AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  RèglementRèglement  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Le Pacte VS L'Ordre
Bienvenue sur Chaos VS Harmonie !

Tu pourras ici incarner un personnage de ton choix, Marchombre ou Mercenaire, et le faire évoluer dans l'univers du forum.
Cours pour améliorer les capacités de ton personnage, aide en RPG, Hors RPG et jeux, tu ne peux que t'amuser avec nous !

Si tu ne connais rien à Gwendalavir, cela ne t'empêchera pas de te joindre à nous, car un récapitulatif de tout ce qu'il y a à savoir est disponible dans le contexte

En espérant te compter très bientôt dans nos rangs,
L'équipe
Cours Envoleurs
Cours Marchombres
Panneaux
Votez (1)
Votez (2)
Votez (3)
Votez (4)
Tops Sites


Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

Partagez | 
 

 Groupe Kabay - cours n°2

Aller en bas 
AuteurMessage
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4456
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Groupe Kabay - cours n°2   Sam 13 Oct 2018, 21:45

Syndrell pivota vivement, laissant filer le bras de son adversaire pour se couler contre lui et envahir son espace personnel. Elle colla son corps contre le sien, réduisant considérablement le champ d’un contre, et se retrouva dans son dos. La nuque était là, offerte à son choix – la briser maintenant, ou bien…

… la jeune femme se haussa sur la pointe des pieds et déposa un baiser sur la joue de l’homme. Celui-ci fit un bond de côté et s’empourpra malgré lui.


- Syndrell, enfin !
- Quoi ?
demanda-t-elle en s’accroupissant, une jambe tendue sur le côté, l’autre repliée sous elle dans sa position de repos fétiche, et en enroulant une mèche de cheveux bleue autour de son doigt dans un air innocent.
- C’est un entraînement, pas un jeu, bougonna le marchombre en époussetant sa tunique pour se sortir de l’embarras.
- Quelle différence ?
- Oh, par la Dame… comment Miss Nyya a-t-elle réussi à te supporter durant trois ans ?


Le rire de Syndrell envahit la pièce. Valcyan et elle se trouvaient dans le dojo personnel de ce dernier et s’entraînaient en un rythme soutenu depuis plus de trois heures ; ils ne paraissaient pourtant pas fatigués, comme si tout ceci n’était qu’un échauffement. Seule une fine pellicule de sueur brillant sur la peau des deux compagnons prouvait tout le sérieux de leurs exercices.

- Que dis-tu de faire une pause ? s’enquit le marchombre aux cheveux gris en attrapant une serviette pour s’éponger le visage.
- J'approuve !

Quelques minutes plus tard, ils étaient tous les deux dans le jardin d’un luxuriant domaine verdoyant. Valcyan étant issu de la noblesse, il s’était installé comme à son habitude à table et dégustait un thé très fin. Syndrell, de son côté, était assise en tailleur à même le sol, le dos appuyé contre le tronc noueux d’un frêne, et grignotait tranquillement un petit pain au raisin.

- Tu as amélioré ton jeu de jambes.
- Et toi ton équilibre.


Un sourire se dessina sur les lèvres de Valcyan. Il connaissait Syndrell depuis son arrivée à l’Académie et se souvenait parfaitement du petit oisillon timide qu’elle était alors ; que de chemin parcouru ! Aujourd’hui, maître marchombre renommée, Syndrell Ellasian filait comme une étoile sur la Voie et illuminait celle-ci de son espièglerie – la même que celle de Miss. Voilà qui répondait à sa question de tout à l’heure…

Membre du conseil de la Guilde, Valcyan n’était pas n’importe quel marchombre : c’était l’un des plus grands. Il espérait voir la jeune femme marcher dans ses traces, mais il savait pertinemment que celle-ci était plus libre que l’air, et qu’un monde les séparait encore. Il était toujours heureux de s’entraîner avec elle, mais aussi de discuter ainsi, en savourant un peu de thé et quelques douceurs.


- Val ?
- Mmh ?
- Tu crois que la guilde est en péril ?


Il se força à penser, à polir sa réponse avant de la lui offrir.

- Tu veux parler de cette histoire de métamorphes ?
- Entre autre. Le Rentaï est fermé, le Chaos s’étend et les descendants d’Onku sévissent. Est-ce que ce n’est pas inquiétant ?
- Si, ça l’est…
- Mais ?
- … mais pour le moment, je pense que nous ne craignons rien. Vois-tu, de nouvelles recrues arrivent chaque semaine des quatre coins de l’empire ; ce ne sont que de timides oisillons, et pourtant j’ai le sentiment qu’ils portent sur leurs épaules l’avenir des marchombres.

Syndrell se lécha les doigts avec applications, pensive. Au bout d’un moment, elle se redressa souplement.

- Si tu n’es pas inquiet, alors moi non plus. J’ai un oisillon à retrouver.
- Alors file, jeune loutre ! Et n’oublie pas, le doute n’est une force que s’il te pousse en avant…




*


"Le doute n’est une force que s’il te pousse en avant"

Syndrell doutait pourtant, car elle n’avait pas tout dit à Valcyan. Comment aurait-elle seulement pu lui parler de cette guerre dans laquelle elle s’était lancée ? De son pacte avec Syles Agarest, l’envoleur revenu des ténèbres ? Du retour de Lyke, capable d’user non pas d’une métamorphose, mais d’autant qu’il lui était souhaitable ?

Oui, la jeune femme doutait et ce depuis quelques semaines déjà. En fait, elle avait commencé à douter juste après avoir vaincu Onku. Elle avait senti que c’était trop facile, qu’il ne pouvait pas être parti aussi vite, aussi aisément. Ezadrah était certes sauvée, pourtant le calvaire des métamorphes de l’empire ne faisait que débuter. Elle, elle ne possédait pas ce fascinant pouvoir de changer de forme. Humaine, elle avait revêtu le manteau des marchombres pour dépasser ses propres limites et filer sur la voie que Miss avait tracé pour elle.

Elle se demandait si cela serait suffisant pour faire pencher la balance.

Mais, baste ! Ce n’était plus le moment de songer à tout cela. Syndrell siffla Vagabond et se mit à courir, avant même que l’étalon noir surgisse du couvert des arbres pour galoper jusqu’à elle. Il ne s’arrêta pas lorsqu’elle bondit sur son dos, et poussa un hennissement de joie quand elle lui fit comprendre, d’une infime pression des genoux, qu’il pouvait laisser libre court à toute sa vitesse. Couchée sur son encolure, cheveux au vent, la marchombre savoura bien davantage encore que son pain au raisins cet instant d’ivresse pure.

Vagabond n’avait rien perdu de son allure folle quand un faucon plongea depuis les nuages pour raser l’herbes à ses côtés, avant de remonter en une courbe parfaitement maîtrisée. Syndrell le suivit du regard, fascinée. Elle l’était encore lorsqu’elle franchit au petit trot la porte ouverte de l’Académie ; perché sur la margelle de la fontaine qui glougloutait joyeusement, le rapace lissait ses plumes avec application.


- Espèce de vantard, commenta l’adroite cavalier en mettant pied à terre avec nonchalance.

L’image du faucon se brouilla et laissa place à un garçon de seize ans.


- Pour une fois que les rôles sont inversés…
- Hé ! Je ne me suis jamais vantée !
- Dit-elle en en revenant d’une épique chevauchée.
- Et puis, je ne me trimbale pas toute nue aux yeux du monde, moi.


Lyke baissa les yeux, rougit jusqu’aux oreilles et se précipita vers la selle de Vagabond pour en détacher la cape de voyage de la marchombre.

- Il faut vraiment que je trouve une parade à ce désagrément, ronchonna-t-il en s’enveloppant dans le vêtement.
- Tu devrais surtout éviter de montrer tes talents. Je te rappelle que tu es recherché.
- Je reste prudent, ne t’en fais pas, mais je ne peux pas rester enfermé ici du matin au soir !
- Cela ne semblait pas t’embêter quand Ylléna était dans les parages.


Comme le garçon rougissait de plus belle, Syndrell sourit et conduisit son étalon vers l’écurie. Lyke s’attendait à ce qu’elle le desselle et le bouchonne, mais elle noua sa bride à un piton émergeant du mur.

- Tu repars ?
- Oui, avec mon élève.
- Je peux venir ?


Syndrell secoua la tête, désolée de briser les espoirs de son petit frère de cœur. Elle détestait le blesser de cette façon.

- Non, Lyke. Cette aventure ne concerne que mon apprenti et moi.
- D’accord.


Elle haussa un sourcil devant cette reddition aussi soudaine qu’insoupçonnée, mais le temps filait ; elle devait y aller. La marchombre fit quelques pas vers l’école, puis s’arrêta brusquement et fit demi-tour pour attraper Lyke dans ses bras et le serrer contre elle. Il la dépassait d’une tête à présent.

- Je t’aime, affirma-t-elle avant de prendre le chemin de l’Académie en une foulée souple et tranquille.
- Moi aussi, souffla Lyke sans la quitter des yeux.



*



Bien évidemment, Syndrell fit un détour par les cuisines, où elle subtilisa une pomme dans le dos de Mia. La cuisinière en chef n’était cependant pas dupe. Le dos toujours tourné, l’air occupé par son omelette, elle interpella la chapardeuse avant que celle-ci eût quitté la pièce sur la pointe des pieds :

- N’oublie pas ma liste, fripouille de loutre !

Syndrell laissa échapper un rire amusé. Elle tapota la poche de sa veste, où se trouvait la fameuse liste d’ingrédients dont Mia avait besoin en ville ; la jeune femme s’était proposée de la décharger de ses achats, puisqu’elle avait prévu d’y aller en compagnie de son apprenti. C’était une façon parmi d’autres de se faire pardonner ses « vols » gourmands…

On la surnommait désormais régulièrement « la loutre », à cause de l’animal subtilement esquissé sur ses bottes de cuir bleu nuit ; lorsque la lune se levait, elle faisait briller le dessin comme s’il était l’œuvre d’une petite fée. Un pantalon de cuir très fin et très souple, aisément confondu avec un collant aux teintes anthracites, soulignait le galbe de ses jambes fuselées. Sa tunique était un récent cadeau de Ciel et d’Aedan : alliant l’indigo au bleu ciel, elle se croisait en deux pans sur sa poitrine, lesquels étaient maintenus par une ceinture de tissu d’un gris plus soutenu que celui de ses bas.

Y étaient fixés le fourreau du poignard de Miss, seule et unique lame qui ne la quittait jamais depuis que son maître lui en avait fait don des années plus tôt, et aussi celui de la rapière forgée par Dil’Duran. Une petite bourse venait compléter cet attirail, mais le secret de cette tunique, c’est qu’elle recelait un nombre incalculable de doublures et de petites poches secrètes, lesquelles contenaient moult crochets, épingles et autres outils indispensables à la marchombre qu’elle était.

La tunique était conçue sans manches. Toutefois, en raison de l’automne qui rafraîchissait considérablement l’atmosphère, Syndrell avait passé un haut à manches longues sous le vêtement. Des mitaines souples venaient compléter cet accoutrement, qui s’accordait parfaitement avec le bleu soutenu de ses cheveux qu’elle s’appliquait à nouer en une queue de cheval tout en progressant dans les couloirs de l’école, et avec l’or flamboyant de son regard.

Elle venait tout juste de finir de se coiffer, laissant une mèche rebelle lui tomber devant les yeux, quand elle trouva enfin son élève dans le hall d’entrée. Il y avait un peu de monde en cette heure avancée de la matinée, mais elle le reconnut immédiatement, alors qu’elle arrivait dans son dos : grand et mince, les cheveux bruns et l’allure prudente…


- Bonjour Erhan, le salua-t-elle en se glissant près de lui. Prêt à me suivre encore une fois ?

Envolés, les soucis qui envahissaient son esprit, et disparue l’inquiétude que ses dernières aventures avaient installée en elle ; à présent qu’elle avait retrouvé son élève, son cœur battait plus vite et un sourire ravi illuminait son visage.

Elle était heureuse de repartir avec lui.

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Erhan Arfas
Groupe Kabay
avatar

Nombre de messages : 94
Citation : "L'imagination est plus importante que la connaissance, car la connaissance est limitée." Albert Einstein
Date d'inscription : 23/06/2016

Feuille de personnage
Age: 22
Greffe: Non
Signe particulier: Cicatrice près du coeur. A des visions de son amie d'enfance. Porte la chaînette de celle-ci autour du cou.

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Dim 14 Oct 2018, 11:00

— Alors, monsieur-solitaire, belle journée ?
— C’est le surnom du jour ?
interroge Erhan, à la fois amusé et agacé.
— J’en ai encore un paquet sous le coude pour tous les jours de l’année, tu sais ?

Erhan secoue la tête, dépité. Yohan ne changera jamais. C’est à se demander ce qui est capable d’empêcher le jeune homme de sourire et de plaisanter. Rien, sans doute.

— C’est le grand jour, pas vrai ? lâche-t-il en devenant un peu plus sérieux.
— Oui.

Erhan termine de mettre ses chaussures. Il vérifie que sa tenue d’apprenti, ce souple ensemble de cuir qu’il a pris l’habitude de porter ces dernières semaines, ne gêne pas trop ses mouvements. Il se doute qu’il y aura sans doute des épreuves physiques à surmonter aujourd’hui.

Il enfile une veste avec un capuchon, souvenir de ses vols à Al-Far, et accroche une petite cape de voyage à ses épaules ; on ne sait jamais, après tout. Il place une toute petite dague dans sa chaussure droite, et un poignard qu’il dissimule au mieux à sa ceinture, côté gauche. Du bout des doigts, d’un geste instinctif auquel il ne prête même pas attention, il se rassure de sentir la chaînette de Lewyn autour de son cou.

Yohan, debout près de lui, appuyé contre un des lits superposés du dortoir des apprentis déjà vidé de ses habitants, le regarde en souriant.

— On pourrait presque croire que tu as un rendez-vous galant. Tu veux un miroir, pour vérifier ta coiffure, monsieur-solitaire ?
— Tais-toi,
rétorque Erhan en soupirant. Je veux être sûr de ne rien oublier, c’est tout.
— Tu auras beau dire ce que tu veux, tu as hâte de reprendre, hein ?
— Évidemment.
— Tu n’auras plus besoin de tourner en rond dans l’Académie entre deux séances de gestuelle maladroite, alors ?


Le garçon ne relève la pique. Yohan aime le taquiner plus que de raison. Il est vrai qu’il lui est arrivé de s’ennuyer, pendant ce mois. Il faut dire qu’Erhan se sent vite inutile, sans occupation précise.

Il a évidemment profité de son temps libre pour courir et se muscler un peu ; la gestuelle marchombre et l’escalade en tête de ses programmes journaliers. Il ignore s’il a maîtrisé comme il le faut cette danse étrange, mais peu importe. Il a suivi les conseils de son maître après leur dernier cours, sur les toits de l’Académie, et il a fait au mieux pour appliquer ses enseignements.

Erhan se relève enfin, et croise le regard de Yohan, empreint d’une gravité inhabituelle.

— Je crois que c’est bon. J’y vais.
— Erhan, attends.
— Hm ?


Yohan a pris un ton étrangement sérieux. Pendant un bref moment, Erhan pense qu’il va encore sortir une blague de mauvais goût. Mais une lueur dans son regard lui fait finalement croire que non.

— Tu as envie de devenir un marchombre ?
— … oui, pourquoi ?
— Non, je veux dire… tu comprends mieux ce que c’est la Voie ? D’habitude, quand on en parle, tu n’as pas l’air emballé, ou alors tu n’as pas l’air de saisir très bien les choses… comment dire ?

Voyant que Yohan cherche ses mots — fait rare, voire inédit — Erhan le devance, comprenant un peu où il veut en venir.

— Je ne maîtrise pas bien les mots, Yohan, donc c’est difficile à expliquer, mais… pendant ce cours, à plusieurs moments, j’ai ressenti un truc. J’ai l’impression d’avoir changé de route. D’avoir effleuré du bout des doigts un nouveau chemin. Peut-être que c’est cette fameuse Voie dont les autres apprentis parlent tout le temps. Je l’ai peut-être trouvée. Ou pas. En tout cas, ce qui est certain, c’est que j’ai l’impression d’en avoir eu un joli aperçu… et j’ai envie d’aller plus loin. Je veux voir… je veux voir jusqu’où cette Voie peut m’emmener. Jusqu’où je peux aller.

Yohan reste silencieux. Leurs regards se croisent, et les pupilles vertes et malicieuses de son aîné se rallument. Yohan esquisse un grand sourire, et pose les mains sur les épaules d’Erhan.

— Tu as mis trois jours à me dire ton nom, dix à lâcher deux phrases d’affilée en ma présence, et dix-neuf à me parler vaguement de ton passé. Oui, j’ai compté ! Mais je suis content de voir qu’il t’a suffi d’un seul petit mois pour me convaincre que tu es fait pour arpenter la Voie… donc bienvenue au club, monsieur-solitaire !
— … quoi, tu as vraiment compté ça ?
s’étonne Erhan, en fronçant les sourcils.

Yohan, gêné, toussote et recule d’un pas.

— Ouais, bon, moi aussi j’me fais chier parfois. Allez, je te laisse, Erhan. J’espère que ton cours se passera bien, et qu’on se reverra bientôt !
— Salut, Yohan.


L’aîné s’éclipse par la porte ouverte des dortoirs. Erhan jette un dernier coup d’œil à son lit étroit, ce lit qu’il ne reverra probablement pas avant plusieurs jours, plusieurs semaines peut-être. Il ignore où il va, ou quand il reviendra, mais après tout, il s’en fiche. Ce qui compte, c’est ce qu’il va apprendre. Peu importe qu’il n’ait plus le confort d’un matelas pour dormir. Il a vécu une dizaine d’années sur les pavés, il peut bien se contenter d’un peu d’herbe ou même de feuilles mortes. À moins que leur cours ne les entraîne vers une ville ?

Sans plus attendre, Erhan sort du dortoir, à la fois nerveux et excité à l’idée d’un nouveau voyage.



***



Le hall est plein de vie.

Des apprentis, des maîtres, ou de mystérieux invités vont et viennent dans l’Académie, discutent, échangent. Certains apprentis semblent s’amuser à escalader la rambarde d’un grand escalier en un minimum de bonds possibles, sous les vociférations d’un vieux maître rabougri.

Erhan, debout près des portes ouvertes sur l’extérieur et le soleil matinal, observe tranquillement le groupe, bras croisés.

Soudain, déboulant des cuisines, un certain Yohan surgit de nulle part, avec une pomme dans chaque main. Erhan, amusé, entend la voix indignée de Mia, qui doit aussi en avoir assez que ce chapardeur vienne régulièrement piocher dans les réserves.

Alors que son aîné passe en coup de vent dans le hall et s’enfuit par une fenêtre entrouverte sans même le voir, Erhan sent quelque chose le frôler, et sursaute légèrement quand une voix résonne tout près de lui.

— Bonjour Erhan. Prêt à me suivre encore une fois ?

Il pivote et constate que c’est Syndrell ; évidemment. Elle n’a pas changé, même regard doré, mêmes cheveux bleus. Son accoutrement n’est pas le même qu’au dernier cours. Et il attire plus l’œil que le sien gris-noir, avec ses belles nuances de bleu.

Erhan esquisse un sourire, franc et sincère, comme il en a très rarement eu ; et la réponse jaillit de ses lèvres d’elle-même, sans qu’il y prenne la peine d’y réfléchir.

— Je suis prêt depuis un mois, Syndrell.

Il ignore où ils vont, ce qu’ils vont faire, ce qu’il va subir. Mais pour une fois, l’inattendu ne lu fait plus peur. Il a même envie d’être surpris.

Cette Voie est définitivement plus intrigante que celle qu’il a emprunté pour en arriver là.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4456
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Mer 17 Oct 2018, 06:40

Syndrell éclata d’un rire joyeux qui fit naître un petit rayon de soleil dans le hall. Heureuse de la réponse de son élève, elle lui fit signe de le suivre et le mena dans la cour baignée de lumière. Il faisait frais, mais le ciel d’un bleu presque aussi vif que ses cheveux gommait toute réticence à mettre le nez dehors. En l’apercevant, Vagabond piaffa et fit claquer un sabot sur le sol, pressé de repartir à l’aventure.

- Prépare un cheval et retrouve-moi dans le cercle de monte, dit-elle à Erhan tout en désignant du pouce l’espace délimité dans son dos.

Circulaire, il était ceint d’une barrière de bois clair et entièrement tapissé de terre battue. Les marques imprimées sur celle-ci prouvaient le passage de nombreux cavaliers, mais puisqu’il était libre à cette heure, Syndrell voulait voir, d’abord dans ce cercle d’entraînement, comment son élève se débrouillait sur le dos d’un cheval.

Elle détacha l’entrave de Vagabond, constatant que Lyke avait remis sa cape de voyage à sa place, et lâcha la longe de son étalon. Il se contenta de la suivre tranquillement jusqu’au cercle, à l’intérieur duquel il fit quelques cabrioles, ravi de s’amuser un peu. Syndrell l’imita de bon gré ; en attendant son élève, pourquoi se priver d’un peu d’exercice ?

Elle joua donc à chat avec Vagabond. Quand ils voyageaient seuls, c’était une façon pour eux de tuer le temps et la solitude : elle courait pour l’attraper, il bondissait à droite ou à gauche et trottinait fièrement, persuadé d’être invaincu. Jusqu’à ce qu’elle lui tombe dessus pour un énorme câlin. Alors les rôles s’inversaient, c’était à lui de l’attraper et à elle de lui échapper…

Le jeu cessa toutefois lorsqu’Erhan s’approcha du cercle. Syndrell l’attendit près de la barrière, la longe de Vagabond posée sur son épaule tandis que l’étalon soufflait malicieusement dans ses cheveux bleus.


- Tu as déjà monté ou c’est ton baptême ? s’enquit la marchombre.

Le souvenir de Darwen tétanisé lui revint en tête ; il lui avait fallu déployer des trésors de patience pour permettre au jeune homme de se détendre en compagnie d’un cheval. Chaque rencontre de ce type était unique, et elle se demandait quel cavalier était – ou serait ! – Erhan.

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Erhan Arfas
Groupe Kabay
avatar

Nombre de messages : 94
Citation : "L'imagination est plus importante que la connaissance, car la connaissance est limitée." Albert Einstein
Date d'inscription : 23/06/2016

Feuille de personnage
Age: 22
Greffe: Non
Signe particulier: Cicatrice près du coeur. A des visions de son amie d'enfance. Porte la chaînette de celle-ci autour du cou.

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Mer 17 Oct 2018, 16:37

Ils sortent du bâtiment et sont accueillis par une bouffée d’air frais qui lui fait très vite oublier l’agitation qui règne dans le hall. Syndrell paraît encore plus énergique et souriante que dans ses souvenirs ; et même s’il n’est pas du genre à se montrer aussi léger, cette atmosphère particulière lui plaît bien.

— Prépare un cheval et retrouve-moi dans le cercle de monte.

Elle désigne en même temps le petit terrain cerclé de barrières, à quelques pas de là. Erhan acquiesce et remarque que le cheval de la marchombre est déjà là. Alors qu’elle l’emmène dans le cercle, il se dirige vers les écuries toutes proches en se posant déjà quelques questions.

Vont-ils aller loin d’ici ? Ou est-ce juste pour l’évaluer, ou l’entraîner ? Peut-être les trois en même temps ?

Rejoignant les box, il met quelques minutes à emprunter une jument à la robe grise, et tachetée de blanc. Il a déjà eu l’occasion de partir pour courtes distances avec elle, et il a l’impression qu’elle le reconnaît parfois, mais sans en être certain. Il faut dire qu’il n’est déjà pas habitué à bien cerner les intentions des autres apprentis, alors celles d’un cheval qui ne lui appartient même pas…

— Allez, Brume, tu vas sortir un peu, lâche-t-il.

Il se souvient tout juste comment équiper la bête ; mais il estime s’en sortir assez bien. Il vérifie une dernière fois la selle et le harnais, et finit par attirer la jument vers le cercle, où l’attend Syndrell et sa propre monture.

— Tu as déjà monté ou c’est ton baptême ? dit-elle alors que son cheval a l’air de poser sa tête sur son épaule.
— J’ai monté quelques fois. Mais je ne peux pas dire que je sois bon cavalier…

Il se souvient encore de son premier essai, sur la jument trop docile de Hièlstan. Depuis, il a fait quelques tours près du lac de l’Académie ; avec un certain Yohan comme professeur. Mais ce dernier n’est pas vraiment un modèle de patience, et bien qu’Erhan sache aller au trot sans crainte, il n’a jamais pris le risque de pousser Brume au galop.

Et puis ce terrain forme un cercle, bien loin de ressembler aux lignes droites sur lesquelles il a essayé de chevaucher.

La jument grise renâcle à côté de lui, et il entre avec elle dans le cercle de monte.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4456
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Mer 17 Oct 2018, 18:38

Comme à son habitude, Erhan demeurait prudent ; c’était un garçon discret qui ne se mettait jamais en avant. Syndrell évalua un bref instant le harnachement de la jument qu’il avait choisie et hocha la tête, satisfaite du résultat. Elle était heureuse également qu’il ait opté pour Brume en particulier, car c’était une brave fille, toujours à l’écoute de son cavalier et bien plus maligne que la plupart des chevaux. Vagabond s’ébroua, gonfla le poitrail et elle aurait juré qu’il lui jetait un regard énamouré. Les mâles, tous les mêmes… !

- Etre un cavalier s’apprend, nuança Syndrell en réponse à la remarque de son élève, et devenir bon également. Commence par faire marcher Brume, dans un sens puis dans l’autre, avant de la lancer au trot.

Elle-même se hissa souplement sur le dos de vagabond, mais elle resta sur place pour observer les faits et gestes d’Erhan. A en juger par son allure, il avait effectivement un peu d’expérience et semblait plutôt à l’aise sur un cheval, mais tout comme il éprouvait des difficultés à communiquer avec un être humain, dialoguer avec sa monture n’était pas simple.

Syndrell avait déjà compris que tout son enseignement allait s’axer sur ce point-là, précisément. Lors de leur rencontre, elle avait trouvé Erhan réceptif, mais étrangement incapable de renvoyer clairement ses émotions. Il écoutait bien, apprenait vite et avait plus d’une corde à son arc, car un gamin des rues, parce qu’il était contraint de se débrouiller tout seul pour survivre, développait forcément des capacités hors du commun.

Mais Erhan manquait de confiance. En lui, et dans le monde qui l’entourait. Son passé en était la cause, son caractère également… enfin ! Tout comme il apprenait l’équitation, il apprendrait à s’ouvrir un peu. A se connaître suffisamment pour dépasser ses limites. Syndrell espérait avoir la chance d’assister à cette métamorphose, elle voulait vraiment voir la petite chenille devenir papillon, cependant la jeune femme était consciente qu’il lui fallait être patiente ; ce genre de miracle n’était pas de ceux qui se produisent tous les jours !


- Bien ! dit-elle en l’observant tandis qu’il évoluait dans le cercle. Baisse un peu tes talons et tes coudes, et reviens jusqu’à moi.

Vagabond piaffa de joie.

- Modère tes ardeurs, l’amoureux ! lui souffla-t-elle en lui tapotant affectueusement l’encolure.

Elle attendit qu’Erhan se soit approché pour lui exposer son idée.

- Je trouve que tu te débrouilles bien, pour quelqu’un qui n’a pas une si grande expérience. Tu sais ce qu’il te manque ? La complicité. Cette jument n’est peut-être pas la tienne, mais pendant quelques jours, elle sera ta plus fidèle compagne, et tu seras son cavalier ; c’est important de le comprendre, et plus important encore de le ressentir, parce que c’est ce qui vous permettra d’aller très loin, tous les deux. On va essayer quelque chose, alors : tu vas continuer à trotter tranquillement dans le cercle, mais tu vas fermer les yeux. Interdiction de les ouvrir, quoi qu’il arrive, à moins que je ne t’en donne la permission !

Fermer les yeux, quelle que soit la situation, exigeait une confiance que certains n’étaient pas prêts à donner, ou bien à recevoir ; Erhan allait-il réagie positivement à cette demande ? Pour le rassurer autant que pour le convaincre, Syndrell lui fit une démonstration. Elle ferma les yeux et se contenta de laisser ses genoux, son bassin, ses doigts, son corps intimer à Vagabond de bouger.

- On ressent toujours mieux les choses quand on ferme les yeux, poursuivit-elle tandis qu’ils effectuaient un tour de piste. Le bruit des vagues sur le sable, la douceur de la nuit sur la peau, la chaleur d’un baiser… Tu sais quoi ? Si je pouvais vivre les yeux fermés, je crois que ça me plairait assez !

Vagabond dansait presque, ravi de se donner en spectacle sous les yeux calmes de Brume. Le soleil jouait sur sa robe, allumant des reflets flamboyant dans les sombres nuances, et le vent généré par son allure dansait dans sa crinière et sa longue queue. Tout en grâce et en puissance, il donnait l’impression d’à peine fouler la terre. Les yeux clos, Syndrell le laissait aller. Ce n’était pourtant pas lui qui menait la danse, ni elle ; c’était un duo qui évoluait à son propre rythme.

- Quand tu estimeras le moment opportun, lâche les rênes, dit alors la marchombre en joignant le geste à la parole. Tes jambes prendront le relais, ainsi que ta voix. Fais confiance à ton cheval, laisse-le devenir tes yeux.

Encore un petit tour de piste pour la forme, et Syndrell revint près d’Erhan. Elle ne rouvrit les yeux qu’une fois Vagabond immobilisé, et sourit à Erhan.

- A ton tour.

Comme pour l’encourager à sa manière, Vagabond hennit doucement.




[Tu as changé ton avatar, non ? J'aime !!! amoureux ]

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Erhan Arfas
Groupe Kabay
avatar

Nombre de messages : 94
Citation : "L'imagination est plus importante que la connaissance, car la connaissance est limitée." Albert Einstein
Date d'inscription : 23/06/2016

Feuille de personnage
Age: 22
Greffe: Non
Signe particulier: Cicatrice près du coeur. A des visions de son amie d'enfance. Porte la chaînette de celle-ci autour du cou.

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Mer 17 Oct 2018, 20:36

La première étape ne paraît pas très ardue. Brume répond bien à ses sollicitations, et les quelques allers-retours de marche se passent bien ; il s’est presque attendu à pire.

Il sent le regard de Syndrell sur lui. Il a beau se sentir analysé, ça ne le dérange pas tant que ça. Sûrement parce qu’il commence un peu à la connaître, et parce qu’il s’estime se débrouiller assez bien pour une épreuve aussi basique.

La marchombre l’appelle ; il se rapproche et suit ses conseils pour mieux se tenir.

— Je trouve que tu te débrouilles bien, pour quelqu’un qui n’a pas une si grande expérience. Tu sais ce qu’il te manque ? La complicité.

Erhan hoche la tête, mais baigne entre l’incompréhension et l’hésitation.

Non pas qu’il ne comprenne pas l’idée, mais il a du mal à se voir assez proche de Brume au point de venir complice avec elle. Mais ça ne coûtera rien d’essayer.

— Cette jument n’est peut-être pas la tienne, mais pendant quelques jours, elle sera ta plus fidèle compagne, et tu seras son cavalier ; c’est important de le comprendre, et plus important encore de le ressentir, parce que c’est ce qui vous permettra d’aller très loin, tous les deux. On va essayer quelque chose, alors : tu vas continuer à trotter tranquillement dans le cercle, mais tu vas fermer les yeux. Interdiction de les ouvrir, quoi qu’il arrive, à moins que je ne t’en donne la permission !

Fermer les yeux ? En voilà, une étape plus risquée. Voyant sans doute qu’il doute de cette méthode plutôt originale, Syndrell lui fait elle-même la démonstration. Ses yeux dorés disparaissent derrière ses paupières closes, et cavalier comme montures se mettent en mouvement.

Erhan, étonné, suit du regard les deux compagnons. Si le garçon a du mal à exprimer en mots ce qu’il faudrait faire pour devenir complice avec Brume, il a l’impression d’avoir devant lui une démonstration on ne peut plus claire de ce qu’est la « complicité ». Même avec les yeux ouverts, Yohan aurait difficilement pu se pavaner de cette façon.

— On ressent toujours mieux les choses quand on ferme les yeux, continue-t-elle. Le bruit des vagues sur le sable, la douceur de la nuit sur la peau, la chaleur d’un baiser… Tu sais quoi ? Si je pouvais vivre les yeux fermés, je crois que ça me plairait assez !

Pendant un bref instant, Erhan a l’impression de faire un bond dans le passé.

« Vivre les yeux fermés ». C’est en entendant cette phrase qu’il se rend compte d’à quel point la Voie des marchombres est différente de celle qu’il a toujours emprunté. Il a toujours appris à ne dormir que d’un œil, à toujours garder les yeux ouverts pour éviter d’être poignardé dans le dos. Ce n’est pas quelque chose qu’il a expérimenté, et qu’il essaierait de faire par curiosité. Il se sentirait trop exposé…

Mais les mots de Syndrell, et les gestes qui accompagnent maintenant cette danse équestre inattendue, résonnent désormais d’une manière différente. Rien ne semble pouvoir troubler l’étrange concentration de la cavalière et de sa monture. Comme si une connexion se faisait naturellement entre eux.

Fermer les yeux pour mieux apprécier le moment présent ? Si l’idée lui paraît toujours saugrenue, contre-intuitive… il n’est pas totalement contre l’envie d’essayer. Après tout, il n’est plus à Al-Far.

— Quand tu estimeras le moment opportun, lâche les rênes, dit Syndrell en lui montrant. Tes jambes prendront le relais, ainsi que ta voix. Fais confiance à ton cheval, laisse-le devenir tes yeux.

Il ne répond pas, et observe les mouvements de Syndrell pour tenter de comprendre comment elle s’y prend. Il paraît maintenant évident qu’elle comprend son cheval mieux que personne d’autre. Difficile d’égaler une telle prestation ; il s’en sait incapable pour le moment.

Ce qu’il doit faire, c’est donc… de faire confiance à Brume.

Il flatte distraitement l’encolure de la bête, qui regarde passer une dernière fois le duo ; enfin, la marchombre rejoint Erhan et esquisse un sourire.

— A ton tour.

Le cheval de son maître hennit doucement, comme un écho. Erhan se redresse sur sa selle, et inspire pour se concentrer. Enfin, ayant conscience que la barrière de bois est dans son dos et Syndrell à sa gauche, il donne un petit coup de talon, incline légèrement les rênes…

…et a l’étrange impression que Brume part plutôt tout droit qu’à droite. Tant pis. Il s’incline un peu, et il sent la jument bifurquer à peu près dans la bonne direction. Elle se met à trottiner tranquillement. Mais il se rend bien compte qu’il n’a aucune idée d’où se trouvent les barrières désormais. Seule Brume peut le voir, et même s’il la sait assez intelligente pour ne pas foncer dans la clôture, il ne peut s’empêcher de se tendre en craignant heurter quelque chose.

Il garde obstinément les yeux fermés ; ce serait tricher. S’il n’arrive pas à se forcer à rester aveugle, il ne pourra pas aller bien loin.

D’un geste, il essaie de guider Brume vers la gauche ; là encore, il sent qu’elle ne comprend peut-être pas très bien son ordre. Il s’est montré trop hésitant, sans doute. Il se rend compte qu’il a un peu perdu ses repères. La tentation d’ouvrir les yeux est grande, il ignore où se trouve la frontière du cercle…

D’un petit coup sec, il tire les rênes. Brume se fige. Toujours aveugle, il reprend son souffle. Essaie de mettre de côte toutes ces pensées inutiles qui l’assaillent et l’empêchent de se concentrer. Il entend la respiration de Brume, et celle du cheval de Syndrell, à quelques mètres de là. Il sent les flancs de la bête se soulever au rythme de ses inspirations. Une brise fraîche lui ébouriffe les cheveux. Le soleil tape contre sa nuque.

Presque parfaitement calme, il demande à Brume de repartir. La jument obéit, et il entend la terre battue crisser légèrement sous ses sabots.

Brume se met à tourner d’elle-même ; il devine qu’elle a évité la barrière. Probablement se met-elle à la longer, désormais. Plus rassuré, plus serein, il se décide à enfin lâcher les rênes, comme le lui a demandé Syndrell. Il laisse à Brume le loisir de le guider sur quelques mètres, et lui demande de ralentir. Puis de se lancer au trot de nouveau. Et enfin, de faire demi-tour pour repartir dans l’autre sens.

S’il se doute que ses manœuvres manquent de fluidité et sont sans doute dépourvues de la grâce du duo qui l’observe sans doute en ce moment-même, il est plutôt satisfait de ne pas avoir affolé Brume ; bien qu’il ne l’ait jamais surprise en train de désarçonner quelqu’un, il a toujours craint de faire une erreur, et d’être projeté de sa selle.

Il lance un ordre bref pour lui demander de ralentir, et se permet un nouveau demi-tour pour accélérer vers l’autre côté. Il accompagne ça d’un coup de talon, et sent l’animal se tendre et s’élancer puissamment. Un peu trop fort.

Instinctivement, il cherche les rênes, mais ne les trouve pas ; il perd légèrement l’équilibre et se rattrape à l’encolure de Brume en entrouvrant un œil alors que la jument s’arrête de surprise.

Erhan se redresse sur la selle et hésite ; fermer les yeux et recommencer ?

Sentant le regard de Syndrell, et se rappelant qu’elle ne l’a autorisé à regarder que sur son ordre, il se secoue un peu. Il abaisse les paupières, inspire, et recommence une dernière fois. Il s’est encore affolé, ou alors il a simplement été trop vite, difficile à dire. Mais il sait qu’en se concentrant, il peut y arriver. Il doit y arriver.


[Oui, il est tout frais ! Smile ]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4456
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Ven 19 Oct 2018, 18:32

Erhan était trop crispé. Ce détail sautait aux yeux et l’empêchait de transmettre ses volontés à Brume qui, du coup, hésitait ; prête à héler le jeune homme pour rectifier le tir, Syndrell tint résolument ses lèvres closes. Il était question de confiance, n’est-ce pas ? Alors dans ce cas, elle devait lui faire confiance à lui, son apprenti ; il était capable de se tirer d’affaire tout seul.

Et il le lui prouva.

Elle sourit en le voyant s’arrêter pour tendre l’oreille. Bon réflexe ! Une fois la vue obstruée, les autres sens prenaient automatiquement le relais. C’était la leçon qu’elle-même avait tirée en affrontant Syles pour s’entraîner, quand il lui avait bandé les yeux alors que lui-même vivait dans l’ombre depuis sa captivité. En mobilisant son ouïe, Erhan franchit donc un premier obstacle et cela lui permit de retrouver le droit chemin.

Mais pas de se détendre. C’était sans doute plus difficile pour lui, toujours méfiant, aux aguets. Syndrell connaissait bien cet état d’esprit, cet instinct sauvage qui servait de carapace face aux dangers extérieurs, tellement nombreux en ce monde… après tout, elle avait grandi dans la rue, elle aussi, entre deux séjours dans un orphelinat et quelques adoptions ratées ! Sans cesse rejetée à cause de la couleur atypique de ses cheveux et de ses yeux, elle avait elle aussi aiguisé ses griffes et il lui avait fallu beaucoup de temps pour accepter de les rétracter.

Elle réalisa soudain qu’à l’époque où elle avait rencontré Miss, elle devait ressembler pas mal à Erhan : tendue, prête à détaler à la moindre menace… Les mains croisées sur le pommeau de la selle de Vagabond, elle suivit les déambulations de Brume, pensive. Il fallait qu’elle se concentre un peu, qu’elle retrouve les images de ce passé déjà loin…

Leif était mort dans ses bras. Son aîné parmi les Ombres, espions de l’empire, son premier amour aussi, avait rendu son dernier souffle par une nuit orageuse ; il lui avait fallu des semaines pour arriver à lui faire confiance, et bien d’autres encore pour mieux cerner ce qu’elle ressentait à son égard. Elle était en fuite quand Miss l’avait trouvée, menacée par les foudres de Vanora. Petite fille par bien des côtés, mais déjà plus mûre que ses pairs, sauvageonne dans ses réactions, c’était à se demander comment Miss avait réussi à établir ce lien de confiance qu’elle avait mentionné pour qu’Erhan se sente m…

Syndrell cligna des yeux.

Un lien de confiance ! C’était si simple ! Le vent joua dans ses cheveux et il lui sembla, un bref instant, que le rire de Miss résonnait à ses oreilles, empreint de malice. La marchombre secoua la tête, médusée. Fallait-il qu’elle soit distraite à ce point pour n’avoir pas encore compris ?

Mais baste ! Erhan venait de glisser de sa selle. Il n’était pas tombé complètement et avait seulement ouvert un œil, mais il fallait se recentrer sur l’instant présent, car quelque chose était sur le point de se produire – et il était hors de question qu’elle passe à côté ! Un creux de sourire dans la joue, Syndrell claqua de la langue et laissa Vagabond faire quelques pas en avant.

Erhan n’avait commis aucun faux pas.

Au contraire ! C’était Brume qui avait manifesté son impatience, confirmant que le moment était venu de passer à l’étape suivante ! Syndrell se pencha pour attraper la porte et la pousser, ouvrant le cercle de monte. Elle ne dit rien, car il n’y avait pas besoin de dire quoi que ce soit ; Brume s’engagea d’elle-même par l’ouverture, et Vagabond la suivit, évidemment. Côte à côte, ils franchirent la porte de l’Académie et s’engagèrent sur le sentier.

Libres.


- Tu peux ouvrir les yeux, maintenant.

Brume connaissait les lieux, cela aidait, toutefois l’essentiel résidait dans ce lien qui, quoiqu’encore timide, s’était établi entre Erhan et elle. Ravie, Syndrell s’étira comme si de rien n’était, puis croisa les mains derrière sa nuque, laissant Vagabond aller à son rythme – un pas tranquille, parce qu’il savourait cette balade auprès de sa compagne.

- Grisant, n’est-ce pas ? Cette sensation d’avancer vers l’inconnu, de prendre tous les risques, en particulier celui d’être surpris… Et regarde, tu as adopté la bonne posture ! Quand on ferme les yeux, on voit le monde autrement.

Le soleil jouait de ses rayons entre les feuilles, dessinant de petites taches lumineuses sur le sol tandis que de minuscules paillettes flottaient dans l’air. Des marrons échappés de leurs bogues craquaient sous le pas des chevaux alors que deux écureuils, dérangés dans leur amassement de réserves gourmandes, filaient à toute allure le long des troncs noueux et couverts de mousse pour sauter de branche en branche et échapper à leur vue. L’automne était là, dans toute sa splendeur, et Syndrell prit une profonde inspiration pour emplir ses poumons de l’air frais et piquant de cette belle saison.

- Nous mettons les voiles pour Al-Chen, déclara-t-elle d’un ton joyeux. Mais nous allons faire quelques détours pour l’atteindre. Dis-moi, Erhan, tu aimes ça, les pommes ?

Et sans attendre la réponse, la jeune femme se pencha sur l’encolure de Vagabond, pressa ses genoux contre ses flancs et s’élança dans un galop rapide. C’était une invitation à la suivre !



*



Tanank Nil’Pavanis ne vit pas les cavaliers qui approchaient. Ce fut Galmore, ce bon vieux chien de berger qui, toujours aussi vif, donna l’alerte en premier. Suivirent ensuite les cris d’Ollie et de Derfan, assez différents de leurs jeux habituels pour que l’éleveur aux cheveux clairs et au regard tendre délaisse son travail – le rétablissement d’une barrière en mauvais état – pour lever les yeux vers l’horizon.

Il n’était pas rare que des voyageurs empruntent cette route plutôt fréquentée, surtout à ce moment de la journée, mais l’on n’était jamais trop prudent ; Tanank se redressa, son maillet fermement serré dans sa main droite, et appela ses enfants qui vinrent se réfugier dans ses jambes. Le maître du domaine, une jolie petite ferme dans laquelle s’épanouissaient quelques animaux dont un certain nombre de chevaux, s’apprêtait à héler les deux cavaliers quand un éclat bleu attira son attention.


- Nom d’un bourdon… Syn ? C’est toi ?
- Salut grand chef ! Je t’ai manqué ?


Tanank avait la gorge trop serrée pour répondre à la question. Après trois ans sans nouvelles, bon sang, oui, son amie lui avait sacrément manqué ! En fait, Syndrell était saisie par la même émotion, mais elle mit pied à terre et ne chercha pas à masquer son trouble : elle franchit d’un bond la distance qui les séparait et sauta au cou de Tanank. Il était si grand qu’il la dépassait de trois bonnes têtes !

- Je… mais…
- Tu m’as manqué aussi,
affirma-t-elle en lui plantant un baiser sur chaque joue.

Elle recula d’un pas et il en profita pour essuyer rapidement ses yeux.


- Tanank, je te présente mon élève, Erhan. Erhan, Tanank est un ami de longue date. Il règne en maître sur ce domaine qu’il a bâti à la force de ses mains, élève des chevaux et les quelques vaches indolentes que tu peux voir là-bas, possède le plus joli verger du pays – et c’est là que nous allons nous entraîner un peu – et sait marcher sur les mains !
- Savait,
nuança Tanank en reprenant contenance.

Il serra la main d’Erhan, notant les muscles fins, la souplesse des mouvements et les vêtements de cuir sombre. Il savait depuis longtemps que Syndrell était une marchombre, mais il ne pouvait pas s’empêcher d’être fasciné par ces gens hors du commun.


- N’as-tu pas quelqu’un à nous présenter, toi aussi ? s’enquit Syndrell en souriant aux deux bambins qui s’accrochaient timidement aux jambes de leur père.

Celui-ci se rengorgea instinctivement, comme chaque fois qu’il était question de sa famille. Il est des fiertés dont on ne se prive jamais.


- Voici mes jumeaux, Derfan et Ollie. Vous dites bonjour, les garçons ?

Pour briser la glace, Syndrell s’accroupit et leva une main dans laquelle elle les invita à frapper. Tanank secoua la tête, amusé ; c’était une façon de se saluer ! N’empêche que cela fonctionna car Ollie, pourtant le plus impressionnable des deux, attrapa une mèche de cheveux bleus, sidéré par cette couleur.

- Je vais prévenir Cora que nous avons des invités. Elle va me houspiller pour ne l’avoir pas prévenue assez tôt. Tu ne manques pas d’air, Syn, de débarquer ainsi à l'improviste ! fit remarquer Tanank d’un ton joyeux qui démentait le sens de ses dernières paroles.
- On va se rendre utiles, ne t’en fais pas. Allons dire bonjour à Cora. Ensuite, je peux t’emprunter ton verger ?
- Bien sûr, mais pourquoi ?



Un clin d’œil doré et Syndrell fila à la suite des jumeaux qui couraient vers la maison. Tanank devina qu’il lui faudrait donc se contenter de cette réponse, mais ça ne lui posait pas de problème, en vérité ; il était trop heureux de revoir son amie.



*



Derrière le corps de ferme, sous le regard placide des vaches qui ruminaient paresseusement, il y avait tout un tas d’arbres fruitiers qui s’étendaient assez loin pour donner le vertige : abricotiers, poiriers, pruniers, noyers, figuiers et enfin, pommiers dont les branches, alourdies par les fruits qui se faisaient nombreux, ployaient désespérément. Syndrell salivait mais s’obligea à rester sérieuse : il était temps de passer à la leçon du moment !

Erhan la suivait sans bruit. La discrétion de ce garçon rendait sa présence agréable, mais elle comptait bien sur Tanank et son adorable famille pour l’aider à se détendre un petit peu. Pour l’heure toutefois, ils étaient seuls, et c’était important. La marchombre s’arrêta au milieu d’une petite allée jonchée de fruits que l’éleveur n’avait pas encore pris le temps de ramasser. Elle posa ses affaires dans l’herbe et attrapa un long sac duquel elle sortit un arc ; de taille moyenne, plutôt fin, il était assez classique mais très résistant. Elle le tendit à Erhan, ainsi qu’un carquois pourvu d’une vingtaine de flèches au sombre empennage.


- As-tu déjà eu l’occasion de tirer à l’arc ?

Erhan était débrouillard et quand on avait ce genre de chose entre les mains, la marche à suivre semblait évidente… néanmoins, il fallait connaître les gestes de base qui, aussi simple soient-ils, étaient à l’origine d’un tir correct ; dans l’attente de la réponse de son élève, Syndrell s’empara de sa propre arme, dont elle assembla les deux parties démontables en quelques mouvements rodés par l’habitude et l’expérience, subtilisa une flèche dans le carquois qu’elle venait de donner à son élève, l’encocha, visa, tira.

La pomme qu’elle avait posée au sommet d’un petit monticule de pierres s’envola, traversée par le trait qui la sépara en morceaux. Son arc à la main, la marchombre alla récupérer la flèche – sans oublier le fruit dont elle glissa un quartier entre ses lèvres avec gourmandise.


- Un déli’che ! s’exclama-t-elle, les yeux brillants.

Sans prévenir elle glissa un morceau de sa pomme dans la bouche d’Erhan, avant de ranger la flèche dans le carquois puis de le regarder en haussant un sourcil.

Alors ? Allait-il l’imiter et planter une flèche dans les pommes qu’elle avait disposées face à lui, quelques mètres plus loin, ou bien fallait-il qu’elle commence par lui apprendre à tenir un arc dans ses mains ?




[Permission de faire bouger Tanank si tu le souhaites ; c'est un pnj fort sympathique qui, je l'espère, plaira à Erhan !]

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Erhan Arfas
Groupe Kabay
avatar

Nombre de messages : 94
Citation : "L'imagination est plus importante que la connaissance, car la connaissance est limitée." Albert Einstein
Date d'inscription : 23/06/2016

Feuille de personnage
Age: 22
Greffe: Non
Signe particulier: Cicatrice près du coeur. A des visions de son amie d'enfance. Porte la chaînette de celle-ci autour du cou.

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Hier à 15:04

[Ces pnj me semblent fort sympathiques en effet !]



Ce sont les sons qui perturbent Erhan pendant quelques secondes ; il y a un changement. Le bruit des sabots sur la terre a changé, et la cadence de Brume également. Il a l’impression étrange que le cercle de monte est trop grand. La jument a cessé de tourner, il le sent. Elle avance tout droit. Alors que d’autres sons plus flagrants commencent à lui faire comprendre ce qu’il se passe…

— Tu peux ouvrir les yeux, maintenant.

La voix de Syndrell le tire de cette étrange rêverie, et alors qu’il ouvre les paupières, il est un instant ébloui par la lumière. Ses yeux se réhabituent très vite, et il comprend alors qu’ils ne sont plus dans le cercle de monte. À la route qu’ils empruntent et en voyant les derniers bâtiments de l’Académie reculer à la limite de son champ de vision, il esquisse un demi-sourire à la fois satisfait et étonné.

Il sent qu’il n’aura de cesse d’être surpris par tout ça ; il s’est tant concentré qu’il n’a pas remarqué le moment où Syndrell a ouvert la porte du cercle pour le guider à l’extérieur. Cette première épreuve est-elle une réussite, alors ? Juste une étape, peut-être.

— Grisant, n’est-ce pas ? Cette sensation d’avancer vers l’inconnu, de prendre tous les risques, en particulier celui d’être surpris… Et regarde, tu as adopté la bonne posture ! Quand on ferme les yeux, on voit le monde autrement.

Le garçon rattrape pensivement les rênes de Brume. Oui, il a l’impression de commencer à saisir. Derrière les paroles parfois sibyllines, les actes souvent inattendus des marchombres, il croit enfin être capable de comprendre. Un peu plus qu’avant, en tout cas ; même s’il est encore parfaitement incapable de mettre des mots sur toutes ces sensations nouvelles.

— Et où va-t-on, maintenant ? demande-t-il, curieux de connaître la suite du programme.
— Nous mettons les voiles pour Al-Chen. Mais nous allons faire quelques détours pour l’atteindre. Dis-moi, Erhan, tu aimes ça, les pommes ?
— Les… les pommes ?

Soudain, la marchombre aux cheveux bleus et sa monture s’élancent au galop sur la route ; Erhan papillonne des yeux sans comprendre. Brume s’ébroue, impatiente.

Comprenant qu’il ne pourra jamais prévoir les réactions ni les questions de celle qui la guide désormais, il lâche un soupir dépité, et se penche en avant pour ne pas se laisser distancer par cette cavalière aux yeux dorés.


***


Un aboiement surprend le garçon. Quittant des yeux la petite forêt sur leur gauche, il tourne la tête vers la source du bruit et distingue une ferme. Il n’est pas vraiment surpris, car ce n’est pas la seule dans la région.

Il aperçoit distraitement un homme non loin de la route, occupé à réparer une clôture en bois ; et le chien qui l’a fait sursauté. Deux enfants semblent s’amuser.

Erhan a l’impression furtive que Syndrell a modifié la cadence de Vagabond ; et l’instant d’après, l’homme s’adresse justement à elle.

— Nom d’un bourdon… Syn ? C’est toi ?
— Salut grand chef ! Je t’ai manqué ?

Surpris, le jeune homme voit la marchombre sauter à terre et courir dans les bras du fermier ; comprenant qu’il s’agit là d’une de ces étapes imprévisibles qui vont jalonner leur périple, Erhan quitte à son tour Brume et attire les deux montures dans le sillage de son maître.

Le garçon ne peut évidemment s’empêcher de remarquer les yeux brillants de cet homme, et l’étrange émotion dont laquelle Syndrell semble être la proie. Se connaissent-ils ? À les voir comme ça, Erhan a l’impression qu’ils ne se sont pas vus depuis longtemps. Est-il de la famille de Syndrell ? Il a du mal à concevoir que quelqu’un qui n’ait à priori rien de « marchombre » soit lié à elle par le sang, mais pourquoi pas…

La marchombre recule soudain.

— Tanank, je te présente mon élève, Erhan. Erhan, Tanank est un ami de longue date. Il règne en maître sur ce domaine qu’il a bâti à la force de ses mains, élève des chevaux et les quelques vaches indolentes que tu peux voir là-bas, possède le plus joli verger du pays – et c’est là que nous allons nous entraîner un peu – et sait marcher sur les mains !
— Savait, nuança Tanank en reprenant contenance.
— Bonjour, dit poliment Erhan, un peu gêné.

Il serre la main de Tanank, en notant la forte poigne du bonhomme ; malgré sa carrure, il a l’air fort sympathique. Erhan esquisse un sourire poli en réponse au regard du fermier. Le jeune homme sent les regards quelque peu intimidés et curieux des deux enfants qui se sont réfugiés dans ses jambes ; et il ne tarde pas à entendre leurs noms, Ollie et Derfan. Des jumeaux.

À cette mention, Erhan est pris d’un bref frisson ; un vieux souvenir d’Al-Far ressurgit. Il a connu des jumeaux. Mais ils étaient loin de paraître aussi inoffensifs que ces deux-là. Erhan s’empresse de faire disparaître ça de son esprit. Il a autre chose à penser.

Alors que Syndrell semble taquiner les deux frères, Tanank se montre soudain plus joyeux.

— Je vais prévenir Cora que nous avons des invités. Elle va me houspiller pour ne l’avoir pas prévenue assez tôt. Tu ne manques pas d’air, Syn, de débarquer ainsi à l'improviste !
— On va se rendre utiles, ne t’en fais pas. Allons dire bonjour à Cora. Ensuite, je peux t’emprunter ton verger ?
— Bien sûr, mais pourquoi ?

Erhan comprend bien à son ton qu’elle a prévu quelque chose ; peut-être bien que c’est lié à lui. Il se voit mal rendre visite à des inconnus dans une ferme juste pour le plaisir. S’ils sont là, c’est certainement aussi pour en profiter autrement. Bien qu’il comprenne l’envie de Syndrell de revoir des connaissances.

Et voilà que la marchombre s’éclipse à toute allure vers la ferme, suivie d’Ollie et Derfan ; c’est à se demander s’il n’y a pas un troisième enfant. Cela semble amuser Tanank. Il se tourne vers Erhan, et désigne un pré à quelques mètres de là.

— Tiens, on va laisser vos chevaux profiter de l’endroit, eux aussi.

— Bonne idée, répond Erhan en hochant la tête.

Il suit le fermier, avec Vagabond et Brume à ses côtés.

Étrangement, il ne se sent ni en danger ni même aussi méfiant que d’habitude ; peut-être parce qu’il y a toujours plein de monde à l’Académie. Ici, la nature est omniprésente, et les espaces sont ouverts. En plus de ça, Tanank semble quelqu’un d’assez chaleureux. Erhan espère juste qu’il ne lui posera pas trop de questions personnelles.


***


Le bruit du maillet de Tanank retentit de nouveau, au loin, derrière la maison. Les jumeaux ont cessé de les espionner à distance et d’attendre qu’on leur prête plus d’attention. Syndrell a l’air particulièrement habile avec les enfants, bien plus qu’Erhan. Il ne sait pas trop comment réagir en leur présence.

En débarquant dans la ferme, il n’a pas compris tout de suite que les arbres derrière le bâtiment principal ne forment pas une forêt. En suivant Syndrell dans les allées trop droites où les arbres semblent trop bien alignés, il devine que c’est un verger ; chose qu’il a rarement aperçu depuis qu’il a quitté Al-Far et qu’il est logé à l’Académie. Il est étonné par la taille de celui-ci, et la diversité des fruits qui alourdissent les branches ou sont tombés au sol.

Il n’a pas vu autant de fruits différents et colorés que sur les étals du marché d’Al-Far où il a fait ses meilleurs profits de voleur.

Syndrell s’arrête finalement à côté d’un pommier. Ce qu’elle sortit de son sac intrigua l’ex-voleur.

Un arc.

Un carquois en jaillit à son tour, rempli de flèches.

— As-tu déjà eu l’occasion de tirer à l’arc ?
— Non, jamais.

Il en a déjà vu ; et il a déjà regardé des gens s’en servir. Mais c’est une arme à distance assez rare chez les voleurs, car plutôt fragile et assez chère. Il a toujours été plus rentable de les revendre que de s’en servir, ce qui explique peut-être pourquoi il n’a jamais eu l’occasion de s’entraîner avec.

Sans prévenir, Syndrell encoche une flèche à son arc et tire avec une rapidité inouïe, perçant sans effort une pomme qui éclate à l’impact. Elle se penche pour récupérer le fruit et en engloutit un morceau.

— Un déli’che !

Alors que le garçon s’apprête à dire quelque chose, la marchombre glisse vivement un morceau de pomme dans sa bouche. Une fois de plus pris par surprise, il recula d’un pas en manquant de s’étrangler, mais se reprend très vite. Décidemment…

Il avale le fruit juteux, surpris par le goût si sucré, et fixe du regard l’autre pomme qui a remplacé la première sur le monticule de pierre.

C’est à lui d’essayer ; il saisit une flèche, met quelques secondes à comprendre comment l’encocher sur la corde, et se place légèrement de profil. Jusque-là, imiter Syndrell ne paraît pas bien difficile.

En fait, ça a même paru extrêmement facile en la voyant faire.

De sa main droite, il tire la corde et se montre stupéfait de la résistance qui s’exerce alors dans l’arc ; c’est bien plus dur que ce qu’il a imaginé. Essayant de tendre un peu plus l’arme, il plisse les yeux pour tenter de viser. Il ne prend que deux brèves secondes pour ajuster son tir, comprenant que son bras ne sera pas costaud pour pouvoir rester en position beaucoup plus longtemps.

Avec la force de la détente, l’arc lui échappe presque des mains.
La flèche forme une jolie courbe et se plante dans une branche à hauteur de visage avec un bruit sec.

La pomme sur son trône de pierre est à trois mètres de là.
Erhan abaisse son arc et se tourne vers Syndrell en se raclant la gorge.

— J’espère que les yeux fermés, ce ne sera pas pour toute de suite ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4456
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Hier à 19:23

- Pourquoi pas, vu comment tu te débrouilles à l’aveugle ?

La mine d’Erhan amusa Syndrell, et elle secoua la tête en riant doucement.

- Chaque chose en son temps. Déjà, la posture : de profil, tête tournée vers ta cible. L’écartement entre tes pieds correspond à ton allonge, et la ligne de tir doit se trouver devant tes orteils. Ensuite…

Elle contourna le jeune homme et plaça les mains sur sa taille. Il tressaillit sous ses doigts mais ne se dégagea pas ; elle exerça ainsi une très légère pression pour lui montrer comment trouver son équilibre.

- Le bassin dans l’alignement des épaules, en restant bien parallèle à la ligne de tir. Voilà, c’est bien comme ça. Ancre tes talons dans le sol, imagine que des racines plongent dans la terre et te retiennent solidement. C’est la première clé d’un tir réussi ! Passons à la deuxième.

Cette fois, Syndrell colla son corps contre le dos d’Erhan. Elle n’avait pas le choix, c’était le seul moyen de l’aider à tenir son arc correctement, et elle était quand même bien plus petite que lui ! Elle n’avait toutefois pas vraiment la sensation de le gêner, simplement de le surprendre. Ses mains sur les siennes, elle positionna ses doigts sur la flèche et encocha celle-ci dans l’arc, mais ne le banda pas. Pas encore.

- Tiens fermement le tout et lève les bras au-dessus de ta tête. Lentement ! Bien plus lentement, parce qu’en même temps tu respires profondément et régulièrement. Ne quitte pas ta cible des yeux, pas un seul instant. Concentre-toi sur elle sans oublier ni les racines, ni la ligne de tir devant toi, ni le poids de l’arc et de la flèche entre tes mains. On redescend maintenant, tout aussi doucement, et c’est là que la corde se tend. Pousse avec ton bras gauche, tire avec ton bras droit. Laisse ta force dans tes coudes. Voiiiilà.

Sa voix n’était plus qu’un murmure alors qu’elle accompagnait ses mouvements, ravie de sentir la puissance dans les muscles des bras et du dos d’Erhan ; elle devinait son attention tout entière focalisée sur la cible, cette fameuse pomme qu’il avait manquée un peu plus tôt. Ensemble, ils bandèrent l’arc et amenèrent la flèche contre sa joue.

- Comprendre n’est pas réagir, mais ne faire qu’un : un avec l’arc, avec la flèche, avec la cible. C’est sur l’harmonie entre ces entités que repose la qualité de ton tir. Tu es prêt ?

Le bruit de la flèche, en percutant l’arc, prouva à Syndrell que tel était le cas. Elle regardait dans la même direction qu’Erhan, ses mains toujours sur les siennes, et sourit en voyant le trait se planter dans la pomme, qu’il envoya balader.

- Ne bouge pas. Regarde dans la direction de ta flèche. Tu ne dois jamais la quitter des yeux, même une fois atteinte. Si une pomme n’a pas la capacité de répliquer, un adversaire doué de sombres attentions peut encore essayer de te toucher. En demeurant dans cette posture, tu demeures sur tes gardes, à l’affût du moindre détail qui te permettra de savoir si tu dois décocher une autre flèche. Le détail, Erhan, c’est le raccourci du marchombre, celui qui l’entraîne vers des lieux insoupçonnés, lui offre un temps d’avance sur son adversaire et, souvent, lui sauve la vie…

Lentement, ils baissèrent les bras. Son souffle accordé à celui de son élève, Syndrell fit un pas en arrière. Il avait tiré sa première flèche et elle avait trouvé sa cible ; bien sûr, sans son maître pour l’épauler, il allait connaître son lot d’échecs… mais elle avait remarqué qu’il avait la mémoire des gestes et elle savait qu’il retiendrait ceux-ci.

- Eh bien, recommence ! Tu as encore toutes ces pommes à dégommer !

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   

Revenir en haut Aller en bas
 
Groupe Kabay - cours n°2
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Groupe Leenio - Cours n°5
» Groupe Humo - Cours n°3
» Groupe Bizya - Cours n°2
» cours de latin
» Joueur cherche groupe D&D ou Vampire ou Exalted ou SW

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Le Pacte VS L'Ordre :: A l'extérieur :: Le Sud :: Al-Chen-
Sauter vers: