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Le Pacte VS L'Ordre
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 Heart is Hurt and Art. # Aivy

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Aivy Sil'Lucans
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Citation : « Trompe-toi, sois imprudent. Tout n'est pas fragile. N'attends rien que de toi, parce que tu es sacré. Parce que tu es en vie. Parce que le plus important n'est pas ce que tu es, mais ce que tu as choisi d'être. »
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MessageSujet: Heart is Hurt and Art. # Aivy   Jeu 26 Mai 2016, 20:44

I. Les chemins de l'espérance.

1. Aivy - Le rêve du dragon papillon.
2. Aivy - Des femmes et des Dons.
3. Aivy - Ano ko
4. Aivy - Danse, feu follet, et le monde est à toi

__________________________________________



Dernière édition par Aivy Sil'Lucans le Ven 23 Fév 2018, 11:28, édité 4 fois
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Aivy Sil'Lucans
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MessageSujet: Re: Heart is Hurt and Art. # Aivy   Jeu 26 Mai 2016, 21:41

*Le rêve du dragon papillon


Lorsque les images commencèrent à frapper son esprit, une forêt s'offrit à elle.

Il faisait nuit noire. La lune éclairait suffisamment pour qu’elle puisse voir à quelques mètres devant, mais aucun chemin clair ne semblait se dessiner entre les feuillages. Une quantité impressionnante d’arbres se dressait vers le ciel, semblable à un mur, mais n’avait rien d’oppressant et, comble de l’étrangeté, leur écorce était recouverte de multiples dessins qui brillaient aux couleurs des rayons de lune.

En faisant quelque pas pour les examiner, Aivy constata que les dessins ressemblaient en réalité à des gravures illuminées. Sa main droite avança vers l’un des troncs pour tenter de les toucher, mais au moment où son doigt atteignait l’écorce, le bruit frénétique d’un oiseau qui s’envole à toute vitesse attira son attention, sans qu’elle ne puisse pour autant en déterminer l’origine. La jeune fille releva la tête pour élargir son champ de vision et fut prise d’étonnement : immense vague dessinée entre les troncs, un chemin venait de se tracer par-delà les arbres.

Guidée par cette douce quiétude qui accompagne les rêves, elle s’élança au cœur de la forêt.


***

- Et ensuite ?

Aivy leva le regard vers Altaïs et reporta son attention vers lui, la main tenant toujours fermement ses baguettes, une boule de nouilles au bout.

- Comment ça, ensuite ?
- Bah ensuite ! Ça ne peut pas se terminer comme ça ! Tu pars faire une promenade dans la forêt, et ensuite ?
- Ensuite rien.


Pour seule réponse au regard sceptique du jeune homme, la désormais auto-proclamée vagabonde porta la boule de pâtes à ses lèvres. Puisqu’elle lui disait qu’il n’y avait rien ! Le mystère restait entier et la perturbait au plus haut point. Plus encore, la situation l'agaçait de manière obsessionnelle.

Le doute avait commencé à naître en elle quelques minutes après son réveil au beau milieu de cette nuit-là. Peu à peu, la certitude que ce rêve était important avait pris possession de son esprit, logée comme une balle terrible entre ses deux poumons. Mais n’avoir aucune idée de sa suite – si suite il y avait – et surtout de sa signification concrète la tiraillait dans tous les sens.


- Moi je pense que tu t'attardes trop sur ce truc. Ça n'a aucun sens.
- Et moi, je pense le contraire. Tu n'as jamais fait ce genre de rêves qui, lorsque tu te réveilles, te donnent l'impression qu'ils sont très importants ?

Altaïs se contenta d'hausser les épaules, ce qui eut pour effet de tirer un long soupire à sa compagne. Ce qu'il pouvait manquer de délicatesse, parfois...

- Au fait, glissa le jeune homme dans le but évident de détourner la conversation, tu as fini le dessin ?

La question tira un sourire à Aivy, qui se leva dans la seconde et attrapa la main de son ami dans le but de le tirer vers l'étage suivant. Ce dernier accepta l'offre avec un plaisir visible, et les deux adolescents sortirent de la cuisine pour engager les quinze marches de bois constituant l'escalier qui montait jusqu'au rez-de-chaussée.

La partie la plus basse du manoir des Sil'Lucans, département des cuisines excepté, était constituée d'une vingtaine de pièces qui rivalisaient de grandeur et de meubles somptueux. Certaines, comme les salons et la salle à manger, étaient éclairées par de multiples ouvertures qui donnaient sur la terrasse de bois cernant le bâtiment alors que d'autres, tels les bureaux, étaient décorées avec des tableaux d'une qualité indiscutable et voyaient leurs murs couverts de bibliothèques interminables - un véritable cauchemar pour Aivy, que l'on avait forcée à les éplucher minutieusement un par un.

Il aurait été irréaliste et vide de tout bon sens de dire que le manoir de Rholnir Sil'Lucans ne tranchait pas nettement avec le paysage urbain d'Al-Vor, mais qu'il était surtout un petit bijou d'architecture. Le chef de famille s'était même payé le luxe des services d'un dessinateur pour arranger certaines colonnes de la cour intérieure et installer une porte sculptée à deux reprises de l'emblème de la noblesse qu'il espérait avoir retrouvée : un tigre rugissant à deux queues.

La jeune fille connaissait l'histoire par coeur tant elle l'avait entendu de la bouche de son aïeul. Si les Sil'Lucans avaient autrefois été affiliés à la famille de l'empereur lui-même, ils étaient tombés en disgrâce suite au déshonneur d'un de leurs dirigeants sur le champ de bataille, un homme dont plus personne n'avait le droit de se souvenir et dont le nom était synonyme de malheur. Ravalés au rang de simples roturiers, ils avaient dû abandonner titre et tigre, revendre toutes leurs possessions et se fondre dans la masse. Au fil des décennies, la foule avait fini par les absorber complètement, et ne resta de leur ancien rayonnement que ce manoir, délabré et sans vie.

Jusqu'à ce qu'intervienne Rholnir lui-même, presque cinq générations plus tard, intrinsèquement frustré de posséder tant de sang bleu et de ne rien pouvoir en faire. Aivy savait sur le bout des doigts comment il avait trimé des années durant pour se faire une place sur le marché, pour dépasser sa condition de fils de commerçants et redorer le blason de ce qui avait autrefois était la maison forte d'Al-Vor. Il s'était petit à petit fait une place parmi les revendeurs d'or et de métaux rares, jusqu'à gagner assez d'argent pour acheter une mine, puis deux, puis une raffinerie, et était ainsi devenu, après cinquante ans de vie, l'un des hommes les plus riches de la ville. Il avait alors entreprit de racheter le manoir et d'en financer la rénovation grâce à ses affaires florissantes.

Repensant à la fierté que représentait cet endroit pour son grand-père, l'adolescente ne put s'empêcher de sourire, alors qu'elle entraînait Altaïs vers les escaliers de marbre menant à la chambre. L'endroit ne lui plaisait pas particulièrement, mais s'il signifiait tant pour sa famille, elle serait sans doute amenée à en hériter un jour. Le souvenir pitoyable de ses classes d'économie lui revint en mémoire, et elle se résolut à l'idée qu'elle ferait sans doute une gestionnaire affreuse pour un endroit de cette taille. Peut-être pourrait-elle éviter d'en avoir la charge, qui serait un réel poids, en le confiant à Altaïs, ou même à Sjörn.

Les deux amis arrivèrent finalement jusqu'à sa chambre, qui ouvrait le couloir du premier étage, et lorsqu'Aivy ouvrit la porte, ils la trouvèrent exactement comme ils l'avaient laissée la veille avant de partir passer la nuit chez les Hundrel sur invitation du magistrat qui faisait office de chef de famille. Le bureau croulait littéralement sous les croquis qui, entassés les uns sur les autres, formaient un rideau noir et blanc camouflant les pierres à pigment et les boîtes de liant posées sur la surface plane. De nombreuses toiles s'entassaient ça et là, certaines à peine commencées, d'autres jamais terminées, et le chevalet posé dans un coin près du lit craquerait sans doute bientôt si l'on ne retirait pas les quatre grands tableaux vierges maladroitement entassés sur sa tranche.

La jeune fille soupira un instant devant tout ce fatras, se promit de tout ranger une fois son ami parti, et envoya aussitôt cette promesse dans le tiroir des oublis tandis qu'elle s'avançait vers le bureau pour saisir une feuille qui reposait sur le dessus. C'était un dessin fait au crayon et à la mine de plomb, qui représentait une très jolie femme d'une trentaine d'années, à peine ridée. Ses longs cheveux noirs étaient rattachés en un chignon dont dépassaient deux mèches glissant vers son cou, et son regard d'un brun onyx particulièrement profond habillait un visage fin à l'air tranquille.


Lorsqu'Altaïs saisit le portrait, une intense vague d'émotion s'empara de lui, et Aivy fut persuadée qu'elle aurait pu la sentir à des kilomètres.

- C'est tout à fait ça..., déclara-t-il dans un souffle. Ça lui ressemble exactement.

La jeune fille ne dit rien, estimant qu'il était plus respectueux de le laisser un instant avec ses souvenirs, et attendit qu'il ait repris ses esprits pour répondre.

- J'ai un peu triché, avoua-t-elle. Je me suis inspiré de la gravure que j'ai vue dans ta chambre. Mais j'ai aussi bien suivi tes indications !, se rattrapa-t-elle d'un ton plus joyeux. C'était un super exercice.
- Tu l'as très bien réussie, Aivy, continua son ami, la couvrant d'un regard empli de gratitude. C'est exactement maman. Je ne sais pas comment te remercier. Tu es vraiment douée !
- Attends un peu que je le transpose en peinture avant de me couvrir de louanges, gros bêta ! Je peux le reprendre ? Je vais en avoir besoin pour la toile...
- Ah, euh, oui...


Voyant qu'il peinait à lui rendre, la jeune rousse l'interrogea du regard, et éclata purement et simplement de rire quand il lui répondit d'une voix contrite :

- Je peux le regarder encore un peu ?


***

Lorsque les images commencèrent à frapper son esprit, une forêt s'offrit à elle.

Les souvenirs gravés dans l'écorce s'illuminèrent de nouveau, et elle emprunta le chemin désormais si connu. Seulement, cette fois ci, tout fut différent.

Au but du chemin elle trouva, au lieu du vide familier, une silhouette bien étrange posée comme un petit tas tranquille entre les arbres. La bête ne devait pas mesurer plus de deux mètres de long de la tête à la queue, et ressemblait à ces dragons que l'on peut voir dans les livres pour enfants. La reflection de la lumière lunaire contre les feuilles de la forêt l'entourait d'une douce lueur prise bleu et le vert, traçant un chemin ça et là entre ses écailles. Réagissant à la présence nouvelle de la jeune fille, il balaya sa queue en un léger mouvement contre le sol, et tourna sa tête vers elle.

Si son regard illuminé et pourtant incroyablement doux frappa Aivy de plein fouet tant il semblait surréaliste - peut-être plus encore que la créature en elle-même -, elle ne fut pas aussi surprise que lorsqu'elle vit le dragon, d'un imperceptible mouvement des hanches, déployer deux fragiles morceaux de toile phosphorescents et les agiter avec grâce au milieu des feuillages. Parcourus des mêmes dessins que ceux trouvables sur les arbres alentours, les ailes s'élevèrent un peu plus haut dans le ciel, comme dans un besoin de s'étirer, et déclenchèrent dans le même temps un magnifique spectacle d'illumination.

Non contentes de briller suffisamment pour offrir une grande visibilité dans toute la clairière, les étranges ailes du dragon revêtaient une forme peu conventionnelle pour un tel animal, fusse-t-il légendaire. Au lieu de paraître un ensemble de longs morceaux de peau et d'écailles reliés entre eux par de grands os pointus, elles étaient bien plus douces, vides de toute attache, d'une forme de triangle à la base et presque ronde aux extrémités.

Des ailes de papillon.

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Dernière édition par Aivy Sil'Lucans le Mar 28 Juin 2016, 19:12, édité 3 fois
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Aivy Sil'Lucans
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MessageSujet: Re: Heart is Hurt and Art. # Aivy   Mar 28 Juin 2016, 12:27

*Des femmes et des dons


- Alors c'est vrai ? Tu vas partir ?

Aivy se retourna dans un sursaut et rencontra le regard profondément gris de sa grand-mère. L'aïeule souriait, posée contre la barrière de la petite terrasse de bois qui desservait la chambre de sa petite-fille. La petite fille en question ignorait totalement comment elle avait pu s'approcher sans émettre aucun bruit, mais ne sembla pas s'en préoccuper. Maya était pleine de secrets et de ressources malgré son grand âge, marchait plus vite qu'un cheval et courrait plus longtemps que les deux terreurs qui lui servaient de petits-fils. Une vraie guerrière au regard tourmenté comme les eaux d'un océan sous l'orage.

La jeune rousse ne sut que répondre. Avec son balluchon en cours de préparation aux pieds, elle ne pouvait nier que le départ était proche. "Désormais, je suis une aventurière !", avait-elle même clamé à Altaïs une semaine plus tôt. Elle se contenta de soupirer, portée par un remord impossible à envoyer promener malgré toute sa bonne volonté.


- Oui. Mais je reviendrai, tu sais ?

Le regard de Maya brilla une seconde devant le mensonge évident.


- Non, dit-elle doucement. Tu ne reviendras pas. Et tu sais pourquoi ?

Haussement d'épaules de la part d'Aivy. Si elle ne pouvait pas la convaincre, tant pis. Le pincement au coeur qu'elle ressentait depuis déjà quelques jours à l'idée de quitter le domicile familial définitivement avait trop peu de force pour lutter contre son inépuisable envie d'apprendre. De comprendre. De vivre.

- Parce que ta place n'est pas ici.

Les yeux de la jeune femme se voilèrent un instant d'incompréhension face à la dureté de la déclaration. Sa grand-mère ne répondit rien à cette interrogation silencieuse et se contenta de sourire, laissant la désormais aventurière face à sa réflexion. Lentement mais sûrement, l'affirmation remonta le long de son flux de pensée pour venir trouver une résonance claire dans son esprit. Aussi absurde et brutale semblait-elle, cette phrase était on ne pouvait plus vraie.

La famille était un cocon aux règles trop vides de sens pour réellement convenir à Aivy. En dix-sept ans auprès d'eux, elle ne s'était pas sentie une seule fois sur la même longueur d'ondes. Que ce fut dans les collines près de la forêt, où elle transgressait des interdictions motivées par la peur les unes après les autres, où ici au manoir, dans une ville qu'elle ne pouvait plus voir en peinture. L'architecture tantôt rocambolesque tantôt fade d'Al-Vor lui sortait littéralement par les yeux, et l'agitation impulsive qui pouvait régner en ville au moindre événement, si elle l'avait autrefois attirée, la faisait désormais plus fuir qu'autre chose. Quant au manoir, il n'avait rien d'une pièce de collection pour elle, et ce n'était sûrement pas son devoir que de se préparer à reprendre une demeure aussi grande.


Maya avait raison : sa place n'était pas ici. Le mal-être qui l'avait progressivement envahie au cours de ces dernières années, transformé en mélancolie pure depuis la fugue de Méryna, la rongeait un peu plus chaque jour et contribuait à son envie de partir. L'océan de possibilité offert par le mot "Marchombre", bien qu'elle en ignorât encore la signification, avait achevé de l'aider à prendre sa décision.

- Tu as bien vu, comme toujours., répondit-elle à la vieille dame. C'est difficile de vous laisser derrière, mais je ne peux pas rester ici - elle désigna d'un geste nonchalant le jardin qui s'étendait derrière la barrière -, ça me tuerait.

Maya opina du chef, et l'encouragea à continuer d'un geste de la main.

- Je ne veux pas finir ma vie entre les codes d'un monde trop compliqué pour moi et la pression d'une famille qui, aussi adorable soit-elle, n'a même pas été fichue d'élever correctement ma sœur. Regarde ce qu'elle a fait. Ça nous a tous brisés, et je ne veux pas faire parti du tableau.

*Je suis plus forte que ça.*

- Le problème est bien plus grand qu'une simple affaire d'éducation. Méryna a tué et s'est enfuie parce qu'elle est jeune, influençable. Elle n'a fait que chercher l'attention, et en croyant obtenir celle de cette femme, elle s'est pliée à des règles qui négligent la vie humaine.


L'aïeule avait parlé d'un ton chaud mais détaché, comme si tous ces événements ne l'atteignaient pas, et Aivy fut presque sidérée qu'elle arrive encore à sourire en parlant de ce genre de choses.

- Tu veux me faire croire que ma soeur de quatorze ans a assassiné une servante de sang-froid puis s'est tirée avec ces... Ces "envoleurs" ou je ne sais quoi parce qu'elle n'a pas fini sa crise à la con ?! Grand-mère, ouvre les yeux, elle a juste un sacré problème au cerveau ! s'écria soudainement la jeune femme.

Pourquoi la vieille dame cherchait-elle toujours à tout atténuer ?


- Tu es toujours trop gentille, continua-t-elle. Tu dédramatises sans cesse. Ton fils s'est barré avec la fille du Seigneur des Marches du Nord au fin fond de la campagne et tu n'as rien dit. Tes petits-enfants passent leur temps à retourner la maison et à donner du travail en plus à tout le monde et tu n'a même pas levé le petit doigt ! Et maintenant tu pardonnes Méryna malgré les horreurs qu'elle a laissées derrière elle ?

Ce n'était pas la complexité de la situation qui la mettait hors d'elle.
C'était l'air infiniment détachée de son aïeule.

Elle semblait toujours si loin de tout...


Pour toute réponse à la tirade incendiaire, Maya se contenta de se remettre droite sur ses jambes, d'avancer d'un pas en laissant la barrière qui lui servait d'appui, et de fermer les yeux. Ses traits furent un instant déformés par ce qui ressemblait à une intense concentration. Puis elle leva légèrement les mains, comme si elle en appelait à une force mystérieuse, et l'impossible se produit.

Dans le petit espace entre les jeunes femmes se forma, flottant dans le ciel, une forme étrange ressemblant à une boite d'allumettes. La forme s'étira alors que la vieille femme rouvrait les yeux, prenant la forme de ce qui ressemblait désormais distinctement à une petite lame, et un manche de bois apparut à son tour pour terminer le travail déjà en place. Semblables à des dizaines de petites ramures de bois, des décorations sculptées comme par magie apparurent à leur tour. Pour terminer, l'acier se grava d'un motif léger mais élégant de rosace, posté à la jointure du manche, avant de se couvrir d'un fourreau de couleur bordeaux.

Maya attrapa sembla cesser sa concentration et attrapa au vol l'objet qui allait rencontrer le sol si elle ne faisait rien. Face à la stupéfaction de sa petite-fille, dont la bouche ouverte et les yeux écarquillés la faisait plus ressembler à un poisson qu'à une jeune femme, et se contenta de sourire et de tendre l'arme devant elle.


- Tu... Mais comment ?, risqua Aivy, la voix presque tremblante.
- N'en parles à personne veux-tu ? Il n'y a que ton grand-père qui soit au courant.

L'aïeule attrapa la main de la jeune rousse et posa la dague contre sa paume d'un geste énergique avant de l'aider à refermer ses doigts dessus. La rousse en question serra le poing contre l'arme comme pour s'assurer qu'elle était bien réelle, et appuya par trois fois ses doigts le long du fourreau dans un mouvement de pompe. Elle releva ensuite la tête, toujours aussi sidérée.

- Mais, grand-mère, tu... Tu sais Dessiner ?!
- Un peu mon n'veu ! J'étais Sentinelle à l'époque, et pas une petite Sentinelle de jardin ! Une vraie Dessinatrice au service de l'Empereur. J'ai même réussi à faire un pas sur le côté, une fois.


Incrédule devant l'extraordinaire information, Aivy se laissa tomber contre le sol de bois de la terrasse. Il lui fallut un instant avant que son esprit ne se calme, et un autre pour arriver à rassembler la multitude de questions qui l'assaillait en une série d'interrogations cohérente :

- Comment se fait-il que tu ne l'aies dit à personne ? D'où est-ce que ça te vient ? Comment est-ce possible que toi tu aies ce don alors que personne ne l'a dans la famille ?

Après un petit silence, elle reprit avec ce qui lui semblait être le plus important :

- Pourquoi me l'as-tu révélé à moi et pourquoi m'as-tu dessiné cette dague ?

Nouveau sourire. Dans un élan de compassion, Maya se laissa glisser à son tour aux côtés de sa petite-fille.

- Personne ne sait d'où vient le Don du Dessin. Ou du moins, je soupçonne certains Maîtres des Académies d'en connaître un peu plus que tout le monde, mais à moi, on ne m'a jamais rien dit. Et si je suis restée muette avec ma famille, c'est d'un commun accord avec Rholnir. Il ne souhaitait pas que ses enfants aient le Don. Il n'a pas eu à s'en faire ; le gêne ne s'est jamais déclaré chez aucun d'entre eux. J'ai confiance en toi, continua-t-elle après un soupire. Tu me rappelles celle que j'étais dans ma jeunesse. Impulsive, ivre de liberté...
- Mais si papa ou mes oncles l'avaient eu, tu aurais bien été obligée de tout leur raconter !
- En effet. Mais le gêne a toujours été récessif dans ma famille, et a souvent sauté des générations. Aucun de mes parents n'avaient accès aux Spires, seuls ma tante et mon grand-père le pouvaient. Entre nous, Don ou pas Don, je m'en moquais bien : j'étais déterminée à élever mes enfants de la même manière et avec le même amour.
- Voilà pourquoi personne n'est au courant.


Un éclair d'excitation traversa les prunelles d'Aivy alors qu'elle renchérissait :

- Alors peut-être que l'un de nous l'a aussi !
- Peut-être, tempéra sa grand-mère en devinant le sens caché de cette exclamation, mais il est malheureusement trop tard pour toi. Le Don s'éveille généralement aux alentours de dix-sept, dix-huit ans, parfois seize pour les plus précoces. Si tu l'avais en toi, tout aurait déjà commencé.
- Je vois,
répondit à nouveau la jeune rousse. Dommage. Mais je ne me faisais pas tant d'illusions. Et Altan ? Méryna ? Sjörn ?
- Peut-être. Rien n'est encore fixé pour eux.


Ce serait sans doute une catastrophe si Méryna s'avérait avoir le Don d'ici quelques années, songea la jeune femme.

Maya reprit, après un petit silence :


- Quant à cette dague, je t'en fais cadeau pour ton voyage. Je m'étais dessiné exactement la même lorsque j'avais ton âge. Je l'ai malheureusement perdue entre temps.
- Tu y tenais beaucoup, hein ?
- Oui.
- Alors pourquoi est-ce que tu n'en a pas refait une ?
- Elle avait rencontré trop de sang. Je suis passée à autre chose.


Nouveau silence.
Nouvelle question.


- En quoi tout cela a-t-il un rapport avec le fait que tu es toujours trop gentille ?

Nouveau sourire.

- Je voulais te montrer cela car le Dessin a toujours été une part immense de ma vie. C'est grâce à lui que j'a rencontré ton grand-père, et c'est grâce à lui, et aux nombreuses expériences qu'il m'a permis de vivre, que je suis devenue telle que je suis aujourd'hui. Je ne me trouve pas trop gentille ; je crois sincèrement que les hommes ont oublié la compassion. La guerre et la haine sont deux fléaux ravageurs trop présents dans le monde extérieur. Je ne permettrai pas qu'ils emportent ma famille.

Un bourrasque de vent vint doucement jouer avec les cheveux grisonnants de la vieille femme, interrompant son discours le temps de quelques secondes.

- Dis-moi, en profita Aivy sur un ton presque nostalgique, le regard dans le vague. Je peux vraiment la garder ?

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Dernière édition par Aivy Sil'Lucans le Ven 24 Fév 2017, 15:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Heart is Hurt and Art. # Aivy   Mer 25 Jan 2017, 22:08

*Ano Ko*


Bruit de la pluie sur l'eau de la rivière.
Un bras au-dessus de la tête, l'autre au niveau du ventre.
Crayon vers le ciel.

Bruit de la pluie sur l'eau de la rivière.
Aivy chante.



***


- Où est ta sœur ?

La question lui sembla frémissement du vent.
L'apprentie ne daigna même pas se retourner.


- Envolée.

Mia poussa un long soupire. Depuis le temps qu'elle la cherchait sans succès, elle aurait dû s'y attendre. Cette gamine n'était pas idiote, mais elle restait foutrement têtue. Que s'était-il donc passé dans sa petite tête de linotte pour qu'elle pense réellement pouvoir ramener Méry... Méra... Enfin, cette gosse dont elle peinait à retenir le nom ?

- Méryna ne reviendra pas.

Aivy laissa échapper ces mots sur le ton de la résignation, et acheva de s'asseoir à la dernière chaise du réfectoire. Sa chaise. Celle de l'ennui, du désespoir et des discussions animées avec la meilleure cuisinière de tout l'Empire.

- J'ai fait ce que j'ai pu, glissa-t-elle en soupirant à son tour. J'ai rencontré un homme bizarre accompagné d'un père tout aussi bizarre, et tous les deux ont fait ce qu'ils ont pu pour m'aider. Chacun y a mis du sien, et l'histoire n'a trouvé qu'une sombre conclusion.

Sa voix acheva de trembler tout à fait lorsqu'elle ajouta dans un souffle :

- Elle a tenté de me tuer.

Le regard subitement emprunt d'une profonde lueur d'empathie, Mia lâcha sa casserole et son torchon, passa derrière le comptoir et vint doucement enlacer la jeune rousse meurtrie qui venait de s'effondrer le front contre la table.


***


Bruit de la pluie sur l'eau de la rivière.
Le temps suspend son envol, et le crayon s'anime.

Aivy danse.


***


- Si tu avais le pouvoir de changer une chose dans ta vie... Une seule chose, parmi toutes celles que tu regrettes. Si tu avais cette possibilité unique et totalement gratuite, que choisirais-tu, Aivy ?

Voix Question.

Lueur fugace traversant ses prunelles d'onyx.
Douloureuse.


- Je n'aurais pas choisi de naître dans cette famille.

Voix Murmure.


***


Bruit de la pluie sur l'eau de la rivière.
Le jeu se poursuit sous la lune moqueuse.
Doucement, autour d'elle, se tracent les frontières d'un monde invisible.

Aivy créé.


***


- Je connais quelqu'un qui pourrait t'aider, dit doucement la cuisinière tout en caressant la longue chevelure rousse d'une main bienveillante. Un Rêveur adroit du nom de Charm.

La jeune femme releva la tête, le regard fatigué.

- Je n'ai pas besoin de Rêveur. J'ai besoin de repos. Et de retrouver Libertée... Sans elle, je ne tiendrai pas. Sans les Marchombres, je ne suis rien.
- Ce n'est pas un Rêveur ordinaire
, soutint malgré tout Mia en se redressant doucement. Il est spécialiste des maladies de l'âme.

Une lueur d'intérêt traversa fugacement les pupilles de l'apprentie.

- Libertée est sans doute à un carrefour de sa vie, comme le sont beaucoup de personnes à différents moments de nos existences. C'est aussi ton cas, d'une certaine manière. Peut-être que si tu n'as pas encore repris ta formation, c'est que ce n'est pas le moment. Et si j'en crois tout ce que tu m'as raconté, tu as un bon gros tas de choses à régler...
- Sans doute,
répondit la jeune femme sur un ton presque absent.

Le regard parfaitement bienveillant de son amie acheva de la convaincre tout à fait du bien-fondé de son argumentaire. Elle pouvait lui faire confiance.

Elle irait voir ce Rêveur.



***


Elle avait tant visité Al-Chen que la ville ne lui paraissait plus si grande qu'auparavant.
Sa richesse, en revanche, ne serait jamais une affaire négociable.

Au détour d'un chemin de passage particulièrement fréquenté, elle trouva, comme promis, l'échoppe d'herboristerie d'un Rêveur un peu particulier.



***


- Excusez-moi, mais...
- "Excuse-moi", plutôt.
- Oui, pardon. J'étais d'accord pour le tutoiement, en plus... C'est... Juste mécanique. Excuse-moi, donc... Je dois aussi t'appeler "Charm" ?
- Bien sûr. Nous sommes sur un pied d'égalité, Aivy.
- Bien... Je me demandais juste en quoi consistait exactement cette "remise à zéro" dont tu m'avais parlé en début de séance. Au fait, ton thé est excellent.
- Merci. Le jasmin, il n'y a que cela de vrai... Quant à la remise à zéro, il ne s'agit que du nom de code d'un exercice qu'il te faudra toi-même trouver.
- Je ne comprends pas. Je suis supposée trouver moi-même ce qui doit me guérir ?
- En te servant des pistes sur lesquelles nous avons travaillé : ta famille, cette fille dont tu es amoureuse, ta passion du dessin, ton désir de liberté, ton amour de la nature... Le but est de trouver un "truc", un élément déclencheur qui te permettra de couper les ponts avec ton ancien toi et de renaître. C'est pour cela que je parle de remise à zéro.
- Et tu ne me conseille rien de particulier ?
- La méditation est un très bon moyen d'atteindre une forme d'objectivité personnelle.
- Je vois... Dis ?
- Oui ?
- Si je pars méditer au milieu de la forêt en pleine nuit, qu'est-ce que tu penses que ça donnera ?



***


Bruit de la forêt sur l'eau de la rivière.
La séparation entre réalité et imaginaire s'effrite.
Les deux prisonnières confinées de part et d'autre du miroir se rejoignent, se mêlant au défilement du temps et venant des ténèbres.

Au milieu du chaos interne, Aivy ouvre les yeux.
Le crayon toujours tourné vers le ciel.


***


Un pas après l'autre, la jeune femme avança dans le réfectoire.

Il était près de vingt-deux heures, heure habituelle à laquelle elle retrouvait Mia pour leurs longues séances de discussion. Elle fut ravie de la trouver au même endroit qu'usuellement, un grand sourire plaqué sur les lèvres.


- Ah, Aivy ! Comment vas-tu ?
- Un peu mieux,
confia l'apprentie en venant prendre sa place habituelle derrière le comptoir.J'ai vu ton ami, l'autre jour.
- Alors ?,
demanda la cuisinière, une lueur d'intérêt au fond des pupilles.
- Il m'a conseillé des thérapies étranges, mais qui ne sont pas si mauvaises une fois en application. Et puis, au moins, je suis sûre d'une chose à présent.

Son propre regard vira tout à fait au noir alors qu'elle annonçait d'une voix douce mais déterminée :

- Je ne tournerai pas la page tant que je ne me serai pas totalement débarrassée du fond du problème.



*Ano Ko : "Cette enfant"

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Aivy Sil'Lucans
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MessageSujet: Re: Heart is Hurt and Art. # Aivy   Ven 23 Fév 2018, 11:19

*Danse, feu follet, et le monde est à toi



Au moment où Aivy ouvre les yeux, une forte sensation d’inconfort envahit sa poitrine. Etouffante, elle lui tire un petit cri de douleur – croit lui tirer un petit cri de douleur : aucun son n’arrive à sortir de sa bouche. Soudainement, elle prend conscience que le monde autour d’elle est brouillé. Masse de formes étranges, grisâtres dans un brouillard blanc sans fin, il s’étend à l’infini, reléguant son propre corps au rang de chose difforme et flottante.

Et pourtant, cette situation lui paraît d’un grand naturel. L’oppression qui lui ceint la cage thoracique ne créé pas la panique, mais l’indifférence. Elle essaie de tourner la tête pour apercevoir Charm, mais ne parvient qu’à effectuer un léger mouvement semblable à un tremblement. Ses membres, lorsqu’elle tente de les mouvoir, lui paraissent d’une lourdeur abominable ; seuls ses doigts acceptent de remuer.

Effleurent le vide.

Puis un son retentit. Un hurlement déchirant, qui perce la bulle floue dans laquelle elle se trouve, la traverse en furie. Ses tympans vibrent comme sous la force d’un tsunami, ses muscles se contractent douloureusement.

Le monde autour d’elle se brise en une myriade d’étoiles gelées.

Aivy tombe.




*


Elle heurta le sol avec la dureté d’un roc lancé contre un mur. Le gémissement de douleur franchit enfin la porte de ses lèvres, salutaire, et la contraction brutale de ses muscles par réflexe la firent frissonner toute entière. La jeune femme rouvrit les yeux difficilement, clignant des paupières face à la lumière aveuglante qui envahissait désormais l’espace. A sa gauche, un autre grognement se fit entendre. Tournant la tête, cette fois-ci sans difficulté, elle aperçut son ami étendu face contre terre à quelques mètres. Charm appuya sur ses bras non sans peine et se releva avec toute la lourdeur du monde, les traits tirés par l’inconfort. Aivy se dressa derrière eux, le corps engourdi.

- C’était quoi, ça ?, demanda-t-elle, assommée.

Il lui fallut deux bonnes secondes pour que sa vision passe d'un incroyable trouble à une clarté satisfaisante. Le souffle encore erratique, elle fronça les sourcils pour permettre à ses paupières de se fixer. L'ennemi s'afficha de nouveau en face d'elle, main tendue, doigts posés.

- Je ne sais pas, mais ça craint, siffla le rêveur entre ses dents.

Aivy jeta un coup d’œil furtif vers lui. La simple vue de ses yeux incrédules et de ses mains tremblantes suffirent à instiller une vague de panique au fond de son cœur. Elle n'avait jamais vu son ami craindre de la sorte.

- Je vous l'ai dit, je ne vous ménagerait pas tant que vous ne renoncerez pas à votre stupidité.

La voix de l'homme encapuchonné en face d'eux résonna comme un souvenir d'outre-tombe.
La jeune rousse serra les dents.


- On ne te demande pourtant pas quelque chose de compliqué !

Pour toute réponse, l'homme eut un imperceptible mouvement de l'index. Aivy ne le vit pas.

Charm, lui, l'aperçut au premier coup d’œil et se jeta sur elle pour la plaquer au sol. Avant qu'elle ne comprenne ce qui se produisait, la silhouette frêle de l'apprentie Marchombre se trouvait à nouveau propulsé contre la roche lisse de la salle du repaire, évitant une salve de couteaux sortis du vide qui auraient dû la transpercer de part-en-part. Saisie par l'urgence, elle sentit un long frisson de terreur lui parcourir l'échine. On ne peut pas gagner. On ne gagnera pas. On ne peut pas gagner. On ne peut pas...


- Joli réflexe, apprécia leur adversaire alors que les deux compagnons de voyage se relevaient difficilement.

La jeune femme vint se mordre la lèvre inférieure dans un geste de désespoir, le regard fou. Le dessinateur les tenait impuissants depuis déjà presque une heure, et son endurance arrivait à bout, la mettant face à sa condition de simple apprentie. Si Libertée avait été là... Ses yeux se fermèrent par automatisme. Non. Libertée n'était pas là. Elle ne le serait plus. Aivy avait tourné le dos à tout cela pour quelques temps, par respect pour elle-même et pour ses sentiments envers Tsukia. Le mot qu'elle avait laissé à son maître et à son amante était d'une longueur affligeante, gratté sur le même papier, sans cesse recommencé pour toucher au cœur du problème sans avoir l'air d'une déserteuse. Elle leur avait promis de revenir dès qu'elle aurait réglé ce qu'elle avait malhabilement qualifié de "plus grosse épine dans son pied", motivée par l'envie d'en découdre et, enfin, de trouver la paix. Elle savait que Tsukia comprendrait immédiatement de quoi il retournait et, qu'en cela, elle était la garante de son retour prochain. Élue de son corps, de son âme et de ses projets, elle lui avait ainsi confié la clé de son voyage et de ses cauchemars.

De trouver des réponses.

Rien ne lui avait simplifié la tâche.

Remonter jusqu'à sa sœur lui avait pris des jours entiers. Le travail préalable qu'elle avait entrepris à l'Académie entre deux sessions à cheval ou dans les arbres, grâce à la précieuse aide d'une correspondance soutenue avec Altaïs qui, à sa grande joie, était passé outre ce qu'il avait autrefois qualifié de "trahison sentimentale" et menait désormais l'enquête de son côté lui avait servi au-delà de ses espérances, mais les Envoleurs étaient tenaces. Sa dernière entrevue avec Méryna ne lui avait apporté qu'un embryon de justification qu'elle ne parvenait pas à accepter comme signifiant. La présence physique et le soutien assidu de Charm à ses côtés s'étant révélés d'une efficacité redoutable dans les moments de doute, elle avait fini par atteindre son but après de nombreuses semaines de recherche.

Elle avait retrouvé la trace de Méryna la veille de ses vingt ans.

Après un ensemble d'entretiens musclés, de pérégrinations d'un bout à l'autre de l'Empire, de négociations, de larmes de désespoir et de sourires bornés, elle s'était sentie d'une stupidité absolue de ne pas avoir trouvé plus tôt la solution si évidente une fois connue : Al-Vor.

Al-Vor où tout avait commencé. Al-Vor, la ville du vice, des faux-semblants et des tromperies. Al-Vor, le nœud de la crise et du drame familial dans lequel les enfants tenaient le rôle de potiches asservies au bon vouloir de leurs représentants. Al-Vor, que Méryna avait aimée et haïe plus encore qu'Aivy si cela était possible, parfaite esclave des Sil'Lucans le jour, transformée en démon entraîné par des tueurs la nuit, traumatisée par le simple projet d'être mariée si jeune à un homme qu'elle ne connaissait même pas.

Aux nombreuses questions que sa petite sœur lui avait posées à propos des mystères de leur famille, la jeune femme n'avait fourni aucune réponse. Elle pensait à présent que c'était peut-être la raison d'un si grand manque de sagacité de la part de celle-ci pour ses interrogations à elle. A la question "Pourquoi es-tu partie ?", Méryna n'avait rien apporté. A la demande "Pourquoi as-tu tué ?", elle s'était simplement fondue dans l'obscurité, quittant sa sœur et l'Envoleur qui l'avait guidée jusqu'à elle. Aivy avait à peine eu le temps d'entrevoir la rage danser dans ses grands yeux bruns.


- Aivy, tout va bien ?

L'interpellée tourna la tête et aperçut le sourire engageant de son ami, rappelée à lui et à la réalité critique de leur situation.

- Ne vous déconcentrez pas, les somma leur ennemi, protégé par son long manteau bleu azur et le visage résolument caché. J'ai suffisamment de ressources pour vous éliminer en un clin d’œil. L'assemblée sera témoin de votre échec cuisant. Vous valez probablement mieux que ça.

L'apprentie eut toutes les peines du monde à calmer les battements frénétiques de son cœur et à ne pas focaliser son attention sur la masse d'Envoleurs postés en cercles aux quatre coins de la pièce, qui assis et remuant son poignard d'un air ennuyé, qui debout et frappant des mains en encourageant Orasio, l'adversaire qui leur avait été imposé par les règles impitoyables des maîtres présents. Le battre était la condition sin equa non pour accéder à ce qu'Aivy souhaitait du plus profond de son cœur, à la raison même de cet éprouvant voyage et de cette recherche sans fins : faire chuinter ses lames contre celles de sa petite sœur. "Mettez-le hors d'état de nuire, si vous le pouvez !", s'était interposée Iké, éternel obstacle sur son chemin. "Et vous gagnez le droit d'affronter mon élève." En position de faiblesse, les deux amis n'avaient pas eu d'autre choix que de se lancer dans la danse.

Et si elle n'était pas capable de battre ce fichu mentaï, qui ne représentait rien de plus pour elle qu'un point dans son espace, elle ne pouvait pas tuer sa sœur sans risquer de mourir en même temps.

Alors elle resserra ses mains et lança un regard entendu à Charm, prête à faire ce qu'elle avait toujours fait sans avoir le choix.
Prête à se battre.




***


- On ne peut pas toujours calmer une tempête. Rares sont ceux qui en sortent indemnes, inexistants sont ceux qui arrivent à la contrôler.

Les yeux d'Aivy roulèrent vers le ciel devant l'évidence de l'assertion et elle se resservit mécaniquement du ragoût de poisson. La truite qu'elle avait pêchée de ses propres mains dans la rivière qui courait entre les collines de son enfance méritait plus d'attention que les sornettes d'un rêveur de l'âme, fusse-t-il son ami.

- Bientôt tu vas me sortir que les étoiles brillent la nuit et que le feu brûle. Je n'ai pas retenu grand chose de ce que Mopati m'a enseigné quand j'étais ado, mais je crois bien que la base de la rhétorique est de ne pas argumenter l'évident. Ni l'absurde, d'ailleurs.

Charm eut un sourire en coin. Il ne prit pas la peine de répondre, habitué à l'humeur quelque peu acerbe de sa compagne de voyage ces derniers temps. Humeur changeant au fil de leur pas et devenant de plus en plus tendue alors que le voyage progressait vers sa terre natale.

- C'était évident qu'elle reviendrait par ici, tu sais ?, perça une voix claire dans la nuit.

Le rêveur acquiesça.

- Elle n'est probablement pas restée. Elle a laissé le type qui nous a donné l'information à moitié mort...

Un rire nerveux s'empara de la poitrine de la jeune fille alors que les souvenirs se reformaient dans son esprit. La vision du garde exilé qui leur avait servi de guide jusqu'à l'entrée des collines une fois guéri par Charm, le torse sanglant et un bras coupé, lui causa un haut-le-cœur et elle eut tôt fait de la chasser de son cerveau.

- Elle est dans une mécanique de destruction impossible à arrêter. Ça a commencé avec Iphène et ça continue avec tout ce qu'elle trouve sur sa route, reprit l'apprentie.
- Tu lui en veux parce qu'elle a détruit ta famille et c'est légitime. Mais tu te tourmentes beaucoup trop pour une série d'événements sur lesquels tu n'as aucune emprise, répliqua son ami.
- L'emprise est une question de volonté.

Elle posa son bol contre la terre et ses doigts vinrent trouver l'humus rafraîchit par les vents nocturnes. Ils décollèrent une motte avec douceur et la serrèrent contre sa paume comme par réflexe.

- Je suis née quelque part dans ces collines.

Le murmure retentit comme dans un songe.

- Je sais.
- Le village était désert.


La main de Charm vint se poser contre son épaule.

- Plus personne n'est revenu depuis l'incendie, ajouta-t-elle en tournant son menton vers lui sans pouvoir empêcher les larmes d'envahir son regard d'onyx.
- Est-ce que ça change quelque chose à ton projet ?

Aivy se mordit la lèvre inférieure avant de se repositionner de manière à asseoir son centre de gravité plus confortablement dans l'herbe. Son regard rencontra les doigts terreux de sa main droite ; elle ne se préoccupa pas de les essuyer contre sa cape comme elle le faisait d'ordinaire, raccrochée à ses souvenirs par le contact physique avec la terre humide.

- J'ai fait un rêve il y a une petite semaine, tu sais.
- Quel genre de rêve ?
- Un cauchemar. Terrible, le genre à te faire te réveiller avec le ventre noué, les épaules tendues et les joues humides.
- Qu'est-ce qu'il se produisait dans ton cauchemar ?


Un soupire franchit les lèvres fines de l'apprentie.

- Elle était là. C'était...

La phrase se suspendit dans l'air, douloureuse, avant de reprendre une fois maîtrisée.

- C'était ma mère qu'elle menaçait, cette fois. Elle essayait de la blesser. Alors je n'ai plus supporté tout ça et la charge émotionnelle s'est cristallisée dedans. Les limites du rêve se sont brisées, c'était comme si... Comme si toute ma volonté réelle était passée dans le rêve. A terre, il y avait une bouteille de verre - celle de l'entrée du manoir, toujours posée sur un socle débile - qu'elle avait brisée en attaquant. J'ai ramassé un tesson et je l'ai retourné contre elle. J'avais envie de la tuer. Mais je n'y suis pas arrivée... Quand j'ai constaté mon échec, je me suis mise à me haïr. Alors j'ai tourné le tesson contre moi et j'ai voulu mettre fin à mon existence de la manière la plus brutale possible. J'ai frappé dans mon ventre sans me retenir. Le dernier souvenir que j'ai de ce rêve, c'est le sang qui envahissait mon champ de vision et ma mère qui se précipitait vers moi.

Une fois de plus, Charm répondit à sa surcharge émotionnelle par un silence. Quand il constata, après quelques minutes, qu'Aivy avait fini de se débattre avec elle-même, il fit glisser la main posée sur son épaule jusque vers celles, désormais jointes et crispées, de sa compagne.

- Tu sais, commença-t-il très doucement, parfois, la tempête ne peut pas être vaincue. Parfois, il ne s'agit pas de savoir comment la tuer, mais comment survivre à l'intérieur. Ensuite, quand on en connaît tous les codes, on peut espérer trouver une faille et se glisser à l'intérieur. Alors la tempête continuera à tout détruire sans même s'apercevoir que l'on s'est échappé, parce que ce n'est pas le propre d'une tempête de se préoccuper de ce qui entre ou sort d'elle. Elle continue, mais nous, nous sommes déjà loin.



***



La lame transperça le torse du mentaï comme un coup de tonnerre.
Il s'effondra à terre dans un borborygme incompréhensible, les yeux écarquillés par la surprise alors que la dernière lueur de vie brillait en eux.

Aivy embrassa le sol la suivante, le torse trop lourd sous le poids de la salve de pointes en terre qui l'avaient fendu de part-en-part. Un cri animal s'échappa de ses lèvres quand la douleur la rattrapa une fois l'adrénaline évanouie. Haletante, les lèvres ensanglantées, elle tourna la tête avec difficulté pour constater que Charm, à quelques pas d'elle, se trouvait encore conscient. La légèreté de ses blessures la rassurèrent. La joie traversa son esprit alors qu'elle réalisait que leur plan avait fonctionné. Au vu de ses capacités martiales, il avait été nécessaire que ce soit elle qui se sacrifie, mais le jeu en avait valu la chandelle ; elle pourrait désormais se vanter d'avoir vaincu un mentaï à la force de ses lames.

Un tsunami de douleur l'envahit par fragments et la fit se replier sur elle-même en gémissant. Ses yeux se fermèrent par réflexe alors que ses traits se crispaient. Elle perdait trop de sang. Charm, constatant avec frayeur l'état dans laquelle se trouvait, se fraya un chemin entre les décombres de la salle modifiée par l'Imagination malgré sa jambe brisée et l'atteignit non sans mal.


- C'est fini, Aivy..., laissa-t-il échapper avec émotion. C'est bon, tu peux te reposer. Je vais te soigner...
- Où est... Où est Iké ?, articula difficilement la jeune femme.
- Partie. Elle a dû penser qu'on se ferait tuer..., répondit le rêveur en positionnant ses mains au-dessus du torse mutilé de son amie.
- Elle a pas tout à fait tort... Argh !
[b]- Bouge pas, ça va prendre un moment... Je m'occuperai de ma jambe après.
- Ta jambe ?
, releva Aivy, inquiète.
- Rien, rien du tout. Bouge pas, j'ai dit...

Un sourire amer étira les lèvres de l'apprenti tandis qu'au-dessus d'elle, Charm plongeait son esprit dans le Rêve et que la lumière jaillissait de ses mains.

- Abruti, où tu veux que j'aille...







***






- Aivy ?
- Hm ?
- C’est quoi ton plus grand regret ?
- J’ai couché avec un type qui aurait pu être mon père, une fois. C’est probablement la plus grande douleur de ma vie.
- Pourquoi ?
- Parce que je l’ai aimé comme s’il l’avait été et qu’il n’a, ensuite, plus jamais fait attention à moi.
- C’est un peu étrange, ce que tu dis. Et Tsukia ?
- Tsukia, je l’aimerai toujours. Elle est dans mon cœur et dans ma peau. Au fond de moi à chaque instant. Je vis pour son regard qui, pourtant, regarde sans hésiter vers d’autres horizons. Je ne serai jamais la personne qu’elle voudra à ses côtés pour l’éternité ou quoi que ce soit dans le genre. Je saigne à chaque instant, et pourtant…
- Pourtant ?
- Pourtant, ça me semble toujours moins difficile de faire semblant de me contenter de ce qu’elle me donne plutôt que d’avoir laissé passer cette occasion-là de me faire aimer.








***







[There's no sense, the fire burns
When wisdom fails, it changes all
The wheel embodies all that keeps on turning]






Les mots ont retenti.

L’autorisation est tombée.

Iké, le sourire vorace, se tient dans l’embrasure de la porte de cette salle qui ressemble à un tombeau. Aivy soupire. Droite face à elle, Méryna n’ose pas croiser son regard. Si elle le faisait, le brasier se libérerait trop tôt. Elle tient déjà dans sa main trop petite et trop ferme l’arme du crime, celle qui a décimé l’unité familiale et emporté l’esprit de l’apprentie dans un océan de tourments et de questions.

Les réponses sont là, à quelques pas devant elle.

A ses côtés, Charm se tient droit lui aussi. Sa main gantée serrait celle, pâle et fatiguée, de la jeune femme aux longs cheveux roux quelques secondes auparavant. Un rapide regard dans sa direction le remercia de tout ce qu’il avait fait pour elle. Sans lui, jamais elle n’aurait pu avancer jusque dans l’ombre de ses cauchemars. Sans lui, elle serait morte face à ce mentaï, encore trop faible pour assurer ses arrières. Sans lui, elle n’aurait jamais eu la force de voir par-delà cet objectif ultime qui n’en était plus un et de tracer un horizon nouveau qui l’appelle désormais comme une bouffée d’air frais : retrouver Libertée.

Reprendre sa formation.
Devenir Marchombre quel qu’en soit le prix.

Le prix de sa liberté est un fantôme aux longs cheveux noirs posté à quelques mètres devant elle.






[Blood red skies, I feel so cold
No innocence, we play our role
The wheel embodies all
Where are we going?]







La salle est ronde, immense de possibilités. Juste avant que le gong ne résonne, Aivy la parcourt du regard à la recherche du moindre détail qu’elle pourrait utiliser comme raccourci. Pas de pierres ni de prises sur les murs ; rien ne jonche le sol. Aucune autre échappatoire possible que celle de la sueur et des lames. Elle retient une grimace en même temps que l’émotion qui lui serre la gorge. Sa jambe la lance encore. Elle passera par-dessus la douleur. La totalité de ce combat sera un passage par-dessus la douleur.

Le temps suspend son étreinte alors qu’Aivy dégaine à son tour. Les pupilles de Méryna, enfin relevées, sont balayées d’un éclair de nostalgie lorsqu’elle reconnaît la dague dessinée par leur grand-mère. L’apprentie se met en position par réflexe. Ses membres s’animent et viennent se positionner en garde mécaniquement. Le souffle court, le cœur battant contre les tempes, elle se laisse glisser dans la froideur de l’attente et range ses états d’âme au creux de son esprit.

Elle n’est pas armée pour tuer Méryna. Il lui faudra d’abord la désarmer.

Le rire chaotique d’Iké retentit du fond de la salle et vient percuter l’échine de la jeune femme comme un frisson.


- Je ne tricherai pas, déclare-t-elle en s’asseyant au sol, à la grande surprise des trois personnes présentes. C’est toi contre ta sœur, Méryna. Une fois, la dernière fois… Parce qu’elle a l’air bien décidée à en finir, la rousse ! Pas d'interventions extérieures. Ces deux-là sont plus coriaces qu'il n'y paraît. Ils ont battu Orasio... Si tu perds, c’est ton problème, ajoute-t-elle d’un ton condescendant. J’ai autre chose à faire que te surveiller.

Aivy perçoit le pincement de lèvres de sa petite sœur, qui ne répond rien. Elle n’adresse pas un mot à son maître dont les paroles résonnent comme une incongruité à ses yeux. Jamais Libertée ne l’aurait lancée dans un combat qui risquerait sa vie en se posant quelques pas plus loin, l’œil et la langue sarcastiques.

Un nouveau soupire franchit la porte de ses lèvres. Elle attend le signal, désespérée. Le manque de communication de Méryna à son encontre lui fait douloureusement comprendre qu’elle ne s’est pas trompée. Qu’il est trop tard. Qu’il n’y a pas d’autre solution pour sa propre paix et celle de son futur que d’en arriver là.

Le temps suspend son étreinte.
Enfin, le cri animal remplit la pièce :


- ALLEZ !

Aivy renforce sa garde, le cœur au bord des lèvres. Face à elle, sa petite sœur s’élance déjà, un éclat meurtrier dans le regard.

Le premier coup est particulièrement complexe à encaisser. La lame longue et courbée de Méryna frappe de toutes ses forces contre celle d’Aivy, l’obligeant à reculer d’un pas. La fillette ne s’arrête pas là, assénant frappe sur frappe dans l’instant d’après, aussi vive qu’un éclair. A la recherche d’un point faible, l’apprentie se contente de parer et d’esquiver dans les premiers échanges, jaugeant avec une rigueur qu’elle veut la plus distante possible toute la force de celle qui est naturellement devenue son adversaire au fil des années. Les coups sont rapides, puissants, parfaitement calculés. Si elle-même n’avait pas été correctement entraînée à l’anticipation par son père et à l’endurance par Libertée, l’épée aurait déjà entaillé sa chair.

Les lames s’entrechoquent, inlassables. Aivy saute, bondit, pare et fait volte-face aussi rapidement qu’elle le peut pour ne pas avoir à directement affronter le courroux haineux de Méryna. La question lui brûle les lèvres mais ne franchit pas leur barrière : elle sait qu’elle n’aura aucune réponse. Alors elle l’oublie l’espace d’un nouvel échange, plus que jamais concentrée. Chacun de ses coups est un rêve d’avenir.

L’échange se prolonge, inlassable danse. La jeune femme campe ses appuis malgré la douleur sans laisser de place à une quelconque possibilité de fatigue. L’idée ne lui traversera pas l’esprit, elle ne peut pas l’accepter. Au détour d’une pirouette, son regard couleur ébène croise celui, immense lac tourmenté, de Méryna.

Elle y lit la mort.

Son cœur s’emballe une fois de trop.

Shlack.

La lame tranche au niveau de son œil droit sans aucune pitié.

Aivy titube sous la douleur et retient à grand-peine le cri qui se loge dans sa poitrine. Paupière fermée, elle vient poser par réflexe sa paume gauche contre la blessure, une montagne d’appréhension en lieu et place d’esprit. La pulpe de ses doigts tâte avec horreur la profonde éraflure qui traverse désormais la partie droite de son front de part-en-part et descend jusqu’à la naissance de l’oreille.

Le souffle court, elle rouvre sa paupière.

Constate que le monde autour d’elle a toujours la même apparence.

Une immense vague de soulagement s’empare d’elle alors qu’elle comprend que son œil n’est pas touché.

Elle entend à peine le cri inquiet de Charm lancé dans sa direction et lève immédiatement la main en signe d’apaisement. Il ne doit pas s’inquiéter ni intervenir dans le combat d’une quelconque manière. Sa main ressert la garde de la dague et le feu dans son ventre s’anime de nouveau. Le sang coule sur sa tempe, preuve irréversible de l’affrontement fratricide. Elle l’ignore et se jette à nouveau dans la fièvre du combat.

Quelques échanges suffisent à ce que le feu devienne brasier.

Et puis elle comprend.
Se souvient de la clé.


"Ne crois pas que tous les Envoleurs me ressemblent. Ca te coûterait la vie."


Son souffle devient rauque et un éclair de lumière traverse ses yeux. L'image de son professeur d'une aventure s'impose à son esprit en même temps qu'une idée fixe. Elle doit réparer les blessures. Réveiller les exclus.

Elle sait Iké posée derrière elle, un rictus moqueur sur le visage. Alors qu’elle évite un assaut destiné à lui trancher la main, elle se retourne brusquement, mue par une pulsion incontrôlée, incontrôlable. Sa main se lève avec vivacité et brutalité.







Quand a-t-elle eu besoin de l’autorisation de cette femme pour mettre fin à la mascarade ?
Quand l’a-t-elle laissée emporter sa sœur et déchirer sa famille ?
Quand a-t-elle décidé de lui laisser la victoire ?
QUAND ?






Le geste est inattendu, inratable. La dague s’abat contre la gorge d’Iké alors qu’un hurlement traverse la gorge d’Aivy. La rage brute et sauvage se cristallise dans ce coup alors que les yeux révulsés de la Mercenaire la fixent dans une ultime lueur de haine. Le poing qu’elle avait posé contre sa propre épée en voyant arriver l’attaque surprise qu’Aivy elle-même n’avait pas prévue retourne au sol, impuissant. Son corps s’écroule et son sang se mêle à celui de l’apprentie, qui se retourne et fait face à sa sœur, la poitrine secouée de tremblements. La réalité de son geste la frappe brutalement alors qu’elle semble reprendre ses esprits. Son regard dérive vers ses mains, désormais entachées du liquide vital de celle qui a toujours été sa véritable ennemi. Face à elle, Méryna semble mutique. Le combat se suspend, l’espace d’un instant. Enfin, les premiers mots franchissent la porte de ses lèvres :


- Pourquoi… Pourquoi tu as…

Erratiques, ils trouvent leur voie entre ses bras tremblants et les oreilles d’Aivy.

- Je le devais.

La jeune femme n’a rien d’autre à répondre. Son cœur ne veut cesser de battre la chamade. La conscience de son geste et de ce qu’il implique trace un chemin sinueux dans son esprit, jusqu’à ce qu’elle comprenne tout à fait le chemin irréversible qu’elle est en train de prendre. Derrière Méryna, Charm ne semble pas surpris, et son attitude détachée provoque un frisson à Aivy. Avait-il prévu son geste ?

Soudain, elle comprend en voyant Méryna se tourner vers lui, un rictus plein de rage sur le visage.


- CHARM, BOUGE !

Mais le rêveur est déjà à court de temps.
La lame de l’apprentie Mercenaire s’abat contre son ventre avec toute la violence d’une tempête.








[All in all
You expect the wise to be wiser
Fallen from grace and
All and all I guess we should have known better
'Cause…]







Le souffle d’Aivy s’arrête. Ses jambes se remettent à bouger, véritables automates. Son regard s’agrandit dans un mélange de fureur et de peur et elle serre sa dague plus fort dans sa main, ignorant le sang d’Iké qui tâche désormais tout ce qu’elle touche. Les quelques mètres qui la séparent de Méryna sont franchis avec assurance. Elle doit l’arrêter. L’empêcher de le tuer. Empêcher cette fille immonde dont elle refuse de partager le nom de commettre plus de crimes, de lui enlever son seul véritable ami. Son bras se tend vers l’objet de sa haine, prêt à frapper.

La jeune fille se retourne. Ses longs cheveux noirs, détachés par le combat, flottent autour d’elle comme un tissu au vent.

Trop occupée à se venger sur le rêveur, elle n’a pas le temps d’éviter la dague qui lui transperce le torse de part-en-part.






[What about us
Isn't it enough
No we're not in paradise
This is who we are
This is what we've got
No it's not our paradise
But it's all we want
And it's all that we're fighting for
Though it's not paradise]





Derrière l’enfant, Charm est déjà tombé. Le brasier dans le ventre d’Aivy ne s’éteint pas. Elle saisit Méryna, dont les bras ballants se raccrochent à sa lame courbe, par les épaules et la serre contre elle dans une pulsion incompréhensible. Son corps tout entier est un festival d’émotions qu’elle ne peut identifier. Les larmes lui montent très vite aux yeux. Pressée contre elle, une dague au fond du torse, Méryna Sil’Lucans ferme les siens pour la dernière fois.

- Je te l’avais dit…, murmure-t-elle aux portes de la mort. Aivy, je te l’avais bien dit… C’est à toi qu’appartient le monde. Moi, je suis juste... Juste un pantin... C’est toi qui a la clé. Il te suffit de danser…

Aivy la serre plus fort encore. Un air amical et venu d’antan s’élève hors de ses lèvres. L’histoire s’achève comme elle avait commencé. En se redressant, la grande sœur s’aperçoit qu’un sourire apaisé barre les lèvres de la plus jeune.

Au-dessus d’elles, la pluie martèle ses propres coups contre le toit de verre de la salle des combats du repère.








***







Le bûcher brûlait sur le haut de la colline, emportant dans le sillage de sa fumée la tragique épopée d’une petite fille qui s’était crue plus forte qu’elle ne l’était vraiment et qui avait essayé de vivre comme elle l’entendait. Près du bûcher se tenait une silhouette aux longs cheveux roux flamboyants dans le coucher du soleil.

L’apprentie Marchombre s’agenouilla contre le sol encore humide. Ses mains vinrent trouver la terre de sa naissance comme elles l’avaient si souvent fait en temps de paix. Derrière elle, le repaire des Mercenaires abandonné n’avait plus rien de menaçant. Rien ne la retiendrait si elle n’avait pas un chemin urgent à parcourir jusqu’au prochain village, celui qui n’avait pas brûlé pendant l’incendie, pour trouver un rêveur capable de soigner son ami mieux qu’elle n’avait entrepris de le faire avant de le consigner dans l’une des chambres vides du bâtiment. Son cataplasme aux herbes et ses bandages serrés auraient le mérite de faire cesser le saignement mais ne sauveraient pas sa vie. Il lui fallait faire vite.

La jeune femme se releva et regarda une derrière fois les restes du corps de sa sœur comme pour lui dire adieu. Incapable de définir si son cœur était réellement en paix ou simplement sous le choc de ses propres actions, elle tourna les talons sans un retour vers le passé, traçant son chemin vers l’ensemble de maisons qu’elle voyait déjà apparaître au loin dans la brume naissante.









[All of my memories keep you near
In silent moments imagine you here
All of my memories keep you near
Your silent whispers, silent tears]

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