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Le Pacte VS L'Ordre
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 Les oiseaux ont des ailes pour aimer, moi j'ai un coeur pour voler [PV Gil]

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Les oiseaux ont des ailes pour aimer, moi j'ai un coeur pour voler [PV Gil]   Lun 06 Nov 2017, 23:43

Un long soupir franchit les lèvres de Libertée, alors qu'elle étirait tout son corps vers le ciel. Elle garda les yeux fermés encore quelques secondes inspirant profondément, avant d'ouvrir les paupières pour plonger le regard dans l'infini du firmament étoilé. C'était une belle nuit. Cela lui tira même un sourire serein.
La gestuelle lui apportait à nouveau l'apaisement qu'elle lui connaissait, cela faisait un bien fou.

Si elle se tenait au sommet de  cette tour, en pleine nuit, c'était parce qu'elle avait fini son ascension dans le feu du coucher de soleil. Mais aussi parce que Thaom devait l'y rejoindre.
Elle n'était pas certaine que c'était une bonne idée, mais elle avait conscience qu'elle en avait juste besoin. Après la mort de Naïs, et Gil qui était parti avec Makeno sous le bras, elle s'était appliquée à panser ses blessures. D'avoir revu Erwan lui avait vraiment permis de prendre du recul sur la situation, et sur elle-même.

Maintenant, elle devait mettre ça au clair. D'abord, avec Thaom. Ensuite, avec Gil.  

Et alors qu'elle s'asseyait avec les pieds dans le vide, une main agrippa le bord du toit. Elle sourit, attendant que son ancien maître ne se hisse sur la pierre. Il ne dit rien, pas tout de suite, et ils se contentèrent d'admirer la nuit claire pendant une dizaine de minutes, silencieux.


- Lib…
- Non, c'est moi qui commence.  Après… tout ça, j'ai revu un ami cher. C'est le maitre de Seth, d'ailleurs. J'ai beaucoup réfléchis, pesé. J'ai pris des décisions.

Thaom s'était tu et la regardait avec le regard brillant. Elle crut voir une ombre de sourire dans le creux de sa joue, mais c'était sans doute un reflet de la lune.
- Ne me réembrasse plus. Ne tente plus rien avec moi. Tout ça, c'est terminé. La prochaine fois, je te promets que si tu tentes quoi que ce soit, tu auras mal. D'accord ?
Cette fois-ci, il sourit franchement, et opina du menton.
- D'accord.

Libertée poussa un soupir. Elle s'attendait à devoir lutter contre son ancien maître, elle pensait qu'il remettrait en question sa décision - la plus facile des deux, en fait. Elle s'attendait à devoir répliquer, et surtout cela aurait été un certain entraînement.

Tant pis.
Elle se contenta de sourire.

- Merci.

♥️ ♥️ ♥️



Elle voulait trouver Gil, mais elle ne le cherchait pas vraiment. Elle avait encore un peu besoin de soupeser ses décisions et leurs conséquences. A quoi voulait-elle s'en tenir ? Et à quoi devait-elle s'attendre, de sa part ? Pouvait-elle s'attendre à quoi que ce soit ? Voulait-elle s'attendre à quoi que ce soit ? Et comment envisager ses réactions ?

Libertée poussa un long soupir.
Elle replaça ses cheveux dans son dos. Ils atteignaient désormais largement sa taille et c'était agréable de retrouver une telle longueur. Elle pouvait commencer à nouveau à faire quelque chose avec sa greffe, elle se sentait plus alignée avec elle-même aussi. Oui, ses cheveux, cela faisait partie de son identité. Désormais, elle en prenait un soin tout particulier pour accélérer leur pousse, déjà naturellement assez rapide.

Un soir, elle finit par pousser la porte d'une petite auberge au pied des Dentelles Vives. Elle allait retourner à l'académie pour retrouver ses apprenties d'ici moins d'une semaine. Elle avait hâte.
L'endroit sentait bon la nourriture et le ragoût plus particulièrement. Elle s'assit à une table, commanda à manger et réserva une chambre pour la nuit. Elle avait très envie de se couler sous une couette et de manger au lit, aussi finalement, elle s'approcha du bar pour se pencher par dessus.

- Ca vous embêterait de monter ça dans ma chambre en fait ?
La serveuse hocha la tête, et Lib allait filer dans la chambre, quand, en se retournant… Elle découvrit qu'à sa droite, c'était Gil qui était accoudé au bar.


- Oh, Gil. Elle papillonna des paupières un instant, rassembla son courage. Ça tombe bien que tu sois là. Il faut que je te parle. Je…
Elle était épuisée. Passant ses deux mains sur ses yeux pour se frotter le visage, elle poussa un soupir. Est-ce qu'elle allait faire une erreur ?

- Monte avec moi dans la chambre, s'il te plait.

C'était sans doute beaucoup plus direct qu'à son habitude, mais elle n'avait plus envie de s'entourer de faux-semblants. Elle se contenta de hocher la tête toute seule, sans croiser le regard de Gil, puis de monter dans la chambre.

Pour s'asseoir sur le lit, en attendant la nourriture.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Les oiseaux ont des ailes pour aimer, moi j'ai un coeur pour voler [PV Gil]   Sam 11 Nov 2017, 16:32

Al-Far

Son sac sur l’épaule, Gil avançait d’un pas vif, sa haute stature dépassant un certain nombre de personnes autour de lui. Il les évitait souplement, sans s’en rendre compte, s’attirant de temps à autre un regard surpris, parfois même appréciateur… Il fallait dire qu’il était à son avantage dans cette tenue neuve. Rien de bien rutilant, mais le cuir noir de son nouveau tabard était fin et agencé de façon peu commune sur une tunique aux manches pleines, noire elle aussi. Il était entièrement vêtu de cette couleur qui faisait ressortir celles de ses yeux. Ses cheveux récemment coupés restaient ébouriffés sur le dessus du crâne, comme il y passait régulièrement la main dans un geste habituel, et sa barbe de quelques jours assombrissait ses joues, ajoutant une touche de charme fou. Surtout, il allait mieux. Bien mieux. Il était mince et non plus maigre, les cernes bistre avaient disparu sous ses yeux, il ne faisait plus peur à cause de son teint cireux… il en imposait. Bon, sous ces nouveaux vêtements qui s’accordaient bien à l’hiver qui s’installait doucement mais sûrement au sein de l’empire, il y avait de nouvelles blessures en cours de cicatrisation ; c’était d’ailleurs l’un des motifs de ces achats soudain, et ça lui avait valu la mine sidérée du tailleur qui s’était vu hériter du vieux tabard en ruines. Il n’avait pas réussi à admettre qu’un tigre était le responsable d’un tel carnage et Gil, pas fanfaron de nature, n’avait pas insisté. Il avait fallu qu’il exhibe sa peau nue lardée de griffures, au moment des essayages, pour qu’on accourt et s’exclame…

Ouais, un tigre. Voilà pourquoi il se trouvait à Al-Far : marre de ce pays de tarés. Il en avait terminé avec les froids plateaux d’Astariul ! Celui qui le ramènerait dans cette région n’était pas né ! Et la graine de Thül qui l’accompagnait ? Ah, ça, c’était… un mécène. Une rentrée d’argent non négligeable, même s’il aurait pu toucher bien davantage en échangeant sa tronche de Raï contre la récompense placardée sur tous les murs de la ville. Voilà pourquoi Theia n’était pas avec lui en ce moment précis : elle l’attendait aux abords de la cité, bien sagement planquée – du moins il l’espérait. Cette fille était une vraie puce, incapable de tenir en place. Et lui, pauvre couillon pas fichu d’éviter les ennuis, il n’avait pas pu s’empêcher d’apprécier son caractère de cochon. C’est que derrière ce tempérament merdique, il y avait beaucoup, il en était persuadé. Et il avait décidé de l’accompagner. L’escorter était plus juste, même si la petite ne manquait pas de ressources ; il avait déjà tué pour elle et il n’hésiterait à pas le faire encore s’il le fallait. Ils s’étaient « alliés » par la logique : lui avait besoin d’argent, elle pouvait lui en trouver facilement. Mais son but à elle était plus personnel, puisqu’elle désirait trouver qui avait mis sa tête à un prix aussi fou. Gil devait reconnaître qu’il était assez curieux, lui aussi. Mais ce qu’il ne lui avait pas dit, c’est qu’en cours de route pour la capitale, il allait la catapulter au Domaine. Droit dans les pattes de Lëroya. Le p’tit singe cherchait un élève, il lui en avait trouvé un, et pas des moindres…

En attendant qu’elle se fasse à son nouvel environnement – ou bien qu’elle détruise complètement le Domaine, ce qui lui allait tout aussi bien – il patienterait en cherchant un certain Akonis Derfan. On lui avait donné son nom et pointé les Dentelles Vives, sur une carte, car sa sellerie était réputée pour être la meilleure de tout Gwendalavir. S’il pouvait y trouver une selle adaptée à Makeno – ou mieux, la faire construire, ça lui convenait ! Et c’est ce qui marquait définitivement le changement en lui, le passage de l’ancien Gil au nouveau : il avait des projets. Pas très ambitieux, certes, et sous cette fougue retrouvée se cachait toujours une fragilité que la Bête ne manquait pas de rappeler à son bon souvenir dans les moments les moins propices, mais… il allait de l’avant. C’était tout ce qu’il avait trouvé de mieux à faire. Son passé le rongeait chaque fois qu’il se tournait vers lui, alors, il préférait encore avancer. Il ne vivrait pas bien vieux, c’était son avis. Et c’était sans doute une bonne chose, d’ailleurs. Pourtant, il lui suffisait de penser à Mak pour qu’aussitôt il décide de battre tous les records. Quand cet abruti de tigre l’avait confondu avec son déjeuner, il avait frôlé la mort une énième fois. Et une énième fois, il s’en était sorti. C’était comme ça.

- Alors cette nuque, ça va mieux ?

Brusquement tiré de ses pensées par la voix légère et pétillante, Gil se retourna vivement et se prit de plein fouet la personne qui se trouvait derrière lui. Le panier qu’elle tenait dans ses mains vola, libérant son contenu de sachets, de fleurs et d’herbes – mais elle, il la retint d’un bras solide et lui évita la chute de justesse. Il fut alors happé par un regard gris qu’il n’eut aucun mal à reconnaître.

- Ohlala, désolée, je ne voulais pas t’effrayer !
- J’ai pas eu peur,
marmonna-t-il sans la quitter des yeux.

L’herboriste était telle que dans son souvenir : jolie sans être une beauté fatale, avec ces grands yeux qui lui mangeaient le visage et ces lèvres fines, délicatement ourlées au-dessus d’une fossette qui creusait son menton. Il y avait quelques taches de rousseur sur son nez, à peine visible, et ses cheveux brun foncé étaient retenus en une longue tresse qui frôlait ses reins, laissant échapper quelques mèches folles qui retombaient le long de ses joues. Gil eut envie de les glisser derrière son oreille et ça l’agaça. Il la lâcha et se pencha pour ramasser le panier renversé.

- Non, tu es simplement maladroit, dit-elle dans un sourire avant de poser un genou à terre pour récupérer ses affaires.

Il ne répondit pas, préférant faire la moue ; les herbes étaient éparpillées un peu partout sur les pavés. Il s’activa efficacement mais quand leurs doigts se frôlèrent, il lâcha tout ce qu’il avait dans la main. Son rire éclaboussa sa mauvaise humeur, s’infiltra impudiquement dans les interstices de sa carapace et toucha une corde sensible. Surpris, il la regarda ramasser les derniers brins, incapable de faire le moindre geste. C’était quoi, ça ?

- La maladresse est un joli défaut, ajouta-t-elle en se redressant.

Elle lui tendit la main pour l’aider mais il se releva sans la toucher et épousseta son nouveau tabard, un rien nerveux. Sans se démonter, l’herboriste pencha la tête sur le côté et observa cet ours rustre qui boudait comme le ferait un petit garçon.

- Tu es moins raide, le jus de céleri a fait son effet. Efficace, n’est-ce pas ?
- Dégueulasse,
répliqua-t-il aussitôt en fronçant les sourcils.

A nouveau, elle éclata de rire.

- Je te l’accorde ! Mais je vais t’avouer quelque chose : moins c’est bon, plus c’est bon !

Gil songea aux herbes de Syles et hocha la tête. Vu sous cet angle... Puis il réajusta son sac sur son épaule, prêt à s’en aller, mais elle le retint comme la première fois, avec une simple question qui lui donna bêtement envie de répondre :

- Alors, tu as trouvé ton amie ?
- Ouais. Merci. Pour ça et heu… pour ce jus de chaussettes, aussi.
- De rien ! Tu vas avoir besoin de boire un thé.
- Hein ?
- C’est lourd,
dit-elle en désignant les trois grands sacs posés par terre, dans son dos, et mon magasin est loin. Quand nous arriverons, tu auras besoin de te rafraîchir un peu.

Il la regarda avec des yeux ronds, sidéré. Elle ne lui demandait même pas son avis, prenant son service pour acquis, mais avec un naturel qui le défia de refuser ; sans un mot, il s’empara des sacs, laissa échapper un juron en découvrant leur poids considérable, et suivit la jeune femme. Il ne connaissait même pas son nom.


*


- Elibellanora, mais pour tout le monde c’est Nora. Et toi ?
- Giliwyn, alors c’est Gil. Enfer, tes parents avaient bu le jour de ta naissance ??
- Non, mais ils aimaient beaucoup l’élibellanora, une fleur qui pousse en haute montagne. Et les tiens ?
- Longue histoire.
- De toute façon, ton thé est trop chaud pour être bu tout de suite…



*


Les Dentelles Vives
Trois semaines plus tard


Il ne savait pas pourquoi il pensait à elle maintenant, alors que son souffle lui arrachait les poumons et que ses muscles protestaient de douleur. Il ne s’était strictement rien passé pourtant : par la force des choses et surtout la sienne, il avait ramené tous ses paquets chez elle ; son magasin était à son image, fantasque, lumineux, accueillant, elle lui avait servi un thé absolument délicieux, ils avaient discuté de choses et d’autres, il avait bu sa boisson en l’écoutant et puis il était reparti. Tout simplement. Non, pas tout simplement, elle lui avait laissé une impression de fraîcheur qui ne s’émaillait pas depuis. Au contraire. Il ne savait pas bien où il en était, c’était ça, le truc. Et tandis qu’il courait dans une longue foulée déliée à travers la végétation montagneuse, ses pensées s’entremêlaient dans un bordel qui le désespérait. Trop compliqué pour lui, tout ça. Il ne voulait pas se prendre la tête avec des « si » et des « peut-être que » ; il voulait juste qu’on lui fiche la paix. Ces rencontres, c’était dangereux pour lui, il le savait. Lë était partie au bon moment, juste avant qu’il commence à s’attacher. Quant à Nora… il ne la connaissait pas, en fait, mais elle revenait systématiquement chatouiller ses pensées et ça l’agaçait profondément. Courir ne calmait que partiellement cette colère sourde qu’il s’efforçait de maîtriser. S’il n’avait plus le réflexe de chercher la paix dans la drogue ou l’alcool, il se savait capable du pire dans un état pareil.

Mais il était coincé ici, dans ce petit coin de paradis offert par un paysage à couper le souffle : les Dentelles ne laissaient jamais personne indifférent, pas même un Giliwyn SangreLune qui s’était levé du pied gauche. Il appréciait le dessin délicat des pics acérés, éclatant de neige sous les rayon d’un soleil timide et froid ; il aimait le scintillement des cascades gelées, des rangées de stalactites sur les branches des arbres figés, des rochers couvert de givre ; le fond de l’air était glacial et mordait sa peau nue, alors qu’il poussait son corps à effleurer des limites insoupçonnées. Souffrir dans un endroit pareil, c’était franchement salvateur. Ça l’apaisait. Il tuait le temps comme ça depuis trois jours, déjà : Akonis Derfant était un homme de parole et il avait décidé de relevé le défi lancé par la condition particulière de Makeno : il allait confectionner une selle unique en son genre, mais il avait besoin de temps pour ce faire. Gil n’était pas particulièrement pressé. Il avait largué Theia au Domaine, vérifié au passage que Khamill n’était pas dans les parages – étant donné qu’elle était partie en bateau, cela aurait été étonnant de la revoir si rapidement – et filé directement ici, où il avait trouvé son homme sans difficulté. Il s’était installé dans un petit village paisible, blotti dans un écrin de nature sauvage ; il louait une chambre à un couple âgé et payait son loyer en réalisant quelques travaux pour eux. C’était plus avantageux qu’une chambre à l’auberge. Plus calme, aussi. Et le calme, il en avait besoin.

Mais cela ne voulait pas dire qu’il fuyait les hommes pour autant ! ça aussi, c’était quelque chose qui avait changé en lui : il appréciait mieux la solitude quand elle était émaillée de rencontres. Des rencontres banales, comme celle avec Akonis Derfant, et d’autres qui l’étaient un peu moins – Lëroya et Nora en étaient un bon exemple… Après sa course de trois heures dans la montagne, Gil regagna la vallée et fit sa toilette pour ensuite aider Jalan, le vieil homme qui lui louait sa chambre, à réparer sa grange. Une tempête particulièrement violente avait emporté la moitié du toit. Perché sur la charpente en reconstruction, Gil était donc occupé à jouer du marteau quand Lynette, l’épouse de Jalan, les appela depuis le jardin impeccablement entretenu. Avant que Jalan ait eu le temps d’esquisser un geste, l’envoleur roula jusqu’au bord du toit et se pencha légèrement.

- Un problème, gente dame ?
- Pas du tout, espèce de flatteur,
rétorqua-t-elle en rosissant légèrement. J’aimerais savoir si monsieur mon mari est disposé à sortir en ville ce soir.
- Ne vous en faites pas, Lynette. S’il verse du toit, je serai votre cavalier.

Elle rit et secoua la tête, amusée.

- Tu es invité aussi, bougre d’âne ! Nous n’allons certainement pas te laisser tout seul !
- Ce manque de confiance me blesse horriblement, Lynette, ça me brise le cœur, je pense que je vais devoir réfléchir à cette proposition…


Il recula habilement et traversa le toit tandis que la vieille femme repartait sans un nouvel éclat de rire joyeux. Avec ces deux-là, Gil ne s’ennuyait pas, mais il avait tout le loisir de se concentrer sur son propre cheminement. Dès que la selle de Makeno serait prête, il partirait. Tant qu’il était là, il appréciait les moments passés en si bonne compagnie. Sans attache ni pression. Sans peur ni danger… Enfin, pour Jalan c’était une autre paire de manche. Du coin de l’œil, Gil le vit vaciller et avant qu’il ne perde définitivement l’équilibre, il bondit pour le retenir par le col de sa tunique.

- Doucement, dit-il en ramenant le vieil homme en sécurité. S’agit pas de faire le grand saut maintenant !
- Bon sang, c’était moins une…
souffla Jalan.
- Ça va ? s’inquiéta Gil en voyant son teint crayeux.
- Oui, oui. J’ai eu la trouille de ma vie, c’est tout. Mais… qu’est-ce que c’était que ça ?
- « ça » quoi ?
- Ça ! Ce bond fantastique ! Comment diable fais-tu pour ne pas te rompre le cou ? On dirait une araignée sur sa toile…
- Je vais prendre ça pour un compliment,
sourit Gil en lâchant Jalan, rassuré sur son sort.

Un peu plus tard, alors que la nuit s’installait dans la montagne, Jalan quitta la maison, Lynette au bras, en direction du cœur de ville. Gil les suivait tranquillement, les mains dans les poches de son tabard ; ça lui donnait vraiment une belle allure, et ça rendait Lynette toute fière quand ils croisaient des connaissances, généralement des gens au moins aussi âgés qu’eux. Amusé par cette petite bande d’amis qui vivaient leur vie simplement et entièrement, Gil saluait d’un signe de tête, d’une poignée de main, glissait quelques mots qui tiraient un rire à Lynette. Il restait discret, ses yeux vairons observant tout et tout le monde. Il se gorgeait de ces tranches de vie qui lui étaient proposées, parce que c’étaient de bons souvenirs qu’il emporterait avec lui quand il s’en irait d’ici. Mais quand son regard se posa à travers les vitres de l’auberge dans laquelle ils s’apprêtaient à entrer, tout à coup, son cœur chuta dans sa poitrine. Le flash de souvenirs l’aveugla et l’assomma tout à la fois, balançant une série d’images qui brûlèrent sa mémoire et nouèrent ses entrailles : elle et lui, debout et nus dans le courant vif d’une rivière – elle dans la lueur d’un rayon de lune – elle contre lui dans la chaleur d’un lit – lui en elle elle avec son ventre rond comme un ballon – elle dans leur salon – lui tenant sa fille, leur fille dans les bras, abruti de chagrin, de colère et de douleur – et les flammes qui ravageaient le souterrain, emportant toute une vie dans leur tourmente – puis le corps sans vie de Naïs entre leurs bras…

- Eh p’tit, ça va ?

Gil cligna des yeux. Il était courbé en deux comme s’il allait vomir, une main sur le mur de l’auberge, l’autre appuyée sur son genou. Il tremblait. La main ferme de Jalan posée sur son épaule fut sa bouée. Elle le repêcha, le remonta à la surface et l’éloigna du passé pour le ramener au présent. Gil frissonna puis se redressa et se passa une main sur le visage.

- Je vais bien, dit-il en regardant Jalan dans les yeux.
- Tu parles, on dirait que tu viens de voir un fantôme…
- Y’a d’ça,
murmura Gil en tournant la tête vers la fenêtre.

Il se demanda d’abord ce qu’elle faisait là. Puis il envisagea de tourner les talons. Mais il ne pouvait pas s’y résoudre. Il avait été lâche dans sa vie, et bien des fois, mais il n’était plus comme ça. Son cœur tambourinait dans sa poitrine quand il entra dans la salle avec le vieux couple.

- Allez vous assoir, je vais commander à boire.
- Tu devrais prendre un truc fort, p’tit, on dirait bien que tu en as besoin…


Peut-être, songea Gil en se frayant un chemin jusqu’au comptoir. En même temps… Le truc fort, il était là, devant lui. A seulement quelques centimètres. Depuis quand ne l’avait-il pas vue ? Rapide décompte mental, à peu près trois mois. La dernière fois, c’était à Chériane. Et c’était lui qui était parti. Il avait emporté Makeno, l’avait enlevé aux Rêveurs pour l’emmener avec lui jusque dans la jungle d’Hulm, où Dil’Duran les avait accueillis. Ou recueillis, pour ce que ça changeait… Bon sang, tu es toujours aussi belle. Non, c’était faux, elle l’était davantage. Il avait toujours eu cette impression de la redécouvrir, cette sensation de retomber sous le charme, comme la toute première fois. Ses cheveux avaient poussé. Ils lui arrivaient de nouveau à la taille. En passant derrière elle, il eut envie d’y glisses les doigts, mais il se retint et se contenta de s’accouder à sa gauche, tranquillement. C’était une façade, bien sûr. Il était loin de ressentir le calme qu’il affichait ! Son cœur continuait de s’affoler, il n’était pas certain de l’issue de cette nouvelle rencontre, toutefois, et bien qu’elle ne l’ait pas encore remarqué, il savait que revenir sur ses pas était impossible. Il fallait avancer, coûte que coûte.

- Bonsoir. Deux bières et un jus de tomate, s’il vous plait. C’est pour la table du fond, là-bas.
- Oh, Gil.


Tressaillement imperceptible. Gil gardait son attention fixée sur le serveur qui préparait les boissons mais il pouvait la sentir près de lui – sa présence, sa chaleur, son parfum. Aucun mur n’était en mesure de le couper de tout ça.

- Ça tombe bien que tu sois là. Il faut que je te parle. Je… Monte avec moi dans la chambre, s’il te plaît.

Il n’eut pas besoin de répondre, ni même de hocher la tête ; elle connaissait sa réponse. Elle partit la première, laissant dans son sillage une fragrance familière. Nerveux, il se passa la main dans les cheveux, puis laissa quelques pièces sur le comptoir et attrapa les boissons. Il les déposa doucement sur la table de Jalan et Lynette.

- Je…
- Vas-y, p’tit. On bouge pas d’ici, nous.
- Vous êtes sûrs ?
- Ça me brise le cœur mais oui !


Gil soupira. Il s’en voulait de les laisser. Il prit le temps de choquer son verre contre le leur, puis de boire une gorgée de bière qui rafraîchit sa gorge sans pour autant apaiser son angoisse, et pressa doucement l’épaule de Lynette avant de s’éloigner. Il monta les marches comme un automate, incapable de déterminer la suite, d’anticiper le chapitre suivant, de savoir si c’était une bonne ou une mauvaise chose. Elle avait laissé la porte entrouverte. Il posa la main sur la poignée, hésita une poignée de secondes puis, résigné, poussa doucement le battant et entra dans la chambre. Ses yeux se posèrent immédiatement sur elle. Elle était là, assise sur le lit, en train d’attendre… Lui ? Ou bien le repas qu’elle avait commandé ? Sans un mot, il ferma la porte et s’y adossa. Il avait besoin de sentir le bois contre son dos. Il ne s’était pas attendu à la voir ce soir, et même s’il avait été préparé… Le cœur serré, fou de douleur, fou de colère, fou d’elle, il plongea son regard dans le rose incroyable qui illuminait celui de Libertée.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



[Absent du 20/10 au 03/11]
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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Les oiseaux ont des ailes pour aimer, moi j'ai un coeur pour voler [PV Gil]   Mar 14 Nov 2017, 17:34

On rêve d'un goût inconnu dans la bouche la nostalgie ne fait plus effet
C'est une pilule qui nous étouffe
Puis il y a cette femme qui tourne autour, qui fait sa danse qui sème le doute
Et qui l'arrose de ses sourires, mon dieu que la sensation est douce

♥️ ♥️ ♥️

Il l'avait suivie, et quand l'envoleur ferma le battant de la porte dans son dos, en s'y adossant, le coeur de Libertée fit une embardée dans sa poitrine. Il avait une mine inquiète, et les émotions qui se disputaient dans son regard bicolores étaient bien plus multiples que les couleurs, justement. Un petit soupir franchit les lèvres de Libertée.

Posant ses coudes sur ses genoux, elle se prit le visage dans les mains un instant, se frottant les yeux. Puis, elle redressa le menton et croisa le regard de Gil.
Une pulsion puissante s'empara d'elle, la sommant de s'approcher et de le prendre dans ses bras. Elle coupa sa respiration pour laisser passer cette émotion, ferma les yeux, et relâcha doucement son souffle.

Relevant le regard, elle se passa la langue sur les lèvres.

- Comment va Makeno ?
La question lui avait échappé. Ce n'était pas ce qu'elle avait voulu demander. Elle se sentit papillonner des paupières, secoua la tête, prit une nouvelle inspiration. Elle se perdait elle-même.

- Et toi ?
Elle n'aurait pas dû poser cette question à voix haute. Oh, oui, elle se souciait de lui. Simplement, elle ne voulait pas véhiculer des espoirs infondés. Des faux espoirs. Elle secoua la tête à nouveau alors que son souffle se coupait.

On frappa à la porte, et Libertée se redressa, se levant du lit pour s'approcher de cette dernière - et de Gil par la même occasion. Elle ouvrit le battant, remercia la serveuse d'un sourire un peu forcé, et retourna s'installer sur le lit avec son plateau sur les genoux.

- Tu as faim ?
Elle avait encore besoin de rassembler son courage. Elle ferma les yeux, avala un peu de pain, grignota quelques fruits, avant de repousser la nourriture. A vrai dire, les émotions lui coupaient la faim.

Gil était là. Elle avait envie de se blottir contre lui, et en même temps elle en avait peur. Elle avait envie qu'il lui saute dessus et en même temps, ça la terrifiait. Son corps entier était entré dans une spirale de contradictions et son cerveau bouillonnait.
Elle avait pris sa décision, pourtant. Mais tout de suite, cela ne lui paraissait plus si évident, en fait. Parce que malgré elle, les souvenirs affluaient. Heureux, et moins heureux. Douloureux, surtout. Mais leurs chemins étaient trop éloignés, et elle ne pouvait plus faire le grand écart. Elle ne le voulait plus.
La main de l'envoleur effleura sa cuisse, et son esprit s'élança sur le chemin de l'angoisse, qui la fit trembler de tous ses membres. Elle ferma les yeux, prit une profonde inspiration, laissa le souvenir d'Erwan revenir à elle. La peur se tamisa, diminua, et elle put respirer plus calmement. Croisant ses doigts, elle poussa un long soupir.


- Je crois que chacun d'entre nous serait mieux de son côté. Ce n'est pas que je ne ressens plus rien, c'est que ça fait trop mal. A chaque fois que ça s'améliore, il y a toujours quelque chose pour nous entraîner vers le bas. Je ne peux plus faire ça. Et…
Elle prend une inspiration, alors qu'un mouvement de recul s'empare de son buste. Elle n'a pas envie de dire ça, mais c'est une nécessité maintenant. Elle ne veut pas lui faire de mal, et pourtant elle sait que ça va être une terrible souffrance pour lui - parce que ça l'est pour elle.

- J'ai peur de toi, maintenant.
Sa voix tremble, le trémolo lui fait trembler le menton, et elle baisse le regard sur ses doigts crispés sur eux-mêmes. Elle reste silencieuse, le ventre et la gorge serrées. Elle a autant peur qu'il s'en aille qu'elle est terrifiée qu'il reste. Elle souffrira s'il part sans demander son reste, mais elle sera terrorisée s'il se contente d'essayer de la garder.
Pourtant, sa décision est prise.
Et c'est sans doute le choix le plus difficile de toute sa vie.


♥️ ♥️ ♥️

Cette nuit tu n'as pas dormi, je t'ai retrouvée dans le noir
Les yeux gonflés par le mépris, par la tristesse et par la rage
La voix cassée par les larmes, tu veux connaître tous les détails
Où, quand, comment et ce qu'elle a de plus que toi
Comme un enfant désemparé, j'essaye de te prendre dans mes bras
Mais la porte claque, ma vie vient juste de voler en éclats
Et le silence me tabasse quand je n'entends plus ta voix
J'essaye de prendre la mesure de l'étendue des dégâts
Mais c'est trop tard

__________________________________________




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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Les oiseaux ont des ailes pour aimer, moi j'ai un coeur pour voler [PV Gil]   Hier à 21:54

Le silence avait un poids, c’était une évidence. Il écrasait Gil en ce moment-même, d’où son dos appuyé contre la porte : il avait besoin de soutien pour ne pas tomber. Voilà où on en est alors, songea-t-il, incapable de laisser les mots franchir ses lèvres et tout aussi incapable de la quitter des yeux. On se regarde en chien de faïence et on attend que la foudre tombe quelque part…

- Comment va Mak ?

Badaboum.
Premier éclair, ça secouait mais il tint le coup. L’accent sincère dans la voix de Libertée ne le surprit pas, il la connaissait bien, il savait qu’en dépit des apparences et des circonstances, elle s’inquiétait réellement pour Makeno. Il incarnait ce qu’on lui avait arraché mais il partageait son sang. Du reste, Gil mettait au défi quiconque de ne pas succomber au charme de ce gosse. A l’heure qu’il était, il devait être en train de rendre Dil’Duran complètement gâteux – enfin, plus qu’il ne l’était déjà, quoi. Mais Gil ne répondit rien. Il ne dit pas à Lib que Mak allait mieux, qu’il avait de bonnes chances de s’en remettre, qu’il était entre de bonnes mains, qu’avec sa « nouvelle jambe » il allait pouvoir vivre comme n’importe quel petit garçon, ou presque… Il ne lui dit rien de tout ça, parce que c’est pas vraiment de ça que tu veux parler maintenant, pas vrai ? Il le lisait dans ses yeux. Le rose n’avait plus de secrets pour lui depuis bien longtemps. Alors il attendit la suite.

- Et toi ?

La foudre tomba bien plus près cette fois-ci, mais il ne sourcilla pas. Ce qui le fit imperceptiblement tressaillir, ce furent les coups légers frappés contre la porte. Sans bouger, il regarda Libertée déployer ses longues jambes et se lever, plus gracieuse qu’un rêve. Il ne se déplaça que lorsqu’elle fut près de lui, au moment précis où son parfum de pêche le prit d’assaut avec violence, l’obligeant à battre en retraite. Pendant qu’elle récupérait le plateau, il plongea les mains dans ses poches et parcourut la pièce du regard. Petite, sobre mais accueillante, à l’image de la salle depuis laquelle montait des bruits de voix et quelques rires. Jalan et Lynette étaient-ils toujours là ? Quand la porte se referma doucement, Gil tourna la tête vers Libertée. A nouveau, son cœur se mit à galoper dans sa poitrine, s’élançant dans une course de haies haletante, comme il avait la sale manie de le faire chaque fois qu’il posait les yeux sur cette femme. C’était plus fort que lui et ce serait toujours comme ça. Elle aussi, elle avait changé, mais ce n’étaient pas seulement ses cheveux plus longs qui donnaient cette impression ; il y avait quelque chose d’autre, une sensation diffuse qui tenta de se faire jour dans l’esprit de l’envoleur, et qu’il repoussa avec ferveur. Lentement, il vint s’asseoir près d’elle, ignorant sa question anodine, vaguement tremblante, pour effleurer sa jambe du bout de ses doigts.

Un simple frôlement.

Et cette fois, la foudre le percuta de plein fouet.


*


Foudroyé, oui, c’était le mot – et l’ironie dans tout ça, c’est que ça le fit penser à la première fois où son regard avait croisé le sien, tandis qu’il était vautré dans une ruelle parmi des milliers de débris de verre, juste après être passé à travers une fenêtre. Il se souvenait des micro coupures agaçantes et de la douleur plus vive de ses côtes meurtries, de son visage aussi, un peu abîmé à cause de coups échangés. Mais ce n’était rien comparé à la souffrance innommable qui l’avait secoué à l’instant précis où leurs yeux s’étaient trouvés. Cette nuit-là, il avait cru que son cœur s’était arrêté pour de bon. Une cabriole et pouf ! Plus de battements, juste un vide vertigineux, un silence à friser les nerfs, et du rose. Un univers de rose. L’éclair qui lui était tombé dessus l’avait tellement sonné qu’il était resté un petit moment comme ça, incapable de focaliser son attention sur autre chose qu’elle. Bon sang. C’était quand, déjà ? Une éternité ? Hier ?

Take me back to the night we met…



Il donnerait tout, absolument tout pour n’avoir pas vu son mouvement de recul. C’était bien plus dur que la moindre de ses paroles, bien plus douloureux qu’un coup de foudre. Des mots ? Pour décrire cette sensation, il n’en existait pas. Foudroyé, démantelé, Gil avait juste l’impression qu’une main venait de plonger dans sa poitrine et d’arracher son cœur. Rien à voir avec cette première nuit, finalement, parce qu’une fois remis de ses émotions (à peu près), il s’était senti tellement bien ! Ivre d’un bonheur étouffant, tandis qu’elle le regardait dans cette chambre, la tête penchée sur le côté, ses yeux roses plissés d’amusement ; lui, allongé sur son lit, il souriait comme un con malgré son état. Piteux état physiquement, et ce n’était rien comparé à son espace privé, intérieur, invisible, complètement mis à sac par un seul regard, un simple contact, une parole et, enfer, le parfum entêtant de la pêche. Ça l’avait tué, à l’intérieur, mais pour mieux le laisser renaître ensuite. Il aurait dû se méfier, deviner qu’un tel bonheur, ce n’était pas pour les gens comme lui. Il y avait pensé et peut-être qu’en fait, c’était ça qui avait tout fait foirer. Serait-il allé voir ailleurs s’il avait été convaincu qu’il était digne d’une femme comme Libertée ? On ne peut pas lutter contre ce que l’on est véritablement. Des mots durs et vibrants de vérité. Qui les avait prononcés ? Seren ? Dil’Duran ? Voïki ? Et puis merde ! Cette nuit-là, il avait simplement cru que dans cet univers infiniment rose, il ne risquait rien.

And then I can tell myself
What the hell I’m supposed to do
And then I can tell myself
Not to ride along with you

Mais que fallait-il penser de ce rose-là ? Celui qui scintillait dans les yeux de Libertée, en ce moment, n’était pas celui qu’il avait conquis des années plus tôt. L’étincelle de plaisir s’était transformée en éclat de peur. Un mouvement du buste en arrière, un tressaillement, un regard qui se voile et des mots… Gil parvint à déglutir. Il se rendit compte, alors, qu’il avait cessé de respirer. Normal quand on meurt, n’est-ce pas ? Sa poitrine était broyée par la douleur que cette simple prise de conscience provoquait en lui : Lib avait peur de lui. Ce qui l’achevait, en vérité, c’était cette envie monstrueuse de la prendre dans ses bras, de la serrer contre sa poitrine pour la rassurer, la consoler, la protéger. Mais la protéger de quoi ? Toutes ces années passées à se battre pour que nul ne touche un seul de ses cheveux, pour que le danger s’efface, pour préserver cette personne pour qui il serait mort cent fois s’il l’avait fallu… Voilà, sa mission de gardien était terminée. Parce qu’aujourd’hui, il ne pouvait plus protéger Libertée. Il ne pouvait pas lutter contre cette ultime menace qu’elle voyait en lui.

A juste titre.

Ooh, take me back to the night we met…




La nuit où tout a commencé

Je sais, je sais. Vous n’avez pas l’habitude que je m’exprime directement. Je pourrais très bien, en fait, mais c’est une perte de temps, à mon sens. Et puis je n’ai pas besoin de changer de pronom pour n’en faire qu’à ma tête. Enfin. Là, j’ai envie… non. J’ai besoin de faire une pause narrative. Besoin de reprendre les choses… l’histoire en main. Parce que les choses sont en train de tourner court, hein, et plus ça va moins je le sens bien. Donc, pour une fois, je vais faire un petit arrêt sur image. Non, je vais plutôt revenir en arrière. La dernière fois que j’ai fait un truc pareil, j’étais en train de claquer. Sans blague ! S’il faut attendre de passer de l’autre côté pour ça… J’suis pas patient, d’accord ? Hors de question que je poireaute jusque-là (même si entre nous, je dois bien risquer ma peau tous les deux jours, en moyenne, attendre ne serait finalement pas si long que ça…) ! J’ai besoin de prendre ce chemin à l’envers parce que ce qui se passe, là, maintenant, dans cette chambre, c’est important. J’ignore totalement comment ça va se terminer. Si ça va véritablement se terminer. Si elle part, si je reste, si on s’attarde, s’il faut flanquer ce Rp d’un tag… J’sais pas, et c’est sans aucun doute une énième tentative de fuite mais voilà. J’ai besoin d’une minute. J’ai besoin d’une vie. J’peux pas la laisser dire que… Il faut que je me pose. Enfer, posez-vous aussi et arrêtez de me mettre la pression, c’est chiant. Profitez plutôt parce que j’attendrai de mourir pour de bon la prochaine fois que j’aurai la merveilleuse idée de m’exprimer en direct ici.

La nuit où tout a commencé, c’est celle-là. La petite étoile dans mes souvenirs. Que… non, c’est pas de la poésie mièvre et romantique ! … romantique, je dis pas. Mais mièvre… Bordel, vous allez me laisser continuer ou bien je reviens dans cette saloperie de chambre et j’anéantis moi-même ma pauvre carcasse d’espoir ? Mince,
Elle fait comment pour vous supporter quotidiennement ?

*soupire longuement*

Bon. C’est pas rien une petite étoile dans ma chienne de vie, voilà pourquoi je prends le temps d’en parler un peu. Ce souvenir-là, cette nuit-là restera toujours unique, voilà tout. Il faut se remémorer le contexte. Prenez un jeune envoleur un tantinet ambitieux (pour ne pas dire complètement con) et une beauté fatale. Placez-les au même endroit au même moment. Lui, il est en train de se faire taper dessus. J’en profite pour rappeler que mon corps n’est pas indestructible et qu’un de ces quatre il finira par se brise complètement. Définitivement, je veux dire. Au cas où Elle serait dans le coin, peut-être même en train de lire. C’est vrai quoi, j’en ai marre de compter les bleus tous les soirs ! Je ne pourrais pas faire des trucs plus soft ? Genre, lire un bouquin ou faire du crochet ? … Oubliez. Restez concentré(e)(s). Focalisez d’abord sur le jeune envoleur, il vient juste de traverser une fenêtre et de s’écraser dans une ruelle, avec la classe qui le caractérise ordinairement Vous le voyez poser les mains sur le pavé jonché de débris de verre pour se redresser difficilement sur les avant-bras ? Il a les cheveux en pagaille (pour changer) et on voit bien que c’est pas récent, ce souvenir, parce qu’il n’y a pas de gris dans ces cheveux-là. Pour le reste, c’est pas si différent d’aujourd’hui, un corps bien entretenu, peut-être un peu plus épais, bourré de charme et de dynamisme – mais pissant un peu beaucoup le sang, là. Vous y êtes ? Bien.

Maintenant, levez lentement la tête, comme lui. Vous allez tomber sur de jolies bottines. Noires, simples, élégantes, élancées. Ça vous intrigue, hein ? Normal, surtout si vous gisez un peu sonné dans cette ruelle mal éclairée, aussi, tout comme le pauvre bougre vautré par terre, vous levez les yeux. Continuez. Ne vous attardez pas sur les longues jambes nues, ni sur le galbe des cuisses, encore moins sur les formes affolantes du ridicule petit short qui cache ce que votre imagination n’a pas de mal à illustrer. Pervers. Vous êtes des pervers. Moi ? Je décris juste… Booon, d’accord, j’avoue, j’ai la bouche qui s’assèche en décrivant. Mais croyez-moi, c’est rien à côté de ce qu’il est en train de vivre, lui. Allez, levez les yeux encore un peu. La courbe des hanches, la taille menue… ah. Le corset. Ce petit lacet de rose et de noir, cette feutrine légère, vous la voyez ? C’est tout un concept. De l’art. Il n’y a jamais été sensible, notre homme, mais là ça le force à reconsidérer la chose. Arrachez-vous à la contemplation de cette œuvre, bon sang, et levez encore la tête pour… voilà. C’est ça. De longs cheveux clairs, un visage fin, des traits délicats, des yeux… Ah, vous n’avez pas le temps de bien les voir, il fait sombre et dans la ruelle, ça s’agite un peu. Les méchants débarquent. Hop, voilà notre héros debout. Il a une jambe qui vacille et du sang un peu partout mais ça lui donne un genre, c’est pas si mal en fin de compte.

Il s’illustre. Il est grand, il est beau. Du pur SangreLune dans cette symphonie de réparties cinglantes, d’escarmouches épiques, de lourdeur feinte et de subtilité éclatante. Il joue, il s’amuse. Il n’a jamais pris sa vie au sérieux. Ça changera. Il apprendra. Il souffrira… Nous n’en sommes pas encore là. Pour l’heure, le bougre est occupé à jongler – avec les mots, mais surtout avec elle, la jolie nana qui s’est retrouvée dans la bagarre sans rien demander. S’il savait ce qu’elle est réellement, il ne frimerait pas autant, mais bon, laissons-le faire, il est jeune, insouciant… et sous le charme. Il gagne. C’est un héros. C’est ainsi qu’elle l’appelle et ça fera gonfler son cœur de fierté… avant qu’il ne s’effondre. Terrassé par la douleur ? Il la sent à peine. La fatigue, alors ? Non. C’est son regard. Son putain de regard qui ne lui laissera jamais la moindre chance de se préparer au choc. Chaque fois qu’il se le prendre de plein fouet, il mettra un genou à terre. Il ne le sait pas encore, il n’a jamais vécu ça. Alors il tombe littéralement.

Ne se relèvera jamais vraiment.

On avance un peu. C’est pratique, la pause narrative, ça permet de faire un peu ce qu’on veut avec l’histoire. Je triche à peine, je passe les détails, le retour à l’auberge, elle le porte à moitié, il en profite pour se serrer contre elle, on dirait un adolescent lors de sa première fois, c’est limite gerbant quand on revient là-dessus, j’vous jure… Nan, cherchez pas, j’suis un mec, je dirai pas que c’est « mignon » d’un ton niais, d’accord ? Par contre, je vais m’arrêter dans la chambre de l’auberge. C’est là où je veux en venir, en fait. Elle quitte la pièce, sans doute pour aller chercher quelque chose. L’envoleur attend que la porte se soit refermée dans son dos sublime pour bondir de son lit, d’une vaillance un peu grinçante, certes, mais quand même, et voilà qu’il se dirige vers la fenêtre. Voilà. On y est. C’est là que je m’arrête. Je m’arrête, l’image se fige et j’en profite pour m’approcher doucement. Venez avec moi, soyez pas timide, il ne mord pas. Pas encore, du moins. La Bête qui sommeille en lui est encore en veille. Regardez son visage, son expression, l’hésitation qui brille dans ses yeux… Il est sur le fil du rasoir. La fenêtre est ouverte sur son avenir. Tellement de possibilités… et s’il avait sauté ?

J’aurais filé, tout simplement. Je me serais évanoui dans la nuit (et sans doute quelques rues plus loin, aussi, vaincu par le contrecoup d’une sacrée baston). Je ne serais pas entré dans sa vie et elle ne serait pas entrée dans la mienne. Tellement de chemins… l’un d’eux aurait pu me conduire jusqu’à Naïs, tout simplement. Je la connaissais déjà, j’étais déjà amoureux d’elle, de cette flamme qui brûlait dans l’or de son regard aveugle… Un autre m’aurait mené vers une femme que j’aurais séduite puis entraînée dan mon lit sans même lui demander son prénom. J’étais comme ça à cette époque. Un feu-follet qui consommait sans consumer. Ne riez pas. Ne me jugez pas. Vous avez tous déjà imaginer votre vie autrement au moins une fois. Vous avez tous dit « et si ? » un jour. C’est humain. Je l’étais. C’est pour ça que je suis resté.

Il ne saute pas, il se retourne quand elle rentre dans la pièce, il croise son regard et alors, tout est joué. Tout ? Vraiment ? Bien sûr que non, rien n’est jamais tracé d’avance, merde, ce serait vraiment trop con. Je pense que ce sont nos actions qui déterminent le chemin que nous empruntons. Nos choix qui nous poussent à prendre des directions. Je déteste les choix. Un couteau sous la gorge, c’est pas agréable comme sensation et c’est ce que je ressens à chaque fois. Je sais pas… peut-être que s’il n’avait pas cherché à lutter contre son feu-follet dans le ventre, la Bête ne serait pas née ; il serait allé voir ailleurs bien plus tôt et ils se seraient séparés avant l’irréparable. Il serait devenu père d’un petit garçon qui aurait toujours ses deux jambes, et Naïs serait… Mais cette nuit-là, qui reste la plus belle de toutes, il fait son choix. Il reste avec elle. La jolie nana. Je suis là, juste à côté de lui, et j’aimerais lui dire qu’il ne faut pas. Ils ne pourront pas surmonter les obstacles qui leur feront barrage, ils se détruiront petit à petit, elle en cherchant à contredire son propre patronyme, lui en laissant son sexe dicter ses choix. Ils se détruiront. Se reconstruiront. S’aimeront. L’appelleront Suviyo. J’aurais pu choisir de m’arrêter sur tous ces autres souvenirs mais non. C’est cette nuit-là, la première, qui me revient au moment où je réalise que Libertée est en train de couper les derniers fils d’un lien que je croyais indestructible. C’est le point de départ. Le début d’une bien drôle d’histoire.

Gil, mon vieux, je te regarde en train de discuter avec elle, en train de tomber amoureux… Tu n’aimeras pas une autre femme comme celle-là. Naïs, Kaünis, Lëroya, Nora… elles seront toutes importantes à tes yeux, chacune à leur manière mais… cette femme, Gil, tu l’auras dans le cœur jusqu’à la fin de tes jours. Tu regretteras toujours de n’avoir pas sauté de cette fenêtre cette nuit-là, parce que…

… parce que tout le reste, tu ne pourras pas le regretter.

Voilà. Je pense que je dois m’arrêter là. C’est… j’ai peur, vous savez ? Une trouille pas possible à l’idée de reprendre le fil de ce Rp. De replonger. Il va bien falloir, ceci est mon histoire et
Elle est déjà bien gentille de m’avoir laissé prendre un peu le commandes… Enfer, je suis si con, parfois. Vous êtes d’accord avec moi, n’est-ce pas ? Rencontrer une fille pareille et la perdre de cette façon-là… je ne veux pas la perdre, je ne peux pas… mais… je l’aime, alors…

Je…


*


Gil cligna des yeux. Un long moment, il resta parfaitement immobile et silencieux. Puis il secoua la tête et ricana. Son sourire était froid, à mille lieux de celui qui creusait une fossette dans sa joue et lui donnait un air de petit garçon malicieux.

- Je suis un envoleur, Lib. Un putain de traqueur de marchombres. Il était temps que tu finisses par avoir peur, non ?

Comme s’il était capable de tuer l’un des leurs, désormais. C’était le jeu de l’histoire et du hasard, après tout : s’il avait écouté le cri de son père, cette demande qui l’avait hanté toutes ces années, il serait aujourd’hui un marchombre et…

Et ?

Est-ce que ça aurait changé quelque chose à leur histoire à eux ? Gil secoua la tête encore une fois, puis ferma les yeux. Trois secondes. Quand il les rouvrit, son regard avait changé. On y lisait une tristesse immense, parfait reflet de celle qui lui broyait le cœur en cet instant ; il observa Libertée, déchiré de ne pas pouvoir franchir cette distance énorme pour la prendre dans ses bras, coupable de la peur qu’il lisait bel et bien sur ses traits comme dans son attitude. C’était épouvantable. Il avait l’impression qu’on lui enfonçait une lame dans la poitrine et qu’on tournait, lentement mais sûrement, dans un sens puis dans l’autre.

- Lib, je…

Il se tut, incapable de continuer.

De réaliser…



[Enfin, je trouve le temps de te répondre ! Je ne te cache pas que ça n'a pas été une simple paire de manche, et je ne m'attendais pas trop à ce genre d'intrusion de la part de Gil. Alors tu me fais signe si quelque chose t'ennuie, d'accord ?]

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



[Absent du 20/10 au 03/11]
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MessageSujet: Re: Les oiseaux ont des ailes pour aimer, moi j'ai un coeur pour voler [PV Gil]   Hier à 23:15

- Tu n'as donc jamais voulu de moi ?

[ elle a la voix qui tremble, prend une inspiration ]

- Je ne te crois pas. Tu n'as pas un mauvais fond, Gil. C'est juste que... On se perd. On se détruit. On s'auto-détruit. Je ne veux pas continuer. Et pourtant, j'ai des sentiments pour toi. Mais ma peur est bien plus forte. Et...

[ elle prend une autre inspiration ]

- Pardon je t'ai interrompu. Tu allais dire quoi ?

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Les oiseaux ont des ailes pour aimer, moi j'ai un coeur pour voler [PV Gil]
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