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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Groupe Aljuin - cours 1

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Groupe Aljuin - cours 1   Mer 17 Oct 2018, 15:55

- C’est une blague…
- Qu’est-ce que tu marmonnes encore, SangreLune ?


Gil continua de fixer le tableau d’affichage, couvert d’annonces en tous genres, sans accorder la moindre attention à l’homme aux cheveux blonds qui s’approcha néanmoins pour jeter un coup d’œil par-dessus son épaule. Un sourire mi-amusé, mi-compatissant se dessina sur ses lèvres : il savait toute la réticence que son collègue avait pour les cours, même si par un fait franchement étonnant, il enseignait plutôt bien.

- Ah, pas de chance mon vieux ! Je crois bien que Bastian est rentré de sa dernière mission d’assez mauvais poil, alors déjà qu’il ne t’a pas spécialement à la bonne, si tu vois ce que je veux dire…

Gil s’arracha à la contemplation agacée du tableau pour poser ses yeux vairons sur l’envoleur qui ne se mêlait pas de ses affaires. Evidemment, Galaad ne s’empêchait jamais de fourrer son nez dans celles des autres. Ce type était le membre le plus social du Domaine. Il riait toujours, plaisantait dès qu’il en avait l’occasion et charmait ainsi tout son petit monde en un claquement de doigts. Tout le contraire de lui, en somme. Oh ! Gil aussi avait du charme, mais un charme plutôt sauvage, dangereux, toujours mystérieux. Et puis, il parlait peu, se contentant de grogner comme un ours ou de lâcher quelques syllabes acérées lorsqu’il fallait absolument répondre. Il fuyait généralement la compagnie, même si récemment, il s’était trouvé une « meute »… Il soupira et se passa la main dans les cheveux. Ils étaient toujours aussi sombres, bien que quelques éclats d’argent apparaissaient davantage au niveau des tempes, et éternellement ébouriffés, à force de reproduire ce geste à longueur de journée. Un chaume de quelques jours voilait ses joues. Il n’avait pas prévu de reprendre du service aussi vite ! Vingt et un jours plus tôt, il avait remis sa vie entre les mains des rêveurs de Fériane quand Tsukia l’avait tiré d’une embuscade sanglante ; il avait repris du poil de la bête et quelques kilos, mais il n’avait quand même pas encore la tête d’un homme en pleine forme.

- Pas disponible, lâcha-t-il dans un grondement sourd. Tu lui diras.
- A Bastian ? Holà, sûrement pas. Je tiens à la vie, quand même. Et puis c’est ton problème, pas le mien.
- De quoi je me mêle, alors ?


Galaad se contenta de sourire de toutes ses dents, ce qui ne fit qu’accentuer la mauvaise humeur de Gil. Bastian Derue était un foutu mentaï qui travaillait dans cette foutue école. C’était un tyran doublé d’un parfait abruti, selon lui, qui vivait dans les cachots et assignait des missions à tout bout de champ. Galaad et lui étaient assez proches, sans doute parce que ce dernier savait communiquer en utilisant ses mains, et donc se faire comprendre de Bastian, sourd muet de son état. Tu parles d’une équipe, franchement…

- En attendant, il y a un élève qui doit t’attendre.
- Je te le laisse.
- C’est gentil, mais je prends la route dans moins de deux heures pour…
- Emmène-le avec toi.


Rien de tel qu’un voyage d’agrément pour former la jeunesse, après tout ! Gil tourna le dos au tableau d’affichage et traversa la salle des maîtres. La raison principale de son refus, c’était le manque d’envie, comme d’habitude, mais il y avait autre chose… Il n’avait plus de nouvelles de Khamill. Depuis qu’il l’avait envoyé barouder à bord de son frêle esquif, le Suviyo, il n’avait pas revu son apprentie et ça commençait à l’inquiéter. Il voulait partir à sa recherche. Pas question qu’un autre boulet ne vienne ralentir ses projets ! Décidé, il descendit une volée de marches, passa par le réfectoire pour attraper une pomme dans une corbeille à fruits, balança son sac sur son épaule et sortit dans la cour baignée de soleil. Il plissa les yeux et croqua dans la pomme le temps d’accommoder sa vision à cette forte luminosité qui contrastait un peu trop violemment avec l’ombre qui régnait en maître dans l’école. Chante-Brume l’aperçut et trottina jusqu’à lui. Il précéda son petit numéro de charme et croqua une deuxième bouchée de sa pomme avant de la lui laisser. Sans prendre la peine d’attraper ses rênes, il fit quelques pas et elle le suivit ; lui la disait docile, mais d’après Mak, la jument avait carrément le béguin.

Mak. Gil se passa une main sur le visage. Son fils était entre des mains sûres puisque Nora était avec lui, sans compter que Tsukia devait veiller au grain, même de loin. Il avait besoin d’une nouvelle prothèse, ce qui signifiait qu’en plus de remuer l’empire pour retrouver son écervelée d’apprentie, Gil allait devoir également mettre la main sur cette fripouille de forgeron, Dil’Duran. Il soupira de nouveau : autant chercher une aiguille dans une botte de foin ! La perspective d’un nouveau voyage n’était pourtant pas pour lui déplaire, il fallait le reconnaître : il avait la bougeotte, surtout depuis qu’il avait frôlé la mort. Sa convalescence lui avait parue interminable. La cicatrice avait pâli sur son torse et il ne sentait plus qu’une légère gêne quand il franchissait les limites, mais il était prêt à partir. Pourquoi attendre, alors ? Les mains dans les poches, il dépassa la porte du Domaine, qui s’ouvrait dans un mur imposant, et s’engagea sur le sentier boisé d’Ombreuse, sa jument sur les talons.

Il n’avait pas fait dix pas quand il la croisa.

Encore un de plus, et il s’arrêta. C’était elle, il le savait. Cette certitude était aussi étrange qu’ancrée profondément dans sa conscience : il le savait, point. La fille dont le nom était inscrit sur le tableau d’affichage, juste à côté du sien. Comment c’était, déjà ? Mocadora ? Mecedora.

Neige Mecedora.

Gil avait horreur des choix et ce n’était pas nouveau, mais celui-ci lui donna l’impression qu’on lui plantait une petite cuillère dans le cœur, à la manière d’une part de gâteau, et qu’on lui en arrachait un morceau. Chante-Brume, sans doute pressée de poursuivre sa route, lui donna un petit coup de tête dans le dos, mais il ne bougea pas. Si cette fille continuait, elle allait tomber sur Galaad, qui pouvait très bien le prendre au mot et l’embarquer avec lui. Elle serait bien formée, c’était certain. Mais… ahlala, cette fierté typiquement masculine qui jaillissait toujours au mauvais moment ! Il l’avait simplement croisée. Peut-être que si le hasard ne s’en était pas mêlé, il aurait maintenu sa décision. Il l’avait simplement croisée… et déjà, il sentait s’éveiller en lui les quelques fibres poussiéreuses du mentor qu’il était. Alors il se retourna, les mains toujours au fond des poches, et il siffla. Ce fut un son aussi fort qu’aigu et très bref. Il fallait bien attirer son attention, après tout.

- Yo, dit-il alors que Chante-Brume, lassée de l’attendre, se mettait à brouter l’herbe au bord du chemin. Pas la peine d’aller plus loin.

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Neige Mecedora
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Jeu 18 Oct 2018, 10:57

Le trajet vers le Domaine, indiqué par l'ombre qui s'était avancée sur son chemin pour lui faire prendre une bifurcation, lui avait pris plusieurs jours ; de longue journées passées à oublier la ville, redécouvrir la terre sous ses pas, l'odeur de la pluie sur l'herbe et l'immensité vide devant elle. Elle avait tant rêvé de quitter Al-Chen, elle se sentait envahie de joie face à sa solitude.

Neige aurait pu se contenter de prendre un bateau pour traverser l'immensité du Lac Chen et se rapprocher d'Ombreuse, d'autant plus qu'elle n'aurait pas eu grand mal à se trouver une petite place sur un navire, mais son âme entière l'appelait vers les Dentelles Vives, irrémédiablement sur son chemin, et elle avait délaissé la voie des eaux pour celle de la terre.

Elle ne le regrettait pas, malgré la durée du voyage. Elle s'était fait une place dans une caravane jusqu'au Pollimage, qu'elle avait ensuite délaissée, discrète comme un fantôme, pour traverser le fleuve à bord d'une des embarcations proposées. 

On lui avait maintes fois vanté la beauté de l'Arche, mais celle-ci se trouvait bien loin, et elle avait décidé qu'elle irait la voir plus tard.

Plus tard. Un sourire lunaire dansait sur ses lèvres.

Allait-elle vraiment pouvoir être libre, au terme de cette formation dont lui avait parlé la mercenaire ?

Une fois le fleuve et ses remous franchis, le reste du chemin n'avait rien de particulier. Les montagnes de son enfance se dessinaient dans le lointain, de plus en plus proches, et Neige redécouvrait les landes vides qui avaient peuplé sa vie. A pieds, encore, elle faisait le trajet inverse qui l'avait éloigné de chez elle – prenant cependant le soin d'éviter l'exploitation familiale. Elle n'avait que peu envie de croiser des personnes qui ne lui avaient laissé que des vagues souvenirs, fins comme des écharpes de brune.

Neige bourdonna sourdement une mélodie, se secoua pour chasser l'image de la ferme et de ses habitants, et se concentra sur son chemin. Haut, bien haut dans le ciel, Cime la suivait tranquillement. Il semblait heureux d'enfin quitter la ville, et sa position idéale lui permettait de guetter les potentiels dangers.

Mais il n'y avait rien, sur leur route ; juste la solitude. Elle en était heureuse, se doutant quelque peu que sa chère amie de toujours risquait de lui manquer, une fois le Domaine atteint.

Alors, comme si le temps n'avait aucune importance, elle laissait filer les heures, se hissant dans les arbres pour dormir, marchant dans l'aube, grignotant les bâtonnets de viande de siffleur qu'elle avait amené avec elle. La poussière voletait sur ses bottes et son regard restait fixé sur les Dentelles Vives.

Elle les atteignit, un soir, le soleil couchant jetant ses dernières lumières sur la verticalité des falaises et jouant avec ses zones d'ombres. L'albatros, planant au-dessus d'elle, semblait crier sa joie de retrouver la roche.

Presque pétrifiée devant les déchirures de pierre qui avaient marqué son adolescence, et lui avaient manquée cruellement durant ces quatre dernières années passées à Al-Chen, Neige passa un long moment à les contempler, à glisser son regard sur les gorges rocheuses, les plate-formes chauffées par le soleil, les verticalités polies par le temps et la pluie.

Ce n'est que lorsque le soir tomba complètement sur elle qu'elle se réveilla et s'arracha de sa contemplation. Reprenant une marche lente, se guidant de sa carte, elle se dirigea vers le Gouffre du Fou ; passage le plus proche, et plus pratique que la Passe de la Goule, par ailleurs mal famée.

La nuit était avancée quand elle l'atteignit enfin. Resserrant sa cape grise sur ses épaules pour contrer la fraîcheur nocturne, elle prit le temps de sortir une petite lampe à huile, qu'elle avait pris soin d'acheter il y a fort longtemps à des marchands qui étaient passés sur l'exploitation familiale. Bien qu'un peu encombrante, la faible lueur qu'elle jetait lui avait souvent permis de se repérer dans le noir quand elle s'attardait trop dehors ; et lui permettrait de grimper avec un minimum de visibilité.

Parce qu'elle allait grimper ; c'était plus fort qu'elle. Là, au terme d'une journée de marche, tiraillée par la fatigue et l'exaltation.

La faible flamme ricocha sur les parois de verre de la lampe. L'accrochant soigneusement à son sac, dans son dos, Neige posa sa main sur les Dentelles Vives.

Sourire.

Elle était heureuse ; elle était chez elle.

Une prise, une autre. Grimper doucement, pour se remémorer comment tutoyer la montagne, et profiter de ces retrouvailles. Sentir la roche encore tiède sous ses doigts, leur toucher âpre sur ses phalanges. Elle évoluait comme si elle rêvait de ne faire qu'un avec la falaise, comme si elle voulait se fondre en elle.

Elle n'alla pas bien haut, juste le temps d'atteindre une plate-forme qui la mettrait à l'abri des prédateurs, blottie sous un devers qui la protégerait de la pluie. Posant son sac sous sa tête, enveloppée dans son manteau et son albatros revenu dormir contre elle, elle observa longtemps le ciel étoilé, goûtant le bonheur simple d'être là, avant de s'endormir paisiblement.
~
- Maman ? Y a quoi derrière ? Derrière les Dentelles Vives.

Le soupire agacé de sa mère se perdit dans le bruit du vent. L'enfant cligna des yeux, la ferme ayant disparu de son regard pour se changer en falaise vertigineuse. Roche amie, roche âme sœur. Tutoyer la cime, et regarder derrière. Derrière les Dentelles Vives.

Sans bouger, elle tendit les doigts, le plus possible, sentant la tension vibrer dans son bras. Si elle touchait la pierre, elle saurait ce qu'il y avait derrière. Il lui suffisait juste d'essayer d'aller un peu, un tout petit peu plus loin...
~
Un rayon de soleil, se glissant innocemment sur son visage, la tira de son rêve. D'abord un peu égarée, Neige mit quelques minutes à reprendre pieds. Derrière les Dentelles Vives. Elle allait savoir, aujourd'hui, finalement ; parce que Derrière les Dentelles Vives se trouvait Ombreuse.

Toujours de bonne humeur, elle prit le temps de déjeuner, Cime s'étant éloigné pour chasser son propre repas, puis désescalada le pan de roche. Elle en aurait eu les capacités, elle serait allée jusqu'à la cime tant convoitée pour voir le monde s'étendre sous elle, mais elle n'y était encore jamais arrivée.

Un bref sourire lunaire lui vint à l'idée qu'on lui apprenne à toucher le ciel.

Quelques minutes et elle atteignit le Gouffre du Fou. Bref regard pour la curiosité géologique et la légende qui lui avait donné son nom, puis elle finit de franchir la passe pour l'autre côté.

Le reste de sa route se fit sans encombres. La lisière d'Ombreuse n'était pas si loin, mais l'enchevêtrement sombre forestier la fit hésiter. La mercenaire qui l'avait mise sur la voie avait refusé de lui donner plus de détails, jugeant qu'elle devait trouver le Domaine par elle-même. Neige n'avait cependant pas l'habitude des forêts, surtout aussi denses et sombres.

Ce fut Cime qui la guida, finalement. Filant entre les troncs noueux, tournoyant dans les airs, il revenait régulièrement vers elle, criait faiblement – la quiétude étrange d'Ombreuse n'autorisait pas d'être dérangée – pour la guider un peu plus loin. Quand le Domaine se dessina sous leurs yeux, il vint s'accrocher à son épaule.

Neige effleura ses plumes blanches et noires, détailla la scène qui se déployait devant elle. Des gens qui allaient et venaient, se croisaient, parlaient, observaient, partaient, venaient. Tous semblaient savoir où aller, mais elle... Elle ne savait pas, et rechignait à demander.

Consciente qu'il lui était difficile de passer inaperçue, un peu perdue et accompagnée d'un albatros somnolant, elle fit quelques pas hésitants dans l'enceinte du Domaine, ses yeux pâles s'égarant partout. Après la traversée de la forêt, elle devait être ébouriffée, avec quelques feuilles accrochées à ses mèches blanches, des griffures dues aux branches sur les bras ; en bref, à moitié débraillée, les yeux grand ouverts de curiosité.

Elle finit par se reprendre et se secouer. Qu'avait dit la femme sur le toit, déjà ? Qu'elle aurait un maître pour l'entraîner, la guider. Il fallait donc qu'elle le trouve, sans doute, qu'elle découvre de qui il s'agissait. Dommage qu'il y ait autant de monde, songea-t-elle, elle aurait préféré explorer le Domaine seule.

C'est là qu'elle le croisa. D'abord un parmi d'autres, parmi foule clairsemée, elle ne lui avait pas prêté d'attention. C'est le sifflement qu'il émit qui attira son attention. S'arrêtant net, arrachée à ses pensées, elle se tourna en direction du son.

C'était un homme. Un homme aux yeux vairons, un homme avec cette espèce d'aura particulière, la même que celle de la mercenaire d'Al-Chen ; cette aura si fascinante et dangereuse à la fois. Avec un beau cheval avec lui, nota-t-elle, bien plus beau que ceux de sa ferme. Son regard oublia l'homme pour admirer la monture, avant de revenir à ses yeux curieux.

Elle se rendit compte avec un temps de retard qu'il lui avait parlé. Retournant la phrase dans son esprit, la nouant à ce qu'elle cherchait ici, une hypothèse lui vint, appuyée par la façon dont elle avait été interpellée, par la façon dont elle se sentait regardée. Cime frissonna sur son épaule.

Neige se racla la gorge, nouée par des jours sans parler.

- C'est toi, mon maître ? interrogea-t-elle alors.

Elle se sentait bien et discernait un commencement de voie devant elle.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Ven 19 Oct 2018, 19:13

- C’est toi, mon maître ?

Aucune trace de déception dans le ton de cette voix légère, même s’il aurait été compréhensible qu’elle s’y trouve, mais Gil ne répondit pas. Il se contenta de l’observer de là où il se trouvait, jaugeant cette jeune fille en qui l’ont avait visiblement décelé les capacités pour se retrouver ici, au Domaine. Ce qui le frappa en premier, ce ne fut pas la couleur de ses cheveux mais sa petite taille et sa silhouette menue. Enfer, un coup de vent et tu vas t’envoler, songea-t-il, ennuyé ; elle aurait besoin d’exercice pour se muscler, pour s’étoffer. Il nota ensuite la pâleur de sa peau. Elle avait l’air plutôt fragile. En fait, il l’imaginait plus facilement assise avec un livre dans un fauteuil, près d’une cheminée et avec un chat sur les genoux, plutôt qu’en train d’affronter un maître envoleur mal luné. Le blanc de sa chevelure le fit grimacer intérieurement, parce qu’il rappelait trop la couleur des cheveux de cet abruti d’Erwan Narcos, toutefois il s’abstint de réagir, après tout elle n’y était pour rien. Il fronça légèrement les sourcils en découvrant les quelques griffures sur ses bras nus. Bagarre ou maladresse ? Elle ne semblait pas du genre belliqueuse… Son visage était mince, ses traits fins et bien dessinés, et ses yeux…

Ses yeux étaient d’un bleu tranquille et songeur, quoique brillant de curiosité en cet instant. Malgré lui, Gil plongea un bref instant dans leur immensité dont il émergea en clignant des paupières, deux fois. Il se fit la réflexion qu’il ne connaissait personne avec un regard pareil. Puis il remarqua l’animal posé sur son épaule, l’air indolent et les ailes légèrement écartées pour laisser le vent jouer entre ses plumes. Il soupira. Un piaf, encore… Au souvenir de l’aigle de Syles, il se rembrunit. Il n’avait pas d’attirance particulière pour les animaux et par conséquent, il ne tissait aucun lien avec eux. Chante-Brume était l’exception qui confirmait la règle. Bah, tant pis, il n’aurait qu’à ignorer celui-ci. Les mains toujours enfoncées dans ses poches, il se redressa et reprit sa route, aussitôt rejoint par sa jument qui accorda son pas au sien. Au bout de quelques pas, il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule.

- Ben alors, tu viens ?

Perché en haut de la muraille qui ceignait le Domaine, les jambes se balançant tranquillement dans le vide, Galaad les regarda s’éloigner, un sourire amusé au coin des lèvres.


*


Gil se rendit compte qu’il n’avait pas laissé le temps à la jeune fille de seller un cheval pour l’accompagner. Tant pis, il n’avait pas envie de rebrousser chemin maintenant. Il respirait toujours mieux quand il s’éloignait du Domaine, et puis, un cheval pour deux c’était suffisant pour le moment. Surtout s’ils ne le montaient pas au même moment. Ainsi, après l’avoir déchargée de ses quelques affaires, Gil ordonna-t-il à Neige de courir.

- Pas trop vite pour ne pas t’épuiser en deux minutes, pas trop lentement pour éviter que je te sème. Tête haute, épaules basses, coudes rentrés, talons dans le sol, souffle régulier. C’est parti.

Juché sur Chante-Brume, il s’engagea sur les sentiers les plus accessibles d’Ombreuse. Il y avait beaucoup de faux plats et quelques petits raidillons creusèrent un léger écart entre eux, si bien que Gil, de temps en temps, se retournait sur sa selle pour vérifier qu’elle le suivait toujours. Et à chaque fois qu’il le faisait, il se maudissait d’avoir eu la faiblesse de l’accepter. Elle était décidément trop petite, trop… trop chétive pour affronter une telle formation. Quand il reportait son attention sur le chemin, devant lui, il se disait qu’après tout, rien n’était encore fait ; il ne s’était pas présenté et il n’avait pas officialisé leur « union ». Il lui proposait un essai, pour l’instant : une journée en sa compagnie pour évaluer si elle restait ou non. Il allait rendre cette journée tellement infernale que sans surprise, elle allait tourner les talons une fois le soleil couché.

C’était certain !

- Allez, du nerf ! lança-t-il en quittant la piste pour s’engager dans le sous-bois.

Là, c’était déjà une autre paire de manche, car il fallait faire attention aux racines qui dépassaient du sol, aux ornières que les feuilles d’automne dissimulaient à l’œil, aux branches qui barraient parfois le chemin. Ombreuse devait son nom à la semi-obscurité permanente qui régnait en son sein, et en effet, il faisait parfois si sombre que regarder où l’on mettait les pieds était un véritable défi. Conscient de tout ceci, mais aussi du bruit de pas légers là-bas, dans son dos, Gil poursuivit tranquillement sa route et se mit à siffloter.

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Dim 21 Oct 2018, 16:44

Neige fixa un moment la personne étrange qui devait être son maître, bien qu'elle ne connaissait même pas son nom. C'était ce que les phrases et regards échangés lui laissaient entendre, et elle n'allait pas le planter là pour aller vérifier, cela risquait de faire mauvaise impression si c'était vraiment le cas – et puis manquerait plus qu'il disparaisse de sa vue.

Mais il avait comme un air déçu, et elle se demanda fugitivement si elle avait bien fait de venir. A peine apparue, déjà décevante ? Elle haussa mentalement les épaules. Pas la première fois qu'on la juge décevante, ce n'était pas un parfait étranger qui changerait son désintérêt pour l'avis d'autrui.

Et puis, cela valait quand même la peine d'essayer, ne serait-ce pas curiosité. Curiosité pour ce qui l'attendait, et pour la personne en face d'elle. Ce quelque chose qui possédait, qui le différenciait des hommes qu'avait pu croiser auparavant et l'amenait près de celle qui l'avait jugée digne d'arpenter ces terres était suffisant pour qu'elle ne reparte pas.

Pour aller où, d'ailleurs ? Retourner à Al-Chen ? L'envie lui manquait. S'il fallait le convaincre qu'elle était à la hauteur, alors elle le ferait. Elle ne manquait certes pas de volonté et avait tout son temps devant elle.

Elle était toutefois ennuyée à l'idée que toutes les personnes ici soient aussi particulières, ignorant si cela l'aiderait à se lier avec elles. Pas qu'elle en ait vraiment envie, mais il lui fallait au moins supporter cet homme semblerait-il, elle qui n'avait jamais pris la peine de côtoyer longtemps qui que ce soit...

Voilà qui promettait d'être intéressant.

Plongée dans le fil de ses pensées, elle ne s'était pas aperçue qu'il avait commencé à avancer sans elle et ne s'en rendit compte que lorsqu'il l'interpella. Se secouant, elle lui emboîta le pas, se pressant pour ne pas le perdre de vue. Cime, déjà ennuyé par l'interlude, s'agita brièvement sur son épaule, frôlant sa joue du bout de quelques plumes avant de s'envoler pour s'enfoncer dans la forêt, les ramures sombres se renfermant sur ses ailes blanches et noires.

Sortir de la forêt pour y replonger aussitôt. Et c'est qu'il avait l'air taciturne, le bonhomme. Elle était sculptée du même bois, à voir si cela les aiderait à s'entendre ou au contraire creuserait un fossé entre eux deux.

Le suivant sans dire un mot, elle plongea à sa suite dans le monde végétal qui entourait le Domaine. Elle n'aurait pas refusé quelques détails supplémentaires sur ce qu'il avait en tête, ce qui allait se passer, la formation en générale – bref, bien des points que la mercenaire rencontrée n'avait pas détaillé – mais l'idée de devoir lui poser des questions l'ennuyait. Puis, il en parlerait peut-être de lui-même ensuite.

Courir, donc, serait sa première épreuve, songea-t-elle en se délestant de ses affaires et en écoutant attentivement ses directives. Elle était endurante, fuites multiples et escalade obliges, à voir si cela serait assez pour lui ; elle n'avait guère eu l'occasion de se mesurer à d'autres et ne pouvait savoir si elle était dans la moyenne ou non.

Les premiers mètres furent simples. Si elle était plus habituée à courir sur les pavés ou la terre battue des rues pauvres d'Al-Chen, les chemins d'abord empruntés furent relativement simple. Elle s'efforçait de garder en tête ses recommandations et de ne pas se laisser distraire, comme à son habitude, par le moindre détail qui passerait dans le champ de ses sens.

C'est ensuite que cela se compliqua. Elle n'avait pas l'habitude des forêts, et Ombreuse n'était pas exactement l'une des plus aisée à parcourir, elle avait déjà pu s'en apercevoir à l'aller. Le terrain inhospitalier et inconnu ne tarde pas à poser difficulté, couplé à son endurance qui s'amenuisait avec le temps passé à courir et se concentrer.

Il ne fut guère étonnant qu'elle finisse par se prendre le pied dans une racine. Si elle eut le réflexe de protéger son visage lors de la chute qui s'ensuivit, sa poitrine s'écrasant sur le sol nivelé vida ses poumons de leur air dans un léger bruit.

Face à la terre, elle s'accorda quelques instants, le temps de retrouver son souffle et de reposer son corps. Elle avait les jambes qui commençaient à devenir douloureuses, la poitrine brûlante, le torse douloureux, ses bras griffés par les branches ; mais ce n'était pas assez pour la mener déjà à l'abandon.

Sans se plaindre davantage, elle finit par se relever, remit ses cheveux en place et les débarrassant de la terre qui les avait tachés. Elle avait affronté des falaises, étai tombée bien des fois, ce n'était pas une ridicule forêt et ses racines qui allait l'arrêter, et encore moins un maître muet et morose.

Serrant les lèvres dans une attitude mêlant défi et dédain, elle se remit à courir au rythme du sifflotement.

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Dim 21 Oct 2018, 20:46

Pendant une heure, Gil trotta en sifflotant dans Ombreuse.
Pendant une heure, il resta devant Neige, accélérant quand elle était sur le point de le rattraper, ralentissant quand il ne l’entendait plus.
Une heure au cours de laquelle il perdit le compte de ses chutes, des branches qui se prirent dans ses cheveux ou bien lui griffèrent les joues.

Une heure.

Et au bout d’une heure, au moment de franchir la lisière de la sombre forêt pour s’aventurer dans l’immensité des collines de Taj, Gil arrêta enfin Chante-Brume. Il se retourna sur sa selle et haussa un sourcil en découvrant Neige, haletante et en sueur. Elle avait eu vingt occasions de prendre la poudre d’escampette… mais non. Elle était toujours là. Intéressant. Il secoua la tête, chassant l’idée avant qu’elle germe complètement dans son esprit. Une heure, c’était bien mais ce n’était que le début ! Au terme de cette journée, il le savait, elle s’en irait. Trouver une autre voie ou bien un autre maître. Lui, il devait continuer son voyage, c’était nécessaire.

- Bois-ça, dit-il en lui lançant sa gourde. Deux minutes de pause, et ensuite…

Il mit pied à terre ; Chante-Brume avait besoin d’un peu de repos elle aussi. Ce qui ne signifiait pas qu’il allait lâcher la bride à la petite ! Au contraire : au bout des deux minutes imparties, il récupéra sa gourde et lui fit signe d’approcher.

- Etirements, gainage et souplesse, annonça-t-il d’un ton léger. Je te montre.

Il ne fut pas tendre. Après avoir donné l’exemple, il passa l’heure suivante à invectiver la jeune fille, parce que la posture n’était pas correcte, ou bien parce qu’elle n’exécutait pas le bon mouvement, ou encore parce qu’elle ne suivait pas le rythme ; il n’était pas grossier ni méchant, simplement cassant et surtout, il ne lui fichait pas la paix. C’était volontaire. Très con, aussi, mais voilà, si elle ne lâchait pas l’affaire à cause de la difficulté – et pour l’instant c’était le cas – il comptait bien l’écoeurer de sa présence à lui. Faire peur aux gens, c’était un peu son domaine, après tout.

Ils se remirent en route après une courte pause, elle à pieds, lui à cheval. Il ne lui redemanda pas de courir, juste de ne pas traîner. Une ou deux fois, le piaf vola près d’eux et il se sentit observé, non, jaugé ; mais c’était juste un animal, n’est-ce pas ? Il haussa donc les épaules et poursuivit sa route. La prochaine halte se fit à l’ombre d’un bosquet. Cette fois-ci, Gil prit le temps de s’occuper de Chante-Brume, avant de se planter devant Neige et de la toiser de toute sa hauteur.

- Exercice suivant, dit-il en cognant sa large poitrine au niveau du cœur. Tu me touches ici, et je t’offre le repas. A la fin de l’heure, si tu ne m’as pas touché, je te laisse t’occuper de tout. Pigé ?

Il ne précisa pas les termes de l’exercice, parce qu’en réalité tous les coups étaient permis ; c’était pour lui l’occasion de voir de quoi elle était capable. Etant donné qu’il l’avait plutôt malmenée depuis le début de la journée, il se doutait bien qu’elle devait en avoir marre. En fait, il guettait le point de rupture, l’instant fatidique où elle allait jeter l’éponge. Les mains vides, il adopta une garde décontractée et attendit qu’elle se jette à l’assaut. Un brin de curiosité l’animait, il fallait le reconnaître… Qu’est-ce qu’une demi-portion comme elle fichait à ses côtés ? Qui avait bien pu l’envoyer dans la direction du Domaine ? Possédait-elle un petit quelque chose qui justifiait la légitimité de sa présence ?

Allez, Neige Mecedora… Montre un peu pourquoi tu es là !



["Con", c'est exactement Gil en ce moment ! Te laisse surtout pas abattre, il va finir par comprendre. Et s'il est trop long à la détente, montre-lui un peu de quel bois se chauffe Neige (en fait, il n'attend que ça ^^)]

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Neige Mecedora
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Dim 21 Oct 2018, 22:15

Le sifflotement persistant rythma sa course inlassable – inlassables. Elle y accrocha son esprit et sa volonté pour passer outre les chutes, les cheveux tombant dans ses yeux, les cris curieux de Cime qui interpellait son attention de temps à autres, les branches laissant des estafilades sur sa peau, sa poitrine enflammée par l'effort et ses jambes lourdes de crampes.

Il y avait juste cette mélodie sur laquelle ses pas retentissaient et où son esprit se noyait pour oublier le reste – un peu comme ses chantonnements, quand elle grimpait, le bruit de la pluie sur les roches et celui du vent sur ses volets.

Elle fut presque surprise d'apercevoir la fin de la lisière, s'ébrouant lentement pour sortir de sa langueur et laisser le temps à la mélodie de quitter ses pensées. Elle se saisit avec joie de la gourde que l'autre homme patibulaire lui lança, rafraîchit son visage au passage. Elle peinait encore à reprendre son souffle, Cime s'impatientait dans les hauteurs et le voilà qui reprenait déjà, semblant s'en tenir encore une fois au minimum de mots possibles. Allait-il finir par s'exprimer par grognements ? s'interrogea-r-elle en effaçant un sourire devant la scène qui se dessina dans son esprit.

- Etirements, gainage et souplesse. Je te montre.

Elle lâcha un soupire indolent pour la forme mais se plia encore aux directives. Une lueur agacée commençait néanmoins à germer dans son regard. Elle n'était pas non venue jusqu'ici pour se taper le plus insupportable des hommes alentours. Elle avait presque croisé des soudards plus polis que celui-là – avant qu'ils ne commencent à boire, tout de même.

Elle concentra néanmoins toute son attention dans ce qu'il lui disait, passant sa frustration de plus en plus présente dans les étirements qui achevaient de fatiguer son corps.

La reprise de la marche, plus calme, lui permet de renouer avec Cime. L'albatros, courroucé de voir ainsi sa compagne de route accaparée, vint parfois s'accrocher à son épaule, parfois planer à la hauteur de l'homme pour crier son mécontentement. Mis à part son agacement qui déteignait sur l'humeur de sa maîtresse – ou l'inverse, c'était difficile à dire au vu de leurs caractères semblables – il ne semblait pas plus préoccupé que cela et elle décida de s'en remette à son instinct animal.

L'homme avait l'air décidé de se débarrasser d'elle et elle était tout aussi déterminée à le fatiguer en premier, même si elle ne savait pas trop encore comment. Elle allait essayer, au moins – on ne pourra lui reprocher le contraire.

Neige profita de la halte suivante pour s’asseoir et reposer ses jambes, observant l'autre de biais tandis qu'il s'occupait du cheval – très jolie bête, apprécia-t-elle encore. Elle n'avait monté que quelques fois, sur de vieux canassons de ferme, plus bâtis pour la robustesse que pour autre chose, et elle se demanda ce que cela ferait, d'être perché en haut du bel animal.

Peut-être atteindrait-elle la hauteur de l'autre, songea-t-elle en se relevant, et tentant de combler les centimètres qui les différenciait en levant le menton.

- Exercice suivant. Tu me touches ici, et je t’offre le repas. A la fin de l’heure, si tu ne m’as pas touché, je te laisse t’occuper de tout. Pigé ?

Elle fronça les sourcils en réponse. Voilà, encore une fois, des directives peu claires, et elle n'avait guère envie de lui demander des détails. Elle prit le temps d'observer comment il se plaçait, curieuse. Elle n'avait aucune chance s'il en décidait ainsi – et après tout il ne pourrait s'en prendre qu'à lui-même, si par « s'occuper de tout » il entendait cuisiner. Parce qu'elle n'était pas vraiment douée à cela et avait la mauvaise habitude de manger exclusivement des provisions séchées et simples à transporter. Pas comme s'il y avait grand-chose à nourrir dans ce corps frêle, de toute façon.

Le faisant volontairement patienter – après tout, il n'avait pas dit quand elle devait attaquer – elle attacha ses cheveux pour les empêcher de se promener dans son visage, regarda autour d'elle d'un air indolent. Elle envisagea un bref instant de prendre une branche pour combler leur différence d'allonge. Elle ne saurait sans doute pas la manier, mais elle tâcha cependant d'en ramasser une, jouant avec pour se faire à son poids et sa longueur, un sourire narquois aux lèvres pendant qu'elle le faisait toujours attendre.

Sa branche en main, elle jeta un œil à Cime, qui s'était perché pour les observer. L'albatros se mêlait rarement à ses querelles de rues, et elle-même avait plus tendance à les fuir qu'autre chose.

Lèvres serrées, elle tenta d'imaginer quelque chose qui pourrait le surprendre, ou du moins le déstabiliser assez pour qu'il cesse de se comporter ainsi. Elle tourna lentement autour de lui, l'observant, jusqu'à le mettre entre elle et Cime.

- Eh, tocard. Si je te touche, tu fais des phrases plus longues, ou t'en seras incapable ? lui lança-t-elle.

Elle ne s'appliqua pas plus dans une diatribe verbale qu'elle peinerait à nourrir et siffla tout bas. L'oiseau cria en réponse.

Il ne fit strictement rien d'autre que crier, mais Neige pria pour que cela suffise à distraire le mercenaire. Elle prit son élan brusquement, lança sa branche à la façon d'une lance et sans s'arrêter lui fonça dessus, sautant pour se rouler en boule à la façon d'un boulet de canon. Multiplier les signaux pour le distraire un maximum. Elle n'avait pas d'autres idées.

Elle ou la branche, l'un des deux le toucherait bien, non ?

De toute façon, une chute de plus ou de moins...

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Lun 22 Oct 2018, 10:07

Déjà, elle commença par attacher ses cheveux. Enfin ! Gil eut toutes les peines du monde à ne pas hocher la tête avec approbation. Les cheveux longs de Neige devaient être disciplinés pour mieux voir, pour n’offrir aucune prise à une branche ou une main adverse, pour être libre de ses mouvements, quoi ! Le visage ainsi dégagé elle paraissait étonnamment moins frêle – mais c’était une illusion, il s’en doutait. Ses yeux bleus n’en paraissaient que plus démesurés et sa peau plus pâle encore. Enfer, elle était quasiment transparente ! Se nourrissait-elle correctement ? Agacé que de telles pensées viennent encombrer son crâne, Gil laissa échapper un claquement de langue impatient. Elle attendait quoi, là ? Qu’il neige ? C’était pour ça qu’elle s’appelait ainsi ? Allez, vite, qu’on en finisse…

Il ne bougea pas quand elle ramassa une branche. Réflexe logique, quête de protection, d’un objet auquel se raccrocher. Bien taillée, une branche pouvait faire une arme de choix… Là, c’était plutôt un cure-dents et Gil ne broncha pas. Il tourna légèrement la tête quand le piaf cria dans son dos – quel cri affreux ! – mais ne quitta pas des yeux la jeune fille, si bien que quand elle s’élança, il était prêt. N’empêche que c’était intéressant, tout ça : elle bondit, lança la branche, perdant son estime pour s’être débarrassée de son arme mais gagnant admiration pour cette belle tentative de diversion, et fonça sur lui. Il se décala d’un pas. Juste un pas sur le côté. La branche rebondit sur le bras qu’il avait levé en guise de protection tandis que de sa main libre, il appuyait sur le crâne de Neige et l’envoyait au tapis.

- Encore.

Raté pour les phrases plus longues, mais il avait bien noté le « tocard ». Plus tard, quand il y repenserait, il réaliserait que cette répartie avait probablement joué un rôle dans cette rencontre pour le moins hors du commun. Pour l’heure toutefois, il était bien trop occupé à lui faire mordre la poussière. Il la laissait croire qu’elle avait une chance de l’approcher, esquivait au dernier moment, l’envoyait balader. Oh, elle se creusa les méninges, à tel point qu’il crut voir les rouages de son cerveau fumer. Et elle ne renonça pas. Elle avait dans le regard cette tempête indéfinissable qui l’intriguait au plus haut point, bien qu’il refusât de le reconnaître. Elle revenait toujours à la charge. Le piaf s’en mêlait quelques fois, poussant son cri bizarre ou bien prenant son envol brusquement, dans un nuage de plumes censé détourner son attention. A quel point étaient-ils liés, ces deux-là ?

- Encore, lâcha-t-il quand Neige roula dans l’herbe pour la dix-huitième fois.

Il cessa de compter au bout de la trentième, mais pas de répéter ce « encore » et de la toiser d’un air narquois quand elle finissait par se relever. Sa limite n’était pas loin, il le sentait. Autour d’eux, la lumière déclinait, le jour s’évaporait. A la nuit tombée, Neige ne serait plus capable de se relever.

- Encore.

Laisse tomber, demi-portion ! Je suis loin d’être à mon maximum alors que toi, tu tiens à peine sur tes jambes… Abandonne ! C’est la solution la plus sage, désormais. Tu n’es pas faite pour cette voie. Tu ne tiendras pas deux jours à ce rythme-là. Laisse t…

Les yeux de Gil s’agrandirent, il cligna des paupières. Etait-ce son imagination, ou bien venait-il réellement de sentir des doigts frôler sa poitrine ?

Pour la première fois depuis le début de la journée, un creux de sourire passa fugacement sur sa joue. Et pour la première fois depuis qu’il avait croisé Neige, aux portes du Domaine, il la regarda vraiment. Il ne voyait plus une gamine trop chétive, voire maladive. Ce n’était pas non plus une cause perdue. La jeune fille qui lui faisait face se consumait d’un feu qui brûlait dans son regard et était animée d’une volonté d’acier. Il avait pensé effleurer son point de rupture alors que c’était l’inverse, en réalité : c’était elle qui venait d’approcher dangereusement sa cible. Quelle connerie ! Il ferma les yeux, juste une seconde. Quand il les rouvrit, son regard dépareillé avait changé, brillant d’une lumière indéfinissable, mais bien plus agréable.

- Encore, dit-t-il.

Mais cette fois-ci, il fit un pas en avant et laissa ses bras le long de son corps. Quand il sentit la paume contre son cœur, il s’immobilisa complètement. Il était tellement grand, elle était si petite… il baissa les yeux et rencontra le bleu flamboyant de son regard.

- Gil SangreLune, murmura-t-il. Tocard et maître à l’occasion. Bienvenue dans le Chaos, Neige.

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Lun 22 Oct 2018, 17:56

Neige retint à grand-peine un sourire satisfait quand elle sentit l'impatience de l'autre. Bien fait, songea-t-elle avec amusement. A chacun son tour, de finir exaspéré, et s'il l'était déjà maintenant c'est qu'il n'était pas vraiment patient.

Sa satisfaction fut à peine douchée, un peu plus tard, par le sol qui la reçut après son attaque vaine. Elle ne tarda pas à se remettre sur ses pieds, sifflant brièvement pour apaiser Cime qui semblait assez mal vivre le fait de voir sa compagne se faire ainsi maltraiter. Il faudrait qu'elle lui apprenne à rester plus discret, se fit-elle la réflexion, ou un jour quelqu'un le repérerait et n'hésiterait pas à lui décocher une flèche. Bien que petit pour son espèce, l'oiseau noir et blanc faisait une proie très visible, et surtout très bruyante.

Sa position en boulet de canon eut le mérite de mieux amortir sa chute que si elle avait atterri tête la première, mais n'avait visiblement pas été efficace. De fait, ce n'était pas l'attaque la plus sensée que quelqu'un pouvait mener en réelle situation de combat, mais elle n'était pas ici coincée dans une ruelle à préférer la fuite, mais avec un homme maussade qui ne semblait pas vouloir la tuer malgré son insulte. Enfin, pas trop.

A force de chuter, de tendre ses muscles et faire tourner son cerveau elle commençait à avoir mal partout et à être sacrément assoiffée. L'homme, s'imagina-t-elle, donnait l'impression d'être une montagne impossible à escalader ; aux prises qui se dérobaient quand elle pensait être assurée, et le dos face à un vide démesuré.

Et puis, ce n'était pas son genre d'aller affronter de face quelqu'un – d'aller affronter quelqu'un tout court, d'ailleurs. Elle préférait, oiseau, s'envoler plus loin, et c'était bien là l'un des facteurs qui l'avait finalement menée jusqu'ici. Elle ne pouvait tout le temps fuir, elle en avait conscience. Liée à la terre, elle n'avait pas d'ailes semblables à celles d'un albatros, qui la mènerait plus haut, plus loin que quiconque.

Mais elle avait sa volonté et son habitude des montagnes qui essayaient de lui résister.

Alors elle ne compta pas les « encore », toutes les fois où elle s'écrasa dans la poussière, les interventions de Cime toujours plus courroucé et qui tentait tant bien que mal de communier avec elle pour espérer maximiser ses performances. Il se basait sur ses mouvements pour ses interventions, elle profitait de ses cris pour tenter des attaques.

C'était la première fois, constata-t-elle en roulant encore une fois dans l'herbe, que l'albatros et elle travaillaient ainsi. Bien que toujours proches, il avait tendance à aller et venir sans se préoccuper plus que ça de ses activités. Il l'avait accompagné dans ses ascensions, dans ses courses sur les toits, puis dans son chemin jusqu'à Ombreuse, se révélant utile surtout une fois de la dense végétation ; ils n'avaient cependant pas eu l'occasion d'ainsi collaborer, et elle trouva cela enrichissant.

Cela valait le coup de toujours finir au sol, lui retournant toujours un air de dédain face à ses propres défaites.

Fatiguée et à bout d'idées, elle avait fini par laisser un peu plus place à son instinct, sautant au hasard, feintant autant qu'il lui était possible, utilisant sa souplesse pour tordre son corps, n'hésitant pas à se laisser tomber d'elle-même pour bondir ensuite.

Elle cligna des yeux, soudainement distraite. Etait-ce elle, ou elle avait failli l'avoir ? Elle ne sentait presque plus son corps, à force. Elle recula d'un bond par réflexe, l'observa avec curiosité. Quelque chose semblait avoir changé, infime, presque imperceptible. La tension ambiante, la lueur des yeux vairons, l'attitude, et le ton du même mot répété des dizaines de fois.

- Encore.

Malgré l'étonnement qui flottait dans son esprit, elle obéit aussitôt, se lança à nouveau, tendit ses muscles épuisés. Elle se figea net quand elle sentit la poitrine de son maître sous sa main, surprise. Elle resta interdite, le regarda. Diable, que les gens étaient grands, comparés à elle.

- Gil SangreLune. Tocard et maître à l’occasion. Bienvenue dans le Chaos, Neige.

Elle retira doucement sa paume, reprenant pied, l'esprit encore saturé par l'adrénaline et brumé par la fatigue. Peu à peu, elle sentit un de ses rares sourires se dessiner sur ses lèvres et elle se laissa retomber dans l'herbe – volontairement, cette fois. Cime, tout aussi épuisé, vint se caler contre sa tête, jetant un regard toujours suspicieux à l'autre.

Était-ce déjà la nuit qui tombait là ?

Elle avait mal partout et se sentait agréablement heureuse.

- Enchantée, finit-elle par répondre gaiement, ne prenant pas la peine de s'excuser pour son insulte – elle estimait l'avoir bien payé, de toute façon. Mon oiseau s'appelle Cime.

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Lun 22 Oct 2018, 20:35

- Ravi de le savoir, marmonna Gil, pas le moins du monde intéressé par l’oiseau.

Il décida que pour lui, ça resterait « le piaf ». Quant à Neige… Il la gratifia d’un regard quelque peu navré, étalée à ses pieds comme tas de chiffons. Un tout petit tas de chiffons. Elle serait « demi-portion ». Même s’il était impressionné qu’elle ait tenu bon jusqu’à la nuit tombée, il n’en restait pas moins ennuyé par ce nouvel élève qui lui tombait sur les bras. Pas prévu au programme, ça. Enfin, maintenant qu’il l’avait récupérée… Eh bien, elle allait devoir l’accompagner. Il lui enseignerait deux ou trois trucs au passage. Si elle était capable de le supporter, peut-être bien qu’elle avait de quoi devenir une envoleuse, après tout…

- Debout, demi-portion. Tu vas choper des crampes, sinon.

Joignant le geste à la parole, il l’attrapa par le col de sa tunique et la remit sur ses jambes, la lâchant seulement quand il sentit qu’elle n’allait pas s’effondrer à nouveau. Il fallait qu’elle mange un truc. Bon, il avait délibérément rompu l’échange pour lui permettre de le toucher, ça ne comptait donc pas comme un exercice accompli, mais pour cette fois, il estima qu’il pouvait être « sympa ». Il allait cuisiner. Et tant pis si ça ne lui plaisait pas.


*


Le feu dissipait les ombres nocturnes, diffusant chaleur et lumière tandis que la viande, un lièvre chassé par Gil, grillait tranquillement. En attendant, il coupa un morceau de pain, déposa une tranche de fromage dessus et le tendit à Neige.

- Je vais dans le sud, dit-il d’un ton bourru, sans qu’elle lui ait demandé quoi que ce soit.

C’était très évasif mais il ne jugea pas opportun de préciser davantage leur destination.

- On va se partager Chante-Brume, sauf si tu caches un petit pactole quelque part sur ta personne. Prépare-toi à courir souvent.

Ça faisait partie de l’entraînement, de toute façon. Elle avait tenu une heure, c’était plutôt sidérant avec cette constitution, mais plutôt prometteur ; en alliant effort et régularité, elle allait gagner en vitesse et en endurance.

- J’aime pas les pleurnichardes. Cette journée, c’était rien en face de ce qui t’attend demain. Et ce qui t’attend demain ne sera rien comparé à ce que tu vivras le jour suivant. Je te laisse la nuit pour y réfléchir.

C’était franchement donné, mais comme il l’avait malmenée durant une journée et parce qu’elle n’avait pas encore renoncé, il se devait de lui offrir cette ultime porte de sortie. La mort guettait le moindre faux pas de l’aspirant trop orgueilleux ou trop faible.

- Mange, bon sang. Tu ressembles à un sac d’os. Enfer, va falloir t’arrimer par les jours de grand vent…

Tentative d’humour ? Mouais. Il n’était pas très doué pour ce genre de choses, à part avec Mak, Syles, Tsu, Kaünis et Nora. Sa meute, quoi. Agacé de penser sans cesse à eux, il sortit une pièce de sa poche et se mit à jongler avec. Une idée lui vint.

- Approche.

Il tendit la main, paume ouverte – et au creux de celle-ci, la pièce.

- Essaie de la prendre avant que je referme mon poing.

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Mar 30 Oct 2018, 23:46

Neige se sentit aussi peu concernée par le désintérêt manifeste de son maître que par l'air consterné qui suivit son propre comportement. Elle se laissa se faire remettre sur ses pieds en roulant des yeux vers le ciel de façon assez peu discrète. Toujours aussi cordial, celui-là.

A l'image du « tocard », il semblerait qu'elle avait gagné son propre surnom, qui lui-même n'avait rien d'inédit à ses oreilles. Sa frêle constitution lui avait déjà attiré de bien moins jolis mots. Si cela ne lui plaisait pas forcément pour autant, il n'y avait là rien d'insupportable pour le moment ; rien qu'elle ne pouvait se contenter d'ignorer avec son habituel air peu concerné.

Au moins, de ce qu'elle avait compris, ce n'était pas elle qui ferait la cuisine. Une bonne journée, donc. Épuisante, longue et étrange journée, mais néanmoins satisfaisante. Que son maître la garde ou non, le bref coup d’œil dans la porte entrebâillée qu'elle voulait emprunter avait été enrichissant et avait attisé sa curiosité.

Elle y songea en regardant Gil s'occuper du repas, ses propres doigts lissant les plumes de Cime tandis qu'elle bourdonnait une sourde mélodie à son attention. Elle n'était pas sûre de savoir comment leur relation allait tourner. Si jamais elle en avait assez, elle pourrait peut-être simplement partir, sans doute. S'il y avait ici un moyen d'être libre, rien ne disait que le Domaine était le seul endroit au monde pour cela ; si pour atteindre le ciel elle devait s'enchaîner à cette terre, elle ne voyait à tout cela que peu d'intérêt au final.

Elle délaissa Cime pour prendre la tranche de pain tendue, la commença avec appétit. Elle était davantage intéressée par la viande qui cuisait et exhalait une odeur très tentante, mais elle avait faim et n'allait pas se plaindre.

Elle sourcilla quand son maître prit la parole sans prévenir, nota les informations données sans plus s'étendre dessus. Le Sud ? Il y aurait probablement les Dentelles Vives sur leur chemin, songea-t-elle en essayant de se remémorer la géographie de Gwendalavir. Voilà qui était une nouvelle plutôt agréable, même si elle se demandait tout de même où il allait ainsi.

Tant qu'il y avait des falaises, elle s'estimait satisfaite.

- J’aime pas les pleurnichardes. Cette journée, c’était rien en face de ce qui t’attend demain. Et ce qui t’attend demain ne sera rien comparé à ce que tu vivras le jour suivant. Je te laisse la nuit pour y réfléchir.


Neige roula ostensiblement des yeux, agacée. Le plus insupportable dans cette journée avait été son maître ; si elle y survivait, cela devrait le faire songea-t-elle avec une pointe de sarcasme. Elle effleura distraitement le duvet du cou de Cime, qui s'était hérissé en réaction à ses propres émotions, toisa son vis-à-vis.

- Je partirai uniquement quand j'en aurais envie, répliqua-t-elle, espérant qu'il lui ficherait la paix à ce sujet à partir de maintenant. Et là, il se trouve que j'en ai pas du tout envie.

Et plus il essaierait de se débarrasser d'elle, plus elle s'accrocherait par pur esprit de contradiction. Il finirait bien par se lasser le premier.

- Mange, bon sang. Tu ressembles à un sac d’os. Enfer, va falloir t’arrimer par les jours de grand vent…

Elle haussa les épaules, avala la tranche de pain. Il ne lui était encore jamais arrivé de s'envoler, mais l'idée d'être balayée par le vent sans pouvoir se retenir à la terre lui plaisait ; et que cela soit impossible n'entachait pas la douceur de la pensée.

- Approche.

Son attention se reporta sur lui. Écartant l'albatros de ses genoux, au grand dam de ce dernier qui s'envola plus loin, elle obéit prestement, ses yeux fixés sur la pièce qui scintillait à la lueur du feu. Elle reporta brièvement le regard sur le visage de Gil lorsqu'il décrivit ses instructions, les reposa sur ce qui devait être son but.

Elle remonta ses manches pour que le manteau ample ne gêne pas ses mouvements, leva la main. Bref coup d’œil vers son maître. Elle voyait mal comment elle pouvait réussir à le prendre de vitesse, mais s'il voulait jouer, qu'il en soit ainsi.

Sa main fusa vers la paume ouverte, sans que jamais ses gestes ne se teignent de l'envie d'abandonner.


[erf navré pour le retard et la qualité, j'ai eu une semaine de cours chargée]

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Jeu 01 Nov 2018, 10:52

La nuit s’étirait tranquillement et, enfer, beaucoup trop lentement. Allongé sur le dos, les mains croisées sous sa nuque, Gil écoutait le murmure du vent dans les branches. Il ne faisait pas très chaud mais il était bien, sous sa couverture. Il avait juste envie que le jour se lève enfin. Un coup d’œil en direction de la silhouette endormie de l’autre côté des restes du feu, et il fronça les sourcils. La nuit porte conseil, dit-on. Allait-elle souffler à Neiger qu’il était temps d’abandonner ? Ce serait plus sage. D’accord, elle l’avait suivi toute la journée, collée à ses basques quand il avait tout fait pour l’envoyer balader. Et, d’accord, il reconnaissait qu’elle en avait dans le ventre. Mais ce ne serait pas suffisant. La formation qu’elle attendait, l’objectif qu’elle visait… c’était bien trop grand pour elle, un peu comme une marche trop haute devant laquelle on se tient, prêt à s’élancer quand bien même on sait qu’on a tomber et se faire très mal.

Il n’avait pas envie qu’elle se fasse mal.

Gil sursauta à cette pensée. Il s’assit et pressa ses paumes contre ses yeux pour se sortir cette idée du crâne. Le sort de cette demi-portion lui importait peu ! Il ne la connaissait pas, il n’avait pas envie de la connaître et si elle s’entêtait à le suivre, tout à l’heure, eh bien tant pis pour elle ! Alors pourquoi est-ce que ça le mettait dans tous ses états ? Pourquoi n’arrivait-il pas à trouver le sommeil ? Dormir sur une oreille, il savait faire. Ils ne risquaient rien ici, en plus. Mais on ne savait jamais. Un fauve tapi entre les hautes herbes, ou bien un groupe de coupe-gorges embusqué dans les arbres… Cette fois-ci, l’envoleur repoussa sa couverture et se redressa en veillant à ne pas faire le moindre bruit. Il se figea en découvrant l’albatros devant son nez, perché sur la selle de Chante-Brume qui était posée par terre. En équilibre sur une patte, l’oiseau semblait l’observer attentivement. Gil le fusilla du regard mais le piaf, trop fier sans doute, resta à sa place.

L’homme s’éloigna de quelques pas. Il avait besoin de remettre de l’ordre dans ses pensées et pour une raison qui lui échappait, impossible de le faire allongé. Les mains dans les poches, il leva le nez et regarda le croissant de lune rousse qui lui souriait. C’est ça, marre-toi. Il s’en fichait pas mal. Tout ce qui lui importait, c’était que le jour se lève, pour quitter la gosse et reprendre sa route en solitaire. Khamill avait besoin de lui, ça lui faisait comme un nœud dans la poi… Non. Ce n’était pas Khamill la responsable, et il s’en rendit compte parce qu’en dépit de toute l’affection qu’il éprouvait pour cette gamine qui ronchonnait tout le temps, il avait confiance en elle. Il allait la retrouver parce qu’ils avaient encore un bout de chemin à faire ensemble, pas parce qu’elle avait besoin de lui. Elle était capable de se débrouiller seule.

C’était Neige, le problème.

Bon, il avait deviné qu’elle en était un rien qu’en lisant son nom sur le panneau d’affichages, hein. Mais ce poids étrange, cette gêne qu’il ressentait depuis tout à l’heure, elle en était responsable. Et quand il mit enfin le doigt dessus, ça lui fit l’effet d’un gnon en pleine poire. Il vacilla, s’accroupit et se prit la tête entre les mains. Etait-ce réellement possible ? Cette demi-portion lui faisait-elle vraiment penser à… Idiot ! s’admonesta-t-il furieusement. Regarde-là bon sang ! Ce n’est pas Suviyo ! Ses cheveux étaient trop blancs. Ça lui rappelait odieusement ce marchombre et il ferma les yeux. encore une image à se sortir de la tête… N’empêche, malgré tout, il avait l’impression de reconnaître un petit peu de sa fille dans la personne de Neige. Ça lui fit mal. Il envisagea de partir maintenant. Pas la peine d’attendre le lever du jour, il pouvait filer en silence et disparaître de sa vie pour toujours.

Il n’en fit rien.

Pas la force ! C’était trop tard. Il avait croisé le bleu de ses yeux et quelque part, au fond de son cœur d’artichaud, un vide créé par l’absence avait été comblé. C’était complètement fou et il s’en voulait beaucoup, là. Toujours accroupi, il glissa les mains dans ses cheveux et les tira. Réveille-toi, bon sang ! Tu ne peux pas embarquer cette crevette avec toi uniquement parce qu’elle te rappelle la fille que tu as perdu ! Il souffla entre ses dents, luttant contre une belle migraine qui pointait le bout de son nez. Il était paumé. C’était injuste. Il n’avait pas envie de se lier à quiconque en dehors des membres de sa meute. Il avait déjà suffisamment peur pour eux. Pas la peine d’en rajouter ! Mais… il se redressa doucement et s’assura de bien tenir sur ses deux jambes avant de retourner vers leur campement de fortune. Neige dormait sous un amas de couverture, seules quelques mèches blanches s’échappaient de cette improvisation de nid douillet. Il se pencha doucement et l’observa avec curiosité. Tu lui ressembles pas du tout, se borna-t-il à penser.

Il se rappela comment elle avait placé sa main au-dessus de la sienne, la veille. Sa façon de se concentrer, de fixer la pièce, de ne pas renoncer face à l’échec. Elle n’avait pas réussi à la toucher mais ce n’était pas grave, elle avait essayé et elle essayerait encore. D’où lui venait cette volonté insoupçonnée ? Pouvait-elle la conduire jusqu’au terme d’une formation dangereuse et difficile ? Rien n’était moins sûr. Gil retourna se coucher. Il ne partirait pas avant le lever du jour. Il attendrait sa réponse.

Et il ferait avec.


*


Il la réveilla en la secouant avec rudesse. C’était sa manière de faire, autant qu’elle s’y fasse rapidement si elle prévoyait de rester. Mais tu ne vas pas le faire, n’est-ce pas ? se prit-il à espérer en attendant qu’elle émerge enfin. L’aube teintait le ciel de couleurs pourpres et un filet de brume s’enroulait autour des arbres. Gil attendit que Neige soit vraiment réveillée pour se lancer.

- Je te le demande une dernière fois. Tu es prête à te lier à moi pendant trois ans ? Prête à m’obéir au doigt et à l’œil sans moufter ? A me suivre sur une route jalonnée de carrefours où tu risqueras de perdre la vie ? Réfléchis bien. Est-ce que tu es prête à prendre ce risque ?

Et moi ? se demanda-t-il en affrontant ses grands yeux bleus. Est-ce que je suis prêt à le prendre, moi ? Le temps sembla se figer autour d’eux. C’était un moment important. Le cœur battant, Gil tendit soudain la main. C’était sa réponse. Ouais. Je suis prêt. Tant pis si ça lui faisait mal. Tant pis si ça lui causait encore plus de soucis. Et tant pis qu’il se coltinait encore un élève pendant trois ans. Il avait signé pour ça, après tout, et puis… je suis prêt.

Et toi, demi-portion ?

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Mar 11 Déc 2018, 19:51

Neige s'était enfoncée doucement dans un sommeil profond et calme. La journée avait été étrangement intense, complètement différente des jours qu'elle avait l'habitude de vivre en somnolant ; exaltante. Pourtant habituée à une certaine monotonie, les dernières heures ne l'avaient pas trop déstabilisée. Elle se trouvait face à quelque chose d'inconnu et incroyablement attrayant, et elle ne se posait pas réellement la question de si elle serait à la hauteur ou si elle parviendrait au bout de la formation.

Elle était, là, maintenant, fascinée et désireuse d'en voir plus. N'avait nulle part où aller, personne à rejoindre, livrée à elle-même et à l'ennui, à ses envies flottantes. Elle se laissait guider, presque égoïste, par sa curiosité et son détachement du monde qui l'entourait.

L'homme – Gil – lui-même avait l'air assez intéressant. Compliqué, obtus comme un mur, mais il y avait peut-être quelque chose en dessous ? Elle ne prenait habituellement pas attention à ses pairs mais si elle devait le fréquenter, il fallait que cela en vaille la peine.

Peut-être que ce qu'elle entrevoyait valait le coup en soi, et non pas seulement pour lui permettre de vivre seule en ermite au pied de quelque montagne de Gwendalavir. Elle se sentait sans attaches, sans objectifs, un peu à la dérive ; capturée par des courants ascendants. Certains avaient des buts pour vivre, elle se voyait juste devenir oiseau.

Peut-être cherchait-elle ici un objectif, au final ; quelque chose pour la pousser en avant et ne pas la laisser dans la monotonie des tavernes bruyantes et des plaines se courbant face aux Dentelles Vives.

A se laisser bercer par le son que faisait le feu en dévorant le bois qui le nourrissait, elle songea qu'elle n'avait jamais vraiment communiqué avec les autres, et que cela n'aiderait peut-être pas avec son maître. Comment fallait-il se comporter, que fallait-il dire, à quels moments, comment nouait-on une amitié ou même un simple lien amical ? Quels étaient les gestes à faire, les mots à dire ? En avait-il quelque chose à faire, d'ailleurs ? Elle l'avait tutoyé, inconnu, et cela ne l'avait pas fait broncher.

Avec un dernier regard à la silhouette sombre qu'était son maître, et à Cime qui semblait apprécier d'être posé sur le cheval plutôt que de se blottir contre elle comme d'habitude, elle laissa ses pensées de côté et s'endormit.

Il était inutile de se projeter dans l'incertitude ; elle verrait bien. L'albatros s'en accommodait bien, après tout.

Et ses rêves furent semblables à des limbes grises, où elle laissait derrière elle les rues d'Al-Chen, les visages flous de sa famille, les élans des Dentelles Vives et l'effervescence des tavernes. Lui vint brièvement le souvenir de quelques mots prononcés par la mercenaire qui l'avait trouvée, en haut d'un toi.

Les valeurs des envoleurs, les valeurs des mercenaires.

Elle savait qu'elle n'y adhérait pas, qu'elle n'avait, en soi, que peu d'intérêt pour les autres et leurs objectifs. Elle était ici par pur égoïsme et n'imaginait pas rester à la fin.

Il y avait trois ans qui l'attendaient, durant lesquels elle changerait – peut-être, peut-être pas. L'abîme d'inconnu qui se présentait à elle l'enchantait, teintant sa nuit.

Le réveil fut nettement moins confortable, ce qui la surpris assez peu au final. Marmonnant du fond de ses couvertures, peu encline à faire face au froid matinal,elle finit par s'extirper de son semblant de nid pour rejoindre le feu, ravie par la vision des flammes dansant dans le jour naissant. Avec l’aisance conférée par l'habitude, elle tendit son bras, siffla brièvement pour appeler Cime, qui vint s'accrocher à elle, sa forme chaude se calant contre sa poitrine.

S'éveillant peu à peu, elle ébouriffa le duvet sur le cou de l'albatros qui cria brièvement en signe de protestation. Elle observa distraitement le reflet des flammes et de l'aune du jour sur les plumes de l'oiseau.

- Je te le demande une dernière fois. Tu es prête à te lier à moi pendant trois ans ? Prête à m’obéir au doigt et à l’œil sans moufter ? A me suivre sur une route jalonnée de carrefours où tu risqueras de perdre la vie ? Réfléchis bien. Est-ce que tu es prête à prendre ce risque ?

Encore ? Songea-t-elle. Peut-être que ce serait vraiment la dernière fois qu'il lui demanderait, parce que cela commençait vraiment à être agaçant. Elle braqua ses yeux dans ceux de son maître, tâcha d'y mettre toute la volonté qui la faisait se mouvoir ; volonté floue et sans origines.

- Ce que je peux promettre, répondit-elle, c'est de te suivre. J'ai pas l'habitude d'obéir. Peut-être que des fois j'obéirai pas, j'sais pas. Mais je peux te suivre pendant trois ans. Je te suivrai aussi longtemps qu'il le faudra.

Elle esquissa un sourire en coin, un brin moqueuse.

- Et toi, t'es prêt à me supporter pendant trois ans ? Parce que t'as l'air mal parti, tu sais.

Un air surpris et incertain se peignit sur son visage quand Gil tendit la main. Attendant sans doute quelque chose d'elle, sans qu'elle soit sûre de quoi. Ce serait sans doute à une de ses plus grandes difficultés – comprendre autrui. Communiquer avec. Ne plus ressembler à un animal sauvage qui vous dévisage du haut de son arbre, vaguement curieux, un brin méfiant, qui n'a pas envie de vous parler.

Les gestes empreints d'hésitation, elle se leva, gardant son albatros contre elle comme elle tiendrait un doudou, ou un ami par la main au milieu d'un océan d'incertitudes et d'inconnus ; et saisit la main tendue.

Rechignant à admettre ouvertement qu'elle était telle une enfant dans le domaine des relations sociales, elle garda son air nonchalant, un peu moqueur, ses yeux pâles dans les gris qui lui faisaient face.

Alors, songea-t-elle, que vas-tu me proposer maintenant dans l'espoir de me faire fuir ?


[désolé pour le retard argh]

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Jeu 27 Déc 2018, 12:15

Cette fois, quand Neige abandonna sa main dans la sienne, Gil eut la certitude absolue qu’elle n’allait pas le lâcher pendant ces trois prochaines années… et que la réciproque était vraie. Quelques secondes s’envolèrent dans le silence du matin, une petite éternité qui scella le plus simplement du monde cette nouvelle complicité extraordinaire ; puis l’envoleur reprit sa main, qu’il fourra machinalement dans sa poche, et désigna du menton le sac ouvert à ses pieds.

- Mange un morceau mais pas trop : c’est juste pour avoir de l’énergie à brûler. Bois de l’eau. Et rejoins-moi quand tu seras prête.

La journée débuta par de la course d’endurance, et déjà quelques changements liés à cette cohésion toute neuve entre les deux lascars se faisaient sentir : alors que la veille Gil s’était contenté de guider Neige juché sur sa jument, il laissa celle-ci au campement, dans le bosquet, pour adopter une foulée tranquille et courir à ses côtés. Il était en réalité très légèrement en arrière par rapport à elle, parce qu’il souhaitait qu’elle impose son propre rythme. C’était essentiel : pour gagner en endurance, elle devait bien connaître ses propres limites car c’étaient elles qu’il lui faudrait repousser. Chaque jour. Pendant trois ans. Ils coururent ainsi pendant une heure, sans autre bruit que celui de leur souffle et du claquement de leurs talons sur le sol. Ensuite, Gil astreignit Neige a des exercices d’étirements, d’assouplissements et de musculation qui la laissèrent pantelante… et revigorée. Parce qu’il ne cessait de l’observer afin de déceler des signes de fatigue ou de gêne, parce qu’il apprenait à la découvrir avec cette touchante curiosité qu’il s’efforçait de dissimuler derrière son air éternellement bougon, Gil s’étonnait de cette fougue qui animait la jeune fille et offrait un tel contraste avec son apparence fragile ; elle semblait s’abreuver de son entraînement à chaque instant en dépit de la difficulté.

Il la laissa faire sa toilette dans le minuscule ruisseau qui courait le long du bosquet, et aussi déguster un petit-déjeuner plus conséquent, puis ils reprirent la route en prenant la direction du sud. Le gris tourmenté du ciel et les incursions passagères du soleil promettait un temps incertain mais au moins, il ne faisait pas froid ; Gil portait simplement son tabard de cuir sur sa peau nue, repoussant le moment où il n’aurait d’autre choix que de s’affubler d’une chemise en dessous pour rester au chaud. Moins il portait de tissu, mieux il se portait ! Il chevauchait Chante-Brume qui avançait au pas, Neige marchait à son côté et le piaf décrivait des cercles au-dessus d’eux. Au bout d’un moment, Gil mit pied à terre et ôta ses fontes de la selle de la jument. Il demanda à Neige de prendre sa place et prit le temps d’ajuster les étriers à sa taille. Il était temps qu’elle lui montre ce qu’elle valait sur le dos d’un cheval, puisqu’ils étaient partis pour un voyage assez long !

- Tu as déjà monté ou c’est ton baptême ? voulut-il savoir tandis que Chante-Brume mâchait placidement une feuille de pissenlit.



[Pas grave, j'ai tardé aussi, je n'avais pas vu ta réponse ^^]

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Jeu 27 Déc 2018, 22:37

Neige se fit docile, piocha de quoi grignoter dans le sac, se désaltéra, et sans se plaindre entama la course d'endurance imposée. Elle sentait les courbatures de la veille tirer sur les muscles qui n'avaient jusque là que peu sollicités par l'escalade mais, comme au début de ses ascensions, elle trouvait la sensation presque agréable. Sentir son corps jouer sous l'effort signifiait qu'elle apprenait, et c'était dans ce but qu'elle était venue.

Elle eut quelques difficultés à trouver un rythme qui lui convenait ; finit par adopter une foulée légère pour l'instant assez lente, s'efforçant de se rappeler que courir n'était pas grimper, qu'une course sur la durée n'était pas fuir, et qu'elle ne devait pas laisser sa vie tourner autour de ces faits.

Et en courant elle regardait autour d'elle, l'horizon et sa lumière, sentait son souffle dans sa gorge rouler puis s'enfuir loin d'elle, le choc du sol sous ses pas, la fraîcheur qui frappait son visage ; tentait tantôt d'accélérer ou de ralentir pour trouver ce qui était le plus aisé,

Il était plus confortable de se concentrer sur cela que sur l'idée que son maître était derrière elle ; lui déplaisait le sentiment qu'on la suivait, même si elle entendait ici que ce n'était pas dans le même but que les rebuts de taverne. Elle s'imaginait parfois sentir son regard sur elle et, habituellement solitaire, n'y goûtait que peu.

Elle préféra ainsi la séance d'exercices qui suivit où, s'il l'observait, ce n'était pas dans son dos. S'étirant vers le ciel, avec un air d'innocence enfantin, elle s'imagina le toucher un jour ; au moins le frôler. L'idée l'amusa. Elle sentait également moins de tension avec Gil, qui s'était acharné à l'inciter à partir, et elle appréciait ce calme nouveau aux allures de solitude.

Neige avait l'habitude d'être seule, seule avec son albatros ; peut-être pouvait-on être seuls à trois.

Bien qu'appréciait les exercices auxquels elle se soumettait sans rébellion, elle fut heureuse de pouvoir enfin se laver un peu.

Retirant ses habits sans prêter attention à si on l'observait ou non, peu pudique, elle s'efforça de s'immerger dans le fin cours d'eau, souhaitant se débarrasser de la sueur qui roulait encore sur sa peau, et soulager ses muscles brûlants. Elle observa brièvement sa figure au nez cassé, à la joue rayée par une quelconque branche de la veille, sa masse blanche qui tombait sur ses épaules et se trouva des airs d'esprit des eaux.

Elle ne s'attarda pas, sortit bien vite pour se rhabiller sans daigner s'offusquer de l'eau alourdissant alors ses vêtements. Elle se sentait vivifiée par sa brève baignade et mangea avec appétit, curieuse sur ce qui l'attendait mais sans poser de questions pour autant.

L'air plus calme que la veille, Cime semblait observer les environs, un peu dédaigneux des activités humaines tout en restant non loin de sa maîtresse, tantôt volant, tantôt, se perchant brièvement sur son épaule avant de repartir. Il ne se plaignait pas plus que Neige de la marche à laquelle elle s'adonnait ainsi.

Perdue dans ses propres pensées, elle s'arrêta et fixa avec curiosité Gil lorsqu'il cessa sa chevauchée. Elle se jucha sur sa demande sur l'animal, appréciant la chaleur qui s'en émanait.

- Tu as déjà monté ou c’est ton baptême ? 

Neige effleura le cou de la jument, à la limite de l'émerveillement. Voilà un cheval bien loin des canassons de la ferme qu'elle avait eu l'habitude de côtoyer et qui, bien qu'affectueux à son égard, étaient destinés aux champs et non à la montée – principalement.

- Je suis déjà montée à cheval... Mais brièvement. C'était un cheval de ferme. Il était pas destiné à chevaucher. J'ai juste fait des tours dans la cour de l'exploitation.

Elle passa les doigts dans la crinière, en apprécia le toucher plus agréable que ceux de sa ferme.

- Je pense qu'on peut considérer ce moment comme baptême, finalement.

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Ven 28 Déc 2018, 19:16

Gil n’écoutait Neige que d’une oreille distraite. Il observait pensivement la plaine, son attention attirée par une ombre. Il finit par hausser les épaules et tourna la tête vers la jeune fille qui babillait. Un baptême ? Il avait deviné, oui, à sa façon de se tenir en selle, et puis un cavalier aguerri n’aurait pas laissé quelqu’un d’autre régler les étriers à sa place. Il soupira. Bon.

- Tiens-toi droite… droite, j’ai dit, pas « raide » ! Décontracte-toi. Voilà. Les poignets souples, les talons bas… c’est ça.

Chante-Brume agita une oreille et fit un pas innocent, cherchant à atteindre une touffe de menthe poivrée qui lui semblait fort délicieuse.

- Oublie ça, grogna Gil à son attention, ou bien je me trouve une jument plus svelte et aussi plus sage.

Elle s’immobilisa comme par magie. Un creux de sourire dans la joue, Gil secoua la tête, puis il expliqua à Neige comment tenir les rênes et comment faire avancer Chante-Brume à son gré. Pendant que la cavalière et la jument faisaient quelques pas, Gil plaça leurs sacs de façon à délimiter un périmètre, ou plutôt à constituer des repères.

- Enfer, redresse-toi, on dirait une mamie sur son âne… En dedans, les genoux. Plus bas, les talons. Mouais. Allez, tourne dans ma direction. Eloigne ta main et utilise ton assiette pour faire comprendre à Chante-Brume où tu veux aller.

La jument était docile, c’était une chance ; au souvenir d’Esbroufe, Gil laissa filer un léger ricanement. Cette vieille carne aurait flanqué Neige par terre en moins d’une minute. Chante-Brume était une vraie douceur, même si un éclat malicieux brillait dans son regard. En réalité elle n’était têtue qu’avec lui, celui qui lui plaisait bien, quelque part. Pour l’heure, les mains dans les poches de son pantalon, son tabard ouvert sur sa poitrine musclée et marbrée de cicatrices, il se contentait de les regarder évoluer d’un air placide. On aurait pu croire qu’il s’emmerdait s’il ne dispensait pas la jeune fille de quelques conseils marmonnés. Il ne la lâchait pas des yeux, à l’affût d’un défaut de posture ou d’une erreur de signaux pour sa monture ; son exigence était toutefois à la mesure des attentes de Neige, cela ne faisait aucun doute. Elle était là pour apprendre et elle ne perdait pas une miette de cette leçon d’équitation. Alors, quand elle fut plus à l’aise, il la fit passer au trot. Il lui fallut une patience énorme et sans faille pour rétablir sa posture et surtout son assiette, déstabilisée par les cahots de cette nouvelle allure, mais au terme d’une heure il estima que la demi-portion savait enfin monter. C’était une grande débutante, toutefois le baptême était soldé.

- Nan, reste en selle, dit-il en la voyant amorcer le geste de descendre.

Il fixa quelques sacs à la selle et prit les deux derniers en travers de ses larges épaules.

- Allez, on y va.

Ils reprirent la route, lui à pied, elle à cheval. C’était primordial si elle souhaitait progresser. Vers midi, ils firent une courte halte dans une carrière de pierres désaffectée. C’est ce qui intrigua Gil ; certes la population n’était pas foule dans cette partie de l’empire, mais le peu d’exploitations était correctement entretenu par des paysans consciencieux et soucieux de pourvoir à leurs besoins quand l’Empereur était occupé à jouer à la guerre avec les Raïs… Cette carrière était en outre dans un état d’abandon précipité qui alerta l’envoleur.

- En selle, souffla-t-il à Neige. Vite.

A peine s’était-elle exécutée que des galeries délaissées par les mineurs jaillirent des homes et des femmes à l’aspect aussi sauvage que teigneux. Des pillards ! Gil laissa échapper un juron entre ses dents. Il donna une claque vigoureuse sur la croupe de Chante-Brume, qui s’élança et emporta Neige à l’écart de l’agitation, puis il roula au sol pour éviter une flèche. Quelques traits fusèrent en direction de sa jument qui s’éloignait avec son élève. Agacé, il se redressa et utilisa l’élan de son premier adversaire pour le désarmer. Celui-ci n’était pas encore tombé, le bras brisé en de multiples endroits, que son cimeterre fendait l’air ; il transperça l’archer au niveau de la poitrine. Gil avait déjà porté son attention ailleurs. Ses assaillants n’étaient pas très fins mais ils avaient compris deux choses : il était un guerrier redoutable dont il fallait se débarrasser rapidement… et la fille qui avait pris la fuite était une débutante. Deux groupes se formèrent. Gil se mit en colère en voyant quelques bandits enfourcher leurs montures et s’élancer sur les traces de Neige. Personne n’a le droit de foutre une rouste à la demi-portion, à part moi ! Alors qu’il n’avait fait qu’esquiver souplement les attaques grossières de ses ennemis, ses mouvements changèrent d’un seul coup. De passif, il devint dangereux. De rapide, il devint insaisissable. Ses gestes étaient flous quand il pivota pour envoyer son coude exploser un nez, puis son talon briser une mâchoire. Il n’avait pas dégainé ses lames. Son arme principale était son corps et sans jamais offrir la moindre prise valable ni la plus petite ouverture à ses adversaires, il fit un véritable carnage.

Dès qu’il le put, il attrapa l’arc et le carquois de l’archer qu’il avait tué au début de l’escarmouche, puis il bondit sur le dos d’un cheval et le lança au galop à travers la plaine. Il aperçut Neige qui s’accrochait comme elle le pouvait à la crinière de Chante-Brume afin de rester en selle. Sacrée façon d’apprendre à galoper ! Il talonna sa propre monture, un petit cheval racé et rapide, probablement volé. Il était encore loin des pillards quand il banda son arc. Viser et tirer en tenant compte des mouvements du cheval, de sa vitesse et de celle de sa cible relevait pratiquement de la chance… chacune des flèches qu’il tira se planta toutefois là où il le désirait. Il ne resta bientôt plus que trois hommes à la poursuite de Neige. Chante-Brume, déjà épuisée par une matinée de chevauchée, ralentissait l’allure. Il fallait faire vite. Gil tendit la main dans son dos et jura en refermant les doigts sur du vide : plus de flèches ! Dans un grognement sourd, il passa l’arc en bandoulière afin de libérer ses mains, lâcha les rênes en passant entre les deux cavaliers qu’il poursuivait et écarta les bras. Du dos de ses poignets jaillirent deux aiguilles de métal qui se fichèrent dans la gorge des pillards. Ils s’effondrèrent, effrayant leurs montures qui prirent le large à bride abattue.

Gil vit alors volter sa monture, vida des étriers et bondit sur le dernier cavalier. Ils roulèrent au sol. L’acier étincela dans la lumière du soleil, entama le cuir du tabard de l’envoleur, vola dans les airs… le poing de Gil s’abattit sur le visage de l’homme et le plongea dans l’inconscience. Le silence revint dans la plaine. C’était terminé. Tranquillement, Gil se redressa et épousseta ses vêtements. Il émit un son avec sa langue en découvrant les dégâts sur son tabard et pour la peine, flanqua un coup de pied dans le ventre du pillard. C’était un cadeau, pauvre tâche… Il leva la tête en entendant un bruit de sabot ; Chante-Brume revenait avec Neige. Il attendit qu’elle soit à portée de voix pour lui expliquer la suite : ils allaient retourner à la carrière en embarquant ce type, récupérer leurs affaires, et…

- … tu achèveras cet épisode toi-même.


*


La paume de la main s’abattit avec force sur la joue du bandit. Une fois, puis deux. A la troisième tentative, il ouvrit enfin un œil tuméfié.

- Debout, belle endormie, lâcha Gil en se redressant.

Il tendit le bras, pointant du doigt une direction que le pillard ahuri suivit des yeux. Non, pas une direction… une personne. La gamine aux cheveux blancs, celle qu’il avait poursuivie, persuadé de pouvoir la rattraper pour s’amuser un peu avant de détrousser et de prendre le large avec ses comparses.

- Elle est à toi.
- Hein ??
- Elle est à toi,
répéta Gil en fourrant les mains dans ses poches. Si tu parviens à gagner ce combat, tu pourras te tirer, je ne te poursuivrai pas.
- Je… j’suis blessé,
tenta l’homme en désignant le sang qui avait séché sur son menton.
- Et alors ? C’est qu’une gosse.

Le pillard reporta son attention sur la fille. Une gosse, oui, qui l’observait calmement… mais n’avait-il pas pensé la même chose tout à l’heure ? Et ne s’était-il pas dit aussi qu’il ne s’agissait « que d’un voyageur égaré » en apercevant ce type au tabard ? Le doute fusa, trop prégnant pour être ignoré.

- Et… si je refuse ?
- Je te tue.


D’un geste vif, Gil dégaina un poignard qu’il fit tournoyer entre ses doigts. Un battement de cils, c’est tout le temps que dura l’action ; quand le pillard réalisa il était trop tard, le fil de la lame glissait le long de sa gorge… elle ne fit que l’effleurer. Les yeux vairons du type étaient plantés dans les siens.

- Dernière chance… que choisis-tu ?
- C’est bon, je vais… je vais combattre.
- Bien.


Le poignard dansa à nouveau et disparut dans la manche de l’homme, qui se redressa et s’éloigna. Le bandit se mit sur ses jambes avec incertitude. Lui laissait-il réellement l’opportunité d’affronter cette gamine ?

- Pas d’arme, annonça Gil en s’appuyant contre le mur de pierre de la carrière, bras croisés sur la poitrine. Mais tous les coups sont permis.

Il regarda Neige. Difficile de déchiffrer ce qui brillait dans son regard bleuté. Il haussa un sourcil et, d’un geste du menton, désigna l’homme qui avait fléchi les genoux, prêt à défendre chèrement sa vie. C’était un bon combattant mais, pour Gil, l’issue du combat se dessinait déjà.

Allez, demi-portion ! C’est à toi de jouer maintenant.

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Neige Mecedora
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Ven 28 Déc 2018, 23:09

Neige se laissa initier à l'équitation en se contentant de lever de temps en temps les yeux au ciel, irritée par le ton employé sans toutefois le relever. Elle s'agitait de temps en temps, cherchant comme être au plus confortable sans pour autant déroger aux indications données, essayant de se familiariser avec sa monture, dont elle effleurait parfois le long cou ou la crinière, toujours ravie par le contact avec l'animal.

Les nouvelles sensations lui plaisaient ; celle de chevaucher, de gagner de cette façon de la hauteur, la chaleur du cheval et sa proximité. La leçon, également. Bien que prompte à mimer l'exaspération, voire à tirer la langue au cas où cela pourrait l'agaçait à son tour, elle gravait chaque mot dans sa mémoire, chaque esquisse de geste dans son corps.

Elle avait dû batailler pour qu'il l'accepte comme élève, et elle tenait à se montrer à la hauteur. Tirant sur les rênes sur commande de Gil, elle jeta un œil curieux à son torse couvert de cicatrices, s'interrogeant sur leur provenance, et se demandant également si elle finirait avec autant de muscles. Sans relever pour autant, elle esquissa un sourire en s'imaginant passer de gracile à fortement musclée. Voilà qui ne lui siérait que peu, et la rendrait bien moins discrète.

Si aller au pas lui plut, elle goûta bien moins au trot, qui la secouait beaucoup plus, l'obligeant à revisiter sa posture, sa façon de s'accorder à la monture. Même au terme de l'heure, quand son maître sembla satisfait, elle resta sur l'idée que, décidément, le trot restait inconfortable. Elle n'aurait cependant pas refusé d'essayer le galop mais il parût qu'il n'était pas encore temps pour cela.

Mais, comme à son habitude, elle ne dit rien, restant dans l'attente. Elle ne se plaignit pas de rester à cheval, même si elle se doutait que certains de ses muscles allaient encore s'en plaindre. Le doux balancement du pas, la chaleur de l'animal lui étaient agréables, et cela la changeait de la marche. Cime, qui finit par revenir contre elle, sembla également apprécier l'expérience.

S'arrêtant dans une carrière de pierre, Neige se laissa glisser du dos du cheval, observant les alentours afin de voir si elle reconnaissait l'endroit. Elle n'était jamais passée de ce côté-là des Dentelles Vives, mais...

L'ordre de Gil la fit réagir aussitôt. Se retournant vers Chante-Brume, elle se jucha sur la selle malgré sa taille et sa maladresse de débutante. Apercevant la foule de pillards surgissant, un cri bref de surprise lui échappa, et elle s'en maudit aussitôt. Ses yeux planèrent sur cette houle mouvante qu'elle n'avait jamais eu l'occasion de croiser mais qui nourrissait bien des histoires d'horreur pour les enfants à table, le soir, dans l'obscurité aux lanternes de l'exploitation familiale.

Différents des simples gens, des aisés comme des braillards de taverne. Elle n'eut pas le temps de s'attarder dessus, la jument partait au galop suite à l'intervention de l'envoleur, Cime s'envolant avec un cri de fureur. Elle qui cherchait justement à essayer ce rythme... Se plaquant d'instinct contre l'encolure afin de ne pas laisser trop de résistance au vent, elle ne put s'empêcher de se retourner.

Elle vit les flèches en sa direction, elle vit surtout son maître en pleine action. Les yeux écarquillés par l'admiration, elle tentait de suivre ses mouvements, ses gestes, plus concentrés sur son esquisse de danse mortelle que sur sa propre vie.

Un éclair de colère traversa son regard quand elle s'aperçut qu'elle se faisait poursuivre. Bien que débutante en combat, elle glissa la main à sa ceinture et en sortit un de ses poignards – celui qu'elle s'était acheté à Al-Chen. Destinée à mourir ou non, elle ne le ferait pas en s'offrant aux armes bras grands ouverts.

Cela ne l'empêcha pas de continuer à observer son maître, toujours plus admirative. Ça. C'était donc de cela dont parlait la mercenaire qui l'avait interceptée sur les toits de la ville. Et sans armes qui plus est.

Son attention se reporta sur les pillards à sa suite, sa main se resserra sur le manche de sa lame, déterminée. Elle en vit trois tomber, une flèche ficher dans le corps, ne s'en étonna même pas. Ce qui suivit, cependant, l'aurait figée de stupeur si elle n'était pas accrochée au dos de la jument.

Bien que loin, bien que la vision floutée par le paysage défilant au rythme effréné du galop, elle vit distinctement l'arc être mis en bandoulière et les reflets métalliques qui, semblant surgir du prolongement des bras de Gil, mettre à terre deux autres des pillards.

Neige était quasiment sûre que ce n'était pas quelque chose de normal ; cela aurait été des lames qu'il aurait lancé, ses bras se seraient pliés, n'est-ce pas ? La surprise de la découverte augmenta son rythme cardiaque, déjà affolé par l'adrénaline.

Elle finit par se redresser à moitié, incitant la jument à ralentir, pour détailler avec cette avidité de connaissances, son maître plonger dans l'inconscience – ou tuer ? Elle n'en avait que faire – le dernier des pillards. Tirant légèrement sur les rênes, comme elle avait appris, elle revint vers lui, les yeux brillants.

Elle aurait peut-être dû être effrayée et sentait pourtant le battement de son sang dans ses tempes, son souffle coupé par l'admiration qu'elle tenta de refouler, fière et têtue. Pouvait-elle, au terme de ces trois ans, devenir comme lui ? Elle en sentait la brûlante envie pulser dans ses veines.

La phrase finale de son maître, cependant, doucha son adrénaline et lui fit froncer les sourcils.

- … tu achèveras cet épisode toi-même.

Que voulait-il dire par « achever » ?

Elle le suivit cependant, glissant à nouveau en bas de Chante-Brume, effleurant son encolure au passage, comme un bref remerciement pour l'avoir mise hors de portée. Cime piaillant dans les hauteurs, elle se posta non loin de Gil, bras croisés et lame à nouveau rangée, le fixant sans s'en cacher.

Au regard ahuri du pillard, elle retourna un air ennuyé. Qui se mût en grimace d'agacement en écoutant les paroles qui suivirent. C'était quoi çà, encore ? Il voulait vraiment qu'elle l'affronte, elle qui avait davantage l'habitude de s'envoler que de croiser le fer ?

Ses yeux brillèrent néanmoins fugitivement devant le geste vif de son maître lorsqu'il dégaîna. Elle se secoua intérieurement, tentant de refouler son admiration naissance. Cet homme était agaçant, silencieux, buté, elle n'allait pas lui accorder son admiration ainsi.

Soupirant avec une nette pointe irritée, elle toisa le pillard. Devait-elle le tuer, ou simplement le rendre inconscient ? Il n'avait pas précisé, elle s'estimait donc libre de choisir. Tuer quelqu'un qui n'aurait pas hésité à lui faire la même chose ne l'émeuvait pas, mais elle jeta tout de même un regard ennuyé à son maître.

Par Merwyn, j'ai pas l'habitude de combattre, moi ! Et hors de question que je me défile.


Promenant le regard autour d'elle pour mieux situer l'endroit où elle allait devoir combattre, elle s'attarda à nouveau sur son maître. Son premier vrai contact humain depuis bien, bien des années, qui influencerait certainement son propre caractère et surtout sa relation aux autres ; le devinait-il ? Du peu qu'elle savait de lui, elle aurait jugé que, si oui, peu lui en importait.

Elle reporta son attention sur l'homme qui lui faisait face, le scruta sans tendresse ou compassion. Elle connaissait suffisamment les hommes pour savoir ce qu'elle aurait donné, tombée entre leurs mains ; et elle savait tout aussi pertinemment qu'elle ne savait pas se battre. Des croisements d'acier dans des ruelles ne comptait pas, pour elle, comme de véritable combats ; pas si elle se comparait aux exploits de son maître. Et encore moins si elle était désarmée, bien qu'il le soit aussi.

Il avait beau être amoché, cela restait un adversaire, et elle se doutait tout de même que Gil n'avait pas décidé de se débarrasser d'elle de cette façon. Il n'avait plus l'air de vouloir se dégager de la responsabilité qu'elle représentait.

Donc, songea-t-elle en imitant la position de son adversaire par curiosité, cela signifiait qu'elle était capable de le vaincre, n'est-ce pas ? Si elle n'excellait aucunement au combat, éternelle fuyarde, elle se savait douée dans d'autres domaines. Elle était souple, musclée par la montagne, elle était rapide, corps frêle et pâle qui se dérobe. Elle pinça les lèvres, se demanda si faire appel à Cime serait mal vu par Gil. Dans le doute, elle décida de s'abstenir.

Elle ouvrit les mains, déterminée. L'homme était une falaise sur son chemin, et elle allait passer au-delà – comme d'habitude. Pour s'être fait mettre en morceaux par son maître, c'est qu'il était plus mauvais que lui. Que les tactiques utilisées auparavant pouvaient ici être mises à profit, à la différence près que sa vie rentrait en jeu.

Neige n'attachait que peu d'importance à cette idée. Son objectif était de franchir l'obstacle, pas de se ménager. Elle allait tâcher de prendre cette leçon autant au sérieux que les précédentes – puis, songea-t-elle avec une pointe d'amusement par avance, elle l'interrogerait sur les curieux reflets d'acier qui avaient jailli de ses bras.

Apparemment lassé d'attendre une attaque ne venant pas, Neige continuant à sembler rêvasser, le pillard s'élança vers elle. Focalisée cependant sur lui, elle se laissa tomber au sol sans s'émouvoir des pierres qui s'enfoncèrent dans son dos et son crâne et releva brusquement le pied pour percuter l'homme dans le ventre.

Sollicitant ses muscles de grimpeuse, elle le rejeta avec violence, se remit sur ses pieds d'un même geste et, toujours du talon, vint percuter son nez en pivotant, amochant encore davantage son visage.

Elle ne chercha pas à pousser son bref avantage, recula d'un bond, observant avec attention le sang dégoulinant du nez cassé du pillard. Cela lui fit penser au sien, et elle sourit, au plus grand dam de son adversaire.

Bon, tuer ou pas ? s'interrogea-t-elle en bondissant à nouveau sur le côté pour échapper aux mains de l'autre. Le mettre hors de combat suffisait peut-être. Et si Gil tenait à ce qu'elle le tue, eh bien, elle le ferait.

Rêveuse, elle laissa une main vint accrocher son bras, et en réponse elle serra le poing pour l'envoyer dans la gorge offerte. Elle sentit la prise se relâcher, frappa de nouveau, du plus fort qu'elle put, au même endroit. Le regarda s'écrouler en émettant un bruit étrange, s'aperçut avec une pointe de dégoût qu'elle avait été tachée de sang. Rouge sur blanc.

Elle se tourna vers Gil, assez incertaine.

- Est-ce assez ?



[j'espère que j'ai pas rendu cela trop facile D:)

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Sam 29 Déc 2018, 12:41

Impassible, Gil regarda le pillard s’élancer vers Neige, qui n’avait toujours pas bougé. Sa posture, pâle copie de celle adoptée par le bandit, était grotesque mais quand elle réagit, il distingua ce que l’homme ne vit pas : une franche audace, à la limite du culot, doublée d’une pincée de détermination absolue. Le nez du pillard explosa. Inélégant mais efficace, songea Gil en plissant les yeux. Il observait chaque geste, notait le moindre défaut et concevait déjà des heures et des heures d’entraînement pour gommer chacun d’entre eux. Il vit passer l’hésitation dans le regard si bleu de la jeune fille et choisit de ne pas intervenir : elle devait apprendre à faire ses propres choix. Il allait la former, non pas la pouponner pendant trois ans ! L’homme finit par s’écraser au sol dans un râle de douleur ignoble. Pas une seule fois il n’avait mis Neige en danger. Celle-ci lui retourna un regard inquisiteur.

- Est-ce assez ?
- Il faudra bien s’en contenter, oui.


Il se détacha de son rocher et lui fit signe de le suivre. Attendait-elle des compliments de sa part ? Si c’était le cas, autant qu’elle s’arme de patience ! Il n’en lâcherait probablement pas plus de trois dans toute sa formation ! Ce n’était pas son genre. Il dissimulait ses émotions non par pudeur mais par habitude : la vie lui avait trop souvent joué de sales tours quand il s’était laissé aller à cette faiblesse…  Neige avait accompli cet exercice, d’accord. Mais ce n’était qu’une façon de démontrer à quel point elle avait besoin de travailler. Il ouvrait déjà la bouche pour lui dresser la liste de ce qui n’avait pas été bon dans son combat, quand un mouvement, à la limite de son champ de vision, attira son attention. Et tout se déroula au ralenti, mais en moins de cinq secondes, étonnant contraste lié en grande partie à la vitesse de réaction de l’envoleur. L’homme à terre était parvenu à dégager son bras et à armer une petite arbalète de poignet. Le carreau fendit l’air, droit vers la tête de Neige. A cette distance, comment espérer l’éviter ? Gil ne se perdit pas dans cet espoir illusoire. Il pivota, son bras droit enveloppant son élève dans le même mouvement pour la faire passer dans son dos tandis que le gauche dégainait l’une de ses courtes lames jumelles et se redressait devant son visage, déviant le tir à l’ultime instant. Dans celui qui s’ensuivit, le pillard ouvrit la bouche pour crier mais il n’en eut pas le temps : l’épée de Gil se ficha profondément entre ses deux yeux.

- Voilà. Maintenant, c’est assez.

Sans paraître ni choqué ni en colère, Gil avança jusqu’au pillard, posa son pied sur sa poitrine pour déloger son arme qu’il nettoya sur les vêtements du mort, puis il la rengaina d’un geste vif et s’éloigna.

Tranquillement.


*


- Il y aura toujours plus fort que toi.

C’étaient les premiers mots que Gil lâchait depuis l’épisode de la carrière. Après avoir récupéré quelques pièces intéressantes dans les affaires des pillards, les deux compagnons avaient repris la route, Gil sur Chante-Brume, Neige sur le petit cheval qu’il avait monté pour prendre en chasse les hommes qui l’avait poursuivie. Ils en avaient gardé un troisième qui portait quelques sacs et que Gil espérait vendre quand ils atteindraient Al-Vor. Après avoir chevauché dans le plus grand des silences, ils avaient dressé leur camp à l’abri d’un éboulis de rochers dans le creux d’un vallon. Gil avait laissé Neige s’occuper des chevaux ; il lui avait montré comment faire et l’avait laissée se débrouiller. Il devinait qu’elle avait quelques questions, mais il avait attendu d’être disposé à y répondre, conscient de la frustration que son silence générait… et aussi de l’importance des réponses qui étaient attendues. Alors qu’un bon feu ronflait devant eux, il avait pris la parole de sa voix grave, et il attendit que le regard attentif de Neige se pose sur lui pour continuer :

- C’est comme ça. Les mercenaires du Chaos ne sont pas les guerriers les plus redoutables de ce monde. Il y aura toujours plus fort que toi, demi-portion… et c’est pourquoi il faudra toujours te surpasser. Un ennemi qui dort est un ennemi qui peut se réveiller. Un ennemi mort n’est plus rien du tout.

Il faisait référence à ce qu’il s’était passé un peu plus tôt. Bien sûr, il ne reprochait pas à Neige d’avoir hésité sur la marche à suivre quand il avait été volontairement flou dans ses consignes : ce genre d’expérience n’était valable que s’il était vécu.

- Ne sous-estime jamais ton adversaire, surtout pas quand il semble être vaincu où s’il te paraît moins fort. C’est l’erreur que ce pillard a commise avec toi.

Gil étira ses bras au-dessus de sa tête. Il fallait l’admettre : il s’était amusé, avec ces types. Ce genre d’imprévu était tout ce qu’il aimait dans les voyages, même s’il râlait généralement pour la forme. Il jeta un coup d’œil curieux en direction de la jeune fille. Elle ne lui avait pas donné l’impression d’avoir eu peur, mais il se demandait si elle avait apprécié cette aventure périlleuse. Quand lui-même était l’apprenti de Seren, il avait passé ses journées à manquer de se faire tuer au moins une demi-douzaine de fois entre le lever et le coucher du soleil ! A l’époque, ça l’avait mis dans tous ses états et il avait réellement envisagé d’assassiner son maître. Et puis il avait grandi, et entraîné dans son sillage quelques apprentis dont Kaünis et Syles… les mettre en danger était devenu un passe-temps follement agréable. A présent qu’il se savait lié à Neige, il comptait bien lui en faire baver ! Ne lui avait-elle pas prouvé qu’elle était prête à se débrouiller ?

- Allez, crache le morceau, maintenant : pourquoi t’es venue au Domaine ? Qu’est-ce que tu attends de cette formation ?

Elle avait des questions, mais lui aussi ! Il répondrait (peut-être) aux siennes si elle lui offrait des réponses intéressantes. Les mains croisées derrière la nuque, une jambe repliée, l’autre tendue de sorte que sa botte pouvait agiter un peu les braises de leur feu, Gil observait Neige avec attention.

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Sam 29 Déc 2018, 16:57

- Il faudra bien s’en contenter, oui.

Tout comme, elle le devina, elle devrait se contenter de cette remarque. Pas étonnée le moins du monde pour autant, elle rejeta derrière ses oreilles quelques mèches blanches qui avaient échappées à son ruban rouge. Compliment ou non, elle s'accorda un peu de satisfaction. Certes, le pillard avait déjà été bien amoché, elle faisait menue et fragile, ce qui m'encourageait guère à la méfiance, mais elle s'en était quand même défait.

Il allait falloir qu'elle cesse de fuir les combats, songea-t-elle en rejoignant son maître, si elle voulait progresser. Pas seulement pour sa formation, mais pour son objectif. Fuyarde par nature, non pas par peur mais par ennui, il faudrait bien qu'elle finisse par mettre sa vie en jeu pour donner de l'intérêt à ses actes.

Elle y pensait quand tout sembla basculer. Elle entraperçut le carreau en sa direction, se sentit poussée en arrière, en sûreté ; son regard clair vit distinctement l'acier dévier le trait, le reflet métallique qui acheva l'homme. Cœur battant sous la bouffée d'adrénaline, elle ne pipa mot, ne s'attarda pas sur l'idée que le tir lui était destiné. Deux coup de poing dans la gorge, il ne pouvait pas rester étourdi, celui-là ? C'était que les coups qu'elle avait porté étaient insuffisant, nota-t-elle froidement.

- Voilà. Maintenant, c’est assez.

Ne laissant transparaître ni dégoût ni effroi à la vue du mort, cadavres parmi d'autres autour d'eux, elle hocha simplement la tête.

- Je vois.

Elle avait parfaitement compris.

Laisser la possibilité qu'on la tue était proscrite. Il faudra bien qu'un jour elle soit la première à frapper.

*

- Il y aura toujours plus fort que toi.

Jusqu'alors concentrée sur les flammes dansantes et le craquement du bois, Neige leva les yeux.

- J'avais cru remarquer, lâcha-t-elle avec une pointe de sarcasme ; elle savait bien qu'elle était inférieure à beaucoup dans le combat, et que cela resterait ainsi pendant longtemps – toujours ? Qu’est-ce qui déterminait la force, au final ?

Tout comme elle se doutait que ce n'était pas essentiellement en référence à ce combat que son maître faisait référence.

Sa main frôla les plumes de son albatros, qui l'avait rejoint à son habitude. Décidément, pensa-t-elle en se remémorant les soins apportés aux chevaux, elle appréciait les animaux. Ils avaient leur caractère, n'exigeaient rien d'incroyable d'elle, ne parlaient pas pendant des heures et pouvaient se montrer affectueux.

Ses quelques réminiscences des soins aux chevaux qu'elle avait pu apporter lorsqu'elle s'ennuyait dans l'exploitation agricole familiale l'avaient aidée à s'occuper des bêtes, couplé à ce que lui avait montré Gil. Bêtes qui ne semblaient déprécier sa présence, par ailleurs. Elle était d'un naturel calme et silencieux, après tout.

Les animaux ne parlent pas, songea-t-elle avec une pointe d'amusement. Son maître était-il seulement à moitié humain ?

- C’est comme ça. Les mercenaires du Chaos ne sont pas les guerriers les plus redoutables de ce monde. Il y aura toujours plus fort que toi, demi-portion… et c’est pourquoi il faudra toujours te surpasser. Un ennemi qui dort est un ennemi qui peut se réveiller. Un ennemi mort n’est plus rien du tout.

Des ennemis, réfléchit-elle en laissant Cime déployer ses ailes pour les détendre. Elle finirait par s'en faire, elle finirait par en rencontrer. D'ennemis personnels à d'autres, plus indistincts, comme ce pillard. Elle devra tuer un jour et si elle n'avait pas forcément hâte, sa vague conception du bien et du mal la laissait indifférente à ce sujet.

Les mercenaires du Chaos ne sont pas les guerriers les plus redoutables... Existait-il un guerrier absolu qui surpasserait forcément tous les autres ? Probablement pas.

- Ne sous-estime jamais ton adversaire, surtout pas quand il semble être vaincu où s’il te paraît moins fort. C’est l’erreur que ce pillard a commise avec toi.

Yeux clairs, peau blanche, cheveux de neige et menue stature, elle avait tout de la proie plutôt que du prédateur, contrepoint à son maître ou même ce semblant de guerrier que fut le pillard. Elle se souvenait de la surprise dans les yeux des hommes qui avaient tenté de l’approcher de trop près et s'étaient retrouvés menacés d'une lame avant qu'elle ne s'envole hors de portée.

Ce genre de querelle qu'ils venaient d'affronter, bien plus vaste et dantesque lui était alors resté inconnu, et elle admettait volontiers que, aussi dangereux que ce fusse, cela avait été très intéressant ; intéressant, instructif et diablement excitant. L'adrénaline, le cœur qui bat, les cavaliers à sa poursuite, les reflets d'acier au soleil puis son bref combat où elle avait goûté la sensation que produisait le heurt d'un poing ou d'un pied contre un autre corps.

Elle aimait l'imprévu. Cela changeait de la monotonie à laquelle elle s'était faite durant des années.

- Allez, crache le morceau, maintenant : pourquoi t’es venue au Domaine ? Qu’est-ce que tu attends de cette formation ?

Le regard qu'elle lui jeta fut un brin narquois. Elle aussi avait ses questions, mais elle se doutait qu'elle ne les obtiendrait pas en refusant de répondre aux siennes. Effleurant le bec de Cime, elle réfléchit à comment formuler convenablement une réponse. S'il ne parlait pas beaucoup, sans doute s'attendait-il à de la concision de sa part également ?

- Je suis venue parce qu'on m'y a invitée, entama-t-elle en tâchant de ne pas paraître trop moqueuse. Plus précisément, une mercenaire sur un toit me l'a proposé. Je suis venue voir si ce qu'elle disait en valait la peine.

Bref silence.

- Elle m'a parlé des valeurs des mercenaires du Chaos. Je n'en ai que faire. Je suis ici pour apprendre à me débrouiller seule et être libre d'aller où je veux sans problème. Peut-être que je changerai d'avis. Peut-être pas. J'ai rien d'autre à faire alors je suis là parce que c'est intéressant, instructif et amusant.

Elle décroisa les jambes, s'agenouilla. Agacé par ses mouvements, l'albatros s'envola plus loin.

- Pour l'instant, disons que je pense que cela en vaut la peine, railla-t-elle. Si mes réponses te suffisent, j'aimerais te retourner la question, mais, surtout, savoir pourquoi de l'acier sort de tes bras.

Elle désigna du doigt un des membres en question et affronta du regard son maître, déterminée à avoir également ses réponses.

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Sam 29 Déc 2018, 19:38

- Je suis venue parce qu’on m’y a invitée. Plus précisément, une mercenaire sur un toit me l’a proposé.

Classique, songea Gil en remuant le bout de sa botte.

- Je suis venue voir si ce qu’elle disait en valait la peine.

Oui, c’était généralement ce qui poussait un apprenti à débarquer un beau matin, mais…

- Elle m’a parlé des valeurs des mercenaires du Chaos. Je n’en ai que faire.

Un éclat traversa le regard dépareillé de Gil. Vraiment ?

- Je suis ici pour apprendre à me débrouiller seule et être libre d’aller où je veux sans problème. Peut-être que je changerai d’avis. Peut-être pas. J’ai rien d’autre à faire alors je suis là parce que c’est intéressant, instructif et amusant.

Le sourcil gauche de Gil s’envola. Amusant ? Elle s’était amusée aujourd’hui, quand les pillards s’en étaient pris à ses biens – et à sa vie ? Décidément, cette gamine ne cessait pas de l’étonner… Un sourire dansa sur les lèvres closes de l’envoleur quand elle lui retourna ses propres questions, y ajoutant une touche de curiosité à l’encontre de ses poignets. Il frotta machinalement celui qu’elle désignait. Ce secret-là était tâché de sang, comme bien des mystères entourant le Domaine et l’Ordre du Chaos. Des gens étaient tués pour avoir osé s’en approcher d’un peu trop près. Des hommes et des femmes tuaient pour protéger ces informations… c’était ce que lui-même avait déjà fait au cours des premières années qui avaient marqué sa vie d’envoleur, au lendemain de sa foration avec Seren. Neige se doutait-elle que son maître était l’une des pires recrues du Chaos ? Pas en termes de technique, son rang de maître, auquel il avait accédé sans mal, et sa réputation au sein du Domaine ne laissait pas place au doute… non, en termes de loyauté, si l’on pouvait réellement utiliser ce terme ; combien de fois l’Ordre avait demandé son assassinat ? Et combien de fois sa tête avait-elle été mise à prix aux quatre coins de l’empire ? Lui non plus ne se souciait pas des « valeurs » des mercenaires. Sa quête était bien plus simple encore…

- Mon père était un marchombre, répondit-il sans détour. J’ai rejoint les fils du Chaos pour venger la mort de ma mère.

Nul besoin de lui faire un dessin, elle devait avoir compris. Gil n’ajouta pas que pendant des années, il avait cru avoir laissé son père mourir de ses blessures. Il n’ajouta pas non plus qu’en réalité celui-ci avait survécu, refait sa vie, eut un second fils, et que ce demi-frère avait brusquement surgi d’un passé dont il n’avait pas connu l’existence pour lui faire payer sa drôle de vie. Il ne lui raconta pas comment ce type, qui aurait pu devenir sa famille, l’avait torturé avant de lui transpercer la poitrine pour le tuer. Il ne lui dit pas non plus que son père avait utilisé sa greffe pour transférer les blessures de Gil sur sa propre personne, sacrifiant sa vie pour la sienne. Il ne lui dit pas, enfin, qu’il portait le prénom de cet homme dont le seul tort avait été de choisir une voie différente de celle son aimée. Le bracelet de cuir qui ornait son poignet gauche, ainsi que son œil brun, étaient les seules traces de ce père longtemps haï. Dans une autre histoire, sans doute aurait-il été un marchombre, parce que c’était un chemin vibrait au moins aussi fort en lui que celui qu’il parcourait depuis des années ; il aurait vécu avec Libertée et leur fille aurait grandi tranquillement…

- Pas de regret, trancha-t-il en fermant son cœur à cette vision révolue. J’y ai trouvé de l’intérêt, du savoir… et de l’amusement.

Neige attendait la suite, comment l’en blâmer ? Il s’apprêtait à lâcher un gros morceau mais n’avait-elle pas affirmé que cela en valait la peine ?

- Il y a des gens au Domaine qui arpentent l’Imagination, expliqua-t-il. Des maîtres assassins qui portent le nom de Mentaï. Ils sont capables de modifier le corps d’un homme, d’y apporter… une forme d’extension de sa personnalité. Ce n’est pas un jouet ni même un don : c’est une récompense, et elle ne se mérite qu’à la sueur d’une formation longue et difficile. Si tu survis jusque-là, tu auras peut-être l’opportunité de solliciter cette greffe…

Il l’observa encore, cette gamine si pâle et si chétive, peinant à l’imaginer affrontant un Mentaï… mais les flammes jetaient dans ses yeux des éclats si sauvages qu’il eut envie d’y croire, ne serait-ce qu’un instant. Il se redressa souplement.

- Debout. On va travailler ta garde et tes défenses, ce soir, parce que ça ne vaut pas un clou. Allez, bouge-toi !

D’un ton bourru mais avec une patience étonnante, il lui montra quelles postures adopter. Il se montrait aussi exigeant que grognon, lui faisant répéter un même mouvement plus de cent fois avant de s’estimer satisfait et de lui faire changer de bras ou de jambe, corrigeant une position en frappant précisément d’une tape sèche l’endroit trop exposé, rectifiant un mouvement en lui prouvant son inutilité, apportant toujours des éléments concrets aux indications qu’il marmonnait ; a plusieurs reprises, il exécuta lui-même ce qu’il attendait d’elle et accepta parfois de répondre à des questions purement techniques. Quelle drôle de paire ils formaient, tous les deux ! Lui, immense et bougon comme un ours mal léché, elle, minuscule et têtue comme un guerrier cochon ! La nuit s’étira ainsi jusqu’à ce que Neige trahisse des premiers signes de fatigue ; ses muscles longuement sollicités par la monte et les événements d’une journée bien remplie ternirent un peu son écoute et sa patience. Gil décida d’achever cette leçon par quelques gestes lents, empreints de puissance et de solidité. D’un geste du menton, il l’invita à calquer ses mouvements sur les siens. Etait-ce une danse ? Non. Une forme d’étirements ? Non plus. C’était indéfinissable et unique, et surtout, cela se passait de mots. La voix moqueuse de Libertée murmura qu’il copiait sa gestuelle marchombre dans son esprit. Il l’ignora avec superbe. Pas de gestuelle ni rien de tout cela.

Juste un moment de complicité, de silence et d’absolu entre la demi-portion et lui.


*

- Debout là-dedans !

D’accord, c’était mesquin, surtout après l’avoir laissée dormir une paire d’heures, mais Gil prit un immense plaisir à secouer Neige pour la réveiller. Il s’estimait magnanime pour n’avoir pas opté pour le seau d’eau… en fait, il gardait cette option pour un autre jour.

Car il y en aurait d’autres, c’était désormais sûr et certain !

- Secoue-moi cette carcasse de demi-portion et suis-moi.

De la course, encore. Longtemps.
Et encore des étirements. Longtemps.
Puis un petit-déjeuner rapidement avalé, avec une petite nouveauté ceci dit : une tasse de thé que Gil avait fait lui-même. Il songea en le sirotant que Syles aurait sans doute été fier, même si son thé était loin d’être aussi bon que celui de son sale mioche d’ancien apprenti. En réalité, depuis qu’il vivait avec Nora, Makeno et parfois Tsukia, Gil s’était mis à apprécier la cuisine ; un bien grand mot considérant qu’il n’aimait pas perdre son temps, mais quand il posa les yeux sur sa brindille d’élève, il décida de faire un effort : il fallait qu’elle mange un peu plus… Ils se mirent en route alors que le soleil enflammait l’horizon. Le spectacle était magnifique et ne faisait pas regretter un réveil aussi matinal !

- On va reprendre là où on en était hier, fit l’envoleur en plaçant Chante-Brume à côté de la monture de Neige. Ton galop était un peu… chaotique.

Et c’était un euphémisme ! Un demi-sourire creusait sa joue et nuançait le ton sec de ses propos : ce baptême du feu, comme il s’amusait à l’appeler, lui avait plu ! Alors que tout portait à croire que Neige aurait valsé tête la première au bout de deux mètres, elle avait tenu bon. Ce n’était pas rien, quand même…

- Arrête-moi si je me trompe, mais hier, en dépit du danger et de la vitesse, tu as trouvé le galop plus confortable que le trot, pas vrai ? C’est normal. Regarde. Si je reste assis comme ça, je vais chopper des crampes au bout de dix minutes. Mais si je prends appui sur les étriers, comme ça… ça me permet d’accompagner les mouvements de mon cheval. Pour le galop c’est la même chose : décontracte-toi et garde ton bassin souple. Pigé ? Allez, on y va.

La posture plus raide de Neige prouvait que son corps était dans la phase douloureuse de l’adaptation à cette nouvelle façon de voyager. Il lui faudrait encore deux ou trois jours pour s’habituer, et quelques temps encore pour se sentir complètement à l’aise sur une selle. Du pas, Gil lança Chante-Brume au trot et surveilla la position de son élève.

- Soulève-toi légèrement, rappela-t-il. Enfer, t’as le cul trop lourd ou quoi ?

Quand il la sentit capable d’accélérer, il laissa Chante-Brume filer à son rythme. La jument n’attendait que cela et bondit littéralement en avant. Toujours attentif à l’évolution de Neige, Gil plongea les doigts dans la crinière de sa compagne et se gorgea de la caresse du vent sur son visage et dans ses cheveux. Un souffle de liberté unique auquel la jeune fille, si elle était aussi réceptive qu’il le pressentait, devait goûter…

Vers midi, ils atteignirent une petite bourgade en bordure de l’immense forêt de Barail ; avisant un paysan, Gil se renseigna sur les possibilités de vendre un cheval. On lui répondit qu’ici ce n’était pas possible, mais qu’un éleveur vivant à quelques kilomètres plus au sud pouvait être intéressé. Ils traversèrent le bourg à pied, tenant leur monture par la bride, Gil réfléchissant à la meilleure option qui s’offrait à lui ; leurs ventres gargouillaient depuis deux heures, il fallait bien manger un peu. Levant le nez, il observa un instant la lisière de la forêt avant de prendre sa décision. Il fit demi-tour et retrouva l’aimable paysan qui accepta de garder ses chevaux dans son étable, et de les soigner contre une somme tout à fait honnête. Satisfait, Gil choisit quelques affaires et entraîna Neige vers les arbres. Ils croisèrent des bûcherons puis des promeneurs ; l’envoleur continua de s’enfoncer dans le sous-bois, sa démarche étonnamment souple pour quelqu’un de sa stature. Quand enfin il n’y eut plus que le silence naturel de la forêt autour d’eux, il s’arrêta dans une petite clairière. Là, il tendit l’arc récupéré sur le cadavre d’un pillard à Neige, avant de fixer le mince carquois à sa ceinture.

- Je te montre ou tu sais faire ? demanda-t-il en désignant l’arbre le plus proche.

Pas besoin de consigne, celle-ci était évidente : viser le tronc et tirer. Il devait voir de quoi elle était capable, un arc entre les mains, pour déterminer s’ils allaient manger quelque chose ou non… ! Bah, on mangera de toute façon. L’exercice était toutefois propice et il recula d’un pas pour observer la jeune fille à l’œuvre.

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Neige Mecedora
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Dim 30 Déc 2018, 19:35

Elle le fixait, par-dessus le brasier, essayant de percer le visage qui semblait armure de l'homme en face d'elle. Il attisait sa curiosité, premier humain à la côtoyer durablement depuis bien longtemps. Étaient-ils tous aussi intéressants ? Probablement pas. Nul n'avait attiré son attention quand elle tournoyait dans les tavernes, quand elle courrait dans la ferme ; ceux à avoir accroché brièvement son regard étaient la mercenaire des toits et cet homme-là. Leurs points communs étant d'être mercenaires, cela manqua de la plonger dans une autre de ses profondes réflexions.

- Mon père était un marchombreJ’ai rejoint les fils du Chaos pour venger la mort de ma mère.

Silencieuse, elle médita sur ces paroles. Marchombre et mercenaire. Elle ne connaissait, se rendait-elle compte, que peu de choses de la vie, comme de son environnement, comme des dynamiques secrètes qui agitaient le continent. Elle avait, comme tous sans doute, entendu parler des marchombres ; elle savait comme tout prétendant à ce titre ou à celui du Chaos, qu'ils étaient diamétralement opposés. Par conséquent, elle éprouva une infinie curiosité envers les marchombres.

Pourquoi rejoignait-on les uns, pourquoi rejoignait-on les autres ? Lui par vengeance, elle parce que c'était la voie qui lui avait été proposée. Lui aurait-on montré autre chose, elle n'aurait sans doute pas plus hésité.

Des éléments lui échappaient, sentit-elle, et elle nota de demander plus de précisions sur les marchombres à l'avenir, à défaut de l'interroger davantage sur sa vie.

- Pas de regret. J’y ai trouvé de l’intérêt, du savoir… et de l’amusement.

Seulement ? s'interrogea-t-elle. Elle ne se serait pas risquée à le questionner plus avant ; qu'il y ait trouvé de l'amusement ne l'étonnait pas, mais il avait l'air assez âgé et ronchon pour avoir vu bien plus passer. L'intérêt, le savoir et l'amusement ne forgeaient pas une telle personnalité, n'est-ce pas ? Et en plus, elle avait le sentiment qu'il reprenait ses propres mots. Cela manquait d'originalité, tout ça.

- Il y a des gens au Domaine qui arpentent l’Imagination, expliqua-t-il. Des maîtres assassins qui portent le nom de Mentaï. Ils sont capables de modifier le corps d’un homme, d’y apporter… une forme d’extension de sa personnalité. Ce n’est pas un jouet ni même un don : c’est une récompense, et elle ne se mérite qu’à la sueur d’une formation longue et difficile. Si tu survis jusque-là, tu auras peut-être l’opportunité de solliciter cette greffe…

Survivre, retint-elle, pensive. Beaucoup de novices mourraient-ils avant la fin de leur formation ? Estimait-il qu'elle-même pouvait y laisser sa peau ? Elle regarda longuement les mains de l'homme, tenta de s'imaginer ce qu'on pourrait lui offrir, sans trouver. Une extension de sa personnalité... Qu'est-ce qui pourrait lui correspondre ? A part des ailes pour mieux voler...

Mais elle en était de toute façon encore bien loin de la fin de son apprentissage, et ne s'attarda pas sur cette possibilité fugace, presque faite de fumée dans son esprit.

Elle verrait le jour venu parce qu'il n'y avait aucune raison qu'elle meure avant – et l'idée que ce sentiment puisse relever d'une confiance en soi excessive ne l'effleura pas.

Puis lui vint la pensée, brève, qu'un mercenaire du Chaos possédant en plus un tel don devait être une menace mortelle, et que plus loin elle s'en tenait, plus longtemps elle vivrait. Excepté si elle pouvait solliciter la greffe. Trop curieuse.

- Debout. On va travailler ta garde et tes défenses, ce soir, parce que ça ne vaut pas un clou. Allez, bouge-toi !

Elle esquissa un sourire en réponse, se remit sur ses pieds. Finit le temps des réponses, place à celui de l'entraînement. Elle se savait presque inapte au combat et apprendre seule lui paraissait improbable ; alors, oui, avec plaisir, elle allait suivre cet enseignement.

Et elle s'appliqua au mieux, tentant de se faire miroir et de graver chaque geste dans ses membres et ses muscles. Portée à copier le comportement des autres pour savoir comment agir et réagir avec eux, se faire reflet n'était pas trop difficile ; le tout étant qu'il fallait que le reflet qu'elle devenait retienne les leçons données, sans quoi, cela serait inutile.

Trois ans comme ça, songea-t-elle en lui jetant un regard noir pour la forme lorsqu'elle le trouvait agaçant ou quand il la touchait, encore trop peu habituée aux contacts. A apprendre et progresser. La voilà avec un but pour les quelques temps qui venaient. Elle aviserait bien après de ce qu'elle pouvait devenir, pouvait faire avec cet apprentissage.

C'était bien beau de vouloir être libre, mais qu'est-ce qu'elle allait faire avec, ensuite ?

Elle chassa la pensée entêtante de son esprit dérivant peu à peu, apprécia la fin de la leçon et les étranges mouvements qu'elle décrivit en écho. Il y avait la nuit, le silence, deux ombres qui presque dansent, et elle trouva cela plaisant.
*
- Debout là-dedans !

Un juron très imagé de Neige fut étouffé par sa couverture, d'où elle sortit en roulant des yeux, l'air déjà agacée, le sommeil laissant encore des ombres sur son visage. La délicatesse ne faisait décidément pas partie des qualités de son maître.

- Secoue-moi cette carcasse de demi-portion et suis-moi.
- Carcasse toi-même
, répliqua-t-elle en s'exécutant néanmoins, étouffant un bâillement au passage.

Elle le suivit, devinant que tous les matins risquaient de commencer d'une telle façon. La tasse de thé brûlante entre ses mains, elle regarda l'aube parer l'horizon ; se souvint de ces couchers et levers de soleil qu'elle avait admiré, depuis ses caches dans les Dentelles Vives, et leur beauté qui l'avait toujours captivée. Pouvait-on disparaître dans leur éventail de couleurs et de lumières ?

Petit-déjeuner fini, elle vint docilement se placer près de sa, semblait-il, toute première monture. Elle enchevêtra ses doigts dans la crinière, écoutant son maître dans le même temps avec attention.

- J'ai trouvé le galop plus confortable, oui, acquiesça-t-elle.

Et nettement plus amusant. Le cœur battant à tout rompre, la poursuite, se coucher sur l'encolure en tirant son poignard de sa ceinture, les flèches tentant de l'atteindre... Elle devait être folle pour avoir trouvé cela génial, mais tant pis. On ne s'amusait pas à grimper des falaises à onze ans pour être paralysé de terreur ensuite à cause de quelques pillards.

Hochant la tête à ses indications, elle se jucha sur sa monture, détachant à regrets sa main de la crinière. Elle sentit nettement les courbatures de la veille – et des entraînements précédents – tenter de la décourager, se contenta d'en grimacer. Finalement, elle grimaça davantage à l'injection de Gil.

- Tu veux qu'on compare au tien et à ton ego ? répliqua-t-elle, outrée. Un coup elle était trop menue, un coup elle était trop lourde ? Et puis quoi encore !

Elle s’exécuta néanmoins et quitta sa mine offusquée lorsque la jument de son maître fila en avant. Talonnant sa propre monture pour l'inciter à la suivre, elle sourit avec joie. Le vent qui emmêlait ses mèches éperdues, mordait ses joues, caressait ses bras, et la sensation d'être libre, libre à ainsi voler au-dessus de la terre, même si c'était sans les ailes de Cime, qui continuait, éternel compagnon, à les suivre du haut des cieux.

Un léger rire lui échappa, noyé par la vitesse. Elle serait bien restée ainsi des heures durant.

C'est en silence qu'elle suivit ensuite Gil dans ses cheminements, observant autour d'elle avec curiosité. Elle n'était jamais venue là, et la forêt qui se profilait sous son regard semblait intéressante à explorer – et moins dense qu'Ombreuse, aussi.

Aussi, lorsqu'ils s'y enfoncèrent, elle s'estima plutôt satisfaite, jetant parfois des regards en coin à son maître pour observer sa façon de se mouvoir. Toujours admirable, jugea-t-elle, mais elle se serait arrachée la gorge plutôt que de le lui dire.

Prenant en main l'arc qu'il lui tendait, elle joua un peu avec, l'observant avec curiosité sous toutes ses coutures – ou courbures, plutôt.

- Je te montre ou tu sais faire ? 

Elle haussa les épaules.

- Jamais tiré, déjà vu faire.

Elle se remémorait, comme dans un brouillard, les garçons de la ferme se bousculer et s'essayant à l'arc. Elle se souvenait de leurs gestes, leurs positions sans doute grossières pour un archer accompli. Elle se rappelait aussi d'avoir ri aux éclats lorsque le plus fanfaron avait raté sa cible, l'obligeant à prendre ses jambes à son coup pour ne pas subir son ire et son ego blessé.

Prenant une flèche, sourcils froncés, elle l'encocha, ne s'embêtant pas à se précipiter. C'était inutile, elle préférait prendre son temps. Elle pivota légèrement, se mettant de côté, tendit la corde et leva la flèche à hauteur de ses yeux. Elle la libéra, grimaça quand la corde de l'arc mal pris en main vint frotter son avant-bras, et suivit du regard la flèche se perdre entre les arbres. Bon.

Elle se contenta d'en encocher une autre.

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Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.
Baudelaire
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Dim 30 Déc 2018, 23:23

- Jamais tiré, déjà vu faire.

Gil ne broncha pas et la regarda encocher sa flèche, puis bander l’arc, viser et tirer. Il ne suivit pas le trait des yeux mais demeura fixé sur Neige. Tu débutes vraiment dans tous les domaines alors ? se plaignit-il mentalement. Enfer, donnez-moi la patience de lui apprendre tout ça… Sans un mot, il s’approcha d’elle. Comme d’habitude, elle lui renvoya un regard chargé de colère mais il vit qu’elle encochait déjà une autre flèche, alors il s’arrêta et attendit qu’elle ait foiré son deuxième essai. Puis le troisième. Et ainsi de suite jusqu’à ce que je carquois soit vide. Alors, il tendit le bras vers les arbres.

- Récupère-les toutes et reviens ici.

Certaines flèches étaient allées se perdre très loin. Gil en profita pour marquer quelques cibles sur le tronc des arbres alentours. Il utilisa son couteau et dessina des cercles plus ou moins larges, à différentes hauteurs ; Neige devait savoir clairement ce qu’elle visait. Quand elle réapparut enfin, son carquois à nouveau plein, il lui désigna où se placer puis il se glissa dans son dos. Au risque de se prendre un coup de coude dans l’estomac – elle ne semblait pas apprécier qu’il la touche – il posa le bout de ses doigts sur ses omoplates.

- Elles doivent se toucher quand tu bandes ton arc, enfin, c’est l’idée que tu dois avoir en tête. Vas-y, essaie… Plus haut, le coude. Tes genoux dans l’alignement de tes épaules. Pivote simplement ton buste. Détends-toi, bon sang… Vise la cible qui est juste en face de toi. Avec les deux yeux ouverts, c’est mieux…

Le trait partit et se planta dans le tronc, en dessous de la cible. Mais dans le tronc. C’était donc déjà mieux ! Gil plissa alors les yeux, découvrant la marque de brûlure sur le bras de Neige. Sa peau de nacre était décidément bien fragile ! Dans un grognement, il détacha son bracelet de cuir et le boucla autour de celui de la jeune fille. Il serra le lien pour que ça ne glisse pas et produise le même genre de dégât que l’arc. Comme elle avait les bras très fins, ça la protégeait au niveau du frottement qui la blessait.

- Allez, recommence. Si tu touches une cible, choisis-en une autre. Soigne ta posture.

Il lui fit vider trois fois son carquois. Quand il vit ses bras trembler d’épuisement, il la laissa ramasser les flèches une dernière fois puis ils se remirent en selle et reprirent leur route. Une averse les surprit en milieu d’après-midi sans que cela ne paraisse gêner Gil le moins du monde. Ils franchirent un large fleuve en empruntant un pont et longèrent la confrérie d’Ondiane sans que jamais la pluie ne cesse, puis, en fin de journée, ils dépassèrent les premières fermes qui annonçaient la proximité de grandes villes. La nuit était tombée depuis une heure, à peu près, quand ils atteignirent enfin Al-Vor.

Ce n’était pas la cité la plus imposante de Gwendalavir, ni même la plus jolie, mais elle possédait une architecture unique à cause de ses hauts remparts crénelés et du château érigé en son centre. Sans la moindre hésitation, Gil conduisit Neige vers l’écurie qui s’étendait à quelques deux-cents mètres de la ville. Il vendit le cheval qui avait porté leurs affaires, après avoir marchandé longuement sur le prix qui fut honorable et auquel il retira la somme de la pension de leurs propres chevaux. Chante-Brume lui donna un coup de tête, visiblement vexée d’être abandonnée de la sorte, ne fut-ce que pour quelques jours. Gil lui murmura quelques mots doux à l’oreille et fit apparaître une pomme entre ses doigts qu’elle ravit aussitôt, ragaillardie. Alors qu’ils s’apprêtaient à affronter la pluie pour gagner la ville, Gil croisa le regard étonné et vaguement moqueur de Neige. Il haussa les épaules. Qu’elle ne se fasse pas d’idées : ce genre d’affection n’était réservé qu’à sa jument, et à elle seule !

Des soldats gardaient l’énorme porte de la ville. Sur leur armure tout comme sur les fanions malmenés par le vent et la pluie était reconnaissable le blason doré de la ville, frappé du symbole du rameau. Les deux compagnons franchirent le poste de guet sans encombre, pénétrant dans une ville que la nuit et le temps peu clément rendait calme, presque déserte. Gil entraîna Neige dans un réseau inextricable de petites ruelles parfois très étroites jusqu’à dénicher ce qu’il cherchait : une taverne qui faisait également office d’auberge. Baptisée La Pucelle, celle-ci était remplie d’une faune visiblement peu recommandable mais un feu ronflant dans une large cheminée réchauffait la pièce et l’air embaumait le ragoût de siffleur ; en outre, Gil connaissait le maître des lieux, un vieux roublard au visage barré d’une cicatrice qui lui adressa un signe en l’apercevant.

- Trouve-nous une table, je reviens.

Laissant son apprentie se débrouiller comme un agneau au milieu d’une meute de loups affamés, Gil alla s’accouder au comptoir. Le tenancier balafré choqua familièrement son poing contre le sien.

- Si c’est pas ce sacré bougre de SangreLune qui r’vient nous faire une p’tite visite !
- Salut, Lascard. Toujours aussi laid ?
- Et toi, toujours aussi paumé ?
ricana l’homme en posant une pinte qu’il remplit généreusement de sa meilleure bière avant de la faire glisser vers son interlocuteur.

Gil referma les doigts autour de l’anse en souriant. C’est vrai qu’il était dans un sale état la dernière fois qu’il était venu ici. Ainsi que la fois d’avant. En fait, Lascard l’avait rarement vu en aussi bonne forme…

- Tu as des chambres encore libres ?
- Nah, m’en reste qu’une seule.
- Vraiment ? Enfer, comment les gens font-ils pour se retrouver dans ce taudis sans se méfier !
- Haha ! T’as jamais les yeux en face des trous mon pauvre vieux… L’tournois des hivernales commence demain. Tu trouveras pas une chambre à moins de payer l’prix fort.
- Je vais me contenter de celle qui te reste alors.
- Au prix fort ?
- Tu es sûr de vouloir tenter le coup avec moi, Lascard ?


Avec n’importe qui d’autre, oui, Lascard aurait tenté sa chance. Mais il connaissait Gil et il savait que quoiqu’il fasse, il serait perdant.

- J’vérifiais si t’étais toujours aussi vif, cabochard…
- Ben voyons. Je veux deux repas chauds et complets, aussi.
- Ce s’ra tout, ta seigneurie ?


Gil leva son majeur pour montrer le peu de cas qu’il faisait de cette remarque, puis il attrapa sa bière et se retourna, cherchant Neige du regard. Où était-elle passée, celle-là ?

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Lun 31 Déc 2018, 11:08

Neige sentit le regard de son maître, presque éloquent. Elle ne daigna pas relever. Oui, elle débutait dans beaucoup de domaines...Comme n'importe qui sortant d'une exploitation agricole, livré à lui-même avant de partir s'enterrer dans des tavernes miteuses.

Qu'il attente de la voir sur une falaise !... elle ne doutait pas qu'il serait meilleur qu'elle, qui avait appris en autodidacte et avec maints et maints chutes qui ne l'avaient jamais empêchées de recommencer. Mais peut-être qu'il cesserait de la juger comme si elle était débutante partout. Et puis, elle était ici pour apprendre, non ? Qu'il fasse son travail !

- Récupère-les toutes et reviens ici.

Se contentant de hocher la tête, elle alla se perdre entre les arbres, goûtant ce petit moment de solitude loin de l'ours bougon qui lui faisait office de maître. Ayant fait attention à où se perdaient ses flèches, elle n'eut pas trop de mal à les retrouver, visibles, plantées dans la terre ou dans d'autres troncs. Elle les rangea sans hâte dans son carquois, flânant un peu et découvrant le monde végétal autour d'elle, mais finit par revenir vers Gil.

Celui-ci avait utiliser son temps à profit, constata-t-elle en voyant les cibles marquées sur les arbres. Elle se positionna là où il le lui demandait, flèche et arc en main, se raidit légèrement lorsqu'il la toucha mais ne réagit pas davantage.

Toujours attentive, elle suivit ses instructions. Il ne semblait pas, pour le moment du moins, se plaindre qu'elle ne faisait pas assez d'efforts, alors autant continuer sur cette voie. Son premier trait, en se fichant dans le tronc, lui tira un sourire de satisfaction. Après tout, elle n'était pas ici uniquement pour lui faire plaisir, mais pour progresser. Elle n'avait pas besoin de quelconques félicitations.

Elle roula vaguement les yeux vers le ciel quand, visiblement mécontent, son maître ferma son bracelet de cuir sur son bras. Habituée à tomber, et se blesser, comme à voir se multiplier sur sa peau des constellations d'ecchymoses et d’éraflures, elle serra les lèvres sans remercier – elle n'avait, après tout, rien demandé.

- Allez, recommence. Si tu touches une cible, choisis-en une autre. Soigne ta posture.

Toujours obéissante, et remerciant ses années d'escalade qui avaient forgé ses bras et lui permettaient maintenant de bander l'arc sans difficultés, elle s’exécuta. Lever l'arc, encocher la flèche, soigner sa posture, tirer. Se rendre compte de l'effet du vent quand il se manifestait, des conséquences de ses erreurs de maintien. Et sans se plaindre de l'effort que cela demandait à son corps, continuer à tirer, visant les cibles les unes après les autres.

Pas de quoi s'attaquer à une proie en mouvement, se contenta-t-elle de constater pour elle-même en allant chercher les flèches une dernière fois, avant de rendre à Gil son bracelet de cuir. Elle reprit la selle avec plaisir, commençant à apprécier le cheval qu'elle montait, même si, songea-t-elle, il n'avait même pas de nom. Pourrait-elle le garder ?

Elle haussa mentalement les épaules. Peu importait.

Tout comme peu lui importait la pluie, même si elle alourdissait d'eau ses cheveux, trempait ses habits malgré la protection de son manteau, même si, avec le vent, elle en avait les mains presque glacées, serrées sur les rênes.

Elle aimait bien la pluie. Courir sous le déluge, dans la glaise molle, ou l'observer ricocher sur les parois des Dentelles Vives depuis une cachette, à l'abri. Le bruit de l'eau sur la pierre et l'odeur qui émanait de la terre. Commençant à être à l'aise sur sa monture, elle se permit de temps en temps de somnoler un peu.

La vue d'Al-Vor la tira de ses réflexions embrumées. Elle ne put s'empêcher de la comparer avec Al-Chen, nota leurs différences et fut aussitôt curieuse de ce qu'elle pourrait y trouver. Y trouvait-on, ici aussi, des mercenaires guettant du haut des toits ?

Neige prit soin, continuant de suivre Gil, de noter le prix qu'il tira du troisième cheval, et ce qu'il paya pour la pension des deux autres. Accompagnant sa monture jusqu'à son box, elle caressa son encolure tiède et alourdie d'eau, effleura les naseaux du cheval, lui faisant secouer la tête. Le geste d'affection de son maître envers sa jument lui tira un sourire un peu railleur.

Toujours avec son intense curiosité, elle le suivit sans commentaire dans la ville, observant les armures des soldats, les fanions claquant contre le vent et la pluie, les ruelles tortueuses et les quelques gens qui osaient affronter l'averse.

Si le nom de l'auberge à laquelle il la conduisit lui fit lever un sourcil elle ne pipa mot pour autant ; prit soin de rabattre sa capuche sur son visage trop pâle et trop menu. Elle connaissait ce type d'établissements et si son titre de serveuse l'avait protégée plus ou moins à l'époque, elle devinait que sa silhouette toujours gracile et son physique pâle risquait d'attirer l'attention de gens fort peu recommandables.

- Trouve-nous une table, je reviens.


Ça, je sais faire
, songea-t-elle. Tâchant de passer inaperçue malgré sa petite carrure, elle se glissa dans la foule animée, ses yeux furetant. Combien de fois avait-elle dû dégoter une table pour quelques assoiffés incapables de le faire eux-mêmes ?

Appréciant la chaleur de l'endroit et l'odeur qui y flottait – elle aurait pu s'attendre à pire – elle réussit à repérer une table délaissée, cachée par les ombres et loin du tumulte ambiant – moins intéressante pour des hommes dont la principale occupation était de boire et de se concentrer sur quelque créature féminine qui aurait l'audace de passer la porte.

Se frayant un chemin, esquivant serveuses et clients, elle parvint à la table convoitée et, choisissant la chaise contre le mur, s'y assit, jetant un œil autour d'elle. Elle pouvait entrapercevoir le comptoir, voir la foule mouvante ; croisa les bras, adopta une posture plus masculine pour ne pas trop attirer l'attention. A l'autre de la trouver, maintenant.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Lun 31 Déc 2018, 14:07

- Bon choix, commenta Gil en se laissant tomber sur sa chaise.

Il nota avec amusement qu’elle s’était adossée au mur (ce qui légitimait davantage le sens de sa remarque, d’ailleurs) et surtout qu’elle s’efforçait de ne pas offrir la moindre parcelle de son apparente fragilité. Bien. Il fit glisser un verre dans sa direction.

- Baies de rougeoyeurs, expliqua-t-il en attrapant sa propre bière. Je ne sais pas ce que tu aimes mais ce sirop est pas mal.

Le silence retrouva ses droits à leur table, incongru quand le cadre était aussi bruyant ; sans la quitter des yeux, Gil haussa un sourcil un brin malicieux et leva sa pinte. Ils trinquèrent. A quoi exactement ? Leur collaboration ? Un éclat au fond des yeux, Gil savoura une gorgée d’amertume. Quelques heures passées en la compagnie de Neige confirmaient ses hypothèses. Un, elle démarrait de pas grand-chose, inexpérimentée partout sauf, peut-être, dans l’art de la répartie. Deux, elle était plus tenace qu’il l’avait envisagé. Trois, elle éveillait sa curiosité. C’était ce qui le dérangeait le plus, à vrai dire, mais comment ne pas être intrigué par ce petit bout de femme qui affrontait dignement les obstacles, y comprit un maître dangereux et mal luné ? Il aurait pu la questionner. Il aurait même peut-être dû. Ça ne lui sembla pourtant pas nécessaire parce qu’il n’imaginait pas encore avoir ce genre de discussion posée et réfléchie avec elle. Au lieu de ça, ils dégustèrent un repas chaud bien mérité après cette journée aussi remplie qu’humide, puis Lascard les mena jusqu’à leur chambre. Il ne fit aucun commentaire déplacé en voyant Neige se faufiler derrière Gil. Celui-ci jeta son sac à terre et ouvrit la fenêtre, laissant entrer l’air frais de la nuit.

- Allez, viens.

Si la proposition était étrange, elle n’empêcha pas l’envoleur de se glisser souplement par l’ouverture. Ils n’étaient pas bien éloignés du sol. La fenêtre donnait sur l’arrière-cour déserte et encombrée de caisses ; Gil sauta sur l’une d’elle et en moins de temps qu’il ne le faut pour le dire, il se retrouva au centre de la cour. Sans un regard en arrière pour vérifier si Neige le suivait, il crocheta la serrure de la porte et celle-ci s’ouvrit sur une passe étroite et vide. Des flaques reflétaient l’éclat tranquille de la lune. Un chat de gouttière cracha à leur approche avant de disparaître. Le silence était aussi léger qu’un voile et Gil, en dépit de sa taille et de son allure décontractée, ne faisait pas le moindre bruit qui puisse le troubler. Il entraîna son apprentie jusqu’au pied d’une tour qui s’élançait vers le ciel parfaitement dégagé après les intempéries de la journée. De fait, l’on y voyait assez clair pour se lancer dans un nouvel exercice, et pas des moindres…

- Evite la mousse et prends le temps d’assurer tes appuis. On y va tranquillement. C’est parti.

Sans attendre de réponse de sa part, Gil tendit les bras et commença à grimper le long de la paroi humide.


[Uuuultra court mais je laisse Neige le soin de vivre ce nouvel exercice comme bon lui semble Wink]

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Neige Mecedora
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Mar 01 Jan 2019, 17:41

Si Neige apprécia le commentaire de son maître, elle n'en laissa rien percevoir. Perdre ses pauvres compétences de serveuse l'aurait fait s'offusquer. Attrapant le verre que lui tendit Gil, elle l'observa et le porta à ses lèvres, reconnut ce dont il s'agissait au moment où il l'expliquait. Bien qu'ayant eu l'habitude de servir des alcools divers, elle avait, dans son travail, appris à reconnaître bien des boissons différentes.

Se contentant donc d'un hochement de tête en remerciement, elle apprécia le goût qu'avait laissé la boisson sur ses lèvres. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait eu le loisir d'y goûter. Scrutant son vis-à-vis, elle haussa les sourcils en signe d'interrogation en voyant son air malicieux. A quoi pensait-il donc ? Sans le questionner pour autant, elle trinqua avec lui, commença à siroter sa boisson tranquillement.

Ses yeux quittant son maître, ils se promenèrent sur la salle, notant la danse des serveuses, le comportement des hommes qui buvaient, des habitués à ceux de passage, de ceux présents uniquement pour s'enfoncer dans la boisson aux affamés qui guettaient leur repas ou s'y attaquaient déjà.

Elle ne regrettait définitivement pas d'avoir quitté son poste de serveuse. Bien qu'instructif sur certains points, elle n'avait jamais apprécié servir, supporter les commentaires des ivrognes comme le mécontentement de ses patrons ; les salles pleines et étouffantes, l'odeur persistante d'alcool et de nourriture.

Elle attaqua cependant le repas qui leur fut apporté avec appétit et sans jamais parler. C'est avec la même attitude qu'elle suivit Gil lorsqu'ils terminèrent.

Une chambre pour eux deux ? nota-t-elle en jetant un coup d’œil rapide à la pièce, sans accorder un regard à l'homme qui les y avait mené. Accordant étrangement toute sa confiance en l'envoleur, elle supposa qu'il ne restait que celle-ci ou, encore, qu'il n'avait voulu débourser pour deux.

Ou tout simplement, qu'il avait une autre idée en tête, réalisa-t-elle avec un soupir indolent quand il jeta ses affaires à terre. Elle l'imita sans plus de façons, se débarrassant également de son manteau pour ne garder qu'une veste plus près du corps et moins encombrante.

- Allez, viens.

Où donc ? songea-t-elle avec une pointe d'amusement. Mais elle le lui avait dit, elle le suivrait durant les trois années de la formation, et elle ne releva pas. La ville aux heures nocturnes révélait toujours des facettes très intéressantes, et elle n'était pas vraiment étonnée par sa demande. Elle le suivit sans hésitation bien qu'avec nettement moins de grâce, sautant sur les caisses de l'arrière-cour à sa suite sans difficultés.

Elle le regarda crocheter la serrure avec intérêt, le suivit encore dans les ruelles en essayant d'emprunter la légèreté de ses pas.

C'est avec un sourire en coin qu'elle scruta la haute tour devant laquelle il l'avait conduite.

- Evite la mousse et prends le temps d’assurer tes appuis. On y va tranquillement. C’est parti.

Hochant à nouveau la tête, elle posa les mains sur la tour. Y aurait-il à nouveau un mercenaire du chaos à un sommet, cette nuit ? Ayant goûtée à l'escalade des bâtiments dans Al-Chen quand elle y vivait, elle n'était pas ici totalement novice – pour changer.

Elle regarda Gil commencer l'ascension, nota l'humidité suintant sous ses doigts. Sans montrer d'hésitation ou de recul, elle se lança à sa suite, tantôt le scrutant pour analyser ses mouvements, tantôt se concentrant sur sa propre escalade.

Le vide dans le dos, la nuit, le silence. Elle y goûtait à nouveau avec félicité. Bien qu'ayant préféré une falaise, elle ne plaignait pas de cet exercice ; se doutant qu'il serait compliqué par son maître à un moment où à un autre, ou que sa façon de grimper serait critiquée, sans cependant s'en soucier.

Elle grimpait et elle en était heureuse. Ses mains frôlant les parois du bout des doigts avant de saisir une prise, elle découvrait la tour et ses détours, montant à son rythme sans se soucier de s'imposer une cadence spécifique ; respirant l'air nocturne encore humide à plein poumons, forçant sur ses jambes et ses bras pour se propulser toujours plus haut – toujours plus loin.

S'arrêtant brièvement sans prévenir, une main solidement accrochée à une prise, ses pieds sur des appuis sûrs, elle se laissa aller en arrière pour reposer son corps et son second bras. Son regard se tourna vers Gil.

- J'aime bien, se contenta-t-elle de dire.

Et elle reprit son ascension.

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Mer 02 Jan 2019, 07:35

Gil et Neige grimpaient. Tout comme ils avaient galopé, mangé et s’étaient étirés. Non, c’était encore différent cette fois-ci, comme si… comme s’ils s’accordaient enfin véritablement. Ils suivaient un même but et à la même allure. Certes, Gil se mouvait avec autant d’aisance que s’il marchait tranquillement dans la rue, mais alors qu’il gardait un œil sur son élève, prêt à la rattraper si nécessaire, il réalisa qu’il pouvait se détendre : elle était dans son élément. Enfin un domaine dans lequel ce n’est pas un bébé ! songea-t-il en la regardant choisir ses appuis avec soin et s’élever efficacement. Le vide se creusait dans leur dos. Le vent était plus frais et plus puissant, le danger omniprésent. Une seule erreur de calcul et c’était la chute assurée. Pourtant…

- J’aime bien.

Gil s’immobilisa à son tour, en équilibre précaire le long de la paroi, pour planter son regard dans celui de son élève. Je sais. Mais il ne dit rien et se contenta de sourire dans la nuit. Ils reprirent leur ascension. Dans les derniers mètres, Gil guida Neige afin de franchir l’étape la plus dure de cette épreuve, puis ils se hissèrent sur le parapet battu par les vents et restèrent assis là, les jambes dans le vide. Il fallait bien récupérer un peu et puis, d’ici, la vue était imprenable. Seuls les amoureux des hauteurs savaient l’apprécier à sa juste valeur parce qu’il fallait tutoyer les nuages les plus bas sans craindre le vertige pour avoir une chance de l’observer ! Voilà pourquoi les envoleurs, tout comme les marchombres, étaient des êtres privilégiés. Là encore, Gil ne dit rien, laissant le silence parler pour lui ; c’était lui, le ciment de leurs meilleurs échanges, en tout cas pour l’instant. Le temps des discussions viendrait, il suffisait qu’ils continuent l’un et l’autre de s’apprivoiser, mais que de chemin parcouru depuis cet instant où ils s’étaient croisés aux portes du Domaine… Gil jeta un coup d’œil à la jeune fille. Il observa son profil alors que des bourrasques malicieuses jouaient dans ses cheveux blancs. Mystérieuse, oui, mais fragile ? Il commençait à douter de ce jugement hâtif.

- Debout.

Joignant le geste à la parole, Gil se leva ; en équilibre au bord du vide, il devint aussitôt la proie du vent qui se fit un plaisir de le jeter à terre. Enfin… qui essaya. S’acharna. Se mit en colère. Tourbillonna. En vain ! Les bras tendus, Gil fléchissait les genoux puis se retournait avec aisance, glissant le long d’un courant et accueillant les bourrasques avec amusement ; il semblait danser comme un funambule et goûter le risque de la chute sans la moindre crainte. Pour le prouver, il se pencha soudain et prit appui sur ses mains. Quelle folie ! L’était-ce vraiment ceci dit ? Gil se posa la question alors qu’il tendait sa main gauche, tout son poids réparti sur la droite uniquement. Un souffle et il se retrouverait en bas, le corps en morceaux. Le vent siffla, força, poussa… Gil se redressa souplement et réajusta ses vêtements, ignorant la force incongrue de cet élément avec superbe. Il passa une main dans ses cheveux en désordre et regarda Neige.

- A ton tour. Tiens-toi juste debout sur le parapet pour commencer.

Il attendit qu’elle s’exécute – elle n’avait pas le choix de toute manière – pour ceindre sa taille gracile d’une corde en apparence très fine, mais en réalité très solide. Il la doubla et fit un nœud dont il avait le secret, puis laissa assez de mou afin de ne pas entraver ses mouvements avant de nouer l’extrémité autour de ses propres hanches. Outre le lien symbolique, c’était une sécurité ; Neige pouvait danser autant qu’elle le voulait, elle ne tomberait pas.

- Vivacité dans le calme, antithèse même du mouvement ou de l’immobilité… l’Envoleur peut être rapide comme le vent et immobile comme une statue. A toi de trouver l’équilibre entre les deux.

Il ne lui dit rien de plus, c’était déjà beaucoup. Neige l’avait vu faire. Elle était capable de se débrouiller à sa guise.

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