longtemps accoutumé à la dualité de sa cavalière, ne bronchait plus lorsque le fauve émettait de telles songes. Rilend, elle, supportait jour après jour l'impatience, le désir primaire qui n'était pas le sien et ne lui en broyait pas moins le coeur. Sans répit, sans pitié, la Panthère la harcelait, stimulée par le combat récent et frustrée par le vaste désert.
Ces derniers soirs, elle ne l'avait pas laissé prendre la main. Al-Jeit était trop proche, les voyageurs trop nombreux et encore avant, elle n'avait pas souhaité laisser libre cours aux instincts du fauve si près de tant de blessés, tant de mourants, tant de rage et de peur aussi. Elle aurait craint d'effrayer l'un ou l'autre combattant et de prendre un mauvais coup.
Et maintenant, Rilend devait jouer avec les humeurs d'une Panthère frustrée.
Dont elle n'avait pas vraiment parlé à Daos.

Depuis qu'il avaient quitté le Désert des Murmures, une fois tout le monde en sécurité et remis, le jeune homme n'avait pas mentionné les Métamorphes, dont son maître lui avait déjà fait mention. Il n'avait pas non plus abordé la transformation de la marchombre, métamorphose qu'il n'avait pu occulter, si rude fût la bataille : Rilend était devenue fauve plusieurs fois sous ses yeux en ce jour funeste. Elle s'était attendue à au moins une question une fois les esprits calmés, mais de Daos, rien.
Après plusieurs jours dans le désert, les premiers consacrés à se remettre et apporter l'aide nécessaire aux Rêveurs, les suivants à l'art de se dissimuler, se déplacer et se battre dans un sol meuble et un monde nu, Rilend en avait eu assez d'enseigner là. A la faveur de la nuit, Vaillant et Ptibuis en main, l'élève et le maître s'étaient éclipsés en silence, sans un mot ni un adieu, à l'habitude de la jeune femme, pour reprendre la route et goûter le vent. Ailleurs.

Depuis, de nouvelles, point.
Rilend n'était nullement inquiète pour Erwan, ni sa fille, ni Syndrell ou même la femme-jaguar qui foudroyait du regard tout ce qui ressemblait à un chat. A peine plus pour Hièlstan qui, au vu de la tripotée de Rêveurs qu'il promenait à sa suite, ne risquait guère. Aussi avait-elle quitté les lieux comme une ombre, silencieuse et sans explication.
La seule explication, c'était la route.
Ils repassèrent près d'Al-Jeit sans y faire halte - mais la jeune femme promit à Daos qu'il reviendraient tôt ou tard goûter les délices de la cité - et franchirent l'Arche au levant, alors qu'elle s'embrasait du jour nouveau. Puis s'étendirent devant eux de vastes prairies, riches et fertiles, grandes étendues agraires qu'ils parcoururent sans se presser. De temps à autres, Rilend obliquait vers un tronc couché, pour le franchir avec son élève à sa suite, ou entraînait les montures dans un grand galop exubérant, autant pour son plaisir que pour aguerrir Daos. Le garçon ne semblait toujours pas apprécier l'équitation, mais il était attentif quand elle lui montrait comment prendre soin de sa jument palomino et il progressait convenablement.

Le soir, le camp dressé, il leur fallait repartir, tantôt chasser, tantôt courir, tantôt simplement s'exercer à la souplesse ou méditer. L'escalade était difficile sur cette terre de cultivateurs, mais Rilend ne s'en inquiétait guère : là où ils se rendaient, il serait toujours temps de s'essayer à de véritables parois...et son élève gagnait en force, en muscle et en souplesse. Le coureur se métamorphosait peu à peu, s'affinait et développait une musculature fine et nerveuse, bien loin des allures globuleuses des mercenaires qu'ils rencontraient de loin en loin.
A tout point de vue, Daos continuait à parcourir la Voie sous l'oeil appréciateur de la jeune femme, satisfaite des progrès du garçon. Pourtant, Rilend se gardait bien de manifester sa fierté plus que nécessaire, se contentant d'acquiescer ou de brèves félicitations quand son apprenti trouvait le geste juste.

Puisqu'il était impossible de pendre un sac à un arbre, ils avaient poursuivi l'exercice de l'esquive et des coups, mais avec la marchombre comme mannequin d'entraînement. Rilend esquivait les coups de Daos, pivotait et revenait de façon de moins en moins logique, de moins en moins évidente. De moins en moins comme un sac qu'on balance, de plus en plus comme un combattant qui réfléchit et réagit.
Elle ne travaillait pas encore à sa pleine vitesse ni à sa pleine force. Une telle chose aurait envoyé Daos au tapis en un quart de seconde, et ce que la jeune femme attendait avant tout était de développer sa perception plutôt que sa capacité à frapper juste. Et il avançait...même s'il ne s'en rendait peut-être pas compte.

Ce soir-là, quand ils émergèrent de la forêt dans laquelle ils cheminaient depuis deux jours, l'horizon se déploya devant eux et Rilend esquissa un sourire. Lâchant les rênes de Vaillant des deux mains, elle désigna la barre qui s'étendait devant eux à Daos :

"Voilà autre chose que les murailles d'Al-Chen, jeune homme !"

Immense, ciselées et découplées, crinière hérissée de quelque monture fantastique ou flammes figées dans des courbes torturées, les Dentelles Vives bouchaient l'horizon. A droite, à gauche, à l'infini, elles s'étendaient comme une muraille naturelle avant les plaines d'Ombreuse et ses régions sauvages.
La Passe de la Goule était un petit peu plus au Nord, ce qui ne gênait guère la marchombre : elle souhaitait s'attarder quelque peu au pied des Dentelles avant de les franchir vers l'ouest...

Et c'est à un endroit connu d'elle et de quelques autres voyageurs, isolé et discret, qu'ils montèrent le camp. Un petit paradis dissimulé, idyllique, caché derrière un repli de roche. C'était un golfe de verdure et d'eau claire, qui abritait un petit lac d'à peine dix ou vingt mètres de large mais plus profond que trois hommes debout, rempli par la lente sudation des roches traversées d'eau de pluie.
L'herbe était grasse et épaisse, parfaite tant pour les chevaux que pour les deux voyageurs, la région giboyeuse et Rilend laissa mission à son élève de méditer tandis qu'elle partait en chasse et, peu après, ramenait un gros lièvre qui leur suffirait bien à tous deux. Dûment pansés, Vaillant et Ptibuis faisaient bombance tandis que la jeune femme préparait le repas. Ce soir, elle faisait grâce de l'entraînement physique à Daos.

"...Nous allons rester ici quelques jours. Je te conseille de bien dormir ce soir !"

Clin d'oeil.
Demain sera un jour d'entraînement, petit marchombre...

En attendant, elle s'installa non loin de lui, réchauffée par le feu de camp et prit le temps de manger. Puis, Rilend leva les yeux pour admirer les étoiles épinglées à l'infini et ramena les yeux sur son apprenti, une ombre de sourire aux lèvres :

"Alors ? Toujours pas convaincu par la gent équine, je crois ?"

__________________________________________

*Parce que la panthère en toi peut être apprivoisée
Parce que le plus grand des trésors est la liberté.*

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Daos Loner
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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°2]   Dim 25 Juin 2017, 00:14

Seul le bruit sourd et régulier des sabots sur le sol de terre meuble venait troubler l'activité de la forêt. Juché sur Ptibuis, la jument palomino appartenant à l'Académie, Daos promenait son regard sur les alentours sans se lasser des impénétrables rangées d'arbres disparates. La fin de l'hiver, quelques semaines auparavant, avait marqué la renaissance des forêts telles que le jeune homme les aimait. D'épaisses touffes de mousse recouvraient les troncs à l'écorce sombre encore humide de la bruine qui avait ruisselé au travers des larges feuillages d'un vert profond. Cà et là, fougères et buissons épars recouvraient le sol en y formant un matelas touffus au milieu duquel les chevaux devaient se frayer un chemin, foulant de leurs sabots la terre humide jonchée de morceaux d'écorce et d'aiguilles de conifères. Des piaillements d'oiseaux offraient un concert dont les musiciens se cachaient derrière les arbres et leur feuillage rassurant. De temps à autres, l'un d'entre eux se soulevait d'une fine branche pour venir se poser sur un arbre voisin, projettant au passage quelques fines gouttelettes sur les deux cavaliers contraints de se cantonner à la voie terrestre.

Daos poussa un long soupir en fermant les yeux, faisant confiance à Ptibuis pour calquer son rythme et son chemin sur ceux de la monture de Rilend. Voilà deux jours qu'ils étaient entrés dans cette forêt. Depuis leur départ du Désert des Murmures, maître et apprenti n'avaient pas dévié de la direction de l'ouest, abandonnant le sable chaud pour une trouée dans le sud des Montagnes de l'Est, contournant Al-Jeit par le sud pour rejoindre l'Arche et traverser le Pollimage, avant de légèrement s'orienter vers le sud-ouest pour pénétrer dans la forêt qui les entourait. Dans son enfance, le jeune homme avait pris soin d'emprunter une carte de Gwendalavir aux Rêveurs de Tintiane afin d'en mémoriser les tracés. Loin d'avoir tout retenu dans les moindres détails, il était néanmoins encore capable de situer leur position approximative. Et s'ils n'avaient pas dévié de l'ouest à travers les chemins tortueux de la sylve, face à eux, loin derrière la lisière qu'ils ne pouvaient apercevoir, devaient s'étendre les Dentelles Vives.

Daos n'avait pas questionné son maître sur leur destination. Voilà trois mois qu'il suivait l'enseignement de la mystérieuse marchombre. Durant tout ce temps, il avait pris l'habitude d'emboîter le pas à la jeune femme, et pas une fois il n'avait songé à remettre en question ses méthodes. Sable chaud, massifs du désert, Montagnes de l'Est, grandes plaines d'Al-Jeit, rivières ou encore forêts... Rilend avait toujours trouvé une chose ou une autre à lui apprendre, à lui faire travailler. Elle avait toujours trouvé une manière de le faire travailler. Lancer de poignard, escalade, course, déplacement silencieux, méditation, combat à mains nues, au poignard, au bâton, tir à l'arc, équitation, soin des montures... Tout y passait jour après jour. L'enseignement de la marchombre était difficile, complet, rigoureux, efficace et juste. Il n'y avait ni caresses ni mots doux, simplement quelques gestes ou paroles dénnotant son approbation ou son appréciation lorsque Daos se tirait d'un exercice avec succès.

Après trois mois passés sous sa tutelle, le jeune homme en était venu à remarquer nombres de petites manies de Rilend, en particulier ce léger hochement de tête approbateur, agrémenté d'un petit sourire en coin et d'un infime éclaircissement des prunelles, qu'elle exécutait pour le féliciter. Travaillant avec acharnement, passion et rigueur, Daos s'était mis en tête de provoquer ce geste au moins une fois par jour. Ce n'était pas la bénédiction de la marchombre qu'il recherchait ainsi, mais la preuve qu'il avait réussi ce qu'il venait de faire.

Au fil des journées passées à s'entraîner, à forger son corps comme son esprit, il avait retrouvé avec plaisir une sensation qu'il avait oubliée depuis longtemps. Celle de progresser, de se dépasser. Une sensation qu'il avait découverte en apprenant à forger avec son père, à soigner avec sa mère. Une sensation qu'il ne l'avait pas parcouru depuis qu'il avait commencé à courir, lorsque son corps avait été contraint de subir épuisement, crampes et courbatures jour après jour jusqu'à s'habituer à cet effort. Cette sensation, il la retrouvait désormais quotidiennement, et était devenue l'une des raisons pour lesquelles il se levait presque en bondissant chaque matin. Le seul domaine dans lequel il n'avait pas l'impression de progresser était celui du combat. Parvenir à toucher Rilend lui était toujours aussi impossible. La marchombre était tout simplement trop rapide, ses réflexes étaient bien trop aiguisés pour que le jeune homme espère l'inquiéter pendant l'un de leurs simulâcres de combat. Le pire était qu'il savait qu'elle était loin de combattre à son niveau réel.

Sentant le soleil se faire de plus en plus insistant sur ses paupières, Daos ouvrit les yeux. Ce n'était pas une trouée dans le feuillage au-dessus de lui, mais dans la forêt devant lui. La lisière s'ouvrait quelques mètres plus loin, et Ptibuis sortis des bois en suivant Vaillant, la monture de Rilend. Le jeune homme jeta un coup d'oeil à gauche, puis à droite, essayant d'estimer la longueur de la forêt.


"Voilà autre chose que les murailles d'Al-Chen, jeune homme !"

Suivant du regard la direction indiquée par Rilend, Daos aperçut ce que sa vision préiphérique avait jugé inintéressant au loin, et écarquilla les yeux. D'émerveillement.

- Woah... souffla-t-il.

Face à lui, la majestueuse chaîne des Dentelles Vives s'étendait. A perte de vue. En direction du sud, Daos en voyait à peine le bout, se rappelant que la chaîne se terminait par une immense falaise qui plongeait dans l'Océan du Sud. Sur la droite, en revanche, sa vision ne portait pas assez loin pour voir les montagnes s'agenouiller devant le Lac Chen. Les sommets de la chaîne étaient discordants, certains arrondis, d'autres plats, et les derniers aussi pointus que le bout d'une dague. Sous le soleil couchant, des pans entiers des montagnes se paraient de couleurs d'un orange chatoyant, miroir des nuages qui s'éloignaient tranquillement vers le nord. Certains des sommets portaient encore la trace blanche de l'hiver qu'ils venaient de quitter.

Daos tourna la tête vers Rilend, qui sourit d'un air complice.
"C'était donc bien ça qu'elle avait en tête..." Il talonna Ptibuis pour rester à la hauteur de la marchombre. Elle leur fit traverser une plaine nue, parsemée de quelques arbres solitaires et de rochers encore humides de la bruine qui avait tenté de les surprendre plus tôt dans la journée. Plus ils se rapprochaient, plus le jeune homme se rendait compte de l'immensité et de la hauteur de la chaîne majestueuse. Ils s'arrêtèrent à l'abri derrière un pan de montagne, au bord d'un lac d'à peine vingt mètres de large, sombre au milieu des roches et sans le soleil de l'après-midi. Après qu'ils eurent monté le camp, Rilend demanda à Daos de méditer le temps qu'elle trouve de quoi dîner. Le jeune homme alla s'asseoir sur une large pierre plate à la jointure entre le lac et la montagne, le dos droit et les mains jointes au croisement de ses jambes.

D'ordinaire, cet exercice avait le même but que la gestuelle marchombre : faire le vide, s'apaiser et s'éveiller. Il y parvint un temps, avant que ne remontent les souvenirs du désert. Les cris des blessés, les feulements des bêtes, les cadavres désarticulés gisant sur le sol de sable d'Ezadrah... Ouvrant les yeux pour fixer l'étendue du lac bleu persan, il inspira profondément à plusieurs reprises, avant de fermer les yeux de nouveau. Le sable disparut progressivement de son esprit pour n'y laisser qu'une immense plaine verdoyante à l'herbe écroulée sous la pluie battante qui tombait du ciel gris. Le paysage était le prémice de son immersion dans cet état si caractéristique, ce fil de pensées neutres qu'il ne parvenait à trouver qu'à de rares occasions.

Il ouvrit lentement les yeux au bout de quelques minutes, incapable de maintenir cet état plus longtemps. Le jeune homme resta assis au bord du lac en inspirant longuement l'espace de quelques instants, avant de se lever pour retourner à leur campement. Rilend était déjà revenue et avait déposé un gros lièvre dont la fourrure était tâchée de sang à la base de la nuque. Voyant que son apprenti avait terminé, la marchombre se mit à préparer le lièvre pendant que Daos allait chercher du bois au pied des montagnes. Il prépara le foyer en l'encerclant par des pierres grises et alla remplir d'eau la petite casserole qui leur permettait de préparer leurs repas. Tous deux allèrent s'occuper de leurs montures en attendant que l'eau bouille et que le lièvre coupé en dés cuise.


"...Nous allons rester ici quelques jours. Je te conseille de bien dormir ce soir !", lança la marchombre avec un clin d'oeil une fois leurs assiettes remplies.

Daos acquiesca en souriant. Il termina de mâcher un morceau de lièvre, déglutit et répondit :


- Je me demande bien pourquoi.

Une fois leurs ventres pleins, le jeune homme se saisit de leurs assiettes pour aller les laver au bord du lac. Lorsqu'il revint, Rilend avait la tête perdue dans les étoiles qui parsemaient l'encre du ciel, loin au-dessus d'eux. Daos s'assit à côté du feu et en suivit les volutes de fumée tourbillonantes, les quelques étincelles qui en sautaient pour venir se confondre parmi les lueurs blanches dans la voûte céleste. Ces longues escapades loin de l'Académie, des bâtiments, des villes et de toute trace de civilisation... Voilà l'une des nombreuses choses qui, chaque jour, confortaient le jeune homme dans le choix qu'il avait fait trois mois plus tôt en suivant Oturo jusqu'à Al-Chen.

"Alors ? Toujours pas convaincu par la gent équine, je crois ?"

Daos quitta le ciel des yeux pour les tourner vers Rilend, nottant son air malicieux. Il sourit lui aussi.

- Pas vraiment, non. Je préfère de loin marcher, ou courir. Je reconnais qu'ils sont pratiques pour parcourir de grandes distances ou voyager vite, mais... Quand je bouge, je préfère être entièrement maître de mes mouvements. Même le plus accompli des cavaliers, juché sur la mieux dressée des montures, n'est pas à l'abri d'une réaction imprévue du cheval. Au moins, avec mes deux pieds sur le sol, je contrôle totalement mes actes.

Quelques minutes plus tard, il observa Rilend s'étirer, à la manière d'un chat. Il ne put s'empêcher de repenser à l'ombre de fourrure noire qu'elle était devenue à Ezadrah. Il se demanda pendant quelques instants ce que cela pouvait représenter pour elle, de devenir panthère. Mais il se rendit bien vite compte qu'il était incapable de l'imaginer.

- Dites moi... Je n'ai pas vraiment... Pas du tout, corrigea-t-il, songé à aborder le sujet. J'avoue qu'entre les nouveaux entraînements dans le désert, notre voyage de là-bas jusque ici, sans parler des... Evénements à Ezadrah avant ça... J'avais un peu mis de côté le fait que vous vous étiez transformée en un très gros chat sous mes yeux. A trois reprises.

Il ramena ses jambes devant lui, croisées, et reprit la posture qu'il avait lors de sa méditation, son torse légèrement balancé vers l'arrière.

- Je peux me permettre quelques questions ?

Les yeux gris restèrent fixés sur lui, une ombre de sourire brillant dans leurs prunelles, comme pour l'inviter à poursuivre. Daos soupire avant de reprendre la parole.

- Allons-y. Depuis quand, comment, pourquoi ? J'ai trop de questions, à vrai dire. Vous avez été blessée à deux reprises en tant que Panthère, et sous forme humaine vos vêtements étaient intacts, quoique tâchés de sang, bien sûr : donc vos vêtements ne se changent pas en... Fourrure pendant votre transformations, alors où vont-ils ? Votre cerveau doit forcément changer pendant la transformation, alors est-ce que vous pouvez penser clairement, en tant qu'être humain sous forme de panthère, ou est-ce que vous pensez comme une panthère avec, je ne sais pas... Des sons, des goûts, des odeurs ? Et surtout... Qu'est-ce que ça fait, d'être une panthère ?

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Un immense merci à Wëlle pour l'avatar !


Dernière édition par Daos Loner le Mar 29 Mai 2018, 23:40, édité 1 fois
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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°2]   Lun 26 Juin 2017, 01:24

[pardon, c'est épouvantablement long]

Devant les Dentelles Vives et leur délicatesse, Daos avait écarquillé les yeux sous le regard indulgent et amusé de son maître. Le regard ému, aussi. Il avait ouvert grand les paupières comme devant Al-Jeit et au-dessus de l'Arche, aux contreforts du désert et même au sommet des toits d'Al-Chen. Un regard d'enfant, curieux, émerveillé. Un regard d'adulte, réfléchi et conscient de lui-même. Un regard sans concession ni tricherie qu'elle sentait parfois se poser sur elle aussi, en mouvement, pendant leurs exercices ou simplement au hasard d'une discussion.
C'était peut-être l'un de ses plus grands plaisirs en tant que maître : l'émerveillement du jeune homme, l'élargissement incessant de ses frontières. Les découvertes qu'elle faisait chaque jour au travers de celles de son apprenti.
Parfois aussi, tout était bien plus simple et tranquille.
Parfois, leurs échanges étaient simples et amicaux, malicieux, espiègles, ou sibyllins par jeu. Comme maintenant, alors que Daos professait son non-amour pour la gent équine sous le regard amusé de son maître. Le peu d'intérêt que le garçon éprouvait pour l'équitation n'était un secret pour personne parmi ceux qui, maître ou amis, commençaient à le connaître et crevait les yeux pour qui savait voir. Pourtant, Ptibuis broutait non loin, dûment entravée et pansée à en avoir la robe soyeuse, luisant dans la pâle lumière du feu. Il en avait été de même la veille, et il en serait de même le lendemain.
Et en cela, Rilend était satisfaite de son apprenti.

Tout comme de leur situation actuelle.
Ils venaient de passer de longues minutes silencieuses, les yeux plongés dans l'immensité de la nuit. La voûte céleste au-dessus d'eux était d'une pureté sans égale. C'était l'opacité parfaite, le noir d'encre avec une limpidité de cristal, un espace sans dimension ni fin. Nul ne saurait s'aventurer dans cette immensité de points scintillants et d'inconnu, jamais, sinon à leur manière : allongés sur le dos, les yeux dans la nuit et le cœur plein d'un émerveillement et d'un respect sans nom.
Rilend, sans la Panthère pour une fois, percevait un monde d'humain, un monde peut-être affadi par certains aspects mais tout aussi réel pour elle que l'univers d'odeurs et de bruits l'était pour le félin. Bien sûr, les mille et une fragrances de l'herbe se fondaient pour elle en un doux parfum de foin et de nature sauvage. Si elle savait distinguer les murmures de l'eau et de la forêt proche, elle était bien incapable de discerner dans ce méli-mélo musical la trace d'un lapin ou d'une souris, encore moins de différencier les deux. Incapable de voir plus que des ombres quand la nuit se faisait dense, incapable de courir plus vite qu'un daim.

Mais se décrivait-elle ainsi pour autant ?
Rien qu'en incapacités, rien qu'en négatifs, en retrait des capacités de la Panthère ?
Elle avait déjà eu cette réflexion plus d'une fois. La première date avait eu lieu sur une tour en forme de sablier d'Al-Jeit, des chaînes aux pieds, tremblante de colère et de frustration.
Elle n'avait pas de fourrure noire, pas de crocs aux allures de poignards, pas de miroir au fond des yeux. Etait-elle moins marchombre ?
Rilend ferma les yeux une seconde, souriant à l'odeur sucrée du vent et à celle, plus âcre, du feu. Les brins d'herbe, près de ses oreilles, frottaient les uns sur les autres et chatouillaient ses mains, tout en fraîcheur. Et si elle ne saurait jamais forcer un lièvre à la course, en tous cas pouvait-elle suivre le Murmure sur une paroi verticale sans fin au cœur du désert. Mieux que la Panthère, escalader, évoluer dans la foule et entre ses semblables. Jouer, danser, aimer. Comme elle, la jeune femme savait se fondre dans une ombre, une nuit, un buisson. Comme elle mais à sa façon, elle cherchait à chevaucher le vent et tutoyait la lune.
Quelle différence ?
Toutes.
Aucune.

Si Daos n'avait pas été là, peut-être la marchombre aurait elle passé la nuit ainsi, entre sommeil et méditation, langueur, exaltation et doux contentement. Elle serait restée là, allongée dans l'herbe et toute entière dédiée à la contemplation de cette paisible nuit de printemps. De ce monde qui, non pas l'entourait, mais l'englobait en son sein.

Le garçon rompit le silence à cet instant et Rilend se redressa sur un coude pour l'écouter. Dans la voix brusquement hésitante de Daos, la marchombre sentit sourdre la tension qu'elle percevait depuis plusieurs jours déjà dans chaque discussion, sous chaque question, sans savoir si elle provenait de lui ou d'elle. Elle n'avait pas encore eu l'occasion de reparler d'Ezadrah.
Il y avait tant à dire.
La Panthère, bien sûr, et peut-être l'apprenti était-il la deuxième personne au monde à qui Rilend fournirait toutes les réponses nécessaires après Erwan. L'abjection dont ils avaient été témoins et la brutalité, la violence infâme de la torture et de l'emprisonnement de tous ces êtres. La laideur des batailles, aussi. Rilend détestait les grandes batailles, même quand c'étaient les marchombres, feux follets unis pour l'occasion, qui les livraient. Les combats de ce style n'étaient que confusion, vitesse et survie, souffrance et agonisants abandonnés là. Quand bien on aurait voulu tuer proprement, on n'en avait pas le temps et quand on souhaitait seulement assommer, l'infortuné était piétiné par les suivants.

Cette guerre-ci avait été particulièrement meurtrière. Quand les animaux s'étaient déchaînés, Métamorphes ou simplement erreurs de la nature créées par les abjectes manipulations du fou, la place avait basculé dans un chaos sans nom. Griffes, crocs, sang et rugissements, pleurs, corps démembrés et membres lacérés, tout avait sombré. Le champ de bataille de cette furie aveugle avait peut-être été parmi les pires que Rilend ait jamais eu à contempler.

Si Daos abordait le sujet, il faudrait qu'elle lui parle de la mort et du fait de la donner. De la beauté de la vie et de la nécessité parfois de l'ôter. C'était quelque chose qu'elle avait eu du mal à appréhender, elle s'en souvenait, quand elle était apprentie...peut-être parce que sa première vraie expérience de la chose n'était pas son expérience. La première fois qu'elle avait tué des humains, elle s'en était rendue compte en reprenant forme humaine et en voyant les corps martyrisés et ouverts baignant dans une mare de sang, au coin d'une ruelle.
Mais pour l'heure, la curiosité du jeune homme s'orientait plutôt vers la Panthère et Rilend se redressa encore légèrement, pour être plus à l'aise. Elle l'encouragea du regard.


« Dites moi... Je n'ai pas vraiment... Pas du tout songé à aborder le sujet. J'avoue qu'entre les nouveaux entraînements dans le désert, notre voyage de là-bas jusque ici, sans parler des... Evénements à Ezadrah avant ça... J'avais un peu mis de côté le fait que vous vous étiez transformée en un très gros chat sous mes yeux. A trois reprises.
Je peux me permettre quelques questions ? »


Oui, dirent les yeux de la marchombre.
Il est temps d'ouvrir le sujet.

« Allons-y. Depuis quand, comment, pourquoi ? J'ai trop de questions, à vrai dire. Vous avez été blessée à deux reprises en tant que Panthère, et sous forme humaine vos vêtements étaient intacts, quoique tâchés de sang, bien sûr : donc vos vêtements ne se changent pas en... Fourrure pendant votre transformations, alors où vont-ils ? Votre cerveau doit forcément changer pendant la transformation, alors est-ce que vous pouvez penser clairement, en tant qu'être humain sous forme de panthère, ou est-ce que vous pensez comme une panthère avec, je ne sais pas... Des sons, des goûts, des odeurs ? Et surtout... Qu'est-ce que ça fait, d'être une panthère ? »


Il avait bien des questions et c'était bien normal. Daos avait assisté à un événement que la plupart des humains considèreraient comme impossible ou a minima contre-nature. En quelques jours, il lui avait fallu accepter, puis constater, l'existence des Métamorphes et l'appartenance de son maître à cette sous-catégorie de l'humanité.
Rilend avait déjà réfléchi au sujet. Elle savait ce qu'elle lui révèlerait et ce qu'elle cèlerait.
Un peu. Encore.
Peut-être.

« Des questions difficiles !
Comment, pourquoi, je n'en ai aucune idée. Pourquoi naît-on avec les cheveux blonds ou les yeux bleus, deux bras ou un seul, un don du Dessin plus ou moins développé ? Naitre Métamorphe ou non appartient à la même gamme de hasard...
C'est un sujet plutôt secret, et les évènements récents justifient en grande partie cette discrétion. De ce fait, il n'existe que peu de savoir à ce sujet...je crois bien que personne n'a jamais pu mettre la main sur un document à ce sujet. Ce que je sais, je le sais plutôt par expérience personnelle.
Ce n'est pas un apprentissage. Ca ne s'acquiert pas...
On ne choisit ni ce qu'on est, ni l'animal. Le pouvoir est présent et latent dès la naissance, mais il ne se révèle pas toujours aussi tôt et bien des Métamorphes n'avaient aucune conscience de leur double animal avant de se transformer pour la première fois. Pour ma part, j'avais une douzaine d'années.
Il semblerait en revanche qu'il soit en grande partie héréditaire. »

Elle laissa couler quelques secondes et l'image d'Yléna s'imposa à son esprit. Puis Rilend secoua doucement la tête et revint au moment présent, s'attelant à la suite des questions de Daos.

« Je n'ai aucune idée de ce que deviennent mes vêtements, en tous cas ils demeurent présent avant et après, de même que mes armes. Il en va de même pour tous ceux que je connais. C'est d'ailleurs quelque chose qui ferait sûrement s'arracher les cheveux à tous les physiciens de Gwendalavir ! »


Et pourtant, ils admettaient sans peine aucune les Dessinateurs, qui faisaient surgir des objets de matière et de réalité des Spires...Rilend chassa l'interrogation dans un coin de son esprit pour réfléchir à la dernière, et plus complexe, question.
Elle partait déjà perdante. Il serait impossible de décrire à Daos l'incroyable sensation d'être deux en un, et le changement radical que subissaient son être et ses perceptions quand elle devenait Panthère.

« Tes deux propositions sont...partiellement vraies, et erronées.
Quand je me transforme, je ne suis plus exactement moi, en tous cas ce n'est plus moi qui contrôle l'intégralité de mes mouvements ou qui analyse les sensations, l'environnement. Et pourtant, je suis toujours consciente, enfin plus ou moins consciente, de ce qui se passe, mais...en arrière-plan. Ce n'est pas exactement moi en tant qu'humaine qui prend les décisions. »


Léger soupir.

« Ca va te paraître très étrange, je sais. Attends que j'aie fini, s'il te plaît, ne m'interromps pas avant.
C'est plutôt...deux entités différentes, aussi étrange que cela puisse paraître. Avec une coexistence on ne peut plus étroite, certes. Mais suffisamment distinctes pour avoir l'impression d'être quasiment...double. »

Un nouveau silence. Peser les mots, sentir comme ils roulent sur la langue. Les goûter et tester leur poids.

« Pour dire les choses aussi simplement que possible, il y a moi, et la Panthère. Et l'une qui prend l'ascendant sur l'autre – et selon laquelle a le dessus, la répercussion disons...physique est plus ou moins forte.
Au début, ça peut même aller jusqu'à l'affrontement. Les jeunes Métamorphes pas vraiment conscients de leur pouvoir, ou effrayé par leur part animale, ont tendance à la réprimer. Bien sûr, dans ce cas, ils ne se transforment pas...tant qu'ils gardent le contrôle. Mais quand ils le perdent et que ce n'est plus leur part humaine qui a le dessus, on se retrouve face à un animal dans...toute son entièreté. Et c'est généralement ce qui arrive lors...de la première transformation, pour quelqu'un de totalement néophyte.
Ce n'est pas ce que j'ai fait dans le désert. Sinon, je n'aurais jamais pu nous guider jusqu'au lieu du combat. La Panthère aurait plutôt fui. De même dans l'infirmerie. Et je n'aurais probablement pas pu reprendre forme humaine alors que les Rêveurs avaient décidé de m'acculer ! »


Elle laissa échapper un petit rire.

« Les pauvres...
Bref. Avec l'expérience, et une fois cet aspect des choses accepté, on trouve un équilibre. Il y a toujours une part qui domine l'autre mais elle ne l'écrase plus jusqu'à l'étouffer. Et si c'est toujours la partie qui...correspond à la forme, animale ou humaine, qui dirige, si je puis dire, l'autre peut influer sur les actions. Jusqu'à éventuellement imposer sa volonté.
Me transformer implique de perdre le contrôle, de le laisser à la part animale de mon esprit. Si je refuse de céder, je ne me transforme pas et l'inverse est aussi vrai. Au début, il m'était même très difficile de garder conscience de moi-même, au point que je n'en avais aucun souvenir. Maintenant, ce n'est plus vraiment un problème, sauf en cas d'émotion forte...de la Panthère ou de moi. Toujours cette histoire d'ascendant sur l'autre. 
Tu as déjà remarqué que certains animaux sont parfois mal à l'aise en ma présence ? Vaillant et la plupart des chevaux de l'Académie s'y sont accoutumés, mais j'ai tout intérêt à me concentrer là-dessus la première fois que je rencontre une autre monture. Les humains aussi peuvent le percevoir, si je laisse plus de présence à la Panthère. Mais ils y sont moins sensibles, ou moins tôt, là où les animaux sont extrêmement perceptifs à ce sujet. »


Rilend se laissa retomber sur le dos, doucement, et plongea les yeux dans les étoiles quelques secondes, le temps de prononcer sa conclusion, avant de se redresser pour regarder Daos sur ses derniers mots :

« Quand je me transforme, ses perceptions sont les miennes, infiniment plus fines que les nôtres. Ses pensées ne sont pas les miennes, mais je les partage et je ne peux pas trop...pas trop penser comme un humain, ou alors de façon assez prosaïque. Je serais bien incapable de réfléchir à ce genre de réponse, par exemple, sous forme animale. Mais je peux analyser une bataille ou choisir un chemin.
Et l'autonomie que je lui laisse, ou qu'elle me laisse – question de point de vue ! - dépend globalement des circonstances. A Ezadrah, j'ai tout particulièrement pris la main, sauf dans l'infirmerie où j'ai eu un peu de mal à la convaincre de me laisser faire. Mais d'ordinaire, quand je me transforme, je la laisse chasser sans intervenir, une bonne partie de la nuit. Je suis simplement présente. »


Et cette fois-ci, les yeux de la marchombre se firent rêveurs et à moitié sauvages tandis qu'un fin sourire de chat étirait ses lèvres. La dernière question de Daos était probablement celle dont il attendait la réponse avec le plus d'impatience.

« Ce que ça fait d'être une panthère ?
La conscience de son corps, ses muscles, que nous acquérons au prix d'un long entraînement, les félins l'ont quasiment d'instinct. Leurs pensées sont globalement moins élaborées, mais ils savent analyser la trajectoire d'une proie comme nous une carte, rejoindre un endroit distant de centaines de lieues sans boussole. Ils ignorent le passé, le futur, ils anticipent mais ne se projettent pas. Et de ce fait, ne se tracassent pas non plus. Seul compte l'instant présent, mais il se suffit déjà bien à lui-même !
On court plus vite, plus loin, plus fort. On saute plus haut. Le froid n'existe plus vraiment, ou il est rare et il suffit de se rouler en boule. Traquer et chasser deviennent les choses les plus stimulantes qui soient.
Imagine que la nuit n'existe pas. Que le monde est globalement...plus trouble et terne, mais que tu peux décomposer chaque mouvement avec une précision hors du commun. Rien de ce qui bouge ne t'échappe et notamment rien de ce qui bouge vite. Les sons, de la même façon, sont variés et détaillés. Je peux entendre dans le bruissement de l'herbe le son particulier que font les brins quand ils frottent contre du poil, et connaître la taille de l'animal ou sa vitesse. Le goût change d'une façon indescriptible et l'appétit de même. Les odeurs sont d'une variété absolument infinie et évoluent en fonction d'une multitude de facteurs, y compris pour un même individu. Pour un humain au nez extraordinairement fin, chaque être aurait sa propre odeur. Pour une panthère, chaque être a sa propre gamme de nuances, chaque lieu aussi, et les pistes sont aussi claires et faciles à suivre que le sont pour nous les routes pavées. »


Cette fois-ci, la marchombre s'interrompit. Elle avait perdu ses mots.
Et soudain, le recours lui apparut comme une évidence.
Rilend s'agenouilla, tira sa dague et traça lisiblement devant le foyer quelques mots.

Nouvelles nuances nocturnes.
Indescriptibles possibles.
Voile levé.


Quand Daos se pencha pour les lire, elle le laissa faire.
Quand il fut tenté de murmurer les mots, elle souffla :

« Ne les prononce pas. La poésie marchombre est faite pour être écrite, et seulement écrite. »

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°2]   Ven 30 Juin 2017, 19:33

Daos sourit lorsque Rilend se tut après avoir laissé un flot de réponses s'écouler de ses lèvres. C'était l'une des nombreuses raisons pour lesquelles le jeune homme était aussi fier, heureux et reconnaissant que la marchombre ait accepté de le guider : ces questions et réponses de longueurs dignes de monologues, entrecoupées de longs silences contemplatifs pour lesquels tous deux partageaient le même goût. La jeune femme n'avait pas tarit d'éloquence, et avait donné à Daos de quoi réfléchir au moins pour les semaines à venir. Et soulevé presque autant de questions que de mot qu'elle avait employés.

Ainsi, c'était un pouvoir latent qui ne s'éveillait qu'à l'adolescence. Du peu que Daos en savait, c'était également le cas du pouvoir des Dessinateurs. Lui-même n'avait été en mesure de s'ouvrir à l'Imagination qu'à l'âge de quatorze ans, et ça n'avait été que pour dessiner une petite flamme au bout d'une vingtaine de minutes. Il se promit d'ailleurs de demander à Rilend jusqu'où allaient ses talents de Dessinatrice, si talents elle avait.

Lorsqu'elle évoqua la tendance héréditaire du Métamorphisme, Daos haussa un sourcil. Les mots qu'elle avait choisis indiquaient qu'elle avait dû observer cette hérédité à l'oeuvre. Ses parents étaient-ils Métamorphes ? Et d'ailleurs, qui étaient ses parents ? Le jeune homme se souvenait avoir interrogé son maître lors de leur premier cours, à Al-Chen, mais il ne se souvenait pas avoir entendu quoi que ce soit à propos de ses parents.

Il eut ensuite un large sourire. Effectivement, des vêtements qui disparaissent et reviennent par magie devraient poser une colle aux savants de l'Empire, pour peu qu'un Métamorphe accepte de se révéler à eux et se plie à leurs expérimentations. Les vêtements des Métamorphes allaient-ils dans une autre dimension, telle que l'Imagination ? Un immense endroit vide dans lequel les vêtements de tous les Métamorphes actuellement sous leur forme animale flottaient librement ? Il ne put s'empêcher de pouffer en imaginant cela.

Daos reprit ensuite son sérieux. Il fronça les sourcils lorsqu'elle évoqua la Panthère. Ainsi, ce n'était pas réellement un pouvoir comme Daos l'avait imaginé, une particularité qui permettait à un humain de changer de forme. C'était plus que cela, plus complexe, plus étrange, et même plus dangereux. Il ne put s'empêcher de frissonner en essayant d'imaginer ce que devaient ressentir les jeunes Métamorphes lorsqu'ils découvraient la présence d'un animal en eux. Il ne pouvait pas savoir, seulement imaginer, ce que signifiait avoir quelqu'un d'autre, quelque chose d'autre, en soi. La panique que les jeunes inexpérimentés devaient ressentir lorsque leur double prenait le contrôle. Avaient-ils la sensation d'être arrachés de leur corps, ou étaient-ils repoussés au plus profond de leur être tandis que quelqu'un d'autre prenait le contrôle ? Il se retint d'interroger Rilend sur sa première transformation. Si elle ne l'avait pas évoquée, elle avait ses raisons.

La marchombre s'allongea dans l'herbe, le visage face au ciel et les yeux perdus dans les étoiles. Daos se contenta de l'observer tandis qu'elle semblait réfléchir à sa dernière réponse. La plus importante, et peut-être même la plus complexe. Qu'est-ce que cela faisait, de devenir une panthère ?

Il ne connaissait pas particulièrement bien l'anatomie des félins mais savait que, comme pour la plupart des animaux, leurs sens étaient infiniement plus développés que ceux des humains. Cette fois, il parvint à imaginer. Il parvint à imaginer ce que signifiaient des sens aussi accrus, un jeu de muscles si acérés que l'équilibre, l'escalade, la course, la traque et le moindre bond étaient d'un naturel qui les rendaient si aisés à accomplir. Ni passé, ni avenir, ni même une notion du présent ou du temps.

Rilend s'interrompit si soudainement que Daos la fixa les sourcils levés sous le coup de l'étonnement. La description qu'elle avait fait de la métamorphose avait été bien plus précise et détaillée que ce à quoi s'était attendu le jeune homme, mais elle ne semblait pas satisfaite. Elle s'agenouilla et, de sa dague, se mit à graver quelques mots devant le feu qui craquait. Daos se pencha vers le petit texte lorsque la marchombre eut fini. Il n'y avait même pas dix mots. Son coeur marqua pourtant un battement à chacun d'entre eux que ses yeux parcouraient.

Nouvelles nuances nocturnes.
Indescriptibles possibles.
Voile levé.

Ce n'était pas comparable à une chanson, ou les rares poémes que Daos avait put lire. Sans rime, régularité dans le rythme, le texte aurait pu paraître fade au premier abord. Il ne l'était pas. Chaque mot semblait s'accorder, non seulement avec ceux qui l'entouraient, mais aussi avec ceux des autres vers. Ils semblaient renfermer une mélodie qui leur était propre, si intriguante et attirante que le jeune homme entrouvrit la bouche pour la murmurer.

Un souffle de Rilend le stoppa net. Il referma immédiatement la bouche, ses yeux toujours posés sur le petit texte. La poésie marchombre. La jeune femme ne lui en avait jamais parlé, et il sentait que c'était là une leçon aussi spontanée qu'importante. Il ne saisissait pas tout, mais les trois vers traçaient quantité d'images dans son esprit, par lesquelles il se
laissa envahir quelques minutes en fermant les yeux.

- Une image vaut mille mots, d'après ce qu'on dit, murmura-t-il.

Il ouvrit les yeux et regarda Rilend, souriant.


- Je suppose que ce n'est que justice qu'une poignée de mot vaille mille images.

Ses yeux revinrent se poser sur le poème, dont les mots semblaient briller à la lueur du feu.

- De la poésie marchombre, interroga-t-il ?

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°2]   Sam 22 Juil 2017, 23:36

Son élève était attentif et, toute prise qu'elle fût par son discours, Rilend s'en rendait compte. Les mimiques, les infimes mouvements, la tension discrète dans l'attitude de Daos soulignaient son intérêt pour le sujet qu'il avait soulevé et la marchombre n'aurait pas été surprise qu'il la bombarde derechef de questions sitôt son discours achevé. Le garçon était curieux, loquace et n'hésitait pas à demander des précisions, bien loin de ce qu'avait été son maître au même âge.
Bien loin de ce qu'elle était aujourd'hui.

De sauvage et silencieuse, Rilend était demeurée introvertie et plutôt solitaire mais avait fini par s'ouvrir et accepter de communiquer avec ses semblables. L'apaisement de ses relations avec la Panthère y était sans aucun doute pour beaucoup, mais l'exubérance de Libertée avait très probablement joué un rôle au moins égal. Elle ne s'était cependant jamais imaginée dans ce rôle de professeur volubile, heureux de lire une certaine compréhension et un intérêt certain dans les yeux de son élève. L'expérience de l'enseignement, totalement nouvelle pour elle et riche de surprises, n'était pas de celles qu'elle regrettait.
Elle n'aurait jamais pensé mettre un jour des mots sur la Panthère. Même face à ceux qui partageaient, comme elle, leur être avec un animal, elle ne détaillait pas le phénomène, peut-être par un fond de pudeur. Pourtant, elle était là, à discourir en un torrent de mots intarissable sur l'un des rares sujets qui lui soient réellement sensibles.

Et le profil de son élève, accroupi devant les flammes, devant les mots gravés, valait mille nouvelles questions. De justesse, il se contint, n'alourdissant pas les mots gravés dans la poussière du poids d'une voix humaine. Et pourtant il les lut, et pourtant, Rilend eut le sentiment qu'il les comprenait et sourit quand Daos évoqua leur signification.
Puis sourit encore plus quand il posa une énième question.
Toujours accroupie devant le feu, la marchombre laissa ses doigts courir sur le poème, comme une caresse. Celle du feu, brûlante sur sa peau, l'apaisa étrangement, comme un écho de la sérénité des mots résonnant dans le silence de son esprit, à jamais privés de toute voix. Elle goûta quelques secondes le silence riche, vivant et assourdissant de la nuit, le ronflement des flammes et leur baiser sur sa peau, l'instant suspendu avant de répondre à son élève si curieux.

"Les mots, écrits, gravés, dessinés parviennent parfois à exprimer ce que la voix ne peut transmettre, ce qui est trop subtil ou intangible pour être formulé. Les marchombres les utilisent parfois sous cette forme, quand ils en éprouvent le besoin - pas tous. Nulle obligation, ni apprentissage. C'est quelque chose qui demeure spontané, dans l'instant, presque évident."

Elle se rassit, un peu plus près du feu pour que le brasier l'enveloppe de chaleur et esquissa un sourire félin :

"Ce n'est pas un exercice de style et cela n'a pas grand-chose à voir avec une quelconque littérature. Mais c'est un mode d'expression que certains marchombres apprécient et comprennent. Une façon parmi d'autres de dépeindre la Voie."

[désolée, c'est court ^^]

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°2]   Mer 02 Aoû 2017, 13:38

La marchombre sourit en entendant la question que posa Daos. Sa main se glissa le long de l'herbe encore humide de la pluie de la journée, et le bout de ses doigts vint effleurer le relief des lettres tracées de la point de sa dague dans la terre meuble. Sous la lueur orangée du feu crépitant dans le petit cercle de pierres rondes qu'ils avaient formé, sa main projetait une ombre dansante sur le sol, à l'image des formes sombres de leurs corps qui s'agitaient sur les parois de pierre derrière eux. Elle ne semblait pas réfléchir à sa réponse mais prendre son temps : profiter de la fraîcheur de la nuit, de la chaleur du feu, de la brillance des étoiles et de la clarté de la lune au milieu du bleu sombre du ciel.

Daos fronça légèrement ses sourcils lorsqu'elle lui répondit. Pour décrire la poésie marchombre, Rilend parlait de spontanéité, d'évidence, presque d'instinct. Même si les mots qu'il pouvait lire sur le sol faisaient naître en lui un écho particulier, dont les formes et les couleurs semblaient plus éloquentes que bien des images, il ne parvenait pas à s'imaginer les écrire lui-même. Ce n'était pas une histoire d'instant ou d'évidence sur le moment : il ne s'en sentait tout simplement pas capable.

Pas encore.


"Ce n'est pas un exercice de style et cela n'a pas grand-chose à voir avec une quelconque littérature. Mais c'est un mode d'expression que certains marchombres apprécient et comprennent. Une façon parmi d'autres de dépeindre la Voie."

Le jeune homme hocha la tête en silence, toujours assis en tailleur et le dos bien droit, ses yeux rivés sur les flammes dansantes devant lui. Le silence de la nuit résonnait comme une douce musique à ses oreilles. Les stridulations se mêlaient au murmure du vent et au crépitement du feu dans un ensemble si discordant qu'il en devenait harmonieux, parfois agrémenté du vrombissement d'un insecte qui volait près d'eux. Puis il revit malgré lui le sable. La nuit. La fourrure et les crocs, le métal et le sang. Il ferma les yeux quelques instants en inspirant longuement.

- Rilend ?

Un regard dont les iris presque noires brillaient du reflet des flammes oranges l'enjoignit à parler.

- Ezadrah... murmura-t-il. Pourquoi ?

Il baissa les yeux en fronçant les sourcils.

- Pourquoi, reprit-il. Pourquoi toutes ces morts ? Toute cette souffrance ?

Il hésita un moment, avant de reprendre :

- Je peux comprendre que l'on tue s'il n'y a pas d'autre solutions. Je... Je l'ai fait, admit-il en repensant à sa dernière soirée à Al-Jeit. Et peut-être le referai-je un jour. Mais... Ce que je ne comprends pas, c'est que certains sont capables de perpétrer tant d'horreur par... Cupidité, acheva-t-il.

Il inspira longuement pendant plusieurs secondes, avant de reprendre :


- Ezadrah... Ce n'est pas qu'une histoire de Métamorphes. Comment un Humain peut-il ne serait-ce que songer à faire ce genre de choses ?

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°2]   Lun 04 Sep 2017, 00:04

Comme son maître, Daos semblait goûter la nuit. Dans le calme profond de la nature endormie et les jeux du vents dans les dentelles de roche ils avaient l'impression d'être seuls au monde. Et pourtant, autour d'eux, Rilend sentait bruisser la forêt. Petits mammifères, oiseaux nocturnes et, de loin en loin, un vrombissement d'insecte comme un vestige d'été, un concert de vie qui les enveloppait après le calme glacé du désert. Dans cette paix rythmée par les craquements du feu, propice à la contemplation, Daos écoutait son maître en silence et dans ses yeux, Rilend lisait autant de compréhension que de perplexité.
Il demeurait dubitatif devant l'instinct, l'impérieux besoin de rédiger la poésie marchombre, comme d'habitude et comme d'habitude, Rilend ne s'en inquiétait guère. Daos voulait apprendre et comprendre, c'était une de ses qualités comme un de ses défauts ; il dépeignait, construisait, bâtissait, appliquait et en oubliait encore d'oser lâcher prise et écouter.

C'était la plus difficile des leçons, la sensation.
C'était celle qui viendrait le plus naturellement, faisant son nid au gré des échecs pour un beau jour, dans un éclair de lucidité, se révéler toute entière, encore à maturer mais déjà avancée. Comme on parvient un beau matin à lire l'eau et le vent, à se tenir encore et encore au bord du précipice, à ne plus se laisser renverser par le torrent. D'un coup, un jour, sans comprendre pourquoi l'on comprend si soudainement.
En attendant, il gagnerait en force, en endurance et en technique, jusqu'à ce qu'à force d'affûter ses outils il comprenne qu'ils ne servaient à rien s'il ne savait pas quand les utiliser. En attendant, il irait parfois d'échec en échec jusqu'à arrêter de savoir, pour commencer à sentir.

Rilend leva le menton, quelques secondes, le temps de scruter à la dérobée les sommets des Dentelles Vives, noyées dans l'obscurité mais découpées par la lune et sa clarté sur leur fond bleu nuit. Et de sourire.
Y avait-il des torrents dans les montagnes ? Des précipices ? Certainement.

Quand la jeune femme revint à son élève, les yeux du garçon avaient changé. De rêveurs, un brin dubitatifs, ils étaient désormais vagues et lointains, troublés. Le silence, alourdi.
La Panthère frémit et feula, sentant la tension.
Rilend parcourut du regard le visage de son apprenti.
Perdu. Presque crispé. En tous cas, désemparé.
Daos parut reprendre un peu d'emprise sur lui-même quand il ferma les yeux avec un soupir, et son maître sut que l'explication allait venir. Légèrement inquiète mais d'apparence sereine, surtout bienveillante, elle attendit la question qui ne tarda pas.
C'était la pire des questions.
C'étaient les cadavres, l'horreur, la mort et le carnage soudain, dans cette petite crique endormie. Les hurlements et le sang, les bêtes contre-nature et l'indicible souffrance de créatures faites pour être libres et jetées en cage.
La seule explication qu'elle ne saurait peut-être jamais lui donner et à laquelle elle redoutait les réponses qu'il devrait trouver.

Pourtant, elle soutint son regard. Rilend ne voulait pas trahir Daos, l'abandonner face à cette interrogation, mais elle savait déjà que la réponse qu'elle lui fournirait serait, par nature, insatisfaisante. Et la Panthère qui grondait...
Elle chercha ses mots.
Encore et encore.
Il n'y avait pas de bonne réponse ni de mots justes, pas de belles phrases. Comment aurait-elle pu lui faire comprendre ce qu'elle-même ne comprenait pas ? Comment lui répondre "je ne sais pas", à son élève qu'elle ne voulait ni décevoir ni trahir ?
Mais elle n'était qu'une marchombre.
Et elle ne comprenait toujours pas.

Alors, Rilend changea légèrement de position pour étirer son dos et, quand ses yeux gris revinrent en une seconde sur Daos, sombres, presque noirs dans la nuit, ils brillaient d'un chagrin diffus, un regret infime. Mais la voix fut sans colère, douce et pourtant révoltée, les paroles, lentes.

"Je n'en sais rien. Je ne peux pas comprendre, ni imaginer."

Elle secoua lentement la tête puis regarda encore Daos, craignant presque de voir la déception briller dans ses yeux. Mais il était là, il l'écoutait et elle n'hésita plus, espérant seulement ne pas semer en lui les graines de la misanthropie et de l'amertume.

"J'aimerais bien dire que c'est parce qu'il n'a rien d'humain, mais je crois que c'est une réponse trop simple que de le renier ainsi. Je ne crois, hélas, pas que cet homme n'ait pas été un Humain, dans toute sa complexité. Un Humain qui a perpétré...des horreurs indicibles, inimaginables et impensables, à un point où il devient difficile d'en saisir l'ampleur. Après tout, les humains sont capables du pire et même au-delà."

Elle ramena les jambes devant elle, entoura ses genoux de ses bras dans une posture autant de confort que de consolation. Mais sa voix, pour la suite, s'était éclairée, pleine d'une conviction aussi forte qu'une certitude.

"Et du meilleur aussi, je crois.
Je préfère ne pas trop m'attarder sur ce genre d'êtres et d'actions : on a beau les ruminer, jamais je n'ai pu les comprendre. Impossible aussi d'oublier, bien sûr...mais je refuse de les laisser ternir ma vision du monde."


Son regard avait quelque chose de la Panthère.
La volonté farouche, ou la force.
Quelque chose.

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°2]   Mer 01 Nov 2017, 01:55

Peut-être avait-ce été dû à un effet causé par la lueur du feu crépitant, mais le jeune homme aurait juré avoir vu les iris de son maître, braqués sur lui, s'assombrir alors qu'il parlait. Rilend avait dix ans de plus que lui et était une marchombre accomplie : Daos se serait attendu à ce que la jeune femme lui réponde qu'elle avait déjà vu ce genre d'atrocités. A ce qu'elle lui explique comment un humain pouvait atteindre un tel seuil de folie. A ce qu'elle lui lâche simplement que certains étaient frappés d'une folie si grande qu'ils ne pouvaient se rendre compte des horreurs qu'ils commettaient. Il se serait attendu à tout.

Sauf au silence. Un silence si lourd de sens. Un silence qui dura une éternité. Si long que Daos eut le temps de se rendre compte qu'il n'était pas le seul a avoir été choqué par Ezadrah. Assez long pour lui faire redouter le moment où Rilend ouvrirait la bouche pour lui expliquer les raisons de la désolation qu'ils avaient contemplée dans le Désert.

Partis tout ce temps à la chasse du ballet des flammes orangées, les yeux de la marchombre se posèrent sur son apprenti. Brillants de regret. Sa voix s'éleva, aussi lente que basse, d'un ton infiniement plus grave que celui qu'elle employait habituellement lorsque leurs longues conversations portaient sur les sujets les plus sérieux. Sa réponse fut la seule à laquelle le jeune homme n'aurait pu s'attendre. Ses yeux restèrent fixés sur la marchombre alors qu'il prenait lentement la mesure de ce qu'avait murmuré Rilend.

Elle n'en savait rien. Elle ne pouvait comprendre, elle ne pouvait l'imaginer. Pourquoi ?

Bien sûr que les humains sont capables du meilleur comme du pire. L'une des constantes majeures de la vie des Hommes est le Mal. La propension à accomplir des actes qui, au-delà de la morale et de la justice, demeurent mauvais. Présent et accroché au Coeur de chacun tel une tumeur qui grossit et rapetisse à chaque acte commis, chaque pensée d'un individu. Sans jamais disparaître. Certains passent leur vie à ériger d'immenses barrières autour, mais jamais elles ne deviennent imperméables. Le plus pacifiste des Hommes posséde en lui cette tumeur qui éclatera lorsque son hôte atteindra son point de rupture. La plus douce des mères se jettera sans hésiter sur le meurtrier de ses enfants. Le plus tendre des pères de famille se parjurera pour sauver les siens. Le marchand engagera des petites frappes pour aller battre son concurent direct et le pousser à fermer boutique, le paisible mendiant n'hésitera pas à voler la bourse d'un noble pour aller s'acheter de la nourriture et des vêtements. Mais ces cas peuvent s'expliquer et se justifier, contrairement à d'autres. Certains hommes partent en guerre pour leur pays : ils y découvrent la fraternité et la camaraderie que seul un champ de bataille peut conférer mais, une fois entrés dans la cité conquise, succombent à leurs démons. Ils violent des femmes, jettent des enfants du haut des remmparts, exécutent sans sourciller les soldats qui se sont rendus et, une fois leur besogne accomplie, rentrent dans leurs fermes et leur pays et redeviennent des maris aimants et des pères attentionnés. Certains s'adonnent sans réserve à une cruauté pour laquelle Daos, du haut de ses vingt-quatre paisibles années, est incapable de trouver une raison.

Les sourcils de Daos se froncèrent lorsque Rilend se tut. Il ne put s'empêcher de remarquer que le regard de la marchombre avait retrouvé une partie de son éclat gris habituel, si intense qu'il évoquait le jaune brillant des yeux de la panthère qu'elle était devenue à Ezadrah.


- Et vous ne voulez pas non plus qu'ils ternissent la mienne, murmura Daos.

Il poussa un long soupir. Rilend savait aussi bien que lui que les horreurs d'Ezadrah n'étaient pas la seule chose à le perturber : son incapacité à trouver une explication à ces actes le rendait malade. Etait-il trop naïf, trop innocent pour comprendre les motivations du responsable ?


- Il y a forcément une raison. Il doit y en avoir une.

Le jeune homme enroula un brin d'herbe autour de son doigt. S'il n'avait pas été en train de réfléchir et aussi troublé, il aurait sans aucun doute laissé échapper un petit rire : Rilend n'avait pas prononcé un mot, et probablement pas remué le moindre muscle. A peine quatre mois passés ensemble et elle connaissait déjà son élève par coeur : elle savait que Daos ne comptait pas s'arrêter là, elle attendait la suite. Il joua encore quelques instants avec le brin d'herbe puis le jeta dans le feu. Il rejeta ses épaules en arrière et joignit ses mains.

- J'ai vingt-quatre ans, mais parfois j'ai l'impression de n'être qu'un gamin dans un monde d'adultes. L'alcool, la vengeance, l'avidité... A chaque fois que j'ai été confronté à la violence, au meurtre ou à la cruauté, il y avait une raison derrière. Injuste. Immorale. Idiote, ajouta-t-il avec un haussement de sourcils. Mais il y avait toujours une raison. Quand j'avais dix-neuf ans, un homme est arrivé dans mon village. Ses vêtements étaient déchirés, son visage ensanglanté et recouvert de suie. Il venait d'un village de pêcheurs que nous connaissions, non loin du Pollimage et légèrement au nord du mien. Son village avait été attaqué par une troupe de pillards et cet homme, Garn, était venu chercher de l'aide. Une vingtaine d'entre nous y sont allés pour leur apporter de la nourriture, certains matériaux et les aider à soigner leurs blessés et reconstruire leur village. Sur une centaine d'habitants, les pillards en avaient tué trente-sept. Lorsque nous sommes arrivés les corps avaient été recouverts de draps et disposés à l'écart, mais on pouvait distinguer les formes de corps d'enfants. L'attaque s'était déroulée en journée et les hommes étaient partis au fleuve, alors ces salopards se sont rabattus sur ce qu'ils pouvaient tuer.

Il secoua la tête en fermant les yeux.

- Même pour ce genre de chose il y a une raison. L'avidité les a poussés à attaquer, l'excitation et le besoin de tuer les ont poussés à s'en prendre à des innocents qui ne les menaçaient même pas. Mais Ezadrah... Je ne parviens pas à comprendre. Vous avez raison, l'être humain est capable du meilleur comme du pire. J'ai simplement peur que le meilleur ne parvienne pas à prendre le dessus.

Le silence de la nuit retomba sur leur campement. Le léger clapottis causé par les remous du petit lac sur ses rives rocheuses, le crissement des insectes et le souffle d'un léger vent dans les montagnes au-dessus d'eux jouaient avec le crépitement du bois dans les flammes. Daos haussa un sourcil alors que des paroles lui revenaient en tête.

- Oturo, le marchombre qui m'a amené à l'Académie... Il m'a dit que les marchombre oeuvrent pour l'harmonie et la paix. Peut-être que je me trompe, mais cela signifie-t-il que nous devons agir contre ce genre de choses ? Lorsque je croise quelqu'un qui se fait agresser par un groupe, je me sens presque obligé d'intervenir, mais... Est-ce de notre devoir d'intervenir dans ces évènements ?

"Pas-ce que si c'est le cas, cela me donne une raison de plus pour arpenter cette Voie", ajoutèrent ses yeux.

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°2]   Dim 10 Déc 2017, 21:38

Rilend sentit son cœur se serrer sous le regard incrédule de Daos. Deux yeux, non pas accusateurs mais presque déçus, braqués sur la jeune femme. Le regard un peu perdu de celui qui attendait une explication claire et franche et n’obtient en lieu et place qu’une réponse franche ; une expression qui heurta l’orgueil de son maître. Il n’était situation plus redoutée pour un mentor, un guide ou un maître, pour la marchombre, que cet échec à comprendre et à faire comprendre. Rilend aurait souhaité partager ses expériences, son opinion, en termes clairs et adéquats. Elle aurait aimé voir les yeux de son apprenti s’illuminer, sinon d’une certaine compréhension, du moins des possibilités qui dans son esprit naissaient de sa réponse.

Peut-être avait-elle fini par développer un certain ego dans son rôle de maître ; peut-être était-ce aussi là une fierté mal placée, à laquelle il lui faudrait repenser à tête reposée, au sortir d’une chasse ou d’une chevauchée. L’idée la traversa, brève et fugace, de s’en ouvrir à Hièlstan, mais le fait était qu’elle n’avait plus le moindre contact avec le Rêveur depuis bien des semaines désormais. Leur début d’attirance – réciproque, lui avait-il semblé – s’était fondue dans le vaste abîme des « et si… », des histoires débutées et avortées et de ces visages qu’on finit par oublier pour n’en garder que l’émotion.

Se reverraient-ils ? Peut-être…un jour. Peut-être pas. En attendant, Rilend le savait, elle agirait comme elle l’avait toujours fait : suivant son chemin seule, au pas qui lui convenait et à peine plus lentement qu’auprès d’un guide.
Forte de cette nouvelle assurance, elle remisa son coup au cœur au rang des réflexions ultérieures et soutint le regard désolé de Daos. Son murmure lui fit esquisser un sourire triste. Bien sûr que non, elle ne voulait pas voir son apprenti s’enfoncer dans l’amertume ou l’incompréhension, pour un monstre et ses victimes, pour un massacre au cœur du désert. Silencieuse, d’un lourd silence, elle le regarda enrouler un brin d’herbe autour de son doigt puis le jeter dans le feu, s’étirer, étreindre ses mains comme si elles détenaient la clé d’un invisible réconfort. Il réfléchissait à voix haute et Rilend ne pipait mot, laissant Daos exprimer laborieusement son point de vue.

Ou était-ce son désarroi qu’il énonçait si amèrement ?

Une conclusion.

Une crainte, simplement plantée là, entre eux.

Un long silence fragile que Rilend n’osa briser tout de suite, rythmé par le souffle du vent et le clapotement sourd de la rivière. La marchombre ferma les yeux une seconde, soustrayant ses iris anthracite à l’éclat des flammes, à la laideur du monde, dans une vaine tentative pour chasser les images d’Ezadrah gravées sur ses rétines. L’affreux regard des bêtes en cage, les yeux affreux des hommes encagés comme des bêtes. Puis murmura, doucement, pour Daos, pour elle et pour les flammes indifférentes :


« Moi aussi, parfois.»


Aurait-elle pu ajouter quoi que ce soit ? Elle continuait à croire en l’Homme, pourtant, et en son potentiel incroyable ; une créature qui faisait tant de mal pouvait faire tant, tout court…elle continuait à espérer, à rêver peut-être mais après tout, pourquoi pas ? Et le silence portait ce songe que tout mot de trop aurait fait voler en éclats.
C’est Daos qui reprit la discussion, et Rilend, cette fois-ci, se sentit moins démunie.


« C’est un devoir si tu décides que ça l’est. Les marchombres ne se laissent pas dicter leur conduite, mais cela ne signifie pas non plus qu’ils sont censés passer leur chemin. Simplement, le choix leur appartient tout entier et si tu souhaites, si tu ressens cette nécessité d’intervenir comme un devoir, personne n’a à redire à ce sujet. »


Léger mouvement, pour trouver une position plus confortable. De paresseux yeux de chat clignèrent dans la lumière du feu, la Panthère pas si loin de l’humaine. Décidément, ce soir, l’appel de la forêt était intense.


« Mais parmi les Marchombres que j’ai côtoyé, aucun ne passerait son chemin sans réagir…peut-être, sans être un devoir ou une obligation énoncée, est il difficile d’arpenter la Voie en accord avec soi-même sans intervenir dans ce genre de situation. »


On ne chasse pas une proie plus dangereuse que soi.
Abrupte sagesse, plus vieille qu’elle et qu’elles deux, qui fit une seconde vaciller l’humaine vers le fauve avant qu’elle ne reprenne pied. La Panthère prenait part à la discussion ce soir, grondant doucement sous la voix de la femme, sa présence perceptible par Vaillant, et peut-être même par Daos. La marchombre esquissa un sourire et reformula ce qu’elle percevait de la pensée du fauve.


« Si et quand tu t’interposes, assure-toi simplement de ne pas te laisser emporter par tes émotions et de ne pas foncer tête baissée dans une situation que tu ne maîtrises pas. Il en est des adversaires comme des situations, il faut les comprendre pour les utiliser à ton avantage. »


Et puis, comme si la discussion touchait à sa fin, Rilend s'étira souplement et reprit :


« Il sera encore temps pour les questions demain, mais peut-être serait-il temps de te reposer. Je ne voudrais pas que tu t’endormes sur une falaise! »


Ayant annoncé les projets du lendemain avec un petit clin d’œil, la marchombre demeura assise près du feu. Elle tendait l’oreille, écoutait silencieusement, paisible, les préparatifs de son apprenti. Dans ses yeux se reflétaient le feu et sa chaleur, tandis qu’elle regardait danser les flammes, saisissant les formes mouvantes, les gestes brusques. Un regard aiguisé de prédateur, une expression pensive d’humain songeur. Et derrière elle, au-delà du craquement des flammes, le bruit d’eau et au-delà de l’onde, l’appel silencieux et impérieux de la forêt. La Panthère avait besoin du sang, de la chasse pure après la laideur des combats. Ce soir, elle répondrait à son désir, s’éclipserait à pas de loups dès que son apprenti dormirait ; elle pouvait devenir l’ombre et la nuit, le silence de la brise, inaudible aux sens de Daos. Pourtant, elle le sentait, une question non résolue flottait encore. Elle avait failli le faire.

Une certaine pudeur, une vieille crainte, la peur de blesser l’avaient retenue.

Elle avait failli proposer à Daos de l’accompagner.

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°2]   Jeu 08 Fév 2018, 22:24

La réponse que lui offrit Rilend plut à Daos. Il l'avait bien compris depuis le début de sa formation : les marchombres ne tenaient pas en place. Chaque pas qu'ils faisaient sur la Voie les menaient aux quatre coins de l'Empire, au gré de leur volonté et de leur soif d'aventures. De tels voyages amenaient forcément des rencontres, et parmi ces rencontres pouvaient se trouver des êtres tels qu'Onku, ou des gens victimes de la folie d'autres. C'était malheureusement la triste réalité : des situations semblables à celle d'Ezadrah pouvaient se placer sur le chemin que Daos avait choisi d'emprunter. Etait-ce la Voie des marchombres ou ses plus intimes convictions qui parlaient ? Il n'en avait cure, son choix avait inconsciemment été fait bien des années avant : dès lors qu'il serait assez fort pour agir, il ne passerait pas son chemin en pareil cas.

Bien que résolu à se conformer à ce choix, Daos se connaissait : il ne pourrait pas s'empêcher de repenser à toute cette histoire jusqu'à l'épuisement. Epuisement que Rilend, après s'être longuement étiré, lui conseillait d'ailleurs d'éviter pour le lendemain. Le jeune homme écouta en souriant les projets de la marchombre pour la journée. Visiblement, il allait souffrir. Et c'était exactement ce dont il avait besoin.


***


Daos ouvrit les yeux sur un ciel sans nuages, dont la toile mitigée entre le bleu de la nuit et l'orange du levant était encore parsemée de quelques étoiles. Après s'être étiré en étendant les bras loin derrière son crâne et avoir chassé d'un bâillement les dernières traces de son sommeil, il se leva souplement en laissant sa couverture retomber à ses pieds. L'apprenti constata avec étonnement que les braises du feu de camp étaient encore rougeoyantes. Rilend s'était sans doute réveillée dans la nuit et avait rajouté du bois dedans.

Sans plus s'en préoccuper et fidèle aux habitudes que lui avait inculquées la marchombre depuis leur première rencontre, Daos entreprit de pratiquer ses assouplissements quotidiens. Comme en écho à leur premier cours, Rilend se joignit à lui. Comme à leur habitude, maître et élève se fondirent dans un silence complice, absorbés par leurs exercices. L'apprenti se retrouva dans un état détendu, bien que loin de celui que procurait la gestuelle marchombre. La routine dont il sortait éveillait les muscles, ce qui était parfait pour la suite. Tous deux se lancèrent dans une longue mais tranquille course, filant le long des Dentelles Vives et revenant par la plaine en décrivant un immense arc-de-cercle autour de leur campement. Comme si la pluie de la veille avait été le dernier sursaut fébrile de l'hiver, le temps était doux et annonciateur du retour des beaux jours.

De retour au campement, le jeune homme entreprit de s'occuper de Ptibuis puis enroula sa couverture et son barda avant de se tourner vers Rilend.

On y va ?




[Navré, j'espérais faire un retour largement meilleur, mais je manque vraiment d'inspiration pour cette partie-ci]

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°2]   Jeu 01 Mar 2018, 23:07

Elle était revenue au petit matin, entre langueur et excitation, les oreilles bourdonnant encore de l’odeur et du goût du sang, les yeux d’une couleur aussi indéfinissable que l’aurore au-dessus d’elle. Tandis qu’elle alimentait le feu et y laissait cuire le petit déjeuner – pour Daos, car elle était rassasiée – ses iris s’éclaircirent, laissant à la nuit noire leurs nuances or et citrin pour reprendre leur teinte argentée coutumière. Comme eux, le ciel se décidait pour un bleu zébré de nuages, un temps de brise et de brouillard mais sans la pluie qui avait accompagné leurs pas ces derniers jours. Un temps parfait pour que Daos se mesure à l’exigence d’une falaise naturelle.

La marchombre s’étira longuement et dans son bâillement s’enfuirent les derniers vestiges de sa chasse, tandis que ses souvenirs se faisaient flous au fur et à mesure que la Panthère s’endormait en elle.

Le garçon choisit cet instant pour s’éveiller et débuta sa journée par la gestuelle marchombre. Son maître s’accorda aux gestes de l’élève et, sans un mot de bonjour ni un regard, ils partagèrent un instant de complicité indescriptible et aussi unique qu’à chaque éveil matinal. Rilend rangeait ses affaires tandis que Daos dévorait, puis ils coururent, goûtèrent le plaisir de muscles frais et mesurèrent leur foulée au gré des plaines et des murailles de roche. Rilend inspirait l’air frais par le nez, régulièrement, et venaient avec lui les senteurs d’un matin humide. L’herbe foulée exhalait l’odeur riche et pénétrante de l’humus mouillé, des végétaux qui s’ouvrent, de la terre devenue glaise après plusieurs jours de bruine. Le vent, plus sec, plus minéral, roucoulait plus qu’il ne rugissait à leurs oreilles ; une douce brise, qui sècherait les rocs, conditions idéales pour l’escalade. Rilend souriait tout en courant. Graduellement, elle allongeait sa foulée et Daos suivait son rythme ; attentive à la régularité de la foulée de son élève, à son souffle tantôt inaudible, tantôt rauque, elle cherchait l’exacte vitesse avant la rupture, quand l’organisme sollicité à son maximum peut encore répondre sans séquelles.

L’air se réchauffait rapidement tandis que Rilend étrillait Vaillant et que Daos achevait son paquetage. Quand ils furent prêts, ils se mirent en route, d’abord à pied pour échauffer le dos de leurs chevaux. Ce n’est qu’après un kilomètre que Rilend permit au garçon d’enfourcher Ptibuis. Permit…nul doute que Daos aurait préféré demeurer sur le plancher des vaches !

Ils ne parlaient guère ; la marchombre avait serré les omoplates, ouvert les épaules et la poitrine, levé le menton comme un chien hume l’air et goûtait la beauté rouge des falaises ciselée, le vert de l’herbe généreusement arrosée et les jeux du vent dans les corridors naturels. L’odeur de poussière, rude et douce à la fois, comme une version printanière de la senteur sèche du désert, se mêlait à celle des chevaux en marche et à la fumée de bois qu’ils emportaient sur leurs vêtements. Concerto pour voyageurs.

La main gauche de la jeune femme, abandonnée sur l’encolure de Vaillant, guida soudain le cheval sur la droite pour l’engager dans un défilé au sol inégal ; derrière elle, Ptibuis, au pied sûr, ne trébucha pas. Le passage s’élargit vite pour devenir une sente, puis un chemin rocheux qui s’élevait lentement au flanc d’un chaos rocheux. Ils le contournèrent, faisant détaler lézards et petites créatures, jusqu’à ce que l’amas se transforme en muraille au pied de laquelle Rilend arrêta son cheval.
Se laissant glisser de sa selle, elle sourit à Daos :

« Là bas, il y a de l’ombre et de l’eau, pour que les chevaux nous attendent. »

Vaillant et Ptibuis dûment entravés, la jeune femme revint au pied de la paroi et fit signe au garçon de la rejoindre. Aux lèvres elle arborait un petit sourire sibyllin, un sourire de chat, de malice. Adossée aux rochers, Rilend goûtait leur chaleur et leur paresseuse vibration, plus lente et sûre qu’un siècle, qu’une vie d’homme. Elle choisit soigneusement ses mots.

« Une falaise naturelle n’a rien de très différent d’un mur de ville. Celle-ci est à peine verticale et ne glisse pas ; les prises sont sûres, nombreuses, parfois moins glissantes qu’un bloc enchâssé dans le mortier, mais il va te falloir les trouver sans l’aide d’un motif régulier de briques. Les deviner… »

Elle se retourna, fit face à la paroi et la frôla du bout des doigts, yeux mi-clos l’espace d’une seconde. La chaleur déjà emmagasinée par la pierre ensoleillée pénétra sa peau et lui rappela le RentaÏ, le temps d’un souffle. Rilend glissa sa main ouverte le long d’une arête, trouva à son sommet la prise qu’elle annonçait et y posa les doigts pour se soutenir le temps de monter un pied, puis l’autre. Là, bien assurée sur des prises minuscules mais solides, elle se retourna vers Daos :

« A toi d’ouvrir la voie… N’oublie pas de ménager tes bras ; l’ascension est longue, mais elle en vaut la peine pour ce qui t’attend en haut. »

Quelques mots. Soigneusement pesés.
S’il parvenait si haut.

[elle reste en-dessous de lui, si il glisse tu as le droit de considérer qu'elle le rattrape =P]

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°2]   Mer 14 Mar 2018, 23:16

Les deux marchombres quittèrent leur campement une fois leurs paquetages fixés aux selles de Vaillant et Ptibuis. Ils restèrent à pieds quelques minutes aux côtés de leurs montures : Rilend avait appris à Daos qu'il convenait de laisser aux chevaux un petit temps d'échauffement avant de les monter et avait profité de leur voyage pour lui inculquer cette habitude. Ils chevauchèrent ensuite à une allure tranquille tout en appréciant le calme et la fraîcheur de la matinée.

Désormais levé, le timide soleil s'était réfugié derrière une toile de nuages gris clair mêlée à une légère chappe de brouillard. Côte à côte, maître et élève longeaient l'immense chaîne des Dentelles Vives en direction du sud. Sur leur gauche, faites d'une herbe rendue verte et grasse par la fin de l'hiver et les abondantes pluies, s'étendaient les plaines bordant la Passe de la Goule. Cà et là se dressaient de petits arbres isolés, seuls prémices de la large forêt que les marchombres avaient traversée la veille.

Daos avait levé la tête vers le sommet rocheux sur sa droite lorsque Ptibuis s'engagea dans un petit chemin à la suite de Vaillant. Le léger souffle que produisait le vent dans la plaine disparut dès leur entrée dans le défilé aux bords rocheux. Les sabots de leurs montures claquaient sur un sol fait de grandes plaques de pierres biscornues. Après de longues minutes à parcourir cet étroit sentier, ils débouchèrent sur une petite zone dégagée et s'immobilisèrent devant le mur de roche qui leur barrait la route. Rilend descendit de sa monture en souriant à son élève. Elle lui indiqua la direction d'une petite vasque à l'ombre d'une arche de pierre et tous deux attachèrent leurs montures à de petits rochers enfoncés dans le sol.

Rilend s'était adossée à la paroi, souriante. Elle lui avait annoncé le programme la veille et Daos savait à quoi s'attendre.


"Une falaise naturelle n’a rien de très différent d’un mur de ville. Celle-ci est à peine verticale et ne glisse pas ; les prises sont sûres, nombreuses, parfois moins glissantes qu’un bloc enchâssé dans le mortier, mais il va te falloir les trouver sans l’aide d’un motif régulier de briques. Les deviner...""

Daos acquiesca en silence. Entre leurs fréquentes visites à Al-Chen et ses deux escapades à Al-Jeit, il avait pu goûter à la plupart des murs, tours et bâtiments en tous genres. Après quatre mois passés sous la tutelle de Rilend, ses muscles s'étaient assez renforcés et ses réflexes assez aiguisés pour lui permettre de se promener en ville à la verticale sans trop de problèmes. Mais comme le lui avait souvent répété et venait de lui dire la marchombre, les voies naturelles étaient plus ardues que celles faconnées par l'Homme. Il observa la jeune femme se hisser à un petit mètre du sol et se retourner vers lui :

"A toi d’ouvrir la voie... N’oublie pas de ménager tes bras ; l’ascension est longue, mais elle en vaut la peine pour ce qui t’attend en haut."

Il leva lentement la tête vers le haut. Loin, si loin au-dessus de lui la paroi rocheuse serpentait sur des dizaines et des dizaines de mètres pour finalement aller trancher dans le ciel grisâtre. Son regard redescendit se poser sur Rilend. Il sourit avant de s'approcher doucement de la paroi pour venir y apposer sa main. Les Dentelles Vives formaient l'une des -sinon la- plus petites chaînes de Gwendalavir. Pourtant, un simple contact avec cette roche grise et dure permettait de deviner l'ancienneté de ces montagnes, formées des dizaines de milliers d'années plus tôt par de puissants chocs entre des plaques techtoniques. Il apprécia quelques instants du bout des doigts le jeu d'une fissure horizontale avant de la quitter, comme à regret, pour aller saisir une petite prise au-dessus de sa tête. Copiant sans la moindre gêne la méthode que venait d'employer Rilend, il usa de cette prise pour se maintenir le temps de caler ses pieds à un mètre du sol. Son sourire s'élargit. Les sensations revenaient.

Il grimpait avec prudence mais également une certaine fluidité. Ses yeux balayaient parfois la voie au-dessus de lui pour y rechercher un chemin sûr -aussi sûr que pouvait l'être un chemin constitué d'anfractuosités à plus d'une dizaine de mètres du sol, mais restaient la plupart du temps fixés devant lui ou sur ses mains et ses pieds. Il savait les premiers mètres les plus importants : c'était là qu'il pourrait s'habituer à la paroi, à l'agencement chaotique des prises et la musique de la pierre. Jusque là, il s'en était plutôt bien tiré. L'une de ses mains était presque constamment tendue au-dessus de lui, effleurant la roche à la recherche d'une prise tandis qu'il restait sur ses trois autres -parfois deux- appuis.

Daos s'immobilisa lorsque les prises se firent rares, presque absentes. Il leva les yeux pour observer la suite de la voie. Un renflement était visible et indiquait la présence d'une saillie, fine mais néanmoins sûre et solide : le seul problème était qu'elle se trouvait hors de l'allonge de son bras. Il jeta un coup d'oeil en-dessous du niveau de sa tête : aucune prise n'était visible et par un malheureux hasard celles sur lesquelles reposaient ses pieds se trouvaient toutes deux à la même hauteur. Se hisser sur une seule jambe était donc exclu, de même que trouver une nouvelle prise pour l'un de ses pieds. A droite comme à gauche, les prises les plus proches étaient également trop loin pour changer de parcours. Sa seule solution était donc de redescendre de quelques mètres pour pouvoir se décaler sur l'un des deux côtés sans trop de risques. A moins que...

Le jeune homme hocha légèrement la tête en tirant un sourire mi-figue mi-raisin. Pourquoi pas ? Après tout, Rilend l'avait également entraîné pour ça. Décidé à tenter le coup, il ramena sa main droite sur la prise, plus basse, qu'occupait déjà sa main gauche. Ne se tenant désormais qu'avec deux doigts de chaque main, il se ramassa légèrement sur ses jambes. Expira. Bondit.

Sa main droite jaillit vers le haut et vint crocheter le rebord de la saillie, tandis que la gauche restait le plus possible alignée avec l'une de ses anciennes prises, au cas où il tomberait. Ses doigts crièrent de protestation mais tinrent bon. Il parvint à assurer son maintien, ramener ses pieds sur des prises sûres et sa main gauche sur une anfractuosité au niveau de sa cuisse. Tirant un peu trop sur son bras droit à son goût, il se hissa jusqu'à attraper de la main gauche une fente en diagonale, un peu au-dessus de la saillie. Sa respiration tremblota quelques secondes alors qu'il se remettait de cet ardu passage. Une fois calmé, il reprit son ascension.

Les Dentelles semblaient n'avoir aucune pitié de lui. Les dix mètres suivants n'étaient presque composés que de prises plus fines que toutes celles qu'il avait utilisées depuis lors et de fentes inclinées qui lui demandaient toute la force de ses bras pour s'y maintenir. Sa main gauche l'abandonna sans prévenir, alors qu'il tentait de se hisser sur une jambe. Il se retrouva immobilisé, bras et jambe droite pliés à mi-chemin du mouvement qu'ils tentaient d'accomplir. L'integralité de son poids reposait sur la seule force de son triceps et de son quadriceps déjà brûlants depuis son exploit quelques mètres plus bas. Poursuivre son mouvement lui était impossible. Redescendre étant la seule solution envisageable, ce fut ce qu'il fit. Trop vite.

Les pensées qui traversent un cerveau à l'approche de la mort peuvent parfois être d'une ridicule banalité. Ce fut le cas pour Daos, qui ne put que songer, alors que son corps était happé par le vide, "Putain, il me manquait plus que quatre mètres en fait". Il contempla la trouée du ciel azur entre deux nuages, juste au bord du sommet de la falaise qu'il gravissait un instant plus tôt. Son pied gauche tenta bêtement de se glisser dans une fente alors qu'il s'éloignait de ses dernières prises. Etonnament, il s'arrêta en plein vol.

Une main avait saisit son poignet. Une main à la fois fine, chaude et forte qui le retenait d'une poigne si puissante qu'elle aurait pu creuser de nouvelles prises dans la roche. La main de Rilend.

Daos contempla stupidement la marchombre, son maître, qui le tenait fermement en se maintenant sur ses trois autres appuis. Comment avait-il pu oublier ? Il s'était tant fondu dans l'escalade, avait été si absorbé par son ascension qu'il en avait complètement oublié que Rilend était là. Qu'elle veillait sur lui. Le jeune homme s'ébroua mentalement, plia la jambe gauche en gardant sa prise, en saisit deux autres de son pied droit et de sa main gauche, reposée par les quelques secondes de répit qu'elle s'était accordé en l'abandonnant, et put enfin libérer Rilend d'une charge de soixante-dix kilogrammes qu'elle avait retenue d'une seule main -mais comment faisait-elle pour sortir autant d'exploits, bon sang ?

Elle redescendit pour se placer à sa hauteur. La force du regard gris qu'elle planta dans ses yeux était telle que ses muscles cessèrent de trembler, que sa respiration se calma d'elle-même. Le message était clair : "ce n'est pas en bas que cela se passe, mais en haut. Alors grimpe".

Et il grimpa.

Toute trace de fatigue ne s'était pas évanouie, mais il se tira sans problème des derniers mètres, sans se soucier du passage qui l'avait jeté dans le vide quelques instants plus tôt. Il se hissa au sommet de la paroi, roulant sur le côté sans la moindre grâce pour s'éloigner du vide. Il resta là, étendu sur le dos, respirant à grand coup alors que ses muscles brûlants criaient victoire. La trouée dans les nuages qu'il avait observée lors de sa chute était toujours là, montrant un ciel et des rebords de nuages ensoleillés. Rilend était bien sûr déjà debout, à ses côtés, ne trahissant pas le moindre signe de fatigue. Le jeune homme se força à se relever en poussant un grognement sourd. Il tituba un instant puis haleta :


- Un jeu d'enfant... Hein... Et ouais, je sais... Le deuxième saut, c'est à cause... Du premier...

Il rejeta son buste en arrière, expira un grand coup et se redressa. Face à lui, se tenaient les Dentelles Vives.

Quelques zones étaient un peu plus élevées que celle où ils se tenaient, mais l'ensemble de la chaîne formait une mer de roche grise, parsemée de creux et de vagues. De rares trouées dans le ciel nuageux, identiques à celle qui se tenait au-dessus de leurs têtes, laissaient passer les rayons du soleil qui venaient frapper les sommets dans des halos lumineux. Sur leur gauche, les collines de Taj s'étendaient à perte de vue. Sur leur droite, la plaine qu'ils avaient traversée la veille s'étirait dans une large bande verte jusqu'à une traînée bleue au loin. Le Pollimage.

Daos se laissa doucement retomber au sol, incapable de résister au contrecoup de l'ascension et sourit à Rilend. Elle avait raison. Cela en valait la peine.



[Préviens-moi si ce que je t'ai fait faire ne te convient pas, je changerai]

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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°2]   Dim 22 Avr 2018, 18:53

A la réflexion, elle n’avait pas escaladé de véritable falaise depuis quelques mois. Sa longue route vers Al-Far, les repas partagés et le pas de deux qu’elle avait, l’espace d’un souffle, entretenu avec Hièlstan l’avaient écarté des régions les plus sauvages. L’espace de quelques mois, d’un temps, d’une expiration à peine dans une vie d’humain ; d’encore moins dans une vie de roc. Elle retrouva la sensation de la pierre fraîche et poussiéreuse sous ses doigts avec un plaisir non dissimulé, le bonheur serein qu’on réserve à une vieille connaissance dont on ne saurait douter, bien loin de l’exaltation, mais aussi des angoisses des nouvelles rencontres. Les Dentelles Vives étaient là, immémoriales et inaltérables, à la façon du Rentaï.

Un poète en aurait fait des témoins, des mémoires dressées ; un voyageur, des repères intemporels. Un scientifique aurait violé leur unicité pour mieux les diviser en multiples grains de sables, en décennies et siècles d’accumulation, de fonds lacustres et de terres émergées, en vestiges de l’affrontement de deux mastodontes de roches et de sols. Les Dentelles, comme toutes les montagnes du monde connu, avaient inspiré les artistes et recueilli des confidences et des gravures, abrité des amants, terrorisé des voyageurs et confronté quelques aventuriers à leurs insuffisances. Dressées là, hiératiques, d’apparence immuable, elles étaient familières pour les fermiers, frontières pour les rois, foyer pour les reptiles et autres goules. Et pour la marchombre, elles étaient des compagnes familières et vivantes.

Quand Rilend sentit vibrer contre elle le temps de la roche, son bourdonnement lent et familier, un sourire joua sur ses lèvres et l’ascension devint un jeu d’enfant. C’était un souffle, ou une danse ; qu’importait la dépense physique, pourtant majeure ! Qu’importaient la brûlure de ses muscles, les picotements de ses doigts et son souffle légèrement raccourci tandis qu’elle se glissait, pied, puis main, de nouveau pied, au long de la roche. Elle se faufilait plus qu’elle ne se hissait, sans hâte, sans brusquerie non plus.

Daos, à ses côtés, explorait la roche et, prise après prise, traçait son chemin. Rilend avait ralenti l’allure pour laisser le jeune homme prendre les devants, seul face à la paroi, sans son maître comme guide pour lui indiquer les pistes à suivre et les choix à effectuer. Le temps de la découverte était passé ; la jeune femme estimait que son élève, déjà aguerri en matière d’escalade, avait atteint ce stade où pour apprendre il faut faire l’expérience de la solitude. Hésiter, tâter du bout des doigts et choisir, trancher, opter pour mieux se tromper, retomber et recommencer. Inlassable, obstiné. De ces qualités, Daos était doté.

Il se trouva en difficulté une première fois, et résolut l’équation par un saut audacieux qu’il réussit du bout des doigts. Le bond, qui aurait pu paraître brutal à un observateur extérieur, tira un haussement de sourcils appréciateur à Rilend. Elle se faufila à la suite de son élève, petit sourire aux lèvres. Daos s’en défendrait, soutiendrait qu’il n’arrivait pas à entendre, qu’il n’avait rien perçu, senti et qu’il ne parvenait pas à ne pas chercher à comprendre. Pourtant, ce saut réussi, était la meilleure preuve que son élève commençait à se laisser sentir, sans réfléchir. Il n’avait pas bondi parfaitement dans le temps ; quelques heurts auraient fait grimacer un maître marchombre. Ce n’était pas un mouvement sans accrocs ni à-coups, en totale harmonie. Mais la vibration de ses quelques doigts sur la prise infime, la façon dont il avait posé la main à l’endroit juste, le seul, écouté le rocher pour savoir où et comment se rattraper, était un premier pas.

Le garçon commençait à sentir ; un jour, il commencerait à en prendre conscience. Une étape après l’autre, pas à pas, sans se presser. Rilend le suivit. Elle vit ses bras commencer à trembler, sa concentration décroître par à-coups, remonter et chuter de nouveau et, quand sa main ripa, la marchombre avait déjà bondi. Son élève eut le temps de basculer en arrière avant qu’elle ne le rattrape de sa main libre pour le plaquer à la paroi et lui offrir le temps de se reprendre. Respirer, souffler, ne pas penser au vide qui venait de le happer. Le pousser vers le haut, du regard. Et repartir.

La marchombre se rétablit silencieusement derrière Daos, à l’horizontale, et se redressa en inspirant profondément. L’air au sommet des Dentelles n’était ni plus frais, ni plus pur : le dénivelé n’était pas suffisant pour qu’une telle différence soit perceptible pour un nez humain. Pourtant, là, dominant un complexe aux détails débordant l’œil humain, un camaïeu chaud de gris et d’ocres ondulant à l’infini, Rilend respirait plus grand, plus fort. Elle laissa son regard courir à l’horizon, où les nuages rejoignaient les roches, d’îlot de lumière en rayon de soleil sur les crêtes dorées ou noyées d’ombre.
Le jeu des nuages apportait une nouvelle complexité, un velouté presque immatériel, aux variations de ton du rocher, comme les insaisissables reflets des vagues sur le fond d’une mer transparente. Au loin, les collines de Taj déployaient leur satin vert, riche et changeant, jusqu’au ruban d’argent étincelant du Pollimage, dont la rive se fondait dans un bleu poudré. L’air n’était ni plus froid, ni plus vif, mais il était si vivifiant que Rilend l’inspira à pleins poumons, oubliant pour une seconde qu’elle n’avait pas d’ailes.

S’envoler ! Se laisser planer jusqu’aux confins du monde et d’un seul regard, embrasser son immensité et sa splendeur ! Libre sur les courants ascendants, toujours ascendants, elle aurait voulu chevaucher le vent sans plus jamais toucher terre. Elle le savait, elle le sentait, cela aurait été une expérience ultime, hors du temps. Un oubli de soi aux allures d’harmonie parfaite, comme la course de la Panthère dans la forêt, la frénésie de la chasse, le simple présent sans passé ni avenir…

Les épaules déliées, la posture altière, à l’extrême bord de la falaise, la jeune femme laissa l’idée la pénétrer l’espace d’une seconde, d’une heure, d’une vie, l’esprit assailli de mille sensations à la fois et les intégrant toutes. Le soleil sur sa peau diaphane et le vent qui la rafraîchissait, le vert et le gris, le satin et le velours, les mille odeurs de la roche chauffée et de l’herbe verdoyante loin, loin en bas, la poussière ou l’eau claire, les nuages qu’elle n’avait qu’à tendre le bras pour toucher…

Expiration. Longue, heureuse. Libre.
Elle était marchombre.
Elle volait.

Se retournant vers son élève, Rilend le trouva mu d’admiration, le souffle coupé par la magnificence de l’endroit. Lui adressant un clin d’œil complice tandis que les jambes de Daos fléchissaient, elle revint s’agenouiller à son côté et, pour la deuxième fois depuis le début du voyage, elle écrivit sur le sol à l’encre de la poussière.

Jusqu’aux confins du regard
Tutoyer le vent
Grandi.

Puis elle demeura accroupie, dans une posture qui évoquait irrésistiblement le grand fauve avec lequel elle se partageait, les yeux suivant des lignes infinies jusqu’à un horizon inconnu pour ensuite revenir échanger un regard avec son élève.
Ils allaient courir le long des crêtes, jouer avec le vent et l'altitude.
Mais avant tout cela, un temps de contemplation, suspendu.

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°2]   Mer 06 Juin 2018, 00:19

Les Dentelles Vives tendaient leurs bras aux deux marchombres. Maître et apprenti se tenaient au beau milieu de la chaîne éternelle, juchés sur l'un des innombrables sommets ondulés de cette mer de roche. Un léger vent du sud, délicieusement rafraîchi par son survol du Grand océan, caressait la peau de Daos et jouait malicieusement avec les gouttes de sueur qui perlaient sur sa nuque.

Rilend s'était agenouillée aux côtés de son élève. Du bout de son doigt, elle traça quelques mots dans la fine couche de poussière qui tapissait le fond d'un creux dans la roche. Lorsqu'elle écarta sa main, Daos laissa ses yeux glisser le long des trois lignes dont les lettres commençaient déjà à s'effacer sous l'alizé.


Jusqu’aux confins du regard
Tutoyer le vent
Grandi.

Echo parfait à la pensée qui se dégageait de ces mots, le vent souffla de plus belle, emportant chevelures et sueur avec lui, ramenant d'une caresse les regards croisés des deux marchombres sur l'horizon. Sur les Dentelles.

La main de Daos quitta sa jambe. Le bout de ses doigts effleura la pierre chauffée par le soleil rieur, apprécia le grain de la roche et le roulis des gravillions tandis que ses yeux erraient le long des formes ondoyantes de la chaîne de montagnes. Sa paume se posa avec douceur sur le sol, caressante. Ses paupières se fermèrent et ses poumons se gonflèrent au rythme erratique auquel ils se contraignaient depuis la fin de l'ascension.

Peut-être n'était-ce qu'une impression. Un sentiment tant imaginé, recherché, espéré qu'il en paraissait réel. Le battement de la pierre. Un rythme lent, profond, dont chaque pulsation sourde semblait venir des entrailles de la Terre elle-même. Sa respiration ralentissait progressivement, comme apaisée par la puissance de celle de la roche. Il pouvait presque sentir le sang couler dans son corps. Se promener, d'organe en organe dans cette course infinie. Imbiber, immerger le moindre de ses muscles dans un bain d'oxygène revitalisant. Les minutes s'écoulaient, inlassables, au rythme millénaire des Dentelles. Un a un, ses muscles s'éveillaient, sortaient de cette gangue engourdissante dans laquelle ils se prelassaient après leur effort. Il inspira une dernière fois. Dans une lenteur infinie, profondément, la bouche entrouverte, visualisant l'air traverser ses poumons pour parcourir son corps, puis s'envoler dans les ondulations de l'alizé.

Ses yeux s'ouvrirent. Le soleil n'avait pas bougé. Les Dentelles n'avaient pas changé. Leurs formes étaient toujours les mêmes, baignée dans la lumière, encadrées par les plaines émeraude sous les nuages blanchâtres. Pourtant, tout lui paraissait différent. Plus clair, plus brillant.

Sa main quitta, avec regret, la chaleur et la puissance de la roche. Il se releva lentement et planta son regard pétillant dans celui, gris, de Rilend.

Je suis prêt.

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MessageSujet: Re: Groupe Vegna ==> [Cours N°2]   Jeu 05 Juil 2018, 02:46

[Oups !! J’avais pas vu ta réponse, shame on me…]

Le vent du Sud chuchotait aux oreilles de Rilend son incompréhensible mélodie par laquelle elle se laissait porter. Silencieuse, attentive, la marchombre avait beau avoir les yeux ouverts, elle ne regardait qu’avec ses autres sens. Elle voyait.
Elle voyait le sable, emporté par les tourbillons d’air, danser au ras de la roche, entre les doigts de Daos. Elle voyait la main de son élève appuyée sur la roche comme celle d’un thérapeute sur le corps de son malade, comme celle d’un amant sur sa compagne ; un toucher délicat et appuyé, ferme et subtil, attentif en tout. Déjà, les mots tracés dans la poussière s’envolaient. Ce n’était que justice ; elle les avait offerts aux cieux et ils prenaient leur dû ; jusqu’à la fin des vents, un souffle d’elle volerait auprès des alizés. La marchombre expira longuement, mêlant encore un peu d’elle aux jeux du vent tiède, entre rêve et profond ancrage dans sa réalité. Sous elle, la roche chantonnait et pulsait, à son rythme, lourd, discret, millénaire, si éloigné des humains pressés et de leurs préoccupations. Les Dentelles Vives et leur magnificence, leur immensité et leur sauvagerie, fredonnaient leur propre mélodie et Rilend, le temps d’une seconde, se crut presque capable de chanter de concert. Les yeux grands ouverts, elle ne regardait pas, et pourtant elle voyait.

Elle voyait Daos, accroupi, lui aussi yeux clos pour mieux percevoir, la main sur la roche et le cœur en dedans. Le jeune homme se tenait immobile et souple, concentré, imperturbable et même sans partager son esprit, Rilend devinait sa communion avec la pierre. Son cœur s’alignant sur une ligne harmonique en accord avec le métronome du roc. L’esprit qui enfin se tait et demeure en sommeil, laissant place à la sensation pure, simple et instinctive, qui naît du fond du ventre et parcourt le corps jusqu’au bout des doigts, jusqu’au bout de la montagne. Enfin, Daos oubliait de penser ; enfin, il s’autorisait à sentir.
Daos rouvrit un regard affûté, non pas rêveur ni perdu comme aurait pu s’y attendre un néophyte. Sur lui, se posait celui de son maître.
Empreint de fierté.
De joie.

Quand il se redressa, Rilend fit de même et adressa à son apprenti un clin d’œil. Daos avait accompli un immense pas en avant et elle était plus fière de lui qu’elle ne l’avait jamais été ; moins qu’elle le serait probablement demain.
Sur la pointe des pieds, plus vive qu’un chat, elle tourna sur place et porta son regard au loin, écoutant le vent pour tenter de deviner où il s’emmêlait, rugissait et se tordait. Ses yeux suivaient des lignes connues d’elle seule, de roche en arête, de loin en loin, et finalement se fixèrent sur une sorte de combe à quelques centaines de mètres de là.
Quelques longues minutes de course hasardeuse.
Rilend se retourna et, une étincelle sauvage dans le regard, toisa Daos.

« Et si on essayait de doubler le vent, un peu ? »

Un clin d’œil, encore un, et la jeune femme se retourna pour s’engager sur un chemin de crête, balayé par les vents, légèrement encadré de deux petits éboulis composant une muraille naturelle. Rapidement, elle allongea sa foulée pour se mettre à courir, d’un pas léger et bondissant, heureuse comme une enfant sur une plage.
Le sol, d’abord stable, se fit bientôt irrégulier ; le chemin s’affina et disparut presque, mais la marchombre ne ralentit pas, posant à peine les pieds au sol, bondissant de l’un sur l’autre, à toute allure et pourtant en toute précision. Elle ne regardait qu’à peine le sol, préférait écouter ses jambes, son équilibre et le vent qui à ses oreilles ne cessait de varier. Il murmurait, il hurlait, tourbillonnait et tranchait tout droit au gré des reliefs et son humeur précédait d’un battement de cœur les variations du sol. La roche pulsait sous ses pieds, vibrait au gré de la course légère de Rilend, et il lui suffisait d’un contact infime, un rien, un bond, pour l’entendre et savoir où la toucher.

Ils dévalèrent une pente ébouleuse, pour mieux gravir le versant opposé de la combe et contourner un pic : l’heure n’était pas à l’escalade mais à la cavalcade, en apparence folle. Rilend ne ralentissait pas, mais sentait derrière elle la foulée de son élève et s’assurait de son aisance. Il ne s’agissait pas de précipiter l’apprenti dans une chute mortelle !
Peu à peu, le chemin qu’elle choisissait s’élevait de nouveau. Elle franchit d’un bond des blocs épars qui barraient son chemin et, sans ralentir l’allure, se faufila sous un pic percé aux allures de chas d’aiguille. Elle le caressa d’une main pour l’utiliser comme pivot et s’élança sur une arête large mais sinueuse, qu’elle parcourut d’une démarche de chamois. A droite, à gauche, s’ouvrait un abîme à couper le souffle : vertigineux précipices ocres et sommets bruns, ciel azur infini et loin, si loin sous cette passerelle entre deux mondes, le vert des clairières, la douceur des plaines, à l’infini. De l’autre côté, plaines encore, jusqu’à la chaîne du Poll et ses blancheurs bleutées.
Le vent avait forci, mais la jeune femme n’en avait cure. Elle jouait avec lui, ondulait, sautait de côté avant qu’il ne la pousse et montrait la route à Daos vers le pic suivant. Ils le contournèrent à toute allure et s’ouvrit devant eux une deuxième passerelle, plus étroite, plus vertigineuse encore. Rilend freina et s’arrêta à son orée, puis se tourna vers son élève.

D’un signe, elle lui indiqua de demeurer là où la largeur du sol lui assurait une relative sécurité. D’un geste, elle lui déroba le couteau qu’elle lui avait offert lors de leur première rencontre. A pas de félin, elle s’avança sur l’étroite piste, tranchante et sinueuse comme l’échine d’un animal de légende.
La marchombre prit le temps d’apprécier la vue et d’en emplir son cœur et ses poumons. Derrière elle, un sommet s’achevait, les dominant Daos et elle d’un marron ombré. En face, un autre, plus haut, plus abrupt, les narguait. Entre eux deux, l’étroite bande de rocher constituait un dangereux et impraticable col. A la droite de la marchombre, il s’ouvrait sur la combe qu’elle avait repéré, une semi-vallée peut-être glaciaire, arrondie et lissée, ornée d’un petit lac turquoise qui à lui seul contenait tout le ciel. Le dénivelé était conséquent, quelques dizaines de mètres de pente abrupte, et à l’autre extrémité de la minuscule vallée, un col plus bas appelait les vents. Canalisé entre les deux séries de monts, l’air tourbillonnait, accélérait et, furibond, se ruait à l’assaut de l’arête où se tenait la jeune femme.
A sa gauche, en direction du sud, c’était la chute sans espoir ni rémission. Des centaines de mètres d’un éboulis abrupt et torturé, au pied duquel on devinait un ruisselet qui allait grandissant et formait torrent dans la vallée en contrebas. Très en contrebas. Tout faux pas serait irrémédiable.

Rilend s’engagea sur l’arête, ouvrit les mains. Les doigts souples, les yeux fermés, elle questionna et sentit, écouta la réponse des vents enragés. L’air hurlait à ses oreilles, un son qui l’emplissait d’une vitalité à nulle autre pareille tandis que la marchombre marchait, tournait, bondissait et dansait avec des rafales et trous d’air dont chacun pouvait l’entraîner vers le néant. Elle faisait face à un abîme et puis l’autre, s’inclinait pour laisser passer une masse d’air en mouvement dont la force l’aurait précipitée vers la mort, bondissait avec la grâce d’une chèvre des montagnes et reprenait la danse, souple et vive, toute entière offerte au rythme du vent et au temps des rafales.
Dansant sur le fil, elle traversa jusqu’à atteindre le pic suivant et y déposa le couteau de Daos, en évidence et en sécurité, là où il ne saurait tomber seul.
Dansant avec le vent, elle revint à son élève et tira de ses affaires une longue corde qu’elle lui montra comment nouer autour de sa taille et assurer. La marchombre en arrima solidement l’extrémité et conserva une longueur en main puis, le menton haut et le sourire malicieux, elle défia son jeune élève :

« Danse avec le vent, et va chercher ton couteau ! »

[Allez, un exercice classique ! Evidemment, tu peux considérer qu'elle le rattrape avec la corde quand il tombe ^^
Si tu peux ne rédiger que la première tentative, je pense qu'ils vont avoir des choses à se dire après !]


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