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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 L'ambre et la glace [Gil]

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Kanaëkhian Kwaekoanok
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MessageSujet: L'ambre et la glace [Gil]   Dim 28 Jan 2018, 23:35

Longtemps. Trop longtemps. Cela faisait de longs mois que Khia n’avait plus eu aucun apprenti à charge. Cela avait bien sûr ses bons côtés, car elle était libre d’arpenter l’Empire à sa guise sans que personne ne l’attende. Pas d’obligations. Pas de responsabilités. Rien. Alors elle continuait de vivre comme elle l’avait toujours fait, en nomade. Toujours. Tout le temps. Elle vivait simplement. Librement et entièrement. Le regard d’un bleu acier de la jeune femme coula sur l’horizon ; le ciel explosait en une multitude de couleurs orangées, roses, rouges. Des teintes vives et pétillantes, que la jeune femme prit le temps d’apprécier jusqu’à ce que le soleil disparaisse par-delà les plaines qui s’étendaient au nord d’Al-Chen. La ville marchande se découpait dans la lumière décroissante et se dressait majestueusement. Soupirant imperceptiblement, la jolie blonde donna une légère impulsion à Loki, qui se lança dans un galop puissant.

~ * ~ * ~


Il régnait à l’Orchidée sauvage une atmosphère tout à fait exotique. C’était une petite auberge, nichée au creux d’une charmante petite ruelle pavée, au cœur de la ville. Une bonne odeur de feu de bois imprégnait jusqu’à chaque recoin de cet endroit, mêlée à celle, plus subtile, des épices. Secouant sa longue crinière dorée, la Marchombre s’avança vers le bar d’un pas tranquille et serein. Cette auberge était radicalement différente de toutes celles qu’elle avait pu fréquenter à travers l’Empire tout entier. Il semblait à la jeune Aoki de débarquer dans un autre monde, croisement entre la taverne pirate des îles du sud et une jolie petite maison de famille. La froideur des murs en vieille pierre était rehaussée un peu partout par un bois chaud aux couleurs tirant parfois sur des teintes un peu plus miel, et même carrément ambrées.

- « He dààj ! » salua Naë d’un ton enjoué, tandis qu’elle s’accoudait sur le comptoir en bois massif de karabé, un arbre tropical, dont le tronc se paraissait d’une teinte légèrement ambrée, qui ne poussait que dans les Alines.

Aussitôt, une jolie femme à peine plus âgée qu’elle s’approcha, bloc note à la ceinture et crayon maintenu derrière l’oreille. Avec sa peau caramel, son regard profondément doré et ses longs cheveux d’un noir de jais, elle dégageait quelque-chose de magnétique. Littéralement. Leurs regards se croisèrent un instant et la tenancière – avec toute cette assurance qui émanait d’elle, il ne pouvait en être autrement – décocha un sourire rayonnant qui devait déjà en avoir fait fondre plus d’un.

- « Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? » demanda-t-elle, poing sur la hanche. Une étincelle éclairant son regard doré.

~ * ~ * ~


Un homme passablement beau avait offert un verre à Khia. Visiblement intéressé par l’idée de voler une nuit avec la jolie Marchombre, le pauvre homme n’avait récolté qu’une danse en guise de remerciement. C’était le moins qu’elle avait pu faire, mais elle n’en voulait pas plus. Il fallait bien avouer qu’il n’avait pas l’air bien finaud celui-là : il roulait des pectoraux avec ses amis, dans un coin de la salle, mais ne valait sans doute pas grand-chose en réalité. Haussant les épaules toute seule, la jeune femme observait la petite scène qui avait été installée. Apparemment, chaque soir se produisait là un spectacle différent : musique, théâtre, acrobaties… Les animations étaient sacrément variées et divertissante. Elles contribuaient, d’une certaine manière, à fidéliser la clientèle de cette petite auberge qui avait ouvert ses portes quelques semaines auparavant.

Les quatre musiciens qui animaient cette soirée étaient tous originaires des Alines, et proposaient une musique rythmée et entraînante, qui échauffait les esprits et rapprochait les corps. Le cœur de Khia s’emballait parfois au tempo donné par les percussions, tandis que ses pensées s’évadaient vers l’océan du sud au son de l’harmonica. Un autre jouait de la guitare avec une habileté époustouflante, tandis que le dernier, un flutiste qui arborait un air mutin, donnait à la mélodie un côté espiègle et joyeux.

Tandis qu’elle sirotait sa liqueur d’orange, rehaussée d’un soupçon de piment doux et d’une pointe cannelle – mélange étrange et original qui portait un nom aux consonnances toutes aussi exotiques, La Naïs – le regard de la jeune Aoki fut attiré par une silhouette. Grande – plus grande qu’elle, ce qui n’était pas toujours monnaie courante en Gwendalavir – fine, mais carrée. Un homme, indéniablement, qui s’attabla dans un coin de la salle. Seul. Il arborait une mine absolument épouvantable et avait l’air de porter sur ses épaules tout le malheur du monde. Oh, il n’avait pas spécialement l’air triste, ou malheureux, mais juste fatigué. Profondément fatigué. Cela fit froncer les sourcils de la jeune femme, qui finit d’une rasade la dernière gorgée de son verre. En fait, il le faisait littéralement penser à un loup solitaire. Le genre de type un peu sauvage, mais au fond terriblement attachant. Il n’avait pas l’air de l’avoir remarquée au milieu de tout ce monde, et de l’animation ambiante.

Aérienne et légère, Khia se leva et serpenta entre les tables gracieusement. S’arrêta, alors que son regard d’un bleu glacier tombait sur le petit instrument de musique qui gisait au sol. Là. Juste là. Une flûte, sculptée dans un bois clair. Usée. Ramassant l’instrument, la jolie blonde le fit rouler un instant entre ses doigts, songeant que décidément que les Alaviriens étaient radicalement différents de son peuple. Avant d’arriver en Gwendalavir, elle ne connaissait pas la musique. Du moins, la seule qu’elle connaissait n’était pas aussi diversifiée et mélodieuse. Les seules notes qui tintaient dans ses souvenirs étaient celle des percussions de toutes sortes, qui rythmaient les fêtes et cérémonies des Aokis. Haussant les épaules toute seule, la Marchombre continua son chemin à travers la salle.

Alors que son regard croisait celui, bleu et marron, de l’inconnu solitaire, la jeune femme lui tendît la flûte sans aucune hésitation. Elle affichait un sourire rayonnant. Et son regard glacier brillait de mille feux. Sa longue crinière blonde flottait dans son dos, chatouillant le creux de ses reins. Son corset de feutrine bleu rehaussait son regard aux nuances si profondes et sa jupe dévoilait de longues jambes galbées. Bon, elle portait tout de même des bottes fourrées qui montait jusqu’à la moitié de son mollet ; mais tout de même, ainsi vêtue, en plein cœur de l’hiver, il n’était pas rare qu’on la prenne pour une folle ou une nymphomane. Ou peut-être les deux.

- « He dààj ! » salua-t-elle avec bonne humeur « Je crois que tu as fait tomber ceci… » affirma-t-elle en tendant l’instrument à son propriétaire.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Mer 31 Jan 2018, 19:42

En général, Gil s’estimait plutôt endurant, quel que soit le domaine concerné : course, bagarre, boisson, sexe… entre une volonté d’acier et une forme digne d’un guerrier bien entraîné, il laissait peu de place au découragement et à la fatigue. Mais là, il était épuisé. Littéralement. Les trois derniers mois avaient été trop riches d’émotions et d’emmerdes pour qu’il ne pousse pas son corps jusqu’à des limites déjà bien loin sur l’échelle de la santé du commun des mortels ! Déjà mince, il avait perdu quelques kilos ; comme il avait renoncé à couper sa barbe, elle lui mangeait les joues et allongeait d’autant plus son visage aux traits marqués. Ses yeux cernés lui donnaient un air peu commode. Tant mieux. Ça éloignait les indésirables, mais paradoxalement il avait besoin d’eux pour se nourrir, puisqu’il n’avait même pas la force de chasser correctement. En fait, si l’un de ses nombreux ennemis lui tombait dessus maintenant, il n’aurait qu’à lui souffler au visage pour le faire tomber. C’était ridicule et dangereux. Encore lucide sur ces deux points, Gil s’était donc arrêté à Al-Chen, alors qu’il avait prévu de contourner la ville pour remonter plus vite vers la jungle d’Hulm. Il fallait qu’il se repose s’il voulait avoir une chance d’offrir sa selle à Makeno.

Il faillit s’allonger dans la paille de l’écurie où il laissa Chante-Brume et Frénésie. Sans le refus catégorique de la bonne femme qui s’occupait de soigner les montures, il serait déjà en train de ronfler entre les jambes de sa jument… Indécrottable, la palefrenière lui indiqua l’auberge attenante. Allez mon vieux, plus que quelques pas. Sans jeter un seul coup d’œil à l’enseigne, il poussa la lourde porte et pénétra dans l’atmosphère chaleureuse et accueillante de l’établissement. Ça lui était vaguement familier, ce mobilier et ces couleurs, mais il n’avait pas envie de fouiller ses souvenirs maintenant. D’autant que bien souvent, il s’agissait de souvenirs qu’il aurait préféré oublier complètement. Ignorant le poids des regards qui tombèrent sur lui, attirés par ce grand échalas à la mine patibulaire, Gil choisit une table reculée et se laissa tomber sur sa chaise. Il ne repoussa pas sa cape en dépit de la chaleur du feu de cheminée. Il lui restait tout juste de quoi se payer une chambre et un repas frugal. En d’autres circonstances, il aurait gardé cet argent pour plus utile, mais il lui fallait d’urgence un bon lit et quelque chose de chaud dans le ventre.

Le simple fait de s’être assis lui faisait du bien. C’était vraiment rare qu’il se sente aussi faible, au point qu’il se demandait s’il ne couvait pas quelque chose, mais il était plus probable que son état pitoyable soit la conséquence de tout ce qui lui était tombé dessus ces dernières semaines. Il y avait eu Kaü, Syles et Rybris, avec leur échappée belle des mains de tortionnaires plutôt pervers et de la Légion Noire, puis Theia, cette drôle de gamine qui avait sans doute un peu de sang thül dans les veines, pour qui il avait massacré tout un clan de mercenaires. Il avait ensuite fallu tirer Brindille des griffes de la pègre du Pollimage, puis sauver Tsukia d’une petite cuite au poison. Rien que de repenser à cette course contre la mort, il frissonna. Après quoi il était tombé sur les restes encore fumants de deux Brûleurs… et d’une Lëroya à moitié vivante et très amochée. Nouvelle frayeur avant le soulagement. A force de faire le yoyo, son cœur allait finir par déclarer forfait ! C’était une réalité. Il avait beaucoup tiré sur la corde, à se démener pour protéger tout ce petit monde, s’oubliant volontiers pour mieux remplir son rôle. Il ne regrettait pas ce choix, puisqu’il n’avait perdu personne. Si c’était à refaire, il n’hésiterait pas, même s’il râlerait fort. Il ne voulait plus perdre qui que ce soit, c’était comme ça. Résultat, tu vas mourir de fatigue avant d’avoir atteint la moitié de ta vie !

Si tel était son destin, il n’était pas contre. Mais ce qui marquait un profond changement en lui, c’était ceci : il n’était pas pressé. Plus autant qu’avant. Il avait fait l’amère expérience de survivre à sa fille et à sa meilleure amie, pourtant, après une descente aux enfers plutôt vertigineuse en compagnie de l’Anarysine, il avait remonté la pente. Désormais, il se faisait un devoir de vivre, de se donner à fond pour honorer la mémoire de ceux qui n’étaient plus. Il avait trouvé le moyen d’avancer encore un petit peu. Perdre Lib avait été la claque qu’il aurait dû recevoir bien plus tôt : ça l’avait enfin fait réagir, ouvrir les yeux sur la bête qu’il était en train de devenir ; il avait décidé de se reconstruire. C’était long. Ça prenait du temps. Réparer les autres était une chose, se réparer soi-même en était une autre… Petit à petit, il commençait à apprivoiser cette sauvagerie qui faisait partie de lui. Il avait compris que plus il luttait contre cette brutalité, plus elle gagnait du terrain et faisait des dégâts. L’accepter, s’accepter, c’était un premier pas vers l’homme de demain…

Mais d’abord, il fallait s’occuper de l’homme d’aujourd’hui ! Celui qui était avachi sur sa chaise, la tête basse et les épaules voûtées, déjà à moitié endormi quand une ombre se dessina sur le bois de la table l’obligeant à lever les yeux. A les lever très haut. Enfer ! Cette femme est immense ! Elle le surplombait de toute sa hauteur d’un air amusé. Curieusement, en dépit de son énorme lassitude, cet amusement le vexa. Il y a des choses qui ne changent pas. La femme prononça quelque chose qu’il ne comprit pas. Sans doute trop fatigué pour ça. Agacé, il s’apprêtait à lui faire signe de dégager quand elle lui tendit sa flûte. Et cette fois-ci, il comprit ce qu’elle disait. Gil haussa un sourcil et attrapa l’instrument. C’était bien la sienne, oui. Il ne l’avait pas sentie tomber. Il fallait qu’il pense à resserrer sa ceinture d’un cran supplémentaire avant de perdre tout ce qui y était fixé… L’inconnue garda la flûte dans sa main quelques secondes supplémentaires, comme si elle désirait prolonger l’instant. Quand elle la lui abandonna enfin, il hocha la tête, agitant les mèches noires et grises au niveau de ses tempes, qui s’éparpillaient follement autour de son visage. Il avait besoin d’une bonne coupe. Et d’un bon bain. Et de trois nuits de sommeil.

Et qu’on lui foute la paix.

Une autre ombre rejoignit le dessin de la première sur la table – bien plus petite, cette fois-ci. De moins en moins patient, Gil se tourna vers la nouvelle venue, prêt à l’envoyer balader, mais il se figea dans son élan. C’était la serveuse. Non, la tenancière. Sa tête arrivait à peine à l’épaule de la grande blonde, mais ce n’est pas ce qui frappa Gil – le percuta de plein fouet, même. De pâle à cause de la fatigue, il devint carrément livide.

- Naïs…

Son murmure fut noyé dans le bruit des conversations environnantes et la musique enjouée du groupe qui assurait l’ambiance dans la salle, mais les deux femmes se trouvaient trop près pour ne pas l’avoir entendu. Gil ferma les yeux quelques secondes, puis les rouvrit. Bien sûr que ce n’était pas Naïs. Abusé par l’épuisement, il avait cru… Mais l’or de ce regard était moins vif, et c’était un regard qui voyait vraiment. Les cheveux étaient légèrement plus courts, la peau légèrement moins foncée. Ce n’était pas Naïs. Il s’était trompé. Le cœur au bord des lèvres, Gil se leva brusquement. Un peu trop sans doute, car des petits points obscurcirent la périphérie de sa vision et il se sentit chanceler. Il posa la main sur la table pour rétablir son équilibre.

- Laissez-moi passer, marmonna-t-il à l’attention de ces dames.

Il ne sut pas si elles lui obéirent. Le sol se déroba soudain sous ses pieds et il sombra dans un noir absolu.


*


Quelqu’un chantait. Dans l’obscurité qui l’enveloppait, Gil l’entendait : c’était une voix féminine, grave et chaude, très mélodieuse ; il ne comprenait pas un traître mot de ce que la chanson racontait mais ce n’était pas grave. Il appréciait. Ça l’apaisait. Il ne souffrait pas, ne semblait pas avoir été blessé, ce qui changeait de son habitude. Quand il leva son bras droit, il le trouva lourd et engourdi. Ses doigts découvrir un linge humide posé sur son front, dont la fraîcheur lui faisait du bien. Il s’enhardit, voulut ouvrir les yeux, mais la lumière l’aveugla et c’est alors qu’une douleur épouvantable lui déchira le crâne. Il eut un haut-le-cœur, se pencha sur le côté du lit et vomit sur le plancher. Quand il retomba sur les oreillers, faible et le corps agité de spasmes, une main douce vint remplacer la fraîcheur du linge sur son front. Sans chercher à comprendre, Gil ferma les yeux et laissa la fièvre l’emporter dans un nouveau délire.


*


Cette fois, ce fut le chant de la pluie qui tira Gil du sommeil. Il ouvrit un œil prudent, se souvenant très bien des cinq ou six dernières fois où lumière et migraine s’étaient liguées contre lui. A son grand soulagement, rien ne se produisit. Alors il ouvrit son deuxième œil et fixa le plafond. A part les crampes et l’impression d’avoir été écrasé par un troupeau de buffles, il se sentait bien. Non, il se sentait mieux que cela : il n’était plus fatigué. C’était une chose qui ne lui était pas arrivée depuis si longtemps qu’il se sentit pousser des ailes, et une furieuse envie de se lever ; quand il se redressa, toutefois, il réalisa à quel point il s’était affaibli. Les forces lui manquèrent, il retomba en arrière, sidéré. Eh ben quoi ? Surpris, il laissa son regard balayer la pièce dans laquelle il se trouvait. C’était une petite chambre agréable, pourvue d’une cheminée dans laquelle brûlait un bon feu. Un large fauteuil était avancé près du lit où il se trouvait allongé. Personne n’y était assis, mais une couverture froissée témoignait du récent passage de quelqu’un. Qui ? Perplexe, Gil continua son inventaire, frustré de ne pas pouvoir se lever. La fenêtre était ouverte et laisser entrer l’air frais de la nuit. Dehors, il pleuvait des cordes. C’est idiot de laisser ouvert alors qu’un feu est allumé, songea Gil en fronçant les sourcils. Mais quand il se rappela ses nausées et sa fièvre, il révisa son jugement. La pièce était aérée, il n’était pas du tout couché dans son vomi et sa sueur, mais couché dans un lit propre, sous une montagne de couvertures. Celui ou celle qui avait pris soin de lui n’avait pas fait les choses à moitié. Qui ? se demanda-t-il encore, trop peu habitué à ce qu’on s’occupe de lui quand c’était son rôle, d’habitude.

La porte s’ouvrit doucement. Gil se redressa autant qu’il put contre son oreiller et regarda son visiteur entrer, pressé de découvrir son identité. C’était une femme d’une trentaine d’années, toute menue et mignonne avec ses longs cheveux noirs et sa peau mate. Son regard doré était franc et rieur, son sourire lumineux et amical, mais Gil ne la confondit pas avec Naïs, cette fois-ci.

- Bonjour. Heu, ou alors bonsoir ?
- Oh !


Surprise par le son de sa voix (qu’il trouva drôlement éraillée, comme s’il avait passé des jours entiers à brailler), elle avait fait un bond terrible et le plateau qu’elle tenait entre ses bras avait bien failli valdinguer à travers la pièce.

- Vous m’avez fait peur ! s’exclama-t-elle en secouant sa longue tignasse de nuit.
- Désolé.
- Non, il ne faut pas ! Je suis contente que vous ayez enfin émergé. Comment vous sentez-vous ?
- Ça irait mieux si tu me tutoyais.


La belle s’empourpra mais posa le plateau sur la table de chevet et se pencha vaillamment au-dessus de lui pour tâter son front d’une main tiède.

- Plus de fièvre, c’est bon signe.
- J’ai été malade combien de temps ?
- Trois jours !
- Enfer…


Malade ! Il pouvait compter sur les doigts de la main le nombre de fois où ça lui était arrivé de manière aussi violente. La Silencieuse mise à part, ça faisait peu, mais il rattrapait visiblement la quantité par la qualité…

- Merci pour tout.
- De rien, mais c’est Kanaëkhian qu’il faut remercier, elle a passé ces trois jours et toutes les nuits qui vont avec à veiller sur vous !
- Kana… quoi ?
s’exclama Gil, trop surpris par le nom pour relever le vouvoiement persistant.

A ce moment précis, la porte s’ouvrit de nouveau, laissant entrer une autre femme. C’était la blonde immense, celle qui lui avait rendu sa flûte, juste avant qu’il ne s’évanouisse ! Sa taille peu commune mettait en valeur une paire de jambes interminables, galbées au niveau des cuisses et surmontées de hanches bien dessinées. Sa taille mince était soulignée par un corset bleu qui offrait une vue intéressante sur la naissance de sa poitrine. Tout son corps était en muscles fermes et déliés, et à la lueur des flammes, il paraissait animé d’une force sauvage. Ses cheveux étaient longs et d’un blond très clair, à tel point que Gil les crut blancs l’espace d’un instant. Elle avait un visage fin et des traits délicats, éclairés par un regard aussi bleu que son corset. C’était un regard étonnant. En le croisant, Gil eut l’impression de plonger dans un océan de glace. Il cligna des yeux et passa la main dans ses cheveux dans un tic qui n’échappa pas à la femme aux cheveux noirs.

- Bon, vous reprenez des couleurs, un peu, alors je vais redescendre. Vous avez faim ?
- Enfer, je suis affamé !
- Parfait ! Je vais vider mes placards, alors. Si vous avez besoin de quoi que ce soit…
- Un nom et un « tu ».


Elle rit et face à ce déploiement de charmes, rendit les armes de bonne grâce.

- Tu peux m’appeler Athénys.

Quand elle passa devant la blondinette, elle lui dit quelque chose qui leur tira un petit rire complice. Au fond de son lit, Gil fronça les sourcils. Pas parce que deux femmes étaient en train de pouffer en sa présence, mais parce qu’un nouveau problème se posait à lui.

Et merde.

J’ai envie de pisser.

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"Mon passé est un champ de ruines et mon présent est un vrai bordel. D'où me vient ce fichu espoir pour l'avenir, alors ??"

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Kanaëkhian Kwaekoanok
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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Ven 02 Fév 2018, 19:29

Bon, à bien y regarder, cet homme avait vraiment une mine affreuse ! Sans se départir de son petit sourire mutin, la jeune femme détailla du regard ce drôle de gaillard, qui mit un certain temps avant de percuter que, oui, c’était bien à lui qu’elle s’adressait. Une étincelle malicieuse brilla dans le regard glacier de la jolie Marchombre et l’étrange inconnu dût le remarquer car il sembla se renfrogner encore plus qu’il ne l’était déjà. Avec ses cheveux sombres qui retombaient en mèches folles devant ses yeux vairons, sa barbe hirsute qui lui mangeait la moitié du visage et ses traits creusés, il n’avait pas franchement l’air commode. A vrai dire, il ressemblait un peu à un animal blessé.

Soudain, alors que la tenancière de l’Orchidée sauvage s’approchait de la table, l’homme blêmit. En une demi-seconde à peine, il perdit toutes ses couleurs alors qu’il aperçut la femme à la peau mate. On aurait dit qu’il venait de voir un fantôme. Littéralement. Fronçant légèrement les sourcils, Khia échangea un bref regard avec la jeune femme aux yeux dorés, qui parût complètement tétanisée alors que le murmure du pauvre bougre se perdait dans l’air. Naïs, exactement comme le nom de cet étrange cocktail qu’elle avait siroté un peu plus tôt. Etrange… Vraiment étrange… Plissant le nez, la jolie blonde n’eut même pas le temps d’ouvrir la bouche pour exprimer son incompréhension, que dans un réflexe ahurissant elle rattrapa in-extremis l’homme alors qu’il sombrait dans l’inconscience.

~ * ~ * ~


Il faisait beaucoup trop chaud dans cette petite chambre ; le feu de la cheminée continuait de crépiter joyeusement dans l’âtre. Pas étonnant que la fièvre de l’inconnu persiste encore, même après de longues heures. Se mordant la lèvre inférieure, la jeune Aoki passa une main fraîche sur le front bouillant de l’homme ; il venait de vomir à nouveau sur le plancher. Le contact de sa paume, sur la chaleur de sa peau apaisa presque instantanément les convulsions du malade. Prisonnier de ses délires, il gémissait souvent – il avait même crié à s’en arracher la gorge une ou deux fois. Il prononçait parfois quelques noms dans son sommeil : Khia ne savait pas qui étaient Naïs, Libertée ou encore Suviyo, mais une chose était certaine, aux yeux de la Marchombre, cet homme devait supporter un fardeau bien trop lourd pour ses épaules. Sans doute fragile psychologiquement, son corps avait fini par lâcher. Littéralement.

La jolie blonde soupira imperceptiblement. Il fallait qu’elle aère cette pièce ; ce n’était pas bon de baigner ainsi dans les germes et les microbes. Cela n’allait pas aider à faire baisser la fièvre de l’homme, bien au contraire. Se levant souplement, en prenant soin de ne pas poser le pied dans la flaque de vomi au pied du lit, la jeune femme traversa la chambre, batailla un instant avec la poignée de la fenêtre, et inspira une grande bouffée d’air frais et humide alors qu’elle ouvrait les fenêtres. Son regard de glace se perdit quelques secondes sur l’horizon monotone qu’offraient les toits d’Al-Chen. Il régnait un temps maussade depuis déjà deux jours ; le ciel était gris et bas, les ruelles désertes, et la pluie battait les pavés sans discontinuer.

Khia se sentait bien malgré tout. Soupirant d’aise, elle s’assit sur le rebord de la fenêtre et, adossée contre le mur, elle replia ses jambes contre sa poitrine. Laissant son esprit vagabonder librement, la jeune femme commença à entonner une douce mélodie, aux accents graves, presque mystiques. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, sa mère avait l’habitude de lui chanter cette chanson, qui racontait l’histoire des premiers pêcheurs de son clan. Le clapotis incessant de la pluie semblait battre le rythme de la chanson. Fermant les yeux, la jeune femme se laissa envahir toute entière par ce sentiment de bien être que lui procurait le souvenir de sa lointaine terre natale. Sa voix se fit plus vibrante d’émotions à mesure que la chanson se déroulait dans le temps. Lorsque les dernières notes s’élevèrent dans l’atmosphère froide et humide, alors seulement la Marchombre rouvrit ses yeux profondément bleus. Lorsqu’elle les posa sur le malade, il dormait d’un sommeil tranquille, comme apaisé par le son de sa voix. Cela arracha à la jolie blonde un sourire presque attendri.

~ * ~ * ~


Lorsqu’elle ouvrit la porte de la chambre du bel endormi, Khia eût la bonne surprise de constater qu’il était en vérité bien éveillé. Bon, il n’avait pas l’air nécessairement très frais – c’était même plutôt le contraire, on pourrait presque croire qu’il aurait pris la pire cuite de sa vie. Mais il semblait aller bien mieux, ce qui décocha un sourire lumineux à la Marchombre. A peine avait-elle pénétré dans la pièce, que le regard étonnant de son protégé se braqua sur elle, et la jeune femme eût l’impression d’être scannée de haut en bas… Littéralement ! Elle se sentait sondée au plus profond d’elle-même. Pas le moins du monde intimidée, la jolie blonde s’avança de quelques pas et croisa le regard malicieux d’Athénys. La sœur de Naïs, lui avait-elle avouée au détour d’une conversation autour d’un thé à l’extrait de rougoeyeur et au gingembre. Pas étonnant donc, que l’homme l’ai confondue avec sa propre sœur.

- « Je me demande quelle tête il va faire quand il se rendra compte qu’il est complètement nu sous ses couvertures… » gloussa la jeune femme à la peau mate à voix basse, en passant près de la Marchombre.

Le regard de la jolie blonde brilla d’amusement l’espace d’un instant et elle pouffa de rire à son tour, tandis qu’Athénys disparaissait dans le couloir. Secouant la tête toute seule, la jeune Aoki vint s’asseoir en tailleur sur le bord du lit. Sans prévenir, elle posa le dos de sa main sur le front de son protégé quelques secondes et, satisfaite, elle la retira en hochant la tête toute seule. Oh, elle avait bien conscience que ça pouvait paraître très bizarre, voire complètement surréaliste cette manière d’agir, de se comporter, alors même qu’ils ne se connaissaient pas le moins du monde. Mais elle était juste elle, entière et brute de décoffrage. Posant ses deux mains sur ses jambes, Khia décocha un sourire lumineux à l’homme.

- « Eh ben, t’as une mine affreuse bel endormi, mais au moins la fièvre est tombée. C’est une bonne chose » déclara la Marchombre, d’un ton enjoué « Moi, c’est Kanaëkhian, mais tu peux m’appeler Khia » ajouta-elle en envoyant un clin d’œil malicieux à l’homme.

Il allait sans doute avoir plein de questions, Khia y était préparée et cela ne la dérangeait pas du tout, bien au contraire. Mais avant, il faudrait qu’il mange et qu’il reprenne des forces ; depuis trois jours, il n’avait pratiquement rien avalé et manger un bon repas l’aiderait à récupérer complètement sa forme. D’ailleurs, ce fut précisément au moment où son estomac à elle se manifesta sourdement, que la jeune femme se rendit compte qu’elle avait assez peu pris de temps pour elle ces derniers jours. Et elle avait une faim de loup…

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Sam 03 Fév 2018, 20:20

Sans crier gare, la grande et jolie blonde s’installa sur son lit, l’obligeant à se pousser pour lui faire de la place. Il l’observa d’un air curieux, cette femme au regard polaire qui faisait penser au froid du nord et qui, pourtant, réchauffait l’atmosphère par sa seule présence. C’est qu’une vitalité peu commune semblait l’animer, un genre de feu intérieur qu’il devinait sous sa mine de gosse malicieuse, insatiable et dévastateur. Elle tendit la main pour toucher son front et, comme Athénys un peu plus tôt, hocha la tête, visiblement satisfaite.

- Eh ben, t’as une mine affreuse bel endormi, mais au moins la fièvre est tombée. C’est une bonne chose.

Que j’aie une sale tronche ou que j’aille mieux ? se demanda Gil en haussant un sourcil.

- Moi, c’est Kanaëkhian, mais tu peux m’appeler Khia.
- Va pour Khia.


C’était à lui de se présenter mais Gil ne le fit pas immédiatement. Ses pensées vagabondaient. Il se rappelait que cette femme lui avait tendu sa flûte, juste avant qu’il ne perde connaissance. D’après Athénys, elle avait veillé sur lui pendant trois jours ; tant de dévouement, ça forçait le respect… et la curiosité.

- Giliwyn, dit-il enfin, mais tu peux m’appeler Gil. Et, heu… merci.

Simple, mais sincère. Il ne faisait jamais dans l’excès de zèle, d’autant qu’en général ses yeux parlaient pour lui… Elle avait une drôle d’allure, cette fille au nom étrange. A bien y regarder, elle n’avait pas les traits que l’on retrouvait chez les Alaviriens. Avec ses cheveux blonds, presque blancs, et cette force brute qui émanait de sa personne, elle lui faisait penser aux farouches guerriers nordiques dont on parlait dans les histoires. Terre à terre, il n’y avait jamais prêté grande attention… jusqu’à maintenant. Il remua un peu dans le lit. Comme elle ne semblait pas pressée de bouger, il passa une main dans ses cheveux et tiqua en les sentant rêches sous ses doigts. On aurait dit de la paille. Puis il banda ses muscles et sa volonté pour se redresser.

- Est-ce que… Hum. Tu veux bien m’aider à me lever ?

Oui. Heureusement parce que seul, il n’aurait pas eu la force de se traîner plus de deux pas. Pressé de se soulager autant que de se dégourdir un peu, Gil balança ses jambes hors des couvertures, repoussa celles-ci… et découvrit qu’il était nu. Totalement. Son corps bardé de cicatrices, sec et musculeux, apparut dans l’éclat du feu de cheminée. Ah. Il fut un peu déconcerté à l’idée que ces dames, apparemment, avaient poussé leur dévouement jusqu’à le déshabiller entièrement. Mais au souvenir des violentes nausées qui l’avaient secoué et de la fièvre qui l’avait terrassé, il leur en était plutôt reconnaissant. De fait, il n’était pas un homme spécialement pudique, sauf qu’il était dans une auberge. Il ne pouvait pas se promener dans le plus simple appareil ici, c’était évident. Sous le regard amusé de Khia, qui paraissait apprécier ce qu’elle voyait, il parvint à enfiler son pantalon fraîchement lavé, mais il n’eut pas le courage de chausser ses bottes et c’est pieds nus qu’il sortit de la pièce, un bras autour des épaules de la jolie blonde pour assurer son équilibre. Il se sentait aussi faible qu’un faon et ça l’agaçait franchement !


*


De retour dans la chambre, Gil se laissa tomber sur le lit, mais au lieu de se recoucher sous les draps, il arrangea les oreillers contre le mur, transformant le tout en un genre de canapé. Ça lui semblait plus pratique pour manger… et puis comme ça, Khia pouvait à nouveau s’installer. A peine avait-il terminé qu’Athénys revint, un plateau garni entre les bras. Il y avait de tout : de la soupe, de la viande, du pain, du fromage, de la purée, des fèves, du raisin et même un peu de vin.

- Vas-y doucement, le prévint toutefois la jeune femme aux yeux dorés avant de retourner s’occuper de ses clients.

Avertissement inutile : Gil mangea du bout des lèvres. Son appétit était féroce mais il n’avait pas repris assez de forces pour manger davantage qu’un bout de viande et de raisin. La soupe lui fit du bien, trois gorgées de vin colorèrent ses joues et firent briller ses yeux vairons. Il se laissa retomber contre les oreillers, détendu, épuisé.

Apaisé.

- Et si tu me racontais qui est Khia ?

A travers ses yeux à demi fermés, il l’observait avec intérêt. Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre une fille du nord…

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Lun 12 Fév 2018, 20:07

Qui est Khia ?


La question résonnait encore dans l’air tandis que la jolie Marchombre finissait sa tartine de fromage – un fromage au lait de brebis excellent d’un petit fermier originaire des abords du lac Chen, selon Athénys. Avec un demi sourire amusé, la jeune femme ferma les yeux un instant, prenant le temps de réfléchir. Ce n’était pas vraiment la première fois qu’on lui posait cette question. Mais qu’avait-elle de si différent des Alaviriennes ? Kanaëkhian était juste elle ; libre et fière, affichant clairement ses convictions et assumant ses contradictions, avec ses origines et ses expériences. L’air un peu songeuse, la jeune Aoki effleura du bout des doigts son totem – un hajj, symbole de sagesse auquel elle s’était finalement habituée.

Lorsque Khia releva enfin le menton pour planter son regard de glace dans celui, si particulier de Gil – c’était donc ainsi qu’il s’appelait, son bel inconnu – le bleu de ses yeux brillait d’une lueur à la fois joueuse et mystérieuse. Avec ce petit sourire en coin qui la caractérisait si bien, elle glissa une mèche rebelle derrière son oreille. Secouant fièrement sa longue crinière, qui tombait jusque dans le creux de ses reins, la jeune femme prit une légère inspiration.

- « Et si tu me disais plutôt comment tu l’imagines ? » répondit la Marchombre en retournant sa question à son protégé.

Et voilà ! Ses mots étaient tout à son image ; un brin de mystère, un zeste de folie et un soupçon de séduction. Khia, dans toute sa splendeur. Fronçant légèrement les sourcils, la jeune femme, reposa sa tasse de soupe encore fumante sur le plateau et, sans crier gare, s’approcha de l’homme si près qu’elle pouvait presque sentir son trouble. Elle arborait désormais une mine très concentrée, ce qui contrastait étonnement avec le sourire lumineux qu’elle affichait quelques secondes auparavant. La Marchombre n’était plus qu’à quelques centimètres de Gil lorsqu’elle passa son pouce juste à la commissure de ses lèvres, là où un reste de fumet lui dessinait un joli bouc sous la lèvre inférieure. Satisfaite, la jeune femme reprit sa place initiale, comme si de rien n’était. Et pour un peu, elle aurait presque éclaté de rire devant l’air complètement interdit qu’affichait son protégé.

- « J’ai une idée » s’exclama-t-elle avec son accent prononcé si particulier « Tu aimes jouer ? » demanda Khia le plus simplement du monde.

La jolie blonde réfléchissait à toute vitesse, tandis que Gil la dévisageait – visiblement sans comprendre. Elle cherchait dans sa mémoire des mots qui pourraient bien expliquer clairement ce qu’elle avait en tête. Même si cela faisait désormais assez longtemps qu’elle vivait en Gwendalavir pour qu’elle ait apprivoisé toutes les subtilités de la langue Alavirienne, il subsistait toutefois certains concepts difficiles à traduire. Tandis qu’elle enroulait une mèche blonde autour de son index, la Marchombre se râcla légèrement la gorge.

- « Chez moi, on appelle ça Aktië vart Tarkus. C’est une sorte d’action ou vérité je crois, tu connais ? » expliqua-t-elle comme elle le put, en espérant que c’était assez clair pour Gil « Mais on peut y ajouter d’autres règles pour pimenter un peu le jeu. Partant ? » proposa-t-elle enfin.

Khia décocha un sourire lumineux à son beau protégé, et, avec un clin d’œil de glace malicieux, secoua sa longue crinière blonde. Elle rayonnait. Littéralement.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Mar 27 Fév 2018, 15:15

Comment je t’imagine ?

Gil esquissa une moue et fit mine de réfléchir. Il ne pouvait pas dire grand-chose, il ne la connaissait pas du tout. Enfin… si, il pouvait mentionner sa patience et sa détermination, étant donné qu’elle l’avait veillé sans relâche tandis qu’il se débattait avec sa fièvre. Fallait-il ajouter « généreuse » ? Qu’est-ce qui l’avait poussée à agir de la sorte ? Une simple gentillesse ? Gil avait rencontré si peu de personnes capables d’un tel acte gratuit qu’il n’osait pas y croire. Selon lui, il y avait forcément quelque chose là-dessous, quant à savoir quoi… Mystérieuse. Oui, c’était indubitablement le cas de cette femme, et pas uniquement à cause de ses grands yeux couleur banquise ou bien parce qu’elle semblait venir de très, très loin. Sentant la curiosité s’inviter en lui, il détourna les yeux et remua pour changer de position. Et soudain elle fut là. Juste devant lui. Surpris, il cligna des yeux, troublé de la trouver aussi près – son visage n’était plus qu’à quelques centimètres du sien, à tel point qu’il se sentit frissonner en croisant le froid polaire de son regard. Il sentit qu’elle effleurait ses lèvres, et une drôle de contraction se fit dans son ventre, qui le laissa songeur lorsqu’elle recula. C’était quoi ça ?? Il s’essuya la bouche du revers de la main sans la quitter des yeux, perplexe.

Et franchement curieux.

- J’ai une idée. Tu aimes jouer ?

Gil haussa un sourcil. Là, il ne pouvait plus vraiment douter, non ? Cette femme était bel et bien en train de le charmer ! Il se passa la main dans les cheveux, les trouva rêches sous ses doigts – à cause de la fièvre sans doute. Si Khia savait à quel point il aimait jouer ces derniers temps… dans son esprit se forma l’image de Lëroya à moitié dévêtue. Il secoua la tête pour la chasser, mais il ne put s’empêcher de relever combien Lë et Khia étaient différentes, la première ayant un tempérament aussi enflammé que sa greffe et la seconde une détermination plus solide que la glace de son regard. Elle ne comptait pas le laisser filer avant d’avoir établi ses règles, c’était clair. Cela dit, que risquait-il ? Cloué au lit tant qu’il n’aurait pas retrouvé ses forces, Gil était obligé de suivre le rythme. Eh bien, soit. Va pour un jeu alors.

- Chez moi, on appelle ça Aktië vart Tarkus. C’est une sorte d’action ou vérité, je crois, tu connais ?
- Oui.
- Mais on peut y ajouter d’autres règles pour pimenter un peu le jeu. Partant ?
- Je te suis, ma belle.


Les règles, c’étaient pour la bleusaille ! Khia avait-elle deviné qu’il aimait vivre dangereusement, ou bien partageait-elle ce goût du risque ? Il s’installa plus confortablement contre ses oreillers et la fixa un bref instant avant de poser ses conditions.

- Pas d’hésitation face aux vérités. Et actions réalisables tout de suite.

Il réfléchit une seconde.

- Un refus coûtera deux pièces de bronze.

Il croisa les mains derrière la nuque et afficha un grand sourire.

- J’espère que tu es déterminée ou bien que tu as beaucoup à perdre ! A toi l’honneur, Khia. Action ou vérité ?


[Rah c'est court et puis en plus je t'ai fait attendre ! Disolée !!!]

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Mar 27 Fév 2018, 18:07

[Son regard brille et elle sourit d'un air malicieux]

- "D'accord, ça me va"

[Fait mine de reflechir intensément]

- "Mmmh... Je dirais action, pour commencer..."

[Elle lance un clin d'oeil provocateur]

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Mer 07 Mar 2018, 19:34

(Il réfléchit une seconde.)

- Action, hein… murmure-t-il pour lui-même.

(En mal d’inspiration pour l’instant, il se rappela soudain le son de sa voix tandis qu’il délirait à cause de la fièvre)

- Une chanson. De chez toi, ajoute-t-il en la regardant avec attention.

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Ven 04 Mai 2018, 08:09

Une chanson. De chez elle. La simplicité de la requête de Gil fit hausser un sourcil à Khia, qui ne cacha pas franchement sa surprise. Clignant plusieurs fois des paupières, la Marchombre arborait un air un peu songeur. Elle réfléchissait, plongeant, fouillant dans sa mémoire. Elle ne connaissait pas de tant de chansons que cela, surtout que la musique traditionnelle de son clan comportait assez peu de chants, à vrai dire. Comme en réponse à la violence des éléments dans ces contrées nordiques, les musiques traditionnelles de son peuple dégageait quelque-chose de brute et à la fois étonnamment mystique. De rythmée et joyeux. Et surtout, les refrains qui avaient bercé l’enfance de la jeune femme respiraient le bonheur et la liberté. Rien que d’y penser, une petite boule se forma dans la gorge de la jolie blonde, pour disparaître presque aussitôt.

Soupirant imperceptiblement, la jeune Aoki accepta le défi d’un sourire absolument lumineux. Prenant soin de ne pas bousculer le plateau du petit-déjeuner, que leur avait concocté Athénys, Khia entreprit de s’installer confortablement contre la pile d’oreiller, juste à côté de protégé. Ignorant le léger frémissement de Gil à son contact, elle se cala un peu plus contre lui. D’un geste naturel, la Marchombre ramena sa longue chevelure, d’un blond clair incroyable, par-dessus son épaule. L’air frais du matin envahissait la pièce, chatouillant sa peau pâle de porcelaine. La jeune femme ferma les yeux un instant, et inspira. Pour laisser les premières notes vibrer dans l’air, douces et légères – quoiqu’un peu gutturales tout de même.

Viher reksende tialdt af de mæg üder
Af daette mæg havoc
Vi tager untfordringë oth
Vaë klar

La voix de Khia emplissait l’atmosphère toute entière ; elle était grave et chaude, mais profondément mélodieuse aussi. Intriguée, Athénys s’arrêta devant la porte de la chambre, laissant un petit sourire flotter sur ses lèvres. Elle n’avait encore jamais entendu tel spectacle. Elle ne connaissait pas cette langue mystérieuse, cependant la tenancière de l’Orchidée Sauvage su immédiatement que son instinct ne l’avait pas trompé : cette fille-là n’était clairement pas originaire de Gwendalavir. Tournant légèrement le menton, la jeune femme à la peau basanée croisa les regards curieux de quelques clients qui, passant la tête dans l’encadrement de la porte de leur chambre, tentaient de savoir d’où venait cette douce mélodie.

Vië læser videg og himell
Nårt solen står højt
Vië sejler hele haven læng
Påo havbriden
Om natten kender vi alle stjernernes navne
Vië ved vör vi her
Vië ved hvem vi her, hvem vi her

Khia était dans sa bulle. Complètement et entièrement. Elle ne prêtait plus attention à ce qu’il se passait autour d’elle et n’avait plus conscience que de l’instant présent. Alors qu’elle jouait machinalement avec quelques mèches de cheveux, son regard d’un bleu étonnant restait perdu au loin. Elle revoyait sa famille – son père, sa mère, ses frères – aussi clairement que s’ils étaient présents. Il lui semblait apercevoir aussi le sourire malicieux de Dena, la vieille chamane, mais aussi plein d’autres visages familiers. Pour la première fois de sa vie la Marchombre comprit toute l’ampleur de la portée symbolique de ces chants presque religieux : ces quelques paroles racontaient l’histoire de son peuple, des navigateurs hors pairs qui bravaient les éléments comme personne. Et cette histoire mise en musique la reliait profondément avec les siens, comme s’il existait une sorte de lien invisible, mais indestructible, pour lui rappeler sans cesse d’où elle venait.

Åeh, åeh
Vi sættag kursen for at fiden
En splint ø hvorhen vi rorg
Åeh, åeh
Vi husken voren ø
Og nårt det er tild til at fiden hjemt
Så kender vi vejen

Silence. Quelques secondes, à peine. Et puis elle entama le dernier couplet. Dans sa transe musicale, la jeune femme sentit une main effleurer sa joue et elle tourna la tête, échangeant avec son protégé un drôle de regard. La lumière du soleil, qui baignait la chambre, faisait ressortir plus que jamais sa longue crinière blonde. Elle ressemblait à un vrai rayon de soleil. Impalpable, mais magnétique. Mystérieuse, mais sincère. En vérité, Khia était littéralement en train de se livrer, sans concession ni demi-mesures. Elle se révélait à la lueur du jour, sous le regard ébahi de son protégé. A travers cette chanson, elle racontait son histoire et qui elle était : une descendante d’anciens explorateurs qui avaient depuis longtemps quitté Gwendalavir pour explorer les mers et les océans. Et elle avait hérité d’eux une soif de liberté sans limite, une curiosité sans cesse renouvelée, une simplicité étonnante et surtout une grande générosité.

Åeh, åeh
Vië opdagels rejsende, vië læser hvert tegen
Vië fortæller vores forfædres historie
I den undenlige kæden

Les dernières notes moururent dans sa gorge tandis que sa bulle invisible explosait en mille petits morceaux. Khia fut ramené presque brutalement dans l’instant présent et il lui fallut cligner plusieurs fois des yeux pour reprendre un minimum de contenance. Se mordillant pensivement la lèvre inférieure, la jeune femme observa le silence pendant de longues secondes, avant de tourner la tête pour croiser le regard bicolore étonnant de Gil. D’un geste machinal, elle entortillait une mèche autour de son index.

- « C’est un chant sacré de mon clan, qui se transmet de génération en génération » expliqua la Marchombre le plus simplement possible « Il raconte l’histoire de nos ancêtres, des navigateurs hors pairs épris de liberté » précisa-t-elle encore « Tu peux te sentir privilégié, tu es probablement le seul Alavirien à l’avoir entendu »

La jeune femme décocha un clin d’œil malicieux au malade.

- « Il me semble que c’est à ton tour, mon cher ? Action ou vérité ? »







[Désolée pour toute cette attente :/ J'ai été un peu overbookée]

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Sam 05 Mai 2018, 11:21

Dès les premières notes, Gil se sentit envahi par une émotion étrange. Au début, il crut simplement que c’était la pureté de la voix de Khia qui le secouait de la sorte. Comment pouvait-on rester insensible ? Le timbre de la jeune femme était chaud, grave, apaisant. Son accent appelait les souvenirs d’un autre monde, d’une autre vie. C’est là que Gil comprit. Il n’était pas seulement ébloui par le chant : il était fasciné par ce que ce chant lui faisait découvrir. Il sentit la morsure du froid sur sa peau, goûta le sel des embruns sur ses lèvres, soudain galvanisé par le martèlement rythmé et puissant des tambours. Il entendit les coques noires glisser fièrement dans l’eau, les voiles se déployer dans les premières lueurs de l’aube, les cris des marins qui se préparaient à un long et merveilleux voyage. Le cœur battant, Gil n’osait pas cligner des yeux, de peur de rompre le charme. Jamais encore il n’avait éprouvé pareille sensation. C’était comme faire un rêve éveillé, ou bien se souvenir avec vivacité de joyeux moments passés. Ce n’était toutefois pas son histoire.

C’était celle de Khia.

Impossible de comprendre les mots qu’elle prononçait d’une voix claire et déterminée. C’était tantôt rude, tantôt léger, râpeux comme de l’alcool fort ou aussi doux que de la soie. C’était joli. Sans comprendre un seul terme, Gil devina que, sans être triste, le chant ramenait la jeune femme sur un chemin empreint de nostalgie. Quoi qu’il ait pu se passer dans sa jeunesse, et en dépit de ce qui l’avait conduite en Gwendalavir, sa terre natale et les siens lui manquaient. Quand une larme roula sur la nacre de sa peau, Gil leva la main et cueillit la perle humide sur le bout de son doigt. Ne pleure pas, Khia, pensa-t-il de toutes ses forces. Ne pleure pas. Sur le pas de la porte, dans l’ombre du couloir, Athénys essuya ses yeux, transportée elle aussi par la majesté d’une voix et la beauté d’un chant.


*


- C’est un chant sacré de mon clan, qui se transmet de génération en génération. Il raconte l’histoire de nos ancêtres, de navigateurs hors-pairs épris de liberté. Tu peux te sentir privilégié, tu es probablement le seul Alavirien à l’avoir entendu.
- Je le suis.


Gil avait répondu dans un souffle, avec une spontanéité, une sincérité qui brillait dans ses yeux et défiait quiconque de remettre en doute ses paroles.
Khia ne le fit pas.

- Il me semble que c’est à ton tour, mon cher ? Action ou vérité ?

Ah… Ramené à l’instant présent par le clin d’œil malicieux de la jeune femme, Gil se racla la gorge et passa une main dans ses cheveux déjà bien ébouriffés. Action ou vérité, mon vieux ? Il réfléchit quelques secondes. Choisir vérité était le plus sage, le plus prudent, mais c’était une façon d’avouer qu’il n’était pas aussi audacieux que Khia. En optant pour action, elle avait donné le ton à leur échange. Il ne pouvait pas faire moins qu’elle.

- Action.
- Une minute !
s’exclama Athénys en faisant irruption dans la pièce. J’ai un plateau à récupérer et une température à prendre.

Gil leva les yeux vers elle et sentit une nouvelle fois un poing d’acier s’enfoncer dans son abdomen. Enfer, elle lui ressemblait tellement… Il déglutit et se demanda s’il pourrait regarder un jour Athénys sans avoir l’impression qu’on lui arrachait le cœur avec une petite cuillère. Elle fronça légèrement les sourcils en le voyant pâlir brusquement, mais fut rassurée de constater qu’il avait mangé un peu.

- Tu es sur la bonne pente, dit-elle en posant la paume de sa main sur son front. Et la fièvre est en train de baisser.
- Je vais survivre, alors ?
demanda-t-il de cette petite voix que prennent tous les hommes de ce monde – et des autres.
- On dirait bien que oui !

Athénys leva la main pour que Khia frappe dedans.

- Bien joué, partenaire ! Et très jolie chanson. Si tu cherches un travail, tu peux donner de la voix dans mon auberge aussi souvent qu’il te plaira !
- Hors de question que sa voix soit jetée en pâture à des ivrognes,
marmonna Gil.

Le rire de la tenancière disparut dans le couloir. Soudain épuisé, Gil se laissa retomber sur les oreillers. Il tourna la tête vers Khia et haussa un sourcil.

- Alors ? Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?


[T'en fais pas ma belle, l'attente vaut toujours le coup avec toi Wink Je suis sur la réponse de Bastian mais ça risque de prendre un peu de temps, je l'apprivoise tout doucement - ou pas xD]

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Mar 05 Juin 2018, 16:55

Tandis que les dernières notes du chant sacré s’élevaient dans l’air, une unique larme roula sur la joue de la jolie Marchombre. Comme plongée dans une sorte de transe mystique, elle n’avait pas réellement conscience de cette petite goutte d’eau, qui acheva sa course sur l’index de Gil, avec une infinie douceur. Oh, elle n’était pas triste, loin de là ! Juste profondément nostalgique de sa terre natale, qui lui manquait terriblement. A ce moment précis, le vent du nord, malicieux et espiègle, souffla dans le cœur de ceux qui l’écoutaient. Tel un petit instant d’éternité.

~ * ~ * ~

Fronçant légèrement le nez, Khia ne quittait pas du regard son protégé. Allait-il jouer le jeu ? Il lui fallut un petit temps de réflexion tout de même, avant de se décider complètement. Un excellent choix que la Marchombre approuva d’un petit signe du menton, juste avant qu’ils ne soient interrompus par Athénys. Si la jeune femme à la peau basanée prétextait débarrasser Gil de son plateau repas, en réalité, Khia savait très bien qu’elle avait attendu un long moment derrière cette porte. Son clin d’œil doré fut d’ailleurs tout à fait équivoque. Et si le compliment de la tenancière était plutôt flatteur, la jolie blonde secoua toute seule la tête : non, ça ne lui ressemblait pas vraiment de se donner en spectacle devant une foule d’ivrognes.

La jeune Aoki observa quelques secondes de silences, tandis qu’Athénys disparaissait dans le couloir à toute allure. Mais quand elle reporta son attention sur son compagnon de jeu, remarquant enfin son air franchement contrarié, elle ne pût s’empêcher d’éclater d’un rire franc et cristallin. En même temps, il était vraiment trop mignon quand il affichait cet air bougon ; il en ressemblait presque à un petit garçon capricieux ! Khia poussa un long soupir afin de retrouver son calme et surtout ne pas risquer de vexer Gil.

- « Mmmh » réfléchit la Marchombre à haute voix, tout en prenant un air faussement menaçant « Je sais, tu vas essayer de toucher le bout de ton nez, avec ta langue !! »

Fière de sa bêtise, Khia décocha un sourire espiègle à l’homme. Et encore une fois, face au regard complètement médusé qu’il lui adressa, la jeune femme éclata de rire. C’était juste plus fort qu’elle ! Cependant, si ce défi aurait paru complètement stupide à n’importe qui d’autre, Khia, elle, avait clairement remarqué que son protégé avait besoin se changer les idées. Il portait les stigmates d’un traumatisme psychologique encore récent – en plus de toutes les cicatrices qui barraient son corps musclé. Une barbe folle de trois jours lui mangeait les joues ; des cernes formaient encore deux petites poches sous ses yeux ; ses cheveux grisonnaient sur ses tempes, bien qu’il ne paraissait pas si vieux que cela ; et surtout, il palissait à vue d’œil à chaque fois que son regard bicolore se posait sur Athénys. Bien que dévorée de curiosité, Khia n’avait franchement pas envie de l’embêter avec des questions qui ne feraient que rouvrir une blessure encore à vif. Elle ne savait pas vraiment qui était ce drôle de bonhomme, que la vie n’avait pas épargné, mais son instinct lui soufflait que c’était quelqu’un de bien. Ça se voyait dans son regard dépareillé.

Cet étrange défi que la Marchombre avait lancé eût rapidement l’effet escompté et Gil fût gagné par une hilarité incontrôlable. Hilarité à laquelle Khia se joignit bien volontiers, soulagée de constater que son protégé récupérait tout doucement de bonnes couleurs et des forces. Cela pouvait paraître étrange de veiller un inconnu pendant trois jours, sans prendre de repos ! Mais la jeune Aoki avait grandi ainsi, dans la générosité et l’entraide. Et ces valeurs l’avaient forgée telle qu’elle était aujourd’hui. Entière, Khia était prête à donner de sa personne sans aucune demi-mesure pour aider les autres, même le plus parfait inconnu ! C’est ce qui la poussait aussi souvent à agir de manière un peu trop inconsidérée ! Toutefois, en ce moment, ce n’était pas la question ! Alors, la Marchombre profita simplement de ce petit instant d’éternité.

~ * ~ * ~

Khia ouvrit un œil paresseux, et jeta un regard circulaire dans la pièce. Il faisait nuit noire et apparemment, elle s’était endormie. Quand ? Comment ? Son esprit encore embrouillé ne lui apporta aucune réponse. Tout ce dont elle parvenait à se souvenir pour le moment c’était leurs petits défis ridicules, mais particulièrement amusants ! Lorsque la jeune femme releva légèrement la tête, elle remarqua qu’ils s’étaient complètement affalés l’un sur l’autre, Gil et elle. Et cela la fit sourire. Admirant le profil de l’homme, qui se dessinait faiblement à travers l’obscurité de la chambre, la jolie blonde n’avait soudain plus du tout envie de dormir ! Elle se redressa souplement sur un coude, tout en prenant garde à ne pas réveiller l’endormi. Et commença à caresser du bout de l’index son torse nu, suivant minutieusement les marques de ses cicatrices. Il l’intriguait, c’était certain, surtout qu’il avait la même aura sombre et dangereuse que Jehan ! Cela aurait dû la faire fuir, mais elle sentait bien que la personnalité de Gil était bien plus complexe que cela.

Alors qu’elle réfléchissait toute seule, Khia sentit soudain que la respiration de son protégée se modifiait tout doucement. Il était réveillé…

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Sam 23 Juin 2018, 21:33

- Mmmmh…

Gil remua tandis que le sommeil lui échappait. Son rêve était en train de se déliter en un million de petites étoiles qu’il ne parvenait pas à rattraper. Drôle de rêve d’ailleurs : il était en train de boire le thé avec Syles et ce dernier ne s’exprimait qu’en vers et en rimes. Ils étaient servis par une Kaünis en robe courte surmontée d’un tablier. Et en fond, il y avait une musique étrange, un son de flûte qui reprenait une mélodie à la fois familière et étrangère… Qu’est-ce qui l’avait réveillé ? Il était bien pourtant, pas trop chaud ni trop froid, et puis il sentait qu’il avait besoin de récupérer. Son corps avait été durement éprouvé récemment. Son mental aussi. Il fallait qu’il dorme, bon sang ! Pourtant quelque chose lui chatouillait le ventre. On aurait dit un papillon. Et si c’était un cafard ?? Gil remua encore et ouvrit enfin un œil bleu. Au départ il ne vit rien, rien d’autre que l’obscurité de la pièce dans laquelle il se trouvait. Une auberge, se souvint-il. Celle d’Athénys. La sœur de Naïs. Et puis sa vision s’accommoda, et il distingua un visage près du sien. Un œil marron s’ouvrit à son tour. Regard encore brillant de sommeil, mais souriant.

- ‘Lut.

Elle s’appelait Khia (il n’avait retenu que la version courte) et elle venait des contrées nordiques. Sans qu’il ne sache pourquoi, elle avait décidé de veiller sur lui le temps qu’il se remette de son gros coup de fatigue. En fait, cette femme était une énigme à elle toute seule. Elle avait l’air calme et sage en apparence, mais elle avait passé la soirée à jouer comme une gamine ! Trop faible pour se défendre ou bien gagné par ses pitreries, Gil l’avait suivie dans ses petits jeux et ils s’étaient amusés jusqu’à s’endormir tel quel sur le lit. Le feu n’était plus que braises dans l’âtre mais il faisait bon dans la pièce. La fenêtre ouverte sur la nuit laissait entrer une petite brise qui faisait danser le fin rideau. Gil apprécia la douceur de l’instant avant de se souvenir de ce qui l’avait tiré du sommeil. Il baissa les yeux. La main de Khia était posée sur son ventre, sa peau pâle contrastant franchement avec les nuances plus tannées de la sienne.

C’était donc cela qui l’avait réveillé…

- C’est vilain de profiter du sommeil d’un homme qui a besoin de repos, dit-il en secouant la tête.

Cette femme était décidément très étrange. Son tempérament, cette spontanéité enfantine, cette aura puissante et sauvage qui émanait d’elle… Il ne savait pas trop ce qu’il devait en penser. Elle était sympathique et il appréciait vraiment qu’elle se soit donné du mal pour lui changer les idées, la veille. Qu’elle soit restée au chevet d’un parfait inconnu. Qu’elle n’attende rien en retour.

… parce qu’elle n’attendait rien, n’est-ce pas ?

Malgré lui, Gil sentit ses abdominaux se contracter légèrement. Il n’était plus très sûr, à présent, que cette main posée sur son ventre soit réellement innocente. Il ouvrit la bouche, la referma avant de dire une bêtise. Pour une fois, il s’obligea à tourner sa langue dans sa bouche et s’accorda un temps de réflexion. Quelques temps auparavant il aurait été ravi de ce nouveau défi. Il aurait attrapé cette main blanche et se serait débrouillé pour rouler au-dessus de Khia. Il serait entré dans le jeu avec une facilité déconcertante et cela aurait été facile, puisqu’elle était vraiment belle et vraiment gentille. Mais les choses avaient changé. Il avait changé. Toujours aussi con, toujours aussi malheureux.

Toujours seul.

Depuis que Naïs était partie, depuis que Libertée l’avait quitté, la solitude était devenue une amie. Il la détestait la plupart du temps pour l’embrasser chaque fois que la situation l’exigeait. Il ne voulait plus, ne pouvait plus se lier à quelqu’un, même pour une nuit, pour un instant volé. Ce temps-là était révolu. Il y avait trop perdu. Alors, quand il posa sa main sur celle de Khia, ce fut pour la replacer doucement sur les draps. Il se redressa sur les coudes et chercha son regard dans la pénombre.

- Désolé, souffla-t-il. Je ne…

Comment faire pour ne pas la blesser ? Il n’était bon qu’à heurter les sentiments des gens de toute façon. Pourtant, Khia était la dernière personne qu’il voulait voir souffrir, là. Il lui devait beaucoup. Sans doute des explications, mais les mots ne franchissaient pas ses lèvres et il se sentait terriblement impuissant. Son salut, comme toujours, était dans la fuite. Il se redressa doucement, fit passer ses jambes au bord du lit, repoussa le drap. S’en aller au beau milieu de la nuit, la belle affaire ! Mais voilà, il était trop fatigué pour se débattre avec ses doutes et ses questions. Il faisait perdre leur temps à Khia et Athénys. Mieux valait s’en aller maintenant. Il se leva, étira doucement les muscles de son corps, ravi de tenir debout sans avoir le tournis, puis attrapa ses vêtements qu’il enfila sans bruit. Le silence l’enveloppait, pesant. Khia ne bougeait pas. A quoi pensait-elle ? Après avoir enfilé son tabard sur sa peau nue et passé son sac sur son épaule, il traversa la pièce et posa la main sur la poignée de la porte.

Hésitation.

- J’ai besoin de prendre l’air, dit-il dans un murmure, avant de poser son front contre le bois dur de la porte et de fermer les yeux. Mais si tu veux bien m’accompagner, je serai ravi de faire quelques pas avec toi…

Les yeux toujours clos, il perçut le froissement des draps derrière lui, puis sentit la présence de la jeune femme dans son dos. Il ne bougea pas.

Qu’allait-elle décider ?

Action... ou vérité ?

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Mer 27 Juin 2018, 08:48

Khia était naturellement généreuse, cela coulait dans ses gênes. L’entraide et la spontanéité faisait clairement partie des valeurs de son clan ; elle avait grandi avec, cela l’avait façonnée telle qu’elle était. C’était pour cela que la jeune femme n’attendait rien en retour. Rien du tout. Peut-être juste un sourire. Un rire. Un instant de bonheur partagé. Mais rien de plus. C’était sans doute étrange, rien que d’y penser, surtout que la plupart des Alaviriens ne fonctionnaient pas ainsi. Mais quand on apprenait à la connaître, cela en devenait vraiment rafraichissant ! Coupant court à ses réflexions, Gil émit un grognement d’ourson mal réveillé et Khia suspendit son souffle. Et son geste aussi. Oups…

- « Oh désolée » souffla la jeune Aoki, le plus sincèrement du monde « Je n’avais pas l’intention de te réveiller… » s’excusa-t-elle.

Fronçant légèrement le nez, la Marchombre affichait une moue empreinte de culpabilité. Mais une culpabilité presque mignonne, qui la faisait ressembler à une enfant prise en faute. Se mordant la lèvre inférieure, la jeune femme observait son protégé, guettant la moindre réaction malgré l’obscurité qui baignait la pièce. Mais plus les secondes défilaient et plus le silence devenait pesant. Khia n’avait pas la moindre petite once d’idée de ce à quoi pouvait bien penser l’homme, mais ce mutisme soudain ne lui disait rien qui vaille. Il devait sans doute être perdu dans de sombres pensées, qui ne l’aideraient pas à retrouver la forme. D’ailleurs, son geste – reposer délicatement sa main sur les draps – presque insignifiant en soi, alluma un signal d’alarme dans l’esprit de la jolie blonde.

- « Hey, qu’est-ce qu’il se passe ? » s’enquit la belle blonde au charme sauvage « Ça ne va pas ? »

Khia ne retint pas Gil tandis qu’il se levait, sans un mot. Elle sentait bien qu’il valait mieux ne pas s’aventurer sur ce terrain glissant. Elle n’était pas du genre à brusquer les autres pour obtenir absolument des réponses. La Marchombre se contenta donc de le suivre du regard, l’observant dans ses moindres mouvement. Il avait sans doute beaucoup perdu dernièrement et la jeune femme pouvait clairement le sentir dans cette triste qui la touchait en plein cœur. Pour être passée par des moments rudes au cours de sa vie, elle aussi, elle savait parfaitement qu’il n’y avait pas grand-chose à faire. Et elle se rendait compte à présent à quel point cela devait être frustrant pour l’entourage de se sentir aussi inutile. Toutefois, elle pouvait juste affirmer que la solitude n’était pas une solution. Hésitation. Infime et pourtant, le regard de Khia brilla.

Avant même que Gil n’ait fini de parler, la jeune femme s’était levée, s’approchant doucement de l’homme. Soupirant imperceptiblement, l’Aoki s’arrêta à la hauteur de son mystérieux protégé. Sans réfléchir, ni s’accommoder de sa possible réaction, elle posa une main amicale sur l’épaule de l’homme. Leurs regards se croisèrent un instant.

- « Tu sais, je passée par des moments forts difficiles dans ma vie, moi aussi. Mais jamais je n’aurais pu m’en sortir toute seule » expliqua-t-elle, calmement, sans chercher à se faire plaindre, ou à justifier quoi que ce soit « Je ne sais pas ce qui te tracasse, encore moins ce qui te rend si triste. Tout ce dont je suis certaine, c’est que tu as dû passer par des étapes sans doute traumatisantes pour finir comme le petit tas que tu étais pendant ces derniers jours. En tout cas, je ne te lâcherai pas d’une semelle avant que tu ailles au moins un petit peu mieux… » elle glissa sa main juste à l’endroit où battait le cœur de Gil « … là »

D’un signe de tête entendu, ils sortirent sans un bruit. Au beau milieu de la nuit.


~ * ~ * ~


Khia connaissait bien Al-Chen ; maintenant qu’elle possédait un petit chalet, en bordure de la ville, elle avait passé le plus clair de son temps, ces dernières semaines, à découvrir les secrets cachés de cette ville marchande au charme certain. Bras dessous, bras dessus, la Marchombre entraîna l’homme dans un quartier complètement improbable ; les rues étaient particulièrement étroites et étriquées, manquaient sérieusement de lumière. Habituellement plutôt calmes, ces ruelles étaient animées par la joie et la bonne humeur ce soir-là. La Fête des Lumières battait son plein au cœur de la ville. La jeune femme était à son aise, déambulant ainsi au milieu des artistes de rue. Au contraire de Gil, qui sembla se crisper un court instant. Jetant un regard interrogateur à l’homme, la belle blonde décocha un sourire malicieux qui valait tout l’or du monde. Fais-moi confiance, disait-il pour elle.

La jeune Aoki ne parlait pas, elle savait parfaitement qu’elle n’en avait pas besoin. En revanche, elle se sentait le devoir d’apporter une présence rassurante. Amicale. Apaisante. La peine de Gil vibrait en elle avec une intensité telle qu’une boule s’était formée dans sa gorge. Khia avait très envie de serrer son drôle de compagnon dans ses bras – fort, très fort. Juste pour lui offrir un peu de réconfort. Un peu plus loin, elle paya trois pièces pour un drôle de liquide doré : ça sentait la cannelle, l’orange et le rougeoyeur. Lorsqu’elle trempa ses lèvres, elle poussa un petit soupir d’aise, avant de tendre le gobelet à l’homme aux yeux vairons.

- « Tiens, goûte ça ! C’est surprenant, sucré et acidulé à la fois » proposa la jeune femme, d’un ton enjoué.

Relevant soudainement le menton, le regard de glace de la jeune femme fut brutalement attiré par des éclats de voix violents à quelques mètres de là. Tous les sens en alerte, échangea un bref coup d’œil avec son protégé. L’un comme l’autre étaient prêts à réagir au moindre danger.








[Khia persiste et signe : c'est bon la guimauve siffle ]

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Dim 01 Juil 2018, 18:55

Démoralisé, Gil avait commencé à ouvrir la porte de la chambre quand la main de Khia se posa sur son épaule. Qui aurait pu croire que ce simple contact arrêta net l’envoleur ? Il se figea, muselé par la douceur de la jeune femme, incapable de ne pas l’écouter. Il songea qu’il aimait vraiment sa voix au timbre si particulier. Il songea aussi qu’elle était généreuse par essence, et qu’aucune force de la nature paraissait de taille à l’empêcher de faire ce qu’elle avait décidé. Il n’était pas de taille à la repousser. Alors, quand elle se tut et le regarda dans les yeux, sa main toujours posée à l’endroit de son cœur, il soupira, et hocha la tête. Jusqu’à ce que j’aille mieux ? ça risque d’être long, tu sais… Dehors, dans la fraîcheur nocturne, il ferma les yeux et prit une profonde inspiration, puis expira lentement. Quoi qu’on en dise, il n’était pas fait pour rester très longtemps entre quatre murs. Il fit quelques pas, éprouvant la ténacité de ses muscles, et réalisa qu’en dépit d’un vague mal de crâne il se sentait plutôt bien. Faible, mais bien. D’ailleurs son esprit se désembrumait et son humeur redevenait plus heureuse. Si Lë avait été avec lui, elle lui aurait botté les fesses et sans doute cramé la tronche pour lui apprendre à déprimer de la sorte.

Khia quant à elle l’obligea à la suivre dans les rues animées de la ville, l’entraînant au cœur d’une fête qui ne lui disait absolument rien. Est-ce que tu as une petite idée de ce que le mot « solitude » veut dire, bon sang ? pesta-t-il intérieurement en la suivant néanmoins vers le bruit et les gens ; elle ne le forçait pas, s’assurant simplement qu’il restait avec elle en le regardant de temps à autre avec un amusement presque tendre. Al-Chen vibrait de son et de lumière, de rires et de chants, et Gil avait du mal à s’accorder à cette ambiance festive. Etrangement, Khia se fondait parfaitement dans le décor alors que ses origines la rendaient indubitablement différente. Intrigué, il l’observa un moment, jusqu’à comprendre, enfin, que si elle paraissait si bien aller dans cet univers d’allégresse, c’était parce qu’elle ne se fermait pas aux autres. Bien au contraire ! Elle échangeait quelques mots dans un sourire, faisaient de petits signes, admirait le travail des artistes de rue ; difficile à croire que quelques minutes plus tôt elle avait essuyé un refus de sa part – quoi qu’elle ait pu attendre de lui. Avec lui, elle parlait peu, probablement consciente qu’il ne lui répondrait que par monosyllabes ou par grognements. Ça le désarçonnait un peu, cette attention bienveillante qu’elle lui portait. Quand elle lui colla un verre entre les mains, il était tellement surpris qu’il ne songea pas à refuser.

- Tiens, goûte ça ! C’est surprenant, sucré et acidulé à la fois !

Encouragé par sa gaité, il trempa ses lèvres et avala une petite gorgée qui lui laissa un goût prononcé de cannelle sur la langue. L’orange arriva juste après, dans la région du palais. Il grimaça. Il n’aimait pas vraiment cette explosion de saveurs différentes dans sa bouche. Mais alors qu’il s’apprêtait à faire part de son avis sur la question, un brouhaha plus fort que les autres attira son attention – et celle de Khia. Il y avait du grabuge dans la rue voisine, sans doute un pauvre type qui avait bu plus que de raison et qui cherchait la bagarre… Gil haussa les épaules et se détourna, mais un cri le traversa soudain par la familiarité qui s’en dégageait. Il abandonna son verre dans les mains d’un passant et marcha en direction du remue-ménage, jouant des coudes pour se frayer un passage. Les curieux avaient formé un cercle autour de la scène et celle-ci n’était pas à montrer aux plus jeunes ! Un homme en affrontait trois autres. Il était dans un sale état, en partie à cause de l’alcool qui le laissait complètement éméché – mais tout de même capable de se défendre et de faire des dégâts. Trois hommes étaient à terre, inconscients ou morts. Le bougre qui avait visiblement déclenché la rixe n’utilisait que ses poings quand ses adversaires avaient dégainé un couteau ou bien tenaient des bâtons. Ce n’était pas tellement juste, mais ce n’est pas pour cela que Gil bondit au milieu de la bagarre.

Il avait ses raisons.

En dépit de sa fatigue, il démontra rapidement de quel bois il était fait, esquivant souplement un coup de couteau pour passer sous la garde d’un premier attaquant et lui briser le bras d’une clé parfaite. Le deuxième dégusta une série de frappes rapides qui le laissa complètement sonné et le troisième fit un vol plané lorsque l’homme ivre le fit passer par-dessus son épaule. Tout s’était passé très vite, et tout aurait pu s’arrêter là. Mais non. Quand Gil se retourna, il se prit un coup de poing monumental en pleine figure qui le fit basculer en arrière, sur les fesses. Le type lui sauta dessus et ils roulèrent, se battant désormais férocement ; le sang gicla, arrosant les pavés et agitant la foule. Entre deux échanges de coups, Gil réalisa que Khia cherchait à les séparer. Il voulut l’écarter mais elle se révéla bien plus audacieuse qu’il l’aurait imaginé ; il commençait à se demander si elle n’était pas le plus grand danger qu’il courait quand un nouveau vacarme se fit entendre. Enfer, quoi encore ? pensa-t-il, agacé, tout en répondant à la violence de son agresseur.

Une vingtaine d’arbalètes pointées vers sa tête lui fournirent une réponse claire et nette.


*


- Le premier qui l’ouvre bouffera pas au petit dej’, prévint le garde en verrouillant la cellule de Gil.

Il s’éloigna et son pas résonna un moment le long des murs de la prison. Gil appuya son dos contre l’un d’eux, soupira et essuya d’un revers du bras le sang qui barbouillait son menton. Avec ses cheveux en pétard, le bleu qui fleurissait au coin de sa mâchoire et celui qui pochait déjà son œil droit, il avait l’air d’avoir affronté la garde complète de la ville ! Ce n’était pas du tout le cas : quand celle-ci avait débarqué, Khia et lui avaient été emmenés ici, dans la prison centrale de la cité. Le fauteur de troubles aussi avait été embarqué. Chacun était désormais dans sa cellule : la jolie nordique occupait celle qui faisait face à la sienne, à la gauche de celle du bougre contre lequel Gil s’était battu. Ce dernier attrapa les barreaux de la porte close dans ses mains et observa Gil. Il était dans un état bien plus critique et pourtant, il tenait toujours debout. Un sacré coriace…

- Tu tapes toujours aussi mal, SangreLune, jeta-t-il avant de cracher un jet de salive mêlé de sang au milieu de l’allée.

Gil ne bougea pas mais un fantôme de sourire passa sur ses lèvres abîmées.

- Et toi tu sais toujours pas boire correctement, mon vieux.

Juhen ricana. Il n’était plus que l’ombre de lui-même et son attitude n’était pas celle que Gil avait connue. Ils ne s’étaient pas vus depuis longtemps et à l’époque, Naïs était encore en vie… Refoulant sa peine, Gil tourna la tête vers Khia.

- Ça va ? demanda-t-il en l’observant, un rien soucieux. Désolé de t’avoir entraînée dans cette galère.
- Te saluer suffit à avoir des ennuis, fit remarquer Juhen d’un ton amer.
- Je connais ce type, poursuivit Gil en ignorant les commentaires de l’intéressé. C’est un ami. Je pouvais pas le laisser se battre tout seul.
- "Ami" ? Laisse-moi te dire une chose, SangreLune : on n’est pas amis, toi et moi. Plus depuis que tu t’es encore barré.
- Ju…
- Quoi ? Tu penses que je vais te pardonner ta lâcheté ? Tu crois pas que t’as fait assez de mal comme ça ? Est-ce que tu vas rendre sa jambe à Mak ? Est-ce que tu vas retrouver Seth ? Dis-moi, l’ami, est-ce que tu as prévenu cette nana qu’elle risque la mort en restant avec toi ?
- La nana s’appelle Khia et elle n’a rien à voir avec cette histoire.
- Tu sais ce que je veux dire, SangreLune. Fais pas le con avec moi.
- C’est toi qui déconne, mon vieux.


Gil parlait d’un ton étrangement calme et détaché mais Juhen, sous l’effet de l’alcool et de la colère, entra dans une fureur noire. Il donna un grand coup contre les barreaux et posa un regard brûlant sur l’envoleur.

- Tu l’as laissée mourir ! cria-t-il. Tu l’as laissée crever et tu t’es barré !
- Calme-toi, Juhen. On pourrait croire que tu étais amoureux d’elle.
- TU étais celui qui aurait dû l’aimer ! TU aurais dû la protéger !
- Juhen,
prévint Gil d’une voix blanche. Arrête. Tu ne penses pas ce que tu dis.

Chaque mot de son ami s’enfonçait en lui comme une lame et il ne pouvait rien faire pour se défendre.

- Soahary est morte, lâcha alors Juhen. Elle aussi tu l’as abandonnée. C’était pas ta gosse, mais c’était celle de Naïs !
- Je…


Soahary.

Encore une petite âme qui s’envolait trop vite.

Fauché en plein cœur, Gil glissa le long du mur, rattrapé par des souvenirs odieux – ceux de sa propre fille en train de se vider de son sang sur un autel.

- Je…
- Tu quoi ? Tu es désolé ? Tu savais pas ? Bordel, Gil, tu quoi ??
- JE VEUX QUE TU LA FERMES !


Le cri déchirant de Gil interrompit Juhen, mais ce qui le souffla, ce furent les larmes qui mouillaient les joues de l’envoleur. Il était là, recroquevillé dans sa cellule, submergé par les remords et le chagrin. Ce n’était pas le loup sauvage que Juhen avait connu, ni l’homme qui avait survécu à l’un des plus dangereux poisons de ce monde, ni le guerrier incapable de ressentir quoi que ce soit… c’était une âme brisée, déchirée qui ne réfutait rien ni ne cherchait des excuses. Il pleurait. Ses sanglots remuèrent quelque chose en Juhen. Pendant un long moment il ne dit rien, puis il soupira et s’assit à son tour. Il s’était calmé. Quand il prit la parole, son ton était plus posé.

- Je voulais pas dire tout ça… Je sais que tu ne pouvais rien faire pour elle. Je suis juste tellement écoeuré que tu nous aies tourné le dos après ça. On était tes amis, Gil. Nwela, Seth, Atal… On aurait dû surmonter tout ça ensemble !
- C’est pour ça que je suis parti,
souffla Gil. Parce que les gens que j’aime finissent toujours pas être blessés ou tués. J’ai… J’ai trop perdu pour prendre ce risque encore une fois. J’ai tout perdu.

Juhen ouvrit la bouche, mais c’est une autre voix qui résonna. Une voix forte et mélodieuse, marquée par un accent qui la rendait franchement belle à entendre.
Une voix de femme qui enveloppa Gil dans un écrin de tendresse.

La voix de Khia.

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Lun 02 Juil 2018, 12:16

Le dos appuyé contre le mur du fond de sa cellule, les bras croisés contre sa poitrine, Khia observait tour à tour les deux hommes. Visiblement, ils avaient beaucoup de choses à se dire, car ils se dévisageaient l’un comme l’autre en chien de faïence. La jeune femme connaissait assez le Thül pour savoir qu’il n’était pas réellement de nature rancunière – s’il avait quelque-chose sur le cœur, il le disait, criait sa colère, mais se calmait aussi vite qu’il s’était énervé. En revanche, le silence de Gil l’inquiétait ; il s’était muré dans un silence qui n’augurait rien de bon ! La jolie blonde plissa légèrement le nez.

Elle avait clairement deviné qu’il n’était pas du genre expansif, mais là, tout de même, cela cachait une blessure immense. Et pas encore pansée. Suffisait de se souvenir dans quel état elle l’avait ramassé quelques jours plus tôt à l’auberge de l’Orchidée Sauvage, pour confirmer cette hypothèse – car cela restait évidemment une simple supposition de sa part. Soupirant imperceptiblement, la jeune femme croisa le regard presque compatissant du garde : il se demandait bien ce qu’une fille comme elle fichait avec ces deux énergumènes. Un sourire mi-figue, mi-raisin sur les lèvres, Khia lui adressa un léger signe du menton.

A peine le soldat avait-il disparu au bout du couloir, que la voix de Juhen s’éleva dans l’air. Son ton était agressif, mordant, et cela tira un claquement de langue réprobateur à la Marchombre. Toutefois, Khia décida de ne pas intervenir dans cet échange, qui prenait beaucoup plus des airs de règlement de compte. C’est tout juste si elle s’autorisa à rassurer son protégé d’un sourire bienveillant. Le Thül était en colère. Vraiment très en colère. Et chacun de ses mots semblait comme un coup de poignard asséné à Gil. La jeune Aoki avait bien remarqué ses traits tirés, son visage fermé, et surtout une tristesse infinie au fond des yeux. Khia se mordit la lèvre inférieure, elle savait ce que c’était que de perdre des proches. Mais, était-ce vraiment pareil que de perdre l’amour d’une vie ? Parce que c’est nettement l’impression qu’elle eut quand elle reconnu le prénom de Naïs dans la bouche de Juhen. Naïs, celle que Gil n’avait pas cessé d’appeler dans son sommeil.

Khia secoua toute seule la tête. Elle ne savait pas qui était Mak, Seth, Atal, Nwëlla. Ni Soahary, qui s’en était apparemment allée vers d’autres cieux bien trop jeune. Mais une chose était certaine : ils comptaient tous beaucoup pour Gil. Et cette terrible nouvelle sembla l’achever littéralement. La Marchombre sentit une boule se loger dans sa gorge alors que l’homme aux yeux vairons s’effondrait contre le mur, se recroquevillant sur lui-même. Il était détruit. Brisé. Ne valait pas mieux qu’une toute petite chose fragile. Comment était-ce seulement possible de perdre à ce point tout espoir en la vie ? Malgré elle, une larme roula sur la joue droite de Khia. Fermant un instant les yeux – une demi seconde à peine – la jeune femme s’éclaircit la gorge, tandis qu’elle posait ses deux mains sur les barreaux de sa cellule.

- « Juhen » apostropha-t-elle d’abord, en plantant son regard de glace dans celui du Thül « Manque-moi de respect encore une fois et je te pète les dents. Vu ? »

Elle avait parlé calmement et le plus simplement du monde. C’était juste un avertissement, et Juhen le compris comme tel, prenant quand même un air un peu penaud.

- « Désolé Khia, ce n’était pas mon intention. C’est la colère qui parlait » s’excusa-t-il.

La jeune femme hocha doucement la menton. L’incident était clos. Mais elle n’avait pas fini pour autant.

- « Gil SangreLune » soupira-t-elle doucement « Regarde-moi et laisse-moi te dire une bonne chose » lui demanda-t-elle avec bienveillance « Je ne sais pas qui était Naïs. Je me doute bien qu’elle devait être importante pour toi. Le genre d’amour qui ne se remplace pas. Qui ne se retrouve pas non plus. Mais la vie continue, et le meilleur hommage que tu puisses rendre à Naïs c’est d’avancer, et de profiter de la vie à la fois pour toi et pour elle. De savourer les moments simples. De t’ouvrir aux nouvelles rencontres. Cela ne voudra pas dire que tu l’aimeras moins, ou que tu l’oublieras, bien au contraire »

Khia parlait sans vraiment réfléchir. Elle ne savait pas si elle était celle qui saurait trouver les mots juste, mais au moins, elle essayait.

- « Tu sais, que tu le veuilles ou non, tu n’es pas seul. Tu ne pourras jamais empêcher ta famille, tes amis, tes proches de s’inquiéter pour toi, de se battre avec toi, de te soutenir, de te réconforter. Ne les rejette pas. Tu ne peux pas vivre seul. Ne les vois pas non plus comme une faiblesse, parce qu’en fait, ils sont surtout ta force. Et crois-moi, je parle en connaissance de cause… »

Son regard de glace croisa celui de Gil, qui semblait suspendu à ses lèvres. Et elle sourit. Pleine d’espoir.

- « Tu n’es pas seul. Et tu n’as pas tout perdu. Jusqu’à preuve du contraire, tu encore en vie »


~ * ~ * ~


La nuit passée dans l’humidité ambiante et la fraîcheur des cachots ne fut pas très agréable. Malgré les ronflements sonores de Juhen, à en réveiller les morts, la Marchombre parvint tout de même à s’endormir et profita de quelques heures de sommeil, qui furent tout de même bénéfiques. Il fallait bien avouer qu’elle n’avait pas beaucoup dormi ces derniers jours, alors qu’elle avait veiller sans relâche sur le malade. A l’aube, le chef des gardes vint réveiller les trois comparses sans la moindre once de pitié. Le Thül grogna sourdement, manifestant clairement sa mauvaise humeur. Gil ne valait pas mieux qu’un mort-vivant. Il n’y avait que Khia pour rester fraîche comme la rosée du matin, malgré les dernières heures passées à même le sol.

A peine remise en liberté, la jolie blonde reconnu presque immédiatement un visage familier de l’autre côté de la rue. Theran, son ami Dessinateur. Doué, très doué même, il enseignait à l’Académie d’Al-Jeit. Il affichait une moue contrariée et Khia devina aussitôt qu’elle l’avait dérangé dans son travail. Malgré tout, il avait accepté de venir jusqu’à Al-Chen. Bon, il n’avait pas trop compris de quoi il retournait, mais il savait tout pertinemment que la jeune femme avait ses raisons. Et puis, que serait sa petite vie morne et monocorde de professeur sans toutes ces aventures ?

- « Qu’est-ce qui t’as pris autant de temps ? » plaisanta la jeune Aoki en saluant son ami.
- « Je te signale que tu m’en dois une ! » s’agaça le Dessinateur.
- « Ça va, fait pas ton grognon » répondit Khia en levant les yeux au ciel. Et merci, ajouta-t-elle mentalement.

Les deux amis échangèrent un regard entendu, alors que Juhen et Gil apparaissaient à leur tour sur le seuil de la porte. Theran, dont les folles mèches rousses retombaient devant son visage, s’approcha de Gil sans même prendre le temps de se présenter. Le souffle de Khia se bloqua un instant dans sa poitrine, craignant la réaction de son protégé, qui aurait pu tout aussi bien coller son poing dans la figure au Dessinateur, qui venait de l’agripper par le bras. Pour disparaître aussitôt.

- « Par la barbe de Merwyn !! » jura le Thül « Je peux savoir ce qu’il se passe ? Qu’est-ce que tu mijotes encore ? » gronda-t-il, mais se radoucit presque aussitôt, en croisant le regard amusé de Khia.
- « Laisse-moi quelques jours, je te le rends presque comme neuf. Enfin, si tu me promets de ne pas trop lui taper dessus »

La Marchombre décocha un sourire espiègle au géant, qui secoua tout seul la tête, mi-figue, mi-raisin. Sacré bout de femme, quand même. Qui disparût à son tour avec Theran.


~ * ~ * ~


- « Tu peux appeler ça un kidnapping si tu veux, mais moi je dirais plutôt que c’est une cure de bonheur en barre » s’esclaffa Khia, en jetant un coup d’œil à Gil qui ne semblait pas vraiment comprendre ce qui lui arrivait.

Ils étaient au bout du monde. Littéralement. Au-delà de cette falaise s’étendait un océan en furie à l’infini. C’était en cet endroit même, juste-là, en contrebas, que son maître avait mis un terme à son apprentissage. Qu’elle avait été libérée. Qu’elle avait compris qu’elle était Marchombre envers et contre tout. Derrière eux, le Septentrion des Géants. Sa terre natale. C’était une découverte totale pour Gil. Un nouveau départ qu’elle lui offrait. Cet homme l’avait vraiment touchée au plus profond de son cœur et elle avait vraiment envie de l’aider. Oh elle n’attendait pas spécialement de retour. Son amitié suffirait. Et surtout qu’il s’en tire, qu’il combatte ses démons. Et qu’il retrouve le goût de vivre. Il avait vraiment quelque-chose de touchant. C’était pour cela qu’elle voulait tant l’aider. Doucement, la Marchombre glissa sa main dans celle de son protégé. Elle était là. Et elle ne le lâcherait pas. S’en rendait-il compte ?

- « Tu me fais confiance, Gil ? »

Simple question. Juste un murmure.








[Khia dit que ce n'est pas les Nimurdes, mais que c'est bien mieux marteau Bon, évidemment, si quelque-chose ne va pas, tu me sonnes ! Et au fait, j'ai versé ma petite larme bouuuh ]

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Mar 03 Juil 2018, 09:02

Gil SangreLune.
Regarde-moi et laisse-moi te dire une bonne chose.


A travers sa souffrance, il pouvait entendre la voix de Khia ; elle résonnait en lui comme un écho lumineux, tellement agréable qu’il fut tenté de la croire. Pour une fois, il ne demandait qu’à être convaincu ! Il était trop fatigué pour continuer à sentir son âme se déchirer. Trop las pour avoir encore la force de lutter. Les larmes se tarissaient déjà quand la peine, immense plaie béante, semblait impossible à endiguer. Les paroles de la nordique avaient l’étrange pouvoir de calmer sa douleur, un peu à la manière d’un pansement qu’on applique sur une blessure ; elles glissaient sur le miroir de ses peurs, se faufilaient à travers ses défenses, gagnaient son cœur. S’y enfonçaient doucement. Troublé, il était attentif ; il ne se rendait même pas compte que Juhen écoutait aussi. Khia parlait, et le reste importait peu. C’était incroyable…

Cette femme, elle l’était vraiment.


*


Gil redressa la tête. Un bruit l’avait tiré de son sommeil comateux : l’on était en train d’ouvrir sa cellule. Il attendit quelques secondes d’en apprendre davantage sur les intentions du garde, puis finit par se lever en grimaçant. Il avait passé la nuit dans cette position et son dos le lui faisait cruellement payer. En dépit de son état physique et surtout mental, il avait réussi à dormir un petit peu, apaisé par la présence de Khia ; quand Juhen s’était endormi pour ronfler haut et fort, ils avaient continué de discuter à voix basse. Elle, surtout. Lui, il avait tendu l’oreille. Il croisa un bref instant son regard clair en quittant sa cellule, et haussa un sourcil : fraîche et dispo, la jeune femme ne donnait pas du tout l’impression d’avoir passé la nuit en prison ! Elle rayonnait littéralement, toujours dans ce contraste étrange de tons pâles qui rappelaient plutôt la glace. Intrigué mais aussi rassuré par son regard amusé, il suivit son geôlier et comprit l’origine de l’air ravi de Khia quand on lui désigna la porte : on le relâchait. On les relâchait tous les trois. Pas trop tôt, grogna-t-il intérieurement. Il sortit sans se faire prier, mais la lumière vive du soleil l’aveugla, trop forte après l’obscurité des cachots, et il tituba.

- Fais gaffe, bon sang ! marmonna Juhen en le retenant par le bras.

Il le lâcha aussitôt mais, dans son expression morose, quelque chose avait changé. C’était redevenu le Juhen qu’il avait toujours connu. Dans un pincement au cœur, Gil réalisa que le Thül avait raison : il n’aurait jamais dû s’éloigner de ses amis. Du coin de l’œil, il vit Khia traverser la rue et rejoindre un homme qui attendait de l’autre côté, mais il avait besoin de quelques instants pour faire le point avec le gaillard.

- Qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ?
- Pourquoi ça t’intéresse ?


Plus de venin dans les paroles du guerrier, mais l’écho de leurs joutes passées. Gil passa une main sur son visage couvert de sang séché.

- Mak va bien. Il est en sûreté et entre de bonnes mains en attendant que je le rejoigne. On lui a fabriqué une prothèse et ça lui plaît drôlement.

Juhen pencha la tête sur le côté et l’étudia un bref instant.

- T’es vraiment con, tu sais ? lâcha-t-il enfin. De tous les gens que je connais, tu es le seul qui est capable de tout donner pour ceux que tu veux protéger, y compris ta propre vie, et en même temps de leur faire plus de mal que n’importe qui d’autre.
- Je dois le prendre comment ?
- Avec plus de classe que quand je te défonce la tronche !


Sourire. Ou grimace. Un peu des deux, en fait. Un échange dont la simplicité dissipa les dernières brumes de rancœur. Juhen tendit le poing et Gil y plaqua le sien avec force.

- La prochaine fois, fais semblant de gagner un peu quand je te trouve au milieu d’une bagarre…
- Et toi, pense à te mêler de tes affaires, pigé ?
- Ouais. Pigé.


Gil se retourna pour rejoindre Khia, mais un homme se tenait désormais juste devant lui et son pivot faillit bien les faire se heurter. Surpris, Gil se figea. T’es qui, toi ? L’homme, un rouquin aux cheveux désordonné et au visage avenant, posa la main sur son bras. Hé, qu’est-ce que tu crois que…

Clignement de paupières.

Et patatras sur le côté.


*


- Enfoiré…

Dès que ses pieds touchèrent le sol, Gil se pencha en avant, les mains sur les genoux, mais il parvint à ne rien vomir du tout.  Il n’y avait rien à faire, il était toujours aussi sensible au pas sur le côté. Un détail qui n’alarma pas le rouquin, lequel disparut sans commentaire, abandonnant Gil au milieu de nulle part. Parce qu’enfer oui, s’il ne se trouvait pas dans le trou du cul du monde, là, il voulait bien savoir comment s’appelait ce coin paumé ! Paumé et violent : l’océan devant lequel il était planté était démonté par des vagues immenses qui venaient s’écraser contre les rochers, soulevant des gerbes d’écumes impressionnantes ; un vent puissant semblait s’échiner à le jeter à terre, lui qui ne tenait pas si bien que ça sur ses jambes ; quand il se retourna, bouche bée, il découvrit une étendue vierge et sauvage. Il ne se trouvait plus en Gwendalavir, c’était évident. En fait, même s’il n’était jamais venu ici, il avait une petite idée de l’endroit où on l’avait balancé. Il reportait son attention sur l’océan furieux quand Khia apparut à ses côtés. Un instant plus tard, il sentit sa main contre la sienne.

- Tu me fais confiance, Gil ?

Gil SangreLune.
Regarde-moi et laisse-moi te dire une bonne chose.
Je ne sais pas qui était Naïs. Je me doute bien qu’elle devait être importante pour toi. Le genre d’amour qui ne se remplace pas. Qui ne se retrouve pas non plus. Mais la vie continue, et le meilleur hommage que tu puisses rendre à Naïs c’est d’avancer, et de profiter de la vie à la fois pour toi et pour elle. De savourer les moments simples. De t’ouvrir aux nouvelles rencontres. Cela ne voudra pas dire que tu l’aimeras moins, ou que tu l’oublieras, bien au contraire. Tu sais, que tu le veuilles ou non, tu n’es pas seul. Tu ne pourras jamais empêcher ta famille, tes amis, tes proches de s’inquiéter pour toi, de se battre avec toi, de te soutenir, de te réconforter. Ne les rejette pas. Tu ne peux pas vivre seul. Ne les vois pas non plus comme une faiblesse, parce qu’en fait, ils sont surtout ta force. Et crois-moi, je parle en connaissance de cause…Tu n’es pas seul. Et tu n’as pas tout perdu. Jusqu’à preuve du contraire, tu encore en vie !



Il ne dit rien, mais ses doigts s’enroulèrent autour de ceux de Khia.



*



- Il pousse dans les arbres ton bonheur, ici ? demanda Gil d’un ton ironique tandis qu’ils avançaient en luttant contre le vent.

Il n’avait pas lâché sa main, c’était plus simple d’affronter la violence des éléments à deux plutôt que seul. Aucune trace d’habituation où qu’il pose son regard. Qu’est-ce qu’elle pouvait bien avoir en tête ?

- C’était qui ce mec ?

Un enfoiré de dessinateur rouquin, ça lui suffisait largement comme information, mais puisqu’il semblait lié à la jeune femme, il ne pouvait pas s’empêcher d’en savoir davantage…


[C'est pas les Nimurdes, c'est mieux !!! Moi aussi je suis chamboulée par ces deux zigotos. Alerte à la guimauve. Je répète : alerte à la guimauve ! - bon et je ne fais rien avancer du tout, sorry !]

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Mar 03 Juil 2018, 10:41

- " Ah, ah !! Peut-être bien !! Et fais gaffe, une fois qu'on y goutte, c'est addictif !!"

Elle éclate d'un rire franc et cristallin.

- " Qui Theran ? C'est un ami. Passablement doué dans son genre. Il enseigne le Dessin aux futurs Sentinelles. Un peu particulier, mais pas méchant. Tu t'entendrais bien avec lui..."

Elle réfléchit un instant, avant de planter son regard de glace dans celui de Gil.

- " Dis, c'est qui Mak ?"

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Mar 03 Juil 2018, 23:38

- Passablement doué pour prendre les gens par surprise, oui...

(Il marmonne un peu dans sa barbe, puis lui jette un coup d'oeil quand elle lui pose sa question)

- Mon fils. Mon séjour ici ne pourra pas s'éterniser parce que je dois le rejoindre. D'ailleurs...

(Il regarde autour de lui, perplexe)

- On est où, là ?

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Mer 04 Juil 2018, 05:46

Elle plisse les yeux, pour dévisager Gil.

- "Ça doit être un sacré petit bonhomme ! Ça fait combien de temps que tu ne l'as pas vu ? Pourquoi il n'est pas avec toi ?"

Elle secoue la tête toute seule.

- "Tu sais quoi, oublis mes questions, C'est très indiscret de ma part

Décoche un clin d'oeil malicieux.

- "Ne t'inquiètes pas, je ne te retiendrai pas indéfiniment, quelques jours tout au plus. J'ai pensé qu'une bouffée d'air frais ne pouvait que te faire du bien ! Et... Bienvenue chez moi ! Ici, c'est ce que les Alaviriens appellent plus communément le Septentrion des Géants !"

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Jeu 05 Juil 2018, 06:35

(Il s'arrête sans prévenir, du coup elle lui rentre dedans)

- Le Septentrion ?!

(C'est avec un regard neuf qu'il regarde autour de lui cette fois-ci. Puis il se remet à avancer)

- On se croirait seul au monde. Le vent est vaguement pénible mais c'est étrangement paisible...

(Il marche un moment sans rien dire, avant de se lancer, enfin)

- On ne peut pas dire que Mak ait beaucoup de chance... Sa mère est morte il y a six mois, et son père... J'ai pas su bien faire les choses dès le début. Lâchement je me suis dit que, si je n'y prêtais pas attention, alors ça ne ferait pas de lui mon fils. C'était une erreur...

Tu as des enfants, toi ?

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Jeu 05 Juil 2018, 08:58

L'Aoki réfléchit un instant, prenant un air vaguement songeur.

- " C'était Naïs, sa mère ? Pas vrai ? "

Soupirant imperceptiblement, Khia serre un peu plus ses doigts dans la main de Gil.

- " Tout le monde a le droit de faire des erreurs tu sais. L'essentiel c'est de les reconnaître, pour pouvoir en tirer des leçons " Elle sourit, rassurante " Je pense que Mak a beaucoup de chance de t'avoir ; ça se voit que tu l'aimes beaucoup, et que tu serais prêt à soulever des montagnes pour lui. Tu sais, je suis persuadée qu'une famille c'est ta meilleure force, alors ne rejette pas ton petit bonhomme sous prétexte que tu as peur de le perdre "

Devinant la pensée de Gil, elle décoche un clin d'oeil malicieux.

- " Non, je n'en ai pas " Une ombre passe fugacement dans son regard " Mais j'adore les enfants ! Je n'exclus pas d'en avoir peut-être un jour. En attendant, je suis raide dingue de ma petite nièce de cinq ans. Elle me manque souvent "

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Jeu 05 Juil 2018, 21:04

(Il laisse échapper un grognement, unique réaction aux propos pourtant avisés de Khia, puis il reprend ses investigations)

- Qu'est-ce que tu es venue faire en Gwendalavir ? Marre du vent et de la solitude ?

(Puis, sans attendre de réponse à la question précédent, il enchaîne)

- Pourquoi est-ce que tu m'aides ? Tu ne me connais que depuis trois jours...

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Ven 06 Juil 2018, 05:08

- " Ce qui m'a amenée en Gwendalavir ? C'est un certain goût pour l'aventure et une envie de liberté"

Elle sourit malicieusement.

- "Je ne sais pas, ça me paraît juste normal de t'aider. J'ai grandi avec les valeurs de l'entraide, donc je ne me suis pas posée de questions. Et puis, je trouve que tu dégages une sensibilité qui m'a touchée"

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MessageSujet: Re: L'ambre et la glace [Gil]   Lun 23 Juil 2018, 18:13

Ils longeaient la côte battue par les vents salés depuis de longues minutes lorsque Gil, soudain, s’arrêta. Comme il tenait toujours la main de sa compagne, elle se figea à son tour et il put lire la surprise dans son regard, mais elle n’était sans doute pas aussi grande que la sienne. Sensible ? Est-ce qu’elle croyait vraiment qu’il l’était ? Il ne la pensait pas si naïve, pourtant. Kanaëkhian était une femme solide, forgée dans la dureté de ce pays au climat rude et hostile, et elle était sensée. Comment pouvait-elle arriver à de telles conclusions ? Il ouvrit la bouche pour lui répondre avec fougue, navré qu’elle se trompe à ce point, mais les images – les souvenirs – l’assaillirent alors et lui coupèrent le souffle. Il se vit allumer l’incendie qui ravagea les lieux et fit disparaître le corps de sa fille. Il se vit passant sa lame au travers du corps d’Ezrine, son demi-frère rongé par le sort funeste d’une famille qui lui avait tout pris. Son regard s’assombrit et devint plus orageux encore que le ciel qui les surplombait.

- Tu ne peux pas imaginer à quel point je ne suis pas sensible, trancha-t-il d’une voix blanche, en dégageant ses doigts de ceux de Khia.

Il se détourna et reprit sa marche. Aucune idée de leur destination, c’était à elle de le guider, elle ferait bien de s’y mettre, d’ailleurs ; aucune habitation n’était pour l’instant visible et le vent semblait déterminé à les emporter tous les deux. Gil avançait à grands pas. Il s’était muré dans un mutisme qui n’avait d’égale que sa douleur : au fond, qu’importait la distance ? Venir jusqu’ici, au bout du monde, cela avait-il réellement de l’importance ? L’alcool était la seule échappatoire qu’il savait efficace, et encore, ce moyen d’oublier ne durait pas assez longtemps. Il avait essayé la drogue, mais il savait que plus jamais il ne commettrait cette erreur. Il avait tout essayé, absolument tout. Et récemment il avait commencé à se résigner : il était condamné à porter tous ces affreux souvenirs au fond de lui, c’était ainsi. Il n’avait plus qu’à vivre sa vie. Lëroya lui avait montré comment faire, ça ne pouvait pas être bien difficile, non ? Khia aussi semblait déterminée à l’aider. Gil soupira, et ralentit légèrement l’allure, acceptant qu’elle le rattrape. Il ne pouvait pas lui en vouloir d’essayer aussi…

- Enfer, est-ce qu’il existe des jours sans vent ici ?

Sa question était bourrue, mais sa curiosité sincère : en dépit de la dureté des éléments, il regardait partout et tentait de s’emparer du mystère des lieux. C’était dans sa nature après tout, ce besoin d’observer et de comprendre. D’apprendre surtout. Il jeta un coup d’œil à Khia. Elle n’était pas obligée de lui répondre, surtout pas après son coup d’humeur. Elle avait le droit de lui en vouloir, elle pouvait même le planter ici, tiens. Ce serait mérité. Il s’en sortirait.

Il espérait quand même qu’elle voulait toujours lui servir de guide.


[Ahlala c'est court et médiocre, désoléééée ! *câlin pour la peine*]

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