AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  RèglementRèglement  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Le Pacte VS L'Ordre
Bienvenue sur Chaos VS Harmonie !

Tu pourras ici incarner un personnage de ton choix, Marchombre ou Mercenaire, et le faire évoluer dans l'univers du forum.
Cours pour améliorer les capacités de ton personnage, aide en RPG, Hors RPG et jeux, tu ne peux que t'amuser avec nous !

Si tu ne connais rien à Gwendalavir, cela ne t'empêchera pas de te joindre à nous, car un récapitulatif de tout ce qu'il y a à savoir est disponible dans le contexte

En espérant te compter très bientôt dans nos rangs,
L'équipe
Cours Envoleurs
Cours Marchombres
Panneaux
Votez (1)
Votez (2)
Votez (3)
Votez (4)
Tops Sites


Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

Partagez | 
 

 Groupe Kabay - cours n°2

Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4474
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Groupe Kabay - cours n°2   Sam 13 Oct 2018, 21:45

Syndrell pivota vivement, laissant filer le bras de son adversaire pour se couler contre lui et envahir son espace personnel. Elle colla son corps contre le sien, réduisant considérablement le champ d’un contre, et se retrouva dans son dos. La nuque était là, offerte à son choix – la briser maintenant, ou bien…

… la jeune femme se haussa sur la pointe des pieds et déposa un baiser sur la joue de l’homme. Celui-ci fit un bond de côté et s’empourpra malgré lui.


- Syndrell, enfin !
- Quoi ?
demanda-t-elle en s’accroupissant, une jambe tendue sur le côté, l’autre repliée sous elle dans sa position de repos fétiche, et en enroulant une mèche de cheveux bleue autour de son doigt dans un air innocent.
- C’est un entraînement, pas un jeu, bougonna le marchombre en époussetant sa tunique pour se sortir de l’embarras.
- Quelle différence ?
- Oh, par la Dame… comment Miss Nyya a-t-elle réussi à te supporter durant trois ans ?


Le rire de Syndrell envahit la pièce. Valcyan et elle se trouvaient dans le dojo personnel de ce dernier et s’entraînaient en un rythme soutenu depuis plus de trois heures ; ils ne paraissaient pourtant pas fatigués, comme si tout ceci n’était qu’un échauffement. Seule une fine pellicule de sueur brillant sur la peau des deux compagnons prouvait tout le sérieux de leurs exercices.

- Que dis-tu de faire une pause ? s’enquit le marchombre aux cheveux gris en attrapant une serviette pour s’éponger le visage.
- J'approuve !

Quelques minutes plus tard, ils étaient tous les deux dans le jardin d’un luxuriant domaine verdoyant. Valcyan étant issu de la noblesse, il s’était installé comme à son habitude à table et dégustait un thé très fin. Syndrell, de son côté, était assise en tailleur à même le sol, le dos appuyé contre le tronc noueux d’un frêne, et grignotait tranquillement un petit pain au raisin.

- Tu as amélioré ton jeu de jambes.
- Et toi ton équilibre.


Un sourire se dessina sur les lèvres de Valcyan. Il connaissait Syndrell depuis son arrivée à l’Académie et se souvenait parfaitement du petit oisillon timide qu’elle était alors ; que de chemin parcouru ! Aujourd’hui, maître marchombre renommée, Syndrell Ellasian filait comme une étoile sur la Voie et illuminait celle-ci de son espièglerie – la même que celle de Miss. Voilà qui répondait à sa question de tout à l’heure…

Membre du conseil de la Guilde, Valcyan n’était pas n’importe quel marchombre : c’était l’un des plus grands. Il espérait voir la jeune femme marcher dans ses traces, mais il savait pertinemment que celle-ci était plus libre que l’air, et qu’un monde les séparait encore. Il était toujours heureux de s’entraîner avec elle, mais aussi de discuter ainsi, en savourant un peu de thé et quelques douceurs.


- Val ?
- Mmh ?
- Tu crois que la guilde est en péril ?


Il se força à penser, à polir sa réponse avant de la lui offrir.

- Tu veux parler de cette histoire de métamorphes ?
- Entre autre. Le Rentaï est fermé, le Chaos s’étend et les descendants d’Onku sévissent. Est-ce que ce n’est pas inquiétant ?
- Si, ça l’est…
- Mais ?
- … mais pour le moment, je pense que nous ne craignons rien. Vois-tu, de nouvelles recrues arrivent chaque semaine des quatre coins de l’empire ; ce ne sont que de timides oisillons, et pourtant j’ai le sentiment qu’ils portent sur leurs épaules l’avenir des marchombres.

Syndrell se lécha les doigts avec applications, pensive. Au bout d’un moment, elle se redressa souplement.

- Si tu n’es pas inquiet, alors moi non plus. J’ai un oisillon à retrouver.
- Alors file, jeune loutre ! Et n’oublie pas, le doute n’est une force que s’il te pousse en avant…




*


"Le doute n’est une force que s’il te pousse en avant"

Syndrell doutait pourtant, car elle n’avait pas tout dit à Valcyan. Comment aurait-elle seulement pu lui parler de cette guerre dans laquelle elle s’était lancée ? De son pacte avec Syles Agarest, l’envoleur revenu des ténèbres ? Du retour de Lyke, capable d’user non pas d’une métamorphose, mais d’autant qu’il lui était souhaitable ?

Oui, la jeune femme doutait et ce depuis quelques semaines déjà. En fait, elle avait commencé à douter juste après avoir vaincu Onku. Elle avait senti que c’était trop facile, qu’il ne pouvait pas être parti aussi vite, aussi aisément. Ezadrah était certes sauvée, pourtant le calvaire des métamorphes de l’empire ne faisait que débuter. Elle, elle ne possédait pas ce fascinant pouvoir de changer de forme. Humaine, elle avait revêtu le manteau des marchombres pour dépasser ses propres limites et filer sur la voie que Miss avait tracé pour elle.

Elle se demandait si cela serait suffisant pour faire pencher la balance.

Mais, baste ! Ce n’était plus le moment de songer à tout cela. Syndrell siffla Vagabond et se mit à courir, avant même que l’étalon noir surgisse du couvert des arbres pour galoper jusqu’à elle. Il ne s’arrêta pas lorsqu’elle bondit sur son dos, et poussa un hennissement de joie quand elle lui fit comprendre, d’une infime pression des genoux, qu’il pouvait laisser libre court à toute sa vitesse. Couchée sur son encolure, cheveux au vent, la marchombre savoura bien davantage encore que son pain au raisins cet instant d’ivresse pure.

Vagabond n’avait rien perdu de son allure folle quand un faucon plongea depuis les nuages pour raser l’herbes à ses côtés, avant de remonter en une courbe parfaitement maîtrisée. Syndrell le suivit du regard, fascinée. Elle l’était encore lorsqu’elle franchit au petit trot la porte ouverte de l’Académie ; perché sur la margelle de la fontaine qui glougloutait joyeusement, le rapace lissait ses plumes avec application.


- Espèce de vantard, commenta l’adroite cavalier en mettant pied à terre avec nonchalance.

L’image du faucon se brouilla et laissa place à un garçon de seize ans.


- Pour une fois que les rôles sont inversés…
- Hé ! Je ne me suis jamais vantée !
- Dit-elle en en revenant d’une épique chevauchée.
- Et puis, je ne me trimbale pas toute nue aux yeux du monde, moi.


Lyke baissa les yeux, rougit jusqu’aux oreilles et se précipita vers la selle de Vagabond pour en détacher la cape de voyage de la marchombre.

- Il faut vraiment que je trouve une parade à ce désagrément, ronchonna-t-il en s’enveloppant dans le vêtement.
- Tu devrais surtout éviter de montrer tes talents. Je te rappelle que tu es recherché.
- Je reste prudent, ne t’en fais pas, mais je ne peux pas rester enfermé ici du matin au soir !
- Cela ne semblait pas t’embêter quand Ylléna était dans les parages.


Comme le garçon rougissait de plus belle, Syndrell sourit et conduisit son étalon vers l’écurie. Lyke s’attendait à ce qu’elle le desselle et le bouchonne, mais elle noua sa bride à un piton émergeant du mur.

- Tu repars ?
- Oui, avec mon élève.
- Je peux venir ?


Syndrell secoua la tête, désolée de briser les espoirs de son petit frère de cœur. Elle détestait le blesser de cette façon.

- Non, Lyke. Cette aventure ne concerne que mon apprenti et moi.
- D’accord.


Elle haussa un sourcil devant cette reddition aussi soudaine qu’insoupçonnée, mais le temps filait ; elle devait y aller. La marchombre fit quelques pas vers l’école, puis s’arrêta brusquement et fit demi-tour pour attraper Lyke dans ses bras et le serrer contre elle. Il la dépassait d’une tête à présent.

- Je t’aime, affirma-t-elle avant de prendre le chemin de l’Académie en une foulée souple et tranquille.
- Moi aussi, souffla Lyke sans la quitter des yeux.



*



Bien évidemment, Syndrell fit un détour par les cuisines, où elle subtilisa une pomme dans le dos de Mia. La cuisinière en chef n’était cependant pas dupe. Le dos toujours tourné, l’air occupé par son omelette, elle interpella la chapardeuse avant que celle-ci eût quitté la pièce sur la pointe des pieds :

- N’oublie pas ma liste, fripouille de loutre !

Syndrell laissa échapper un rire amusé. Elle tapota la poche de sa veste, où se trouvait la fameuse liste d’ingrédients dont Mia avait besoin en ville ; la jeune femme s’était proposée de la décharger de ses achats, puisqu’elle avait prévu d’y aller en compagnie de son apprenti. C’était une façon parmi d’autres de se faire pardonner ses « vols » gourmands…

On la surnommait désormais régulièrement « la loutre », à cause de l’animal subtilement esquissé sur ses bottes de cuir bleu nuit ; lorsque la lune se levait, elle faisait briller le dessin comme s’il était l’œuvre d’une petite fée. Un pantalon de cuir très fin et très souple, aisément confondu avec un collant aux teintes anthracites, soulignait le galbe de ses jambes fuselées. Sa tunique était un récent cadeau de Ciel et d’Aedan : alliant l’indigo au bleu ciel, elle se croisait en deux pans sur sa poitrine, lesquels étaient maintenus par une ceinture de tissu d’un gris plus soutenu que celui de ses bas.

Y étaient fixés le fourreau du poignard de Miss, seule et unique lame qui ne la quittait jamais depuis que son maître lui en avait fait don des années plus tôt, et aussi celui de la rapière forgée par Dil’Duran. Une petite bourse venait compléter cet attirail, mais le secret de cette tunique, c’est qu’elle recelait un nombre incalculable de doublures et de petites poches secrètes, lesquelles contenaient moult crochets, épingles et autres outils indispensables à la marchombre qu’elle était.

La tunique était conçue sans manches. Toutefois, en raison de l’automne qui rafraîchissait considérablement l’atmosphère, Syndrell avait passé un haut à manches longues sous le vêtement. Des mitaines souples venaient compléter cet accoutrement, qui s’accordait parfaitement avec le bleu soutenu de ses cheveux qu’elle s’appliquait à nouer en une queue de cheval tout en progressant dans les couloirs de l’école, et avec l’or flamboyant de son regard.

Elle venait tout juste de finir de se coiffer, laissant une mèche rebelle lui tomber devant les yeux, quand elle trouva enfin son élève dans le hall d’entrée. Il y avait un peu de monde en cette heure avancée de la matinée, mais elle le reconnut immédiatement, alors qu’elle arrivait dans son dos : grand et mince, les cheveux bruns et l’allure prudente…


- Bonjour Erhan, le salua-t-elle en se glissant près de lui. Prêt à me suivre encore une fois ?

Envolés, les soucis qui envahissaient son esprit, et disparue l’inquiétude que ses dernières aventures avaient installée en elle ; à présent qu’elle avait retrouvé son élève, son cœur battait plus vite et un sourire ravi illuminait son visage.

Elle était heureuse de repartir avec lui.

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Erhan Arfas
Groupe Kabay
avatar

Nombre de messages : 108
Citation : "L'imagination est plus importante que la connaissance, car la connaissance est limitée." Albert Einstein
Date d'inscription : 23/06/2016

Feuille de personnage
Age: 22
Greffe: Non
Signe particulier: Cicatrice près du coeur. A des visions de son amie d'enfance. Porte la chaînette de celle-ci autour du cou.

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Dim 14 Oct 2018, 11:00

— Alors, monsieur-solitaire, belle journée ?
— C’est le surnom du jour ?
interroge Erhan, à la fois amusé et agacé.
— J’en ai encore un paquet sous le coude pour tous les jours de l’année, tu sais ?

Erhan secoue la tête, dépité. Yohan ne changera jamais. C’est à se demander ce qui est capable d’empêcher le jeune homme de sourire et de plaisanter. Rien, sans doute.

— C’est le grand jour, pas vrai ? lâche-t-il en devenant un peu plus sérieux.
— Oui.

Erhan termine de mettre ses chaussures. Il vérifie que sa tenue d’apprenti, ce souple ensemble de cuir qu’il a pris l’habitude de porter ces dernières semaines, ne gêne pas trop ses mouvements. Il se doute qu’il y aura sans doute des épreuves physiques à surmonter aujourd’hui.

Il enfile une veste avec un capuchon, souvenir de ses vols à Al-Far, et accroche une petite cape de voyage à ses épaules ; on ne sait jamais, après tout. Il place une toute petite dague dans sa chaussure droite, et un poignard qu’il dissimule au mieux à sa ceinture, côté gauche. Du bout des doigts, d’un geste instinctif auquel il ne prête même pas attention, il se rassure de sentir la chaînette de Lewyn autour de son cou.

Yohan, debout près de lui, appuyé contre un des lits superposés du dortoir des apprentis déjà vidé de ses habitants, le regarde en souriant.

— On pourrait presque croire que tu as un rendez-vous galant. Tu veux un miroir, pour vérifier ta coiffure, monsieur-solitaire ?
— Tais-toi,
rétorque Erhan en soupirant. Je veux être sûr de ne rien oublier, c’est tout.
— Tu auras beau dire ce que tu veux, tu as hâte de reprendre, hein ?
— Évidemment.
— Tu n’auras plus besoin de tourner en rond dans l’Académie entre deux séances de gestuelle maladroite, alors ?


Le garçon ne relève la pique. Yohan aime le taquiner plus que de raison. Il est vrai qu’il lui est arrivé de s’ennuyer, pendant ce mois. Il faut dire qu’Erhan se sent vite inutile, sans occupation précise.

Il a évidemment profité de son temps libre pour courir et se muscler un peu ; la gestuelle marchombre et l’escalade en tête de ses programmes journaliers. Il ignore s’il a maîtrisé comme il le faut cette danse étrange, mais peu importe. Il a suivi les conseils de son maître après leur dernier cours, sur les toits de l’Académie, et il a fait au mieux pour appliquer ses enseignements.

Erhan se relève enfin, et croise le regard de Yohan, empreint d’une gravité inhabituelle.

— Je crois que c’est bon. J’y vais.
— Erhan, attends.
— Hm ?


Yohan a pris un ton étrangement sérieux. Pendant un bref moment, Erhan pense qu’il va encore sortir une blague de mauvais goût. Mais une lueur dans son regard lui fait finalement croire que non.

— Tu as envie de devenir un marchombre ?
— … oui, pourquoi ?
— Non, je veux dire… tu comprends mieux ce que c’est la Voie ? D’habitude, quand on en parle, tu n’as pas l’air emballé, ou alors tu n’as pas l’air de saisir très bien les choses… comment dire ?

Voyant que Yohan cherche ses mots — fait rare, voire inédit — Erhan le devance, comprenant un peu où il veut en venir.

— Je ne maîtrise pas bien les mots, Yohan, donc c’est difficile à expliquer, mais… pendant ce cours, à plusieurs moments, j’ai ressenti un truc. J’ai l’impression d’avoir changé de route. D’avoir effleuré du bout des doigts un nouveau chemin. Peut-être que c’est cette fameuse Voie dont les autres apprentis parlent tout le temps. Je l’ai peut-être trouvée. Ou pas. En tout cas, ce qui est certain, c’est que j’ai l’impression d’en avoir eu un joli aperçu… et j’ai envie d’aller plus loin. Je veux voir… je veux voir jusqu’où cette Voie peut m’emmener. Jusqu’où je peux aller.

Yohan reste silencieux. Leurs regards se croisent, et les pupilles vertes et malicieuses de son aîné se rallument. Yohan esquisse un grand sourire, et pose les mains sur les épaules d’Erhan.

— Tu as mis trois jours à me dire ton nom, dix à lâcher deux phrases d’affilée en ma présence, et dix-neuf à me parler vaguement de ton passé. Oui, j’ai compté ! Mais je suis content de voir qu’il t’a suffi d’un seul petit mois pour me convaincre que tu es fait pour arpenter la Voie… donc bienvenue au club, monsieur-solitaire !
— … quoi, tu as vraiment compté ça ?
s’étonne Erhan, en fronçant les sourcils.

Yohan, gêné, toussote et recule d’un pas.

— Ouais, bon, moi aussi j’me fais chier parfois. Allez, je te laisse, Erhan. J’espère que ton cours se passera bien, et qu’on se reverra bientôt !
— Salut, Yohan.


L’aîné s’éclipse par la porte ouverte des dortoirs. Erhan jette un dernier coup d’œil à son lit étroit, ce lit qu’il ne reverra probablement pas avant plusieurs jours, plusieurs semaines peut-être. Il ignore où il va, ou quand il reviendra, mais après tout, il s’en fiche. Ce qui compte, c’est ce qu’il va apprendre. Peu importe qu’il n’ait plus le confort d’un matelas pour dormir. Il a vécu une dizaine d’années sur les pavés, il peut bien se contenter d’un peu d’herbe ou même de feuilles mortes. À moins que leur cours ne les entraîne vers une ville ?

Sans plus attendre, Erhan sort du dortoir, à la fois nerveux et excité à l’idée d’un nouveau voyage.



***



Le hall est plein de vie.

Des apprentis, des maîtres, ou de mystérieux invités vont et viennent dans l’Académie, discutent, échangent. Certains apprentis semblent s’amuser à escalader la rambarde d’un grand escalier en un minimum de bonds possibles, sous les vociférations d’un vieux maître rabougri.

Erhan, debout près des portes ouvertes sur l’extérieur et le soleil matinal, observe tranquillement le groupe, bras croisés.

Soudain, déboulant des cuisines, un certain Yohan surgit de nulle part, avec une pomme dans chaque main. Erhan, amusé, entend la voix indignée de Mia, qui doit aussi en avoir assez que ce chapardeur vienne régulièrement piocher dans les réserves.

Alors que son aîné passe en coup de vent dans le hall et s’enfuit par une fenêtre entrouverte sans même le voir, Erhan sent quelque chose le frôler, et sursaute légèrement quand une voix résonne tout près de lui.

— Bonjour Erhan. Prêt à me suivre encore une fois ?

Il pivote et constate que c’est Syndrell ; évidemment. Elle n’a pas changé, même regard doré, mêmes cheveux bleus. Son accoutrement n’est pas le même qu’au dernier cours. Et il attire plus l’œil que le sien gris-noir, avec ses belles nuances de bleu.

Erhan esquisse un sourire, franc et sincère, comme il en a très rarement eu ; et la réponse jaillit de ses lèvres d’elle-même, sans qu’il y prenne la peine d’y réfléchir.

— Je suis prêt depuis un mois, Syndrell.

Il ignore où ils vont, ce qu’ils vont faire, ce qu’il va subir. Mais pour une fois, l’inattendu ne lu fait plus peur. Il a même envie d’être surpris.

Cette Voie est définitivement plus intrigante que celle qu’il a emprunté pour en arriver là.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4474
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Mer 17 Oct 2018, 06:40

Syndrell éclata d’un rire joyeux qui fit naître un petit rayon de soleil dans le hall. Heureuse de la réponse de son élève, elle lui fit signe de le suivre et le mena dans la cour baignée de lumière. Il faisait frais, mais le ciel d’un bleu presque aussi vif que ses cheveux gommait toute réticence à mettre le nez dehors. En l’apercevant, Vagabond piaffa et fit claquer un sabot sur le sol, pressé de repartir à l’aventure.

- Prépare un cheval et retrouve-moi dans le cercle de monte, dit-elle à Erhan tout en désignant du pouce l’espace délimité dans son dos.

Circulaire, il était ceint d’une barrière de bois clair et entièrement tapissé de terre battue. Les marques imprimées sur celle-ci prouvaient le passage de nombreux cavaliers, mais puisqu’il était libre à cette heure, Syndrell voulait voir, d’abord dans ce cercle d’entraînement, comment son élève se débrouillait sur le dos d’un cheval.

Elle détacha l’entrave de Vagabond, constatant que Lyke avait remis sa cape de voyage à sa place, et lâcha la longe de son étalon. Il se contenta de la suivre tranquillement jusqu’au cercle, à l’intérieur duquel il fit quelques cabrioles, ravi de s’amuser un peu. Syndrell l’imita de bon gré ; en attendant son élève, pourquoi se priver d’un peu d’exercice ?

Elle joua donc à chat avec Vagabond. Quand ils voyageaient seuls, c’était une façon pour eux de tuer le temps et la solitude : elle courait pour l’attraper, il bondissait à droite ou à gauche et trottinait fièrement, persuadé d’être invaincu. Jusqu’à ce qu’elle lui tombe dessus pour un énorme câlin. Alors les rôles s’inversaient, c’était à lui de l’attraper et à elle de lui échapper…

Le jeu cessa toutefois lorsqu’Erhan s’approcha du cercle. Syndrell l’attendit près de la barrière, la longe de Vagabond posée sur son épaule tandis que l’étalon soufflait malicieusement dans ses cheveux bleus.


- Tu as déjà monté ou c’est ton baptême ? s’enquit la marchombre.

Le souvenir de Darwen tétanisé lui revint en tête ; il lui avait fallu déployer des trésors de patience pour permettre au jeune homme de se détendre en compagnie d’un cheval. Chaque rencontre de ce type était unique, et elle se demandait quel cavalier était – ou serait ! – Erhan.

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Erhan Arfas
Groupe Kabay
avatar

Nombre de messages : 108
Citation : "L'imagination est plus importante que la connaissance, car la connaissance est limitée." Albert Einstein
Date d'inscription : 23/06/2016

Feuille de personnage
Age: 22
Greffe: Non
Signe particulier: Cicatrice près du coeur. A des visions de son amie d'enfance. Porte la chaînette de celle-ci autour du cou.

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Mer 17 Oct 2018, 16:37

Ils sortent du bâtiment et sont accueillis par une bouffée d’air frais qui lui fait très vite oublier l’agitation qui règne dans le hall. Syndrell paraît encore plus énergique et souriante que dans ses souvenirs ; et même s’il n’est pas du genre à se montrer aussi léger, cette atmosphère particulière lui plaît bien.

— Prépare un cheval et retrouve-moi dans le cercle de monte.

Elle désigne en même temps le petit terrain cerclé de barrières, à quelques pas de là. Erhan acquiesce et remarque que le cheval de la marchombre est déjà là. Alors qu’elle l’emmène dans le cercle, il se dirige vers les écuries toutes proches en se posant déjà quelques questions.

Vont-ils aller loin d’ici ? Ou est-ce juste pour l’évaluer, ou l’entraîner ? Peut-être les trois en même temps ?

Rejoignant les box, il met quelques minutes à emprunter une jument à la robe grise, et tachetée de blanc. Il a déjà eu l’occasion de partir pour courtes distances avec elle, et il a l’impression qu’elle le reconnaît parfois, mais sans en être certain. Il faut dire qu’il n’est déjà pas habitué à bien cerner les intentions des autres apprentis, alors celles d’un cheval qui ne lui appartient même pas…

— Allez, Brume, tu vas sortir un peu, lâche-t-il.

Il se souvient tout juste comment équiper la bête ; mais il estime s’en sortir assez bien. Il vérifie une dernière fois la selle et le harnais, et finit par attirer la jument vers le cercle, où l’attend Syndrell et sa propre monture.

— Tu as déjà monté ou c’est ton baptême ? dit-elle alors que son cheval a l’air de poser sa tête sur son épaule.
— J’ai monté quelques fois. Mais je ne peux pas dire que je sois bon cavalier…

Il se souvient encore de son premier essai, sur la jument trop docile de Hièlstan. Depuis, il a fait quelques tours près du lac de l’Académie ; avec un certain Yohan comme professeur. Mais ce dernier n’est pas vraiment un modèle de patience, et bien qu’Erhan sache aller au trot sans crainte, il n’a jamais pris le risque de pousser Brume au galop.

Et puis ce terrain forme un cercle, bien loin de ressembler aux lignes droites sur lesquelles il a essayé de chevaucher.

La jument grise renâcle à côté de lui, et il entre avec elle dans le cercle de monte.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4474
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Mer 17 Oct 2018, 18:38

Comme à son habitude, Erhan demeurait prudent ; c’était un garçon discret qui ne se mettait jamais en avant. Syndrell évalua un bref instant le harnachement de la jument qu’il avait choisie et hocha la tête, satisfaite du résultat. Elle était heureuse également qu’il ait opté pour Brume en particulier, car c’était une brave fille, toujours à l’écoute de son cavalier et bien plus maligne que la plupart des chevaux. Vagabond s’ébroua, gonfla le poitrail et elle aurait juré qu’il lui jetait un regard énamouré. Les mâles, tous les mêmes… !

- Etre un cavalier s’apprend, nuança Syndrell en réponse à la remarque de son élève, et devenir bon également. Commence par faire marcher Brume, dans un sens puis dans l’autre, avant de la lancer au trot.

Elle-même se hissa souplement sur le dos de vagabond, mais elle resta sur place pour observer les faits et gestes d’Erhan. A en juger par son allure, il avait effectivement un peu d’expérience et semblait plutôt à l’aise sur un cheval, mais tout comme il éprouvait des difficultés à communiquer avec un être humain, dialoguer avec sa monture n’était pas simple.

Syndrell avait déjà compris que tout son enseignement allait s’axer sur ce point-là, précisément. Lors de leur rencontre, elle avait trouvé Erhan réceptif, mais étrangement incapable de renvoyer clairement ses émotions. Il écoutait bien, apprenait vite et avait plus d’une corde à son arc, car un gamin des rues, parce qu’il était contraint de se débrouiller tout seul pour survivre, développait forcément des capacités hors du commun.

Mais Erhan manquait de confiance. En lui, et dans le monde qui l’entourait. Son passé en était la cause, son caractère également… enfin ! Tout comme il apprenait l’équitation, il apprendrait à s’ouvrir un peu. A se connaître suffisamment pour dépasser ses limites. Syndrell espérait avoir la chance d’assister à cette métamorphose, elle voulait vraiment voir la petite chenille devenir papillon, cependant la jeune femme était consciente qu’il lui fallait être patiente ; ce genre de miracle n’était pas de ceux qui se produisent tous les jours !


- Bien ! dit-elle en l’observant tandis qu’il évoluait dans le cercle. Baisse un peu tes talons et tes coudes, et reviens jusqu’à moi.

Vagabond piaffa de joie.

- Modère tes ardeurs, l’amoureux ! lui souffla-t-elle en lui tapotant affectueusement l’encolure.

Elle attendit qu’Erhan se soit approché pour lui exposer son idée.

- Je trouve que tu te débrouilles bien, pour quelqu’un qui n’a pas une si grande expérience. Tu sais ce qu’il te manque ? La complicité. Cette jument n’est peut-être pas la tienne, mais pendant quelques jours, elle sera ta plus fidèle compagne, et tu seras son cavalier ; c’est important de le comprendre, et plus important encore de le ressentir, parce que c’est ce qui vous permettra d’aller très loin, tous les deux. On va essayer quelque chose, alors : tu vas continuer à trotter tranquillement dans le cercle, mais tu vas fermer les yeux. Interdiction de les ouvrir, quoi qu’il arrive, à moins que je ne t’en donne la permission !

Fermer les yeux, quelle que soit la situation, exigeait une confiance que certains n’étaient pas prêts à donner, ou bien à recevoir ; Erhan allait-il réagie positivement à cette demande ? Pour le rassurer autant que pour le convaincre, Syndrell lui fit une démonstration. Elle ferma les yeux et se contenta de laisser ses genoux, son bassin, ses doigts, son corps intimer à Vagabond de bouger.

- On ressent toujours mieux les choses quand on ferme les yeux, poursuivit-elle tandis qu’ils effectuaient un tour de piste. Le bruit des vagues sur le sable, la douceur de la nuit sur la peau, la chaleur d’un baiser… Tu sais quoi ? Si je pouvais vivre les yeux fermés, je crois que ça me plairait assez !

Vagabond dansait presque, ravi de se donner en spectacle sous les yeux calmes de Brume. Le soleil jouait sur sa robe, allumant des reflets flamboyant dans les sombres nuances, et le vent généré par son allure dansait dans sa crinière et sa longue queue. Tout en grâce et en puissance, il donnait l’impression d’à peine fouler la terre. Les yeux clos, Syndrell le laissait aller. Ce n’était pourtant pas lui qui menait la danse, ni elle ; c’était un duo qui évoluait à son propre rythme.

- Quand tu estimeras le moment opportun, lâche les rênes, dit alors la marchombre en joignant le geste à la parole. Tes jambes prendront le relais, ainsi que ta voix. Fais confiance à ton cheval, laisse-le devenir tes yeux.

Encore un petit tour de piste pour la forme, et Syndrell revint près d’Erhan. Elle ne rouvrit les yeux qu’une fois Vagabond immobilisé, et sourit à Erhan.

- A ton tour.

Comme pour l’encourager à sa manière, Vagabond hennit doucement.




[Tu as changé ton avatar, non ? J'aime !!! amoureux ]

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Erhan Arfas
Groupe Kabay
avatar

Nombre de messages : 108
Citation : "L'imagination est plus importante que la connaissance, car la connaissance est limitée." Albert Einstein
Date d'inscription : 23/06/2016

Feuille de personnage
Age: 22
Greffe: Non
Signe particulier: Cicatrice près du coeur. A des visions de son amie d'enfance. Porte la chaînette de celle-ci autour du cou.

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Mer 17 Oct 2018, 20:36

La première étape ne paraît pas très ardue. Brume répond bien à ses sollicitations, et les quelques allers-retours de marche se passent bien ; il s’est presque attendu à pire.

Il sent le regard de Syndrell sur lui. Il a beau se sentir analysé, ça ne le dérange pas tant que ça. Sûrement parce qu’il commence un peu à la connaître, et parce qu’il s’estime se débrouiller assez bien pour une épreuve aussi basique.

La marchombre l’appelle ; il se rapproche et suit ses conseils pour mieux se tenir.

— Je trouve que tu te débrouilles bien, pour quelqu’un qui n’a pas une si grande expérience. Tu sais ce qu’il te manque ? La complicité.

Erhan hoche la tête, mais baigne entre l’incompréhension et l’hésitation.

Non pas qu’il ne comprenne pas l’idée, mais il a du mal à se voir assez proche de Brume au point de venir complice avec elle. Mais ça ne coûtera rien d’essayer.

— Cette jument n’est peut-être pas la tienne, mais pendant quelques jours, elle sera ta plus fidèle compagne, et tu seras son cavalier ; c’est important de le comprendre, et plus important encore de le ressentir, parce que c’est ce qui vous permettra d’aller très loin, tous les deux. On va essayer quelque chose, alors : tu vas continuer à trotter tranquillement dans le cercle, mais tu vas fermer les yeux. Interdiction de les ouvrir, quoi qu’il arrive, à moins que je ne t’en donne la permission !

Fermer les yeux ? En voilà, une étape plus risquée. Voyant sans doute qu’il doute de cette méthode plutôt originale, Syndrell lui fait elle-même la démonstration. Ses yeux dorés disparaissent derrière ses paupières closes, et cavalier comme montures se mettent en mouvement.

Erhan, étonné, suit du regard les deux compagnons. Si le garçon a du mal à exprimer en mots ce qu’il faudrait faire pour devenir complice avec Brume, il a l’impression d’avoir devant lui une démonstration on ne peut plus claire de ce qu’est la « complicité ». Même avec les yeux ouverts, Yohan aurait difficilement pu se pavaner de cette façon.

— On ressent toujours mieux les choses quand on ferme les yeux, continue-t-elle. Le bruit des vagues sur le sable, la douceur de la nuit sur la peau, la chaleur d’un baiser… Tu sais quoi ? Si je pouvais vivre les yeux fermés, je crois que ça me plairait assez !

Pendant un bref instant, Erhan a l’impression de faire un bond dans le passé.

« Vivre les yeux fermés ». C’est en entendant cette phrase qu’il se rend compte d’à quel point la Voie des marchombres est différente de celle qu’il a toujours emprunté. Il a toujours appris à ne dormir que d’un œil, à toujours garder les yeux ouverts pour éviter d’être poignardé dans le dos. Ce n’est pas quelque chose qu’il a expérimenté, et qu’il essaierait de faire par curiosité. Il se sentirait trop exposé…

Mais les mots de Syndrell, et les gestes qui accompagnent maintenant cette danse équestre inattendue, résonnent désormais d’une manière différente. Rien ne semble pouvoir troubler l’étrange concentration de la cavalière et de sa monture. Comme si une connexion se faisait naturellement entre eux.

Fermer les yeux pour mieux apprécier le moment présent ? Si l’idée lui paraît toujours saugrenue, contre-intuitive… il n’est pas totalement contre l’envie d’essayer. Après tout, il n’est plus à Al-Far.

— Quand tu estimeras le moment opportun, lâche les rênes, dit Syndrell en lui montrant. Tes jambes prendront le relais, ainsi que ta voix. Fais confiance à ton cheval, laisse-le devenir tes yeux.

Il ne répond pas, et observe les mouvements de Syndrell pour tenter de comprendre comment elle s’y prend. Il paraît maintenant évident qu’elle comprend son cheval mieux que personne d’autre. Difficile d’égaler une telle prestation ; il s’en sait incapable pour le moment.

Ce qu’il doit faire, c’est donc… de faire confiance à Brume.

Il flatte distraitement l’encolure de la bête, qui regarde passer une dernière fois le duo ; enfin, la marchombre rejoint Erhan et esquisse un sourire.

— A ton tour.

Le cheval de son maître hennit doucement, comme un écho. Erhan se redresse sur sa selle, et inspire pour se concentrer. Enfin, ayant conscience que la barrière de bois est dans son dos et Syndrell à sa gauche, il donne un petit coup de talon, incline légèrement les rênes…

…et a l’étrange impression que Brume part plutôt tout droit qu’à droite. Tant pis. Il s’incline un peu, et il sent la jument bifurquer à peu près dans la bonne direction. Elle se met à trottiner tranquillement. Mais il se rend bien compte qu’il n’a aucune idée d’où se trouvent les barrières désormais. Seule Brume peut le voir, et même s’il la sait assez intelligente pour ne pas foncer dans la clôture, il ne peut s’empêcher de se tendre en craignant heurter quelque chose.

Il garde obstinément les yeux fermés ; ce serait tricher. S’il n’arrive pas à se forcer à rester aveugle, il ne pourra pas aller bien loin.

D’un geste, il essaie de guider Brume vers la gauche ; là encore, il sent qu’elle ne comprend peut-être pas très bien son ordre. Il s’est montré trop hésitant, sans doute. Il se rend compte qu’il a un peu perdu ses repères. La tentation d’ouvrir les yeux est grande, il ignore où se trouve la frontière du cercle…

D’un petit coup sec, il tire les rênes. Brume se fige. Toujours aveugle, il reprend son souffle. Essaie de mettre de côte toutes ces pensées inutiles qui l’assaillent et l’empêchent de se concentrer. Il entend la respiration de Brume, et celle du cheval de Syndrell, à quelques mètres de là. Il sent les flancs de la bête se soulever au rythme de ses inspirations. Une brise fraîche lui ébouriffe les cheveux. Le soleil tape contre sa nuque.

Presque parfaitement calme, il demande à Brume de repartir. La jument obéit, et il entend la terre battue crisser légèrement sous ses sabots.

Brume se met à tourner d’elle-même ; il devine qu’elle a évité la barrière. Probablement se met-elle à la longer, désormais. Plus rassuré, plus serein, il se décide à enfin lâcher les rênes, comme le lui a demandé Syndrell. Il laisse à Brume le loisir de le guider sur quelques mètres, et lui demande de ralentir. Puis de se lancer au trot de nouveau. Et enfin, de faire demi-tour pour repartir dans l’autre sens.

S’il se doute que ses manœuvres manquent de fluidité et sont sans doute dépourvues de la grâce du duo qui l’observe sans doute en ce moment-même, il est plutôt satisfait de ne pas avoir affolé Brume ; bien qu’il ne l’ait jamais surprise en train de désarçonner quelqu’un, il a toujours craint de faire une erreur, et d’être projeté de sa selle.

Il lance un ordre bref pour lui demander de ralentir, et se permet un nouveau demi-tour pour accélérer vers l’autre côté. Il accompagne ça d’un coup de talon, et sent l’animal se tendre et s’élancer puissamment. Un peu trop fort.

Instinctivement, il cherche les rênes, mais ne les trouve pas ; il perd légèrement l’équilibre et se rattrape à l’encolure de Brume en entrouvrant un œil alors que la jument s’arrête de surprise.

Erhan se redresse sur la selle et hésite ; fermer les yeux et recommencer ?

Sentant le regard de Syndrell, et se rappelant qu’elle ne l’a autorisé à regarder que sur son ordre, il se secoue un peu. Il abaisse les paupières, inspire, et recommence une dernière fois. Il s’est encore affolé, ou alors il a simplement été trop vite, difficile à dire. Mais il sait qu’en se concentrant, il peut y arriver. Il doit y arriver.


[Oui, il est tout frais ! Smile ]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4474
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Ven 19 Oct 2018, 18:32

Erhan était trop crispé. Ce détail sautait aux yeux et l’empêchait de transmettre ses volontés à Brume qui, du coup, hésitait ; prête à héler le jeune homme pour rectifier le tir, Syndrell tint résolument ses lèvres closes. Il était question de confiance, n’est-ce pas ? Alors dans ce cas, elle devait lui faire confiance à lui, son apprenti ; il était capable de se tirer d’affaire tout seul.

Et il le lui prouva.

Elle sourit en le voyant s’arrêter pour tendre l’oreille. Bon réflexe ! Une fois la vue obstruée, les autres sens prenaient automatiquement le relais. C’était la leçon qu’elle-même avait tirée en affrontant Syles pour s’entraîner, quand il lui avait bandé les yeux alors que lui-même vivait dans l’ombre depuis sa captivité. En mobilisant son ouïe, Erhan franchit donc un premier obstacle et cela lui permit de retrouver le droit chemin.

Mais pas de se détendre. C’était sans doute plus difficile pour lui, toujours méfiant, aux aguets. Syndrell connaissait bien cet état d’esprit, cet instinct sauvage qui servait de carapace face aux dangers extérieurs, tellement nombreux en ce monde… après tout, elle avait grandi dans la rue, elle aussi, entre deux séjours dans un orphelinat et quelques adoptions ratées ! Sans cesse rejetée à cause de la couleur atypique de ses cheveux et de ses yeux, elle avait elle aussi aiguisé ses griffes et il lui avait fallu beaucoup de temps pour accepter de les rétracter.

Elle réalisa soudain qu’à l’époque où elle avait rencontré Miss, elle devait ressembler pas mal à Erhan : tendue, prête à détaler à la moindre menace… Les mains croisées sur le pommeau de la selle de Vagabond, elle suivit les déambulations de Brume, pensive. Il fallait qu’elle se concentre un peu, qu’elle retrouve les images de ce passé déjà loin…

Leif était mort dans ses bras. Son aîné parmi les Ombres, espions de l’empire, son premier amour aussi, avait rendu son dernier souffle par une nuit orageuse ; il lui avait fallu des semaines pour arriver à lui faire confiance, et bien d’autres encore pour mieux cerner ce qu’elle ressentait à son égard. Elle était en fuite quand Miss l’avait trouvée, menacée par les foudres de Vanora. Petite fille par bien des côtés, mais déjà plus mûre que ses pairs, sauvageonne dans ses réactions, c’était à se demander comment Miss avait réussi à établir ce lien de confiance qu’elle avait mentionné pour qu’Erhan se sente m…

Syndrell cligna des yeux.

Un lien de confiance ! C’était si simple ! Le vent joua dans ses cheveux et il lui sembla, un bref instant, que le rire de Miss résonnait à ses oreilles, empreint de malice. La marchombre secoua la tête, médusée. Fallait-il qu’elle soit distraite à ce point pour n’avoir pas encore compris ?

Mais baste ! Erhan venait de glisser de sa selle. Il n’était pas tombé complètement et avait seulement ouvert un œil, mais il fallait se recentrer sur l’instant présent, car quelque chose était sur le point de se produire – et il était hors de question qu’elle passe à côté ! Un creux de sourire dans la joue, Syndrell claqua de la langue et laissa Vagabond faire quelques pas en avant.

Erhan n’avait commis aucun faux pas.

Au contraire ! C’était Brume qui avait manifesté son impatience, confirmant que le moment était venu de passer à l’étape suivante ! Syndrell se pencha pour attraper la porte et la pousser, ouvrant le cercle de monte. Elle ne dit rien, car il n’y avait pas besoin de dire quoi que ce soit ; Brume s’engagea d’elle-même par l’ouverture, et Vagabond la suivit, évidemment. Côte à côte, ils franchirent la porte de l’Académie et s’engagèrent sur le sentier.

Libres.


- Tu peux ouvrir les yeux, maintenant.

Brume connaissait les lieux, cela aidait, toutefois l’essentiel résidait dans ce lien qui, quoiqu’encore timide, s’était établi entre Erhan et elle. Ravie, Syndrell s’étira comme si de rien n’était, puis croisa les mains derrière sa nuque, laissant Vagabond aller à son rythme – un pas tranquille, parce qu’il savourait cette balade auprès de sa compagne.

- Grisant, n’est-ce pas ? Cette sensation d’avancer vers l’inconnu, de prendre tous les risques, en particulier celui d’être surpris… Et regarde, tu as adopté la bonne posture ! Quand on ferme les yeux, on voit le monde autrement.

Le soleil jouait de ses rayons entre les feuilles, dessinant de petites taches lumineuses sur le sol tandis que de minuscules paillettes flottaient dans l’air. Des marrons échappés de leurs bogues craquaient sous le pas des chevaux alors que deux écureuils, dérangés dans leur amassement de réserves gourmandes, filaient à toute allure le long des troncs noueux et couverts de mousse pour sauter de branche en branche et échapper à leur vue. L’automne était là, dans toute sa splendeur, et Syndrell prit une profonde inspiration pour emplir ses poumons de l’air frais et piquant de cette belle saison.

- Nous mettons les voiles pour Al-Chen, déclara-t-elle d’un ton joyeux. Mais nous allons faire quelques détours pour l’atteindre. Dis-moi, Erhan, tu aimes ça, les pommes ?

Et sans attendre la réponse, la jeune femme se pencha sur l’encolure de Vagabond, pressa ses genoux contre ses flancs et s’élança dans un galop rapide. C’était une invitation à la suivre !



*



Tanank Nil’Pavanis ne vit pas les cavaliers qui approchaient. Ce fut Galmore, ce bon vieux chien de berger qui, toujours aussi vif, donna l’alerte en premier. Suivirent ensuite les cris d’Ollie et de Derfan, assez différents de leurs jeux habituels pour que l’éleveur aux cheveux clairs et au regard tendre délaisse son travail – le rétablissement d’une barrière en mauvais état – pour lever les yeux vers l’horizon.

Il n’était pas rare que des voyageurs empruntent cette route plutôt fréquentée, surtout à ce moment de la journée, mais l’on n’était jamais trop prudent ; Tanank se redressa, son maillet fermement serré dans sa main droite, et appela ses enfants qui vinrent se réfugier dans ses jambes. Le maître du domaine, une jolie petite ferme dans laquelle s’épanouissaient quelques animaux dont un certain nombre de chevaux, s’apprêtait à héler les deux cavaliers quand un éclat bleu attira son attention.


- Nom d’un bourdon… Syn ? C’est toi ?
- Salut grand chef ! Je t’ai manqué ?


Tanank avait la gorge trop serrée pour répondre à la question. Après trois ans sans nouvelles, bon sang, oui, son amie lui avait sacrément manqué ! En fait, Syndrell était saisie par la même émotion, mais elle mit pied à terre et ne chercha pas à masquer son trouble : elle franchit d’un bond la distance qui les séparait et sauta au cou de Tanank. Il était si grand qu’il la dépassait de trois bonnes têtes !

- Je… mais…
- Tu m’as manqué aussi,
affirma-t-elle en lui plantant un baiser sur chaque joue.

Elle recula d’un pas et il en profita pour essuyer rapidement ses yeux.


- Tanank, je te présente mon élève, Erhan. Erhan, Tanank est un ami de longue date. Il règne en maître sur ce domaine qu’il a bâti à la force de ses mains, élève des chevaux et les quelques vaches indolentes que tu peux voir là-bas, possède le plus joli verger du pays – et c’est là que nous allons nous entraîner un peu – et sait marcher sur les mains !
- Savait,
nuança Tanank en reprenant contenance.

Il serra la main d’Erhan, notant les muscles fins, la souplesse des mouvements et les vêtements de cuir sombre. Il savait depuis longtemps que Syndrell était une marchombre, mais il ne pouvait pas s’empêcher d’être fasciné par ces gens hors du commun.


- N’as-tu pas quelqu’un à nous présenter, toi aussi ? s’enquit Syndrell en souriant aux deux bambins qui s’accrochaient timidement aux jambes de leur père.

Celui-ci se rengorgea instinctivement, comme chaque fois qu’il était question de sa famille. Il est des fiertés dont on ne se prive jamais.


- Voici mes jumeaux, Derfan et Ollie. Vous dites bonjour, les garçons ?

Pour briser la glace, Syndrell s’accroupit et leva une main dans laquelle elle les invita à frapper. Tanank secoua la tête, amusé ; c’était une façon de se saluer ! N’empêche que cela fonctionna car Ollie, pourtant le plus impressionnable des deux, attrapa une mèche de cheveux bleus, sidéré par cette couleur.

- Je vais prévenir Cora que nous avons des invités. Elle va me houspiller pour ne l’avoir pas prévenue assez tôt. Tu ne manques pas d’air, Syn, de débarquer ainsi à l'improviste ! fit remarquer Tanank d’un ton joyeux qui démentait le sens de ses dernières paroles.
- On va se rendre utiles, ne t’en fais pas. Allons dire bonjour à Cora. Ensuite, je peux t’emprunter ton verger ?
- Bien sûr, mais pourquoi ?



Un clin d’œil doré et Syndrell fila à la suite des jumeaux qui couraient vers la maison. Tanank devina qu’il lui faudrait donc se contenter de cette réponse, mais ça ne lui posait pas de problème, en vérité ; il était trop heureux de revoir son amie.



*



Derrière le corps de ferme, sous le regard placide des vaches qui ruminaient paresseusement, il y avait tout un tas d’arbres fruitiers qui s’étendaient assez loin pour donner le vertige : abricotiers, poiriers, pruniers, noyers, figuiers et enfin, pommiers dont les branches, alourdies par les fruits qui se faisaient nombreux, ployaient désespérément. Syndrell salivait mais s’obligea à rester sérieuse : il était temps de passer à la leçon du moment !

Erhan la suivait sans bruit. La discrétion de ce garçon rendait sa présence agréable, mais elle comptait bien sur Tanank et son adorable famille pour l’aider à se détendre un petit peu. Pour l’heure toutefois, ils étaient seuls, et c’était important. La marchombre s’arrêta au milieu d’une petite allée jonchée de fruits que l’éleveur n’avait pas encore pris le temps de ramasser. Elle posa ses affaires dans l’herbe et attrapa un long sac duquel elle sortit un arc ; de taille moyenne, plutôt fin, il était assez classique mais très résistant. Elle le tendit à Erhan, ainsi qu’un carquois pourvu d’une vingtaine de flèches au sombre empennage.


- As-tu déjà eu l’occasion de tirer à l’arc ?

Erhan était débrouillard et quand on avait ce genre de chose entre les mains, la marche à suivre semblait évidente… néanmoins, il fallait connaître les gestes de base qui, aussi simple soient-ils, étaient à l’origine d’un tir correct ; dans l’attente de la réponse de son élève, Syndrell s’empara de sa propre arme, dont elle assembla les deux parties démontables en quelques mouvements rodés par l’habitude et l’expérience, subtilisa une flèche dans le carquois qu’elle venait de donner à son élève, l’encocha, visa, tira.

La pomme qu’elle avait posée au sommet d’un petit monticule de pierres s’envola, traversée par le trait qui la sépara en morceaux. Son arc à la main, la marchombre alla récupérer la flèche – sans oublier le fruit dont elle glissa un quartier entre ses lèvres avec gourmandise.


- Un déli’che ! s’exclama-t-elle, les yeux brillants.

Sans prévenir elle glissa un morceau de sa pomme dans la bouche d’Erhan, avant de ranger la flèche dans le carquois puis de le regarder en haussant un sourcil.

Alors ? Allait-il l’imiter et planter une flèche dans les pommes qu’elle avait disposées face à lui, quelques mètres plus loin, ou bien fallait-il qu’elle commence par lui apprendre à tenir un arc dans ses mains ?




[Permission de faire bouger Tanank si tu le souhaites ; c'est un pnj fort sympathique qui, je l'espère, plaira à Erhan !]

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Erhan Arfas
Groupe Kabay
avatar

Nombre de messages : 108
Citation : "L'imagination est plus importante que la connaissance, car la connaissance est limitée." Albert Einstein
Date d'inscription : 23/06/2016

Feuille de personnage
Age: 22
Greffe: Non
Signe particulier: Cicatrice près du coeur. A des visions de son amie d'enfance. Porte la chaînette de celle-ci autour du cou.

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Sam 20 Oct 2018, 15:04

[Ces pnj me semblent fort sympathiques en effet !]



Ce sont les sons qui perturbent Erhan pendant quelques secondes ; il y a un changement. Le bruit des sabots sur la terre a changé, et la cadence de Brume également. Il a l’impression étrange que le cercle de monte est trop grand. La jument a cessé de tourner, il le sent. Elle avance tout droit. Alors que d’autres sons plus flagrants commencent à lui faire comprendre ce qu’il se passe…

— Tu peux ouvrir les yeux, maintenant.

La voix de Syndrell le tire de cette étrange rêverie, et alors qu’il ouvre les paupières, il est un instant ébloui par la lumière. Ses yeux se réhabituent très vite, et il comprend alors qu’ils ne sont plus dans le cercle de monte. À la route qu’ils empruntent et en voyant les derniers bâtiments de l’Académie reculer à la limite de son champ de vision, il esquisse un demi-sourire à la fois satisfait et étonné.

Il sent qu’il n’aura de cesse d’être surpris par tout ça ; il s’est tant concentré qu’il n’a pas remarqué le moment où Syndrell a ouvert la porte du cercle pour le guider à l’extérieur. Cette première épreuve est-elle une réussite, alors ? Juste une étape, peut-être.

— Grisant, n’est-ce pas ? Cette sensation d’avancer vers l’inconnu, de prendre tous les risques, en particulier celui d’être surpris… Et regarde, tu as adopté la bonne posture ! Quand on ferme les yeux, on voit le monde autrement.

Le garçon rattrape pensivement les rênes de Brume. Oui, il a l’impression de commencer à saisir. Derrière les paroles parfois sibyllines, les actes souvent inattendus des marchombres, il croit enfin être capable de comprendre. Un peu plus qu’avant, en tout cas ; même s’il est encore parfaitement incapable de mettre des mots sur toutes ces sensations nouvelles.

— Et où va-t-on, maintenant ? demande-t-il, curieux de connaître la suite du programme.
— Nous mettons les voiles pour Al-Chen. Mais nous allons faire quelques détours pour l’atteindre. Dis-moi, Erhan, tu aimes ça, les pommes ?
— Les… les pommes ?

Soudain, la marchombre aux cheveux bleus et sa monture s’élancent au galop sur la route ; Erhan papillonne des yeux sans comprendre. Brume s’ébroue, impatiente.

Comprenant qu’il ne pourra jamais prévoir les réactions ni les questions de celle qui la guide désormais, il lâche un soupir dépité, et se penche en avant pour ne pas se laisser distancer par cette cavalière aux yeux dorés.


***


Un aboiement surprend le garçon. Quittant des yeux la petite forêt sur leur gauche, il tourne la tête vers la source du bruit et distingue une ferme. Il n’est pas vraiment surpris, car ce n’est pas la seule dans la région.

Il aperçoit distraitement un homme non loin de la route, occupé à réparer une clôture en bois ; et le chien qui l’a fait sursauté. Deux enfants semblent s’amuser.

Erhan a l’impression furtive que Syndrell a modifié la cadence de Vagabond ; et l’instant d’après, l’homme s’adresse justement à elle.

— Nom d’un bourdon… Syn ? C’est toi ?
— Salut grand chef ! Je t’ai manqué ?

Surpris, le jeune homme voit la marchombre sauter à terre et courir dans les bras du fermier ; comprenant qu’il s’agit là d’une de ces étapes imprévisibles qui vont jalonner leur périple, Erhan quitte à son tour Brume et attire les deux montures dans le sillage de son maître.

Le garçon ne peut évidemment s’empêcher de remarquer les yeux brillants de cet homme, et l’étrange émotion dont laquelle Syndrell semble être la proie. Se connaissent-ils ? À les voir comme ça, Erhan a l’impression qu’ils ne se sont pas vus depuis longtemps. Est-il de la famille de Syndrell ? Il a du mal à concevoir que quelqu’un qui n’ait à priori rien de « marchombre » soit lié à elle par le sang, mais pourquoi pas…

La marchombre recule soudain.

— Tanank, je te présente mon élève, Erhan. Erhan, Tanank est un ami de longue date. Il règne en maître sur ce domaine qu’il a bâti à la force de ses mains, élève des chevaux et les quelques vaches indolentes que tu peux voir là-bas, possède le plus joli verger du pays – et c’est là que nous allons nous entraîner un peu – et sait marcher sur les mains !
— Savait, nuança Tanank en reprenant contenance.
— Bonjour, dit poliment Erhan, un peu gêné.

Il serre la main de Tanank, en notant la forte poigne du bonhomme ; malgré sa carrure, il a l’air fort sympathique. Erhan esquisse un sourire poli en réponse au regard du fermier. Le jeune homme sent les regards quelque peu intimidés et curieux des deux enfants qui se sont réfugiés dans ses jambes ; et il ne tarde pas à entendre leurs noms, Ollie et Derfan. Des jumeaux.

À cette mention, Erhan est pris d’un bref frisson ; un vieux souvenir d’Al-Far ressurgit. Il a connu des jumeaux. Mais ils étaient loin de paraître aussi inoffensifs que ces deux-là. Erhan s’empresse de faire disparaître ça de son esprit. Il a autre chose à penser.

Alors que Syndrell semble taquiner les deux frères, Tanank se montre soudain plus joyeux.

— Je vais prévenir Cora que nous avons des invités. Elle va me houspiller pour ne l’avoir pas prévenue assez tôt. Tu ne manques pas d’air, Syn, de débarquer ainsi à l'improviste !
— On va se rendre utiles, ne t’en fais pas. Allons dire bonjour à Cora. Ensuite, je peux t’emprunter ton verger ?
— Bien sûr, mais pourquoi ?

Erhan comprend bien à son ton qu’elle a prévu quelque chose ; peut-être bien que c’est lié à lui. Il se voit mal rendre visite à des inconnus dans une ferme juste pour le plaisir. S’ils sont là, c’est certainement aussi pour en profiter autrement. Bien qu’il comprenne l’envie de Syndrell de revoir des connaissances.

Et voilà que la marchombre s’éclipse à toute allure vers la ferme, suivie d’Ollie et Derfan ; c’est à se demander s’il n’y a pas un troisième enfant. Cela semble amuser Tanank. Il se tourne vers Erhan, et désigne un pré à quelques mètres de là.

— Tiens, on va laisser vos chevaux profiter de l’endroit, eux aussi.

— Bonne idée, répond Erhan en hochant la tête.

Il suit le fermier, avec Vagabond et Brume à ses côtés.

Étrangement, il ne se sent ni en danger ni même aussi méfiant que d’habitude ; peut-être parce qu’il y a toujours plein de monde à l’Académie. Ici, la nature est omniprésente, et les espaces sont ouverts. En plus de ça, Tanank semble quelqu’un d’assez chaleureux. Erhan espère juste qu’il ne lui posera pas trop de questions personnelles.


***


Le bruit du maillet de Tanank retentit de nouveau, au loin, derrière la maison. Les jumeaux ont cessé de les espionner à distance et d’attendre qu’on leur prête plus d’attention. Syndrell a l’air particulièrement habile avec les enfants, bien plus qu’Erhan. Il ne sait pas trop comment réagir en leur présence.

En débarquant dans la ferme, il n’a pas compris tout de suite que les arbres derrière le bâtiment principal ne forment pas une forêt. En suivant Syndrell dans les allées trop droites où les arbres semblent trop bien alignés, il devine que c’est un verger ; chose qu’il a rarement aperçu depuis qu’il a quitté Al-Far et qu’il est logé à l’Académie. Il est étonné par la taille de celui-ci, et la diversité des fruits qui alourdissent les branches ou sont tombés au sol.

Il n’a pas vu autant de fruits différents et colorés que sur les étals du marché d’Al-Far où il a fait ses meilleurs profits de voleur.

Syndrell s’arrête finalement à côté d’un pommier. Ce qu’elle sortit de son sac intrigua l’ex-voleur.

Un arc.

Un carquois en jaillit à son tour, rempli de flèches.

— As-tu déjà eu l’occasion de tirer à l’arc ?
— Non, jamais.

Il en a déjà vu ; et il a déjà regardé des gens s’en servir. Mais c’est une arme à distance assez rare chez les voleurs, car plutôt fragile et assez chère. Il a toujours été plus rentable de les revendre que de s’en servir, ce qui explique peut-être pourquoi il n’a jamais eu l’occasion de s’entraîner avec.

Sans prévenir, Syndrell encoche une flèche à son arc et tire avec une rapidité inouïe, perçant sans effort une pomme qui éclate à l’impact. Elle se penche pour récupérer le fruit et en engloutit un morceau.

— Un déli’che !

Alors que le garçon s’apprête à dire quelque chose, la marchombre glisse vivement un morceau de pomme dans sa bouche. Une fois de plus pris par surprise, il recula d’un pas en manquant de s’étrangler, mais se reprend très vite. Décidemment…

Il avale le fruit juteux, surpris par le goût si sucré, et fixe du regard l’autre pomme qui a remplacé la première sur le monticule de pierre.

C’est à lui d’essayer ; il saisit une flèche, met quelques secondes à comprendre comment l’encocher sur la corde, et se place légèrement de profil. Jusque-là, imiter Syndrell ne paraît pas bien difficile.

En fait, ça a même paru extrêmement facile en la voyant faire.

De sa main droite, il tire la corde et se montre stupéfait de la résistance qui s’exerce alors dans l’arc ; c’est bien plus dur que ce qu’il a imaginé. Essayant de tendre un peu plus l’arme, il plisse les yeux pour tenter de viser. Il ne prend que deux brèves secondes pour ajuster son tir, comprenant que son bras ne sera pas costaud pour pouvoir rester en position beaucoup plus longtemps.

Avec la force de la détente, l’arc lui échappe presque des mains.
La flèche forme une jolie courbe et se plante dans une branche à hauteur de visage avec un bruit sec.

La pomme sur son trône de pierre est à trois mètres de là.
Erhan abaisse son arc et se tourne vers Syndrell en se raclant la gorge.

— J’espère que les yeux fermés, ce ne sera pas pour toute de suite ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4474
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Sam 20 Oct 2018, 19:23

- Pourquoi pas, vu comment tu te débrouilles à l’aveugle ?

La mine d’Erhan amusa Syndrell, et elle secoua la tête en riant doucement.

- Chaque chose en son temps. Déjà, la posture : de profil, tête tournée vers ta cible. L’écartement entre tes pieds correspond à ton allonge, et la ligne de tir doit se trouver devant tes orteils. Ensuite…

Elle contourna le jeune homme et plaça les mains sur sa taille. Il tressaillit sous ses doigts mais ne se dégagea pas ; elle exerça ainsi une très légère pression pour lui montrer comment trouver son équilibre.

- Le bassin dans l’alignement des épaules, en restant bien parallèle à la ligne de tir. Voilà, c’est bien comme ça. Ancre tes talons dans le sol, imagine que des racines plongent dans la terre et te retiennent solidement. C’est la première clé d’un tir réussi ! Passons à la deuxième.

Cette fois, Syndrell colla son corps contre le dos d’Erhan. Elle n’avait pas le choix, c’était le seul moyen de l’aider à tenir son arc correctement, et elle était quand même bien plus petite que lui ! Elle n’avait toutefois pas vraiment la sensation de le gêner, simplement de le surprendre. Ses mains sur les siennes, elle positionna ses doigts sur la flèche et encocha celle-ci dans l’arc, mais ne le banda pas. Pas encore.

- Tiens fermement le tout et lève les bras au-dessus de ta tête. Lentement ! Bien plus lentement, parce qu’en même temps tu respires profondément et régulièrement. Ne quitte pas ta cible des yeux, pas un seul instant. Concentre-toi sur elle sans oublier ni les racines, ni la ligne de tir devant toi, ni le poids de l’arc et de la flèche entre tes mains. On redescend maintenant, tout aussi doucement, et c’est là que la corde se tend. Pousse avec ton bras gauche, tire avec ton bras droit. Laisse ta force dans tes coudes. Voiiiilà.

Sa voix n’était plus qu’un murmure alors qu’elle accompagnait ses mouvements, ravie de sentir la puissance dans les muscles des bras et du dos d’Erhan ; elle devinait son attention tout entière focalisée sur la cible, cette fameuse pomme qu’il avait manquée un peu plus tôt. Ensemble, ils bandèrent l’arc et amenèrent la flèche contre sa joue.

- Comprendre n’est pas réagir, mais ne faire qu’un : un avec l’arc, avec la flèche, avec la cible. C’est sur l’harmonie entre ces entités que repose la qualité de ton tir. Tu es prêt ?

Le bruit de la flèche, en percutant l’arc, prouva à Syndrell que tel était le cas. Elle regardait dans la même direction qu’Erhan, ses mains toujours sur les siennes, et sourit en voyant le trait se planter dans la pomme, qu’il envoya balader.

- Ne bouge pas. Regarde dans la direction de ta flèche. Tu ne dois jamais la quitter des yeux, même une fois atteinte. Si une pomme n’a pas la capacité de répliquer, un adversaire doué de sombres attentions peut encore essayer de te toucher. En demeurant dans cette posture, tu demeures sur tes gardes, à l’affût du moindre détail qui te permettra de savoir si tu dois décocher une autre flèche. Le détail, Erhan, c’est le raccourci du marchombre, celui qui l’entraîne vers des lieux insoupçonnés, lui offre un temps d’avance sur son adversaire et, souvent, lui sauve la vie…

Lentement, ils baissèrent les bras. Son souffle accordé à celui de son élève, Syndrell fit un pas en arrière. Il avait tiré sa première flèche et elle avait trouvé sa cible ; bien sûr, sans son maître pour l’épauler, il allait connaître son lot d’échecs… mais elle avait remarqué qu’il avait la mémoire des gestes et elle savait qu’il retiendrait ceux-ci.

- Eh bien, recommence ! Tu as encore toutes ces pommes à dégommer !

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Erhan Arfas
Groupe Kabay
avatar

Nombre de messages : 108
Citation : "L'imagination est plus importante que la connaissance, car la connaissance est limitée." Albert Einstein
Date d'inscription : 23/06/2016

Feuille de personnage
Age: 22
Greffe: Non
Signe particulier: Cicatrice près du coeur. A des visions de son amie d'enfance. Porte la chaînette de celle-ci autour du cou.

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Lun 22 Oct 2018, 21:08


— Comprendre n’est pas réagir, mais ne faire qu’un : un avec l’arc, avec la flèche, avec la cible. C’est sur l’harmonie entre ces entités que repose la qualité de ton tir. Tu es prêt ?


Mettant enfin de côté la surprise qui l’a saisi lorsqu’elle s’est approchée de lui pour le maintenir dans la bonne position, il se surprend à tendre l’oreille plus intensément que d’habitude.

La cible. Ne faire qu’un avec elle ? Pour l’arc et la flèche, il peut comprendre. Mais s’il imagine que la cible est un autre être humain…

… quoique, ça ne paraît pas si anormal que ça, finalement. Il faut en partie se mettre à la place de celui qu’on traque pour comprendre ce qu’il va faire, et où il va. Et aussi pour comprendre comment il pense, comment il peut réagir à une attaque, ou s’il a assez d’argent sur lui pour que le risque de le voler en vaille la peine.

Même si dans ce cas précis, la cible n’est qu’une innocente pomme.
Toujours maintenu par Syndrell qui l’aide à garder la bonne posture, il tire, guidé par les mains de la marchombre et par l’idée de « ne faire qu’un ». Il est presque surpris de voir le fruit transpercé par le trait ; mais avec la sensation qu’il a été trop aidé, pour montrer l’exemple.

Syndrell recule finalement, et il se surprend à détendre ses muscles ; le contact de quelqu’un d’autre éveille toujours en lui cette forme de prudence intestine qu’il a acquis à Al-Far. Les personnes en qui il a assez confiance pour le toucher ainsi ne se comptent que sur les doigts de la main, et Syndrell en fait partie depuis qu’ils ont grimpés au sommet de l’Académie. Mais malgré son envie de s’ouvrir plus aux autres, il a toujours du mal à lâcher prise. Il a cependant en tête l’exercice avec Brume… preuve que quand il essaie vraiment, il peut faire confiance…

La marchombre lui donne d’ultimes conseils. Celui sur le sens du détail lui parle bien. Il le comprend mieux et lui paraît pouvoir s’appliquer à la fois pour sa vie de voleur et sa nouvelle Voie. Au moins, il ne sera pas complètement perdu.

Il encoche une flèche et affronte du regard la lignée de pommes qui attendent narquoisement qu’il les atteigne.

Il se remet en position, de manière plus ou moins convenable. Le bassin dans l’alignement des épaules… et… la ligne de tir devant ses pieds…

Il se rend compte qu’il ne se souvient plus précisément de tout ce que Syndrell lui a dit. Il y a bien plus de choses à retenir que ce qu’il aurait pu penser. Mine de rien, tirer à l’arc demande beaucoup plus de choses que de tenir un couteau.

La première flèche rate la cible ; bien qu’elle ne soit pas passé si loin que ça de la pomme visée.

Erhan se saisit de la deuxième et arme son arc, qu’il garde pointé sur le sol quelques secondes pour tenter de reprendre la position que Syndrell lui a fait prendre. Il ne se souvient pas bien de ses mots exacts, mais il croit être capable de se repositionner d’une meilleure façon.

Finalement satisfait, il tire à nouveau. Et rate encore.

La troisième flèche rejoint les deux autres dans l’herbe, et sa paupière est agitée d’un bref tic de frustration. Ces pommes on presque l’air de lui faire des grimaces, perchées sur leurs petites montagnes de cailloux !

La quatrième flèche se plante dans le sol, près d’une cible, et il commence à comprendre ; un tir moins puissant comme celui-ci a fait retomber la flèche plus vite. La courbe lui a paru exagérée comparé aux précédentes. Il vise un peu plus haut et réessaie.

Économiser ses bras et toucher les pommes en prenant en compte la courbe de la flèche lui paraît plus malin.

Plus malin mais plus compliqué, sans doute.

Il lui fait quatre essais infructueux pour qu’il lâche son premier grognement irrité. Le carquois commence sérieusement à se vider.

Oubliant cette méthode — inutile de s’entêter à essayer — il recommence à tirer.

Et sursaute presque de surprise quand une pomme est touchée et éclate en morceaux. Un peu rassuré, et légèrement satisfait, il change de cible.

Peu à peu, au fur et à mesure des tirs, il sent la fatigue s’accumuler dans ses bras. Mais la tendance s’inverse lentement. Il vise mieux, et bien qu’il ne réussisse par toujours à toucher juste, les flèches commencent à former un bouquet autour des montagnes de pierre.

La branche au-dessus doit se sentir rassurée, elle aussi !

D’autres tirs s’enchaînent, les uns après les autres. Erhan se surprend à aimer le son de la corde, et le poids de l’arc. Il aime bien cette arme. Il l’aime bien, mais la maîtrise encore mal. Si les pommes commencent à en souffrir, il lui fait bien un tir sur quatre pour toucher ou frôler sa cible. Ce qui rend l’épreuve aussi frustrante que possible. Il s’étonne lui-même de se prendre autant au jeu.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4474
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Mer 24 Oct 2018, 19:06

Il passa plus d’une heure à tirer à l’arc, et elle, à l’observer.

Erhan avait la volonté chevillée au corps, et il compensait son manque d’expérience par une concentration à toute épreuve. Syndrell le vit d’abord tâtonner, hésiter, tenter de se remémorer les conseils qu’elle lui avait donné ; il essaya une méthode, puis changea de tactique et s’enhardit. Il cherchait son style. C’était normal : à partir des gestes de base, chaque archer avait sa propre façon de tirer. Celle de Syndrell était téméraire, audacieuse ; celle d’Erhan serait méthodique et précise. Il ne se contenta pas de la médiocrité.

Quand elle remarqua la tension qui s’était logée dans les épaules de son élève, la marchombre jugea bon de mettre fin à l’exercice. Elle laissa le jeune homme récupérer ses flèches, puis elle le gratifia d’un sourire satisfait.

- C’était un bon début ! Comme pour le lancer de couteau, le secret de progrès évidents repose dans la régularité. Entraîne-toi chaque jour. Tu peux utiliser cet arc ; il appartient à l’Académie, alors si tu t’en procures un par tes propres moyens, il ne faudra pas oublier d’aller le rendre.

Syndrell se baissa et ramassa une pomme, mais au lieu de la croquer, elle la lança en l’air et la rattrapa adroitement.

- On va changer d’activité. Tu vois toutes ces pommes, par terre ? Tu vas devoir les ramasser, toutes, avant que le soleil ait atteint la limite des arbres, là-bas. Tu peux utiliser la brouette de Tanank, si tu veux charrier un maximum de paniers sans trop d’efforts. Ah, j’oubliais…

Sourire lumineux.

- Pendant que tu rends ce fier service à notre hôte, je vais te mettre des bâtons dans les roues. Non pas pour t’enquiquiner, encore que… mais pour mobiliser tes réflexes. Garde la tête haute et l’esprit ouvert. Evite mes projectiles par n’importe quel moyen… mais ne cesse jamais de ramasser les pommes.

Simple en apparence, l’exercice s’avérait en réalité complexe car il supposait l’alliance de plusieurs capacités afin d’être réussi : rapidité, agilité, réflexes pour ce qui était de l’évitement des projectiles (des pommes que Syndrell, malicieuse, allait prélever dans les paniers déjà pleins, histoire de compliquer davantage la tâche de son élève) ; endurance, stratégie et patience en ce qui concernait le ramassage des fruits en un temps imparti.

C’était un défi à la mesure d’Erhan.




*



Le temps s’écoula, les pommes volèrent, Erhan trima et Syndrell ne le ménagea pas ! Alors que les paniers remplis s’entassaient, preuve de l’application du jeune homme en dépit des fourberies de la marchombre aux cheveux bleus, les jumeaux s’approchèrent. Derfan, petite terreur dans l’âme, épaula joyeusement Syndrell dans ses tirs, mais Ollie, d’un caractère plus proche de celui d’Erhan, attrapa une petite brouette et aida vaillamment ce dernier à ramasser les dernières pommes.

Tanank observa les paniers, ravi. Il lui aurait fallu bien plus qu’une paire d’heures pour parvenir à ramasser tous ses fruits. La nuit tombait, et il devait encore aller s’occuper des chevaux ; Syndrell lui proposa d’emmener Erhan avec lui. Ce travail-là était plus reposant, mais surtout plus stimulant, alors qu’ils avaient entamé la journée par une petite leçon de monte. En outre, la jeune femme était décidée à aider Cora dans la préparation du repas.


- Il est temps que je mette la main à la pâte, moi aussi ! dit-elle avant de lancer un clin d’œil doré en direction d’Erhan – sa façon à elle de le saluer.

Heureux d’avoir de la compagnie, Tanank profita de ce temps « entre hommes » pour faire visiter son domaine à Erhan. Sa fierté ne pouvait pas se confondre avec de l’orgueil, et c’est avec humilité qu’il présenta à son jeune ami tous ses projets d’avenir. La nuit tombait sur la plaine, exhalant un air frais et piquant qui encouragea les bêtes à s’abriter dans leurs étables respectives. Devinant son inexpérience dans ce domaine, Tanank montra à Erhan comment rassembler le fourrage approprié avant de le répartir dans les mangeoires.

Les chevaux restaient au pré, pourvu de cabanes dans lesquelles ils pouvaient s’installer si le besoin se faisait sentir. Toutefois, quelques-uns d’entre eux nécessitaient des soins particuliers, comme la Canaille qui attendait un petit ou encore Api qu’une blessure au niveau du pied empêchait de dormir dehors. Là encore, Tanank se montra patient et pédagogue, mais aussi très confiant : il le prouva en laissant Erhan s’occuper tout seul des chevaux de l’intérieur, depuis les soins jusqu’à la nourriture, tandis que lui s’occupait de nettoyer les stalles.

Une fois le travail accompli, l’éleveur servit un peu de vin de noix de sa fabrication dans deux verres et en tendit un à son compagnon.


- Bon boulot, affirma-t-il en trinquant avec lui. Tu es un garçon solide, efficace et tu n’as pas peur de l’effort. Merci pour ton aide, aujourd’hui !

Un silence agréable les enveloppa tous les deux, à peine troublé par le frémissement des bêtes non loin d’eux. L’air sentait bon un mélange de foin, de cheval, de cuir et de crottin. Tanank laissa échapper un claquement de langue satisfait. Il avait observé Erhan à la dérobée quand il travaillait avec ses chevaux, découvrant un garçon plein de ressources, mais animé d’une étrange retenue. Discret, prudent, il semblait avoir connu des moments difficiles…

- Je suis content que vous vous soyez arrêtés chez nous, dit-il enfin dans un sourire. Je n’avais pas vu Syn depuis un sacré bout de temps, mais c’était nécessaire… Je… hum, j’avais dix ans de moins quand je l’ai rencontrée. C’était une drôle de fille. Je suppose qu’elle l’est toujours un peu. Et je ne parle pas de ses cheveux ! Elle était en plein apprentissage à l’époque, comme toi maintenant. Entre toi et moi, je ne sais pas trop ce qu’elle m’a trouvé… De mon côté j’étais fasciné. Et amoureux.

Erhan était un interlocuteur attentif. Encouragé par son écoute, Tanank poursuivit d’un ton plus assuré :

- Il m’a fallu un bout de temps pour comprendre que ce n’était pas vraiment d’elle que j’étais dingue, mais de ce qu’elle dégageait : la liberté. La liberté dans toute sa réalité, toute sa beauté, toute sa simplicité. Tu as beaucoup de chance de l’accompagner dans l’incroyable voyage de sa vie…

Il y avait de la nostalgie dans les yeux de Tanank, mais pas l’ombre d’un regret ; s’il avait aimé Syndrell un jour, il était désormais le plus heureux des hommes en compagnie de sa femme et de ses enfants. D’ailleurs…

- Allez viens, il est temps de rentrer. On va récupérer du bois au passage, m’est avis que le temps se gâtera cette nuit !



*



Cora était à l’image de son époux : jolie d’amour et de patience, elle était capable de dissiper une dispute entre ses fils d’un simple regard et de se faire obéir d’une simple caresse. Son ventre rond promettait une nouvelle source de joie dans peu de temps. Ils partagèrent un repas ponctué de rires, moins réchauffés par les bougies et le feu de cheminée que par le bonheur d’être ensemble. Après quoi ils s’installèrent tous près de l’âtre, Cora dans un large fauteuil et Tanank assis sur l’accoudoir, les jumeaux à plat ventre sur le tapis et Syndrell assise en tailleur, à côté d’Erhan. Chacun racontait une anecdote pour le plus grand plaisir d’un public friand d’histoires en tout genre.

- Je peins lorsque j’ai un peu de temps libre, expliquait Cora, une main posée sur son ventre rebondi. Un jour, par manque de palettes, j’ai utilisé un bol pour faire mes mélanges de couleur. C’était du brun soutenu, très brillant. Tanank est passé à côté tandis que je m’occupais des garçons. Il a pensé que c’était du chocolat…
- Vous riez,
marmonna piteusement Tanank alors que l’hilarité générale envahissait la pièce, mais je peux vous assurer que le goût de ce… cette chose est indicible. Mes papilles s’en souviendront toujours.

- Voilà pour mon anecdote. A qui le tour ?
- Erhan !
s’exclama Ollie, qui décidément semblait s’être pris d’affection pour le jeune homme.

Syndrell posa un regard brillant de curiosité sur son élève. Lui qui ne se dévoilait qu’à demi-mot, allait-il répondre aux sollicitations des jumeaux ?

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Erhan Arfas
Groupe Kabay
avatar

Nombre de messages : 108
Citation : "L'imagination est plus importante que la connaissance, car la connaissance est limitée." Albert Einstein
Date d'inscription : 23/06/2016

Feuille de personnage
Age: 22
Greffe: Non
Signe particulier: Cicatrice près du coeur. A des visions de son amie d'enfance. Porte la chaînette de celle-ci autour du cou.

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Sam 27 Oct 2018, 15:42

L’exercice suivant se révèle bien plus physique qu’escompté. Tanank a beau n’avoir aucun besoin d’éviter des jets de pommes pendant sa cueillette, Erhan a bien conscience que c’est un travail exténuant. Sans compter que Syndrell est aussi agaçante qu’une guêpe, à lui tourner autour sans cesser de le forcer à éviter les fruits, tout en remplissant la brouette et en faisant des allers-retours entre les paniers et les pommiers.

Alors que le temps passe et que les paniers s’entassent, il a l’impression de se détendre peu à peu. C’est assez amusant, finalement.

Quand les jumeaux reviennent, et choisissent leur camp, Erhan se montre surpris qu’Ollie lui vienne en aide ; ils échangent même quelques mots entre deux tirs de Syndrell et Derfan.

Finalement, après deux heures d’efforts intenses, Erhan, essoufflé et les bras un peu tremblants à force d’avoir tant trimé, reçoit avec satisfaction le grand sourire de Tanank qui arrive pour voir les résultats de leur cueillette assez… inhabituelle.

Le fermier annonce que sa femme, Cora, prépare le repas ; ce qui attire visiblement la marchombre aux cheveux bleus, prête à aider leurs hôtes pour le dîner. Les jumeaux la suivent quand elle s’élance vers la maison.

Erhan a oublié toute trace de malaise quand Tanank se propose de lui faire visiter le domaine plus en détail. Le jeune homme se surprend à apprécier l’endroit plus que de raison. Il se surprend même, pendant un instant, à jalouser les jumeaux.

Il aurait tellement aimé grandir dans un endroit pareil. Vivre une vie à l’écart des pavés crasseux et des bâtisses délabrées. Loin des vols, des combats de rues, des règlements de comptes. Loin des armes, du sang et des pertes.

La nuit tombante est fraiche, mais agréable. Tanank se révèle un homme jovial qui se contente de peu. Bavard pour ce qu’il s’agit de ce qu’il aime. Quand il explique à Erhan comment nourrir les bêtes ou prendre soin des chevaux, il parvient même à se montrer meilleur professeur que Syndrell, sans doute ; mais l’apprentissage des marchombres nécessite-t-il vraiment autant de clarté et de simplicité, ça Erhan ne saurait le dire. Syndrell est à part, sans doute. Même parmi les marchombres, qui sont déjà comme un monde parallèle, quand on a grandi au plus près des égouts.

Après s’être occupés des animaux, Tanank offre à Erhan un verre d’un vin de tonneau, dans une petite remise. S’asseyant sur des vieux tabourets, et avec vue sur le pré tout proche où paissaient les chevaux malgré l’heure tardive, Tanank tendit son verre vers le garçon. Erhan trinque avec un sourire franc et détendu ; il se sent étrangement proche de cet homme que tout oppose pourtant à lui.

— Merci pour ton aide, aujourd’hui !
— De rien, c’est normal de donner un coup de main, répond Erhan.

Du bout des lèvres, il goûte à cet alcool à l’odeur étrange. Il en boit une petite gorgée sucrée, et lâche un compliment que Tanank prend avec un doux éclat de rire, fier de sa conception maison.

Un silence s’installe, que seules rompent les animaux, les insectes et le vent. Erhan observe la plaine avec intérêt, et tente de deviner les formes obscures qui se dessinent à l’horizon, dans l’ombre que le crépuscule étend maintenant jusqu’à eux.

— Je suis content que vous vous soyez arrêtés chez nous, dit Tanank. Je n’avais pas vu Syn depuis un sacré bout de temps, mais c’était nécessaire… Je… hum, j’avais dix ans de moins quand je l’ai rencontrée. C’était une drôle de fille. Je suppose qu’elle l’est toujours un peu. Et je ne parle pas de ses cheveux ! Elle était en plein apprentissage à l’époque, comme toi maintenant.

Erhan ne peut s’empêcher d’écarquiller les yeux. Il a du mal à imaginer Syndrell à sa place. Il la voit mal jouer le rôle d’élève attentive, à vrai dire. Connaissant maintenant un peu son tempérament, il pense qu’elle n’a pas dû être une élève très docile… mais dix ans peuvent changer une personne du tout au tout, après tout.

Alors qu’il commence à se demander qui a bien pu être le maître de son maître et subir l’énergie de Syndrell, Tanank continue de l’étonner.

— Entre toi et moi, je ne sais pas trop ce qu’elle m’a trouvé… De mon côté j’étais fasciné. Et amoureux. Il m’a fallu un bout de temps pour comprendre que ce n’était pas vraiment d’elle que j’étais dingue, mais de ce qu’elle dégageait : la liberté. La liberté dans toute sa réalité, toute sa beauté, toute sa simplicité. Tu as beaucoup de chance de l’accompagner dans l’incroyable voyage de sa vie…

Ça, Erhan peut le comprendre sans trop de problèmes. Syndrell symbolise bien ce qu’il croit comprendre de la Voie, et de cette façon qu’ont les marchombres d’aborder les choses. C’est cette liberté qui l’attire irrémédiablement sur ce chemin si intrigant…



***



Erhan a eu l’impression d’être chez lui pendant toute la durée du repas ; qu’il s’agisse de Tanank, Syndrell, Cora, Ollie ou Derfan, il n’a pas eu l’impression de déranger, comme ça lui prend parfois à l’Académie, avec les autres apprentis. Il a rarement connu une ambiance aussi agréable pendant un dîner, ni une cuisine aussi délicieuse ; sauf peut-être celle de Hièlstan.

Après ce repas, toute la famille et leurs invités s'installent non loin du feu. Raconter des histoires près des flammes, c’est quelque chose qu’il n’a jamais expérimenté. Erhan écoute avec amusement les petites anecdotes qui s’enchaînent ici et là, et craignant un peu que son tour n’arrive. A-t-il vraiment quelque chose de similaire à raconter ? A-t-il seulement vécu un tel évènement ? Il se rend compte que dans ses souvenirs, il n’a retenu que le pire. Fouillant distraitement dans sa mémoire, il porte inconsciemment une main à sa chaînette, et la tripote sans y faire vraiment attention. Il n’a jamais apprécié se remémorer du passé, mais bizarrement, après cette rude journée, riche en évènements, il se sent d’humeur songeuse. Surtout après avoir vu Tanank aussi nostalgique.

Il sait bien que contrairement à beaucoup, il a vécu différemment. Être nostalgique n’est pas quelque chose qui lui est arrivé depuis qu’il est parti précipitamment d’Al-Far.

Cora termine de raconter cette histoire de peinture que Tanank a goûté en pensant être du chocolat ; Erhan participe aux rires devant la mine déconfite du fermier.

— Vous riez, mais je peux vous assurer que le goût de ce… cette chose est indicible. Mes papilles s’en souviendront toujours.
— Voilà pour une anecdote, conclut Cora. À qui le tour ?
— Erhan !

Ollie, bondissant presque sur place, se tourne du côté du garçon assis en tailleur sur le sol. Il sent des regards curieux se diriger sur lui, et pendant une fraction de seconde, il passe de la panique à l’inquiétude, avant de se mettre à réfléchir plus tranquillement ; il sait qu’il a des anecdotes à raconter.

Il faut juste qu’il en trouve une qui n’ait aucun rapport avec les visions qui le hantent encore certaines nuits.

— Hmmm… laisse-t-il échapper en fouillant dans sa mémoire.

Le regard appuyé d’Ollie a de quoi le déstabiliser. Il remarque tout juste qu’il est en train de tripoter sa chaînette. Il la lâche. Il pense subrepticement à Lewyn. À Jaed.

Jaed, tiens. Ils ont vécu un paquet de choses ensemble. Dans un éclair, il se souvient de quelque chose. Quelque chose que son esprit a totalement effacé derrière ce voile sombre qui lui revient dès lors qu’il pense à Al-Far. Il est lui-même surpris d’avoir oublié ce moment.

Et au moins, il n’y a rien à cacher dans ce souvenir, rien d’honteux ou de trop étrange pour être raconté aux jumeaux.

— Avant, avec un ami… Jaed, on s’amusait à embêter un marchand chaque semaine, quand il installait son étal dans la rue. Il nous connaissait bien. Il était toujours penché en avant et il marchait de travers, alors on l’avait surnommé le Bossu. Dès qu’il avait le dos tourné, Jaed en profitait pour jeter des miettes de pain sur son stand.

Erhan se redresse un peu, rassuré par l’air bienveillant de ses interlocuteurs. Pourquoi avoir peur de raconter ça, après tout ? Il sourit en songeant au Bossu ; dans le fond, il a bien aimé leurs embêtantes visites régulières, Erhan en est persuadé.

— Des dizaines d’oiseaux venaient presque aussitôt et envahissaient son étal. Le Bossu avait peur des oiseaux, alors c’était assez marrant de l’agacer. Un jour, Jaed m’a demandé de l’aider au lieu de le regarder faire… et évidemment, le Bossu m’a repéré juste avant que j’aie le temps de jeter les miettes. J’étais jeune à l’époque, alors il n’a eu aucun mal à m’attraper, et il m’a vidé le sac de miettes dans le col de ma veste en criant un bon coup. Sur le moment c’était très désagréable mais après coup, on a bien rigolé…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4474
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Lun 29 Oct 2018, 09:23

La scène était des plus cocasses à imaginer, et un grand éclat de rire ponctua le récit d’Erhan. Syndrell attendit que leurs regards se croisent brièvement pour lui envoyer un clin d’œil doré. Elle avait remarqué les émotions contradictoires qui s’étaient succédées sur son visage et deviné, dans l’innocence de cette anecdote, combien d’autres, plus cruelles, tissaient le passé de ce garçon. La présence des enfants lui permettait de se détendre. C’étaient eux, les héros de cette journée !

- Et toi alors, Syn ? intervint Tanank en lui souriant de toutes ses dents. Qu’as-tu d’intéressant à nous raconter ?

L’attention générale se tourna vers la marchombre et celle-ci, le coude posé sur son genou, le menton calé dans sa paume, s’accorda le temps de la réflexion. Une anecdote ? Elle avait la chance d’en compter des centaines ! La vie n’était pas une longue droite, mais une série de virages surprenants et bien différents les uns des autres ; c’est ce qu’elle cherchait à montrer à son élève en lui offrant des instants comme celui-là.

Evidemment, de sombres souvenirs habitaient dans sa mémoire, nombreux également. Toutefois ils n’avaient pas le monopole, ce soir. Il lui suffisait de regarder Tanank, sa main tendrement posée sur le ventre rond de son épouse, et le visage illuminé de curiosité malicieuse et innocente des jumeaux pour se rappeler toutes les âmes généreuses qui avaient traversé sa vie ; que choisir ? Quel fragment précieux retenir ?


- Un jour, il y a quelques années maintenant, j’ai découvert la Forêt Maison. C’est là-bas que vivent les Petits, un peuple d’hommes, de femmes et d’enfants adorables et pas plus hauts que ça…

Elle avait placé sa main à la hauteur de son épaule, alors qu’elle-même était toujours assise, symbolisant ainsi la taille des Petits. Quand ils réalisèrent qu’ils étaient à peine plus grands, Ollie et Derfan éclatèrent de rire. Mais Syndrell n’avait pas terminé.

- Mon mentor, Miss, avait été élevée par une famille de Petits que j’ai rencontrés. Contrairement à elle, je ne parlais pas leur langue, alors j’ai dû apprendre sur le tas. Au bout de quelques jours – et d’une sacrée dose de framboises – j’arrivai enfin à baragouiner deux ou trois mots pour me faire comprendre. Très fière, je décidai de me passer de Miss pour dialoguer avec eux. C’est ainsi qu’au lieu de demander une sarbacane à l’un d’entre eux… je lui ai demandé sa main. Je ne vous dis pas, soupira Syndrell tandis que son public partait dans une hilarité monstre, ce que j’ai dû faire pour éviter ce mariage inopiné…
- Tu peux dire quelque chose en Petit ?
s’enquit Derfan, alors qu’Ollie laissait échapper un bâillement significatif.
- Oui, je peux dire qu’il est l’heure d’aller au lit !

Elle traduisit et chacun s’étira avant de se redresser, quittant à regret la chaleur du feu et du tapis. Syndrell se mordit l’intérieur de la joue quand elle entendit Ollie murmurer à son frère « si ça se trouve, elle vient de te déclarer son amour, en fait ! ».

Si ça se trouve…




*



Plus un bruit ne résonnait dans la maison. Enfin, plus aucun son humain, disons, car une multitude de petits bruits venaient briser le silence nocturne : le feu qui craquait doucement dans l’âtre, le bois des meubles qui claquait de temps à autre, les ronflements de Galmore, le vent qui murmurait dehors… Allongée sur son matelas de fortune, les mains croisées sous la nuque, Syndrell vagabondait dans ses pensées sans parvenir à trouver le sommeil.

Erhan était étendu non loin d’elle, sur un autre matelas. Ils s’étaient installés sur le tapis du salon pour être au chaud. Heureux d’avoir un peu de compagnie, Galmore avait posé sa tête sur le ventre de la marchombre, lui offrant une source de chaleur supplémentaire et l’opportunité de lui caresser le sommet du crâne, ce dont elle ne se privait pas.


- Erhan, souffla-t-elle au bout d’un moment. Tu dors ?

Elle perçut son mouvement, devina, à son souffle, que non. Syndrell se mordilla la lèvre. Elle avait une question à lui poser mais elle hésitait à le faire, parce qu’elle n’avait pas envie de le blesser. Finalement, elle se dit que garder ses interrogations pour elle, c’était manquer de confiance envers lui. Alors, elle prit une inspiration et laissa de nouveau son murmure s’élever dans la pièce.

- Qu’est devenu Jaed ?

Elle n’ajouta pas qu’il était libre de ne pas lui répondre, ou bien de l’envoyer balader. Elle n’ajouta pas que s’il le faisait, cela ne la vexerait pas. Elle n’ajouta rien, laissant le silence revenir et les envelopper tous les deux. Elle n’ajouta rien parce qu’il le savait déjà, au fond.

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Erhan Arfas
Groupe Kabay
avatar

Nombre de messages : 108
Citation : "L'imagination est plus importante que la connaissance, car la connaissance est limitée." Albert Einstein
Date d'inscription : 23/06/2016

Feuille de personnage
Age: 22
Greffe: Non
Signe particulier: Cicatrice près du coeur. A des visions de son amie d'enfance. Porte la chaînette de celle-ci autour du cou.

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Lun 29 Oct 2018, 18:17

— Qu’est devenu Jaed ?

La question le prend au dépourvu. Il met quelques secondes à répondre, osant à peine troubler la quiétude rythmée par le craquement du feu dans la cheminée.

— Je ne sais pas...

Il se rend compte qu'il ne fait pas un très bon ami ; jamais il n'a eu l'idée de contacter Jaed après son départ d'Al-Far. Il se souvient de leurs brefs adieux, et il se rappelle aussi qu'à l'époque, il a tout fait pour oublier son camarade, ses autres compagnons d'infortune, Lewyn, et même la cité elle-même. Il a tellement cherché à oublier ce pan de sa vie et à recommencer à zéro... qu'il a mis de côté ce qui auparavant lui paraissait essentiel.

Il a préféré ne plus avoir d'attaches. Couper les anciennes, empêcher les nouvelles. Pourtant, il n'a jamais réussi à oublier Lewyn. Et il a intégré l'Académie, s'est lié à d'autres. Yohan et son tempérament joueur. Hièlstan, l'acceuillant Rêveur. Lohan, et sa fâcheuse tendance à attirer les ennuis. Et Syndrell, évidemment, qui le guide sur cette Voie qui lui plaît plus chaque jour qui passe.

Dans le noir, avec la présence de la marchombre et dans la lueur projetée par les flammes, il se sent bien. La maison le protège des dangers venus de l'extérieur, du vent et du froid. Il se sent en sécurité dans cette bulle.

Et il estime devoir beaucoup envers Syndrell ; elle l'entraîne sans rien demander en retour, après tout. Quelques précisions sur lui ne lui feraient pas de mal.

— Tu sais déjà que j'ai vécu à Al-Far, je crois... Le jour où j'ai quitté la ville, c'est à Jaed que j'ai fait mes adieux. Je ne sais pas ce qu'il est devenu, mais je suppose qu'il va bien...

Inutile de s'imaginer le pire ; le jeune homme a toujours été débrouillard et têtu. Erhan ne peut se l'imaginer autrement que commettant d'autres bêtises quelque part dans la cité.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4474
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Lun 29 Oct 2018, 19:52

- Il y a des gens que je n'ai pas revu depuis mon enfance, moi non plus. Certaines personnes sont difficilement associables à de bons souvenirs, hein ? Heureusement, ce n'est pas le cas de tout le monde. Tanank, par exemple : c'est un ami que je ne vois pas souvent, lui parce qu'il est enraciné ici, moi parce que je tiens pas en place, mais que je retrouve toujours avec un immense plaisir.

Il y a aussi cette chaîne autour de ton cou... Tu l'effleures souvent, parfois sans y penser. Ne te sens pas obligé de m'en parler si tu n'en as pas envie, mais... elle est liée à quelqu'un d'autre, n'est-ce pas ?

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Erhan Arfas
Groupe Kabay
avatar

Nombre de messages : 108
Citation : "L'imagination est plus importante que la connaissance, car la connaissance est limitée." Albert Einstein
Date d'inscription : 23/06/2016

Feuille de personnage
Age: 22
Greffe: Non
Signe particulier: Cicatrice près du coeur. A des visions de son amie d'enfance. Porte la chaînette de celle-ci autour du cou.

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Lun 29 Oct 2018, 22:15

- ... c'est le seul souvenir que j'ai de... d'une amie. Une amie que j'ai perdu à Al-Far...

En fait, c'est cause de ça... que je suis parti.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4474
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Lun 29 Oct 2018, 23:08

- Je suis désolée, Erhan... Je ne voulais pas te faire de la peine en abordant ce sujet.

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Erhan Arfas
Groupe Kabay
avatar

Nombre de messages : 108
Citation : "L'imagination est plus importante que la connaissance, car la connaissance est limitée." Albert Einstein
Date d'inscription : 23/06/2016

Feuille de personnage
Age: 22
Greffe: Non
Signe particulier: Cicatrice près du coeur. A des visions de son amie d'enfance. Porte la chaînette de celle-ci autour du cou.

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Mar 30 Oct 2018, 08:40

- C'est rien...

Au fait, j'y ai pensé avec Tanank tout à l'heure. Tu as vraiment été une apprentie, alors ? Je te vois mal suivre ton maître sans embêter quelqu'un...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4474
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Mar 30 Oct 2018, 12:22

- Bien sûr que je l'ai été !

Ecoute... moi aussi j'ai grandi dans la rue. J'ai navigué d'orphelinat en familles d'accueil mais mon apparence suscitaient un irrémédiable dégoût qui empêchait les gens de s'attacher à moi. Les deux seules personnes qui ont réellement souhaité m'adopter ont été sauvagement assassinés par des bandits de grand chemin... J'ai appris à me débrouiller, à survivre dans la capitale. C'est sans doute moins pire qu'Al-Far, même si certains quartiers mal famés ne sont pas du tout faits pour une petite fille solitaire...

C'est là que j'ai rencontré les "Ombres", membres du plus grand réseau d'espionnage de l'Empereur. Les tâches les plus ingrates, donc les plus dangereuses, étaient confiés à des gamins des rues. Nous avions les clés de la ville, après tout ! Plusieurs groupes s'étaient formés au fil du temps. Leif dirigeait l'un d'eux. Il m'a pris sous son aile et fut mon premier maître, même s'il était plutôt un genre de grand frère dont j'étais tombée amoureuse. Lui aussi, il m'a été brutalement arraché.

Je n'avais plus la force de me battre, à ce moment-là. J'ignore si toi aussi, tu as déjà connu ce terrible moment d'abattement où seule la mort constitue la plus belle échappatoire... Eonard, un vieil ermite qui vivait dans les montagnes du Poll, m'a sauvée et hébergée. Il fut mon second mentor et m'appris à souffler le verre dans son atelier, jusqu'à ce qu'il s'endorme par une nuit d'hiver pour ne plus se réveiller. J'ai hésité à rester dans la montagne pour continuer à réchauffer l'atelier de mes créations, et puis... je suis retournée vers la civilisation.

C'est là que j'ai rencontré mon maître. J'étais une gamine qui croyait tout savoir et ne savait rien. Bon sang ! J'avais à peine dix-huit ans... Tu sais quoi ? Elle m'a offert ce que nul avant elle ne m'avait jamais proposé : un objectif. Un but à atteindre, quoi qu'il arrive. Un défi à relever en trois ans. Tu as raison, ça n'a pas été simple, j'étais trop sauvageonne pour être toujours sérieuse, mais... Elle était encore plus folle que moi. C'est aussi simple que ça. Elle me faisait bien plus souvent tourner en bourrique que l'inverse !

Erhan ? La famille qu'on n'a pas eue quand on était petits, ce sont nos rencontres qui la créent. Il m'a fallu du temps pour le comprendre, c'est pour ça que je te le dis maintenant. Aujourd'hui, je suis heureuse de connaître des gens formidables que je considère comme ma propre famille. Tanank et les siens en font partie.

Et d'une certaine façon, toi aussi.



[Eh ben, bon sang ! Syn s'ouvre rarement à ce point, hein. Ce qui me ferait bien marrer, c'est d'envisager qu'Erhan puisse s'être endormi au beau milieu de ce petit monologue xDD]

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Erhan Arfas
Groupe Kabay
avatar

Nombre de messages : 108
Citation : "L'imagination est plus importante que la connaissance, car la connaissance est limitée." Albert Einstein
Date d'inscription : 23/06/2016

Feuille de personnage
Age: 22
Greffe: Non
Signe particulier: Cicatrice près du coeur. A des visions de son amie d'enfance. Porte la chaînette de celle-ci autour du cou.

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Jeu 01 Nov 2018, 20:10

[Je vais pouvoir répondre plus vite, je suis de retour chez moi après des vacances improvisées !
Erhan non plus s'ouvre pas d'habitude x) Aucune chance qu'il se soit endormi, c'est trop intéressant pour ça !]



Il ne peut s'empêcher de se sentir lié à Syndrell quand elle évoque une enfance dans la rue ; dans un sens il est rassuré de ne pas être le seul, et dans un autre attristé que d'autres souffrent aussi d'une enfance pas toujours très joyeuse.

Sans un mot, dans la pénombre, il a oublié la chaleur du feu et le bruit du bois qui craque. Il tend l'oreille, attentif et étonné, quand Syndrell évoque son adoption avortée. Idem quand elle évoque des "Ombres" qui agissent dans le plus grand secret. Il se demande si son gang a été contrôlé par ce groupe, à l'époque où il y était. Il n'en serait pas très surpris. Galok, le chef du groupe, a toujours eu un côté perfide et sournois, ce serait bien son genre...

Elle parle d'un dénommé Leif, d'un ermite, de son maître. Erhan perçoit une certain émotion quand elle raconte rapidement qu'ils l'ont protégé tour à tour, et guidé vers un avenir sans doute meilleur.

- Tu as raison, ça n'a pas été simple, j'étais trop sauvageonne pour être toujours sérieuse, mais... Elle était encore plus folle que moi. C'est aussi simple que ça. Elle me faisait bien plus souvent tourner en bourrique que l'inverse !

Il n'empêche pas un sourire amusé d'étirer ses lèvres, accaparé par cette histoire invraisemblable. Plus folle que Syndrell ? Il n'ose imaginer ce que ça aurait donné de se retrouver avec un maître pareil.

- Erhan ?

Il remue, en se rendant compte qu'il n'a pas fait un bruit pendant son monologue. Rarement quelqu'un a su capter si bien son attention, et aussi longtemps.

Le destin est tout de même une chose bien étrange. Le chemin qui l'a mené jusque-là lui semble infiniment plus complexe qu'escompté, maintenant qu'il a un aperçu de la route cahoteuse qu'a empruntée Syndrell.

- La famille qu'on n'a pas eue quand on était petits, ce sont nos rencontres qui la créent. Il m'a fallu du temps pour le comprendre, c'est pour ça que je te le dis maintenant. Aujourd'hui, je suis heureuse de connaître des gens formidables que je considère comme ma propre famille. Tanank et les siens en font partie. Et d'une certaine façon, toi aussi.

Pendant quelques secondes, il ne sait pas quoi dire. Jamais personne ne l'a considéré comme de la famille depuis... depuis si longtemps qu'il n'en a presque pas de souvenir.

Il a bien eu des amis, mais souvent de passage ; comme Jaed.

Il se sent un peu ému par ces derniers mots, et cherche un moment les siens. Il craint de faire preuve de maladresse, de fourcher ou de répondre quelque chose qui ne soit pas sincère.

Inutile de trop réfléchir. Il sait que ça n'aide pas toujours.

- Je ne sais pas encore si je peux en dire autant, à vrai dire... mais je dois avouer que cette nouvelle vie me plaît, même si je ne sais pas toujours le montrer... En tout cas, moi aussi je suis content de t'avoir rencontré. Maintenant que j'ai un peu goûté à cette façon de penser des marchombres... j'ai envie de continuer à arpenter cette Voie avec toi. Je suppose que je n'ai pas fini d'être surpris par ce qui se présentera...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4474
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Ven 02 Nov 2018, 12:10

Un sourire ravi apparut sur les lèvres de Syndrell. Jamais encore Erhan n’avait prononcé autant de mots en une seule réponse. C’était un sacré bond en avant !

Elle comprit à quel point Miss avait dû faire preuve de patience avec elle, à l’époque où elle n’était qu’une apprentie farouche et souvent toutes griffes dehors. Elle se promit de ne pas brûler d’étapes avec Erhan, de faire tout son possible, comme Miss avant elle, pour qu’il puisse goûter à un bonheur dont il avait été privé enfant. Un rire léger lui échappa. Infiniment complice et malicieux.


- Exact, mon cher ! Tu n’imagines pas ce que je te réserve !

Ses pensées vagabondaient déjà en quête d’idées loufoques et créatives. Dès demain, elle allait l’embarquer dans un tourbillon d’exercices qui allait nécessiter de la rigueur, de la souplesse, de la rapidité – et des pommes. C’est avec des plans très variés et sans doute peu orthodoxes qu’elle s’endormit tranquillement, bercée par la respiration tranquille d’Erhan à ses côtés, et apaisée par la chaleur de Galmore contre sa hanche.



*



- C’est affreux…
- Affreux et effroyable…
- Affreux, effroyable et catastrophique !


Une pluie battante avait sapé le moral de la maisonnée au réveil. De lourds nuages gris chargeaient le ciel et déversaient un véritable déluge qui lavait les champs. Tenter une sortie aurait été possible si le vent ne s’en était pas mêlé lui aussi : d’énormes bourrasques balayaient la plaine, emportant des tourbillons de feuilles et de brindilles. C’était un temps déplorable.

Le front appuyé contre la vitre de la cuisine, Syndrell et les jumeaux déprimaient. Cora avait tenté de ramener un peu de bonne humeur en préparant des crêpes, mais la persistance de la tempête avait repris l’avantage sur leurs estomacs comblés. En outre, l’odeur de pâte avait rappelé Narek à Syndrell, lui pinçant le cœur bien plus qu’elle ne l’aurait voulu. Son compagnon lui manquait terriblement.
C’était un temps tristement déplorable.

Tanank passa une main dans ses cheveux humides. Il avait été le seul à avoir eu le courage de mettre le nez dehors, avec Erhan, pour aller s’occuper des animaux, et il n’était pas encore totalement sec. Tout en essuyant la vaisselle que son épouse avait d’abord soigneusement lavée puis rincée, il observait les trois pauvres âmes éplorées et plantées devant la fenêtre. Après avoir séché une énième assiette, il posa le torchon sur son épaule et s’avança vers eux.

- Bon ! Les garçons, dit-il en leur ébouriffant tendrement les cheveux, si ça vous intéresse, j’ai prévu de sculpter du bois dans l’atelier…

Derfan étant dans sa période « gros dur », il se contenta de hausser les épaules en s’efforçant de contenir sa joie. Ollie, personnification du bonheur à lui tout seul, poussa un cri qui fit sursauter Galmore. Tanank se mordit l’intérieur de la joue, amusé, puis il se pencha vers une Syndrell toujours autant renfrognée et lui glissa innocemment à l’oreille :

- Du coup, ça veut dire que la salle de jeux est libre…

Le temps que l’information fasse son chemin dans l’esprit de Syndrell, son ami s’était déjà éloigné en sifflotant, les mains dans les poches, ses fils sur les talons. Enfin, le visage de la marchombre s’illumina. Elle fonça dans le salon, attrapa son élève par la manche et l’entraîna à sa suite.

La salle de jeux, c’était un véritable univers enchanté. Tanank avait sué sang et eau pour la réaliser. Spacieuse, elle occupait tout le dernier étage ; deux petites fenêtres s’ouvraient dans le toit et la pluie, en tombant dessus, produisait un son étouffé, plutôt agréable.

Des malles, des caisses à l’intérieur desquelles fourmillaient jeux, peluches et marionnettes étaient rangées de part et d’autre de la salle. Un petit meuble de guingois supportait quelques livres usées pour avoir été lus et relus des centaines de fois. Il y avait deux petits fauteuils bas et une petite table sur laquelle était disposé un jeu d’échecs. En s’approchant l’on pouvait voir que les pièces avaient été taillées dans le bois.

Syndrell attrapa un tricorne de pirate qui traînait sur l’un des fauteuils et le coiffa. Elle ramassa ensuite une épée en bois oubliée par terre et dans un rugissement digne du plus terrible flibustier, elle se mit en garde, menaçant Erhan de la pointe toute dérisoire de son arme.


- En garde, malandrin !

Elle sourit de plus belle en le voyant hésiter. Certes, ils profitaient de ce que les petits propriétaires de cet endroit soient occupés dans l’atelier de leur père pour être ici, mais était-ce réellement pour jouer comme deux enfants ? La réponse était double : oui, et non.

Oui, ils allaient jouer. C’était le lieu idéal alors qu’à l’extérieur la tempête noircissait encore, et puis Syndrell était d’avis qu’il n’y avait pas d’âge pour s’amuser – ou bien alors cela ne valait pas le coup de grandir.

Et non, parce que si elle avait conduit Erhan ici, c’était afin de lui enseigner des notions très sérieuses, sinon fondamentales qu’en tant que marchombre en devenir il avait besoin de connaître. Elle se redressa donc, abandonnant un instant ses allures de petite fille, et repoussa son tricorne sur son front.

- On va s’entraîner au combat, aujourd’hui. Mets-toi à l’aise, il fait chaud dans cette pièce et ça ne va pas aller en s’arrangeant !

Elle-même n’était vêtue que d’un pantalon de coton s’arrêtant à mi-mollets et de sa brassière d’entraînement qui dénudait son ventre plat et dévoilait la patte de loup tatouée sous son nombril. La fine cicatrice blanche qui barrait sa hanche droite faisait écho à la marque d’esclave imprimée dans sa chair, sur son omoplate gauche.

Il y a quelques temps, elle aurait été gênée d’exhiber ainsi ses blessures de guerre, et en particulier la marque de son asservissement, mais la sérénité qui émanait d’elle ne laissait plus aucune place ni au doute, ni à la honte.

Elle déposa son couvre-chef sur l’accoudoir d’un des fauteuils et entortilla ses longs cheveux bleus en un chignon pour dégager son visage, puis elle s’accroupit devant un coffre qu’elle ouvrit avant de fouiller à l’intérieur. Elle finit par trouver ce qu’elle cherchait, se redressa et s’approcha d’Erhan.


- Tourne-toi. Fais-moi confiance, ajouta-t-elle dans un sourire en devinant une légère tension.

En quelques gestes rapides et sûrs, elle se servit du foulard qu’elle avait déniché pour lui attacher le bras gauche dans le dos. Elle serra suffisamment pour qu’il ne se débarrasse pas de ce lien trop vite, mais laissa assez de jeu afin qu’il puisse être à l’aise en se battant. L’autre foulard était pour elle ; avec l’aide d’Erhan et de sa main libre, elle bloqua son propre bras gauche. Elle aurait pu s’en passer et faire l’effort de ne pas s’en servir, mais le corps possédait ses réflexes, et puis quitte à jouer, autant adopter les mêmes règles, n’est-ce pas ?

Enfin, Syndrell ramassa l’épée en bois, en glissant son pied nu dessous puis en la faisait bondit dans sa main libre. Elle la tendit à Erhan et s’appropria la deuxième, trouvée elle aussi dans le coffre à jouets. Il s’agissait d’armes factices, aux bords arrondis et soigneusement polis par un papa soucieux de la sécurité de ses enfants. L’allonge était courte, mais c’était justement ce que Syndrell recherchait.


- On y va doucement, pour commencer, fit la jeune femme en se plaçant face à son élève. Je veux que tu décomposes tes mouvements. Tu te souviens de ceux que nous avons travaillés la dernière fois ?

Bien sûr, et elle n’en doutait pas : Erhan avait soif d’apprendre et il mettait du cœur à l’ouvrage. C’était un apprenti sérieux et rigoureux. Satisfaite de constater que non seulement il n’avait rien oublié, mais en outre il avait progressé dans sa technique, Syndrell se fendit de quelques attaques qu’elle le laissa bloquer.

Elle se mouvait en douceur, ses gestes empreints d’une lenteur calculée, si bien que leur duel était plutôt un duo offrant un ballet tranquille, rythmée par le glissement de leurs pieds nus sur le parquet, la voix posée de Syndrell et le tambourinement de la pluie sur les carreaux.

Le fait de n’utiliser qu’un bras supposait une recherche plus fine de l’équilibre, tout en apportant des sensations différentes. Ce n’étaient pas tout à fait les mêmes muscles qui travaillaient puisqu’il fallait compenser la « perte » d’un membre. Se déplacer, parer, attaquer n’avait rien à voir.

Petit à petit, Syndrell accéléra la cadence, de façon si infime que le changement fut naturel. Elle fit un pas de côté, envoya son épée, leva le bras pour riposter, tourbillonna et se fendit à nouveau.

Attaque, défense. Attaque, défense. Attaque, défense.


- Attention à ta garde. Redresse ton dos. Ne me laisse pas d’ouverture quand tu te replaces. Trouve ton centre… C’est bien. Recommence. Le genou, Erhan. Voilà.

Le rythme accéléra encore. Echauffés, les deux marchombres bougeaient souplement, se tournant autour tels des félins prêts à bondit sur leur proie.

Et soudain, Syndrell jaillit, pleine de vivacité et d’énergie : elle pivota, lança son pied dont le talon caressa le menton d’Erhan, puis son coude qui lui chatouilla les côtes, et le plat de sa lame de bois vint frapper son côté gauche alors qu’elle se retrouvait dans son dos.


- Tu n’es pas dans le temps.

Il l’avait sans doute compris. Attentif, Erhan était capable de percevoir l’implicite qui échappait à bien des gens. Cela dit, il fallait un peu d’entraînement pour saisir la notion qu’elle était en train de lui inculquer. Syndrell se replaça face à lui.

- On recommence. Le… un combat se déroule selon un temps donné, expliqua-t-elle en profitant de ce bref interlude pour essuyer, d’un revers de son bras armé, son front en sueur. Mais dans ce temps donné, qui correspond à une durée, il y a le temps du combat. Celui des combattants. Le tien, et le mien. Cherche-les, Erhan. Trouve-les. C’est parti.

Elle avait joint le geste à la parole en prononçant ces trois derniers mots, envoyant à nouveau son pied vers le visage du jeune homme.

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Erhan Arfas
Groupe Kabay
avatar

Nombre de messages : 108
Citation : "L'imagination est plus importante que la connaissance, car la connaissance est limitée." Albert Einstein
Date d'inscription : 23/06/2016

Feuille de personnage
Age: 22
Greffe: Non
Signe particulier: Cicatrice près du coeur. A des visions de son amie d'enfance. Porte la chaînette de celle-ci autour du cou.

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Ven 02 Nov 2018, 19:05

La pluie et le vent ont pris de court toute la petite famille ; mais ce n’est pas ça qui a empêché Tanank de réclamer une paire de bras supplémentaire. Erhan a déjà affronté des journées de pluie à Al-Far, et dormir à la belle étoile sans toit au-dessus de la tête n’est rien en comparaison…

C’est du moins ce qu’il a pensé avant d’affronter la véritable petite tempête du dehors.

Aider Tanank n’a pas été facile, mais les bêtes se sont montrées compréhensives quand il a fallu les rentrer pour les abriter. Les nourrir n’a pas non plus pris très longtemps. Pourtant, Erhan a bel et bien fini trempé de la tête aux pieds.

Une fois de retour dans la maison, il s’est rapidement changé avant de se poster dans le salon, auprès du feu, où Cora lui a recommandé de finir de se sécher. Il ne peut s’empêcher de pousser un soupir soulagé en contemplant les flammes. Jamais il n’aurait pu penser qu’un feu de cheminée puisse être si rassurant…

Dommage qu’il se soit fait happé par une tornade nommée Syndrell avant d’avoir pu reprendre ses esprits. Elle le guide dans les hauteurs de la maison, la salle de jeu qu’a évoqué Tanank plusieurs fois dans la journée, devine le garçon.

La pièce est vaste. On aperçoit le ciel gris et pluvieux par les deux fenêtres dans la pente que forme le toit. L’ambiance feutrée et rustique des lieux lui plaît aussitôt ; la maison de Tanank ne cesse pas de l’étonner. Il laisse son regard courir sur les deux fauteuils, les coffres à jouets, les livres dans le fond…

Du coin de l’œil, il voit que Syndrell prépare quelque chose. Elle porte déjà une tenue inhabituelle, qu’un coin de son esprit ne peut s’empêcher de trouver attirante ; il est un homme, après tout. Bien qu’elle dévoile plus de peau qu’il n’a l’habitude d’en voir chez une femme, il remarque subrepticement qu’elle a un tatouage sur le ventre, près de son nombril. Alors qu’elle se penche pour attraper un couvre-chef sur un des fauteuils, il aperçoit sur son épaule une marque au fer rouge ; ou quelque qui y ressemble bien, en tout cas.

Il sait bien que Syndrell n’a pas pu raconter tout de sa vie la veille au soir, mais il ne peut s’empêcher de se demander ce qui a causé ces deux marques du passé.

Syndrell se retourne, équipée d’une épée factice.

- On va s’entraîner au combat, aujourd’hui. Mets-toi à l’aise, il fait chaud dans cette pièce et ça ne va pas aller en s’arrangeant !

- Compris…

Il suppose que c’est mieux que de traîner dehors par un tel temps.

Il jette sa veste sur le dossier d’un des fauteuils, et remonte ses manches jusqu’au-dessus des coudes, pour ne pas être gêné. Il se déchausse et se retrouve pied nus sur le parquet, comme Syndrell qui semble finalement avoir opté pour cette tenue afin de mener un entraînement de ce genre.

Fouillant dans un des nombreux coffres, Syndrell se redresse finalement et vient vers lui avec cet air caractéristique qui signifie que ce ne sera pas si simple que ça.

- Tourne-toi. Fais-moi confiance.

Il pivote, craignant le pire. Serait-ce encore un foulard pour l’aveugler ? Il doute de pouvoir combattre les yeux bandés, même avec une épée en bois, sans casser quelque chose dans la salle…

Mais finalement, c’est son bras gauche qui y passe. Immobilisé dans son dos, Erhan a l’impression d’être devenu un estropié. Une part de lui ne peut s’empêcher d’être un peu hérissée par cette situation ; il ne supporte pas vraiment d’être attaché, même si dans le cas présent il s’agit juste d’un bout de tissu. Il a trop souvent été puni par le gang avec des chaînes…

Il aide Syndrell à attacher son propre bras gauche dans son dos ; sans vraiment être surpris qu’elle participe aussi. Il commence à cerner son caractère joueur. Elle doit sûrement aimer ce genre de défis loufoques.

Elle lui lance une épée avec habileté, qu’il rattrape in extremis avant qu’elle ne rebondisse sur le plancher, et elle lui rappelle de décomposer ses mouvements ; comme lors de leur leçon précédente. Il répond positivement, se souvenant de ses failles.

Mais se rappelant que là, il n’a plus son bras gauche. Il en grimace d’avance.

Leur échange de coups, épée contre épée, débuta lentement. Erhan, concentré, a du mal à trouver un bon équilibre ; mine de rien, sans bras gauche, difficile de se mouvoir avec une arme. Syndrell donne l’impression d’être à l’aise ; on la croirait presque en train d’effectuer la gestuelle marchombre.

Erhan essaie de suivre le rythme grandissant des attaques de Syndrell, et de les lui rendre. Déstabilisé par le corps de la jeune femme au début, il met bien vite cette idée de côté quand les choses s’accélèrent. Soucieux de résister et combattre le plus longtemps possible face aux assauts répétés de son maître, il utilise des muscles qu’il a rarement exploité pour pallier l’inutilité de son bras ; et se rend compte que cela nécessite bien plus de travail que prévu.

Ils se tournent autour ; il commence à faire chaud, en effet. L’effort l’essouffle déjà. Il aurait aimé essuyer la goutte de sueur qui perle sur son front, mais il en est bien incapable dans une situation pareille.

Soudain, le pied de Syndrell fuse et lui frôle le visage ; il se penche légèrement en arrière, et son équilibre s’en retrouve incertain. Un coude effleure son ventre, et l’épée de bois de son adversaire le touche vivement par la gauche. Il l’a vu venir trop tard ; la légère douleur vibre encore sur son flanc, et il se redresse en ramassant l’arme qu’il a laissé échapper dans le mouvement.

- Tu n’es pas dans le temps.

Également essoufflée et harassée, elle se replace devant lui pour lui prodiguer ses conseils.

- On recommence. Le… un combat se déroule selon un temps donné. Mais dans ce temps donné, qui correspond à une durée, il y a le temps du combat. Celui des combattants. Le tien, et le mien. Cherche-les, Erhan. Trouve-les. C’est parti.

Sa jambe repart de nouveau, comme la première fois. Erhan recule de nouveau le buste, mais garde son équilibre, et se fie aux mouvements de Syndrell. Le coup d’épée oblique qui suit est arrêté par sa propre lame de bois dans un bruit sec. Il recule un peu pour conserver une distance de sécurité, et digère les propos de Syndrell.

Bien qu’il ne saisisse pas clairement ce qu’elle a voulu dire par « le temps des combattants », il a compris que chacun a donc son propre temps. Il suffirait donc d’analyser les attaques de Syndrell… pour le percevoir ? Pour comprendre sa façon d’attaquer, ses préférences et ses tendances… ou ses habitudes…

Il pare l’épée de la marchombre une première fois, et tente une feinte, qui ne prend pas. Un autre coup de pied le force à dévier le buste ; elle tente de le repousser du côté de son bras armé, et il voit l’épée venir juste avant que Syndrell ne tende ses muscles.

Pendant un fol instant, il a l’impression d’avoir réussi. Mais la feinte de la marchombre fonctionne, et la lame se faufile sous sa propre garde. Il doit bondir de côté pour que celle-ci se contente de lui caresser la hanche ; encore un peu et il l’aurait sans doute senti passer.

Il met un peu d’espace entre lui et Syndrell ; il se souvient du premiers cours, contre ce bandit, dans les bois. Elle lui a même fait une remarque à l’instant ; il doit se méfier de son genou. Avec son bras gauche en moins, il le sent de manière plus flagrante. Son genou le ralentit, car il le positionne mal au moment de pivoter ; c’est sûrement une des raisons qui rend son style de combat moins fluide et naturel que celui de Syndrell…

À moins de faire fausse route, il doit se concentrer principalement sur deux choses : son genou, et le « temps » de Syndrell. Sans oublier le sien, bien sûr, mais il pense pouvoir naturellement saisir sa propre durée… ou pas ?

Il n’a pas l’impression de saisir encore très bien les habitudes d’attaques de la marchombre, mais certains coups lui paraissent revenir de temps en temps. Notamment les coups de pieds visant à le déstabiliser pour l’achever d’un coup d’épée.

Ils échangent quelques coups, encore ; le rythme se fait plus frénétique qu’avant. Erhan sent la présence d’un fauteuil derrière lui. Il songe un instant à jeter sa veste vers elle et profiter de l’effet de surprise ; mais avec un seul bras sa technique lui parait tout de suite très improbable. Il contourne le fauteuil, s’en sert provisoirement d’un bouclier pour éviter d’autres coups de pieds, et continue de porter des attaques à l’épée, qui semblent ne pas pouvoir traverser la garde impénétrable de la marchombre.

Il se fait finalement déloger quand la lame adverse siffle à ses oreilles, et se retrouve de nouveau en terrain découvert.

Prenant un peu les devants, il attaque en premier, observant la posture de son maître pour éviter de recevoir un coup surprise ; les épées s’entrechoquent encore, et ses bras frémissent à l’impact. À quel moment s’est-il autant impliqué, pour frapper si fort ?

Il pare un coup, sent un autre le frôler encore. Et là, le coup de pied.

Il le reconnaît, cette fois. La courbe de l’attaque est sensiblement la même, et vise la tête. Il recule d’un cheveu, maintenant son genou dans l’axe de son corps.

Le talon siffle en passant devant son nez ; mais il n’a pas attendu pour déjà projeter en avant son bras armé, et plonger vers elle alors que sa jambe n’a pas encore fini son mouvement. Il est lui-même surpris par la différence que peut avoir la position ne serait-ce qu’un d’un genou ; sa réactivité l’étonne un peu. Ça et le fait de se retrouver très près de la jeune femme le déstabilise une fraction de seconde.

Son bras continue pourtant son mouvement, déterminé à briser cette garde inébranlable.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4474
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Ven 02 Nov 2018, 20:26

« Bam »

Syndrell sentit le bois de son sabre résonner depuis sa main jusque dans son épaule. Elle avait eu le temps de le ramener contre elle pour parer l’attaque d’Erhan, mais de justesse. Et c’était ça qui faisait scintiller l’or en fusion de son regard, alors que figés dans leur position, ils laissaient les ondes de leur échange se propager dans tout leur corps.

L’un comme l’autre avait la poitrine qui se soulevait et s’abaissait rapidement. Syndrell était à peine moins en nage que son élève. Sans détourner les yeux un seul instant, elle évalua la luminosité de la pièce et estima qu’ils avaient débuté leur entraînement deux heures plus tôt, au moins. Ils avaient démarré en douceur, mais voilà bien une heure que le rythme ne baissait plus. En fait, il semblait augmenter à chaque minute.

Elle souffla entre ses lèvres. La chaleur de leur affrontement avait jeté de la buée sur les vitres. Il pleuvait toujours, dehors, sauf qu’elle n’entendait plus le bruit de la pluie sur les carreaux ; ne lui parvenait plus aux oreilles que le frottement du bois contre le bois, le glissement des pieds nus sur le sol, les changements de respiration d’Erhan, leurs gémissements concentrés quand ils expulsaient d’un seul coup leur effort.

Sans les jouets qu’ils tenaient entre les mains, on pourrait carrément douter de ce qu’ils étaient en train de faire, et certainement se tromper sur la nature de leurs ébats. Syndrell avait remarqué l’éclat dans les yeux de son élève, un peu plus tôt, vite remplacé par une étincelle de volonté pure, mais quand même, pouvait-elle se reprocher de se sentir un brin flattée ? Lui-même était craquant dans son genre. A bien des égards, il lui rappelait Narek.

Ses joues se colorèrent légèrement et elle pria pour qu’Erhan mette ce rose traître sur le compte de la cadence de leur combat. Penser à Narek maintenant n’était pas une bonne idée ! Difficile d’éviter les intrusions de son amant de marchombre dans sa tête, malheureusement. Elle se rappela que seulement quelques mois plus tôt, c’était Narek qu’elle affrontait en lui recommandant de rectifier sa position. Elle s’empourpra davantage.

C’était gênant, là. Non pas qu’Erhan ait du souci à se faire ! Il était vraiment mignon, mais elle n’était pas du genre à sauter sur son apprenti non plus. D’ailleurs, lorsque Narek était son élève, elle n’avait jamais cédé à ses désirs, alors qu’ils s’étaient pourtant rencontrés avant qu’elle le prenne sous son aile. C’était tout simplement que Syndrell faisait la part des choses, qu’elle n’aimait que son barde solitaire, et qu’en cet instant rien ne comptait davantage que cet autre bond réalisé par Erhan.

Parce que, oui, il avait encore fait un pas en avant.


- Oui, souffla-t-elle en reculant légèrement pour qu’il puisse déterminer à son tour à quel point il était entré dans son cercle à elle. Tu as pigé, ça y est.

Syndrell fit glisser son arme sur le côté et immédiatement, elle repartit à l’assaut. Erhan était trempé de sueur, elle-même sentait que les quelques mèches qui s’étaient échappées de son chignon collaient à ses tempes, mais ce n’était pas terminé.

Pas encore.

- Percevoir le temps n’est jamais rien que la première étape, dit-elle sans cesser de l’attaquer. C’est un pas en avant, un pas que le marchombre effectue avant de passer au suivant…

Un geste, non, un souffle.

Elle plongea, se tendit et sa lame glissa le long de la gorge d’Erhan. S’il s’était agi d’un véritable sabre, il serait désormais en train de se vider de son sang.


- … et d’utiliser le temps, conclut-elle en rompant l’échange d’un bond pour mieux se replacer.

Elle avait conscience que l’enjeu était de taille. Le jeu, les épées en bois, tout n’était qu’une façon d’introduire ce moment, de présenter l’essentiel à Erhan afin qu’il se l’approprie correctement : trouver le temps et surtout l’utiliser, c’était se donner une opportunité – de celles qui peuvent vous sauver la vie, ou du moins vous permettre de respirer un peu plus longtemps.

Les marchombres étaient pacifiques, c’était un fait. On ne le verrait jamais s’engager dans la violence de leur plein gré, ou alors ils s’éloignaient de la Voie. Cependant, bien fou était celui qui croyait pouvoir toujours éviter les ennuis, et la chance n’avait rien à voir avec cette idée : ce monde était dangereux. Les cicatrices de Syndrell, la dureté de l’enfance d’Erhan étaient là pour le leur rappeler à chaque instant.

Traqués par le Chaos, les marchombres se devaient d’apprendre la vigilance et de la maintenir en permanence. Et parce que les tueurs de marchombres n’étaient pas la seule menace existante, il fallait accompagner cette vigilance d’une solide connaissance du corps, de ses capacités et de ses limites
.

- Vole son temps à ton adversaire et tu lui voleras sa force.

A nouveau, Syndrell pivota pour envoyer son talon vers Erhan. Cette fois-ci pourtant, elle ne visa pas sa mâchoire, mais sa poitrine, et elle bandait déjà ses muscles pour se préparer à lancer sa deuxième jambe dès que la première aurait – ou n’aurait pas – fait mouche. S’il avait perçu son temps à elle, s’il avait compris quel était le sien, il était en mesure de faire quelque chose.

C’était une évidence. Parce qu’il commençait à gommer de lui-même les erreurs de position qui parasitaient sa vélocité ; parce qu’il avait su déployer jusqu’ici une ingéniosité louable, en analysant le mobilier de la pièce et en estimant avec justesse celui qui pouvait l’aider ; parce qu’il filait comme une flèche sur la voie qu’elle ouvrait pour lui.

Parce qu’il était prêt à devenir un véritable guerrier.

Son talon n’était déjà plus qu’à quelques centimètres du torse d’Erhan. Comme au ralenti, elle fit pivoter ses hanches, effectuant déjà la rotation qui allait lui permettre de frapper deux fois. Elle était dans le temps.

Et lui ?

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Erhan Arfas
Groupe Kabay
avatar

Nombre de messages : 108
Citation : "L'imagination est plus importante que la connaissance, car la connaissance est limitée." Albert Einstein
Date d'inscription : 23/06/2016

Feuille de personnage
Age: 22
Greffe: Non
Signe particulier: Cicatrice près du coeur. A des visions de son amie d'enfance. Porte la chaînette de celle-ci autour du cou.

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Sam 03 Nov 2018, 11:38

Quand la lame lui caresse la gorge en lui faisant comprendre qu’il a échoué, il voit bien que la différence de niveau entre Syndrell et lui est immense. Et en même temps, ça lui donne envie de tout utiliser pour l’emporter, rien qu’une fois.

Bien qu’il soit à court de souffle et en nage — comme son maître, finalement —, il n’a plus rien d’autre en tête que ça : ouvrir une faille et l’exploiter pour gagner.

Malgré son corps qui lui crie de prendre une pause, il veut vaincre, il veut s’améliorer. Erhan se rend compte qu’il a perdu une de ces anciennes habitudes, à force de côtoyer Syndrell. Celle qui l’a poussé à agir seulement quand il pouvait gagner quelque chose à le faire. Comme quoi, peu à peu, il perdait son statut de voleur pour, peut-être, réellement s’orienter vers une vie de marchombre — ou a minima d’apprenti marchombre.

- Vole son temps à ton adversaire et tu lui voleras sa force, lâche-t-elle comme un ultime conseil.

Elle lance sa jambe vers lui. Prêt à un coup similaire, il se prépare pour réessayer une contre-attaque comme tout à l’heure.

Mais l’attaque semble différente. Plus basse, et tout aussi rapide. La posture de Syndrell est différente également, plus tendue.

Il n’a pas le temps de se baisser. Utilisant toutes ses forces et ses muscles, plaçant son genou comme il faut, il pivote et sent l’attaque passer tout près de son bras armé. Il la voit commencer à pivoter, et comprend qu’elle va attaquer une deuxième fois, avec l’autre jambe.

Elle est rapide. Très rapide.

Son corps sait déjà qu’il ne peut pas parer le coup de lui-même, et l’épée de bois non plus ; auquel cas la lame adverse en profitera pour encore simuler son égorgement.

Il préfère se fier à son instinct que réfléchir à une stratégie quelconque. La deuxième jambe de Syndrell décolle du sol. Il ne la voit que du coin de l’œil et observe la marchombre, cherchant une ouverture, comme si tout était au ralenti.

Pour le toucher, elle va pivoter encore un peu plus pour insuffler de la force dans son coup ; et elle va le perdre de vue une fraction de seconde dans la manœuvre. S’il se place au bon endroit.

Plutôt que d’éviter sa jambe, il glisse vers elle, la voit s’élever devant lui et passer comme une étoile filante devant ses yeux ; son bras armé se contracte de toutes ses forces pour balancer un coup latéral vers les côtes de la marchombre aux cheveux bleus.

Il garde un œil vigilant en direction du bras armé adverse, qui peut encore représenter un danger. Mais à moins d’un pivot surhumain, il doute qu’elle ait le temps de retourner son épée contre la sienne.

« Vole son temps à ton adversaire ». Il croit comprendre un peu mieux, maintenant. Ce n’est sûrement pas parfait — il suffit de voir Syndrell bouger pour comprendre qu’il est encore loin d’avoir tout saisi — mais il commence à prendre confiance. Pour une fois, il ne regrette pas un aspect de sa vie de voleur. Cette vie qu’il a passé à éviter la mort, à côtoyer des brutes et des traîtres sournois. Cette vie qui l’a aidé à devenir observateur, à analyser l’adversaire pour ne prendre aucun risque.

Il sent qu’il n’a plus rien du jeune Erhan du passé, de ce garçon qui savait quand même rire et sourire, jusqu’à la mort de Lewyn. Il a changé. Plus qu’il n’aurait pu l’imaginer.

Et ce changement lui fait du bien.

Son épée fond vers son maître ; et cette fois-ci, aucune distraction ne vient le faire hésiter ou douter. Il sait que cette attaque peut lui octroyer une petite victoire ; et la satisfaction d’avoir enfin réussi à toucher Syndrell dans ce duel épuisant.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Syndrell Ellasian
Admin
avatar

Nombre de messages : 4474
Citation : "Nom d'une chiure de mouche qui louche !" [Syndrell Ellasian]
Date d'inscription : 05/04/2010

Feuille de personnage
Age: 29 ans
Greffe: Lame qui sort de chaque avant-bras
Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   Dim 04 Nov 2018, 12:06


Voilà, c’est ça.

Ils sont dans le temps. Tous les deux. Elle tourbillonne si lentement qu’on peut voir la poussière que son mouvement soulève, et le scintillement irisé des minuscules gouttes de sueur qui volent. Il s’enroule autour d’elle si doucement que c’est aussi léger qu’un pas de danse. Le monde sembla avoir ralenti sa course rien que pour cet instant. Une seconde.

Une éternité.

Et puis…  tout recommence.
Le monde tourne à nouveau.
Reprend son souffle.




*



Ils se figèrent à nouveau, tremblants, pantelants, serrés dans une étreinte mortelle. Elle l’aurait été s’ils avaient possédé de véritables armes… et ils auraient sacrément douillé tous les deux. Syndrell aurait été méchamment coupée au niveau des côtes. Jamais en reste, elle aurait quand même rendu la pareille à son adversaire, car dans son improbable torsion qui l’avait fait se retourner, elle avait soudain replié son bras, le ramenant à sa poitrine pour laisser passer la lame juste sous son aisselle – la pointe était appuyée dans l’aine d’Erhan, lourde de sens.

C’était un joli match nul !

Enfin, pas vraiment. La première, Syndrell rompit l’échange, salua son élève d’un signe de tête… et se laissa glisser au sol. Elle s’allongea sur le dos, à bout de souffle. Un instant plus tard, il était couché à son côté. Comme elle avait toujours du mal à formuler quelque chose, elle trouva la force de lui donner un léger coup de coude. Il voulait tout dire et elle espérait que le message était passé.

Bien joué, Erhan Arfas !

Alors que seul le bruit de leurs respirations rapides s’élevait dans la pièce, un rugissement retentit soudain, couvrant même le bruit de la pluie qui tambourinait presque aussi fort que leur cœur dans leur poitrine :


- Alors ça, c’était carrément trop terrible !!!



*



Ollie avait un nouveau héros, et celui-ci s’appelait Erhan ! Il passa le déjeuner à raconter à sa famille comment le jeune homme bougeait, ça faisait « pfffuit et vlan et tchac et pffffuit encore plus vite » et c’était décidément très, très impressionnant. Derfan bouda, déçu d’avoir raté le spectacle, et Tanank aussi, un peu, parce qu’il aimait bien être le (seul) héros de son fils.

Manger quelque chose redonna des forces aux deux marchombres. Avant de descendre, ils avaient étiré soigneusement leurs muscles pour éviter de vilaines courbatures. A présent, l’après-midi se déroulait tout aussi lentement que la matinée, tandis que dehors la tempête poursuivait sa mission de désolation. Syndrell accorda un peu de temps à Erhan. Elle devinait qu’il avait besoin d’intégrer les progrès réalisés tant dans sa manière de combattre que d’appréhender le monde, et puis, elle avait besoin de parler à son ami.

Elle retrouva Tanank dans son atelier. Il était occupé à travailler quand elle entra dans la pièce envahie par l’odeur du bois et de la cire, aussi commença-t-elle par déambuler tranquillement, son regard vif attiré par une figurine, par un meuble ou une création inachevée. Elle réalisa que tailler le bois, c’était parfois presque comme souffler le verre : minutie, patience, rigueur et délicatesse étaient de mise dans cet artisanat qui, à la manière d’un dessinateur, faisait basculer dans la réalité un éclat d’imagination.


- Qu’est-ce que c’est ? s’enquit-elle en se penchant par-dessus l’épaule de l’éleveur.
- Un cheval. Le cinquantième, au moins, mais Derfan en raffole.
- Tu as une famille merveilleuse.


Lentement, Tanank posa sa pièce de bois et son couteau, puis il pivota sur son tabouret et leva les yeux vers elle. Cora était la femme de sa vie, l’évidence se passait de mots. Toutefois, il savait que pour l’éternité il était condamné à ressentir ce minuscule pincement au cœur quand il regardait Syndrell. Il avait été amoureux d’elle. Son avenir s’était un jour coloré d’or et de bleu, quand elle était venu se réfugier chez lui après avoir quitté Dolce.

Mais elle était repartie.


- Ton Erhan n’est pas mal non plus.

Il s’amusa de trouver, dans l’expression de Syndrell, le même genre de ravissement que lorsque lui-même évoquait ses enfants.

- Je suis content de te retrouver, murmura-t-il enfin.
- Moi aussi, Tan'.

Ils savaient tous les deux qu’elle s’était éloignée pour la simple et bonne raison que si elle était restée ici, leur amitié aurait changé. Dans le bon sens ou pas, ce n’était pas la question ; Syndrell avait tout simplement pris son envol, et Tanank l’avait laissée regagner sa liberté. C’était une belle preuve d’amour, dans les deux cas, et forcer était de constater que cela avait consolidé des liens déjà puissants.

- Installe-toi ! proposa Tanank en désignant un autre tabouret. Et à présent, dis-moi ce qui te tracasse.
- Qu’est-ce qui te dit que…


Il lui jeta un regard qui la mettait au défi de s’engager sur cette voie, aussi la marchombre leva-t-elle les mains, paumes tournées vers lui, et s’assit en riant.

- D’accord ! Tu as gagné ! Pas la peine de me tirer les vers du nez, je vais t’expliquer.

Ça dura un petit moment.

Si elle avait d’abord envisagé de rester brève et d’aller à l’essentiel, Syndrell s’ouvrit finalement bien plus que prévu, encouragée par l’attention dont son ami faisait preuve et rassurée par sa présence. Elle ne trahit bien sûr aucun des secrets de sa guilde, ni n’insista sur les événements qui l’avaient conduite dans le nord, sur un champ de bataille en compagnie d’Envoleurs et de Mentaïs.

En revanche, elle lui parla beaucoup de Lyke et des métamorphes. Tanank en savait déjà beaucoup, en réalité. Par le passé, il avait eu l’occasion de rencontrer Erwan, lorsque celui-ci avait sauvé Syndrell d’extrême justesse après qu’elle fut tombée dans un piège tendu par Vanora ; il n’avait pas vu le jaguar, mais dans les délires de la fièvre, Syndrell l’avait évoqué à plusieurs reprises.


- Attends, attends, intervint-il pour la première fois en fronçant les sourcils. Lyke est un métamorphe, lui aussi ?
- Oui.
- Ouah.
- Comme tu dis ! Ce n’est pas tout : il n’est pas contraint par une seule forme, il peut choisir.
- C’est incroyable…
- Mais c’est vrai. Le problème, c’est qu’il n’est plus en sécurité. Des gens en veulent aux métamorphes, c’est ce qui m’a conduite sur les traces de Kunst, la maman de Lyke, et c’est comme ça que je suis arrivée là-bas, à Ezadrah…

Tanank frissonna. Il n’avait eu qu’un rapide aperçu de ce qu’avait pu vivre la marchombre dans le Désert des Murmures et ça lui suffisait amplement. Les esclaves avaient toutefois été libérés et Onku, le principal responsable, avait péri de la main de Syndrell…

- D’où vient le danger, alors ?
- De partout. C’est difficile à expliquer… Onku n’oeuvrait pas seul, il avait pris soin de transmettre ses principes tordus à d’autres personnes. Ce sont ces personnages qui traquent Lyke aujourd’hui, ainsi que tous les gens capables de se changer en animal. Les miens sont sur le qui-vive.
- Toi aussi.
- Oui.


L’éleveur soupira. Il comprenait mieux d’où venait l’ombre qui voilait parfois le regard de son amie.

- Je ne peux sans doute pas faire grand-chose, mais si tu as besoin de moi, n’hésite pas, déclara-t-il. S’il faut cacher Lyke…
- Je ne mettrai jamais ta famille en danger,
souffla Syndrell.
- Je sais ! Mais si la tienne l’est, je veux t’aider. Et je le ferai. Compris ?

Syndrell se mordit la lèvre et hocha la tête.

- La nuit tombe. Je peux t’emprunter ton ombre le temps de m’occuper des bêtes ?

Son ombre… Un sourire illumina le visage de Syndrell et chassa les dernières traces d’inquiétude. Elle trouvait que c’était une belle façon de parler d’Erhan. Encore que.

- Pas ombre, murmura-t-elle, le cœur battant. Marchombre.



*



- Suis-moi.

Après mangé, ils s’étaient à nouveau réunis devant la cheminée, cette fois-ci pour jouer aux cartes, et la soirée s’était déroulée dans la joie et la bonne humeur. Ollie n’avait pas quitté Erhan d’une semelle. Les deux garçons étaient ensuite partis se coucher, laissant les adultes discuter tranquillement autour d’une infusion, et puis Tanank et Cora étaient partis dormir à leur tour.

Mais Syndrell n’avait pas encore sommeil.

Elle passa devant Erhan et monta dans la salle de jeu, désormais sombre et silencieuse. Elle attrapa une couverture pelucheuse et, sans un mot, ouvrit l’une des fenêtres du toit ; elle s’y faufila pour se hisser souplement sur les tuiles encore humides. La pluie s’était enfin arrêtée, les rafales s’étaient changées en brise, la tempête avait perdu son souffle. Poussés par le vent toute la journée, les nuages avaient déserté le ciel.

Syndrell s’assit et leva les yeux vers la voute éthérée et piquetée d’étoiles. Elle attendit qu’Erhan se soit assis près d’elle pour rabattre la couverture sur eux. Leurs épaules, leurs hanches et leurs genoux se touchaient, mais elle ne perçut pas la tension habituelle chez son élève, soit parce qu’il avait trop froid pour refuser un peu de chaleur, soit parce qu’il avait aussi fait un bond en avant dans sa façon d’appréhender l’autre.


- Demain, on reprend la route.

Elle avait parlé doucement, les yeux toujours perdus dans les étoiles. Maintenant que la tempête était finie, rien ne les retenait plus ici.

- Nous allons mettre le cap sur Al-Chen.

Ce n’était pas une destination très exotique, mais Erhan devait déjà avoir compris que voyager en sa compagnie rendait tout un peu moins banal ! Elle sourit, imaginant déjà ce qu’elle allait lui enseigner dans les jours à venir, mais son expression redevint grave quand elle baissa la tête afin de regarder droit devant elle, dans les ombres de la plaine.

- Ahn-Ju, murmura-t-elle alors. Tu sais ce que c’est ?

__________________________________________

Murmure dans le vent
Qui file sur les toits
Marchombre



Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Groupe Kabay - cours n°2   

Revenir en haut Aller en bas
 
Groupe Kabay - cours n°2
Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant
 Sujets similaires
-
» Groupe Leenio - Cours n°5
» Groupe Humo - Cours n°3
» Groupe Bizya - Cours n°2
» cours de latin
» Joueur cherche groupe D&D ou Vampire ou Exalted ou SW

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Le Pacte VS L'Ordre :: A l'extérieur :: Le Sud :: Al-Chen-
Sauter vers: