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 Heart is Hurt and Art. # Aivy

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Aivy Sil'Lucans
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Citation : « Trompe-toi, sois imprudent. Tout n'est pas fragile. N'attends rien que de toi, parce que tu es sacré. Parce que tu es en vie. Parce que le plus important n'est pas ce que tu es, mais ce que tu as choisi d'être. »
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MessageSujet: Heart is Hurt and Art. # Aivy   Jeu 26 Mai 2016, 20:44

I. Les chemins de l'espérance.

1. Aivy - Le rêve du dragon papillon.
2. Aivy - Des femmes et des Dons.
3. Aivy - Ano ko

__________________________________________



Dernière édition par Aivy Sil'Lucans le Ven 24 Fév 2017, 15:30, édité 3 fois
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Aivy Sil'Lucans
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MessageSujet: Re: Heart is Hurt and Art. # Aivy   Jeu 26 Mai 2016, 21:41

*Le rêve du dragon papillon


Lorsque les images commencèrent à frapper son esprit, une forêt s'offrit à elle.

Il faisait nuit noire. La lune éclairait suffisamment pour qu’elle puisse voir à quelques mètres devant, mais aucun chemin clair ne semblait se dessiner entre les feuillages. Une quantité impressionnante d’arbres se dressait vers le ciel, semblable à un mur, mais n’avait rien d’oppressant et, comble de l’étrangeté, leur écorce était recouverte de multiples dessins qui brillaient aux couleurs des rayons de lune.

En faisant quelque pas pour les examiner, Aivy constata que les dessins ressemblaient en réalité à des gravures illuminées. Sa main droite avança vers l’un des troncs pour tenter de les toucher, mais au moment où son doigt atteignait l’écorce, le bruit frénétique d’un oiseau qui s’envole à toute vitesse attira son attention, sans qu’elle ne puisse pour autant en déterminer l’origine. La jeune fille releva la tête pour élargir son champ de vision et fut prise d’étonnement : immense vague dessinée entre les troncs, un chemin venait de se tracer par-delà les arbres.

Guidée par cette douce quiétude qui accompagne les rêves, elle s’élança au cœur de la forêt.


***

- Et ensuite ?

Aivy leva le regard vers Altaïs et reporta son attention vers lui, la main tenant toujours fermement ses baguettes, une boule de nouilles au bout.

- Comment ça, ensuite ?
- Bah ensuite ! Ça ne peut pas se terminer comme ça ! Tu pars faire une promenade dans la forêt, et ensuite ?
- Ensuite rien.


Pour seule réponse au regard sceptique du jeune homme, la désormais auto-proclamée vagabonde porta la boule de pâtes à ses lèvres. Puisqu’elle lui disait qu’il n’y avait rien ! Le mystère restait entier et la perturbait au plus haut point. Plus encore, la situation l'agaçait de manière obsessionnelle.

Le doute avait commencé à naître en elle quelques minutes après son réveil au beau milieu de cette nuit-là. Peu à peu, la certitude que ce rêve était important avait pris possession de son esprit, logée comme une balle terrible entre ses deux poumons. Mais n’avoir aucune idée de sa suite – si suite il y avait – et surtout de sa signification concrète la tiraillait dans tous les sens.


- Moi je pense que tu t'attardes trop sur ce truc. Ça n'a aucun sens.
- Et moi, je pense le contraire. Tu n'as jamais fait ce genre de rêves qui, lorsque tu te réveilles, te donnent l'impression qu'ils sont très importants ?

Altaïs se contenta d'hausser les épaules, ce qui eut pour effet de tirer un long soupire à sa compagne. Ce qu'il pouvait manquer de délicatesse, parfois...

- Au fait, glissa le jeune homme dans le but évident de détourner la conversation, tu as fini le dessin ?

La question tira un sourire à Aivy, qui se leva dans la seconde et attrapa la main de son ami dans le but de le tirer vers l'étage suivant. Ce dernier accepta l'offre avec un plaisir visible, et les deux adolescents sortirent de la cuisine pour engager les quinze marches de bois constituant l'escalier qui montait jusqu'au rez-de-chaussée.

La partie la plus basse du manoir des Sil'Lucans, département des cuisines excepté, était constituée d'une vingtaine de pièces qui rivalisaient de grandeur et de meubles somptueux. Certaines, comme les salons et la salle à manger, étaient éclairées par de multiples ouvertures qui donnaient sur la terrasse de bois cernant le bâtiment alors que d'autres, tels les bureaux, étaient décorées avec des tableaux d'une qualité indiscutable et voyaient leurs murs couverts de bibliothèques interminables - un véritable cauchemar pour Aivy, que l'on avait forcée à les éplucher minutieusement un par un.

Il aurait été irréaliste et vide de tout bon sens de dire que le manoir de Rholnir Sil'Lucans ne tranchait pas nettement avec le paysage urbain d'Al-Vor, mais qu'il était surtout un petit bijou d'architecture. Le chef de famille s'était même payé le luxe des services d'un dessinateur pour arranger certaines colonnes de la cour intérieure et installer une porte sculptée à deux reprises de l'emblème de la noblesse qu'il espérait avoir retrouvée : un tigre rugissant à deux queues.

La jeune fille connaissait l'histoire par coeur tant elle l'avait entendu de la bouche de son aïeul. Si les Sil'Lucans avaient autrefois été affiliés à la famille de l'empereur lui-même, ils étaient tombés en disgrâce suite au déshonneur d'un de leurs dirigeants sur le champ de bataille, un homme dont plus personne n'avait le droit de se souvenir et dont le nom était synonyme de malheur. Ravalés au rang de simples roturiers, ils avaient dû abandonner titre et tigre, revendre toutes leurs possessions et se fondre dans la masse. Au fil des décennies, la foule avait fini par les absorber complètement, et ne resta de leur ancien rayonnement que ce manoir, délabré et sans vie.

Jusqu'à ce qu'intervienne Rholnir lui-même, presque cinq générations plus tard, intrinsèquement frustré de posséder tant de sang bleu et de ne rien pouvoir en faire. Aivy savait sur le bout des doigts comment il avait trimé des années durant pour se faire une place sur le marché, pour dépasser sa condition de fils de commerçants et redorer le blason de ce qui avait autrefois était la maison forte d'Al-Vor. Il s'était petit à petit fait une place parmi les revendeurs d'or et de métaux rares, jusqu'à gagner assez d'argent pour acheter une mine, puis deux, puis une raffinerie, et était ainsi devenu, après cinquante ans de vie, l'un des hommes les plus riches de la ville. Il avait alors entreprit de racheter le manoir et d'en financer la rénovation grâce à ses affaires florissantes.

Repensant à la fierté que représentait cet endroit pour son grand-père, l'adolescente ne put s'empêcher de sourire, alors qu'elle entraînait Altaïs vers les escaliers de marbre menant à la chambre. L'endroit ne lui plaisait pas particulièrement, mais s'il signifiait tant pour sa famille, elle serait sans doute amenée à en hériter un jour. Le souvenir pitoyable de ses classes d'économie lui revint en mémoire, et elle se résolut à l'idée qu'elle ferait sans doute une gestionnaire affreuse pour un endroit de cette taille. Peut-être pourrait-elle éviter d'en avoir la charge, qui serait un réel poids, en le confiant à Altaïs, ou même à Sjörn.

Les deux amis arrivèrent finalement jusqu'à sa chambre, qui ouvrait le couloir du premier étage, et lorsqu'Aivy ouvrit la porte, ils la trouvèrent exactement comme ils l'avaient laissée la veille avant de partir passer la nuit chez les Hundrel sur invitation du magistrat qui faisait office de chef de famille. Le bureau croulait littéralement sous les croquis qui, entassés les uns sur les autres, formaient un rideau noir et blanc camouflant les pierres à pigment et les boîtes de liant posées sur la surface plane. De nombreuses toiles s'entassaient ça et là, certaines à peine commencées, d'autres jamais terminées, et le chevalet posé dans un coin près du lit craquerait sans doute bientôt si l'on ne retirait pas les quatre grands tableaux vierges maladroitement entassés sur sa tranche.

La jeune fille soupira un instant devant tout ce fatras, se promit de tout ranger une fois son ami parti, et envoya aussitôt cette promesse dans le tiroir des oublis tandis qu'elle s'avançait vers le bureau pour saisir une feuille qui reposait sur le dessus. C'était un dessin fait au crayon et à la mine de plomb, qui représentait une très jolie femme d'une trentaine d'années, à peine ridée. Ses longs cheveux noirs étaient rattachés en un chignon dont dépassaient deux mèches glissant vers son cou, et son regard d'un brun onyx particulièrement profond habillait un visage fin à l'air tranquille.


Lorsqu'Altaïs saisit le portrait, une intense vague d'émotion s'empara de lui, et Aivy fut persuadée qu'elle aurait pu la sentir à des kilomètres.

- C'est tout à fait ça..., déclara-t-il dans un souffle. Ça lui ressemble exactement.

La jeune fille ne dit rien, estimant qu'il était plus respectueux de le laisser un instant avec ses souvenirs, et attendit qu'il ait repris ses esprits pour répondre.

- J'ai un peu triché, avoua-t-elle. Je me suis inspiré de la gravure que j'ai vue dans ta chambre. Mais j'ai aussi bien suivi tes indications !, se rattrapa-t-elle d'un ton plus joyeux. C'était un super exercice.
- Tu l'as très bien réussie, Aivy, continua son ami, la couvrant d'un regard empli de gratitude. C'est exactement maman. Je ne sais pas comment te remercier. Tu es vraiment douée !
- Attends un peu que je le transpose en peinture avant de me couvrir de louanges, gros bêta ! Je peux le reprendre ? Je vais en avoir besoin pour la toile...
- Ah, euh, oui...


Voyant qu'il peinait à lui rendre, la jeune rousse l'interrogea du regard, et éclata purement et simplement de rire quand il lui répondit d'une voix contrite :

- Je peux le regarder encore un peu ?


***

Lorsque les images commencèrent à frapper son esprit, une forêt s'offrit à elle.

Les souvenirs gravés dans l'écorce s'illuminèrent de nouveau, et elle emprunta le chemin désormais si connu. Seulement, cette fois ci, tout fut différent.

Au but du chemin elle trouva, au lieu du vide familier, une silhouette bien étrange posée comme un petit tas tranquille entre les arbres. La bête ne devait pas mesurer plus de deux mètres de long de la tête à la queue, et ressemblait à ces dragons que l'on peut voir dans les livres pour enfants. La reflection de la lumière lunaire contre les feuilles de la forêt l'entourait d'une douce lueur prise bleu et le vert, traçant un chemin ça et là entre ses écailles. Réagissant à la présence nouvelle de la jeune fille, il balaya sa queue en un léger mouvement contre le sol, et tourna sa tête vers elle.

Si son regard illuminé et pourtant incroyablement doux frappa Aivy de plein fouet tant il semblait surréaliste - peut-être plus encore que la créature en elle-même -, elle ne fut pas aussi surprise que lorsqu'elle vit le dragon, d'un imperceptible mouvement des hanches, déployer deux fragiles morceaux de toile phosphorescents et les agiter avec grâce au milieu des feuillages. Parcourus des mêmes dessins que ceux trouvables sur les arbres alentours, les ailes s'élevèrent un peu plus haut dans le ciel, comme dans un besoin de s'étirer, et déclenchèrent dans le même temps un magnifique spectacle d'illumination.

Non contentes de briller suffisamment pour offrir une grande visibilité dans toute la clairière, les étranges ailes du dragon revêtaient une forme peu conventionnelle pour un tel animal, fusse-t-il légendaire. Au lieu de paraître un ensemble de longs morceaux de peau et d'écailles reliés entre eux par de grands os pointus, elles étaient bien plus douces, vides de toute attache, d'une forme de triangle à la base et presque ronde aux extrémités.

Des ailes de papillon.

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Dernière édition par Aivy Sil'Lucans le Mar 28 Juin 2016, 19:12, édité 3 fois
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Aivy Sil'Lucans
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MessageSujet: Re: Heart is Hurt and Art. # Aivy   Mar 28 Juin 2016, 12:27

*Des femmes et des dons


- Alors c'est vrai ? Tu vas partir ?

Aivy se retourna dans un sursaut et rencontra le regard profondément gris de sa grand-mère. L'aïeule souriait, posée contre la barrière de la petite terrasse de bois qui desservait la chambre de sa petite-fille. La petite fille en question ignorait totalement comment elle avait pu s'approcher sans émettre aucun bruit, mais ne sembla pas s'en préoccuper. Maya était pleine de secrets et de ressources malgré son grand âge, marchait plus vite qu'un cheval et courrait plus longtemps que les deux terreurs qui lui servaient de petits-fils. Une vraie guerrière au regard tourmenté comme les eaux d'un océan sous l'orage.

La jeune rousse ne sut que répondre. Avec son balluchon en cours de préparation aux pieds, elle ne pouvait nier que le départ était proche. "Désormais, je suis une aventurière !", avait-elle même clamé à Altaïs une semaine plus tôt. Elle se contenta de soupirer, portée par un remord impossible à envoyer promener malgré toute sa bonne volonté.


- Oui. Mais je reviendrai, tu sais ?

Le regard de Maya brilla une seconde devant le mensonge évident.


- Non, dit-elle doucement. Tu ne reviendras pas. Et tu sais pourquoi ?

Haussement d'épaules de la part d'Aivy. Si elle ne pouvait pas la convaincre, tant pis. Le pincement au coeur qu'elle ressentait depuis déjà quelques jours à l'idée de quitter le domicile familial définitivement avait trop peu de force pour lutter contre son inépuisable envie d'apprendre. De comprendre. De vivre.

- Parce que ta place n'est pas ici.

Les yeux de la jeune femme se voilèrent un instant d'incompréhension face à la dureté de la déclaration. Sa grand-mère ne répondit rien à cette interrogation silencieuse et se contenta de sourire, laissant la désormais aventurière face à sa réflexion. Lentement mais sûrement, l'affirmation remonta le long de son flux de pensée pour venir trouver une résonance claire dans son esprit. Aussi absurde et brutale semblait-elle, cette phrase était on ne pouvait plus vraie.

La famille était un cocon aux règles trop vides de sens pour réellement convenir à Aivy. En dix-sept ans auprès d'eux, elle ne s'était pas sentie une seule fois sur la même longueur d'ondes. Que ce fut dans les collines près de la forêt, où elle transgressait des interdictions motivées par la peur les unes après les autres, où ici au manoir, dans une ville qu'elle ne pouvait plus voir en peinture. L'architecture tantôt rocambolesque tantôt fade d'Al-Vor lui sortait littéralement par les yeux, et l'agitation impulsive qui pouvait régner en ville au moindre événement, si elle l'avait autrefois attirée, la faisait désormais plus fuir qu'autre chose. Quant au manoir, il n'avait rien d'une pièce de collection pour elle, et ce n'était sûrement pas son devoir que de se préparer à reprendre une demeure aussi grande.


Maya avait raison : sa place n'était pas ici. Le mal-être qui l'avait progressivement envahie au cours de ces dernières années, transformé en mélancolie pure depuis la fugue de Méryna, la rongeait un peu plus chaque jour et contribuait à son envie de partir. L'océan de possibilité offert par le mot "Marchombre", bien qu'elle en ignorât encore la signification, avait achevé de l'aider à prendre sa décision.

- Tu as bien vu, comme toujours., répondit-elle à la vieille dame. C'est difficile de vous laisser derrière, mais je ne peux pas rester ici - elle désigna d'un geste nonchalant le jardin qui s'étendait derrière la barrière -, ça me tuerait.

Maya opina du chef, et l'encouragea à continuer d'un geste de la main.

- Je ne veux pas finir ma vie entre les codes d'un monde trop compliqué pour moi et la pression d'une famille qui, aussi adorable soit-elle, n'a même pas été fichue d'élever correctement ma sœur. Regarde ce qu'elle a fait. Ça nous a tous brisés, et je ne veux pas faire parti du tableau.

*Je suis plus forte que ça.*

- Le problème est bien plus grand qu'une simple affaire d'éducation. Méryna a tué et s'est enfuie parce qu'elle est jeune, influençable. Elle n'a fait que chercher l'attention, et en croyant obtenir celle de cette femme, elle s'est pliée à des règles qui négligent la vie humaine.


L'aïeule avait parlé d'un ton chaud mais détaché, comme si tous ces événements ne l'atteignaient pas, et Aivy fut presque sidérée qu'elle arrive encore à sourire en parlant de ce genre de choses.

- Tu veux me faire croire que ma soeur de quatorze ans a assassiné une servante de sang-froid puis s'est tirée avec ces... Ces "envoleurs" ou je ne sais quoi parce qu'elle n'a pas fini sa crise à la con ?! Grand-mère, ouvre les yeux, elle a juste un sacré problème au cerveau ! s'écria soudainement la jeune femme.

Pourquoi la vieille dame cherchait-elle toujours à tout atténuer ?


- Tu es toujours trop gentille, continua-t-elle. Tu dédramatises sans cesse. Ton fils s'est barré avec la fille du Seigneur des Marches du Nord au fin fond de la campagne et tu n'as rien dit. Tes petits-enfants passent leur temps à retourner la maison et à donner du travail en plus à tout le monde et tu n'a même pas levé le petit doigt ! Et maintenant tu pardonnes Méryna malgré les horreurs qu'elle a laissées derrière elle ?

Ce n'était pas la complexité de la situation qui la mettait hors d'elle.
C'était l'air infiniment détachée de son aïeule.

Elle semblait toujours si loin de tout...


Pour toute réponse à la tirade incendiaire, Maya se contenta de se remettre droite sur ses jambes, d'avancer d'un pas en laissant la barrière qui lui servait d'appui, et de fermer les yeux. Ses traits furent un instant déformés par ce qui ressemblait à une intense concentration. Puis elle leva légèrement les mains, comme si elle en appelait à une force mystérieuse, et l'impossible se produit.

Dans le petit espace entre les jeunes femmes se forma, flottant dans le ciel, une forme étrange ressemblant à une boite d'allumettes. La forme s'étira alors que la vieille femme rouvrait les yeux, prenant la forme de ce qui ressemblait désormais distinctement à une petite lame, et un manche de bois apparut à son tour pour terminer le travail déjà en place. Semblables à des dizaines de petites ramures de bois, des décorations sculptées comme par magie apparurent à leur tour. Pour terminer, l'acier se grava d'un motif léger mais élégant de rosace, posté à la jointure du manche, avant de se couvrir d'un fourreau de couleur bordeaux.

Maya attrapa sembla cesser sa concentration et attrapa au vol l'objet qui allait rencontrer le sol si elle ne faisait rien. Face à la stupéfaction de sa petite-fille, dont la bouche ouverte et les yeux écarquillés la faisait plus ressembler à un poisson qu'à une jeune femme, et se contenta de sourire et de tendre l'arme devant elle.


- Tu... Mais comment ?, risqua Aivy, la voix presque tremblante.
- N'en parles à personne veux-tu ? Il n'y a que ton grand-père qui soit au courant.

L'aïeule attrapa la main de la jeune rousse et posa la dague contre sa paume d'un geste énergique avant de l'aider à refermer ses doigts dessus. La rousse en question serra le poing contre l'arme comme pour s'assurer qu'elle était bien réelle, et appuya par trois fois ses doigts le long du fourreau dans un mouvement de pompe. Elle releva ensuite la tête, toujours aussi sidérée.

- Mais, grand-mère, tu... Tu sais Dessiner ?!
- Un peu mon n'veu ! J'étais Sentinelle à l'époque, et pas une petite Sentinelle de jardin ! Une vraie Dessinatrice au service de l'Empereur. J'ai même réussi à faire un pas sur le côté, une fois.


Incrédule devant l'extraordinaire information, Aivy se laissa tomber contre le sol de bois de la terrasse. Il lui fallut un instant avant que son esprit ne se calme, et un autre pour arriver à rassembler la multitude de questions qui l'assaillait en une série d'interrogations cohérente :

- Comment se fait-il que tu ne l'aies dit à personne ? D'où est-ce que ça te vient ? Comment est-ce possible que toi tu aies ce don alors que personne ne l'a dans la famille ?

Après un petit silence, elle reprit avec ce qui lui semblait être le plus important :

- Pourquoi me l'as-tu révélé à moi et pourquoi m'as-tu dessiné cette dague ?

Nouveau sourire. Dans un élan de compassion, Maya se laissa glisser à son tour aux côtés de sa petite-fille.

- Personne ne sait d'où vient le Don du Dessin. Ou du moins, je soupçonne certains Maîtres des Académies d'en connaître un peu plus que tout le monde, mais à moi, on ne m'a jamais rien dit. Et si je suis restée muette avec ma famille, c'est d'un commun accord avec Rholnir. Il ne souhaitait pas que ses enfants aient le Don. Il n'a pas eu à s'en faire ; le gêne ne s'est jamais déclaré chez aucun d'entre eux. J'ai confiance en toi, continua-t-elle après un soupire. Tu me rappelles celle que j'étais dans ma jeunesse. Impulsive, ivre de liberté...
- Mais si papa ou mes oncles l'avaient eu, tu aurais bien été obligée de tout leur raconter !
- En effet. Mais le gêne a toujours été récessif dans ma famille, et a souvent sauté des générations. Aucun de mes parents n'avaient accès aux Spires, seuls ma tante et mon grand-père le pouvaient. Entre nous, Don ou pas Don, je m'en moquais bien : j'étais déterminée à élever mes enfants de la même manière et avec le même amour.
- Voilà pourquoi personne n'est au courant.


Un éclair d'excitation traversa les prunelles d'Aivy alors qu'elle renchérissait :

- Alors peut-être que l'un de nous l'a aussi !
- Peut-être, tempéra sa grand-mère en devinant le sens caché de cette exclamation, mais il est malheureusement trop tard pour toi. Le Don s'éveille généralement aux alentours de dix-sept, dix-huit ans, parfois seize pour les plus précoces. Si tu l'avais en toi, tout aurait déjà commencé.
- Je vois,
répondit à nouveau la jeune rousse. Dommage. Mais je ne me faisais pas tant d'illusions. Et Altan ? Méryna ? Sjörn ?
- Peut-être. Rien n'est encore fixé pour eux.


Ce serait sans doute une catastrophe si Méryna s'avérait avoir le Don d'ici quelques années, songea la jeune femme.

Maya reprit, après un petit silence :


- Quant à cette dague, je t'en fais cadeau pour ton voyage. Je m'étais dessiné exactement la même lorsque j'avais ton âge. Je l'ai malheureusement perdue entre temps.
- Tu y tenais beaucoup, hein ?
- Oui.
- Alors pourquoi est-ce que tu n'en a pas refait une ?
- Elle avait rencontré trop de sang. Je suis passée à autre chose.


Nouveau silence.
Nouvelle question.


- En quoi tout cela a-t-il un rapport avec le fait que tu es toujours trop gentille ?

Nouveau sourire.

- Je voulais te montrer cela car le Dessin a toujours été une part immense de ma vie. C'est grâce à lui que j'a rencontré ton grand-père, et c'est grâce à lui, et aux nombreuses expériences qu'il m'a permis de vivre, que je suis devenue telle que je suis aujourd'hui. Je ne me trouve pas trop gentille ; je crois sincèrement que les hommes ont oublié la compassion. La guerre et la haine sont deux fléaux ravageurs trop présents dans le monde extérieur. Je ne permettrai pas qu'ils emportent ma famille.

Un bourrasque de vent vint doucement jouer avec les cheveux grisonnants de la vieille femme, interrompant son discours le temps de quelques secondes.

- Dis-moi, en profita Aivy sur un ton presque nostalgique, le regard dans le vague. Je peux vraiment la garder ?

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Dernière édition par Aivy Sil'Lucans le Ven 24 Fév 2017, 15:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Heart is Hurt and Art. # Aivy   Mer 25 Jan 2017, 22:08

*Ano Ko*


Bruit de la pluie sur l'eau de la rivière.
Un bras au-dessus de la tête, l'autre au niveau du ventre.
Crayon vers le ciel.

Bruit de la pluie sur l'eau de la rivière.
Aivy chante.



***


- Où est ta sœur ?

La question lui sembla frémissement du vent.
L'apprentie ne daigna même pas se retourner.


- Envolée.

Mia poussa un long soupire. Depuis le temps qu'elle la cherchait sans succès, elle aurait dû s'y attendre. Cette gamine n'était pas idiote, mais elle restait foutrement têtue. Que s'était-il donc passé dans sa petite tête de linotte pour qu'elle pense réellement pouvoir ramener Méry... Méra... Enfin, cette gosse dont elle peinait à retenir le nom ?

- Méryna ne reviendra pas.

Aivy laissa échapper ces mots sur le ton de la résignation, et acheva de s'asseoir à la dernière chaise du réfectoire. Sa chaise. Celle de l'ennui, du désespoir et des discussions animées avec la meilleure cuisinière de tout l'Empire.

- J'ai fait ce que j'ai pu, glissa-t-elle en soupirant à son tour. J'ai rencontré un homme bizarre accompagné d'un père tout aussi bizarre, et tous les deux ont fait ce qu'ils ont pu pour m'aider. Chacun y a mis du sien, et l'histoire n'a trouvé qu'une sombre conclusion.

Sa voix acheva de trembler tout à fait lorsqu'elle ajouta dans un souffle :

- Elle a tenté de me tuer.

Le regard subitement emprunt d'une profonde lueur d'empathie, Mia lâcha sa casserole et son torchon, passa derrière le comptoir et vint doucement enlacer la jeune rousse meurtrie qui venait de s'effondrer le front contre la table.


***


Bruit de la pluie sur l'eau de la rivière.
Le temps suspend son envol, et le crayon s'anime.

Aivy danse.


***


- Si tu avais le pouvoir de changer une chose dans ta vie... Une seule chose, parmi toutes celles que tu regrettes. Si tu avais cette possibilité unique et totalement gratuite, que choisirais-tu, Aivy ?

Voix Question.

Lueur fugace traversant ses prunelles d'onyx.
Douloureuse.


- Je n'aurais pas choisi de naître dans cette famille.

Voix Murmure.


***


Bruit de la pluie sur l'eau de la rivière.
Le jeu se poursuit sous la lune moqueuse.
Doucement, autour d'elle, se tracent les frontières d'un monde invisible.

Aivy créé.


***


- Je connais quelqu'un qui pourrait t'aider, dit doucement la cuisinière tout en caressant la longue chevelure rousse d'une main bienveillante. Un Rêveur adroit du nom de Charm.

La jeune femme releva la tête, le regard fatigué.

- Je n'ai pas besoin de Rêveur. J'ai besoin de repos. Et de retrouver Libertée... Sans elle, je ne tiendrai pas. Sans les Marchombres, je ne suis rien.
- Ce n'est pas un Rêveur ordinaire
, soutint malgré tout Mia en se redressant doucement. Il est spécialiste des maladies de l'âme.

Une lueur d'intérêt traversa fugacement les pupilles de l'apprentie.

- Libertée est sans doute à un carrefour de sa vie, comme le sont beaucoup de personnes à différents moments de nos existences. C'est aussi ton cas, d'une certaine manière. Peut-être que si tu n'as pas encore repris ta formation, c'est que ce n'est pas le moment. Et si j'en crois tout ce que tu m'as raconté, tu as un bon gros tas de choses à régler...
- Sans doute,
répondit la jeune femme sur un ton presque absent.

Le regard parfaitement bienveillant de son amie acheva de la convaincre tout à fait du bien-fondé de son argumentaire. Elle pouvait lui faire confiance.

Elle irait voir ce Rêveur.



***


Elle avait tant visité Al-Chen que la ville ne lui paraissait plus si grande qu'auparavant.
Sa richesse, en revanche, ne serait jamais une affaire négociable.

Au détour d'un chemin de passage particulièrement fréquenté, elle trouva, comme promis, l'échoppe d'herboristerie d'un Rêveur un peu particulier.



***


- Excusez-moi, mais...
- "Excuse-moi", plutôt.
- Oui, pardon. J'étais d'accord pour le tutoiement, en plus... C'est... Juste mécanique. Excuse-moi, donc... Je dois aussi t'appeler "Charm" ?
- Bien sûr. Nous sommes sur un pied d'égalité, Aivy.
- Bien... Je me demandais juste en quoi consistait exactement cette "remise à zéro" dont tu m'avais parlé en début de séance. Au fait, ton thé est excellent.
- Merci. Le jasmin, il n'y a que cela de vrai... Quant à la remise à zéro, il ne s'agit que du nom de code d'un exercice qu'il te faudra toi-même trouver.
- Je ne comprends pas. Je suis supposée trouver moi-même ce qui doit me guérir ?
- En te servant des pistes sur lesquelles nous avons travaillé : ta famille, cette fille dont tu es amoureuse, ta passion du dessin, ton désir de liberté, ton amour de la nature... Le but est de trouver un "truc", un élément déclencheur qui te permettra de couper les ponts avec ton ancien toi et de renaître. C'est pour cela que je parle de remise à zéro.
- Et tu ne me conseille rien de particulier ?
- La méditation est un très bon moyen d'atteindre une forme d'objectivité personnelle.
- Je vois... Dis ?
- Oui ?
- Si je pars méditer au milieu de la forêt en pleine nuit, qu'est-ce que tu penses que ça donnera ?



***


Bruit de la forêt sur l'eau de la rivière.
La séparation entre réalité et imaginaire s'effrite.
Les deux prisonnières confinées de part et d'autre du miroir se rejoignent, se mêlant au défilement du temps et venant des ténèbres.

Au milieu du chaos interne, Aivy ouvre les yeux.
Le crayon toujours tourné vers le ciel.


***


Un pas après l'autre, la jeune femme avança dans le réfectoire.

Il était près de vingt-deux heures, heure habituelle à laquelle elle retrouvait Mia pour leurs longues séances de discussion. Elle fut ravie de la trouver au même endroit qu'usuellement, un grand sourire plaqué sur les lèvres.


- Ah, Aivy ! Comment vas-tu ?
- Un peu mieux,
confia l'apprentie en venant prendre sa place habituelle derrière le comptoir.J'ai vu ton ami, l'autre jour.
- Alors ?,
demanda la cuisinière, une lueur d'intérêt au fond des pupilles.
- Il m'a conseillé des thérapies étranges, mais qui ne sont pas si mauvaises une fois en application. Et puis, au moins, je suis sûre d'une chose à présent.

Son propre regard vira tout à fait au noir alors qu'elle annonçait d'une voix douce mais déterminée :

- Je ne tournerai pas la page tant que je ne me serai pas totalement débarrassée du fond du problème.



*Ano Ko : "Cette enfant"

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