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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Bastian Derue

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Bastian Derue
Mentaï
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Nombre de messages : 38
Citation : "Toute mon existence est une toile tissée de secrets" [Robin Hobb]
Date d'inscription : 01/03/2018

Feuille de personnage
Age: 30
Greffe: Non
Signe particulier: Sourd de naissance

MessageSujet: Bastian Derue   Jeu 01 Mar 2018, 22:28

Nom : Derue
Prénom : Bastian
Surnoms : /
Age : 30
Ecole : Domaine (PNJ - Mentaï)
Particularité : sourd et muet
Lieu de naissance : Al-Jeit


Famille

Bastian n’a aucun moyen de le savoir, mais ses parents sont de riches nobles qui fréquentent le cercle de l’Empereur. S’il n’a pas grandi avec une cuiller en argent dans la bouche, c’est tout simplement parce que ses géniteurs se sont débarrassés de lui, comme l’on se débarrasse d’une saleté sur son manteau. L’héritier d’une famille aussi réputée, sourd et muet ? Alors adieu, l’héritier. L’original, du moins. La noblesse a le don d’être au sommet et de pouvoir tomber plus bas que terre lorsqu’il s’agit de sauver sa place. Et par-dessus tout, la noblesse a des moyens. Celui d’échanger son enfant, par exemple. Subtil, efficace, impossible à contrecarrer. Voilà comment Bastian s’est retrouvé, à seulement quelques heures de vie, dans le giron d’une femme à qui l’on venait d’arracher son dernier-né. Cette femme, Maëlle, a envisagé pendant une folle seconde de noyer l’imposteur qu’on lui avait donné en échange de son petit. Mais un regard a suffi. Cet enfant qui n’était pas le sien, elle l’a aimé jusqu’à ce qu’elle soit incapable de s’en occuper, rongée par la faim et la maladie. Deux autres personnes ont réellement compté dans la vie de Bastian : « La Vieille » et Galaad. Il faut lire la suite pour les rencontrer tous les deux…


Description physique

Grand, Bastian mesure 1,94 cm et pèse 98 kilos. De muscles essentiellement, et d’ailleurs c’est ce qui se remarque en premier chez lui, cette stature haute et puissante. Il s’astreint à un exercice intense et régulier depuis si longtemps… Attiré par sa musculature, le regard tombe fatalement sur les innombrables tatouages qui marquent sa peau. Son corps en est recouvert et chacun a son histoire. Bastian est un livre ouvert qui ne se dévoile qu’à très peu de personnes. Sourd de naissance, il utilise très peu sa voix, laquelle est rauque, abimée alors qu’elle n’a pas servi beaucoup dans sa vie. Mais son regard gris métallique est vif ; il est capable de lire une insulte sur les lèvres d’une personne qui se trouverait à plusieurs mètres de lui. Alors méfiance si vous pensez lui manquer de respect à son insu… Ses cheveux sont courts et bruns, sa beau burinée par le soleil sous lequel il passe le plus clair de son temps. Un chaume foncé lui couvre les joues et le menton, toutefois il laisse rarement sa barbe pousser franchement. Deux de ses molaires sont fausses car il les a vendues quand il était petit pour obtenir de quoi nourrir et soigner Maëlle. Il est très expressif lorsqu’il s’exprime avec les mains, mais il est passé maître dans l’art de dissimuler ses émotions.


Description du caractère

Bastian est peu expansif. Il ne parle pas beaucoup, ou bien seulement lorsqu’il a quelque chose à dire. Il s’exprime avec les mains quand on peut le comprendre ainsi, sinon il utilise son Don pour communiquer par télépathie. Dans un cas comme dans l’autre, ça a tendance à mettre ses interlocuteurs mal à l’aise. Il n’a pas honte de sa surdité, mais elle a eu tendance à lui attirer des ennuis, sinon des regards tantôt effarouchés, tantôt empreints de pitié, chose qu’il déteste par-dessus tout, alors il a pris l’habitude de vivre en marge de la société. C’est un solitaire et il s’en porte très bien. Sa fonction de Mentaï lui assure une position de choix au sein de l’Ordre : maître de ses missions et de ses hommes, il est intransigeant dans son travail et n’est pas réputé pour accorder de seconde chance. La patience n’est pas son fort, guère plus que l’immobilité : le meilleur moyen de le mettre en rogne est de l’enfermer entre quatre murs et de lui dire d’attendre. Il se serait mieux plu en tant qu’envoleur, mais sa capacité à voyager dans les Spires et à maîtriser l’Imagination a pour ainsi dire scellé son destin. Alors il se débrouille pour participer aux missions les plus périlleuses et n’hésite pas à se jeter au-devant du danger. La peur ? Il ne connait pas ! Du moins, c’est ce qu’il croit…



Histoire

Look, if you had one shot, one opportunity
To seize everything you ever wanted, in one moment
Would you capture it or just let it slip ?

Penché sur son bureau, un verre de liqueur de rougeoyeur à moitié vide dans sa main gauche, Bastian lisait un rapport tellement mal écrit qu’il hésitait à balancer ce torchon au feu. Il était tellement concentré sur son déchiffrage qu’il ne prit pas garde à la porte de la pièce s’ouvrant sur un homme de taille moyenne. En fait, il était dans la norme du haut de son mètre quatre-vingt-cinq, mais il suffisait de le voir à côté de Bastian pour le juger « petit ». Il y avait longtemps que ça ne l’agaçait plus. Les mains dans les poches, il observa le maître des lieux depuis le seuil, l’épaule appuyée contre le chambranle de la porte. Il nota les braises mourantes dans l’âtre, la bouteille d’alcool bien entamée, les liasses de papiers qui envahissaient le bureau et estima qu’il arrivait juste à temps pour sortir son pote de cet enfer. Il s’avança tranquillement dans la pièce, glaciale malgré le feu qui avait dû brûler toute la nuit ; forcément, quand on vit dans le sous-sol du Domaine…

Un lampion se balançait de-ci, de-là et jetait ponctuellement de la lumière sur une vision prometteuse de bois poli et de tapis à motifs. Des étagères remplies de livres et d’étuis pour parchemins recouvraient la moitié du mur face à la porte. D’autres livres étaient empilés sur une large table qui se trouvait au milieu de la pièce, et d’autres encore sur le manteau de la cheminée. Un buffet accolé à un pan de mur était recouvert de cadenas, d’outils, de piles de livres, de ce qui avait l’air d’être une petite forge, et de dizaine d’éléments à moitié assemblés qui défiaient toute description immédiate. Des étagères contenant un assortiment d’objets déconcertants encadraient une alcôve dans laquelle on distinguait une petite écritoire supportant une collection de plumes, d’encres, de pointes à dessiner, de rouleaux de vélin, de parchemins et de tablettes de cire. D’autres cadenas, d’autres outils, de gros morceaux mal dégrossis de métal et de bois étaient mélangés au hasard avec des masques des sculptures, des instruments de musique en tout genre, des crânes d’animaux, des plantes séchées, quelques poteries et des cristaux scintillants.

Tel était l’antre de Bastian, au cœur des cachots du Domaine, un endroit où l’on ne se rendait pas à moins d’avoir une solide raison de le faire…

L’homme s’arrêta près du bureau. Il n’était pas étonnant que Bastian n’ait pas perçu sa présence. Quand il lisait en faisant cette tronche-là, rien n’était capable de l’atteindre. Le nouveau venu tapota donc le bois lisse du bureau. Infime, le choc se répercuta dans les avant-bras de Bastian et lui fit lever la tête : il plongea son regard métallique dans celui, vert intense, de son bras droit. Sa main libre, celle qui ne tenait pas le verre, s’agita un bref instant dans l’air. L’homme aux yeux verts fronça les sourcils. Si Bastian ne communiquait pas par télépathie, c’était signe de migraine insupportable. Autrement dit, son patron était d’une humeur de chien.

- Nah, répondit-il à voix haute, je serais pas là si j’avais pas une bonne raison de te déranger, vieux ! Faut qu’on file, je t’expliquerai en route.

Bastian haussa un sourcil et sa main s’agita de nouveau :

« Voïmakas peut pas s’en charger ? »

- Tu rêves ou quoi ? Il est tellement occupé par les greffes que ça le met dans un état pire que le tien. Allez bouge. Je sais que tu n’attends que ça.

« Arrête de me donner des ordres, enfoiré. »

- C’est Galaad, vieux. Et tu me laisses pas le choix, quand tu fais tes rapports je suis obligé de tout prendre en main. C’est à ça que je te sers, non ?

Bastian laissa échapper un grognement désabusé. Il avala d’un trait ce qui restait dans son verre, attrapa sa veste qu’il jeta sur son épaule et emboîta le pas à un Galaad visiblement ravi. Pour ce qui était de l’action, ces deux-là ne se faisaient jamais prier !

« Au fait », signa Galaad en se tournant vers Bastian, « tu devrais emmener Bart ».


*


La Prostituée

Diogène Laërce, voyant le fils d'une catin jeter des pierres à la foule : "fais attention, lui dit-il, tu pourrais blesser ton père..."

D’Lam, pauvre province d’Al-Jeit

Assis sur une branche d’arbre, les jambes se balançant dans le vide, Bastian observe la bicoque miteuse. Elle fait tache dans le paysage. Elle fait même tache à côté des autres mansardes. La leur est la plus éloignée, pile poil à la lisière d’un bois dans lequel il ira relever ses pièges tout à l’heure ; avec un peu de chance il aura attrapé un rongeur ou un volatile. Voilà presque deux jours qu’il a le ventre vide, ça commence à être difficile. Il a déjà tenu plus longtemps. L’hiver dernier, ils sont restés cinq jours sans rien manger d’autre que des racines gelées.

La porte de la bicoque s’ouvre. Le battement de jambes s’arrête. Du haut de son perchoir, Bastian regarde l’homme faire quelques pas dehors, au soleil. Il s’étire, reboutonne son pantalon et s’en va tranquillement, de cette démarche rassasiée qu’ont tous ceux qui sortent de là. Une minute entière s’écoule. Puis deux. Enfin, une silhouette se dessine sur le pas de la porte. D’un coup de reins Bastian se jette dans le vide, atterrit sur ses deux pieds, fléchit les genoux pour amortir le choc et avance. Il s’arrête à deux pas du seuil, là où se tient toujours Maëlle.

Il la détaille dans l’obscurité de l’intérieur, alors qu’un pas lui suffirait pour goûter à la lumière du soleil. Autrefois elle a été très belle, c’est ce qu’il pense en tout cas parce qu’il ne s’en souvient pas. Mais s’il imagine ses cheveux plus propres et moins emmêlés, s’il la remplume d’une bonne quinzaine de kilos, s’il dessine un sourire sur son visage, alors oui, il y croit sans problème. La beauté est un luxe qui coûte cher. Les pauvres espèrent avant tout la santé, mais même pour ça Maëlle est lésée : la fatigue creuse des cernes sous ses yeux rougis, certaines de ses dents se déchaussent, elle vacille.

Il tend la main pour la retenir, l’emmène à l’intérieur, dans la seule et unique pièce qui ne contient qu’un poêle, une table, deux bancs et un lit. Celui-ci est en vrac. Bastian n’y attache pas son regard. Il sait ce que sa mère y fait quand les hommes viennent la voir. On le croit sourd aux grincements des lattes, aux grognements d’ours, aux gémissements étouffés. On le croit trop jeune pour comprendre. Merde, il a presque huit ans et il sait très bien que sa mère se prostitue parce que c’est encore le seul moyen qu’ils ont pour survivre. Les quelques pièces jetées sur la table disparaissent dans la maigre bourse de cuir. Dans un sourire fatigué, Maëlle s’assoit sur un banc et dépose la bourse dans la paume du garçon.

« Pour acheter de la viande », dit-elle en traduisant ses mots avec ses mains.
« Y’a pas assez », répond Bastian en soupesant la bourse dans une grimace éloquente.
« Du pain alors »
« Oui, pour aller avec mes prises. Je vais aller les relever. Tu veux boire quelque chose ? »

Faire comme s’il y avait du choix. Comme s’il était possible de boire autre chose que de l’eau vaseuse. Maëlle acquiesce avant de poser sa tête sur ses bras, épuisée. Bastian rempli un verre en terre cuite d’eau plus ou moins douteuse et le dépose à côté d’elle, avant de lui tapoter l’épaule du bout des doigts pour lui signifier qu’il part. Elle dort déjà.

La lumière du jour réchauffe Bastian alors qu’il fait plutôt bon. On a généralement froid quand on a faim, c’est bien connu. Le garçon s’ébroue, chasse les mauvaises ondes qui planent et enfile sa détermination, très proche de l’innocence enfantine qu’il n’a jamais vraiment connue, cet espoir farouche et brûlant, né du plus profond de son âme et que certains appellent « instinct de survie ». Celui de Bastien est tenace. Il lui donne le courage de faire ce que d’autres auraient eu peur d’accomplir. Il n’a pas huit ans mais comme il est grand il en paraît davantage ; ça aide quand il s’agit de trouver un travail temporaire. Roc le forgeron, par exemple, a clairement stipulé qu’il ne prendrait qu’un jeune de douze ans en guise d’apprenti lors de la prochaine saison chaude. Avec un peu de chance et beaucoup de volonté, Bastian sera choisi.

Son passage au village est bref. Il ne s’attarde jamais, les gens sont trop mal à l’aise en sa présence, gêné par la réputation de Maëlle ou par son mutisme qui ne leur permet pas de communiquer franchement. Lui, il a tendance à fuir ces gens qui prétendent aider ceux dans le besoin mais qui ne se privent pas de les critiquer dans leur dos ; combien de fois ont-ils médit de Maëlle et de son enfant, persuadé que celui-ci ne comprenait pas le sens de leurs paroles ? S’ils savaient ! Il suffit à Bastian de regarder leurs lèvres pour deviner leurs mots. Et puis il y a des choses qui se devinent, un regard trop appuyé, un sourire forcé, une main dans le dos pour défaire le mauvais sort… Superstitions à la con. Si la magie existait réellement, il n’y auraient pas de gens dans la misère. Son pain chaud entre les bras, Bastian fila. Il passa par le bois pour relever ses pièges. L’un d’eux avait mordu : une musaraigne qui aurait pu leur fournir un peu de viande si un prédateur n’était pas passé par-là avant le garçon… Dépité, il renifle, essuie son nez d’un revers du bras, mange une bouchée de pain pour se donner la force de rentrer. Il songe déjà à malaxer les morceaux de Maëlle afin qu’elle puisse les mâcher avec ses dents abîmées.

Quand il rentre, Maëlle n’a pas bougé.

Elle a cessé de respirer quelques minutes après qu’il ait quitté la demeure.


*


Le ramasse-morts

Un mort qu'on abandonne est deux fois mort.
[Marie Lefranc]

Pauvre quartier d'Al-Jeit, au bord des remparts.

Il pleut. L’air glacial est saturé d’odeurs putrides. Allongé à même le sol, le dos contre la pierre dure du mur, Bastian ne bouge pas. Trois ans après Maëlle, le voilà gagné par cette apathie qui précède la mort. Son corps décharné gît sans force dans le caniveau, il a vaguement conscience d’un caillou qui appuie contre ses côtes mais n’a pas le courage ni l’envie de le déloger. Il est simplement déçu qu’un caillou soit la dernière sensation qu’il emportera de ce monde. Son regard est déjà vitreux, lointain, sans vie. Pour lui ce n’est qu’une question d’heure, de minutes peut-être. Les autres autour de lui sont déjà passés de l’autre côté.

Nous sommes dans le quartier des fantômes, celui où s’entassent les crève-la-faim, les drogués et les perdus pour la cause ; l’envers du décor, l’autre face d’une cité resplendissante qui symbolise la force d’un empire. Il faut avoir de sacrées tripes pour venir jusqu’ici, ne serait-ce à cause de l’odeur insupportable, des maladies qui se propagent ou encore du triste spectacle. Une fois par semaine, un chariot tiré par un poney au poil sombre passe lentement. On y charge les corps les plus abîmés pour les mener vers une fosse commune, à l’extérieur des murs de la ville. Bastian l’a vu passer trois fois depuis qu’il est ici. La quatrième sera pour lui. De fait, le convoi se rapproche dans un grincement qu’il lui est impossible d’entendre. Le conducteur du chariot n’est pas visible : voûté sur son banc, il est enveloppé dans une cape, capuche rabattue et écharpe soigneusement nouée autour du visage. Les « ramasse-morts », ceux qui sont chargés de déposer les corps à l’intérieur du chariot, passe d’un malheureux à l’autre. D’une main gantée, ils tâtent le pouls, ferment des paupières, soulèvent des cadavres toujours lourds.

Deux pieds s’arrêtent devant Bastian, une main ferme le fait basculer sur le dos, deux doigts pressent sa gorge, puis s’éloignent. Trop vivant pour être emmené. Mais Bastian ne veut pas rester. Un grognement animal monte de sa poitrine, comme un râle terrible, et sa main se tend en un ultime effort. Ses doigts osseux se referment sur une cheville, s’agrippent. S’il vous plaît, emmenez-moi…

- Hé la Vieille ?
- Quoi,
marmonna la conductrice du chariot sans bouger d’un pouce.
- Celui-là est vivant.
- Et alors ?
- Alors il est accroché à mon pied.
- Qu’est-ce que ça peut me faire, explique-moi ?
- Bah, toi rien mais moi…
- Ça te dégoûte ?
- Carrément. Je fais quoi ?
- Détache-le et dépêche-toi de rappliquer. La nuit tombe, on doit rentrer.


L’adolescent se penche et attrape le poignet malingre pour le forcer à lâcher prise.

- Qu’est-ce que tu fiches, bon sang ??
- Y veut pas lâcher.
- Bon. Charge-le avec les autres. S’il a pas crevé à l’arrivée, on verra ce qu’on fera de lui à ce moment-là.
- Ouais, ouais, ça me dit pas comment me débarrasser de sa main,
marmonne le « ramasse-morts » en se penchant.

Quelques mèches blondes s’échappent des chiffons qui entourent son visage, dissimulant mal une paire d’yeux verts qui brillent comme ceux d’un chat. Bastian remue ses lèvres sèches. Il pousse les mots hors de sa bouche.

- Si… ou… plait…
- Ouais, ouais. Lâche-moi, vieux, sinon je peux rien faire pour toi.


A regrets, Bastian desserre les doigts. Libérant sa cheville, l’adolescent aux yeux verts attrape le mourant sous les aisselles et le traîne vers le chariot en grimaçant. Il s’est toujours demandé comment ces êtres décharnés faisaient pour être aussi difficiles à déplacer. Avec effort, il installe leur nouveau passager parmi les corps de ceux qui vont leur dernier voyage. Il y a peu de chance que celui-ci survive au transport, même s’ils ne vont pas loin.

- C’est bon ? crie la Vieille depuis l’avant du chariot.
- Tu peux y aller.

L’adolescent s’est hissé une ridelle, au-dessus de la roue arrière gauche. Il ignore le regard de Bastian et fixe l’horizon brumeux. Pas sa faute si tous ces gens meurent, merde ! Son boulot c’est de les ramasser pour aller les jeter dans une fosse. Ça paie bien, y’a pas grand monde qui veut le faire, ce sale travail. Et puis ça suppose de travailler avec la Vieille et ça, c’est une sacrée paire de manche. Faut la supporter celle-là.

- Galaad !
- Ouais, ouais.


L’interpelé saute dans la boue. Il contourne le chariot, ouvre le portillon et s’écarte pour laisser passer le convoi. Bastian le voit refermer la barrière et les rejoindre d’un pas tranquille. Le véhicule s’est arrêté. Il pleut toujours. La Vieille est descendue de son perchoir. Elle aide l’adolescent aux yeux verts à décharger le chariot. On a repoussé Bastian contre le fond pour ne pas être gêné. Immobile, il attend. La mort ou la suite, après tout quelle différence ? Au moins il n’est plus dans cette ruelle triste et froide…

- Bon, vu que t’es toujours pas mort on va pas t’jeter ici, hein ?

Et voilà Bastian descendu du chariot, et tiré par les deux compères encapuchonnés. Il ne sait vraiment pas ce qu’on va faire de lui mais il est soudain trop fatigué pour lutter contre le sommeil. Alors il lâche prise. Il ne voit pas les lèvres de l’adolescent quand celui-ci fait la moue :

- Dis la Vieille, il va pas dormir avec moi j’espère, il pue trop quand même…


*


La Maison

"Maison pauvre, Voie riche"
[Koan Zen]

Bastian se réveille avant l’aube, comme chaque matin. Et comme chaque matin son premier réflexe et de tourner la tête vers Galaad. Celui-ci est étalé sur sa paillasse, en étoile de mer, la bouche ouverte il ronfle fort – c’est pour ça qu’il dort dans la même piaule que Bastian, parce que c’est le seul qui ne se plaindra jamais de ce tapage nocturne. Une seule façon de réveiller ce ronflard : Bastian ôte la couverture et s’en sert pour foutre une taloche sur le visage de son ami. Il file aussitôt pour éviter les représailles, traverse le couloir au pas de course, dérape dans un virage et arrive dans la salle d’entraînement de la garde.

La plupart sont de faction dans la ville, mais il y en a toujours qui restent – ceux qui se reposent après une veille ou bien qui attendent de prendre leur service. Ils tuent le temps à leur manière, en ripaillant avec force rires et plaisanteries ou encore en se maintenant en forme. Deux soldats sont en train de s’entraîner sur le large tapis de sol. Ils jettent un bref coup d’œil à Bastian et ne s’étonne pas de voir le gamin prendre place à son tour. Il est déjà en train de travailler ses abdominaux quand Galaad débarque, les yeux encore plein de sommeil.

- Connard ! lâche-t-il en s’installant face à son ami pour entremêler ses jambes avec les siennes.

Un sourire répond à l’insulte. C’est comme ça tous les jours depuis deux ans maintenant. Mains derrières la nuque, jambes accrochées, les deux garçons s’allongent et se redressent à tour de rôle, sollicitant les muscles qui se dessinent sous leur peau. Bastian est le plus grand et le plus costaud : difficile de croire qu’il est arrivé là plus maigre qu’un squelette ! La Vieille attribue cette renaissance à aux bouillons infâmes dont elle l’a gavé, mais au fond de lui il sait que l’envie de vivre a été la plus forte. Tiré de la rue des fantômes, épargné de la fosse, il a saisi la chance inespérée qu’on lui offrait et s’applique désormais à brûler chaque seconde comme s’il s’agissait de la dernière. On ne vit qu’une seule fois. C’est son mantra. Il a treize ans et il est fermement décidé à prendre sa revanche sur le destin qui lui a refilé des cartes pourries entre les mains.

Galaad, quant à lui, a quinze ans et ne lâche pas Bastian d’une semelle. Ils font tout ensemble, absolument tout : ils ramassent les morts, enquiquinent la Vieille, s’entraînent avec les gardes, prennent leurs premières cuites avec eux, rôdent près des bordels, encore un peu impressionnés mais chaque fois un peu moins quand même, échangent rires et taloches dans une complicité qui les aide à survivre dans un monde bien rude. Comme Maëlle dans son enfance, Bastian a appris son langage des signes à Galaad. Ils communiquent ainsi sans se soucier de rien ni de personne, enfermés dans leur bulle, persuadés d’être intouchables, immortels – et de fait, ils le sont quand ils cavalent à en perdre haleine dans les rues de la ville, simplement heureux d’être en vie, même dans la misère. Jamais Bastian sans Galaad, jamais Galaad sans Bastian. Et tous les deux vivent là, dans la bouche des gardes de la porte d’Emeraude, l’endroit qu’ils appellent familièrement « la maison ».

C’est le capitaine Mil’Gobor qui donne les ordres, mais c’est à La Vieille qu’ils répondent, en tant que « ramasse-morts ». La Vieille, elle ne fait pas rigoler. Toujours en train de geindre ou de cogner avec son bâton. Il lui sert moins à rudoyer qu’à garder l’équilibre, et comme elle est aussi irritable qu’exigeante, il n’est pas rare que les deux jeunes gens se couchent le corps perclus de courbatures et de bleus. Elle n’a jamais pris la peine d’apprendre le moindre signe de la langue de Bastian, pourtant elle sait se faire comprendre sans problème. Moins maternante qu’elle, ça n’existe pas. Voilà pourquoi Bastian et Galaad l’aiment. C’est une vieille peau jamais contente qui leur mène la vie dure, mais sans doute moins que s’ils avaient dû se prendre en main tout seul. Pas de passe-droit, pas d’affection, ils n’en ont pas besoin – mais des bouillons qui réchauffent et des vêtements soigneusement recousus.

Heureux ? Ouais. A leur manière.

D’ailleurs, c’est une époque que ni l’un, ni l’autre ne regrettera jamais.


*


Les leçons



Un beau jour, Galaad n’est pas rentré à la maison. Bastian ne s’est pas inquiété immédiatement. A dix-huit ans passés, son compagnon découche régulièrement, jouissant de son succès avec les filles tandis que Bastian, lui, se concentre sur son entraînement physique. Il baise quand ç lui manque un peu trop, c’est tout, mais il a tendance à fuir les bordels qui lui rappellent trop Maëlle. Cette fois pourtant, Galaad est resté introuvable un mois durant. La Vieille l’a pensé mort. Bastian l’a cru parti plus loin encore – quitter la ville, c’est un rêve qu’ils partagent tous les deux. C’est lui qui a eu raison : Galaad a rencontré quelqu’un, un type qui lui apprend à repousser ses limites comme jamais. Quand il passe à la maison, une fois tous les deux mois environ, il raconte ses aventures à Bastian, sans jamais trop rentrer dans les détails. Bastian n’aime pas les secrets. Il aimerait pouvoir fouiller l’esprit de son ami, le sonder, le suivre dans cette nouvelle vie qui semble tant lui apporter.

Il finit par le faire. Dans les traces de Galaad qui ignore être pris en filature, il découvre l’homme qui lui a volé son frère – une brute épaisse capable de se mouvoir plus gracieusement qu’un chat ! Fasciné, Bastian observe. Il ne sait pas qu’il est lui-même observé. Tapis derrière une pile de caisses, il assiste à une leçon entre le maitre et l’élève, sidéré de constater à quel point Galaad a pu progresser en quelques mois. Impitoyable, son maître lui apprend l’erreur par le sang. Ils s’affrontent en silence, jusqu’au moment où la voix du mentor s’élève :

- A ton tour, gamin. Tu as eu le culot de nous suivre, viens nous prouver que ce n’est pas du flanc.

Bastian a très bien lu chaque mot sur les lèvres de l’homme. Il se redresse, s’avance, ignore le regard d’abord surpris puis ennuyé de Galaad pour toiser celui de l’adulte.

- Galaad, dit celui-ci, mets en pratique ce que je viens de t’apprendre. Tue ce garçon.
- Mais…


Bastian cligne des yeux – c’est tout ce qu’il a le temps de faire avant de découvrir l’homme devant Galaad, son énorme main refermée sur la gorge de ce dernier.

- Tue-le.

Ordre bref et implacable. Libéré de l’étreinte mortelle, Galaad se racle la gorge et fait face à Bastian. Les deux garçons se regardent. Survivre, ils ne font que ça depuis leur naissance, chacun à sa manière puis tous les deux ensemble, front uni face à l’adversité. S’affronter ? S’entretuer ? Ils n’y tiennent pas. Pourtant, voilà qu’ils se tournent autour, et le premier à frapper, c’est Bastian… de toute sa force, de toute sa hargne. Galaad réplique tout en finesse et puissance. Très vite, le combat tourne à son avantage. Parce qu’il s’entraîne ainsi depuis quelques temps ? Parce que son maître est là, qui observe avec attention chaque mouvement ? Les coups pleuvent. Des os se brisent. A genoux, Bastian réalise qu’il va mourir ici, par la main même de celui qui lui a sauvé la vie. Quelle ironie. Un poing se referme sur son col. Il ferme les yeux. Les rouvre en sentant Galaad lâcher prise. Les écarquille en découvrant celui-ci allongé sur le dos, la poitrine criblée de petites pointes de métal. Qui a tiré ?? Cet homme qui se prétend maître ? Pourquoi aurait-il fait une chose pareille ? Non, à en croire son expression, ce n’est pas lui. Mais il n’y a personne d’autre qu’eux trois dans cette impasse. Bastian se précipite vers son ami qui s’étrangle par terre.

L’homme le retient par l’épaule. Agacé, Bastian se dérobe pour se retrouver à nouveau bloqué. Chaque fois qu’il tente de s’approcher de Galaad, le type l’en empêche. Ça commence à le gonfler. Son ami est en train de crever ! Il se retourne, flanque un coup au hasard, se mange un pain qui lui fait voir des étoiles. Merde ! La colère monte. Bouillonne. Jaillit, comme la vague d’eau glacée qu’il vient d’imaginer.

Il vient d’imaginer.

Face à lui, l’homme se redresse lentement, trempé de la tête aux pieds. Il crache de l’eau, passe une main dans ses cheveux, plonge son regard dans celui de Bastian.

Sourit.

- Dis-moi, est-ce que tu as déjà entendu parler de l’Imagination, gamin ?


*


Mentaï


"Allons, cracha le mercenaire, au travail..."
Pierre Bottero, La Quête d'Ewilan (Les Frontières de Glace)

Alors, qu’est-ce qui se passe ?
Tiens ! Je te croyais trop vanné pour envahir mon crâne…
Je
suis vanné. Bon, tu balances la purée oui ou merde ?

Galaad laissa échapper un petit rire amusé. Il n’appréciait rien de plus que pousser son ami à bout de nerfs. C’était jouissif ! Bastian était un roc et lui, le petit gravillon qui parvenait toujours à l’égratigner un peu. Il avança jusqu’au bord du toit sur lequel ils se trouvaient et se pencha au-dessus du vide. Loin, très loin en bas, les lumières de la ville scintillaient comme de petites lucioles accrochées sur un brin d’herbe.

Le clan du Fagier est de sortie, vieux. Ces hommes ont buté deux des nôtres aujourd’hui.

Bastian plissa les yeux. Le Fagier. Voilà des mois qu’il pourchassait cette ordure dans tous les coins de la ville.

Combien de dessinateurs ?
Trois. D’où la présence obligatoire de Bart. Pourquoi il fait cette tête-là d’ailleurs ?
Il fait toujours cette tête-là.


Bastian porta la main droite à l’épaule gauche, sur laquelle une masse gélatineuse à l’aspect peu engageant végétait. Le gommeur ressemblait à une limace couverte de bave. Elle n’incitait pas aux câlins mais grâce à elle, les dessinateurs qu’ils allaient affronter n’allaient pas pouvoir investir les Spires. Bastian non plus ne pouvait faire appel à l’Imagination, cela dit, ce n’était pas grave. Un sourire étrange flotta sur ses lèvres. Galaad hocha la tête : c’était celui qu’il souhaitait voir apparaître, promesse d’une mission couronnée de succès.

Je pars devant ?
A toi l’honneur.


Bastian s’accroupit pour regarder son ami plonger dans le vide. Un bond spectaculaire que peu de gens sont capable de réaliser. Qui aurait pu parier que l’adolescent dégingandé qui ramassait des macchabées dans les rues d’Al-Jeit était désormais l’un de ceux qui leur ôtait la vie ? Mercenaire, fils du Chaos, tueur de marchombre… Galaad avait adopté bien des noms mais un seul valait vraiment la peine d’être un jour prononcé : envoleur.

Et lui ?

Bastian se redresse lentement. Son sourire s’accentue, il le cache en remontant la coule de soie légère qui ne laisse plus passer que le gris métallique de ses yeux. Elle est aussi noire que ses vêtements, depuis ses boots jusqu’au long manteau de cuir résistant. Il vérifie que Bart est bien accroché et sans crier gare, il se laisse tomber. Oiseau de proie, celui qui le faisait rêver enfant à cause de son envergure, de sa liberté, de sa majesté, il écarte les bras, se laisse porter par un courant. Celui de l’audace et de la connerie, assurément ! Mais le vide n’est plus qu’une formalité pour lui et la nuit est devenue son élément. Dès qu’il pose un pied sur le sol, il s’engouffre dans les ruelles, pourchassant l’ombre qui se dessine sur les murs. Des cris s’élèves. Il ne les entend pas mais il devine, à l’agitation de sa cible, que Galaad est passé à l’action. Fagier recule. Fagier a peur.

Fagier a raison d’avoir peur.

Ses Dessinateurs ne lui servent plus à rien. Le dos au mur, la queue entre les jambes, il couine déjà. Mais Bastian n’en a pas terminé. Il s’accroupit, dégaine ses wakisashi, s’élance.

Qui est-il ?

« Mon amour », articulait tendrement Maëlle.
« Mon vieux », répète sans cesse Galaad.
« Crevard », ressassait la Vieille.

Bastian est tout ce que l’on voudra qu’il soit pourvu que ça paye bien et que ça lui permet de prendre son pied. Mais avant tout, surtout et pour le reste de sa vie, il est un Mentaï.

Un maître assassin.



Accessoires et animaux

En mission, Bastian porte toujours des vêtements noirs : une armure légère sous un manteau de cuir étroit qui se sépare en deux pans larges à la manière d’un cache-poussière, pourvu d’une capuche large qu’il complète avec une coule – elle passe sur son nez, couvrant ainsi la partie basse de son visage et ne laisse entrevoir que ses yeux. Le reste du temps, un simple pantalon noir et large, ainsi qu’un polo de même couleur en hiver ou bien à manche courtes en été constituent sa tenue. Il ne se sépare jamais de ses deux wakisashi, longs de 58cm chacun. Les fourreaux sont fixés à sa ceinture, et il les dégaine généralement en croisant les bras devant lui. Bien sûr, quelques poignards et stylets complètent sa tenue mais pour les trouver, encore faut-il s’approcher assez près et ça, ce n’est pas gagné…

Un bracelet de cuir ceint son poignet gauche. Les inscriptions gravées dessus n’ont de sens que pour lui seul, écrites dans un langage ancien qui n’est plus parlé que par deux ou trois personnes dans tout l’empire. Un anneau d’argent encercle son index droit.

Enfin, comme tout Mentai qui se respecte, Bastian possède des gommeurs. L’un d’eux en particulier, Bart, ou Barty (pour Bartholomé), l’accompagne dans ses missions.


Autre

Lorsque Bastian ou ses proches communiquent par signes, les paroles sont placées entre "guillemets".

Quand ils s'expriment par télépathie, les paroles sont écrites en italique.


_ _ _

De l'autre côté de l'écran...

Pas la peine de me cacher, c'est pas le but ! Et non, je n'ai pas ajouté des Rps à ma longue liste. Enfin... pas trop. J'ai surtout voulu imiter Wëlle avec son Hielstan : créer un personnage d'envergure, un PNJ à la disposition de qui souhaitera l'utiliser. Son histoire est vaste, les possibilités d'écriture immenses...

Votre loutre tant adorée Wink
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Bastian Derue
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