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Le Pacte VS L'Ordre
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 Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]

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MessageSujet: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Mar 14 Aoû 2012, 23:28

- Ca f'ra trois pièces ma bonne dame.

Une grimace accueille l'annonce du prix du sac de pommes. Je n'ai pas le souvenir d'avoir du payer autant l'année dernière. Il faut dire que les souvenirs de mon errance sont étrangement brumeux dans mon esprit mais je suis sure que ces fruits n'étaient pas aussi chers. Tant pis … j'en ai assez de me nourrir de viande et de racines et quelques fruits ne seront pas de trop pour m'accompagner jusqu'au bout de mon voyage.

- Deux ?

J'insiste sans vraiment y croire, chose que le marchand ne rate pas.

- Trois.

Son air guindé m'indique qu'il ne changera rien au prix donné quelles que soient mes tentatives pour négocier. Avec un soupir appuyé je laisse glisser les bouts de métal dans sa main et attrape le sac en toile qu'il me tend alors. Je le remercie sans y mettre le ton puis tourne les talons. Je ne tiens pas à m'attarder à Al-Jeit trop longtemps. Il doit être aux alentours de midi et je compte camper loin de la cité. Hors de question de passer la nuit ici, ma bourse ne survivrait pas au payement d'un lit douillet dans une auberge. De toute façon j'ai l'habitude de la vie à la dure, en particulier grâce à mes différents voyages et à mes cours Marchombres.

Je suis donc à peu près ruinée et plutôt pressée.

Alors pourquoi est-ce que je prends le temps de m'attarder devant cette échoppe de vêtements ? Quel sentiment féminin oublié avais le besoin de ressurgir maintenant pour me pousser à dépenser mes maigres économies ? "Je ne fais que regarder." Et cette pensée m'énerve. Si je continue je ne vais pas me contenter de regarder. A contrecœur, je me force à rejoindre le flot de gens au centre de la rue, là où il a le plus de chances de m'emporter sans que mes yeux puissent se poser sur les étalages aux couleurs vives. Se couler dans cette masse humaine sans se faire écraser est un exercice épuisant qui m'oblige à m'ouvrir à toutes les personnes qui m'entourent. Repérer leurs mouvements pour prédire leurs directions. Chercher les poches vides où je peux me glisser pour continuer ma route. Guetter d'éventuels voleurs qui chercheraient à poser la main sur ma bourse ou mon précieux sac de pommes. Je n'ai pas grand-chose d'autre à transporter, le reste de mes affaires étant contenu dans les fontes que j'ai laissé dans une écurie avec Shantal. Je n'ai donc presque rien à surveiller. La dame devant par contre … Un châle l'encombre et gêne ses mouvements, si bien que lorsqu'un marmot lui vole sous le nez l'énorme pain qui dépasse de son panier, elle ne peut que hurler d'une voix strident un "Au voleur !!!" et tenter de se retourner vers le gamin sans s'empêtrer dans ses amples vêtements. Déjà le garnement est loin.

Et moi avec.

Je ne sais pas vraiment quel sens de la justice a animé mon cœur en cet instant, mais voir un tel acte se passer sous mon nez m'a donné envie de récupérer ce pain. Je ne sais pas si une fois le voleur coincé je récupérerai le pain ou le lui laisserai mais en tout cas je ne compte pas le laisser s'en tirer comme ça.

Avec une étrange aisance, je remonte le courant des passants m'éloignant à grande vitesse des cris de la victime. Celle là s'en remettra vite. L'argent qu'elle semblait posséder devrait lui permettre de racheter sans mal de quoi remplir son ventre.
Le voleur m'apparait comme un objet posé sur la mer qui apparait et disparait au gré des vagues. Inlassablement je le suis jusqu'à ce qu'il tourne au coin d'une rue. Il devrait cesser de courir maintenant qu'il est loin de la scène du vol. A moi le voleur …

Sans me poser de questions, je tourne aussi au coin de la ruelle.


[Si tu veux être le gamin-voleur qu'Ange poursuit, tu peux. Sinon je te laisse choisir une autre façon de nous rencontrer ^^]
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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Mer 15 Aoû 2012, 11:27

La lumière du jour frappe violemment mon visage et je pousse aussitôt un juron. J’ai peut-être un peu trop bu, hier, et mon crâne me paraît légèrement sensible. Méprisant la douleur, je me lève et sors de la chambre de l’auberge. J’ai faim. Je porte la main à ma bourse, remarquant avec une grimace de dépit que je ne possède pas grand-chose, et décide de me mettre en route pour le marché.

En sortant dans Al-Jeit, je reste encore une fois bouche bée devant la merveille de la cité. Je suis arrivée tard, hier, après plusieurs jours de marche (et de galop après avoir volé un cheval), et je n’ai pas eu le temps de contempler la ville.
Si, en elle-même, elle est magnifique, bien différente d’Al-Far que j’ai toujours connu, les gens c’est autre chose. Une foule bruyante, mouvante. Trop de bruit, trop de monde. Je lâche un soupir. Je déteste les grande-villes le jour. Sauf pour un détail.

Il y a le marché. Et j’ai vraiment faim.

Je vérifie que ma capuche cache bien mes traits, et ma cape mes vêtements de cuir –saleté de tic– et m’élance au milieu de la foule. Ma capuche, à mon grand soulagement, atténue un peu le bruit. Mais il y a peu de chance pour que cela continue quand je commencerais mes cours d’Envoleuse. Je suis passée récemment à Ombreuse, et comme aucun cours n’était prévu, j’avais décidé d’explorer un peu Gwendalavir, en commençant par sa capitale. Prochaine étape ? Je ne sais pas. Peut-être Al-Chen.

Je me fonds dans la foule, en bonne petite voleuse, et cherche une proie. Une personne riche, de préférence. Je ne vole jamais les pauvres, et je déteste les bourgeois depuis ma famille d’adoption.
Je remarque en passant une femme curieuse. Elle donne l’étrange impression de se fondre dans la foule, mais en… harmonie ? Elle se débrouille mieux que moi, et cela m’énerve. Je décide de passer outre et repère une dame enveloppée dans un châle pas loin. Un châle qui l’empêche de trop bouger… De toute évidence, elle est riche. Tous ses bijoux, et tout et tout. Mais ce n’est pas l’heure de faire des courses, et je me contente de voler un pain.

Je ne sais comment, elle s’en rend compte et hurle, incapable de bouger sans se casser la figure. Je lâche un ricanement et m’enfuie. Je me mêle au gens, m’efforce de devenir invisible. Mais la dame, en hurlant, a alerté toute la foule. Quelqu’un qui, à ce moment-là, court, est un peu trop voyant. J’arrive néanmoins bien vite à sortir de la foule et tourne au coin d’une ruelle. C’est là que je me rends compte que quelqu’un est derrière moi. Quelqu’un de beaucoup trop doué pour me pister pour ma santé.

Et la sienne.

Je déteste fuir et décide de faire face, me retournant, sans oublier de glisser le pain dans le vieux sac que je trimbale depuis mes 12 ans. Ma voix se fait sarcastique.

- Un problème ? Je peux vous aider ?
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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Dim 26 Aoû 2012, 16:19

Même si je viens de traquer une personne, je n'apprécie pas de me comparer à un prédateur en chasse. Ce que j'apprécie encore moins, c'est de ne pas m'être montrée assez discrète dans ma poursuite. Quel qu'ai été le Maitre qui m'ait vu aujourd'hui, il n'aurait pas manqué de placer une remarque piquante sur ma piètre performance. Aïwen l'aurait fait avec calme, Pia avec humour et énergie et Sanja avec un ton rustre mais toujours sympathique. M'être fait lachée par deux Maitres sur trois n'est au fond pas si malheureux. Chacun d'eux était différent et on ouvert des portes devant moi que les autres auraient laissées fermées. Tous m'ont appris à vivre.
Et je ne compte pas laisser ce petit voleur mettre un terme à cette précieuse vie.

Je me suis arrêtée net à l'entrée de la ruelle en voyant la silhouette immobile quelques mètres plus loin. Tournée face à moi, elle ne me laissait pas penser une seule seconde qu'elle ne m'avait pas repérée. La clarté du jour n'empêche pas le lieu d'être sombre, ce qui ne m'empêche pas pour autant d'examiner rapidement la personne qui me fait face, un pain à la main. Ou pas. Ses yeux emplit de défit ancrés dans les miens, la jeune fille glisse son larcin dans son sac. Il est clair que si je veux le récupérer, il me faudra lui passer sur le corps. Soit. Mais j'aimerais trouver une façon moins violente.

- Un problème ? Je peux vous aider ?

Je la sens sur les nerfs, prête à bondir sur moi toutes griffes dehors. Elle me fait penser à un chat sauvage qui ne se laissera pas amadouer quoi qu'on puisse tenter. Le mieux serait de la tuer pour terminer l'histoire de notre rencontre, mais un meurtre pour un pain n'est pas du tout à mon goût. Je laisse un sourire s'échapper sur mes lèvres et déclare d'un ton confiant, à l'opposé de celui de la voleuse :

- Non, aucun. Je serais ravie d'avoir ton aide en effet. Ma tante m'a chargée de lui ramener un pain, je crois que tu sais où je peux en trouver …

Immobilité et mouvement.
Le brin de Marchombre qui vit en moi me souffle ces mots pour rassurer mon cœur qui s'agite à la perspective d'un combat à venir. J'ai un long voyage devant moi et il faut que je trouve le moyen de me mêler d'un situation sans intérêt … risquer ma vie et mon temps pour un pain. Je suis une idiote.
Mais je suis Marchombre.
Immobile mais bientôt en mouvement.
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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Lun 27 Aoû 2012, 10:44

Mes mots n’ont pas finis de résonner que je les regrette, en bonne lunatique. Apprendre à être sympathique... Un doux rêve. Je soupire et la dévisage. Elle a l’air plutôt anodin, avec ses cheveux noirs, sa peau pâle et ses yeux bleus.
Une fille banale qui réussit à me pister au milieu d’une foule et apparemment juste parce que j’ai volé un pain ?...
Heu...
Je pousse mon observation plus loin. Elle a une façon de se mouvoir étrange. Qui me rappelle, de façon diffuse, quelqu’un. Je lève les yeux au ciel, tentant de me souvenir, l’oubliant totalement, ce qui n’est pas forcément la meilleure façon de rester en vie.
Je suis sur le point d’abandonner quand Envol décide de venir m’embêter. Cet oiseau de malheur, guidé par la force de l’habitude, soulève le rabat de mon sac et pioche un morceau de mon pain.
Avant de s’envoler en se moquant pour se poser sur mon épaule. Nouveau soupir. Je lui avais interdit de venir en ville, mais il n’en fait qu’à sa tête. Les humains sont tellement bêtes qu’ils pourraient le tuer.
Moi, parano ? Pas du tout, voyons.
C’est là que je me souviens. Neïl. Ses gestes aussi étaient fluides, rapides, gracieux. Plus que l’espèce de justicière devant moi, mais il y a une drôle de ressemblance. Je reviens finalement sur terre. Un sourire vient orner le visage de la fille –qui à l’air à peine plus âgée que moi, d’ailleurs- et je grimace légèrement, gardant mon visage caché avec soin malgré les coups d’ailes de ce stupide oiseau.
« Danger ».
Je fronce les sourcils. Parfois, Envol communique avec moi. Je ne comprends pas. Danger ? Pourquoi, danger ? Elle n’a pas l’air si dang...
« Il ne faut pas faire attention aux apparences, ma lune. Jamais. »
Ça y est, premier signe de la folie, les voix dans la tête. Je crois que je commence à avoir la migraine. Bon, et si c’était vrai, et alors ? Je reporte mon attention sur l’autre. Si ma capuche ne cachait pas en partie mon visage, elle me prendrait pour une dingue, avec toutes mes mimiques. Même, si, honnêtement, je m’en fiche.

- Non, aucun. Je serais ravie d'avoir ton aide en effet. Ma tante m'a chargée de lui ramener un pain, je crois que tu sais où je peux en trouver …

J’avoue, je ne m’y attendais pas, à celle là. Surtout à son intonation confiante. Sa tante ? L’espèce de truc plein aux as ? Mais, c’est sa faute ! C’est une invitation ambulante à voler. Et encore, j’ai été sympas, je n’ai pris que ce pain qui compromet maintenant mes chances de survie.
Après la folie, la mauvaise foi.
Je prends enfin un peu de temps pour réfléchir convenablement. D’abord, le fait que ce soit sa tante me dérange. Peut-être ment-elle, pour une raison qui m’échappe et dont je m’en fiche royalement.
Ensuite, je vais encore faire une bêtise.

― Dégage, stupide volatile, je souffle à Envol.

Il déchiquette mon épaule de ses serres et s’envole.
Puis je fais un grand sourire à miss-touche-pas-au-pain-de-ma-tante.

― Viens donc le chercher...

Se faisant, je pose ma main sur mon poignard. Une de mes mains se tient prête à baisser ma capuche pour préserver ma liberté de mouvement et ma dernière pensée est :
Crever pour un bête pain, quelle mort glorieuse.
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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Dim 02 Sep 2012, 23:45

Un froissement d'ailes me fait sursauter et momentanément oublier le regard menaçant de l'inconnue. Un oiseau que je suis incapable d'identifier s'approche en douceur de nous pour finalement se poser sur l'épaule de la jeune fille. Ignorant de la tension qui habite l'air, il glisse son bec dans le sac pour y saisir un morceau de pain. Si je veux récupérer ma part du butin avant qu'elle soit réduite à une miette, il va falloir me dépêcher… d'ailleurs mon choix est fait. Je vais récupérer ce précieux repas sous prétexte de le rendre à sa propriétaire légitime, puis j'irais le manger plus loin. Cette fille n'a pas l'air trop dangereuse … je devrais pouvoir l'immobiliser sans mal … et voilà que je pense comme un vulgaire bandit ! Les gens qui ont attaquer la caravane venant de mon village il y a bien longtemps pensaient-ils d'une façon aussi simple ? Tuer pour manger, pour survivre ? Suis-je en train de me rabaisser à leur pitoyable niveau ? Je me dégoûte … mais j'ai tellement faim. Aller, je ne vais pas la tuer, juste l'immobiliser le temps de récupérer le pain. Rien de bien méchant. Je ne m'abaisserai jamais à lui ôter sa vie. A moins que … mais nous n'en sommes pas encore là.

L'interruption du volatile n'a pas fourni qu'à moi une raison d'oublier mon adversaire. La jeune fille s'est tourné un instant pour regarder l'animal voler le fruit de ses efforts. A sa façon calme de le laisser agir, je déduis que ces deux là se connaissent bien. Offrir à manger pour apprivoiser. J'ai déjà testé la méthode avec un chat qui trainait dans le grenier … le succès était mitigé : une apparente affection lorsque j'avais à manger pour lui et de jolis coups de griffes quand je cherchais à établir un lien plus fort. L'idée m'effleure de demander à cette inconnue comment elle a pu s'attacher un si bel oiseau. S'envole aussitôt dans le battement d'ailes qui ramène le volatile dans le ciel. Mes yeux se perdent dans la plume qu'il laisse tomber et qui plane avant de se poser avec douceur sur le sol. Le duvet qui la borde m'évoque de la douceur, chose si différente du tranchant de ses serres … si différente du regard qui pèse à nouveau sur moi.

Etrange ce que le langage du corps peut laisser transparaitre. Dans ses yeux qui scintillent sous sa cape, je lis toujours le défi et l'antipathie, pourtant c'est avec un grand sourire presqu'amical qu'elle me répond. Qui croire de ces deux attitudes opposées ? L'antipathie évidemment, qui transperce les quelques mots de la voleuse.

- Viens donc le chercher...


Je suis quelqu'un de posé, de calme.
En général.
Sauf que je déteste les défis.
Un sourire à demi carnassier vient fleurir sur mes lèvres. Cette gamine pourra se targuer de m'avoir fait sortir de ma paisible carapace habituelle. Si elle vit toujours après notre rencontre. J'élimine sèchement cette pensée de mon esprit, le laissant vide et concentré.

Immobilité.
Jaillissement.
Mon poignard brille au soleil, promesse de mort lumineuse.
De même fait celui de la voleuse bien décidée à protéger sa vie et son larcin.

Une étincelle jaillit du choc de nos armes, embrasant en même temps mon esprit. Pleine d'énergie je pose ma main sur le poignet de la voleuse, tord son bras et l'entraine vers l'arrière dans le même geste. Ma lame oublie la sienne alors que je me glisse à côté d'elle, accentuant la pression sur son bras. Je n'ai même pas eu le temps de respirer à nouveau que j'ai le pain en main.
Le défi est terminé.

Je m'écarte prestement de la jeune fille et la fixe, un mélange de fierté et de moquerie tournoyant dans mes yeux.

- Merci de m'avoir aidé à trouver du pain, ça …

Je me stoppe net.
Un morceau de la capuche qui cachait le visage de la voleuse a glissé sur le côté, volontairement ou non, dévoilant une peau mate et des yeux blancs. Un contraste saisissant mais ce n'est pas ce qui m'a coupée dans mon élan. Bouche bée, je n'arrive pas à me détacher du souvenir que me renvoie cette fille.

Soixante ans de plus, des rides en folie et un sourire plein de la douceur qui manque à mon adversaire. Aïwen. Même si je n'étais pas en route pour essayer de le revoir, je me serais arrêtée en rencontrant cette fille. Quel soupçon de folie a poussé le destin à la mettre sur ma route ? L'ironie des rencontres … je cherche un homme et je rencontre une piste étroite m'amenant vers lui. Ou au moins vers un de ses mystères.

- Qui es-tu ?

Un ton trop plein de sérieux. Je me mords la lèvre en réalisant que par cette question, je viens d'ouvrir une porte par laquelle la voleuse pourrait s'engouffrer facilement pour retourner la situation. J'ai l'impression de m'être mise à sa portée alors qu'avant j'en étais loin.
Trop tard pour faire demi-tour.
Les yeux pleins d'une espérance naïve, j'attend une réponse ou un geste de cette fille qui me rappelle mon ancien Maitre.


[Si il y a quelque chose qui ne te vas pas, je peux éditer à volonté ^^]
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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Mar 04 Sep 2012, 18:18

En laissant Envol me voler un bout de pain (il ne le mange tout de même pas ? Pour un oiseau, ce doit être plutôt indigeste) je surprends de l’étonnement sur le visage de miss-touche-pas-au-pain-de-ma-tante. Je suppose qu’elle ne comprend pas comment une humaine et un oiseau peuvent se côtoyer. A vrai dire, je me suis toujours étonnée du contraire.
Mon cœur se dénoue un peu en voyant le faucon-sacre s’envoler. Il ne risque rien, loin. Cette inconnue est trop sûre d’elle pour ne pas être un danger.
D’ailleurs, elle me le prouve.

Elle n’a pas l’air d’apprécier mon ton, ni mes paroles. Je vois un sourire orner son visage, sourire mauvais.
Mon regard se détache d’elle pour erre sur le ciel. Je ne cesse de perdre ma concentration. J’aime bien la lumière vive qui tombe sur les toits. Pure, éblouissante. Elle rebondit, malgré l’étroitesse de la ruelle, sur les pavés, une ou deux flaques d’eau, illumine les traits de l’inconnue, se reflète sur son poignard...
Une minute.
Comment ça, sur son poignard ?

Je saisis le mien, serrant fort le manche de l’arme, goûtant l’étrange froideur de la pierre qui y est sertie. Avant de le brandir, je rejette d’un mouvement de tête un pan de ma capuche, dans le but d’élargir mon champ de vision. Non que cela me serve à quelque chose. Je n’ai pas le temps de réfléchir qu’elle me tord le bras, récupérant le fruit de mon larcin. Je serre les dents, ignorant la douleur. Trop de questions s’imposent pour que j’y fasse attention.
Comment a-t-elle fait ? Je l’ai à peine vue bouger. Et puis, je manie le poignard, ce fichu poignard, depuis voilà neuf ans. Presque la moitié de ma vie, en fait. Et l’autre, là, qui me maîtrise sans difficulté, sans que j’aie pu porter un seul coup. Non que j’ai eu envie de la tuer. Elle ne m’a rien fait de spécial, à part vouloir reprendre ce pain à présent définitivement perdu. Par contre, maintenant, forcément, j’ai un peu changé d’avis.

Elle me lâche, me regardant fièrement. J’ai envie de crever ses yeux de mes ongles. Face aux petits voleurs, aux gamins méprisant, ou aux ivrognes, la menace seule de l’arme les fait reculer, et un petit coup fait fuir les plus téméraires. Alors, forcément, ma piètre expérience au combat, elle n’aide pas beaucoup contre quelqu’un qui sait se battre... Même si cela ne court pas les rues, les filles qui s’amusent à punir les voleurs en ayant les moyens de le faire.
Je la dévisage avec rancune et colère. J’ai presque envie de pleurer, à l’idée que n’importe quel imbécile passant dans le coin peut me délester de mes biens. Oh, je ne vais pas mourir de faim, non. J’irais voler quelqu’un d’autre, ou alors, en dernier recours, Envol chassera pour moi. C’est juste que je me prévoyais une journée tranquille à me promener en grignotant ce fichu pain. Je n’aime vraiment pas me faire battre comme ça. Question d’orgueil, sans doute.
Finalement, ce n’est peut-être pas une si mauvaise idée, d’aller au Domaine.

- Merci de m'avoir aidé à trouver du pain, ça …

Quoi ? Ça, ça quoi ? Elle me regarde fixement et je me rends compte que ma capuche à demi rabattue laisse paraître mes yeux. Ce n’est quand même pas une raison pour me dévisager de la sorte ! J’aurais une tête de guerrier cochon ou de lézard, à la rigueur. Comme si elle m’avait déjà vue. Moi, en tout cas, elle ne me dit rien. Il est vrai aussi que je prête tellement d’attention à mes congénères...

— Qui es-tu ?

Excellente question. Même si je ne comprends pas l’intérêt de demander le nom de quelqu’un dont on vient de voler ce qu’il a volé. Je penche un peu la tête sur le côté, presque en un geste enfantin. Je ne saisis pas non plus son intonation sérieuse, son geste de remords. J’ai une envie folle de la railler et d’essayer de récupérer le pain. Je coule vers mon ex-larcin un regard d’envie. C’est que j’ai faim, moi, et aucune envie de payer quoi que ce soit ou de voler encore. Même les criminels aiment prendre des jours de repos.

Je me contente de lui jeter un sourire moqueur, un peu menaçant, qui découvre légèrement mes dents -mon préféré. Je n’ai quand même pas envie de mourir à ce point.

— Qui je suis ?


Je réfléchis. Et ne peux m’empêcher de me moquer d’elle. Ce sera ma consolation.

— Quelqu’un...


Je laisse échapper un ricanement. Je ne vais toute de même pas lui montrer qu’elle m’a blessé en récupérant aussi facilement le pain.

— Plus sérieusement, tu veux savoir quoi ? Mon nom ou ce que je suis ?


Il y a une nuance, tout de même. Un peu mal à l’aise, je tire sur ma capuche pour masquer l’intensité de mes yeux.
Ce que je suis... Un être assez étrange, légèrement suicidaire peut-être, qui va faire coucou aux mercenaires parce qu’elle n’a rien d’autre à faire.

— Je me nomme Nea.


C’est tout. Pas de nom. Il ne lui dirait rien, de toute façon. Songeuse, je vérifie qu’il ne me reste rien à manger dans mon sac en le fouillant d’une main, sans quitter des yeux miss-touche-pas-au-pain-de-ma-tante, mais nom, pas l’ombre d’une racine, de fruit ou de lapin. Tout a été mangé hier. Ou avant-hier, je ne sais plus.

— Et toi, t’es quoi ? Ou qui ?

T’es quoi, genre un raïs à visage humain, la petite-fille d’un Ts’lich ? On ne sait jamais, après tout. L’image d’un couple humain-mante religieuse me fait esquisser un sourire. Et puis, miss-touche-pas-au-pain-de-ma-tante, c’est un peu long à penser.
Ce que je n’ose pas lui demander, c’est comment elle fait pour être aussi rapide, forte. Peut-être un entraînement, comme moi ? Ou elle est envoleuse. Sauf que j’en ai croisé un, et ils ne se ressemblent pas du tout, du tout.



[T’inquiète, ça va Smile]
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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Mer 12 Sep 2012, 19:36

Etre dépendante du bon vouloir de quelqu'un. C'est une sensation fort désagréable … m'être laissée piégée par la surprise ne me plait décidément pas, et pourtant … si cette fille pouvait me guider vers Aïwen, je serais ravie. Mon idiotie me paraitrait alors moins importante. Sauf que malheureusement cette fille a décidé de me faire payer le vol de son pain. Sa réponse ne tarde pas, aussi moqueuse que le sourire sur ses lèvres. Elle a compris sans aide qu'elle a désormais la main dans cette affaire et que je suis à la merci de ses mots.

— Qui je suis ? Quelqu’un...


Je laisse échapper un ricanement et un sourire narquois. Quel manque de bonne volonté ! Je la comprend malheureusement trop bien et je crois que j'aurais répondu la même chose si j'avais été à sa place. Elle a vu que j'étais plus forte qu'elle et me laisser sur ma faim est une façon de me forcer à rester immobile. Ce qui marche effectivement puisque j'attends la suite de son bon vouloir sans ciller.

— Plus sérieusement, tu veux savoir quoi ? Mon nom ou ce que je suis ? Je me nomme Nea. Et toi, t’es quoi ? Ou qui ?


Mauvaise réponse. Ce nom ne m'apprend absolument rien, il faut dire que ma question ne risquait pas de m'apporter mieux … C'est fou comme la surprise empêche la réflexion. La situation ne se prêtait pas non plus à de longues questions mais j'aurais pu préciser ma pensée au lieu de juste lui demander son identité. Et puis tant pis. Au moins j'ai légèrement détendu l'atmosphère. Très légèrement. Nous ne sommes plus prêtes à nous jeter l'une sur l'autre, pourtant la tension plane toujours dans les airs. J'ai beau me méfier encore d'elle, je n'ai plus du tout envie de me frotter à son poignard qu'elle tient toujours. L'irruption d'Aïwen dans mes pensées m'a fait oublier toute envie belliqueuse. Une fois qu'elle aura répondu à ma vraie question, je lui rendrai son pain et filerai pour continuer ma route vers les Grands Océans.

- Je me fiche de ton nom comme tu dois te ficher du mien. Je veux savoir ce que tu es … ta peau … elle n'a pas la couleur des humains normaux, je me trompe ? Qu'est ce que cela signifie ?


Aïwen lui aussi avait la peau trop foncée pour relever du simple bronzage. Je connais la vie en plein air et suis certaine qu'un tel bronzage n'est pas naturellement possible. A moins qu'eux deux soient des adeptes du cirage …

- Connais-tu un certain Aïwen Jok ?


Dur de faire plus précis. Si cette fois je n'obtiens pas ce que je veux, alors c'est que cette fille est aussi cruche qu'elle en a l'air.

- Et si tu y tiens vraiment, je m'appelle Ange et je suis … une apprentie pas comme les autres.

L'évocation de ma formation me tire un léger sourire. Je n'ai pas utilisé le mot "Marchombre" car je ne me considèrerais pas vraiment comme telle tant que je n'aurai pas terminé mes deux dernières années avec Pasitilipia. Dieu que ces années me semblent longues parfois … les multiples changements de Maitre ne m'auront pas aidée à progresser avec fluidité. Est-ce qu'un apprenti de mon âge n'ayant eu qu'un seul Maitre serait plus avancé que moi ? … il aurait de la chance, mais il n'aurait pas eu celle de rencontrer autant de Marchombres talentueux et aussi différents que la lune et le soleil. Il n'aurait pas compris qu'un Marchombre est unique. Que je suis unique. Je ne suis "pas comme les autres". Et tout particulièrement je ne suis pas comme cette fille.

Le pain vole dans les airs dans une courbe simple pour atterrir dans les mains de Nea, assez lentement pour qu'elle puisse le rattraper sans mal. Je me contenterai de mes pommes … tant pis pour ce complément, mais je ne tiens pas à m'encombrer de quelque chose qui ne m'appartient pas.

- Bon appétit.

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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Mar 18 Sep 2012, 17:03

Tiens, miss-touche-pas-au-pain-de-ma-tante a l’air d’avoir le sens de l’humour. Ou alors, elle ricane en pensant aux différentes façons de m’étriper. Au choix. Il est possible qu’elle n’apprécie pas ma réponse, après tout - les gens n’ont pas assez d’humour... ou alors j’en ai trop. Je lui ai donné mon nom, si elle voulait en savoir plus, il fallait qu’elle précise. Même si, je l’avoue, j’aurais pu y répondre correctement. J’attends une réaction, le sourire aux lèvres.

- Je me fiche de ton nom comme tu dois te ficher du mien. Je veux savoir ce que tu es … ta peau … elle n'a pas la couleur des humains normaux, je me trompe ? Qu'est ce que cela signifie ?


Elle en pose, de ces questions ! Évidemment, que je me fiche de son nom - je finirais bien par trouver un surnom plus court -, c’était juste pour l’embêter. Ce qui est ma spécialité, d’ailleurs. Et puis, franchement, « humains normaux »... Tout dépend du point de vue ! À chacun sa conception de l’anormalité.

— Ça ne signifie rien du tout, à part si t’es adepte des cartes de tarot et du vaudou. Je suis à demi-faëlle. T’en as jamais vu ? Tu devrais sortir un peu de ta capitale. C’est beau, dehors, tu sais, même si les bestioles ne sont pas toujours sympathiques. Et puis, faudra pas t’étonner, mais il y a de drôles de trucs marrons et verts qu’on appelle des arbres et qui ressemblent vaguement à ces tours.

D’un ample geste de la main j’en désigne quelques-unes qui, élancées, perforent le ciel à la rencontre des nuages, les admirant distraitement quelques instants. Elles sont belles, certes, mais rien ne vaut la beauté simple d'un bois en automne. Soupir. Un jour, je tomberais sur quelqu’un de vraiment susceptible qui me fera la peau à ma première moquerie. J’espère qu’elle ne l’est pas.

- Connais-tu un certain Aïwen Jok ?

— Heu... Nan. Définitivement, non, ça ne me dit rien. Pourquoi ?


- Et si tu y tiens vraiment, je m'appelle Ange et je suis … une apprentie pas comme les autres.


Pas comme les autres, hein ? Et ça veut dire quoi, exactement ? Je ne la vois pas en mercenaire, elle m’aurait déjà décapité. Elle est rêveuse ? Non, je ne pense pas, il me semble qu’ils n’accueillent que de femmes dans leurs rangs. Elle fait peut-être partie d’une milice secrète ? Et puis, Ange, quel drôle de nom. Mais c’est plus rapide à penser que le surnom dont je l’avais affublé. Je cherche une répartie digne de ce nom quand je le vois soudain lever le bras... pour m’envoyer mon pain. Génial, je ne vais pas mourir de faim, finalement !

- Bon appétit.

— Classe !


Après un court moment d’hésitation, je décide de faire preuve de bonne volonté et je romps la miche en deux pour lui en jeter un morceau. Elle a peut-être faim, elle aussi. Puis je range mon poignard. On ne rend pas son pain à quelqu’un pour le tuer après, c’est illogique, on risque d’abîmer la nourriture.

— Moi aussi, j’en suis une. T’es quel genre d’apprentie ?

Et une tout aussi particulière. J’hésite à lui donner ma future « profession », puis me dit que je ne la lui céderais que si elle me révèle la sienne. Je dévore en quelques bouchées le pain, venant de m’apercevoir que je suis vraiment affamée. Puis j’attends sa réponse.
Ce serait vraiment bête que je tombe sur quelqu’un qui en veuille aux mercenaires !...
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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Dim 23 Sep 2012, 17:32

Cette gamine est un monstre de la répartie. J'espère qu'elle ne s'amuse pas à parler comme ça à tous les gens qu'elle croise, sinon ça va finir par lui coûter cher. Je l'imagine sans peine renvoyant sur les roses une grosse brute … tout comme j'imagine sans problème la même brute réduisant Néa en charpie. A mains nues. J'aimerais bien lui faire payer son assurance presque méprisante, mais récupérer le pain était déjà assez humiliant comme ça. Je laisse la joie à plus violent que moi pour lui faire regretter ses paroles.

Demi-faëlle ? Ah … je n'ai jamais vu un faël en vrai et serai bien en peine de voir en cette fille un croisement entre cette race et la mienne. Je sais vaguement de ces gens qu'ils sont plutôt petits, basanés et très agiles. Pour la plupart, ils vivent planqués dans l'ouest de Gwendalavir, bien trop loin de chez moi pour que j'ai jamais essayé de leur rendre visite. Maintenant que Néa m'a appris ce que pourrais être Aïwen, j'ai une nouvelle piste pour le retrouver. La forêt de Baraïl. J'attendrais la fin de mon prochain cours pour y risquer une expédition.
Dommage par contre qu'elle ne connaisse pas mon ancien Maître … tous les bâtards n'appartiennent pas forcément à la même famille.

— Classe !


Je l'observe avec un sourire en coin, ravie d'avoir obtenu quelque chose de différent d'une moquerie. Voir sa tête béate de surprise est ma petite vengeance sur ses paroles précédentes. Au moins elle sait désormais que je ne suis pas rancunière.
Néa brise la miche et j'ai à peine le temps de réaliser ce qu'elle fait que je me retrouve avec une moitié de pain frais dans les mains. Une odeur délicate s'échappe de la mie et vient chatouiller mes narines, faisant gronder mon estomac. Je n'ai peut-être pas raté ma journée.
J'imite la jeune voleuse en rangeant mon poignard dans son étui, profitant de ma main libre pour attraper deux pommes dans mon sac et lui en offrir une. Ainsi nous aurons presque l'impression d'avoir un vrai repas.

— Moi aussi, j’en suis une. T’es quel genre d’apprentie ?


- Marchombre. Et toi ?


Cette fois-ci, je n'ai pas hésité un seul instant avant de lui donner le nom de ma Voie. Qui donc après tout pourrait en vouloir à ma guilde ? Un éclair de feu vient me donner la réponse : les Envoleurs, ces personnes qui recherchent le pouvoir et la puissance tout en ayant des capacités similaires à celles des Marchombres. Mon premier Maitre m'avait prévenue de me méfier de ces êtres sans cœur qui veulent notre mort. Mais cette fille ne peut pas en être une … elle n'a pas l'aura mauvaise qu'avait cette Jennyssie. A travers ses paroles dures, je sens une certaine dose de gentillesse, raison sur laquelle je me repose pour ne pas regretter mes mots.

- On va manger ailleurs ? J'aimerais pouvoir profiter du soleil pour me réchauffer un peu. Cette ruelle n'est pas ce qu'il y a de plus chaleureux …


Je tourne le dos à Néa et me dirige vers une gouttière, prête à grimper le long de la maison voisine pour aller profiter des toits d'Al-Jeit. L'escalade ne devrait pas être bien ardue … les parois sont sèches tout comme la gouttière, les risques de glissades seront donc minimes. J'attrape le morceau de ferraille et glisse un pied dans une fente sur le mur, entamant l'ascension.
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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Mar 25 Sep 2012, 12:53

Marchombre.
Cette fille est une marchombre.
J’ai une de ses envies de rire.
Vraiment pathétique.

* * *


Cool, je suis encore en vie. De toute évidence, elle n’est pas sanguinaire au point de me faire la peau tout de suite. C’est toujours bien, quelques secondes de plus à vivre.
Je laisse un sourire fleurir sur mes lèvres lorsqu’elle m’envoie une de ses pommes. Cela fait longtemps que l’on n’a pas été aussi gentil avec moi, et que je ne l’ai pas été en retour. Ca me manquait presque, tiens.
Je m’apprête à lui sortir une bêtise, du genre « ta tante t’en voudra si tu ne lui rend qu’une moitié de pain » quand elle me répond.
Marchombre.
J’hésite sérieusement entre m’enfuir et ricaner nerveusement. Mais déjà, elle se détourne. Mince alors, depuis quand les marchombres balancent leur identité à tout le monde ? Ils sont complètement timbrés. Ou kamikazes. Je ne vais quand même pas essayer de la tuer – comme je devrais normalement le faire, il me semble. De toute façon, j’aurais un peu de mal, n’étant pas du genre à donner un coup de poignard dans le dos. Et elle m’a clairement montré que je ne fais pas le poids.

Je ravale mon rire dans un hoquet puis la suis. J’aurais dû m’en douter. Elle n’a pas l’aura d’un mercenaire, mais est taillée, physiquement, d’une façon semblable. Ben, elle s’entraîne, quoi, elle est agile. Je me demande fugitivement ce qu’elle pense des mercenaires. Sans doute ce que pense tout le monde : des êtres abjects, prônant la destruction et la mort, dont la seule joie est de démembrer des gens, en particulier les marchombres. Elle n’aurait pas tout à fait tord.
Mais à chaque règle, son exception.


A sa suite, je grimpe sur le mur d’une maison. Qu’elle ne s’imagine pas me battre à ce jeu-là, j’ai passé pas mal de temps à fuir par les toits. Jusqu’à pas si longtemps que ça, d’ailleurs. Quelques semaines, quelques mois, je ne sais plus.
Quand j’ai tué ma pseudo-mère, abandonné lâchement ma sœur adoptive et assassiné mon fiancé - bien que je ne l’ai pas choisit, d’ailleurs. Le fiancé, pas de le tuer. Non, ça, j’ai été très heureuse de le faire.
Äm. Ma petite sœur. Le petit ange. Son surnom est étrangement semblable au prénom de cette fille, même si elle ne lui ressemble pas du tout. Je me souviens d’elle, blonde avec des yeux de rivière limpide, un sourire innocent malgré ses quatorze ans.

Je lève les yeux vers le ciel. Monte en moi l’envie irrésistible de lui balancer mon identité. Juste pour voir comment elle réagit. S’enfuira-t-elle en m’insultant, comme le petit ange ? Me tuera-t-elle, juste pour le fun ?
Incapable de me retenir, en équilibre sur le mur, je lâche soudain dans un gloussement assez incongru et stupide :

— Moi, je suis apprentie envoleuse.


J’éclate de rire, limite rire de possédée, d’hystérique, de démente, tout en raffermissant mes doigts sur les prises au cas où elle essaierait de me faire tomber. Ce qui est tout à fait probable quand elle se rendra compte qu’elle discute tranquillement avec une de ses ennemis.
Ou encore que je tomberai toute seule comme une gourde, ça aussi c’est possible.
Quel dommage. Et moi qui voulais passer au moins mon premier examen d’envoleuse.
J’essuie mes larmes de joie d’un revers de la main puis lui lance avec une gaieté presque déconcertante :

— Tu vas me tuer ?
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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Mer 26 Sep 2012, 20:14

A peine ai-je agrippé le dernier bout de gouttière et me suis hissée sur le toit que Néa m'a rejointe. Rapide la gamine. Sa vie se serait passé dans une ville que ça ne m'étonnerait pas une seule seconde. Les maisons sont à elle ce que les arbres sont à Shalie : une partie intégrante de sa vie. Son agilité est digne de celle de ma camarade, et cultivée elle pourrait obtenir les capacités physiques d'un Marchombre ou d'un bon combattante. Pourtant je n'ose pas lui proposer de rejoindre l'académie. Il y a quelque chose qui ne colle pas chez elle à un membre de la Guilde. Comme un rien de sournois ineffaçable.

- Et maintenant ? Tu connais un coin sympa ?

Pas de réaction. Les yeux tournés vers le ciel, Néa semble plongée dans ses pensées. Je fronce les sourcils, inquiète par cette soudaine absence. Je le deviens encore plus en entendant son gloussement. Etrange et résonnant comme le rire d'un simple d'esprit.

- Moi, je suis apprentie envoleuse.

Son rire frappe mon cœur plus durement qu'aurait pu le faire un poignard. Je me sens soudain désemparée. Et moi qui croyait qu'elle n'était qu'une simple voleuse de bas étage … une envoleuse … comme cette fille …


****


Cheveux de feu qui illuminent la ruelle. Rire sadique qui n'en finit pas de résonner dans les airs. Aura presque démoniaque. Face à cet être empli de folie, je ne fait rien d'autre que me taire, captive que je suis par la belle blonde.

- Je suis une envoleuse. Une tueuse de marchombres.


Seuls sont ces mots que je retiens dans ce qu'elle me dit. Envoleuse. Tueuse de Marchombre. Je suis au croisement de plusieurs Voies en cet instant. Cette fille m'attire comme une flamme le fait pour un papillon. En moi tourbillonnent un million de questions, d'envies changeantes. Que faire ? Réagir violemment pour défendre la guilde qu'un homme m'a fait découvrir quelques semaines plus tôt ? Ou écouter ce qu'elle peut m'apprendre sur sa guilde à elle, celle qui l'a rendue si forte, si sure d'elle. Je veux me débarrasser de mon passé qui m'encombre, laisser derrière moi ces faiblesses qui sont un poids sur mon cœur. En la voyant je suis persuadée que ces Envoleurs seraient capables de faire de moi quelqu'un de différente, de nouvelle.
Cette Voie qu'elle me montre est comme elle.
Mortellement désirable.
Attractive.


*****


A l'air réjouit de Néa, j'oppose un regard froid sans toutefois être menaçant. Après les longues minutes passées avec elle dans la ruelle, j'ai oublié toute idée belliqueuse à son issue. Je n'ai pas envie de lui offrir le goût de ma lame. Non, j'ai bien mieux.
Un choix.
Je ne dois pas l'impressionner autant que Jennyssie m'impressionnait, mais j'espère être capable de lui montrer qu'il existe d'autres Voies plus adaptées.

- Tu vas me tuer ?


- Non.


Tranquille assurance appuyée par le poignard qui reste fermement attaché à ma ceinture. Qu'elle pleure de rire en pensant qu'elle a été idiote et qu'elle a pu me choquer, me déstabiliser au point que j'en veuille à sa vie.

- Pourquoi est-ce que je le ferais ? Tu n'es encore qu'une apprentie … tu as encore le temps de faire de vrais choix. Suis la Voie des Envoleurs tant que tu le jugeras bon, mais ne te limite pas à ce qu'ils peuvent t'offrir. Les Marchombres eux aussi ont beaucoup à offrir.

Liberté.
Equilibre.
Tellement apaisante … cette Voie que je lui montre a en effet beaucoup à lui apporter. J'ignore ce qu'offrent vraiment les Envoleurs, mais je ne regrette pas mon choix. Pourquoi suivre une fille pleine d'une mortelle assurance alors qu'un homme m'offrait la paix que mon cœur cherchait ?
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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Ven 28 Sep 2012, 17:44

Mon regard erre sur les environs. On entend, étouffés, les bruits du marché, accompagné par un vent sifflant. C’est vrai que c’est bien plus agréable, ici, au soleil. Je regarde un instant les cieux : un astre brillant, un ciel bleu pur, de fins nuages…
Si la kamikaze a envie de me tuer, ce toit n’est pas trop mal comme tombeau.

- Non.

Non. Elle a donc décidé de ne pas me tuer. Tant mieux, après tout. Mon rire a dû lui paraître bien étrange, à la limite de la folie. Mais ne sommes-nous tous pas déments, dans un monde semblable à une toile tissée des fils de la déraison ?
Sa voix me réveille. J’évite ses yeux glacés et plonge mon regard vers le bas de la ville. Pas si bas que ça, d’ailleurs, cette maison n’étant pas vraiment gigantesque. J’ai une drôle d’envie de hauteur, envie de surplomber la terre et de côtoyer les nuages. Mes yeux cherchent une tour, une maison pour me contenter.

- Pourquoi est-ce que je le ferais ? Tu n'es encore qu'une apprentie … tu as encore le temps de faire de vrais choix. Suis la Voie des Envoleurs tant que tu le jugeras bon, mais ne te limite pas à ce qu'ils peuvent t'offrir. Les Marchombres eux aussi ont beaucoup à offrir.


C’est vrai, je ne suis qu’une apprentie. Voilà quelque chose que l’on peut concéder aux marchombres : ils ne sont pas pris d’une folie meurtrière à la simple mention des mercenaires. Heureusement pour moi, d’ailleurs. Je n’aime par contre pas des masses sa mention de « vrai » choix ; celui que j’ai fait, s’il n’est pas parfait, devrait m’apporter ce que je veux. La vengeance, le savoir, le pourquoi du comment. Pourquoi, comment je n’ai plus de parents, comment pourquoi Neïl a été tué.
Et après ?
Il n’y a sans doute pas d’après.
Je me sens triste, sur le coup.
Les marchombres ? A offrir ? Mais quoi ? Sait-elle seulement, cette fille a l’air si parfaite et si noble, sûre d’elle, forte, ce que je veux ?

— Dis-moi, Ange...


J’aime bien la sonorité de son nom.

— Sais-tu seulement ce dont j’ai besoin, ce que je veux ?


Aucune animosité, juste un ton posé et calme, en totale contradiction avec mon rire nerveux d’il y a quelques instants.

— Je doute fortement que les marchombres, aussi bien soient-ils, acceptent ceux qui ont fait couler le sang volontairement. Et avec plaisir, en plus. Même si cela ne se voit pas forcément au premier coup d’œil.


Pause.

— Je ne trouve pas la Voie des envoleurs parfaite, mais elle m’apportera ce que je veux. C’est la seule raison pour laquelle je suis avec ces attardés. Je n’air rien contre les marchombres, et je me fiche des ambitions des mercenaires de tout détruire pour tout reconstruire.

Je ne sais pourquoi, d’un coup, sans raison, je me confie. Peut-être est-ce l’harmonie qui se dégage d’elle et qu’elle porte comme un étendard. Et de longues années de silence. Solitude, mon amie, parfois tu me pèse, je l’avoue.

— Tu sais, l’essentiel, ce n’est pas forcément de suivre une voie en particulier et de s’y conformer. C’est de trouver le parfait équilibre entre toutes, pour trouver qui on est. Aucune Voie n’est parfaite. Il y en a une pour chacun de nous, et puis voilà.


Est-ce que tu vois, de ton paradis, Neïl ? Je n’ai pas oublié tes enseignements. Même si je ne sais pas les appliquer. Ne m’en veux pas trop.

— Un coin sympa ?


Je désigne une haute tour surplombant les autres, brillant d’un léger vert dans le soleil. Je ne connais pas Al-Jeit, je n’ai jamais grimpé à ses tours de verre, lisses, dangereuses. Mais l’escalade me tente.

— Cela te dit, d’aller sur le toit du monde ?

Et, sans attendre, je grimpe sur une maison voisine, fixant mon but.
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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Lun 01 Oct 2012, 22:32

Les yeux rivés sur la demi-faëlle, je guette une réaction. Mes paroles trouveront-elles un écho dans le cœur de cette fille ? Ou va-t-elle me renvoyer ma proposition faite à demi-mot ? J'ai presque peur qu'elle se plonge encore dans une hargne injustifiée juste parce qu'elle sait maintenant que je suis apprentie Marchombre.
Son regard parait chercher une solution dans les alentours. Je n'arrive pas à m'empêcher de l'imiter et de détourner ma tête. Je trouve sans peine la gouttière qui m'a aidée à monter sur ce toit, toujours là en cas de besoin. J'ai comme l'étrange impression que cette rencontre va prendre un terme ici et que je vais devoir reprendre la route. Envoleuse. Marchombre. Nos Voies ne peuvent pas se suivre. Qu'elles se croisent sans être perlées de sang est en soi déjà un miracle. Il ne faut pas trop en demander au destin en une seule journée.

— Dis-moi, Ange...

Son ton calme - à mille lieux de sa précédente vague de folie - me prend par surprise et me fait relever les yeux vers elle. Tendue, j'attends la suite de ses paroles. Comment vas-t-elle répondre à ce que je lui ai dit ?

— Sais-tu seulement ce dont j’ai besoin, ce que je veux ?


Non. Je le sais. Elle le sait. Ce n'était même pas une question. Je ne lui offre donc que mon silence en guise de réponse. Elle l'accepte et enchaine, libérant un flot de paroles qui répondent à ma place. Je l'écoute sans rien dire, accueillant ce qu'elle a à me dire en me demandant si elle a jamais ouvert son cœur à quelqu'un d'autre comme ça. C'est ce sentiment de partage qui m'empêche de frissonner de dégoût quand elle évoque son goût pour le sang et le meurtre. C'est ce même sentiment de partage qui me fait sourire lorsqu'elle traite les envoleurs "d'attardés". Lui aussi qui me fait comprendre son choix.

Equilibre. Si c'est ce qu'elle ressent, alors c'est qu'elle a trouvé sa Voie. Non celle que doivent lui montrer les Mercenaires, mais bien la sienne. Je commence à concevoir que chez cette fille au caractère bien trempé, Envoleur et Marchombre ne sont que des mots qui ne changeront pas grand-chose au chemin qu'elle suit. A nouveau, je me laisse aller à sourire. Il n'existe pas de barrières pour les Marchombres, ou s'il en existe, alors ils les franchissent. Néa n'appartient pas à ma Guilde mais comme moi, elle vient de se dépasser, de se débarrasser pour un temps d'un affreux préjugé. Ce mur qui nous sépare en apparence, nous venons de le faire disparaitre.

Aucune Voie n'est parfaite. Certes, mais nous, nous tendons vers la perfection.

— Un coin sympa ?


Ah oui c'est vrai … maintenant qu'elle a mis les choses à peu près au clair, elle en revient à ma préoccupation première : où déguster notre festin ? Si je connaissais Al-Jeit, je n'aurais pas eu besoin de poster une telle question. Aujourd'hui heureusement j'ai quelqu'un pour me guider, un quelqu'une qui a l'air plus familière avec ce monde citadin que moi.
Néa montre du doigt une immense tour au toit de jade qui scintille dans la lumière du jour. Son sommet culminant loin au dessus des maisons alentours promet de nous faire profiter d'une vue imprenable sur la cité. Pourquoi pas.

— Cela te dit, d’aller sur le toit du monde ?


La réponse va sans dire. Décidément cette fille adore les questions rhétoriques.
En quelques foulées elle est déjà loin de moi, petit cabri plongé dans son élément. Plus prudente, je m'élance aussi en courant, empruntant au maximum le sommet des toits. J'essaie de rester ouverte à ce qui m'entoure pour emprunter le chemin le moins dangereux vers la tour. Les tuiles se succèdent sous mes pieds, si différentes des toits de chaume de ma campagne natale. Ce n'est pas dans mon vieux village que j'aurais pu galoper comme ça … je n'aurais pas manqué de m'enfoncer dans un toit peu solide, alors que là … là j'ai l'impression de ne rien risquer. Tout du moins tant que je ne m'élance pas au dessus d'une ruelle … dans ces quelques moments là, je retiens mon souffle, prête à crocheter tout ce qui passera à portée de main en cas de soucis.

Bientôt je me retrouve au pied de la tour menant au "toit du monde". Néa est elle aussi arrivée sans une égratignure et c'est avec une fausse galanterie que je lui fais signe de commencer l'escalade en première.

- Voyons voir les prouesses dont sont capables les Envoleurs.


Et celles des apprentis Marchombres dans la foulée. J'inspecte la tour d'aspect un peu trop lisse à mon goût, cherchant les passages les plus simples pour accéder au sommet. Je suis loin d'être une championne de la grimpette, même si Aïwen m'a fait goûter aux joies de l'escalade en montagne lors de notre deuxième cours. C'était une épreuve longue et éreintante. Je préfère encore courir trois heurs que chercher à atteindre un sommet inatteignable. Ou pas.

Je glisse une main dans la première prise. Solide. Au moins cette tour n'est pas en train de s'effondrer, c'est un début rassurant. Une deuxième main, un pied puis deux et me voilà hors du sol, en route pour le ciel. Comme pour ma course sur les toits, j'essaie de garder un rythme souple et régulier tout en inspectant les alentours pour trouver le parcours qui me permettra d'arriver en vie. Je n'ai pas vraiment confiance dans cette ascension manquant cruellement de prises pour la débutante que je suis, mais je refuse d'avouer mes faiblesses devant Néa. Je continue donc, avec un acharnement digne de mes meilleurs jours. Le cœur battant je me hisse de mètre en mètre, oubliant de prier les dieux du ciel pour me concentrer sur mon effort. Etrangement cette méthode porte ses fruits. Le corps couché sur le sommet de la tour, je savoure la fin du voyage avant même de profiter de la vue. Je l'ai fait. J'ai réussi.

Ma respiration à nouveau régulière, je m'offre la joie d'admirer les alentours. Néa n'a pas menti en proposant d'aller en haut du toit du monde. Cette tour n'est pas la plus haute d'Al-Jeit, mais elle tutoie tout de même le ciel, sa pointe en fer s'élançant vers les nuages pour les percer.
Regarder en contrebas me donne presque le vertige. Tout est si petit d'ici. Je peine à apercevoir les habitants de la cité qui doivent fourmiller dans les rues. Les oiseaux qui volent autour de la tour sont plus gros à mes yeux qu'eux.
Au loin, surélevé par rapport à Al-Jeit, le palais de l'empereur domine la ville, entouré par des tours de verre et de pierre que relient une infinité de ponts. Il y a bien longtemps, je les ai foulés en visitant pour la première fois la capitale de Gwendalavir avec mon guide Marchombre. On y rencontre surtout des hommes et femmes assurés et souvent peu banales, peu effrayés par le vide sous leurs pieds et le vent faisant tanguer les cordages. De ces gens hors du commun, nous faisons partie. Qui d'autre s'amuserait à grimper au sommet d'une tour ?

- La grimpette en valait la peine dis donc … Je ne suis jamais montée aussi près du ciel …

Je reste un moment silencieuse, observant la ville qui se déroule à nos pieds, murmurant jusqu'à nos oreilles. Puis je reviens à un sujet qui pourrait bien me valoir d'être poussée au bas de notre perchoir : les Envoleurs.

- Tu ne m'as pas dit ce que tu veux et ce que les Envoleurs t'apportent. Je ne pense pas que seuls les joies du sang qui coulent puissent t'offrir l'équilibre … Alors quoi d'autre ?

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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Ven 05 Oct 2012, 11:42

J’adore grimper. Ce qui au début était une nécessité est vite devenu presque vital. Le monde paraît tellement plus pur, plus beau vu d’en haut, loin de la décadence humaine. Même si la plus haute tour d’Al-Far ne vaut pas celle-là, de jade étincelante, et qu’il y a une forte chance que je tombe, j’ai une envie folle d’essayer. Bien sûr, de nuit l’escalade serait plus belle, mais je ne suis pas suicidaire à ce point.
Quelle chance, les parois lisses ont l’air sec.

Je ne prends pas la peine de descendre dans les ruelles pour aller jusqu’à la construction, sautant de toits en toits, louvoyant entre les cheminées. La majeure partie de ma vie se trouve ici, entre les tuiles et le ciel.
Une fois arrivée au pied de la tour, je la contemple. Effectivement, on ne trouverait pas de tels bâtiments à Al-Far. C’en est presque triste, un tel gâchis, une telle différence de richesse.

Un simple signe de tête à Ange pour son invitation et son défi. Et voyons voir celles des marchombres. Est-ce qu’elle sait que je ne suis jamais venu ici, que je n’ai jamais vu de telles tours et que je n’ai même pas encore commencé ma formation ?
Je fais glisser mes doigts sur la paroi, par habitude. Il y a de bonnes prises, pour un tel édifice. Il est sans doute ancien, juste assez pour permettre à deux apprenties de grimper, tout en tenant solidement. Coup de bol. Après avoir vérifié que mon sac n’entraverais pas mon ascension, je pose mon pied sur une saillie, installe le second, accroche les mains puis me hisse. Je n’essaye pas d’aller trop vite, ni trop lentement. Pas d’à-coups. Fluidité.

Durant l’escalade, je jette de fréquents coups d’œil à la marchombre. Peut-être est-ce le défi qui me permet d’aller jusqu’en haut. Aucune envie de tomber, surtout devant elle. Je ne glisse finalement qu’une ou deux fois, me rattrapant presque aussitôt. Mais bon, on n’est pas en pleine nuit sans lune sous un déluge ou, mieux, la glace. C’est le grand jour et tout est sec.
J’ai presque l’impression de me retrouver chez Neïl. Quand je grimpais la petit tour pour aller tutoyer la lune, toutes les nuits, quel que soit le temps.
Et puis, enfin, mes mains rencontrent le sommet.
Un dernier effort…

Je pousse sur les bras et effectue un roulé-boulé sur le toi, me retrouvant allongée sur le dos. Installée ainsi, on a l’impression qu’il n’y a rien d’autre que le ciel. Un léger sourire, et je me redresse d’un bond, écartant les bras, baissant ma capuche. Le vent s’engouffre dans mes cheveux, me décoiffant avec application. Quand une mèche vient se plaquer contre mon visage, m’aveuglant à moitié, je me rends compte qu’il serait grand-temps que je les coupe. Bah, j’aurais le temps avant mon cours.
Le vent me fait doucement osciller, puissant à une telle hauteur. Je fermer les yeux. C’est tellement agréable. J’ai l’impression d’être vivante, vraiment vivante. Je rouvre les yeux, dirige mon regard vers le sol. Il paraît si loin. Les petits trucs noirs que l’on voit bouger, que je sais être des gens, font croire qu’ils ne sont que des mirages, des hallucinations. Certes, bien d’autres bâtiments nous surplombent, mais on s’en accommode sans trop de difficultés.

Je finis par baisser les bras et m’asseoir sur le bord, les jambes ballant dans le vide. En regardant le vide vertigineux, je m’interroge…Quelle impressions, quelles sensations déclenche la chute ? Le sentiment de voler, durant un court instant d’éternité ? Ou le mot « tomber » prend alors tout son sens ?
Je fouille dans mon sac, récupérant le pain et la pomme, et commence à les grignoter. J’éprouve l’étrange sensation d’être en paix avec moi-même. Peut-être est-ce le fait d’être si proche des cieux.

- La grimpette en valait la peine dis donc … Je ne suis jamais montée aussi près du ciel …

Je suis bien d’accord. Moi non plus, à vrai dire.
Il y eu un instant de silence, simple. Puis la marchombre le brisa.

- Tu ne m'as pas dit ce que tu veux et ce que les Envoleurs t'apportent. Je ne pense pas que seuls les joies du sang qui coulent puissent t'offrir l'équilibre … Alors quoi d'autre ?

Je hausse les épaules, finit ma pomme et lance le trognon. Peut-être va-t-il tomber sur la tête de quelqu’un. L’image me fait sourire. J’imagine : « Chéri, pourquoi es-tu rentré si tard ? - Eh bien, je me suis pris un trognon de pomme en pleine poire, et comme je n’avais pas la pêche, je suis tombé dans les choux... - Cela tombe bien, j’ai fait une soupe. »

- En fait… Au début, quand on me l’a proposé, je n’avais pas tellement envie, je m’en fichais des mercenaires, des marchombres et tout. Je venais de tuer ma mère adoptive et mon futur fiancé.

Le souvenir de ces êtres abjects me fit grincer des dents.

- Et puis je me suis dit qu’une fois devenue plus forte, je trouverais le moyen de retrouver ceux qui ont tués mes parents et mon grand-père et de les venger. C’est tout. C’est un but. Tout n’est toujours qu’une question de vengeance.


D’accord, Neïl n’est pas exactement mon grand-père, mais bon, hein, on ne va pas psycoter non plus. Je le considérais comme tel.
Un instant, j’hésite à continuer. Mais bon, elle ne va pas me tuer non plus… Enfin, j’espère.

- Peut-être que si les marchombres étaient venus me voir les premiers, je les aurais suivis. Ou pas, qui peut savoir ? Tu as pu le voir, je pense, je ne suis pas forcément très équilibrée mentalement. Je suis à ma place parmi eux, parmi les fous.

Je mets un morceau de pain de côté. Il sera mon repas de demain, ou de ce soir, qu’importe.

- Voilà, c’est ça. Je veux me venger, savoir pourquoi et comment ils sont morts, ils m’en apporteront les moyens. Alors, à la fin, peut-être le trouverais-je, cet équilibre.


Bon, les questions sur moi, ça va bien deux secondes. A elle, maintenant.

- Comment as-tu rejoints les marchombres, et pourquoi ?

Toujours ces deux mots reviennent. Pourquoi, comment.
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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Ven 12 Oct 2012, 21:57

Il y a des matins où je me réveille en sentant encore l'odeur de la mort sur ma peau. Trempée de sueur, je sens aussi collée à moi cette lointaine peur, celle que j'ai ressenti quand j'étais petite, celle que ces bandits m'ont inspirés lorsqu'ils tranchaient les corps de mes amis, celle que cet immense brasier a fait vibrer au fond de mon cœur. La peur. Mais pas la haine.


*****

Il y a peu je n'imaginais pas que du sang humain puisse jamais couler sur mes mains, alors que dire du sang de ma propre famille ? Quelle idée méprisable et répugnante. Quels sont les monstres qui peuvent en venir à accomplir un tel acte ?
Néa.
Tuer sa mère adoptive et … son futur fiancé ? J'ai envie de vomir rien que de penser aux corps de ma mère et de Lienor se déversant de leur sang sous ma lame. Un fiancé devrait être comme un ami : un homme à qui se confier et qui serait prêt à donner sa vie pour vous, comme mon mari l'a si bien fait il y a longtemps. Cette idée que je sais idéaliste est tellement collée dans mon esprit que je ne parviens pas à saisir les raisons qui ont pu pousser cette fille a aller si loin. J'espère que ce n'est pas pour une simple histoire de mariage arrangé … mais ça je ne le saurais pas, du moins pour l'instant, car Néa ne s'étend pas sur ce sujet qui semble lui répugner. Elle a beau avoir avoué aimer faire couler le sang, son regard prouve que ce jour là elle ne l'a pas fait de grand cœur.

- Et puis je me suis dit qu’une fois devenue plus forte, je trouverais le moyen de retrouver ceux qui ont tués mes parents et mon grand-père et de les venger. C’est tout. C’est un but. Tout n’est toujours qu’une question de vengeance.


Vengeance. Ce mot n'a aucun écho dans mon esprit. Je l'entends mais je ne l'ai jamais vécu, ce qui en fait quelque chose de lointain.
Vengeance. Je me répète ce mot sans lui trouver de sens. A quoi bon se venger ? Ca ne ramènera pas les morts. Au contraire, ça ne fera que plus de gens six pieds sous terre et plus de gens sans famille. Quand on souffre, on ne veut pas que les autres puisse souffrir de la même façon. Pas vrai ? … J'essaie d'imaginer ces bandits se réjouissant devant la pile de corps prenant feu sur la place, tentant de chercher en moi une parcelle de haine à leur égard. Non. Je ne trouve que de l'incompréhension. Et de la peur. Au fond, peut-être qu'en devenant Apprentie Marchombre, je cherchais la même chose que les Apprentis Envoleurs : de la puissance pour ne plus avoir peur, pour pouvoir protéger ceux qui me sont chers. Maintenant je sais que je cherche bien plus : un équilibre et une nouvelle vie.

- Peut-être que si les marchombres étaient venus me voir les premiers, je les aurais suivis. Ou pas, qui peut savoir ? Tu as pu le voir, je pense, je ne suis pas forcément très équilibrée mentalement. Je suis à ma place parmi eux, parmi les fous. Voilà, c’est ça. Je veux me venger, savoir pourquoi et comment ils sont morts, ils m’en apporteront les moyens. Alors, à la fin, peut-être le trouverais-je, cet équilibre.


Est-ce qu'on peut trouver un équilibre avec des morts sur la conscience ? Mes maîtres auraient réussi à lui faire comprendre que non. Moi, je ne m'en sens pas capable, du moins pour l'instant. Alors je me tais, croquant dans ma pomme pour chercher mes mots.

- Comment as-tu rejoints les marchombres, et pourquoi ?


- Je me pose la même question que toi en fait. Pourquoi les Marchombres et pas les Envoleurs ? Simplement parce qu'ils m'ont trouvés en première et que j'ai appris à apprécier cette Voie. C'était il y a longtemps … ou pas … j'ai parfois l'impression que ces souvenirs que j'ai ne sont pas les miens … Mon histoire d'apprentie commence dans le sang, comme la tienne … Toute ma famille est morte, et avec elle mes voisins, mes amis, mon mari …

Les yeux perdus dans le vague, je me remémore leurs visages à mesure que je les évoque. Leurs sourires ... puis leurs faces tordues par la douleur et la peur. Un jour plein de vie. Un jour sans plus une étincelle brillant en eux.

- J'ai perdu ma vie dans une vulgaire attaque. Un groupe de brigands, de tueurs, a pillé puis incencié mon village dans un feu de joie … enfin c'était loin d'être un feu de joie pour moi. Quand je repense à tous les corps qui s'y consumaient je m'en sens encore malade de tristesse … J'ai trop perdu pour pouvoir un jour espérer tout regagner. Ca m'empêche de vouloir me venger … c'est vrai que cette idée de faire payer des gens pour leurs crimes pourrait être tentante, mais ce n'est pas mon rôle, ça ne ramènera pas ma famille. Es-tu sûre que ce désir qui t'anime est le meilleur ? L'oubli ne vaut peut-être pas mieux à tes yeux, ça je m'en doute bien, mais aller de l'avant vaut mieux que rester ancré dans son passé, tu ne crois pas ?


Je tourne mon regard vers Néa, cherchant sur son visage un indice qui pourrait m'indiquer si je tape juste avec mes mots ou pas.
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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Sam 27 Oct 2012, 11:24

Elle ne comprend pas. Elle ne peut pas comprendre. C’est normal, après tout, je n’ai pas tenté de lui expliquer. Comment on peut décrire ça ? Les jours, les nuits à être pourchassée par Karl et ses copains, courir, encore courir, toujours fuir. Et puis, ce coup bas, immonde, infâme.
Les jours, les nuits à trembler de faim et de froid, les paumes des mains blessées par les échardes de ma mansarde, à dormir avec un pauvre drap, dans les courants d’airs.
Il m’a fallu si peu de temps, malgré mon innocence encore si proche bien que détruite, pour comprendre que je ne servais qu’à redorer leur blason. Jamais mon assiette ne fut dressée sur la table de la luxueuse table à manger, jamais l’on ne m’offrit d’argent, de vêtement.
Les jours, passés entre les bois, à chasser, et le marché, pour voler. Les nuits, sur un toit pour dormir plus près de la lune, ou en train de courir pour échapper à Karl.
Alors, le sourire de ma pseudo-mère, quand elle m’annonça qu’elle allait me marier, enchantée d’enfin se débarrasser de moi... Tout le monde a une limite. Ce jour fut le début de ma folie.
La notion de vengeance a aussi l’air de lui échapper. Pas trop étonnant, pour un marchombre, je suppose. Moi, ce que je ne comprends pas, c’est comment je pourrais laisser courir ceux qui m’ont privé de mon bonheur. *
- Je me pose la même question que toi en fait. Pourquoi les Marchombres et pas les Envoleurs ? Simplement parce qu'ils m'ont trouvés en première et que j'ai appris à apprécier cette Voie. C'était il y a longtemps … ou pas … j'ai parfois l'impression que ces souvenirs que j'ai ne sont pas les miens … Mon histoire d'apprentie commence dans le sang, comme la tienne … Toute ma famille est morte, et avec elle mes voisins, mes amis, mon mari …

Je ne sais pas si j’ai de la famille. Tiens, question intéressante, à laquelle je n’aurais jamais hélas jamais de réponse...
C’est étrange, on dirait qu’elle ne me voit plus. Ses yeux se perdent dans de lointains abymes, dans ses souvenirs je suppose.
Faut les fuir, les souvenirs, avant qu’ils ne te dévorent...
Elle reprend la parole pour une longue tirade, que j’aurais bien de mal à sortir. Pas trop mon truc, parler. A part pour dire des bêtises, évidemment.
Je n’ai personnellement jamais croisé de brigands. J’ai au moins échappé à cela.
Mes yeux tombent en rencontrent le vide un instant. Quel efet cela fait, de sauter ? Sauter, tomber, s’envoler.

- Je me pose la même question que toi en fait. Pourquoi les Marchombres et pas les Envoleurs ? Simplement parce qu'ils m'ont trouvés en première et que j'ai appris à apprécier cette Voie. C'était il y a longtemps … ou pas … j'ai parfois l'impression que ces souvenirs que j'ai ne sont pas les miens … Mon histoire d'apprentie commence dans le sang, comme la tienne … Toute ma famille est morte, et avec elle mes voisins, mes amis, mon mari …

Je pose un reard distant sur son visage. J'aimerais lui ire que je regrette, pour elle, que je compend
Je ne sais pas si j’ai de la famille. Tiens, question intéressante, à laquelle je n’aurais jamais hélas jamais de réponse...
C’est étrange, on dirait qu’elle ne me voit plus. Ses yeux se perdent dans de lointains abymes, dans ses souvenirs je suppose.
Faut les fuir, les souvenirs, avant qu’ils ne te dévorent...
Elle reprend la parole pour une longue tirade, que j’aurais bien de mal à sortir. Pas trop mon truc, parler. A part pour dire des bêtises, évidemment.
Je n’ai personnellement jamais croisé de brigands. J’ai au moins échappé à cela.
Mes yeux tombent en rencontrent le vide un instant. Quel efet cela fait, de sauter ? Sauter, tomber, s’envoler.

Envole-moi
Envole-moi
Loin de cette fatalité qui me colle à la peau
Je ne saisis pas pourquoi elle n’a pas envie de se venger. Peut-être sommes-nous aussi trop différentes. Ce peut être aussi une question d’éducation, si on peut appeler ainsi cette liberté que m’a laissée Neïl. Quand je repense à son corps, ou au vide qu’a à jamais laissé la disparition inexpliqué de mes parents au fond de moi, je ne ressens que de l’amertume, peut-être un fantôme de tristesse, une vague sensation, un souvenir de sentiment.
Je veux me venger, certes, mais je veux aussi savoir qui a fait ça, et pourquoi. Tuer sans raison, c’est stupide. Je ne vole jamais sans raison, je le fais parce que j’ai faim, parce que je dois m’habiller, parce que personne ne volera jamais pour moi. Et je ne dépouille jamais les pauvres.
Mais si ce n’est pas son rôle de punir les meurtriers, qui s’en chargera ? Certes, cela ne ramènera pas ma famille à moi non plus, mais pourquoi laisser heureux des gens, alors qu’ils ne l’ont pas mérité ?
Je ne peux pas aller de l’avant. Rien que mon précieux poignard, serti de l’hématite de maman, me rappelle qu’un jour j’ai été heureuse. Je le sors de son fourreau et joue avec, le faisant tournoyer. Qu’est-ce qu’il est beau. Peut-être devrais-je le lancer, lancer mon sac, mon katana, abandonner Envol, pour réussir à « aller de l’avant ». Mais cela fait beaucoup trop. A elle, il ne lui reste rien, rien à part des souvenirs. Moi, j’ai des possessions, un oiseau, une maison en pays faël, une autre à la lisière de Baraïl et d’Ombreuse.
Ombreuse.
Et si les gens qui avaient tués Neïl venaient du Domaine ?
Je secoue la tête. C’est utopique. Mon doigt caresse l’hématite froide. Elle est si belle, avec ses reflets métallisés. Noire. Je rengaine ma lame.

— Non. La vengeance n’est pas vraiment la meilleure des choses existant. Mais je ne peux pas oublier. Chaque fois que je regarde mes mains, je crois revoir le sang de mon grand-père les tacher. Chaque fois qu’il fait nuit, je vois des ombres qui n’existent plus ou le visage de ma mère derrière la lune. Chaque fois qu’une feuille d’automne tombe, c’est ma maison qui apparaît.

Tout, chaque geste, chaque mot me rappelle quelque chose. Je ne peux pas oublier le passé, je suis le passé. Et puis, les incessants cauchemars...

— J’y arriverais, un jour, peut-être, à oublier. Le tout est de savoir si ce sera avant ou après avoir retrouvé ceux qui ont fais ça.
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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Ven 02 Nov 2012, 00:02

Silence acquiescement.
Silence pensif.
Silence …

Tout a été dit. Nos visions diffèrent autant que nos expériences respectives. Inutile pour chacune de nous de tenter d'imposer un peu plus son point de vue. Je ne sais pas si elle a accepté le mien, en tout cas j'ai accepté le sien malgré l'aversion qu'il m'inspire. J'espère pour ses proies que Néa aura oublié ses idées de vengeances avant de les avoir retrouvés. Elle a évoqué assez de choses à travers ses mots et son attitude pour ne pas laisser de doute quand au sort qu'elle leur réserve. Pour avoir déjà croisé une Envoleuse, je sais qu'elle aura bientôt les capacités nécessaires pour abattre tous les obstacles qui pourraient l'empêcher d'atteindre son but. Malgré moi je lui souhaite d'y arriver. Si cela permet d'apaiser son cœur, alors qu'elle le fasse. Mais si cela ne suffit pas ? Je n'imagine pas ce qu'elle ressentira alors, quand le sang frais ne réveillera pas ses morts. Je suis ravie de ne pas avoir suivi sa Voie.


*****

- On saute ?

Combien de temps depuis que nous avons cessé de parler ? Une éternité ? Oui, une éternité. Reste juste à la définir …

Allongée au bord du toit, j'observe toujours la ville qui bourdonne à nos pieds. Le vide qui nous sépare des rues est étrangement attractif, d'où ma question sortie de nulle part. Ce serait tellement bien de pouvoir voler et oublier cette pesanteur … Les oiseaux ont de la chance : pas besoin pour eux d'escalader des tours pour avoir le simple sentiment de dominer le monde.

- Enfin je veux dire … on descend ? J'aimerais bien emprunter ces fameux ponts qui relient les tours d'Al-Jeit.


Ca tombe bien, il y en a une qui relie notre perchoir à un autre plus loin. Du côté par lequel nous sommes montées nous ne l'avons pas vu, mais le pont est bien là, très peu emprunté d'où le calme qui baigne notre toit. Il ne se trouve qu'à mi-hauteur de la tour, ce qui nous promet une descente beaucoup plus courte que la montée.
J'attends à peine que Néa ait acquiescé pour arpenter la paroi du regard et me lancer dans la désescalade. Je n'imagine pas une réponse négative de sa part : après une aussi longue période d'immobilité, nul doute qu'elle voudra elle aussi se dégourdir les jambes.

Les pieds ballants dans le vide, je manque de heurter un des rares passants qui tente de passer de l'intérieur de la tour au pont. Oups, mauvais timing. Tant pis. Mes doigts lâchent leurs prises et je me retrouve sur les planches de bois, face à l'ouverture dans la tour et à cet inconnu encapuchonné. C'est en pestant contre moi qu'il me contourne et poursuit son chemin.

- En voilà un qui manque d'humour … j'imagine qu'il ne voit pas d'aussi beaux singes tous les jours …


Souriante malgré l'incident, je me tourne vers Néa qui finit de descendre, veillant pour elle à ce qu'aucun passant ne se trouve sous le porche lorsqu'elle se jette sur le pont à son tour. Je sens les cordages vaciller sous le choc –comme ils l'ont fait pour moi – entrainant la structure dans un tangage fort désagréable. Heureusement les oscillations se calment très vite et notre balade prend un tour qui s'annoncer plus agréable.

Quelques ponts plus loin, nous recroisons une silhouette qui me semble familière, accoudée contre un cordage avec un autre inconnu. L'homme que j'ai failli frapper avec mes pieds ! J'essaie de croiser son regard pour lui offrir un sourire repenti mais il ne daigne pas tourner ses yeux vers moi. Tant pis pour lui ! Et sans plus lui accorder d'attention, je continue mon chemin en échangeant des millions de banalités avec Néa.


******



Tu crois qu'elle t'a reconnu tout à l'heure ? –

Vu sa tête, il y a peu de chances que ce soit le cas. -

Et tu crois qu'elle a vu qu'on la suit ? –

Non, par contre sa voisine … -

On s'en fout de sa voisine ! –


Silencieux comme des chats dans la nuit, les deux silhouettes se recoulent dans l'ombre d'une tour, attendant que les deux jeunes femmes soient assez loin pour les suivre à nouveau. Leurs capes ont beau couvrir leurs visages, elles laissent apparaitre par instant un fourreau à chaque ceinture. La promesse d'un acier tranchant est là, gardée bien au chaud.

******


- Oh regarde ! Tu vois l'espèce d'enseigne avec un cochon qui danse ? C'est là que mon premier Maitre m'a emmenée déjeuner lors de mon unique visite à Al-Jeit. Si tu savais le savon qu'il m'a passé pour être allée me balader la veille dans un quartier louche de la ville … on aurais pu croire que c'était mon père ! Je pense qu'il voulait me faire regretter d'avoir rencontré cette Envoleuse … Tu ne connaitrais pas une Jennyssie par hasard ? Je lui ai promis de la retrouver un jour

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MessageSujet: Re: Sur le chemin d'une voyageuse [Néa]   Mer 07 Nov 2012, 23:52

Et si elle avait raison ?
Si cela ne servait à rien de se venger ?
Rien ne m’empêcherait de continuer ma formation d’Envoleuse, après tout. Juste pour être libre.
Peut-être qu’une fois que je l’aurais achevée, au lieu de les chercher, je pourrais voyager. Explorer. La Jungle d’Hulm, les Archipels Alines, au-delà de la Mer des Brumes, l’Île des Nimurdes, le Royaume Raïs, le Désert des Murmures dont Neïl m’avait parlé, le Plateau d’Astariul, les Frontières de Glace…
Je pourrais retourner en pays Faël, dans la maison de mes parents. Vivre en paix, sans rien d’autre en tête que le besoin de rester loin des humains et avec la nature. J’ai toujours été plus Faëlle qu’humaine.
Je pourrais…

Ou pas. Je ne sais pas, je ne sais plus. Elle m’a complètement embrouillé. Je veux savoir. Pourquoi mes parents ont un jour disparu, pourquoi Neïl m’a tant entraîné, qui l’a tué.
Je le sais, le savais pourtant. Le savoir, c’est comme les sentiments, cela ne fait que le mal.
Soupir.
Dès que je serais sortie de cette ville de l’Enfer, j’irais faire un tour dans une forêt. N’importe quelle forêt. Je commence à étouffer au milieu de tant de gens. Escalader cette tour ne fut finalement pas une si mauvaise idée. En pleine nuit, le décor doit être merveilleux, avec les lumières nocturnes.

- On saute ? Enfin je veux dire … on descend ? J’aimerais bien emprunter ces fameux ponts qui relient les tours d’Al-Jeit.

Sa voix me tire de mes pensées. Sauter, tomber, s’envoler…
Et si la mort était un envol ? Alors, elle serait récompense plutôt que châtiment ?
A méditer.
Je regarde le pont en question. Comme les autres, il paraît atrocement fragile, en bois, de dentelle et de lumière, mais résistant. Bonne idée. J’aime bien escalader, mais le contraire et toujours plus compliqué, alors autant que ce soit plus court. Marcher sur ces passerelles aériennes, avec le vide en dessous doit un peu donner l’impression de planer.

— Oui, parce que à mon avis, ce doit être un peu trop haut pour sauter… Je n’ai pas encore appris à voler.

Ironie, mais pas méchante, à peine moqueuse. Je me lève et la suit, vérifiant instinctivement que ni mon sac ni mon poignard ne tomberont. Puis je commence à agripper des prises, laissant un peu d’avance à Ange pour éviter que nous nous cognions.
Je m’arrête un instant pour juger la distance qui nous sépare et éclate de rire en la voyant manqué de bousculer quelqu’un. Un rire beaucoup plus simple que le précédent, plus léger, joyeux.

- En voilà un qui manque d'humour … j'imagine qu'il ne voit pas d'aussi beaux singes tous les jours …
— Se prendre quelqu’un dans la figure ne doit quand même pas être aussi amusant que cela. Même si ce quelqu’un est un ‘beau singe’.


J’attends qu’il n’y ait plus personne sous moi et je relâche la pression de mes doigts, me laissant tomber. Le balancement soudain du pont me surprend un instant puis je me stabilise avant de me pencher au-dessus du vide. En effet, la vue est encore plus magnifique ici. On voit un peu mieux. Je me redresse puis accompagne Ange, tirant machinalement sur mon capuchon pour l’ajuster quand je remarque les regards des passants.
Un peu plus tard, alors que je soulignais la bêtise certaine des lapins forestiers lorsqu’ils sont face à une carotte ou autre légume, je la vois diriger son regard vers deux hommes. Je mets un moment à reconnaître celui qu’elle a failli heurter. Elle tente de s’excuser mais il fait mine de ne pas la voir. Eux aussi ont des capuches. Je souris à l’idée hypothétique d’avoir lancé une mode.

— Tu l’as vexé, le pauvre, je ricane.

Nous reprenons notre route.
Je ne comprends vraiment pas pourquoi les mercenaires en veulent autant aux marchombres.
Les minutes passent, plutôt agréables. Je songe un instant à la réaction des mercenaires s’ils savaient que je côtoyais Ange… Vaut mieux, sans doute, ne pas le savoir, et pareil pour elle je suppose – ou les marchombres seraient-ils plus sympas ?

- Oh regarde ! Tu vois l'espèce d'enseigne avec un cochon qui danse ? C'est là que mon premier Maitre m'a emmenée déjeuner lors de mon unique visite à Al-Jeit. Si tu savais le savon qu'il m'a passé pour être allée me balader la veille dans un quartier louche de la ville … on aurais pu croire que c'était mon père ! Je pense qu'il voulait me faire regretter d'avoir rencontré cette Envoleuse … Tu ne connaitrais pas une Jennyssie par hasard ? Je lui ai promis de la retrouver un jour

Je regarde l’enseigne en question. Originale.

— Mais t’avais quel âge, à ce moment-là ?

Parce que, personnellement, j’avais six ans, je traînais aux alentours, et à huit je m’y aventurais. Ce qui, au fur et à mesure, m’avait permis d’avoir des contacts. Mais il est vrai qu’on s’attaque plus aux étrangers plutôt à l’aise financièrement qu’aux habitants pauvres que l’on voit mendier sous sa fenêtre.
En gros. J’avais trop de fierté pour mendier. Et puis, il ne faut pas qu’un noble de la ville se hasarde dans certains quartiers sans escorte – et même avec – car alors…

— Jennyssie… Heu, non. Mais, en fait, je ne suis allée qu’une fois…

Dois-je dire ‘au Domaine’ ? Ils ont sans doute une structure équivalente à la nôtre, non ? Dans le doute, je préfère finir par :

— … là-bas. Et en coup de vent. Si jamais je la croise, je peux lui faire passer le message. Sauf si ça a pour conséquence de me valoir une mort prématurée. Elle t’en veut ou pas ?

Je reste un quelques secondes songeuse.

— Tu veux qu’on fasse quoi ? On continue à se promener ou on va manger ? Si ce n’est pas trop luxueux, ce devrait aller, il me reste un peu d’argent. Ou on peut boire un verre.

C’est à mon avis inutile de lui préciser la façon dont j’ai obtenu l’argent en question…
De plus, je ne m’en étais pas rendue compte, mais le soleil entame sérieusement sa descente.
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