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Le Pacte VS L'Ordre
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 One last breath... [Gil et Lib]

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Naïs Jol
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MessageSujet: One last breath... [Gil et Lib]   Mar 27 Juin 2017, 22:36

« One last breath… »

Al-Chen

Giliwyn SangreLune, Libertée Iuskallaphun, Naïs Jol










Ekhon Kaharran


Du haut des murailles qui se dressaient comme une forteresse indestructible au milieu d’un paysage de mort, un homme se dressait de toute sa stature imposante. Ekhon Kaharran était le maître incontesté en cet endroit maudit, dont personne ne ressortait jamais indemne. C’était un type violent, sanguinaire, et qui ne vivait qu’à travers le pouvoir et l’argent. En ces lieux, il avait le pouvoir. Un pouvoir qu’il adorait et dont il abusait tout particulièrement. Ici, tous le respectaient ou bien le craignaient. Le seul à qui il devait rendre compte était Hazel Fil’Elliem, l’un des ministres les plus influents de l’Empereur en personne et il le payait grassement pour garder secrète l’existence de ces mines. Mines sur lesquelles la famille Fil’Elliem avait bâtie la majeure partie de sa fortune, quitte à réduire en esclavage des centaines d’Alaviriens dans les conditions les pires qui soient.

Avec un sourire carnassier sur les lèvres, l’homme déchira le parchemin en mille petits morceaux pour les laisser s’envoler avec la brise légère de l’été qui commençait tout juste. Enfin il allait pouvoir sortir un peu de sa forteresse, et pour une mission plus intéressante que toutes celles qu’il avait eu ces derniers mois. Et puis, chaque occasion de verser du sang, le mettait dans un état de pure jubilation. Il aimait tuer par-dessus tout, cela lui donnait une impression de toute puissance. Mais surtout, il aimait tuer lentement, avec cruauté. Oh pour cela il avait beaucoup d’imagination à revendre – probablement plus que quiconque sur cette terre. Et en plus, il allait pouvoir se débarrasser définitivement de cette Envoleuse qui ne lui causait que des ennuis par la même occasion. Il devait toutefois reconnaître que cette fille n’abandonnait jamais et ne baissait jamais les bras. Elle allait presque lui manquer. Mais il ne pouvait laisser personne fouiner trop prêt des affaires d’Okharran, au risque de découvrir la réalité de ces mines. Ses prochaines cibles allaient payer leur curiosité de leur vie. Peu importait s’il s’agissait d’un Marchombre et d’une Envoleuse, cela ne rendrait la chasse que plus intéressante. Ekhon frotta ses deux mains l’une contre l’autre avec un air satisfait. Miin Iuskallaphun vivait ses dernières heures. Et tous ceux qui tenteraient de s’interposer également.

Sans même se retourner l’homme claqua sèchement des doigts et un garde s’avança alors frénétiquement. Au garde-à-vous, il attendait les ordres qui lui seraient donnés sans sourciller. Retenant presque son souffle.

- « Allez me chercher l’aveugle. Et la gamine aux yeux vairons aussi » lâcha finalement Ekhon d’un ton sans appel.

*


Elwen Garrdal

Du haut de ses sept ans, Elwen avait déjà connu beaucoup d’atrocités au cours de sa courte vie. Trop pour une enfant si jeune. Elle pourtant, elle gardait une vivacité d’esprit et une innocence rafraichissante alors même qu’elle grandissait dans un milieu aussi sordide que les mines d’Okharran. Un endroit dont le commun des Alaviriens ne connaissait absolument pas l’existence. Un endroit oublié de tous. Un endroit comme dans un autre monde. Un endroit de mort. Comme tous les enfants qui étaient arrivés très jeunes dans l’enfer de ces mines, elle avait eu les cordes vocales coupées : un confort accordé aux gardes qui ne supportaient pas d’entendre les pleurs et les cris des plus petits.

Avec un air complètement émerveillé, la gamine regardait les paysages défiler et changer au fur et à mesure que le groupe progressait vers le sud. Son regard particulièrement étonnant – son œil droit était profondément doré tandis que son œil gauche était plutôt marron – sondait le moindre changement de luminosité, le moindre bruissement avec une intense curiosité. La petite fille n’avait pas d’autres souvenirs que ceux qu’elle s’était forgée dans les mines d’Okharran. Elle était arrivée bien trop jeune pour se souvenir de sa vie avec ses parents ; Vora et Evius Garrdal n’avait jamais réussi à avoir d’enfants et c’est avec une grande joie qu’il avait recueillie, choyé et aimé Elwen comme leur propre fille. Née prématurément, c’était les Rêveurs de la confrérie de Fériane qui s’en étaient occupés durant ses premiers mois de vie, jusqu’à ce qu’elle soit assez forte et robuste pour le couple ramène le bébé dans leur maison au bord de la mer. Un triste jour d’automne, une bande de mercenaires marchands d’esclaves avaient mis à sac leur village et les rares survivants, dont ils faisaient partie, avaient été envoyés à Okharran. Malheureusement, ni Vora, ni Evius n’avait survécu à leurs premiers mois dans l’enfer de ces mines.

Elwen ne savait absolument pas où ces hommes l’emmenaient, mais elle avait ce drôle de sentiment d’être en sécurité tant que la femme aveugle restait avec elle. Elle l’avait l’impression étrange de la connaître au fond, tout fond. Elle lui était étonnement familière sans qu’elle ne sache vraiment pourquoi. Et puis le doré de son regard vide lui rappelait l’or liquide qui illuminait son œil droit. Elle ne pouvait pas l’expliquer, mais elle se sentait proche d’elle. Et puis, même avec les poignets entravés par des liens qui lui lacéraient la peau, la petite sentait bien que cette femme était bâtie toute en muscle et en finesse. Elle était différente de toutes les autres femmes qu’elle avait rencontrées et côtoyées dans les mines d’Okharran. C’était une battante. Une guerrière qui n’abandonnait jamais. L’enfant n’aimait pas les gardes, elle avait peur d’eux. Et elle craignait encore plus leur capitaine, Ekhon Kaharran. Mais tant que la femme serait là, elle n’avait pas peur.

*

Naïs Jol

Les heures défilaient inlassablement. Ekhon et ses hommes maintiennent un rythme qui épuisait les chevaux et ne font que de rares pauses. Depuis qu’ils avaient quittés l’enfer des mines d’Okharran, personne ne parlait. Seul le chef de l’imposante troupe donnait parfois quelques directives d’un ton sec et autoritaire. Mais rien ne parvenait à sortir l’Envoleuse de ses pensées. Pas même la perspective que ce malade mental pouvait possiblement s’en prendre à ceux qu’elle aimait – à vrai dire, elle ne se faisait pas trop de soucis de ce côté-là, ils étaient tous amplement capable de se protéger et de ne pas foncer tête baissée dans un piège pour tenter de la sortir des ennuis. Sauf Gil peut-être. Et Seth aussi. Sans compter Atal, Nwëlla et Juhen qui soulèveraient des montagnes pour voler à son secours s’ils avaient le moindre soupçon qu’il lui soit arrivé quelque-chose de grave. Et Miin qui avait bien trop tendance à s’inquiéter pour elle. Au milieu des souvenirs qu’elle ressassait en boucle, la jeune femme se rendit alors compte à quel point ils lui manquaient. Tous.

A cette pensée, Naïs soupira tristement avant de réajuster la position de la gamine sur le cheval du mieux qu’elle le pouvait. Cela faisait déjà quelques heures qu’elle s’était endormie, épuisée par le voyage et des années de mauvais traitements. Rien que songer à tout ce que cette enfant avait pu traverser au cœur de l’enfer d’Okharran, l’Envoleuse frissonna de colère, d’effroi et de dégoût tout à la fois. Et la culpabilité la rongea de plus belle. La belle aveugle se mordit la lèvre jusqu’au sang alors qu’une larme coulait le long de son visage. Comment avait pu imaginer un seul instant qu’éloigner cette gamine aurait pu la protéger des dangers. Aurait pu lui offrir un autre futur. Grandir autrement que Seth. Puis Makeno, et Soahary.

Trouve-lui une famille qui voudra bien d’elle s’entendait-elle encore dire à Moryqane, sept ans plus tôt, profitant que personne n’avait conscience de l’existence de ce tout petit bébé. Une petite toute faible qui n’avait même pas crié à la naissance et qui peinait à respirer toute seule. Et qui avait été emmené à Fériane juste après son frère jumeau alors que tout le monde avait le dos tourné, sous le choc d’une nouvelle aussi inattendue. Une petite à qui elle avait espéré donner une vie meilleure en l’éloignant ainsi. Elle ne s’était jamais autant trompé.

*

Ekhon Kaharran

Cela faisait déjà plusieurs jours qu’Ekhon et ses hommes s’étaient installés à Al-Chen. Il avait établi sa planque dans les sous-sols anciens entrepôts du port fluvial de la ville. A vrai dire, à chaque fois qu’il faisait un séjour dans cette cité marchande et qu’il devait passer inaperçu, il y retournait à chaque fois. Tout y était déjà aménagé à sa convenance : chaînes et instruments de torture de toutes sortes avaient souvent été utilisés en cet endroit. Les bras croisés par-dessus son imposant plastron, l’homme affichait une moue agacée. Cela faisait déjà dix bonnes minutes qu’il attendait sur ce quai abandonné, et s’il y avait bien une chose qu’il détestait par-dessus tout c’était attendre. Il commença alors à faire les cents pas comme un fauve enragé, en jurant entre ses dents.

Et puis, soudain, une voix s’éleva dans son dos, sournoisement. Il ne l’avait pas entendue s’approcher et il se retourna pour planter son regard dans celui bleu électrique de la femme. Une Envoleuse avec qui il travaillait régulièrement. Il la payait assez cher pour qu’elle ne lui refuse jamais rien. Et puis, quand elle était bien disposée, cela leur arrivait parfois de passer la nuit dans le même lit. Il ne pouvait pas dire le contraire, cette femme était tout simplement magnétique.

- « Tu es en retard » grogna-t-il.
- « Comme si tu étais toujours à l’heure, toi aussi ! » rétorqua l’Envoleuse, une main posée sur le creux de sa hanche « Viens au fait, tu as du boulot à me proposer ? » demanda-t-elle sans détour.
- « Ouais, trouve moi SangreLune et sa nana et débrouille toi pour les mener jusqu’à moi » annonça-t-il sans cacher pour le moins du monde son mécontentement.

L’Envoleuse haussa un sourcil étonné et Ekhon devina presque aussitôt qu’elle le connaissait déjà – s’étaient-ils quittés en de bons termes, ou pas ? Dans tous les cas, cela devrait donc lui simplifier la tâche pour gagner leur confiance. Qu’ils le veuillent ou non, ils allaient leur livrer Miin Iuskallaphun. Cet homme était en passe de découvrir l’existence des mines d’Okharran et il ne pouvait en aucun cas le laisser vivre. Il était confiant. Il avait des arguments de poids. D’une manière ou d’une autre cet homme mourrait et tous ceux qui tenteraient de s’interposer.

- « J’en fait mon affaire » acquiesça Anee en disparaissant dans la brume matinale comme elle était apparue.

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: One last breath... [Gil et Lib]   Jeu 29 Juin 2017, 21:22

Assise au sommet d'une tour, les pieds dans le vide, Libertée avait le regard perdu dans le vague. Sur les lignes de l'horizon qui changeaient doucement, oscillaient entre le bleu d'une pâleur extrême et l'orange soutenu, à la limite du rouge enflammé.
Une présence se manifesta dans son dos, souffle léger, qui ne la fit même pas se retourner. Elle l'avait déjà reconnu, même si au fond, cela faisait de très longues années qu'elle ne l'avait plus côtoyé de près. Mais il y a des choses qui ne s'oublient pas.


- Comment tu te sens ?
Libertée prit une grande inspiration, ne se précipitant pas sur une réponse. Thaom était venu la rejoindre, et ça l'apaisait. Un peu. Elle ne voulait qu'une chose au fond : retrouver Gil, qui lui avait donné rendez-vous à Al-Chen, à la taverne du
Lionceau perdu. Rien qu'à ce nom, elle en frissonnait déjà. Elle avait encore quelques heures avant de le rejoindre, et son ancien maître avait aussi répondu présent à sa lettre.

Alors oui, elle prit le temps de réfléchir.
Le voyage qu'ils avaient entrepris à deux avait nettoyé les blessures sans pour autant leur permettre de cicatriser. Mais la base était plus saine désormais, c'était une chose. Et pour le reste… La vie les ferait aviser. Il n'y avait pas vraiment autre chose à penser, à croire, à espérer.
Elle ne voulait plus se jeter dans des illusions et les voir se faire briser en mille morceaux. Que les morceaux soient des bouts d'étoiles ou de verre, cela revenait au même : ça faisait affreusement mal.

Comment elle se sentait ?
Elle ne savait même pas, à vrai dire. Les émotions se disputaient toujours dans sa tête, dans son coeur. Elle était triste, mais une tristesse d'espoir. Elle était reconnaissante à Gil d'avoir pris ce temps, avec elle, pour eux. Elle avait encore mal, encore cette boule dans la gorge, quand ses pensées s'égaraient vers Suviyo. Mais une étincelle de vie pulsait en elle, au fond, et le chemin était de nouveau éclairé… D'une lumière vacillante, certes, mais elle était là, sur sa route.
Sa route.

- Épuisée. Mais sur le bon chemin.
ELle eut un sourire fatigué mais tourna enfin son visage vers Thaom, qui s'était assis à ses côtés. Il lui sourit tendrement, avant de lui prendre la main droite pour l'envelopper des siennes.

- Ça va aller. Il faut juste un peu de temps.
- Je ne peux même plus regarder les enfants dans la rue,
fit-elle de but en blanc. Ses yeux étaient secs et pourtant il y avait une infinie souffrance dans cette constatation formulée du bout des lèvres.
- Ne sois pas trop dure avec toi-même, Libertée.
Il replaça une mèche un peu rougeoyante derrière l'oreille de la marchombre et un frisson naquit sur la joue de Libertée à ce contact. Elle se contenta de se laisser aller sur sa droite, posant son menton sur l'épaule de Thaom.
Fermer les yeux.

Se laisser aller dans cette étreinte apaisante.



♥ ♥ ♥


Le Lionceau Perdu était bondé. Il y avait des gens partout, c'était agité et bruyant, et sitôt que Libertée en eut poussé la porte, elle n'eut qu'une envie : partir en courant dans l'autre sens.
Mais elle prit son courage à deux mains en même temps qu'une profonde inspiration et se glissa dans la foule un peu trop éméchée à son goût.
Dans un mouvement, elle évita une main baladeuse, brisa un petit doigt en pivotant quand une paume de main se dirigea vers son sein droit, louvoya entre les tables pour chercher Gil.

Elle finit par le repérer, un peu plus loin, déjà attablé…
S'avançant en se glissant entre les rangées de chaises occupées par des gens un peu trop gais à son goût, Libertée repéra la silhouette gracile qui s'approcha de Gil par derrière.
La femme se pencha en avant, très proche de l'oreille de l'envoleur - trop proche - et cela fit froncer les sourcils à Libertée, qui accéléra le pas alors qu'elle murmurait quelque chose à l'homme.

Alors, elle se fondit dans la foule dans un coup de colère. Etait-ce de la jalousie ? Oui. Clairement. Et cela n'avait pas d'importance, là, tout de suite.
Pour une fois, cette émotion était parfaitement claire et identifiable, et elle s'en drappa avec soulagement.

Et elle poussa très brusquement la femme qui ne l'avait pas vue venir. Elle perdit l'équilibre un instant, et Libertée sentit une pointe de fierté se ficher dans sa gorge, alors qu'elle flinguait littéralement la femme des yeux.

- Dégage de là, pétasse.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: One last breath... [Gil et Lib]   Ven 30 Juin 2017, 16:01

Al-Chen, auberge du Lionceau Perdu.
Midi passé de quelques minutes.



- Dégage de là, pétasse.
- Après toi, grognasse.


Gil se racla la gorge.

- Alors, hem… Lib, Anee, et heu, Nee… Libertée.

Et maintenant…
… battez-vous !



*


Al-Far, dans une auberge miteuse.
Douze ans plus tôt.


Les mains plongées dans l’eau froide, il lui jeta un coup d’œil par le biais du petit miroir fêlé accroché sur le mur à hauteur de ses yeux. Son reflet avait quelque chose d’étrange, à la fois pétillant et mélancolique – exactement comme son regard. Gil cilla. Reporta son attention sur sa propre image, grimaça devant les cernes, les cheveux hirsutes et la barbe de trois jours, puis se passa les mains sur le visage, appréciant le contact frais de l’eau sur la chaleur de sa peau. Les doigts de la jeune femme l’avaient seulement effleuré mais ils avaient déclenché en lui une vague si intense qu’il en avait retenu sa respiration.

Les gouttes d’eau roulaient sur sa peau. Attrapant la serviette pliée près de la bassine, il se sécha rapidement, sans prendre la peine de lui répondre. A quoi bon ? Il était déjà en retard, bien qu’il ne soit attendu nulle part. Gil était un homme du matin, un homme de l’aube, or il semblait qu’Al-Far soit éveillée depuis plus longtemps que lui. Les innombrables bruits de la vie citadine lui parvenaient comme des murmures feutrés mais il les percevait quand même, et plus les secondes s’égrainaient, plus il avait envie de quitter cette pièce. Reposant la serviette, il se retourna.

Un regard dément le figea sur place. Nom d’un rejeton de Ts’Lich, cette femme avait des saphirs à la place des yeux ! Jurant dans sa barbe, Gil baissa la tête et la dépassa pour aller récupérer ses vêtements. Il n’aimait pas du tout la direction que prenait cette journée. Dépendant de sa routine, il regrettait de n’être pas parti avant qu’elle se réveille pour se permettre de toucher à ses affaires. Lui qui se targuait de bien connaître les femmes, celle-là, il ne la cernait pas. Elle aurait dû rester au lit. Elle aurait dû dormir, ne pas l’entendre s’éclipser en douce. Et si elle s’était quand même réveillée, elle aurait dû lui faire une scène. Pleurer, comme la fille du tenancier qu’il avait côtoyé l’avant-veille. Lui balancer ses vêtements à la figure, hurler sa colère.

La fille aux yeux bleus, elle, se contentait de l’observer sans rien dire, ou presque. C’était à ne rien y comprendre. Il l’avait menacé ! Il aurait pu la tuer d’une simple pression de ses doigts, briser cette gorge bien dessinée… alors pourquoi ne prenait-elle pas la fuite ? Avait-elle réellement conscience du danger qui l’avait frôlé ?

- Tu vas finir par me donner un coup de main, ou tu préfères que je déchire tout ça ?

Il avait parlé avec humeur, mais lorsqu’il redressa la tête pour vérifier qu’il s’était bien fait comprendre, son souffle se bloqua à nouveau dans ses poumons. Enfer… il ne parvenait pas à garder le contrôle. C’était incroyable. Comment pouvait-elle… ? Qui était-elle ? Il se souvenait de Miss la croqueuse d’hommes et de ses yeux violets – elle l’avait hypnotisé sans avoir eu recours au chant des marchombres. Là, il n’était pas hypnotisé. Il était prisonnier. Immobilisé par la seule force d’un regard.
C’était rageant.

Bon sang, que c’était rageant ! Rejetant brusquement les vêtements, Gil se redressa, traversa la pièce en trois grandes enjambées, glissa une main derrière la nuque de la jeune femme et l’embrassa avec une fougue mémorable.


*

- Gil SangreLune.

Un murmure à peine audible. Mais il avait le visage dans ses cheveux et la bouche contre son oreille ; il savait qu’elle avait entendu. Allongés sur le lit, empêtrés dans les draps à la manière de leurs vêtements toujours emmêlés sur le sol, ils reprenaient lentement leurs esprits. Cette fois au moins, on se souviendra de tout… Peut-être même qu’il se souviendrait de son nom, si toutefois elle avait encore la force de parler.

- Anee Gil’Morayan.

Oh oui…

… il se souviendrait de son nom.


*


Al-Chen.
Un peu avant midi.



Gil déambulait dans le magasin. Les mains dans les poches de son pantalon, il avait cette nonchalance coutumière que l’intensité de son regard dépareillé nuançait pourtant fortement : il était concentré sur la marchandise qu’il examinait avec attention. Des arcs de toutes formes et de toutes tailles se trouvaient là. Certains étaient suspendus au plafond et pendaient de toute leur hauteur – presque deux mètres. Gil louvoya entre eux et se rapprocha d’un mur sur lequel étaient exposées des arbalètes. Il ne s’y intéressa guère ; en revanche, son attention fut captée par les arcs en bois sombre entreposés sur une table. Enduits de cire, ils brillaient dans la lumière ténue de la boutique, mais c’est surtout leur forme qui intriguait Gil : au lieu d’être placée au centre, la poignée de ces arcs se trouvait bien en dessous. Cela conférait à l’arme une asymétrie qui lui plut instantanément car il se doutait que, loin d’être une volonté esthétique, cette particularité était celle qui garantissait sa puissance à l’arc.

- « Perce-vent », fit le propriétaire de la boutique, également fabricant de ces produits, en s’approchant de Gil. C’est la traduction que l’on peut donner au nom faël de ce type d’arc.
- Bois faël ?
s’étonna Gil en prenant un arc dans sa main pour l’inspecter avec attention.
- Plus souple et plus solide que celui utilisé pour toutes les autres gammes de cette pièce. Toutefois ce n’est pas ce qui rend cet arc de meilleur…
- Sa forme.
- Exactement. Tenez, regardez.


L’homme attrapa l’arc des mains de Gil et, tenant la poignée de chaque côté, détacha les deux branches de l’arme en un tour de main.

- C’est un arc de voyageur. On le transporte bien plus facilement que les arcs longs.
- Et sa portée ?
- Deux-cent cinquante mètres pour une puissance de quatre-vingt dix livres.


Autrement dit, une flèche tirée avec cet arc pouvait transpercer deux hommes qui se tiendraient l’un derrière l’autre. Gil caressa la ligne fuselée de l’arme, pensif. Le marchand sourit.

- Et si vous l’essayiez ?


*


Dans la cour de l’arrière-boutique étaient disposées des cibles le long d’un mur tapissé de plantes grimpantes. Quelques hommes et femmes s’y trouvaient déjà, qui discutaient en comparant les armes qu’ils venaient sans doute d’essayer, à en juger par les flèches encore plantées dans les cibles. Gil les dépassa sans leur accorder un regard, mais l’un des hommes avisa l’arc qu’il tenait dans sa main et laissa échapper un sifflement moqueur.

- Visez-moi un peu ce grand échalas qui se prend pour un Faël ! railla-t-il assez fort pour être entendu de tous – y compris de Gil.

Qui l’ignora superbement. Il venait de s’arrêter devant une cible, à une trentaine de mètres à peu près. Le marchand lui tendit un carquois rempli de flèches empennées de plumes d’oiseaux de proie.

- L’allonge me semble bonne, jugea celui-ci en regardant Gil tirer sur la corde pour en tester la flexibilité. Mais ne vous inquiétez pas d’échouer : les Perce-Vent sont extrêmement difficiles à manier du fait de leur forme asymétrique.

L’homme qui s’était moqué se rapprocha, imité par les autres. Ça faisait pas mal de paires d’yeux fixées sur lui mais Gil, impassible, se positionna tranquillement. Il encocha une première hampe, visa, tira ; la flèche se ficha en plein centre de la cible. Sans attendre, l’envoleur tira deux autres traits qui firent mouche également, puis il changea d’arc, prenant un autre Perce-Vent qui lui semblait à peine plus grand. Autour de lui les murmures s’étaient tus. Le moqueur écarquilla les yeux en voyant Gil décocher une salve si rapide que les quatre flèches atteignirent presque simultanément leur cible. Satisfait, Gil se tourna vers le marchand ébahi.

- Je prends celui-ci.


*


Al-Chen, auberge du Lionceau Perdu.
Quelques minutes avant explosion.


Il n’avait pas désassemblé son Perce-Vent, et s’il fallait bien y voir une volonté de se faire remarquer, ce n’était pas uniquement par orgueil : les regards qui se posaient sur lui étaient intéressés, et parmi les plus fins d’entre eux se trouvait peut-être celui d’un homme prêt à l’engager à son service. Gil avait repris sa vie de mercenaire. Il fallait bien qu’il s’occupe, maintenant qu’il avait quitté Khamill ; cet insupportable petit épouvantail prenait tellement de place qu’en son absence, il s’ennuyait presque. Il aurait fallu pouvoir se glisser dans les méandres de son cœur pour comprendre qu’en réalité, son apprentie lui manquait. Mais c’était un ours grincheux et solitaire que l’on ne verrait jamais admettre pareille chose à voix haute ! Attablé devant une bière, son col ouvert sur la ligne musculeuse de son cou et de sa gorge, il balaya la salle d’un œil tranquille. Il savait que Libertée n’allait plus tarder. Rien que d’y penser, son cœur s’emballait comme un fou furieux, brisant sans effort le calme apparent qu’il arborait. Il attrapa sa pinte pour laisser une bonne lampée d’alcool apaiser sa nervosité latente, mais arrêta la boisson à quelques centimètres de ses lèvres en percevant une présence dans son dos. Un sourire se dessina lentement sur ses lèvres. Elle était là, juste derrière lui mais il ne voulait pas se retourner tout de suite : il préférait attendre de voir ce qu’elle allait faire.

- Alors Gil, est-ce que tu vas te souvenir de moi cette fois ?

Murmure, tout contre son oreille gauche.
Parfum de fleur et non de pêche. Une fleur sauvage, exaltée, vaguement poivrée.

Gil tressaillit de surprise et se retourner pour croiser un regard bleu électrique. Un regard qu’il n’avait pas vu depuis plus de dix ans.

Un regard qu’il reconnut instantanément.

- Oh, tu sais, plus je vieillis et plus ma mémoire rajeunit.

Ils se turent, se jaugeant avec la même force, le même étonnement que la première fois. Il se sentait toujours aussi con, elle craquait toujours pour ses yeux… et leur route se mêlait à nouveau dans une auberge. Ce n’était pas encore assez gros : il manquait quelqu’un pour que la situation passe d’intrigante à gênante. Quelqu’un qui, fort judicieusement, arriva à ce moment précis. Fonça droit vers la table. Bouscula tout et tout le monde sur son passage. Le rose tendre affronta le bleu vif tandis que Gil, toujours assis, s’enfilait une gorgée de bière bien méritée. Il était toutefois bien goguenard ; quand il reposa sa pinte, son demi-sourire habituel dévoilait son amusement.

- Dégage de là, pétasse, gronda Libertée.
- Après toi, grognasse, rétorqua Anee.

Gil se racla la gorge.

- Alors, hem… Lib, Anee, et heu, Nee… Libertée.

Et maintenant…
… battez-vous !


Anee était une envoleuse. Elle lui avait paru plutôt fragile, douze ans plus tôt, mais là, plus du tout. Pas avec cet air tranquille sur le visage et cette assurance qu’elle dégageait. Sauf qu’en face d’elle se tenait une marchombre, et pas n’importe laquelle. Si Gil devait parier sur une victoire, il misait tout sur celle de Lib. C’était une lionne en furie ! Alors oui, d’accord, il aurait sans doute dû calmer le jeu, et peut-être aussi qu’il aurait pu se sentir un peu coupable, mais non. Du tout. Pourquoi souffler sur les braises d’un incendie ravageur ? C’est con ! Pourquoi se sentir fautif d’avoir connu quelqu’un bien avant de rencontrer Lib ? Et puis merde, pourquoi nier qu’il avait très envie de les voir se taper dessus ? Deux jolies femmes en train de s’arracher la tête pour lui, voilà qui flattait l’égo et redonnait le sourire ! Mais alors que Gil s’apprêtait à croiser les mains derrière la nuque pour profiter de ce singulier spectacle, Anee recula d’un pas. Ce n’était certainement pas pour rompre l’affrontement silencieux qui avait lieu, pourtant elle interrompit bel et bien quelque chose, et Gil haussa un sourcil en la voyant tourner la tête dans sa direction. Hé ho, t’es venue chercher la merde toute seule ma grande, compte pas sur moi pour…

- Gil, je t’ai retrouvé parce que j’ai besoin d’aide.

… te filer un coup de main.

Hum.

Ah bon ?


- Nee, écoute… Je suis content de te revoir, sincèrement, mais aujourd’hui je dois faire quelque chose avec Lib. On papotera une autre fois.

Il vit le bleu vif de son regard se troubler et comprit qu’elle aussi était sincère. Son sixième sens choisit cet instant précis pour l’aiguillonner de son dard, mais il l’ignora. Préféra l’écouter, elle, quand elle reprit d’une voix plus faible :

- Attends, tu ne comprends pas… j’ai besoin d’aide, non pas pour moi mais pour une amie. Elle est dans le pétrin. Tu la connais peut-être, elle est du milieu elle aussi… elle s’appelle Voëlle.

La suite, Gil ne l’entendit pas. Son regard capta celui de Libertée et ne le lâcha plus. Voëlle. Et Mïin !

Enfer de bordel de merde.


*


- Tu es sûre que c’est ici ?

Gil observait les lieux d’un air circonspect, aussi ne surprit-il pas le regard dépité qu’Anee lui lança :

- Je crois, oui, étant donné que j’en viens…
- Désolé, marmonna-t-il en percevant la tension dans sa voix. J’ai juste du mal à imaginer que Voëlle puisse être enfermée dans un endroit pareil.

Il serra les doigts de Libertée entre les siens, soucieux de la rassurer : tout allait bien se passer. Ils allaient sortir ses parents de là, ensemble, et puis ils allaient se payer du bon temps. Ensemble. Partir à bord du Suviyo pour ne plus revenir sur terre avant des semaines. Des mois. Peut-être bien des années ? On verra ça plus tard, songea-t-il en ouvrant doucement la porte du hangar. Pour l’instant, la priorité était de retrouver Voëlle. Anee n’avait pas parlé de Mïin, mais ces deux-là étant inséparables il était fort probable que le marchombre soit également dans les parages. C’était à n’y rien comprendre : comment le Chaos avait-il bien pu retrouver la trace de Voëlle ? Comment Anee connaissait-elle la mère de Lib ? Certes, elles venaient du même endroit, le Domaine, mais Voëlle avait quitté cet endroit depuis des années. Impossible qu’elles s’y soient croisées. L’envoleuse était toutefois précautionneuse, elle avait pris soin de couvrir ses traces et elle le faisait toujours ; sans doute avait-elle quelques contacts à l’intérieur de l’Ordre qui lui permettaient de rester à l’abri. Parfaitement invisible pour vivre sa vie aux côtés de l’homme qu’elle aimait. Tout en avançant dans un couloir sombre, derrière Anee mais devant Lib, Gil se demanda s’ils n’auraient pas mieux fait de suivre leur exemple et aller se planquer quelque part, loin de toutes ces foutues emmerdes. L’idée l’avait effleuré quand ils avaient eu besoin de s’éloigner, juste après la mort de Suviyo. Et puis la réalité l’avait rattrapé. Son sens des responsabilités, pourtant quasiment inexistant, lui avait rappelé qu’une certaine Khamill Norwëll l’attendait. Il était rentré. Sans regret puisque son élève avait réussi à capter toute son attention. Et puis au bout du compte, Voëlle n’avait pas réussi à échapper aux ennuis…

Gil avançait doucement, les genoux légèrement fléchis, prêt à toute éventualité. Plus ils progressaient dans la semi-obscurité, moins il le sentait. Cette histoire clochait. Inquiet, il déplia légèrement les doigts et laissa jaillir les griffes d’acier de ses mitaines. Il savait que sa greffe ne lui serait d’aucune utilité en cas de grabuge, à cause de l’Anarysine qui paralysait ce don de l’Imagination ; et parce qu’il n’avait pas pris de dose depuis un moment, la Bête fourmilla dans son ventre, sensible à son agitation. Il ne chercha pas à la calmer. Si les choses devaient mal tourner, mieux valait que sa folie destructrice puisse s’exprimer ! Son regard se posa entre les omoplates d’Anee qui évoluait devant lui. Son sixième sens revint à la charge. Signal d’alarme dans son esprit. Douze ans, pas un signe de vie… pour réapparaître comme par magie ? Le hasard était joueur, mais pas aussi fumier que ça. Gil s’y entendait en fumisterie, et il savait en reconnaitre une quand il la voyait. En l’occurrence, ce n’était pas le hasard qui se payait sa tronche.

Alors forcément, quand des sphères de lumières s’allumèrent soudain, illuminant le visage patibulaire de quelques tueurs prêts à en découdre, Gil était prêt.

Il ne fut pas surpris.

- J’ai pas oublié, dit-il en regardant Anee droit dans les yeux quand elle se rangea avec les hommes qui les encerclaient, Lib et lui. Il y a douze ans, mon instinct m’avait déjà soufflé de me barrer.
- Tu aurais dû faire pareil aujourd’hui, SangreLune. Mais maintenant c’est trop tard !
- Il n’est jamais trop tard pour botter le cul d’une pétasse.

Sur ces belles paroles, Gil attrapa Lib dans les bras et l’embrassa fougueusement. En même temps, il envoya un poignard, qui se ficha dans l’œil d’un premier type, et ses griffes ouvrirent la gorge de celui qui tentait de leur tomber dessus.

- Je te la laisse, dit-il à Lib entre deux baisers. Amuse-toi bien !

Il pivota pour s’occuper des bonhommes, laissant la marchombre régler ses affaires avec Anee. Douze ans plus tôt, son cœur de jeune homme instable aurait souffert de cette trahison. Mais il avait vécu trop de choses depuis, et surmonté bien trop d’épreuves pour que celle-ci l’atteigne là où elle aurait dû l’atteindre. Une lueur sauvage au fond des yeux, il se battit avec férocité.

Comme une bête.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: One last breath... [Gil et Lib]   Sam 01 Juil 2017, 20:08

Ekhon Kaharran

- « Hé ! Face de Raï ! » lança l’Envoleuse aveugle avec hargne « Même si Gil et Lib tombaient dans ton piège ridicule, qu’est-ce qui te fait croire qu’ils feront ce que tu leur demanderas ? T’es vraiment naïf, mon pauvre ! »

Les fermement bras croisés contre son plastron, Ekhon leva les yeux au ciel d’un air formidablement agacé. Il allait vraiment falloir qu’il se débarrasse de cette fille une fois que sa mission serait achevée ; elle lui résistait bien trop à son goût ! S’arrêtant momentanément de faire les cents pas, il détailla la jeune femme longuement. Elle avait une petite cicatrice qui lui barrait la lèvre et une ecchymose impressionnante sur la pommette droite mais son regard profondément doré brillait de mille feux malgré sa cécité – exactement comme si elle pouvait le voir. C’était assez déroutant, flippant même quand elle le fixait longuement sans rien dire. Surtout qu’il ne parvenait jamais à savoir ce à quoi elle pensait. Il s’en méfiait pour la simple et bonne raison qu’il n’avait jamais réussi à la briser, même après tout ce temps qu’elle avait passé à Okharran. Elle était mince et ses vêtements déchirés laissaient entrevoir les marques de ces longs mois de détention. De mauvais traitements. Et pourtant elle restait belle, au point de rendre fou n’importe quel homme avec son aura un peu sauvage.

Soupirant imperceptiblement, l’homme s’approcha doucement de la femme pour s’agenouiller devant elle. Elle avait les poignets littéralement lacérés par des liens trop serrés. Un sourire mauvais se dessina sur le visage d’Ekhon qui prit le menton de Naïs entre son pouce et son index, pour la forcer à relever la tête vers lui.

- « Puisque tu as l’air de tant tenir à eux, je les tuerai tous devant toi. Lentement, douloureusement. Et ensuite seulement je m’occuperai de ton cas » promis-t-il d’un ton parfaitement neutre, sans la moindre once d’émotion.

Fier de lui, il laissa le temps à ses paroles de se frayer un chemin dans l’esprit de l’Envoleuse à la peau sombre. Cependant, il ne la lâcha pas pour autant. Qu’allait-elle bien pouvoir trouver à répliquer cette fois-ci ? Elle ne sortirait pas vivante d’ici, il se le jurait.

- « C’est ce qu’on verra… » lâcha-t-elle avec une lenteur tout calculée, alors que l’homme commençait enfin à croire qu’elle baissait les bras.

Excédé, Ekhon lâcha un grognement contrarié alors qu’il assenait un coup de poing puissant à l’Envoleuse, qui cracha une gerbe de sang. Mais, curieusement, il ne rajouta pas un mot de plus alors qu’elle semblait le défier férocement de de son regard doré. Au plus vite il en aurait fini avec cette histoire, au plus vite il retrouverait son petit royaume au cœur des plateaux d’Astariul. Au plus vite également il retrouverait son petit confort entre les murs de sa forteresse : à Okharran, lieu méconnu de tout l’Empire et isolé du reste du monde, il régnait en maître. Il ne désespérait toutefois pas de diriger Gwendalavir tout entier un jour. Il fallait juste bien commencer quelque part, non ?

*


Naïs Jol

Des éclats de voix et le son de lames qui s’entrechoquent firent brusquement relever la tête de la jeune femme. Son cœur fit un bond dans sa poitrine et elle redoubla d’énergie à tenter de se défaire de ces foutus liens qui la retenaient prisonnière. Beaucoup serrés ! A force de contorsionner ses poignets dans tous les sens, ces cordes lui brûlaient littéralement la peau. Toutes griffes sorties, l’Envoleuse tentait de cisailler ces morceaux de cordes qui s’enfonçaient profondément dans sa peau avec une frénésie désespérée. Il fallait qu’elle réussisse à se défaire de là. Il fallait qu’elle les prévienne. Gil et Lib s’apprêtaient à tomber dans le piège sordide d’Ekhon Kaharran, elle ne pouvait le permettre ! Cet homme était capable de n’importe quoi pour arriver à ses fins. Allez bordel ! Au moment où la jeune femme jurait vertement entre ses dents, les liens cédèrent enfin.

Tel un fauve, et dans un réflexe incroyable, elle se redressa sur ses deux pieds. Tournant brièvement la tête en direction d’Elwen, dont elle sentait le regard posé sur elle, Naïs lui adressa un signe de tête rassurant. Avant de bondir. Et d’utiliser toute sa force pour défoncer une porte dans un fracas assourdissant. Six. Sept. Non huit. Huit respirations différentes. Huit présences. Huit hommes qui se tournèrent vers elle dans un bel ensemble. Ce n’était même pas la peine de penser à les affronter, pas affaiblie comme elle l’était. Alors elle fit la seule chose à laquelle les guerriers ne s’attendirent pas : elle cria. A plein poumons. En espérant que Gil ou Lib l’entendrait malgré le bruit du combat.

- « GIL ! »

Elle fit un pas en avant, déterminée. Tenta d’en faire un deuxième. En vain. Comme immobilisée par une force invisible. Foutus dessinateurs !

- « LIB ! »

Elle cria de nouveau alors qu’un homme la saisissait par le bras sans qu’elle ne puisse rien faire. Ni se débattre. Ni le repousser. Rien. Absolument rien.

- « BARREZ-VOUS DE LA ! »

Et puis une main se posa fermement sur sa bouche. Elle ne put rien dire de plus. Elle pouvait à peine s’autoriser à fermer les yeux, très fort, et espérer que l’Envoleur et la Marchombre l’ai entendue et ne tombe pas dans le piège d’Ekhon. Mais à ce moment précis, de l’autre côté de la salle, la porte explosa dans un bruit ahurissant…

*

Ekhon Kaharran

… Et Ekhon sourit dans l’ombre. Son plan avait fonctionné à merveille jusque-là. Anee, avait réussi à mener Giliwyn SangreLune et Libertée Iuskallaphun jusque dans son antre, et Naïs avait joué son rôle aussi. Tout se passait à merveille. Ses hommes savaient ce qu’ils avaient à faire et c’était au tour de Marik et Kal d’entrer en scène : Marik s’était déjà occupé de Naïs, Kal se lança dans l’Imagination et tout se précipita tandis que l’Envoleur et la Marchombre déboulaient tout droit dans son piège. En quelques seconde le Dessinateur parvint à séparer les deux combattant et à immobiliser la Marchombre.

Alors seulement, Ekhon Kaharran sortit de l’ombre pour se révéler en pleine lumière, face à l’Envoleur. Il avait un rictus mauvais sur les lèvres et jubilait intérieurement. Tandis que les deux hommes se jaugeaient silencieusement, Anee vint se positionner non loin du guerrier. Prête à toute éventualité. Un bleu impressionnant commençait à fleurir sur sa pommette gauche, mais elle se dressait fièrement face à SangreLune. Le seigneur d’Okharran s’éclaircit la gorge en bombant le torse.

- « Enfin nous nous rencontrons, Giliwyn SangreLune » commença-t-il d’un ton assuré « J’ai un job pour toi et tu vas ouvrir grand tes oreilles »

L’homme tournait à pas lent autour de l’Envoleur. Tel un fauve. Quelques secondes s’écoulèrent avant qu’il ne reprenne la parole. Autant dire, une éternité.

- « Vois-tu, en se lançant sur les traces de cette demoiselle » il désigna Naïs « Un certain Miin Iuskallaphun s’est approché un peu trop d’affaires qui ne le regarde pas. Je veux que tu le trouve et que tu te débrouille pour me l’amener. J’ai deux mots à lui dire »

Faisant une nouvelle pause, Ekhon se planta devant Giliwyn, les bras croisés, et se dressait de toute sa stature. Avant même que l’Envoleur ne puisse le devancer, la voix de l’homme s’éleva à nouveau dans l’air. Dure et autoritaire. Sans pitié.

- « Quoi ? C’est ton boulot non ? Et si tu as besoin d’une motivation en plus je peux t’en donner autant que tu veux ! » ajouta-il « J’ai appris pour ta fille, quelle tristesse… Mais tu ne voudrais pas perdre un autre enfant ? Non ? Le petit Makeno est une cible si facile. Tu sais qu’il est entre la vie et la mort en ce moment même ? » une lumière mauvaise dansa dans ses yeux « Tu as peut-être besoin d’une autre motivation encore ? Je peux te la donner si tu veux, avec grand plaisir »

A ce moment exact, l’un de ses hommes s’avança la lumière. Avec la gamine. Avec la petite Elwen. Il suffirait juste d’un seul geste. Un enfant, c’était si fragile. Et il vit toutes les émotions différentes se dessiner sur le visage de SangreLune, mais aussi sur celui de la femme blonde, et de l’Envoleuse aveugle. Tout se déroulait exactement comme il le prévoyait. Il adorait les drames, les engueulades, le sang. Il aimait encore plus quand il en était l’origine.

- « Eh oui, le destin est farceur n’est-ce pas ? » railla-t-il, tandis que Garwin plaquait une lame sur la gorge de la gamine « Tu ne voudrais pas qu’il lui arrive quelque-chose tout de même ? »

Mais alors qu’il se sentait parfaitement en confiance, la situation se retourna brusquement en un quart de millième de seconde. Et tous les plans qu’il avait élaboré dans sa tête s’écroulèrent.

*

Naïs Jol

Une larme roula sur la joue de l’Envoleuse. Une unique larme. Et elle fit soudain une chose à laquelle personne ne s’attendait. Mue par un instinct puissant de protection, et de détermination, elle profita de ce que Marik avait baissé sa vigilance pour bouger si vite que celui-ci n’eut même pas le temps de s’en rendre compte. Juste de jurer en tenant son visage entre ses mains : il avait le nez explosé par un formidable coup de tête. La seconde d’après, les griffes de Naïs lui transperçaient le cœur ; le dessinateur s’effondra lourdement sur le sol. Gil bougea. Puis Lib, libérée de l’emprise de Kal. Mais les hommes d’Ekhon réagirent aussi. Anee aussi.

Un combat sans merci venait de s’engager dans les sous-sols sombres et puants d’un entrepôt abandonné d’Al-Chen. L’Envoleuse aveugle, malgré de long mois de captivité, n’étaient pas en restes. Attrapant un poignard à la ceinture de l’homme qu’elle venait de tuer de sang-froid pour le lancer avec une précision redoutable. Droit vers la gorge de l’homme qui menaçait Elwen. La gamine ne cria pas ; elle ne le pouvait pas. De toute façon, elle était déjà habituée à côtoyer la mort de prêt. Naïs lâcha un soupir imperceptible quand la gamine se terra dans un coin sombre de la pièce à l’écart du combat dans lequel l’Envoleuse se lança corps et âme.

Elle comptait bien faire ravaler sa fierté à cette raclure d’Ekhon. Elle allait lui faire passer un sale quart d’heure. Les deux combattants se défièrent un instant avant que l’homme ne tente une première feinte que l’Envoleuse n’évita que par un réflexe miraculeux. Elle sentait l’adrénaline monter et pulser dans ses veines. Même affaiblie, elle restait une Envoleuse. Une voleuse de vie. Une guerrière hors pair. Et elle donnait bien du fil à retordre au maître d’Okharran. Il tentait de l’épuiser, en vain. Au lieu de cela, c’était la jeune femme qui prenait un malin plaisir à le laisser s’épuiser tout seul. Elle redevenait celle qu’elle avait toujours été : féroce et redoutable. Une véritable panthère ! Cependant, si elle était concentrée sur son combat, Naïs faisait aussi attention à tout ce qu’il se passait autour d’elle. Et un détail attira justement son attention. Un détail qui mettait en jeu une vie.

Il fallut moins d’une demie seconde à la jeune femme pour prendre une décision. Passant aisément sous une parade d’Ekhon, elle se fondit au milieu des autres combattants. Virevolta. Brisa une nuque au passage. Tout se déroula très vite. Aux prises avec un homme qui lui donnait légèrement de fil à retordre, Lib n’avait pas sentie Anee s’approcher dans son dos. Ou peut-être que si, mais si elle parait à l’attaque de l’autre Envoleuse, elle pouvait tout à fait se faire embrocher par son adversaire. Evitant souplement une dernière attaque, Naïs n’eut que le temps de s’interposer entre Anee et sa cible. Juste avant qu’une lame ne lui traverse le corps de part en part, lui coupant le souffle littéralement – ah, non, ça c’était parce que l’arme de la femme venait de lui perforer un poumon. Il se passa quelques longues secondes avant qu’Anee ne daigne retirer cette épée de son corps, en prenant bien soin de faire le plus de dégâts possibles.

Naïs vacilla dangereusement.
Et au même moment, Ekhon passa le fil de son poignard sur la petite gorge d’Elwen.

__________________________________________




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I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: One last breath... [Gil et Lib]   Mer 05 Juil 2017, 20:15

Grognasse ?
Franchement, ça lui allait. C'était bien moins pire que petásse. Et Libertée ne put s'empêcher de faire un petit pas en avant alors que l'autre la regardait avec un regard d'un bleu si profond qu'il en était glacial. Elle avait envie de lui tirer la langue, juste pour voir un éclat de surprise traverser ces prunelles, mais alors qu'elle fronçait légèrement le nez, Gil intervint avec un sourire goguenard.


- Alors, hem… Lib, Anee, et heu, Nee… Libertée.

Le regard de la marchombre passa un instant de Gil à Anee. Il l'avait surnommée Nee, c'était bizarre mais soit. Libertée capta un éclat dans le regard de la femme, jeta un coup d'oeil à l'envoleur, comprit bien vite qui était cette femme : une envoleuse aussi.

Il aurait définitivement dû finir sa vie avec une envoleuse, et pas avec elle. Non ? Il en avait apparemment connu pas mal, pourquoi n'était-il pas resté avec quelqu'un qui lui correspondait plus ? Qu'avait-elle de si différent de ces nanas ?
Rien.
Absolument rien. Ce n'était pas pour rien que leur relation avait souvent été yoyo. Partir pour revenir. Même si les sentiments s'était mêlés de tout cela, brûlant de leur intensité insoutenable, la nature des choses ne peut être changée. Malgré les similitudes…

Mais Anee interrompit les réflexion de Libertée en rompant d'un pas, et la marchombre se mordit l'intérieur de la joue. Elle demandait de l'aide ! Ça agaça terriblement la marchombre : mais pourquoi est-ce que les nanas qui le côtoyaient lui demandaient toujours de l'aide, hein ?
En fait, elle avait sa réponse : parce que c'était la grande faiblesse de Gil. Peut-être parce qu'il avait besoin de se sentir utile, peut-être simplement parce que ça flattait son égo de se dire qu'il était le chevalier servant de ces gentes dames ?

- Nee, écoute… Je suis content de te revoir, sincèrement, mais aujourd’hui je dois faire quelque chose avec Lib. On papotera une autre fois.
* Et toc ! *

Elle ne le sentait pas. Mais alors, pas du tout.

- Attends, tu ne comprends pas… j’ai besoin d’aide, non pas pour moi mais pour une amie. Elle est dans le pétrin. Tu la connais peut-être, elle est du milieu elle aussi… elle s’appelle Voëlle.

* Mais bien sûr ! *
Pourtant, un léger doute subsistait.

Les doutes doivent pousser en avant, Lib.


♥ ♥ ♥

Quand ils entrèrent dans l'entrepôt, pourtant, les doutes s'effacèrent pour laisser place à une puissante certitude : sa mère n'était définitivement pas là. Ça lui avait paru improbable, durant le trajet, qu'elle soit réimpliquée avec l'ordre, surtout avec tout ce qui s'était passé ces dernières années. Mais peut-être qu'à cause de Naïs, elle avait dû faire une réincursion dans les papiers des mercenaires du chaos ?
Sauf que non.
Ça pulsait en elle, et en réalité, elle en fut soulagée.

Et elle connaissait déjà la suite, quand Gil serra ses doigts dans les siens.  Pourtant, elle suivait Gil sans un mot. Si ce n'étaient pas ses parents qui étaient impliqués - en tout cas, pas sa mère c'était certain - il y avait toutefois une autre certitude ancrée en elle : cela avait avoir avec quelqu'un qu'elle connaissait et qui était en danger.

Ses sens aiguisés discernèrent quelques souffles dans le noir, et elle se tint prudente, lâchant les doigts de Gil une seconde avant que les sphères lumineuses n'innondent la pièce de leur lueur perçante.


- Tu aurais dû faire pareil aujourd’hui, SangreLune. Mais maintenant c’est trop tard !
- Il n’est jamais trop tard pour botter le cul d’une pétasse.


Lib ne retint pas son petit rire… Qui se perdit dans la bouche de Gil venue s'écraser sur la sienne. Son souffle se coupa, surpris par cet élan de fougue et tout son corps se mit à trembler avec une seconde de retard.
Mais il lui laissa l'occasion de faire sortir l'énergie emmagasinée dans son corps avec ce traumatisme, en lui offrant une belle opportunité : se battre avec la pétasse.

C'était parfait.
Se ramassant sur elle-même une demi-seconde, Libertée fit volte-face, bondit sur le côté pour éviter un coup d'Anee.
Elle ne l'aurait pas !
Tournant furieusement sur elle-même, la marchombre se fendit sous un bras, veillant à toucher le moins possible son adversaire, ayant la certitude que quelque chose allait se passer si elle restait en contact trop longtemps avec elle. Mais elle virevolta en arrière, prit de l'élan avec un coup qui l'atteignit sous les côtes, bondit haut… Un éclat dans son regard s'illumina quand elle vit Anee protéger son visage en levant ses avant-bras au niveau de son sternum, sauf que Lib ne comptait pas du tout frapper avec son pied…
Ce fut son coude qui percuta la pommette de l'envoleuse à pleine vitesse, l'envoyant bouler à plusieurs mètres de là.

Mais alors que la marchombre allait se précipiter sur son adversaire pour l'achever - il n'y avait plus que ça à faire alors qu'Anee était complètement sonnée sur le sol - tout son corps fut immobilisé, comme si…
Elle ne pouvait plus bouger.
Le souvenir affreusement douloureux et violent remonta à sa mémoire, l'emmenant dans des grottes et des cellules glacées et humides. Et malgré la coque invisible qui l'entourait, elle se mit à trembler de tous ses membres.


- Enfin nous nous rencontrons, Giliwyn SangreLune.

A vrai dire, elle ne captait absolument plus rien de ce qu'il se passait autour d'elle.
Envahie par des cauchemars violents et sanguinaires, par la douleur rémanente dans son dos, dans ses hanches, dans toute son intimité, elle basculait dans une noirceur invisible. Mais une lueur chancelante tentait de chasser l'ombre, d'abord à peine visible, vacillante.

...Je veux donner un nom à ce bateau…
...Suviyo…
Je t'aime

- Un certain Miin Iuskallaphun s’est approché un peu trop d’affaires qui ne le regarde pas...
Un autre tremblement.
Plus puissant.

- Dans tes rêves, connard !
Souffle inaudible.
- Tu ne voudrais pas qu’il lui arrive quelque-chose tout de même ?

Quelque chose électrifia Libertée dans ses nerfs-même.
Son corps réalisa avant son esprit qu'il pouvait bouger, et elle roula sur le sol en arrière pour éviter une Anee qui venait de se précipiter vers elle, croyant sans doute la surprendre.

- Le violet te va si bien, jolie pétasse !
Un sourire se dessina sur les lèvres de Libertée alors qu'elle pouvait parfaitement discerner l'éclat de rage pure qui traversa le regard si bleu de l'envoleuse.


♥ ♥ ♥

You chewed me up and spit me out
Like I was poison in your mouth
You took my light, you drained me down
But that was then and this is now
Now look at me !

♥ ♥ ♥

Si Anee était une envoleuse accomplie, mue par des années d'entraînements intensifs, propulsée par des émotions profondes… Libertée avait dû recommencer son entrainement à zéro plusieurs fois déjà. Elle connaissait ses faiblesses, les côtoyait chaque jour, mais surtout, elle avait parfaitement conscience de ses limites physiques pour les avoir explosées plusieurs fois ces derniers mois.
Et surtout, il y avait ça, tout au fond d'elle.

Une lumière brûlante qui irradiait chaque parcelle de son être.
Chaque recoins qui faisaient d'elle… Elle.
Libertée.

Quand l'envoleuse passa dans son dos, alors que Libertée était en train de de délester de son arme un autre combattant, elle eut un sourire moqueur. Mais alors qu'elle se cambrait pour éviter le coup qui aurait dû lui transpercer les côtes, tendre sa tête en arrière pour lancer ses cheveux à l'assaut de la gorge de son adversaire et jongler avec le sabre du combattant qu'elle venait d'achever, une ombre se fondit entre elle et Anee.

- Naïs…?!

Elle vit clairement l'épée d'Anee rester plusieurs secondes dans la poitrine de sa demi-soeur, et dans une violence infinie, elle tourna autour du corps de Naïs pour un coup de taille et son épée fine s'enfonça sur la longueur de son tranchant entre deux côtes de l'envoleuse aux yeux bleus sur une vingtaine de centimètres avant de cogner contre la colonne vertébrale.

Mais alors que l'envoleuse retirait son épée de Naïs, Libertée tira légèrement sa propre lame vers elle, avant d'enrouler le poignet quand elle sentit le raclement de la côte dorsale d'Anee sous le fil de sa lame, et elle piqua vers le haut en tournant le plat de la lame, embrochant le coeur de son adversaire qui écarquilla les yeux de surprise.
Et bascula en arrière.

Dans son élan, Libertée se jeta sous Naïs qui s'effondrait pour la rattraper avant qu'elle ne s'étale sur le sol.
Un bruit, son étranglé, résonna dans la pièce à présent parfaitement silencieuse, et la marchombre ferma les yeux un instant pour tenter de calmer les battements de son coeur qui s'était emballé précipitamment.

Quand Libertée ouvrit les yeux, ce fut pour voir la fillette avec la gorge barbouillée de sang.
* Encore… *

Elle déglutit lentement.
Très lentement.
Avant que la chrysalide n'explose en elle.
Violemment.

Elle finit de poser Naïs par terre et dans un formidable élan, à une vitesse incroyable, elle fondit dans le dos du Mentaï et lança un coup d'estoc sur le bord de sa colonne vertébrale, entre les côtes, la lame horizontale, avant de diagonaliser son geste, bloquer son poignet droit, passer sa main gauche de l'autre côté de ses doigts droits pour renforcer son geste et y imprimer plus de puissance, et elle tira la lame vers elle d'une torsion violente et parfaitement calculée. Elle sentit la lame de l'arme racler le bord d'une vertèbre, vrilla d'un infime mouvement son poignet et le fil de l'épée se pinça dans un disque vertébral et le traversa de part en part, désarticulant instantanément le Mentaï qui s'écroula sur le sol.

Essoufflée, le coeur battant la chamade, les cheveux en bataille et les yeux écarquillés et injectés de sang, la marchombre sentit son souffle se couper dans sa poitrine quand elle vit l'état de la petite.

Son épée résonna violemment sur le sol quand elle la lâcha sans le vouloir.
Elle resta immobile, là, à fixer un point dans le vide sombre.

Les membres tremblants.

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MessageSujet: Re: One last breath... [Gil et Lib]   Sam 08 Juil 2017, 11:27

Gil laissa échapper un éclat de rire à la fois joyeux et dément en dégainant son épée. Elle était sagement restée au fourreau le temps qu’il s’occupe des six premiers hommes, mais les six autres qui lui tombaient dessus étaient armés jusqu’aux dents et fermement décidés à le tuer. Dans vos rêves, malandrins ! Sourire aux lèvres, Gil tourna sur lui-même et fit danser sa lame. Deux hommes s’effondrèrent, le troisième opposa une résistance qu’il brisa en un revers du poignet. Ses trois derniers adversaires avaient gardé leurs distances. Il crut au début que c’était par crainte, mais en affrontant le premier, Gil réalisa soudain la différence : ces types-là savaient se battre. Très, très bien se battre. Une première blessure s’ouvrit sur la cuisse de l’envoleur. Il fit un bond en arrière et jeta un coup d’œil vers Libertée, qui s’amusait toujours avec Anee. Il soupira. La présence de l’envoleuse, et maintenant de ces types, augurait de gros ennuis : il était en train de se mouiller dans une affaire qui concernait le Chaos… et ça ne lui plaisait pas du tout. Soit il agissait dans l’intérêt de l’Ordre, ce qui l’enchantait encore moins, soit il était plutôt en train de saboter une mission, ce qui le mettait en danger en le faisant passer pour un traître. Eh ben, y’avait longtemps que je n’étais pas coincé dans ce genre de connerie, moi !

« GIL ! »

Il redressa soudain la tête, le cœur battant, et regarda tout autour de lui. Naïs ?? Non, c’était impossi…

« LIB ! »

Enfer de bordel de merde. C’était bien Naïs, et sa voix lui parvenait de l’autre côté de cette porte, là. Alors, il bondit et sa lame décrivit une courbe sanglante.

Mortelle.

« BARREZ-VOUS DE LA ! »

Gil défonça la porte.


*


Il roula sur le sol et se redressa, genoux fléchis, bras tendus dans une garde qui signifiait clairement « j’vais tous vous buter ». Ses yeux balayèrent la pièce et se posèrent sur Naïs, immobilisée par un type à qui il arracherait la tête dès que possible. D’abord il devait s’occuper de ces gugusses, là, qui étaient… eh bien quoi ? Gil grogna en essayant de bouger ses jambes, mais en vain. Pivoter légèrement son buste de quelques centimètres lui demanda un effort considérable et il ne réussit qu’à bouger vaguement les doigts de sa main libre. Il y a un Mentaï dans la pièce, réalisa-t-il tandis qu’un pressentiment glacé lui étreignait le cœur. La situation était en train de déraper… et Lib et Naïs étaient là. Le murmure d’une peur ancienne se glissa en lui, insidieux, et descendit dans son ventre où reposait la Bête. Celle-ci frémit et Gil prit une inspiration un peu vive, désarçonné par la violence de son réveil.

Oh, oh…

- Enfin nous nous rencontrons, Giliwyn SangreLune !

L’homme qui venait d’apostropher Gil sortit de l’ombre. Celui-ci grogna de nouveau. C’était toujours la même chose ! Le vilain méchant jaillissait sans prévenir et il était toujours aussi moche. Et il avait tellement peur d’affronter son adversaire d’homme à homme qu’il mêlait des innocents à sa petite fête. Prévisible et pathétique… Sérieux, les mecs, variez un peu la prochaine fois ! En l’occurrence, le bonhomme était de taille moyenne mais corpulent, avec des cheveux d’un blond cuivré qui retombaient sur ses épaules, des yeux clairs et un sourire torve. En fait, il arborait cette mine qu’ont les vainqueurs qui jubilent. Gil regarda Anaee, qui venait de se poster près du blond. Elle souriait aussi. Pétasse.

- J’ai un job pour toi et tu vas ouvrir grand tes oreilles.

Tout ce cirque pour une offre d’emploi ? L’Ordre ne savait décidément pas faire les choses simplement…

- Vois-tu, en se lançant sur les traces de cette demoiselle, un certain Mïin Iuaskallaphun s’est approché un peu trop d’affaires qui ne le regardent pas. Je veux que tu le trouves et que tu te débrouilles pour me l’amener. J’ai deux mots à lui dire.
- Dans tes rêves, connard !


En écho à la réponse de sa compagne, Gil fixa le blond, un sourire goguenard sur les lèvres, et usa de toute sa volonté pour réussir à bouger son majeur gauche. Qui se redressa lentement en un geste parfaitement limpide de sens.

Job refusé.

- Quoi ? C’est ton boulot, non ?

Ouais, mais je suis nul quand il s’agit de suivre une consigne… songea Gil en jetant un coup d’œil à Libertée. En dépit de son air amusé, il était inquiet. Comment allaient-ils pouvoir se tirer de là ? Lib et lui étaient immobilisés, Naïs pas mieux embarquée, la pièce était remplie de gens qui semblaient pressés de les découper en petits morceaux, et ce type, là, le blondinet bavard, n’avait visiblement pas l’intention de lui lâcher la jambe.

Ça m’apprendra à toujours repousser mon séjour dans les Nimurdes.

- … si tu as besoin d’une motivation en plus je peux t’en donner autant que tu veux ! J’ai appris pour ta fille, quelle tristesse…

La Bête gronda sourdement tandis que le regard de Gil s’assombrissait brusquement. Va pas dans cette direction-là, mon grand…

- Mais tu ne voudrais pas perdre un autre enfant ? Non ? Le petit Makeno est une cible si facile. Tu sais qu’il est entre la vie et la mort en ce moment même ?

La Bête rugit. Mâchoire serrée, Gil parvint à faire un pas en avant, mais il sentit aussitôt des chaînes invisibles s’enrouler fermement autour de lui et l’entraver avec tant de force qu’il lui était difficile de respirer correctement. Son souffle siffla entre ses dents et ses yeux vairons étincelèrent dans la lumière vive des sphères installées un peu partout dans la pièce. Qu’est-ce que cet enfoiré avait fait à Mak ??

- Tu as peut-être besoin d’une autre motivation encore ? Je peux te la donner si tu veux, avec grand plaisir.

Oui, ce salaud prenait son pied, c’était évident. Et sa folie était sans limites. A son claquement de doigts, un homme sortit de l’ombre. Entre ses bras, une fillette aux yeux creusés de fatigue, un petit oisillon déplumé qui semblait prêt à s’effondrer d’une minute à l’autre. La lame aiguisé d’un poignard menaçait sa gorge décharnée. Un filet de sueur glissa le long de la tempe de Gil. Depuis que le blond avait mentionné Suviyo, il avait l’impression qu’on lui arrachait des morceaux de cœur avec une petite cuillère. Il commençait à avoir franchement la trouille : celle de ne pas pouvoir faire le moindre geste tandis que l’on assassinait sous ses yeux des gens qu’il aimait. Naïs, Lib… et cette petite. Elle ne lui disait rien mais lorsque leurs regards se croisèrent, tous deux bicolores, il sut qu’il ferait tout ce qu’il pourrait pour la sauver. Allez mon vieux, bouge… Allez ! Bouge ! Gil s’arc-bouta mentalement, usant de toute sa volonté pour briser l’emprise du dessin qui l’écrasait. Mais chaque fois qu’il luttait, l’étau se resserrait davantage. A ce train-là, il allait manquer d’oxygène et mourir étouffé !

Naïs changea la donne en passant à l’action. Comme elle était demeurée silencieuse et immobile, le blond l’avait oubliée. Le type qui la tenait aussi. Quand son nez explosa, Gil poussa un cri d’encouragement, qui se mua en approbation lorsqu’il sentit les liens qui l’entravaient se défaire. Il était libre ! De bouger et de sauter sur tout le monde dans cette pièce, mais surtout de respirer. Il tenta de reprendre son souffle en se précipitant sur un premier homme. Pas de temps à perdre. Il fallait les éliminer avant que l’un d’entre eux n’ait une nouvelle mauvaise idée. La lame de Gil dansa, ouvrit une gorge, trancha quelques tendons, s’enfonça entre des côtes, ripa sur l’os. Il ne s’arrêta pas, poursuivant sa course vers la petite. Le poignard de Naïs, en faisant mouche, permit à la gamine de s’éclipser. Rassuré pour l’instant, Gil bifurqua, changeant de trajectoire afin de se porter à l’encontre du blond. Un grand échalas se planta devant lui pour lui couper la route. Son poing cueillit Gil au menton, mais l’instant suivant, l’envoleur était passé derrière lui et ses griffes ouvraient une blessure sérieuse à l’arrière du genou de son adversaire. Il n’eut qu’à se redresser pour lui briser la nuque d’un coup sec. C’est alors qu’une drôle de sensation le traversa : un souffle glacé, à peine plus solide qu’un tremblement et aussi brève qu’un battement d’ailes.

Il leva la tête.

Là-bas, de l’autre côté de l’entrepôt, Anee surgit dans le dos de Libertée. Le cri de Gil resta bloqué dans sa gorge. Il avait conscience de s’être mis à courir, mais sa perception des choses, des gens, de l’environnement était brouillée, altérée, défaillante ; il avait l’impression d’évoluer dans un monde feutré. Lib affrontait un guerrier passablement doué ; il la vit rassembler ses cheveux, prête à déclencher sa greffe, inconsciente du danger qu’elle courait. Il arracha sa mitaine et leva son bras, sans interrompre sa foulée, dévoilant un poignet boursouflé, ravagé par les aiguilles et surtout une drogue qui ne faisait plus effet depuis bien longtemps. Il banda ses muscles et sa volonté, priant sa greffe de se remettre à fonctionner… L’Anarysine avait bien fait son boulot. Elle avait altéré ses sens, tous ses sens, et privé son anatomie d’un précieux don que l’achèvement de sa formation lui avait permis d’obtenir. La greffe ne lui était plus accessible. Et il était trop loin de Libertée pour intervenir. Personne ne pouvait plus rien pour la marchombre…

… vraiment personne ?

Il restait quelqu’un.

Il restait Naïs.

Qui se dressa soudain entre l’envoleuse et la marchombre, vaillante petite guerrière à la peau caramel, silhouette vacillante de fatigue et de détermination, âme farouche, indomptable, et totalement irresponsable. Le coup destiné à Libertée l’atteignit de plein fouet : la lame d’Anee s’enfonça dans son corps avec une brutalité qui fit voler le cœur de Gil en éclats.

Il trébucha.


*


- Naïs !


Plus rien ne bougeait. Les corps s’entassaient. Celui du blond gisait en travers de celui d’Anee. Un peu plus loin, une fillette inconnue rendait son dernier soupir dans un gargouillement de douleur, et la vie quitta son beau regard dépareillé. Que s’était-il passé ? Gil ne s’en souvenait pas. Il avait trébuché, s’était redressé, avait titubé, les yeux fous, s’était jeté sur un homme… puis un autre… il avait du sang sur la langue. Il avait mordu, probablement arraché la chair avec ses dents. Etait devenu une bête impitoyable le temps d’un affrontement sauvage dont il ne conservait que quelques bribes éparses. Que s’était-il passé ? Lib était debout, un peu plus loin, et immobile. Le regard vide. Il l’avait perdue de vue pendant l’affrontement. Ne se souvenait pas de ce qu’ils avaient fait, mais ils étaient l’un comme l’autre couvert de sang. Celui des autres.

Celui de Naïs.

- Naïs !!!

Ah… c’était lui qui criait comme ça ? Curieux comme il se sentait détaché de cet homme qui secouait l’envoleuse et l’appelait inlassablement. Il avait l’impression d’être un spectateur qui se tiendrait à quelques pas de là et qui observerait la scène avec un regard neutre, objectif, complètement distancé. Il vit l’homme au regard fou presser ses mains sur la blessure. Inutile : le sang s’échappait à flots, et la vie s’en allait avec lui, dans une flaque qui se perdait en sillons vermeilles entre les lattes du parquet défoncé. Il le vit trembler, lutter contre l’impuissance la plus totale, chercher désespérément quelque chose, quelqu’un qui puisse l’aider. Mais il n’y avait personne. Le pauvre homme était seul. Il criait toujours.

- Enfer, Naïs, je t’en prie !

Alors, dans un sursaut improbable, elle ouvrit ses yeux aveugles. Le monde entier se figea en même temps que le souffle de Gil dans sa poitrine.

- Hé, princesse… murmura-t-il.

Une larme quitta sa joue pour rejoindre celle de Naïs.

S’il te plaît...

… reste avec moi !

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: One last breath... [Gil et Lib]   Lun 10 Juil 2017, 13:18

Naïs Jol


Le souffle coupé par la violence du choc, Naïs vacilla dangereusement. La jeune femme ne savait soudain plus très bien ce qu’il se passait autour d’elle. Elle n’avait pas réellement mal, non ! Ça piquait un peu, ça tirait même, mais ce n’était pas pire que ce qu’elle avait déjà pu connaître par le passé. En fait, elle avait la sensation toute nouvelle et un peu curieuse de flotter autour de son corps ; elle ne se sentit même pas basculer comme une poupée chiffon. C’était à peine si elle entendait ces voix qui l’appelait, qui murmuraient son nom, de loin. Si loin. Oh, elle ne perdit pas vraiment connaissance – elle était quelque-part dans une semi-conscience et assistait à la scène comme une spectatrice.

Feet don’t fail me now
Take me to the finish line
Oh, my heat it breaks every step that I take
But I’m hoping at the gates,
They’ll tell me that you’re mine […]


Tout se passait très vite ; le temps s’étirait, puis s’accélérait. Encore. Et encore. Et soudain, des mains vinrent presser la blessure béante de la belle Envoleuse avec l’énergie du désespoir. L’écho d’un appel poignant lui fit ouvrir les yeux brusquement, dans un sursaut improbable. Naïs reprit pied avec la réalité au moment même où elle prenait une faible inspiration. Faible mais douloureuse. Elle toussa, manquant de s’étrangler toute seule. Et puis s’accrocha à Gil comme à une bouée de sauvetage, ce qui lui donna la force de retrouver un peu de souffle. A ce moment précis, quelque-chose d’humide s’écrasa sur la joue de la jeune femme, et elle cligna des yeux, un peu surprise. Une larme.

Don’t make me sad, don’t make me cry
Sometimes love is not enough and the road gets tough
I don’t know why
Keep making me laugh, let’s go get high
The road is long, we carry on
To have fun in the meantime

Avec un petit sourire sur lèvres, la jeune femme vint poser sa main sur celle de l’Envoleur. Cela faisait tellement longtemps que leurs chemins ne s’étaient pas croisés à nouveau – beaucoup trop longtemps – et la jolie brune réalisa à quel point Gil lui avait manqué. A quel point elle s’en voulait d’être restée en colère contre lui durant autant de temps. Sans parvenir toutefois à l’oublier. A oublier son amour pour lui. Aujourd’hui, une fois de plus, il était là à tenter de la sauver. Mais cette fois, elle sentait bien qu’il ne pourrait plus rien pour elle. Elle se sentait partir, lentement. Tout doucement. Sûrement. Un petit rire s’échappa de la gorge de la jeune femme.

- « Mourir en sauvant Lib… Je n’y aurais jamais cru… Mais tu l’aimes alors… »

Oui, c’était probablement très stupide ! Et très inconsidéré ! Et complètement irresponsable aussi ! L’Envoleuse aurait aimé pouvoir dire qu’elle n’avait pas réfléchi, mais en réalité, elle ne referait les choses différemment pour rien au monde. Elle s’éteignait doucement et Libertée allait vivre un peu plus longtemps. Après tout, elle était sa demi-sœur, et si elle avait tout fait pour la garder hors de sa vie, pour se persuader qu’elle ne voulait absolument pas la connaître, elle n’avait pas pu ignorer cet espèce d’instinct de protection au moment où Anee s’était glissée dans le dos de la Marchombre. Parce que de près ou de loin, qu’elle le voulait ou non, Libertée faisait partie de sa famille. Déglutissant avec difficulté, Naïs tourna légèrement la tête en direction de Lib. Elle leur tournait le dos, immobile. Silencieuse. La jeune femme ne fit que murmurer – sa voix cassée, fatiguée par des mois de captivité, ne lui permettait pas de parler plus fort.

- « Crois-le ou non, Lib, mais je t’admire beaucoup tu sais… J’aurais aimé te ressembler… »

La voix de l’Envoleuse se perdit dans l’air. Oui, c’était complètement improbable, mais elle aurait vraiment aimé ressembler à Libertée. Pour sa beauté. Sa force. Sa joie de vivre. Son caractère pétillant. Sa manière d’être, si désirable. Mais Naïs était juste elle : une gamine sans grande confiance en elle, blessée il y a des années et n’ayant jamais vraiment su refermer ses blessures, malgré les apparences. Elle avait toujours l’impression d’être terriblement banale. Son regard aveugle se tourna à nouveau vers Gil.


Come and take a walk on the wild side
Let me kiss you hard in the pouring rain
You like your girls insane
Choose your last words
This is the last time
Cause you and I, we were born to die […]

- « Et la gamine ? » demanda soudain Naïs, en changeant complètement de sujet « Elwen ? »

Seul le silence lui répondit et il ne fallut à la jeune femme que quelques secondes pour comprendre. Une boule d’émotion se logea dans sa gorge, l’empêchant un instant de respirer. Une larme roula sur sa joue, alors qu’elle fermait les yeux. Pour les rouvrir aussitôt. Et se mit à sangloter, comme une enfant. C’était sans doute pitoyable, mais elle ne pouvait pas en supporter plus. Pas après toute ces semaines sans parvenir à retrouver sa liberté. Et ce fut à son tour de s’accrocher à Gil avec l’énergie du désespoir.

- « Je suis désolée… J’aurais dû te parler d’elle, j’aurais dû… » l’air lui manquait, pourtant, elle continuait entre deux sanglots « J’espérais la préserver, lui offrir une vie meilleure en l’éloignant de nous… Notre fille… Je me suis trompée… »

Les larmes coulèrent encore pendant de longues minutes, tandis que le flot s’échappait à flot de sa blessure béante.  La vie s’écoulait, quittait doucement l’Envoleuse ; c’était inévitable maintenant. Elle allait mourir. Ici. Bêtement. Mais curieusement, alors que le torrent le long de ses joues se calmait lentement, Naïs était étrangement calme. Sereine. Elle n’était pas si mal, là, dans les bras de celui qui avait fait une aventure de sa vie, depuis qu’ils s’étaient rencontrés, des années plus tôt, dans les plaines de l’est. Un homme qu’elle avait aimé dès les premières secondes où il était entré dans sa vie et qu’elle n’avait jamais cessé d’aimer. Oh, elle avait bien essayé de faire taire ses sentiments, parce que c’était mieux comme cela ; il avait une compagne, elle avait eu Pan qui avait partagé sa vie. L’homme aux cornes lui avait offert une relation stable, et équilibrée ; mais c’était à Gil qu’elle pensait toujours, même quand il lui faisait l’amour. Elle n’avait jamais su pourquoi, mais c’était Gil qu’elle avait toujours eu dans le cœur.

Don’t make me sad, don’t make me cry
Sometimes love is not enough and the road gets tough
I don’t know why
Keep making me laugh, let’s go get high
The road is long, we carry on
To have fun in the meantime […]

- « Tout va bien » murmura-t-elle en tentant de ne pas s’essouffler « Ca va aller… Ca ne pourrait aller mieux… »

C’était même parfait ! Un léger sourire flottait sur les lèvres de l’Envoleuse. Elle se sentait légère soudainement. Comme libérée d’un poids trop lourd pour elle – le poids de la vie. Rassemblant ses dernières forces, la jeune femme dessina les contours de la mâchoire de Gil du bout des doigts, un peu tremblante. Un filet de sang perla à ses lèvres.

Come on and take a walk on the wild side

- « Tu ne peux plus rien faire pour moi, Gil… » parvint-elle à articuler.

Let me kiss you hard in the pouring rain

- « Je vais mourir, ne me dit pas le contraire… » son souffle se bloqua dans sa poitrine.

You like your girls insane

- « Accorde-moi une faveur Gil… Profite de la vie, de chaque instant, de chaque seconde… Mais, surtout, n’oublie pas à quel point je t’aime et que je t’ai toujours aimé depuis le début » elle tourna la tête vers Lib.

Choose your last words

- « Je suis désolée Lib… J’ai vraiment essayé de faire taire mes sentiments… » puis planta à nouveau son regard aveugle dans celui de Gil.

This is the last time

- « S’il te plaît… Dis à Seth… Mak… Soahary… » elle le savait, il leur dirait, qu’elle les aime.

Cause you and I

- « Je t’aime, Gil… »

We were born to die

Le murmure de la jeune femme se perdit dans l’atmosphère au moment précis où elle fermait ses beaux yeux dorés. Pour toujours.

__________________________________________




Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: One last breath... [Gil et Lib]   Mar 11 Juil 2017, 11:04

Mourir…

Peut-on à ce point détester un verbe ? Le haïr au point de se prendre comme un coup de poing dans les côtes en l’entendant prononcer ? Gil en connaissait déjà la conjugaison parfaite. Il en maîtrisait si bien les nuances que ce mot n’avait, au fond, plus aucun secret pour lui. Juste des regrets, terribles, et une souffrance indicible. Il n’était plus que douleur et désespoir tandis qu’il serrait convulsivement le corps de Naïs contre le sien, n’avait pas conscience que presser la blessure ne servait strictement à rien… Son monde s’était réduit à une perception – celle des battements de cœur qui faiblissaient seconde après seconde – et à une couleur. L’or de ses yeux. Regard aveugle empli d’une tendresse infinie qui lui broyait la gorge. Putain, Naïs. Arrête de parler. Mais elle ne s’interrompait pas, ignorant les bulles de sang qui se formaient à la commissure de ses lèvres. Et lui, pauvre con qui ne servait à rien, il s’échinait à tenter de stopper l’hémorragie.


When the dark wood fell before me
And all the paths were overgrown
When the priest of pride said there is no other way
I tilled the sorrow of stone


- Et la gamine ? Elwen ?

Gil secoua la tête, incapable de trouver les mots… il n’avait pas la force de regarder dans la direction de l’enfant. C’était déjà difficile pour lui d’admettre qu’il n’ait pas réussi à la sauver, et le souvenir de Suviyo était encore beaucoup trop à vif, en lui, pour lui permettre une telle chose. Une petite part de lui s’agaça : est-ce qu’elle pouvait arrêter un peu de se préoccuper des autres ? S’inquiéter un peu pour elle, pour changer ? Se taire, l’écouter, pour une fois ? Est-ce qu’elle pouvait arrêter de se vider de son sang dans ses bras, de lutter pour une bouffée d’air, de faiblir à vue d’œil ? Tu peux arrêter de mourir, Naïs ? C’était un miracle, un souhait trop grand pour le simple mortel qu’il était, mais il l’attendait quand même. Il était prêt à en payer le prix ! Prêt à tout…

Mais…

- … J’espérais la protéger… Notre fille…


… pas à ça.


*


Sept ans plus tôt.

...car dès lors que son regard se posa sur la petite chose enveloppée dans une couverture pastelle, son cœur cessa de battre et son cerveau de fonctionner normalement. Littéralement. Il sentit juste sa mâchoire se décrocher et ses doigts lâcher ceux de Nwëlla. Chaudement emmitouflé, le nourrisson dormait, récupérant des forces après cette naissance inopinée et un peu trop avancée.
Alors c’est toi ? songea Gil en faisant un pas en avant. Bon sang ! Tu tiendrais à peine dans ma main… Pour s’en convaincre, il posa la main près du nouveau-né. Gagné. Intrigué, Gil s’enhardit jusqu’à effleurer du bout de son doigt le minuscule poing serré du bébé. Son cœur s’emballa immédiatement. Pourquoi j’ai des fourmis dans le ventre, moi ?? Fronçant les sourcils à cette drôle de sensation, il leva les yeux pour voir Libertée se pencher à son tour sur le nourrisson. Comme lui, elle caressa la petite peau fripée d’un doigt tendre et léger.

- Ne t’inquiète pas. Tu as tout pour être heureux, petit bonhomme…

Gil regarda le bébé frémir dans son sommeil et eut cette incroyable impression de sentir le monde entier retenir son souffle en attendant qu’il se rendorme. Il finit par se rendre compte que c’était simplement lui qui avait retenu sa respiration et sentit ses joues s’empourprer à cette idée. Oh, bon sang ! Lui, Giliwyn SangreLune, fils du Chaos et de l’Harmonie, enfant d’une tragédie devenu brute à l’état pur, était en train de rougir devant un bébé ! Il était tellement abasourdi par cette révélation qu’il ne faisait plus du tout attention aux personnes présentes dans la pièce.

- Tu as vu ça ? murmura-t-il à l’attention de Libertée.

Son absence de réaction lui fit lever la tête. Et là, Gil constata son absence tout court. Libertée n’était plus là. Elle était partie. Mais depuis quand ?? Devinant sa question muette, Atal, appuyé contre le mur du fond, secoua légèrement la tête. Il était venu jusqu’ici avec elle, mais il n’avait rien pu faire pour la retenir. A côté de lui, Nwëlla se mordait la lèvre pour ne pas pleurer. Juhen lui-même avait l’air assommé et regardait dans le vide. Seul Seth semblait étranger à la tristesse ambiante qui régnait dans la pièce ; émerveillé, il observait le souffle apaisé de la minuscule petite chose – son petit frère ! – et n’avait pas conscience qu’en cet instant, l’on enviait la bulle de bonheur dans laquelle il gravitait. Indécis, Gil regarda la porte restée entrouverte, puis le nourrisson, puis de nouveau la porte. Et encore une fois, ce fut Nwëlla qui l’aida à se décider.

- File ! On reste là avec le petit, ne t’en fais pas. Rattrape-là, Gil.

Il fonça. Se rua dans le couloir qu’il remonta à toute allure, bousculant quelques Rêveurs au passage et ignorant leurs protestations outrées ; il courait comme s’il avait tout le peuple Raï collé aux fesses. Surgissant dans le hall, il franchit en trombe les doubles portes et déboula dans la cour extérieure de la Confrérie.

- Libertée !!!



*


Le front appuyé contre la vitre, à l’un des étages les plus hauts de toute la confrérie, une Rêveuse aux yeux gris regarde l’homme aux yeux dépareillés courir sur le sentier bordé d’herbe et rattraper une jeune femme aux longs cheveux dorés. Dans ses bras, une petite chose remue à peine et laisse échapper un gémissement qui lui tire un petit sourire triste.

- Ne t’en fais pas, petite Elwen… laisse-les s’emmêler dans leurs histoires, ces adultes qui ne comprennent rien au bonheur simple de la vie. Laisse-les s’en aller. Tu n’as pas besoin d’eux pour vivre !

Elle n’avait aucun moyen de savoir qu’Elwen aurait toujours cette sensation de manque, là, au niveau de la poitrine. Que son jumeau hanterait ses rêves, lui donnant la certitude que quelqu’un l’attendait quelque part dans ce monde, surtout quand elle souffrirait de la solitude. Elle ne pouvait pas prédire que la petite, atteinte d’une insuffisance respiratoire, ne vivrait guère plus de dix ans.

Elle ne savait pas que la mort viendrait encore plus avant pour emporter cette enfant.
Ni que ce serait le jour où elle retrouverait enfin ses parents…



*


Gil pleurait.

Anéanti par la révélation de Naïs. Il ne comprenait pas pourquoi il n’avait jamais rien su de cette enfant, pourquoi le sort s’acharner à vouloir tous les lui arracher, pourquoi maintenant… C’était trop pour un être humain, beaucoup trop. Son monde persistait à s’écrouler, quand bien même il se démenait pour bâtir quelque chose : il était maudit. Condamné à regarder ses proches s’en aller sans jamais pouvoir les retenir ou les accompagner. Un ange déchu, trop humain pour s’envoler à nouveau, trop démoniaque pour vivre en paix… Mais, si sa place n’était pas ici, où était-elle ? S’il ne pouvait plus vivre dans les yeux dorés de Naïs, alors où ? Un sanglot déchira sa poitrine.

- Tout va bien… murmura Naïs. Ça va aller…

Menteuse.


I did not believe because I could not see
Though you came to me in the night
When the dawn seemed forever lost
You showed me your love in the light of the stars


Cast your eyes on the ocean
Cast your soul to the see
When the dark night seems endless

Please remember me…


NON ! D’un geste rageur du bras Gil essuya ses larmes : il refusait de croire que c’était la fin. Il devait y avoir un moyen ! Quelque chose qu’il pouvait faire, là, maintenant, tout de suite ! Il voulait charger, défier la mort en duel, lui arracher ses illusions, briser ses espoirs, et reprendre la vie de Naïs. Parce qu’elle ne méritait pas de mourir, surtout pas ainsi…

- Tu ne peux plus rien faire pour moi, Gil…
- Ne me sous-estime pas, princesse.
- Je vais mourir, ne me dis pas le contraire…
- Tais-toi.
- Accorde-moi une faveur, Gil…
- Naïs… ne fais pas ça !




*


Profite de la vie, de chaque instant, de chaque seconde… Mais surtout, n’oublie pas à quel point je t’aime et que je t’ai toujours aimé depuis le début.

Je t’aime, Gil…



*


Attends.

Encore un petit peu.

Juste un tout petit peu…



*


Gil se penche et pose ses lèvres sur celles de Naïs. Par-delà le goût du sel et du fer, il retrouve celui, unique et infiniment doux, de l’Envoleuse.

Murmure.

- Naïs Jol… tu es la fille la plus insupportable de tout l’univers, mais je t’aime aussi.

Une lumière, dans les yeux pailletés d’or.

La dernière.


Then the mountain rose before me
By the deep well of desire
From the foutain of forgiveness
Beyond the ice and the fire


Cast your eyes on the ocean
Cast your soul to the sea
When the dark night seems endless


Please remember me…



*


Bien sûr qu’il se souvient !
Il n’oubliera jamais.

Cette danse dans la nuit, la première de toutes, était gravée dans sa mémoire pour toujours. Il revoyait sans peine le visage de l’envoleuse, son sourire malicieux, la flamme dans ses yeux…

« Gil SangreLune… es-tu toujours aussi habile de tes mains ? »

Elle lui avait volé sa flûte – et son cœur.



*


Elwen repose désormais contre Naïs. Elles sont si jolies toutes les deux, dans la lumière encore pâle de l’aube… On pourrait les croire endormies. Gil passe la main dans les cheveux de Naïs, caresse le front d’Elwen ; ses yeux sont secs mais son coeur est incroyablement lourd. Il recule doucement, s’éloignant de l’imposant bûcher qu’il a passé la nuit à monter. Derrière, le lac Chen scintille, paisible. Gil recule encore.

Il s’arrête à la limite des arbres et s’empare de son Perce-Vent. L’assemble en des gestes lents, emprunts d’une dignité qu’il est loin de ressentir en réalité. A l’intérieur, il n’est rien de plus qu’une bête terrifiée. Sans bruit, il tend la main dans son dos, tire une flèche et, à l’aide d’une torche plantée dans la terre meuble à ses pieds, allume la pointe. Il prend une profonde inspiration, puis bande son arc, sollicitant ses muscles fatigués, ignorant les blessures qu’il n’a pas pris le temps de soigner…


Please, remember me…


« Et si j’étais morte dans cette forteresse ? » lui avait-elle dit un jour. « Tu m’aurais vraiment oubliée ? »

La flèche s’envole.
Le bûcher s’enflamme.

« Tu m’oublierais si facilement ? »

Jamais.


*


Il était un peu plus de midi lorsque Gil s’ébroua doucement. Il était resté tout ce temps debout, le regard fixé sur le bûcher sans que rien ne l’en détourne ; des fumerolles s’échappaient encore des cendres. C’était fini. Son regard tomba sur Libertée. Depuis que Naïs s’était endormie dans ses bras, il avait ressenti la présence de la marchombre ; quand il avait bâti le bûcher, quand il avait tiré sa flèche, quand il avait veillé. Elle était restée. Son regard vairon brilla de reconnaissance, mais il ne la prit pas dans bras.

- Je vais chercher Mak.

Décision irrévocable qui n’engageait que lui. Si Libertée décidait de l’accompagner, il ne ferait rien pour l’en empêcher, d’abord parce qu’elle était assez têtue et suffisamment puissante pour qu’il échoue en essayant, ensuite parce qu’il n’avait rien contre cette idée. Qu’elle vienne ou non, qu’elle soit d’accord ou pas, il allait chercher son fils. Sans rien ajouter de plus, il passa son arc en bandoulière sur son épaule.

Et tourna les talons.




[Naïs... je suis en train de pleurer c'est AFFREUX. Sale gosse.]

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: One last breath... [Gil et Lib]   Mar 11 Juil 2017, 17:13

You're not alone
Together we stand
I'll be by your side
You know I'll take your hand
When it gets cold
And it feels like the end
There's no place to go
You know I won't give in
No, I won't give in

♥ ♥ ♥

- Je vais chercher Mak.

Elle ne pouvait rien dire. Rien faire de plus.
Elle ne regarda même pas Gil faire volte-face et s'éloigner du bûcher qui brûlait encore. Elle écouta à peine ses pas qui bruissaient sur le sol alors que le bois craquait sous l'assaut des flammes. Un pan finit par s'effondrer dans un bruit d'éboulement, mais Libertée continuait de fixer le feu.

Un pas, elle s'avança vers la chaleur brûlante.
Portant sa main droite à son coeur, elle ravala la boule dans sa gorge.

Naïs avait fait spectaculaire. Ça ne l'étonnait pas d'elle. Elle lui avait sauvé la vie, aussi. Libertée serra les poings. Si elle avait été un peu plus rapide, si elle avait pu anticiper un peu plus, peut-être que Naïs n'aurait pas cru qu'elle était en mauvaise posture…
Elle serait toujours là.

La marchombre se mordit la lèvre alors que deux larmes glissaient de ses yeux.
Encore une fois, elle n'avait rien pu faire. Tout ce qu'elle avait pu faire, son meilleur, n'avait pas suffi. Avait-ce jamais suffi, au fond ? Elle avait perdu sa fille. Une demie-soeur, qu'elle ne connaissait pas vraiment, envers qui elle avait eu des sentiments pas des plus innocents, c'était certain…
Et ce baiser !

" Crois-le ou non, Lib, mais je t’admire beaucoup tu sais… J’aurais aimé te ressembler… "
* Oh non, je t'assure. Tu était tellement forte, Naïs. *
" Je suis désolée Lib… J’ai vraiment essayé de faire taire mes sentiments…
Je t'aime Gil. "


Pourrait-elle jamais  être à la hauteur de cet amour passionnel qui avait relié Gil et Naïs ? Et maintenant, il avait encore Makeno qui le liait à l'envoleuse. Avec elle, qu'avait-il de plus ? Rien. Rien ne l'obligeait à rester.
Elle ne voulait pas voir Makeno.
Elle savait qu'elle ne le supporterait pas. Que ça ferait trop mal. Que ça la briserait encore plus. Que les milles morceaux deviendraient des milliards.

Mais pouvait-elle vraiment laisser ce gosse sans père ? Sans personne à qui s'accrocher ?
Non. C'était pour ça que Gil devait le retrouver.
Mais, et elle ?
Ses doigts se déplièrent sur son sternum alors que la boule dans sa gorge se liquéfiait. Elle enfouit son visage dans ses mains, son corps céda, et elle tomba brusquement sur les genoux.

Secouée par les sanglots.



♥ ♥ ♥

Keep holding on
Cause you know we'll make it through
We'll make it through
Just stay strong
Cause you know I'm here for you
I'm here for you
There's nothing you can say
Nothing you can do
There's no other way when it comes to the truth
So, keep holding on
Cause you know we'll make it through

♥ ♥ ♥


La silhouette de Gil avait disparu à l'horizon, quand les larmes de Libertée se tarirent.
Se relevant difficilement, le corps perclus de courbatures, la marchombre prit une grande inspiration.
Le bûcher avait aussi cessé de se consumer, pourtant quand elle posa son regard dessus, ce fut un léger sourire qui étira ses lèvres.

* Merci, Naïs. *

Elle ferma les yeux, passant ses doigts dans ses cheveux un instant.
Encore une dernière chose.
Étirant tout son corps vers le haut, elle laissa la gestuelle marchombre finir d'apaiser son coeur, plongea en elle, se laissa bercer alors que la lune gibeuse teintait le ciel de la nuit.

Lorsqu'elle sortit de la gestuelle, Libertée savait ce qui lui restait à faire.
Dans le bûcher consumé et froid, elle attrapa un morceau de bois devenu charbon dur, et le glissa dans une bourse de cotton qu'elle se passa en collier autour du cou.
Le souvenir trônait là. Tout près de son coeur.



♥ ♥ ♥


Elle rattrapa Gil alors que l'aube éclaircissait l'atmosphère.
Sa main plongea dans sa tunique, attrapa le second sac de coton, et se glissa dans la paume de l'envoleur pour l'y déposer.

Sans un mot.

__________________________________________




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