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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Dans les rues grisâtres...[PV Helyn]

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Rilend Ansakh
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Signe particulier: Sa dague fétiche, Talisman. Bien dissimulée sous les cheveux, une cicatrice à l'arrière du crâne suite à une commotion cérébrale. Un pendentif rond, en nacre. Elle se transforme en Panthère noire.

MessageSujet: Dans les rues grisâtres...[PV Helyn]   Sam 21 Mar 2009, 11:17

Le soleil se couchait sur les rues mal famées d'Al Far, dardant ses rayons sur les murs salis, dessinant des ombres de sang aux êtres et aux bâtiments. Le ciel, à l'ouest, se teintait de rouge, un rouge mêlé de rose, de jaune et même de bleu, tandis que le jour, peu à peu, cédait la place à la nuit dont le noir apparaissait déjà au zénith. Un vent léger soufflait, comme toujours en cette période de renouveau, où l'hiver glacé se terminait, pour laisser venir le printemps, rayonnant et humide. Déjà les bourgeons perçaient sur les feuilles des arbres, déjà les rares fleurs de la ville ouvraient leur corolle encore un peu pâle. La vie renaissait, un instant endormie par le long hiver.
Au côté d'une rue sombre et étroite se trouvait une taverne. L'établissement était discret, seulement signalé par un blason au dessus d'une porte qui avait dû être belle mais n'était plus qu'un bout de bois noirci surmonté d'une vitre grise de poussière, mais le lieu était connu de tous les buveurs d'Al Far, car chacun y savait que l'on servait là la meilleure bière de la ville. Traduisez: la seule qui n'aie pas le goût de pipi de chat et qui permette de vite se mettre à bafouiller, débiter des bêtises, l'oeil vitreux aussi alerte que celui d'une vache. En bref, la bière la moins mauvaise et la plus alcoolisée d'Al Far.
A l'extérieur, l'établissement parraissait calme, mais à l'intérieur, c'était réellement autre chose. L'atmosphère était surchauffée, la lumière vacillante, lorsqu'une haute silhouette la dissimulait par intermittence, et les cris, les rires, les jurons, les chansons paillardes allaient bon train. Tous buvaient, se resservaient, jetant de temps à autre une ou deux pièces sur la table, que Alta, la vieille servante, empochait sans mot dire. Que cet argent revienne à son employeur ne la gênait pas, l'honnêteté n'avait pas cours à Al-Far. Bien que la soirée soit peu entamée, certains hommes étaient déjà allongés sur la table, ou ronflaient à qui mieux sous le pieds des autres fêtards. Ceux-là se faisaient sortir, vite fait et discrètement, et peu à peu, au fil de la nuit, un véritable tas d'ivrognes endormis s'élevait devant la porte de la salle.
Un homme rit, dévoilant des chicots noircis par l'alcool et le tabac. Il se tourna vers un de ses amis et lui lança, gouailleur:

"Hey! Savais-tu que le Chat de Maraude a encore fait courir les gardes, aujourd'hui? Ils étaient épuisés, les pauv' vieux!"


Son vis-à-vis éclata d'un rire guttural et donna une grande tape à la jeune femme qui se tenait là, sans mot dire, le nez sur une chope sale et remplie d'une bière qu'elle n'avait aucune envie de boire. La claque dans son dos manqua la faire piquer du nez dans l'infâme boisson, et elle se redressa en dardant sur l'homme un regard assassin, ce qui ne découragea pas le paillard, qui balbutia en riant grossièrement, les yeux brillants de convoitise:

"Ah, sacré Chat de Maraude! Laisse-moi t'exprimer mes félicitations..."


Ses yeux se posaient de manière sans équivoque sur la jeune femme. Rilend, celle qu'on surnommait Chat de Maraude en référence à sa manie de fureter et de voler, se redressa et répliqua d'un ton glacial:

"Merci, ça ira."


Esquivant les mains de l'homme, elle sortit de la pièce. Au passage et rapidement, sa main droite crocheta une bourse encore assez bien remplie. Elle poussa la porte, l'air froid la gifla, et elle quitta les lieux, décidément trops bruyants et peuplés à son goût. Son malheur fut de tomber nez à nez avec un garde, qui remarqua aussitôt l'allure de la jeune femme -elle portait de vieux vêtements, qui avaient dû être beaux mais n'étaient plus que poussièreux et usés- et, surtout, la bourse qu'elle tenait à la main. Rilend eut un mouvement d'écart, puis détala à la vitesse de l'éclair, sentant derrière elle le pas lourd du garde et son cri qui rameutait les autres. La jeune femme accéléra, tout en sachant qu'elle ne tiendrait guère longtemps. Déjà, sa vue se brouillait, et sa gorge protestait.
Elle aperçut un mur et, tant bien que mal, bondit dessus. Elle avait mal calculé son élan et ne put s'arrêter au faîte de la maçonnerie pour retomber souplement de l'autre côté, et elle bascula vers le sol, sans pouvoir se retenir. Elle atterrit lourdement sur un empliment de tonneaux, qui s'écroula avec un fracas qui l'empêcha d'entendre le cri de rage du garde et ses insultes. Etendue sur le dos, Rilend resta immobiles quelques minutes, sentant sa poitrine se soulever à grand-peine, ses mains étreignant toujours sa bourse. Avec un sourire, elle glissa les pièces qui s'y trouvaient dans sa propre bourse. Puis, roulant sur le flanc, elle fit un effort pour se redresser. Elle n'avait rien de cassé, sans doutes quelques bleus, mais, surtout, elle était épuisée.
Sitôt sur ses pieds, elle eut l'impression que le monde autour d'elle s'effaçait derrière un voile noir, fut prise de vertige et sa respiration se bloqua quelques secondes. Elle s'agrippa au mur et attendit que la malaise passe. Il passa effectivement, mais lui laissa une migraine terrible, aigüe, et une sensation de nausée, de faiblesse. Elle avait la tête qui tournait, mais parvint à faire quelques pas. Une quinte de toux la plia en deux, le sang bourdonna à ses oreilles et elle ne vit ni n'entendit le monde alentours durant tout le temps qu'elle mit à calmer sa toux. Puis elle se redressa et, faible, porta une main à son front.
Elle était malade, comme souvent ici. Il lui arrivait fréquemment de tousser à en cracher ses poumons, de se sentir nauséeuse et faible, si faible que parfois elle ne pouvait se lever. Cela lui arrivait, et elle en guérrissait toujours d'elle-même. Mais il ne fallait pas qu'elle reste ici. Glaciale, la nuit allait aggraver sa maladie, et elle était déjà aux limites de sa résistance. La jeune voleuse marcha, ou plutôt vacilla, jusqu'à une encoignure de porte et s'y effondra plus qu'elle ne s'assit, incapable de faire un pas de plus. Elle joua des mâchoires pour amener de la salive dans sa bouche sèche, grimaça. La faim ajoutait encore à sa faiblesse, elle aurait même été incapable de dire à quand remontait son dernier repas.
Elle plia ses genoux, y posa son menton et ferma les yeux.
Elle était capable de percevoir l'approche de n'importe qui, grâce à une ouïe et une sensibilité développées par la vie de la rue.
Mais ici, blottie dans un coin de porte, tremblante de froid et de fièvre, laissant échapper une petite toux et la respiration sifflante, ravagée par sa migraine et sa faim, elle n'avait même plus le courage d'essayer de deviner l'approche de quelqu'un.
Advienne que pourra.

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MessageSujet: Re: Dans les rues grisâtres...[PV Helyn]   Sam 21 Mar 2009, 14:00

    Aube.
    C'était l'aube quand Helyn était rentrée dans Al-Far. La jeune fille avait encore quitté l'académie, marchant quelques jours vers le nord de Gwendalavir, ne sachant pas vraiment où elle allait. Elle avait encore le temps, son cours n'était pas programmé et elle savait qu'au pire, elle ne raterait pas grand chose. Elle avait cru comprendre que les cours étaient affichés une semaine avant de commencer, et le sien ne l'était pas encore, ce qui l'avait poussée à partir encore un fois. Elle aimait partir seule, parce qu'elle avait envie d'être totalement indépendante et de ne compter que sur elle-même, même si elle savait qu'elle ne le faisait pas encore, et qu'elle était encore loin de ce but. Mais la Voie Marchombres lui promettait guerrison et liberté totale, c'est à dire qu'elle pourrait enfin faire exactement ce qu'elle voudrait, et non ce que son corps l'obligeait à faire, comme courir des heures ou grimper facilement dans les arbres sans se briser un poignet. Elle était encore trop fragile, et cela l'agaçait. Néanmoins, depuis plusieurs années elle avait appris la patience, et elle savait qu'importe le temps que cela faudrait, elle arriverait à faire ce qu'elle voulait. Il fallait juste qu'on lui montrât la Voie, qu'on lui donne confiance en elle, puisqu'elle n'arrivait pas à gagner cette confiance seule. Elle savait pertinemment qu'elle avait besoin des autres, irrémédiablement, même si elle voulait être idnépendante. Elle n'était pas encore assez forte pour l'être vraiment...

    Murmures du vent.
    Alors que le soleil se couchait derrière les tours de la ville, la jeune fille laissait son regard multicolore errer dans les rues, retenir tous les détails, passer sur les murs pour mieux retenir où elle était. Elle avait toujours été comme ça, et son sens de l'observation lui avait toujours permis de se repérer où qu'elle fût. La dalle, sous ses pieds, commençait à refroidir alors que le haut des maisons s'enflamait sous les rayons incandescents du soleil qui leur disait au revoir. Un sourire vint se ficher sur les lèvres de la jeune fille alors qu'elle continuait de marcher. La ville n'était plus quelque chose qu'elle aimait. Elle y marchait parce qu'elle était curieuse, et avait envie d'apprendre de nouvelles choses, mais la nature et la campagnes étaient bien plus proches d'elle et de ses convictions que la ville. Et puis, même si elle avait énormément aimé la ville, plus petite, l'accident qu'elle avait subi lui avait ôté définitivement cet amour. Elle ne voulait pas voir tout noir ou tout gris. Elle voulait percevoir les couleurs de la ville. Et pourtant, elle n'y arrivait qu'à moitié. La plaie béante dans son âme l'empêchait de voir vraiment, lui occultait la vue pour ne pas qu'elle profite de cet instant qui ne se produisait qu'une seule fois dans la journée, et qu'elle ne verrait probablement plus, puisqu'elle partirait le lendemain matin.

    Course.
    Soudain, Helyn perçut des pas de course derrière elle. Se retournant, elle plissa les yeux et aperçut quelques silhouettes qui courraient dans sa direction. Décidant de se pousser du passage, elle se faufila contre un mur et attendit tranquillement que tout le monde passât. Les injections qui fusaient du groupe lui ouvrirent un peu plus la plaie dans son esprit, mais elle ferma les yeux et força sur le voile occulte qui tentait de se relever dans son esprit. La ville, des hommes, des cris, des voix graves... Oui, vraiment, ce n'était pas le genre de choses dont elle avait besoin pour aller mieux, et elle se maudit un instant d'être entrée dans Al-Far. Cependant, tendant l'oreille, elle crut comprendre que les gardes qui étaient passés étaient à la poursuite de quelqu'un, un certain 'Chat de Maraude'. Secouant la tête, Helyn sortit sans bruit du perron sous lequel elle s'était abritée et avança à la suite des gardes, en silence. Le silence était sa deuxième nature, et elle savait que bien peu de gens pouvaient entendre sa respiration ou ses pas. Elle vivait dans le silence physique, de toute manière, et elle n'avait rien à se reprocher. Mais elle ne comprenait pas non plus que les gens pussent envier ses pas silencieux. Elle, elle aurait préféré faire plus de bruit, parfois. Mais il fallait dire que cela était bien pratique, et ce très souvent...

    Fracas.
    Plissant les yeux comme pour moins bien entendre, Helyn continua à s'avancer derrière les gardes. Elle les entendit crier, et se rengorgea, se referma sur elle-même pour moins comprendre leurs paroles. Et puis les bruits de pas revinrent vers elle. Ils avaient dû manquer le Chat, c'était même très probable. Se glissant comme une ombre, la jeune fille muette passa entre les gardes sans qu'ils ne la remarquassent et continua le chemin. Bientôt, elle atterrit sur un mur plutôt haut. Le grand bruit avait certainement dû venir de derrière, empêchant les gardes d'aller plus loin. Tournant la tête pour chercher un endroit par lequel passer, Helyn repéra bien vite un trou dans la base du mur, où un chien pouvait passer. Se mettant à quatre pattes, la jeune fille se glissa sans difficulté de l'autre côté du mur, sa maigreur l'y aidant. Soupirant en se relevant, Helyn chercha une présence humaine. S'avançant à pas mesurés, elle passa devant plusieurs coins qu'elle scruta sans pourtant voir personne. Elle fit de même pour les perrons. Rien, personne... Et soudain, elle entendit quelque chose qui s'écroulait sur le sol. Commençant à courir, toujours sans aucun bruit, la jeune fille trouva vite l'humaine qui s'était mise dans un coin, entre deux portes. S'avançant tranquillement, elle laissa un sourire rassurant étirer ses lèvres, alors qu'elle posait sa main sur l'épaule de la jeune fille. Elle n'y voyait pas bien, et autant cette inconnue aurait pu lui sauter dessus et la tuer... Mais Helyn n'avait plus rien à perdre depuis longtemps. Elle avait laissé Luja à l'extérieur de la ville pour ne pas se créer d'ennuis, mais c'était un peu comme si elle les cherchait, les ennuis...
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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Dans les rues grisâtres...[PV Helyn]   Sam 21 Mar 2009, 18:18

Prostrée, la tête sur ses genoux tremblants, sa longue queue de cheval noire tombant sur son épaule droite, elle n'avait même pas entendu approcher la femme. Elle qui se targuait d'être capable de deviner l'approche n'importe qui!
Lorsque la femme, inconnue, posa sa main sur son épaule maigre et tremblante, Rilend sursauta et redressa la tête vivement, ce qu'elle regretta vite car la brusquerie du mouvement raviva sa migraine qui, dans le noir, s'était quelque peu atténuée. Passant une main sur ses yeux, geste vague de protection contre la lumière pourtant faible, elle observa la jeune femme qui lui faisait face. Elle paraissait fine, frêle. Sa peau était d'une pâleur remarquable, semblable à la sienne. Ses cheveux rayonnaient de mille feux, tandis que ses yeux étincelaient. Ses yeux...Rilend resta saisie par ce regard si particulier, et ne parvint à s'en détacher qu'au bout d'un long laps de temps. Tant de nuances dans ce regard si vivant, tant d'émotions, de fugaces lueurs vite éteintes ou amplifiées...Un regard si irréel. Les yeux anthracite de Rilend, rendus presque noirs par la douleur, s'écarquillèrent et trouvèrent, l'espace d'un instant et sous l'emprise de la surprise, une couleur bleu gris, la teinte du ciel qui annonce l'orage.
Réalisant que cette femme la touchait, son instinct de conservation reprit le dessus, et Rilend, par un réflexe acquis au cours de dix ans passés dans la rue, porta la main à Talisman. Dans la pénombre, l'améthyste du pommeau scintillait doucement. Un moment, elle resta ainsi, les doigts de sa main droite crispés sur le pommeau de l'arme. Puis elle réalisa ce qu'elle avait pensé à faire et, doucement, lâcha le poignard ouvragé. Sa main retomba le long de son flanc, sans déception ni colère. Simplement, elle ne pouvait pas l'attaquer. Ce regard la retenait comme des chaînes l'auraient fait, et la jeune femme dégageait une aura particulière, qui lui hurlait que, même en pleine possession de ses moyens, elle n'aurait pu la vaincre.
Regardant le sourire de la femme, un sourire qui se voulait rassurant, elle s'apaisa imperceptiblement. Quelqu'un qui vous veut du mal n'a pas ce genre de sourire, pas aussi sincère, vrai, calme. Une once de méfiance persistait au fond du coeur de Rilend, une méfiance exacerbée par sa vie dure, une vie de sang et de combat quotidien, mais le reste d'elle-même hurlait que la Panthère Noire -son deuxième surnom- n'avait rien à craindre de la femme qui tenait face à elle. Lentement, Rilend ferma les yeux, une seconde, pour rassembler ses forces, puis fixa l'inconnue droit dans les yeux, et s'apprêta à parler. Mais elle fut prise d'une quinte de toux, et, pliée en deux par les spasmes qui secouaient sa cage thoracique, elle ne put articuler les mots qu'elle voulait prononcer. La toux passa, comme passe l'orage, laissant derrière lui l'espoir d'un instant de répit, et Rilend put enfin parler à la femme, sans savoir pourquoi une partie d'elle-même y répugnait:

"Qui...qui êtes-vous?"

Sa voix était rauque, difficile, si différente de son timbre habituel! Elle avait à peine eu un filet de voix, presque entièrement aphone, elle pensa que la jeune femme n'avait pu comprendre ce qu'elle avait dit, et décida dans le même mouvement de ne pas se répéter. Après tout, à quoi bon savoir qui était cette femme? De toute manière, Rilend n'était guère en état de soutenir une conversation, ni même de parler, sa mince tentative en avait été une preuve.
Elle resta immobile, tremblant un peu sous la fatigue, la faim et la maladie, sa respiration encore sifflante de la course qu'elle avait dû fournir. D'ordinaire, elle récupérait vite -la survie était à ce prix-, mais ce soir, malade, épuisée, affamée, elle ne parvenait pas à reprendre le dessus, et son rythme respiratoire restait irrégulier, sifflant, interrompu par des quintes de toux qui la contraignaient à se plier en deux.
Rilend finit par lever de nouveau les yeux vers la femme et, rassemblant courage et forces, parvint à se lever. Elle vacilla sur ses jambes, instable, et sentit comme toujours la migraine revenir, plus intense. La différence de pression sanguine au niveau du cerveau fit danser des points noirs devant ses yeux, son regard se troubla, elle vit flou quelques secondes qui lui parurent des heures. S'agrippant à une pierre du mur, si fort que ses jointures blanchirent, elle attendit que la douleur passe, et très vite, comme d'habitude, elle s'estompa, laissant la place à une vague nausée, un vertige léger et une migraine carabinée. Comme avant qu'elle ne s'assoie. Tremblante, honteuse de s'être montré à la femme en cet état de faiblesse alors que son instinct, comme celui d'une bête sauvage, lui hurlait d'aller se cacher, loin des autres, et d'attendre que la maladie passe, sans s'exposer aux yeux de tous dans sa vulnérabilité.
Celle qu'on appelait Chat de Maraude, Panthère Noire et qui prenait le pseudonyme d'Astyr resta agrippée au mur, mal assurée sur ses jambes, et tourna un regard vacillant vers la femme qui avait posé sa main sur son épaule. Elle se sentait incapable de faire ne serais-ce qu'un pas, alors que déjà, immobile, elle luttait contre l'évanouissement.
Et encore plus incapable de prendre la moindre décision.


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MessageSujet: Re: Dans les rues grisâtres...[PV Helyn]   Dim 22 Mar 2009, 13:51

    Trouble.
    Pourquoi une jeune fille se cachait-elle alors qu'elle avait besoin des autres ? Cela semblait improbable à la muette, qui avait la main sur son épaule. Elle savait qu'elle-même avait besoin des autres, et que grâce à ce besoin, elle réussirait par là suite à mieux s'en affranchir. Mais la jeune fille n'avait aucune fierté, ou alors très peu, et était assez intelligente pour savoir que sans les autres, elle ne survivrait vraiment pas longtemps. Dire mentalement cela ne lui tirait aucune gêne, puisqu'elle savait que c'était un stade par lequel elle devait passer obligatoirement pour la suite des évenements et pour mieux atteindre ses buts. Enfin, ce n'étaient pas vraiment des autres dont elle avait besoin, mais les Marchombres. Parce que leur Voie était la sienne, parce que sa Voie était là leur, parallèles ou confondues, elles se suivaient parfaitement. Helyn le sentait dans le fin fonde de son esprit sans pour autant s'en rendre consciemment compte. Elle savait une chose, elle avait besoin d'eux. Et peut-être, mais peut-être seulement, que eux avaient besoin d'elle. C'était étrange, mais elle n'avait pas l'impression que d'autres pouvaient avoir besoin d'elle, et elle était persuadée qu'elle n'était pas indispensable, et même loin de là. Elle n'avait jamais rien apporté à quiconque, n'avait jamais vu quelqu'un apprendre vraiment grâce à elle. Oui, parfois elle réussissait à révéler des choses chez les autres, surtout du fait qu'elle ne pouvait pas parler et donc qu'elle comprenait mieux les attitudes. Mais ce n'était pas pareil. Il n'y avait pas ce besoin...

    Observation.
    Dans le noir de l'angle, où la lumière ne passait presque pas, Helyn avait du mal à discerner les traits de la jeune fille qui était assise. Elle devinait de grands yeux, ainsi qu'un visage plutôt harmonieux. Dans un rai de lumière, elle discerna la couleur des pupilles de la jeune fille, une couleur grise étrange, qui semblait pouvoir virer à un bleu grisé. Ses longs cheveux noirs étaient ramenés en une queue de cheval qui lui tombait sur l'épaule droite. Elle se tenait toute recroquevillée, et la jeune fille muette sentit qu'elle n'allait pas bien. Non pas que cela vînt de son attitude, elle avait déjà rencontré des personnes toujours refermées sur elles-mêmes sans pour autant aller mal dans le sens malade du terme. Or, elle sentait que là, il y avait un petit quelque chose. Ne tenta pas de creuser. Ce n'était ni l'endroit, ni le moment. Un sourire tendre passa sur les lèvres d'Helyn, qui s'accroupit devant l'autre. Un éclat métallique attira son oeil un instant, avant qu'elle décida de ne pas y faire attention. Elle savait qu'elle pouvait mourir là, que cette jeune fille des rues était sans aucun doute bien plus forte qu'elle car endurcie. Elle-même n'avait que les quelques notions de combat : de centre et de coups portés, que lui avait enseignés son Maître. Elle savait qu'elle ne pourrait rien faire face à une combattante endurcie. Et pourtant elle n'avait pas peur. Elle n'avait plus peur de la mort depuis longtemps, la souffrance qu'elle endurait était bien plus maligne que cette mort qui aurait pu l'en sauver. Mais ce n'était pas comme cela, malheureusement...

    Murmure.
    Helyn rentra sa cage thoracique lorsqu'elle entendit les quelques mots prononcés par la jeune fille. Elle avait conscience que si cela n'avait pas été elle, si cela avait été un humain normal, il n'aurait sûrement pas compris ce qu'avait prononcé la jeune fille brune. Mais ce n'était pas le cas. Les mots la blessaient trop pour qu'elle ne les comprît pas, ce qui l'exaspérait. Elle aurait dû pouvoir les ignorer, pouvoir passer outre, puisqu'ils la faisaient tant souffrir, mais ce n'était pas le cas. C'était même le contraire qui se produisait. Ses épaules soubresautèrent un instant, le temps qu'elle réussît à se contenir. Au moins, elle n'avait pas eu l'idée de se répéter, ce qu'Helyn n'aurait certainement pas supporté. La voix de la personne était brisée, rauque et presque seulement soufflée, et la jeune fille comprit qu'elle n'était vraiment pas bien, et qu'il fallait faire quelque chose. Oui, mais quoi ? Cela avait toujours été les autres qui l'avaient sortie de ses moments horribles, et elle n'avait aucune idée de ce qu'elle pouvait faire. Elle aurait voulu aider le monde entier, mais elle savait très bien que cela était impossible. Elle aurait voulu aider tous ceux qu'elle croisait, pour remercier ceux qui l'avaient aidée. Mais elle ne savait pas comment s'y prendre. La respiration de l'inconnu se fit sifflante et de moins en moins régulière, ce qui tira une grimace à la jeune muette. Elle ne savait pas comment faire, ni quoi faire...

    Effort.
    Helyn vit la jeune fille tenter de se lever. Elle n'était pas du tout en forme, et apparement elle n'avait même plus de force. Elle réussit à se tenir debout, mais en restant aggripée au mur, où ses phalanches s'accrochaient comme à une bouée de sauvetage. Se mordant la lèvre inférieure, la jeune fille aux cheveux d'or s'approcha du Chat et hocha la tête pour lui demander de ne pas bouger... Elle savait que c'était inutile, qu'elle n'aurait probablement même pas la force de faire un pas, mais c'était plus par politesse qu'autre chose. Et elle se détourna, commença à courir sur les dalles, toujours dans son silence habituel. Elle passa dans plusieurs rues, trouva la grande rue principale et entra dans une auberge. A l'intérieur, cela sentait fort l'alcool et la beuverie des hommes l'avait toujours exaspérée. Elle en avait presque peur depuis son accident. Se mouvant grâcieusement jusqu'au comptoir, elle demanda un plat à l'aubergiste en tapotant sur la carte de son index, un plat qu'elle pût emporter. Elle dut attendre une bonne dizaine de minutes pour avoir son dû et espéra très fort que la jeune fille de l'angle n'avait pas bougé. Saississant le plat à pleines mains, Helyn sortit de l'auberge, réussissant à éviter quelques mains avides qui se tendaient sur son passage. Elle courut doucement, le plat brûlant dans les mains, et rejoignit les lieux qu'elle avait quitté.

    Surprise.
    Le plat dans les mains, elle s'approcha de l'endroit où se tenait quelques minutes auparavant la jeune fille, mais ne l'y trouva pas. Harpentant les lieux de son regard arc-en-ciel, la jeune fille continua à s'avancer, sentant en elle le chemin qu'avait pu prendre la fille. Elle ne pouvait pas aller bien loin, de toute manière, dans son état. Finalement, elle finit par la retrouver et posa le plat devant elle, en évidence. Elle n'avait plus un sou, mais elle s'en fichait. Le bien-être des autres passait avant sa bourse, et même si c'était horriblement naïf de penser cela, c'était ce qui trottait dans la tête de la jeune fille muette.
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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Dans les rues grisâtres...[PV Helyn]   Dim 22 Mar 2009, 19:30

Pourquoi se cacher alors qu'on a besoin des autres? Rilend avait appris l'indépendance, appris à se débrouiller seule. Dans la rue, elle avait vite intégré la règle du "chacun pour soi". Elle avait appris à endurcir son coeur face à un enfant agonisant, à un adolescent affamé, un mendiant poignardé. Appris à ignorer la souffrance des autres, malgré la douleur qui transperçait son coeur devant chaque corps immobile ou gémissant, la douleur de ne pouvoir l'aider. Elle avait appris à se détacher, peu à peu, à observer la réalité avec distance, pour ne pas souffrir. Pour souffrir moins. Elle aurait aimé les aider, tous, mais elle ne pouvait pas le faire. Elle les ignorait, et n'attendait aucune assistance de leur part en échange...chacun avec ses problèmes, chacun son combat, chacun sa vie. Ou chacun sa mort.
C'était sans doute une preuve de fierté, de fierté mal placée, mais Rilend avait tout perdu, famille, argent, amis, bonheur. Ne lui restaient qu'une vie vacillante et sa fierté, sa dignité, les seules choses qu'elle possédait encore, et elle s'y raccrochait, comme un naufragé s'agrippe à un bout de bois pour ne pas sombrer, et se bat pour rester à la surface, pour échapper à l'emprise mortelle de l'eau tourbillonnante. Il ne lui restait que sa fierté, et elle ne pouvait se permettre de la perdre, à moins de se perdre elle-même.
Elle avait appris à endurcir son coeur, à ignorer la mort et la désolation, la haine et les combats autour d'elle, le sang qui brillait parfois sur Talisman, appris à faire abstraction de la mine effrayée de l'homme qui comprend qu'il va mourir, voudrait supplier mais sait qu'elle ne fera pas preuve de pitié. Qu'elle n'a pas le choix.

Elle vivait, au coeur de la ville, tant bien que mal. Mais étais-ce une vie?
Se lever tous les matins, claquant des dents tandis que le froid de la nuit se rappelle à sa conscience apaisée par le sommeil, déambuler dans les rues grises et endormies, sans croiser âme qui vive, grimper sur un toi ou le faîte d'un mur pour s'offrir aux rayons du soleil, admirer la clarté pure et inaccessible du levant, les oiseaux qui s'envolent, loin, dans les cieux, dans les nuages, les oiseaux libres de fuir, d'étendre leurs ailes et de voler loin, loin de toute cette haine, ce chaos, ce sang et cette mort. Et rêver de s'enfuir elle aussi, de s'envoler comme ces animaux libres et rapides, rêver de s'arracher au sable mouvant de cette vie oppressante, pour trouver une autre voie, un autre monde...Admirer la teinte du levant, étendre les bras pour sentir sa clarté rassurante, fugace bonheur, et déjà redescendre vers la rue, marcher, au milieu des touristes armés et des voleurs jaloux, dérober bourses et pains, et fuir les gardes qui la repéraient si souvent, courir, toujours courir, comme une éternelle fuite en avant dont elle savait qu'elle ne la mènerait nulle part mais qu'elle poursuivait tout de même, parce que se retourner mènerait à la mort, bifurquer à l'inconnu. Et, affamée, sans argent, sans personne sur qui s'appuyer, elle ne pouvait affronter l'inconnu. Courir, fuir, revenir sur ses pas, semer les gardes et se reposer, croquer une tranche de pain, maigre consolation. Et déambuler dans les coupe gorges, trébucher sur des cadavres, se dire que ça pourrait être elle. Sortir Talisman, trancher des gorges par amour pour sa vie...tuer des voleurs...son père l'avait-il créée dans ce but? Et tous les soirs, regarder le soleil se coucher, exténuée de la journée et de la nuit qui allait suivre, et toujours se demander si elle vivrait assez pour voir le suivant.
Étais-ce une vie? Non. En tous cas, pas celle dont elle rêvait. Ce n'est qu'une forme de survie.

La jeune femme s'éloigna, et Rilend la suivit des yeux, sans penser à bouger. Puis elle se secoua, sans savoir pourquoi. Qu'est ce qu'elle fichait ici, malade et affaiblie aux yeux de tous, à se fier à une inconnue? Elle allait sans doutes aller chercher les gardes...Le sourire et les yeux de la femme disparus, sa confiance s'effritait, et Rilend retrouvait ses instincts de solitude et de méfiance.
Elle fit quelques pas, tant bien que mal, et parvint à parcourir une dizaine de mètres, pour s'engager dans une autre ruelle, étroite et sombre, où elle serait moins visible. Peut-être même parviendrait-elle à dormir un peu...La jeune femme ferma les yeux et se laissa aller à la souffrance et au silence. Un peu de paix, un peu de calme au coeur de la tempête...
Un pressentiment lui fit rouvrir les yeux. La femme se tenait devant elle, son regard rivé sur elle. Rilend la fixa, puis détourna les yeux, incapable de soutenir l'éclat arc-en-ciel des iris de l'inconnue, et vaguement honteuse d'avoir fui son aide. Elle avait pensé que la jeune femme allait prévenir les gardes, alors qu'elle avait pensé à aller lui chercher quelque chose à manger...Rilend se sentait idiote d'avoir pensé, ne serais-ce qu'un instant, que la femme lui voulait du mal. Pourquoi sa confiance en les autres était-elle si entamée? Pourquoi ne pouvait-elle pas simplement faire confiance? Pourquoi fallait-il qu'elle soit toujours si renfermée sur elle-même, si méfiante, si prompte à prêter de mauvaise intentions à tous ceux qui ne ressentaient que compassion pour elle? Pourquoi toujours mordre la main qui se tendait vers sa main?
Elle mangea, lentement d'abord, puis goulûment, le plat qu'elle lui présentait. Lorsqu'elle eut fini, Rilend s'essuya la bouche d'un revers de manche, et dut admettre qu'elle se sentait mieux. Bien mieux. Grâce à l'inconnue. Le Chat de Maraude leva ses yeux anthracite, qui s'étaient quelque peu éclaircis pour virer au bleu d'un ciel d'orage, vers la femme. Elle aurait aimé la remercier mais sa gorge irritée la suppliait de ne pas parler. Alors la Panthère Noire se contenta d'adresser un regard lumineux à son vis-à-vis, et laissa un sourire timide et hésitant apparaître sur ses lèvres.
Merci, disait son regard.
Merci à toi.

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MessageSujet: Re: Dans les rues grisâtres...[PV Helyn]   Mar 24 Mar 2009, 19:41

    Ombre.
    La jeune fille devant Helyn faisait partie de l'ombre, partie intégrante du noir qui l'entourait, qui les entouraient. Pourtant, l'apprentie marchombre discernait maintenant ses traits avec plus de précision, car ses yeux s'étaient habitués à l'obscurité. Ce n'était pas pour autant qu'elle la détailla. Ses yeux arc-en-ciel tentaient de se fixer dans ceux gris de la jeune fille. Gris, qui virait au bleu orage, d'ailleurs, comme elle avait pensé quelques minutes plus tôt. Posant doucement le ragoût qu'elle avait pris dans l'auberge devant la jeune fille, elle comprit tout de suite que c'était donc bien de manger dont elle avait besoin. Et même si ses premiers gestes étaient hésitants, au fur et à mesure qu'elle mangeait, elle devenait plus vive et plus alerte, on la sentait mieux. Helyn la sentait mieux, et se sentait mieux elle aussi par conséquent. Elle était soulagée d'avoir pu aider la jeune fille, qui était très mal en point selon elle. Pourtant, elle savait pertinement que des centaines d'autres personnes devaient être encore plus mal en point, mais le fait de ne pas les avoir sous les yeux lui changeait un peu sa vision. Et puis, elle était toujours un peu trop émotive, un peu trop impulsive, et aussi un peu trop irrationnelle. Sauver tout le monde, elle ne pourrait jamais le faire, et son coeur souffrait en entendant des paroles, mais aussi en voyant la souffrance des autres. L'ampathie était quelque chose dont elle aurait préféré être dénuée. Ce n'était pas le cas. Tant que les autres semblaient pas trop mal, cela allait. Même s'ils montraient de la tristesse, cela pouvait passer. Mais le pire, c'était lorsqu'ils luttaient pour ne pas que leur souffrance se voie, et qu'ils n'y arrivaient pas. Là, c'était vraiment horrible, et en plus elle se culpabilisait pour rien. Elle était encore trop fragile...

    Empressement.
    La fille mangeait de plus en plus vite, et reprenait petit à petit des forces. En moins de dix minutes, elle finit le grand plat que lui avait amené Helyn, qui la regardait toujours de ses grands yeux multicolores. Elle était fascinée. Elle-même n'avait jamais eu vraiment besoin de manger, ni faim. Elle ne faisait ce genre de choses que par stricte nécessité depuis l'accident, puisqu'elle n'avait plus vraiment envie de trop abuser de n'importe quoi. Pour elle, elle avait abusé de la parole étant plus petite, et c'était pour cela que son accident la lui avait ôté. Et depuis, elle associait un peu toutes les demandes naturelles typiquement humaines à la parole, s'en affranchissant presque, puisque son corps en avait de toute manière besoin. Elle n'en ressentait plus la nécessité morale et psychologique, et pourtant elle savait qu'il fallait qu'elle mangeât régulièrement pour tenir un tant soit peu debout. C'était peut-être en partie aussi pour cela qu'elle pouvait se sentir faible physiquement, alors que son esprit tournait à cent à l'heure, mais elle n'en avait pas conscience. Son corps, amaigri, où les os saillants dénotaient de la paleur de sa peau, lui faisait ressentir son besoin de nourriture vitale, et pourtant c'était l'une des rares choses qu'elle n'entendait pas sur elle-même. Elle se savait faible physiquement, mais plutôt maître d'elle-même intérieurement. Pourtant, elle sentait aussi qu'elle pouvait être forte physiquement et qu'elle avait de grosses faiblesses intellectuelles...

    Regard.
    L'autre fille avait bougé, levant la tête vers elle, la fixant dans les yeux. Helyn la sentit qui voulait parler, ferma son visage et ses épaules dans l'attente des coups de poignard que lui infligeraient les mots. Il n'en fut rien. Un peu surprise, elle leva les yeux vers le Chat et l'interrogea du regard. Pas longtemps. Elle comprit très vite la lueur au fond de son regard à elle, bleuté comme l'était un ciel d'orage. Des remerciements. Elle ne se souvenait pas de tels remerciements de la part de quelqu'un d'autre, mis à part ses parents quand elle était petite et qu'elle leur apportait ce qu'ils lui demandaient. Et encore, ce n'était pas pareil. Parce qu'ils demandaient, justement. Or, la fille n'avait rien demandé, et elle avait trouvé ce qu'il lui fallait. Une vague de chaleur parcourut la poitrine de la jeune fille muette alors qu'elle se remerciait aussi elle-même d'avoir agi comme elle le sentait, sans avoir trop réfléchi. Pour une fois que ce genre de chose lui arrivait ! Soupirant silencieusement, comme à son habitude, la jeune fille muette prit les mains de la fille qui lui faisait face et les serra doucement, lui montrant ainsi qu'elle n'avait pas à la remercier, et qu'il était normal pour elle d'avoir fait ce qu'elle avait fait. Lui adressant un petit sourire, elle pensa à une chose : Peut-être qu'à l'Académie, on pourrait mieux l'aider à s'en sortir qu'elle-même ne l'aiderait. Se levant doucement, elle invita l'autre à faire de même. Peut-être n'avait-elle toujours pas assez de force pour le faire, et la jeune fille attendit tranquillement une réaction de la part de l'inconnue...
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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Dans les rues grisâtres...[PV Helyn]   Mer 25 Mar 2009, 17:19

Rilend se sentait bizarre...émue. Voilà bien longtemps qu'elle n'avait pas ressenti d'émotions semblables...émotion qu'elle ne savait nommer, ne l'ayant que peu ressentie. Reconnaissance? Sans doutes étais-ce cela... Les personnes qui voyaient un enfant agonisant sur le trottoir, un gamin mendiant était prompts à passer leur chemin, leur esprit imprimé de la conscience de leur puissance gêné par cette scène, leur rappelant avec une cruelle netteté leur chance, et leur égoïsme...Ils fuyaient, fuyaient la vison d'un enfant affamé leur tendant des mains implorantes, d'une femme cernée par trois ivrognes les suppliant du regard, tristement résignée, d'un mendiant respirant avec difficulté sous les coups s'abattant sur lui. Ils fuyaient cette vision trop claire de leur propre nature, prompte à accabler les plus faibles, et se hâtaient, mal à l'aise. Ils fuyaient la misère, mais aussi leur propre conscience. Ils fuyaient toute compassion.
La jeune femme n'avait jamais vu quiconque, depuis qu'elle vivait dans la rue, manifester la moindre bonté à son égard. Les hommes qui lui proposaient un repas, une boisson dans une sombre taverne avaient toujours des idées derrière la tête, des idées que trahissait leur regard concupiscent, se posant sur des formes juvéniles, fines, parcourant avidement un corps encore pur. Un regard qu'elle haïssait, qui la poussait à refuser l'offre, à fuir dans l'ombre. Toujours l'ombre. L'ombre parce que ces gens, riches, satisfaits d'eux mêmes, savaient choisi la lumière et se refusaient à la partager avec tous ces miséreux qui ne réclamaient qu'un peu d'air frais, de lumière et de vie. L'ombre parce qu'elle y était introuvable. L'ombre parce qu'on préfère toujours laisser ce qui dérange dans l'obscurité.
Elle les détestait, tous ces hypocrites, ces hommes pas totalement désintéressés, ces voleurs qui lui proposaient, dans un souffle alcoolisé, ses services contre une vie confortable. Elle refusait. Elle refusait comme elle refusait les avances maladroites des enfants souhaitant se joindre à elle. Elle aurait aimé partager son argent avec eux, mais elle en avait si peu qu'elle devait se résoudre à se détourner, coeur serré et regard sombre. Mais il était cependant rare qu'elle n'accepte pas de partager son refuge nocturne, un quignon de pain avec de jeune infortunés comme elle.
Toujours cette compassion, affectée et intéressée. Jamais un simple geste d'aide, un simple sourire pour elle, sans arrière pensée derrière...Rilend avait fini par ne plus croire en la générosité. Peu à peu, insensiblement, elle avait fermé son coeur à cet espoir qu'un jour, quelqu'un l'aiderait. Elle avait appris à mettre de la distance, à se débrouiller seule puisqu'on ne pouvait pas compter sur les autres.
Et voilà, qu'en un geste apparemment anodin, un geste d'offrande, une inconnue, sans un mot, venait de lui rappeler cette qualité essentielle de l'être humain: la bonté. L'altruisme. Voilà qu'en quelques secondes une femme venait de balayer des années de méfiance et de haine, de cynisme et de raillerie. Qu'une femme venait d ela réconcilier avec elle même, avec son espèce.

L'inconnue lui serra les mains. Rilend, d'ordinaire, ne supportait pas qu'on la touche. Mais cette fois-ci, elle ne se dégagea pas. Manquer de confiance à l'égard de cette femme, se méfier d'elle alors qu'elle venait de l'aider, de lui proposer de la nourriture avec une telle simplicité, une telle bonté, lui paraissait la pire des insultes, des ingratitudes.
La femme lui dédia un léger sourire que, sans réfléchir, le Chat de Maraude rendit.
Elle remarqua alors que ni elle ni la femme n'avaient prononcé un seul mot depuis le début, si on ne comptait pas la faible tentative de Rilend pour demander son identité à l'inconnue. Identité qu'elle estimait ne plus avoir besoin de connaître. La femme ne lui voulait pas de mal, n'était pas une menace mais une aide, elle n'avait pas de raison de se méfier d'elle, pourquoi vouloir connaître son nom?
Rilend n'aimait pas parler. Taciturne, elle préférait quelques mots à de longs discours. Les paroles révèlent bien trop profondément celui qui les prononce, et elle avait appris à se protéger, à s'abriter derrière une épaisse carapace. Une carapace si fragile, puisque la simple bonté d'une femme avait suffi à la percer. Elle ne parlait que peu, avait fini par considérer les mots comme inutile. A quoi bon formuler ses pensées, puisqu'elle n'avait personne avec qui les partager? Elle ne parlait qu'à elle-même, à quoi bon se fatiguer à adresser la parole à des amis qui n'en étaient pas, des êtres qui n'attendaient qu'une occasion pour retourner contre elle ses propres paroles?
Rilend vit la femme se relever, face à elle. Elle sentait des forces nouvelles quoique fragiles pulser dans ses propres muscles et parvint, lentement, à se relever elle aussi. Elle se sentait désormais en état de marcher, et fit même quelques pas, d'emblée. Pour le simple plaisir de se sentir mieux.
Où voulait-elle la mener?
Rilend leva des yeux interrogateurs vers la femme, mais ne ressentit pas le besoin de lui parler. Elle lui avait accordé sa confiance, à quoi bon la questionner? Surtout que, vu son comportement précédent, la femme ne lui répondrait sans doutes pas. Rilend n'avait jamais vu quiconque qui soit muet. Jamais vu un être incapable de parler. Et pourtant elle sentait que cette inconnue n'avait guère besoin de mots...ou ne les utilisait pas, simplement.
Le Chat de Maraude esquissa un sourire et fit quelques pas vers la femme.
Toujours sans un mot.

[je pense faire le post d'arrivée de mon personnage à l'académie bientôt...est-ce que tu veux que ton perso y soit, ou que je dise qu'elle l'a juste mise sur la route et que Rilend a continué toute seule?^^]

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MessageSujet: Re: Dans les rues grisâtres...[PV Helyn]   Mar 31 Mar 2009, 19:35

    Forces.
    La jeune fille avait repris des forces, cela se voyait. Son visage avait pris un peu couleurs, des couleurs moins crues et blanches qu'elle ne les portait précédemment. Et puis, elle avait réussi à se lever sans trembler, et même à faire quelques pas. C'était beaucoup. Beaucoup pour une personne qui allait mal quelques minutes plus tôt, qui ne pouvait même pas se lever sans retomber. Comme quoi, la nourriture aidait beaucoup dans l'intégrité physique. Helyn n'aimait pas la nourriture. Elle mangeait, seulement parce qu'elle savait que sinon elle ne pourrait pas survivre. Et elle n'avait plus envie de souffrir davantage, donc elle se tenait à ces principes qui font survivre l'espèce humaine. Manger. Boire. Dormir. Mais pour elle, c'était surtout une perte de temps. Une perte de temps à l'égard de la vie. Une perte de temps sur tous les projets que l'on peut avoir, sur tous les rêves que nous couvons. Mais indispensable... Et elle le savait. Mais elle n'y accordait que peu d'importance, et c'était sans doute pour cela que son corps était aussi maigre, mais aussi qu'elle avait si peu de forces... Est-ce que les Marchombres la réconcilieraient avec la nourriture ? Avec le statut d'être humain ? Elle ne voulait pas être une simple humaine, elle ne voulait plus. Elle avait gouté à la démarcation, et maintenant cela faisait tout à fait partie d'elle-même. Est-ce que les Marchombre lui apprendraient à franchir les limites du corps ? Ces limites étaient-elles franchissables ? Elle avait bien l'impression que non...

    Hésitation.
    Dans ses mains, celles du Chat avaient hésité un instant, avant d'y rester. Helyn avait senti le petit mouvement de recul, elle avait perçu la légère gène qu'elle avait pu occasionner en la touchant, mais ne fit rien pour reprendre son geste. Lorsque la jeune fille aux cheveux noirs se releva et la regarda, la jeune fille muette hocha imperceptiblement la tête. Cette fille semblait lui faire confiance, en fait. Elle ne savait pas pourquoi. Mais elle n'allait certainement pas s'en plaindre, puisque de toute manière, elle aimait aider les autres. Et on ne peut convenablement les aider que si leur confiance nous est accordée. Lui souriant de plus belle, Helyn se retourna et commença à marcher, toujours les mains serrées sur celle de la jeune fille de l'ombre. Oui, c'était décidé, elle allait l'emmener à l'Académie. Passant dans des rues qu'elle ne connaissait pas, elle réussit malgré tout à retrouver son chemin. Elle avait un bon sens de l'orientation qui lui avait souvent servi, et dont elle avait appris à bien se servir. Bientôt, elles atterrirent dans la grande rue d'Al-Far, et Helyn rentra imperceptiblement les épaules. Elle-même n'avait rien à craindre, elle le savait. Mais la fille qui la suivait certainement un peu plus. Néanmoins, elle avait déjà dû se balader dans cette rue, et elle n'était plus poursuivie, donc cela semblait normal qu'elle pût passer par là.

    Soulagement.
    Heureuse de voir enfin la porte de la ville, Helyn accéléra légèrement son pas. Une fois qu'elle l'eût passée, elle lâcha un soupir de soulagement et se tourna vers le Chat. Son regard multicolore accrocha celui, gris, de la jeune fille. La route était tracée. Lui souriant encore d'un sourire joyeux, la jeune fille muette lui lâcha la main un instant et frappa ses mains l'une contre l'autre. Luja ne tarda pas à venir, encore plus folle que d'habitude. Elle commença à aboyer joyeusement, mais se reprit vite en voyant l'index tendu de sa maîtresse. Il ne fallait pas qu'elle fît de bruit. Alors elle s'agita encore plus autour d'elle, avant de voir la seconde personne qui était là. Tout à coup méfiante, elle jeta un coup d'oeil à Helyn, qui l'encouragea d'un mouvement de tête. Alors elle s'approcha et commença à renifler son odeur. S'ébrouant, elle revint dans les jambes d'Helyn et attendit, la langue pendante. La jeune fille lui sourit tendrement et, lui faisant une rapide caresse, recommença à marcher, se tournant vers le Chat pour qu'elle la suivît. Elle fut alors prise d'inspiration. Elle se souvint de la première chose que son Maître lui avait montré, lorsqu'elle l'avait rencontrée. Un petit texte, qu'il avait écrit sur le sol. S'en souvenant parfaitement, elle l'écrivit de son doigt :


Manège enchanté
Aux milles limites
Franchies


    Réflexion.
    C'était précisément ces mots, qui l'avaient convaincue de le suivre. Des mots qui ne l'avaient pas attaquée, bizarrement. Des mots qui ne lui avait pas fait mal, qui n'avaient pas ouvert encore plus la blessure à son âme, mais plutôt qui l'avait embaumé. Des mots, qui suivaient leur cours. Différents de tous les autres. Levant les yeux vers la jeune fille, Helyn observa sa réaction. Puis, elle traça un rapide plan de Gwendalavir sur le sol, et désigna une tâche au milieu. Le Lac Chen. Elle sentait qu'elle ne pouvait pas accompagner la jeune fille, c'était presque physique. Quelque chose qui le lui criait. Elle désigna encore une fois la tâche. Sourit. Elle se demanda aussi si elle comprendrait. Mais ne doutait pas vraiment en fait. Si cela devait se faire, cela se ferait. Indubitablement...


[Euh, je ne pense pas que je serais là, tu as dû comprendre ^^ Entre les devoirs, les obligations et les RPs, je suis obligée de me restreindre... ]
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Rilend Ansakh
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MessageSujet: Re: Dans les rues grisâtres...[PV Helyn]   Mer 08 Avr 2009, 16:30

[il n'y a pas de problème...Rilend devrait arriver à se débrouiller seule =D Elle est grande, tout de même!!]

Oui, la nourriture était quelque chose d'important dans l'intégrité physique...Rilend en savait quelque chose, elle qui se levait chaque matin en sachant pertinemment qu'elle devait trouver quelque chose pour se nourrir, à n'importe quel prix. Manger. Le premier geste conscient de survie de l'homme. Après les réflexes, comme la respiration, la première chose que le nouveau-né apprenait était de téter au sein de sa mère. D'instinct il absorbait le liquide nourricier, d'instinct il savait qu'il accomplissait là un geste essentiel, qui deviendrait un pilier de sa vie. Rilend volait pour se nourrir, comme tant d'autres gamins des rues...la faim était la première chose qui les poussait au vol, loin de l'envie de richesse. Les territoires giboyeux étaient les principaux sujets de discorde entre les prédateurs sauvages, et même les chasseurs, ou d'autres hommes. Les plus puissants avaient plus de nourriture. Même ce qu'on nommait "loi de la jungle", l'anarchie pure et simple, découlait de ce besoin de manger: Manger ou être mangé. Rilend mangeait peu, elle s'était peu à peu habituée à la faible quantité de protéines qu'elle recevait, et son corps les assimilait au maximum, sans en gaspiller ne serais-ce qu'une once. Elle avait acquis une résistance peu commune qui lui permettait de tenir debout, même sans avoir mangé depuis plusieurs jours, et lui insufflait l'énergie nécessaire pour se nourrir, et donc pour continuer à vivre. Elle ne mangeait guère, et sans plaisir, simplement par instinct de survie.

Elle hésita une seconde, ses mains dans celle de la femme, mais ce bref instant de méfiance, dernier résidu d'années de solitude, fut balayé par l'expression de l'inconnue qui n'en était plus une, par son sourire et ses gestes qui lui inspiraient confiance sans qu'elle sache vraiment pourquoi. Une étrange envie qui la poussait vers elle, l'incitait à lui accorder sa confiance, éveillait en Rilend le sourd désir de devenir comme elle. La jeune femme la guida, dans des rues sombres qu'elle connaissait bien, qu'elle haïssait grandement, puis déboucha dans la grande rue. Elle rentra aussitôt les épaules, tandis que Rilend s'arrêtait à l'embranchement, hésitante. Le Chat de Maraude était connu et fiché comme le loup blanc, et la jeune femme, même en pleine nuit, hésitait grandement à s'engager dans une rue plus large, illuminée, exempte de ces zones d'ombres où elle pouvait se dissimuler, différente de ce dédale de coupe-gorges, aux murs trop lisses, trop hauts, trop éloignés pour qu'elle puisse les escalader et bondir de toit en toit avec cette grâce sauvage qui lui valait son nom de Panthère, ses pas légers rappelant la démarche du somptueux félins, ses bonds puissants lui donnant l'allure du fauve en chasse. Une rue trop civilisée, tout simplement. Elle se décida cependant à suivre la femme, tout en priant, elle qui ne croyait en rien, pour que des gardes ne mettent pas à cet instant les pieds sur les pavés de l'avenue.

Enfin, Rilend vit la porte de la ville et la franchit. Aussitôt, elle sentit une présence et sa méfiance revint. Guet-apens? Mais non, il ne s'agissait que d'une chienne que la femme avait appelée en claquant des mains. Sans doutes sa compagne. Rilend avait elle aussi eu un ami, un loup, Kefira, qui avait fini impitoyablement massacré, en cherchant à sauver son père. Tué par sa loyauté. Brave Kefira...si elle ne l'avait pas sorti de sa forêt, cet animal sauvage n'aurait jamais connu les hommes, jamais connu la haine et l'incompréhensible cruauté gratuite de cette espèce orgueilleuse. Jamais il ne serait mort...Rilend réprima ces pensées moroses tandis que la chienne venait la flairer. Cherchant le regard de l'animal, elle cligna des yeux afin de signaler à la bête qu'elle ne lui voulait strictement aucun mal.
Puis l'inconnue se pencha sur le sol et traça un texte. Un simple texte, anodin, que bien des personnes d'Al-Far auraient dédaigné, le considérant comme inutile, sans aucun sens, indigne de leur attention. Ils auraient passé leur chemin. Mais Rilend resta immobile. Un texte.
Un texte, une association de mots qui ne voulait rien dire dans l'absolu, pour son esprit, qui échappait à sa raison pour venir frapper son coeur avec la force d'un Raï en pleine course. Un simple texte qui résonnait en elle comme résonne le vent dans les branches d'arbres, mélodie ancienne, si nouvelle et si familière pourtant, mélodie présente depuis la nuit des temps et qui ne demande qu'à être jouée. Souffle de vent, de liberté. Souvenirs, comme le flot d'un torrent rageur. Qui s'apaise. Devient un lac. Un lac d'huile.
Le Lac Chen. Elle en avait entendu parler...la femme lui indiqua que c'était là qu'elle devait se rendre. Quand bien même ne l'aurait-elle pas dit, Rilend y serait allée, mue par une impulsion étrange, sourde et omniprésente comme l'était la panthère en elle, un ordre sans mots et sans paroles, qui pourtant était aussi clair qu'une lueur d'été.

La jeune femme s'approcha de l'autre femme, qu'elle ne connaissait pas par son nom, toujours pas, mais connaissait pourtant si bien...elle frôla de sa main, avec politesse, sans imposer à l'animal le contact d'une inconnue, la fourrure de la chienne, adressa un sourire timide à la jeune femme. Ses yeux étaient bleus, du bleu du ciel avant l'orage, sauvage et revigorant. Elle fit un pas en arrière, sourit de nouveau, désigna le texte. Ses lèvres articulèrent un mot, sans aucun son. Merci. Mais ses yeux parlaient bien plus que sa voix.
Rilend fit volte-face, et s'éloigna lentement, sans un regard pour Al-Far. Elle passa discrètement la main sur le pommeau de Talisman, souriant à son galbe familier et tiède, et palpa de ses doigts l'améthyste, frôlant les glyphes et l'oiseau gravés sur le fourreau, la tête de fauve rugissant dessinée sur l'acier du pommeau. Elle avait souvent rêvé, oiseau en cage, de quitter Al-Far, déployer ses ailes.
Et enfin, elle s'envolait.

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