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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Groupe Aljuin - cours 1

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Mer 02 Jan 2019, 07:35

Gil et Neige grimpaient. Tout comme ils avaient galopé, mangé et s’étaient étirés. Non, c’était encore différent cette fois-ci, comme si… comme s’ils s’accordaient enfin véritablement. Ils suivaient un même but et à la même allure. Certes, Gil se mouvait avec autant d’aisance que s’il marchait tranquillement dans la rue, mais alors qu’il gardait un œil sur son élève, prêt à la rattraper si nécessaire, il réalisa qu’il pouvait se détendre : elle était dans son élément. Enfin un domaine dans lequel ce n’est pas un bébé ! songea-t-il en la regardant choisir ses appuis avec soin et s’élever efficacement. Le vide se creusait dans leur dos. Le vent était plus frais et plus puissant, le danger omniprésent. Une seule erreur de calcul et c’était la chute assurée. Pourtant…

- J’aime bien.

Gil s’immobilisa à son tour, en équilibre précaire le long de la paroi, pour planter son regard dans celui de son élève. Je sais. Mais il ne dit rien et se contenta de sourire dans la nuit. Ils reprirent leur ascension. Dans les derniers mètres, Gil guida Neige afin de franchir l’étape la plus dure de cette épreuve, puis ils se hissèrent sur le parapet battu par les vents et restèrent assis là, les jambes dans le vide. Il fallait bien récupérer un peu et puis, d’ici, la vue était imprenable. Seuls les amoureux des hauteurs savaient l’apprécier à sa juste valeur parce qu’il fallait tutoyer les nuages les plus bas sans craindre le vertige pour avoir une chance de l’observer ! Voilà pourquoi les envoleurs, tout comme les marchombres, étaient des êtres privilégiés. Là encore, Gil ne dit rien, laissant le silence parler pour lui ; c’était lui, le ciment de leurs meilleurs échanges, en tout cas pour l’instant. Le temps des discussions viendrait, il suffisait qu’ils continuent l’un et l’autre de s’apprivoiser, mais que de chemin parcouru depuis cet instant où ils s’étaient croisés aux portes du Domaine… Gil jeta un coup d’œil à la jeune fille. Il observa son profil alors que des bourrasques malicieuses jouaient dans ses cheveux blancs. Mystérieuse, oui, mais fragile ? Il commençait à douter de ce jugement hâtif.

- Debout.

Joignant le geste à la parole, Gil se leva ; en équilibre au bord du vide, il devint aussitôt la proie du vent qui se fit un plaisir de le jeter à terre. Enfin… qui essaya. S’acharna. Se mit en colère. Tourbillonna. En vain ! Les bras tendus, Gil fléchissait les genoux puis se retournait avec aisance, glissant le long d’un courant et accueillant les bourrasques avec amusement ; il semblait danser comme un funambule et goûter le risque de la chute sans la moindre crainte. Pour le prouver, il se pencha soudain et prit appui sur ses mains. Quelle folie ! L’était-ce vraiment ceci dit ? Gil se posa la question alors qu’il tendait sa main gauche, tout son poids réparti sur la droite uniquement. Un souffle et il se retrouverait en bas, le corps en morceaux. Le vent siffla, força, poussa… Gil se redressa souplement et réajusta ses vêtements, ignorant la force incongrue de cet élément avec superbe. Il passa une main dans ses cheveux en désordre et regarda Neige.

- A ton tour. Tiens-toi juste debout sur le parapet pour commencer.

Il attendit qu’elle s’exécute – elle n’avait pas le choix de toute manière – pour ceindre sa taille gracile d’une corde en apparence très fine, mais en réalité très solide. Il la doubla et fit un nœud dont il avait le secret, puis laissa assez de mou afin de ne pas entraver ses mouvements avant de nouer l’extrémité autour de ses propres hanches. Outre le lien symbolique, c’était une sécurité ; Neige pouvait danser autant qu’elle le voulait, elle ne tomberait pas.

- Vivacité dans le calme, antithèse même du mouvement ou de l’immobilité… l’Envoleur peut être rapide comme le vent et immobile comme une statue. A toi de trouver l’équilibre entre les deux.

Il ne lui dit rien de plus, c’était déjà beaucoup. Neige l’avait vu faire. Elle était capable de se débrouiller à sa guise.
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Neige Mecedora
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Mer 02 Jan 2019, 21:55

Respirer.

Enfin.

Ce n'était pas que les derniers jours avaient été ennuyeux, misérables ou quoi que ce soit ; mais à être là, à se hisser vers le sommet d'une tour, vide derrière elle et ciel au-dessus, la nuit sur son visage et les pieds qui ne touchaient plus terre, elle se sentait incroyablement bien.

Il lui suffisait de grimper, de sentir le vent s'engouffrer dans ses poumons et ses mèches pour que soient balayées au loin ses idées sombres ; amoureuse des hauteurs et du ciel.

Et il y avait moins ce déséquilibre entre Gil et elle ; le maître expérimenté et la débutante chancelante à l'orée de sa voie. Si elle était loin de l'égaler, elle n'était pas novice ; et c'était réconfortant. C'était comme tendre un autre lien entre le regard dépareillé et celui trop clair.

Si grimper était une félicité, lire les alentours perchée en haut de la tour valait tout autant le coup. Elle glissa un regard vers le ciel, cherchant Cime des yeux – ne le trouva pas. N'appréciant que peu les villes, il la rejoindrait probablement plus tard.

Elle s'abîma longuement dans la contemplation qui s'étendait sous elle. Bâtiments et ruelles, tantôt teintés d'ombres, tantôt ourlés des lumières des maisons ou des lanternes, s'entrecroisant sans cesse, séparés d'elle par une infinie distance.

Une bascule et elle tombait, une bascule et elle volait et, pieds battant de façon rythmée la paroi de la tour, elle se délectait de l'idée, comme elle savourait le vent tournoyait autour d'elle – et de son maître. C'était dans ces moment-là qu'elle enviait le plus son albatros et la liberté de ses ailes.

- Debout.

Intriguée et tirée de ses pensées, elle se contenta de prime abord de lever les yeux. Une nouvelle fois, une flamme d'admiration transperça son regard en voyant Gil... danser avec le vent ? Pas s'y opposer, en tout cas. Pupilles dilatées pour ne rien rater de ses gestes, elle le regarda se mouvoir, se moquer de l'élément sauvage – donner cette impression de liberté qu'elle ne cessait de pourchasser.

Se secouant pour chasser l'admiration de son expression, elle se leva à son tour quand son maître se redressa. Elle se mit debout sur le parapet sans marquer la moindre hésitation, brûlant de se confronter à son tour au vent et de tenter de jouer avec.

- Vivacité dans le calme, antithèse même du mouvement ou de l’immobilité… l’Envoleur peut être rapide comme le vent et immobile comme une statue. A toi de trouver l’équilibre entre les deux.

Elle resta immobile quelques instants pour méditer sur ces paroles, debout face aux rafales, habituée à se tenir au faîte du monde – du moins, de son monde à elle et de ses possibilités. Mouvement et immobilité. Peu habile avec les mots, ils tournaient dans son esprit sans vraiment rencontrer d'écho. Elle finit par les chasser pour ne pas se laisser distraire. Si elle ne comprenait pas ses dires sous forme verbale, elle comprendrait peut-être mieux en se jetant – au sens figuratif – dans le vide à ses pieds.

Profitant sans vergogne de la corde qui lui promettait de rester vivante, elle aussi tenta de danser avec le vent. Elle se tint sur un pied, talon levé ; elle ouvrit tantôt les bras en grands, les referma, esquissa quelques par sur le parapet.

Les chutes qui, l'opposant au vide, la faisait percuter le toit de la tour, ne l'empêchèrent pas de se relancer. Elle alterna, fit n'importe quoi, essaya d'imiter son maître et, avec une pensée pour Cime, tenta même, ouvrant les bras en grand, un pied à terre, l'autre derrière elle, de déployer d'impossibles ailes ; et si elle eut un bref moment le sentiment de voler, elle dut tordre son corps pour éviter une chute suite à une énième bourrasque.

- Est-ce que les hommes savent voler ? se chantonna-t-elle à elle-même, s'efforçant de ne plus tomber en usant de la souplesse de son corps, acquise au fil de ses escalades, pour se glisser entre les rafales.

__________________________________________

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.
Baudelaire
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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Jeu 03 Jan 2019, 12:46

Quand Neige basculait, Gil se contentait de bander ses muscles, les deux pieds solidement plantés dans le sol, et de tenir jusqu’à ce qu’elle remonte seule à la force de ses bras. Il anticipait toujours le moment de sa chute, percevant son déséquilibre avant même qu’elle en ait seulement conscience. Et il comprit que cet exercice était un entraînement pour elle aussi bien que pour lui. Elle, il fallait qu’elle intègre la hauteur et conjugue son sens de l’équilibre avec les assauts incessants du vent qui s’amusait à la flanquer par-dessus le parapet. Lui, il devait apprendre à lire en elle pour lui éviter de tomber vraiment. C’était intéressant. Il découvrit par exemple que lorsqu’elle était concentrée à l’extrême, elle se mordait la lèvre inférieure. Qu’en sentant le vent s’engouffrer dans ses failles elle ouvrait grand les yeux, ça lui donnait l’air d’une chouette. Que ses mouvements, sa façon d’ouvrir les bras surtout, étaient parfois calqués sur ceux de son piaf. Et qu’enfin elle vivait un moment extraordinaire. Tout son visage le clamait. Son sourire lumineux, ses yeux brillants, le rouge qui colorait ses joues, sa façon de remonter inlassablement sur ce fichu parapet pour recommencer… Elle y passerait toute la nuit. Le plus curieux étant que lui aussi.

- Est-ce que les hommes savent voler ?
- Certains.


Gil ne développa pas sa réponse, qui tenait davantage de la croyance que du véritable savoir. Encore que… Mais n’était-ce pas à Neige de le découvrir ? De tracer sa propre route pour se faire ses propres expériences ? D’ouvrir ses ailes pour prendre son envol ? En la regardant évoluer, beaucoup plus finement qu’au début de l’exercice, il admit pour la première fois qu’elle était faite pour la voie qu’elle s’était choisie, et qu’il donnerait tout ce qu’il avait pour la pousser à s’envoler pour de bon. Son cœur se serra d’une drôle de façon. La corde vibra imperceptiblement entre eux, à moins que ce soit ce lien si fort et si particulier qui, invisible toutefois, était tissé entre le maître et son élève ? Gil se hissa sur le parapet à son tour, offrant davantage de mou à la corde… et un danger plus important pour Neige. Mais il souriait. C’était une première ! Rares étaient ceux qui avaient la chance de voir ce grand sourire-là, la plupart des gens n’ayant connaissance que de son demi-sourire qui relevait un coin de sa bouche et creusait une fossette dans sa joue mal rasée.

- Après tout, il y a bien des types dans mon genre qui sont capables de se tromper, dit-il en plantant son regard vairon dans celui de Neige. Alors tout est possible.

Il se remit à bouger près d’elle. A jouer avec le vent comme un chat avec sa souris. Ou bien plutôt comme un oiseau avec les courants ? Comment savoir ? Tantôt félin, tantôt aérien, Gil ployait, se coulait, se mouvait comme s’il n’était pas fait de chair mais d’une matière indéfinissable. La corde se tendait parfois entre eux, puis se détendait. Quelque chose était en train de naître, c’était certain. Jamais Gil ne s’était senti aussi bien. La lune, tout là-haut, se contenta de les observer de son sourire moqueur et roux, nimbé d’un voile qui promettait l’arrivée du froid ; le vent alors se changea en brise, lassé de ses échecs, souffle désormais apprivoisé. Il faudrait encore un peu de temps avant que Neige réalise cet exercice sans corde. Gil s’en fit toutefois la promesse comme ils s’éloignaient du bord à regret : ils allaient recommencer un certain nombre de fois !

- Ce soir, tu es libre d’aller où bon te semble, dit-il une fois dans la rue qui jouxtait la tour.

Il ne lui recommanda ni la prudence ni de rentrer avant l’aube pour dormir un peu ; ce n’était pas son genre. Du reste, Neige n’avait pas besoin de ce genre de conseil. La nuit était belle et la ville plus sûre qu’aucune autre de toute façon. Pourtant, quand Gil se retrouva seul à déambuler dans une ruelle un tout petit peu plus animée, les mains enfoncées dans les poches de son tabard, il se rendit compte qu’en à peine quelques jours la présence de Neige à ses côtés était devenue familière ; elle créait déjà un vide par son absence. Un léger sourire dansa sur ses lèvres. Elle n’était pas très loin et leur étonnant duo ne faisait que commencer. Galaad se doutait-il que le hasard avait sans doute joué sa meilleure paire ? Une taverne bruyante attira son attention au terme d’une balade nocturne et solitaire. Il y dirigea ses pas, désireux de se réchauffer et surtout de moins laisser ses pensées s’égarer ; le tournois qui allait débuter d’ici quelques heures réunissait les âmes et faisait couler la boisson. Conscient des quelques regards curieux posés sur lui, Gil se fraya un chemin jusqu’au comptoir et commanda quelque chose de fort. Il but son verre d’un trait et fronça les sourcils. Cannelle. Lëroya.

- Un autre, demanda-t-il tout en s’administrant une gifle mentale.

L’envoleur lui manquait, et alors ? Il ignorait parfaitement quand il allait la revoir. La dernière fois il l’avait sortie de la gueule d’un brûleur peu amène – et il exagérait à peine. Elle avait eu de la chance de n’être que légèrement blessée mais il avait eu la trouille de sa vie. Au grand damne des rêveurs qui s’étaient occupés d’elle, ils avaient joué aux enfants. Flirté un peu, ri beaucoup. Difficile de définir la nature de leur relation. C’était au moins aussi simple – et aussi complexe – qu’avec Nora. Gil soupira. Malgré lui ses pensées le ramenèrent en arrière, quand Libertée s’amusait à tenter de le semer sur les toits d’Al-Chen. Oui, certains savent voler, songea-t-il au souvenir de la marchombre plongeant dans le vide, bras écartés, pour disparaître à sa vue. Il serra les doigts autour de son verre. Libertée était partie. Ils n’avaient pas pu surmonter ensemble la mort de Suviyo. Non… c’était déjà bancale avant que cette tragédie n’entache leur vie à tout jamais. Avant, quand Naïs était encore là, malicieuse petite envoleuse qui, la première, avait illuminé sa vie… Une larme roula le long de sa joue. Il l’essuya d’un geste brusque, paya ses consommations et quitta la taverne. Trop de bruit, trop de rires, trop de gens. Il releva son col pour se protéger du froid mordant et gagna la Pucelle en un rien de temps.

Escalader le mur pour se faufiler par la fenêtre fut un jeu d’enfant. Il constata aussitôt l’absence de Neige, mais il n’était pas si tard encore, et puis, elle vivait sa vie. Qu’elle en fasse bon usage. Les regrets avaient un goût de cannelle, mais ils étaient aussi douloureux qu’une lame dans le cœur. Après un regard pour le lit vide, il attrapa une couverture et s’installa sur le tapis. Roulé en boule, il s’endormit. Perçut le léger bruit d’une grimpeuse plutôt aguerrie mais pas encore assez pour leurrer son maître. La laissa dormir jusqu’au matin.

Ils en avaient tous les deux besoin.


*


- Encore une fois. Ne jette pas ton arme : tu es l’arme. Pigé ? Tu l’accompagnes jusqu’au bout de ton lancer. Allez, recommence !

Au regard noir qu’on lui décocha, Gil répondit par une moue têtue. Autant Neige était douée pour l’escalade, autant lancer un couteau était une véritable catastrophe. Il claqua de la langue pour témoigner sa frustration. Parfois l’espoir lui donnait le cœur à l’ouvrage, comme ce matin quand ils étaient allés courir dans la fraîcheur du petit jour ; parfois il avait du mal à rester patient et pédagogue, comme en cet instant, alors que les lancers s’enchaînaient sans succès. Ils se trouvaient dans l’arrière-cour de la Pucelle. Gil avait poussé quelques caisses pour dégager un terrain d’entraînement propice à cet exercice. Il s’était amusé à dessiner un bonhomme sur la caisse pour symboliser une cible. Soit Neige n’aimait pas son dessin soit elle n’avait pas envie de blesser ce bonhomme. Le « toc » caractéristique du manche frappant contre le bois de la caisse tapa sur les nerfs de Gil ; il se pinça l’arête du nez puis se passa la main dans les cheveux.

- Bon. On va essayer autre chose.

Il fouilla un instant dans son sac et se redressa, un bandana de tissu noir dans la main. C’était un cadeau de Mak. Gil se glissa derrière Neige et lui banda les yeux. Lui faisait-elle suffisamment confiance pour ça ? Il sentit une légère tension et hésita une folle seconde, avant de cligner des yeux puis de faire le nœud à l’arrière du crâne de la jeune fille. La confiance nécessitait une petite dose de risque. Il fallait avoir l’audace de se lancer. Lui, il était prêt à le faire en tout cas. Pour le signifier à Neige, il tirailla légèrement sur une de ses mèches avant de souffler avec malice à son oreille :

- Si maintenant tu ne blesses pas réellement quelqu’un dans la manœuvre, c’est que ton cas est franchement désespéré !

L’instant était pourtant moins à l’amusement qu’il semblait l’être. Cet exercice n’était pas des plus simples, Gil en convenait volontiers. Il attrapa le bras droit de Neige.

- Laisse-toi faire. Détends ton bras… Enfer, c’est ça que tu appelles être détendue ? Ton bras ! Tout mou ! Maintenant ! Ah. Voilà qui est mieux.

Il leva son bras désormais lourd comme du plomb. Elle était devenue poupée de chiffon, c’était à lui de tirer les ficelles. De lui montrer ce qu’il attendait. De la guider, comme le maître qu’il était. D’ouvrir un chemin pour elle. Lentement pour qu’elle mémorise le mouvement, il ramena son bras en arrière.

- Poignet souple. Hanches verrouillées. Et…

Il détendit son bras, mouvement rapide qui contrastait avec la lenteur de ce qui précédait.

- Encore une fois. Doucement…

Il n’avait pas placé de couteau dans sa main. Tout ce qu’elle devait faire, c’était reproduire le geste : armer lentement, détendre brusquement. Maîtriser le mouvement. Concevoir à quel point son corps était important dans le lancer. C’était l’essentiel du problème, le nœud qui empêchait Neige d’avancer ; Gil était resté bloqué lui aussi, ne sachant pas comment aider son apprentie, jusqu’à ce que Naïs lui souffle la réponse. Souvenir murmuré, idée folle… qu’il fallait bien tenter ! L’envoleuse aveugle n’avait jamais hésité en lançant ses lames. Pourquoi Neige n’y parviendrait-elle pas ? Tout était question de perception.

- Ouvre tes perceptions, appréhende ce qui t’entoure. Saisis l’insaisissable autour de toi. Comprends. Deviens !

Il avait l’intuition que ses paroles sibyllines trouvaient un écho en la jeune fille et que, tout comme elle, il s’engageait sur la bonne voie. Alors, au terme de quelques mouvements répétés sous son regard impassible, il dénoua finalement le bandeau et déposa un couteau dans la paume de Neige, puis il désigna la cible.

Allez, demi-portion. Encore une fois.

__________________________________________

"Mon passé est un champ de ruines et mon présent est un vrai bordel. D'où me vient ce fichu espoir pour l'avenir, alors ??"

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Neige Mecedora
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Jeu 03 Jan 2019, 16:09

- Est-ce que les hommes savent voler ?

- Certains.


Flottement. L'onde du vent.

- Alors je volerai.

Mélange d'illusions et de certitude, elle ne pouvait que se voir s'envoler, un jour, à l'image de son albatros, déployer deux ailes et devenir oiseau ; grimper dans les hauteurs pour s'en laisser tomber comme si le vide n'était rien face à sa volonté. Jouer avec les courants, se perdre là où l'oxygène se raréfie, chuter...

Rêve. Rêves. Elle sentit son maître prendre place à ses côtés, les vibrations de la corde. Elle tourna le regard vers lui et fixa le sien, dépareillé. Regard fascinant, songea-t-elle. Opposé, comme le maître et l'élève. Dissemblables et en résonance. A son sourire, presque surprise, elle étira les lèvres en coin.

- Après tout, il y a bien des types dans mon genre qui sont capables de se tromper. Alors tout est possible.

Elle répondit d'un rire clair qui se perdit dans une bourrasque dans laquelle son corps s'engouffra. Exultante ; un peu. Tant s'étaient leurrés sur ce qu'elle était, ses capacités, figure pâle et fantomatique, elle savoura cet aveu.

Se sentant en sécurité, elle continua de jouer, jetant toujours des cours d’œil en coin pour observer l'envoleur, noter ses mouvements. Danser dans le vent, vaciller parfois, vriller son corps de façon étrange pour retrouver son équilibre précaire. Laisser les rafales emmêler ses cheveux, s'engouffrer dans ses vêtements, s'enrouler autour de ses chevilles, lui apporter l'odeur de la nuit.

Un jour je volerai, se promit-elle. C'était pour cela qu'elle se tenait sur ce toit, c'était pour cela qu'elle se tenait à côté de cet homme souvent peu commode, c'était pour cela qu'elle avait suivi la mercenaire en haut des toits et, encore, c'était pour cela qu'elle avait commencé à grimper ses premières falaises.

Tomber, se relever, grimper, voler.

Elle était à bout de souffle – il le lui avait été volé par une bourrasque – quand ils reculèrent enfin. Son cœur battait avec puissance, son esprit flottait librement, et son corps étaient encore empli de l’adrénaline et de la joie ressenties à jouer là, sur le parapet.

Elle le suivit dans la descente et fut ravie de pouvoir, libérée pour ce soir, aller à sa guise. Saluant son maître à la hâte, elle s'engouffra aussitôt dans une ruelle au hasard. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle pouvait faire, d'où elle pouvait aller, et ne s'en souciait guère, laissant ses pas la porter, passant tantôt de rues animées et éclairées à de tortueuses impasses dont elle s’extrayait en escaladant le premier bâtiment venu ; ignorant la fatigue naissante de son corps, et les regards qui, parfois, se refermaient sur cette menue silhouette aux cheveux neige qui allait comme si rien ne pouvait l'arrêter.

Neige s'arrêta brièvement en haut d'un toit, s'y assis. A courir dans la ville, son souffle s'était fait court, et elle finit par s'allonger pour contempler le ciel nocturne. Profitant de sa solitude, du calme, pour s'abîmer dans ses propres réflexions.

Trois ans, c'était long ; moins long que les années passées comme serveuses, et il s'agissait là de trois années qui promettaient d'être enivrantes d'une façon ou d'une autre, même si elle avait comme maître une espèce d'ours bougon. Elle commençait à l'apprécier, apprécier également leur relation faite de danses dans le vent et de regards noirs.

Elle ignorait ce qu'elle ferait au terme de ces trois années ; où elle irait, ce qu'elle deviendrait. Flèche sur la voie qui s'était présenté à elle, elle ne faisait pas attention au futur. A après. Parfois, peut-être, ses pensées s'y égaraient, refluant ensuite en vagues grises.

Fille de fermiers, serveuse, apprentie envoleuse. Drôle de chemin qu'elle se traçait là. Drôle de voie qu'elle empruntait et dont elle ne partageait pas les valeurs, chuchotées par une mercenaire du Chaos sur un toit d'Al-Chen.

Neige ferma les yeux. S'imagina être restée chez ses parents, pour un mariage de convenance. Un mari, des enfants, une vie en prison dorée. Inimaginable. Puis, rester serveuse. Tournoyer encore et encore entre les habitués et ceux de passages, et entre ces regards qui se posaient sur elle, elle et sa fragilité, semblable à une proie au cœur d'une meute ; une proie qui court, qui grimpe et compte bien apprendre à voler.

Elle se serait perdue, à rester comme ça.

Se redressant d'un bond, elle effectua d'elle-même quelques exercices d'étirements, puis s'approcha du bord du toit. Oh, elle n'était pas bien haut, pas si loin du sol. Souriant à elle-même, elle ouvrit les bras, se percha sur le bord, puis sauta tout simplement dans la rue qui se profilait sous elle, s'y recevant sans difficultés.

Elle se releva aussitôt, décocha un sourire à deux passants incrédules, emprunta une autre ruelle. La fatigue la rattrapait, elle entreprit de retrouver l'auberge qu'ils avaient prise pour la nuit, louvoyant dans les dédales de la cité.

Elle franchit l'arrière-cour, repéra la fenêtre de leur chambre et escalada jusqu'à celle-ci, tâchant de rester discrète. Une forme sombre au sol l'informa que son maître avait, semblait-il, décidé de lui laisser le lit. Haussant mentalement les épaules, elle se contenta d'enlever sa veste et le gagna, se glissant sous les couvertures avec plaisir.

Le sommeil l'emporta vite et elle rêva de vides étourdissants à ses pieds.

*

Un jour en suivait un autre ; différent et semblable à la fois. Après l'habituelle course, qu'elle commençait à apprécier, elle se retrouvait face à un exercice qui lui posait problème. Si elle s'était entraînée, fut un temps, au lancer de couteau, c'était il y a un bon nombre d'années, seule, et surtout pour se protéger, avec de plus une arme de grossière facture.

Alors, forcément, encore une fois, maître et élève s'échangeaient des regards ulcérés ou des moues boudeuses.

- Encore une fois. Ne jette pas ton arme : tu es l’arme. Pigé ? Tu l’accompagnes jusqu’au bout de ton lancer. Allez, recommence !

Ne jette pas ton arme, tu es l'arme... Si Neige ne dit rien, son regard parla clairement : elle n'arrivait pas à appréhender ce qu'il lui disait. Même si elle en avait envie, parce que la frustration de Gil déteignait sur elle et qu'elle allait finir par l'envoyer balader. Ce qui n'était pas forcément une bonne idée.

- Bon. On va essayer autre chose.

Le visage peu amène, elle le scruta, serra les dents quand elle comprit ce qu'il avait en tête. Elle lui faisait confiance pour le suivre, elle lui faisait confiance pour dormir dans la même pièce, elle lui faisait confiance pour se hausser en haut d'un toit, face au vide... Mais être privée d'un de ses sens ne l'emballait franchement pas. Elle se laissa néanmoins faire, gronda quand il tira un peu sur ses cheveux.

- Si maintenant tu ne blesses pas réellement quelqu’un dans la manœuvre, c’est que ton cas est franchement désespéré !

Elle roula des yeux sous le bandeau, retint un soupir mêlé d'agacement et d'amusement.

- Si j'te blesse toi, je ferai passer ça pour de la légitime défense.

Comme si elle avait la moindre chance, tiens. Fermant les paupières sous l'obscurité qui couvrait ses yeux, elle tenta de se détendre. Elle n'aimait pas être privée de ses yeux, avait l'habitude de tout observer, scruter le monde du haut de ses hauteurs, et se retrouvait désormais dépossédée d'une partie d'elle ; qu'elle pouvait pourtant récupérer juste, juste en tirant sur le bandeau, mais elle s'y refusait.

- Laisse-toi faire. Détends ton bras… Enfer, c’est ça que tu appelles être détendue ? Ton bras ! Tout mou ! Maintenant ! Ah. Voilà qui est mieux.

Maugréant pour la forme – et parce qu'il lui tapait quand même sur les nerfs – elle tâcha de relâcher les muscles de son corps. Ses sens concentrés sur les mains qui manipulaient son bras, lui faisant exécuter des gestes précis. Elle répéta à voix basse les instructions pour mieux s'en souvenir, sentit le contraste dans le mouvement qui suivit.

Hanches verrouillées.

Poignet souple.

- Ouvre tes perceptions, appréhende ce qui t’entoure. Saisis l’insaisissable autour de toi. Comprends. Deviens !

Frémissement des yeux sous le bandeau. Deviens. Devenir l'arme ? Ça ne pouvait pas être si compliqué, se morigéna-t-elle intérieurement. Elle pouvait grimper, elle pouvait tenter de danser avec le vent, alors ce n'était pas une stupide lame et une stupide cible incapables de faire corps qui allaient l'arrêter.

Elle répéta les mouvements avec toute son application, autant de fois qu'il fallut. Sentit le bandeau quitter ses yeux, cligna des paupières dans la lumière retrouvée, s'habituant à la luminosité après les ténèbres.

Deviens, se répéta-t-elle en pensée. Poignard dans la main – hanches verrouillées – elle ramena lentement son bras en arrière ; comme il le lui avait montré. Sentait le poids de l'arme entre ses doigts, s'y adapta ; calma sa respiration. Détendit brusquement son bras – poignet souple – pour laisser filer la lame.

Cette fois-ci, elle se ficha dans la caisse.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Ven 04 Jan 2019, 16:28

- Hum…

Gil s’accroupit devant la caisse. Le couteau s’était fiché jusqu’à la garde dans le bois qu’il avait fendu sur toute la longueur… à dix bons centimètres de son dessin qui n’avait pas une égratignure.

- C’est donc lui le problème, bougonna-t-il en déplorant un bref instant son talent d’artiste.

Il tourna la tête vers Neige et haussa un sourcil.

- Il y a de la force dans ce bras tout maigre, dit-il, et c’était sans doute ce qui se rapprochait le plus d’un compliment, alors il ajouta aussitôt : viser un troll dans un couloir serait sans doute trop difficile, par contre. On va devoir travailler ça.

Ce n’était pas un projet à la légère : il lui fit effectuer tant de lancers qu’au terme de l’exercice il était déjà l’heure de manger. Neige ne devait sans doute même pas pouvoir soulever un seau vide, dans son état. Parfait. Gil lui lança une pâte de fruit pour qu’elle ingère un peu de sucre et lui ordonna de boire, puis il se servit de son bandana pour attacher le bras en compote de Neige dans son dos.

- Dans la mesure où tu ne peux pratiquement plus t’en servir c’est inutile, mais les réflexes ont la peau dure et tu risques de te blesser en le bougeant pour te protéger.

Dit ainsi ce n’était pas très rassurant, mais c’était la vérité : Gil tenait à lui faire travailler sa garde, son équilibre et sa dextérité, exercice pour lequel elle n’avait pas besoin de son bras d’usage, toutefois il s’agissait simplement de laisser celui-ci de côté, non pas de lui appliquer des dommages inutiles. Constatant qu’elle respirait vite, il lui conseilla de souffler pendant qu’il nouait le bandana. Il s’attarda volontairement pour lui accorder le temps de récupérer et lui fourra une autre pâte de fruit dans la bouche, histoire de lui redonner quelques couleurs. Il ne s’inquiétait plus autant qu’au début. Il avait appris à ne pas se fier aux apparences. Fatiguée, Neige était encore capable de repousser ses limites, et c’était bien ce qu’il attendait d’elle. Quand elle fut prête, il lui montra comment adopter une garde efficace puis il se plaça en face d’elle.

- Je vais attaquer, tu vas te défendre. Ensuite, on échangera les rôles. Allez.

Il n’avait pas pris la peine d’attacher son propre bras mais tout comme Neige, il s’infligea ce handicap en n’utilisant que son bras gauche. Il se fendit si rapidement qu’en un clin d’œil il fut devant elle. Dépité, il se contenta de lui asséner une pichenette sur le front.

- T’es bouchée ? Défends-toi, demi-portion ! Utilise ton bras pour me bloquer. Allez !

Il s’élança de nouveau.

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Neige Mecedora
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Ven 04 Jan 2019, 17:59

Lancer une couteau, c'était une chose ; réussir à viser correctement, c'en était une autre... Si Neige fut d'abord presque désolée pour le pauvre bonhomme dessiné et délaissé, ce sentiment finit nettement par s'effacer au fur et à mesure des lancers, qui engourdirent son bras, la laissant avec une douleur un peu lancinante qui pulsait dans les muscles.

Mais elle avait attrapé un compliment au passage et elle ne le lâcherait pas, bien qu'un peu volatil, contrasté avec les mots qui suivirent. Heureusement, qu'elle avait de la force dans les bras ! Même si ça n'avait jamais été son but premier, escalader tous les jours et sans relâche avaient musclé bras, épaules, jambes, dos. C'est juste qu'elle ne mangeait pas beaucoup et que bon, forcément, elle faisait toute menue, pas masse de muscles...

Et depuis quand croise-t-on des trolls dans des couloirs, d'ailleurs ?

Elle mangea et but ce qu'il lui donna, fut soulagée quand son bras devenu trop lourd pour son épaule finit suspendu dans son dos. Elle n'avait plus qu'un bras en état de marche, et cela lui faisait un effet étrange et assez désagréable. Comme lorsque ses yeux avaient été voilés de noir.

Enfin, songea-t-elle, c'était quelque chose auquel elle allait devoir s'habituer. Évoluer dans l'obscurité, être incapable de se servir d'un membre ; ça pouvait lui tomber sur la figure à tout moment et ce de façon dangereuse, dès qu'elle sortirait du cadre d'apprentissage, ou qu'elle se mettrait toute seule dans les ennuis.

Alors, elle ne se plaignait pas. Ou alors, juste en pensée et en faisant la tête.

- Dans la mesure où tu ne peux pratiquement plus t’en servir c’est inutile, mais les réflexes ont la peau dure et tu risques de te blesser en le bougeant pour te protéger.

Oh, bon sang. Qu'avait-il en tête maintenant ? La jeune femme prit le temps qu'il lui fallut pour récupérer ; songeant avec un bref sourire à la première fois où il lui avait demandé d'essayer de le toucher, et qu'elle avait mis un temps fou à se lancer, juste dans le but de l'agacer.

- Je vais attaquer, tu vas te défendre. Ensuite, on échangera les rôles. Allez.

Quand on pense au loup...

Elle vacilla de surprise lorsqu'il fut soudain devant elle, ne l'ayant qu'entraperçu, et le fusilla du regard comme à son habitude.

- T’es bouchée ? Défends-toi, demi-portion ! Utilise ton bras pour me bloquer. Allez !

Décidément. Elle se remit en garde, concentrant cette fois ses sens sur l'homme qui lui faisait face, et enchaînant ses pensées vagabondes. Rien, il n'y avait rien à voir avec les ivrognes l'attendant à la sortie des tavernes, à aucun moment elle n'en aurait douté, mais elle restait toujours surprise par sa vitesse.

Oubliant la douleur pulsant de son bras en compote – pas la première, ni la dernière fois qu'elle se faisait mal, elle était habituée à ne plus y faire attention – elle se focalisa sur Gil, replia son bras valide devant elle et crispant ses muscles, tendant son corps ; guettant le moment où il s'élancerait de nouveau, toujours trop rapide, imprévisible. Ses yeux notant sa garde, sa façon de se placer, essayant de découvrir le moindre indice qui précédait son attaque.

Devait-elle compter sur son instinct, sur la réflexion ? Un mélange des deux ?

Elle détendit brusquement son bras devant elle en faisant d'instinct un léger saut en arrière. Habituée à fuir, à reculer, se mettre hors de danger.

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Ven 04 Jan 2019, 21:18

Cette fois-ci Neige réagit enfin, mais trop tard et pas de la meilleure des façons. Gil renouvela sa pichenette, sur le bout de son nez pour changer un peu.

- Ne recule pas : c’est une façon de montrer que tu as peur, ou en tout cas que tu peux te faire marcher sur les pieds. Evite, à moins de vouloir leurrer ton adversaire… Déplace-toi plutôt sur le côté. Pivote sur tes hanches. Laisse passer l’attaque, absorbe-la.

Une fois n’est pas coutume : Gil ne criait ni ne grognait mais parlait d’un ton calme. Intransigeant, il s’engouffrait dans les moindres failles de Neige ; exigeant, il lui laissait à peine le temps de reprendre sa position ; agaçant, il lui assénait des coups légers du bout de ses doigts ; inlassable, il revenait toujours à la charge et n’attaquait jamais au même endroit ni de la même façon.

- Plus souple sur les jambes. Ne te crispe pas, c’est le meilleur moyen de te faire mal toute seule. Encore. Redresse ton coude. Protège ton visage… trop tard. Encore. Rentre ton genou gauche. Pivote sur tes talons… encore.

Encore.

Et encore.

Et encore.

- On change. Tu attaques, je défends.

Gil n’utilisait toujours qu’un seul bras. Evidemment, celui dont Neige se trouvait privée était celui dont elle se servait le plus souvent ; attaquer avec l’autre bras était moins facile mais c’était l’un des objectifs de la manœuvre, car elle devait apprendre à utiliser aussi bien le gauche que le droit. Devenir ambidextre faisait partie de l’entraînement. Neige ne le savait pas encore mais elle allait passer du temps avec un bras attaché, que ce soit pour se battre… ou pour manger, courir, sauter et s’habiller ! Pour l’heure, elle devait surtout apprendre à se détendre. Gil devinait la tension dans ses épaules et percevait la raideur dans ses gestes. Cela devait être franchement inconfortable, et bientôt ce serait carrément douloureux. Il s’arrêta un instant, rompant l’échange en se redressant.

- Temps mort. Il faut absolument que tu te décontractes. Comment dire ? Si tu frappes avec un bâton tu feras certainement des dégâts, mais le bâton risque de casser net, surtout avec la force qu’il y a dans ces petits bras… Si tu frappes avec un fouet, tu seras plus redoutable encore parce que plus véloce et insaisissable. Un fouet faire davantage de dégâts sans risquer de se briser. Tu piges ?

Il laissa pendre son bras pour le tendre d’un seul coup.

- Tu vois ? Le seul et unique moment où je contracte mes muscles c’est au moment de fermer le poing ou de serrer les doigts. Juste avant et juste après, c’est lâche, détendu… rapide et précis, donc.

Il leva la main et appuya un doigt sur le front de la jeune fille.

- C’est là-dedans que ça se passe, demi-portion : tu réfléchis trop. On voit les rouages s’activer quand tu passes à l’action. Sauf que la réflexion dans le combat, c’est le meilleur indice que tu peux donner à ton adversaire sur tes attaques. Ne prévois pas le combat. Vis-le !

Gil recula pour se remettre en garde. La main tendue devant lui, il lui décocha soudain un sourire goguenard et agita les doigts en une invitation aussi claire que provocante.

Allez, amène-toi !

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Ven 04 Jan 2019, 21:23

Neige commençait franchement à maugréer, à se prendre sans cesse des pichenettes sans réussir à contrer aucun coup. Les brefs contacts de ce genre n'étaient définitivement pas sa tasse de thé.

Ne pas reculer. Se déplacer sur le côté. Pivoter sur ses hanches. Absorber l'attaque. Retenir tout cela, l'intégrer dans sa tête et son corps pour que cela devienne naturel. Tenter de vriller son corps de toutes les façons, sauter, essayer d'esquiver, se retrouver parfois à terre, déséquilibrée par son bras qui faisait poids mort, pour se redresser aussitôt.

Les indications se succédaient, comme les attaques, et les intégrer, les faire vibrer avec elle pour qu'elles soient autre chose que des mots en l'air n'était pas des plus simples. Elle les sentait danser dans son esprit alors qu'elle tentait de es appliquer, d'éviter les attaques et trouvait cela de plus en plus frustrant.

- On change. Tu attaques, je défends.

Expirant longuement, elle délaissa sa position défensive. Se relâcha un peu et fit rouler ses muscles et ses membres pour les détendre. Par Merwyn, elle préférait franchement escalader des tours. Ses yeux pâles se levèrent.

- Comment dire ? Si tu frappes avec un bâton tu feras certainement des dégâts, mais le bâton risque de casser net, surtout avec la force qu’il y a dans ces petits bras… Si tu frappes avec un fouet, tu seras plus redoutable encore parce que plus véloce et insaisissable. Un fouet faire davantage de dégâts sans risquer de se briser. Tu piges ?

Elle pencha la tête sur le côté, sourcils froncés. Oui, elle pigeait, comme il disait. Plus souple, moins rigide. Elle comprenait ce qu'il voulait dire, ouais, même si elle tiqua sur le « petits bras ». Il avait quelque chose contre ses bras, décidément. Elle les trouvait très bien, elle.

Secouant la tête pour chasser ces pensées dissidentes, elle se recentra sur Gil qui, en plus de bloquer sur ses bras, semblait confondre son front avec un bête objet.

- C’est là-dedans que ça se passe, demi-portion : tu réfléchis trop. On voit les rouages s’activer quand tu passes à l’action. Sauf que la réflexion dans le combat, c’est le meilleur indice que tu peux donner à ton adversaire sur tes attaques. Ne prévois pas le combat. Vis-le !

Elle marmonna une injure pour la forme mais hocha néanmoins la tête, la reculant dans le même temps pour échapper au doigt agaçant.

Neige roula des yeux ostensiblement devant l'attitude qu'il lui présenta. Comme si la provoquer aller la faire sortir de ses gonds ou quoi que ce soit d'autre...  Bon d'accord, ça l'encourageait. Un peu. Tout en gardant à l'esprit qu'au final... Oh, et puis zut. Il avait bien dit de ne pas réfléchir le combat mais le vivre.

Elle prit une inspiration, tâcha de détendre ses muscles, maudissant son bras entravé et inutile qui l'obligeait à chercher un autre centre de gravité auquel se fixer. Elle prit une grande inspiration.

Vivre le combat, avait-il dit.

Comme elle vivait la nuit, respirait les falaises ?

Vider son esprit.

Tu ressembles à un fantôme, lui avait-on dit un jour, enfant, quand elle s'embêtait encore à quêter de la compagnie auprès des autres gamins. Un fantôme qui n'appartenait pas vraiment à ce monde mais qui, cependant, pouvait avoir un impact dessus. Et un fantôme c'est vif, on ne le voit pas venir, n'est-ce pas ?

Elle bondit en avant avec toute sa détermination, lança son épaule inutile en avant pour accompagner son élan avant de la ramener en arrière pour faire basculer son corps dans un semblant d'équilibre, ses hanches pivotant, son bras libre volant vers le visage à sa portée sous forme de poing fermé.

Vivre avec la montagne, danser avec le vent et le vide, se battre d'un seul mouvement, comme elle faisait tout le reste ; libre et vivante.

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Ven 04 Jan 2019, 22:47

Elle fronça les sourcils et il en fit de même, parce que ça voulait dire qu’elle continuait de cogiter comme une folle, mais l’instant suivant elle bondit, plus rapide qu’elle ne l’avait encore jamais été, et son poing fusa vers le visage de Gil. Il le bloqua sans mal, mais avec un regain d’espoir et d’énergie : ça y est ? t’as pigé ? Perplexe, il attendit le coup suivant. Les défauts s’enchaînaient mais somme toute, ils étaient minimes ; le plus important c’était qu’elle était en train de prendre un rythme intéressant. Ses mouvements étaient différents, ses gestes plus précis, plus sûrs aussi, débarrassés des fioritures de l’esprit ! Pour en être certain, Gil changea à nouveau les rôles et attaqua avec davantage de pression et de virulence. Si Neige ne parait pas à chaque fois, elle était plus souple sur ses jambes et solides sur ses appuis. Comprenant qu’elle venait probablement de débloquer un genre de verrou en elle, Gil lui laissa le temps d’apprécier ce changement et d’en prendre bonne mesure avant de passer à l’étape suivante.

Pour ce faire, il retira ses lames jumelles de sa ceinture et en tendit une à Neige, toujours dans son fourreau. Plus longues que des dagues mais plus courtes que des épées, elles possédaient une lame légèrement incurvée et assez épaisse. Gil ne s’en servait pas systématiquement, il préférait de loin les armes de jet ou encore ses aiguilles, mais il possédait ces deux armes depuis longtemps et il avait pris plaisir à les retrouver quand il les avait récupérées, après que Kaünis et Syles les lui aient dérobées. Evidemment, avec une seule main Neige ne pouvait pas la dégainer… mais c’était le but.

- Même exercice : j’attaque, tu défends. C’est parti.

C’était une chose de parer avec son bras, ç’en était une autre de parer avec une arme à la main ; quand les deux fourreaux s’entrechoquèrent, Gil repartit immédiatement à l’attaque et cette fois-ci, il cogna ses côtes, puis sa cuisse.

- Encore.

La cour s’emplit des bruits de leur respiration, du choc des fourreaux l’un contre l’autre, des « encore » grognés de Gil, atmosphère à la fois paisible et entêtante ; les minutes, les heures défilaient sans que rien ne vienne troubler leur étrange ballet. Petit à petit, Gil se mit à « titiller » Neige en la faisant volontairement reculer, ou bien en feintant, bondissant d’un côté pour finalement s’aplatir sur le sol et frapper au niveau des genoux. Il la poussait dans ses retranchements, mais force était de constater qu’elle en avait dans le ventre ! Pour quelle autre raison se permettrait-il autant d’audace de toute façon ? Il s’amusait vraiment, en témoignait l’éclat de son regard et sa façon de hausser les sourcils quand elle se débrouillait bien.

- Encore. Tu me fais de la semoule, là. Lève ta garde !

Oui, mais ça y est, il sentait que son bras faiblissait. Comme elle n’avait pas l’air du genre à se plaindre, elle continuait l’exercice alors qu’elle galérait visiblement pour retrouver son souffle et garder l’équilibre. Impassible, Gil tourna sur lui-même pour éviter une attaque, bloquant le coup dans son dos et la renvoyant balader d’un ample geste du bras.

- Oh !

Le cri de surprise d’un commis de Lascard qui passait par-là, les bras chargés de palettes pleines, dissipa l’attention de Gil une fraction de secondes, le temps qu’il tourne la tête dans la direction du spectateur impromptu. Il sentit alors quelque chose caresser ses côtes et baissa les yeux pour voir le fourreau de Neige frôler son ventre. Petite maligne. D’un brusque mouvement du poignet il désarma la jeune fille puis il passa son propre fourreau dans son autre main et utilisa celle qu’il venait juste de libérer pour attraper son élève par le col ; utilisant son élan, il la fit basculer sur le dos, ce qui arracha un deuxième cri de surprise au gamin figé de stupeur.

- Fin de l’exercice. Trouve le moyen de te débarrasser du bandana et rends-le-moi intacte dans deux heures. On se retrouve dans la rue du château, près de la statue du cavalier.

Gil récupéra ses lames et les fixa tranquillement à sa ceinture, puis il adressa un grand sourire au garçon qui les regardait sans bouger.

- Besoin d’un coup de main ?
- Heu, n… non ça va, m… merci !
- Sûr ? Bon. A plus, alors.


Le pauvre commis se plaqua contre le mur pour laisser passer Gil qui disparut dans l’auberge. Il posa maladroitement ses palettes, s’essuya le front et se précipita vers Neige.

- Ça va ? Je… je peux vous aider ?


*


- Khamill Norwël ? Nan, je connais pas.

Gil soupira en s’éloignant du poste de garde. Bon, cette sale gosse n’était peut-être pas passée par là, et alors ? L’empire était vaste. Elle en avait peut-être fait le tour en bateau… Il fallait qu’il gagne la côte et cherche dans les ports. C’était sans doute un peu exagéré de sa part de se faire du mouron pour elle, mais depuis que Syles avait été retenu prisonnier sans qu’il le sache, il refusait de laisser quiconque de son entourage subir la même chose. Plus jamais. La mine sombre, il remonta le col de son tabard pour se protéger du froid qui envahissait l’air et s’engagea dans une rue pas mal fréquentée. L’arène des jeux battait son plein, le tournoi des hibernales avait commencé ; si ça se trouve, Neige était allée faire sa curieuse. Un sourire un rien nostalgique étira les lèvres de Gil et son regard se fit pensif, ramené plusieurs années en arrière… L’arène. Il se souvenait de la sensation du sable sous ses pas, le poids des regards sur ses épaules, la morsure de l’acier… Quelque chose lui rentra dedans et le fit revenir au présent dans un grognement de surprise.

- Hé !
- Pardon !
s’exclama le gamin déluré en repartant à vive allure.

Gil secoua lentement la tête en le suivant des yeux, puis tout à coup, porta la main à sa ceinture, sous le tabard… et jura vertement. Petit con ! Il s’élança à la poursuite du gosse reconnaissable à la casquette trouée enfoncée sur ses cheveux d’un blond cuivré. Celui-ci était doué, il louvoyait entre les passants avec agilité et filait à toute allure dans cette ville qu’il connaissait comme sa poche ; il se glissa sous une charrette et disparut dans une ruelle. Quand il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, son poursuivant n’était plus là. Encore un pigeon détroussé ! Un rire aux lèvres, le gamin fit sauter la bourse dans ses mains avant de la fourrer dans la poche de son pantalon déchiré. Il se remit en route en sifflotant, salua un passant en portant deux doigts à sa visière, tourna au bout de la rue… se figea quand une ombre immense apparut devant lui. Il se figea, leva les yeux.

Déglutit.

- Tu permets ? dit Gil dans un grognement sourd, et il saisit le gosse par le col pour le soulever à sa hauteur. Faut qu’on cause.

Le gamin battit des jambes et attrapa le bras de l’homme, en vain : la poigne de celui-ci était beaucoup trop solide pour qu’il puisse se dérober. Il poussa un cri qui ressemblait à un petit rugissement félin et se mit à griffer en s’agitant de plus belle. Gil haussa un sourcil. C’est pas un gosse, c’est un chaton !

- Tu vas continuer longtemps ton petit manège ? J’aimerais causer d’homme à homme.

Soufflé, le garçon cessa de gesticuler. Il était davantage habitué à recevoir des coups plutôt que des civilités.

- Ah, c’est fini ? Je te repose alors.
- Fichez-moi la paix !
- Fallait pas me voler si tu la voulais vraiment. Bon, tu m’écoutes ? Je cherche une fille. Elle s’appelle Khamill Norwël, elle est grande comme ça, plutôt jeune et facilement reconnaissable à la marque de brûlure qui s’étend sur son visage…


Gil décrivit Khamill aussi fidèlement que possible et le gamin l’écouta, perplexe.

- Je la connais pas, votre nana.
- Je sais. Je veux juste que tu ouvres l’œil et que tu me préviennes si jamais tu la voies.
- C’est tout ?
- Oui. Vingt pièces pour ton service, dix maintenant si tu acceptes ce travail.
- Trente pièce,
marchanda aussitôt le gosse.
- Vingt-deux.
- Vingt-cinq.
- Vingt-trois.


Le gamin réfléchit un instant puis tendit la main ; Gil la serra, un brin amusé, avant de hausser un sourcil. Le petit voleur soupira avant de lui remettre sa bourse.

- Tu sais, fit Gil en ouvrant celle-ci pour en tirer dix pièces, quand tu fais ce genre de chose, ne t’accroche pas à la ceinture. Ça augmente considérablement tes chances de te faire prendre.
- Vous êtes en train de m’apprendre à voler ?
- Tout s’apprend. Comment tu t’appelles ?
- Caël.
- Moi c’est Gil. Si tu me cherches, je loge à la Pucelle.
- Entendu !


Une fois Caël évaporé avec la moitié de son paiement, Gil prit la direction du château. Il était déjà en retard. Ça lui rappela les premiers cours avec Kaünis, quand il se pointait toujours à la bourre, et il se demanda comment Neige allait réagir…

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Dim 06 Jan 2019, 11:34

C'était exaltant, même avec un bras en moins, la fatigue et les courbatures qui persistaient. Vriller, tordre son corps, sauter, changer d'appuis ; de fantôme, elle avait le sentiment de presque devenir feu follet et appréciait ce sentiment. Si l'homme qui lui faisait face restait intouchable, Neige adorait se sentir ainsi, tentait d'user de toute la souplesse et la force qu'elle avait pu acquérir.

S'immerger dans le combat – l'exercice – après avoir pris une grande inspiration. Délaisser ses pensées, juste se fondre dans ses mouvements, dans les gestes de l'autre. Un sourire léger dansait sur son visage tandis qu'elle goûtait ces nouvelles sensations, une lueur sauvage dans les yeux.

Avoir ensuite le fourreau dans la main la déséquilibra ; il y avait désormais une extension à son bras avec laquelle elle devait composer, qui avait son propre poids, sa propre portée, sa réalité ; elle sentit cette dernière plus fortement encore lorsqu'il s'entrechoqua avec celui qu'avait gardé Gil, sentant le choc résonner dans son bras, s'éteindre en écho dans son torse. Pour ensuite heurter d'autres parties de son corps. Bon.

Vivre le combat, le danser. Le laisser voler son souffle et son temps. Abandonnant son habitude de reculer face à la menace, elle se lança parfois, cherchant l'affrontement, à entrechoquer les fourreaux ; quittant parfois le sol de l'arrière-cour pour un saut, pour bondir, vive, presque en envol.

C'était enivrant, c'était exaltant, oui. Elle sentait son cœur battre à tout rompre sous l'effort, son souffle se raréfier, son corps entier demander le repos, et pour rien au monde elle n'aurait cessé d'elle-même l'entraînement, têtue, peut-être autant que lui. Elle était du genre à s'arrêter qu'une fois morte – et encore !

- Oh !

Voix inconnue. Détachée du reste, centrée sur le combat, il ne troubla pas son attention, mais elle perçut au contraire une ouverture.

Un instant ; juste un instant, où Gil fut déconcentré par la nouvelle personne présente dans l'arrière-cour. Elle s'y engouffra, fourreau en avant, l'autre épaule en arrière pour garder son équilibre. L'effleura. Son sourire victorieux ne s'effaça pas le moins du monde lorsqu'une main la délesta de l'arme puis qu'elle fut envoyée au sol sans plus de façon – encore, comme il disait. Peu surprenant, mais son regard pétillait un peu, un brin moqueur. Touché.

- Fin de l’exercice. Trouve le moyen de te débarrasser du bandana et rends-le-moi intacte dans deux heures. On se retrouve dans la rue du château, près de la statue du cavalier.

Laissant échapper un soupir, elle relâcha son corps, ferma les paupières, sentit un peu de tension quitter ses muscles. Manière originale de terminer ledit exercice, mais il était vrai qu'elle était drôlement fatiguée. Le bruit de pas du commis s'approchant d'elle lui fit ouvrir les yeux.

- Ça va ? Je… je peux vous aider ?

Neige éclata de rire en toute réponse, achevant probablement de le convaincre qu'elle n'avait pas toute sa tête. Elle avait au contraire le sentiment de l'avoir bien fixée sur les épaules, de sentir vibrer la totalité de son corps après l'épuisement ; du bout des doigts à son ventre, d'avoir usé de tous ses muscles.

Elle finit néanmoins par se redresser, au moins pour rassurer ce pauvre garçon. Et parce que, tant qu'il était là, autant en profiter. Une fois debout, elle lui adresse un sourire éblouissant, ses yeux pétillant encore des échos de l'entraînement.

- Eh, tu crois que tu pourrais m'avoir un bain ? Et de quoi grignoter ?
*
Neige n'avait aucune idée de si Gil devrait ensuite payer pour son bain et elle n'en avait que faire, honnêtement. Là, maintenant, elle était plongée jusqu'au menton dans de l'eau bien chaude, avait attrapé quelques fruits offerts par le commis toujours stupéfait et sentait ses muscles se détendre et son corps récupérer un peu.

Voilà qui était déjà mieux qu'une baignade rapide dans un cours d'eau, songea-t-elle.

Elle attendit que l'eau tiédisse pour se savonner rapidement et sortir de la baignoire, un peu à contrecœur. Elle avait toujours beaucoup aimé les bains, et en avait largement profité quand elle était encore à l'exploitation familiale. Ensuite, cela avait été plus compliqué. Cela dépendait de ses patrons : parfois elle pouvait profiter gratuitement d'ablutions, parfois c'était déduit de son salaire.

Avant de se rhabiller, elle jeta un coup d’œil à son corps aux allures toujours graciles. Des ecchymoses le parcourait, des égratignures aussi, des rougeurs ; un peu comme à ses débuts, quand, enfant, elle s'était lancée à l'assaut des falaises, et avait percuté plus d'une fois la roche le temps de comprendre comment elle devait monter.

Elle se lançait maintenant à l'assaut de quelque chose qui semblait tout aussi vertigineux, qui la laisserait d'abord avec des marques pour lui offrir, au bout, quelque chose d'exceptionnel.

Se secouant, elle remit ses vêtements, un peu secoués pour être débarrassés de la poussière, et laissa ses cheveux libres et encore alourdis d'eau s'éparpiller sur ses épaules. Avec un bref sourire, rangeant le bandana dans sa poche – ôté à l'aide du commis –, elle emprunta la fenêtre plutôt que la porte pour ressortir.

Elle déambula un peu au hasard dans les ruelles, après les avoir empruntées de nuit ; finit par remonter à l'assaut des toits, dérangée par les passants, la foule mouvante. Du haut des bâtiments, elle repéra le point de rendez-vous que Gil lui avait donné, et décida de passer le temps qu'il lui restait à simplement se promener, profitant de la solitude que les toits lui offraient.

Son corps récupérait, son bras d'usage aussi. Un sourire lointain continuait de danser sur ses lèvres alors qu'elle louvoyait sur les hauteurs, l'esprit lavé par l'effort.

Son regard s'égara vers le ciel, tentant de deviner l'heure. Dans le doute – et puis, un Gil en temps normal était déjà agaçant, inutile d'essayer de le mettre de mauvais poil – elle se dirigea vers la statue désignée.

Trouvant l'endroit vide d'envoleur de mauvaise humeur, elle se contenta de s’asseoir sous la statue, sortit une pomme de son manteau et la grignota paisiblement en attendant son maître, ses yeux pâles observant le monde tourner et vivre autour d'elle. Étouffant un bâillement, elle s'interrogea quant à ce qu'il prévoyait maintenant. Bien qu'ayant le sentiment d'avoir le corps un peu en compote, une pointe de curiosité la titillait.

Fruit fini, elle s'adossa à la paroi derrière elle, ferma à moitié les yeux. Elle était bien, comme ça. Et puis, s'il tardait trop, elle s'en irait faire autre chose. Imaginer son maître retrouver l'endroit sans élève parce que celui-ci avait décidé d'aller se promener ailleurs lui tira un sourire.


[un ptit peu cours, j'suis pris par mes dossiers, désolé !]

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Mer 09 Jan 2019, 18:08

Gil ne put s’empêcher de sourire en voyant Neige somnoler contre la statue. Il secoua la tête. Décidément, cette gamine le surprenait chaque jour davantage… Il s’approcha sans bruit.

- Bouh, lâcha-t-il doucement, ravi du petit sursaut qu’il devina. Déjà fatiguée ?

Son ton ironique rencontra un regard noir. Il commençait à l’apprécier, lui aussi. Et puis il se souvint qu’apprécier quelqu’un ne lui réussissait jamais, alors il se détourna et s’éloigna dans un silence qui signifiait « suis-moi ». D’une certaine manière, Gil avait toujours été un lunatique, mais perdre ceux à qui il s’était trop vite attaché avait renforcé cette tendance… Les ombres s’étiraient tandis que le soleil déclinait, la journée tirant déjà à sa fin. Ils contournèrent le château, formidable construction défiant les âges, puis s’engagèrent dans l’allée qui menait jusqu’à l’arène des jeux. Une clameur s’en échappait, attirante comme un feu de camp en plein hiver ; les gens se massaient aux portes pour entrer dans la structure et assister au tournoi. Peu désireux de se mêler à la foule, Gil entraîna Neige vers l’extrémité de l’arène. Il leva les yeux, observa un bref instant le haut mur arrondi qui supportait les gradins et enfermait la gigantesque piste où les candidats s’affrontaient pour remporter les hivernales, puis regarda son élève.

- Le dernier arrivé là-haut est une crotte de Raï.

La forme de l’arène rendait l’ascension parfois difficile, mais Gil s’élança sans aucune crainte : Neige était une bonne grimpeuse. Elle avait besoin de ce genre de défi pour continuer à progresser dans ce domaine et il comptait bien la pousser jusqu’au bout de ses limites, au cours de cette longue formation qui les liait. Tout en s’élevant avec une légèreté qui contrastait étrangement avec sa carrure, Gil mesura à quel point son point de vue s’était déplacé en seulement quelques heures. Ce n’était pas la première fois qu’il se trompait et ce n’était sûrement pas la dernière, mais c’était la première fois qu’il commettait une aussi belle et franche erreur de jugement… à propos de Neige et surtout, à propos de lui-même. Au contact de Lëroya, de Tsu, de Nora, il avait réussi à remonter une pente difficile et à devenir un homme qui profitait simplement de la vie ; les changements, insignifiants mais nombreux, avaient apaisé son âme blessée et émoussé ses intentions. Ce n’était plus le même envoleur qui avait combattu au sein de cette arène, dix ans plus tôt ! Il s’était toutefois cru trop sage et trop juste, avant qu’une apprentie aussi grande qu’une puce ne le remette à sa place de maître. Il avait encore énormément à apprendre. Il apprendrait toujours. N’était-ce pas extraordinaire ?

Parvenus au sommet, Gil et la crotte de Raï s’installèrent au bord du toit qui se refermait seulement sur les gradins les plus élevés. Ils se trouvaient ainsi loin du centre sablonneux sur lequel s’affrontaient deux guerriers, mais des dessinateurs avaient trouvé le moyen de projeter leur image sur une sorte d’écran de fumée gigantesque. Une clameur monta depuis les gradins, voix unanime des spectateurs en liesse devant le combat de l’instant. Le premier combattant était un véritable colosse d’au moins deux mètres, les bras et les cuisses larges comme des troncs et sans doute aussi solides ; il maniait une énorme épée qui fouettait l’air et s’abattait avec violence en projetant des nuages de sable. En face de lui, une crevette ! A peine plus grand que Neige, l’homme était très mince et il tenait une lame dans chaque main. A première vue, c’était un duel inégal et en faveur du colosse.

A première vue.

La crevette tourbillonna et se faufila sous la garde du colosse pour se glisser entre ses jambes et le blesser au niveau des genoux. Le géant vacilla, se retourna… plus de crevette. Déjà hors de portée. Face à au décuplement de violence de l’un, l’autre opposait sa rapidité et son agilité. Quand le premier frappait, le second esquivait. C’était d’autant plus intéressant à voir que chaque coup, chaque parade se jouait à quelques centimètres ou à quelques secondes près, rendant le suspens incroyable et la tension folle. Epuisé par les sauts de puce de son adversaire, le colosse bougeait déjà plus difficilement sa masse musculaire. Gil ferma les yeux, il connaissait la fin de cet échange. Pas besoin de les rouvrir pour deviner, à la formidable vague d’applaudissements et de cris, que la crevette était sortie victorieuse de ce combat à couper le souffle. Il rouvrit quand même un œil pour observer le profil de Neige, et un creux de sourire se dessina sur sa joue.

- Quand l’adversaire est plus fort, il faut se servir de sa force pour la renverser contre lui-même. Tiens, regarde ces deux-là… je parie que le type avec la hache va gagner. T'en penses quoi ?

De paris en commentaires, maître et élève se régalèrent de cette première soirée des hivernales et sentir à peine la nuit tomber doucement sur leurs épaules. Des étoiles brillaient au-dessus de leur tête quand ils quittèrent l’arène en empruntant le même chemin qu’à l’aller. Ils s’enfoncèrent ensuite dans les ombres nocturnes, parcourant la ville par les toits et s’offrant cette liberté pleine d’ivresse que peu de gens connaissent véritablement. Escalade, défis complètement fous, boutades à la volée… l’aube était proche quand ils rentrèrent enfin à la Pucelle pour se reposer quelques heures. Une poignée de jours et de nuits s’écoulèrent ainsi, rythmés par quelques passages à l’arène afin de suivre les hivernales et la progression de leurs favoris, mais surtout par une quantité infinie d’exercices tordus et difficiles. Ils couraient chaque matin et s’affrontaient à une main chaque soir. De plus en plus, Gil montrait à Neige avant de la laisser faire, adaptant mieux son discours mais ne se privant pas de la houspiller chaque fois qu’elle faisait un pas de travers. Il se faisait un malin plaisir de la taquiner jusqu’à s’attirer ses foudres, ce qui pouvait parfois prendre un long moment. Pendant une semaine, ils parcoururent Al-Vor en long, en large et en travers.

Jusqu’au matin où Caël vint trouver Gil. Comme d’habitude, celui-ci s’était levé plus tôt que Neige ; le ciel se parait tout doucement d’une teinte rose et violette quand le garçon apparut dans la salle commune de la taverne. Ignorant le regard courroucé de Lascard qui essuyait quelques verres, il se faufila entre les tables encore vides pour s’approcher de Gil, occupé à écrire une lettre pour Nora et Makeno. Il n’avait pas vu Khamill, mais le cousin du frère d’un de ses amis semblait avoir une piste assez solide pour que l’envoleur s’y intéresse. Celui-ci s’acquitta de la deuxième partie du paiement pour ce service rendu et pour la peine, invita le gamin à prendre un petit-déjeuner. Plus tard, après une session d’endurance particulièrement difficile suivie de quelques assouplissements, et enfin d’un travail d’ouverture de serrures au mécanisme relativement simple, mais dans un temps limité, Gil entraîna Neige au sommet de la première tour qu’ils avaient gravie ensemble. Assis au bord du vide, il prit le temps d’apprécier la vue et de se gorger de ces derniers instants passés avec son élève, avant de rompre le silence auquel ils étaient devenus coutumiers.

- Je dois partir.

Il s’étonna de ressentir une pointe de regret à cette idée. En fait, il n’était pas si pressé de quitter Neige. Il le fallait pourtant.

- Retrouve-moi dans huit semaines à Al-Chen, dans une auberge appelée La Feuille de Chen. D’ici là, tâche de rester en vie et de continuer ce que nous avons commencé. Et tiens, c’est pour toi.

Il lui tendit une petite bourse dans laquelle se trouvait une grande partie de la somme récoltée pour la vente de leur cheval. Il estimait que Neige avait mérité sa part, étant donné qu’elle avait affronté elle aussi les bandits de la carrière, dont un à mains nues. Il se fichait bien de ce qu’elle allait pouvoir en faire, tout comme il se fichait pas mal de ce qu’elle allait décider, à présent que leur duo se séparait, mais c’était temporaire.

- Tu peux garder l’arc et les flèches pour continuer à t’entraîner.

Et les quelques crochets qu’il lui avait filé pour crocheter des serrures. Ainsi qu’un couteau de lancer. Et quelques pâtes de fruit pour garder la forme.

- On va peut-être bien réussir à faire quelque chose de toi, finalement… dit-il en lui donnant un léger coup d’épaule, goguenard.

Son regard dépareillé trouva celui de la jeune fille et s’y perdit un bref instant sans qu’aucune parole ne soit échangée ; parfois, les mots étaient inutiles. Il se contenta donc d’un clin d’œil avant de se laisser tomber dans le vide.

Est-ce que les hommes savent voler ?

Gil ouvrit les bras et laissa les larges pans de son tabard ouvert se gonfler. Il se rattrapa à la paroi avant de bondir comme un chat sur le toit voisin. Sans cesser de courir sur les plaques d’ardoise, il leva une main, deux doigts tendus en forme de V pour saluer son élève à sa manière. Une pirouette, encore.

Et il disparut.


[Voilà, je m'arrête-là pour ce premier cours absolument génial ! Tu peux y répondre une dernière fois. En fait, Gil ne pourra pas retrouver Neige dans huit semaines, mais il ne le sait pas encore ; si tu lis le Rp que j'ai écrit avec Tsukia, tu comprendras pourquoi... Mais Gil reste ton maître et il te fera signe dès qu'il reviendra, c'est promis Wink]

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MessageSujet: Re: Groupe Aljuin - cours 1   Mar 15 Jan 2019, 12:23

A l'interpellation, Neige répondit également par un grognement sourd. En plus d'être en retard, voilà qu'il trouvait à redire sur sa façon de l'attendre. Bien que légèrement déconcertée par le changement d'attitude qui suivit, elle marcha sur ses pas sans mot dire, nouant ses cheveux maintenant secs avec son habituel ruban rouge, ignorant les quelques mèches qui s'échappèrent pour effleurer son visage au rythme de ses pas. Son regard naviguait, passant des badauds, aux bâtiments pour effleurer son maître avant de s'envoler vers le ciel, rêveur.

Le bruit dont ils s'approchaient, brisant la quiétude qu'aurait dû amener le soir, retint son attention. Intriguée, elle se concentra sur le monde autour d'elle. Une arène, s'était vers une arène qu'il l'emmenait. Elle ne s'était jamais intéressée aux joutes de combat, mais n'allait pas rechigner pour autant à découvrir quelque chose de nouveau.

- Le dernier arrivé là-haut est une crotte de Raï.

Elle roula des yeux, mimant l'agacement. Qui est le gamin ici ? Elle le suivit néanmoins – encore. La forme courbe qui se présentait à elle était un défi stimulant en soi et elle n'avait guère besoin des piques de Gil pour s'y élancer à son tour.

Mains effleurant la paroi pour se saisir des prises, corps proche du mur pour défier la gravité, elle se hissait à sa propre allure, esquisse de défi lancée à son maître. Bien sûr, qu'il serait le premier là-haut. Bien sûr, qu'elle ne pouvait le battre à ce jeu-là. Cela lui était égal, et elle désirait juste profiter de son ascension, du vide, de l'idée de la chute, du rêve des hauteurs.

Une fois en haut, elle s'installa le plus confortablement possible pour profiter du spectacle qui se présentait à elle. Délaissant la masse de muscles, elle s'intéressa à l'adversaire qui lui faisait face, dont la stature s'approchait de la sienne ; et pour avoir fait de son mieux pour changer l'opinion que se faisait Gil d'elle, Neige n'ignorait pas que le fin combattant offrirait un beau combat.

Presque fascinée, elle scruta du mieux possible les mouvements de celui qui avait attiré son attention. Force et souplesse, opposés. Comme ça, songea-t-elle, elle pouvait devenir comme ça. Feu follet face aux colosses, souple, vive, rapide. En tout cas, elle le souhaitait, et elle souriait face au combat, aux mouvements esquissés, ratés, violents. Intéressée.

Un mur est solide, mais le vent parvient toujours à se faufiler entre ses failles.

Sourire au lèvres, pieds battant avec régularité contre la paroi, elle observa avec plaisir le fine silhouette remporter le combat, tout comme elle admira ceux qui suivirent. Elle trouva le moment agréable, à regarder des gens lutter, échanger des remarques avec son maître, jusqu'à que la nuit installe son voile sur eux.

Étoiles, liberté, hauteurs. C'était étrange que d'arpenter les toits avec quelqu'un d'autre, mais elle finirait par s'y faire. Elle allait devoir s'y faire, à être l'ombre de quelqu'un, ou silhouette floue à ses côtés. À sentir une autre présence sur les toits et les murs, sous le ciel noir et dans le silence.

Neige commençait à l'apprécier, cet envoleur mal luné. Même s'il aurait mérité qu'on lui retourne un peu la tête, qu'on lui apprenne la politesse, et la patience... Bien que, peu habituée au contact d'autrui, elle n'était probablement guère mieux. Et si elle continuait à le côtoyer, son caractère allait empirer.

Mais il fallait bien que cela s'arrête, du moins brièvement. Elle ne fit que peu attention aux jours défilant, prise par l'entraînement auquel elle était soumise, s'efforçant toujours de tendre à ses limites pour les dépasser, et distribuant tant de regards noirs à Gil qu'elle n'aurait su les compter.

Et elle se sentait bien, ainsi. À exercer son corps, son esprit, aspirant à toucher l'envol. Elle en était persuadée ; les trois ans ainsi ne seraient ni laborieux, ni ennuyeux. Même si elle devait se disputer le plus clair de son temps avec son maître, et le reste à se taire.

Au terme des jours défilant, elle fut un peu surprise de se retrouver en bas de la première tour qu'ils avaient escaladé mais ne pipa mot et, à ses côtés, profita tant de l'ascension que de la vue qui s'offrit ensuite à leurs yeux, et du silence fissuré par le bruit du vent.

- Je dois partir.

Prise de court, elle tourna la tête, étonnée, pour le fixer. Il y avait quelque chose qui touchait à l'inéluctable dans cette simple sentence, songea-t-elle. Elle aurait posé bien des questions sur ce qu'il devait accomplir en partant ainsi, mais elle doutait d'avoir des réponses, et n'avait de toute façon pas envie de l'interroger.

Il lui dirait peut-être, un jour.

- Retrouve-moi dans huit semaines à Al-Chen, dans une auberge appelée La Feuille de Chen. D’ici là, tâche de rester en vie et de continuer ce que nous avons commencé. Et tiens, c’est pour toi.

Elle récupéra avec plaisir l'argent qu'il lui donna. Voilà bien plus que ce qu'elle avait pu gagner comme serveuse. L'idée de revenir à Al-Chen la laissait songeuse, mais n'était pas si déplaisante. Bien que connue, Cime apprécierait plus cette ville qu'Al-Vor ; et puis, il y avait les Dentelles Vives, non loin.

Si en plus elle avait quelques semaines pour n'en faire qu'à sa tête et se promener là où elle voulait sans maître pour la houspiller, c'était encore mieux. Elle avait envie de découvrir le Domaine, se promener près des collines de Taj, chercher des falaises, s'intéresser au lac Chen, s'enfoncer dans une forêt pour s'habituer à l'atmosphère sylvestre...

Elle prit les affaires qu'il lui donna ensuite, les rangea avec soin. Sa volonté ne la lâcherait pas parce qu'ils se séparaient quelques semaines, et elle était bien déterminée à continuer à s'entraîner, toujours plus. Pour elle plus que pour sa formation – à moins que les deux ne se chevauchent.

- On va peut-être bien réussir à faire quelque chose de toi, finalement… 

- Et peut-être qu'on va faire de toi un maître potable, répliqua-t-elle aussitôt avec un sourire narquois.

Échange de regards. Sans mot dire, elle l'observa se lancer dans le vide. Éclata de rire au signe qu'il lui fit de loin.

Elle-même resta longuement en haut du toit, profitant de la solitude retrouvée, du calme, réfléchissant posément aux jours qui s'étaient écoulés, intenses et riches, singuliers et fascinants.

Quand elle fut lassée de la vue – quelques minutes, ou peut-être quelques heures plus tard –, elle descendit à son tour, regagna leur auberge pour prendre ses affaires puis passa prendre le cheval gagné lors de l'affrontement contre les bandits. Sortant de la ville, elle entendit Cime crier au loin, attendit, au pas, qu'il se juche sur son épaule, l'air heureux de la retrouver.

Elle regarda l'immensité devant elle.

Sourit.


[voilààà]

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