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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Grain de folie [Daos]

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Lou Ril'Fairy
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MessageSujet: Grain de folie [Daos]   Jeu 13 Juil 2017, 23:54

[Bon, ben finalement j'ai opté pour Al-Jeit, j'espère que ça te convient ? Je ne sais pas comment Daos peut atterrir là, mais je te fais confiance... tu trouveras (sinon, tu m'envoies un MP !)  Razz]



Lou s’ennuyait vraiment très, très rarement. En fait, ça avait dû se produire seulement deux fois dans toute sa vie… mais là, c’était bien parti pour ajouter un petit 3 à la liste. En même temps, il y avait de quoi ! Quelle idée d’accepter une telle mission ! Mais c’était Lou tout craché, celle qui ne savait pas dire non et qui s’embarquait dans des histoires peu ordinaires. Rien de bien particulier cette fois-ci, hormis le fait qu’elle était chargée de protéger une famille de nobles passablement précieuse… et pour cause. C’était celle de l’Empereur.

Pour sa défense, la marchombre n’avait pas vraiment prêté attention au nom. Elle s’était plutôt concentrée sur le but de la mission, qui était d’accompagner une famille de cinq individus et de ne pas les lâcher d’une semelle pendant dix jours consécutifs. La raison de toutes ces précautions ? Une attaque au palais, ou plutôt une intrusion qui avait rendue méfiante toute la garde.

Lou n’avait pas immédiatement reconnu l’arrière petit cousin de l’Empereur. C’était plutôt logique, mais ça lui avait paru un peu étrange qu’on prenne le temps de lui parler de l’étiquette. En fait, on lui avait carrément appris comment se tenir. Ça lui avait mis la puce à l’oreille. Vaguement. Et puis on l’avait introduite dans le palais, et là, c’était tout de suite devenu plus… concret. Curieuse de tout et tout le temps, Lou s’était fait un plaisir de découvrir un autre monde, radicalement différent de celui qui existait hors de ces murs ; sa mission l’autorisait à déambuler partout où elle le désirait, ce dont elle ne se priva pas.

Orion, l’arrière petit cousin de l’Empereur, était un homme discret, timide, même, ce qui était plutôt étonnant ; s’il parvenait à se sentir à son aise en société, c’était grâce à son épouse, Zérine, qui avait assez d’assurance pour deux et qui soutenait son mari avec tendresse et patience. Leur aînée, Pavenia, était âgée de seize ans. Elle donnait son premier bal ce soir-là, toute de blanc vêtue et au moins aussi timide que son père. Venait ensuite Tail, qui avait deux ans de moins mais qui, lui, tenait de sa mère et s’amusait bien de la faiblesse de sa sœur. La petite dernière, Briwaël, n’avait que six ans mais elle était sacrément maligne, et surtout elle n’avait d’yeux que pour Lou qu’elle ne quittait pas un seul instant.

C’était grâce à elle que Lou ne s’ennuyait pas complètement. Le bal s’éternisait, les danseurs évoluaient sur la piste, Pavenia osait à peine s’approcher d’eux, Tail la faisait tourner en bourrique quand il n’était pas en train de courtiser, du haut de ses petits quartorze ans, les jeunes filles de la soirée, et la marchombre, debout aux côtés d’Orion et Zérine, s’efforçait de prendre son mal en patience. Elle devait veiller au grain, mais elle serait plutôt en train de dormir éveillée…

… si Briwaël ne lui posait pas une montagne de questions.

- Et pourquoi tu t’appelles Lou ?
- Parce que ma maman adorait ce prénom.
- Elle s’appelle comment ta maman ?
- Devine ! En trois essais. On joue pour un bisou !
- Aela!
- Eh non !
- Erezaelle ?
- Encore raté. Mais c’est joli.
- Briwaël ?
- Encore plus joli, mais non : c’est Martine.
- Martine ? Je connais pas. C’est rigolo !
- Et mon bisou ?


Le petit bout se hissa sur la pointe des pieds quand Lou s’accroupit pour lui tendre sa joue. Un baiser sonore, voilà qui redonnait un peu de courage pour patienter jusqu’à la fin de cette looooongue soirée !

- Pourquoi tu danses pas ?
- Je ne sais pas danser ce genre de danse.
- Tu n’as pas appris ?
- Pas celles-ci, non.
- Pourquoi ?
- Hum… pas vraiment mon style.
- C’est quoi ton « style » ?


Lou baissa les yeux et l’observa un instant. C’était tellement tentant… elle sourit en s’imaginant bondir au milieu de la piste et faire une petite démonstration de tektonik. Bon, ce serait du grand n’importe quoi mais ici, c’était forcément inconnu, n’est-ce pas ? Ou bien elle entamerait une Macarena, tiens !

C’était absolument contraire à sa mission, mais que pouvait bien risquer Orion, ce soir ? Il était en pleine discussion avec son épouse, un peu à l’écart. La moitié des invités s’endormait sur sa chaise. La pauvre Pavelia ne se rendait pas compte que sa soirée n’était pas si amusante. Lou soupira. Sa mission était de les protéger ? Et bien soit. Protéger Pavelia et sa réputation, c’était dans ses fonctions !

- Viens avec moi, dit-elle à Briwaël avant de sauter souplement au bas des quelques marches.

Intriguée, la petite la rejoignit tandis que quelques paires d’yeux se posaient sur la marchombre. Elle était vêtue de sa tunique de cuir souple et détonnait déjà au milieu de tous ces gens trop bien habillés, mais quand elle commença à bouger, elle attira tous les regards.

Absolument tous.

Il y avait de quoi.


*



« Mira lo que se avecina a la vuelta de la esquina
viene Diego rumbeando
Con la luna en las pupilas
y su traje agua marina
Parece de contrabando

Y donde màs no cabe un alma alli se mete a darse caña poseido por el
ritmo ragatanga
Y el dijey que lo conoce toca el himno de las doce
para Diego la canción más deseada
Y la baila... and he dances... y la canta »


- Allez Bri, fais comme moi !!!


« Aserejé ja de je de jebe tu de jebe sebiunouva
Majabi an de bugui an de buididipi
Aserejé ja de je de jebe tu de jebe sebiunouva
Majabi an de bugui an de buididipi »



C’était la première fois qu’elle tentait un truc pareil.
La première fois qu’elle apportait un peu de son ancien monde dans celui-ci.

Et c’était une réussite.

Les gens qui la dévisageaient au départ avec des yeux grands comme des ballons agitaient la jambe, ou bien les épaules, ou bien la tête en rythme avec cette drôle de chanson ! Briwaël imitait les mouvements de Lou et, très vite, elle retint l’étrange chorégraphie. C’est elle qui entraîna tout le monde à sa suite, et non pas Lou ! Les danseurs se rapprochèrent, curieux – y compris Pavelia qui rougissait juste un petit peu.

C’était tellement incroyable que Lou recula vers le buffet, les yeux rivés sur la foule. Elle vit trop tard la silhouette qui passait derrière elle et la heurta avant d’avoir pu l’éviter.

- Youps ! Désolée, j’étais distraite et je… Daos ?!

Lou cligna des yeux. Elle n’avait pas la mémoire des visages, mais…

… elle était certaine de reconnaître le jeune homme !

__________________________________________



« C'est impossible », dit la Fierté.
« C'est risqué », dit l'Expérience.
« C'est sans issue », dit la Raison.
« Essayons.. », murmure le Coeur.
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Daos Loner
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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Mer 19 Juil 2017, 14:41

[Bon, je pense que ça reste assez plausible pour qu'un péquenaud se pointe dans un bal de l'arrière-arrière-petite cousine de l'Empereur en plein Al-Jeit :p ]

- Hep, un coup d'main !

Daos tourna vivement la tête en haussant un sourcil. La voix qu'il l'avait hélé provenait d'un groupe de jeunes gens, pas plus âgés que lui et affairés autour d'énormes charrettes de bois. Immobilisé au pied des murs de pierre d'une large maison, le convoi se composait de quatre carrioles identiques dont deux croulaient encore sous le poids de leur contenu. En s'approchant de celui qui venait de l'appeler, un jeune homme maigre aux cheveux roux bouclés et au visage avenant, Daos jetta un coup d'oeil à l'une des charrettes les plus chargées. Quantité de chaises emballées en débordaient presque littéralement, à l'instar des montagnes de victuailles que transportait visiblement le chariot suivant. Etonné, il s'arrêta près du jeune homme qui tremblait sous le poids du buffet dont il avait soulevé une moitié de ses deux bras, l'autre reposant sur le bord de la charrette. Amusé, Daos détailla le visage avenant, constellé de tâches de rousseur et rougi par l'effort :

- Ca a l'air lourd, lança-t-il comme un simple constat.
- Ca l'est, haleta le jeune homme. Tu peux...

L'apprenti marchombre acquiesça de la tête en plaçant ses mains sous l'autre partie du meuble, banda ses muscles et aida le jeune homme à le sortir du véhicule. Il s'immobilisa, les mains ramassées sous le meuble et ramenées contre ses cuisses :

- Et où va-t-on, comme ça ?
- Par là
, répondit le rouquin en désignant une porte du bâtiment d'un hochement de tête, de toute évidence soulagé d'avoir reçu un peu d'aide.

Tous deux portèrent le meuble jusqu'au battant de bois contre lequel le jeune homme ne manqua pas de se cogner les doigts, traversèrent un petit vestibule richement décoré, pour finalement venir déposer leur lourd fardeau au beau milieu d'une salle vide au carrelage clair orné d'une peinture colorée. Un homme fin, bien habillé, sa chevelure et sa fine moustache soignées, s'approcha d'eux à grands pas d'une démarche chaloupée mais pas moins gracieuse.


- Contre ce mur-ci, Clay, juste en-dessous de la fenêtre, ordonna-t-il au jeune homme, et... Vous êtes, demanda-t-il en fixant Daos, les sourcils froncés ?

Celui-ci sourit alors que le rouquin, Clay, répondait précipitamment :


- C'est un ami ! Il est venu m'aider à décharger, ça fait longtemps qu'il m'aide, et...
- Longtemps que vous vous connaissez
, hasarda l'homme avec un regard soupconneux ?
- Ah oui, ben ça oui Monsieur Berns, ça fait au moins, pfouuu...
- Trois minutes
, rénchérit Daos avec un grand sourire.

A son étonnement, ledit Monsieur Berns s'autorisa un sourire en coin en reprenant :


- Je vois. Au moins vous êtes honnête.
- Merci. Pourquoi toute cette agitation
, demanda Daos en regardant les gens qui s'agitaient autour dans la pièce, vous emménagez ?
- Le temps d'une soirée, seulement.


Le jeune homme haussa un sourcil curieux. Voyant cela, Berns poussa un long soupir, visiblement exaspéré.

- Vous n'êtes pas au courant ?
- Au courant de quoi ? Je vous l'ai dit, je ne connais Clay que depuis trois minutes
, rétorqua Daos. Je passais par là, il m'a demandé un coup de main.
- Bien
, soupira de nouveau Berns. L'arrière-arrière-petite cousine de notre Empereur donne un bal ce soir, ici même. La maison des El' Nedaìn a accepté de mettre cette demeure à leur disposition pour l'occasion. La plupart des jeunes des nobles familles d'Al-Jeit y sont conviés, ainsi que certains d'origines plus... Modestes, grommela-t-il dans sa barbe.

Cette réflexion sur la noblesse et les origines fit froncer les sourcils de Daos.


- Et vous, qui êtes-vous ?
- Augustus Berns, le plus grand décorateur intérieur de tout l'Empire,
clama-t-il en se redressant fièrement.
- Avec ou sans les talons, ironisa Daos en jettant un coup d'oeil vers les chaussures de l'homme ?
- Riez tant que vous le voulez, je ne pense pas avoir de conseils à reçevoir sur ma tenue vestimentaire. Surtout venant de... Vous, cracha-t-il en détaillant la tenue de Daos.

Le jeune homme se devait de reconnaître que sa tenue n'allait pas bien avec les décorations clinquantes et les couleurs criardes de la pièce. Là où or, bois richement sculpté, tentures ouvragées et moulures délicates ornaient battants, meubles, murs et plafonds de la demeure, lui se contentait d'une tunique et d'un pantalon de toile marbrés de gris et de noir, de bottes plates et souples et pour simple fioritures d'une ceinture de cuir sombre et de son bracelet habituel. Là où les vêtements de Berns étaient pimpants et hauts en couleurs mariées avec soin dans le but d'attirer l'attention, ceux de l'apprenti arboraient des motifs irréguliers qui permettaient de trancher sa silhouette humaine lorsqu'il cherchait à se fondre dans les ombres, acquisition qu'il venait tout juste de faire chez l'un des couturier les plus rennommés de la ville. L'homme avait d'ailleurs été fortement étonné par la demande de Daos, lui qui avait l'habitude d'habiller des gens tels que Berns.

L'apprenti marchombre leva les yeux de sa propre tenue pour les planter dans ceux d'Augustus. Il sourit :


- Puisqu'aucune de nos tenues ne trouve grâce aux yeux de l'autre, et que je n'apprécie absolument pas votre ton, autant en rester là.

Berns acquiesca avec une exclamation hautaine, avant de se détourner et d'ignorer superbement Daos. Celui se détourna en soupirant et secouant la tête, puis se dirigea vers la porte, talonné par Clay.

- Double "P", murmura Daos.
- De quoi ?
- Double "P"
, répéta-t-il plus haut à l'intention du jeune homme. Péteux prétentieux.
- Ouais, je suis d'accord
, acquiesca Clay en souriant largement.
- Enfin, peu importe. Tu travailles souvent avec lui ?
- Assez, oui. Mon père est traiteur, c'est à lui qu'ils ont acheté la bouffe pour ce soir. De temps en temps, il me trouve un petit boulot comme ça pour décharger une de ses commandes et aider à l'aménagement de la réception.
- Et tu comptais soulever ce meuble tout seul, ou tu étais sûr que je passerais par là et que j'accepterais de t'aider
, demanda Daos en souriant ?
- M'en parles pas, soupira Clay. Mon frère était censé m'aider pour celui-là, mais il s'est tiré quand j'avais le dos tourné. J'ai juste eu le temps de le voir courir après deux filles qui marchaient dans la rue.
- Chacun ses priorités
, commenta le jeune homme.
- Ouais. Tu viendras, ce soir ?
- Au bal ?
- Ben oui !


Daos regarda le jeune homme en fronçant les sourcils.

- Et que viendrais-je faire à un bal ?
- A ton avis ? Boire, manger, danser ! T'amuser ! En plus y'aura plein de filles !
- Génial
, ironisa Daos.
- Allez, viens !
- Je ne suis pas invité, de toutes manières.
- Moi oui
, s'exclama Clay ! Vu que je travaille souvent avec Berns, il a accepté que je vienne, à condition que je me tienne bien.
- Il a accepté que tu viennes dans un bal de nobles ? Toi
, s'étonna Daos en riant ? J'ai cru comprendre que ton père était traiteur.

Le jeune homme écarta la remarque d'un signe de tête.

- Y'aura pas que des nobles, y'a aussi plein de jeunes des classes moyennes qui sont invités. Y'aura même un fils de forgeron, alors tu vois !
- Je suis fils de forgeron,
répondit Daos, les lèvres pincées.
- Ah, heu...

L'apprenti eut un sourire rassurant :

- Ne t'en fais pas, les classes sociales ne m'intéressent pas. Pour tout te dire, je ne viens même pas d'Al-Jeit, mais d'un petit village dans le nord. Alors, comparé à tous ces nobles et ces... Jeune de classe moyenne, comme tu dis, je suis un simple pécore. Mais soit, admettons. J'ai juste deux questions : pourquoi, tiens-tu tant à ce que je vienne ? On se connaît depuis à peine dix minutes.
- Ben, un mec qui est capable de moucher Augustus comme ça, je veux le voir au milieu de tout le gratin qu'il y aura ce soir
, répondit Clay en souriant.
- Je croyais qu'il n'y aura pas tant de nobles que ça, ironisa Daos ?
- Heu...
- Peu importe. Deuxième question : es-tu idiot ou insouciant ?
- Hein ?
- La sécurité, ça te dis quelque chose
, poursuivit Daos d'un air grave ? L'arrière-arrière-petite cousine de l'Empereur, des tas d'autres nobles, et tu invites un parfait inconnu dans un bal où il pourrait faire des ravages ? Et si j'étais un assassin ? Un brigand, un voleur, un meurtrier, ou même un simple fou furieux ? Tu ne me connais pas, mais tu m'invites sans réfléchir.

A sa grande surprise, Clay se contenta d'éclarer de rire.


- La sécurité ? T'es malade ! L'Empereur a embauché un garde du corps pour protéger Orion, son arrière-petit cousin, et sa famille. Un garde du corps super spécial apparemment. D'après les rumeurs, il serait aussi fort qu'un Frontalier. Alors si t'es un assassin, bonne chance mon gars !
- Je vois le genre. Un colosse de deux mètres vingt en armure intégrale ?
- Ouais, ça doit être ça. En plus, c'est moi qui t'ai appelé tout à l'heure, alors ce serait vraiment un sacré hasard que tu soies un assassin. Bon, allez, tu viendras ?


Daos soupira en regardant autour de lui. S'il était aujourd'hui à Al-Jeit, c'était pour récupérer. Mentalement.

Tuer pour la première fois de sa vie, à quatre reprises, dans une ruelle et sur les toits d'Al-Jeit sous l'oeil de Kaünis ne lui avait pas posé tant de problèmes. C'était alors tuer ou être tué. L'épisode d'Ezadrah avait en revanche été plus lourd à supporter qu'il ne l'aurait cru. Les Métamorphes, les escalves, toutes ces morts... Lui qui se croyait suffisamment endurci et détaché pour supporter ça avait été bien plus choqué que prévu. La découverte d'autant de morts atroces, et surtout inutiles, était revenu le hanter à plusieurs reprises depuis lors. Le cours avec Rilend dans les Dentelles Vives avait été un réel soulagement, bien qu'un supplice pour ses muscles. En remontant en direction d'Al-Chen, ils étaient passés à proximité de l'Arche d'Al-Jeit, dont ils avaient aperçu le sommet au loin à l'est. Daos s'était tourné vers Rilend, et avait demandé à son maître si cela la dérangeait de rentrer seule. La marchombre avait écouté son élève. Al-Chen avait beau être une ville exceptionnelle, c'était désormais là-bas qu'il vivait. Il ne savait, en revanche, quand il aurait à nouveau l'occasion de découvrir Al-Jeit, et ne voulait pas passer à côté. Et qui plus est, avait-il admis, il avait besoin de voir du monde. De vagabonder dans les rues et sur les toits pour essayer de faire le vide, de passer au-delà de tout ce qu'il avait vu. Il s'était alors rendu dans la capitale, seul. Une chambre à l'auberge et la tenue qu'il s'était offert avaient été ses seules dépenses, lui qui passait la majeure partie de son temps à grimper sur les toits et à découvrir la capitale, mais il lui restait encore suffisamment pour passer deux jours de plus en ville, avant de rentrer à l'Académie.


"Je suppose que voir un peu de monde ne me ferait pas de mal," soupira-t-il.

- D'accord.

***

"Hein ?"

Voilà ce que Daos avait immédiatement songé à peine deux minutes après être entré dans la salle. Comme promis, Clay était venu le faire passer devant les gardes à l'armure rutilante et la figure pathibulaire. Le jeune homme avait été un peu déçu en découvrant l'ambiance presque morose qui régnait. La musique était lente et monotone, seules quelques couples de danseurs esquissaient des pas sans paraître vraiment convaincus. Plusieurs des invités étaient affalés sur leur chaise dans un coin de la pièce, un verre à la main et la tête penchée en arrière ou sur leur poitrine. De rares groupes de jeunes gens s'étaient formés près des fenêtres. Clay lui désigna l'hôte de la soirée, Paveina, une jeune fille au visage doux et vêtue d'une robe blanche, ainsi que les membres de sa famille et certains nobles que Daos connaissait de nom et de réputation. Ils se dirigèrent vers le buffet et s'emparèrent d'une assiette et d'un verre. Moins d'une minute plus tard, une explosion semblait avoir secoué tous les invités tant le changement était flagrant.

Daos n'avait pas aperçu l'origine de l'émoi qui s'était emparé des convives, mais ils furent bientôt tous rassemblés au centre de la pièce, gesticulant selon une chorégraphie étrange dont le jeune homme n'avait jamais entendu parler. Les yeux ronds, il fixa Clay qui se précipitait vers la piste pour imiter les danseurs, puis éclata d'un rire joyeux devant la scène. Ca, c'était une fête. De la joie, de l'incohérence et de la folie. Rien à voir avec cet espèce de buffet d'enterrement dans lequel il avait débarqué deux minutes plus tôt. Il sourcilla en aperçevant l'une des danseuses quitter le centre de la piste à reculons, les yeux fixés sur la foule.

Vêtue de cuir sombre, ses longs cheveux blonds en bataille, la jeune femme avait une silhouette et une attitude reconnaissables entre mille. Le jeune homme s'approcha d'elle, mais ne put l'éviter lorsqu'elle glissa soudain d'un pas vers sa droite tout en reculant.


- Youps ! Désolée, j'étais distraite et je... Daos ?!
- Lou ?!


Evidemment. Lou ! Qui d'autre serait capable de faire danser autant de monde, en si peu de temps et de cette façon ? La marchombre n'avait pas changé, elle arborait toujours cet air aussi espiègle, ses yeux pétillaient toujours de malice et son sourire était aussi doré que ses cheveux.

- C'est donc ça, la danse classique, lança le jeune homme avec un grand sourire ? Tu m'apprends ?

Il lui planta un baiser sur la joue avant de poursuivre :

- Ca fait plaisir de te voir. Qu'est-ce que tu fais ici
, demanda-t-il, toujours souriant ?

__________________________________________

Un immense merci à Wëlle pour l'avatar !
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Lou Ril'Fairy
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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Jeu 20 Juil 2017, 20:00

Il lui planta un baiser sur la joue, elle en profita pour jeter ses bras autour de son cou et lui rendre la pareille. Daos ! Ici ! Lou sentit son cœur gonfler d’une joie immense. Elle n’avait pas oublié sa rencontre avec le jeune homme. Voir un visage connu et amical dans cette maison était plus que formidable ; la marchombre sourit de toutes ses dents.

- Ça fait plaisir de te voir, dit-il, après avoir plaisanté au sujet de la danse. Qu’est-ce que tu fais ici ?
- Je travaille,
répondit-elle dans un clin d’œil lumineux.

Elle recula d’un pas pour le détailler : toujours cet air tranquille et cette mine vaguement mutine, ces mêmes yeux noisette piquetés d’éclats dorés dans la lumière des candélabres, cette peau presque caramel pour avoir tant été caressée par le soleil et, autour de son poignet, le bracelet de cuir qu’une feuille de métal finement ciselée fermait. Pourtant, Daos avait changé. Il lui semblait légèrement plus mince au niveau de la taille, et plus développée au niveau du torse et des épaules. Ses paumes portaient la marque d’un entraînement intensif qu’elle connaissait bien. A nouveau, le cœur de Lou battit plus vite : c’était un marchombre ! Apprenti, certes, mais marchombre tout de même. Un compagnon !

- Moi aussi, je suis ravie de te revoir, ajouta-t-elle en plongeant ses yeux dans les siens.

Son regard aussi avait changé. Il brillait de la même force que dans son souvenir, mais une ombre nouvelle s’y était installée et lui donnait un air plus grave que lors de leur première rencontre. Sans lui lâcher le bras, Lou l’entraîna à l’écart des danseurs, désormais bien réveillés et qui enchaînaient sur une valse des plus enjouées.

- Et toi, alors ? Qu’est-ce qui t’amène dans l’humble demeure des El’Nedaìn ?

Lou avait volontairement accentué l’adjectif, ironique ; celui-ci, en effet, était totalement inapproprié puisque la pièce, à elle seule, contenait assez de frasques pour donner le tournis. Rien n’avait été laissé au hasard : les meubles briqués et cirés étaient garnis de fleurs et de bougies, le buffet s’imposait, chargé de victuailles qui ne disparaissaient jamais alors que pas mal de monde venait se servir, et le service était fait dans une argenterie des plus raffinées. Les toilettes des femmes s’accordaient parfaitement à la richesse des lieux et la tenue des hommes faisait également son petit effet. Lou sourit. Au milieu de tous ces gens, Daos et elle détonaient par leur simplicité et leur naturel. N’empêche qu’elle était bien contente d’avoir pu garder ses vêtements, fonction oblige ! Au moins, elle n’était pas engoncée dans un corset ! Les deux fourreaux croisés dans son dos, à peine cachés sous un voile de cheveux blonds, attirait bien des regards et nourrissait quantité de murmures, mais la marchombre s’en moquait comme de sa première dent de lait : elle était là pour accomplir sa mission, ainsi qu’elle l’avait dit, et à présent que l’atmosphère du bal s’était réchauffée, elle rayonnait.

- Salut, fit le garçon qui se tenait juste à côté de Daos. Je m’appelle Clay !

Du même âge que Daos, il était beaucoup plus mince, voire carrément dégingandé, comme s’il avait grandi trop vite et que son corps ne s’était pas encore accoutumé à cette taille-là ; son visage franc et rieur était encadré par des boucles d’un roux flamboyant, et ses yeux, d’un vert plus clair que ceux de Lou, pétillaient d’une malice enfantine. Il lui plut immédiatement !

- Moi c’est Lou, répondit-elle dans un grand sourire, en cognant son poing contre le sien.
- Tu travailles ici, alors ? Qu’est-ce que tu…
- Mademoiselle Ril’Fairy !
coupa une voix rocailleuse et mécontente, peut-on savoir ce que vous êtes en train de faire ?

Lou leva les yeux au ciel, mais elle offrit à la vieille femme qui approchait une réponse teintée de courtoisie.

- J’accueille des amis, dame Cylène.
- Oui,
lâcha la nouvelle venue en détaillant Daos et Clay avec circonspection, ça, je me doute qu’ils sont avec vous… Mais dites-moi, n’êtes-vous pas sensée protéger mon fils et sa famille, ce soir ?

Du coin de l’œil, Lou vit Clay écarquiller les yeux d’étonnement. Elle se mordit l’intérieur de la joue pour ne pas rire, et fit face à la noble. C’était une dame âgée qui avait, hélas, encore toute sa tête... son fichu caractère avait tendance à taper sur le système de son entourage, y compris de ses propres enfants. Bien sûr, l’on se gardait bien de la remettre à sa place, étant donné qu’elle était une dame « vénérable »… cela dit, Lou n’avait pas sa langue dans sa poche.

- Vous avez remarqué quelque chose de suspect, dame Cylène ? Comme un sourire sur le visage de votre petite fille, par exemple ? Ou bien la danse endiablée de tout à l’heure ?
- On ne vous paye pas pour bâiller aux corneilles, mademoiselle.
- Vous ne me payez pas du tout, en fait. C’est votre fils qui, en s’offrant une sécurité auprès de la garde de la ville, loue également mes services. Services qui consistent en une surveillance accrue de l’intérieur. Croyez-moi, rien ne m’échappe, dame Cylène, ni les coups de canne que vous donnez en douce à Briwaël pour qu’elle se tienne droite, ni les regards noirs que vous me décochez depuis le début de la soirée. Alors, satisfaite ?


Soufflée, Dame Cylène s’éloigna en marmonnant quelques menaces qui n’atteignirent pas le moral de Lou. Elle se contenta de hausser les épaules, puis attrapa un verre d’eau et savoura quelques gorgées bien méritées.

- Je crois que l’aristocratie et moi, nous ne nous entendrons jamais, dit-elle à ses amis.

Elle avait à peine terminé sa phrase qu’une Briwaël lui sautait dans les bras. Une chance que Lou ait des réflexes bien aiguisés ! Sans renverser une goutte d’eau, elle posa son verre et hissa la fillette dans ses bras.

- Pourquoi t’es partie comme ça ?
- Tu dansais comme une reine, je n’avais pas besoin de rester sur la piste !
- C’est qui, eux ?
- Le garçon au sourire charmeur, c’est Daos. Celui aux cheveux de feu, c’est Clay. Les gars, voici la Petite Dame Briwaël !


La petite gloussa, amusée par le titre que Lou plaisait à lui donner, puis elle adopta soudain une expression très sérieuse et se pencha pour murmurer quelque chose à l’oreille de Lou. La marchombre hocha la tête avant de lui lancer un petit clin d’œil complice.
Alors, elle se tourna vers les garçons, un sourire matois sur les lèvres.

- L’un de vous aurait-il la gentillesse d’inviter notre petite princesse à danser ?
- Je serai honoré d’être son cavalier,
fit Clay en se fendant de son plus beau sourire.

Il s’inclina comiquement tandis que Lou déposait Briwaël à terre, mais quand il se redressa, son sourire s’était un peu effacé.

- Heu, je n’ai aucune idée de comment je dois faire, lâcha-t-il en regardant les danseurs qui entamaient une série de pas compliqués.
- Je vais te montrer ! s’écria Briwaël en lui attrapant la main. Viens avec moi !

Déterminée, elle entraîna le rouquin sur la piste et se fit un devoir de lui enseigner les pas. Il devait se pencher pour lui tenir les mains. Amusée, Lou les regarda évoluer un moment, puis son regard attentif balaya la salle avant de revenir se poser sur Daos.

- J’ai l’impression que tu as fait un sacré bout de chemin depuis que nous nous sommes vus à Al-Chen, dit-elle doucement.

Elle se demanda s’il avait gardé le ruban qu’elle avait accroché à la porte de l’Académie.

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Daos Loner
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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Lun 24 Juil 2017, 21:50

Lou enroula ses bras autour de son cou en l'enlaçant pour lui rendre son baiser. Daos se rappela en souriant de la dernière fois qu'il avait senti ces lèvres sur sa joue -au moins un siècle en arrière lui semblait-il. Là où les monuments sortis de terre par l'imagination des Hommes caressaient les nuages et tutoyaient la Lune, sans jamais parvenir à les atteindre. C'était au sommet de l'une de ces majestueuses tours que Lou avait terminé de pousser la porte qu'Oturo avait ouverte depuis sa rencontre avec le jeune homme. Loin semblait ce temps où il s'était présenté à l'Académie, dans une vaste clairière parsemée d'une herbe blanche du givre de la nuit, aux pieds d'un bâtiment où son coeur battant d'inquiétude et d'appréhension s'était calmé en apercevant le ruban violine que Lou avait noué sur la porte.

- Je travaille.

Elle lâcha ces mots en même temps que son cou, et se recula d'un pas en le regardant de la tête aux pieds. Il se dit qu'il avait passé avec succès ce petit examen lorsque le vert forêt du regard de la marchombre vint accrocher ses yeux et qu'elle ajouta en souriant :

- Moi aussi, je suis ravie de te revoir.

Reprenant l'habitude née lors de leur rencontre à Al-Chen, elle le mena par le bout du bras jusqu'à quelques mètres de l'un des murs de la pièce, au beau milieu d'un triangle formé par les danseurs bien plus nombreux qu'à l'arrivée de Daos, une fenêtre ouverte sur la bienfaisante fraîcheur de la nuit et un large tableau aux tons ocre et formes ondulées. Ainsi, Lou travaillait ? Que pouvait bien faire une marchombre aussi renommée dans une fête de la haute société ? Peut-être travaillait-elle dans la garde, se demanda-t-il en remarquant les fourreaux qui dépaissaient entre les omoplates de la marchombre ? Pourtant, l'arrière-petit cousin de l'Empereur avait déjà embauché un garde du corps, d'après ce que Clay avait dit au jeune homme.

- Et toi, alors ? Qu’est-ce qui t’amène dans l’humble demeure des El’Nedaìn ? lui demanda-t-elle en insistant sur le mot humble et désignant la vaste pièce du regard.

Daos eut un petit rire. Il avait eu le temps d'aperçevoir certaines des décorations apportées pour l'occasion lorsqu'il avait aidé Clay dans l'après-midi. Mais, tout pédant qu'était Augustus Berns, le jeune homme se devait de reconnaître que le décorateur méritait sa réputation. Les tons des ornements -fleurs, bougies, lampions et banderolles- se mariaient à la perfection avec le moindre meuble, la moindre peinture et la moindre tapisserie. Encore que moindre n'était pas le qualificatif qu'il convenait d'user dans une pareille demeure. Il tourna la tête en entendant Clay arriver après avoir salué ses amis eux aussi invités.


- J'ai eu droit à quelques jours de vacances, alors j'en ai profité pour revenir visiter Al-Jeit. Et le jeune homme que voici, poursuivit-il en désignant Clay, a proposé de me faire entrer ici, en remerciement d'un... Humble meuble que je l'ai aidé à porter, conclut-il en accentuant le mot de la même manière que Lou.
- Salut, lança Clay en regardant Lou. Je m’appelle Clay !
- Moi c’est Lou,
répondit la marchombre en souriant et en tapant de son poing celui du jeune homme.

Daos sourit en voyant cela. C'était exactement de la même manière que Lou l'avait salué, lorsqu'ils s'étaient rencontrés à Al-Chen.


- Tu travailles ici, alors ? reprit Clay. Qu’est-ce que tu…
- Mademoiselle Ril’Fairy ! Peut-on savoir ce que vous êtes en train de faire ?


Le jeune homme avait froncé les sourcils en entendant la voix sèche et râpeuse qui s'était élevée dans son dos, puis sourit en voyant Lou lever les yeux au plafond d'un air exaspéré. Elle se tourna vers la femme, d'un certain âge, qui s'avançait vers eux d'une démarche raide, engoncée dans une épaisse robe pourpre, pas le moins du monde dans les tons relâchés choisis par les jeunes participant au bal.

- J’accueille des amis, dame Cylène, répondit la marchombre d'une voix tranquille.
- Oui, ça, je me doute qu’ils sont avec vous… Mais dites-moi, n’êtes-vous pas sensée protéger mon fils et sa famille, ce soir ?

Daos fronça de nouveau les sourcils en voyant que le regard que jetait la femme, visiblement la petite-cousine de l'Empereur, à Clay et lui, était très proche de celui que lui avait accordé Berns dans l'après-midi : pas de son goût. Tandis que Lou rabattait le caquet de Dame Cylène, le jeune homme donna un petit coup de coude à Clay pour attirer son attention et lui chuchota :

- Un colosse de deux mètres vingt en armure intégrale, hein ?
- Ça va, ça va,
répliqua son ami en souriant. Mais pourquoi ils l'ont engagée ? Elle devrait être danseuse, pas garde du corps, non ? Heureusement qu'il y a les gardes de la ville si y'a du grabuge.
- C'est bien une danseuse,
murmura Daos tandis que Dame Cylène finissait de se faire rembarrer par Lou et commençait à s'éloigner en grommelant, et crois-moi, c'est exactement pour ça que les gardes de la ville sont inutiles ici, acheva-t-il avec un clin d'oeil devant l'air étonné de Clay.

Il se remémorait les soixante secondes durant lesquelles Lou avait dansé, dansé comme un feu follet au milieu d'une allée sombre, lorsque la marchombre éloigna son verre pour déclarer :


- Je crois que l’aristocratie et moi, nous ne nous entendrons jamais.
- Tu n'es pas la seule,
répondit Daos avec un grand sourire.

Il fut presque coupé dans sa phrase par l'arrivée d'une petite boule -fille- aux cheveux de miel qui sauta sur la jeune femme.


- Pourquoi t’es partie comme ça ?
- Tu dansais comme une reine, je n’avais pas besoin de rester sur la piste !
- C’est qui, eux ?
- Le garçon au sourire charmeur, c’est Daos. Celui aux cheveux de feu, c’est Clay. Les gars, voici la Petite Dame Briwaël !
- Très honoré, Dame Briwaël,
déclara l'apprenti en s'inclinant et souriant.

Il s'esclaffa ensuite en voyant Clay se faire entraîner sur la piste de danse par la petite Briwaël, qui se mit à lui apprendre les pas avec sérieux. Après plusieurs heures passées dans une telle pièce, les corps de près d'une centaine de personnes avaient drastiquement fait monter la température. Daos savoura en fermant les yeux le mince courant d'air qui bravait la chaleur de l'intérieur pour venir lui chatouiller la nuque. La musique suivait désormais un rythme encore plus enjoué que la précédente valse, très proche de ceux que le vieux Eric grattait sur son violon dans son village. A présent qu'il y repensait, cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas inquiété du village où il avait grandi, de ses parents, de Saüré, d'Irès et de tous les autres. En a peine quatre mois, il n'avait songé à eux qu'à quelques reprises, principalement durant les quelques jours qui avaient suivi son arrivée à Al-Chen. Les cours avec Rilend avaient été si intenses, leurs discussions et leurs silences si captivants qu'il avait peu à peu mis son ancienne vie de côté pour ne plus y repenser. Sans l'attrister, cette pensée lui fit un pincement au cœur. Il se promit d'y retourner dès que possible.

Daos fut tiré de ses songes par Lou, qui murmura doucement :

- J’ai l’impression que tu as fait un sacré bout de chemin depuis que nous nous sommes vus à Al-Chen.

Il ouvrit les yeux, et un léger sourire vint relever ses traits que ses pensées avaient alourdi. Tournant son regard vers la jeune femme, il eut un petit rire.

- On peut dire ça, oui.

Daos inspira en levant les yeux vers le plafond, cherchant ses mots, avant de revenir les poser sur Lou :

- Quand Oturo m'a dit qu'il ne comptait pas me guider, je l'ai regretté. Quand tu m'as dit que tu ne pouvais pas me guider, je l'ai regretté. Et quand j'ai rencontré Rilend, quatre jour après avoir trouvé...

Il regarda autour de lui. Personne ne semblait prêter attention à leur conversation, mais il était bien placé pour savoir que certaines personnes avaient l'ouï fine et pouvaient écouter ce qui se disait autour d'elles sans pour autant en donner l'impression.

- ... Ton ruban, compléta-t-il afin d'éviter de parler de l'Académie, je me suis rendu compte que ç'avait été idiot. Elle est incroyable. Autant que toi, autant qu'Oturo. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai vraiment l'impression que l'on était faits pour suivre ce chemin ensemble. Peut-être que tous les apprentis disent ça de leur maître, ajouta-t-il en riant, ou du moins je l'espère pour eux. Les alentours du Lac, les forêts, la ville, ses toits et ses ruelles... Je ne m'ennuie jamais, j'en apprends constamment. Plus j'en demande, plus ses réponses soulèvent de questions supplémentaires. C'est juste génial. Je ne sais pas si je suis particulièrement doué, et tu me connais suffisamment pour savoir que ça ne m'intéresse pas, mais en tous cas je progresse. Constamment. Et c'est exactement ce que je suis venu chercher. J'ai beau plisser les yeux, je n'arrive pas à voir jusqu'où je peux aller, jusqu'où elle peut aller, jusqu'où elle peut m'emmener. Mais bon, je ne te cache pas que ça a été difficile au début. J'ai découvert des muscles dont je ne soupçonnais même pas l'existence, s’esclaffa-t-il.

Le jeune homme chercha une carafe d'eau -en crystal, bien sûr- et se servit un grand verre. Il le vida d'une traite et reprit :


- Tiens, d'ailleurs, nous revenos tout juste des Dentelles Vives. Du jour au lendemain, elle a choisi de nous emmener à Al-Jeit, puis nous sommes...

Daos hésita. Malgré lui, les images d'Ezadrah s'imposaient encore à son esprit. Il ferma les yeux, les rouvrit, battit des paupières et poursuivit lentement :

- Nous avons... Nous avons fait un détour par le sud-ouest, avant de revenir presque sur nos pas. D'aller visiter les Dentelles. Et sur le chemin du retour, je lui ait demandé la permission de faire un crochet de quelques jours par ici.

Il s’aperçut soudain qu'il ne parlait plus depuis une bonne minute, et s'était contenté de fixer le sol, l'esprit toujours tourné vers le sud-ouest. Il secoua la tête, reprit un petit sourire et se tourna vers Lou :

- En sommes, oui, j'ai fait un sacré bout de chemin depuis notre rencontre. Et toi alors ? J'ai vu ton nom sur le panneau d'affichage, et j'ai même rencontré Tiun.

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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Ven 28 Juil 2017, 01:51

Lou sourit quand Daos évoqua Rilend. Bien sûr qu’il n’était pas question de regretter quoi que ce soit ! Pour avoir déjà croisé plusieurs fois la jeune femme, Lou savait qu’il s’agissait d’une marchombre d’exception. Daos n’aurait pas pu mieux tomber, même si elle éprouvait toujours un léger pincement au cœur en songeant à la peine dans laquelle Oturo vivait en permanence. Son vieil ami connaîtrait-il un jour la paix ? C’était son vœu le plus cher…

Elle se décala pour appuyer ses coudes sur le bord de la fenêtre ouverte, et prit une longue inspiration de l’air frais et nocturne. Daos savait raconter les histoires ; d’une certaine façon, ses mots entraînèrent Lou dans ses propres souvenirs, et ce fut comme si elle s’était toujours trouvée à ses côtés : elle le vit attraper le ruban entre ses doigts – un nouveau sourire dansa sur ses lèvres au moment où il répondit à sa question muette – et ensuite, elle suivit ses premiers pas sur la voie. D’abord hésitants, comme il le laissait entendre, mais très vite exaltés par les découvertes que chaque minute passée en la compagnie de Rilend lui offrait. Oui, c’était une formation difficile et souvent douloureuse… Lou n’oublierait jamais les bleus et les courbatures récoltés lors de longs entraînements avec Yoran. Combien de fois l’avait-elle maudit, alors qu’elle était trempée jusqu’aux os par une pluie glacée, ou bien quand elle n’avait plus de souffle ni de forces, et qu’il persistait à l’enjoindre de poursuivre un bête exercice qui, généralement, mettait sa vie en grand péril ? Une fois, harassée de fatigue et débordante de colère, elle l’avait planté au beau milieu de nulle part et s’en était allée vider son sac ailleurs. Pas très loin. Ni très longtemps. Et lorsqu’elle l’avait retrouvé, le lendemain, son maître n’avait rien dit à propos de sa fuite. Il ne s’était pas excusé non plus, parce que ce n’était pas pour ça qu’elle était revenue ; elle n’avait pas cherché à déterrer à nouveau la hache de guerre, parce que ce n’était pas pour ça qu’il l’avait pris sous son aile. Et ils avaient continué leur route ensemble.

C’était une formation qui mettait le maître autant que son apprenti à l’épreuve, songea-t-elle en sondant l’obscurité qui régnait devant elle. Apprendre ne peut se faire sans partage, d’où le lien bien particulier qui nait entre celui qui guide et celui qui suit ; Daos n’en avait probablement pas conscience, mais son visage s’éclairait lorsqu’il évoquait Rilend. Désormais, elle représentait pour lui bien plus qu’aucune autre personne ayant une place dans sa vie. Tout comme Yoran avait représenté beaucoup pour elle… Attrapant machinalement l’anneau qui reposait sur le lacet de sa tunique, Lou fit taire les souvenirs, soudain nombreux, que les paroles de Daos avait éveillés. Ce n’était pas le moment de se plonger dans le passé. Pas si elle voulait se concentrer sur le présent !

La marchombre se retourna ; elle s’appuya contre la fenêtre, mais son regard vert balaya la salle avec attention. Elle ne perdait pas une miette du récit de son ami, ni de tout ce qui se passait dans la pièce. Pour l’heure, tout allait bien : Orion et Zérine dansaient, imités par Pavenia qui avait les yeux rivés à ceux de son jeune et beau cavalier ; Dame Cylène semblait s’être calmée et discutait désormais avec d’autres femmes de son âge, ignorant que Tail glissait une main innocente et habile dans les replis cachés de leurs robes pour les soulager de quelques perles et autres bijoux dont elles étaient recouvertes. Briwaël avait trouvé en la personne de Clay un compagnon de jeu unique en son genre. Le jeune homme dansait, grimaçait, chantait, riait pour le plus grand plaisir de la fillette, qui ne le quittait plus d’une semelle. Sereine, Lou tourna la tête en percevant, dans la voix de Daos, une note plus tendue que les autres. Plus grave, surtout. Elle étudia un moment son profil, remarquant le froncement de ses sourcils et la brume qui voilait son regard. D’infimes détails qui en dirent long sur ce « détour », mais Lou, quoiqu’exubérante et têtue, se garda bien d’interrompre le récit de Daos. Elle était assez fine pour deviner qu’il s’agissait d’un épisode marquant ; si son ami souhaitait lui en parler davantage, il le ferait de son plein gré, non pas parce qu’elle lui extorquerait des informations !

- En sommes, oui, j'ai fait un sacré bout de chemin depuis notre rencontre. Et toi alors ? J'ai vu ton nom sur le panneau d'affichage, et j'ai même rencontré Tiun.
- Ah,
fit Lou en souriant, et j’imagine que, comme moi, tu as vite compris que cette fille est tout, sauf ordinaire ?

Difficile de définir autrement une jeune fille aussi étrange que Tiun… mais le lien était noué, et de la même façon que Daos s’illuminait quand il parlait de son maître, Lou rayonnait en pensant à son élève.

- J’ai rencontré mes élèves juste après toi, expliqua-t-elle en regardant les danseurs évoluer devant elle. Moi aussi, je découvre et j’apprends chaque jour… crois-moi, enseigner ce que nous enseignons, ce n’est pas une mince affaire ! Je ne sais pas non plus si je suis très douée. Pour tout de dire, je pense que mes débuts ont été un peu maladroits.

Un maître confiait-il ce genre de choses à un apprenti ? Sans doute pas, mais Lou se sentait trop à l’aise avec Daos pour lui cacher quoi que ce soit. C’était la deuxième fois seulement qu’ils se rencontraient, et pourtant, elle avait l’impression qu’ils étaient amis depuis des années déjà. Elle lâcha son pendentif pour tresser ses longs cheveux en quelques gestes rapides et précis. Ainsi dégagées, les armes qu’elle portait dans son dos étaient surtout plus accessibles, mais Lou savait très bien s’en passer s’il le fallait ; c’était elle, l’arme. Et le bouclier d’une famille qui, ainsi, pouvait s’amuser sans s’inquiéter.

- Mais bon, tu sais ce qu’on dit ! s’exclama la marchombre en flanquant une petite tape sur l’épaule de Daos. La prochaine fois sera encore meilleure, voilà tout !

Un domestique portant un plat chargé de petits fours lui adressa un regard estomaqué. Il est vrai que cette remarque, sortie de son contexte, pouvait prendre un sens radicalement différent… Lou éclata de rire, très vite imitée par son ami.

- Alors, que penses-tu d’Al-Jeit ? demanda-t-elle quand elle eut repris son souffle.

Elle n’avait pas oublié les circonstances de leur rencontre, à Al-Chen, quand le jeune homme découvrait la cité. Plantant ses yeux verts dans ceux de Daos, elle fit une moue malicieuse qui rappelait étonnamment le petit minois fripon de Briwaël.

- Besoin d’un guide ?

Question espiègle… et sérieuse.

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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Lun 07 Aoû 2017, 10:33

- Ah, et j’imagine que, comme moi, tu as vite compris que cette fille est tout, sauf ordinaire ?
- Oui, on peut dire ça
, répondit Daos en riant. Et elle court plutôt vite, ajouta-t-il.

Il nota avec amusement le regard perplexe que lui lança Lou, et s'expliqua :


- Je l'ai croisée aux écuries le jour de son arrivée, et je lui ai fait visiter les lieux. En arrivant sur le camp d'entraînement, elle m'a défié à la course. J'ai gagné, conclut-il d'un air innocent.

Tous deux éclatèrent d'un rire franc qui leur attira quelques regards, puis Lou tourna les yeux vers la piste de danse, où Briwaël et Clay tournaient en chantant sous le regard réprobateur de Dame Cylène et de quelques autres grincheux. Même après quatre mois passés sous la tutelle de Rilend, Daos ne cessait de s'étonner lorsqu'il voyait les marchombres en action. Lou avait cet air tranquille et détaché, le corps détendu mais pourtant prêt à bondir à la moindre alerte, que Daos avait déjà observé chez Oturo, Rilend et chaque marchombre qu'il avait pu croiser. Les yeux verts de la jeune femme pétillaient toujours de malice et de joie mais demeuraient vifs et alertes, capables d'observer tout et rien à la fois. Décidément, songea le jeune homme avant que Lou ne reprenne la parole, les hôtes de cette soirée étaient entre de bonnes mains.


- J’ai rencontré mes élèves juste après toi. Moi aussi, je découvre et j’apprends chaque jour… crois-moi, enseigner ce que nous enseignons, ce n’est pas une mince affaire ! Je ne sais pas non plus si je suis très douée. Pour tout de dire, je pense que mes débuts ont été un peu maladroits.
- Pfffff...
soupira Daos en secouant la tête, n'importe quoi. Quand je te regarde, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que tu es faite pour enseigner. Je suis sûr que tu t'en sors à merveille. Rilend aussi en est à sa première fois, et je pense qu'elle se dit la même chose que toi. Mais je n'ai jamais rien remarqué, jamais eu la moindre chose à redire sur ses méthodes, et je te parie tout ce que tu veux que tes élèves pensent également la même chose de toi.

La marchombre sourit en tressant ses cheveux, exactement de la même manière qu'à L'Evaline lors de leur première rencontre. Elle lui frappa amicalement l'épaule en lançant :

- Mais bon, tu sais ce qu’on dit ! La prochaine fois sera encore meilleure, voilà tout !

Daos acquiesça en souriant. Tiun et les autres élèves avaient de la chance de pouvoir avancer sous la tutelle d'une marchombre comme Lou, de même que lui avait de la chance de pouvoir être guidé par Rilend. Y avait-il des maîtres marchombres largement moins doués, auxquels les élèves regrettaient d'avoir été affectés ? A Al-Chen, Lou avait décrit Oturo comme l'un des plus grands marchombres, et Daos doutait qu'elle parlait alors de sa taille. Cela sous-entendait-il qu'il y avait certains maîtres marchombres qui étaient d'un "niveau seulement correct", ou encore d'autres médiocres ? En repensant à l'assurance, la stature et les déplacements de tous les marchombres qu'il avait croisés, le jeune homme peinait à en imaginer un marchombre "seulement moyen". Il fut tiré de ses interrogations par Lou qui éclatait de son rire clair en regardant un serveur proche d'eux.

Un plateau d'argent posé sur sa main, l'homme avait fixé ses yeux écarquillés sur la marchombre, la bouche légèrement entrouverte et un air à mi-chemin entre la stupéfaction et le profond désarroi dans son regard. Le jeune homme se rendit alors compte que c'était la dernière remarque de son amie, au double-sens évident et incongru dans un tel milieu, qui avait déclenché cette réaction. Il se joignit au rire de Lou, jusqu'à ce qu'elle reprenne son souffle et poursuive :


- Alors, que penses-tu d’Al-Jeit ?
- Que je n'en ai clairement pas encore assez vu
, répliqua-il en souriant.

La réponse lui avait paru si naturelle et honnête. Visiter Al-Jeit avec Rilend avait été bien loin de la visite d'Al-Chen en compagnie de Lou. Et pour cause : à Al-Jeit, Rilend et son apprenti avaient passé le plus clair de leur temps à travailler. Le jeune homme était loin d'avoir eu assez de temps pour admirer la ville, entre tous les murs, palais et tours qu'il avait dû escalader. La marchombre le regarda droit dans les yeux avant de reprendre, un petit sourire aux lèvres :

- Besoin d’un guide ?

Daos jeta un coup d'oeil de l'autre côté de la pièce. La salle entière semblait s'être éveillée à l'appel enjoué de l'étrange danse de Lou, et les musiciens semblaient s'amuser comme jamais, à voir tous ces gens tourner, sauter et chanter devant eux. Orion, sa femme et ses filles dansaient tous avec une mine heureuse. Il les désigna d'un petit mouvement de tête.

- Ils ne risquent rien, sans toi ? s'enquit-il.

Le sourire et la confiance qui brillaient dans le regard de Lou lui répondirent et vinrent étirer ses lèvres.


- Bien. En ce cas, avec grand plaisir.

Daos n'avait que trois petits mois de formation, et Lou ne fit aucun effort particulier de discrétion. Pourtant, aucun des convives ne put distinguer les deux silhouettes vêtues de sombres qui se glissèrent vers la sortie.

Tous deux passèrent les gardes de l'entrée et sortirent dans la nuit, dont la fraîcheur était un délice après l'atmosphère presque étouffante de la salle qu'ils venaient de quitter. Les lueurs des torches et de la ville, ici bas, masquaient la plupart des étoiles dans le ciel bleu sombre. Seules les plus brillantes produisaient un éclat suffisant pour qu'il parvienne aux yeux de Daos. La demeure El' Nedain se trouvait à quelques kilomètres du rempart Sud, non loin du tripoint marquant la limite entre un quartier marchand, un quartier modeste et un quartier riche. C'était dans ce dernier que les El' Nedain, au plus bas niveau de la noblesse Alavirienne, avaient acheté leur demeure. La frontière marquée par ce tripoint était d'ailleurs visible à l'oeil nu. En sortant du petit jardin devant la maison, Lou et Daos s'étaient retrouvés sur une très petit placette, d'à peine une vingtaine de mètres carrés, où se rejoignaient trois rues de tailles différentes ainsi que quelques ruelles qui sillonaient entre les bâtiments. La première rue, vers la gauche et pavée de lumières bleuâtres et d'imposantes bâtisses, s'enfonçait dans les quartiers nobles. La seconde, en face d'eux, large avenue chargée d'étals qui devaient tous être déployés en journée, se dirigeait tout droit dans les quartiers marchands. C'est dans la troisième, sur leur droite, que tous deux s'avancèrent. Après une cinquantaine de mètres, ils suivirent les pavés noirs qui tournaient pour s'éloigner des quartiers marchands, éclairés par les inombrables lanternes, feux qui ronflaient dans les auberges et lumières des habitations.  

C'était de loin l'ambiance que Daos préférait. Même à cette heure tardive, alors qu'un mince croissant de lune se tenait entre les bâtiments, de nombreux passants déambulaient sans hâte dans les rues. Quelques amuseurs publics se tenaient encore çà et là, faisant jaillir du feu de leurs entrailles, voler des balles et des couteaux, ou encore montre de leur extraordinaire agilité en pirouettant dans tous les sens. L'ambiance était chaude et agréable, rires et chants montaient des tavernes, et même la patrouille de gardes qui précédait les marchombres semblait de bonne humeur, plaisantant avec quelques fêtards et saluant des têtes connues.

Lou et Daos avaient convenu, en sortant de la salle de bal, de commencer par aller au palais de l'Empereur, que le jeune homme n'avait pas eu le temps de voir lors de son premier séjour à Al-Jeit. D'après son amie, l'édifice se trouvait à près de vingt minutes à pieds en empruntant le chemin le plus court. Une idée germa alors dans l'esprit du jeune homme.


- Tu sais, j'ai pas mal progressé en trois mois.

Il lui fit un clin d'oeil en désignant le bord d'un haut bâtiment.

- Maintenant, je suis capable de passer par les toits.

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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Jeu 10 Aoû 2017, 20:52

- Ils ne risquent rien sans toi ?

Lou haussa un sourcil amusé. Elle n’avait pas spécialement pensé à faire une pause là, maintenant, tout de suite, mais puisqu’il semblait partant…

- Bien. En ce cas, avec grand plaisir.

Si le plaisir était grand, forcément, ça changeait tout !

Lou n’hésita pas un seul instant. Sans se départir de son sourire plein de malice, elle se dirigea vers la sortie, certaine que l’insupportable grand-mère ne s’occupait plus d’elle depuis qu’elle lui avait renvoyé son insolence en pleine figure, et persuadée que Briwaël avait trouvé en Clay le cavalier idéal. Oui, la marchombre pouvait bien s’accorder une petite pause… Toutefois, au moment de sortir de la salle, elle s’approcha du soldat qui gardait le passage et surveillait la salle avec la même application qu’elle, quelques minutes auparavant. C’était un grand gaillard, solidement campé sur ses jambes et engoncé dans son armure de varguelite. Pourtant, il était capable d’être assez rapide pour surgir en quelques secondes, et suffisamment efficace pour mettre hors d’état de nuire tout malandrin qui oserait faire un pas de travers.

- Tu prends la relève ? s’enquit Lou en s’arrêtant à sa hauteur.

Le soldat hocha la tête. Son regard étrangement foncé se teinta d’espièglerie quand il détailla Daos, puis Lou, puis Daos, puis Lou encore, et celle-ci lui asséna une petite tape derrière le crâne.

- Pas toute la nuit, idiot. Je reviens dans une heure.
- C’est suffisant,
fit remarquer l’idiot, un sourire goguenard aux lèvres.

Lou ne releva pas.

En fait, elle était déjà loin.


*


Déambuler dans les rues d’Al-Jeit au côté de Daos avait quelque chose d’incroyablement apaisant. C’était comme s’asseoir dans le sable et regarder le soleil se coucher sur l’Océan, ou encore écouter la pluie tomber dehors quand on se trouvait à l’intérieur, blotti sous un plaid, un livre entre les mains et la tête ailleurs, perdue dans un univers enchanteur… Parfaitement détendue, Lou croisa les mains derrière la nuque et s’avança d’un pas guilleret dans la rue qu’ils avaient choisi de remonter. Elle se laissa emporter par la quiétude de cette nuit pourtant ordinaire, mais que la ville rendait festive à cause de toutes ses lumières, ses feux qui brûlaient ça et là, les rires qui tintinnabulaient depuis les terrasses, les acrobates qui affrontaient les ténèbres en laissant leur talent et leur originalité apporter une lumière dans les yeux et le cœur des gens qui s’arrêtaient pour les observer un instant ; le fond de l’air était frais, un vrai bonheur, comparé à la chaleur qui régnait en maître dans la demeure des El’Nedain.

C’était Lou qui avait réparti les tâches des gardes en poste chez eux. En lui confiant la mission de protéger le petit cousin de l’Empereur, on lui avait également offert la liberté d’organiser elle-même cette protection. Une poignée d’hommes fiables accompagnait Orion et sa famille un peu partout depuis quelques jours. La jeune femme blonde avait donc eu tout le loisir de faire la connaissance d’Hadrig, le lieutenant à qui elle avait asséné une petite claque, et de ses hommes. Ensemble, ils avaient instauré des tours de gardes, des codes et des solutions de replis en cas de problème. Voilà pourquoi la marchombre se permettait une heure de détente, alors qu’elle était chargée d’une responsabilité importante : fatiguée, elle ne serait d’aucune utilité à la famille de l’Empereur si les choses tournaient mal. Il était nécessaire qu’elle souffle un peu, car une journée de surveillance accrue était plus épuisante qu’une heure de bataille acharnée. Lou le savait, et c’était la raison de cette petite escapade en compagnie de Daos.

Sans cesser d’avancer de son pas singulièrement sautillant, elle jeta un coup d’œil à son compagnon. Plus grand qu’elle, et bien plus large d’épaules aussi, il aurait pu paraître pataud si sa démarche n’était à ce point feutrée et mesurée. Il était fascinant de constater à quel point les premières lignes d’une formation, pourtant longue et difficile, dessinaient déjà un marchombre en devenir. Comme s’il avait lu dans ses pensées, Daos tourna vers elle un visage rayonnant.

- Tu sais, j’ai pas mal progressé en trois mois. Maintenant, je suis capable de passer par les toits.
- Que faisons-nous encore sur la terre ferme, alors ?!
s’exclama joyeusement la jeune femme.

Sans plus attendre, elle s’élança, prit son élan sur une vieille caisse qui traînait là, puis sembla courir sur le mur qui s’élevait, parfaitement vertical, et juste avant que les effets de la gravité aient enfin repris le dessus, ses doigts crochetèrent la tige métallique de l’enseigne d’une herboristerie. Bandant les muscles de ses bras, elle se hissa souplement sur celle-ci et, de là, atteignit la gouttière dont l’état douteux ne bougea pas d’un poil quand elle y appuya son poids plume. Balançant ses jambes, elle se retrouva sur les plaques d’ardoise du toit et se redressa. Moins de cinq secondes plus tard, Daos se hissait à son tour. Pas mal, en effet, concéda-t-elle dans un sourire qu’elle lui adressa sans hésitation. Après tout, n’était-il pas l’élève de Rilend ? Mais que valait-il une fois juché dans les hauteurs ? Lou rejeta dans son dos sa longue tresse blonde puis, sans prévenir, se planta devant le jeune homme, si près qu’il vacilla un peu, encore trop proche du vide qui s’ouvrait sur la ruelle, dans son dos. Ancrant son regard dans le sien pour l’empêcher de tomber, elle planta son index tendu entre ses côtes.

- C’est toi le chat, souffla-t-elle.

L’instant d’après, elle filait comme une flèche dans la nuit, courant sur le toit comme si elle se trouvait encore dans une venelle de la cité ; elle n’allait pas moins vite, semblant ignorait les dangers de l’inclinaison, de l’obscurité ou encore du mauvais entretien de certaines toises – autant d’obstacles qui pouvaient très bien la précipiter en bas au moindre faux pas. Lou n’en fit aucun. Plus familière des hauteurs d’Al-Chen, elle était capable de se déplacer dans la capitale avec assez d’assurance pour entamer une course-poursuite sur ses toits, aussi folle soit-elle ! Parvenue au bout de son perchoir, séparé du toit d’en face par une ruelle à peine éclairée, Lou accéléra sa foulée et bondit, aérienne, pour se réceptionner d’une roulade de l’autre côté et poursuivre sur le même rythme effréné. Elle avait conscience de la présence de Daos, non loin d’elle, et cette seule vérité suffisait à lui donner des ailes.

Une lune rousse portait sur eux un éclat chiche mais agréable : pas assez fort pour qu’ils se démarquent sur le fond bleu nuit et pourtant suffisamment pour leur montrer la voie à suivre. Une douce odeur estivale, mâtinée par la dernière pluie, venait chatouiller les narines de Lou, l’enveloppant d’une atmosphère protectrice et chaleureuse. Sentant une main la frôler, elle bifurqua brusquement et, dans un éclat de rire qui résonna longuement, bondit à nouveau. Combien de temps les deux marchombres s’amusèrent-ils ainsi sous le scintillement bienveillant et néanmoins malicieux des étoiles ? Lorsqu’elle s’arrêta enfin, Lou était moins essoufflée par la course que par l’hilarité qui ne l’avait pas lâchée durant tout le trajet. Les joues roses, quelques mèches s’échappant de sa tresse pour retomber le long de son visage, elle posa un doigt sur ses lèvres quand Daos arriva à sa hauteur et lui désigna les hauts murs sombres du palais de l’Empereur.

Renforcée depuis les récents événements, la garde impériale veillait au grain, en témoignaient les sentinelles qui patrouillaient sur les chemins de ronde. Lou attendit que l’une d’elle se soit éloignée pour sauter souplement sur un toit voisin. Légère et silencieuse, elle se mit à grimper le long d’un mur glissant et à l’inclinaison dangereuse. Il fallait être fou – ou bien marchombre ! – pour se lancer dans une telle escalade… et elle prit soin de garder un œil sur Daos tandis qu’ils s’élevaient le long de la tour sombre, prête à tout faire, y compris se jeter elle-même dans le vide, pour lui éviter une chute mortelle si par mégarde il décrochait. Cela lui rappela leur ascension, à Al-Chen, et un sourire illumina ses traits quand elle mesura à quel point certaines choses pouvaient changer… et d’autre pas. Daos grimpait avec plus de vivacité, d’assurance et de précision que trois mois plus tôt, mais l’étonnante complicité qui existait dans leur silence concentré était foncièrement le même.

Les deux amis progressaient sans bruit. Le jeu se poursuivaient, il suffisait de les voir s’échanger quelques regards amusés pour en faire le constat, toutefois la présence des impériaux teintait de sérieux ce qui passait pour une récréation à leurs yeux. Marchombre ou non, mission ou pas, Lou risquait gros si elle était surprise en train d’escalader l’une des hautes tours du palais ! Cela n’arriverait pas. Soigneusement, ils évitèrent le passage des sentinelles, en se plaquant contre une paroi aussi lisse que du verre et en guettant le moment opportun pour continuer leur vertigineuse ascension. Rien ne semblait pouvoir les arrêter, et rien ne les arrêterait ; ils étaient des ombres. Peut-on surprendre et attraper l’insaisissable ?

- Dernière ligne droite, murmura Lou tandis que les prises déjà difficilement accessibles devenaient quasiment inexistantes.

Ils se hissèrent enfin au sommet, gravissant sans peine les quelques pas qui les séparaient encore du faîte du toit, surmonté d’une dalle assez large pour soutenir tout un régiment de soldats. Lou s’étira souplement, exaltée par l’exercice ; après une journée et une soirée entières à demeurer immobile aux côtés de ses protégés, cette sortie imprévue lui faisait un bien fou ! Et c’était à Daos qu’elle le devait. Sans crier gare, elle s’approcha de lui et lui planta un baiser sonore sur la joue.

- Pour avoir eu la merveilleuse idée de venir jusqu’ici ! expliqua-t-elle en réponse à la surprise qu’elle lut dans ses yeux.

Elle envisagea un instant l’idée de s’asseoir, ne serait-ce que pour soulager ses muscles en feu, mais elle était incapable de tenir en place. Alors elle se percha sur le muret, haut d’un mètre, qui délimitait le pourtour du toit, et fit quelques pas à la manière d’un funambule : les bras écartés, le dos bien droit, un pied après l’autre, et un, deux, trois…

- La famille de mon maître faisait partie de la petite noblesse de l’empire, dit-elle à brûle-pourpoint. (Elle opéra un demi-tour parfaitement ajusté et reprit son étrange déambulation) J’ai donc déjà eu l’occasion… d’expérimenter une réception dans cet univers aussi grandiloquent qu’inaccessible. Pourtant, jamais le maître de maison, qui était aussi le patriarche de la famille, n’a fait la moindre remarque déplacée sur mon rang, ma condition ou encore mon sexe. Je suppose que le respect, comme tous les principes qui forgent ce monde, n’existent que là où la simplicité est également appréciée à sa juste valeur…

Lou n’avait jamais aspiré à faire partie de cette sphère où l’argent avait une fâcheuse tendance à avilir les cœurs les plus tendres. Elle ne se souvenait que trop bien de son petit appartement étriqué, en plein centre d’Angers, lorsqu’elle vivait de ses maigres revenus de suppléante et cumulaient de petits emplois sur ses jours de repos pour arrondir ses fins de mois… Sans parler de pauvreté, qui était ici au moins aussi réelle que la fortune de certaines familles d’Al-Jeit, elle avait connu quelques semaines de franche galère… et elle n’en regrettait pas une seule seconde. Sa nouvelle vie dans ce monde qu’elle avait appris à connaître n’avait pas marqué de changement de cette façon d’être et de penser : bien qu’ayant été recueillie par la famille de Yoran, jamais Lou n’avait adopté cet air suffisant qu’arborent certains nobles, ni versé dans le commentaire insipide ou encore les goûts pour le luxe et la démesure. Elle se contentait d’offrir ses services aux plus offrants afin de payer son loyer à part égale avec ses colocataires, et de vivre comme bon lui semblait. Aucun argent en ce monde ni ailleurs ne pouvait acheter une nuit aussi belle que celle-ci. Pour être heureuse, Lou avait besoin d’un ami et d’un peu d’air frais…

- Orion et les siens ne sont pas de mauvaises personnes, ajouta-t-elle cependant, et je mentirais si j’affirmais que cette mission n’est pas intéressante. Mais, par le saint cul de l’Empereur, que je suis contente de t’être rentrée dedans tout à l’heure !

Oui. Elle jurait par le saint postérieur de l’Empereur au sommet de la demeure de celui-ci.

Incroyable Lou…

- D’ailleurs, où comptes-tu dormir cette nuit ? D’accord, celle-ci est déjà bien entamée, mais si jamais tu te poses la question, il y a une place de libre chez les El’Nedain. Une très grande place, en fait. La chambre que j’occupe doit faire la taille de la maison que je partage avec mes trois colocataires. C’est tellement immense que ç’en est indécent…

Lou n’ajouta pas qu’elle s’y sentait un petit peu seule. Daos était son ami et elle ne voulait pas qu’il s’imagine quoique ce soit qui puisse le gêner, surtout après la remarque de Hadrig tout à l’heure…

Mais elle arrêta un instant ses déambulations et lui jeta un coup d’œil.

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Daos Loner
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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Lun 14 Aoû 2017, 11:24

Daos suivit les pas de Lou jusqu'aux pieds du mur. Il aurait bien eu du mal à la suivre plus loin, puisqu'elle s'était envolée. Littéralement.

La marchombre n'avait eu besoin que d'un petit pas d'élan du bout de sa botte sur une caisse de bois pour s'élancer le long du mur. Elle avait courut vers le haut sur un, deux, trois, quatre pas avant de se faire rappeler à l'ordre par l'attraction terrestre. L'espace d'une demi-seconde seulement. Saisissant le sommet de l'enseigne d'une boutique -visiblement d'herboriste, elle n'avait pas laissé son corps retomber et s'était juchée, parfaitement en équilibre, sur la mince planche de bois. A peine une seconde plus tard, elle se redressait sur le bord du toit de tuiles dans un mouvement parfaitement maîtrisé.

Le jeune homme avait observé tout cela en la suivant du plus près qu'il pouvait -pas question de se laisser distancer ! Lui aussi avait pris appui sur la caisse. Mais contrairement à Lou, la gravité l'affectait, lui. Il avait été contraint de recourir à une technique moins avancée, celle bien connue de
l'escalade classique et efficace. Aggrippant une mince saillie entre deux pierres, il lança son bras vers une prise un peu plus haut et entreprit de se hisser le long du mur, certes plus lentement que Lou mais malgré tout bien plus rapidement que lors de ses cours avec Rilend à leur passage par la capitale, quelques semaines plus tôt. Crochetant le bord du toit d'une main ferme et sûre, il constata avec plaisir que les progrès qu'il avait réalisés dans les Dentelles Vives étaient tout à fait visibles. Et que dire de ses progrès depuis son premier jour à l'Académie, songea-t-il avec amusement. Il se redressa, debout sur le toit, sous le sourire approbateur de Lou. La marchombre s'approcha de lui jusqu'à le frôler à tel point qu'il, inclina légèrement son buste vers l'arrière. Pile au bord du toit, surpris par l'avancée soudaine de la jeune femme, cet infime décalage de son centre de gravité suffit à le faire vaciller.

Un regard brillant, d'un vert de forêt qui luisait sous la clarté de la lune, se planta dans le sien avec tant de force qu'il en oublia de basculer vers l'arrière. Un regard plein de confiance, à la fois si semblable et si différent de celui que Rilend posait sur lui. Immédiatement suivi par un doigt tendu qui vint le piquer entre deux côtes.


- C’est toi le chat.

Daos écarquilla ses yeux alors que Lou s'élançait le long du toit dans un mouvement si rapide qu'elle n'avait même pas l'air de s'être retournée, plutôt de s'être téléportée. Mais s'était bien en courant qu'elle filait sur les plaques d'ardoises, les toits de pierres et de tuiles pavés de cheminées, de balcons et d'échelles. Un sourire étira les lèvres du jeune homme tandis qu'il se mettait lui aussi en mouvement.

Sa course avait changé. Lorsqu'il s'était présenté aux portes de l'Académie, il avait derrière lui près d'une décennie de course. Il avait beau s'être penché de près sur sa manière de courir pour la rendre la plus efficace possible, le changement apporté par l'enseignement de Rilend avait été radical, à tel point qu'il avait parfois du mal à le croire. Terminées, les larges et puissantes foulées qui frappaient le sol sans réfléchir. Chacun de ses pas était désormais mesuré et fluide, efficace et régulier. A chaque fois qu'il courait, le bruit qu'il faisait était moins audible que la veille. Il se savait encore loin de la course de Rilend, mais il savait qu'il se rapprochait de jour en jour. Il avait eu tort. A présent qu'il voyait Lou courir, à présent qu'il voyait une marchombre courir sans la moindre restriction et sans la moindre mesure, il se rendait compte que Rilend s'était contenue, tout comme lors de chacun de leurs entraînements, afin de toujours présenter à son élève un objectif atteignable en peu de temps.

Lou volait. Il n'y avait pas d'autre mot, elle volait. Le long des toits, par-dessus des cheminée ou du vide. Elle filait devant lui, à la fois si loin et si proche. Mais le jeune homme ne s'avouait pas vaincu. Ca, jamais ! Il imita la jeune femme quand elle sauta au-dessus du vide, se réceptionna d'une roulade de la même manière qu'elle, se glissa sous un enchevêtrement de tuyaux en les aggrippant de ses mains pour pouvoir se projetter encore plus en avant. Lou était suffisamment joueuse pour ne pas chercher à le distancer, aussi parvint-il à la rattraper et à tendre la main pour essayer de la toucher. L'espace d'une fraction de seconde, avant qu'elle ne change soudainement de direction dans un grand éclat de rire. Ils s'arrêtèrent enfin, essoufflés par leurs rires plus que par leur course. Daos suivit la direction que Lou, un doigt sur les lèvres, lui désignait d'un signe de tête.

Les deux marchombres se trouvaient au bord du toit d'un haut bâtiment de briques colorées. Devant eux s'étendait une large place d'une bonne centaine de mètres carrés en forme d'arc-de-cercle. La courbe était formée par de nombreux bâtiments, parmi lesquels celui sur lequel Lou et Daos se tenaient, parsemée de nombreuses rues qui s'enfonçaient dans la ville derrière eux. La partie droite de l'arc était délimitée par les remparts et le solide portail de métal ouvragé qui protégaient le palais de l'Empereur. Le large et haut édifice était sombre sous la lune, sa couleur presque semblable à celle des armures de vargélite que portaient les soldats qui patrouillaient dans toute la zone. Les murs s'étendaient chacun sur près de soixante mètres de part et d'autre du portail, puis s'éloignaient de la place, encore peuplée d'un certain nombre de passants malgré l'heure tardive, pour longer le palais et venir l'enfermer par derrière.

Tous deux se glissèrent le long de la courbe de l'arc pour rejoindre les bâtiments du côté du palais. Ils se laissèrent tomber sur le bâtiment le plus proche des murs, sans doute une caserne se dit Daos en détaillant l'aspect pratique et la sobriété de son architecture, et se hissèrent silencieusement le long des remparts lorsque la sentinelle la plus proche se détourna d'eux. Les deux marchombres posèrent le pied sur le chemin de ronde, encadrés par deux gardes qui leur tournaient le dos. Ces hommes n'étaient pas les soldats d'élite de la Légion Noire, rompus à toute forme de combat, et le temps était à la paix et la relâche. Ils semblaient pourtant vigilants et sérieux, visiblement fiers de protéger leur Empereur. A peine cinq secondes s'écoulèrent pendant lesquelles les marchombres purent traverser librement -mais silencieusement- les quatre mètres du chemin de ronde, puis l'un des gardes se retourna et son regard verrouilla de nouveau le passage.

Ils descendirent avec précautions le rempart et se laissèrent souplement tomber sur le sol de la cour pavée de pierres. Les marches du palais se trouvaient à encore une vingtaine de mètres d'eux, et aucune lueur de torche ne venait éclairer la zone où ils se trouvaient. La lune elle-même ne put les voir se glisser jusqu'aux murs du palais, elle et sa lumière bloquées par le haut bâtiment. Les gardes du chemin de ronde des remparts ne regardaient pas en direction du palais, mais il en était certains qui patrouillaient directement sur l'édifice impérial. Les marchombres furent contraints de s'arrêter dans leur ascension, plaqués contre la pierre froide à attendre le bon timing. Un garde se trouvait en effet à l'autre du bout du mur contre lequel ils étaient, mais venait de se retourner et leur faisait désormais face en se dirigeant vers eux. Daos n'avait aucune appréhension et rendit son sourire à Lou. Il savait que le garde ne pourrait pas les voir de cette position, aussi en profita-t-il pour mesurer le rythme et le nombre de pas que la sentinelle faisait. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept... Il atteignit trente-quatre lorsque le garde s'immobilisa à tout juste trois mètres pile au-dessus d'eux. S'ils attendaient cinq secondes avant de recommencer à grimper, cela devrait leur en laisser environ quarante, peut-être quarante-cinq, pour se hisser jusqu'au toit où ils seraient en sureté. Le jeune homme emboîta le pas à Lou -au sens littéraire- et reprit leur escalade silencieuse.

Des écarts, des excroissances du mur et des prises de plus en plus fines rendaient l'exercice difficile, mais une nouvelle force semblait tirer Daos vers le haut pour lui permettre de suivre le rythme de Lou. Sa main saisit enfin un large rebord et il put enfin se redresser et se tenir debout au sommet du palais. De là, ils dominaient la place et une bonne partie de la ville devant eux, encore éclairées par les lueurs de nombreuses torches et lanternes de toutes les couleurs. Des lèvres se posèrent soudainement sur sa joue gauche et, surpris, il haussa un sourcil en tournant la tête vers Lou. La jeune femme souriait et répondit :


- Pour avoir eu la merveilleuse idée de venir jusqu’ici !
- Alors,
répliqua-t-il en l'embrassant à son tour, ça c'est pour avoir accepté cette idée.

Leur course, certes courtes mais intense, suivie d'une escalade peu aisée avaient fortement sollicité les cuisses du jeune homme. Il s'assit sur le muret au bord du toit, les jambes dans le vide, et observa Lou. "Increvable", songa-t-il en souriant. La jeune femme se tenait sur le même muret que lui, à la différence qu'elle était debout et ne s'arrêtait pas de marcher, un pied devant l'autre à la manière d'une équilibriste.

- La famille de mon maître faisait partie de la petite noblesse de l’empire. J’ai donc déjà eu l’occasion… d’expérimenter une réception dans cet univers aussi grandiloquent qu’inaccessible. Pourtant, jamais le maître de maison, qui était aussi le patriarche de la famille, n’a fait la moindre remarque déplacée sur mon rang, ma condition ou encore mon sexe. Je suppose que le respect, comme tous les principes qui forgent ce monde, n’existent que là où la simplicité est également appréciée à sa juste valeur… Orion et les siens ne sont pas de mauvaises personnes, et je mentirais si j’affirmais que cette mission n’est pas intéressante. Mais, par le saint cul de l’Empereur, que je suis contente de t’être rentrée dedans tout à l’heure !
- Le saint cul de... Fais attention, il est juste en-dessous,
répliqua Daos avec un large sourire.

Ainsi, le maître de Lou était un noble. Maintenant qu'il y pensait, Daos ne savait rien du maître de son amie. A présent qu'il était familier avec l'univers libre, discret et mystérieux des marchombres, le jeune homme avait du mal à imaginer un marchombre également lié avec le genre de réceptions où il venait de retrouver Lou. Il ne put se retenir de pouffer en imaginant Dame Cylène ou Augustus Berns habillés de cuir souple en train de se hisser avec grand peine le long d'une saillie dans les Dentelles Vives.


- D’ailleurs, où comptes-tu dormir cette nuit ? D’accord, celle-ci est déjà bien entamée, mais si jamais tu te poses la question, il y a une place de libre chez les El’Nedain. Une très grande place, en fait. La chambre que j’occupe doit faire la taille de la maison que je partage avec mes trois colocataires. C’est tellement immense que ç’en est indécent…

Daos haussa un sourcil. C'était surprenant d'entendre ça, surtout après la remarque du garde auquel Lou avait administré une taloche en sortant de la réception. Est-ce que... Non. Il chassa une pensée de sa tête, reprit son sourire et répondit :

- Eh bien, je n'ai pas réservé de chambre à l'auberge pour cette nuit, alors... D'accord.

Il se releva souplement et, debout sur le muret, observa la ville en face. Reconnaissant le sommet d'un bâtiment à environ deux kilomètres, il déclara :

- Tu te souviens que tu m'avais parlé de l'Académie des Dessinateurs quand nous étions allés au Dôme ? Je suis passé devant, hier, et j'en ai visité la partie ouverte. C'est vrai que c'est impressionnant.

Le jeune homme se pencha légèrement en avant, les yeux baissés sur les marches de l'entrée du palais. Eclairées par la lueur des torches et de ce qui devait probablement être un arrangement de lanternes à l'intérieur du bâtiment, elles étaient bordés de drapeaux colorés et gardées par quatre légionnaires en armure de vargélite.

- Tu es déjà allée à l'intérieur du palais ?

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Lou Ril'Fairy
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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Mar 15 Aoû 2017, 23:24

La réponse de Daos plut à Lou par sa spontanéité. Heureuse qu’il accepte sa proposition, elle posa les mains sur les hanches tandis qu’il la rejoignait sur le muret ; côte à côte, ils embrassèrent la cité du regard, appréciant dans un humble silence le trésor inestimable d’une vue sans nulle autre pareille. Les innombrables tours d’Al-Jeit fendaient les ombres vers le ciel, illuminées par autant de petites sphères de lumières qu’il semblait y avoir d’étoiles sur la voute éthérée. Vues d’en haut, les passerelles qui surplombaient les rues étaient un enchevêtrement de lignes arachnéennes – mieux encore, une toile sur laquelle deux petites araignées s’étaient amusées à se balader… Un vent frais venait danser dans les cheveux de Lou. Après une course folle sur les toits et une ascension des plus ardues, sa tresse s’était défaite, et une cascade de mèches blondes tombait sur ses épaules et dans son dos.

- Tu te souviens que tu m’avais parlé de l’Académie des Dessinateurs quand nous étions allés au Dôme ? Je suis passé devant, hier, et j’en ai visité la partie ouverte. C’est vrai que c’est impressionnant.

Lou hocha la tête. Pour sûr, l’Académie d’Al-Jeit ne laissait personne indifférent ! Mais une pensée en entraînant une autre, Lou songea à la véritable raison de sa venue dans la capitale, et une ombre passa sur son visage. Un mois plus tôt, elle avait reçu un message de la part de Léandrine Pil’Galadan, l’analyste qui l’avait testée des années auparavant, lors de son arrivée dans ce monde étrange. Depuis, les deux femmes étaient restées en contact, et Léandrine n’avait eu de cesse de mener de plus amples recherches afin de mieux comprendre la particularité unique dont Lou était, malgré elle, affublée. Dans son message, l’analyste lui demandait de se rendre à l’Académie pour rencontrer Maître Cerfeu ; le Dessinateur, disait-elle, pouvait peut-être lui en apprendre davantage à propos de son étrange don.

C’était une bonne nouvelle, et pourtant Lou ne parvenait pas à s’extasier ; depuis qu’elle était arrivée, elle faisait même son possible pour repousser cette entrevue. Bien sûr, s’il existait un moyen de maîtriser un tant soit peu sa faculté à faire un pas sur le côté, elle ne disait pas non ! Ce genre d’aptitude totalement aléatoire la mettait parfois dans des situations compliquées : la dernière fois, alors qu’elle dormait dans une petite auberge, dans un village tranquille du sud du pays, elle avait atterri par mégarde dans la chambre de ses voisins. Qui n’étaient pas en train de dormir. Du tout. Rien que de penser à l’inextricable casse-tête qu’une telle scène avait généré, la marchombre avait la migraine… Ce qui l’inquiétait réellement, toutefois, n’était pas qu’on puisse trouver une solution à ce petit problème, mais qu’on puisse trouver une solution à son problème. Tout court.

Que se passerait-il si, par un coup du sort, elle parvenait à faire le grand pas vers la France, dans son monde à elle ? A vue de nez, expliquer la situation à ses proches, qui devaient la croire morte ou disparue depuis des années allait s’avérer plus difficile que de se justifier devant deux amants surpris d’avoir été… surpris. Et que se passerait-il si elle ne pouvait pas revenir ici ? Au fil des ans, Lou était devenue Alavirienne ; elle le sentait, au fond d’elle-même, comme une évidence… mais c’était dans un tout autre monde qu’elle était née et qu’elle avait grandi. Tirer un trait sur le passé ? Impossible. Et inutile. Mais Lou était perdue, et terrifiée à l’idée de devoir se rendre à l’Académie. Avec un peu de chance, le fameux Maître Cerfeu serait trop occupé pour la recevoir, ou bien absent…

- Tu es déjà allée à l’intérieur du palais ?
- Mmh ?


Tirée de ses pensées par la voix de Daos, Lou réalisa qu’elle n’avait pas compris sa question. Mais en le voyant se pencher au-dessus du vide, puis en suivant la direction de son regard, elle en devina la teneur, et secoua la tête :

- Oui, je suis entrée à l’intérieur de ce drôle d’endroit, pour la mission que j’effectue en ce moment ; j’ai reçu mes ordres dans les quartiers de la Légion Noire, mais Orion et sa famille logent là-bas (elle tendit un bras vers l’est), dans l’aile éclairée que l’on peut distinguer à moitié. C’est immense, crois-moi. En huit jours, je m’y suis perdue une bonne demi-douzaine de fois, au moins !

Jugeant inutile de s’attarder sur son évident manque du sens de l’orientation, la marchombre attira l’attention de son ami vers une autre partie du palais. A cet endroit, la bâtisse formait un demi-cercle pour le moins intriguant.

- La bibliothèque. D’après Pavenia – la jeune fille à l’origine du bal de ce soir – qui gravite énormément dans ce lieu, près de quatre cent mille ouvrages sont recensés sur les kilomètres d’étagères qui constituent les quatre niveaux de la pièce. On ne le voit pas d’ici, mais il y a un gigantesque balcon, ouvert sur la ville, où il fait bon s’étendre avec un livre, les jours de grand soleil… Et aucun risque de griller quand celui-ci est à son apogée ! Des Dessinateurs ont imaginé un système d’ombrage qui, allié à des matériaux réfléchissants, lesquels témoignent d’ailleurs du savoir-faire des bâtisseurs, bloquent les rayons trop vifs du soleil, sans pour autant empêcher la lumière d’entrer dans les salles de lecture.

Voilà comment Lou permit à Daos de visiter le palais de l’Empereur : en lui décrivant minutieusement, et sans une once d’orgueil, tous les endroits qu’elle avait découvert dans la semaine. Elle ajoutait à ses explications une farandole d’anecdotes amusantes que l’on ne soupçonnait pas exister au sein de murs aussi impressionnants ; bien entendu, la plupart concernaient la marchombre elle-même… Mais le temps filait, et la pause qu’elle s’était accordée touchait à sa fin.

- Nous devrions rentrer, soupira-t-elle en entreprenant de refaire sa tresse. Briwaël va me reprocher mon absence… et en colère, elle est autrement plus effrayante que Dame Cylène !

Elle fixa sa natte à l’aide d’un lien du lien de cuir agrémenté d’une plume d’oiseau, avant de s’accroupir au bord du toit pour scruter le vide qui s’étendait à ses pieds.

Vertigineux.

- On peut descendre tranquillement et rejoindre les festivités juste à temps pour effacer le sourire niais de Hadrig… ou bien on peut descendre franchement, et s’offrir le luxe d’une bière fraîche avant de retourner dans la demeure des El’Nedain. Et d’effacer le sourire niais de Hadrig.

Lou leva la tête et planta son regard malicieux dans celui, non moins brillant, de Daos.

- Tu choisis quoi ?


*


Assise en tailleur sur sa chaise, comme à l’accoutumée, Lou leva sa chope et la choqua contre celle de Daos.

- A ceux qui ont choisi d’arpenter les ombres, dit-elle joyeusement, avant de faire un clin d’œil complice à son ami. Et puissent nos chemins se croiser souvent !

Fraîche et ambrée, sa bière était légère sur le palais et son arrière-goût, loin d’être acide, rappelait l’éclat du soleil sur les champs de blé. Un délice, idéal pour parachever cette heure de détente ! Lou soupira d’aise et s’installa plus confortablement sur sa chaise. La terrasse sur laquelle ils se trouvaient était enceinte d’une barrière en bois jonchée de chèvrefeuille parfumé et de petites guirlandes de lampions colorés ; quelques clients s’attardaient malgré l’heure tardive, tout comme eux, dans une ambiance plus paisible que festive. A en juger par les rires et les chants dont l’écho leur parvenait depuis le coin de la rue voisine, d’autres établissements étaient prêts à accueillir toute personne ayant le sens de la fête.

Peu pressée de retourner à celle qui l’attendait, Lou était fermement décidée à profiter de la moindre seconde qui lui restait encore. Elle savoura une gorgée de bière, ses yeux verts posés sur Daos, puis posa sa chope sur la table.

- As-tu des nouvelles d’Oturo ? demanda-t-elle à brûle-pourpoint.

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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Mer 01 Nov 2017, 01:54

Daos esquissa un léger sourire : il avait du mal à imaginer la marchombre perdue et forcée de demander son chemin à un garde ou un domestique. Elle entreprit alors de lui faire visiter le palais de l'homme le plus puissant de tout l'Empire, à grand renfort de description détaillées et d'anecdotes cocasses. Le contraste semblait frappant, entre l'impression de sérieux et de pouvoir qui se dégageait de l'édifice, de ses remparts, de sa myriade de soldats et des quatre légionnaires couverts de vargelite qui montaient la garde d'un côté, et les récits que Lou faisait de la vie à l'intérieur. Le jeune homme retint de justesse un filet de salive lorsque la marchombre lui décrivit la bibliothèque Impériale. Il mourait d'envie de parcourir ce renflement en arc-de-cercle au nord du bâtiment. D'ici, ses verrières étaient visibles mais, bien que parfaitement transparentes dans la nuit, ne laissaient voir qu'un mur et le sommet d'une étagère en bois. Le balcon dont avait parlé la marchombre donnait effectivement sur l'ouest, le nord et le sud de la ville ainsi qu'un magnifique jardin en contrebas. De hauts arbres s'y tenaient, leurs branches rivalisant de hauteur avec le palais et les bâtiments alentours, projettant leur ombre sur les parterres de fleurs dans la nuit. La végétation et les chemins dallés de pierres lisses étaient agencés d'une curieuse manière qui, d'autant que Daos pouvait en juger, semblait dessiner la structure du palais avec en son centre une fontaine sculptée.

Lou lui décrivit les quartiers de la Légion Noire et sa rencontre avec ces hommes qui comptaient parmi les meilleurs guerriers de tout l'Empire, les écuries de l'Empereur qui jouxtaient l'un des remparts du palais, les suites où séjournaient les hôtes de marques, les cuisines et bien d'autres encore. Le jeune homme suivait du regard les directions que la marchombre pointait du doigt, essayant de se représenter tout ce qu'elle lui décrivait.

La jeune femme saisit soudain son lacet de cuir et se mit à tresser ses cheveux en soupirant.


- Nous devrions rentrer. Briwaël va me reprocher mon absence… et en colère, elle est autrement plus effrayante que Dame Cylène !


Les lèvres de Daos s'étirèrent en un petit sourire. Il observa son amie achever de natter ses cheveux puis s'accroupir sur le rebord du toit en penchant la tête vers le sol, plusieurs dizaines de mètres plus bas. Il se rendit soudain compte que lui aussi se trouvait proche du bord, si négligemment que beaucoup trouveraient cela dangereux. Quatre mois passés sous la tutelle de Rilend l'avaient décidemment drastiquement changé. Avant de rejoindre l'Académie il grimpait aux arbres avec précaution et se contentait du plancher des vaches pour se déplacer. Aujourd'hui il n'hésitait pas à parcourir la ville depuis les toits et se hissait au sommet d'un édifice de près d'une trentaine de mètres sans sourciller en passant au milieu d'un escadron de gardes en faction. Quatre mois... Qu'est-ce que ça serait dans deux ans ?

Il croisa le regard espiègle de la jeune femme.


- Pas de bière pour moi, désolé, répondit-il.

Le jeune homme se glissa vers le rebord sud du toit et se retourna vers la marchombre avant de lui adresser un clin d'oeil.


- Mais je suppose que je pourrai trouver une autre boisson que j'aime bien !

Et il descendit. Suivi de près par Lou.

Arriver jusqu'aux pieds du palais leur prit à peine plus de temps que son escalade. Les deux ombres se faufilèrent silencieusement le long des remparts, jusqu'à atteindre la grand' place que surplombait le palais de l'Empereur. Les deux amis n'eurent aucun besoin de se concerter pour décider, d'un commun accord, de laisser tranquilles les sommets de la ville pour se contenter de louvoyer au milieu des allées et rues de la ville. En a peine une heure les quartiers populaires s'étaient vidés. La foule et les amuseurs publics avaient vidé les lieux et s'étaient dirigés dans les tavernes et les auberges pour ne laisser dehors que quelques fêtards solitaires, des couples de promeneurs et deux marchombres à la mine détendue. Ils se trouvèrent un petit établissement à l'embranchement d'une allée aux maisons colorées d'un orange terne. Une jeune serveuse aux cheveux bruns vint les accueillir en souriant. Daos promena son regard sur la salle en passant alors que la jeune fille les menait jusqu'à une terrasse fleurie et illuminée par des guirlandes de lampions. L'ambiance semblait particulirement calme et détendue. Un groupe de quatre jeunes gens, un couple et un vieil homme accoudé au comptoir en pleine conversation avec le tenancier formaient les restes de la clientèle que l'établissement devait avoir eu nombreuse dans le début de la soirée.

Lou et Daos s'assirent en passant leur commande avec laquelle la serveuse revint en quelques instants.


- A ceux qui ont choisi d’arpenter les ombres. Et puissent nos chemins se croiser souvent !

Le jeune homme trinqua son verre contre la choppe de la jeune femme.

- Al-Chen, Al-Jeit... On se revoit à Al-Far dans un mois alors, lança-t-il en riant.

Il avala une gorgée de son jus de fruits en observant les entrelacs de plantes autour des ballustrades de la terrasse, avant de remarquer les yeux de la marchombre posés sur lui.


- As-tu des nouvelles d’Oturo ?

Daos secoua la tête en faisant tourner son verre dans sa main.

- Non, pas depuis deux mois. Rilend et moi avons quitté Al-Chen il y a un mois, et Oturo était déjà introuvable pendant le mois précédent. Avant ça, je l'avais croisé à quelques reprises et nous avions mangé deux fois ensemble. Il avait l'air d'aller, comme à chaque fois que je l'ai vu, conclut-il en haussant les épaules.

Ses yeux se levèrent quelques instants alors qu'il réfléchissait.

- Il loge dans le même bâtiment que moi. J'essayerai de lui mettre la main dessus quand je serai rentré.

Il avait pris l'habitude de référer à l'Académie et aux marchombres sans vendre la mèche aux oreilles indiscrètes. Ils continuèrent de bavarder quelques minutes avant de s'en retourner vers la demeure des El' Nedain.

***

- Juste à temps, lança Hadrig avec un grand sourire narquois.
- On a un peu traîné, mais ça en valait le coup, rétorqua Daos avec un clin d'oeil.

Lou se fendit également d'une réplique pour, ainsi qu'elle l'avait proposé au sommet du palais de l'Empereur, effacer le sourire niais d'Hadrig. Ils entrèrent tous deux en pouffant, mais s'arrêtèrent net lorsque l'atmosphère bouffante les happa. La fête semblait avoir retrouvé le même ambiance qu'à l'arrivée de Daos plus tôt dans la soirée. Mais cette fois-ci, cela semblait plus être dû à la fatigue des convives qu'à un manque d'animation -ou de Lou, vu le changement qu'elle avait alors apporté à peine une minute après l'entrée de Daos. Tout le monde s'était rassemblé en petits groupes pour discuter. L'un d'eux était d'ailleurs composé d'une Dame Cylène dont le regarde hargneux n'avait pas manqué de se poser sur eux -et plus exactement sur Lou- dès leur arrivée.


- Gah ! souffla Daos alors que la chaleur des feux et d'une bonne cinquantaine de corps s'écrasa sur son visage. Je vais écrire à l'Académie d'Al-Jeit pour qu'ils inventent un système de rafraîchissement des pièces. Je n'imagine même pas ce que ça aurait donné avec les fenêtres fer...
- Louuuuuuuuuuuuuuuuu ! s'écria une voix aigüe.

Daos s'écarta souplement et en souriant de la trajectoire du petit bolide qui fonçait sur la marchombre.




[Je me suis permis de te faire te "fendre d'une réplique pour effacer le sourire niais d'Hadrig", mais si ça ne te convient pas j'éditerai mon message. Et désolé pour la latence de deux mois et demi, j'en ai expliqué les raisons sur mon topic d'absences]

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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Dim 26 Nov 2017, 16:44

Lou observa Daos par-dessus sa chope. Il lui répondit d’un ton clair et sans émotion particulière, mais elle perçut l’éclat qui étincela fugacement dans le chocolat tendre de ses yeux : il s’inquiétait pour son ami. D’un côté, cela plut à Lou ; son vieil ami se doutait-il de l’attachement de Daos envers lui ? Une amitié comme celle-ci était rare et belle. Si l’occasion se présentait, elle ne manquerait pas d’en glisser deux mots à Oturo.

D’un autre côté, elle aussi ressentait une pointe d’anxiété qu’elle s’efforçait de museler pour ne pas accroître celle de Daos. Ces derniers temps, des rumeurs naissaient au cœur de la Guilde, chuchotement d’une trahison, souffle d’un danger qui planait et qui était lié à d’étranges disparitions dans le Désert des Murmures. Le Rentaï était inaccessible depuis peu. Alors, sans nouvelles d’Oturo, Lou se posait des questions. Elle espérait que cet entêté marchombre n’était pas en train de se lancer à nouveau dans une quête impossible…

- Il loge dans le même bâtiment que moi, conclut Daos. J’essayerai de lui mettre la main dessus quand je serai rentré.

Lou hocha la tête. C’était la seule chose à faire, mais impuissance et ignorance formaient un tel sentiment de frustration qu’elle ne put s’empêcher de se mordre la lèvre inférieure. Elle posa sa chope vide, regrettant qu’il soit déjà temps de rentrer, et se leva dans un mouvement souple. Les deux amis reprirent tranquillement le chemin du domaine des El’Nedain. Plus ils s’approchaient de l’imposante demeure, plus les bruits des festivités leur parvenaient. Juste avant de rentrer, Lou cogna son épaule contre celle de Daos.

- J’ai profité de ma soirée grâce à toi, alors merci ! Je te prends au mot, pour le coup : rendez-vous à Al-Far pour une nouvelle balade !

Sourire-réponse.

- Il était temps, commenta Hadrig en haussant les sourcils d’un air évocateur.
- On a un peu traîné, mais ça en valait le coup.
- C’était sportif et intense, mon vieux, je suis vidée ! Il faudra que tu viennes avec nous la prochaine fois, tu apprécieras sans doute la vue…


Bien sûr, Daos prit soin de ponctuer sa remarque d’un clin d’œil appuyé et, bien sûr, Lou ne précisa pas qu’elle parlait de la vue du palais de l’Empereur. La mine ahurie de Hadrig valait tout ! Sans lui laisser le temps de s’en remettre, Lou éclata de rire et fit quelques pas en direction de la salle. Un instant plus tard, Briwaël leur fonçait dessus. Daos esquiva lâchement l’attaque féroce et Lou eut à peine le temps d’ouvrir les bras pour attraper la fillette.

- J’ai cru que t’étais partie, avoua la petite en enlaçant la marchombre.
- Pas sans te dire au revoir, tu le sais bien, murmura Lou en la serrant contre elle.

Ignorant le regard courroucé de Dame Cylène, Lou emboîta le pas à Daos tandis qu’ils rejoignaient Clay. Le jeune homme avait l’air au bout de sa vie, essoufflé, le cheveu en pétard et les joues roues écarlates.

- C’est la chaleur qui te met dans cet état ? sourit Lou en écho à la proposition réfrigérante de Daos.
- Nan, haleta le rouquin, c’est elle. Je sais pas comment c’est possible, mais elle ne se fatigue jamais. Jamais, insista-t-il en posant une main sur l’épaule de Daos, comme pour assurer son équilibre. A ton tour, mec.

Il n’en fallait pas davantage pour que Briwaël quitte les bras de Lou ! Elle attrapa la main de Daos et l’entraîna vers la piste. Amusée, Lou les regarda évoluer un moment, puis elle reprit totalement sa fonction et son regard devint impénétrable tandis qu’il balayait soigneusement la salle. L’ambiance n’était plus à la folie, quelques convives commençaient à rentrer, la soirée allait bientôt s’chever – mais pas sa mission. Elle veilla sur ses protégés jusqu’à ce qu’ils se retirent enfin, épuisés mais ravis, dans leur suite aménagée pour l’occasion. Lou laissa Daos et Clay discuter tranquillement dans un coin de la salle et emmena une Briwaël pas fatiguée du tout à l’étage.

- Je parie que je peux rester éveillée jusqu’au matin !
- C’est sûr,
affirma Lou en fermant les volets de sa chambre, après avoir inspecté les environs du regard. Mais cela veut dire que demain, tu ne seras pas en forme pour la leçon de poney avec tes amis.
- Si je fais une petite sieste comme papa, ce sera bon !


Lou secoua la tête en souriant, et laissa la fillette aux soins de sa nourrice pendant qu’elle parcourait le couloir des chambres. La sienne était tout au bout, aussi immense qu’elle l’avait décrite à Daos. Elle croisa Hadrig et lui donna quelques directives à voix basse, alors que la grande maisonnée plongeait dans un calme qui tranchait avec le bruit d’une soirée réussie ; le garde s’empourpra légèrement et Lou dut se mordre l’intérieur de la joue pour ne pas glousser. Quand elle retourna dans la chambre de Briwaël, la petite était dans son lit mais encore parfaitement réveillée.

- Toi non plus tu n’as pas sommeil ?
- Si, d’ailleurs je vais aller me coucher.

Lou s’assit au bord du lit et passa la main dans les cheveux de l’enfant. Elle n’eut aucun mal à puiser dans ses souvenirs pour trouver un conte à lui offrir, dans lequel une jeune et jolie souillon, en perdant sa pantoufle de vair, prenait le cœur d’un prince… Au bout de quelques minutes, sa voix se fit murmure. Laissa-t-elle un soupçon de chant marchobre s’y glisser ? Ou bien Briwaël était-elle plus épuisée qu’elle le laissait penser ? En quelques secondes, la petite s’endormit profondément. Lou l’embrassa sur le front et quitta la chambre sur la pointe des pieds – juste à temps pour croiser Daos. Un doigt sur les lèvres pour lui signifier le silence, elle lui fit signe de le suivre et le conduisit à sa chambre.

- J’exagère des tas de choses mais là, on est bien d’accord, c’est vraiment gigantesque, hein ? murmura-t-elle quand il se figea sur le seuil.

Dix personnes auraient pu loger ici sans se marcher sur les pieds. Lou n’avait pas menti en avouant à Daos qu’elle se sentirait rassurée en compagnie de quelqu’un, et en dépit du regard franchement dérouté de Hadrig lorsqu’elle ferma la porte dans le dos de Daos, aucune ambiguïté ne planait dans la pièce. Elle le laissa faire le tour des lieux et en profita pour déposer ses lames sur le sol. Les deux épées allaient sommeiller tranquillement près de la porte, mais leurs petites sœurs, soigneusement dissimulées sur la personne de Lou, allaient rester éveillées. Prêtes à jaillir de leur fourreau au moindre problème. D’ailleurs, puisqu’il était question d’arme… Lou choisit la sienne avec soin, accordant autant d’importance à la taille qu’à l’épaisseur. Elle attendit le moment propice où son attaque porterait ses fruits, se ramassa sur elle-même, un sourire diabolique sur les lèvres…

… l’oreiller traversa la pièce et s’écrasa sur le visage de Daos.

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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Mar 06 Fév 2018, 22:40

- A ton tour, mec !
- Quoi ?


Daos eut à peine le temps de s'étonner que déjà Briwaël lui saisissait la main et l'entraînait sur la piste de danse. La fillette, qui semblait s'être bien amusée en apprenant la danse à Clay, se mit à montrer les pas à l'apprenti marchombre, si semblables à ceux des danses de son village qu'il se sentit rapidement suffisamment à l'aise pour se permettre de laisser son regard errer sur les alentours. Suffisamment pour que Briwaël en profite pour se lancer dans un interrogatoire complet.

- C'est vrai que tu es un ami de Lou ?
- Oui, répondit Daos en souriant.
- Tu la connais depuis quand ?
- Trois... Non, quatre mois.
- Moi ça fait cinq jours. Elle est là pour nous protéger, ma famille et moi ! chantonna la fillette.
- Tu en as de la chance. Avec elle, vous ne risquez rien. De plus tu as l'air de bien l'aimer.
- Bah oui, c'est mon amie ! Tu l'as rencontrée où toi ?

Daos eut un petite rire lorsque sa première journée à Al-Chen lui revint en mémoire. En l'espace d'une seule petite journée, la marchombre s'était fait un devoir de faire découvrir la ville au jeune homme, avant de lui souffler dans le creux de l'oreille le chemin de l'Académie.

- C'était à Al-Chen.
- Vous avez fait quoi là-bas ?
- Moi, je me suis contenté de découvrir la ville en suivant Lou. Elle, elle a fait exactement la même chose qu'aujourd'hui.
- Ah bon ? Elle a fait quoi ?
- Elle a dansé. Au milieu des gens et de la vie. Ce faisant, elle m'a montré le chemin.
- Je comprends pas. T'es un peu bizarre, toi, conclut-elle en fronçant les sourcils.
- On l'est tous un peu, murmura-t-il avec un sourire. En tous cas, reprit-il un peu plus haut, c'était une journée que je n'oublierai jamais.
- Ah bon ? s'étonna Briwaël.- Pourquoi ?
- Par-ce que j'ai rencontré Lou, répliqua le jeune homme avec un clin d'oeil auquel la fillette répondit par un éclat de rire.

Briwaël consentit enfin à libérer son cavalier et tous deux rejoignirent Clay et Lou, l'un au teint toujours aussi rouge, l'autre coulée dans cette attitude tranquille et en alerte si caractéristique, naturelle et pourtant discrète commune aux marchombres. Daos jeta un regard autour de lui. Les musiciens avaient joué leur dernier morceau et étaient à présent affairés à ranger leurs instruments. La salle était désormais pratiquement déserte, seulement peuplée d'une petite dizaine de convives sur le départ et de quelques domestiques. Suivant les escaliers empruntés par ses protégés, Lou emmena la petite Briwaël à l'étage après avoir salué Clay.


- Traître, lança soudain Daos en plantant son index dans les côtes du jeune homme.
- Eh ! Arrête, qu'est-ce qui te prend ?
- Je ne suis pas à l'aise avec les enfants.
- Ca va, tu t'en es bien sorti, répliqua-t-il.
- J'ai eu de la chance : j'ai l'impression que cette gamine est différente de celles de son âge. Elle a la tête pleine de questions et elle a de l'aplomb.
- Tu m'étonnes, en plus elle s'arrête jamais ! Avant que vous arriviez j'en étais à lui expliquer comment on préparait le civet de siffleur. Daos eut un petit rire. Et d'ailleurs, vous faisiez quoi pendant tout ce temps ? poursuivit Clay avec un regard soupconneux.
- Une petite balade jusqu'au palais de l'Empereur et nous sommes ensuite allés boire un verre, répondit l'apprenti marchombre. Mieux valait rester évasif.
- Rien que ça ? s'étonna le jeune homme.
- A quoi t'attendais-tu ? demanda Daos en souriant.
- Un truc un peu plus palpitant. Vous avez l'air tellement mystérieux et différents tous les deux. D'ailleurs, pourquoi tu m'avais dit ça tout à l'heure ?
- Quoi donc ? s'étonna l'apprenti.
- Ben que grâce à Lou, c'était pas la peine d'avoir des gardes ici.
- Ah, ça.

Daos prit quelques instants pour réfléchir. Rester évasif tout en évitant de froisser Clay risquait d'être difficile.

- Disons qu'elle fait partie de ces gens qui, en plus de savoir se battre, ne sont jamais surpris.
- Hein ? Tu peux être plus précis.
- Non.

Les sourcils de Clay se fronçèrent.

- Sympa.
- Clay, commença Daos dans un soupir désolé. Je te suis reconnaissant de m'avoir fait entrer ici. Grâce à toi, j'ai eu la chance de revoir une amie chère pour la première fois depuis longtemps. Encore que, la connaissant, je serais sans doute tombé sur elle d'une manière ou d'une autre. Quoi qu'il en soit, Lou a ses secrets tout comme j'ai les miens, et je ne les trahirai pas. Restons-en là sur ce point, s'il te plaît.

Le jeune homme le fixa quelques instants, avant de murmurer :

- La vache.

Daos haussa un sourcil en signe d'interrogation.

- Tu fais froid dans le dos quand t'es sérieux comme ça.

L'apprenti eut un petit rire.

- Mais juste une dernière question.
- Je t'écoute.
- Si, allez, cinq guerriers entraient ici pour assassiner Orion et sa femme. Lou arriverait à les arrêter ?

Daos se contenta de sourire.

Tous deux discutèrent encore quelques minutes jusqu'à ce que Clay ne décide qu'il était temps pour lui de rentrer. Il s'en fut après avoir expliqué à Daos comment se rendre chez lui et arraché la promesse à l'apprenti de passer le voir un jour. Suivant le chemin emprunté plus tôt par Lou, Daos grimpa les escaliers et se retrouva à l'entrée d'un large couloir parsemé de plusieurs portes de bois. L'une d'entre elles s'ouvrit d'ailleurs pour laisser sortir la marchombre qui, repérant Daos, lui intima le silence et l'invita à la suivre jusqu'à la porte de droite au fond du couloir. Le jeune homme s'immobilisa sur le seuil en voyant les dimensions de la pièce.


- Effectivement, lâcha-t-il en réponse à la remarque de la marchombre.

Rien que le lit était au moins aussi grand que quatre fois celui que Daos occupait à l'Académie. L'unique fenêtre qui, manque de chance, donnait sur la maison voisine, était encadrée de rideaux vert émeraude. Les moulures du plafond de pierre enfermaient avec délicatesse l'attache d'un immense lustre de verre qui devait avoir été conçu par un artisan émérite. Avec un unique tableau représentant une vue d'artiste de la capitale, c'étaient là les seules décorations ostentatoires. Du reste, les armoires et commodes de bois semblaient bien simples en comparaison, quoique de bonne facture. Il s'approcha du tableau pour en observer les traits.

- Mmfpmf !

Ce qui aurait dû être une exclamation de surprise s'était transformé en sursaut étouffé par le coussin qui s'était écrasé sur son visage. Daos recula de deux pas, fixant alternativement le projectile tombé au sol et son assaillante aux traits étirés en un large sourire. Le jeune homme se baissa lentement, ramassa le coussin et se redressa, les sourcils froncés et le regard braqué sur Lou. Il prit une grande inspiration puis déclara, d'un ton solennel :

- Ainsi donc, vous choisissez la voie des armes, mademoiselle Ril' Fairy. Qu'il en soit ainsi. Yah !

Il se jeta sur son adversaire en lui assénant un large coup de taille. Les deux marchombres se lardèrent de coups de coussins, courant autour de la pièce, riant et se les jetant au visage. Ils le faisaient avec tant d'enthousiasme que l'un des coussins explosa en une myriade de plumes au moment où la porte s'ouvrait à la volée et qu'Hadrig faisait irruption dans la pièce, en garde et le sabre au clair. Les trois adultes s'immobilisèrent, Daos et Lou ayant chacun un coussin ramené au-dessus de leur tête pour frapper, les visages rougis et au milieu d'un tourbillon de plumes. Hadrig entrouvrit la bouche sous le coup de la surprise, ses yeux allant de Lou à Daos, de Daos à Lou, s'arrêtant sur les coussins et les plumes qui voletaient.

- Je... Commença-t-il.
- Ne vous inquiétez pas, Hadrig. La situation est sous contrôle, lança Daos d'un air très sérieux en écho à la réplique de Lou. En revanche nous aurions bien besoin de munitions supplémentaires.

Le garde rengaina lentement son épée, la bouche toujours entrouverte. Il secoua la tête d'un air consterné, se retourna et sortit en refermant la porte derrière lui. Lou et Daos le regardèrent partir, puis tournèrent lentement leur regard l'un vers l'autre, un air toujours aussi sérieux peint sur leur visage. D'un pouffement de rire commun, ils arrivèrent à un fou rire incontrôlable mais silencieux. Après plusieurs minutes, ils parvinrent à retrouver leur souffle. Daos s'essuya une larme de rire du coin de l'oeil.

- Je crois que n'aurai pas droit à un coussin de rechange, lança-t-il avant de repartir dans un éclat de rire avec Lou.

Ils s'arrêtèrent enfin, et le jeune homme inspira un grand coup.


- Ça faisait longtemps que je n'avais pas ri comme ça. Merci, j'en avais bien besoin.



[I'm back. C'était un faux départ sur ma feuille d’absences. Désolé.]

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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Dim 11 Fév 2018, 18:26

Lou n’avait pas de frère ni de sœur, pourtant les batailles de polochons avaient toujours fait partie de sa vie. C’était pour elle aussi important que brosser ses cheveux humides, aussi incontournable que se sourire au moment de se saluer. Enfant, elle engageait toujours le combat avec son père, rapidement secondée par sa mère dans une forme de solidarité féminine face à laquelle il s’était souvent rendu, avec la promesse de prendre une revanche bien méritée. Avec Arthur, son meilleur ami d’enfance, combien d’oreillers avait-elle décousus ? Combien de plumes s’étaient-elles envolées sur son passage ? Elle avait marqué le dortoir de l’Académie en générant la plus grande bataille qui eût jamais lieu du côté des filles. Avec ses colocataires, les guerres étaient monnaie courante. Seiven ou Lou lançaient les hostilités à tour de rôle, agaçaient Pona et Runille jusqu’à ce qu’elles se joignent à ce petit grain de folie général.

Il était donc tout à fait normal que Lou soit en train de taper sur Daos avec un oreiller dans chaque main. S’il avait été surpris par sa première attaque, il s’était bien rattrapé depuis : rapide et rusé, il bondissait pour esquiver les frappes et répondait avec vigueur. Jouant le tout pour le tout, Lou sauta sur le lit, effectua une pirouette invraisemblable et balança un nouveau cousin qui entra en collision avec celui de son adversaire. Terrible explosion de plumes. C’est à ce moment précis que la porte s’ouvrit en grand sur Hadrig. Il était prêt à se battre contre la menace qu’il avait cru identifier dans le raffut qu’ils avaient fait. Pris sur le fait, les deux marchombres s’étaient figés dans un bel ensemble, au beau milieu des plumes qui retombaient doucement. La mâchoire de Hadrig tomba encore une fois.

- Rien à signaler ! C’était une… fausse alerte, fit Lou avant de se mordre la joue pour contenir son hilarité.
- Je…
- Ne vous inquiétez pas, Hadrig. La situation est sous contrôle. En revanche nous aurions bien besoin de munitions supplémentaires.
- C’est ça. Des munitions.


Sidéré, le soldat finit par secouer lentement la tête. Il rengaina son arme, recula et quitta la pièce en refermant la porte sur lui. Lou eut une moue presque enfantine, juste avant de tourner la tête vers Daos… et d’éclater de rire. Ça les secoua de plein fouet sans leur laisser la moindre chance d’y échapper. Pliés en deux, ils eurent beaucoup de mal à retrouver leur souffle – plusieurs tentatives furent nécessaires avant d’y parvenir enfin. Daos essuyait ses yeux humides et Lou, écroulée sur le lit, passait une main sur son ventre. Elle avait tellement ri qu’elle avait l’impression d’avoir une barre à la place de ses muscles abdominaux.

- Ça faisait longtemps que je n’avais pas ri comme ça. Merci, j’en avais bien besoin.
- Remercie les coussins. Toujours là quand il faut.


Sentant un nouveau fou-rire couver sous ces belles paroles, Lou bascula sur le ventre et prit appui sur ses avant-bras. Sa tresse s’était détachée pendant la bataille, et ses longs cheveux retombaient en une lourde tignasse blonde qui formait un voile étrange devant son visage, à travers lequel se distinguaient deux yeux d’un vert étincelant, juste au-dessus d’un sourire espiègle.

- Je ne peux pas imaginer une seule journée sans éclat de rire. Il me manque vraiment quelque chose quand c’est le cas. Mon père disait souvent que rire, c’est se reposer des gens trop sérieux. Après une semaine passée avec cette famille au palais, crois-moi, j’avais autant besoin de rire que toi…

Son père riait-il toujours ?

Lou roula doucement au bord du lit et se leva. Elle ramena ses cheveux en arrière, délogea quelques plumes qui s’y étaient accrochées et les lança en l’air. Ils avaient mis un sacré désordre dans la chambre. Au mur, le tableau était tout de travers, tandis que sur les tables de chevet, les lampes conçues par les dessinateurs de la ville étaient tombées. Les dommages collatéraux étaient nombreux. Pourtant, la pièce paraissait plus chaleureuse à Lou, comme si l’ouragan qui était passé par-là avait soufflé la froide rigueur des lieux pour laisser s’attarder un souffle de folie simple et bienvenu. La marchombre esquissa un petit pas de danse qui fit virevolter les plumes tombées au sol, entrouvrit la fenêtre pour faire entrer un peu de fraîcheur dans la fournaise générée par leur rude combat, et retourna près du lit. Elle le débarrassa des vestiges d’oreiller, en trouva un encore intact qu’elle posa du côté droit, avant de s’allonger du côté gauche, soit plus près de la porte. Elle allait seulement se reposer une paire d’heures avant d’aller effectuer sa ronde pour relever Hadrig, raison pour laquelle elle s’était installée toute habillée sur le drap froissé. Elle leva le nez vers Daos.

- Tu viens ?

Le lit était tellement immense que deux autres personnes auraient pu tenir confortablement. Il y avait une banquette sous la fenêtre, mais elle paraissait tellement moins confortable. Des amis n’avaient que faire des convenances d’un tel endroit. Lou sourit et croisa les mains sous sa nuque.

- Je n’échangerais ma place pour rien au monde, dit-elle en réponse à la question muette. Ces gens sérieux, ce monde que je trouve superficiel parce que dominé par les apparences et l’argent, j’y ai trouvé ma place ces derniers jours, en tant que marchombre justement. Je suis maître de mon destin et de ma mission. J’ai pu rire tous les jours avec Briwaël et retrouver un peu de cette vie mondaine à laquelle j’étais habituée quand je vivais encore à Rougebois.

Elle se tut un instant, comme plongée dans ses souvenirs, ses doigts tripotant machinalement l’anneau maintenu par une chaîne fine à son cou.

- Mon maître était noble, comme je te l'ai dit tout à l'heure... Il a grandi dans un univers comme celui-ci. Son père lui avait enseigné l’étiquette, et il me l’a enseigné aussi, mais avec la passion de la tradition et un immense respect envers moi. Sans avoir la prétention de faire de moi une dame, il m’a appris à apprécier les bons côtés de la noblesse et à pouvoir m’y sentir à mon aise en dépit de mon rang. Comme quoi, notre quête de liberté peut parfois prendre des chemins bien étonnants…

Ses yeux papillonnèrent. Epuisée par une journée remplie d’aventures et d’émotions, Lou plongeait.

- Demain je te montrerai la salle d’entraînement de la garde impériale… murmura-t-elle avant de sombrer dans un sommeil profond.

Elle en émergea pile poil deux heures plus tard, comme si une horloge comptait les secondes dans sa tête. La jeune femme s’étira comme un chat et s’assit, étouffant un bâillement avant de passer la main dans ses cheveux emmêlés. Un souffle léger attira son attention. Daos dormait à poings fermés, empêtré dans le drap comme s’il s’était battu avec. Elle sourit et eut bien du mal à s’empêcher de chatouiller la plante de ses pieds nus pour le taquiner dans son sommeil, mais il avait l’air tellement paisible qu’elle se contint avec force de volonté et de sagesse. Elle se coula hors du lit, ferma la fenêtre et peigna soigneusement ses cheveux avant de les tresser. Elle se pencha, ramassa une plume qu’elle piqua au bout de sa tresse dorée, puis s’approcha du lit et tira la couverture pour mieux couvrir son ami. Elle sortit dans le couloir à pas de loup et retrouva Hadrig.

- Rien à signaler, murmura-t-il avant de hausser un sourcil.

Il repensait à son intrusion dans la chambre ! Amusée, Lou secoua la tête.

- Calme plat, affirma-t-elle, un creux de sourire dans la joue. Va dormir, je veille.

Il la salua et gagna sa propre chambre. Lou acheva de fixer le baudrier de ses épées jumelles dans son dos, puis entama sa ronde. Elle passa de chambre en chambre, entrouvrant chaque porte pour vérifier que leurs occupants dormaient tranquillement, puis elle inspecta chaque pièce du manoir, ce qui lui prit un sacré bout de temps tellement c’était grand. Dans la salle de réception où la fête avait eu lieu, elle s’arrêta au milieu de la piste de danse plongée dans la pénombre et le silence. Ses yeux se fermèrent. L’écho d’un souvenir donna le rythme à ses pas quand elle se mit à tourner lentement. Ses gestes étaient empreints de grâce, son visage baigné d’une nostalgie que l’on voyait très rarement sur ses traits. Cette danse…

… elle évoluait lentement au milieu de la foule, guidée par la mélodie qui faisait battre son cœur. Soudain, deux mains se posèrent sur sa taille. Elle avait deviné sa présence et n’avait pas sursauté, ses yeux toujours clos, mais un sourire était né sur ses lèvres. Celui qu’elle ne destinait qu’à lui.

- Tu m’accordes cette danse ? chuchota-t-il à son oreille.
- Depuis le premier jour, affirma-t-elle.

Il renversa la tête en arrière. Son rire était chaud et sucré comme le miel. D’un geste parfaitement calculé, il la fit pivoter pour qu’elle se retrouve face à lui, saisit sa main droite, encercla sa taille et l’entraîna dans une série de pas rapides.

- Tu parles du jour où grand-père m’a présenté cette fille d’écurie toute ébouriffée ?
- Tu as lancé un défi à cette fille, tu te souviens ?
- Je me souviens surtout qu’elle a mal sanglé ma selle. Je suis tombé à la renverse dans une flaque de boue.
- Ta maladresse m’a toujours impressionnée…


Ils dansaient sans aucune conscience de ce qui les entourait. Elle avait planté ses yeux verts dans le bleu des siens, noué leurs doigts auxquels brillait une alliance, levé le menton en un geste de défi. Il y répondit par un baiser étourdissant.

- Je t’aime, petite fille.
- Yoran…


… Lou acheva ses tourbillons et rouvrit lentement les yeux. Elle effleura ses lèvres du bout des doigts, puis serra l’anneau qui reposait contre sa poitrine. Elle sentit une présence et leva la tête en direction des marches pour reconnaître la silhouette mince et déliée de Daos.

- Déjà debout ? s’étonna-t-elle, le sourire revenant instantanément sur son visage. Après cette déculottée avec les oreillers, je pensais que tu allais reprendre des forces jusqu’au petit-déjeuner…

Oh, malicieuse petite marchombre.


[J'ai supposé que Daos s'était réveillé, mais si quelque chose te dérange, tu me le dis, d'accord ? Wink]

__________________________________________



« C'est impossible », dit la Fierté.
« C'est risqué », dit l'Expérience.
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Daos Loner
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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Lun 12 Fév 2018, 23:51

Daos se laissa basculer en arrière et s'assit au sol en s'adossant à une table basse. Il inspira largement pour retrouver son souffle tout en regardant autour de lui. Une véritable tempête -ou deux marchombres retombés en enfance- semblait avoir retourné la chambre. En-dehors des innombrables plumes éparpillées un peu partout, Lou et lui avaient causé un sacré désordre. La table base contre laquelle il était adossé avait bougé d'un bon mètre, entraînant avec elle le tapis sur lequel elle reposait en le pliant dans tous les sens. Le tableau, que Daos avait tout juste eu le temps d'admirer avant de se faire sournoisement attaquer, ne tenait plus que sur l'une de ses deux accroches, et à l'instar des lampes de chevet une chaise était étendue sur le sol.

- Je ne peux pas imaginer une seule journée sans éclat de rire. Il me manque vraiment quelque chose quand c’est le cas. Mon père disait souvent que rire, c’est se reposer des gens trop sérieux. Après une semaine passée avec cette famille au palais, crois-moi, j’avais autant besoin de rire que toi...
- Un homme sage,
commenta Daos.

Il se releva en même temps que la marchombre et l'aida à remettre un peu d'ordre dans la chambre et redressant le tableau et replaçant la table basse. Entendant Lou lui parler, il se retourna. La marchombre était allongée sur le lit et lui avait fait don du seul oreiller survivant de leur bataille sanglante. Le jeune homme haussa un sourcil en la voyant toujours intégralement vêtue.


- Tu dois prendre un tour de garde ?

Lou acquiesca d'un signe de tête. Daos déposa sa ceinture, porteuse de trois couteaux de lancers et d'une dague, sur la table et ses vêtements sur le dossier de la chaise. Il se glissa sous le drap en soupirant d'aise. Cela devait bien faire un mois qu'il n'avait pas dormi dans un matelas pareil. Pourtant son corps, à présent endurci et habitué à camper, ne semblait plus être capable d'apprécier un tel confort. Et tout cet environnement ostentatoire, cette étiquette et ces convenances... Tant de contraste avec une vie de marchombre, comment Lou s'y retrouvait-elle ? Comme si elle lisait dans ses pensées, elle choisit ce moment pour lui répondre.

A présent qu'il y repensait, Lou ne lui avait jamais parlé de son maître. On sentait un profond respect dans sa voix, peut-être plus fort que celui qui devait poindre dans celle de Daos lorsqu'il parlait de Rilend. Alors que la marchombre lui promettait de lui montrer la salle d'entraînement le lendemain et s'endormait instantanément, le jeune homme se promit de lui demander de lui parler de son maître.

Alors que le sommeil le gagnait lui aussi, il se surprit à penser à ses parents. Lou avait parlé de son père, mais qu'en était-il du sien ? De sa mère ? Voilà quatre mois qu'il les avait quittés pour s'engager sur le chemin que lui avait montré Oturo. Reconnaîtraient-ils aujourd'hui leur fils, vêtu de noir et équipé de couteaux, crochets et armes en tous genres, sortant de nuit pour courir sur les toits et escalader une tour ? Le reconnaîtraient-ils, juché au sommet des Dentelles Vives et affairé dans une infirmerie de fortune à Ezadrah ? Il s'endormit le sourire aux lèvres, imaginant la tête qu'auraient fait ses parents s'ils l'avaient vu éclater un oreiller sur le crâne de Lou dans une maison noble tout juste vidée de la réception d'une cousine de l'Empereur.


***


Daos se réveilla doucement. Encore embrumé par le sommeil, il bâilla largement en étirant ses bras loin au-dessus de lui puis les laissa retomber sur le lit. Le calme régnait toujours dans la maisonnée, d'autant que pouvait en juger son ouïe. La faible lueur qui traversait la fenêtre, désormais fermée, devait appartenir à l'un des réverbères de la rue devant la maison. Il se redressa dans le lit et tourna la tête sur sa gauche pour y découvrir l'absence de Lou. Il promena son regard autour de la pièce sans trouver la moindre trace de la marchombre, si l'on oubliait bien sûr les plumes qui recouvraient encore le sol. Son tour de garde devait avoir commencé. Le jeune homme se leva souplement du lit. Depuis son premier cours avec Rilend, son corps s'était habitué au rythme marchombre. Les petites nuits et les levers aux aurores étaient désormais loins de l'effrayer. Il ouvrit la fenêtre et se pencha pour observer la rue au-dehors. Le ciel était encore bleu nuit et recouvert de nuages. L'absence totale de passants indiquait que l'aube n'arriverait pas avant une bonne heure au moins.

Sachant qu'il n'arriverait pas à se rendormir, Daos décida d'aller trouver Lou pour lui tenir compagnie. Il s'habilla rapidement et sortit de la chambre en refermant doucement la porte de bois. Le jeune homme parcourut les couloirs déserts et silencieux sans rencontrer qui que ce soit, pour arriver au sommet des escaliers de pierre qui donnaient sur la salle de réception désormais vide de tout souvenir de la fête de la veille. Presque.

Au centre de la piste de danse, entre les rais de lumière découpés par les ornements des fenêtres, Lou dansait. Mais ce n'était pas la Lou que Daos connaissait. Aucun sourire n'étirait ses lèvres. Son visage semblait être au contraire emprunt de tristesse et de nostalgie. Ses pas étaient étranges, bien loins de ceux que Daos l'avait vue exécuter depuis leur rencontre. Oubliés, les mouvements bondissants et spontanés. On devinait ici, tournoyant avec la marchombre, l'ombre d'un partenaire tiré de ses souvenirs. Le temps semblait s'être arrêté, remplacé par le rythme des pas de la jeune femme.

Lou s'arrêta doucement, comme si elle sortait de ses souvenirs et revenait à l'instant présent. Elle remarqua Daos, accoudé à la rambarde des escaliers et se tourna vers lui. Son sourire habituel revint immédiatement sur son visage alors qu'elle lançait :


- Déjà debout ? Après cette déculottée avec les oreillers, je pensais que tu allais reprendre des forces jusqu’au petit-déjeuner...
- Déculottée ?
répliqua Daos en souriant à son tour. Pfff, nous ne participions pas à la même bataille alors, puisque j'ai souvenir d'avoir éclaté mon adversaire. Et mon coussin, admit-il en descendant les escaliers. Et puis tu sais ce que c'est. Passés les premiers cours, on s'habitue vite au réveil aux aurores.

Il baissa les yeux sur le pendentif de la marchombre. C'était un anneau d'argent, passé autour d'une fine chaîne. Il le désigna d'un signe de menton avant de planter son regard dans celui de Lou.

- Depuis que je te connais je te vois tripoter ton pendentif à plusieurs reprises. Ca, plus l'air que tu avais en dansant comme je ne t'ai jamais vue danser...

Daos laissa un léger silence planer avant de reprendre.

- Pardonne-moi si ma curiosite est mal placée,
acheva-t-il en laissant sa question en suspens.

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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Lun 26 Fév 2018, 12:52

Lou bomba le torse et cala ses poings sur ses hanches pour montrer à Daos ce qu’elle pensait de sa réponse. Sa mine réjouie démentait totalement son attitude, bien sûr. Dans sa tête, ça résonnait comme un défi : il y aurait une revanche à cette partie d’oreillers en folie. Peut-être même une belle, aussi. Beaucoup de plumes allaient être versées dans ce qui s’annonçait être la plus grande guerre du Polochon qui fût ! Elle secoua la tête quand il évoqua ses habitudes de marchombre, et sa tresse dansa dans son dos à ce mouvement. Elle s’apprêtait à lui rétorquer un « le monde appartient aux gens qui se lèvent tôt, mais les marchombres en ont déjà profité bien avant », quand l’expression de Daos devint brusquement sérieuse. Il était arrivé à sa hauteur, en bas de l’escalier. Debout devant elle, il la dépassait d’une tête, l’obligeant à lever le regard pour croiser le sien.

- Depuis que je te connais je te vois tripoter ton pendentif à plusieurs reprises. Ça, plus l’air que tu avais en dansant comme je ne t’ai jamais vue danser…

Ce fut instinctif : les doigts de Lou se posèrent avec naturel sur l’anneau d’argent qui dormait dans le creux de ses seins. Elle l’attrapa, l’approcha doucement de ses lèvres.
Ses yeux toujours dans ceux de Daos.

- Pardonne-moi si ma curiosité est mal placée.

Lou cilla.

- Viens.

Elle le contourna pour s’asseoir sur la première marche de l’escalier, plus large et plus grande que toutes les autres du dessus. Fidèle à son habitude, la marchombre s’installa en tailleur. Elle attendit que Daos ait pris place à ses côtés pour passer la chaîne de son pendentif par-dessus sa tête et le lui tendre. Un jour, il lui avait montré le bracelet qui cerclait son poignet, lui accordant tout le temps de l’examiner dans les moindres détails, fascinée qu’elle était par l’ouvrage délicat. C’était au tour du jeune homme. Elle déposa l’anneau dans le creux de sa paume et le laissa observer le bijou. Il était simple, épuré, frappé de petites vagues qui lui donnaient un aspect singulier. Inutile d’avoir de bons yeux pour s’apercevoir qu’elle était trop large pour les longs doigts fins de Lou. Celle-ci posa le coude sur sa cuisse et cala son menton dans sa paume. Son regard glissa parmi les ombres qui s’étiraient sur la piste de danse, le vert de ses yeux rendu brumeux par le souvenir qui, brusquement, jaillit de son passé.

- Puis-je vous aider, mademoiselle ?
- J’en suis sûre ! C’est pour une alliance.
- Une seule ?
- Oui.
- Bon. Dites-moi tout, je vous écoute. Qu’attendez-vous de cette bague ?
- J'aimerais qu’elle soit unique, aussi simple que possible, aussi jolie qu’une goutte de pluie qui s’accroche à l’extrémité d’une feuille…
- Hum. Je suis joaillier, mademoiselle. Pas magicien.
- Alors c’est non ?
- Alors… revenez dans trois jours. Elle sera prête.


De retour sur les marches, Lou demeura un long moment silencieuse, rassemblant ses pensées, réunissant ses souvenirs et choisissant celui qu’elle allait offrir à Daos. Elle avait l’impression de se trouver devant un gigantesque mur d’images figées dans le temps, chacune représentant un instant de vie passée. Tout en bas du mur, il y avait un bébé un peu rond et potelé, enveloppé par l’affection de parents comblés. Si l’on remontait un petit peu, l’on voyait une fillette aux cheveux blonds déjà très longs, perpétuellement emmêlés, jusqu’à ce qu’elle apprenne à les discipliner en les tressant. Ces images étaient étranges, elles appartenaient à un autre monde. Un monde dans lequel il y avait des voitures, des dessins animés à la télévision, des chansons à la radio. Un monde avec une famille, des amis… et des photographies. Sur le mur, à la hauteur de ses genoux, il y avait une multitude d’images qui représentaient la blondinette avec un garçon du même âge, mais aux cheveux plus cendrés. C’était un frère de cœur après toutes les promesses tenues, un frère de sang quand ils s’étaient écorchés les genoux sur l’asphalte en tendant mille acrobaties en rollers, le frère tant espéré mais jamais conçu. Meilleur ami, c’était bien, aussi !

Et brusquement, les sensations l’assaillirent : le goût unique et synthétique des Malabar, quand son regard se posa sur la photo de la fillette en train de souffler une énorme bulle rose ; le doux parfum de la pâte à modeler sur celle où elle en étalait avec un énorme rouleau à pâtisserie ; le bruit des Mirages décollant de la base militaire et passant bas au-dessus de la maison ; la douceur du pelage de Bidule, le chat borgne et à moitié sourd – mais terriblement affectueux… Les souvenirs se goûtaient-ils ? Se sentaient-ils ? A ce moment précis, assise sur les marches d’un manoir endormi, alors qu’elle se trouvait dans un autre monde, Lou en fut persuadée. Elle ne les avait plus revisités de la sorte depuis des années, acceptant avec bonheur sa nouvelle vie, et pourtant elle regrettait de ne pas ouvrir ce tiroir secret plus souvent. Les souvenirs étaient un peu les photos qu’elle n’avait pas pu emporter jusqu’ici. Mais ce n’étaient pas ceux qu’elle voulait montrer à Daos. Un jour, elle lui parlerait de sa vie d’avant. Pas maintenant. Il avait posé une question, ou plutôt n’avait rien posé du tout, se contentant de tendre une perche faite de curiosité et de respect à l’égard de cet anneau d’argent qui reposait toujours dans le creux de sa main.

Alors, Lou leva les yeux vers les photos plus récentes. Ces images-là ne se trouveraient jamais dans un album, que ce soit dans ce monde ou dans l’autre. Elles étaient simplement gravées dans sa mémoire et dans son cœur. La fillette avait grandi. Elle avait perdu ses joues d’enfant et adopté une silhouette fuselée qui ne laissait pas indifférent. Mais ce qui captait surtout l’attention, c’était son rire : naturel, flamboyant, il faisait naître des fossettes sur son visage et étinceler le vert changeant de ses yeux. Elle riait énormément, c’était dans son tempérament, et c’était aussi sa façon d’affronter l’inconnu ; quand on se réveille après un terrible accident, dans un monde étranger, il y a forcément de quoi s’inquiéter un peu… La jeune fille riait quand même, contaminant les gens autour d’elle – y compris le vieil homme qui l’avait prise sous son aile. Sur les images, il avait toujours l’air bougon, ses épais sourcils gris froncés en permanence, creusant une multitude de rides sur son front, tandis que celles des sourires n’apparaissaient jamais, comme pour ne pas froisser les favoris bien taillés. Qu’il en avait fallu du courage, à cette jeune étrangère, pour imposer sa présence à ce noble rustre et solitaire ! Du courage et de l’audace, car c’est cela seulement qui lui avait valu d’être engagée au service d’Archibald Ril’Fairy…

Non, non. Ce n’était toujours pas le souvenir que Lou cherchait pour Daos. Il fallait avancer dans le temps, parcourir les images un peu plus vite, passer rapidement sur une adaptation mouvementée et parfois compliquée au sein d’un nouvel environnement : ne pas s’arrêter sur les courtes nuits peuplées de rêves qui prenaient la teinte de cauchemar en mêlant les deux mondes ; ignorer les tâches ingrates que la jeune fille sans expérience s’était vue confier, les brûlures aux mains causées par le four quand elle oeuvrait en cuisine, les bleus que les oies laissaient en pinçant ses mollets quand elle s’occupait d’elles, la boue mêlée de crottin quand elle travaillait à l’écurie par d’humides journées d’hiver… Mais l’on pouvait ralentir le pas et sourire devant l’image d’un garçon un peu empotée apprenant à lire avec elle, les éclats de rire dans l’aile des domestiques, les batailles de coussins – tiens ! – au moment de faire les literies, les heures passées sur le toit à regarder les étoiles, les longues promenades à cheval dans la forêt de Rougebois, les altercations avec le vieil Archie, qui finissait curieusement par s’incliner face à une telle fougue – et qui, petit à petit, se prenait à s’adoucir un peu plus régulièrement.

Là.

C’était cette image que Lou avait cherché sur l’immense mur d’une seule vie vécue dans deux mondes différents. Elle aurait pu la trouver tout de suite, évidemment, mais pourquoi se priver d’une balade aussi agréable ? Et puis, pour comprendre l’image devant laquelle elle se tenait, il fallait d’abord voir toutes les autres. Il fallait être attentif au regard plus vif d’Archie, preuve qu’une petite idée couvait sous son chapeau haut-de-forme. L’on tenait alors l’explication de cette photo, minuscule au milieu de toutes les autres et pourtant immanquable, comme si elle était le départ de quelque chose. Le début d’une formidable aventure. La Lou assise sur les marches avec Daos sourit, celle devant les images d’une vie se pencha et plissa les yeux. Elle observa d’abord la jeune fille blonde, remarqua sa tenue froissée, le pantalon crotté, la tunique déchirée au coude, les mèches qui s’échappaient de la tresse et la fourche qu’elle tenait entre les mains pour déplacer le fourrage des chevaux. La fourche était pointée dans la direction d’un homme qui se tenait à seulement quelques pas, paumes levées et tournées vers elle en un signe évident de paix. Il était grand et mince, entièrement vêtu de noir, sa capuche baissée révélant des boucles souples tout aussi foncées. L’image ne permettait pas de distinguer son visage, mais Lou n’avait pas besoin de loupe. C’était l’un de ses plus précieux souvenirs, comment oublier un seul détail de cet instant ?

- Yoran Ril’Fairy était mon maître, commença enfin la marchombre d’une voix douce. Le jour où je l’ai rencontré, il s’était faufilé en douce dans le domaine où je travaillais, alors je l’ai menacé avec une fourche…




- Holà, tout doux ! s’exclama l’homme en levant les mains, paumes tournées vers elle.
- Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous faites ci ? N’avancez pas.
- Yoran. Je cherche mon cheval. D’accord.


Lou haussa un sourcil mais ne baissa pas son arme.

- Votre cheval ?
- C’est celui-là,
indiqua-t-il en pointant le box du doigt sans bouger ses mains levées.

Elle tourna la tête… et éclata de rire.

- Vous ne manquez pas d’air, dites ! C’est celui de Maître Ril’Fairy. Allez, trêve de plaisanterie. J’ai du travail qui m’attend et j’aimerais bien avoir terminé avant la nuit. Vous pouvez me dire ce que vous voulez ? Ou bien déguerpir avant que je vous botte les fesses ?

Il plissa ses yeux bleu nuit.

- Avec ça ?

Lou raffermit sa prise sur le manche de son arme improvisée.

- S’il le faut, oui.
- Voyons voir.


Il fit un pas en avant, puis un deuxième, traversa lentement la distance qui le séparait de la fourche. Il ne s’arrêta que lorsque les dents de métal frôlèrent sa poitrine. Ses mains étaient toujours levées, son expression mutine, et Lou fut surprise de constater qu’il souriait non pas avec les lèvres, mais avec son regard. Devinant qu’il la mettait au défi, elle tenta un rapide coup de taille afin de le désarçonner – il ne s’attendait pas à ce qu’elle l’attaque réellement, si ?? C’est alors que retentit la voix de stentor d’Archibald Ril’fairy. Une voix puissante qui pouvait faire frémir n’importe qui, n’importe quand. Lou se figea aussitôt et haussa un sourcil en réalisant que l’homme qui lui faisait face n’avait pas bougé d’un poil. Tout laissait croire qu’elle l’aurait touché au niveau des côtes, pourtant elle n’en était pas complètement certaine. Il y avait une assurance non feinte sur les traits de cet inconnu qui, loin de la mettre mal à l’aise, l’intriguait franchement.

Comme le maître des lieux entrait dans l’écurie, elle recula de trois pas et inclina le buste pour saluer le vieux noble. Celui-ci avait l’œil vif et l’air de fort agréable humeur, ce qui était plutôt rare. Il était vêtu pour sortir. Lou devina qu’elle allait devoir préparer sa monture. Elle allait d’abord attendre qu’il fasse dégager cet importun !

- Ah, vous voilà. Petite, je t’appelle depuis cinq minutes, es-tu devenue sourde ?
- Pardonnez-moi monsieur, j’étais en train de…
- … faire connaissance avec mon petit-fils ?


Comment ne pas percevoir l’amusement dans la voix d’Archibald ? Lou, en revanche, se redressa avec surprise. Cet homme ? Le petit-fils de Ril’Fairy ?

- Lou, je te présente Yoran Lysandre Archibald Ril’Fairy, mon seul et unique héritier. Mon garçon, tu te tiens devant Lou ; cette jeune femme nous a rejoints il y a peu et je dois admettre qu’en dehors d’un caractère de cochon elle fait ici un travail remarquable.

Lou sentit ses joues s’enflammer, non pas à cause des compliments de son maître mais du regard que posa sur elle le petit-fils de ce dernier. Elle s’inclina et marmonna un remerciement, mal à l’aise.

- Lou ? Prépare mon cheval pour Yoran. C’est le sien en réalité, je l’entretiens quand il s’absente. Tu pourras ensuite sceller Crin de Givre pour moi. Viens, mon garçon ! En attendant, je vais te montrer les vignes. La récolte s’annonce prospère !

Lou regarda les deux hommes s’éloigner. Juste avant de sortir de l’écurie, Yoran se retourna et lui décocha un clin d’œil qui l’agaça : monsieur s’amusait de la situation ? Il aurait pu lui dire tout de suite qui il était, cela lui aurait évité de se ridiculiser en le chargeant avec sa fourche et en parlant de lui botter les fesses. Cela dit, c’était toujours ce qu’elle avait très envie de faire… Elle rentra dans le box de Louvard, le cheval d’Archibald. Non, de Yoran. Elle le câlina pensivement puis entreprit de le préparer, un sourire léger accroché aux lèvres. Quelques minutes plus tard, elle sortit de l’écurie en tenant les deux montures par la bride. Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver du regard les deux hommes ; ils se trouvaient à plusieurs mètres de là, face au domaine viticole qui faisait la fierté et la richesse de leur famille. Archibald était grand mais Yoran le dépassait largement d’une tête. Sans doute amusé par une réplique de son grand-père, il renversa la tête en arrière et éclata de rire avant de passer son bras sur les épaules du vieil homme. Leur complicité toucha Lou, qui attendit sans bouger que les deux hommes la remarquent enfin et viennent à sa rencontre. Archibald était bavard et souriant, jamais encore elle ne l’avait vu aussi heureux. Pour la peine, Yoran remonta d’un cran dans son estime. Un tout petit cran. Alors, quand il enfourcha Louvard et se retrouva à terre après qu’une sangle se fût détachée, elle lui envoya un clin d’œil malicieux avant de s’en aller terminer son travail.




- Un petit-déjeuner, Ô Maître des Oreillers ?

Tout en discutant, les deux marchombres étaient arrivés dans les quartiers des domestiques. L’agitation était palpable tandis que valets de chambre et de service se croisaient à vive allure dans les couloirs. D’ici quelques minutes, ils allaient devoir s’occuper de leurs maîtres. Un doux fumet s’échappait de la cuisine, dans laquelle régnait un chaos organisé : le petit-déjeuner qui allait être servi dans la grande salle était en cours de préparation et chacun s’affairait avec ardeur, depuis le cuisinier en chef jusqu’au petit commis qui n’avait pas l’air d’avoir plus de quatorze ans. Lou attrapa une assiette et préleva quelques fruits, du pain, des tranches de fromage et des biscuits à la graine de courge qu’elle disposa dans son plat, puis elle s’assit dans un coin de la pièce et invita Daos à s’installer en face d’elle. Elle posa l’assiette au milieu de la table, entre eux, et fit glisser vers lui un verre vide. Une femme en tablier, armée d’un pichet, s’approcha aussitôt et entreprit de remplir le verre de jus d’orange frais.

- Merci Mélie, sourit Lou en laissant l’aide de cuisine la servir en jus de fruit.
- Pas d’quoi, ma belle. La soirée s’est bien passée ?
- A merveille ! Tous vos plats ont été appréciés.
- Lequel as-tu préféré ?
- Question difficile ! Je crois que j’ai eu un faible pour la tarte aux amandes…
- Il en reste encore, mignonne, tu sais où chercher !


Mélie retourna à son travail et Lou, dépitée, se laissa tomber en arrière contre le dossier de sa chaise. Elle posa les mains sur son ventre et grimaça.

- Si je craque encore, je n’aurais plus qu’à rouler jusqu’à l’Académie, déplora-t-elle. Vite, trompons la gourmandise avec une diversion.

Et elle chipa une grappe de raisin dans l’assiette. Sous le nez de Daos, elle lança un grain en l’air et le rattrapa habilement dans sa bouche ouverte. La chaleur ambiante des fours colorait ses joues. L’anneau qu’elle portait en pendentif accrocha la lumière et scintilla un bref instant. Elle n’avait pas abordé son histoire, simplement présenté Yoran à l’aide du premier souvenir qu’elle avait de lui. Ce n’était qu’un début, mais Daos avait peut-être envie de changer de sujet ! Lou se contenta donc de boire une gorgée de jus d’orange avant de s’étirer comme un chat. Elle se sentait bien. Son ami lui avait offert une oreille attentive qui rendait leur relation plus estimable encore ; elle songea que Rilend avait beaucoup de chance de former un homme comme lui. Gagnée par la chaleur ambiante, elle retroussa ses manches, dévoilant la peau nue de ses avant-bras. Cela ne se remarquait pas tout de suite, mais si l’on se concentrait, il était possible d’entrevoir des marques de brûlures, anciennes et bien soignées mais que le temps ne saurait jamais estomper complètement. Des marques liées à son passé autant qu’à celui de Yoran. La curiosité de Daos était-elle assez vaste pour qu’il lui pose la question ? Tout sourire, Lou lança un nouveau grain de raisin en l’air.

Et éclata d’un rire joyeux lorsqu’il rebondit sur son nez.

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« C'est impossible », dit la Fierté.
« C'est risqué », dit l'Expérience.
« C'est sans issue », dit la Raison.
« Essayons.. », murmure le Coeur.
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Daos Loner
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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Dim 11 Mar 2018, 01:06

Lou avait saisi son anneau, dans le même mouvement que Daos avait si souvent observé. Elle le tint contre ses lèvres, son regard vert toujours levé vers celui du jeune homme brillant d'un éclat qu'il ne parvenait à identifier.

- Viens.

Elle avait murmuré ce mot avant d'aller s'asseoir en tailleur au bas de l'escalier. Il la suivit, se laissa glisser au sol et s'adossa au mur de l'escalier, ses avant-bras posés sur ses genoux. Daos tendit sa main pour y recueillir le petit anneau que Lou déposa doucement, suivit de la fine chaîne de métal qui s'enroula délicatement au creux de l'alliance. Il la saisit avec respect et l'observa en la faisant doucement tourner entre ses doigts. Ce n'était au premier abord qu'un simple cercle de métal, une alliance plutôt fine et, Daos l'avait depuis longtemps remarqué, bien trop large pour être portée ailleurs qu'au pouce de Lou -et encore. Elle était faite d'un alliage, avec très probablement l'argent qu'affectionnaient la plupart des joalliers d'après ce qu'en savait le jeune homme. De petites gravures en forme d'harmonieuses vagues embellissaient l'alliance en courant tout autour, parfois surmontées d'une fine rayure trahissant les quelques chocs qu'elle avait dû subir au cours de sa vie. Le bijou semblait plus lourd que ce à quoi s'était attendu l'apprenti. Ou bien l'imaginait-il ?

Lou avait posé son menton sur sa main pour prendre la traditionnelle pose du penseur, son regard de forêt plongé dans ses souvenirs. Daos l'observa en silence, l'anneau toujours dans sa main. Il détailla le visage de son amie alors qu'elle parcourait sa propre mémoire, sans doute à la recherche de la réponse qu'elle comptait lui offrir. Les mimiques de ses muscles faciaux et l'éclat de ses yeux valaient mille mots pour décrire les souvenirs qu'elle se remémorait. Un sourire, aussi franc et lumineux que celui qu'elle arborait d'ordinaire, venait parfois hausser les commissures de ses lèvres et plisser le coin de ses yeux.

La voix de la marchombre leva le silence dans un doux murmure. Elle lui parla de son passé. D'un temps où le mot marchombre ne devait pas avoir le moindre sens pour elle. De son maître.

Si Lou n'avait pas foulé la Voie des marchombres -aussi invraisemblable que cela puisse paraître pour qui la connaissait, elle n'aurait eu aucun mal à se faire conteuse. Sous ses mots, parfois murmurés, toujours empreints de nostalgie, un souvenir qui aurait pu n'appartenir qu'à elle prenait forme dans l'esprit de son auditeur et se paraît de mille et une couleurs. Sous ses mots, il découvrait une Lou à la fois différente de celle qu'il connaissait mais si semblable dans sa manière d'être et d'agir. Sous ses mots, il découvrait l'existence de deux hommes dont le nom était prononcé avec chaleur et respect.

Ils s'étaient tous deux levés en même temps, sans que Lou interrompe son récit, et avaient vagabondé le long des couloirs de la maison, désormais agités par la foule de serviteurs qui s'affairaient de bon matin. La marchombre avait repris son anneau lorsque Daos le lui avait tendu et l'avait repassé autour de son cou lorsqu'ils étaient arrivés aux cuisines. Elle suspendit son histoire lorsqu'ils entrèrent dans la pièce aux fourneaux brûlants et aux cuisiniers affairés. Daos promena son regard aux alentours, passant d'un serviteur qui agençait un plateau chargé de fruits au frêle commis adolescent qui courait en portant une lourde marmite. Les deux marchombres s'assirent à une petite table sous une fenêtre, loin de la chaleur des fourneaux. Le jeune homme remercia la cuisinière, Mélie, qui était apparue comme par enchantement pour remplir son verre et celui de Lou, qui attendit qu'elle soit retournée à son travail pour s'affaler sur le dossier de sa chaise en grimaçant.


- Si je craque encore, je n’aurais plus qu’à rouler jusqu’à l’Académie. Vite, trompons la gourmandise avec une diversion.
- Je te pousserai,
répliqua Daos en souriant alors que Lou happait au vol le grain de raisin qu'elle venait de lancer.

Il se servit un morceau de pain et de fromage et en enfourna une impressionnante portion dans sa bouche. Mauvaise idée, songea-t-il en peinant à mâcher et à déglutir. Il fit passer le tout avec une gorgé de jus d'orange délicieusement frais tandis que Lou s'étirait à la manière d'un chat. Cela lui rappela immédiatement avec un sourire la manière qu'avait Rilend de s'étirer. La jeune femme éclata de rire lorsque le second grain qu'elle avait lancé rebondit sur son nez.

Daos balança sa chaise en arrière, les mains ramenées sur son crâne, un petit sourire aux lèvres et le regard rivé sur Lou. La jeune femme le connaissait suffisamment pour savoir qu'il brûlait intérieurement de connaître la suite de l'histoire. Elle lui avait présenté Archibald et Yoran Ril' Fairy mais n'avait toujours pas répondu à sa question initiale. Bien qu'aussi impatient que curieux, Daos ne pouvait s'empêcher de ressentir un pincement au coeur. En voyant l'importance que Lou accordait à son pendentif, le fait qu'il s'agissait d'une alliance et qu'elle lui parle pour la première fois de son maître, le jeune homme sentait qu'un souvenir douloureux demeurait suspendu au bout de la fine chaîne d'argent autour du cou de Lou.

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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Sam 14 Avr 2018, 23:12

Les vignes brûlaient.

La nuit battait son plein, Lou s’était endormie avec son livre posé en travers de sa figure, terrassée par le sommeil et une journée de travail bien remplie ; elle sursauta quand l’alerte fut donnée, se redressa d’un bond sur sa couchette et le livre bascula sur le sol. Désorientée, la jeune femme cherchait à comprendre pourquoi une lueur aussi vive tranchait dans l’obscurité de la chambre. Ça venait de dehors. Ça venait des vignes ! Elle se précipita à la fenêtre, poussa le volet et découvrit le domaine qui brûlait. Le feu avait pris sur la gauche. Des hommes et des femmes couraient déjà vers l’incendie. Le cœur battant, Lou enfila ses bottes et se rua dans le couloir sans prendre la peine de couvrir sa mince chemise de nuit. Elle dévala les escaliers et fonça vers l’extérieur. Au passage, elle attrapa une nappe qu’elle mouilla dehors, dans l’eau des chevaux. Un mur de chaleur la heurta de plein fouet quand elle s’approcha des plants malmenés ; il ne la motiva que davantage à lutter contre lui. Elle abattit son bout de tissu trempé, chercha à étouffer les flammes, à ignorer la vitesse à laquelle l’incendie se répandait.

Pauvre Archibald ! Les vignes étaient si chères à ses yeux, c’était un héritage familial qu’il entretenait avec passion depuis si longtemps ! Lou redoubla d’efforts. Elle avait du mal à respirer dans cette chaleur, et puis la fumée était étourdissante, elle transpirait, n’arrivait pas à s’arrêter de battre les flammes. Un coup d’œil sur la droite lui montra qu’on l’imitait. Une chaine s’était formée depuis le manoir, chacun y mettait du sien ; l’espoir gonfla le cœur de Lou et elle fit tourbillonner sa nappe avec détermination. Un souffle chaud la fit soudain vaciller, mais deux bras l’empêchèrent de tomber et commencèrent à la tirer en arrière.


- Non ! cria-t-elle en se débattant. Ce n’est pas fini ! On doit continuer !

Elle parvint à se dégager et s’élança mais l’homme, une vraie tête de mule, la plaqua au sol. Il était trop grand et trop fort pour qu’elle lui tienne tête. A plat ventre dans l’herbe sèche, Lou cria sa colère et sa tristesse. Les vignes ne seraient pas sauvées.

- Lâchez-moi !
- Non.
- Je vous ordonne de…
- Nul ne me donne jamais d’ordre, petite fille.


Yoran Ril’Fairy ! Redoublant de colère, Lou s’agita comme une furie. Puis elle fit jouer les rouages de son cerveau et tenta de déséquilibrer son adversaire. Celui-ci raffermit sa prise.

- Futée, admit-il dans un murmure qu’elle n’entendit pas.
- Lâchez-moi, bon sang ! Votre grand-père…
- … s’en remettra. La perte est grande et sa douleur le sera, mais moins que s’il y a des morts.


Lou ne l’entendait pas de cette oreille. Qui était-il, ce petit-fils de noble, pour lui dicter quoi faire – et ne pas faire ? Il fallait se battre contre cet incendie ! Il était encore possible de sauver un peu de terrain si… Elle ne sentit pas son bourreau changer de prise, ni ne se rendit compte qu’elle sombrait dans l’inconscience. Quand elle reprit connaissance, quelques minutes plus tard, elle était assise contre un mur du manoir. Accroupie devant elle, l’intendante du domaine s’occupait de soigner les brûlures qui s’étalaient sur ses avant-bras. Des cloques s’étaient formées sur sa peau. Sidérée, Lou les fixa un moment ; elle ne s’était pas rendu compte qu’elle était blessée !

- Où est Yoran ? croassa-t-elle piteusement.
- Parti affronter le feu avec les autres.
- Je croyais…


Lou ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, ce fut pour repousser doucement mais fermement l’intendante.

- Lou, tu devrais te reposer…
- Alors que tout le monde se bat pour sauver le domaine ? Pas question.
- Considère alors que c’est un ordre que te donne ta supérieure.


Les mots brillèrent soudain en Lou, illuminant son cœur et son âme en une réponse forte de certitudes et de promesses :

- Nul ne me donne jamais d’ordre, madame.

Soufflée, l’intendante ne sut que dire pour la retenir, et Lou s’élança vers l’incendie. Elle prit un seau et envoya de l’eau sur les vignes qui se consumaient, ignorant la douleur de ses bras, la fatigue, la peur, l’impuissance face à ce désastre ; elle luttait dans un monde qui n’était pas le sien, pour un maître qui lui menait parfois la vie dure, parce qu’elle trouvait profondément injuste cette idée de tout voir disparaître sans rien faire.

- Tu n’abandonnes jamais, pas vrai ?

Yoran était apparu à ses côtés. En nage, la peau et la chemise noircie, voir même roussie par endroits, il n’avait pas du tout l’allure d’un noble.

- Pas tant que je peux encore faire de mon mieux, affirma Lou sans cesser de lutter contre le feu.

Il la fixa un bref instant, puis il hocha la tête et reprit son combat acharné.

Quatre heures plus tard, l’incendie était maîtrisé. Des vignes, il ne subsistait plus qu’un dixième ; tout le reste était en cendres. Une lourde perte pour Archibald Ril’Fairy, mais s’il était affecté il n’en montrait rien, organisant déjà le nettoyage de ce drame et se renseignant sur l’état de ses gens lui-même. Lorsqu’il attrapa les bras de Lou, elle se dégagea doucement.

- Ce n’est rien.
- Bien sûr que si. Faut-il que je demande à mon petit-fils de t’assommer pour te soigner convenablement ?


Lou se rappelait de l’infime changement de position de Yoran, juste avant qu’elle ne perde connaissance. Elle se renfrogna, mais déjà Archibald s’en allait voir un jeune valet sévèrement brûlé au visage par un retour de flammes.

- Si tu t’ennuies à ce point, fit alors le maître des lieux, va donc chercher de quoi désaltérer ce pauvre garçon.

"Nul ne me donne jamais d’ordre".

Lou s’exécuta sans rechigner. Elle prenait conscience de plusieurs choses, comme si le chaos qui régnait au pied du manoir éclairait soudain le fil de ses pensées. Sa place auprès d’Archibald Ril’Fairy n’était pas, n’avait jamais été une forme de soumission avilissante, humiliante et douloureuse. Tout ce travail qu’elle réalisait au fil des jours lui permettait de mieux connaître ce nouvel univers… et de mieux se connaître elle-même. Avec une aisance qui l’avait déconcertée au début, elle s’était glissée dans un monde bien plus archaïque que le sien, et en même temps beaucoup plus subtil ; elle s’était laissé emporter par la vie au manoir, le quotidien réglé comme du papier à musique d’Archibald, grisée par un étrange sentiment de sérénité inédite, et rattachée à son ancienne existence seulement par les leçons de lecture et d’écriture qu’elle offrait à Tim, le jeune garde-chasse, pour le plaisir naturel de lui transmettre son savoir.

Et puis Yoran était venu troubler ce calme apparent, à la manière d’une feuille d’arbre troublant l’eau d’un lac en effleurant sa surface. En une seule phrase, il avait implanté dans son esprit l’image inconcevable d’une fenêtre entrouverte. Une poignée de mots avait-elle réellement ce pouvoir ? Si oui, elle se demandait alors ce qui pouvait l’amener à pousser cette fenêtre. La curiosité, l’audace ou bien la folie ?

Les jours qui suivirent durent consacrés au rétablissement du domaine. Les villages alentours mobilisèrent leurs moyens pour venir en aide aux habitants du manoir ; des hommes et des femmes de Rougebois arrivèrent en un convoi important, formé de charrettes remplies de tout ce dont on pouvait avoir besoin pour nettoyer les cendres et replanter les vignes. Il y avait parmi eux un jeune bûcheron, Willan, qui mettait le cœur à l’ouvrage sans pouvoir détourner les yeux de Lou. Elle ne se rendait pas compte de sa façon de s’empourprer lorsqu’il lui adressait la parole, parce que ce genre de détail ne retenait jamais son attention, mais elle apprécia immédiatement ce garçon un peu timide, aux regard noisette et au sourire franc, qui lui prêta main forte des heures durant. Il fallut cinq jours à sa voix pour retrouver un timbre normal, après toute la fumée qu’elle avait inhalée. Quant à ses bras, ils cicatrisèrent lentement mais sûrement ; chaque soir et chaque matin, elle appliquait sur sa peau brûlée un baume qu’Archibald lui avait remis personnellement, avec l’ordre de ne pas le lui rendre avant qu’il soit totalement vide. Certains mouvements la gênèrent au début, lorsque sa peau sensible était brusquement tendue ou plissée, mais cela ne l’empêcha pas de réaliser son travail au domaine.

Yoran Ril’Fairy ne la croisait que très peu. Il était déjà parti vaquer à ses occupations lorsqu’elle montait s’occuper de sa chambre ; il s’enfermait dans le bureau de son grand-père avec ce dernier pendant des heures, ne sortant qu’aux repas dont Lou ne se chargeait pas. En revanche, ils eurent l’occasion de se rencontrer une fois ou deux dans l’écurie. La première fois, Lou posa sa fourche pour aller préparer Louvard, mais il insista pour s’en occuper lui-même, et il en fut ainsi chaque fois qu’il s’apprêtait à faire une balade. Ils échangeaient alors quelques paroles anodines, mais n’évoquèrent jamais la façon dont Yoran avait plongé Lou dans l’inconscience, lors de l’incendie. La jeune femme n’arrivait pas à saisir de quel mystère était fait le petit-fils de son maître. Tout en contradictions, à la fois discret et exubérant, sage et indiscipliné, c’était un être qui mesurait chaque geste et pesait chaque mot, comme s’il était capable d’anticiper le moindre élément avec une précision d’orfèvre. Evidemment Lou, avec son franc parler et la vivacité de son caractère, ne pouvait pas comprendre comment il s’y prenait. Cela l’intriguait !

Un soir, elle trouva Ril’Fairy et son petit-fils dans la bibliothèque du manoir. Archibald n’avait pas mis longtemps à deviner l’attrait de la jeune femme pour les livres. « Viens ici chaque fois que tu le désires », lui avait-il dit. Il n’était donc pas rare qu’avant de se mettre au lit elle aille fureter entre les immenses rayonnages alourdis par des ouvrages tels qu’elle n’aurait jamais imaginé toucher un jour, aussi bien dans son monde d’origine qu’en Gwendalavir ; la pièce était vaste, surmontée de hauts plafonds et illuminée dans la journée par des fenêtres en arcs brisés. En cette heure tardive, la lumière venait des bougies allumées ça et là, et surtout de la cheminée dans laquelle grondait un feu bien nourri. A une distance suffisante de l’âtre pour bénéficier de sa douce chaleur, installés devant une petite table ronde, Archibald et Yoran s’affrontaient dans une partie de Jantos. C’était un jeu de stratégie complexe, fondé sur le déplacement de petites billes de couleur sur un plateau ; l’objectif étant de rendre impossible toute action de l’adversaire, il nécessitait de la part des joueurs une grande concentration, une souplesse de l’esprit et un sens de la logique évident. Une quantité infinie de tactiques existaient et il se murmurait que la partie la plus longue jamais jouée dans l’empire avait duré six jours et six nuits. Lou avait eu l’occasion de découvrir ce jeu très peu de temps après être arrivée dans ce pays étranger. Il existait des tavernes où la clientèle ne jurait que par le Jantos. Ici, au manoir, l’on y jouait de façon plus raffinée, mais l’objectif de jeu restait le même.

Lorsque Lou entra dans la pièce et salua les deux hommes, Archibald ploya sa nuque avec élégance en un signe de la tête. Yoran ne détourna pas les yeux du plateau : c’était à lui de jouer et il réfléchissait intensément à sa manœuvre. Sans bruit, Lou passa derrière lui pour atteindre les livres. Elle parcourut distraitement les titres, son attention attirée par le combat silencieux mené par les deux nobles. Finalement, au bout d’un bon moment passé à chercher sans savoir quoi exactement, ses doigts tirèrent un livre épais à la reliure toute faite de velours. Elle le cala contre sa poitrine, fit demi-tour, repassa dans le dos de Yoran… les mots franchirent ses lèvres avant qu’elle puisse faire quoi que ce soit pour les retenir.

- Je jouerais en rouge et de front.

Quand elle réalisa qu’elle venait de s’exprimer à voix haute, les deux hommes avaient levé les yeux vers elle et la regardaient d’un air surpris.

- Heu, je vais…
- Nous en dire davantage sur cette suggestion,
affirma Archibald, l’air soudain intéressé.
- C’est que…
- Tout de suite.
- Bien.


Agacée, Lou se planta devant le plateau. Elle regarda un instant les billes colorées qui se multipliaient en une série de dessins complexes, puis tendit le doigt afin d’illustrer son propos :

- Vous êtes en train de perdre du terrain. Si le jeune maître joue en rouge et de front, il peut vous faire reculer davantage et couper votre prochaine manœuvre en vert. Et cela lui permettra d’avancer à gauche, réduisant sa seule et unique faille.
- Mmh… Sauf que moi je peux contrer cette action avec le blanc ici, et le noir là.
- Non.
- Non ?!
- Non. Le jeune maître peut aisément sacrifier son flanc droit et revenir sur le vôtre en… deux coups.


Archibald fixa un long moment le plateau, si bien que Lou commença à se demander si exposer ses erreurs était la meilleure chose qu’elle ait pu faire en tant que domestique ; mais soudain le vieil homme se leva. Surpris, Yoran en fit autant, et son grand-père fit un geste de la main pour lui signifier qu’il pouvait rester assis. Puis il s’écarta et désigna sa place à Lou.

- A toi.
- … moi ?
- Triple bigre, à qui d’autre pourrais-je bien m’adresser en ce moment ?


Lou obéit, pas sûre de comprendre : elle s’enfonça dans le fauteuil moelleux. Elle tenait toujours son livre serré contre sa poitrine.

- Et que dois-je faire ?
- Gagner cette partie.


Sur le coup, Lou resta immobile, totalement abasourdie. Non seulement son maître lui proposait de faire une partie de Jantos, mais en plus il lui demandait de la gagner pour lui ! Réalisant en fin ce que cela signifiait, elle tourna la tête vers lui, prête à refuser. Il croisa les bras, dans l’attente – et la curiosité. Comprenant qu’elle n’avait pas le choix, Lou regarda Yoran, espérant que lui, au moins, pourrait la sortir de cette impasse.

Il souriait.

Pas avec ses lèvres mais avec son regard, les yeux à demi fermés, traversés par une lueur indéchiffrable mais indubitablement amusés. Une bouffée de colère nappée de fierté envahit la poitrine de Lou, qui prit sa décision dans ce simple regard échangé : elle allait jouer à la place d’Archibald.

Et elle allait remporter cette partie.




- J’ai perdu.

L’aveu avait jailli, spontané comme tout ce qui caractérisait la jeune femme ; pourtant elle souriait comme si la victoire avait été sienne.

- A partir de ce moment-là, Archibald m’a fait venir dans la bibliothèque chaque soir pour jouer au Jantos. Nous nous affrontions tous les trois à tour de rôle, et une fois la partie terminée nous pouvions discuter encore pendant des heures de tactique et stratégie.

Lou but une gorgée de jus de fruit, ses yeux verts pétillant de malice posés sur Daos.

- Il faudra que nous fassions une partie un jour, dit-elle en posant son verre. Entre deux guerres des oreillers !

Rire joyeux. Avec Daos, il était facile de rire, même au cœur d’une mission de protection. C’était justement cette évidence qui plaisait à Lou, tout comme l’écoute attentive dont il faisait preuve – ainsi qu’une curiosité franche. Elle pencha la tête sur le côté et son regard se voila légèrement tandis qu’elle plongeait dans un souvenir.

Un bon souvenir.




Lou poussa la porte de la bibliothèque et entra dans la pièce baignée de chaleur et de lumière. Elle avançait tout en tressant ses longs cheveux blonds, ses doigts fins et délicats dansant parmi les mèches pour les placer selon un ordre précis. Elle s’arrêta en découvrant Yoran, déjà installé devant le plateau de jeu, et interrompit sa coiffure pour s’incliner. Son regard glissa vers le fauteuil vide.

- Mon grand-père est fatigué ce soir, répondit simplement Yoran avant de lui faire signe de s’installer.

En silence, ils commencèrent à jouer. Avant qu’Archibald lui offre sa place, Lou n’avait jamais joué au Jantos, seulement observé quelques joueurs, et c’était pourquoi elle avait échoué ce soir-là : sa logique et son audace n’avaient pas fait le poids face à l’expérience et la technique de Yoran. Depuis, elle l’avait régulièrement affronté, guidée par les conseils avisés du vieux maître, et petit à petit elle avait appris à se familiariser avec le style de jeu de Yoran. Elle savait désormais comment il aimait bouger ses billes pour entamer une partie, quel rythme il adoptait – tranquille au début, incisif à la fin – et surtout quelles tactiques il employait. Bien sûr, il devait en faire de même avec elle, et c’était tout le principe du Jantos : il fallait être capable de feinter, d’opposer une technique bien huilée sans en montrer les rouages, d’empêcher l’adversaire de deviner le prochain coup. Surprendre, encercler, désarmer.

C’était à Yoran de jouer. Un coude posé sur le coin de la table, il pressait doucement deux doigts le long de sa tempe droite et observait attentivement les billes colorées qui s’étalaient sur le plateau. Il était tellement absorbé par sa réflexion que Lou en profita pour l’observer avec attention. Moins grand que certains hommes ici, il restait dans la moyenne ; il n’avait pas l’air particulièrement fort, c’était plutôt le contraire avec cette silhouette longiligne, mais Lou se souvenait parfaitement de la pression de son corps sur le sien quand il l’avait plaquée au sol. Cette nuit-là elle avait senti le dessin de ses muscles sous sa chemise. Pourtant Yoran ne semblait pas du genre à aimer faire de l’exercice ! Il passait le plus clair de ses journées enfermé, et s’il sortait, c’était pour aller se balader à cheval, seul ou avec son grand-père. Lou plissa les yeux, songeuse. Toujours ce mystère impénétrable. Elle sentait pourtant qu’il y avait quelque chose derrière l’apparence tranquille de Yoran. Quand il jouait au Jantos, il portait des lunettes à fine monture qui, loin de dissimuler son regard, faisait ressortir le bleu vif de ses yeux. Lorsqu’il cherchait une idée, comme en cet instant, il passait la main dans ses épais cheveux bruns, suffisamment longs pour être retenus en une courte queue. Soudain, il leva les yeux vers elle, l’obligeant à détourner le regard, non sans un léger embarras : depuis quand savait-il qu’elle l’observait ?

Quand il bougea ses billes, ce fut pour porter un coup terrible.

Il avait gagné.

- Mais… commença Lou, sidérée. Comment… ?

Yoran se renversa en arrière dans son fauteuil, l’air amusé.

- Tu n’as pas compris ?
- Non.


De bonne grâce, il replaça ses pions dans la configuration qui avait précédé ce coup de maître, puis il dévoila sa technique, si tordue que Lou fronça le nez :

- C’est de la triche.
- Non, c’est de la ruse.
- Quelle différence ?
- La ruse s’apprend.


Yoran attrapa une bille noire dans sa main, l’éleva à hauteur de son visage et, d’un léger mouvement du poignet, la fit disparaître ; puis il se pencha par-dessus le plateau et tendit le bras, approchant sa main du visage de Lou comme s’il s’apprêtait à lui caresser la joue. Elle se raidit instinctivement, mais les doigts de Yoran n’effleurèrent pas sa peau : ils s’arrêtèrent à quelques centimètres de son oreille, s’agitèrent… et retrouvèrent la bille disparue.

- Magicien ? lança-t-elle avec ironie.
- La magie n’a rien à voir avec ça. Regarde.

Il refit son tour de passe-passe plus lentement, et cette fois-ci Lou devina le moment où la bille remonta dans sa manche. C’était si simple.

- A toi maintenant.

Elle avait dit « simple » ? C’était bien le cas, mais il lui fallut trois essais pour réussir à embarquer la bille sans fioritures. Yoran prit alors une bille rouge et, cette fois-ci, il la posa en équilibre sur le dos de sa main, puis donna une impulsion à son poignet qui fit s’élever un peu la bille, retira sa main en dessous et attrapa de l’autre la bille avant qu’elle descende d’un centimètre. Il n’eut pas besoin de proposer à Lou d’essayer : elle posa sa bille noire sur sa main et s’essaya au tour. Trois tentatives furent à nouveau nécessaires. Alors, Yoran la fit essayer avec la main gauche. Une fois qu’elle fut parvenue à l’attraper avec chacune de ses mains, il lui demanda de n’utiliser que son pouce et son index, puis de fermer les yeux. Lou réussit à chaque fois.

- Pas mal du tout, dit Yoran en reposant les billes sur le plateau.

Lou allait répondre avec le sourire, fière de ses exploits, quand soudain la vérité lui apparut avec évidence : elle regarda le plateau, la configuration des billes, le dernier geste de Yoran…

- Vous avez bel et bien triché ! s’exclama-t-elle, le rouge aux joues.
- Prouve-le, rétorqua-t-il aussitôt.

Sans hésiter elle fit voler sa main au-dessus du plateau. Une seconde, un battement de cils. C’était un coup parfait, simple et gagnant… uniquement parce qu’en bougeant les billes, elle avait subtilisé celle qui lui faisait obstacle – et qui se trouvait désormais dans sa manche. Sidérée, elle hésitait entre la satisfaction d’avoir compris la ruse, et la colère en envisageant que Yoran trichait probablement depuis un bon moment.

La satisfaction fut plus grande.





La famille d’Orion prenait son petit-déjeuner dans une salle presque aussi grande que celle du bal de la veille, en compagnie de deux autres familles apparemment éminentes. Comme il y avait suffisamment de gardes à l’intérieur du manoir pour veiller à la sécurité de tout ce beau monde, Lou et Daos s’étaient installés sur le toit. Lou avait choisi un point de vue dégagé sur l’immense jardin aux arbustes soigneusement entretenus, et les deux marchombres discutaient assis à même les larges tuiles d’ardoise, réchauffés par un soleil seulement voilé par de légers nuages qui glissaient paresseusement au gré du vent.

- J’étais loin d’imaginer ce qu’était réellement Yoran, expliqua la jeune femme en enroulant le bout de sa tresse autour de son doigt. Et puis un jour, il m’a demandé de l’accompagner pour un voyage d’affaire, à trois jours de cheval du manoir des Ril’Fairy, dans un village perdu dans les hauts sommets des montagnes de l’est. Et c’est au cours de ce périple que j’ai entendu, pour la première fois de ma vie, le mot « marchombre »…

Elle sourit et croisa le regard de Daos. Inutile de lui décrire ce qu’elle avait ressenti alors, il l’avait lui-même expérimenté et c’était un moment unique qu’elle gardait dans un coin secret de son âme. Inoubliable, comme chacun des pas qu’elle avait fait ensuite aux côtés de Yoran – son maître.

- Il était exigeant et intransigeant, aussi bien avec moi qu’avec lui-même. D’une discrétion presque timide quand il devait dialoguer avec des gens, mais d’une richesse incomparable en matière d’anecdotes sur son pays.

Yoran n’avait pas mis longtemps à deviner que son apprentie ne venait pas du même monde. Son rôle avait été encore plus important puisqu’il lui avait appris à vivre en alavirienne, et Lou savait que sans lui, son adaptation aurait été encore plus longue. Un jour, elle parlerait de son ancienne vie à Daos. Il y aurait d’autres retrouvailles, et d’autres souvenirs à visiter…

Celui qui se profilait dans sa mémoire était aux antipodes des précédents. Il ne marquait pas un commencement mais une fin, brutale et injuste. Lou comprit qu’elle avait eu besoin de raconter sa rencontre avec Yoran à Daos pour se préparer à le quitter à nouveau ; l’épreuve restait la même, bien après qu’elle ait eu lieu, et supposait une grande confiance entre son interlocuteur et elle parce qu’en s’apprêtant à la revivre, Lou s’exposait à une faiblesse, une vulnérabilité dont pourraient profiter des personnes mal avisées. Elle resta silencieuse un petit moment, rassemblant ses pensées, son courage… et ses mots.





Un murmure éveilla Lou.
Elle ouvrit doucement les yeux et immédiatement son regard se posa sur l’homme étendu à ses côtés. Lui aussi ne dormait plus. En appui sur un coude, il scrutait l’obscurité tout juste tranchée par les dernières flammes de leur feu. Alarmée par la tension qui se lisait sur le visage de son époux, elle fit mine de se redresser à son tour, mais fut stoppée dans son élan par une main posée sur ses lèvres.

- Reste ici, chuchota Yoran dans le creux de son oreille.

Seulement vêtu d’un pantalon de toile, le marchombre chaussa ses lunettes et se coula hors de la chaleur des couvertures. Il disparut en un clin d’œil, ombre parmi les ombres. Lou tenta de juguler son inquiétude en imaginant Yoran tomber nez à nez avec un blaireau ou un marcassin égaré. Ils se trouvaient au milieu de nulle part, perdus dans l’immensité verdoyante des collines de Taj, en plein voyage de noces ; que pouvait-il leur arriver ici ? Rien du tout, trancha Lou en se levant néanmoins pour enfiler ses vêtements, un pantalon court et un débardeur qui dévoilait son nombril. La saison était chaude, une brise tiède agita un instant ses longues mèches blondes, toutes ondulées dans leur liberté.

Elle n’eut pas le temps de les rassembler pour les attacher. N’eut pas le temps de raviver le feu pour obtenir davantage de lumière, d’attraper ses lames jumelles restées près de leurs sacs, ni même de dégainer le poignard qu’elle avait glissé sous son oreiller.

Le coup l’atteignit à la tempe et la fit vaciller. Le second la faucha en plein ventre et la fit reculer. Elle bloqua le troisième, son corps trouvant ses automatismes au cœur même de l’urgence, et parvint à se rétablir en faisant à son tour reculer son adversaire. Elle ne le voyait pas dans la nuit mais elle devinait sa silhouette – et vit scintiller un fugace reflet sur une lame qui fusait vers son visage. Sans réfléchir elle pivota, sentit le tranchant mortel frôler sa joue et y dessiner une ligne de feu, pivota encore et frappa son ennemi dans le dos. Quand il trébucha, elle était déjà sur lui et l’envoyait au tapis d’un coup porté sur la nuque. Son assaillant bascula mollement à terre. Il n’était pas mort mais hors d’état de nuire… Lou venait à peine de se redresser quand le second attaquant lui fonça dessus.

Une minute plus tard, elle luttait contre trois adversaires simultanément, ripostant vaillamment, esquivant farouchement et blessant aussi souvent que possible, mais l’obscurité la gênait au moins autant que la maîtrise des combattants qu’elle affrontait : ils étaient bien trop doués pour être de simples bandits. Et Yoran qui ne revenait pas… Refoulant courageusement sa peur, Lou se battait avec énergie. Elle déployait tout son savoir, toute son expérience acquis aux côtés de l’homme qui avait été son seigneur, puis son mentor et enfin son mari. Mais elle avait encore tellement à apprendre… une erreur de calcul lui fit soudain perdre le mince avantage qu’elle possédait.

Elle posa un genou à terre et sentit son souffle lui manquer. Le chuintement qui s’éleva dans la nuit glaça son sang dans ses veines. Une seconde, c’est tout ce que lui accorda le présent pour redouter le pire. C’est au cours de la suivante que le pire eut lieu pour de bon. Yoran surgit de nulle part, couvert de sang, et se précipita devant Lou. C’est lui qui reçut le coup de lame à sa place. Il grogna sous le choc, et elle sentit son poids sur elle, juste avant qu’il se retourne pour balayer l’air de son bras. La faux qui se déploya, cadeau du Rentaï au marchombre d’exception qu’il était, fendit l’obscurité – et le crâne du dernier assassin encore debout.

Impuissante, Lou tenta de retenir Yoran quand il glissa dans ses bras. Elle se laissa tomber à genoux passa la main sur le sang qui poissait son torse. Des larmes roulaient sur ses joues, l’empêchaient d’y voir clair. Le feu était mort depuis longtemps. Elle essuya rageusement ses yeux, serra son compagnon contre elle et soudain, le monde s’évanouit. Les arbres devinrent des colonnes de pierre, l’herbe se changea en dalles, la nuit se fit arches et voûtes sur lesquels les flammes des bougies venaient se refléter. Ils étaient à Ondiane.

Lou avait dessiné un pas sur le côté.






Son poing s’était refermé sur l’alliance et son regard humide cherchait encore des réponses à l’horizon. Debout au bord du toit, Lou demeura un moment parfaitement immobile, puis ses épaules s’affaissèrent légèrement et elle baissa la tête.

- On raconte que les Faëls ne survivent pas à la perte de leur âme sœur. Une part de moi n’a pas survécu à Yoran, mais… je suis toujours là. Et c’est anneau, c’est un rappel : une part de lui vit encore en moi.

Comme en écho à ses paroles, un coup de vent vint chatouiller sa nuque et emporta la larme qui roulait sur sa joue. Un instant plus tard, le soleil brillait de nouveau dans les yeux de Lou ; elle retourna s’asseoir près de Daos et lui donna un léger coup de coude entre les côtes.

- Merci d’avoir écouté cette très, très longue réponse.

La marchombre posa sa tête sur l’épaule de son ami, serra son alliance dans sa paume et ferma les yeux. Juste une seconde. Jusqu’à ce que la voix stridente d’une petite fille impatiente retentisse et délite les dernières volutes de nostalgie.

- LOUUUUUUUU !
- On dirait que le devoir m’appelle…


Dans un petit rire joyeux, Lou fit une roulade qui l’emmena au bord du toit et bascula dans le vide. Mais sa tête reparut aussitôt et ses yeux verts scrutèrent Daos avec espoir :

- Un dernier tour de piste ?

La proposition était à prendre dans le sens propre du terme : Briwaël s’entraînait quotidiennement à monter Nougat, son poney. Ses balades étaient toujours faites sous bonne garde, ce qui ennuyait énormément la petite, aussi Lou s’était-elle proposée de l’accompagner. Orion, sachant sa fille en parfaite sécurité avec Lou, avait accepté. Ils ne s’éloignaient pas vraiment, restant dans les limites du domaine, mais la marchombre n’était pas mécontente de retrouver Lilune, sa petite jument alezane.


[Encore désolée pour l'attente ! Tu me dis si quelques chose te gêne ! Léchouille sur la bouille !]

__________________________________________



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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Ven 25 Mai 2018, 00:10

Daos expira longuement, vidant ses poumons dans une lenteur en harmonie avec la vue qui se prélassait devant lui. Lou et lui se trouvaient au modeste sommet de la demeure des El' Nedain, assis en tailleur sur les tuiles chauffées par le soleil de midi. Sous leurs yeux s'étendait un timide carré de verdure fleurie, pavé de quelques arbres et buissons, bordé par l'immensité colorée d'Al-Jeit. Au loin, les hauts bâtiments disputaient aux immenses tours l'accès à une chappe de nuages dont l'épaisseur laissait les rayons du soleil caresser les toitures aux formes changeantes. Un léger zéphyr courait sur la peau des deux marchombres et jouait avec une mèche de cheveux blonds que Lou replaçait machinalement derrière son oreille à chacune de ses échappées.

Poursuivant sur sa lancée, la jeune femme avait une fois de plus fait preuve de ses talents de conteuse pour dépeindre à Daos une fresque qui aurait pu n'appartenir qu'à elle. Qui aurait dû n'appartenir qu'à elle. Bien plus, infiniment plus qu'une simple anecdote qu'elle aurait pu narrer à n'importe laquelle de ses connaissances, c'était un pan entier de sa vie qu'elle dévoilait au jeune homme. Au départ bien loin d'imaginer la réponse qu'une question presque banale aménerait, Daos avait au fil du récit de son amie compris l'importance des images qui se formaient sous ses mots. Elle avait fait le choix d'ouvrir une boîte dont elle avait permit au contenu de s'échapper, tel un filet de brume qui s'enroulait autour de Daos et dont les volutes dansantes adoptaient les formes de chevaux et de plateaux de Jantos, de vignes et de flammes, de deux hommes dont les silhouettes floues s'éclaircissaient au fil du récit.

Fier et reconnaissant de se voir accorder une telle confiance, Daos était resté silencieux lorsque Lou s'était tue. Il avait compris au ton de son amie que cette histoire n'était pas terminée. A l'infime tressaillement de ses épaules qu'elle rassemblait son courage pour poursuivre. A son regard que le douloureux souvenir qu'il avait redouté d'entendre n'attendait alors que de passer la barrière des lèvres de la marchombre pour revenir à la vie.

La voix de Lou avait peu a peu perdu de sa clarté pour se charger d'infimes tremblements, se teinter de la tristesse d'une perte douloureuse. Non, comprit Daos en voyant son amie se lever après avoir courageusement ravivé un pareil souvenir, il y avait plus que de la tristesse et de la douleur. C'était un recueil de colère et d'incompréhension, d'un sentiment mêlé de rage et d'impuissance, une perte que bien peu pourraient imaginer. Il ne pouvait et ne voulait imaginer ce qu'il ressentirait s'il arrivait malheur à Rilend. Pourtant, Lou avait perdu bien plus que cela.

Immobile au bord du toit, le regard porté sur l'horizon, la marchombre était plongée dans des pensées qui n'appartenait qu'à elle. Daos détourna le regard de cette vision et cligna des yeux à plusieurs reprises. Affronter le chagrin de son amie était dur. Mais grâce à cela il avait pu connaître, ne serait-ce qu'un tout petit peu, le marchombre d'exception qu'avait été Yoran Ril' Fairy. Un maître d'exception, pour former une marchombre d'exception. Il avait le sentiment d'en avoir appris, autant sur Lou que sur les marchombres.

- On raconte que les Faëls ne survivent pas à la perte de leur âme sœur, murmura Lou. Une part de moi n’a pas survécu à Yoran, mais… je suis toujours là. Et c’est anneau, c’est un rappel : une part de lui vit encore en moi.

Daos chassa du doigt une larme au coin de son oeil juste avant que Lou ne revienne s'asseoir à ses côtés. Face à eux les nuages s'écartaient lentement, comme pour laisser la place en prévision de la course du soleil de l'après-midi.

- Merci d'avoir écouté cette très, très longue réponse, murmura Lou en lui assénant un coup de coude amical dans les côtes.
- Les amis sont faits pour ça, répondit Daos.

Elle posa la tête sur son épaule. Ses mains se refermèrent sur l'alliance de Yoran et la serrèrent, comme pour s'assurer que son souvenir y reste gravé à jamais. Le jeune homme passa un bras réconfortant autour des épaules de son amie en songeant qu'il s'était trompé. A moitié. C'était bel et bien plus qu'un simple anneau de métal qui pendait autour du cou de la marchombre. Mais si l'alliance avait paru si lourde à Daos, cela n'était pas qu'à cause des souvenirs douloureux qui y étaient enfermés. Ce petit cercle d'argent contenait toute la mémoire d'un homme, le souvenir d'une relation si puissante, parée de rires et de pleurs, d'espoir, de tristesse et de joie.


- J'aurais aimé le connaître, murmura Daos.

Là, au sommet de ce petit toit d'ardoise, sous le ciel bleu aux nuages fuyants, le temps semblait s'être arrêté. En bas, Briwaël choisit cet instant pour rompre le silence qui s'était installé entre les deux marchombres. Son appel déclencha un rire étrangement joyeux chez Lou, qui acheva d'étonner Daos en exécutant une roulade jusqu'au bord du toit et en disparaissant dans le vide. Voyant la tête blonde de son amie réapparaître et son sourire encadré de fossettes qui remontait jusqu'à ses yeux pétillants, entendant sa voix claire et malicieuse qui l'invitait, le jeune homme se souvint de qui elle était. Elle était Lou, cette véritable boule d'allégresse qu'il avait rencontrée à Al-Chen et qui tourbillonnait dans un rythme effrêné. A la voir ainsi, il se sentait un peu moins coupable de lui avoir fait revivre ces douloureux souvenirs.

Il se jeta dans le vide à sa suite et, une fois le petit bâtiment descendu à toute vitesse, marcha à ses côtés tandis qu'elle lui détaillait sa proposition. Daos accepta dans un sourire. Sa visite d'Al-Jeit s'était cantonnée à la surface délimitée par les remparts, tant il y avait à voir, aussi ne s'était-il jamais aventuré en dehors de l'enceinte autrement que lors de ses brefs passages avec Rilend. Il quitta les deux filles après avoir convenu de se retrouver à la porte d'Améthyste une heure plus tard.

L'auberge où il avait loué sa chambre se trouvait dans les quartiers de l'est, ce qui représentait une bonne distance à parcourir, tout particulièrement en pleine journée au milieu des passants. Fidèle à ses habitudes il passa par les toits, sautant d'un bâtiment à l'autre dans une sobre parodie de sa course de la veille avec Lou. Il atteignit rapidement l'auberge du
Siffleur aphone et se rendit directement à ses écuries. Il sella rapidement Ptibuis qui piaffait d'impatience et se dirigea vers la porte est, à tout juste quelques minutes de marche. Vu le monde, songeait-il, passer au galop par l'extérieur de la ville serait plus rapide que de la traverser en menant sa monture par la longe. Il passa la dizaine de gardes aux visages fermés et dont les yeux sautaient d'un passant à l'autre, se hissa souplement sur la selle et fit partir sa monture d'un claquement de langue. Son voyage avec Rilend lui avait permit de se réconcilier avec la race équine et de développer un semblant de relation avec la jument de l'Académie, qui saisit l'occasion pour s'élancer au galop une fois l'immense pont transparent traversé. Ptibuis semblait désireuse de se défouler et ne ralentit pas l'allure, ses sabots foulant avec force l'herbe de la plaine bordant la cité.

Le jeune homme lui intima de repasser au trot en arrivant à proximité du pont qui sortait de la porte d'Améthyste. Lou et Briwaël en descendaient tout juste lorsqu'il arriva à son pied. La jeune femme se tenait sur une jument alezane qui répondait au nom de Lilune et sa protêgée sur Nougat, un petit poney tacheté de noir. Les deux marchombres firent aller leurs montures à la suite de Briwaël, le long de la cité. A la voir talonner avec entrain son poney pour s'élancer dans un petit trot sur quelques mètres en poussant des cris de joie, Daos ne put s'empêcher de pouffer de rire.


- Ah, commença-t-il en voyant le regard interrogateur de Lou, c'est juste que j'essayais d'imaginer une scène pareille mais avec une troupe de gardes royaux autour d'elle.

Il pouffa de plus belle. Orion avait bien fait de faire confiance à Lou, Briwaël devait bien plus s'amuser ainsi.


[J'ai, du coup, pris la liberté de nous faire nous promener à l'extérieur des remparts. J'avais du mal à m'imaginer des jardins impériaux à la fois en ville et assez grands pour se prêter à une promenade à cheval. Et si ça t'intéresse pour l'ambiance, je suis tombé sur ça comme image : http://boumabib.fr/wp-content/uploads/2017/07/quete-ewilan-4-bd-extrait.jpg, tome 4 de la BD][/i]

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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Sam 16 Juin 2018, 22:59

L’escorte habituelle de Briwaël n’apprécia guère que l’on prenne sa place auprès de la jeune noble, mais Hadrig, à l’aide d’un discours concis et truffé de noms d’oiseaux, leur fit comprendre qu’il ne servirait à rien de tenter de vaines négociations. Amusée, Lou le remercia d’un clin d’œil lumineux, immédiatement copiée par la fillette, puis toutes deux s’engagèrent dans la rue, chacune tenant sa monture par la bride. Briwaël resplendissait dans sa tenue d’équitation et bombait le torse, très fière que les regards se tournent vers elle. De son côté, Lou avait passé sa cape de voyage sur ses épaules, dont le vert sapin soulignait celui de son regard.

- A force de la hocher dans tous les sens, ta grosse tête va finir par dégringoler, fit-elle remarquer d’un ton léger.
- J’ai pas la grosse tête !
- Vraiment ?


Briwaël s’empourpra et ralentit légèrement l’allure. Lou eut un sourire.

- Il existe une différence entre la prétention et l'humilité, qu’on appelle subtilité. Tu découvriras très vite qu’un simple habit n’est pas utile à ta personne pour briller.
- La subtilité ?
- Observe et apprends !


Lou s’approcha d’un marchand qui vendait des fruits de saison. Dès qu’il l’aperçue en train de lorgner sa marchandise, l’homme se précipita vers elle, prêt à sortir les boniments habituels. Il n’en eut tout simplement pas le temps. La marchombre tourna la tête vers lui, sourit et il sentit son cœur trébucher sur quelques battements.

- Vous avez de très belles pommes !
- Je… heu… hein ?
- Vos pommes. Combien pour deux d’entre elles ?


Noyé dans les yeux vert de la jeune femme, le marchand avait complètement oublié le prix de ses fruits. Plus rien ne lui venait à l’esprit ! Il balbutia quelques paroles incompréhensibles, secoua la tête et frotta ses joues un peu trop rouges :

- Je vous en fait cadeau !

Une minute plus tard, Briwäel fixait la pomme que Lou avait déposée dans sa main, sidérée. La marchombre croqua dans la sienne et s’éloigna d’un pas tranquille, obligeant la fillette à courir et Nougat à trottiner pour la rattraper.

- C’est ça la subtilité ?
- Oui.
- Trop puissant !!!


Et en effet, lorsque le marchand à peine remis de ses émotions plongea la main dans sa poche et y trouva deux pièces qui n’y étaient pas avant l’apparition de la jolie femme aux cheveux blonds, la subtilité prit tout son sens.


*


- Daos !

En contrebas du pont, l’interpelé leva la tête dans leur direction, alors Briwaël leva le bras pour lui faire de grands signes. Elle grimpa ensuite sur le dos de Nougat et le mit au pas ; Lilune resta à sa hauteur, attentif aux sollicitations quasiment imperceptibles de sa cavalière.

- Est-ce que c’est ton amoureux ?
- Daos ?
- Oui.


Lou regarda le jeune marchombre qui les attendait, juché sur un cheval à la robe d’un beau palomino. Elle ignorait si son cœur était déjà pris étant donné qu’ils n’avaient encore jamais abordé la question. Sa malice lui souffla de songer à le faire boire, une prochaine fois, pour délier sa langue et en savoir davantage ; l’idée la fit ricaner comme une gamine, puis elle se souvint que Briwaël lui avait posé une question et elle retrouva un peu de sérieux.

- Il est encore plus que cela puisque c’est mon ami.
- Simplement ton ami ?
- Simplement mon ami.
- Bien.


Lou haussa un sourcil amusé.

- Bien ?
- Je vais utiliser ma subtilité sur lui, il va tomber amoureux de moi et quand je serai plus âgée, je l’épouserai !


Cette fois-ci, Lou dut se mordre l’intérieur de la joue pour ne pas éclater de rire, et ainsi froisser sa jeune compagne. L’idée lui plaisait toutefois beaucoup et c’est avec un air franchement espiègle qu’elle plaça sa monture près de celle de Daos. Ensemble, ils longèrent la ravine qui bordait l’immense cité, progressant tranquillement parmi les hautes herbes de la prairie ensoleillée. Tranquillement ne s’appliquait cependant qu’aux deux marchombres, puisque Briwaël s’était élancée dans un petit galop, son cri joyeux se mêlant au hennissement ravi de Nougat. Le rire de Daos intrigua Lou, qui pencha la tête sur le côté.

- Ah, c’est juste que j’essayais d’imaginer une scène pareille mais avec une troupe de garde royaux autour d’elle.
- C’est moins drôle, ils ne la laissent pratiquement jamais galoper ainsi,
expliqua Lou en croquant dans sa pomme.

Elle songea que la liberté était une saveur trop souvent goûtée, surtout par les gens de la noblesse. Tout le monde n’avait pas la chance de suivre une Voie aussi belle que la sienne…

- A propos, cette petite madame s’est mis en tête de t’épouser un jour. Voilà ce qui arrive quand on danse toute la soirée avec une bouille d’amour comme la tienne !

Le rire de Lou s’accentua quand elle vit la tête de Daos. Elle s’apprêtait à le charrier davantage – car qui aime bien châtie bien – mais du coin de l’œil, elle vit un cavalier galoper dans leur direction. L’appel du devoir ! Lou pressa doucement les genoux et Lilune accéléra l’allure. L’homme les dépassa sans leur accorder davantage qu’un bref regard, et Lou se détendit.

- Corrige ton assiette, jeune fille ! lança-t-elle à Briwaël, attentive aussi bien à sa sécurité qu’à sa façon de monter.

En réalité il y avait très peu de choses à dire sur l’allure de la fillette : celle-ci se débrouillait à merveille, parfaitement à l’aise sur son fidèle compagnon qui obéissait au moindre de ses désirs. Ils chevauchèrent jusqu’à atteindre un petit bosquet où ils marquèrent une halte, profitant de l’ombre des arbres et de la sérénité des lieux. Bien sûr, Briwaël en profita pour s’essayer à la « subtilité », ce qui provoqua l’hilarité de Lou à maintes reprises. Quand ils reprirent la direction d’Al-Jeit, la marchombre sentit poindre le moment des adieux. Elle se rapprocha de Daos, son genou à quelques centimètres du sien tandis qu’ils suivaient Briwaël, et sourit.

- Tu as rendu cette mission plus joyeuse, dit-elle. Et…

Elle effleura l’anneau qui se balançait sur sa poitrine.

- Tu en sais davantage sur moi que bon nombre des gens de mon entourage. Ne t’avise pas de répandre mes secrets partout dans l’empire, ou bien je te ferai la peau ! railla la marchombre avant de tirer la langue dans sa direction, sa malice démentant la violence de ses paroles.

Son regard glissa vers la citadelle qui se dressait fièrement devant eux, ses tours vertigineuses prêtes à crever les nuages qui passaient au-dessus d’elles avec indolence.

- Si un jour tu te vois confier la responsabilité d’un membre de la noblesse ou de sa famille, fais-moi signe. Je serai ravie de pouvoir te rendre la pareille. Et puis ce sera encore l’occasion de s’amuser comme des fous !

Un peu plus loin, Briwaël se retourna sur sa selle et observa les deux amis qui se fendaient la poire. Ils avaient parfois l’air de sages et parfois, ils étaient moins sages que des enfants ! C’était un phénomène qu’elle ne s’expliquait pas mais qui titillait sa curiosité, tout comme le lien qui unissait ces deux-là. Lou avait parlé d’amitié. A la réflexion, elle n’était pas certaine de vouloir épouser Daos ; elle préférait devenir son amie, comme Lou, afin de pouvoir rire avec lui à gorge déployée.

- Bon ça suffit maintenant ! cria-t-elle alors qu’ils repartaient dans un énième fou-rire. On rentre !

C’est vrai quoi, ils ne pouvaient pas être un peu sérieux des fois ?!


[J'ai les BD à la maison, je m'en inspire régulièrement pour imaginer et décrire les paysages, c'est bien pratique n'est-ce pas ? - Je ne t'oblige pas du tout à quitter ce Rp mais comme j'en ai commencé un autre, et que je n'ai plus tellement d'idées dans celui-ci, à mon avis c'est la fin ! N'empêche que si quelque chose t'ennuie, tu me dis !]

__________________________________________



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