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Le Pacte VS L'Ordre
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 Après la tempête... [Kei]

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Khamill Norwël
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MessageSujet: Après la tempête... [Kei]   Dim 08 Oct 2017, 19:45

- Raaah, merde !

Le gouvernail du petit bateau venait finalement de céder sous les assauts de la tempête, et le vent l'envoya valdinguer dans les vagues brunes. Jusque là, Khamill s'était demandé comment il pouvait tenir encore ; une bourrasque plus forte que les autres venait de lui donner la réponse. Il n'avait plus tenu. La jeune femme était complètement trempée, tous ses muscles – surtout ceux des bras – la tiraillaient violemment, elle ne sentait même plus la faim, et surtout la fatigue était si lourde que l'adrénaline ne suffisait plus pour la maintenir debout. Pour ce faire, et tenter de continuer à manœuvrer tant bien que mal l'embarcation, elle utilisait les dernières ressources de sa volonté. Peu de gens en possédait une aussi forte, et c'est pourquoi elle tenait bon depuis plusieurs heures. Lorsque Gil l'avait lâchée sur la mer, cette dernière était déjà quelque peu agitée et le ciel plus que  menaçant ; mais cela faisait un bon moment que tout avait fini par éclater pour de bon... et que Kham n'en finissait pas de jurer et de crier des insultes à l'adresse de l'envoleur. Elle espérait que là où il se trouvait, il pouvait sentir toute sa haine se déverser sur lui, qu'il allait se foutre son putain de poison dans les veines et crèverait lentement dans d'atroces souffrances. Ou plutôt, qu'il survive ! elle le retrouvait et le torturait lentement, elle-même, jusqu'à ce que mort s'ensuive !

Enfin... il fallait d'abord qu'
elle survive.

Crachant une nouvelle série de jurons pour l'aider à racler les dernières miettes de courage qui lui restait, l'apprentie plissa les yeux, essayant de distinguer les contours d'une terre – en espérant que ce soit celle de Gwendalavir. Parce qu'avec toute cette merde, elle ne savait plus du tout où elle se trouvait !
L'habitude des Océans, mon cul ouais ! Elle n'avait jamais navigué, bordel ! Et les marins eux-mêmes n'auraient songé qu'à un fou pour se jeter là-dedans ! Elle n'eut pas le temps d'insulter Gil à nouveau : une vague la projeta en arrière, et le mur de bois de la cabine lui percuta violemment le crâne et la fit s'écrouler au sol. Sonnée, elle eut la force de passer une main dans ses cheveux mouillés ; lorsqu'elle la plaça ensuite dans son champ de vision, et qu'un éclair lui offrit le luxe d'une lumière vive au milieu des ténèbres agitées, elle distingua le rouge sombre du sang. Cela lui fit sentir la douleur d'un coup, tous ses muscles se transformèrent brusquement en chiffons...

Et tout devint noir.


***



Cal était bien embêté. Il n'avait rien trouvé à chasser depuis deux jours, et n'avait donc rien à vendre ou à échanger sur le marché qui se déroulerait le lendemain. Il avait également une famille à nourrir. Il manquait donc d'argent et de nourriture, et, désemparé, il avait quitté la forêt pour se diriger vers la grève. Il n'était pas pécheur, mais il espérait qu'après la tempête de la veille, quelques poissons se seraient échoués sur la plage... Mais il n'avait décidément pas de chance, car au bout de deux heures de recherches il ne voyait toujours rien – d'autres personnes avaient déjà dû tout prendre, où bien les poissons ne s'étaient pas échoués ici. Il en devenait désespéré au plus haut point et énervé contre tout, surtout lui-même, lorsqu'il aperçut une forme allongée entre des rochers. Ça n'était pas un bout de bois, mais ça avait l'air gros pour un poisson. Enfin, on ne sait jamais, il tenait peut-être sa chance ! Il s'approcha furtivement de la forme... et écarquilla les yeux.

Ben en fait, c'était une fille.

Et elle n'avait pas l'air de piquer un somme, non. Cal s'approcha encore, en l'appelant pour voir si elle l'entendait. Aucune réponse ne lui parvint, pas même un infime geste. Il s'accroupit et vit alors que les vêtements de la fille étaient mouillés, abîmés, déchirés par endroits ; lorsqu'il tourna doucement sa tête, il aperçut dans ses cheveux du sang séché. Elle avait une blessure importante ! Il y avait aussi beaucoup d'écorchures sur son corps. Cal frissonna en comprenant qu'elle avait dû endurer la tempête. Et puis... il poussa un cri en voyant la brûlure sur son visage. Ça, ce ne pouvait pas être à cause de la tempête...

Mais... elle était seule ? Et où était son embarcation ? Il se releva pour jeter un coup d’œil autour de lui : il y avait bien un petit bateau, de l'autre côté des rochers. Enfin... ça avait été un bateau en tous cas. Il aurait besoin d'une sérieuse réparation pour naviguer à nouveau !

Ne sachant que faire, Cal poussa un long soupir. Décidément, les emmerdes ne cessaient de lui tomber dessus ! S'agenouillant à nouveau, il essaya de prendre le pouls de la fille. Il ne sentait rien. Elle n'avait pas l'air de respirer encore... La pensée de ses besaces vides lui revint alors à l'esprit. Est-ce que, par miracle, la fille aurait encore quelque chose sur elle ? De l'argent ou des breloques qu'il pourrait vendre ? Un léger sentiment de honte l'envahit lorsqu'il prit conscience de ses pensées. Mais... sa propre situation était urgente. Un peu d'argent en plus, ça ne pouvait pas faire de mal, et la fille était visiblement morte. C'était sûrement pas une fille d'ici, il n'y avait donc personne à qui rendre son corps ou autre chose du genre... Et puis, enfin, ça ne coûtait rien de regarder !

Et l'homme commença à palper les vêtements de la fille. Il aperçut un bracelet à son poignet – il était resté par miracle, où était bien accroché ! – qui avait l'air d'être fait d'un métal assez précieux. Il s'en empara et continua ses recherches, commençant à regarder sous les vêtements. Bon, c'était bizarre, mais il n'avait pas le choix ! S'il ne trouvait rien d'autre, il irait voir vers le bateau, à tout hasard..

Et puis une voix retentit derrière lui.

Cal se leva brusquement, tout rouge, son regard affolé essayant d'évaluer l'inconnu. C'est vrai que ce qu'il était en train de faire pouvait prêter à confusion...


- Euh non, je... Je jure que ce n'est pas ce que vous croyez ! Je regardais seulement si, euh...

Si je pouvais me faire de l'argent sur un cadavre ! Ben ouais, c'était pas beaucoup plus reluisant que s'il avait été en train de... euh... enfin... de faire ce que l'inconnu avait cru qu'il faisait, quoi !

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Keilan Fil'Areen
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MessageSujet: Re: Après la tempête... [Kei]   Lun 16 Oct 2017, 19:56

Je me trouvais sur les contreforts de l’Ile du Vent quand j’ai aperçu le bateau. Un frêle esquif de pêcheur mal assuré, plongé au cœur de la tourmente sans aucun moyen de s’en défaire. Ces vagues, ce vent, je les connais. Quand on est pris au piège, impossible de s’en tirer sans casse. Pour commencer il aurait fallu ne pas se jeter dans cette tempête… Moi, du haut de mon perchoir, c’est-à-dire la plus haute colline de la petite île, j’étais en train de travailler les techniques enseignées par mon maître. Lentement, à la manière de Tsukia.

Le vent ébouriffe mes cheveux, tente de fragiliser mes appuis, écrasant de force et de détermination. Il y parvient une fois ou deux. Je suis très mince, je ne fais pas le poids. Mais je me débrouille ! Je pivote quand il est trop fort, le laisse glisser contre moi, comme une longue caresse à peine appréciée avant de pivoter à nouveau, dans l’autre sens ; c’est intéressant de s’échiner à déjouer les stratégies de ces puissants courants salés.

Le bateau s’approche dangereusement des récifs. Je pense qu’il va s’y précipiter et alors… Soupir. Je suis déconcentré. Impossible de continuer à travailler. Mon regard reste accroché à la fragile embarcation malmenée par les vagues laiteuses d’écume. Sur le pont, cramponnée aux cordages, une silhouette s’arc-boute. Elle lutte mais son combat, contrairement au mien, est infiniment plus dangereux. Et son issue forcément fatale… A moins que…

La crique. Elle est tout près et sa forme arrondie ne mène qu’à du sable. Si le bateau passe la dernière avancée de rochers, elle a une chance de s’en sortir. Je me rends compte que je retiens mon souffle. C’est idiot. J’ai des choses à faire, tout un programme à suivre. Alors, après un dernier regard vers l’embarcation, je souhaite bonne chance à son occupant et tourne les talons.

L’Ile du Vent est habitée par des pêcheurs. Une poignée d’Alaviriens qui ont traversé un bras d’Océan pour s’isoler ici, dans un endroit régulièrement battu par les vents – d’où son nom. Quelques fois, il y fait beau ; si le temps est vraiment très clair, on peut voir la côte de Gwendalavir se découper à l’horizon. Entre les grands ports de là-bas et ici le commerce va bon train, surtout au printemps, moment de l’année où le climat est le plus clément.

En ce moment, les pêcheurs se contentent de remonter des « filets de plage », comme ils les appellent. Autrement dit, ils pêchent sur place. S’il fait beau, ils passent la barrière de corail et vont vers le large, mais cela ne s’est pas produit depuis que je suis arrivé.

C’était il y a six jours.

On peut faire le tour de l’île en une journée et au pas de course. Il n’y a que deux villages. Au sud, c’est celui des O’Oang, au nord, celui des Kelinn’Ju. Et entre eux, c’est la guerre. Rien à voir avec celle qui déchire les Raïs et les Hommes. En réalité, les deux chefs de ces villages sont frères. Mais tout les oppose, absolument tout, et tout le temps. Ils ne partagent pas leurs récoltes et s’ils se croisent, s’insultent jusqu’à manquer de souffle.

Moi, je me suis installé quelque part entre les deux. Au centre de l’île, dans une bicoque abandonnée puisque trop proche de l’un ou l’autre de ces deux « clans ». Elle me convient très bien, j’y suis forcément tranquille. Ce que je fiche ici ? ça me regarde. Je ne resterai pas très longtemps. Me fixer quelque part ? Impossible ! Il y a trop à voir, trop à découvrir. Kaünis me sollicitera sous peu pour une nouvelle leçon. La vie continue.

La mienne avec.


~ * ~ * ~


L’accalmie sera brève, il faut en profiter. J’ai vu deux petits chalutiers partir ce matin – sans doute un de chaque village. Ils vont faire la course et ce sera à celui qui ramènera le plus de poisson pour les siens… Je vais me contenter des crustacés rejetés par l’Océan déchaîné. Les mains dans les poches, mes pieds nus s’enfonçant dans le sable humide, je longe la plage d’un pas tranquille.

En renouant avec un pan de mon passé dans cet endroit, j’ai repris de vieilles habitudes, inconsciemment : me passer de chaussures, de manteau, retenir mes cheveux mi-longs en une petite queue qui laisse quand même s’échapper quelques mèches folles autour de mon visage… Je passe la langue sur mes lèvres. J’aime le goût salé que j’y trouve.

Il m’avait manqué.

C’est alors que mes yeux se posent sur un amas de bois et de voiles déchirées. En une fraction de seconde, je réalise qu’il s’agit du bateau que j’ai aperçu hier. Il s’est encastré dans les rochers de la crique. Pas de chance. Et dommage. C’était un beau petit navire. Le pirate en moi flaire la possibilité de récupérer quelque chose dans la carcasse. Je m’approche, mais très vite je devine que je ne trouverai rien : il n’y a que du bois mouillé, des cordages emmêlés et des algues glissantes.

Je continue ma balade, m’arrêtant ça et là pour ramasser des coquillages que je viderai tout à l’heure pour les faire cuire. Au-dessus de moi les mouettes tournent et criaillent joyeusement. Ce sont elles, mes concurrentes. Elles cherchent les petits crabes qui se dissimulent dans le sable dans l’espoir d’échapper à leurs becs inquisiteurs.

C’est en remontant la petite plage intérieure de la crique que je tombe sur lui. Un garçon à peine plus âgé que moi, agenouillé dans le sable mouillé, promenant ses mains sur… il faut que je m’approche un peu plus pour voir ce que c’est. Une fille. Une fille aux vêtements déchirés, recouverte de sable et d’algue, exactement comme le bateau coincé dans les rochers. Ses cheveux sont emmêlés comme les cordages. Elle ne bouge pas.

- Pousse-toi.

Le garçon sursaute et perd ses moyens en m’apercevant.

- Euh non, je… Je jure que ce n’est pas ce que vous croyez ! Je regardais seulement si, euh…

Ce que je crois ?

- Elle est vivante. Pousse-toi.

Il lui faut plusieurs secondes pour comprendre, et j’attends patiemment qu’il s’écarte enfin pour me pencher sur le corps immobile. Du bout des doigts, j’attrape son poignet, pose deux doigts dans le creux, ferme les yeux.
Les rouvre et soupire.

- Rends-lui ses affaires.
- Mais je n’ai pas…


Je me suis relevé si vite qu’il n’a pas eu le temps de me voir venir. Mes doigts se sont refermés sur le manche de mon poignard et sa lame repose désormais contre la gorge du garçon. Il se fige, déglutit péniblement, s’écorche un peu ce faisant.

- Rends-lui ses affaire.
- D’accord.

Il se dépêche. Je range mon arme dans ma manche. Je ne sais pas du tout pourquoi j’ai agi de la sorte. Pour mieux récupérer ce qu’il a tenté de dérober ? Mon regard glisse sur la fille. Elle respire faiblement. Blessée à la tête, peut-être ailleurs. Si on la laisse ici, elle ne passera pas la nuit – d’autant qu’une autre tempête s’annonce.

Sans plus m’occuper du voleur, j’attrape la fille et la hisse sur mon épaule. Elle ne pèse pas bien lourd ! Je regagne ma bicoque en moins de temps que je l’avais imaginé, mais elle ne bouge pas pendant tout le trajet. Après l’avoir déposée sur mon lit, je vérifie qu’elle est toujours en vie. J’observe sa plaie qui court depuis l’oreille jusqu’à l’arrière du crâne ; le sang est collé aux cheveux, c’est assez impressionnant mais je pense qu’elle va s’en sortir.

Si elle ne meurt pas cette nuit.

Méticuleusement et méthodiquement, je fais chauffer de l’eau grâce au poêle dont dispose, heureusement, la bicoque, j’humecte ses lèvres sèches, dégage sa blessure, résiste à l’envie de couper ses cheveux et nettoie la plaie. Pas besoin de points, c’est déjà ça – mais comme elle claque des dents et commence à s’agiter, je me demande si ce n’est pas un peu le bazar, là-dedans. Elle est transie, il faut qu’elle se réchauffe, et vite.

Impassible, je la déshabille, parfois contraint de déchirer ses vêtements raidis par le froid, le sel, l’eau et le sang. C’est dans ce genre de moment particulier que ma personnalité pour le moins atypique est utile : je suis capable de faire tout ça avec un détachement que nul n’aurait pu feindre à ma place. A bord du Fend’Brise, le médecin de bord m’avait clairement dit que je pouvais être soigneur, parce que j’apprends vite et surtout, je ne suis jamais impressionné parce que je fais ni ce que je vois. Cela s’est vérifié quand j’étais sur la Furie : pas de guérisseur, chacun faisait ce qu’il pouvait avec ce qu’il avait. J’ai coupé des bras, des jambes, rentré des entrailles à l’intérieur d’abdomens lésés, et même recousu des paupières sur un orbite dépourvu de son œil.

Le problème c’est que je ne dispose pas de beaucoup de matériel. La fille est toute cabossée, je ne sais pas si je…

- Il y a quelqu’un ?

Le couteau glisse dans ma paume. Je me fige, les sens en alerte, mais la voix résonne encore, accompagnée de quelques coups sur la porte :

- Hé ho ! L’auberge des naufragés, c’est bien ici ?

Je ne comprends pas le jeu de mot mais je devine que cette femme – la voix est indubitablement féminine – est là pour la blessée. Sans lâcher mon couteau, j’entrouvre le battant et découvre le type de tout à l’heure, celui qui fouillait la fille sur la plage. A côté de lui, une femme petite mais très ronde laisse échapper un grognement de satisfaction. Elle porte un panier dans les bras.

- Salut à toi, dit-elle en s’inclinant, une main sur le cœur. D’après mon petit-fils, tu as porté secours à une jeune fille sur la plage ?

La main sur le cœur, c’est le salut des O’Oang. J’imite donc son geste pour la saluer en retour, mais comme je demeure silencieux elle reprend, en désignant son panier :

- J’ai pensé que je pouvais me rendre utile. Dans mon village, je soigne à peu près tout le monde.

Je me pousse pour la laisser entrer. Le jeune homme me fait signe qu’il préfère rester dehors, alors je referme la porte et rejoint la femme au chevet de ma blessée.

- Pauvre petite, dit-elle en passant sa main sur le front de la fille. Je m’appelle Fyna. Tu peux me trouver une couverture ? Il me faut aussi trois bols, un mortier et j’ai besoin que le feu soit plus fort.

Fyna ne fait pas dans la dentelle. Elle parle peu mais elle est sûre d’elle. Ses directives un peu sèches me conviennent. Je me plie à ses demandes pendant une heure environ mais je ne perds pas une miette de ses actions ; j’enregistre, comme à mon habitude, ses moindres gestes pour être capable de les reproduire si nécessaire.

- Fyna ?appelle le garçon, dehors. Le vent se lève.
- J’arrive.

Elle s’essuie les mains sur un linge puis me montre comment changer le pansement. Elle ne me propose rien, ni pour moi de les rejoindre au village, ni pour elle de revenir vérifier que tout va bien ; neutre, je ne suis pas associé aux rivalités qui déchirent les Kelinn’Ju et les O’Oang, mais je ne suis pas un des leurs non plus.

En ce qui me concerne, ce n’est pas un problème.

Mes visiteurs partis, je ferme la porte et la bloque soigneusement, ainsi que toutes les autres ouvertures. Le vent est déjà fort, et je sais que ce n’est que le début. Je vais m’asseoir près du poêle et m’enroule dans une couverture. Mon regard se pose sur la fille. Une drôle de marque lui mange une partie du visage, on dirait un brûlure ; ses traits sont bien dessinés quoiqu’un peu anguleux, sa peau assez pâle. Je me demande ce qu’elle fichait sur ce bateau, toute seule.

La nuit s’est écoulée lentement, rythmée par les assauts du vent et surtout ses hurlements déchaînés. Plusieurs fois j’ai cru que la bicoque allait s’envoler tellement elle était secouée par les violentes bourrasques. Comme si un phénomène était lié à l’autre, la fille délirait à cause de la fièvre, tourmentée par une tempête qui faisait rage en elle. Entre deux tranches de sommeil, je lui ai fait boire de l’eau, j’ai passé un linge frais sur son front et je l’ai regardée se débattre pour survivre. Elle laissait échapper des morceaux de phrases, des paroles bizarres. Un prénom, « Gil », est revenu plusieurs fois.

C’est le silence qui me réveille brutalement tant il contraste avec la fureur de cette nuit terrible. Plus un bruit dehors. La fille ne bouge plus. Un bref instant je la crois morte, et puis je vois sa poitrine se lever et s’abaisser tout doucement. Elle dort. Son visage est détendu, sa respiration tranquille, apaisée. La tempête est finie.

Je me lève, m’étire comme un chat, débloque la porte et jette un coup d’œil à l’extérieur. Sur l’île, la nature est en désordre mais dans le ciel la nuit a laissé place à une immensité de rouge et d’orange sur laquelle aucun nuage ne détonne. Une journée radieuse s’annonce. Je fais le tour de la bicoque, ouvre les volets dans l’air frais du matin. Je reviens dans la maison pour ouvrir une fenêtre. Je me fige sur le seuil.

La fille est réveillée.

__________________________________________

"Je ne suis pas un psychopathe. Je suis un sociopathe de haut niveau."

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Khamill Norwël
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MessageSujet: Re: Après la tempête... [Kei]   Dim 22 Oct 2017, 14:50

Portant les doigts à sa gorge, là où la pointe du poignard avait laissé un mince filet de sang, Cal regarda l'étrange garçon s'éloigner avec la fille juchée sur son dos. Il ne faisait pas partie de son clan, c'était certain. Cependant, il ne se souvenait pas non plus l'avoir aperçu chez les Kelinn’Ju – Cal était tellement perturbé qu'il en oublia de cracher sur le sable en songeant au clan adverse, comme les jeunes de son village – et les moins jeunes – en avaient l'habitude. Et puis, ce type ne leur ressemblait pas vraiment ; il n'avait pas hésité une seule seconde avant de le menacer, alors que les Kelinn'Ju étaient des lâches. En plus, il n'avait pas du tout mis en avant leur rivalité. Il faisait plutôt songer à un ermite mal léché ne demandant de comptes à personne, sauf qu'il paraissait très jeune, à peine la vingtaine, et que Cal n'avait jamais entendu parler de lui. Sa présence sur l'Ile du Vent était pour le moins étrange...

Qui était-il ? Et pourquoi voulait-il sauver la fille ? Déjà, c'était peine perdue, et puis il ne semblait pas spécialement la connaître, sinon il aurait eu l'air un tant soit peu ému en l'apercevant dans cet état. Enfin, s'il n'avait pas un minimum de matériel, il allait avoir du mal à la sauver... Ce fut cette dernière pensée qui fit se décider Cal. Il avait essayé de voler un cadavre, qui visiblement n'en était pas – encore – un, et même s'il avait une bonne raison pour ça, l'idée qu'un inconnu aussi étrange cherche au contraire à empêcher le futur cadavre d'en devenir un le dérangeait. Autant que le souvenir de son humiliation toute fraîche par ce même inconnu...

La seule façon de se racheter, c'était d'aller chercher Fyna. Cal fit volte-face et se mit à courir vers le village.

Il n'était pas un voleur. Lui aussi pouvait porter secours aux gens !



***




Cal n'eut pas le loisir d'éviter la petite tape qui frappa l'arrière de son crâne avec célérité, et poussa un petit cri en ramenant ses mains sur sa tête.

- Fripouille ! Comment se fait-il que ce soit un autre qui ait récupéré cette fille ! Pourquoi ne l'as-tu pas directement emmenée au village ?!
- Il... il m'a devancé ! J'étais choqué et je n'ai pas eu le temps de...
- Et tu mens en plus ! C'est quoi cette égratignure sur ton cou ? Décidément, le petit-fils ne vaut pas mieux que son défunt père !
- Euh... grand-mère ? Je crois qu'on devrait se dépêcher...
- Et la faute à qui, hein ?! Amène moi les compresses, celles aux plantes marines ! et plus vite que ça ! J'espère que tu sais où cet énergumène habite au moins !
- Euh... oui !


Là-dessus, Cal avait sa petite idée. L'inconnu était parti dans la direction d'une vieille cabane solitaire qu'il avait pu apercevoir auparavant depuis la forêt, lors de ses chasses. Il la pensait inhabitée, mais c'était sûrement là que “l'énergumène” créchait...



***




- Pauvre petite ! Je m’appelle Fyna. Tu peux me trouver une couverture ? Il me faut aussi trois bols, un mortier et j’ai besoin que le feu soit plus fort.

Le dos appuyé contre le mur de bois extérieur de la bicoque, Cal poussa un soupir soulagé, tandis qu'un léger sourire étirait ses lèvres. Si sa grand-mère parlait ainsi, c'était qu'elle pensait pouvoir encore sauver la blessée. Et c'était un peu grâce à lui...

Il n'avait toujours rien à manger pour sa famille, la fille n'était pas définitivement sauvée, l'inconnu l'intriguait et l'énervait toujours... mais il se sentait bien plus léger.




***






Il fait chaud. Non, il fait vraiment froid en fait.
En même temps, j'ai la sensation d'étouffer.
De l'air ! Et ma gorge me brûle, j'ai l'impression que tout mon corps est rempli et recouvert de sel. Noyé sous le sel. De l'eau !

Le regard vert du Mentaï plonge dans le mien, je grogne et m'agite.
Je veux crier, je veux me jeter sur lui et crever ces deux yeux qui me narguent, déchirer ce sourire insupportable, et transpercer son coeur aussi froid que les bras d'une goule.
Je ne parviens à rien.

Le regard bicolore de l'Envoleur vient s'y superposer.
Je voudrais que ce soit rassurant, mais ça m'énerve encore plus. Est-ce que je peux vraiment compter sur lui ? Je voudrais lui crier de partir, le plus loin possible, et qu'il ne se montre plus jamais devant moi.
Et je voudrais qu'il reste, parce qu'au fond de moi, je sais que c'est ma seule chance.
Et que je peux lui faire confiance – non, que je dois.
Est-ce que je vais vraiment y arriver ?
Est-ce que je le peux vraiment ?

J'aperçois un autre visage, non deux. Tous les deux inconnus.
Ils ne m'inspirent rien.

J'entends des mots que je ne saisis pas, des chuchotements. Une voix féminine.
Je crois que ces personnes, qui ressemblent à des fantômes, me touchent.
J'aime pas ça, je tremble.

J'aime pas qu'on me touche !
Le rire mielleux du Mentaï résonne dans mes oreilles.
Je le sens qui agrippe mes cheveux et je...

Je hurle ! sans savoir si je le fais vraiment.

C'est ce hurlement infini qui me plonge à nouveau dans le noir.




***




Ce fut un étrange sentiment de calme qui réveilla Khamill.

Le toucher, d'abord.
La sueur ne lui coulait plus sur la poitrine, dans le cou et le long du dos. Une sensation d'engourdissement, incroyablement apaisante, enveloppait tous ses membres. Elle croyait flotter dans un océan de fourrure douce.

L'ouïe, ensuite.
Le silence semblait complet, comme si elle se trouvait dans un nulle-part où l'air même n'existait pas. Seul lui parvint le léger froissement du drap, quand elle bougea – elle se trouvait donc dans un lit – et puis, peu à peu, plus lointain, le son familier des vagues, qui acheva de la rassurer.

L'odorat, enfin.
De douces senteurs de plantes l'entouraient, à travers lesquelles elle pouvait sentir l'odeur si reconnaissable et singulière de la mer... Elle fut alors prise d'une brusque envie d'aller la voir.

Ce fut seulement à cet instant, alors qu'elle se redressait d'un seul coup, qu'elle ouvrit les yeux. Aussitôt, la tête lui tourna et elle vit pleins de petites étoiles noires danser. Elle porta la main à son crâne, et sentit la rugosité d'un bandage sous ses doigts. Les étoiles disparurent peu à peu ; elle distingua les contours de meubles, la pâle lumière filtrant d'un rideau, l'intérieur gobal d'une petite maison enfin. Un endroit qui lui était inconnu.

A cet instant, des volets s'ouvrirent, suivis de la porte qui donnait sur l'extérieur. La lumière matinale entra davantage, accompagnée... de la silhouette d'un inconnu. Khamill cligna des paupières. Il avait l'air vraiment jeune, d'une petite dizaine d'années de moins qu'elle. Attirée par l'air du dehors comme un papillon par la lumière d'un feu, elle ne prit pas la peine de le détailler davantage et sortit un peu trop rapidement du lit, manquant de tomber au sol. Ignorant les multiples courbatures qui l'empêchaient de se mouvoir correctement, elle se précipita vers le garçon, le bouscula un peu en passant et se retrouva dehors.

Elle s'arrêta à une vingtaine de mètres de la cabane, inspirant très fort l'air pur du matin et l'odeur de la mer. Devant elle, une falaise s'ouvrait sur l'océan. Le soleil achevait de se lever.

Les évènements de la veille lui revinrent soudain en mémoire. La tempête, le naufrage... Cet inconnu l'avait visiblement sauvée. Mais elle ignorait où elle se trouvait.

Exécutant un demi-tour sur elle-même, elle vit qu'il l'avait suivie, mais qu'il était resté à une dizaine de mètres d'elle. Souriant, elle s'approcha de lui, en respectant tout de même une certaine distance, et prit le temps de le détailler. Plutôt grand, mince et musclé, il avait des cheveux mi-longs retenus en une très courte queue-de-cheval derrière la tête, et son visage ne reflétait pas d'expression particulière. Il y avait quelque chose d'étrange dans sa manière de se tenir et de la regarder qui lui plût et l'intrigua ; elle avait l'impression de s'y reconnaître. Après cet examen rapide, elle plongea ses yeux gris dans les siens. Elle ne se sentait pas méfiante, mais étrangement calme au contraire. Et juste un peu curieuse.


- On dirait que je te dois une fière chandelle... Merci.

Le mot avait roulé dans sa bouche, pétillant et joyeux. Elle n'avait pas l'habitude, et c'était agréable.

- Je m'appelle... Khamill. Je peux savoir à qui j'ai affaire, et où on se trouve actuellement ?

Etait-il un habitant d'ici ? Sans savoir pourquoi, elle en doutait un peu. Par contre, elle était incapable de deviner si elle avait échoué sur le continent ou sur une île.

Elle s'aperçut qu'elle ne portait pas ses propres vêtements, mais une tunique qui devait sûrement appartenir à son sauveur, et ne put s'empêcher de frissonner.


- C'est toi qui m'a changée ?
Non, en fait je m'en fiche. Par contre, j'ai vraiment très faim !


En effet, ses jambes tremblaient. Elle espérait que malgré la tempête, il aurait quelque chose de consistant à lui proposer...

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MessageSujet: Re: Après la tempête... [Kei]   Lun 23 Oct 2017, 10:06

Non seulement elle est réveillée mais en plus, elle est sacrément vive ! Je la regarde tomber du lit. L’idée qu’elle n’a peut-être plus d’équilibre à cause de son choc sur la tête me traverse l’esprit mais déjà, elle est debout et se précipite vers moi. Instinctivement, je resserre les doigts sur le manche rassurant de mon couteau – sans le dégainer. Pas le temps, de toute façon. Elle me bouscule et jaillit de la bicoque à toute allure. Comme un oiseau à qui l’on aurait rendu sa liberté en ouvrant la porte de sa cage.

Plaqué contre le bois dur et humide de la cabane, je laisser filer quelques secondes, le temps de me décider. Lorsque mes doigts relâchent leur pression sur mon arme, je laisse aller ma tête en arrière, contre le montant de la porte, laisse échapper un soupir, puis m’élance à mon tour sur les traces de l’inconnue. Bien moins vite, cependant : je marche tranquillement. Je ne suis pas pressé, moi. Et puis de toute façon, elle s’est arrêtée.

Je m’arrête aussi. Pas trop près, ni trop loin ; elle m’intrigue, c’est vrai, mais je me méfie quand même. Je la regarde inspirer profondément l’air frais et salé. C’est vrai qu’elle revient à la vie… Soudain, elle se retourne et nos regards se croisent. Une seconde, deux secondes… stop. C’est déjà trop pour moi. Mal à l’aise, je baisse les yeux – mais je sens qu’elle continue de m’observer. Je ne bouge pas d’un poil. Un type normal se serait passé la main dans les cheveux ou sur la nuque, se serait râclé la gorge, aurait fait un pas en avant, s’inquiétant de l’état de sa protégée…

Je reste parfaitement immobile. En fait, je ne sais pas trop quoi faire d’autre, moi. Elle tient debout, cette fille, même si elle vacille un peu parfois. Elle a les joues roses, les yeux brillants. Elle a même souri. Alors elle va s’en sortir. Je ne vois pas trop ce que je peux bien faire de plus, maintenant. Retourner vivre ma vie ? Ouais. Je suis sur le point de faire demi-tour quand la voix un peu rocailleuse de l’inconnue me freine dans mon élan.

- On dirait que je te dois une fière chandelle… Merci.

Une chandelle ? Je fronce les sourcils. Sans doute une expression que je ne comprends pas, encore une fois. Les Alaviriens sont férus d’expressions de ce genre. Comme je ne vois pas le lien avec la chandelle, je me contente d’attendre la suite.

- Je m’appelle… Khamill. Je peux savoir à qui j’ai affaire, et où on se trouve actuellement ? C’est toi qui m’a changée ? Non, en fait je m’en fiche. Par contre j’ai vraiment très faim !
- Keilan. On est sur l’Ile du Vent. Oui, avec Fyna. Et moi aussi.


Je la vois écarquiller les yeux. Sans doute que ma réponse, qui est en fait la somme de toutes celles que je lui dois, la surprend ; moi, je hausse les épaules et me détourne. Direction la plage. Si on veut manger, il faut commencer par là. J’ai dû abandonner ce que j’ai récolté hier pour pouvoir la transporter, il faut tout recommencer. Comme je passe près de la cabane, je m’y arrête une minute, le temps d’attraper un petit sac de toile. Après un instant de réflexion, j’en lance un à la fille. Khamill.

Nous descendons vers la plage. La tempête a fait encore plus de dégâts, charriant sur le sable des tas de choses qu’il faudra démêler pour les récupérer : du bois, de la corde, des coquillages, des algues, des méduses, et même quelques poissons. Le ciel est gris. A mon avis, dans deux ou trois heures, on aura droit à une nouvelle attaque de ce vent qui a donné son nom à l’île. Près de moi, la fille avance prudemment, pas encore très stable sur ses appuis. A un moment, elle dérape dans le sable et s’accroche à mon bras ; je serre les dents, et dès qu’elle a retrouvé son équilibre, je me dégage. Et désigne, dans le même temps, ce qu’il reste de son embarcation.

- Tant que ça reste coincé là, ça ne risque rien de plus. Avec du bon bois et quelques matériaux, tu devrais pouvoir réparer ça.

J’ai déjà fait ça, à bord de la Furie, quand il fallait réparer en hâte un canot – voire même le navire, abîmé au cours d’un abordage particulièrement violent. Ramené malgré moi dans ce passé révolu, je m’approche de l’esquif fracassé, me penche et attrape un bout de planche vermoulue. Démêler les cordages, réparer la toile, fixer le mât, réparer et consolider la coque… Six jours. Et dans sept, si le temps le permet, elle pourra quitter l’île.

Mon regard tombe sur un nom écorché. Suviyo. Il me plaît. Je lui donnerai un coup de peinture pour le rafraîchir. Si je demande ça à Fyna ou à son petit-fils, ils m’aideront sans doute. J’ai de quoi payer de toute façon. Sans un mot, j’attrape une brassée de cordes et remonte l’ensemble en haut de la plage. La fille me suit des yeux. Elle se demande sans doute pourquoi je fais ça.

Pourquoi je fais ça ?

Arrivé en haut de la plage, je pose mon chargement, me redresse et pose les mains sur les hanches. Je fais ça parce que toute seule, il lui faudra deux fois plus de temps. Je fais ça parce que du temps, j’en ai justement. Et je fais ça parce qu’elle ne m’a rien demandé. J’en ai envie, c’est tout, voilà, pas la peine de s’y attarder !

En une heure, nous parvenons à ramener le plus gros en haut de la plage. Comme la marée est montante, si nous avions attendu davantage, récupérer tout ça aurait été impossible. Ne reste plus que la coque et le mât démantelé, retenus par les rochers de la crique. Si tout va bien, ils ne bougeront pas, même avec le vent qui se lève. Les nuages s’amoncèlent à l’horizon. Il faut faire vite.

Je laisse Khamill ramasser les crustacés pendant que je transporte voile et cordages jusqu’à la cabane. Au cours de l’un de mes trajets, je remplis deux gourdes d’eau de source dans le ruisseau qui file à travers les arbres, au-delà du mur de dunes qui surplombe la plage. Puis je rejoins la fille, lui tend une gourde et pendant qu’elle boit, je ramasse quelques algues. Quelques gouttes de pluie chatouillent mon visage. Le vent se lève, fait danser nos cheveux. Je fais signe à Khamill de me suivre ; courbés en deux, nous remontons la plage et regagnons la cabane.

Il faut bien la force de deux personnes pour refermer la porte dans notre dos. Une fois le loquet verrouillé, je m’appuie contre le battant déjà agité par les assauts du vent et pousse un profond soupir. A côté de moi, la fille tremble. De froid, de faim et de fatigue. Je reconnais que je ne suis pas au meilleur de ma forme non plus, après une nuit passée à jouer les guérisseurs – sans manger.

- Ouvre les coquillages, je m’occupe de l’eau.

Je la fais bouillir grâce au poêle, avec les algues qui lui donneront un goût salé, et plonge la chair des crustacés que Khamill me tend. Ensuite, pendant que le repas cuit, je tire jusqu’au poêle le baquet d’eau de pluie que j’ai pensé à rentrer dans la cabane lors de mon dernier voyage, tout à l’heure. Je m’emmêle les pieds dans les nœuds de cordages, manque de m’étaler de tout mon long, jure comme j’ai appris à si bien le faire sur la Furie, me redresse quand un petit rire m’interrompt.

- Quand l’eau sera tiède, tu pourras te laver si tu veux, je propose en frottant mes propres cheveux pour faire tomber le sable qui s’y est logé.

Je ne me dis pas que c’est une femme et moi un homme. Que dans un endroit aussi exigu que celui-ci, une telle suggestion peut gêner. Tout ce que je sais, c’est qu’un bon bain chaud ne pourra que nous faire du bien. Alors je me laisse tomber sur le sol, pose ma tête contre le lit et attends de pouvoir me remplir l’estomac et me baigner. Mon regard glisse vers Khamill. La frôle un instant.

- Tu allais où comme ça, sur ton petit rafiot de rien du tout ?

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MessageSujet: Re: Après la tempête... [Kei]   Jeu 26 Oct 2017, 17:54

De nouveau, le vent s'était levé. Il semblait plus fort qu'eux deux tentant de fermer la porte de la petite maison ; pourtant, ils finirent par y parvenir, Khamill appuyant de tout son poids sur le battant tandis que Keilan fermait le loquet. A bout de souffle – porter les morceaux du bateau, même avec l'aide du garçon, « chasser » les crustacés sur la plage et enfin regagner la bicoque contre les assauts du vent lui avait complètement retiré ses maigres forces – Kham résista pourtant au besoin de se laisser retomber sur le lit. Ils avaient bien travaillé, mais bien que le ciel se soit assombri en raison de la nouvelle tempête qui se préparait, il ne devait pas être plus de midi. Ce n'était pas encore le moment de retourner se coucher... même si ses jambes la soutenaient à peine, et que son cœur battait à cent à l'heure. Et elle refusait de continuer à se montrer faible devant Keilan. Elle devait se redresser.

- Ouvre les coquillages, je m’occupe de l’eau.

Khamill hocha la tête. Elle jeta un coup d’œil au garçon : il ne semblait pas tellement en meilleure forme qu'elle. Une fois de plus, elle se demanda pourquoi il avait autant pris sur lui pour la tirer des griffes de la Faucheuse – d'autant plus qu'il semblait un être plutôt solitaire. Comme elle, il parlait peu et ils avaient surtout communiqué par gestes durant toute la matinée. Son mouvement de recul, quand elle s'était appuyé sur son bras pour se retenir de tomber, sur la plage, ne lui avait pas non plus échappé. Elle le comprenait parfaitement. Elle s'était vivement retirée.

Elle versa les crustacés et coquillages sur la table, dénicha du regard un petit couteau, s'assit sur une chaise et commença sa tâche. A cause de la fatigue et de la faim, ses doigts étaient fébriles et au début, elle mit du temps à glisser la lame dans l'interstice des coques. Elle finit par prendre le coup de main, retrouvant des gestes anciens ; les morceaux de chair s'accumulèrent rapidement. Lorsque tous les coquillages furent vides et les crevettes dépiautées, elle avisa la main de Keilan tendue et attendit qu'il lève les yeux vers elle pour lui adresser un sourire énigmatique.


- Plus de coquillages ! Mais il reste une surprise !

Du dernier sac, elle tira un gros crabe rouge qu'elle montra à son hôte. Elle avait réussi à le dénicher sur la plage lors de ses recherches, sans le dire à Keilan pour lui en faire part au dernier moment. Elle attendit que la chair des différents crustacés soit cuite pour la retirer de l'eau bouillante et y plonger le crabe à la place. Petite, la vision de l'animal gigotant pour tenter d'échapper à la mort l'avait longtemps fascinée et effrayée à la fois. Elle avait fini par refuser d'en manger... et, trois jours après, s'était régalée d'un festin de crabe préparé par ses parents. Souriant malgré elle face au souvenir, elle fut tirée de sa contemplation de l'agonie de la bête par le juron de Keilan. L'observant s'empêtrer dans les cordages, elle ne put s'empêcher de lâcher un petit rire. Le garçon ne s'en formalisa pas et lui proposa de prendre un bain. Sans s'en apercevoir, Khamill se raidit. Elle ne répondit rien.

Keilan ne lui faisait pas peur, ça c'était certain. Il semblait d'ailleurs très loin d'avoir le moindre intérêt physique ou sexuel pour elle. Mais il y avait toujours quelque chose qui restait coincé, là, dans son ventre, sa gorge ou sa tête. Il avait raison cependant, elle avait vraiment besoin de prendre un bon bain chaud... Bon, il fallait d'abord manger de toutes façons ! La jeune femme sortit le crabe de l'eau et commença à en briser la carapace, tant bien que mal, et à en retirer la chair. Elle aurait simplement pu laisser Keilan se débrouiller avec sa part, mais pour l'instant c'était une manière comme une autre de le remercier.


- Tu allais où comme ça, sur ton petit rafiot de rien du tout ?

A son tour, Khamill poussa un juron. Elle venait de se couper au doigt avec le couteau. La fatigue n'arrangeait rien, mais la question de Keilan, qui lui remémorait à nouveau la mauvaise farce de Gil, n'y était pas pour rien non plus. Se concentrant sur son travail pour chasser le sourire goguenard de l'Envoleur, elle répondit sur un ton mi-figue mi-raisin.

- Oh, nulle part. Un imbécile m'a juste jetée dans l'Océan comme ça, pour voir si j'étais capable de m'en tirer sans doute. Le pire – ou le meilleur – c'est que le petit rafiot de rien du tout appartient à l'imbécile en question. Et qu'il a l'air d'y être attaché.

Le truc, c'est que même en ayant vécu sur la côté des Grands Océans, je n'avais encore jamais naviguée seule et aussi loin
, ajouta-t-elle en disposant les morceaux de coquillages et quelques algues tout autour de la chair du crabe.Sans compter le... « mauvais temps ».

Elle s'assit sur le sol à côté de Keilan, en prenant garde à ne pas le toucher, et déposa l'assiette entre eux deux.

- Voilà, l'assiette du chef ! Enfin, des chefs.

Sans attendre, elle saisit un gros morceau de chair blanche du bout de la lame et l'engloutit en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire. Sans regarder Keilan, elle posa une, non, des questions à son tour.

- T'as l'air de t'y connaître en bateaux, et pourtant t'es jeune et j'ai vu pas même une barque autour de ta maison. T'es charpentier ? Marin ? Pirate ? sourit-elle en repensant aux jeux d'enfance avec son frère. Et pourquoi t'es tout seul ? Tu m'as parlé d'une Fyna tout à l'heure, alors il doit bien y avoir d'autres gens sur cette île...

Il était rare qu'elle parle autant et surtout pose autant de questions. Mais il était rare aussi que quelqu'un attire un tant soit peu son attention, et c'était le cas de Keilan.

Sans qu'elle sache vraiment pourquoi, il lui plaisait.

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MessageSujet: Re: Après la tempête... [Kei]   Dim 12 Nov 2017, 15:45

- Oh, nulle part. Un imbécile m'a juste jetée dans l'Océan comme ça, pour voir si j'étais capable de m'en tirer sans doute. Le pire – ou le meilleur – c'est que le petit rafiot de rien du tout appartient à l'imbécile en question. Et qu'il a l'air d'y être attaché.

Et tu as l’habitude d’écouter tout ce que les imbéciles te demandent ? Je fronce les sourcils, refusant de croire un seul instant que cette fille est du genre à suivre n’importe qui pour faire n’importe quoi. La naïveté ne lui va pas. Alors je réfléchis, et en réfléchissant, une pensée me vient à l’esprit : ce genre de projet complètement fou, c’est un truc que Kaünis pourrait faire. Je la vois bien me jeter dans un bateau et me laisser me débrouiller, comme elle sait si bien le faire. Et si c’était le cas, je n’hésiterais pas à braver la tempête.

C’est étrange. J’aurais dû être effrayé, ou au moins ennuyé par cette réalité, cette obéissance évidente, pourtant je ne le suis pas. Sans placer encore le terme « confiance » dans cette relation qui s’établit petit à petit entre mon maître et moi, je crois que celui de « loyauté » est déjà là.

La voix de la fille – Khamill – me tire de mes pensées. Je ne suis pas surpris de l’entendre dire qu’elle a grandi sur la côte ; sur la plage, elle savait exactement quoi faire et quand je l’ai laissée s’occuper des coquillages, elle n’a pas eu l’air embêtée. Elle a fait ça avec dextérité, tout comme elle a cuit le crabe qui ajoute un peu de consistance bienvenue dans ce repas. Je grignote la chair tendre et parfumée du crustacée tout en l’écoutant me raconter sa mésaventure. Puis viennent les questions. C’est dans la logique des choses, je m’y suis préparé.

- Pirate, je réponds en léchant mes doigts, et je guette sa réaction du coin de l’œil.

Comme elle ne tique pas, j’en conclus qu’elle me croit. Je suis soulagé qu’elle veuille en savoir davantage sur ma situation actuelle, je n’aime pas trop parler du passé. Je l’assume sans problème, j’ai juste… du mal à évoquer ce qui est derrière moi, encore plus à appréhender ce qui est devant. Le présent ne me pose en revanche aucun problème.

- C’est rare que je ne sois pas tout seul, mais ça ne me gêne pas. On s’entend mieux penser dans le calme…

Je tends la main, contourne habilement la sienne et prélève un nouveau morceau de crabe. Je prends le temps de mâcher puis d’avaler avant de poursuivre. Et parce que les images sont parfois plus parlantes que des mots, je trace du bout du doigt dans la poussière sablonneuse qui recouvre le parquet de bois les contours de l’île du Vent.

- Le village des Kelinn’Ju, je dis en dessinant un petit cercle au nord de mon dessin, et le village des O’Oang, j’ajoute en dessinant, au sud, un nouveau petit cercle. Fyna habite dans ce village. Elle est venue m’aider à te soigner parce que c’est son petit-fils qui t’a trouvée sur la plage.

Je mâche encore un bout de crabe, puis, après quelques secondes de réflexion, trace une croix au milieu de l’île.

- On est ici. C’est pas chez moi. Et ici, c'est l'île du Vent.

Je me réadosse contre le lit, grignotant cette fois-ci un coquillage. J’ai répondu à ses questions de façon logique, sans déborder du sujet, comme je sais si bien le faire, mais le silence qui retombe entre nous est chargé de mille autres questions. On se les pose tous les deux, ces questions ; je crois bien que je suis aussi intrigué qu’elle. Ce n’est pas tous les jours qu’on sauve une fille d’un naufrage. J’imagine que ce n’est pas tous les jours qu’on est sauvé par un garçon non plus. Il y a quelque chose d’unique dans ce repas échangé à même le sol, dans une vieille cabane de pêcheur qui sent le bois, l’iode et le poisson.

Je bois quelques gorgées d’eau fraîche avant de lui tendre l’outre. Pendant ce bref contact, mon regard est attiré par la marque qui s’étend sur son visage. Ça aussi, ça m’intrigue. Et moi, je n’ai pas de « filtre », quand j’ai une question en tête, je la pose directement.

- Il t’est arrivé quoi ? je demande donc, en désignant mon propre visage pour qu’elle comprenne où je veux en venir.

Je ne me dis pas que c’est peut-être un sujet sensible, mais ma question n’a pas du tout pour but de la mettre mal à l’aise, je veux juste en savoir plus… On voit bien que c’est une brûlure, alors je suis curieux. Et sans attendre sa réponse, je soulève un pan de ma chemise humide, dévoilant ma hanche droite. Une mince bande de peau est d’une couleur similaire à la sienne, clairsemée tout autour de petites taches, comme des éclaboussures.

- Une nuit, pendant que je faisais mon quart, il y avait beaucoup de houle et une lampe s’est détachée de son support. Elle s’est éclatée par terre, juste à côté de moi, le feu a jailli et ça m’a brûlé ici.

Je redescends ma chemise et continue de manger tranquillement. J’attends sa réponse.

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Khamill Norwël
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MessageSujet: Re: Après la tempête... [Kei]   Mer 15 Nov 2017, 21:40

Pirate. Khamill était loin de s’attendre à cette réponse, en fait. Dans sa bouche, le mot avait eu une consonance ironique. Les pirates étaient davantage à ses yeux des êtres de son imaginaire de petite fille, au même titre que les sirènes et les dragons de mer, que des personnes réelles, même si elle savait très bien que les Alines existaient et qu’ils pillaient parfois les côtes du continent. Le mot lui invoquait d’abord des hommes sans foi ni loi et avides de trésors, dotés d’un sabre ébréché et d’un œil bandé. Or, on avait beau le regarder, ce n’était pas vraiment l’image qu’inspirait Keilan…

Un Keilan chez qui il était inutile de chercher une trace d’humour, la jeune femme commençait à le saisir. Son interlocuteur avait du mal avec les expressions imagées et le second degré, et elle comprit vite que sa réponse était bel et bien sérieuse. Voyant qu’il n’était pas prêt d’en dire davantage, et malgré sa curiosité qui ne manquait pas d’être attisée – s’il était effectivement un pirate, que faisait-il seul sur l’île ? Elle n’avait jamais entendu parler de pirates solitaires et habitant sur la terre ferme. Et aussi jeune. – Khamill ne fit pas d’autre commentaire. Décortiquant une crevette, elle écouta simplement le garçon, qui avait entreprit de répondre à chacune de ses questions, méthodiquement. Il lui traça une carte stylisée de l’Île du Vent ; elle n’était donc pas si grande, abritant seulement deux villages. Et la cabane de Kei se trouvait entre les deux. « C’est pas chez moi » lui précisa-t-il. Ah, donc il ne vivait ici que temporairement… Allait-il bientôt repartir en mer, alors ? Retrouver d’autres pirates ? Les questions s’enchaînaient dans l’esprit de la jeune femme, alors que son interlocuteur s’était tu. Sa façon de donner ses réponses était plutôt étonnante : précision et concision semblaient ses maîtres-mots. Ça plaisait bien à Khamill, qui n’aimait pas vraiment s’épancher non plus.

C’est pourtant ce qu’elle fit – à son échelle – lorsqu’il lui demanda à son tour quelque chose. Elle mit un instant à comprendre de quoi il parlait, avant de voir son geste. Sa brûlure. L’envoleuse porta les doigts à sa joue. Peu de gens osaient lui poser la question qui pourtant naissait invariablement dans leur tête, et ceux qui le faisaient utilisaient des détours la plupart du temps. Keilan n’était ni de la première catégorie, ni de la seconde ; il affichait une simplicité efficace et brute de décoffrage…

Kham essaya de rassembler ses pensées. Quelques années plus tôt, elle avait parlé à une certaine marchombre aux cheveux bleus d’un simple « accident », restant évasive. Allait-elle offrir la même réponse au garçon ? C’était d’ailleurs étonnant de réaliser que ces deux personnes lui avaient sauvé la vie juste avant de l’interroger sur le même sujet… sûrement parce que cet acte extrême instaurait une certaine proximité entre elle et ses bienfaiteurs. Devant son silence, le jeune homme souleva une partie de sa chemise et désigna sur sa peau une brûlure un peu différente de la sienne, plus petite mais tout aussi sérieuse, avant de lui en conter l’origine. Et, sans savoir pourquoi, peut-être parce qu’à travers ses mots elle venait d’entrevoir ne serait-ce qu’un infime éclat de son passé à lui, Khamill ressentit le désir – non, le besoin – de tout lui raconter. De la même manière que lui, sans utiliser de détours ou de décorum inutiles.


- L'histoire de ma brûlure est un peu plus longue et complexe, commença-t-elle. Il y a longtemps, quand j’avais à peu près ton âge, j’ai été réduite en esclave par un homme. Mon seul ami venait de mourir et j’étais seule, alors quand il m’a dit qu’il pourrait m’aider à survivre, je l’ai suivi sans trop me poser de question. Et effectivement, j’ai vécu deux ans de survie pure, je n’ai plus vécu pendant ces années-là. Il me violait tous les jours et m’a prostituée à d’autres hommes. J’ai perdu toute conviction, toute envie de tenter quoi que ce soit pour échapper à tout ça…

Pourquoi lui disait-elle tout ça ? Même si la blessure était toujours gravée en elle, et ravivée récemment, elle avait déjà tout dit à Pan, puis à Gil. Pourquoi raconter cela à une troisième personne, qu’elle ne connaissait presque pas ? En plus, les mots sortaient beaucoup plus facilement devant Keilan que devant les maîtres envoleurs. Comme s’il était disposé à mieux la comprendre. Et peut-être parce qu’elle était sûre, pourtant sans aucune base, de ne courir aucun risque auprès de lui... alors qu'elle ne faisait pas totalement confiance à Gil. Sans se formaliser de sa réaction, elle continua.

- Une nuit, j’ai fini par trouver la force de m’enfuir. Pour l’empêcher de me suivre, j’ai pris une torche accrochée à un mur de l’appartement et je l’ai jetée derrière moi, mais le feu m’a rattrapée avant que je ne gagne la rue… Je me suis gravement brûlée, mais j’en suis sortie vivante. Et j’avais réussi à m’enfuir.

Enfin, c’était ce qu’elle avait osé croire alors…

La jeune femme se rappela avoir confié à Syndrell que sa brûlure était le symbole de sa libération. Elle savait désormais que c’était faux. Elle n’était qu’une marque de plus de son asservissement et de la violence qu’elle avait subie – qu’elle subissait encore. Elle savait aussi que si elle voulait vraiment être libérée un jour, devenir une envoleuse ne suffisait pas : elle devait retrouver elle-même Cerman, la prochaine fois. Pour mettre fin à sa vie, définitivement.

Elle ne dit pas tout cela à Keilan, comme si elle se rendait soudain compte d’avoir trop parlé. Souriant légèrement pour dissiper la pesanteur née de ses mots, elle se leva pour aller se laver les mains, puis revint au pied du lit pour se coucher sur le sol, recroquevillée en position fœtale.


- Je pense que je vais encore dormir un peu. Je te laisse ton lit, ajouta-t-elle, consciente que le jeune pirate l’avait veillée toute la nuit et était au moins aussi fatigué qu’elle.

Et presque aussitôt, elle s’endormit.


***




Lorsqu’elle se réveilla, deux heures avaient passé et la tempête s’était tue. Keilan dormait dans son lit. Elle s’étira comme un chat et sortit de la cabane ; l’air était frais mais agréable, et les rayons du soleil de l’après-midi faisaient scintiller la surface turquoise de l’océan, en contrebas. Tout nuage avait disparu. Khamill se plaça au bord de la falaise et enchaîna des étirements et des exercices de respiration pendant une bonne demi-heure. Puis elle descendit sur la plage, se déshabilla rapidement et nagea longuement dans l’eau froide et salée. C’était douloureux, mais sacrément agréable. Lorsqu’elle retourna à la cabane, la tunique que Keilan lui avait prêtée et qu’elle avait enfilée à nouveau sans s’être essuyée au préalable n’était pourtant presque pas mouillée.

Le garçon était levé et venait visiblement de se laver, puisqu'il était torse nu et en train de se sécher lorsqu'elle entra.


- Je crois qu’on va avoir du beau temps au moins jusqu’à la nuit, lui lança joyeusement l’envoleuse alors qu'il enfilait sa chemise, sans qu'aucun des deux ne se formalise de la situation. Ça te dérangeait de m’accompagner au village et de remettre la réparation du bateau à demain ? J’aimerais rencontrer cette Fyna et la remercier. D’ailleurs ce sera peut-être l’occasion de s’approvisionner en outils… Et puis, je pense que je vais rester quelques temps sur cette île. Ça serait peut-être mieux si je logeais là-bas…

La concernant, rien n'était moins sûr. Elle était assurément plus à l’aise en compagnie de Keilan que dans un village rempli d’inconnus. Mais elle ne voulait pas imposer sa présence au jeune homme...




[Bon, tu dois connaître l'histoire de Kham par cœur maintenant... Désolée des répétitions, j'avais quand même envie de le faire en dialogue Razz]

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Keilan Fil'Areen
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MessageSujet: Re: Après la tempête... [Kei]   Dim 07 Jan 2018, 11:06

Est-ce que j’ai ouvert les vannes en dévoilant ma brûlure ? La naufragée ne se contente pas de me dire ce qui lui est arrivé, elle me raconte comment ça lui est arrivé. En détail. De sombres détails qui remuent quelque chose en moi. C’est parce que la violence gratuite, je n’aime pas ça. J’ai tué pour me défendre ou pour gagner ma vie. Le reste du temps, je me débrouille sans avoir recourt à la violence, comptant davantage sur la discrétion que sur la force pour me frayer un chemin dans cette drôle de vie…

Son histoire de viol me rappelle soudain ma rencontre avec Darwen. Sans lui, je ne sais pas si j’aurais réussi à m’en sortir. J’étais vraiment dans la panade cette nuit-là, mais trop fier pour le reconnaître à haute voix. J’avais eu de la chance qu’il passe par-là et surtout, qu’il décide de s’arrêter pour me donner un coup de main. Khamill, elle, n’avait pas eu de Darwen pour la sortir de son odieux traquenard. Elle avait fait ça toute seule.

Je me dis que la brûlure, sur son visage, c’est l’affirmation de sa force. De sa liberté chèrement gagnée. Elle me paraît soudain bien moins fragile qu’elle ne semble l’être. Par contre, elle a l’air vannée. Quand elle se lève pour se nettoyer les mains, je range ce qui reste du repas avant de me laver les mains à mon tour. Elle décide de s’installer sur la natte posée au pied du lit. Je n’insiste pas. Je suis fourbu et même l’envie d’un bain n’est pas aussi forte que le besoin de dormir.

Je m’endors avec l’étrange idée que cette fille et moi, nous ne sommes pas si différents que ça, au fond.

Quand je me réveille, je suis un instant désorienté par la force de la lumière qui entre par rais audacieux dans la cabane. Je me souviens ensuite que nous sommes dans l’après-midi, et non pas le matin. Je n’ai pas l’habitude de dormir en pleine journée. Je m’étire, fait craquer quelques articulations puis me lève. Aucune trace de Khamill. Ça ne m’inquiète pas : la tempête n’est plus qu’un lointain souvenir. Mais ma peau est blanche de sel par endroits, irritée par le sable et je frissonne, encore englué dans les restes de ma sieste.

Le bain me revigore. J’en sors à peine quand Khamill revient dans la cabane. J’ai eu le temps d’enfiler mon pantalon avant qu’elle n’entre ; me voir torse nu ne la choque pas outre mesure mais elle reste distante. Par contre, il est clair que dormir lui a fait un bien fou. Ses joues sont roses, son regard plus vif, elle vibre d’une énergie qui heurte de front mon calme olympien. Je l’écoute toute en enfilant tranquillement ma chemise.

- Ça te dérangerait de m’accompagner au village et de remettre la réparation du bateau à demain ? J’aimerai rencontrer cette Fyna et la remercier. D’ailleurs ce sera peut-être l’occasion de s’approvisionner en outils… Et puis, je pense que je vais rester quelques temps sur cette île. Ça serait peut-être mieux si je logeais là-bas…

Un long silence accueille sa réflexion. Comprenant qu’elle attend mon avis sur la question, je hausse les épaules ; ici, là-bas, elle fait ce qu’elle veut, je n’ai rien à lui demander ni rien à attendre d’elle. Par contre, je doute qu’on lui réserve un accueil chaleureux au village. Ici, on tolère les étrangers mais on n’aime pas trop qu’ils se multiplient. Sauf que pour les outils, elle a raison, je manque de cordes et de tas d’autres choses pour retaper son bateau. Je pousse un profond soupir.

- Comme tu veux. Tiens.

Elle hausse un sourcil quand je lui fourre des coquillages dans les mains.

- Pour les O’Oang. Ils fabriquent des colliers avec ces coquillages. Tu ne peux pas aller les voir sans rien leur apporter, surtout si tu veux leur emprunter des outils.

Je m’incline devant elle, une main sur le cœur.

- Tu devras les saluer comme ça.

Je me redresse et traverse la pièce pour attraper ma sacoche de cuir.

- Vas-y, je lui lance par-dessus mon épaule. Le village se trouve à une heure de marche, au sud. Fais attention aux serpents rayés, ce sont les plus dangereux. Je vais aller démêler les nœuds de ton bateau, moi.

C’est ainsi qu’on se sépare. Je retrouve ma solitude et elle sa tranquillité ; cette fille bouillonne d’énergie, si elle ne profite pas de sa balade pour faire le tour de l’île j’en serais étonné. Je l’ai fait une bonne dizaine de fois déjà. Dehors, il fait une chaleur humide qui me fait rapidement transpirer alors que je ne fais rien de très physique : accroupi au milieu d’un paquet de cordes, je démêle ce que je peux démêler avec patience et délicatesse.

Ce n’est pas une tâche ingrate, pour moi. Je ne vois pas le temps passer. Je me demande si Khamill a réussi à trouver les O’Oang et si leur échange se passe bien. Le crépuscule est là. J’ai réussi à démêler un quart des nœuds de cordages. Vous parlez de dégâts… Il faut bien qu’elle soit attachée à cet abruti qui l’a lâchée sur ce rafiot pour vouloir le lui reconstruire ! Je me redresse et frotte mes paumes contre mes cuisses. La corde humide a irrité les pliures et créé des ampoules sur la pulpe de mes doigts. Je grimace parce que ça pique, puis m’étire le cou et les épaules, songeant qu’il est temps de faire cuire le repas. Si Khamill revient, elle aura faim.

Alors que je contourne la cabane, une pierre vient s’écraser à mes pieds. Un jet trop précis pour être dû au vent où à la force d’attraction terrestre. Je lève les yeux. là-haut, dans les branches d’arbre, j’aperçois cinq… non, six silhouettes perchées.

- Alors le taré ! Paraît qu’on a fait une jolie trouvaille sur la plage ?

Je me contente de reprendre mon occupation – l’assemblage de quelques buches qui serviront à chauffer l’eau et la pièce – sans m’offusquer. J’ai l’habitude qu’on m’insulte à cause de ma personnalité. Les mots durs qui me blessaient dans mon enfance ne m’atteignent plus depuis longtemps. Mais les jeunes gens qui se sont embusqués dans l’arbre ne semblent pas vouloir s’en tenir là. Une autre pierre tombe, bien plus près de moi.

- Elle est où ? Tu nous la présentes ?
- Ou bien tu préfères la garder rien que pour toi ?


C’est navrant de se dire que la plupart des gens ne pensent qu’avec leurs hormones. Les bûches s’entassent dans mes bras. C’est alors qu’un caillou frappe mon épaule. Ça pique quelques secondes, ce n’est rien du tout, mais je sens que ma patience arrive à ses limites. Je m’immobilise.

- On sait aussi que tu fraies aves ces chiens d’O’Oang, le taré ! Et pour ça tu vas nous le payer !

Des Kelinn’Ju. Je réalise trop tard mon erreur. Une pluie de pierres me tombe dessus. L’une d’elle me touche à la tempe. Je vacille, pose un genou à terre. Si je réponds, je peux déclencher une guerre entre deux clans qui s’arrachent déjà bien les plumes. Ce n’est pas du tout pour ça que je suis venu là, moi. Mais ces idiots m’ont mis en colère. Dans un grognement énervé, je dépose mon chargement à mes pieds et me redresse.

- Descendez de là et je vous expliquerai ma façon de penser !
- C’est ça, compte là-dessus, le taré !


Ils continuent à me balancer toutes sortes de choses à la figure. Une brindille particulièrement vicieuse me coupe la joue gauche. C’est bon, je suis furieux. Je m’élance vers les arbres. Surpris par ma brusque réaction, ils n’ont pas le temps de s’en aller. Je n’ai pas à me hisser très haut pour atteindre la jambe du premier. Je serre les doigts autour de sa cheville et tire de toute mes forces, jusqu’à le faire tomber. La chute n’a pas dû être agréable. Tant pis pour lui. Je me laisse tomber sur le sol et commence à le rouer de coups.

Je n’aime pas la violence gratuite, mais si je ne leur donne pas une bonne correction, il faudra que je quitte l’île plus tôt que prévu. C’est hors de question. Je veux d’abord aider Khamill à réparer son bateau. Alors je cogne, et j’avoue que ça me fait un bien fou. Soudain, un poids tombe sur mes épaules. On m’arrache de ma victime et je me retrouve plaqué contre un tronc. Ils ont décidé de faire un tir groupé. Maintenant qu’ils sont à terre, je les distingue mieux, même si les ombres grandissent dans le sous-bois alors que la nuit s’installe doucement ; ils sont grands et minces, complètement dégingandés, sûrs de leur victoire parce qu’ils comptent sur l’effet du nombre.

Oui, ça pourrait fonctionner, sauf que je n’ai pas dit mon dernier mot. Je me penche pour éviter un coup de poing destiné à s’écraser sur mon visage et répond avec une vivacité qui les trouble. Ils sont plus nombreux, c’est vrai. Mais à eux tous, ils n’arrivent pas à la cheville de mon maître. En les affrontant, je réalise à quel point Kaünis est une personne hors du commun, et à quel point je suis en train de changer, moi aussi : mes gestes sont rapides et précis, mes déplacements fluides, mes appuis solides. J’en étale deux avant qu’un coup bas ne me fasse voir quelques étoiles.

Bon, j’ai progressé mais je manque encore cruellement d’expérience. Et surtout, je suis un peu sonné : le caillou qui m’a atteint à la tempe a sans doute fait des dégâts plus importants que je le pensais. C’est ce que je me dis en essuyant une traînée de sang qui sèche sur ma joue. Il reste trois Kelinn’Ju debout mais un autre se relève. Je vais bientôt devoir leur donner raison. A six contre un, ils ont l’avantage. Appuyé contre le tronc, je redresse le menton. Je ne vais pas leur faciliter la tâche !

Tout à coup, l’une des ombres qui me fait face vacille, puis s’écroule.



[Désolée pour ce temps de réponse ! Tu me fais signe si quelque chose t'embête !]

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"Je ne suis pas un psychopathe. Je suis un sociopathe de haut niveau."

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MessageSujet: Re: Après la tempête... [Kei]   Lun 15 Jan 2018, 17:18

L’île, mis à part la plage de sable et de cailloux, semblait être constituée pour la majeure partie de rocs. Khamill se rappelait le dessin stylisé de son jeune sauveteur : entre les deux villages ennemis se dressaient un volcan, pas très grand et apparemment endormi, d’où le sol rocheux assez sombre qui recouvrait l’île. Le relief montagneux laissait peu de place pour des champs, mais le sol était fertile et des feuillus et épineux se mélangeaient pour former une forêt plus ou moins dense sur les pentes du volcan. Les habitants devaient surtout vivre de pêche, de chasse et de cueillette et la vie ne devaient pas être facile tous les jours. La jeune femme croisa toutefois un troupeau de moutons en sortant d’un bois, débouchant sur une petite vallée, mais les bêtes n’étaient pas bien nombreuses.

Au cœur de la vallée était niché le village des O’Oang. Plongeant les mains dans les poches du pantalon prêté par Keilan, un peu trop large pour elle, Kham fit rouler les coquillages entre ses doigts. Elle espérait être bien accueillie par les habitants, parce qu’il n’était pas question d’utiliser la menace dans ce genre de situations. Elle avait demandé au jeune homme de l’accompagner, mais il avait préféré rester s’occuper du
Suviyo… En même temps, elle ignorait s’il lui aurait été d’une grande aide pour se faire accepter. Si les choses se passaient mal, demander à voir Fyna serait sûrement la meilleure façon de procéder : la guérisseuse ne refuserait pas de voir une patiente.


***



Le bruit de son arrivée sur l’île du Vent était visiblement déjà bien répandu. Dès son entrée dans le village, des têtes s’étaient tournées vers elle, et les regards la dévisageait avec méfiance. Une petite île comme ça ne devait pas souvent voir arriver des étrangers… S’obligeant à ignorer les chuchotements autour d’elle – sa brûlure n’arrangeait jamais les choses, dans ces moments-là – Khamill essayait d’afficher le visage le plus affable possible, tout en cherchant une boutique où elle pourrait trouver des outils. Il n’y avait pas tellement de rues et elle aperçut une échoppe au bout d’une dizaine de minutes. Elle y entra, forçant un peu son sourire. Un homme était au comptoir, la cinquantaine, immense, une barbe épaisse lui mangeant les joues et le menton. Il discutait avec un client d’une trentaine d’années. Lorsque la clochette de la porte tinta, tous deux se turent en apercevant la jeune femme. Celle-ci s’éclaircit la voix pour parler, mais le commerçant la devança :

- Vous avez de quoi payer ?

Prise de court, Kham fronça les sourcils. Elle se souvint soudain des coquillages dans sa poche, et les sortit pour les déposer sur le comptoir de bois.

- Mon bateau a fait naufrage et j’ai perdu toute monnaie, mais on m’a dit que ceci pouvait vous intéresser. J’aurais besoin de planches, de cordes et d’outils pour le réparer.
- Vous rigolez j’espère ? ricana le marchand. Les temps sont durs après des tempêtes comme celles-là. Ce sont pas de simples coquillages qui vont nous satisfaire. On a besoin d’argent pour commercer avec ceux du continent. Si vous en avez pas, partez.

Serrant la mâchoire, l’envoleuse sentit la colère monter en elle. Cette fiente de Raï pouvait pas juste aider une naufragée ? Comment un commerçant pouvait-il se permettre de discriminer ses clients ? Et le regard intense du mec à sa gauche, qui la détaillait de haut en bas depuis son arrivée, ne faisait rien pour la calmer ; elle avait envie de lui mettre son poing dans la figure pour calmer sa foutue curiosité et effacer son regard idiot.

- Si vous voulez que je parte, alors je dois réparer mon bateau, grinça-t-elle.

Le marchand lui lança un regard noir. Il ouvrit la bouche pour répliquer lorsque la sonnette se fit entendre à nouveau. Khamill plissa les yeux en voyant entrer une femme d’environ soixante-cinq ou soixante-dix ans, petite et ronde. Son visage lui disait quelque chose et…

- Grand-mère !
- Argarn, fripouille ! Qu’est-ce qui t’empêche d’aider cette jeune fille ? Tu ne refuses pas les coquillages d’habitude ! Prête-lui donc tes outils !
- Mais… Fyna ! Cette fille est bien trop suspecte ! Et si elle était envoyée par les Kelinn'Ju ?
- Imbécile ! Cette fille, c’est moi qui l’ai remise sur pieds, et j’espère bien que tu n’essayes pas de contredire mes actes.
- Je…
- Ferme donc ta grande bouche. Tiens, en voilà des pièces ! Je récupère les coquillages en échange, ça peut toujours être utile.

Khamill, interloquée, vit la vieille femme rafler tous les coquillages d’une main, juste avant qu’ils ne disparaissent dans le fond de sa poche. Puis Fyna se tourna vers elle avec un large sourire, tandis que le dénommé Argarn allait fouiller dans l’arrière-boutique en grommelant. L’autre type - le petit-fils de Fyna, donc - observait la scène sans savoir trop quoi faire.

- Eh bien, tu as l’air en pleine forme ma jolie ! Tu as vite récupéré dis-moi ! On va t’aider à le retaper ton rafiot, va. Comment se porte cet étrange garçon qui t’as récupérée ?
- Euh, bien, bredouilla Khamill, impressionnée par le charisme et la verve de son interlocutrice. Je… je suis contente de vous voir, je voulais justement vous remercier de m’avoir sauvée.
- Y’a pas de quoi ma belle ! C’est mon boulot. Alors, vieil homme, tu les trouves, ces outils ?
- Ça vient, ça vient.

Le marchand sortit du fond de l’échoppe, les bras chargés de matériel.

- Cal vient de me décrire l’état du bateau, le réparer va être compliqué mais on va s’en sortir. On peut déjà utiliser ça, mais faut que je voie de mes propres yeux ce qu’il faudrait y faire.

Cette fois, ce fut malgré elle que Kham sourit. Il n’y avait pas deux minutes, cet homme était prêt à la jeter dehors, et voilà que grâce à Fyna, il était devenu le plus serviable qui soit ! En plus, il la disait peut-être envoyée par le village adverse mais il venait tout juste d'être mis au courant de son naufrage et même de l’état du Suviyo ! La vieille femme possédait un pouvoir de révélation bien utile…

- Cal, tu vas venir avec nous (le jeune homme à côté du comptoir sursauta et hocha la tête : il n’avait pas vraiment le choix). Petite, tu nous montres le chemin ?
- Eh bien…

La jeune femme se voyait mal ramener les trois habitants à Keilan. Mais plus encore, elle ne pouvait pas refuser leur aide en si bon chemin.

- Oui, bien sûr. Mais vous êtes sûre de vouloir y aller maintenant ? C’est à environ une heure de marche et le soleil ne va pas tarder à se coucher…
- Tss, tss, on a largement le temps. Il faut au moins que tu nous montre les dégâts pour qu’Argarn établisse les plans de réparation.
- Vous n’avez pas besoin d’aller jusque-là…
- Pas de discussion, jeune fille ! Ne t’inquiète pas, tu auras le temps de nous rembourser pour tout ça.

Avant que Khamill n’ait pu lui demander comment, Fyna était déjà sortie de la boutique, la poussant devant elle, et suivie par les deux hommes qui portaient chacun une caisse d’outils. Argarn ferma sa boutique, grommelant qu’il était l’heure de toute façon, et l’étrange quatuor s'avança dans la rue…


***




La guérisseuse avait absolument voulu passer par chez elle avant de quitter le village pour remplacer les habits de Keilan que portaient Khamill par des habits propres, « plus féminins » Cal et Argarn les avaient attendues à l’extérieur de la maison pendant qu’elle se changeait, et que Fyna remplissait un sac de mystérieuses choses. Comprenant qu’elle devait se faire au caractère de l’étrange vieille, Kham avait cessé de chercher à savoir ce qu’elle faisait, et de protester face à ses décisions… même si elle en avait eu très envie.

Quelle idée de l’habiller avec une foutue robe ! Déjà, ça lui rappelait des souvenirs contrastés : elle en avait porté seulement à deux périodes de sa vie : quand elle était petite, et quand elle avait été prisonnière du Mentaï. Autant dire que ça ne l’enchantait pas trop, et qu’elle n’était pas vraiment à l’aise là-dedans – d’ailleurs, rien que d’imaginer, au hasard, la tête hilare de Gil s’il la voyait comme ça, ça la faisait grincer des dents. Mais surtout, ce truc était pas vraiment pratique pour évoluer dans le relief montagneux, et elle avait hâte de remettre les habits de Keilan, dès que la vieille serait partie. Heureusement, elle avait pu garder ses bottes de cuir, et la robe, fait d’un tissu bleu ciel et épais, était assez large.

Les pensées de la jeune femme s’interrompirent lorsqu’elle entendit des éclats de voix, alors qu’ils approchaient de la cabane du garçon. Elle chuchota à Fyna de mettre fin à son incessant bavardage, soupirant de soulagement en voyant qu’elle comprenait.


- On sait aussi que tu fraies avec ces chiens d’O’Oang, le taré ! Et pour ça tu vas nous le payer !
- Des Kelinn’Ju, souffla le marchand. Ils ne perdent rien pour at…

La main de Khamill le freina dans son élan. Il grogna mais le regard de Fyna le fit taire. L’envoleuse se glissa derrière les arbres pour observer la scène. Elle dénombra six hommes – des gamins, plutôt – répartis dans les fourrés et les arbres, visiblement en train de menacer Keilan. Quelque chose lui disait que le garçon, malgré ses airs bourrus et étranges, savait se défendre, et elle se retint d’intervenir tout de suite. Elle était curieuse de le voir à l’œuvre…

Dans l’ombre du crépuscule, elle le regarda faire tomber l’un de ses adversaires au sol, en mettre deux au tapis… C’était la rage qui l’animait, lorsqu’il se battait. Elle crut reconnaître le style de quelqu’un dans sa manière d’évoluer, et ça l’intrigua. Il se débrouillait bien mais manquait encore de technique et de fluidité, et bientôt, les quatre Kelinn’Ju restants le coincèrent contre un arbre. Décidant qu’il était temps d’intervenir, Khamill se coula derrière l’un des hommes et lui tordit le cou ; il s’effondra. Comme un fantôme dans sa robe bleue, elle surgit près d’un deuxième, qu’elle taxa d’un coup de genou dans le plexus solaire, puis dans le nez lorsqu’il se plia en deux. Les deux derniers s’étaient tournés vers elle et ouvraient des yeux grands comme des soucoupes, où la surprise se mêlait à la colère.


- Toi… mais c’est toi cette fille bizarre !

Celui qui avait parlé se jeta sur elle ; elle évita souplement son poing, attrapant son bras pour le tordre vivement. Il hurla de douleur en pliant les genoux. Du tranchant de la main, elle lui asséna un coup dans les cervicales, qui fut suivi d’un autre hurlement. Le dernier Kelinn’Ju la détailla avec un regard mauvais, empli de haine, lorsqu’elle se dressa devant lui, un sourire flottant sur les lèvres.

- Tu ne perds rien pour attendre, sale folle.

Ramassant ses acolytes, il s’éloigna avec eux dans les bois. Argarn s’apprêta à les suivre mais, une fois de plus, la guérisseuse l’arrêta.

- Plus tard. Ces deux-là ne t’intriguent pas plus ?

Khamill s’approcha de Keilan, le regard glissant sur le sang qui coulait de son front.

- Ça va aller ? Tu t’es bien débrouillé, en tous cas. Je suis désolée, c’est à cause de moi s’ils t’ont attaqué. Et…

Les trois O’Oang sortirent à leur tour des buissons, et Fyna se flanqua d’un large sourire, les poings sur les hanches.

- Allez les jeunes, au boulot maintenant ! Montrez-leur ce rafiot ! Pendant ce temps-là, je vais nous préparer un bon repas.

- …désolée surtout pour ça. Je n'ai pas vraiment eu le choix, conclut Khamill avec un sourire navré, tandis que Fyna sortait de son sac tous les ingrédients qu’elle avait apportés.

Cal et Argarn commençaient à examiner les débris du bateau et le travail déjà effectué par Keilan. Le premier jetait fréquemment des coups d’œil mi-effrayés, mi-admiratifs à l'envoleuse, et le deuxième grognait toujours dans sa barbe en répétant qu'il avait eu raison de se méfier de cette fille qui se battait mieux que certains hommes...

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MessageSujet: Re: Après la tempête... [Kei]   Lun 15 Jan 2018, 21:41

Dans l’ombre qui grandit avec la nuit qui tombe, je ne distingue d’abord qu’un vif éclat bleu. Surpris, je recule et me cogne le dos contre le tronc. Mes nouveaux amis semblent plus sonnés que moi. Alors que le premier est à terre, je vois le second se pencher brusquement, puis une gerbe de sang éclate de son nez. Et de deux.

- Toi… mais c’est toi cette fille bizarre !

C’est à ce moment-là que je lève enfin les yeux vers celle qui s’est interposée. Il me faut un petit moment pour reconnaître ma naufragée dans cette robe. C’est étrange, parce que ça lui donne un air candide, presque fragile alors qu’elle vient d’envoyer au tapis deux types franchement belliqueux. D’ailleurs le troisième n’en mène pas large. Au craquement sinistre émis par son bras répond un hurlement de souffrance pure, juste avant que Khamill ne le fasse taire du tranchant de sa main.

L’homme tombe, mon regard reste accroché à elle. J’ai beau manquer d’expérience, je vois bien que sa garde est parfaite, sans fioriture, et que son maintien est martial jusqu’au bout des ongles. Cette fille a appris à se battre et la façon dont elle s’y prend est fulgurante d’efficacité. Je me demande même si je n’ai pas imaginé ce que je viens de voir, à cause de mon coup sur la tête, quand la voix du dernier type encore debout s’élève soudain. La peur la rend plus aiguë.

- Tu ne perds rien pour attendre, sale folle.

Il ne tente toutefois pas d’aller plus loin et se contente d’aider ses camarades à se relever pour disparaître sous les arbres. Je les suis des yeux et remarque soudain les deux O’Oang sui se tiennent non loin de Khamill. L’homme esquisse un geste mais la femme – je reconnais Fyna à sa silhouette et au timbre de sa voix – l’arrête aussitôt.

- Plus tard. Ces deux-là ne t’intriguent pas plus ?

Je n’ai pas le temps de m’interroger sur le sens de cette question. Un visage s’est matérialisé devant moi : Khamill me dévisage avec attention. J’ai juste le temps de constater que dans la nuit sa brûlure dessine un masque presque délicat sur une moitié de son visage avant de baisser la tête. Je n’aime pas qu’on me dévisage de la sorte.

- Ça va aller ? Tu t’es bien débrouillé, en tout cas.

Je grimace. Ouais, pour me mettre un clan à dos, je suis plutôt doué. Pour le reste… non, je ne suis pas convaincu. Le sang coule toujours le long de ma joue. C’est chaud mais ça ne fait pas mal. Je tente de m’essuyer et me barbouille un peu plus le visage.

- Je suis désolée, c’est à cause de moi qu’ils t’ont attaqué. Et…

Un fourmillement qui provient des buissons l’interrompt et je me raidis, prêt à reprendre la bagarre là où elle s’est arrêtée, mais au lieu des Kelinn’Ju ce sont des O’Oang qui sortent à découvert. A croire que toute l’île est survoltée ce soir. J’espère qu’ils ne se sont pas tous donnés rendez-vous ici…

- Désolée surtout pour ça, lâche enfin Khamill alors que Fyna retrousse ses manches et lance des ordres qui résonnent dans le sous-bois. Je n’ai pas vraiment eu le choix.
- Ça va.


Moi-même, j’ignore si ma réponse fait suite à sa question à propos de mon état général ou si je cherche à l’apaiser. J’ai un peu de mal à faire le point, en vérité, déjà parce que le coup que j’ai reçu à la tempe m’empêche de réfléchir avec efficacité et ensuite parce que tous ces gens qui s’agitent autour de nous, ça donne vraiment le tournis. Je m’appuie davantage contre le tronc, laisse retomber la pression. Je ne me détends pas complètement – c’est extrêmement rare que ce soit le cas – mais je sens mon cœur retrouver un rythme normal.

Je suis embêté par le sang qui ne s’arrête pas de couler de ma tête. Agacé, je finis par ôter ma chemise pour épancher le tout. Avec tout ça, je n’ai pas rentré le bois et il faut encore faire le repas… Voilà, c’est tout moi, ça : je n’oublie pas ce qu’il vient de se produire, je passe juste à la suite, évoluant dans l’instant présent avec un détachement qui n’est pas feint. J’ai l’habitude qu’on s’en prenne à moi pour bien des raisons. Il est probable que les Kelinn’Ju m’aient attaqué même si Khamill ne s’était pas trouvée sur cette île, mais au lieu de me m’inquiéter sur ce qu’ils pourraient faire pour se venger de cette correction pour le moins cuisante, je pense à ce que je vais me mettre dans le ventre. Et à ce sang qui, désormais, imbibe ma chemise.

J’ai tendance à perdre une énorme quantité de sang. Il suffit que je me coupe avec une feuille de papier pour que ça jaillisse à gros bouillons. A bord de la Furie, ça faisait souvent son effet, et des sobriquets comme « Le Sanglant » ou encore « Pisse-Rouge » m’étaient souvent attribués. On dit que le sang attire les requins. C’est Fyna qu’il attire. Elle bouscule Khamill et m’arrache la chemise des mains avant de se lancer dans un examen sommaire de ma personne. Sommaire parce qu’il fait trop sombre pour y voir quoi que ce soit et parce qu’elle ne cesse pas de coordonner son équipe.

Je pense qu’ils sont en train de réparer le Suviyo. De nuit, c’est tout simplement ridicule, mais ce n’est pas moi qui irait protester ; les O’Oang peuvent être plus belliqueux encore que les Kelinn’Ju s’ils se sentent incommodés. De toute façon, Fyna m’entraîne fermement vers la cabane. Je me retrouve assis sur un tabouret tandis qu’elle s’agite dans la pièce. Elle est rapide, ou alors ce sont mes yeux qui ne suivent plus ses mouvements. Depuis quelques minutes, ça bourdonne sous mon crâne. Un vrai vacarme qui engloutit celui des villageois à l’extérieur. Les sons me parviennent légèrement étouffés. J’aperçois un mouvement bleu. Cette robe, décidément, c’est étrange…

Grâce aux efforts de Fyna, je ne m’évanouis pas. Il y a eu un moment où je sentais ses doigts sur mon crâne, et ma vision s’est assombrie dans les coins, mais après, je me suis senti mieux ; elle m’a fait boire un liquide malodorant, puis a jeté une couverture sur mes épaules et m’a obligé à manger un morceau de pain. Je ne sais pas d’où elle l’a sorti. Cette femme est un vrai mystère.

- Ah, voilà, tu reprends des couleurs ! C’est qu’à vous deux vous m’en donnez, du travail ! Essayez de ne pas vous blesser jusqu’à demain matin, d’accord ? Je reviendrai. Et toi aussi, ajoute Fyna en regardant son petit-fils qui se dresse dans l’encadrement de la porte. Le bateau n’est pas fini.

Comme si c’est entendu, elle hoche la tête et s’éloigne. La porte se referme. Dehors, les hommes s’éloignent. Ils regagnent leur village en entonnant un chant marin. Lorsque celui-ci s’éteint, je promène le bout de mes doigts sur le bandage qui ceint ma tête, au niveau du front. Je sens mes cheveux qui s’en échappent en mèches folles. Ça doit me donner un drôle d’air, tiens. Mon regard tombe sur du bleu.

- Heu… merci.

Je suppose que c’est ce que je dois dire, étant donné qu’elle s’est lancée dans cette rixe sans hésiter ; mon intérêt pour elle n’est plus le même, désormais, aiguisé par une curiosité toute neuve et poussé par l’envie d’en savoir plus. Une fille qui voyage sur son bateau vers l’inconnu et qui se bat comme ça, ce n’est pas une fille ordinaire. Mon ventre se met à gargouiller, affamé. Je réalise que je n’ai pas mangé depuis ce matin. Je me lève pour mettre l’eau à chauffer…

… et retombe sur mon tabouret. Vidé. Sonné. Un tout petit peu surpris, aussi !

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Khamill Norwël
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MessageSujet: Re: Après la tempête... [Kei]   Dim 11 Fév 2018, 17:51

[Enfin, me voilàààà ! Mais c'est pas terrible, et je fais pas avancer grand chose... ^^']




Fyna avait absolument voulu s’occuper elle-même du garçon. Khamill ne niait pas qu’elle avait de meilleures compétences que les siennes en la matière, et elle l’avait laissée accompagner le blessé dans sa cabane. Elle espérait seulement que la vieille femme n’allait pas trop l’étourdir avec son bavardage ; elle-même avait du mal à supporter l’agitation environnante. Cependant, elle ne pouvait pas rester sans rien faire, alors que Cal et Argarn examinaient le Suviyo, et elle les avait rejoint à contre-cœur.

Ils avaient accepté son aide, mais l’ambiance n’était pas vraiment amicale. A travers ses épais sourcils, le charpentier lui jetait de fréquents coup d’œil qui la ramenaient à son statut d’étrangère et de « folle », tandis que Cal, sûrement impressionné par le rapide combat qu’elle avait livré, évitait de la regarder. Une fois, alors qu’il venait de croiser son regard par mégarde, il baissa tout de suite la tête, rougissant. Khamill ignorait que c’était lui qui l’avait découverte sur la plage, avant Keilan, et qu’il avait alors entrepris de lui fouiller les poches, croyant à sa mort. Désormais, le jeune homme se sentait à la fois honteux et effrayé face à cette fille qu’il avait voulu voler et qui maintenant se tenait parfaitement sur ses deux jambes, et se battait bien mieux que lui. Reconstruire le bateau de la naufragée était devenu pour lui une chance de se racheter.

Lorsque la guérisseuse sortit de la cabane, refermant la porte derrière elle, les trois travailleurs avaient remis en place la silhouette générale du petit bateau, et Argarn avait noté sur un carnet les réparations qui allaient l’occuper pendant les prochains jours. Fyna poussa une exclamation satisfaite en voyant le début de leur ouvrage.


- Parfait ! On y voit déjà plus clair, maintenant !

Kham ne put s’empêcher d’esquisser un sourire. C’était de bien de drôles de mots, dans cette nuit noire où seules perçaient la Lune et la lampe à huile éclairant faiblement le chantier ! Elle poussa un soupir de soulagement en voyant que les deux hommes ramassaient leurs affaires pour partir, sur un signal de Fyna – qui, décidément, avait un don pour diriger. Pas trop tôt !

- Bon, reprit la vieille femme en attirant l’envoleuse à l’écart, j’avais prévu de manger ensemble pour bien terminer la journée dans la bonne humeur, mais mon petit protégé est un peu fatigué. Je vous laisse tranquille pour ce soir, et je ramène ces deux andouilles (elle montra Cal et Argarn d’un vague mouvement de la main). Un bon repas t’attend dans la cabane. Prends bien soin de notre blessé jusqu’à demain, ma jolie !

Et, sans demander son reste, elle entraîna les deux hommes à sa suite dans la direction du village, tous trois disparaissant dans l’obscurité sous le regard ébahi mais soulagé de Khamill. Au moins, Fyna avait le tact de ne pas trop s’imposer face à Keilan. Et puis… c’était quoi cette histoire de repas ?

Pénétrant doucement dans la cabane, la jeune femme aperçut en effet une sorte de ragoût en train de mijoter. Elle se rappela alors la guérisseuse remplissant son sac avant le départ : c’était donc des ingrédients pour cuisiner ! Et ils en avaient bien pour deux ou trois repas, puisqu’elle avait d’abord prévu des quantités pour cinq, et même plus, et qu’ils ne se retrouvaient plus que deux. Levant les yeux au ciel, Kham se tourna ensuite vers Keilan, avec un regard mi-amusé, mi-désolé sur le bandage qui lui ceignait le front. Il avait l’air d’un oisillon sorti du nid !


- Heu… merci.

Elle haussa les épaules. Lui-même l’avait sauvée, et puis c’était normal de ne pas laisser quelqu’un se faire tabasser par une bande d’imbéciles.

- Même si elle est un peu trop bruyante, je me demande si Fyna n’est pas une sorte de magicienne. Elle est tombée pile au bon moment quand j’étais au village, t’as soigné, et nous a même préparé un truc à manger… ça sent bon, en plus !

Elle prit deux bols et les remplit chacun de deux grandes louches de ragoût. Elle en tendit un au garçon, et s’assit contre un mur, face à lui, pour avaler le sien. Mmmh… C’était bien chaud, et le mélange de légumes, de pommes de terre et de poisson était savoureux. Soufflant sur la nourriture pour la refroidir un peu, elle leva les yeux vers Kei.

- Quelqu’un t’as appris à te battre, non ?

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MessageSujet: Re: Après la tempête... [Kei]   Dim 11 Fév 2018, 18:55

- Oui.

[Eh ben puisque c'est comme ça je réponds avec laconisme ! Nah ! Razz]

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MessageSujet: Re: Après la tempête... [Kei]   Mer 14 Fév 2018, 19:38

(Petit rire)

- J'ai l'impression qu'on est un peu pareil. Pas vraiment enthousiaste pour parler de soi, mais tous les deux un peu curieux de l'autre... je me trompe ? Si ça te va, on partage. Je répondrai à ce que tu veux savoir, et tu me répondras en retour.

D'ailleurs, tu as déjà l'avantage... tu en sais déjà plus sur moi que l'inverse !

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MessageSujet: Re: Après la tempête... [Kei]   Mer 14 Fév 2018, 22:35

(Haussement d'épaules)

- Si tu veux. Toi d'abord, alors. Que veux-tu savoir ?

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MessageSujet: Re: Après la tempête... [Kei]   Mer 14 Fév 2018, 23:08

- Je vais droit au but, alors. Qui est ce mentor ?

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MessageSujet: Re: Après la tempête... [Kei]   Jeu 15 Fév 2018, 07:08

- Une femme qui s'appelle Kaünis Gil'Ozh. C'est une Envoleuse.

(Il jette un coup d'oeil furtif à Khamill, curieux de voir sa réaction)

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MessageSujet: Re: Après la tempête... [Kei]   Aujourd'hui à 10:30

- Alors elle est vraiment devenue maître.

(Léger sourire)

- Ça fait très longtemps que je n'ai pas revu Kaünis, mais je me souviens assez de son style de combat pour l'avoir vaguement reconnu dans le tien.

(Nouveau sourire face au silence de Kei)

- C'est à toi de me demander quelque chose, je crois...

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