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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Grain de folie [Daos]

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Lou Ril'Fairy
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MessageSujet: Grain de folie [Daos]   Jeu 13 Juil 2017, 23:54

[Bon, ben finalement j'ai opté pour Al-Jeit, j'espère que ça te convient ? Je ne sais pas comment Daos peut atterrir là, mais je te fais confiance... tu trouveras (sinon, tu m'envoies un MP !)  Razz]



Lou s’ennuyait vraiment très, très rarement. En fait, ça avait dû se produire seulement deux fois dans toute sa vie… mais là, c’était bien parti pour ajouter un petit 3 à la liste. En même temps, il y avait de quoi ! Quelle idée d’accepter une telle mission ! Mais c’était Lou tout craché, celle qui ne savait pas dire non et qui s’embarquait dans des histoires peu ordinaires. Rien de bien particulier cette fois-ci, hormis le fait qu’elle était chargée de protéger une famille de nobles passablement précieuse… et pour cause. C’était celle de l’Empereur.

Pour sa défense, la marchombre n’avait pas vraiment prêté attention au nom. Elle s’était plutôt concentrée sur le but de la mission, qui était d’accompagner une famille de cinq individus et de ne pas les lâcher d’une semelle pendant dix jours consécutifs. La raison de toutes ces précautions ? Une attaque au palais, ou plutôt une intrusion qui avait rendue méfiante toute la garde.

Lou n’avait pas immédiatement reconnu l’arrière petit cousin de l’Empereur. C’était plutôt logique, mais ça lui avait paru un peu étrange qu’on prenne le temps de lui parler de l’étiquette. En fait, on lui avait carrément appris comment se tenir. Ça lui avait mis la puce à l’oreille. Vaguement. Et puis on l’avait introduite dans le palais, et là, c’était tout de suite devenu plus… concret. Curieuse de tout et tout le temps, Lou s’était fait un plaisir de découvrir un autre monde, radicalement différent de celui qui existait hors de ces murs ; sa mission l’autorisait à déambuler partout où elle le désirait, ce dont elle ne se priva pas.

Orion, l’arrière petit cousin de l’Empereur, était un homme discret, timide, même, ce qui était plutôt étonnant ; s’il parvenait à se sentir à son aise en société, c’était grâce à son épouse, Zérine, qui avait assez d’assurance pour deux et qui soutenait son mari avec tendresse et patience. Leur aînée, Pavenia, était âgée de seize ans. Elle donnait son premier bal ce soir-là, toute de blanc vêtue et au moins aussi timide que son père. Venait ensuite Tail, qui avait deux ans de moins mais qui, lui, tenait de sa mère et s’amusait bien de la faiblesse de sa sœur. La petite dernière, Briwaël, n’avait que six ans mais elle était sacrément maligne, et surtout elle n’avait d’yeux que pour Lou qu’elle ne quittait pas un seul instant.

C’était grâce à elle que Lou ne s’ennuyait pas complètement. Le bal s’éternisait, les danseurs évoluaient sur la piste, Pavenia osait à peine s’approcher d’eux, Tail la faisait tourner en bourrique quand il n’était pas en train de courtiser, du haut de ses petits quartorze ans, les jeunes filles de la soirée, et la marchombre, debout aux côtés d’Orion et Zérine, s’efforçait de prendre son mal en patience. Elle devait veiller au grain, mais elle serait plutôt en train de dormir éveillée…

… si Briwaël ne lui posait pas une montagne de questions.

- Et pourquoi tu t’appelles Lou ?
- Parce que ma maman adorait ce prénom.
- Elle s’appelle comment ta maman ?
- Devine ! En trois essais. On joue pour un bisou !
- Aela!
- Eh non !
- Erezaelle ?
- Encore raté. Mais c’est joli.
- Briwaël ?
- Encore plus joli, mais non : c’est Martine.
- Martine ? Je connais pas. C’est rigolo !
- Et mon bisou ?


Le petit bout se hissa sur la pointe des pieds quand Lou s’accroupit pour lui tendre sa joue. Un baiser sonore, voilà qui redonnait un peu de courage pour patienter jusqu’à la fin de cette looooongue soirée !

- Pourquoi tu danses pas ?
- Je ne sais pas danser ce genre de danse.
- Tu n’as pas appris ?
- Pas celles-ci, non.
- Pourquoi ?
- Hum… pas vraiment mon style.
- C’est quoi ton « style » ?


Lou baissa les yeux et l’observa un instant. C’était tellement tentant… elle sourit en s’imaginant bondir au milieu de la piste et faire une petite démonstration de tektonik. Bon, ce serait du grand n’importe quoi mais ici, c’était forcément inconnu, n’est-ce pas ? Ou bien elle entamerait une Macarena, tiens !

C’était absolument contraire à sa mission, mais que pouvait bien risquer Orion, ce soir ? Il était en pleine discussion avec son épouse, un peu à l’écart. La moitié des invités s’endormait sur sa chaise. La pauvre Pavelia ne se rendait pas compte que sa soirée n’était pas si amusante. Lou soupira. Sa mission était de les protéger ? Et bien soit. Protéger Pavelia et sa réputation, c’était dans ses fonctions !

- Viens avec moi, dit-elle à Briwaël avant de sauter souplement au bas des quelques marches.

Intriguée, la petite la rejoignit tandis que quelques paires d’yeux se posaient sur la marchombre. Elle était vêtue de sa tunique de cuir souple et détonnait déjà au milieu de tous ces gens trop bien habillés, mais quand elle commença à bouger, elle attira tous les regards.

Absolument tous.

Il y avait de quoi.


*



« Mira lo que se avecina a la vuelta de la esquina
viene Diego rumbeando
Con la luna en las pupilas
y su traje agua marina
Parece de contrabando

Y donde màs no cabe un alma alli se mete a darse caña poseido por el
ritmo ragatanga
Y el dijey que lo conoce toca el himno de las doce
para Diego la canción más deseada
Y la baila... and he dances... y la canta »


- Allez Bri, fais comme moi !!!


« Aserejé ja de je de jebe tu de jebe sebiunouva
Majabi an de bugui an de buididipi
Aserejé ja de je de jebe tu de jebe sebiunouva
Majabi an de bugui an de buididipi »



C’était la première fois qu’elle tentait un truc pareil.
La première fois qu’elle apportait un peu de son ancien monde dans celui-ci.

Et c’était une réussite.

Les gens qui la dévisageaient au départ avec des yeux grands comme des ballons agitaient la jambe, ou bien les épaules, ou bien la tête en rythme avec cette drôle de chanson ! Briwaël imitait les mouvements de Lou et, très vite, elle retint l’étrange chorégraphie. C’est elle qui entraîna tout le monde à sa suite, et non pas Lou ! Les danseurs se rapprochèrent, curieux – y compris Pavelia qui rougissait juste un petit peu.

C’était tellement incroyable que Lou recula vers le buffet, les yeux rivés sur la foule. Elle vit trop tard la silhouette qui passait derrière elle et la heurta avant d’avoir pu l’éviter.

- Youps ! Désolée, j’étais distraite et je… Daos ?!

Lou cligna des yeux. Elle n’avait pas la mémoire des visages, mais…

… elle était certaine de reconnaître le jeune homme !

__________________________________________



« C'est impossible », dit la Fierté.
« C'est risqué », dit l'Expérience.
« C'est sans issue », dit la Raison.
« Essayons.. », murmure le Coeur.

[Absente du 25/08 au 28/08]
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Daos Loner
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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Mer 19 Juil 2017, 14:41

[Bon, je pense que ça reste assez plausible pour qu'un péquenaud se pointe dans un bal de l'arrière-arrière-petite cousine de l'Empereur en plein Al-Jeit :p ]

- Hep, un coup d'main !

Daos tourna vivement la tête en haussant un sourcil. La voix qu'il l'avait hélé provenait d'un groupe de jeunes gens, pas plus âgés que lui et affairés autour d'énormes charrettes de bois. Immobilisé au pied des murs de pierre d'une large maison, le convoi se composait de quatre carrioles identiques dont deux croulaient encore sous le poids de leur contenu. En s'approchant de celui qui venait de l'appeler, un jeune homme maigre aux cheveux roux bouclés et au visage avenant, Daos jetta un coup d'oeil à l'une des charrettes les plus chargées. Quantité de chaises emballées en débordaient presque littéralement, à l'instar des montagnes de victuailles que transportait visiblement le chariot suivant. Etonné, il s'arrêta près du jeune homme qui tremblait sous le poids du buffet dont il avait soulevé une moitié de ses deux bras, l'autre reposant sur le bord de la charrette. Amusé, Daos détailla le visage avenant, constellé de tâches de rousseur et rougi par l'effort :

- Ca a l'air lourd, lança-t-il comme un simple constat.
- Ca l'est, haleta le jeune homme. Tu peux...

L'apprenti marchombre acquiesça de la tête en plaçant ses mains sous l'autre partie du meuble, banda ses muscles et aida le jeune homme à le sortir du véhicule. Il s'immobilisa, les mains ramassées sous le meuble et ramenées contre ses cuisses :

- Et où va-t-on, comme ça ?
- Par là
, répondit le rouquin en désignant une porte du bâtiment d'un hochement de tête, de toute évidence soulagé d'avoir reçu un peu d'aide.

Tous deux portèrent le meuble jusqu'au battant de bois contre lequel le jeune homme ne manqua pas de se cogner les doigts, traversèrent un petit vestibule richement décoré, pour finalement venir déposer leur lourd fardeau au beau milieu d'une salle vide au carrelage clair orné d'une peinture colorée. Un homme fin, bien habillé, sa chevelure et sa fine moustache soignées, s'approcha d'eux à grands pas d'une démarche chaloupée mais pas moins gracieuse.


- Contre ce mur-ci, Clay, juste en-dessous de la fenêtre, ordonna-t-il au jeune homme, et... Vous êtes, demanda-t-il en fixant Daos, les sourcils froncés ?

Celui-ci sourit alors que le rouquin, Clay, répondait précipitamment :


- C'est un ami ! Il est venu m'aider à décharger, ça fait longtemps qu'il m'aide, et...
- Longtemps que vous vous connaissez
, hasarda l'homme avec un regard soupconneux ?
- Ah oui, ben ça oui Monsieur Berns, ça fait au moins, pfouuu...
- Trois minutes
, rénchérit Daos avec un grand sourire.

A son étonnement, ledit Monsieur Berns s'autorisa un sourire en coin en reprenant :


- Je vois. Au moins vous êtes honnête.
- Merci. Pourquoi toute cette agitation
, demanda Daos en regardant les gens qui s'agitaient autour dans la pièce, vous emménagez ?
- Le temps d'une soirée, seulement.


Le jeune homme haussa un sourcil curieux. Voyant cela, Berns poussa un long soupir, visiblement exaspéré.

- Vous n'êtes pas au courant ?
- Au courant de quoi ? Je vous l'ai dit, je ne connais Clay que depuis trois minutes
, rétorqua Daos. Je passais par là, il m'a demandé un coup de main.
- Bien
, soupira de nouveau Berns. L'arrière-arrière-petite cousine de notre Empereur donne un bal ce soir, ici même. La maison des El' Nedaìn a accepté de mettre cette demeure à leur disposition pour l'occasion. La plupart des jeunes des nobles familles d'Al-Jeit y sont conviés, ainsi que certains d'origines plus... Modestes, grommela-t-il dans sa barbe.

Cette réflexion sur la noblesse et les origines fit froncer les sourcils de Daos.


- Et vous, qui êtes-vous ?
- Augustus Berns, le plus grand décorateur intérieur de tout l'Empire,
clama-t-il en se redressant fièrement.
- Avec ou sans les talons, ironisa Daos en jettant un coup d'oeil vers les chaussures de l'homme ?
- Riez tant que vous le voulez, je ne pense pas avoir de conseils à reçevoir sur ma tenue vestimentaire. Surtout venant de... Vous, cracha-t-il en détaillant la tenue de Daos.

Le jeune homme se devait de reconnaître que sa tenue n'allait pas bien avec les décorations clinquantes et les couleurs criardes de la pièce. Là où or, bois richement sculpté, tentures ouvragées et moulures délicates ornaient battants, meubles, murs et plafonds de la demeure, lui se contentait d'une tunique et d'un pantalon de toile marbrés de gris et de noir, de bottes plates et souples et pour simple fioritures d'une ceinture de cuir sombre et de son bracelet habituel. Là où les vêtements de Berns étaient pimpants et hauts en couleurs mariées avec soin dans le but d'attirer l'attention, ceux de l'apprenti arboraient des motifs irréguliers qui permettaient de trancher sa silhouette humaine lorsqu'il cherchait à se fondre dans les ombres, acquisition qu'il venait tout juste de faire chez l'un des couturier les plus rennommés de la ville. L'homme avait d'ailleurs été fortement étonné par la demande de Daos, lui qui avait l'habitude d'habiller des gens tels que Berns.

L'apprenti marchombre leva les yeux de sa propre tenue pour les planter dans ceux d'Augustus. Il sourit :


- Puisqu'aucune de nos tenues ne trouve grâce aux yeux de l'autre, et que je n'apprécie absolument pas votre ton, autant en rester là.

Berns acquiesca avec une exclamation hautaine, avant de se détourner et d'ignorer superbement Daos. Celui se détourna en soupirant et secouant la tête, puis se dirigea vers la porte, talonné par Clay.

- Double "P", murmura Daos.
- De quoi ?
- Double "P"
, répéta-t-il plus haut à l'intention du jeune homme. Péteux prétentieux.
- Ouais, je suis d'accord
, acquiesca Clay en souriant largement.
- Enfin, peu importe. Tu travailles souvent avec lui ?
- Assez, oui. Mon père est traiteur, c'est à lui qu'ils ont acheté la bouffe pour ce soir. De temps en temps, il me trouve un petit boulot comme ça pour décharger une de ses commandes et aider à l'aménagement de la réception.
- Et tu comptais soulever ce meuble tout seul, ou tu étais sûr que je passerais par là et que j'accepterais de t'aider
, demanda Daos en souriant ?
- M'en parles pas, soupira Clay. Mon frère était censé m'aider pour celui-là, mais il s'est tiré quand j'avais le dos tourné. J'ai juste eu le temps de le voir courir après deux filles qui marchaient dans la rue.
- Chacun ses priorités
, commenta le jeune homme.
- Ouais. Tu viendras, ce soir ?
- Au bal ?
- Ben oui !


Daos regarda le jeune homme en fronçant les sourcils.

- Et que viendrais-je faire à un bal ?
- A ton avis ? Boire, manger, danser ! T'amuser ! En plus y'aura plein de filles !
- Génial
, ironisa Daos.
- Allez, viens !
- Je ne suis pas invité, de toutes manières.
- Moi oui
, s'exclama Clay ! Vu que je travaille souvent avec Berns, il a accepté que je vienne, à condition que je me tienne bien.
- Il a accepté que tu viennes dans un bal de nobles ? Toi
, s'étonna Daos en riant ? J'ai cru comprendre que ton père était traiteur.

Le jeune homme écarta la remarque d'un signe de tête.

- Y'aura pas que des nobles, y'a aussi plein de jeunes des classes moyennes qui sont invités. Y'aura même un fils de forgeron, alors tu vois !
- Je suis fils de forgeron,
répondit Daos, les lèvres pincées.
- Ah, heu...

L'apprenti eut un sourire rassurant :

- Ne t'en fais pas, les classes sociales ne m'intéressent pas. Pour tout te dire, je ne viens même pas d'Al-Jeit, mais d'un petit village dans le nord. Alors, comparé à tous ces nobles et ces... Jeune de classe moyenne, comme tu dis, je suis un simple pécore. Mais soit, admettons. J'ai juste deux questions : pourquoi, tiens-tu tant à ce que je vienne ? On se connaît depuis à peine dix minutes.
- Ben, un mec qui est capable de moucher Augustus comme ça, je veux le voir au milieu de tout le gratin qu'il y aura ce soir
, répondit Clay en souriant.
- Je croyais qu'il n'y aura pas tant de nobles que ça, ironisa Daos ?
- Heu...
- Peu importe. Deuxième question : es-tu idiot ou insouciant ?
- Hein ?
- La sécurité, ça te dis quelque chose
, poursuivit Daos d'un air grave ? L'arrière-arrière-petite cousine de l'Empereur, des tas d'autres nobles, et tu invites un parfait inconnu dans un bal où il pourrait faire des ravages ? Et si j'étais un assassin ? Un brigand, un voleur, un meurtrier, ou même un simple fou furieux ? Tu ne me connais pas, mais tu m'invites sans réfléchir.

A sa grande surprise, Clay se contenta d'éclarer de rire.


- La sécurité ? T'es malade ! L'Empereur a embauché un garde du corps pour protéger Orion, son arrière-petit cousin, et sa famille. Un garde du corps super spécial apparemment. D'après les rumeurs, il serait aussi fort qu'un Frontalier. Alors si t'es un assassin, bonne chance mon gars !
- Je vois le genre. Un colosse de deux mètres vingt en armure intégrale ?
- Ouais, ça doit être ça. En plus, c'est moi qui t'ai appelé tout à l'heure, alors ce serait vraiment un sacré hasard que tu soies un assassin. Bon, allez, tu viendras ?


Daos soupira en regardant autour de lui. S'il était aujourd'hui à Al-Jeit, c'était pour récupérer. Mentalement.

Tuer pour la première fois de sa vie, à quatre reprises, dans une ruelle et sur les toits d'Al-Jeit sous l'oeil de Kaünis ne lui avait pas posé tant de problèmes. C'était alors tuer ou être tué. L'épisode d'Ezadrah avait en revanche été plus lourd à supporter qu'il ne l'aurait cru. Les Métamorphes, les escalves, toutes ces morts... Lui qui se croyait suffisamment endurci et détaché pour supporter ça avait été bien plus choqué que prévu. La découverte d'autant de morts atroces, et surtout inutiles, était revenu le hanter à plusieurs reprises depuis lors. Le cours avec Rilend dans les Dentelles Vives avait été un réel soulagement, bien qu'un supplice pour ses muscles. En remontant en direction d'Al-Chen, ils étaient passés à proximité de l'Arche d'Al-Jeit, dont ils avaient aperçu le sommet au loin à l'est. Daos s'était tourné vers Rilend, et avait demandé à son maître si cela la dérangeait de rentrer seule. La marchombre avait écouté son élève. Al-Chen avait beau être une ville exceptionnelle, c'était désormais là-bas qu'il vivait. Il ne savait, en revanche, quand il aurait à nouveau l'occasion de découvrir Al-Jeit, et ne voulait pas passer à côté. Et qui plus est, avait-il admis, il avait besoin de voir du monde. De vagabonder dans les rues et sur les toits pour essayer de faire le vide, de passer au-delà de tout ce qu'il avait vu. Il s'était alors rendu dans la capitale, seul. Une chambre à l'auberge et la tenue qu'il s'était offert avaient été ses seules dépenses, lui qui passait la majeure partie de son temps à grimper sur les toits et à découvrir la capitale, mais il lui restait encore suffisamment pour passer deux jours de plus en ville, avant de rentrer à l'Académie.


"Je suppose que voir un peu de monde ne me ferait pas de mal," soupira-t-il.

- D'accord.

***

"Hein ?"

Voilà ce que Daos avait immédiatement songé à peine deux minutes après être entré dans la salle. Comme promis, Clay était venu le faire passer devant les gardes à l'armure rutilante et la figure pathibulaire. Le jeune homme avait été un peu déçu en découvrant l'ambiance presque morose qui régnait. La musique était lente et monotone, seules quelques couples de danseurs esquissaient des pas sans paraître vraiment convaincus. Plusieurs des invités étaient affalés sur leur chaise dans un coin de la pièce, un verre à la main et la tête penchée en arrière ou sur leur poitrine. De rares groupes de jeunes gens s'étaient formés près des fenêtres. Clay lui désigna l'hôte de la soirée, Paveina, une jeune fille au visage doux et vêtue d'une robe blanche, ainsi que les membres de sa famille et certains nobles que Daos connaissait de nom et de réputation. Ils se dirigèrent vers le buffet et s'emparèrent d'une assiette et d'un verre. Moins d'une minute plus tard, une explosion semblait avoir secoué tous les invités tant le changement était flagrant.

Daos n'avait pas aperçu l'origine de l'émoi qui s'était emparé des convives, mais ils furent bientôt tous rassemblés au centre de la pièce, gesticulant selon une chorégraphie étrange dont le jeune homme n'avait jamais entendu parler. Les yeux ronds, il fixa Clay qui se précipitait vers la piste pour imiter les danseurs, puis éclata d'un rire joyeux devant la scène. Ca, c'était une fête. De la joie, de l'incohérence et de la folie. Rien à voir avec cet espèce de buffet d'enterrement dans lequel il avait débarqué deux minutes plus tôt. Il sourcilla en aperçevant l'une des danseuses quitter le centre de la piste à reculons, les yeux fixés sur la foule.

Vêtue de cuir sombre, ses longs cheveux blonds en bataille, la jeune femme avait une silhouette et une attitude reconnaissables entre mille. Le jeune homme s'approcha d'elle, mais ne put l'éviter lorsqu'elle glissa soudain d'un pas vers sa droite tout en reculant.


- Youps ! Désolée, j'étais distraite et je... Daos ?!
- Lou ?!


Evidemment. Lou ! Qui d'autre serait capable de faire danser autant de monde, en si peu de temps et de cette façon ? La marchombre n'avait pas changé, elle arborait toujours cet air aussi espiègle, ses yeux pétillaient toujours de malice et son sourire était aussi doré que ses cheveux.

- C'est donc ça, la danse classique, lança le jeune homme avec un grand sourire ? Tu m'apprends ?

Il lui planta un baiser sur la joue avant de poursuivre :

- Ca fait plaisir de te voir. Qu'est-ce que tu fais ici
, demanda-t-il, toujours souriant ?

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Un immense merci à Wëlle pour l'avatar !
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Lou Ril'Fairy
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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Jeu 20 Juil 2017, 20:00

Il lui planta un baiser sur la joue, elle en profita pour jeter ses bras autour de son cou et lui rendre la pareille. Daos ! Ici ! Lou sentit son cœur gonfler d’une joie immense. Elle n’avait pas oublié sa rencontre avec le jeune homme. Voir un visage connu et amical dans cette maison était plus que formidable ; la marchombre sourit de toutes ses dents.

- Ça fait plaisir de te voir, dit-il, après avoir plaisanté au sujet de la danse. Qu’est-ce que tu fais ici ?
- Je travaille,
répondit-elle dans un clin d’œil lumineux.

Elle recula d’un pas pour le détailler : toujours cet air tranquille et cette mine vaguement mutine, ces mêmes yeux noisette piquetés d’éclats dorés dans la lumière des candélabres, cette peau presque caramel pour avoir tant été caressée par le soleil et, autour de son poignet, le bracelet de cuir qu’une feuille de métal finement ciselée fermait. Pourtant, Daos avait changé. Il lui semblait légèrement plus mince au niveau de la taille, et plus développée au niveau du torse et des épaules. Ses paumes portaient la marque d’un entraînement intensif qu’elle connaissait bien. A nouveau, le cœur de Lou battit plus vite : c’était un marchombre ! Apprenti, certes, mais marchombre tout de même. Un compagnon !

- Moi aussi, je suis ravie de te revoir, ajouta-t-elle en plongeant ses yeux dans les siens.

Son regard aussi avait changé. Il brillait de la même force que dans son souvenir, mais une ombre nouvelle s’y était installée et lui donnait un air plus grave que lors de leur première rencontre. Sans lui lâcher le bras, Lou l’entraîna à l’écart des danseurs, désormais bien réveillés et qui enchaînaient sur une valse des plus enjouées.

- Et toi, alors ? Qu’est-ce qui t’amène dans l’humble demeure des El’Nedaìn ?

Lou avait volontairement accentué l’adjectif, ironique ; celui-ci, en effet, était totalement inapproprié puisque la pièce, à elle seule, contenait assez de frasques pour donner le tournis. Rien n’avait été laissé au hasard : les meubles briqués et cirés étaient garnis de fleurs et de bougies, le buffet s’imposait, chargé de victuailles qui ne disparaissaient jamais alors que pas mal de monde venait se servir, et le service était fait dans une argenterie des plus raffinées. Les toilettes des femmes s’accordaient parfaitement à la richesse des lieux et la tenue des hommes faisait également son petit effet. Lou sourit. Au milieu de tous ces gens, Daos et elle détonaient par leur simplicité et leur naturel. N’empêche qu’elle était bien contente d’avoir pu garder ses vêtements, fonction oblige ! Au moins, elle n’était pas engoncée dans un corset ! Les deux fourreaux croisés dans son dos, à peine cachés sous un voile de cheveux blonds, attirait bien des regards et nourrissait quantité de murmures, mais la marchombre s’en moquait comme de sa première dent de lait : elle était là pour accomplir sa mission, ainsi qu’elle l’avait dit, et à présent que l’atmosphère du bal s’était réchauffée, elle rayonnait.

- Salut, fit le garçon qui se tenait juste à côté de Daos. Je m’appelle Clay !

Du même âge que Daos, il était beaucoup plus mince, voire carrément dégingandé, comme s’il avait grandi trop vite et que son corps ne s’était pas encore accoutumé à cette taille-là ; son visage franc et rieur était encadré par des boucles d’un roux flamboyant, et ses yeux, d’un vert plus clair que ceux de Lou, pétillaient d’une malice enfantine. Il lui plut immédiatement !

- Moi c’est Lou, répondit-elle dans un grand sourire, en cognant son poing contre le sien.
- Tu travailles ici, alors ? Qu’est-ce que tu…
- Mademoiselle Ril’Fairy !
coupa une voix rocailleuse et mécontente, peut-on savoir ce que vous êtes en train de faire ?

Lou leva les yeux au ciel, mais elle offrit à la vieille femme qui approchait une réponse teintée de courtoisie.

- J’accueille des amis, dame Cylène.
- Oui,
lâcha la nouvelle venue en détaillant Daos et Clay avec circonspection, ça, je me doute qu’ils sont avec vous… Mais dites-moi, n’êtes-vous pas sensée protéger mon fils et sa famille, ce soir ?

Du coin de l’œil, Lou vit Clay écarquiller les yeux d’étonnement. Elle se mordit l’intérieur de la joue pour ne pas rire, et fit face à la noble. C’était une dame âgée qui avait, hélas, encore toute sa tête... son fichu caractère avait tendance à taper sur le système de son entourage, y compris de ses propres enfants. Bien sûr, l’on se gardait bien de la remettre à sa place, étant donné qu’elle était une dame « vénérable »… cela dit, Lou n’avait pas sa langue dans sa poche.

- Vous avez remarqué quelque chose de suspect, dame Cylène ? Comme un sourire sur le visage de votre petite fille, par exemple ? Ou bien la danse endiablée de tout à l’heure ?
- On ne vous paye pas pour bâiller aux corneilles, mademoiselle.
- Vous ne me payez pas du tout, en fait. C’est votre fils qui, en s’offrant une sécurité auprès de la garde de la ville, loue également mes services. Services qui consistent en une surveillance accrue de l’intérieur. Croyez-moi, rien ne m’échappe, dame Cylène, ni les coups de canne que vous donnez en douce à Briwaël pour qu’elle se tienne droite, ni les regards noirs que vous me décochez depuis le début de la soirée. Alors, satisfaite ?


Soufflée, Dame Cylène s’éloigna en marmonnant quelques menaces qui n’atteignirent pas le moral de Lou. Elle se contenta de hausser les épaules, puis attrapa un verre d’eau et savoura quelques gorgées bien méritées.

- Je crois que l’aristocratie et moi, nous ne nous entendrons jamais, dit-elle à ses amis.

Elle avait à peine terminé sa phrase qu’une Briwaël lui sautait dans les bras. Une chance que Lou ait des réflexes bien aiguisés ! Sans renverser une goutte d’eau, elle posa son verre et hissa la fillette dans ses bras.

- Pourquoi t’es partie comme ça ?
- Tu dansais comme une reine, je n’avais pas besoin de rester sur la piste !
- C’est qui, eux ?
- Le garçon au sourire charmeur, c’est Daos. Celui aux cheveux de feu, c’est Clay. Les gars, voici la Petite Dame Briwaël !


La petite gloussa, amusée par le titre que Lou plaisait à lui donner, puis elle adopta soudain une expression très sérieuse et se pencha pour murmurer quelque chose à l’oreille de Lou. La marchombre hocha la tête avant de lui lancer un petit clin d’œil complice.
Alors, elle se tourna vers les garçons, un sourire matois sur les lèvres.

- L’un de vous aurait-il la gentillesse d’inviter notre petite princesse à danser ?
- Je serai honoré d’être son cavalier,
fit Clay en se fendant de son plus beau sourire.

Il s’inclina comiquement tandis que Lou déposait Briwaël à terre, mais quand il se redressa, son sourire s’était un peu effacé.

- Heu, je n’ai aucune idée de comment je dois faire, lâcha-t-il en regardant les danseurs qui entamaient une série de pas compliqués.
- Je vais te montrer ! s’écria Briwaël en lui attrapant la main. Viens avec moi !

Déterminée, elle entraîna le rouquin sur la piste et se fit un devoir de lui enseigner les pas. Il devait se pencher pour lui tenir les mains. Amusée, Lou les regarda évoluer un moment, puis son regard attentif balaya la salle avant de revenir se poser sur Daos.

- J’ai l’impression que tu as fait un sacré bout de chemin depuis que nous nous sommes vus à Al-Chen, dit-elle doucement.

Elle se demanda s’il avait gardé le ruban qu’elle avait accroché à la porte de l’Académie.

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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Lun 24 Juil 2017, 21:50

Lou enroula ses bras autour de son cou en l'enlaçant pour lui rendre son baiser. Daos se rappela en souriant de la dernière fois qu'il avait senti ces lèvres sur sa joue -au moins un siècle en arrière lui semblait-il. Là où les monuments sortis de terre par l'imagination des Hommes caressaient les nuages et tutoyaient la Lune, sans jamais parvenir à les atteindre. C'était au sommet de l'une de ces majestueuses tours que Lou avait terminé de pousser la porte qu'Oturo avait ouverte depuis sa rencontre avec le jeune homme. Loin semblait ce temps où il s'était présenté à l'Académie, dans une vaste clairière parsemée d'une herbe blanche du givre de la nuit, aux pieds d'un bâtiment où son coeur battant d'inquiétude et d'appréhension s'était calmé en apercevant le ruban violine que Lou avait noué sur la porte.

- Je travaille.

Elle lâcha ces mots en même temps que son cou, et se recula d'un pas en le regardant de la tête aux pieds. Il se dit qu'il avait passé avec succès ce petit examen lorsque le vert forêt du regard de la marchombre vint accrocher ses yeux et qu'elle ajouta en souriant :

- Moi aussi, je suis ravie de te revoir.

Reprenant l'habitude née lors de leur rencontre à Al-Chen, elle le mena par le bout du bras jusqu'à quelques mètres de l'un des murs de la pièce, au beau milieu d'un triangle formé par les danseurs bien plus nombreux qu'à l'arrivée de Daos, une fenêtre ouverte sur la bienfaisante fraîcheur de la nuit et un large tableau aux tons ocre et formes ondulées. Ainsi, Lou travaillait ? Que pouvait bien faire une marchombre aussi renommée dans une fête de la haute société ? Peut-être travaillait-elle dans la garde, se demanda-t-il en remarquant les fourreaux qui dépaissaient entre les omoplates de la marchombre ? Pourtant, l'arrière-petit cousin de l'Empereur avait déjà embauché un garde du corps, d'après ce que Clay avait dit au jeune homme.

- Et toi, alors ? Qu’est-ce qui t’amène dans l’humble demeure des El’Nedaìn ? lui demanda-t-elle en insistant sur le mot humble et désignant la vaste pièce du regard.

Daos eut un petit rire. Il avait eu le temps d'aperçevoir certaines des décorations apportées pour l'occasion lorsqu'il avait aidé Clay dans l'après-midi. Mais, tout pédant qu'était Augustus Berns, le jeune homme se devait de reconnaître que le décorateur méritait sa réputation. Les tons des ornements -fleurs, bougies, lampions et banderolles- se mariaient à la perfection avec le moindre meuble, la moindre peinture et la moindre tapisserie. Encore que moindre n'était pas le qualificatif qu'il convenait d'user dans une pareille demeure. Il tourna la tête en entendant Clay arriver après avoir salué ses amis eux aussi invités.


- J'ai eu droit à quelques jours de vacances, alors j'en ai profité pour revenir visiter Al-Jeit. Et le jeune homme que voici, poursuivit-il en désignant Clay, a proposé de me faire entrer ici, en remerciement d'un... Humble meuble que je l'ai aidé à porter, conclut-il en accentuant le mot de la même manière que Lou.
- Salut, lança Clay en regardant Lou. Je m’appelle Clay !
- Moi c’est Lou,
répondit la marchombre en souriant et en tapant de son poing celui du jeune homme.

Daos sourit en voyant cela. C'était exactement de la même manière que Lou l'avait salué, lorsqu'ils s'étaient rencontrés à Al-Chen.


- Tu travailles ici, alors ? reprit Clay. Qu’est-ce que tu…
- Mademoiselle Ril’Fairy ! Peut-on savoir ce que vous êtes en train de faire ?


Le jeune homme avait froncé les sourcils en entendant la voix sèche et râpeuse qui s'était élevée dans son dos, puis sourit en voyant Lou lever les yeux au plafond d'un air exaspéré. Elle se tourna vers la femme, d'un certain âge, qui s'avançait vers eux d'une démarche raide, engoncée dans une épaisse robe pourpre, pas le moins du monde dans les tons relâchés choisis par les jeunes participant au bal.

- J’accueille des amis, dame Cylène, répondit la marchombre d'une voix tranquille.
- Oui, ça, je me doute qu’ils sont avec vous… Mais dites-moi, n’êtes-vous pas sensée protéger mon fils et sa famille, ce soir ?

Daos fronça de nouveau les sourcils en voyant que le regard que jetait la femme, visiblement la petite-cousine de l'Empereur, à Clay et lui, était très proche de celui que lui avait accordé Berns dans l'après-midi : pas de son goût. Tandis que Lou rabattait le caquet de Dame Cylène, le jeune homme donna un petit coup de coude à Clay pour attirer son attention et lui chuchota :

- Un colosse de deux mètres vingt en armure intégrale, hein ?
- Ça va, ça va,
répliqua son ami en souriant. Mais pourquoi ils l'ont engagée ? Elle devrait être danseuse, pas garde du corps, non ? Heureusement qu'il y a les gardes de la ville si y'a du grabuge.
- C'est bien une danseuse,
murmura Daos tandis que Dame Cylène finissait de se faire rembarrer par Lou et commençait à s'éloigner en grommelant, et crois-moi, c'est exactement pour ça que les gardes de la ville sont inutiles ici, acheva-t-il avec un clin d'oeil devant l'air étonné de Clay.

Il se remémorait les soixante secondes durant lesquelles Lou avait dansé, dansé comme un feu follet au milieu d'une allée sombre, lorsque la marchombre éloigna son verre pour déclarer :


- Je crois que l’aristocratie et moi, nous ne nous entendrons jamais.
- Tu n'es pas la seule,
répondit Daos avec un grand sourire.

Il fut presque coupé dans sa phrase par l'arrivée d'une petite boule -fille- aux cheveux de miel qui sauta sur la jeune femme.


- Pourquoi t’es partie comme ça ?
- Tu dansais comme une reine, je n’avais pas besoin de rester sur la piste !
- C’est qui, eux ?
- Le garçon au sourire charmeur, c’est Daos. Celui aux cheveux de feu, c’est Clay. Les gars, voici la Petite Dame Briwaël !
- Très honoré, Dame Briwaël,
déclara l'apprenti en s'inclinant et souriant.

Il s'esclaffa ensuite en voyant Clay se faire entraîner sur la piste de danse par la petite Briwaël, qui se mit à lui apprendre les pas avec sérieux. Après plusieurs heures passées dans une telle pièce, les corps de près d'une centaine de personnes avaient drastiquement fait monter la température. Daos savoura en fermant les yeux le mince courant d'air qui bravait la chaleur de l'intérieur pour venir lui chatouiller la nuque. La musique suivait désormais un rythme encore plus enjoué que la précédente valse, très proche de ceux que le vieux Eric grattait sur son violon dans son village. A présent qu'il y repensait, cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas inquiété du village où il avait grandi, de ses parents, de Saüré, d'Irès et de tous les autres. En a peine quatre mois, il n'avait songé à eux qu'à quelques reprises, principalement durant les quelques jours qui avaient suivi son arrivée à Al-Chen. Les cours avec Rilend avaient été si intenses, leurs discussions et leurs silences si captivants qu'il avait peu à peu mis son ancienne vie de côté pour ne plus y repenser. Sans l'attrister, cette pensée lui fit un pincement au cœur. Il se promit d'y retourner dès que possible.

Daos fut tiré de ses songes par Lou, qui murmura doucement :

- J’ai l’impression que tu as fait un sacré bout de chemin depuis que nous nous sommes vus à Al-Chen.

Il ouvrit les yeux, et un léger sourire vint relever ses traits que ses pensées avaient alourdi. Tournant son regard vers la jeune femme, il eut un petit rire.

- On peut dire ça, oui.

Daos inspira en levant les yeux vers le plafond, cherchant ses mots, avant de revenir les poser sur Lou :

- Quand Oturo m'a dit qu'il ne comptait pas me guider, je l'ai regretté. Quand tu m'as dit que tu ne pouvais pas me guider, je l'ai regretté. Et quand j'ai rencontré Rilend, quatre jour après avoir trouvé...

Il regarda autour de lui. Personne ne semblait prêter attention à leur conversation, mais il était bien placé pour savoir que certaines personnes avaient l'ouï fine et pouvaient écouter ce qui se disait autour d'elles sans pour autant en donner l'impression.

- ... Ton ruban, compléta-t-il afin d'éviter de parler de l'Académie, je me suis rendu compte que ç'avait été idiot. Elle est incroyable. Autant que toi, autant qu'Oturo. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai vraiment l'impression que l'on était faits pour suivre ce chemin ensemble. Peut-être que tous les apprentis disent ça de leur maître, ajouta-t-il en riant, ou du moins je l'espère pour eux. Les alentours du Lac, les forêts, la ville, ses toits et ses ruelles... Je ne m'ennuie jamais, j'en apprends constamment. Plus j'en demande, plus ses réponses soulèvent de questions supplémentaires. C'est juste génial. Je ne sais pas si je suis particulièrement doué, et tu me connais suffisamment pour savoir que ça ne m'intéresse pas, mais en tous cas je progresse. Constamment. Et c'est exactement ce que je suis venu chercher. J'ai beau plisser les yeux, je n'arrive pas à voir jusqu'où je peux aller, jusqu'où elle peut aller, jusqu'où elle peut m'emmener. Mais bon, je ne te cache pas que ça a été difficile au début. J'ai découvert des muscles dont je ne soupçonnais même pas l'existence, s’esclaffa-t-il.

Le jeune homme chercha une carafe d'eau -en crystal, bien sûr- et se servit un grand verre. Il le vida d'une traite et reprit :


- Tiens, d'ailleurs, nous revenos tout juste des Dentelles Vives. Du jour au lendemain, elle a choisi de nous emmener à Al-Jeit, puis nous sommes...

Daos hésita. Malgré lui, les images d'Ezadrah s'imposaient encore à son esprit. Il ferma les yeux, les rouvrit, battit des paupières et poursuivit lentement :

- Nous avons... Nous avons fait un détour par le sud-ouest, avant de revenir presque sur nos pas. D'aller visiter les Dentelles. Et sur le chemin du retour, je lui ait demandé la permission de faire un crochet de quelques jours par ici.

Il s’aperçut soudain qu'il ne parlait plus depuis une bonne minute, et s'était contenté de fixer le sol, l'esprit toujours tourné vers le sud-ouest. Il secoua la tête, reprit un petit sourire et se tourna vers Lou :

- En sommes, oui, j'ai fait un sacré bout de chemin depuis notre rencontre. Et toi alors ? J'ai vu ton nom sur le panneau d'affichage, et j'ai même rencontré Tiun.

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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Ven 28 Juil 2017, 01:51

Lou sourit quand Daos évoqua Rilend. Bien sûr qu’il n’était pas question de regretter quoi que ce soit ! Pour avoir déjà croisé plusieurs fois la jeune femme, Lou savait qu’il s’agissait d’une marchombre d’exception. Daos n’aurait pas pu mieux tomber, même si elle éprouvait toujours un léger pincement au cœur en songeant à la peine dans laquelle Oturo vivait en permanence. Son vieil ami connaîtrait-il un jour la paix ? C’était son vœu le plus cher…

Elle se décala pour appuyer ses coudes sur le bord de la fenêtre ouverte, et prit une longue inspiration de l’air frais et nocturne. Daos savait raconter les histoires ; d’une certaine façon, ses mots entraînèrent Lou dans ses propres souvenirs, et ce fut comme si elle s’était toujours trouvée à ses côtés : elle le vit attraper le ruban entre ses doigts – un nouveau sourire dansa sur ses lèvres au moment où il répondit à sa question muette – et ensuite, elle suivit ses premiers pas sur la voie. D’abord hésitants, comme il le laissait entendre, mais très vite exaltés par les découvertes que chaque minute passée en la compagnie de Rilend lui offrait. Oui, c’était une formation difficile et souvent douloureuse… Lou n’oublierait jamais les bleus et les courbatures récoltés lors de longs entraînements avec Yoran. Combien de fois l’avait-elle maudit, alors qu’elle était trempée jusqu’aux os par une pluie glacée, ou bien quand elle n’avait plus de souffle ni de forces, et qu’il persistait à l’enjoindre de poursuivre un bête exercice qui, généralement, mettait sa vie en grand péril ? Une fois, harassée de fatigue et débordante de colère, elle l’avait planté au beau milieu de nulle part et s’en était allée vider son sac ailleurs. Pas très loin. Ni très longtemps. Et lorsqu’elle l’avait retrouvé, le lendemain, son maître n’avait rien dit à propos de sa fuite. Il ne s’était pas excusé non plus, parce que ce n’était pas pour ça qu’elle était revenue ; elle n’avait pas cherché à déterrer à nouveau la hache de guerre, parce que ce n’était pas pour ça qu’il l’avait pris sous son aile. Et ils avaient continué leur route ensemble.

C’était une formation qui mettait le maître autant que son apprenti à l’épreuve, songea-t-elle en sondant l’obscurité qui régnait devant elle. Apprendre ne peut se faire sans partage, d’où le lien bien particulier qui nait entre celui qui guide et celui qui suit ; Daos n’en avait probablement pas conscience, mais son visage s’éclairait lorsqu’il évoquait Rilend. Désormais, elle représentait pour lui bien plus qu’aucune autre personne ayant une place dans sa vie. Tout comme Yoran avait représenté beaucoup pour elle… Attrapant machinalement l’anneau qui reposait sur le lacet de sa tunique, Lou fit taire les souvenirs, soudain nombreux, que les paroles de Daos avait éveillés. Ce n’était pas le moment de se plonger dans le passé. Pas si elle voulait se concentrer sur le présent !

La marchombre se retourna ; elle s’appuya contre la fenêtre, mais son regard vert balaya la salle avec attention. Elle ne perdait pas une miette du récit de son ami, ni de tout ce qui se passait dans la pièce. Pour l’heure, tout allait bien : Orion et Zérine dansaient, imités par Pavenia qui avait les yeux rivés à ceux de son jeune et beau cavalier ; Dame Cylène semblait s’être calmée et discutait désormais avec d’autres femmes de son âge, ignorant que Tail glissait une main innocente et habile dans les replis cachés de leurs robes pour les soulager de quelques perles et autres bijoux dont elles étaient recouvertes. Briwaël avait trouvé en la personne de Clay un compagnon de jeu unique en son genre. Le jeune homme dansait, grimaçait, chantait, riait pour le plus grand plaisir de la fillette, qui ne le quittait plus d’une semelle. Sereine, Lou tourna la tête en percevant, dans la voix de Daos, une note plus tendue que les autres. Plus grave, surtout. Elle étudia un moment son profil, remarquant le froncement de ses sourcils et la brume qui voilait son regard. D’infimes détails qui en dirent long sur ce « détour », mais Lou, quoiqu’exubérante et têtue, se garda bien d’interrompre le récit de Daos. Elle était assez fine pour deviner qu’il s’agissait d’un épisode marquant ; si son ami souhaitait lui en parler davantage, il le ferait de son plein gré, non pas parce qu’elle lui extorquerait des informations !

- En sommes, oui, j'ai fait un sacré bout de chemin depuis notre rencontre. Et toi alors ? J'ai vu ton nom sur le panneau d'affichage, et j'ai même rencontré Tiun.
- Ah,
fit Lou en souriant, et j’imagine que, comme moi, tu as vite compris que cette fille est tout, sauf ordinaire ?

Difficile de définir autrement une jeune fille aussi étrange que Tiun… mais le lien était noué, et de la même façon que Daos s’illuminait quand il parlait de son maître, Lou rayonnait en pensant à son élève.

- J’ai rencontré mes élèves juste après toi, expliqua-t-elle en regardant les danseurs évoluer devant elle. Moi aussi, je découvre et j’apprends chaque jour… crois-moi, enseigner ce que nous enseignons, ce n’est pas une mince affaire ! Je ne sais pas non plus si je suis très douée. Pour tout de dire, je pense que mes débuts ont été un peu maladroits.

Un maître confiait-il ce genre de choses à un apprenti ? Sans doute pas, mais Lou se sentait trop à l’aise avec Daos pour lui cacher quoi que ce soit. C’était la deuxième fois seulement qu’ils se rencontraient, et pourtant, elle avait l’impression qu’ils étaient amis depuis des années déjà. Elle lâcha son pendentif pour tresser ses longs cheveux en quelques gestes rapides et précis. Ainsi dégagées, les armes qu’elle portait dans son dos étaient surtout plus accessibles, mais Lou savait très bien s’en passer s’il le fallait ; c’était elle, l’arme. Et le bouclier d’une famille qui, ainsi, pouvait s’amuser sans s’inquiéter.

- Mais bon, tu sais ce qu’on dit ! s’exclama la marchombre en flanquant une petite tape sur l’épaule de Daos. La prochaine fois sera encore meilleure, voilà tout !

Un domestique portant un plat chargé de petits fours lui adressa un regard estomaqué. Il est vrai que cette remarque, sortie de son contexte, pouvait prendre un sens radicalement différent… Lou éclata de rire, très vite imitée par son ami.

- Alors, que penses-tu d’Al-Jeit ? demanda-t-elle quand elle eut repris son souffle.

Elle n’avait pas oublié les circonstances de leur rencontre, à Al-Chen, quand le jeune homme découvrait la cité. Plantant ses yeux verts dans ceux de Daos, elle fit une moue malicieuse qui rappelait étonnamment le petit minois fripon de Briwaël.

- Besoin d’un guide ?

Question espiègle… et sérieuse.

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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Lun 07 Aoû 2017, 10:33

- Ah, et j’imagine que, comme moi, tu as vite compris que cette fille est tout, sauf ordinaire ?
- Oui, on peut dire ça
, répondit Daos en riant. Et elle court plutôt vite, ajouta-t-il.

Il nota avec amusement le regard perplexe que lui lança Lou, et s'expliqua :


- Je l'ai croisée aux écuries le jour de son arrivée, et je lui ai fait visiter les lieux. En arrivant sur le camp d'entraînement, elle m'a défié à la course. J'ai gagné, conclut-il d'un air innocent.

Tous deux éclatèrent d'un rire franc qui leur attira quelques regards, puis Lou tourna les yeux vers la piste de danse, où Briwaël et Clay tournaient en chantant sous le regard réprobateur de Dame Cylène et de quelques autres grincheux. Même après quatre mois passés sous la tutelle de Rilend, Daos ne cessait de s'étonner lorsqu'il voyait les marchombres en action. Lou avait cet air tranquille et détaché, le corps détendu mais pourtant prêt à bondir à la moindre alerte, que Daos avait déjà observé chez Oturo, Rilend et chaque marchombre qu'il avait pu croiser. Les yeux verts de la jeune femme pétillaient toujours de malice et de joie mais demeuraient vifs et alertes, capables d'observer tout et rien à la fois. Décidément, songea le jeune homme avant que Lou ne reprenne la parole, les hôtes de cette soirée étaient entre de bonnes mains.


- J’ai rencontré mes élèves juste après toi. Moi aussi, je découvre et j’apprends chaque jour… crois-moi, enseigner ce que nous enseignons, ce n’est pas une mince affaire ! Je ne sais pas non plus si je suis très douée. Pour tout de dire, je pense que mes débuts ont été un peu maladroits.
- Pfffff...
soupira Daos en secouant la tête, n'importe quoi. Quand je te regarde, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que tu es faite pour enseigner. Je suis sûr que tu t'en sors à merveille. Rilend aussi en est à sa première fois, et je pense qu'elle se dit la même chose que toi. Mais je n'ai jamais rien remarqué, jamais eu la moindre chose à redire sur ses méthodes, et je te parie tout ce que tu veux que tes élèves pensent également la même chose de toi.

La marchombre sourit en tressant ses cheveux, exactement de la même manière qu'à L'Evaline lors de leur première rencontre. Elle lui frappa amicalement l'épaule en lançant :

- Mais bon, tu sais ce qu’on dit ! La prochaine fois sera encore meilleure, voilà tout !

Daos acquiesça en souriant. Tiun et les autres élèves avaient de la chance de pouvoir avancer sous la tutelle d'une marchombre comme Lou, de même que lui avait de la chance de pouvoir être guidé par Rilend. Y avait-il des maîtres marchombres largement moins doués, auxquels les élèves regrettaient d'avoir été affectés ? A Al-Chen, Lou avait décrit Oturo comme l'un des plus grands marchombres, et Daos doutait qu'elle parlait alors de sa taille. Cela sous-entendait-il qu'il y avait certains maîtres marchombres qui étaient d'un "niveau seulement correct", ou encore d'autres médiocres ? En repensant à l'assurance, la stature et les déplacements de tous les marchombres qu'il avait croisés, le jeune homme peinait à en imaginer un marchombre "seulement moyen". Il fut tiré de ses interrogations par Lou qui éclatait de son rire clair en regardant un serveur proche d'eux.

Un plateau d'argent posé sur sa main, l'homme avait fixé ses yeux écarquillés sur la marchombre, la bouche légèrement entrouverte et un air à mi-chemin entre la stupéfaction et le profond désarroi dans son regard. Le jeune homme se rendit alors compte que c'était la dernière remarque de son amie, au double-sens évident et incongru dans un tel milieu, qui avait déclenché cette réaction. Il se joignit au rire de Lou, jusqu'à ce qu'elle reprenne son souffle et poursuive :


- Alors, que penses-tu d’Al-Jeit ?
- Que je n'en ai clairement pas encore assez vu
, répliqua-il en souriant.

La réponse lui avait paru si naturelle et honnête. Visiter Al-Jeit avec Rilend avait été bien loin de la visite d'Al-Chen en compagnie de Lou. Et pour cause : à Al-Jeit, Rilend et son apprenti avaient passé le plus clair de leur temps à travailler. Le jeune homme était loin d'avoir eu assez de temps pour admirer la ville, entre tous les murs, palais et tours qu'il avait dû escalader. La marchombre le regarda droit dans les yeux avant de reprendre, un petit sourire aux lèvres :

- Besoin d’un guide ?

Daos jeta un coup d'oeil de l'autre côté de la pièce. La salle entière semblait s'être éveillée à l'appel enjoué de l'étrange danse de Lou, et les musiciens semblaient s'amuser comme jamais, à voir tous ces gens tourner, sauter et chanter devant eux. Orion, sa femme et ses filles dansaient tous avec une mine heureuse. Il les désigna d'un petit mouvement de tête.

- Ils ne risquent rien, sans toi ? s'enquit-il.

Le sourire et la confiance qui brillaient dans le regard de Lou lui répondirent et vinrent étirer ses lèvres.


- Bien. En ce cas, avec grand plaisir.

Daos n'avait que trois petits mois de formation, et Lou ne fit aucun effort particulier de discrétion. Pourtant, aucun des convives ne put distinguer les deux silhouettes vêtues de sombres qui se glissèrent vers la sortie.

Tous deux passèrent les gardes de l'entrée et sortirent dans la nuit, dont la fraîcheur était un délice après l'atmosphère presque étouffante de la salle qu'ils venaient de quitter. Les lueurs des torches et de la ville, ici bas, masquaient la plupart des étoiles dans le ciel bleu sombre. Seules les plus brillantes produisaient un éclat suffisant pour qu'il parvienne aux yeux de Daos. La demeure El' Nedain se trouvait à quelques kilomètres du rempart Sud, non loin du tripoint marquant la limite entre un quartier marchand, un quartier modeste et un quartier riche. C'était dans ce dernier que les El' Nedain, au plus bas niveau de la noblesse Alavirienne, avaient acheté leur demeure. La frontière marquée par ce tripoint était d'ailleurs visible à l'oeil nu. En sortant du petit jardin devant la maison, Lou et Daos s'étaient retrouvés sur une très petit placette, d'à peine une vingtaine de mètres carrés, où se rejoignaient trois rues de tailles différentes ainsi que quelques ruelles qui sillonaient entre les bâtiments. La première rue, vers la gauche et pavée de lumières bleuâtres et d'imposantes bâtisses, s'enfonçait dans les quartiers nobles. La seconde, en face d'eux, large avenue chargée d'étals qui devaient tous être déployés en journée, se dirigeait tout droit dans les quartiers marchands. C'est dans la troisième, sur leur droite, que tous deux s'avancèrent. Après une cinquantaine de mètres, ils suivirent les pavés noirs qui tournaient pour s'éloigner des quartiers marchands, éclairés par les inombrables lanternes, feux qui ronflaient dans les auberges et lumières des habitations.  

C'était de loin l'ambiance que Daos préférait. Même à cette heure tardive, alors qu'un mince croissant de lune se tenait entre les bâtiments, de nombreux passants déambulaient sans hâte dans les rues. Quelques amuseurs publics se tenaient encore çà et là, faisant jaillir du feu de leurs entrailles, voler des balles et des couteaux, ou encore montre de leur extraordinaire agilité en pirouettant dans tous les sens. L'ambiance était chaude et agréable, rires et chants montaient des tavernes, et même la patrouille de gardes qui précédait les marchombres semblait de bonne humeur, plaisantant avec quelques fêtards et saluant des têtes connues.

Lou et Daos avaient convenu, en sortant de la salle de bal, de commencer par aller au palais de l'Empereur, que le jeune homme n'avait pas eu le temps de voir lors de son premier séjour à Al-Jeit. D'après son amie, l'édifice se trouvait à près de vingt minutes à pieds en empruntant le chemin le plus court. Une idée germa alors dans l'esprit du jeune homme.


- Tu sais, j'ai pas mal progressé en trois mois.

Il lui fit un clin d'oeil en désignant le bord d'un haut bâtiment.

- Maintenant, je suis capable de passer par les toits.

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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Jeu 10 Aoû 2017, 20:52

- Ils ne risquent rien sans toi ?

Lou haussa un sourcil amusé. Elle n’avait pas spécialement pensé à faire une pause là, maintenant, tout de suite, mais puisqu’il semblait partant…

- Bien. En ce cas, avec grand plaisir.

Si le plaisir était grand, forcément, ça changeait tout !

Lou n’hésita pas un seul instant. Sans se départir de son sourire plein de malice, elle se dirigea vers la sortie, certaine que l’insupportable grand-mère ne s’occupait plus d’elle depuis qu’elle lui avait renvoyé son insolence en pleine figure, et persuadée que Briwaël avait trouvé en Clay le cavalier idéal. Oui, la marchombre pouvait bien s’accorder une petite pause… Toutefois, au moment de sortir de la salle, elle s’approcha du soldat qui gardait le passage et surveillait la salle avec la même application qu’elle, quelques minutes auparavant. C’était un grand gaillard, solidement campé sur ses jambes et engoncé dans son armure de varguelite. Pourtant, il était capable d’être assez rapide pour surgir en quelques secondes, et suffisamment efficace pour mettre hors d’état de nuire tout malandrin qui oserait faire un pas de travers.

- Tu prends la relève ? s’enquit Lou en s’arrêtant à sa hauteur.

Le soldat hocha la tête. Son regard étrangement foncé se teinta d’espièglerie quand il détailla Daos, puis Lou, puis Daos, puis Lou encore, et celle-ci lui asséna une petite tape derrière le crâne.

- Pas toute la nuit, idiot. Je reviens dans une heure.
- C’est suffisant,
fit remarquer l’idiot, un sourire goguenard aux lèvres.

Lou ne releva pas.

En fait, elle était déjà loin.


*


Déambuler dans les rues d’Al-Jeit au côté de Daos avait quelque chose d’incroyablement apaisant. C’était comme s’asseoir dans le sable et regarder le soleil se coucher sur l’Océan, ou encore écouter la pluie tomber dehors quand on se trouvait à l’intérieur, blotti sous un plaid, un livre entre les mains et la tête ailleurs, perdue dans un univers enchanteur… Parfaitement détendue, Lou croisa les mains derrière la nuque et s’avança d’un pas guilleret dans la rue qu’ils avaient choisi de remonter. Elle se laissa emporter par la quiétude de cette nuit pourtant ordinaire, mais que la ville rendait festive à cause de toutes ses lumières, ses feux qui brûlaient ça et là, les rires qui tintinnabulaient depuis les terrasses, les acrobates qui affrontaient les ténèbres en laissant leur talent et leur originalité apporter une lumière dans les yeux et le cœur des gens qui s’arrêtaient pour les observer un instant ; le fond de l’air était frais, un vrai bonheur, comparé à la chaleur qui régnait en maître dans la demeure des El’Nedain.

C’était Lou qui avait réparti les tâches des gardes en poste chez eux. En lui confiant la mission de protéger le petit cousin de l’Empereur, on lui avait également offert la liberté d’organiser elle-même cette protection. Une poignée d’hommes fiables accompagnait Orion et sa famille un peu partout depuis quelques jours. La jeune femme blonde avait donc eu tout le loisir de faire la connaissance d’Hadrig, le lieutenant à qui elle avait asséné une petite claque, et de ses hommes. Ensemble, ils avaient instauré des tours de gardes, des codes et des solutions de replis en cas de problème. Voilà pourquoi la marchombre se permettait une heure de détente, alors qu’elle était chargée d’une responsabilité importante : fatiguée, elle ne serait d’aucune utilité à la famille de l’Empereur si les choses tournaient mal. Il était nécessaire qu’elle souffle un peu, car une journée de surveillance accrue était plus épuisante qu’une heure de bataille acharnée. Lou le savait, et c’était la raison de cette petite escapade en compagnie de Daos.

Sans cesser d’avancer de son pas singulièrement sautillant, elle jeta un coup d’œil à son compagnon. Plus grand qu’elle, et bien plus large d’épaules aussi, il aurait pu paraître pataud si sa démarche n’était à ce point feutrée et mesurée. Il était fascinant de constater à quel point les premières lignes d’une formation, pourtant longue et difficile, dessinaient déjà un marchombre en devenir. Comme s’il avait lu dans ses pensées, Daos tourna vers elle un visage rayonnant.

- Tu sais, j’ai pas mal progressé en trois mois. Maintenant, je suis capable de passer par les toits.
- Que faisons-nous encore sur la terre ferme, alors ?!
s’exclama joyeusement la jeune femme.

Sans plus attendre, elle s’élança, prit son élan sur une vieille caisse qui traînait là, puis sembla courir sur le mur qui s’élevait, parfaitement vertical, et juste avant que les effets de la gravité aient enfin repris le dessus, ses doigts crochetèrent la tige métallique de l’enseigne d’une herboristerie. Bandant les muscles de ses bras, elle se hissa souplement sur celle-ci et, de là, atteignit la gouttière dont l’état douteux ne bougea pas d’un poil quand elle y appuya son poids plume. Balançant ses jambes, elle se retrouva sur les plaques d’ardoise du toit et se redressa. Moins de cinq secondes plus tard, Daos se hissait à son tour. Pas mal, en effet, concéda-t-elle dans un sourire qu’elle lui adressa sans hésitation. Après tout, n’était-il pas l’élève de Rilend ? Mais que valait-il une fois juché dans les hauteurs ? Lou rejeta dans son dos sa longue tresse blonde puis, sans prévenir, se planta devant le jeune homme, si près qu’il vacilla un peu, encore trop proche du vide qui s’ouvrait sur la ruelle, dans son dos. Ancrant son regard dans le sien pour l’empêcher de tomber, elle planta son index tendu entre ses côtes.

- C’est toi le chat, souffla-t-elle.

L’instant d’après, elle filait comme une flèche dans la nuit, courant sur le toit comme si elle se trouvait encore dans une venelle de la cité ; elle n’allait pas moins vite, semblant ignorait les dangers de l’inclinaison, de l’obscurité ou encore du mauvais entretien de certaines toises – autant d’obstacles qui pouvaient très bien la précipiter en bas au moindre faux pas. Lou n’en fit aucun. Plus familière des hauteurs d’Al-Chen, elle était capable de se déplacer dans la capitale avec assez d’assurance pour entamer une course-poursuite sur ses toits, aussi folle soit-elle ! Parvenue au bout de son perchoir, séparé du toit d’en face par une ruelle à peine éclairée, Lou accéléra sa foulée et bondit, aérienne, pour se réceptionner d’une roulade de l’autre côté et poursuivre sur le même rythme effréné. Elle avait conscience de la présence de Daos, non loin d’elle, et cette seule vérité suffisait à lui donner des ailes.

Une lune rousse portait sur eux un éclat chiche mais agréable : pas assez fort pour qu’ils se démarquent sur le fond bleu nuit et pourtant suffisamment pour leur montrer la voie à suivre. Une douce odeur estivale, mâtinée par la dernière pluie, venait chatouiller les narines de Lou, l’enveloppant d’une atmosphère protectrice et chaleureuse. Sentant une main la frôler, elle bifurqua brusquement et, dans un éclat de rire qui résonna longuement, bondit à nouveau. Combien de temps les deux marchombres s’amusèrent-ils ainsi sous le scintillement bienveillant et néanmoins malicieux des étoiles ? Lorsqu’elle s’arrêta enfin, Lou était moins essoufflée par la course que par l’hilarité qui ne l’avait pas lâchée durant tout le trajet. Les joues roses, quelques mèches s’échappant de sa tresse pour retomber le long de son visage, elle posa un doigt sur ses lèvres quand Daos arriva à sa hauteur et lui désigna les hauts murs sombres du palais de l’Empereur.

Renforcée depuis les récents événements, la garde impériale veillait au grain, en témoignaient les sentinelles qui patrouillaient sur les chemins de ronde. Lou attendit que l’une d’elle se soit éloignée pour sauter souplement sur un toit voisin. Légère et silencieuse, elle se mit à grimper le long d’un mur glissant et à l’inclinaison dangereuse. Il fallait être fou – ou bien marchombre ! – pour se lancer dans une telle escalade… et elle prit soin de garder un œil sur Daos tandis qu’ils s’élevaient le long de la tour sombre, prête à tout faire, y compris se jeter elle-même dans le vide, pour lui éviter une chute mortelle si par mégarde il décrochait. Cela lui rappela leur ascension, à Al-Chen, et un sourire illumina ses traits quand elle mesura à quel point certaines choses pouvaient changer… et d’autre pas. Daos grimpait avec plus de vivacité, d’assurance et de précision que trois mois plus tôt, mais l’étonnante complicité qui existait dans leur silence concentré était foncièrement le même.

Les deux amis progressaient sans bruit. Le jeu se poursuivaient, il suffisait de les voir s’échanger quelques regards amusés pour en faire le constat, toutefois la présence des impériaux teintait de sérieux ce qui passait pour une récréation à leurs yeux. Marchombre ou non, mission ou pas, Lou risquait gros si elle était surprise en train d’escalader l’une des hautes tours du palais ! Cela n’arriverait pas. Soigneusement, ils évitèrent le passage des sentinelles, en se plaquant contre une paroi aussi lisse que du verre et en guettant le moment opportun pour continuer leur vertigineuse ascension. Rien ne semblait pouvoir les arrêter, et rien ne les arrêterait ; ils étaient des ombres. Peut-on surprendre et attraper l’insaisissable ?

- Dernière ligne droite, murmura Lou tandis que les prises déjà difficilement accessibles devenaient quasiment inexistantes.

Ils se hissèrent enfin au sommet, gravissant sans peine les quelques pas qui les séparaient encore du faîte du toit, surmonté d’une dalle assez large pour soutenir tout un régiment de soldats. Lou s’étira souplement, exaltée par l’exercice ; après une journée et une soirée entières à demeurer immobile aux côtés de ses protégés, cette sortie imprévue lui faisait un bien fou ! Et c’était à Daos qu’elle le devait. Sans crier gare, elle s’approcha de lui et lui planta un baiser sonore sur la joue.

- Pour avoir eu la merveilleuse idée de venir jusqu’ici ! expliqua-t-elle en réponse à la surprise qu’elle lut dans ses yeux.

Elle envisagea un instant l’idée de s’asseoir, ne serait-ce que pour soulager ses muscles en feu, mais elle était incapable de tenir en place. Alors elle se percha sur le muret, haut d’un mètre, qui délimitait le pourtour du toit, et fit quelques pas à la manière d’un funambule : les bras écartés, le dos bien droit, un pied après l’autre, et un, deux, trois…

- La famille de mon maître faisait partie de la petite noblesse de l’empire, dit-elle à brûle-pourpoint. (Elle opéra un demi-tour parfaitement ajusté et reprit son étrange déambulation) J’ai donc déjà eu l’occasion… d’expérimenter une réception dans cet univers aussi grandiloquent qu’inaccessible. Pourtant, jamais le maître de maison, qui était aussi le patriarche de la famille, n’a fait la moindre remarque déplacée sur mon rang, ma condition ou encore mon sexe. Je suppose que le respect, comme tous les principes qui forgent ce monde, n’existent que là où la simplicité est également appréciée à sa juste valeur…

Lou n’avait jamais aspiré à faire partie de cette sphère où l’argent avait une fâcheuse tendance à avilir les cœurs les plus tendres. Elle ne se souvenait que trop bien de son petit appartement étriqué, en plein centre d’Angers, lorsqu’elle vivait de ses maigres revenus de suppléante et cumulaient de petits emplois sur ses jours de repos pour arrondir ses fins de mois… Sans parler de pauvreté, qui était ici au moins aussi réelle que la fortune de certaines familles d’Al-Jeit, elle avait connu quelques semaines de franche galère… et elle n’en regrettait pas une seule seconde. Sa nouvelle vie dans ce monde qu’elle avait appris à connaître n’avait pas marqué de changement de cette façon d’être et de penser : bien qu’ayant été recueillie par la famille de Yoran, jamais Lou n’avait adopté cet air suffisant qu’arborent certains nobles, ni versé dans le commentaire insipide ou encore les goûts pour le luxe et la démesure. Elle se contentait d’offrir ses services aux plus offrants afin de payer son loyer à part égale avec ses colocataires, et de vivre comme bon lui semblait. Aucun argent en ce monde ni ailleurs ne pouvait acheter une nuit aussi belle que celle-ci. Pour être heureuse, Lou avait besoin d’un ami et d’un peu d’air frais…

- Orion et les siens ne sont pas de mauvaises personnes, ajouta-t-elle cependant, et je mentirais si j’affirmais que cette mission n’est pas intéressante. Mais, par le saint cul de l’Empereur, que je suis contente de t’être rentrée dedans tout à l’heure !

Oui. Elle jurait par le saint postérieur de l’Empereur au sommet de la demeure de celui-ci.

Incroyable Lou…

- D’ailleurs, où comptes-tu dormir cette nuit ? D’accord, celle-ci est déjà bien entamée, mais si jamais tu te poses la question, il y a une place de libre chez les El’Nedain. Une très grande place, en fait. La chambre que j’occupe doit faire la taille de la maison que je partage avec mes trois colocataires. C’est tellement immense que ç’en est indécent…

Lou n’ajouta pas qu’elle s’y sentait un petit peu seule. Daos était son ami et elle ne voulait pas qu’il s’imagine quoique ce soit qui puisse le gêner, surtout après la remarque de Hadrig tout à l’heure…

Mais elle arrêta un instant ses déambulations et lui jeta un coup d’œil.

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« C'est impossible », dit la Fierté.
« C'est risqué », dit l'Expérience.
« C'est sans issue », dit la Raison.
« Essayons.. », murmure le Coeur.

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Daos Loner
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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Lun 14 Aoû 2017, 11:24

Daos suivit les pas de Lou jusqu'aux pieds du mur. Il aurait bien eu du mal à la suivre plus loin, puisqu'elle s'était envolée. Littéralement.

La marchombre n'avait eu besoin que d'un petit pas d'élan du bout de sa botte sur une caisse de bois pour s'élancer le long du mur. Elle avait courut vers le haut sur un, deux, trois, quatre pas avant de se faire rappeler à l'ordre par l'attraction terrestre. L'espace d'une demi-seconde seulement. Saisissant le sommet de l'enseigne d'une boutique -visiblement d'herboriste, elle n'avait pas laissé son corps retomber et s'était juchée, parfaitement en équilibre, sur la mince planche de bois. A peine une seconde plus tard, elle se redressait sur le bord du toit de tuiles dans un mouvement parfaitement maîtrisé.

Le jeune homme avait observé tout cela en la suivant du plus près qu'il pouvait -pas question de se laisser distancer ! Lui aussi avait pris appui sur la caisse. Mais contrairement à Lou, la gravité l'affectait, lui. Il avait été contraint de recourir à une technique moins avancée, celle bien connue de
l'escalade classique et efficace. Aggrippant une mince saillie entre deux pierres, il lança son bras vers une prise un peu plus haut et entreprit de se hisser le long du mur, certes plus lentement que Lou mais malgré tout bien plus rapidement que lors de ses cours avec Rilend à leur passage par la capitale, quelques semaines plus tôt. Crochetant le bord du toit d'une main ferme et sûre, il constata avec plaisir que les progrès qu'il avait réalisés dans les Dentelles Vives étaient tout à fait visibles. Et que dire de ses progrès depuis son premier jour à l'Académie, songea-t-il avec amusement. Il se redressa, debout sur le toit, sous le sourire approbateur de Lou. La marchombre s'approcha de lui jusqu'à le frôler à tel point qu'il, inclina légèrement son buste vers l'arrière. Pile au bord du toit, surpris par l'avancée soudaine de la jeune femme, cet infime décalage de son centre de gravité suffit à le faire vaciller.

Un regard brillant, d'un vert de forêt qui luisait sous la clarté de la lune, se planta dans le sien avec tant de force qu'il en oublia de basculer vers l'arrière. Un regard plein de confiance, à la fois si semblable et si différent de celui que Rilend posait sur lui. Immédiatement suivi par un doigt tendu qui vint le piquer entre deux côtes.


- C’est toi le chat.

Daos écarquilla ses yeux alors que Lou s'élançait le long du toit dans un mouvement si rapide qu'elle n'avait même pas l'air de s'être retournée, plutôt de s'être téléportée. Mais s'était bien en courant qu'elle filait sur les plaques d'ardoises, les toits de pierres et de tuiles pavés de cheminées, de balcons et d'échelles. Un sourire étira les lèvres du jeune homme tandis qu'il se mettait lui aussi en mouvement.

Sa course avait changé. Lorsqu'il s'était présenté aux portes de l'Académie, il avait derrière lui près d'une décennie de course. Il avait beau s'être penché de près sur sa manière de courir pour la rendre la plus efficace possible, le changement apporté par l'enseignement de Rilend avait été radical, à tel point qu'il avait parfois du mal à le croire. Terminées, les larges et puissantes foulées qui frappaient le sol sans réfléchir. Chacun de ses pas était désormais mesuré et fluide, efficace et régulier. A chaque fois qu'il courait, le bruit qu'il faisait était moins audible que la veille. Il se savait encore loin de la course de Rilend, mais il savait qu'il se rapprochait de jour en jour. Il avait eu tort. A présent qu'il voyait Lou courir, à présent qu'il voyait une marchombre courir sans la moindre restriction et sans la moindre mesure, il se rendait compte que Rilend s'était contenue, tout comme lors de chacun de leurs entraînements, afin de toujours présenter à son élève un objectif atteignable en peu de temps.

Lou volait. Il n'y avait pas d'autre mot, elle volait. Le long des toits, par-dessus des cheminée ou du vide. Elle filait devant lui, à la fois si loin et si proche. Mais le jeune homme ne s'avouait pas vaincu. Ca, jamais ! Il imita la jeune femme quand elle sauta au-dessus du vide, se réceptionna d'une roulade de la même manière qu'elle, se glissa sous un enchevêtrement de tuyaux en les aggrippant de ses mains pour pouvoir se projetter encore plus en avant. Lou était suffisamment joueuse pour ne pas chercher à le distancer, aussi parvint-il à la rattraper et à tendre la main pour essayer de la toucher. L'espace d'une fraction de seconde, avant qu'elle ne change soudainement de direction dans un grand éclat de rire. Ils s'arrêtèrent enfin, essoufflés par leurs rires plus que par leur course. Daos suivit la direction que Lou, un doigt sur les lèvres, lui désignait d'un signe de tête.

Les deux marchombres se trouvaient au bord du toit d'un haut bâtiment de briques colorées. Devant eux s'étendait une large place d'une bonne centaine de mètres carrés en forme d'arc-de-cercle. La courbe était formée par de nombreux bâtiments, parmi lesquels celui sur lequel Lou et Daos se tenaient, parsemée de nombreuses rues qui s'enfonçaient dans la ville derrière eux. La partie droite de l'arc était délimitée par les remparts et le solide portail de métal ouvragé qui protégaient le palais de l'Empereur. Le large et haut édifice était sombre sous la lune, sa couleur presque semblable à celle des armures de vargélite que portaient les soldats qui patrouillaient dans toute la zone. Les murs s'étendaient chacun sur près de soixante mètres de part et d'autre du portail, puis s'éloignaient de la place, encore peuplée d'un certain nombre de passants malgré l'heure tardive, pour longer le palais et venir l'enfermer par derrière.

Tous deux se glissèrent le long de la courbe de l'arc pour rejoindre les bâtiments du côté du palais. Ils se laissèrent tomber sur le bâtiment le plus proche des murs, sans doute une caserne se dit Daos en détaillant l'aspect pratique et la sobriété de son architecture, et se hissèrent silencieusement le long des remparts lorsque la sentinelle la plus proche se détourna d'eux. Les deux marchombres posèrent le pied sur le chemin de ronde, encadrés par deux gardes qui leur tournaient le dos. Ces hommes n'étaient pas les soldats d'élite de la Légion Noire, rompus à toute forme de combat, et le temps était à la paix et la relâche. Ils semblaient pourtant vigilants et sérieux, visiblement fiers de protéger leur Empereur. A peine cinq secondes s'écoulèrent pendant lesquelles les marchombres purent traverser librement -mais silencieusement- les quatre mètres du chemin de ronde, puis l'un des gardes se retourna et son regard verrouilla de nouveau le passage.

Ils descendirent avec précautions le rempart et se laissèrent souplement tomber sur le sol de la cour pavée de pierres. Les marches du palais se trouvaient à encore une vingtaine de mètres d'eux, et aucune lueur de torche ne venait éclairer la zone où ils se trouvaient. La lune elle-même ne put les voir se glisser jusqu'aux murs du palais, elle et sa lumière bloquées par le haut bâtiment. Les gardes du chemin de ronde des remparts ne regardaient pas en direction du palais, mais il en était certains qui patrouillaient directement sur l'édifice impérial. Les marchombres furent contraints de s'arrêter dans leur ascension, plaqués contre la pierre froide à attendre le bon timing. Un garde se trouvait en effet à l'autre du bout du mur contre lequel ils étaient, mais venait de se retourner et leur faisait désormais face en se dirigeant vers eux. Daos n'avait aucune appréhension et rendit son sourire à Lou. Il savait que le garde ne pourrait pas les voir de cette position, aussi en profita-t-il pour mesurer le rythme et le nombre de pas que la sentinelle faisait. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept... Il atteignit trente-quatre lorsque le garde s'immobilisa à tout juste trois mètres pile au-dessus d'eux. S'ils attendaient cinq secondes avant de recommencer à grimper, cela devrait leur en laisser environ quarante, peut-être quarante-cinq, pour se hisser jusqu'au toit où ils seraient en sureté. Le jeune homme emboîta le pas à Lou -au sens littéraire- et reprit leur escalade silencieuse.

Des écarts, des excroissances du mur et des prises de plus en plus fines rendaient l'exercice difficile, mais une nouvelle force semblait tirer Daos vers le haut pour lui permettre de suivre le rythme de Lou. Sa main saisit enfin un large rebord et il put enfin se redresser et se tenir debout au sommet du palais. De là, ils dominaient la place et une bonne partie de la ville devant eux, encore éclairées par les lueurs de nombreuses torches et lanternes de toutes les couleurs. Des lèvres se posèrent soudainement sur sa joue gauche et, surpris, il haussa un sourcil en tournant la tête vers Lou. La jeune femme souriait et répondit :


- Pour avoir eu la merveilleuse idée de venir jusqu’ici !
- Alors,
répliqua-t-il en l'embrassant à son tour, ça c'est pour avoir accepté cette idée.

Leur course, certes courtes mais intense, suivie d'une escalade peu aisée avaient fortement sollicité les cuisses du jeune homme. Il s'assit sur le muret au bord du toit, les jambes dans le vide, et observa Lou. "Increvable", songa-t-il en souriant. La jeune femme se tenait sur le même muret que lui, à la différence qu'elle était debout et ne s'arrêtait pas de marcher, un pied devant l'autre à la manière d'une équilibriste.

- La famille de mon maître faisait partie de la petite noblesse de l’empire. J’ai donc déjà eu l’occasion… d’expérimenter une réception dans cet univers aussi grandiloquent qu’inaccessible. Pourtant, jamais le maître de maison, qui était aussi le patriarche de la famille, n’a fait la moindre remarque déplacée sur mon rang, ma condition ou encore mon sexe. Je suppose que le respect, comme tous les principes qui forgent ce monde, n’existent que là où la simplicité est également appréciée à sa juste valeur… Orion et les siens ne sont pas de mauvaises personnes, et je mentirais si j’affirmais que cette mission n’est pas intéressante. Mais, par le saint cul de l’Empereur, que je suis contente de t’être rentrée dedans tout à l’heure !
- Le saint cul de... Fais attention, il est juste en-dessous,
répliqua Daos avec un large sourire.

Ainsi, le maître de Lou était un noble. Maintenant qu'il y pensait, Daos ne savait rien du maître de son amie. A présent qu'il était familier avec l'univers libre, discret et mystérieux des marchombres, le jeune homme avait du mal à imaginer un marchombre également lié avec le genre de réceptions où il venait de retrouver Lou. Il ne put se retenir de pouffer en imaginant Dame Cylène ou Augustus Berns habillés de cuir souple en train de se hisser avec grand peine le long d'une saillie dans les Dentelles Vives.


- D’ailleurs, où comptes-tu dormir cette nuit ? D’accord, celle-ci est déjà bien entamée, mais si jamais tu te poses la question, il y a une place de libre chez les El’Nedain. Une très grande place, en fait. La chambre que j’occupe doit faire la taille de la maison que je partage avec mes trois colocataires. C’est tellement immense que ç’en est indécent…

Daos haussa un sourcil. C'était surprenant d'entendre ça, surtout après la remarque du garde auquel Lou avait administré une taloche en sortant de la réception. Est-ce que... Non. Il chassa une pensée de sa tête, reprit son sourire et répondit :

- Eh bien, je n'ai pas réservé de chambre à l'auberge pour cette nuit, alors... D'accord.

Il se releva souplement et, debout sur le muret, observa la ville en face. Reconnaissant le sommet d'un bâtiment à environ deux kilomètres, il déclara :

- Tu te souviens que tu m'avais parlé de l'Académie des Dessinateurs quand nous étions allés au Dôme ? Je suis passé devant, hier, et j'en ai visité la partie ouverte. C'est vrai que c'est impressionnant.

Le jeune homme se pencha légèrement en avant, les yeux baissés sur les marches de l'entrée du palais. Eclairées par la lueur des torches et de ce qui devait probablement être un arrangement de lanternes à l'intérieur du bâtiment, elles étaient bordés de drapeaux colorés et gardées par quatre légionnaires en armure de vargélite.

- Tu es déjà allée à l'intérieur du palais ?

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Lou Ril'Fairy
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MessageSujet: Re: Grain de folie [Daos]   Mar 15 Aoû 2017, 23:24

La réponse de Daos plut à Lou par sa spontanéité. Heureuse qu’il accepte sa proposition, elle posa les mains sur les hanches tandis qu’il la rejoignait sur le muret ; côte à côte, ils embrassèrent la cité du regard, appréciant dans un humble silence le trésor inestimable d’une vue sans nulle autre pareille. Les innombrables tours d’Al-Jeit fendaient les ombres vers le ciel, illuminées par autant de petites sphères de lumières qu’il semblait y avoir d’étoiles sur la voute éthérée. Vues d’en haut, les passerelles qui surplombaient les rues étaient un enchevêtrement de lignes arachnéennes – mieux encore, une toile sur laquelle deux petites araignées s’étaient amusées à se balader… Un vent frais venait danser dans les cheveux de Lou. Après une course folle sur les toits et une ascension des plus ardues, sa tresse s’était défaite, et une cascade de mèches blondes tombait sur ses épaules et dans son dos.

- Tu te souviens que tu m’avais parlé de l’Académie des Dessinateurs quand nous étions allés au Dôme ? Je suis passé devant, hier, et j’en ai visité la partie ouverte. C’est vrai que c’est impressionnant.

Lou hocha la tête. Pour sûr, l’Académie d’Al-Jeit ne laissait personne indifférent ! Mais une pensée en entraînant une autre, Lou songea à la véritable raison de sa venue dans la capitale, et une ombre passa sur son visage. Un mois plus tôt, elle avait reçu un message de la part de Léandrine Pil’Galadan, l’analyste qui l’avait testée des années auparavant, lors de son arrivée dans ce monde étrange. Depuis, les deux femmes étaient restées en contact, et Léandrine n’avait eu de cesse de mener de plus amples recherches afin de mieux comprendre la particularité unique dont Lou était, malgré elle, affublée. Dans son message, l’analyste lui demandait de se rendre à l’Académie pour rencontrer Maître Cerfeu ; le Dessinateur, disait-elle, pouvait peut-être lui en apprendre davantage à propos de son étrange don.

C’était une bonne nouvelle, et pourtant Lou ne parvenait pas à s’extasier ; depuis qu’elle était arrivée, elle faisait même son possible pour repousser cette entrevue. Bien sûr, s’il existait un moyen de maîtriser un tant soit peu sa faculté à faire un pas sur le côté, elle ne disait pas non ! Ce genre d’aptitude totalement aléatoire la mettait parfois dans des situations compliquées : la dernière fois, alors qu’elle dormait dans une petite auberge, dans un village tranquille du sud du pays, elle avait atterri par mégarde dans la chambre de ses voisins. Qui n’étaient pas en train de dormir. Du tout. Rien que de penser à l’inextricable casse-tête qu’une telle scène avait généré, la marchombre avait la migraine… Ce qui l’inquiétait réellement, toutefois, n’était pas qu’on puisse trouver une solution à ce petit problème, mais qu’on puisse trouver une solution à son problème. Tout court.

Que se passerait-il si, par un coup du sort, elle parvenait à faire le grand pas vers la France, dans son monde à elle ? A vue de nez, expliquer la situation à ses proches, qui devaient la croire morte ou disparue depuis des années allait s’avérer plus difficile que de se justifier devant deux amants surpris d’avoir été… surpris. Et que se passerait-il si elle ne pouvait pas revenir ici ? Au fil des ans, Lou était devenue Alavirienne ; elle le sentait, au fond d’elle-même, comme une évidence… mais c’était dans un tout autre monde qu’elle était née et qu’elle avait grandi. Tirer un trait sur le passé ? Impossible. Et inutile. Mais Lou était perdue, et terrifiée à l’idée de devoir se rendre à l’Académie. Avec un peu de chance, le fameux Maître Cerfeu serait trop occupé pour la recevoir, ou bien absent…

- Tu es déjà allée à l’intérieur du palais ?
- Mmh ?


Tirée de ses pensées par la voix de Daos, Lou réalisa qu’elle n’avait pas compris sa question. Mais en le voyant se pencher au-dessus du vide, puis en suivant la direction de son regard, elle en devina la teneur, et secoua la tête :

- Oui, je suis entrée à l’intérieur de ce drôle d’endroit, pour la mission que j’effectue en ce moment ; j’ai reçu mes ordres dans les quartiers de la Légion Noire, mais Orion et sa famille logent là-bas (elle tendit un bras vers l’est), dans l’aile éclairée que l’on peut distinguer à moitié. C’est immense, crois-moi. En huit jours, je m’y suis perdue une bonne demi-douzaine de fois, au moins !

Jugeant inutile de s’attarder sur son évident manque du sens de l’orientation, la marchombre attira l’attention de son ami vers une autre partie du palais. A cet endroit, la bâtisse formait un demi-cercle pour le moins intriguant.

- La bibliothèque. D’après Pavenia – la jeune fille à l’origine du bal de ce soir – qui gravite énormément dans ce lieu, près de quatre cent mille ouvrages sont recensés sur les kilomètres d’étagères qui constituent les quatre niveaux de la pièce. On ne le voit pas d’ici, mais il y a un gigantesque balcon, ouvert sur la ville, où il fait bon s’étendre avec un livre, les jours de grand soleil… Et aucun risque de griller quand celui-ci est à son apogée ! Des Dessinateurs ont imaginé un système d’ombrage qui, allié à des matériaux réfléchissants, lesquels témoignent d’ailleurs du savoir-faire des bâtisseurs, bloquent les rayons trop vifs du soleil, sans pour autant empêcher la lumière d’entrer dans les salles de lecture.

Voilà comment Lou permit à Daos de visiter le palais de l’Empereur : en lui décrivant minutieusement, et sans une once d’orgueil, tous les endroits qu’elle avait découvert dans la semaine. Elle ajoutait à ses explications une farandole d’anecdotes amusantes que l’on ne soupçonnait pas exister au sein de murs aussi impressionnants ; bien entendu, la plupart concernaient la marchombre elle-même… Mais le temps filait, et la pause qu’elle s’était accordée touchait à sa fin.

- Nous devrions rentrer, soupira-t-elle en entreprenant de refaire sa tresse. Briwaël va me reprocher mon absence… et en colère, elle est autrement plus effrayante que Dame Cylène !

Elle fixa sa natte à l’aide d’un lien du lien de cuir agrémenté d’une plume d’oiseau, avant de s’accroupir au bord du toit pour scruter le vide qui s’étendait à ses pieds.

Vertigineux.

- On peut descendre tranquillement et rejoindre les festivités juste à temps pour effacer le sourire niais de Hadrig… ou bien on peut descendre franchement, et s’offrir le luxe d’une bière fraîche avant de retourner dans la demeure des El’Nedain. Et d’effacer le sourire niais de Hadrig.

Lou leva la tête et planta son regard malicieux dans celui, non moins brillant, de Daos.

- Tu choisis quoi ?


*


Assise en tailleur sur sa chaise, comme à l’accoutumée, Lou leva sa chope et la choqua contre celle de Daos.

- A ceux qui ont choisi d’arpenter les ombres, dit-elle joyeusement, avant de faire un clin d’œil complice à son ami. Et puissent nos chemins se croiser souvent !

Fraîche et ambrée, sa bière était légère sur le palais et son arrière-goût, loin d’être acide, rappelait l’éclat du soleil sur les champs de blé. Un délice, idéal pour parachever cette heure de détente ! Lou soupira d’aise et s’installa plus confortablement sur sa chaise. La terrasse sur laquelle ils se trouvaient était enceinte d’une barrière en bois jonchée de chèvrefeuille parfumé et de petites guirlandes de lampions colorés ; quelques clients s’attardaient malgré l’heure tardive, tout comme eux, dans une ambiance plus paisible que festive. A en juger par les rires et les chants dont l’écho leur parvenait depuis le coin de la rue voisine, d’autres établissements étaient prêts à accueillir toute personne ayant le sens de la fête.

Peu pressée de retourner à celle qui l’attendait, Lou était fermement décidée à profiter de la moindre seconde qui lui restait encore. Elle savoura une gorgée de bière, ses yeux verts posés sur Daos, puis posa sa chope sur la table.

- As-tu des nouvelles d’Oturo ? demanda-t-elle à brûle-pourpoint.

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« C'est impossible », dit la Fierté.
« C'est risqué », dit l'Expérience.
« C'est sans issue », dit la Raison.
« Essayons.. », murmure le Coeur.

[Absente du 25/08 au 28/08]
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Grain de folie [Daos]
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